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Parlez-vous québécois?

Richard Hétu
La Presse dimanche 3 août 2003

Les grands médias des États-Unis ne comprennent absolument rien au triomphe du mot courriel. Depuis que le ministère français de la Culture et de la Communication a annoncé l'adoption du terme québécois comme conforme à l'usage de la langue de Molière, ils se bidonnent. Ah! le mépris, dirait Alain Souchon.

Ce n'est sûrement pas une histoire qui grandira les États-Unis aux yeux des Québécois, qui utilisent depuis le milieu des années 90 le mot courriel pour désigner le courrier électronique. Nous endossons d'emblée le constat tardif mais judicieux de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France: "Évocateur, avec une sonorité bien française, le mot courriel... concurrence avantageusement l'emprunt à l'anglais mail", comme dans e-mail".

La page éditoriale du Wall Street Journal n'a pas tardé à ricaner, qualifiant la décision du ministère de la Culture de "bannir" le mot "e-mail" de "très stupide" (en français dans le texte). Et d'offrir une leçon étymologique à la francophonie: "Selon l'Oxford English Dictionnary, le mot mail a comme origine le mot français malle."

Et d'ajouter, sur le même ton pédant: "Ce qui fait la force de l'anglais, après tout, c'est son ouverture aux nouveaux mots des quatre coins du monde. Alors que l'anglais est un creuset de langages, les Français semblent considérer leur langue comme un soufflé- extrêmement délicate et toujours en danger de tomber."

Un lecteur d'origine hollandaise vivant à Londres a eu le mérite d'envoyer une lettre au WSJ pour dénoncer l'"arrogance" de l'éditorialiste.

Mais il ne faut pas s'étonner. Depuis que le président français Jacques Chirac a refusé d'appuyer la guerre en Irak, la page éditoriale du WSJ, réputée pour son conservatisme, affiche la plus grande condescendance à l'égard de la France, de son peuple et de sa culture. La semaine dernière, elle s'est ainsi réjouie du déclin du tourisme américain en France: 30 % de baisse dans les cinq premiers mois de 2003 par rapport à la saison 2002. Et l'éditorialiste anonyme de prendre un malin plaisir à citer la déclaration d'une agente de voyages de New York au quotidien français Libération: "Villepin et Chirac ont ruiné ma saison!"

Malgré les ricanements du WSJ, la francophobie a diminué d'intensité aux États-Unis au cours des derniers mois. Ce sentiment, plus répandu chez les élites que dans le peuple, avait atteint le sommet du ridicule en mars dernier lorsqu'un élu républicain d'Ohio avait décrété que les french fries seraient rebaptisées freedom fries dans tous les restaurants des annexes de la Chambre des représentants. Dans le même esprit patriotique et revanchard, les french toasts allaient devenir des freedom toasts.

Il faut dire qu'il est un peu plus difficile aujourd'hui de condamner la France alors que les forces américano-britanniques n'ont pas encore trouvé une seule arme de destruction massive en Irak. Mais on peut toujours se moquer des Français, comme l'a fait à son tour la page éditoriale du New York Times, qui est censée présenter l'opinion de l'Amérique bien pensante.

Ainsi, aux yeux du Times, l'adoption par la France du mot courriel n'est que "le dernier chapitre d'une longue guerre pour préserver la pureté de la langue française". Et l'éditorialiste de se montrer pessimiste quant aux chances du néologisme de remporter la bataille, ignorant sa percée en France. Comme l'a souligné récemment Marie-Éva de Villers, auteure du Multidictionnaire de la langue française: "Au cours de la dernière année, les journalistes du Monde ont largement préféré le terme courriel (191 occurrences) au nom anglais e-mail (19 emplois)."

D'un point de vue strictement québécois, le Times a commis une bourde en attribuant l'invention du mot courriel à la Commission générale de terminologie et de néologie, présidée par l'académicien français Gabriel de Broglie. Quelques jours plus tôt, le "journal de référence" avait pourtant publié un articulet annonçant que "le Québec a convaincu les Français" d'adopter son terme. Le quotidien avait précisé que le ministère de la Culture avait cependant refusé un autre mot québécois, "pourriel", pour désigner tous ces courriels qui vont directement à la poubelle.

