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Un documentaire sur Bernard Landry

Frank Fiorito
Journal de Montréal 11/07/2003

Un documentaire sur les derniers mois de Bernard Landry comme premier ministre sortira cet automne. Pendant la campagne électorale d’avril dernier, Bernard Landry semblait être un peu serré dans ses vestons. Non, il n’avait pas engraissé mais devait plutôt porter sur lui des piles et des micros presque douze heures par jour pour le documentaire que l’on tournait sur lui.

C’est le réalisateur Jean-Claude Labrecque qui a suivi pas à pas l’ex-premier ministre, de février jusqu’au soir fatidique de l’élection, le 14 avril dernier.

Le cinéaste a eu un accès privilégié à sa vie, son travail.

À l’exception de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres, tout a été filmé : le war room, où l’on discute de stratégies électorales ; les moments intimes personnels de monsieur Landry et les briefings au mythique bunker. En tout, 150 heures ont été accumulées sur bobine. Du jamais vu dans le monde secret de la politique.

Sans condition

Comment l’ex-premier ministre a-t-il accepté une telle intrusion dans sa vie privée ? « La productrice, Monique Simard, a fait des miracles ! C’est elle qui a porté le projet. Mais pour nous, les conditions étaient claires : on le suivait partout et on ne le lâchait pas, sans quoi on laissait tomber », répond le cinéaste qui à l’habitude de filmer les cercles politiques. On lui doit notamment des documentaires sur le RIN et la visite de Charles de Gaulle à Montréal en 1967.

L’ex-premier ministre était aussi familier avec l’œuvre de Jean-Claude Labrecque, ce qui a facilité les contacts entre les deux hommes.

Télé-réalité politique ?

Jean-Claude Labrecque se défend d’avoir voulu faire de la télé-réalité politique. « C’est plus un travail d’archiviste : j’aimerais que mon matériel puisse servir aux historiens », répond-il.

Chose certaine, le cinéaste a eu l’impression d’arriver à un moment crucial dans la vie de monsieur Landry : « J’ai senti qu’avec les élections, il jouait un peu sa carrière », dit-il.

Et ce regard intime sur les derniers mois d’un premier ministre se fera sans filtre. Aucune voix ne viendra appuyer les images.

Sortie prévue à l’automne

Ce documentaire, dont le titre est À hauteur d’homme, est actuellement en montage. La sortie est prévue pour l’automne.

Il y aura deux versions de 104 minutes, l’une pour la télé et l’autre pour le cinéma.

Mais Labrecque rêve de faire une version encore plus longue. Son fantasme ? Présenter quatre heures de matériel non monté au cinéma Beaubien. « Là on aurait vraiment l’impression de vivre avec Bernard Landry ! », dit-il à la blague.



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Les jeunes du PQ refont le discours souverainiste

Gilles Normand
La Presse samedi 30 août 2003

Québec - La volonté exprimée par le chef du Parti québécois, Bernard Landry, de revoir le discours souverainiste a trouvé écho chez les jeunes de cette formation politique, qui se penchent sur la question aujourd'hui, à l'Université de Montréal, au cours d'une assemblée ouverte aux moins de 30 ans que le statut politique du Québec préoccupe.

"Si on ne fait pas nos devoirs et si on ne réussit pas à faire les remises en question qui s'imposent, on va aller tout droit à l'échec dans quatre ans. Il faut dès maintenant arriver à lancer la réflexion autour de ce que devrait être le PQ de demain", a expliqué à La Presse le président sortant du Comité national des jeunes du PQ, Patrick Taillon.

C'est manifestement Sébastien Cloutier, 27 ans, vice-président au contenu, qui succédera à M. Taillon, aucun adversaire ne s'étant manifesté.

Bernard Landry, qui a quitté sur ses deux pieds l'hôpital de l'Enfant-Jésus, à Québec, à 10 h 15 hier matin, devait s'adresser aux participants, mais il sera remplacé par la députée Louise Harel. Le chef de l'opposition se remet d'une appendicectomie subie d'urgence mercredi soir. Il s'accordera quelques jours de convalescence chez lui, à Verchères, pour reprendre graduellement le travail au milieu de la semaine prochaine.

Sous le thème Reposer la question nationale: réfléchir à l'apport des jeunes à l'organisation et au discours du mouvement souverainiste, les participants réfléchiront aujourd'hui à la manière de relancer une nouvelle coalition indépendantiste, en partant du constat que plusieurs chemins peuvent conduire à la souveraineté.

"La coalition souverainiste s'est lentement désagrégée après le référendum de 1995, l'absence d'horizon politique clair pour les souverainistes incitant les partenaires à reprendre leurs activités politiques normales au sein d'une société démocratique", indique-t-on dans le document de travail qui sera distribué aux jeunes. On y souligne que la question nationale "demeure irrésolue" et que les souverainistes qui ont gardé le fort au creux de la vague "peuvent et doivent maintenant mettre en place la coalition qui devra renverser le gouvernement Jean Charest aux prochaines élections et engager les démarches conduisant à l'indépendance politique".

Les jeunes péquistes auront donc à redéfinir le projet souverainiste pour qu'il soit mieux adapté à la réalité actuelle. Ils pourront s'aider d'un sondage réalisé récemment et dont les résultats seront révélés aujourd'hui, au cours de cette assemblée pour laquelle on a réservé une salle de 250 places. Cette consultation montre, selon Patrick Taillon, que "l'idée de faire la souveraineté-partenariat n'a pas tellement la cote et que l'idée de faire un pays récolte vraiment un large consensus". La question posée à ce chapitre était formulée ainsi:

"Le Parti québécois doit nommer son projet. De quelle façon devrait-on le désigner?"

faire du Québec un pays;

faire la souveraineté;

faire la souveraineté-partenariat;

faire l'indépendance."

Six conférenciers ont été invités, dont Michel Venne, Jonathan Valois, et Jacques Léonard.



