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Jean Charest et son programme conservateur
- Le Parti libéral du Québec disparaîtra-t-il?
Guy Lachapelle
Professeur titulaire au département de science politique de l'université Concordia
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 septembre 2003
Après chaque défaite électorale du Parti québécois, les exégètes d'Ottawa et du Canada sont toujours prompts à monter aux tribunes pour affirmer la mort du projet souverainiste. Le Canada anglais s'endort à chaque occasion sous les mêmes berceuses fédéralistes, qu'elles soient murmurées par des Stephen Harper ou par des Stéphane Dion. Et pourtant, depuis le 14 avril dernier, c'est bel et bien le Parti libéral du Québec qui est en train de disparaître.
Depuis son élection comme premier ministre du Québec, Jean Charest multiplie les annonces qui devraient pourtant laisser songeurs les militants libéraux. Pour ceux qui croient encore que la défense des intérêts du Québec devait être la première priorité de nos élus, le «nouveau» Parti libéral du Québec semble plutôt guidé par des principes «libéraux» habillés à la mode conservatrice.
Dès son élection, Jean Charest s'est entouré, au sein de son cabinet, de personnes issues de la filière conservatrice et ayant travaillé avec lui pendant l'ère Mulroney à Ottawa. Son conseil des ministres est d'ailleurs formé de plusieurs partisans ou militants conservateurs. Avec le «limogeage» de Pierre Paradis, Jean Charest a voulu envoyer un message clair à ses ministres et députés : il n'y a plus de place au PLQ pour les «nationalistes» qui souhaitent poursuivre, par exemple, les efforts d'un Robert Bourassa. Pour ceux qui ne l'ont pas compris, prenez bonne note : le Québec rentre dans le rang.
Le monde a changé
Les premiers gestes et les premières annonces du gouvernement Charest en ce sens n'ont d'ailleurs pas tardé depuis quatre mois. Dans son vaste programme dit de «réingénierie de l'État québécois» se profile un autre principe néolibéral : que vous soyez chef d'entreprise, fonctionnaire, artiste ou simple citoyen, ne comptez plus sur le gouvernement du Québec pour vous aider. Pendant que de nombreux États américains et plusieurs provinces canadiennes proposent, mondialisation oblige, des stratégies d'attraction des investissements étrangers et de commerce international, le gouvernement Charest, lui, entend réduire les subventions aux entreprises.
Les effets ont d'ailleurs été immédiats. Un climat d'attentisme et d'incertitude s'est installé parmi les dirigeants d'entreprises qui ne voyaient plus se profiler l'aide des ministères à vocation économique. BioChem a fermé ses portes sans que personne ne s'en inquiète, sauf les syndicats. En bout de piste : la perte de 13 200 emplois en août au Québec et un taux de chômage de plus de 10 %, le plus haut depuis décembre 1998.
Jean Charest n'a pas compris que depuis la défaite conservatrice à Ottawa, en 1993, le monde a changé et que les meilleurs gouvernements ne sont pas ceux qui interviennent le moins. La concurrence n'est pas uniquement pancanadienne, elle est régionale et internationale, et le gouvernement du Québec se doit de continuer à développer des outils pour attirer davantage d'investissements étrangers. En gelant les dépenses du ministère des Relations internationales du Québec, le gouvernement Charest limite encore davantage les moyens que possède le Québec d'accroître sa visibilité internationale. À ne rien faire, le Québec risque encore une fois de ne plus être une société globale mais tout au plus une région canadienne, une province comme les autres.
Mirage
Sur le plan social, Jean Charest réaffirme, depuis qu'il est élu, que son objectif est d'améliorer les services aux citoyens. Or, en matière de services de garde, les cafouillis ont été multiples. Entre l'augmentation des coûts, le partenariat public-privé (c'est-à-dire le retrait de l'État) ou de meilleurs services, ç'a été la valse-hésitation. Mais l'objectif est simple : revoir le financement et l'universalité du régime et faire payer davantage les familles.
Le privé pourra donc offrir les mêmes services à un coût supérieur sans qu'on se pose véritablement la question si les services sont ou seront de meilleure qualité. En matière de santé, l'abolition des régies régionales de la santé et des services sociaux procède de la même analyse : il faut diminuer les dépenses. Même argumentaire de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, qui proposait de privatiser l'eau, s'appuyant sur une étude comparative Angleterre-Écosse-Irlande. En bref, sous le prétexte de vouloir offrir de meilleurs services, le gouvernement Charest veut désengager l'État de ses responsabilités collectives les plus fondamentales. Le mirage, c'est que tout cela devrait rimer avec une baisse d'impôt.
Le Québec-nation
Sur le plan des relations Québec-Canada, le PLQ continue d'aller à reculons. Pour le gouvernement Charest, le Québec ne constitue pas une «nation» dans tous les sens du mot. Dans un texte publié dans Le Devoir le 6 septembre dernier, le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier, parlait du Québec comme d'une communauté francophone parmi d'autres au Canada, d'une société «majoritairement francophone». Les concepts utilisés nous renvoient au rapport Pépin-Robarts mais surtout aux principes de la Loi canadienne sur les langues officielles, telle que formulée au moment de l'entente de Charlottetown.
Mais il y a et il y aura toujours une différence fondamentale entre le Québec et les autres groupes francophones en Amérique. Le Québec constitue une nation subétatique ayant ses propres institutions ainsi qu'un gouvernement élu par l'ensemble des citoyens vivant sur son territoire. Les francophones au Canada constituent au plus des «nations minoritaires» ou des «groupes minoritaires» sans poids politique véritable. Considérer les Québécois sur le même pied que les francophones du Canada, c'est faire fi des «circonstances politiques» réelles qui différencient les Québécois de tous les autres groupes francophones en Amérique.
Finalement, pour justifier son «virage à droite», Jean Charest aurait affirmé que les orientations de son gouvernement reflètent bien l'opinion des personnes qui ont voté pour le PLQ et l'Action démocratique du Québec, les électeurs de ces deux partis étant selon lui favorables aux changements qu'il propose. Jean Charest interprète donc à sa façon ce que l'électorat a bien voulu dire en lui donnant le mandat de gouverner. En tout cas, si les partisans de Mario Dumont ne le savaient pas, ils devront s'y faire et être patients : comme tout le monde, ils pourront voter à nouveau... dans quatre ans !
Démolisseurs à l'oeuvre
Autant dans ses discours que dans les gestes faits par ses ministres, le gouvernement de Jean Charest s'éloigne de certains idéaux partagés, il n'y a pas si longtemps, par l'ensemble de la classe politique québécoise. Robert Bourassa avait au moins la passion du développement social et économique du Québec. Rappelons quelques-uns de ses programmes d'investissement publics : l'assurance-maladie, la Charte de droits et libertés, le français comme langue officielle du Québec, la souveraineté culturelle, etc. S'il a échoué sur le plan constitutionnel, il aura au moins eu le mérite, que l'on partage ou non le réalisme de ses positions, d'avoir essayé d'en obtenir davantage pour le Québec. Le Québec a besoin de bâtisseurs, pas de démolisseurs.
La question qui se pose est donc fort simple : Jean Charest aurait-il un programme caché ? Fait-il le jeu du Canada anglais ? Veut-il transformer suffisamment le PLQ pour lui proposer, au moment opportun, un nouveau nom : le Parti conservateur au Québec ? Réalisera-t-il ainsi le vieux rêve des «bleus» ? Chose certaine, Jean Charest prend les moyens pour y arriver. Avant de proclamer la mort du projet souverainiste, les gens qui ont voté ou qui se glorifient de la victoire du PLQ devraient se demander s'ils n'ont pas, en fait, sonné le glas du Parti libéral du Québec.

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Le train qui passe
Michel David
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 septembre 2003
Au début des années 80, un groupe de députés péquistes inquiets des compressions budgétaires décrétées par le gouvernement Lévesque s'était transformé en espèce de chien de garde des valeurs social-démocrates.
