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Félix Leclerc, sans médailles

Jacques Bertin

LE DEVOIR vendredi 8 août 2003

À l'occasion du 15e anniversaire de la mort de Félix Leclerc, Le Devoir présente aujourd'hui en exclusivité quelques souvenirs et réflexions du journaliste et chanteur français Jacques Bertin, auteur de Félix Leclerc, le roi heureux, une biographie publiée pour la première fois en 1987.

Cinq ans, dix ans, quinze... Quoi de neuf, sur Félix? En France, malgré un bon nombre de fidélités éparses dans le pays, quinze ans après sa mort, Félix ne fait guère de bruit. Ce silence témoigne de la victoire absolue du show-business chez nous et de l'indifférence tout aussi absolue des pouvoirs publics, quels qu'ils soient et de quelque couleur politique qu'ils soient, à l'égard du patrimoine de la chanson française et francophone. Dans ce domaine, on a tout abandonné au monde des affaires, et il ne faut donc pas s'étonner que ce bulldozer trace son chemin avec grossièreté.

À l'occasion de cet anniversaire, chacun au Québec sera sans doute revenu sur les qualités - elles sont grandes - et les défauts de l'oeuvre de Félix. Et sur les qualités de l'homme. Elles étaient réelles. Il ne trichait pas, l'obsession du succès ne lui dictait pas ses mots. Certes, il s'aida de son habileté paysanne (cette fausse naïveté, qui était sa protection) pour jouer et se jouer des pièges de la célébrité. Et protéger son indépendance, sa vie privée, la liberté de son inspiration.

Son actualité pour moi ne se dément pas: à l'époque où la mondialisation culturelle est l'ennemie du genre humain et tandis que des communautarismes régressifs s'installent partout, Félix est un de ceux qui montrent le chemin: on peut être universel en étant local, l'homme à construire est de quelque part.

Un mot sur sa biographie. Dans celle-ci, des pans entiers de sa vie restent dans le flou, sur lesquels il me donnait sa version, forcément incomplète, toujours lyrique, souvent fantaisiste; il aurait été de mauvais goût que je coure illico vérifier. D'ailleurs, je ne cherchais qu'à le «retracer», le comprendre mieux; et surtout à livrer aux Français (pas aux Québécois, qui d'après moi n'en avaient pas besoin!) l'histoire du Québec du XXe siècle, à travers la vie d'un homme ordinaire - et extraordinaire. Sans doute cette biographie serait-elle à retravailler, un jour, par un autre. Mais le faut-il vraiment?

Parlons de l'humanisme de l'oeuvre. Le chant de Félix contient ceci: sa foi en la vie et en l'homme. La vibration de sa voix chante l'homme et le monde. Contrairement au cliché rebattu, on fait «de la bonne littérature avec de bons sentiments» pour la raison que tout homme honnête a, dans sa vie, suffisamment de souffrance et de passions pour que cela donne du poids à ses bons sentiments. Et par ailleurs, on fait très souvent de la mauvaise littérature, de mauvaises oeuvres d'art, avec de mauvais sentiments. Dénigrer l'homme, la beauté, les formes de foi en la vie, en l'avenir, ce n'est pas la garantie de la qualité! Une grande partie de la production artistique depuis quelques décennies est pourtant constituée de cette négation, de cet antihumanisme-là. Que nous restions depuis si longtemps muets, tous, à gober ces âneries, que la jeunesse, surtout, se laisse faire si aisément est étonnant.

Les Québécois pourraient s'interroger sur ce qu'ils ont fait de son message (il n'aurait pas aimé ce mot): la dignité, la noblesse des sentiments et des attitudes, la construction du pays, la foi dans le peuple. Ce n'est pas à moi de le faire pour eux.

Enfin, sans nullement souhaiter m'immiscer dans la vie québécoise, je voudrais glisser un mot en forme de supplique amicale: pas trop d'honneurs! Sinon, Félix pourrait bien finir par «tomber dans l'oubli en lettres majuscules», ainsi qu'il le disait lui-même. Les autoroutes lui conviennent moins que les sentiers de traverse. Épingler trop de médailles sur sa poitrine risque d'éloigner de lui, demain, les jeunes les plus ardents. Si l'on veut être fidèle, et fidèle à l'esprit de son oeuvre, peut-être vaudrait-il mieux laisser à l'affection des anonymes ou à l'intelligence fouineuse des prochaines générations le soin de faire vivre son souvenir... Il n'a pas vécu dans les salons, alors, ne l'y mettons pas, maintenant qu'il est mort.



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Le 15e anniversaire du décès de Félix Leclerc
- Une force qui résiste au temps

Plusieurs activités souligneront le départ de l'influent auteur-compositeur-interprète

Solange Lévesque

LE DEVOIR vendredi 8 août 2003

Plusieurs manifestations souligneront le 15e anniversaire de la mort de Félix Leclerc, décédé le 8 du 8e mois de 1988, à 8h8 -- une date qui a suscité moult commentaires, on le devine.