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The Parizeau cure

The Gazette Tuesday, September 02, 2003

Éditorial - Gilles Duceppe is looking for a cure for the degenerating Bloc Québécois. Maybe he should hold a convention in Ste. Anne de Beaupré and invite Jacques Parizeau. The Bloc, facing still more losses in the expected 2004 election against Paul Martin, certainly could use a miracle, for which the ski centre and shrine near Quebec City is famous. And the old separatist war-horse definitely knows how to liven things up. Just ask Bernard Landry.

During last spring's election campaign, Landry had his predecessor touring CÉGEPs and universities. Parizeau created such a stir that he managed to eclipse Landry the night of the all-important leaders debate. Earlier that day, Parizeau had been theorizing about the 1995 referendum result, drawing on his famed money-and-the-ethnic-vote analysis. Peeved at being upstaged, Landry sent Parizeau packing, but the debate - and the election - had already been lost.

But "Monsieur" just doesn't know when to quit. Last week, he trotted out another scheme to galvanize the faithful: holding a "secession election," in which a vote for the Parti Québécois would equal a vote to pull Quebec out of Canada, with no further consultation with the public.

There's been serious talk about this idea in some PQ-BQ quarters, but the endless quest for gimmicks seems to us essentially stale and hollow. It's time the PQ, and the Bloc, admit that Quebecers are no longer listening.



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Souveraineté - Une voie pragmatique et raisonnable
L'offre de partenariat: des nuances s'imposent

Michel Seymour
Département de philosophie, Université de Montréal

LE DEVOIR mardi 2 septembre 2003

Beaucoup de confusion persiste encore au sujet de l'offre de partenariat faite au Canada, après un vote référendaire favorable au projet de souveraineté. Je profite de l'occasion fournie par la publication de l'article de Pauline Marois (Le Devoir du 27 août) pour tenter d'apporter quelques éclaircissements sur cette question.

Mme Marois écrit que l'acceptation par le Canada de l'offre de partenariat n'est pas conditionnelle à l'accession du Québec à la souveraineté. En cela, elle ne se distancie de personne au sein du mouvement souverainiste. Je ne connais en effet plus personne au sein de ce mouvement qui défende encore l'idée du trait d'union, c'est-à-dire l'idée que le partenariat soit une condition nécessaire à l'accession du Québec au statut de pays indépendant. Le Québec va s'engager dans la souveraineté que le Canada accepte ou non l'offre de partenariat. Cela est clair, mais c'est une toute autre question de savoir si les souverainistes doivent se montrer favorable à l'idée de faire une offre de partenariat au Canada.

Doit-on comprendre que Mme Marois est désormais réticente à l'idée même du partenariat et qu'elle ne voudrait pas faire une telle offre aux Canadiens ? Sans doute que non. Et pourtant, ce glissement de sens est bel et bien survenu à la suite de la publication de son article. Certains ont compris qu'elle proposait de biffer du programme péquiste l'idée même de partenariat. Cela donne l'impression qu'elle n'est pas favorablement disposée à l'idée de proposer une union économique et politique avec le Canada.

Il faut voir aussi en quel sens le Québec peut vraiment aller de l'avant dans la réalisation de son projet de souveraineté sans un accord du Canada sur la question du partenariat. Certains militants voudront croire que le Québec peut alors devenir complètement indépendant du Canada. Or, aucun pays ne peut à notre époque se réclamer d'une telle indépendance. Comment faut-il alors comprendre cette idée d'aller de l'avant sans un accord avec le Canada ? Cela revient à dire que nous pouvons décider de garder la monnaie canadienne que le Canada le veuille ou non et de maintenir de notre côté la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes qui existe déjà. C'est dire en somme que nous allons maintenir une union économique de facto en attendant que le Canada accepte de discuter d'un éventuel traité, d'un tribunal d'arbitrage, d'un conseil des ministres ou de partenariats sectoriels.

Il ne faut pas prendre pour acquis que le Canada ne voudra pas négocier et qu'il se montrera réfractaire à toute idée d'union économique chapeautée d'institutions minimales qui puissent en assurer le bon fonctionnement. Car s'il adoptait cette attitude, le Canada agirait totalement à l'encontre de ses propres intérêts économiques, politiques et géopolitiques. Ce serait aussi aller à l'encontre des prescriptions de la Cour suprême dans son avis de 1998 portant sur la sécession du Québec. Jusqu'à nouvel ordre, on peut donc présumer que le Canada voudra s'asseoir à la table des négociations après un Oui référendaire pour discuter du maintien d'une union économique. Certains pensent que le Québec doit tout d'abord devenir souverain et discuter ensuite du partenariat, mais tous les experts reconnaîtront que les discussions à ce sujet doivent raisonnablement avoir lieu avant la déclaration de souveraineté.

L'inspiration européenne

Mme Marois souligne aussi qu'elle veut prendre ses distances à l'égard du modèle confédéral européen. C'est peut-être ce qui a incité certains à dire qu'elle voulait biffer le partenariat du programme. Ces dernières années, Bernard Landry s'est en effet fait le promoteur de l'idée que le modèle européen était un type de partenariat dont on devait s'inspirer. Mais il faut comprendre qu'il ne s'agissait que d'un type de partenariat et, au surplus, d'un type dont on ne devait que s'inspirer.

En outre, depuis cette époque, l'Europe a rapidement évolué et ses artisans préconisent maintenant une approche qui apparaît de moins en moins applicable au cas des relations Québec/Canada. Même si les pays européens continuent de conserver la souveraineté juridique et même si les frais de fonctionnement de l'union européenne n'engagent qu'une très faible portion du PNB de chaque pays, les États européens préconisent de plus en plus la création de liens fédératifs. Sans s'engager dans la création d'un État fédéral, les Européens veulent quand même plus qu'une banque centrale, une assemblée de députés européens, une commission européenne et un conseil des ministres. Ils veulent se doter en outre d'une constitution ainsi que d'une politique extérieure commune, et ils veulent qu'un nombre croissant de décisions soient prises à la majorité qualifiée. Ces arrangements sont requis dans le cadre d'une union regroupant plus de 25 pays. Dans un tel cadre, en effet, et dans le contexte d'une union économique qui est encore en construction, il est pratiquement impossible d'envisager le maintien d'un droit de veto réservé à tous les pays.