Encore une fois, ce sont les lecteurs qui ont corrigé l'erreur d'un éditorialiste de New York. L'un d'eux, un Américain vivant à Calais, a rappelé au Times que le français avait remporté des victoires importantes sur l'anglais, notamment dans le domaine de l'information technologique. Le mot "informatique" en est le meilleur exemple, qui permet d'éviter quantité d'anglicismes. Et le mot courriel s'ajoute aujourd'hui à la liste.

On se demande ce qui peut justifier l'accueil réservé par les États-Unis à ce mot, qui a fait couler une étonnante quantité d'encre. Et l'on tombe sur un autre éditorial, publié dans le Los Angeles Times, qui offre cette réponse à mi-chemin entre le crétinisme et l'impérialisme: "L'anglais a surpassé le français comme langue internationale en raison de l'ubiquité de l'économie américaine, des forces militaires des États-Unis et, bien sûr, de la culture américaine, surtout le cinéma et la musique, deux industries basées en Californie."

N'empêche que les Québécois n'ont pas dit leur dernier mot.



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Les leçons de la tragédie irakienne

Zaki LAÏDI
Chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (CERI)

LE DEVOIR mardi 5 août 2003

À une délégation française venue un jour lui demander ce qu'il pensait de l'influence de la Révolution française sur la Révolution chinoise, le président Mao, après un instant d'hésitation, eut cette réponse fabuleuse: «Il est trop tôt pour le dire.»

Cette réponse s'applique plus que jamais à la situation irakienne. Celle-ci paraît extraordinairement fluide, même si elle continue à reposer sur un paradoxe fort. Les conditions dans lesquelles les États-Unis ont mené cette guerre étaient plus que contestables. Mais ces derniers ont malgré tout eu l'immense mérite de débarrasser le peuple irakien d'un régime monstrueux. Le fait qu'ils ne l'aient pas fait pour cela, le fait aussi que leur occupation soit mal vécue, le fait enfin que leur politique soit et reste sélective n'enlève rien à l'essentiel : un tyran est tombé.

Il reste que cette guerre a soulevé deux questions cruciales qui dépassent très largement le cadre irakien. La première porte sur la manière de penser la sécurité des États et la façon de la garantir et de la légitimer : c'est tout l'enjeu du débat entre unilatéralisme et multilatéralisme. La seconde a trait à la question du «changement de régime» et donc du lien entre démocratie et souveraineté. Ces deux questions sont essentielles et c'est des réponses que l'on y donnera que dépendront les réformes indispensables du système international.

Le sens de l'argumentaire américain est bien connu. Il consiste à dire que chaque État a le droit de répondre aux menaces qui pèsent sur lui et qu'à cette fin, il peut recourir à la guerre préventive pour y faire face, surtout quand l'adversaire est susceptible de recourir à des méthodes non conventionnelles.

Insécurité généralisée

Au-delà du fait de savoir s'il est légitime de recourir préventivement à la force -- y compris contre l'avis de la communauté internationale -- l'affaire irakienne a mis en évidence un problème essentiel : l'insécurité généralisée qui règne à l'échelle mondiale et l'absence de règles partagées pour la surmonter. En effet, si les États-Unis ont eu du mal à trouver des alliés dans la région pendant la guerre d'Irak, ce n'est pas simplement parce que ces alliés ne voulaient pas se soumettre aux États-Unis mais, plus fondamentalement, parce qu'ils n'avaient pas de leur propre sécurité la même conception que les États-Unis. Or tout le problème est là. S'il est légitime de prendre en compte les intérêts de sécurité de l'état le plus puissant du monde, la sécurité de ce même monde ne sera pas assurée par la prise en compte de la seule sécurité de cet État.

L'exemple de la Turquie est sur ce point frappant : pour elle, le démembrement potentiel de son territoire national à la suite d'un revivalisme kurde était un enjeu de sécurité bien plus fondamental que la question du maintien au pouvoir de Saddam Hussein. Or dans cette région, tous les États ont des problèmes de sécurité (Iran, Irak, Israël, Turquie). Et ces problèmes de sécurité ne sont pas nécessairement solubles dans un schéma sécuritaire américain. Il faut d'ailleurs ajouter que ce problème n'est pas spécifique au Proche-Orient. On voit bien qu'en Asie, la Corée du Sud, sans parler du Japon et de la Chine, n'appréhendent pas de la même manière le problème de la Corée du Nord que Washington. D'où aussi le problème des armes de destruction massive.