Les 15 ans écoulés depuis sa disparition commencent à nous donner une distance suffisante pour juger le rôle qu'il a joué dans l'évolution du Québec et de la chanson québécoise en particulier, comme auteur-compositeur-interprète mais aussi comme homme intègre et engagé. Son influence demeure sans doute plus large qu'on ne le croit.

Deux chanteurs qu'on a pu entendre au Festival de la chanson de Tadoussac et aux FrancoFolies de Montréal en témoignent. Chloé Sainte-Marie, dont l'aura d'interprète connaît une brillance croissante depuis Je pleure, tu pleures (99) et dont le récent CD Je marche à toi reçoit un accueil très favorable, n'a jamais rencontré Félix Leclerc. «À Saint-Eugène où j'ai grandi, c'est par la radio qu'on le connaissait, explique-t-elle. À l'école, on m'a fait lire ses contes et ses romans. Sans l'avoir jamais rencontré autrement qu'à travers ses oeuvres, j'ai toujours senti que c'était un homme libre, une vraie force, un artiste authentique qui n'a jamais fait de concessions au commerce et aux modes. Maintenant que je chante à mon tour, il demeure pour moi un modèle de liberté», affirme-t-elle.

Chloé Sainte-Marie et ses musiciens préparent un prochain album sur lequel elle continuera de faire entendre la parole de poètes québécois et innus à travers la voix fraîche et l'approche juste et inventive qui la caractérisent.

Steve Normandin avait 11 ans en 88. Lui aussi occupe une niche à part, avec son répertoire original (comprenant des chansons d'époques diverses), son dynamisme et ses accompagnements au piano et à l'accordéon. «Son engagement politique m'inspire. Il m'a beaucoup marqué; il a innové en créant des personnages qui font de ses chansons de petites pièces de théâtre : Bozo, Jos "l'habitant du fond d'l'île d'Orléans", MacPherson, l'amoureux du Petit bonheur, etc. Il y a chez lui une qualité d'écriture musicale remarquable, beaucoup de fantaisie et un grand humanisme qui font de lui un artiste intemporel.» Steve Normandin revient d'une tournée à travers l'est du Québec; il travaille actuellement avec Robert Lepage pour un spectacle inspiré de The Beggar's Opera (1728), du poète dramatique anglais John Gay.

Le flâneur

Un an après son ouverture, l'Espace Félix-Leclerc inaugurera aujourd'hui le Sentier du flâneur, un sentier en pleine nature aménagé entre l'Espace lui-même et les battures du Saint-Laurent. À travers les citations du poète qui le jalonnent, il rappellera son attachement pour le fleuve, les champs, les oiseaux et les marées qui l'ont inspiré dans l'écriture de son roman Le Fou de l'ile, entre autres. L'Espace Félix-Leclerc présente également ce soir un récital hommage consacré à ses chansons, dans lequel on pourra entendre les interprètes Fabiola Toupin et Gaëtan Leclerc, neveu de Félix.

À Montréal, la boîte à chanson La Butte Saint-Jacques célèbre à sa façon ce 15e anniversaire en offrant une soirée hommage pendant laquelle Luc Gauthier interprétera une trentaine de chansons méconnues de Félix Leclerc, dont l'une porte, notamment, sur Manic 5. Luc Gauthier a été révélé à la direction lors des soirées Les Découvertes de la chanson Boréale présentées les lundis et mardis soir à 20h00 à La Butte, et qui constituent «un anti-Star Académie, selon son directeur Daniel Rolland, car ces soirées sont ouvertes à des interprètes de tous les âges et de toutes les langues qui sont choisis sur auditions.»

En demande

Les témoignages d'une dizaine de libraires et de deux grands disquaires montréalais interrogés concordent : les oeuvres et les disques de Félix se vendent avec régularité, surtout les premiers enregistrements, avec des hausses dès qu'un film, une exposition, une émission ou un spectacle ayant trait à sa vie ou à son oeuvre sont diffusés. Le Fou de l'île, Pieds nus dans l'aube, Adagio, Allegro, Andante ainsi que Le Petit Livre bleu de Félix constituent les titres les plus vendus, autant dans les librairies d'occasion que dans les autres. Après avoir été une «locomotive» des éditions Fides pendant des années, Félix Leclerc demeure l'un des auteurs les plus demandés dans la collection de poche BQ.

Quant aux albums CD, le coffret Heureux qui comme Félix : une histoire de Félix Leclerc, édité chez GSI en 97, la compilation Au petit bonheur chez Philips, ainsi que Je me souviens, coffret réunissant chansons et entrevues, sont très prisés. Parions que le récent coffret Pieds nus dans l'aube (extraits du roman lus par l'auteur) et L'Héritage de Félix Leclerc, une nouvelle compilation (incluant un duo avec Diane Dufresne) prévue pour septembre (tous deux chez ULM), trouveront également leur public.

Demain soir à 21h, ARTV présente Félix Leclerc en récital, enregistrement d'un spectacle intime donné en 1974 par Félix Leclerc.

Espace Félix-Leclerc : (418) 828-1682.

La Butte Saint-Jacques : (514) 768-9534.