La situation est très différente pour nous. L'essentiel de l'union économique est déjà mis en place et lorsque le Québec sera un pays indépendant, il n'y aura que deux pays qui pourront tous les deux maintenir leur droit de veto sur la plupart des questions. En outre, nous n'avons pas besoin d'une constitution commune mais seulement d'un traité, et pas besoin d'une assemblée supranationale car, pour éviter le déficit démocratique, nous avons seulement besoin de faire approuver les propositions d'un éventuel conseil des ministres par nos assemblées nationales respectives.

L'un des modèles qui demeurent attrayants pour le Québec et le Canada est celui d'une véritable union confédérale dans laquelle chaque pays aurait un droit de veto sur la plupart des questions et ne serait lié à l'autre pays que par un traité. Mais ce modèle n'a plus grand chose à voir avec celui de l'union européenne.

Négocier d'abord

Cela étant dit, nous n'avons pas à nous prononcer à l'avance sur un modèle particulier de partenariat. Le modèle qui sera le bon sera celui qui sera négocié par les deux parties après un Oui référendaire. Il faut être deux pour danser le tango, et nous n'avons pas à nous compromettre à l'avance. Mais il importe de développer dès maintenant les différents modèles possibles pour être en mesure de faire un choix éclairé. Il faut en effet se préparer concrètement à faire la souveraineté. Certains voudraient reporter à plus tard les débats sur cette question, mais il ne faut pas que la démarche partenariale fasse l'objet d'une improvisation. Il faut aussi que les intellectuels puissent contribuer à la réflexion sur ce thème, comme sur bien d'autres sujets d'ailleurs.

D'autres estiment qu'il s'agit d'un thème sans importance, mais l'attitude que les souverainistes adopteront à l'égard des Canadiens sera déterminante sur l'opinion publique québécoise. Il faut aussi ne pas oublier que l'union économique qui existe en ce moment avec le Canada est une forme d'intégration économique beaucoup plus poussée que ne l'est l'ALÉNA ou que ne le serait l'AZLÉA. On ne saurait par conséquent substituer l'ALÉNA à l'union économique actuelle comme type de relations à entretenir avec le Canada, sans que cela n'entraîne des bouleversements importants.

Il importe enfin de rester ouvert au partenariat avec le Canada surtout parce que c'est une voie pragmatique et raisonnable. Aussi, il est dommage que certains veuillent se montrer désormais réticents à maintenir le projet d'une entente partenariale avec nos homologues canadiens. Cela fait plaisir aux militants nationalistes qui fondent leur démarche sur le ressentiment, mais cela ne rejoint pas la population dans son ensemble.



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Le partenariat caricaturé de M. Pratte

Michel Seymour
Département de philosophie, Université de Montréal

LP (boîte aux lettres)
Le jeudi 04 septembre 2003

Dans son éditorial du 29 août («Le modèle à la poubelle»), André Pratte caricature la position souverainiste à l'égard de l'union européenne. On dirait que le travail de Chapleau sur la même page déteint sur sa propre pratique.

Pratte croit que les nouvelles positions souverainistes au sujet de l'union européenne donnent raison à Bourassa: pas d'union économique sans union politique fédérale, et ce lien étroit serait confirmé par la fédéralisation progressive de l'Europe. Mais il me semble que l'on peut tirer un enseignement très différent de ce qui se passe sur le vieux continent. Même si l'union européenne est en train de prendre de l'expansion au point d'inclure vingt cinq pays, aucun d'entre eux ne veut renoncer à la souveraineté juridique et aucun ne veut d'un État fédéral qui serait le véritable détenteur de la souveraineté juridique. Les États européens doivent multiplier les liens fédératifs à cause du nombre croissant de pays impliqués, mais jamais au prix de l'abandon de leur statut d'États indépendants.

C'est encore plus vrai à 15. Imaginez maintenant à quel point cela serait vrai si deux États seulement étaient impliqués dans une union économique. L'éventuelle union entre le Québec et le Canada exigera tout au plus un traité, un tribunal d'arbitrage et un conseil des ministres. Elle ne nécessitera même pas un parlement supranational, parce que pour éviter le déficit démocratique, les recommandations du conseil des ministres de l'Union pourront être entérinées dans les assemblées nationales respectives des deux pays, le Québec et le Canada. Dans le débat qui a opposé lors du dernier référendum Jacques Parizeau à Robert Bourassa et, chez les intellectuels, François Rocher à Armand de Mestral, c'est le duo Parizeau-Rocher qui a eu raison contre les deux autres. On peut avoir une union économique avec le Canada sans que cela nous contraigne à des institutions fédérales.

Pratte soutient en outre que la position souverainiste est fragilisée parce que ce serait le seul endroit au monde où une union économique ne se traduirait pas par des institutions fédérales communes. Mais cet argument ne tient pas la route. La Grande-Bretagne est pour sa part le seul endroit au monde où l'on trouve un État-nation multinational à cause de la langue commune parlée par les différentes nations qui en font partie. La Belgique est l'unique endroit au monde où se vit une expérience de fédération multinationale de jure. De même, l'union européenne est elle aussi engagée dans l'expérience unique d'une fédération (sans État fédéral) d'États-nations (conservant la souveraineté juridique). Alors, il n'y aurait rien de surprenant à ce que l'union Québec-Canada soit elle aussi une expérience unique: celle d'un modèle confédéral authentique, très différent de l'union européenne, où chaque pays conserverait la souveraineté juridique et détiendrait un droit de veto sur presque toutes les questions.

