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»» congrès d'orientation

Le réalisme politique de Claude Morin

Claude Lalande
Le Devoir mardi 23 septembre 2003

Libre opinion: On ne peut que s'incliner devant le réalisme politique de Claude Morin. En finir avec les conditions perdantes, publié dans Le Devoir du 13 septembre dernier, représente une feuille de route et un plan d'action quasi incontournables pour l'avenir du Parti québécois, éventuellement utiles pour le gouvernement actuel et éminemment salutaires pour le maintien des compétences constitutionnelles du Québec.

Il faut se réjouir de la contribution actuelle de Claude Morin à l'avancement de la réflexion sur l'avenir et le devenir du Québec, compte tenu de la place plus restreinte occupée par l'option souverainiste depuis quelques années. Il ne fait pas de doute que la proposition de Claude Morin est de nature à inquiéter le gouvernement fédéral qui sait fort bien que le oui l'emporterait assez facilement dans un référendum sur un «statut particulier» pour le Québec.

À la fin de 1994, peu avant le début de la campagne référendaire, j'émettais moi-même, dans les colonnes d'un quotidien québécois, une opinion se rapprochant de celle de Claude Morin. D'autres personnalités avant lui avaient aussi émis des opinions semblables Pierre Drouilly, Louis Balthazar, Denis Monière, Guy Bouthillier pour ne nommer que ceux-là. Aucun cependant n'a défini et articulé si bien cette option, avec autant de précision et de réalisme. Claude Morin a visé juste, au coeur de la problématique politique québécoise actuelle. En mettant au jour les tendances lourdes qui conditionnent les choix politiques des gens du Québec, l'évolution à la baisse de l'option souverainiste et l'effritement du pouvoir québécois des dernières années, Claude Morin nous ramène énergiquement à la réalité. Même au prix du rêve souverainiste qui tardera encore plus à se réaliser, si tant est qu'un jour il doive y parvenir.

La position de Claude Morin est cependant de nature à provoquer une scission au sein du Parti québécois. De cela, il faut être conscient. Mais mieux vaut une scission avec l'espoir de revenir plus uni et plus fort dans quelques années que de simplement disparaître par entêtement, pour n'avoir pas su s'adapter à la réalité du jour.

Avec l'arrivée au pouvoir à Québec du Parti libéral et l'affaiblissement de l'option souverainiste, il faut s'attendre au cours des prochaines années, à l'accroissement du nombre et de l'importance des tentatives d'occupation de champs de juridiction québécois par le gouvernement fédéral. Si l'administration libérale au Québec est plus ouverte à coopérer avec le fédéral en ce sens, c'est surtout la perte de popularité de l'option souverainiste qui encouragera le fédéral à occuper et à agir plus ouvertement dans les domaines de compétence du Québec.

Cependant, devant un désir exagéré du gouvernement canadien d'envahir des champs de juridiction québécois, au-delà de ce que même un gouvernement québécois fédéraliste est prêt à tolérer, il se pourrait qu'un tel gouvernement trouve utile de menacer de recourir à un référendum du type proposé par Claude Morin pour freiner les ardeurs de l'administration fédérale. C'est peu probable sous le gouvernement Charest me dira-t-on ? Soit, mais sait-on jamais ! M. Charest ne parlait-il pas, au moment de l'assermentation de ses ministres, des devoirs particuliers incombant au seul gouvernement francophone en Amérique ?

Depuis près de 40 ans le mouvement indépendantiste au Québec, plus particulièrement le Parti québécois, s'active courageusement à faire avancer le wagon de la souveraineté. La gare est encore loin et le train souverainiste pourrait bien ne jamais l'atteindre, si le chemin emprunté demeure le même. Il faut changer de voie et le plus vite sera le mieux. Morin nous y invite. Entre-temps, appliquons-nous à sauvegarder les acquis des dernières décennies.