Il n'y était pas allé de main morte, critiquant ouvertement le budget présenté par Jacques Parizeau, dont il jugeait les dispositions contraires aux orientations fondamentales du PQ. On devine facilement l'humeur de «Monsieur» à la lecture des journaux, qui se faisaient un devoir d'étaler ces divisions sur six colonnes.
Les membres du «comité des 11» n'étaient pas d'obscurs députés d'arrière-banc, sans passé ni avenir. Présidé par Gilbert Paquette, il comptait dans ses rangs des gens comme Louise Harel, Guy Chevrette ou encore Denis Vaugeois, tous ministres en devenir, de même que des francs-tireurs comme Pierre de Bellefeuille, Guy Bisaillon et Yves Blais.
Il est difficile d'imaginer pareille situation au PLQ, même si la «réingénierie» entreprise par le gouvernement Charest suscite un certain malaise, parfois même une véritable inquiétude, aussi bien au sein de la députation que parmi les militants, qui ont du mal à reconnaître leur parti dans le programme de leur chef.
Il faut dire qu'il y a de quoi en dérouter plus d'un. Après l'élection-surprise d'une députée «rouge» dans Mercier, au printemps 2001, le PLQ donnait l'impression de vouloir doubler le PQ sur sa gauche. À entendre Monique Jérôme-Forget, certains doivent commencer à se demander si le nouvel objectif n'est pas de déborder l'ADQ sur sa droite !
Remarquez, les mouvements de contestation au PLQ ne sont jamais déclenchés pour des questions de principe mais de pouvoir. Au nom des «valeurs libérales», certains peuvent émettre des réserves à l'endroit de l'une ou l'autre politique mise en avant, mais celle-ci n'est ouvertement critiquée que si elle risque de provoquer une défaite électorale.
Le grand reproche qu'on faisait à Claude Ryan ou à Daniel Johnson, comme à Jean Charest avant le 14 avril, avait peu à voir avec leur programme. Ils avaient simplement le tort d'avoir perdu. Inversement, le flou des positions de Robert Bourassa ne dérangeait personne dans la mesure où il gagnait. Au PQ, personne n'a songé à reprocher à Jacques Parizeau sa cinglante défaite de 1989, tellement il était au diapason des militants, tandis que la victoire de 1998 n'a en rien amélioré les relations de Lucien Bouchard avec son parti.
Soit, le «comité des 11» du PQ reprochait aussi aux compressions budgétaires du gouvernement Lévesque de heurter de plein fouet sa clientèle, mais il y a indéniablement dans la culture péquiste une dimension idéologique qu'on ne retrouve pas au PLQ, sauf en ce qui concerne la question constitutionnelle.
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D'ailleurs, on ne voit pas très bien autour de qui pourraient se regrouper d'éventuels contestataires libéraux. En 1981, une femme comme Louise Harel, qui disposait déjà de très solides appuis chez les militants péquistes, pouvait se permettre de défier son chef, et elle ne s'en privait pas. Une telle chose est impensable dans un parti d'intérêts comme le PLQ.
Au reste, M. Charest a pris les moyens d'asseoir son autorité. La liquidation de Pierre Paradis a clairement démontré qu'il n'entendait la partager avec personne. Sauf un ou deux anciens, qui ne sont pas du genre à faire des problèmes, les membres de son cabinet lui doivent tout. Yves Séguin s'oppose à la modification de l'article 45 du Code du travail, mais il est davantage du genre à démissionner sur un coup de tête, comme il l'a déjà fait, qu'à mener une cabale.
Bien sûr, il y a les laissés-pour-compte, parmi lesquels se retrouvent comme par hasard les éléments les plus progressistes du caucus, mais ils sont bien mal placés pour faire entendre leur voix. Celui qui était le plus associé aux valeurs traditionnelles de justice sociale du PLQ, Christos Sirros, a été neutralisé par son élection à la présidence de l'Assemblée nationale, ce qui lui interdit toute prise de position publique.
Des députés anglophones comme Geoffrey Kelley (Jacques-Cartier) ou Russell Williams (Nelligan) sont également préoccupés de justice sociale, mais encore faudrait-il que quelques collègues francophones y fassent écho.
À l'époque où le PLQ était dans l'opposition, leur collègue de Saint-Henri-Sainte-Anne, Nicole Loiselle, avait semblé très émue du rapport de la Commission des droits de la personne, daté d'octobre 2001, qui dénonçait les abus dont les personnes âgées étaient victimes dans des centres d'accueil privés insuffisamment encadrés par l'État.
Mme Loiselle doit sûrement s'interroger sur les effets du partenariat public-privé que le gouvernement entend introduire à grande échelle dans les services d'accueil destinés au troisième âge.
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Il y a bien, parmi les nouveaux élus du 14 avril, des gens qui ont oeuvré au niveau communautaire, comme Dominique Vien (Bellechasse) ou Francine Gaudet (Maskinongé), mais on peut difficilement demander à de jeunes députées de s'opposer aux projets dont le premier ministre semble faire un engagement personnel.
Surtout que la main de M. Charest se fait très lourde sur son caucus. Les vétérans n'ont pas le souvenir d'un chef aussi soucieux d'imposer sa façon de voir les choses à ses députés. En cette matière, il s'inspire beaucoup moins de ses prédécesseurs libéraux, qu'il n'a d'ailleurs pas connus, que de celui qui a été son mentor pendant près de dix ans, Brian Mulroney.
Le problème est que ses députés n'en savent pas plus long que vous et moi sur ses projets. Ils se contentent de regarder passer le train. Même le ministre du Travail, Michel Després, a appris en écoutant son discours au dernier conseil général du PLQ qu'il devait s'attaquer dès maintenant à la modification de l'article 45 du Code du travail. C'est dire !
Il semble que Mme Jérôme-Forget ait maintenant l'intention de consacrer quelques petits-déjeuners à les instruire des mesures qu'ils auront bientôt la tâche de défendre auprès de leurs électeurs. Ils sauront au moins ce qu'il y a dans le train. C'est vraiment trop aimable de sa part !
mdavid@ledevoir.com

»» PLQ -réingénérie
Liberals tempted to swing axes sooner than promised
The treasury board has been quick off the blocks to search for government-cutting ideas.
DON MACPHERSON
The Gazette Saturday, September 20, 2003
In the pace with which they are approaching the sweeping changes Premier Jean Charest has assigned each of them to make, Jacques Dupuis and Monique Jérôme-Forget are a study in contrasts straight out of one of Aesop's fables.
Dupuis, minister for the reform of democratic institutions, is preparing to change the electoral system with the deliberation of the tortoise.
Jérôme-Forget, the treasury board president, has already launched the process of "re-engineering" the government, or reducing its size and cost, as hastily as the hare.
The tortoise, Dupuis, has been accused of partisan foot-dragging since he announced last week while he intends to honour the Liberals' commitment to change the electoral system in their current term, the changes wouldn't actually take effect until after the next election.
It's been pointed out the change Dupuis intends to make, combining the present system with an element of proportional representation, probably would not be in the interest of his party in the next election.
Proportional representation, or PR, tends to favour small, so-called third parties at the expense of big centrist ones such as the Liberals and the Parti Québécois. It also tends to produce minority governments that must constantly negotiate with other parties for the support of a parliamentary majority.
But even if Dupuis does have hidden partisan motives, the case he makes in the name of the public interest for proceeding slowly appears sound.
Dupuis says for such an important change to succeed, it must be understood by the public and supported by a consensus is informed, solid and broad.
So far, however, discussion of electoral reform has been confined to the political class. If there is any consensus in favour of change, it is a fragile one, limited to the principle of introducing an element of PR.
The official opposition Parti Québécois, for one, appears to have nothing to gain and much to lose from change. The current system most favours the PQ. And it would be hard for a minority PQ government to hold another sovereignty referendum on a question of its choosing alone.
Also, a minority government of any stripe would be forced to make costly concessions to third parties to ensure their support, putting pressure on tight budgets. And it would have trouble pushing through major reforms, such as the review of government programs Jérôme-Forget has already initiated.