La politique américaine cherche à criminaliser la possession de ces armes en arguant notamment du fait que ces armes sont détenues par des régimes féroces et dictatoriaux. Factuellement, l'équation n'est pas fausse. Mais conceptuellement, elle est profondément erronée. Il suffit de voir l'Iran. Même l'opposition démocratique semble opposée à la signature du protocole additionnel de l'AIEA. Cela ne signifie naturellement pas qu'il faille contraindre l'Iran à signer ce protocole. Mais réduire le problème de la possession des ADM à une sorte de pathologie destructrice et meurtrière relève d'une vision assez erronée. Il faut donc admettre que les États ont différentes conceptions de leur sécurité et que ces conceptions doivent être confrontées les unes aux autres.

Contrairement à ce que pensent naïvement les États-Unis leur victoire militaire facile en Irak risque d'inciter certains États à accélérer l'acquisition d'ADM précisément parce qu'ils verront dans ces armes le seul moyen de dissuader les États-Unis d'intervenir. La recherche d'une voie multilatéraliste n'est rien d'autre que la prise en compte de la diversité des points de vue dans un monde interdépendant. C'est la raison pour laquelle il faut plus que jamais réhabiliter le Conseil de Sécurité dans le dispositif de régulation politique mondial. Et pour le réhabiliter, il faut le démocratiser.

Pluralité des visions

À cette fin, deux réformes devraient être menées : la première devrait conduire à un élargissement du nombre des membres permanents non détenteurs de veto (Allemagne, Japon, Brésil, Inde, Afrique du Sud). La seconde devrait porter sur l'instauration d'un système de contournement du droit de veto par une majorité des deux tiers. En soi, ces changements ne sont pas radicaux et ne déboucheront pas sur des résultats spectaculaires. Mais ils contribueront à renforcer le caractère pluraliste du système mondial. C'est donc par rapport à ces enjeux et non de manière abstraite qu'il faut penser la question d'un monde multipolaire.

Avant d'être une construction destinée à neutraliser les grandes puissances entre elles, la multipolarité exprime l'ambition de voir reconnue la pluralité des visions du monde. Il n'est malheureusement pas sûr que les États-Unis soient prêts à s'engager sur cette voie. À lire la production des think tanks conservateurs américains qu'il n'est plus possible d'ignorer, le projet américain s'articule autour de trois axes. Faire de l'Otan le forum politique où un consensus autour des États-Unis pourrait se faire, les Américains ayant quand même compris que la question de la légitimité ne pouvait pas être ignorée.

L'idée de passer au vote majoritaire au sein de l'Otan lancée par Washington et Londres constitue d'ailleurs la première étape du projet OTAN-plus, un projet dans lequel les pays de l'Est européen constitueraient la clientèle captive par excellence. Ainsi serait contourné l'obstacle du veto et de la majorité automatique. Certes, l'OTAN ne saurait remplacer l'ONU.

Mais l'important n'est pas là. Il est dans la recherche d'un forum de légitimation internationale dans lequel les États-Unis sont provisoirement surs d'être gagnants. Ce projet serait complété par la mise d'une Communauté des démocraties qui serait la nouvelle version d'un Commonwealth américain et dont l'objectif serait la encore de conférer une légitimité idéologique à la politique américaine pour faire contrepoids aux Nations unies jugées structurellement hostiles aux États-Unis. Dés la prochaine rentrée la nécessité politique pour l'Europe de faire face à un tel projet sera posé et il importe donc d'avancer des propositions de réforme des Nations unies plutôt que de s'en tenir à la posture réactive traditionnelle qui est celle de l'Europe. Mais on pressent que cela ne sera guère facile notamment face à Londres qui semble favorable au passage à la majorité qualifiée à l'Otan mais qui s'oppose catégoriquement à l'abandon de l'unanimité en Europe.

Le second problème concerne l'articulation entre démocratie et souveraineté. À l'évidence le statu quo actuel qui sanctifie la souveraineté n'est pas souhaitable. Mais en même temps, on sait très bien que, depuis la période coloniale, la défense de la démocratie a justifié toutes les aventures. Il faut donc trouver une voie moyenne, une voie dans laquelle Américains et Européens peuvent travailler ensemble.

Conditionnalité démocratique minimale

La première, et la plus symbolique, devrait porter sur la réforme de la commission des Nations unies sur les droits de l'homme. Il faut à tout prix créer des garde-fous pour éviter qu'aujourd'hui la Libye, demain Cuba et après-demain la Birmanie ne président aux destinées d'une telle commission. L'idée de conditionner la participation à cette commission à une conditionnalité démocratique minimale devrait être clairement explorée.