»» PLQ

Charest ne rêve plus à Ottawa

Tommy Chouinard
Le Devoir mardi 23 septembre 2003

Québec -- Le premier ministre Jean Charest coupe court aux conjectures voulant que ses ambitions réelles soient de diriger le Canada. «Jamais», dit-il, il ne fera un retour en politique fédérale.

«Je ne suis pas intéressé à ça», a déclaré hier Jean Charest, en entrevue au réseau LCN. Le premier ministre a indiqué qu'il avait «déjà fait son bout au fédéral», entre autres comme ministre sous le gouvernement Mulroney et comme chef du Parti progressiste-conservateur.

Il n'est ainsi pas question pour lui que son poste de premier ministre du Québec serve de tremplin pour faire le saut à Ottawa. «Je suis premier ministre du Québec. Aujourd'hui, c'est la seule chose qui m'intéresse. Je ne suis pas intéressé à retourner en politique fédérale», a-t-il souligné.

La semaine dernière, le premier ministre Jean Chrétien avait affirmé que M. Charest ferait un bon premier ministre du Canada et qu'il le serait «peut-être un jour». «C'est un beau compliment qu'il m'a fait. Mais je ne suis pas intéressé. Je suis heureux dans ce que je fais. Je suis arrivé là où je voulais arriver : gouverner le Québec et le faire avec mon équipe», a expliqué M. Charest.

Au terme de son mandat de premier ministre du Québec, Jean Charest, 45 ans, songe plutôt à retourner à la pratique du droit, ce qu'il a fait pendant trois ans avant de se lancer en politique en 1984, ou enseigner dans une université. «C'est tôt [pour en parler]. On n'a pas encore un an de fait», a-t-il laissé tomber.



»» Paul Martin

Le gentil

Michel David
Le Devoir mardi 23 septembre 2003

Cette fois-ci, Jean Chrétien a au moins attendu que les élections québécoises soient passées avant de faire une dernière petite vacherie à Jean Charest, en lui souhaitant de réaliser un jour son rêve de devenir premier ministre du Canada.

En 1998, il l'avait «enfargé» dès le début de la campagne électorale, quand il avait déclaré que le Canada n'était pas un magasin général, où les provinces pouvaient choisir ce qui leur convenait.

Ce genre de chose ne devrait plus se produire avec Paul Martin. Au moins dans le ton, son accession au poste de premier ministre inaugurera sans doute une ère de relations empreintes d'une cordialité entre libéraux canadiens et québécois qu'on n'a pas connue depuis le début des années 1960.

La belle entente de l'époque entre Lester B. Pearson et Jean Lesage allait cependant bien au-delà des civilités. M. Pearson avait consenti à des accommodements sans précédent depuis la signature de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique et sans commune mesure avec tous les arrangements qui ont pu survenir depuis.

À force de répéter que le départ de Jean Chrétien allait enfin permettre de lever une énorme hypothèque, qui empêchait la grande réconciliation espérée par les fédéralistes québécois depuis la fracture de 1982, on a fait naître des espoirs qui risquent d'être cruellement déçus.

***

Soit, en 1990, M. Martin ne partageait pas l'obsession de la parfaite symétrie, qui avait fait se dresser les trudeauistes contre l'accord du lac Meech. Remarquez, même Stéphane Dion estimait que son rejet constituait une «grave erreur», dans la mesure où la reconnaissance de la «société distincte» dans la Constitution n'aurait rien modifié d'essentiel au fonctionnement de la fédération canadienne, alors qu'elle aurait peut-être porté un coup fatal au mouvement souverainiste.

Le problème est que M. Martin refuse aujourd'hui de reconnaître ce qui est devenu aux yeux de la majorité des Québécois, aussi fédéralistes que souverainistes, le vice fondamental de la fédération : le déséquilibre fiscal. Les échanges de politesse entre ces messieurs ne changeront rien à cette réalité.