She's the hare to Dupuis's tortoise. Her cabinet colleagues had barely enough time to settle into their offices before she sent them a letter asking them to identify inefficient or ineffective programs in their departments to be cut back, eliminated or farmed out to other levels of government or the private sector.
Their answers are due at the end of this month, barely five months after they became responsible for the programs they're supposed to assess. Most of them had little or no previous knowledge of their departments, so they'll have to rely heavily on the advice of civil servants appointed by previous administrations that were much more interventionist than the present one.
At a Liberal general-council meeting last weekend, Jérôme-Forget gave assurances the reduction of the role of government in missions the Liberals consider essential would be done cautiously and gradually, without the haste and improvisation that characterized the former PQ government's often half-baked reforms.
The review would be permanent, never-ending. And in the short term, it would be conducted separately from the preparation of next spring's budget.
But it will be hard to keep the two processes separate and resist the temptation to rush the "re-engineering" job when the government's finances are under growing pressure because economic growth is failing short of the expectations in Finance Minister Yves Séguin's June budget. In order to present a balanced budget next spring while keeping its campaign promises, the government will have to cover a shortfall that was unofficially projected this week at $4 billion.
That's a powerful incentive for the ministers to start swinging the axe before they fully understand what they're chopping.
dmacpher@thegazette.canwest.com

»» eau
Lorsque madame la ministre trempe dans des eaux troubles…
(Un cours accéléré pour une ministre pressée)
Yves Bellavance
Table régionale des organismes volontaires d'éducation populaire (TROVEP) de Montréal
(un regroupement de 70 groupes communautaires montréalais)
André Bouthillier
Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau: Eau Secours!
(un regroupement pouvant rejoindre près de 900 000 personnes au Québec)
L'aut'courriel n° 28, 18 septembre 2003
La ministre Monique Jérôme-Forget est tellement obnubilée par sa quête de services publics à privatiser qu'elle agite de bien drôles d'épouvantails pour justifier cette décision. Ou bien Mme Jérôme-Forget est complètement ignorante du débat qui a sévi au Québec ces dernières années ou bien elle a volontairement tronqué les faits, ce qui est particulièrement inquiétant.
Prenons donc quelques instants pour rectifier certains des propos de la ministre.
Premièrement, veuillez noter madame la ministre que l'eau de Montréal est une des meilleures et une des moins chères à produire. Le réseau de gestion, de production et de distribution de l'eau potable est géré avec compétence. Bref, la privatisation de l'eau est une mauvaise solution à des problèmes qui n'existent pas.
Deuxièmement, nous lui conseillons de se mettre à jour dans la littérature consacrée à la privatisation de l'eau en Angleterre. Le seul avantage connu de cette privatisation a été une augmentation pharamineuse des profits des entreprises privées dorénavant chargées de ce service public. Mais c'est peut-être là ce que recherche la ministre. Elle devra toutefois expliquer à la population pourquoi nous devrions adopter un modèle désastreux qui a conduit à une hausse des coûts, une dégradation du réseau, des problèmes de santé publique et, pour les plus pauvres, des coupures de ce service essentiel pour non-paiement de taxes. Pendant ce temps la Yorkshire Water est trouvée coupable de 17 chefs d'accusation d'avoir fourni de l'eau dangereuse à ses clients!
Par la même occasion, elle peut aussi prendre quelques minutes pour jeter un coup d'oeil du côté de Paris où, cet été, il a beaucoup été question de la re-municipalisation des services d'eau. En effet, un rapport a conclu que la facturation de l'eau inclut une marge de profit excédentaire à 40% ce qui représente une « poule aux oeufs d'or » pour les multinationales de l'eau.
Et elle peut aussi se renseigner sur les motifs qui ont amené les populations de Vancouver, Moncton, Halifax, Toronto à rejeter la privatisation de leurs services d'eau.
Troisièmement, rappelons à la ministre que la société québécoise s'est déjà prononcée à de multiples reprises contre la privatisation de l'eau notamment lors de la Commission Beauchamp du BAPE en 1999-2000 et que cette dernière n'a pas retenu cette voie à suivre.
Quatrièmement, Walkerton n'a pas connu d'aussi graves problèmes parce que son réseau est public, comme vous le prétendez madame la ministre, mais bien parce que les coupures budgétaires et la déréglementation ont débouché sur des réductions de personnel et la fin des analyses en laboratoires gouvernementaux. Ce sont les recommandations du Groupe conseil sur l'allègement réglementaire du Québec, qui propose moins d'autorisations gouvernementales et moins de normes environnementales, qui devraient inquiéter la ministre tout comme l'utilisation de laboratoires privés!
Cinquièmement, il est assez étonnant qu'en 2003 il faille rappeler que l'eau est un bien public et non une marchandise source de profit comme voudraient le faire croire les ténors du néolibéralisme. À l'exception de ceux et celles pour qui le marché est une religion, nous savons tous que l'eau ce n'est pas du Coke! L'eau est pas mal plus essentielle pour l'humanité.
Malheureusement il n'y a pas que les sornettes de la ministre qui nous inquiètent. Au début de l'été, l'annonce inattendue de son collègue de l'Environnement, Thomas Mulcair, sur l'installation des compteurs d'eau dans toutes les résidences du Québec n'a guère été plus rassurante (mais où est-il passé ce ministre?). Tout comme les intentions gouvernementales de revoir l'article 45 du Code du travail, dont l'objectif de permettre davantage de sous-traitance aura comme conséquence d'ouvrir toutes grandes les portes menant à la privatisation de l'eau.
Si l'eau est bonne à Montréal, si l'eau n'est pas si bonne en Angleterre, si les coûts du privés sont grotesques en France et ailleurs, si la ville d'Atlanta USA au paradis de la libre entreprise brise son contrat avec Suez, une des plus grandes multinationale de l'eau, qu'est-ce qui pousse malgré tout la ministre dans cette direction? Sommes-nous devant un cas d'aveuglement idéologique? Mme Forget se veut-elle l'émule de Mme Tatcher? Ce qui nous porterait à confirmer le vieux dicton qui dit que, souvent, les politiciens québécois prennent le train en retard et que, souvent, ils débarquent beaucoup plus loin que la gare!
Nous, qui regroupons des citoyennes et citoyens très préoccupéEs par ces orientations gouvernementales, nous nous opposons à ces projets qui nous appauvriront collectivement et individuellement.

»» Métis
Le droit d'exister
La Cour suprême place les Métis sur un pied d'égalité avec les Amérindiens et les Inuits, mettant fin à une lutte de plus d'un siècle
Brian Myles
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 septembre 2003
Steve Powley a reçu hier le plus beau des cadeaux pour ses 55 ans. Un cadeau qu'il partage avec tous les Métis au pays. La Cour suprême a en effet confirmé l'existence des droits ancestraux de son peuple, mettant fin à une quête de reconnaissance qui aura duré plus d'un siècle.
À l'unanimité, la Cour suprême a statué que les Métis peuvent exercer leurs droits, à la condition de prouver qu'ils possèdent des liens ancestraux avec une communauté métisse identifiable, caractérisée par un certain degré de continuité et de stabilité.
La Cour suprême confirme le droit d'exister des Métis en les plaçant sur un pied d'égalité avec les Amérindiens et les Inuits dans la mosaïque canadienne. La Loi constitutionnelle de 1982 avait reconnu les Métis comme un peuple autochtone, mais cette protection était demeurée sans effet jusqu'à hier.
Il aura fallu que Steve Powley parte à la chasse avec l'intention ferme de ne plus se cacher, le matin du 22 octobre 1993, pour que ce vide soit enfin comblé. Ce jour-là, avec son fils Roddy, Steve Powley a abattu un original mâle dans la région de Sault Sainte Marie sans avoir de permis de chasse. Comme c'est la pratique en Ontario, il a accolé sur l'oreille de l'animal une vignette indiquant le jour et l'heure où il l'a tué, de même que son numéro de membre de l'Ontario Metis and Aboriginal Association. Il a aussi indiqué que la bête avait été abattue afin qu'il puisse nourrir sa famille pendant l'hiver.