ARTV, le samedi 9 août de 21h à 22h : Félix Leclerc en récital



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Sur le seuil d'une percée? :
Le cinéma de genre québécois semble prêt à sortir de la clandestinité

Chantal Guy
La Presse vendredi 8 août 2003

UNE PROJECTION spéciale aura lieu demain soir dans le cadre de Fantasia. À 23 h 55, le public éclectique de ce festival international consacré au cinéma fantastique et d'horreur pourra voir deux mois avant sa sortie officielle le film Sur le seuil d'Éric Tessier, mettant en vedette Patrick Huard et Michel Côté, très attendu des amateurs du genre, puisqu'il est considéré par certains comme l'un des premiers films d'horreur québécois de langue française.

Il est vrai que notre cinématographie ne peut se vanter d'avoir connu une véritable vague dans ce domaine. Mis à part les tentatives d'Yves Simoneau (Dans le ventre du dragon), qui a dû s'expatrier pour tourner plus souvent, les Karmina de Gabriel Pelletier, qui s'avéraient plus des comédies que des films fantastiques, des thrillers qui flirtent avec l'épouvante comme Le Collectionneur de Jean Beaudin ou même la télésérie Fortier de Fabienne Larouche, seul Le Marais de Kim Nguyen a récemment nagé dans ces eaux. Auquel on ajoutera Sur le seuil - inspiré du roman de celui qu'on compare ici à Stephen King, Patrick Sénécal - qui, s'il remporte le succès escompté, pourrait bien ouvrir la porte à d'autres productions du même acabit.

Éric Tessier a tenu à offrir ce cadeau au public de Fantasia qui l'a déjà récompensé pour son court métrage Viens dehors! en 1998. "Je considère que c'est un juste retour des choses, dit-il. Et puis, c'est un public très ciblé pour créer un buzz. Des gens m'ont pressenti à Fantasia pour savoir quand le film allait sortir. Je sens une attente." Le réalisateur n'ose pourtant pas encore qualifier catégoriquement son film. "Je dirais que c'est un croisement entre plusieurs genres, explique-t-il. Il y a de l'horreur, du suspense, un peu de fantastique, du policier. C'est un mélange."

Bien malin celui qui parviendra à dire quelle est au juste la raison - à part l'éternelle question du financement - qui explique la rareté du cinéma de genre autre que la comédie au Québec. On a pourtant connu notre lot de films érotiques dans les années 70, mais personne n'a encore pris sa caméra pour tourner un Massacre à la cabane à sucre, par exemple, qui aurait pu provoquer la même frénésie scandaleuse que Valérie ou Deux femmes en or.

Il y a cependant une nouvelle génération nourrie aux films gore de série B, aux Star Wars et autres séries de science-fiction, qui se rue sur les programmes de Fantasia et a contribué grandement au succès des Matrix et Lord of the Rings aux guichets québécois. La démocratisation des moyens de production, grâce aux technologies numériques, les fait rêver. Steve Landry, alias Carnior, membre du groupe Phylactère Cola qui a sévi un temps sur les ondes de Télé-Québec, en fait partie. Il organise depuis six ans le Festival Vitesse Lumière à Québec, consacré aux courts métrages québécois indépendants ayant pour thème la science-fiction, le fantastique ou l'horreur. "C'est dans l'underground que ça se passe, confirme-t-il. Chaque année, on doit refuser des gens."

Des amateurs comme des professionnels, qui sont majoritairement dans la vingtaine et la trentaine. "J'ai 37 ans et les gens de mon âge ont tous été bercés, dans leur enfance, par des productions un peu surréalistes comme Les Oraliens ou Sol et Gobelet, dit Éric Tessier.

On jouait beaucoup avec le fantastique et il n'y avait pas cette obligation de réalisme comme dans Watatatow. On transcendait la réalité pour dire autre chose et il y a une espèce de liberté là-dedans qui est magnifique!"

"J'ai entendu Rémy Girard dire quelque chose de très intéressant à ce sujet, raconte Carnior. Vu la petitesse du marché au Québec, nos acteurs se retrouvent à la télé, au cinéma, dans les pubs. Ils font partie de la famille. Le public n'est pas prêt à voir ses icônes se faire décapiter dans un film d'horreur!" Mais il refuse de croire que les cinéphiles ne peuvent être intéressés par le cinéma de genre made in Quebec. "Il y en a qui affirment que ça ne fait pas partie de notre culture et de notre histoire, alors que nous avons un vieux folklore et une longue tradition de conteurs. Il faut pouvoir s'approprier cette tradition dans notre cinéma."