En somme, Pratte omet de signaler qu'aucun projet d'État fédéral n'est en vue en Europe, et il ne tire pas les bonnes leçons des ressemblances et des différences avec l'union économique Québec/Canada. Enfin, il tente d'exploiter l'inquiétude des Québécois en soulignant «le saut dans l'inconnu» que constituerait le projet souverainiste, tout en omettant de dire qu'il y a plein de «sauts dans l'inconnu» de ce genre vécus à travers le monde. Le journaliste manifeste une absence de rigueur minimale qui frise la caricature. Celles de Chapleau nous suffisent, M. Pratte, et elles sont bien meilleures!



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S'ouvrir ou périr!

La diligence à disposer du concept de partenariat prouve que nous n'avons rien appris de la dégelée électorale d'avril dernier

Jean-François Simard
L'auteur a été député et ministre délégué à l'Environnement du Parti québécois. Il a été défait le 14 avril dernier.

La Presse Le jeudi 04 septembre 2003

AINSI, TOUR À tour, François Legault, Pauline Marois et Bernard Landry ont signé l'arrêt de mort du concept de partenariat. La diligence à disposer de cette idée peut paraître anodine à certains observateurs. En fait, elle est révélatrice d'un malaise profond au Parti québécois. Elle prouve que nous n'avons rien appris de la dégelée électorale du mois d'avril 2003. Dans les semaines qui ont précédé la dernière élection, les Québécois n'ont cessé de nous rappeler qu'ils avaient la perception que nous n'étions plus à leur écoute. Maintenant libérés que nous sommes du poids de la gouverne, de grâce, donnons-nous le temps d'entendre ce que les Québécois ont à nous dire, y compris sur les causes du recul de la popularité de notre option fondamentale. Dès lors, nous comprendrons peut-être que les Québécois n'en peuvent plus de ces positions politiques ex cathedra qui ressemblent à des bulles papales édictant de nouvelles conduites de pensées.

Brassage ou bâclage d'idées?

D'où vient donc l'urgence d'avoir une opinion aussi arrêtée sur un sujet aussi complexe et névralgique que la question du partenariat? N'étions-nous pas convoqués à un grand brassage d'idées, plutôt qu'à un braquage sur la question nationale? Devons-nous impérativement, après moins de six mois dans les rangs de l'opposition, avoir une réponse préfabriquée à toutes nos interrogations? Ce n'est pas cela que les Québécois attendent de nous!

La consultation, pour peu que l'on croie à ce que cela veut dire, a une finalité, celle de se laisser imprégner de l'idée de l'autre, celle de changer et de grandir à travers le cheminement auquel nous conduit un questionnement sincèrement formulé. On ne peut prétendre consulter sérieusement les militants, tout en leur disant simultanément comment il faudra dorénavant penser. Cet empressement intellectuel, sans doute fait de bonne foi, risque d'écraser, bien plus que d'enflammer, le "brassage d'idées sans précédant dans l'histoire de notre parti" auquel Bernard Landry appelait les délégués, lors du conseil national tenu à Québec, le 14 juin dernier.

Question de réalisme!

Au-delà d'un processus qui part du mauvais pied, il y a une autre raison pour laquelle j'éprouve tant de réserves à supprimer le concept de partenariat de notre idéal politique. Les mots conditionnent la pensée, selon l'expression d'Edward Sapir. Sous prétexte de vouloir clarifier notre message, mettre en veilleuse la dimension du partenariat renvoie, dans l'imaginaire collectif, à une radicalisation du discours péquiste. Une radicalisation qui, du reste, ne correspond pas aux ambitions des Québécois et qui risque de marginaliser encore davantage le mouvement souverainiste. Ce réductionnisme conduira presque inévitablement le Parti québécois dans la voie d'une élection de type référendaire - one issue campaign -, une stratégie d'autant plus périlleuse que nous ne contrôlons plus l'agenda politique.

Devenu un pays, prétendre que le Québec n'aurait pas besoin de partenariat réfère à une insouciante et dangereuse vue de l'esprit dont je me dissocie totalement. On a la politique de sa géographie, disait Napoléon. Le Québec coupe physiquement le Canada en deux. Comment peut-on, ne serait-ce que théoriquement, occulter l'idée d'un partenariat en ayant par ailleurs la ferme intention d'établir avec celui-ci un espace économique commun et de partager la même devise? Comment cette vision simpliste et anachronique cadre-t-elle avec notre appartenance à l'ALENA et avec notre intention d'adhérer à la ZLEA?

Quelle crédibilité notre formation politique pourrait-elle garder auprès de la communauté internationale si, après avoir clamé durant des années que la question québécoise serait réglée avec un traité équivalent à celui de Maastricht, nous changions d'option en disposant de l'idée de partenariat? Plutôt que de rejeter d'un trait de plume cette idée, ne serait-il pas davantage pertinent de rejeter certaines formes de partenariat, de préférer tel modèle à tel autre et d'établir à cet égard des liens avec des groupes de réflexion du Canada-anglais, histoire de préparer le terrain?

Mentionnons également que toute l'attention dévolue à la présence du partenariat dans notre projet politique ne doit pas devenir, même involontairement, une échappatoire servant à nous détourner de questions beaucoup plus fondamentales quant au bien-fondé de nos revendications constitutionnelles. À l'heure de la fédéralisation de l'Europe, la souveraineté a-t-elle épuisé ses possibles? En quoi les changements sociaux, culturels, économiques et politiques survenus sur la scène internationale depuis le référendum de 1995 doivent-ils transformer notre acception de la souveraineté? Comment pourrions-nous réaliser la souveraineté au cours d'un prochain mandat, alors que nous n'avons pu la faire pendant les dix-huit ans ou nous avons été au pouvoir? Autant de questions qui alimenteront longtemps nos débats.