Powley était prêt à se battre. Plutôt que de ramener la viande en cachette, comme c'était son habitude, il a roulé avec le gibier dans sa camionnette au vu et au su de tous. Une fois accusé, il a invoqué son droit ancestral de chasser à des fins de subsistance.
La Cour suprême lui a donné raison, permettant du coup aux 900 Métis de la région de Sault Sainte Marie d'aller à la chasse sans être inquiétés. Les Métis vivant dans les autres provinces pourront invoquer ce précédent historique afin de faire avancer leurs multiples revendications, notamment le droit à des écoles et à des hôpitaux ainsi que celui de chasser ou de pêcher à des fins de subsistance.
Pour Tony Belcourt, président de la Nation métis de l'Ontario, «c'est un rêve devenu réalité». «C'est plus que satisfaisant. C'est difficile pour nous de croire que nous avons remporté une si merveilleuse victoire. Après 135 ans de lutte pour être reconnus comme un peuple, en se faisant constamment rabrouer, nous étions presque conditionnés à se faire dire non», a-t-il dit.
«Je suis content pour mes enfants et tous les Métis», a commenté Steve Powley, qui fêtait ses 55 ans lundi. «C'est le plus beau cadeau qu'on puisse avoir.»
Des cris de joie ont été entendus dans le vaste hall d'entrée de la Cour suprême à l'annonce du jugement. Des dizaines de Métis portant des écharpes colorées traditionnelles se donnaient l'accolade en pleurant. «C'est un jugement capital», a déclaré Dwight Dorey, président du Congrès des peuples autochtones, qui représente environ 800 000 autochtones et membres des communautés métisses. «Ce ne sont plus seulement les Indiens, tels que définis par le gouvernement fédéral, qui ont des droits ancestraux», a-t-il ajouté.
Une définition claire
Les Métis, issus de l'union d'Amérindiens avec les premiers colons européens, forment un peuple difficile à cerner. Qui est Métis, qui ne l'est pas ? Les gouvernements ont joué sur cette confusion pour refuser de négocier avec les communautés métisses ou pour leur interdire l'accès aux ressources naturelles.
La Cour suprême met un frein à ces dérapages. «[...] il ne faut pas exagérer la difficulté d'identifier les membres de la communauté métisse pour justifier de leur refuser des droits garantis par la Constitution», écrivent les neuf juges.
Sans apporter une définition précise de l'identité métisse, la cour énumère trois conditions qui devront être remplies afin que les Métis puissent faire valoir leurs droits ancestraux. Primo, le demandeur devra s'identifier comme un membre de la communauté métisse, mais cette auto-identification ne pourra pas être récente afin d'éliminer les revendications frivoles. Secundo, le demandeur devra faire la preuve de l'existence de liens ancestraux avec une communauté métisse historique. Il devra démontrer que ses ancêtres appartenaient, par naissance, adoption ou autrement, à la communauté métisse historique. Tertio, le demandeur devra montrer qu'il est accepté par cette communauté.
Cette décision sans précédent pour les Métis ne conduira pas du tout au chaos, a rassuré Jean Teillet, l'avocate de Steve Powley. «Quelqu'un dont l'arrière-arrière-arrière-grand-mère était une princesse indienne ne pourra pas revendiquer des droits comme Métis», a-t-elle illustré.
La plupart des communautés métisses, dont la Nation métis de l'Ontario, tiennent d'ailleurs des registres de leurs membres fondés sur leur patrimoine généalogique. Pour Tony Belcourt, il sera facile de départager les revendications fondées de celles qui s'avéreront futiles.
Pour quelque 292 000 Métis au pays, situés surtout dans les provinces de l'Ouest, la décision de la Cour suprême vient d'ouvrir une nouvelle ère. Sans effacer les discriminations et les humiliations subies par les Métis au fil des décennies, elle forcera néanmoins les gouvernements à la négociation, comme c'est le cas avec les Amérindiens et les Inuits. «Il n'y a plus de zones grises, maintenant. Les Métis forment un peuple et bénéficient à ce titre de droits», se réjouit Tony Belcourt. «Nous pouvons envisager le futur sur de toutes nouvelles bases.»
À la Chambre des communes, le ministre responsable du dossier, Ralph Goodale, a lancé un appel au calme à l'approche de la saison de la chasse. «Il s'agit évidemment d'une situation à laquelle les gens pourraient réagir prudemment ou avec beaucoup d'enthousiasme, a déclaré M. Goodale. Et il serait très important pour tout le monde d'agir de façon appropriée et responsable, avec calme, et de ne pas perturber l'ordre établi.»
Ottawa étudiera au cours des prochaines semaines cette décision lourde de répercussions, a dit M. Goodale. «Cela semble assez évident qu'il y aura des implications qui vont au delà des limites restreintes de ce jugement», a-t-il dit. Le gouvernement fédéral est prêt à discuter «de bonne foi» de la mise en application des droits des Métis, a ajouté M. Goodale.
Avec la Presse canadienne

»» Métis
Vindication for the Métis
The Globe and Mail Saturday, September 20, 2003
Yesterday was a day of joy for Métis people across Canada. The Supreme Court of Canada recognized their status as a distinct aboriginal group with protected Constitutional rights, putting an end to generations of official limbo. In the Court's cavernous lobby, Métis people wept and hugged each other at the news.
The case revolved around Steve Powley, who had his gun confiscated in 1993 when he and his son were found hunting moose without a valid licence. He argued that, as a Métis, he had the constitutional right to hunt without a licence outside hunting season. Lower courts agreed, and so now has the top court in the land, by a resounding 9-0 vote.
The Ontario and other provincial governments opposed the lower-court rulings, saying that Métis did not enjoy full status as aboriginals because they existed as a community only after European settlers came to North America and inter-married with natives. They also said that, in practical terms, giving special hunting rights to Métis would lead to the depletion of wildlife stocks.
The Supreme Court rightly dismissed those arguments. Métis, it noted, are specifically mentioned in the Constitution, which protects practices such as hunting "that were historically important features of these distinctive communities, and that persist in the present day as integral elements of their Métis cultures." The Court also admonished governments for exaggerating the difficulty of defining who is a Métis and who is not, saying that those difficulties should not block their access to their protected rights.
The ruling puts governments across Canada on the spot. They will be forced to deal with a Métis people, at least 300,000 strong, who for years have been third-class citizens in Canada. No more.

»» Québec souverain et nationalisme
Charles Taylor et l’avènement d’un Québec souverain
Robert Bastien, Montréal
TRIBUNE LIBRE 20 septembre 2003
Avec une certaine appréhension, quant au genre de société que nous concocterait l’élite souverainiste, si elle se retrouverait au pouvoir dans un Québec souverain, j’ai pensé que les propos de Charles Taylor sur l’expressivisme, la langue et le nationalisme, et peut-être davantage les ouvrages et articles qu’il cite lui-même et que je n’ai pas consultés, dans son ouvrage majeur de philosophie morale traitant des sources de l’identité moderne du moi, qu’ils pourraient apporter une contribution intéressante au débat sur la justification d’un État national québécois, car, pour le meilleur ou pour le pire — pour ceux qui s’identifient aux fondements judéo-chrétiens de notre civilisation — en matière de modèle de société, l’avènement d’un Québec souverain demeure toujours possible, et le demeurera, tant que notre peuple distinct, pour l’essentiel par sa langue, existera...
TAYLOR, Charles. LES SOURCES DU MOI : La formation de l’identité moderne, Montréal, Boréal, 1998, 712 p., p. 519-520.