La maturité est dans la diversité

Jarrett Mann, organisateur du Festival Spasm, qui célèbrera sa deuxième année à l'Halloween, est dans la même mouvance. Son festival, qui diffuse des courts métrages d'horreur québécois, a connu l'an dernier un succès qui le surprend. "Il y a vraiment un public, dit-il. Nous avons fait salle comble au Club Soda pour la première année, qui ressemblait plus à un party qu'à un festival! Avec Kino, Prends ça court, Vitesse Lumière et Spasm, les créateurs n'ont pas besoin de l'approbation des décideurs. Je suis convaincu que c'est le cinéma de genre en particulier qui profitera de cette manne. Et, à mon avis, ça permettra à notre cinéma de s'assumer encore plus. On a de la difficulté à aborder le genre sans faire de l'humour, sans tourner ça en joke, parce qu'on ne se prend pas au sérieux là-dedans. Pour être sérieux, il faut faire du cinéma d'auteur. Si Cronenberg avait été Québécois, ça aurait peut-être changé les choses."

Jarrett Mann va même plus loin: pour lui, il s'agit d'une étape psychologique de notre cinématographie. "Être capable de se prendre au sérieux en faisant un film fantastique ou de science-fiction, ce sera faire preuve de maturité, en ayant plus confiance en nos moyens." Et des moyens, il y en a. Carnior et Jarrett soulignent que c'est au Québec qu'ont été mis au point les meilleurs logiciels d'effets spéciaux, utilisés surtout par le cinéma américain.

Le cinéaste Jean-Claude Lord a bien tenté de faire du cinéma de genre au cours de sa carrière. On le lui a bien reproché. "J'étais tout le temps assis entre deux chaises, dit le réalisateur de Bingo, Panique et Visiting Hours. Les producteurs trouvaient que je faisais trop dans la politique et les critiques trouvaient que je brûlais mes sujets en voulant être trop populaire. J'ai dû tourner en anglais."

Le routier est très pragmatique quand il parle du financement d'un film au Québec, et plus particulièrement d'un film de genre. "Actuellement, je dirais que la tendance des décideurs va aux films qui ont un bon potentiel commercial et à des films à petit budget qui donnent une respectabilité en remportant des prix dans des festivals internationaux. Nous avons eu une année exceptionnelle à ce chapitre, mais on ne peut pas juger sur une année. Ça reste encore à voir. Tout ça pour dire que ça prend tellement de temps et d'énergie à monter un projet que les producteurs et les créateurs mettent surtout leurs efforts sur un scénario qui aura des chances d'être apprécié par les décideurs."

Et les films d'horreur et de science-fiction n'en font pas partie. Pas évident que la SODEC ou Téléfilm Canada acceptera de prendre le risque de financer avec les fonds publics un film où l'on voit des zombies manger les braves citoyens. Mais Jean-Claude Lord est lui-même enthousiaste pour la jeune génération qui bénéficie des nouvelles technologies. "Quand j'ai commencé en tournant en 8mm, ça coûtait une fortune! Les jeunes peuvent aujourd'hui expérimenter avec des outils bien plus perfectionnés et abordables, sans se colleter aux lourdes structures gouvernementales, qui sont encore plus lourdes qu'à mes débuts. En tout cas, ce qui se passe ces temps-ci est très bon pour tout le monde et j'espère bien faire partie de la gang!"

Que pourrait apporter le cinéma de genre à notre cinématographie, selon ces adeptes? Ce serait une façon d'explorer autrement notre imaginaire collectif. "Mais l'horreur, c'est comme l'enfant maudit du cinéma québécois, parce qu'on juge qu'il ne véhicule pas de discours, dit Carnior. En ce qui me concerne, j'aimerais qu'on soit capable de faire de l'anticipation et voir un film qui se passe à Montréal en 2035!" Jarrett est du même avis: "Il n'y a rien de mal à passer un message dans un film autre que réaliste. Il y a tellement de gens créatifs ici qu'on peut rivaliser avec n'importe quel autre cinéma." "Le genre n'est pas l'apanage des Américains, croit Éric Tessier. Quand j'ai lu le roman de Patrick Sénécal, j'ai pu voir que toutes les références étaient québécoises. Le mal vient un peu de la Grande Noirceur, de l'Église catholique, etc."

Fantasia a attiré cette année près de 75 000 cinéphiles et on leur offrira deux soirées supplémentaires de projection (des deux pour un, en plus!), souligne son directeur, Pierre Corbeil. Pas mal pour un festival qui ne reçoit aucune subvention. Fantasia n'est financé que par des commanditaires et la vente de billets. "Nous ne correspondons pas aux critères des organismes qui financent les festivals, explique-t-il. Même à la SEMIQ (Société des événements majeurs internationaux du Québec), supposée aider les événements émergents. Nous n'avons pas assez de contenu canadien et francophone." La nouvelle génération de créateurs pourrait bien faire changer les choses et nous faire voir autrement que comme des Star Wars Kids!

FANTASIA se poursuit jusqu'au 10 août, soirées supplémentaires le 11 et le 12. Infos: www.fantasiafestival.com

LE FESTIVAL SPASM, le 31 octobre et le 1er novembre. www.spasm.ca/festival.html

LE FESTIVAL VITESSE LUMIÈRE aura lieu en mai. www.vitesselumiere.org



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Une autre mondialisation en marche?