M. Charest n'était pas peu fier, au printemps dernier, d'avoir réussi à recruter, pour en faire son ministre des Finances, celui dont le rapport a contribué à placer le déséquilibre fiscal au coeur du débat. Bernard Landry a bien essayé de l'attirer au PQ, mais il finira peut-être par se réjouir qu'Yves Séguin ait préféré retourner au PLQ.

M. Séguin sait très bien que Paul Martin n'acceptera jamais de céder aux provinces de nouveaux points d'impôt sur le revenu, ou encore la TPS, et qu'il faudra reprendre chaque année le même pénible marchandage, qui ne fait que renforcer l'impression d'un dysfonctionnement permanent de la fédération.

Le discours que M. Martin a prononcé, la semaine dernière, devant la Chambre de Commerce du Montréal métropolitain n'était pas très rassurant. Quand il était aux Finances, c'est essentiellement en réduisant les transferts aux provinces qu'il a réussi à éliminer le déficit fédéral. M. Séguin a dû frémir, en l'entendant se fixer comme nouvel objectif de réduire le pourcentage de la dette par rapport au PIB de 40 % à 25 %, tout en continuant à abaisser les impôts.

Il y a un an, quand M. Charest avait rendu public le «cadre financier» d'un gouvernement libéral pour les cinq prochaines années, M. Séguin avait lui-même émis de sérieuses réserves sur son réalisme, si le partage de l'assiette fiscale entre Ottawa et les provinces n'était pas modifié de façon significative.

Outre un bien improbable transfert de points d'impôt, le gouvernement Charest mise sur des modifications à la formule de péréquation, qui lui permettraient d'augmenter ses revenus de plusieurs centaines de millions à compter de 2004-2005.

En principe, les discussions entre le gouvernement fédéral et les provinces doivent débuter au début d'octobre. À Québec, on s'attend toutefois à ce qu'elles soient reportées à plus tard, en raison de l'incertitude causée par le changement de premier ministre à Ottawa. La formule actuelle serait donc reconduite pour une autre année.

Ce ne serait pas une très bonne nouvelle pour M. Séguin. Déjà, l'impasse budgétaire de deux milliards qu'il prévoyait pour l'an prochain risque de passer à trois milliards. Sans compter les dépenses excédentaires de l'année en cours. Le gouvernement semble avoir beaucoup de difficulté à faire respecter les crédits votés en juillet dernier. À tel point que le ministre des Finances menace de «vendre les chars» de ses collègues du cabinet !

***

Quand Jean Chrétien est devenu chef du Parti libéral du Canada, puis premier ministre, Jacques Parizeau s'est réjoui bruyamment. Tout bon western a besoin d'un «vilain», expliquait-il, et M. Chrétien lui paraissait taillé sur mesure pour le rôle. Avec lui, suffisamment de Québécois perdraient leurs derniers espoirs de rendre le Canada acceptable.

Les choses ont malheureusement tourné autrement. M. Chrétien a pourtant très bien joué son rôle avec le plan B, la Loi sur la clarté, l'union sociale, les coups de sabre dans les transferts aux provinces... Contre toute attente, les spectateurs ont applaudi le vilain. Lucien Bouchard en est resté pantois.

Finalement, c'est peut-être d'un «gentil» que les souverainistes avaient besoin. Qu'un vilain multiplie les mauvais coups ne choque personne. Il lui suffit même de quelques bonnes actions pour qu'on se mette à l'encenser. À preuve, en six mois, M. Chrétien a presque réussi à faire oublier dix ans de vilenie.