La troisième et dernière raison qui m'incite à maintenir dans notre programme la dimension du partenariat réside dans la vision même que j'ai de l'avenir du grand parti fondé par René Lévesque. Je rêve d'un Parti québécois inclusif et accueillant, prônant le progrès social. Un parti qui devienne, à l'intérieur de ses rangs, la vaste coalition que d'aucuns voudraient construire à l'extérieur de celui-ci. Un parti qui propose une souveraineté plurielle, c'est-à-dire une cohabitation de militants ayant comme plus petit dénominateur commun de considérer le Québec comme un peuple qui ne peut plus se satisfaire de son statut d'État provincial. Pourquoi ne pas rouvrir la porte à ces nationalistes qui ne sont pas encore forcément souverainistes, mais qui cheminent vers cette option, comme ce fut le cas au lendemain de l'échec de l'Accord du lac Meech.

Bien que l'épanouissement d'une nation ne soit plus autant que par le passé relié à l'exercice du pouvoir public, je crois toujours aux nombreuses possibilités de développement que permettrait la souveraineté du Québec. Mais, je sais aussi qu'il y a autour de moi beaucoup de gens qui n'en sont pas aussi convaincus. Je ne peux me résigner à l'idée de voir ces personnes que j'aime, adhérer à une autre formation que la mienne, sous prétexte qu'ils n'y trouvent pas leur place, à cause de sa rigidité idéologique.

Je préfère choisir mon peuple avec toute sa complexité et ses nuances politiques que de choisir un dogme avec toute son inflexibilité et sa froideur. Ce que chacun peut apporter de meilleur au monde c'est lui-même, disait Paul Claudel. J'ai l'intime conviction que derrière l'enjeu du partenariat, s'en cache un autre, bien plus important. Il s'agit de l'accessibilité au Parti québécois. Pour ma part, je fais le pari d'une nécessaire ouverture auquel le Québec tout entier nous convie. Il s'agit là d'une responsabilité historique à laquelle nous ne pouvons nous dérober.

Nous aurons le choix dans les mois et les années qui viennent de nous radicaliser et par conséquent de nous marginaliser. Nous aurons aussi le choix de nous ouvrir et d'inscrire notre vision de la souveraineté dans une perspective contemporaine de subsidiarité qui tient compte de l'accélération des phénomènes reliés à la mondialisation. Une mondialité qui force l'enracinement culturel national, oblige le combat contre la pauvreté, exige un haut niveau d'éducation et mobilise toute la population sur son projet de société. En définitive, si le Parti québécois refuse de s'ouvrir, il se condamne lui-même à périr!



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Dépendance, indépendance ou interdépendance

Marc-André Mongeon
Étudiant en 4e année de science politique Université d’Ottawa
TRIBUNE LIBRE 6 septembre 2003

Depuis quelques temps déjà, lorsque dans le camp souverainiste on envisage l’avenir politique du Québec, on nous rétorque dans le camp fédéraliste que le Québec est fatigué de ces vieilles querelles, qu’il faut "passer à autre chose". On accusait notamment le gouvernement péquiste d’être responsable des malheurs constitutionnels et de la ligne dure d’Ottawa en ce qui concerne les revendications de la nation québécoise. Or, si le Parti libéral du Québec et ses partenaires rétorquent que la souveraineté serait nuisible au Québec, que privilégient-ils comme solution de rechange, surtout s’il faut " passer à autre chose".

Si la souveraineté est un moyen de parvenir à une fin, un Québec politiquement plus libre de ses choix et plus efficace dans la distribution des services, alors quelle est la fin du choix fédéraliste du présent gouvernement Charest? On nous propose une forme d’interdépendance entre les différents acteurs de la fédération, entre les différentes provinces et le fédéral. Bien qu’il soit noble de vouloir unir les provinces sous un concept de Conseil de la Fédération, n’est-ce pas une manière d’avouer que les provinces se trouvent de facto dans une position de dépendance à l’égard des caprices du gouvernement fédéral? Certes, les provinces ont des compétences propres et un pouvoir de taxation limité, mais depuis maintenant une dizaine d’années, si ce n’est plus, on assiste à une réelle transformation de la fédération canadienne qui est de moins en moins interdépendante et de plus en plus centralisatrice, par le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral dans les champs de compétences des provinces en santé, en éducation, par l’accumulation de surplus sur le dos des contribuables québécois (et des autres provinces également) et des moins nantis (une caisse d’assurance emploi sert à aider les travailleurs et non pas à remplir les coffres du gouvernement).

Les objectifs des nationalistes québécois d’allégeance première au Québec ont des idées nobles, mais un peu naïves. Ce n’est pas parce que le PQ et l’ADQ, deux partis souverainistes ont été défaits aux dernières élections, que messieurs Chrétien, Dion et Martin vont se mettre à amadouer le Québec, reconnaître son statut de nation et de ne plus provoquer ses institutions politiques, économiques et culturelles en tentant bêtement d’acheter l’allégeance des québécois par l’entremise de Groupaction. Jadis, le renouvellement de la constitution canadienne et une décentralisation des pouvoirs constituaient une solution crédible et acceptable pour le Québec. Bien des souverainistes ont été à un moment donné des fédéralistes. Mais cette option, celle de l’interdépendance et du respect des différences régionales et nationales des différents paliers de gouvernements, est-ce encore crédible de nos jours? Le phénomène de mondialisation ne légitimise-t-il pas le désir du peuple canadien de se doter d’un gouvernement le plus fort possible?

Il n’y a rien de mal à vouloir un gouvernement central fort, c’est le choix que font les Canadiens. Mais est-ce un bon choix pour un peuple minoritaire aspirant à une reconnaissance de sa spécificité? Entre vouloir l’interdépendance et la réalité, il existe un fossé qui se creuse davantage à chaque jour. Et ce ne sont pas les beaux discours de "coopération" ou encore de "fins des querelles" qui vont changer cette donne. Le Québec de Jean Charest, de Bernard Landry et de Mario Dumont a essentiellement deux possibilités. L’indépendance politique et économique, position favorisant la liberté et la responsabilité du citoyen québécois envers lui-même ou la dépendance fiscale et politique envers une autre nation, respectable certes, mais ne convenant plus aux aspirations du peuple québécois. Quant au rêve d’interdépendance de deux nations dans une fédération unie, elle fait partie des oubliettes de l’histoire.