La seconde voie devrait être marquée par une systématisation du dialogue politique avec toutes les oppositions représentatives aux régimes profondément anti-démocratiques. Sur ce point, si la brutalité américaine n'est pas la bonne méthode, la pusillanimité européenne n'est plus acceptable. L'Europe doit pouvoir dire que le statu quo dans les pays arabes n'est pas acceptable, pays où aucune élection véritablement libre n'a pu se tenir.

Or l'impunité politique dont jouissent ces régimes crée un préjudice considérable à leurs propres sociétés même si depuis le 11 septembre ce sont les États-Unis qui ferment les yeux sur les pratiques peu démocratiques de régimes arabes et non arabes. Certes, la démocratie ne s'impose pas de l'extérieur. Mais éviter les pièges de l'exportation démocratique ne doit pas conduire à une sorte de relativisme politique parfois bien confortable. De ce point de vue la guerre en Irak a eu un effet terrible : elle montre aux opinions arabes que sauf à poser de plus en plus clairement la question démocratique, elles seront condamnées à vivre le cycle infernal du ressentiment : celui qui conduit à condamner l'autre pour l'avoir libéré faute de n'avoir pu le faire soi-même.

Entre une Amérique qui apporte de mauvaises solutions à de vrais problèmes et une Europe qui n'apporte pas de réponses faute de poser les vraies questions, il y a peut-être moyen de tirer les bonnes leçons de la tragédie irakienne.



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La remontée du OUI ne s'explique pas
par un quelconque "effet Bouchard"

Pierre Serré
Étudiant au doctorat, Département de science politique, Université de Montréal

TRIBUNE LIBRE décembre 1995

Pour la plupart des analystes et des observateurs, le passage à l'avant-scène de Lucien Bouchard est l'élément-clé permettant d'expliquer la remontée spectaculaire de l'option souverainiste. Rappelons qu'au tout début de la campagne, à 50 jours du vote, le OUI tirait de l'arrière par 8 points si l'on s'en tient aux intentions de vote exprimées, et par 9,8 points avec une répartition proportionnelle des électeurs discrets. Étant donné la sous-estimations systématique des intentions de vote exprimées à l'endroit du NON, dont souffrent tout autant les estimations du vote libéral, la plupart des analystes utilise une méthode de correction basée sur une répartition plus favorable au NON des électeurs discrets. Lorsque l'on utilise la répartition proposée par le sociologue Drouilly, accordant 1/4 des discrets au OUI contre 3/4 au NON, l'écart entre les deux options passe à 17 points.

Ce qui semble une évidence ne l'est pourtant pas: l'association entre la remontée du OUI et l'entrée en scène de M. Bouchard ne résiste pas à l'analyse. M. Bouchard a été nommé "négociateur en chef" du Québec le 7 octobre, soit à 23 jours du scrutin. Avec une projection graphique de l'écart entre le OUI et le NON, à partir des intentions de vote brutes ou en répartissant proportionnellement les discrets, on peut déjà voir qu'il n'y a pas de rupture entre l'avant Bouchard (de 50 à 23 jours avant le 30 octobre) et l'après Bouchard (de 23 à 4 jours avant). Cette continuité devient encore plus évidente lorsque les électeurs discrets sont répartis selon la méthode 1/4 pour le OUI, 3/4 pour le NON: malgré des fluctuations normales, la progression du OUI est presque linéaire.

On objectera que l'entrée en scène de M. Bouchard aura certainement stimulé les troupes. Cela demeure possible. On dira aussi que, sans M. Bouchard, la campagne du OUI aurait plafonné. Là, toutes les hypothèses sont valables. Sans lui, le OUI aurait peut-être plafonné, voire régressé. Mais il aurait peut-être augmenté quand même; il n'existe pas de moyens de le déterminer, même approximativement. Ce que l'on sait cependant avec certitude, c'est que l'on peut prédire de manière assez précise la progression du OUI dans la deuxième moitié de la campagne à partir de la progression enregistrée au cours de la première moitié. C'est là le point central.