Louis Favreau
Sociologue, Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités, Université du Québec en Outaouais

LE DEVOIR vendredi 8 août 2003

Libre opinion: Le Québec sera l'hôte en septembre de la Commission internationale de liaison du Réseau intercontinental de promotion de l'économie sociale et solidaire (RIPESS) et l'hôte d'une importante conférence internationale sur le thème «Nord et Sud dans la mondialisation: quelles alternatives?», à l'Université du Québec en Outaouais. Au même moment, le Groupe d'économie solidaire du Québec (GESQ), en collaboration avec le Conseil de la coopération du Québec et le Chantier de l'économie sociale, tiendra un important forum des réseaux québécois d'économie sociale et de coopération internationale. Un tel effort de recherche de solutions de rechange socio-économiques et politiques à l'échelle internationale mérite l'attention, dans un contexte où l'omniprésence américaine semble occuper tout le terrain. Car rien n'est plus faux que l'idée d'une mondialisation en cours qui serait un ensemble unique de processus.

Après l'intervention militaire américaine en Irak et la guerre redevenue une réalité centrale dans le monde, après la façon cavalière des États-Unis de se défaire du multilatéralisme en matière de coopération entre États, une autre mondialisation est-elle possible ? C'est la question que beaucoup de gens se posent. Quelles sont les nouvelles pièces du «puzzle» international qui se mettent en place ? Par-delà les manifestations pour la paix dans la rue, au Québec comme dans nombre de pays d'Europe et aux États-Unis mêmes, de nouveaux réseaux s'organisent dans la durée. Des réseaux internationaux nouveaux tissent leur toile en s'appuyant sur des milliers d'initiatives économiques autres, au Nord et au Sud, initiatives qui refont le monde, localement du moins, en s'inscrivant dans un mouvement plus vaste de la société civile qui se mobilise au plan international.

En outre, des sociétés (et leur État respectif) sont en quête d'un développement autre par une économie plurielle et des formes nouvelles de démocratie politique. C'est le cas du Brésil de Lula ou de l'Afrique du Sud. «Last but not least», des coopérations internationales québécoises innovatrices se font également jour. Un mouvement citoyen international a donc commencé à se faire entendre mais surtout à s'organiser sur ses propres bases pour animer et construire des voies de rechange à la mondialisation néolibérale.

Certes, ce sont des temps d'incertitude, de gouvernance mondiale en crise, de fatigue de l'aide publique au développement, de catastrophes écologiques appréhendées..., ce sont des temps de guerre au nom, dit-on, de la démocratie et du développement et ce sont des temps de consensus mous autour de notions comme celles de «participation», de «société civile», de «démocratie», de «développement» dans les institutions internationales. Mais ce sont aussi des temps de recherche, au sein des mouvements sociaux, du passage d'une position d'«anti-mondialisation» à une posture d'«alter-mondialisation», des temps pour donner un contenu nouveau à ces notions d'abord venues des mouvements sociaux, mais reprises et édulcorées par les grandes institutions économiques internationales. Ici et là, en Afrique, en Asie, en Amérique latine comme en Europe et au Québec, des organisations et des réseaux leur redonnent un sens plein et une force de mobilisation et de transformation sociale. [...]

Si les expériences sont très localisées au départ, elles ont su, sur une période assez longue, changer non seulement leur milieu immédiat, mais également changer le monde en changeant d'échelle d'action pour brancher ce «local» sur le «global». Ces expériences comme des milliers d'autres ont la faculté d'avoir un intérêt planétaire parce qu'elles ont en commun d'ouvrir un avenir partageable, que l'on soit au Nord ou au Sud, en mettant en relief de nouveaux modes d'organisation collective, de nouveaux rapports entre le «social» et l'«économique» et de nouveaux rapports entre l'«économique» et le «politique» à travers la construction de nouveaux espaces publics.

Les programmes d'ajustement structurel du FMI ont en effet ouvert une brèche dans les modèles de développement déjà présents dans les pays du Sud, ce qui a durement secoué les États et les populations qui en ont subi le contrecoup. On a alors assisté à la montée en puissance d'une économie dite informelle. Mais la société civile a utilisé cette brèche en donnant naissance à des innovations économiques et sociales en création de richesses. Ce faisant, ces innovations ont favorisé la relance des économies locales, notamment au sein des espaces délaissés par le développement économique dominant. Moins durement bouleversées mais néanmoins touchées, les sociétés du Nord ont aussi vécu des ruptures (crise de l'emploi, crise de la production de services collectifs dans les communautés, etc.) qui ont amené, par des pratiques souvent inédites, à la remise en question de leur modèle de développement.

Et ces pratiques d'économie populaire et de développement des territoires, d'économie sociale et solidaire, de développement local et régional, de démocratie participative... et de «mondialisation par le bas» ont finalement donné lieu, avec des résultats variables évidemment, à la remise en question des anciens contrats sociaux nationaux (au Nord et au Sud), voire aidé à modifier les politiques de certaines institutions internationales (BIT, PNUD). Simultanément, ces pratiques sont venues rejoindre les revendications portées par des mouvements sociaux internationaux sur l'annulation de la dette des pays les moins avancés, la réforme de l'ONU et surtout des institutions financières internationales, la lutte pour la taxation des flux financiers, l'accès de tous aux services de base (accès à l'eau potable, aux services sociaux et de santé, aux services d'éducation, etc.).