«Mais le romantisme a eu une autre conséquence dans la politique moderne : le nationalisme. Il est peut-être nécessaire de répéter ici que cette affirmation ne revient pas à proposer une explication causale. Si nous cherchions à expliquer le nationalisme, nous devrions prendre en considération les exigences fonctionnelles des nouvelles sociétés, qui avaient rompu avec les anciennes notions d’ordre hiérarchique, qui avaient assisté à l’érosion des communautés locales traditionnelles et qui devaient trouver une nouvelle base de cohésion entre des individus prétendument libres et égaux. Ou encore il faudrait considérer les mêmes facteurs d’un autre point de vue, celui des élites bourgeoises ou des intellectuels qui aspiraient à édifier une nouvelle entité politique antihiérarchique. Des facteurs de ce genre peuvent expliquer pourquoi le nationalisme se répand et pourquoi il devient une force puissante dans la civilisation européenne au cours du XIXe siècle. Mais ils n’expliquent pas les caractères particuliers du nationalisme en tant que perspective morale et politique. Ceux-ci s’enracinent d’abord dans le concept rousseauiste que c’est le peuple qui doit être le lieu de la souveraineté, c’est-à-dire une entité constituée par un objectif commun ou une identité, quelque chose de plus qu’un simple « agrégat (1)». Herder a développé cette idée mère dans le concept du Volk, dans l’idée que chaque peuple a sa façon particulière d’être, de penser et de sentir, à laquelle il doit être fidèle; que chacun a le droit et le devoir de réaliser sa propre façon d’être et de ne pas s’en laisser imposer une étrangère (2).
« Lors de l’apparition des premières nations modernes comme les États-Unis, la France et, à sa façon particulière, la Grande-Bretagne, qui se sont toutes constituées avant le nationalisme herdérien, la nation politique et un certain idéal de citoyenneté constituaient le fondement de la cohésion. Mais lors de la vague suivante d’édification nationale, motivée par le rattrapage et la réaction, le principe dominant devint la langue, du moins dans les nations européennes. La langue offre la base évidente d’une théorie du nationalisme fondée sur la notion expressiviste que chaque peuple possède un caractère particulier, la langue définie à la façon de Herder, c’est-à-dire dans les termes d’une théorie « expressiviste (3)». Il s’agit d’un concept qui enracine la pluralité des états dans la nature des choses, mais non dans un ordre naturel conçu selon l’ancienne mode hiérarchique. Il prétend découvrir le principe de l’identité d’un peuple — de ce qui en fait plus qu’un agrégat — dans quelque chose qui est déjà donné, qui n’est pas déterminé arbitrairement, mais qui s’enracine dans son être et son passé; en même temps, ce principe n’est pas une allégeance extérieure mais quelque chose de constitutif de l’humanité autonome du peuple, quelque chose d’essentiel au fait d’être humain. La langue est évidemment une candidate de choix pour jouer ce rôle constitutif définisseur d’une essence, en particulier dans une perspective herdienne. C’est pourquoi elle peut concourir à la cohésion des sociétés modernes. Mais pour comprendre précisément la façon dont elle est censée apporter cette cohésion, il faut la considérer, il faut la considérer en termes expressivistes.
« Cela nous amène à l’une des façons selon lesquelles les Lumières et certains courants expressivistes de la culture moderne peuvent être amenés à coexister. L’aspect le plus sinistre du nationalisme moderne associe souvent l’appel chauvin à la personnalité ou à la volonté nationale au désir de pouvoir qui justifie le recours aux moyens industriels et militaires les plus efficaces. L’Allemagne nazie a représenté l’exemple extrême de ce phénomène répugnant. Il s’agissait d’un régime qui avait conquis le pouvoir en partie par des appels à l’intégrité expressive contre la raison instrumentale. Il était issu à un certain degré des mouvements de jeunesse Wandervögel, et il exaltait les paysans robustes. En pratique, il fut une application impitoyable de la raison instrumentale, qui passa même les bornes de ce qu’on avait défini jusqu’alors comme le pensable. Cette association fut hélas efficace. Sous ses formes chauvines, le nationalisme peut ruiner la justification originelle qu’il trouve dans l’expressivisme herdérien.
« Comme d’autres rejetons de l’expressivisme romantique, le nationalisme implique aussi, invariablement, certains récits, souvent follement fictifs et anachroniques, qui confinent parfois à la mystification lorsqu’on enveloppe certaines actions arbitraires d’édification politique dans une antiquité de pacotille. Mais d’une façon ou d’une autre, afin de se donner une identité, une nation requiert et élabore une certaine image de son histoire, de sa genèse, de son développement — de ses souffrances et de ses réalisations. Ces histoires nous enveloppent et façonnent notre image de nous-mêmes et de notre passé, plus que nous n’en avons conscience d’habitude. C’est l’une des manières extrêmement importantes par lesquelles l’expressivisme a façonné notre monde. (4)»
1- Voir Rousseau, Du Contrat social, livre I, chapitre 5
2- « Denn jedes Volk ist Volk ; es hat seine Nationale Bildung wie seine Sprache .» Herder cité par Benedict Anderson, Imagined Communities, Londres, Verso, 1983, p.66
3- Pour un exposé des théories « expressivistes » de la langue, voir Taylor, « Le langage et la nature humaine », dans Liberté des Modernes, Paris, PUF, 1997, trad. Ph. de Lara, p. 21-66. J’ai examiné certains fondements du nationalisme linguistique moderne dans « Why do Nations Have to Become States », dans Stanley French (dir.) Confederation, Montréal, Canadian Philosophical Asociation, 1980.
4- J’ai beaucoup appris de l’ouvrage pénétrant de Benedict Anderson, Imagined Communities, et aussi de son article, «Narrating the Nation», Times Literary Supplement, 13 juin 1986, p. 659.

»» Lionel Groulx
Groulx novice
Louis Cornellier
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 septembre 2003
Imposant troisième tome de l'édition critique de la correspondance de Lionel Groulx, qui devrait, une fois achevée, compter quinze volumes, L'Intellectuel et l'historien novices 1909-1915 s'attache aux années pendant lesquelles l'abbé commence à imposer sa présence dans l'espace public. Accompagné d'un apparat critique très sophistiqué dont Giselle Huot, Juliette Lalonde-Rémillard et Pierre Trépanier sont les maîtres d'oeuvre, il s'ouvre sur une solide introduction du même Trépanier qui se veut un véritable essai sur les débuts intellectuels du jeune Groulx.
«Chez nous, écrivait l'abbé-enseignant, écrire c'est vivre, se défendre et se prolonger.» Inspiré par ses héros de jeunesse, des militants catholiques de la France du XIXe siècle comme Lacordaire, Ozanam et Veuillot, Groulx, à l'aube de sa carrière d'intellectuel, déjà convaincu que «ce sont les idées qui mènent les peuples» et animé par «l'aspiration à agir sur ses contemporains», entend «bûcher ferme pour les bonnes causes» puisque, ajoute-t-il, «il n'y a que cela de bon dans la vie».
Les bonnes causes ? Elles portent, pour lui, des noms clairs : «La Religion et la Patrie; tels seront les deux amours constants de ma vie.» Et il les défendra, précise Trépanier, dans une perspective traditionaliste qui n'exclut pas la dimension critique propre à toute activité intellectuelle.
Son éducation politique, marquée par les figures ultramontaines de Mgr Laflèche, Jules-Paul Tardivel et Henri Bourassa, de même que la valorisation de la raison qu'il trouve au coeur du catholicisme le mèneront à adopter cette posture intellectuelle qu'il importe de ne pas confondre avec un passéisme antimoderne. Comme l'écrit Trépanier : «Le progressiste soumet le passé à une critique corrosive, il le dissout pour faire place à l'avenir; le traditionaliste soumet le passé à une critique constructive pour y choisir les matériaux dont l'avenir sera fait.»
Irrité par la «grande confusion» dans laquelle se déroule, selon lui, le débat sur le traditionalisme dans la vie intellectuelle au Canada français, Trépanier insiste sur le fait qu'«il faut se garder d'oublier que l'intellectuel traditionaliste peut être aussi bien armé intellectuellement et aussi observateur que son concurrent progressiste». Et le Groulx qu'il dépeint appartient, évidemment, à cette catégorie d'intellectuels traditionalistes qui ne s'en laissent pas imposer. Dans cette perspective, donc, «la tradition n'est pas une routine, ni un automatisme, elle est une découverte qui exige de l'audace et de la persévérance. Groulx veut être et sera un intellectuel chrétien et traditionaliste».