Comment alors expliquer la progression du OUI? De ce qui précède, il faut nécessairement conclure que l'influence des personnalités sur l'évolution de l'opinion publique est beaucoup plus limitée que ce qui en est généralement dit, surtout dans les médias. A notre avis, ce qui fut déterminant dans la progression du OUI, le graphique le démontre éloquemment, c'est plutôt l'éclatante réussite de la mobilisation populaire chez les francophones, qui sont à toutes fins pratiques les seuls tenants du OUI. En fait, pour expliquer une telle vague de fond, il faut admettre que ce qui a fait la différence fut le travail constant de centaines de milliers de partisans, qu'ils soient ou non membres du PQ ou du Bloc québécois. (Ces mêmes militants continueront de fournir l'encadrement politique du futur chef du PQ et contribueront largement à délimiter son pouvoir.)

A quoi attribuer une mobilisation aussi réussie des francophones? Sans doute au fait que la question de la légitimité politique des deux options en présence a nettement dominé toutes les autres. Nous sommes ici au coeur du politique. La conception de ce qui est ou non légitime se forge à travers la socialisation de chacun, laquelle s'effectue dans un contexte historique, social et politique perçu différemment selon le groupe linguistique auquel l'individu appartient. Il revient alors à chaque parti de trouver le moyen d'harnacher cette force démocratique, ce que le camp du OUI est manifestement parvenu à faire chez les francophones. Par contraste, la pauvreté des arguments fédéralistes n'a trompé personne, y compris de nombreux fédéralistes nationalistes: qui donc, au Québec, aurait pu souscrire au statu quo constitutionnel? Rappelons que si 60% de l'ensemble des francophones ont voté OUI, ce pourcentage monte à près de 70/75% dans le coeur de l'agglomération montréalaise.

Demeurés en marge de ce que la majorité francophone considère comme légitime à la lumière des 35 dernières années des relations Québec-Canada, poussés en ces retranchements par un Canada anglais de plus en plus hostile à tout véritable partage des pouvoirs, les fédéralistes québécois, n'ayant rien à quoi se raccrocher, se sont exposés à la défaite. L'ennui, pour eux, c'est qu'aucune alternative constitutionnelle crédible ne leur était possible, situation qui n'est pas près de changer. Or, certaines tendances augurent au plus mal pour quiconque s'éloignerait à nouveau des forces vives de la nation: avec le remplacement générationnel de l'électorat et la progression du pluralisme politique chez les groupes issus de l'immigration (via l'intégration des enfants d'immigrants dans les écoles françaises, le OUI a certainement atteint entre 20% et 30% du vote des électeurs d'origine ethnique autre que française ou britannique, selon nos estimations conservatrices), il y a fort à parier que la population du Québec deviendra encore plus critique face à des projets politiques qui s'inscriraient en rupture avec ses aspirations légitimes.



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Les É.-U. réviseraient leur aide à Israël
à cause du mur de sécurité

Le Soleil mardi 5 août 2003

AP; AFP Washington - Les États-Unis envisagent de réduire les prêts qu'ils accordent à Israël en raison du mur de sécurité que l'État hébreu construit autour des zones palestiniennes, selon un responsable américain.

Le Congrès a autorisé, il y a une dizaine d'années, une réduction proportionnelle aux sommes dépensées par Israël pour installer des colonies en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Cette disposition pourrait s'appliquer aux 9 M $US de prêts sur trois ans et à l'assistance militaire de 1 MM $ accordée le printemps dernier par Washington à Israël dans le but de compenser l'impact économique de la guerre en Irak sur l'État hébreu.

Le président George W. Bush a, par contre, autorisé hier l'octroi d'une aide de 26 M $ aux réfugiés palestiniens, selon la Maison-Blanche.

La question est aujourd'hui de savoir si la construction du mur de sécurité peut être considérée comme un acte colonisateur, selon un responsable précisant, sous le couvert de l'anonymat, qu'aucune décision n'avait encore été prise.

Selon les Palestiniens, ce mur leur confisque leurs terres et détériore les conditions de vie en Cisjordanie. Israël affirme de son côté que le mur est construit pour empêcher les attentats contre sa population.

Hier, des responsables israéliens ont déclaré que les urbanistes chargés du tracé du mur de sécurité envisageaient des changements considérables dans le tracé de construction du mur afin de s'adapter aux demandes américaines et palestiniennes.

La tension monte

Entre-temps, le premier ministre israélien, Ariel Sharon, et son homologue palestinien, Mahmoud Abbas, auraient annulé chacun de leur côté leur rencontre prévue cette semaine, signe d'une nouvelle montée des tensions entre l'État hébreu et l'Autorité palestinienne, ont rapporté hier les médias israéliens.