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Un automne chaud?

Jean-Robert Sansfaçon
LE DEVOIR mardi 2 septembre 2003

Le sondage Léger Marketing dont Le Devoir publiait les résultats vendredi et samedi montre bien que la population ne regrette pas le choix fait lors des dernières élections, il y presque cinq mois. «La lune de miel se poursuit», disait le titre de notre manchette. Si tel est le cas, ne serait-ce pas parce qu'on n'a encore rien vu des changements promis ?

Si l'on se fie aux résultats de ce premier sondage exhaustif effectué depuis l'élection du Parti libéral, en avril dernier, les électeurs québécois sont plutôt satisfaits des premiers mois du gouvernement Charest. Il y a même plus de gens qui se disent satisfaits du gouvernement (53 %) qu'il y en a qui voteraient pour le Parti libéral (48 %) si des élections avaient lieu présentement ! Voilà une bonne nouvelle pour M. Charest et son équipe qui en auront bien besoin pour mettre en branle des réformes dont certaines ne manqueront pas de provoquer la grogne. Entre donner son accord de principe lors d'un sondage et appuyer une mesure une fois qu'on en connaît les conséquences pour soi-même et les siens, l'écart peut se révéler considérable.

Ainsi, parmi les idées libérales qui reçoivent l'appui d'une majorité de personnes interrogées par Léger Marketing, il y a le changement à la Loi de l'assurance auto. Si le gouvernement va de l'avant, les victimes d'accidents de la route pourront poursuivre les chauffards afin d'obtenir dédommagement. Or, si jamais cet amendement devait entraîner une hausse des primes d'assurances, il y a fort à parier que l'appui dont bénéficie le gouvernement fondrait comme neige au soleil.

En revanche, certains changements qui reçoivent déjà la bénédiction d'une majorité de citoyens, comme l'augmentation des tarifs de garde et leur modulation en fonction du revenu, continueront d'alimenter la popularité des libéraux si ces derniers ont la présence d'esprit d'accompagner la réforme d'une bonification des conditions faites aux familles dont les enfants ne fréquentent pas les garderies. Dans cette éventualité, ce sont les organisations communautaires et syndicales qui ne manqueront pas de manifester bruyamment leur opposition à toute réforme qui n'ira pas dans le sens de l'universalité d'accès à un réseau public à prix très bas.

De ce premier sondage de la rentrée, on peut aussi tirer la conclusion plus générale que les priorités des Québécois n'ont pas changé malgré l'élection d'un gouvernement libéral. Et si leur choix coïncide avec celui du gouvernement en ce qui a trait à la santé que 71 % des répondants placent au premier rang des priorités, il en va autrement pour la réduction des impôts qui vient au troisième rang (27 %), derrière la lutte contre la pauvreté (40 %). Plus encore: au lieu de réduire les impôts tel que promis, une majorité de répondants disent préférer qu'on ne touche pas aux tarifs des services publics si pour faire baisser les premiers il faut augmenter les seconds, ce qui est le cas de l'électricité.

***

Dans l'ensemble, les Québécois disent n'avoir encore observé aucun changement digne de ce nom dans l'administration des affaires publiques depuis l'élection d'un gouvernement libéral. Même en santé où une proportion intéressante de répondants (35 %) est confiante de voir le ministre Philippe Couillard améliorer la situation, les trois quarts soutiennent que les services sont restés les mêmes depuis les élections et la majorité (53 %) croit que la nomination du docteur n'y changera rien. Voilà une perception qui diverge du discours du premier ministre qui affirmait récemment que les choses s'étaient améliorées de façon significative depuis son arrivée au pouvoir.

Il y a seulement cinq mois que le gouvernement Charest a été élu. Il est donc normal que la population qui l'a choisi l'appuie toujours.

Cela dit, compte tenu des dossiers qui sont sur la table dont celui des négociations avec les employés de l'État, il faut s'attendre à un automne chaud. Bien des projets mis en avant par le gouvernement Charest recueillent une certaine sympathie de cette majorité que l'on dit silencieuse, mais la plupart suscitent aussi l'opposition d'une forte minorité bien organisée et rompue aux jeux médiatiques.

Par ailleurs, une lecture plus fine du sondage nous apprend que les francophones, majoritaires sur la plus grande partie du territoire, sont toujours plus réticents à suivre Jean Charest dans ses réformes que les non-francophones. Ainsi, alors qu'un non-francophone sur cinq seulement se dit insatisfait du gouvernement Charest à ce jour, chez les francophones, la proportion grimpe à un sur deux ! C'est dire l'importance pour le gouvernement de se rapprocher des attentes des francophones s'il ne veut pas que la lune de miel qui lui est consentie à l'heure actuelle ne tourne trop rapidement au cauchemar.

jrsansfacon@ledevoir.ca



»» actualité politique

Charest effeuille la marguerite

J.-Jacques Samson
Le Soleil mercredi 3 septembre 2003

Éditorial - Députés et ministres du gouvernement Charest se rendront en sifflotant à Saint-Sauveur cette semaine pour leurs réunions préparatoires à la rentrée. Les néophytes parmi eux ne devraient toutefois pas se laisser chloroformer par les résultats des derniers sondages. Ils sont en liberté surveillée.

Les Québécois ont choisi de changer de gouvernement le 14 avril dernier. Cinq mois plus tard, ils estiment à 56 % que la gestion de l'État en général est demeurée la même - 74 % estiment que la situation demeure la même dans le réseau de la santé - et ils sont pourtant 53 % à se dire satisfaits du nouveau gouvernement de Jean Charest. Cherchez la logique !