Sympathique au parcours du jeune Groulx en intellectuel et historien novices, cette introduction contient aussi une analyse détaillée de la bibliothèque de l'abbé et de la pensée de ses maîtres français (Barrès, Bourget, Brunetière, Taine, Faguet, Vogüe, Lemaître et Massis), de même qu'un rappel des étapes qui ont mené le professeur de littérature à son magistère intellectuel.
De l'ensemble, qui se clôt sur une présentation des idées politiques de Groulx, se dégage la figure d'un puissant intellectuel canadien-français dont la vie entière -- la suite allait le montrer -- aura été consacrée à tenter de faire, à sa façon, mieux «vivre, se défendre et se prolonger» son peuple qui, ballotté entre sa généalogie française et son enracinement américain, doit mettre le cap sur son autonomie en ne demandant «à l'étranger que ce qu'on peut utilement assimiler». À l'égard de la France, donc, admiration et respect, mais libre appréciation de ses choix idéologiques et de ses productions culturelles. Quant aux États-Unis, Groulx s'inquiète de leur «puissance de succion» et regrette que le Canada français reste indifférent à ce que le voisin américain a de meilleur à offrir, soit sa haute culture intellectuelle. C'est du moins ce que laissent croire ces lignes trop concises : «[...] nous ne subissons que les influences malsaines de l'esprit américain [presse, mode, procédés politiques] [...] ni philosophie [...] ni littérature.»
Hors de prix pour le particulier, cette édition critique se retrouvera certainement dans toutes les bonnes bibliothèques publiques. Aussi, les lecteurs qu'intéresse la figure de Groulx ne devraient pas manquer de s'y rendre pour, au moins, lire la consistante introduction de Trépanier, qui gagnerait à être éditée en livre de poche.
Correspondance 1894-1967
Tome 3 : L'Intellectuel et l'historien novices 1909-1915
Lionel Groulx
Édition critique par Giselle Huot, Juliette Lalonde-Rémillard et Pierre Trépanier
Fides
Montréal, 2003, 1050 pages

»» Québec souverain et nationalisme
Présence d'Hannah Arendt
Georges Leroux
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 septembre 2003
Titre VO : Hannah Arendt, le totalitarisme et le monde contemporain
Description : Sous la direction de Daniel Dagenais, Presses de l'Université Laval, Québec, 2003, 611 pages
Les raisons pour lesquelles le dialogue avec la pensée d'Hannah Arendt est aujourd'hui devenu essentiel ne sont pas simples. Ceux de ses lecteurs qui veulent replier son ambition sur une lecture purement adossée à l'histoire en sous-estiment la portée philosophique universelle. Ils effacent trop rapidement l'importance de son rôle dans la transition de la philosophie politique d'une période polarisée par le communisme à celle que nous connaissons, portée par le triomphe du libéralisme. Ils minimisent de la sorte le caractère profond de son analyse du totalitarisme, qui est de nous faire comprendre notre exigence de liberté comme devoir et notre histoire comme danger.
En revanche, ceux qui brandissent sa philosophie du monde commun comme pure légitimation de l'expérience démocratique américaine occultent entièrement la lucidité du regard qu'elle a porté sur son temps -- et notamment sa critique féroce de l'individualisme --, un regard qu'elle ne manquerait pas de porter sur le nôtre. Arendt fut, insistons-y, l'une et l'autre : critique implacable de la dérive totalitaire, elle fut aussi une philosophe, à la fois limpide et intense, de «la condition de l'homme moderne», selon le titre du grand ouvrage de sa maturité.
Dans un recueil d'une richesse exceptionnelle, le sociologue Daniel Dagenais a réuni un ensemble de contributions qui entreprennent non seulement de relire les analyses du phénomène totalitaire (on retrouvera tous ces écrits rassemblés dans l'édition des Origines du totalitarisme, publiée sous la direction de Pierre Bouretz, Gallimard, «Quarto», 2002), mais également de les prolonger dans une critique de la postmodernité qui ouvre un horizon très différent des perspectives découpées par Hannah Arendt.
Parce que les auteurs réunis ici partagent une même interprétation de la crise de la modernité, ils engagent avec elle un dialogue qui permet une lecture du totalitarisme au présent. L'antisémitisme, le nazisme, le stalinisme ne sont pas seulement des faits passés dont il s'agirait d'exposer les conditions de possibilité, ce sont aussi des constantes, des menaces qui ne cessent de faire irruption : la transformation de la nature humaine comme but ultime de la tyrannie, l'antihumanisme lié à la terreur radicale, la rupture avec toute tradition et le fantasme d'un commencement absolu, tout cela demeure associé à l'expérience postmoderne et permet de prolonger les analyses d'Arendt au sein même du monde actuel.
Pour ces auteurs, le monde totalitaire analysé par Arendt comme monde déstructuré dans l'effondrement de la société occidentale est encore le nôtre. Il l'est certes d'abord comme monde asservi aux dominations, mais plus encore en tant que monde livré à l'oubli du politique et au triomphe pathologique de l'économie et de l'organisation.
Mal et modernité
Cette réflexion vient à point. Dans l'urgence de comprendre la mondialisation de la terreur autant que les systèmes qui la rendent possible, ces essais nous invitent à retrouver chez Arendt les instruments d'une compréhension renouvelée de la vérité de l'époque. Des problèmes aussi difficiles que la question du mal dans la terreur, un véritable abîme pour la pensée -- abordé ici dans un essai important de Dario de Facendis --, peuvent en effet être repris dans son anthropologie et réarticulés sur l'angoisse actuelle du mal.
On en dirait autant du stalinisme analysé comme industrie par Jacques Mascotto, qui propose aussi un essai percutant sur le terrorisme d'avant et d'après le 11 septembre. D'autres, comme la nature même de la modernité, sa genèse, ses crises au sein du capitalisme, sont l'objet d'analyses qui, sans être inscrites directement dans la pensée d'Arendt, en constituent pour ainsi dire le contrepoint : c'est le cas des deux contributions majeures de Michel Freitag, où on trouvera un exposé historique lumineux de la construction des premiers totalitarismes et une critique impitoyable de l'américanisation comme totalitarisme systémique.
Les modèles théoriques mis en oeuvre ici se fondent sur une lecture complexe de l'histoire du XXe siècle et le dialogue avec la pensée d'Arendt manifeste la fécondité de sa pensée, pour ne rien dire de sa profonde pertinence aujourd'hui. Dédié au regretté Hubert Guindon, qui signe un bel essai sur le nationalisme, ce livre montre la richesse de la sociologie critique au Québec.
La pensée de la liberté
Au même moment paraît une étude de Francis Moreault sur la pensée de la liberté dans l'oeuvre d'Arendt. Principe essentiel de la fondation politique, c'est-à-dire de toute initiative humaine en vue du bien commun, l'amour de la liberté est présenté comme la matrice de sa pensée politique.
Attentif à l'inspiration grecque de cette pensée, l'auteur propose une recherche ancrée dans l'histoire de la philosophie mais aussi dans l'expérience moderne qui a tant inspiré le travail d'Hannah Arendt. Ce livre est beaucoup plus que l'essai annoncé par son sous-titre, c'est une étude fouillée, écrite dans l'admiration de l'effort déchirant d'Arendt pour retrouver, contre l'apolitisme contemporain, une expérience politique substantielle. Notons également la réédition du livre de Martine Leibovici consacré au judaïsme et à l'antisémitisme dans l'oeuvre d'Arendt, où l'auteur reprend toutes les questions liées non seulement à l'identité juive mais aussi à la tradition sioniste et au judaïsme moderne, où la philosophe, qui fut le témoin âprement contesté du procès Eichmann, trouva les sources de sa pensée de la libération et du monde commun.