M. Abbas devait rencontrer demain Ariel Sharon, qu'il n'a pas vu depuis le 20 juillet dernier.

Selon les médias israéliens, Ariel Sharon a annulé la rencontre après que les militants palestiniens des Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa eurent de nouveau rompu la trêve israélo-palestinienne, revendiquant une fusillade survenue dimanche soir sur une route entre Jérusalem et la Cisjordanie. Quatre personnes, une mère et trois enfants, ont été blessées.

De son côté, Mahmoud Abbas aurait annulé la rencontre à cause des désaccords persistant sur la libération des prisonniers palestiniens. Israël ne consent à libérer qu'une fraction seulement des 6000 Palestiniens.



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Our defence policy as political theatre

Mark F. Proudman
National Post Tuesday, August 05, 2003

Last week the Washington Times published a plaintive, not to say humiliating, column by Defence Minister John McCallum, in which he told our friends and allies that Canada's small military must focus its anti-terror efforts -- and that Afghanistan would be that focus. The subtext was that therefore we could not be expected to contribute to the controversial campaign in Iraq, though the four-letter "I" word was conspicuous by its absence from Mr. McCallum's column.

One point comes through clearly nonetheless: The Chrétien government, like most Canadian governments, thinks of defence policy as a source of talking points. At no stage do Canada's leaders sit around a table and seriously debate how to defeat the West's enemies. Instead, Canadian governments consider the impact our military deployments will have upon two audiences -- the internal political audience on the one hand and the external allied audience on the other. Our defence policy has an essentially theatrical character. It is designed only to create political perceptions among these two groups. Apparently Mr. McCallum imagines the Americans will not be so stupid as to ask whose fault it is that Canada's miniature army has been so long neglected. As historian Michael Bliss has argued in these pages, the Ottawa Liberals have deliberately run down the Armed Forces precisely because they do not wish to be placed in the position of making controversial decisions.

Our deliberately arranged weakness worked out conveniently during the Iraq war: Either the Liberals sent troops, thereby upsetting their core anti-American and Quebec supporters, or they refused to do so, further exacerbating our already parlous relations with the United States. So the Chrétien Liberals must have congratulated themselves on the decision to send a Canadian brigade to run the peacekeeping operation in Afghanistan. Here was an operation sanctioned by the United Nations -- that politically convenient left-liberal shibboleth -- but also favoured by the United States, and hence defensible as a contribution to the war against terror. It is also an operation that has used up pretty well all our deployable forces, so we cannot now be asked to do more.

A neat solution to a political problem, but it may well turn out to have been too clever by half. Our Australian and Polish allies, whose contributions in Iraq we might have emulated, have played an important role while suffering no casualties. Our Forces may be about to step from the potential frying pan of Iraq into the actual fire of an unstable Afghanistan.

The Liberal Mackenzie King government of the Second World War had a similar talking-point attitude to defence policy. Before Japan entered the war, King sent Canadian troops to defend Hong Kong. He could say that we were "doing our bit" while sending our troops a long way from the battle fronts of Europe and Africa. This attempt to avoid political controversy backfired. After the 1941 surprise attack on Pearl Harbor, our troops in Hong Kong were sitting ducks, far from any possible support, and thousands died in Japanese camps.

A similar episode played itself out in Europe. King insisted that Canadian troops remain under Canadian command in England, and not go the battlefields of North Africa. But after two years of inaction in England, both our troops and anglophone domestic opinion were becoming impatient. So King agreed to let Canadians take part in the 1942 attack on Dieppe, which was supposed to be a quick, bloodless and spectacular raid. Dieppe, as everyone but Mr. McCallum knows, was a bloody failure. Once again, an essentially dishonourable attempt to avoid casualties while playing to a political audience had backfired, and once again it did so to the cost of our troops. Mr. McCallum is playing the same game, for the same reasons, in Afghanistan today.

Dishonesty continued to be the leading characteristic of Liberal defence policy during the Cold War. Pierre Trudeau sat around the table with our allies and agreed to a defence spending target of 3% of GNP. Of course he was lying -- our government had no intention of meeting this obligation. The current NATO target is 2%, but of course the Liberals are still lying. Defence spending now sits at around 1% of GNP. Our focus on peacekeeping rather than combat has more to do with justifying these lies than with making any serious contribution to allied defences.

Mr. Chrétien's first response to Sept. 11 was to make speeches about multiculturalism. When that didn't play in English Canada, he pressed the Americans to accept a Canadian battalion for service in Afghanistan. One of Mr. McCallum's favourite talking points is now the disingenuous untruth that we were among the first to come forward.