Des thèmes socio-économiques adossés à d'autres plus sociopolitiques traduisent ainsi de nouvelles dynamiques d'acteurs collectifs, s'appuyant notamment sur des mouvements associatifs, coopératifs et syndicaux, des ONG, des gouvernements locaux et des associations de producteurs : regroupements villageois, municipalités mettant en oeuvre des politiques de décentralisation («budgets participatifs», «conseils de quartier»), finances solidaires, mutuelles d'épargne et de crédit ou mutuelles de santé, nouveaux services de proximité, réseaux locaux d'entrepreneurs (TPE et PME), diasporas devenues agents de développement, nouvelles formes de coopération internationale (plus décentralisée, plus partenariale)... Non, ce début de siècle n'est pas nécessairement désespérant car des stratégies et des politiques inédites de développement surgissent à partir d'innovations économiques et sociales issues de communautés locales, de gouvernements locaux ou même d'États en réponse à des enjeux locaux, mais aussi en réponse aux dérives provoquées par la mondialisation en cours. Bref, de nouvelles régulations par le bas se sont faites jour et interagissent avec les États, lesquels demeurent -- quoiqu'en disent les néolibéraux de la Banque mondiale et, chez nous, ceux de l'ACDI (Josée Boileau, Le Devoir, 10-08-03) -- des régulateurs indispensables, surtout lorsqu'ils cohabitent activement avec leur société civile pour créer de nouvelles filières de développement.



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Pour un discours équilibré sur Israël

Les Israéliens savent qu'à trop chercher la justice, on n'obtient jamais la paix; comme j'aimerais que les Palestiniens et les critiques d'Israël saisissent cette nuance fondamentale

Michael Laughrea
B.Sc., M.Sc., M.Phil., Ph.D. Chercheur à l'Institut Lady-Davis pour la recherche médicale, Hôpital général juif, professeur à la faculté de médecine de l'université McGill.

LE DEVOIR vendredi 8 août 2003

Messieurs Gill et Gaumond, dans leurs récents articles sur Israël, considèrent en substance qu'il y a deux sortes de démocraties: les honorables et les méprisables. Les honorables sont imparfaites, mais leurs imperfections résident dans des points de détail «qui s'expliquent» et se comprennent, disent-ils.

Par exemple, certaines ne donneront pas le droit de vote aux prisonniers, auront un même parti continuellement, ou presque, au pouvoir (le Mexique), auront parfois un parti au pouvoir ayant reçu moins de votes que le parti relégué dans l'opposition (le Québec), refuseront de donner le droit de vote à un ensemble de ressortissants, même si 100 % d'entre eux le demandaient (les États-Unis et leurs citoyens américains qui se nomment Portoricains), limiteront les droits d'une certaine partie de la population, fût-elle même la majorité (le Québec et le choix de l'école publique par les parents non anglophones), interneront dans des camps de concentration certains ressortissants (le Canada et les Canadiens d'origine japonaise durant la Deuxième Guerre mondiale), n'encourageront pas la survie de certaines langues minoritaires (la France, le Québec), seront plus ou moins laïques ou plus ou moins religieuses, enverront des tanks dans les rues dès que les attentats terroristes dépassent le seuil tolérable, c'est-à-dire une quantité de morts qui se compte sur le cinquième des doigts d'une seule main (le Canada en 1970).

Ces démocraties honorables seront sans doute critiquées, mais jamais MM. Gaumond et Gill ne diront que leurs vices sont «irréparables», «fondamentaux» ou «criminels». Cette marque d'opprobre est réservée à Israël, qu'ils placent dans la catégorie des démocraties méprisables. De surcroît, et ici nous nageons en plein surréalisme, Israël y fait figure solitaire, puisque nos intervenants ne mettent explicitement dans cette catégorie, à part Israël, que deux régimes disparus : l'Afrique du Sud d'il y a 25 ans et la «démocratie» nazie. Rien ne justifie de tels anathèmes pour quiconque a la discipline de voir les choses telles qu'elles sont, une discipline, je l'admets, non aisément maîtrisée puisque, par exemple, M. Gaumond n'arrive à transcrire correctement qu'une seule voyelle et aucune consonne de mon nom (il s'agissait sans doute «des opinions et des émotions» que lui inspirait mon nom : il voulait y voir plus de racines juives qu'il n'en contenait).