Hannah Arendt, une Juive - Expérience, politique et histoire
Martine Leibovici
Préface de Pierre Vidal Naquet
Desclée de Brouwer
Paris, 2002, 484 pages
Hannah Arendt, l'amour de la liberté - Essai de pensée politique
Francis Moreault
Presses de l'Université Laval
Québec, 2003, 236 pages

»» cinéma
À hauteur de clichés
Odile Tremblay
Le devoir samedi 20 et dimanche 21 septembre 2003
À l'heure où les journalistes se remettent en cause, ébranlés par le documentaire À hauteur d'homme qui n'exhibe pas toujours leur meilleur profil, osons une petite mise au point: eh non, il n'y a pas que des boxeurs dans la profession, faut pas croire. Au culturel, par exemple, on chante (en sourdine) une tout autre chanson...
Hélas ! et je dis bien hélas ! à quelques exceptions près, au royaume des arts, on est doux comme des agneaux, on ne crache pas dans la soupe et on félicite tout le monde pour leur beau programme. Autres moeurs, vous dis-je. Si d'aventure, en cours de carrière, un journaliste saute du champ politique au champ culturel, il découvre avec stupeur un continent pacifique, bucolique, rempli des verts pâturages où paissent les brebis. En conférence de presse, on est fins, polis, on pose des questions sans conséquences, on joue le jeu de la machine promotionnelle et tout le monde est content de nous.
Si, quelque diable le poussant, un membre de notre placide confrérie émet un couac, créateurs et producteurs s'en montrent outrés, tant le phénomène est inhabituel, et l'épisode passe à la petite histoire au chapitre des comportements odieux, déplacés et quasi inconcevables.
Soit ! Au politique comme au culturel, les journalistes sont considérés comme des courroies de transmission plus ou moins soumises. Mais ceux qui frayent avec les élus se laissent moins manipuler que nous : ils discutaillent, protestent, questionnent même jusqu'à l'inélégance, en jouant leur rôle toutefois. Foin de cette liberté en art, qu'on envie sourdement à nos confrères d'ailleurs. Il existe tant d'interférences publicitaires et promotionnelles en culture que le secteur y perd ses dents.
Tenez, la semaine dernière, en conférence de presse, nous étions quelques-uns à sortir de notre docilité coutumière pour reprocher à Père et fils, de Michel Boujenah, d'avoir mis en scène des personnages québécois trop folkloriques. Ces interventions ont duré environ cinq minutes, mais l'équipe du film, vraiment piquée, est revenue sur le sujet durant la rencontre entière, donnant l'impression à tout le monde qu'un tir journalistique continu et insistant avait faussé le beau concert.
Père et fils, en salle depuis hier, raconte le voyage au Québec d'un père (Philippe Noiret) et de ses trois fils, partis sur nos routes, de Montréal à Tadoussac, en croisant et en fréquentant la population locale. Nous, dissidents culturels égarés sur le terrain de la polémique pour cause d'épiderme sensible sans doute, déplorions qu'une fois de plus les personnages de Québécois aient tous l'air plus ou moins sortis des années 50, que pas un seul d'entre eux (même à Montréal) ne colle à une certaine modernité. Appelons ça un sursaut d'irritation devant le cliché rustaud collé à notre identité nationale. Le film roule fort en France, avec encore cette image-là du Québec à pleins écrans... Je sais, pareille foison de beaux paysages d'automne va aider le tourisme... Faudrait jamais grincer des dents, et dire merci, en plus. Parfois donc, on s'oublie.
Remarquez : tout le monde ne partage pas notre point de vue devant Père et fils. Cette comédie de famille, avec ses qualités et ses défauts, n'est pas une pure caricature non plus, comme elle ne prétend guère offrir un cours de sociologie sur le Québec. C'est le climat d'ensemble qui laisse un arrière-goût. Chose certaine : la question de la folklorisation méritait d'être soulevée. Elle avait la vertu d'être sincère et de sonner une cloche sur la perception que le Québec a de lui-même, sur le malaise face aux regards étrangers posés sur nous. Cette question aurait pu, qui sait, ouvrir sur une discussion passionnante, mais les débats sont si rares lors des rencontres de presse culturelles que l'équipe du film a pris la mouche, en poussant les hauts cris. Le poisson s'y est noyé.
Le film de Boujenah pose un regard français sur le Québec avec les réductions habituelles à ce genre d'exercice. Rien de plus banal, au fait. Les peuples n'en finissent plus de se condenser les uns les autres à l'état de clichés. Au sein des petites sociétés qui ne possèdent ni l'aura ni la renommée des puissantes nations du monde, on se fait parfois plus pointilleux. Que voulez-vous ? Si des cinéastes étrangers fichent des bérets sur la tête des Français dans leurs films, en leur accrochant à tous une baguette de pain sous le bras, le public parisien rigole, bon prince. Tant de facettes de la France circulent partout. Un cliché ou deux dans l'oeil de l'autre, quelle importance ? Mais le Québec est tellement moins connu que la France et, avec à peine 40 ans de Révolution tranquille derrière la cravate, il arrive de si loin...
Au printemps dernier, en visite en Transylvanie, j'ai rencontré des Roumains excédés par les touristes lancés à la chasse aux vampires sur leurs terres. Pas moyen pour eux d'émerger du cercueil de Dracula. Ils soupiraient, découragés, renvoyés sans fin à leurs gousses d'ail. Allez le leur reprocher...
À l'étranger, on est tous vissés à notre quête d'exotisme, de rêve, de romantisme. On effleure la surface des peuples pour en gratter la couleur locale. Le phénomène est universel, banal, avouable. Et quand ça se passe chez soi, on tique parfois un peu. Rien n'est simple.
Ces derniers jours, je suis allée voir deux grands comédiens français sur scène à Montréal. Charles Berling, si vibrant dans Hamlet au TNM (qui parvenait presque à faire oublier l'horreur des décors kitsch). Au Monument-National, Philippe Noiret lisait de sa belle voix des textes des Contemplations de Victor Hugo, laissant l'émotion filtrer entre les vers qui nous caressaient le coeur.

»» cinéma
Un cardinal estime que La Passion de Mel Gibson n'est pas antisémite
Associated Press Le jeudi 18 septembre 2003
Cité du Vatican - Une voix de plus s'est élevée au Vatican pour soutenir Mel Gibson, dont le film La Passion est accusé par certains d'inciter à l'antisémitisme.
«L'antisémitisme, comme toutes les formes de racisme, insulte la vérité en présentant une race entière sous un jour défavorable. Ce film ne fait rien de la sorte», a déclaré le cardinal Dario Castrillon Hoyos dans une interview publiée jeudi dans le journal La Stampa.
Le cardinal colombien est préfet de la Congrégation pour le clergé et dirige une commission du Vatican qui tente de replacer à la tête de l'Église les ultraconservateurs. Mel Gibson est lui-même membre d'un mouvement catholique intégriste.
Le film — qui n'a pas encore été montré au public — s'est attiré les foudres de plusieurs dirigeants de la communauté juive, qui affirment que l'oeuvre suggère que les juifs sont responsables de la mort du Christ, et qu'elle pourrait inciter à l'antisémitisme.

»» cinéma
Les démons de Mel Gibson
Libération - Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 septembre 2003
L'acteur Mel Gibson, connu pour son soutien à une Église ultraconservatrice et négationniste, s'est lancé, avec ses millions de dollars, dans un film sur les douze dernières heures de Jésus-Christ. Le script, ayant filtré dans la presse, a suscité quelques inquiétudes: The Passion réveillerait les démons antisémites en remettant à la mode l'idée des juifs déicides. Prudent, Gibson n'avait montré que quelques extraits sans sous-titres de son film en araméen et en latin, avec des images des clous qu'on enfonce dans les mains du Christ.
La polémique enflant, Mel Gibson a accepté de procéder à une projection pour l'organisation juive ADL (Anti Defamation League), qui a publié en retour un communiqué appréhendant que le film ne «déchaîne la haine, la bigoterie
et l'antisémitisme».
À présent, Gibson se défend. Dans Variety, il explique qu'il a voulu «faire oeuvre d'art», précisant qu'il n'a fait que diriger les mouvements de caméra (et le très mystique Jim Caviezel qui joue le Christ, Monica Bellucci faisant Marie Madeleine) pour «le Saint-Esprit qui s'est manifesté à travers lui pendant le tournage». Il ne hait personne, ajoute-t-il, «et certainement pas les juifs, ce sont mes amis et associés». Mais Mel Gibson est déjà moins oecuménique à l'endroit de Frank Rich, éditorialiste du New York Times qui a rappelé que le père de Gibson niait l'Holocauste : «Je le tuerai. Je veux ses intestins empalés. Et je tuerai son chien aussi», a proclamé Gibson.