Liberal defence policy has long shipped our troops -- loyal and enthusiastic young Canadians --around the globe in order to create talking points for Ottawa's political elite. This purely theatrical policy is a standing and historic betrayal of those keen young Canadians who volunteer to serve. Think of it as a Canadian tradition.

Mark F. Proudman studied Canadian history at McGill and is now working on a doctorate at Oxford.; mark.proudman@new.ox.ac.uk



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Canada, the moose that roared

JOSHUA KURLANTZICK
The Toronto Star Aug. 5, 2003

When I used to visit Montreal in the early 1990s, I feared walking in certain areas. At the time, unemployment topped 10 per cent, and entrepreneurial Montrealers were fleeing to the United States in droves.

In fact, nearly all of Canada was depressed, struggling through a recession and political tension over the potential separation of Quebec: In 1995, independence proponents fell less than one percentage point short of victory in a separatism referendum.

In populous areas, jobless Montrealers would harass pedestrians with archaic French curses until harassees parted with change. On one occasion, when I refused to give up my cash, several beggars pursued me in a slow-motion chase — trying to seem unafraid, I didn't want to run — until I reached an intersection I didn't recognize. I sprinted off.

Montreal has sobered up. Walking its streets last month, I saw few beggars but many yuppie couples; the city's unemployment rate has plummeted since the mid-'90s as its economy has boomed. Cranes dotted the skyline. At bars along St. Laurent, twentysomethings sucked down pricey martinis in a scene from Silicon Valley circa 1999.

And the rest of Canada is keeping pace with Montreal, delivering the West's most dynamic economic growth and some of its more dramatic political makeovers. Faced with spiralling budget deficits and low productivity, Canada's leaders restructured the economy in the late '90s, mixing limited tax cuts with balanced budgets.

Meanwhile, Canada's relatively weak currency has made its exports competitive; its continuing dedication to national social insurance programs, which save employers from health-care expenses, have encouraged business growth; and its incentives for high-value industries, such as biotechnology, have fostered innovation.

That Quebec appears to have given up separatist ambitions helps, too: Quebecers recently voted out of office the pro-independence Parti Québécois.

The results of these economic and political changes have been impressive. Canada posted the highest growth rates of any industrialized country last year, it added more than 500,000 new jobs in 2002, and it has become the only deficit-free Western nation.

In fact, though many Americans view their northern neighbour as an unchanging, frozen morass, Canada has emerged as a serious rival to America's role as the hemisphere's economic dynamo and champion of liberal political ideals. In posting strong growth while the United States struggles, Canada is demonstrating an alternative economic model: a major economy where, unlike in Europe, leaders reduce the power of the state and, unlike in the U.S., maintain enough of a safety net to give the poor a fighting chance.

Canada has always boasted a larger welfare state than the U.S., but, in the past, state intervention hindered growth so much that Canada could hardly claim to be a true rival. Now, perhaps it can. According to the New York Times, Canada's five major banks have spent more than $8 billion (U.S.) acquiring U.S. companies since 1996.

While its economy has grown, Canada also has begun to challenge the U.S. as the nation most dedicated to individual rights, a change from the past, when Canada was more economically liberal than the U.S. but more socially conservative.

According to Michael Adams, author of Fire And Ice: The United States, Canada, And The Myth Of Converging Values, Canadians are becoming more protective of individual freedoms than Americans. Canada's relatively recent adoption of a bill of rights seems to have made Canadians more protective of its guarantees, and the population growth of libertarian Western Canada has furthered this trend.

In the past five years, Canadian provinces have legalized same-sex marriage and decriminalized possession of cannabis. And, in contrast to the U.S., Canada has adopted more open policies on immigration — policies that may also bolster its economic growth as foreign talent flocks north. Toronto's population is more than 40 per cent foreign-born. Over all, 18 per cent of Canadians today are foreign-born, nearly twice the percentage of Americans.

Many foreign-born Canadians came north from the U.S., fearing America's tightening immigration policies: Since Sept. 11, 2001, thousands of educated Chinese and Indian workers on high-tech-sector U.S. visas have gone to Canada.

And Canada has become more confident. As one Canadian friend put it, whereas once his countrymen defined themselves by their opposition to the United States, today they pay less attention to the neighbouring giant. The Canadian government opposed the war in Iraq, and most Canadians opposed it as well; yet, in recent polls, more than 70 per cent of Canadians gave a favourable rating to the United States, showing that the run-up to the war had little impact up north.