Les faits les plus fondamentaux

Il serait trop long de corriger les erreurs capitales, les faussetés tragiques et les écarts de langage intolérables contenus dans le texte de Gaumond (il y en a au moins vingt-sept dispersés «équitablement» à travers tout son texte). Rétablissons simplement les faits les plus fondamentaux. Il n'y a pas plus de défaut de principe dans la démocratie israélienne que dans les grandes démocraties d'Europe et d'Amérique. Chacune de ces démocraties varie de la voisine sur des points de détail. La démocratie israélienne se classe favorablement parmi les démocraties mondiales; très favorablement quand on la remet dans son contexte : un pays en guerre, situé hors Europe et hors Amérique du Nord et entouré de régimes non démocratiques, dont certains encouragent ouvertement le terrorisme ou la disparition d'Israël (rappelons que les guerres sont plutôt rares entre régimes démocratiques). Il peut y avoir, selon les goûts, beaucoup ou peu à réparer dans la démocratie israélienne, mais ni plus ni moins que dans les démocraties québécoise, française ou américaine, et très probablement moins que dans la plupart des démocraties asiatiques.

Imaginez

Avant que ne soit dit un seul mot sur Israël, j'invite le lecteur à faire l'inversion suivante. Imaginez qu'Israël soit le seul pays arabe et musulman au monde, qu'il soit plus petit que le lac Érié ou l'Albanie, que ses six millions d'habitants soient encerclés par 20 pays, tous majoritairement juifs, collectivement 600 fois plus grands, 50 fois plus peuplés et disposant des plus grandes réserves de pétrole au monde. Vos compassions deviendraient-elles soudainement inversées, ou du moins singulièrement modifiées ?

Si oui, c'est à vous que le dicton «le silence est d'or» s'applique. À ceux qui répondent non, je soumets quelques brèves et aléatoires réflexions. Si vous favorisez le partage de Jérusalem sous prétexte qu'elle est la troisième ou quatrième ville de l'islam, militez aussi pour le partage d'Hébron, troisième ville du judaïsme. Ou favorisez un compromis honorable : Jérusalem aux juifs et Hébron aux musulmans. Si les mortalités de l'intifada vous intéressent, ayez la décence de distinguer entre combattants et non-combattants, entre morts causées par le côté adverse et par soi-même (les dits «attentats suicide»).

Vous trouvez cet exercice trop ambigu ? Comparez simplement le nombre des mortalités féminines israéliennes à celui des mortalités féminines palestiniennes : vous verrez que le côté le plus meurtrier n'est pas celui que l'Agence France-Presse, la BBC ou Le Monde nous laissent croire et que la violence ne parcourt pas là-bas un «cycle», mais une trajectoire singulièrement uni-directionnelle. Une fois cet exercice fait, vous serez dégoûté par l'expression impropre «kamikaze commettant un attentat suicide» (le kamikaze ne s'attaque qu'à des militaires) et la remplacerez par «islamikaze commettant un attentat massacre» (les auteurs d'attentats massacre sont, à ce jour, tous musulmans, et le but du terroriste n'était pas le suicide, mais le massacre). Le comportement d'une minorité significative de Palestiniens exige la création de certains néologismes pour décrire les choses telles qu'elles sont.

«Le monde repose sur trois choses : la vérité, la justice et la paix», nous dit un passage de la contribution intellectuelle la plus significative de la Palestine au monde depuis 1900 ans (il s'agit, bien sûr, du Talmud palestinien, écrit sans bénéfice de l'arabe; sera-t-il lecture obligatoire dans un hypothétique État palestinien soucieux de son histoire et de la transmission des oeuvres les plus classiques produites sur son territoire ?). Les Israéliens savent depuis plusieurs décennies que, à trop chercher la justice, on n'obtient jamais la paix; comme j'aimerais que les Palestiniens et les critiques d'Israël saisissent cette nuance fondamentale.



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La ville-chimère

Mario Roy
La Presse vendredi 8 août 2003

Éditorial - Un projet de fusion qui a démarré sur les chapeaux de roues et s'est finalement goupillé dans l'improvisation. Après le changement de gouvernement à Québec, une situation tout de suite devenue équivoque, à peu près intenable. Enfin, au niveau municipal, un mode démocratique historiquement axé- depuis au moins Camilien Houde- sur des "personnalités", des conjonctures, des alliances ad hoc, et non sur des partis bien ancrés, pourvus d'une base solide ainsi que d'une certaine homogénéité idéologique...

Voilà de fort savoureux ingrédients pour concocter la recette de la faillite. La faillite d'"une île, une ville". La faillite du grand Montréal.

Depuis deux jours, le parti du maire Gérald Tremblay, l'Union des citoyens de l'île de Montréal, s'est déchiré derrière des portes closes autour du pouvoir ultime dévolu aux élus, un pouvoir sans lequel ils n'existent pas: celui de taxer.

Comment en être étonné?

Voilà un parti au pouvoir, donc chargé de défendre une ville, sa ville. Mais un parti notamment et notoirement composé de gens qui n'en veulent pas. Et un parti essentiellement bâti autour d'un homme (comme le furent le Parti civique de Jean Drapeau, le Rassemblement des citoyens de Jean Doré et... l'Équipe Bourque de Pierre Bourque!), dont on se demande aujourd'hui s'il a jamais eu une idée claire, avant même d'être élu, de la façon dont il pourrait s'extraire de ce bourbier.

À sa défense, il est vrai qu'on ne lui a pas facilité la tâche.