À première vue, les résultats de ce sondage Léger Marketing-CKAC-Le Devoir, publiés vendredi et samedi, renvoient l'image d'une population exceptionnellement superficielle, irréfléchie et inconséquente. Ne soyons cependant pas trop sévères. Jean Charest profite pleinement de la lune de miel qui suit tout changement de gouvernement ; seule la durée de celle-ci varie. Et les libéraux n'ont pas vraiment gagner des votes depuis cinq mois: l'écart avec le Parti québécois était de 13 points le 14 avril, il n'est que de 11 dans ce sondage. Les appuis à un nouveau gouvernement gonflent généralement durant les premiers mois après son élection et cela ne s'est pas produit pour le PLQ même si l'Action démocratique de Mario Dumont, parti fédéraliste et conservateur, s'est effondrée.

Les Québécois n'iront tout de même pas dire aux sondeurs qu'ils se sont trompés le 14 avril ; ils leur répondent donc qu'ils sont satisfaits. Mais ils ne veulent pas non plus être pris pour des valises ; quoi que dise Jean Charest sur les résultats déjà tangibles de son administration, une bonne majorité rétorque n'avoir au contraire encore rien constaté. C'est une façon pour les répondants aux sondages d'afficher leur lucidité, et de prévenir du même coup la nouvelle équipe que la population sera exigeante. Pour les élus, il y a là du matériel d'inspiration pour un acte d'humilité.

Le phénomène a été souvent documenté par des chercheurs: les sondés se valorisent toujours un peu dans leurs réponses. C'est ainsi que les taux d'indécis dans les intentions de vote sont toujours un peu gonflés. L'électeur ne veut pas être pris pour acquis ; il est plus flatteur pour l'ego de demeurer un coeur à conquérir.

Ce sondage a par ailleurs été mené en période estivale, alors que l'attention des citoyens est détournée des affaires politiques et que ces derniers sont particulièrement sereins (ou moins chialeux !). Ces bonnes dispositions ont sans doute teinté quelque peu les résultats en faveur des libéraux.

Toutes ces considérations étant apportées, Jean Charest a encore les coudées franches, à un degré étonnant. Y compris sur ses engagements électoraux les plus litigieux ou financièrement les plus difficiles à respecter. Seulement 9 % des répondants ont par exemple indiqué que l'opposition péquiste devrait talonner le gouvernement libéral sur son engagement quant aux défusions municipales, 9 % aussi sur une modification au régime d'assurance automobile (no fault) 18 % sur l'accessibilité aux garderies et, encore plus surprenant, 27 % seulement s'inquiètent des baisses d'impôt promises.

Dans l'ensemble de la population, les attentes sont très peu élevées quant à ces dossiers, portés par de bruyants groupes de pression qui accaparent souvent les manchettes et réussissent de trompeuses mobilisations. À l'opposé, 71 % des répondants exigent des améliorations aux services de santé. Le message de la population est on ne peut plus clair.

Le gouvernement Charest devra arriver à des résultats concrets en santé mais pour le reste, la hausse des frais pour les garderies, les référendums sur les défusions, les exceptions au principe du no fault, Jean Charest et ses collègues peuvent penser pouvoir tout aussi bien donner suite à leurs engagements que s'esquiver élégamment. À court terme c'est vrai. Les partenaires sont incroyablement tolérants pendant les lunes de miel. Mais l'indifférence d'hier se transforme vite en impardonnables griefs...

JJSamson@lesoleil.com



»» Québec-Windsor et Montréal-New York

Dépasser la National Policy dans le cadre de l'ALENA

Luc-Normand Tellier
Département d'études urbaines et touristiques, UQAM

Le Devoir mardi 2 septembre 2003

Libre opinion: «Timeo Danaos, et dona ferentes», disaient les Romains, qui redoutaient les Grecs porteurs de cadeaux. Après avoir lu la prise de position en faveur du train rapide Québec-Windsor de Jean Léveillé et Normand Parisien, de Transport 2000, qui dénoncent comme «peu sérieux» le projet d'un TGV entre Montréal et New York, je serais tenté d'écrire: «timeo exercitatos, et certa ferentes» -- «je crains les experts porteurs de certitudes».

N'y a-t-il pas lieu en effet de craindre les experts en transport qui nous ont donné successivement la voie maritime du Saint-Laurent aux déficits sans fin et aux dommages immenses pour l'économie montréalaise, Mirabel, cet éléphant blanc qu'on n'est pas sur le point d'oublier, et les autoroutes «avortées» 25 et Ville-Marie ?

Les porte-parole de Transport 2000 commencent leur texte en exprimant un mépris empreint de politesse envers ceux qui ne pensent pas comme eux en écrivant : «Il y a des citoyens qui s'expriment, experts ou non, ce qui est très bien pour la démocratie et le débat doit se poursuivre.» Quelle condescendance ! Suit un plaidoyer en faveur du corridor Québec-Windsor qui se résume, ma foi, à déclarer «peu sérieux» le projet concurrent le plus évident du simple fait qu'il n'est pas en territoire exclusivement canadien; à déclarer que le meilleur moyen d'implanter un jour un TGV entre Québec et Windsor, c'est d'y construire aujourd'hui un JetTrain (cet argument en convaincra plus d'un, soyons-en sûrs); et à prétendre qu'il suffit d'être en faveur du transport en commun pour favoriser le projet de l'implantation d'un JetTrain entre Québec et Windsor.

Un simple calcul

Étant celui qui a relancé le débat sur le corridor Montréal-New York et lancé l'idée d'une liaison Montréal-New York-Washington, je tiens à souligner qu'il y a un calcul mathématique très simple qui permet à un peu tout le monde (y compris aux experts en transport) de se faire rapidement une opinion sur l'intérêt respectif pour Montréal des liaisons Québec-Windsor et Montréal-New York-Washington. Ce calcul consiste à estimer le potentiel gravitaire des deux projets pour Montréal. Ce potentiel correspond à la probabilité pour Montréal d'attirer des voyageurs sur ces lignes en faisant l'hypothèse logique que cette probabilité sera d'autant plus grande que les agglomérations reliées à Montréal par chaque ligne sont populeuses et d'autant moins grande que ces agglomérations sont éloignées de Montréal.