Du gentil Paul Martin, on attend toutes sortes de bonnes choses. La méchanceté lui est même interdite. Si Jean Charest et lui n'arrivent pas à trouver un terrain d'entente où le Québec puisse trouve son compte, ce sera vraiment qu'il n'y a rien à faire.

mdavid@ledevoir.ca



»» cinéma

Nous n'aimons pas l'image que les Français nous renvoient parfois de nous-mêmes

Nic Payne
TRIBUNE LIBRE mardi 23 septembre 2003

Montréal, le 22 septembre 2003

Quelques commentateurs et journalistes ont récemment reproché au réalisateur français Michel Boujenah de véhiculer dans son film, Père Et Fils, une image '' folklorique '', ou passéiste, de la société québécoise. Cette irritabilité quand il est question de notre identité est une attitude récurrente de bon nombre de Québécois à l'endroit, particulièrement, des Français. Si seulement nous avions eu au fil du temps ne serait-ce qu'une fraction de cette susceptibilité face au régime canadien, la question de l'indépendance du Québec ne se poserait plus depuis longtemps.

Il faut dire que l'argumentaire fédéraliste a toujours laissé entendre que nous avions été '' sauvés '' des Français par le régime britannique. Encore aujourd'hui, quiconque discute régulièrement avec des Québécois opposés à leur propre indépendance, rencontre fréquemment, et toujours avec stupeur, cette méfiance malsaine envers les '' maudits Français '', quand ce n'est pas carrément de l'animosité; ils ne nous comprennent donc pas, ils ne nous connaissent donc pas, ils nous imaginent partant en raquettes à la chasse à l'ours en plein Montréal, ou en canot d'écorce sur le fleuve St-Laurent. Ça s'peut-tu !

Comme si l'ignorance obstinée de l'identité québécoise démontrée par une immense proportion de Canadiens, certains d'entre eux vivant même depuis des générations au beau milieu de Montréal, n'était pas infiniment plus significative et dommageable. Comme si une nation de soixante millions de personnes installée de l'autre côté de l'Atlantique, titulaire d'une culture plus que millénaire, et ayant engendré sur la planète une foule de collectivités francophones régionales souvent plus anciennes, souveraines et populeuses que le Québec, devait tout savoir et tout connaître d'un groupe d' environ six millions de personnes s'imaginant posséder un statut quelconque au sein d'un état - lui-même encore attaché à la reine d' Angleterre - qui reconnaît à peine son existence ? Un groupe dont la langue parlée a un rayonnement internationnal frisant le zéro absolu.

Soyons lucides : Nous n'aimons pas l'image que les Français nous renvoient parfois de nous-mêmes. Cela veut-il dire qu'elle soit si distortionnée ? Sommes-nous à ce point autre chose qu'une région administrative dont seuls les habitants connaissent vraiment l'identité exacte ? Le décalage entre ce que nous sommes et ce que nous voudrions être n'est-il pas beaucoup plus grand que celui entre ce que nous sommes et ce que les Français voient en nous ?

Les Français s'intéressent au Québec, province canadienne, pour les grands espaces, les baleines et la chaleur des rapports humains. La poutine, et, surtout, notre prétendue '' modernité '', viennent loin derrière. Nous sommes effectivement une nation très moderne par rapport à ce qu'elle a déjà été, et sans doute, dans divers domaines, faisons partie de l'élite mondiale. Mais cette modernité ne regarde que nous, et il en sera ainsi tant que nous accepterons contre toute logique le déficit identitaire dans lequel nous cantonne nécessairement le régime canadien.



»» foulard islamique

Nouvelle controverse autour du foulard islamique

LCN mardi 23 septembre 2003

Montréal - Le port du foulard islamique revient en force dans l'actualité.

Irène Waseem, une étudiante de 16 ans de Montréal, a été expulsée du collège Charlemagne parce qu'elle refuse de retirer son voile.

Son expulsion est entrée en vigueur le 2 septembre dernier. La Commission des droits de la personne a pourtant estimé, en 1995, que l'interdiction du hijab dans les écoles n'était pas compatible avec la Charte des droits et libertés.

Le collège Charlemagne est une école francophone privée de l'arrondissement de Pierrefonds. Irène Waseem fréquente l'endroit depuis le début de son secondaire. Elle a cependant commencé à porter le voile seulement cette année.

L'affaire devrait être entendue sous peu par la Commission des droits de la personne.