Indeed, virtually no one I talked to in Montreal was interested in Iraq, and local newspapers largely focused on whether the Canadiens' goalie was a member of the Hells Angels gang.

The Canadian renaissance could still sour. Continued economic sluggishness in the United States may bring Canada down. But, even if the good times end, Canada has probably changed too much to go back. I don't think I'll have to sprint again in Montreal any time soon.

This is an edited version of a column that appeared in The New Republic, distributed by United Feature Syndicate, Inc.



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Yes the media are biased, but we just have to live with it

George Jonas
The Ottawa Citizen Monday, August 04, 2003

Unlike the CBC, which still makes the odd gesture, however feeble, to appear even-handed on topics such as the United States or the Middle East, the BBC has given up all pretense. The public broadcaster of Britain is openly hostile to the United States and Israel.

After watching both Crown corporations cover the evening news recently, I actually ended up preferring the undisguised anti-Americanism of the BBC. Hidden bias is like a concealed weapon. The CBC could ambush some innocent member of the audience. One runs no such risk with the BBC: It fairly trumpets where it's coming from.

Having noted this for the record, I most emphatically do not suggest that anything should be done about bias in the media, public or private. Consumers of information should expect political partiality whenever they switch on the tube or pick up a newspaper. It's something they need to educate themselves about, and then discount.

In 1996, U.S. Senator Bob Dole had the bad judgment of blaming the liberal media for his poor showing in the pre-election polls. It only made him sound like a sore loser. He was right about the tone of the media, though; it was liberal. A poll, much discussed at the time, found that a whopping 89 per cent of the journalists working in the mainstream U.S. media voted Democrat in the 1992 presidential elections. Only seven per cent voted Republican. Most journalists have been Clinton supporters all along.

This finding ought not to have surprised anyone who picked up, say, the New York Times or the Washington Post, or tuned in the CBS, NBC or ABC networks, not just during the 1990s, but in the last 30 years. Still, such polls have the merit of confirming the obvious. Many people who write and edit the nation's news organs, in print or on the air, happen to be centre-left, or left-of-centre. This has long been so in the U.S., and even more so in Canada.

As a result, many leading news organizations are left-wing in tone. No matter how skilled, meticulous and fair, journalists are human beings. Liberal or conservative, their work will reflect their political leanings. Anything else would be uncanny. The extent to which people's politics influence the way they gather and analyse the news varies with their personal and journalistic ethics, but partisan convictions and opinions always play at least a subtle role.

Is this wrong? No. I've no patience with those who think we should modify or re-engineer such human realities by some kind of "affirmative action" in political heterogeneity. I was appalled to hear, for instance, a Republican pundit argue on CNN some years ago that if news organizations select journalists for diversity in race or gender, they should also select them for diversity in their voting patterns.

Such a cure would be worse than the disease. Quizzing reporters or editors on how they voted in the last election in order to achieve a "balance" in the newsroom is a thoroughly repellent idea -- as bad as hiring for race or gender, if not worse. People should be hired and promoted for their abilities and skills, nothing else, and if liberal journalists happen to outnumber conservative journalists in a given historic period, so be it.

Canada's lib-left elite wouldn't agree with me; they'd half-agree with the Republican pundit on CNN. They'd call for some type of affirmative action -- not for conservatives, of course, but for themselves, if they thought their 89-to-seven-per-cent split were threatened.

About seven years ago, the CBC put on what it called a "documentary." It aired shortly after the Southam newspaper chain (now CanWest) had been acquired by Conrad Black. In the program, hosted by Joe Schlesinger, establishment lefties expressed outrage at the possibility that their near-monopoly on public opinion might be challenged. They felt Southam's new owner might hire the odd journalist who wasn't a member of the left-liberal club. Black could be just perverse enough to do this, especially if he thought the journalist in question might bolster circulation. At least Schlesinger wouldn't have put it past him.

Had anyone ever heard of anything as outrageous as this? The CBC clearly hadn't. The Southam chain owned several newspapers. For CBC types, this raised the terrifying spectre that in some future poll of Canada's newsrooms, a home-grown Clinton equivalent -- Sheila Copps, maybe? -- might only get 69 per cent of the vote, not 89 per cent.

Much as our left-liberals worship diversity, they were always determined to draw the line at that.

George Jonas is a Citizen columnist.