»» cinéma
ADL director calls Gibson 'anti-Semite'
Abraham Foxman lashes out at actor over statements about 'The Passion'
WorldNetDaily.com Friday, September 19, 2003
The controversy over Mel Gibson's "The Passion," an epic film about the last 12 hours of Christ's life, has ratcheted up a notch with the national director of the Anti-Defamation League, Abraham Foxman, calling the actor-director an "anti-Semite."
"Recent statements by Mel Gibson paint the portrait of an anti-Semite," Foxman told The Jewish Week.
Gibson has been the target of widespread criticism for his portrayal of Jews in the film, even though very few people have actually seen the movie. "The Passion," according to Gibson's critics, portrays Jews in a way that could fuel anti-Semitism.
Foxman's latest comment contradicts earlier statements he made to the New Yorker magazine recently. In that interview, he said he did not believe either Gibson or the film is anti-Semitic.
''The film can fuel, trigger, stimulate, induce, rationalize, legitimize anti-Semitism,'' said Foxman. ''You know, the Gospels, if taken literally, can be very damaging, in the same way if you take the Old Testament literally.''
But this week Foxman said Gibson is spouting "classic anti-Semitism."
"There's no longer a debate where [Mel Gibson] is coming from," Foxman told the weekly. "He is a true believer that the true story of the suffering [of Jesus] is that the Jews made him suffer."
Gibson follows a traditionalist brand of Catholicism and sought to make a film that adhered as accurately as possible to the biblical Gospel accounts of Christ's death and resurrection.
The Jewish Weekly reports Foxman noted that in the New Yorker piece, Gibson regrets excising a scene in which the high priest recites the curse from the Gospel of Matthew proclaiming that the blood of Jesus is upon him and his children.
Gibson told New Yorker reporter Peter J. Boyer: "But, man, if I included that in there, they'd be coming after me at my house, they'd come kill me," referring to his critics.
Foxman also takes issue with Gibson, in the New Yorker, criticizing certain Jewish elements for blaming "the Holocaust on the Catholic Church. And it's a lie. And it's revisionism. And they've been working on that one for a while."
"When you put those things together," Foxman told the paper, "that is a portrait of an anti-Semite. …"
According to the report, Gibson's spokesman, Alan Nierob, said this is the first time he's heard a charge of anti-Semitism directed at Gibson.
"It's an irresponsible statement," Nierob told the paper. "I won't even dignify it with a response."
Yesterday, a top Vatican official praised the film. Cardinal Dario Castrillon Hoyos said he would "like all our Catholic priests throughout the world to see it."
Addressing the charge of anti-Semitism, Hoyos told the Reuters news service, "Anti-Semitism, like all forms of racism, distorts the truth in order to put a whole race of people in a bad light. This film does nothing of the sort."
Gibson's $30 million project is expected to be released next spring. The director as of yet does not have a distributor for the film.

»» cinéma
Gibson's sin: Faithful film?
New Yorker article concludes 'The Passion' is Gospel-true
Joseph Farah
WorldNetDaily.com September 11, 2003
A 14-page article about Mel Gibson's ''The Passion'' in the New Yorker magazine concludes the director did just what he set out to do with the project about the death of Jesus – ''make a movie taken straight from the Gospel.''
Veteran entertainment reporter Peter J. Boyer interviewed Gibson, saw the film more than once and interviewed its staunchest critics – including Abraham Foxman of the Anti-Defamation League.
''Gibson's 'Passion' is a literalist rendering of the Gospels' account of Jesus' Passion, which makes it the ultimate Traditionalist expression,'' wrote Boyer in the Sept. 15 edition of the magazine, on newsstands now.
To the charges of anti-Semitism, Foxman told the New Yorker he does not believe either Gibson or the film is anti-Semitic. His fear, he said, is what viewers will take away from the movie and how they will interpret it.
''The film can fuel, trigger, stimulate, induce, rationalize, legitimize anti-Semitism,'' said Foxman. ''You know, the Gospels, if taken literally, can be very damaging, in the same way if you take the Old Testament literally.''
It's clear Gibson wants his movie judged on its own merits rather than on innuendo and suggestions that it is a manifestation of his own traditionalist brand of Catholicism or the views of his 85-year-old father, Hutton Gibson. When New York Times arts columnist Frank Rich ripped the film for its potential of inflaming anti-Semitism, Gibson didn't try to conceal his feelings about the article or its author.
''I want to kill him,'' he said. ''I want his intestines on a stick. ... I want to kill his dog.''
Paul Lauer, Gibson's marketing director, jumped in to put the remarks in context: ''The thing you have to understand is that the distance from Mel's heart and his mouth is greater than the distance between his imagination and his mouth. He is an artist, and he says these things, and his creative energy kicks in, and he comes out with these imaginative, wild things. But his heart. ...''
It's clear Gibson resorted to that kind of rhetorical overkill because of sensitivity to criticism of his father.
Hutton Gibson, the article reveals, is a devout Catholic who studied in the seminary and aspired to be a missionary priest. When World War II started, he joined the military and abandoned his plans for the clergy, later marrying and fathering 11 children. In 1968, the out-of-work railroadman appeared on the game show ''Jeopardy,'' winning $25,000 – a sum that allowed the family to emigrate to Australia when Mel was 12.
''I don't want to be dissing my father,'' Gibson tells Boyer.
Mel Gibson, too, briefly considered the priesthood before discovering acting. His early success in Hollywood, with films like ''Mad Max,'' ''Gallipoli,'' and ''The Year of Living Dangerously,'' contributed to his own personal despair and distance from his faith.
''You get pretty wounded out there,'' Gibson says. ''I got to a very desperate place. Very desperate. Kind of jump-out-of-window kind of desperate. And I didn't want to hang around here, but I didn't want to check out. The other side was kind of scary. And I don't like heights, anyway. But when you get to that point where you don't want to live, and you don't want to die – it's a desperate, horrible place to be. And I just hit my knees. And I had to use the Passion of Christ and wounds to heal my wounds. And I've just been meditating on it for 12 years.''
Gibson went so far as to build his own chapel in the hills near his home. While he takes his own faith seriously, he's surprised by the criticism of the expression of that faith.
''I didn't realize it would be so vicious,'' he says. ''The acts against this film started early. As soon as I announced I was doing it, it was 'This is a dangerous thing.' There is vehement anti-Christian sentiment out there, and they don't want it. It's vicious. I mean, I think we're just a little part of it, we're just the meat in the sandwich here. There's huge things out there, and they're belting it out – we don't see this stuff. Imagine: There's a huge war raging, and it's over us! This is the weird thing. I don't understand it. We're a bunch of d---heads and idiots and failures and creeps. But we're called to the divine, we're called to be better than our nature would have us be.''
Gibson has shown the film now to columnists, media commentators, members of the clergy, even a group of Jesuits, who offered two standing ovations.
When the Crystal Cathedral's Dr. Robert Schuller attended a screening, he brought with him a gift for Gibson – "Journalistic Fraud: How the New York Times Distorts the News and Why It Can No Longer Be Trusted," written by Bob Kohn and published by WND Books.
''It hits the stores this week,'' said Schuller. ''And the author is very prominent, Bob Kohn, very wealthy ... and Jewish.''
"Hey!" said Gibson. "That's a great gift. Thank you."
After seeing the film, Schuller said: ''You have a powerful masterpiece here.''
As disturbed as Gibson is with the harsh criticism of the film, he also believes it will help market the movie when it is released – either for Christmas 2003 or for Easter 2004.
''Inadvertently, all the problems and the conflicts and stuff – this is some of the best marketing and publicity I have ever seen,'' he told the New Yorker.
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Joseph Farah is editor and chief executive officer of WorldNetDaily.com.