Par exemple, dès le départ, le projet de fusion initié par le gouvernement du Parti québécois prit le chemin de traverse du rapport Bernard. Lequel recommandait la construction d'un complexe édifice multi-niveaux équivalant à la création d'un quatrième palier de gouvernement et sur lequel s'appuient plus ou moins, aujourd'hui, les "défusionnistes". Sans doute Louis Bernard, qui a la fibre politique hyper-développée, avait-il exactement prévu ce qui se produit aujourd'hui.

Puis vinrent les libéraux de Jean Charest, incapables de se libérer de leur promesse d'ouvrir la voie à la... déconstruction démocratiquement décidée!

De sorte que, au total, aucun problème n'est aujourd'hui résolu. Et, dans les faits, la grande ville n'existe toujours pas. Car une entité politique ne tire son existence que de la reconnaissance réelle, consensuelle, totale, qu'on lui attribue. Depuis la fusion, cette reconnaissance ne s'est jamais manifestée.

Et on peut avoir la triste impression que, loin de cheminer vers elle, on s'en éloigne.

mroy@lapresse.ca



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Chips off the old Bloc

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette Friday, August 08, 2003

It's summer or something like it, but there seems to be no shortage of backroom intrigue in the wonderful world of politics. Rumour has it that even the nearly invisible Bloc Québécois has entered the maelstrom of a possible leadership putsch.

One crucial reason for the putsch talk is the mounting anger within party ranks over the decline in the number of Bloc seats in the House of Commons. Ten years after its first federal election in 1993 when it formed the official opposition with more than 50 seats, it's now gone down to a mere 34 MPs.

As the Bloc stands to lose even more seats in the general election expected next spring, some party members are growing weary of passively whistling through the graveyard. Tired of current leader Gilles Duceppe, whom they hold responsible, and fearing a potential Paul Martin effect on Quebecers, some Bloquistes have launched a petition calling for Duceppe's resignation and a quick leadership race.

Rightly or wrongly, Duceppe is perceived by a growing number of party members as a bland yet overly authoritarian leader surrounded by a small clique of control freaks who stifle debates within the caucus and the party. Sort of like Lucien Bouchard but without the charisma.

Yet chances are Duceppe will survive these rumblings, if only because those who want him out would rather have him be responsible for a further loss of Bloc seats in the next election than sacrifice a new leader in front of Paul Martin. The reality is this: If the Bloc plummets further in the next election, Duceppe will have no choice but to resign anyway. He would then suffer the normal political death brought on by the polls, and not the painful, ugly putsch his predecessor, Michel Gauthier, had to endure.

In the meantime, life goes on. The Bloc backroom boys are getting busy while leadership contenders discreetly prepare for what they see as Duceppe's inevitable exit next year. The usual suspects are being talked about: Pierre Paquette, Yvan Loubier or the young Bernard Bigras. Now that Bernard Landry has said no to a Parti Québécois leadership race in the near future, even the notoriously ambitious François Legault has been seen courting some high-profile Bloc MPs.

By some coincidence, Jean-François Lisée, former Bouchard adviser and Legault supporter after Bouchard resigned, has let it be known he's coming back to Quebec, after a year in Paris, as a "citoyen engagé." Like Legault, a former businessman who's now posing as a born-again social democrat, Lisée is reinventing himself as a "left of centre reformist" - whatever that means. Given that Legault was brought into the PQ by Bouchard, with whom he shared a complete lack of interest in pushing for sovereignty, and given that Lisée penned a book (Sortie de secours) that suggested the PQ give a last chance to federalism, they could make a perfectly happy political couple. And that's regardless of whether Legault runs for the Bloc leadership next year or decides to wait out Landry.

The Legaults and Lisées are but a symptom of what's been eating at the Bloc and the PQ since the last referendum: the virage away from sovereignty as the main focus of both parties. So they continue to suffer from decreasing support of many sovereignists who no longer see them as credible defenders of their option.

Gone are the days when Jacques Parizeau called the Bloc the "spearhead" of the sovereignist movement. In the summer leaflet sent to his constituents, Duceppe pledges his full support to Jean Charest in the fight against fiscal imbalance and mentions sovereignty only at the end of his message.

Glued to the PQ, which itself is stuck with a leader who also prefers debating fiscal imbalance, the Bloc follows in the footsteps of its provincial Big Brother. Both parties are inextricably taken with federal-provincial matters instead of promoting their own option. Some PQ spokespeople are even publishing articles that debate Charest's Council of the Federation by mourning Robert Bourassa's more "autonomist" position, all the while not saying a word about sovereignty. That might be fine for a political science assignment, but it fails Politics 101.

As for the Bloc, although some of its MPs remain strong sovereignists, the party has become a good little opposition party that learned to play by federal rules. It has traded a forceful defence of its option for the more traditional nationalist rhetoric of the "defence of Quebec's interests." In a message posted on the Bloc Web site, Duceppe even underlines what he calls the "many successes" his party has had this year "because many of the positions we have defended for a long time have been adopted by the federal government." Thus, the Bloc rejoices in helping the Liberals govern Canada just a bit better.

Oh, well, it just goes with the awful summer we've been having.