Pour obtenir ce potentiel, il suffit de diviser les populations des agglomérations reliées à Montréal par leur distance à Montréal élevée au carré et de faire la somme des quotients obtenus. Les données sont les suivantes : l'agglomération de Québec a 0,7 million d'habitants et se trouve à 243 kilomètres de Montréal.

Les chiffres correspondants sont pour Toronto de 4,7 millions d'habitants et 563 kilomètres; pour London de 0,4 million et 758 kilomètres; pour Windsor-Detroit de 4,4 millions et 954 kilomètres; pour Albany de 0,7 million et 370 kilomètres; pour New York de 16,6 millions et 617 kilomètres; pour Philadelphie de 4,4 millions et 766 kilomètres; pour Baltimore de 2,1 millions et 878 kilomètres et pour Washington de 3,9 millions et 984 kilomètres.

Quiconque fera les calculs décrits découvrira que, du point de vue de Montréal, le potentiel gravitaire du projet Montréal-New York-Washington est le double du potentiel gravitaire du projet Québec-Windsor. Or la distance entre Montréal et Washington en passant par New York n'est que de 984 kilomètres, alors que la distance entre Québec et Windsor est de 1197 kilomètres.

Qu'à cela ne tienne, nous disent les «experts» de Transport 2000, la frontière canado-américaine rend la liaison Montréal-New York «peu sérieuse». C'est là, étrangement, l'argument qu'on nous a servi pour nous faire avaler la voie maritime du Saint-Laurent (il fallait alors développer le même corridor Québec-Windsor pour éviter la satellisation par rapport aux États-Unis), puis pour nous faire avaler Mirabel (Montréal, nous disait-on, devait continuer à servir de plaque tournante pour tout le trafic aérien transatlantique vers le Canada). Or, chaque fois, Montréal a été le grand perdant de la grande stratégie pancanadienne.

Les réactions à mon article sur le corridor Montréal-New York ont été nombreuses. Ce qui m'a surtout frappé, c'est que les mythes de la National Policy ne sont pas morts. Que Montréal puisse privilégier un lien nord-sud plutôt qu'est-ouest est vu par certains comme une trahison. Cela est d'autant plus étonnant que jamais on a reproché à Toronto et au sud de l'Ontario d'avoir basé son économie sur l'industrie automobile américaine et sur les activités des succursales des grandes compagnies américaines. Que Toronto développe des liens puissants avec nos voisins du sud va de soi, mais que Montréal tente la même chose est suspect...

L'ALENA permet enfin à Montréal de diversifier ses alliances en regardant ailleurs que vers Toronto. Pourquoi diable faudrait-il s'en priver quand le bon sens nous y invite ? S'il faut pour cela convaincre le gouvernement fédéral américain, quelques états américains et les financiers de la logique d'une liaison ferroviaire rapide Montréal-New York-Washington, faisons-le. Pourquoi serait-il préférable de s'endetter pour réaliser un projet moins rentable plutôt que de financer un projet plus logique et plus économique ?

La priorité stratégique de Montréal doit être de se rattacher aussi directement que possible, non pas à Toronto, mais bien à l'axe New York-Los Angeles qui domine l'Amérique du Nord. Or la façon la plus efficace de le faire, c'est de tisser des liens directs avec la conurbation linéaire qui va de New York jusqu'à Washington.



»» PQ congrès d'orientation

Le Québec des solidarités

Jacques Léger
Le Devoir mardi 2 septembre 2003

Lettres: Morin-Heights, le 27 août 2003

Alors que les souverainistes se questionnent, je me permets de leur proposer de sortir de l'isolement où depuis trop d'années ils se congratulent ou se disputent entre eux.

Les jeunes générations ont été habituées, grâce à la loi 101, à côtoyer dans leurs années de formation beaucoup de communautés culturelles différentes. Plusieurs se sont liés d'amitié avec des jeunes de ces communautés pour un enrichissement réciproque très précieux. Par ailleurs, le fait de parler anglais à l'occasion et de côtoyer en partie la vie culturelle des anglos-québécois ne leur crée généralement ni sérieux problèmes, ni sentiment d'infériorité. Si le fait français demeure toujours très présent sur ce territoire dont les racines, l'histoire et les combats ont été dans le sens de la préservation de ce patrimoine unique en Amérique du Nord, il faudra peut-être voir autrement les conditions de sa continuité pour l'avenir.

Le Québec français doit se maintenir et s'approfondir avec une relative complicité des diverses communautés qui l'habitent. Tout en reconnaissant l'indispensable héritage du mouvement souverainiste, j'invite ceux qui y adhèrent à consentir à une certaine réévaluation des paramètres de leur combat et des attitudes qu'ils maintiennent pour l'exprimer. Réévaluation sans doute difficile, mais combien nécessaire alors que cette option semble en lent déclin et qu'un parti fédéraliste est au pouvoir pour au moins quelques années.



»» Mouvement Desjardins

En Norvège, Alban D'Amours vante le coopératisme

Pierre Pelchat
La Presse 03 septembre 2003

Le présdident du Mouvement Desjardins, Alban D'Amours, a vanté, hier, les mérites du système coopératif financier au Canada à l'occasion d'un séminaire organisé par l'Association internationale des banques coopératives qui a lieu cette semaine à Oslo, en Norvège.

«Dans 400 municipalités, la seule institution financière présente et accessible est une caisse Desjardins. Cela entraîne des coûts importants, mais il est clair pour nous que la recherche de la performance ne pourrait se faire au détriment de l'accessibilité à nos services», a-t-il déclaré devant des participants au séminaire provenant d'une douzaine de pays.

Bien qu'elles ne soient pas pleinement reconnues, M. D'Amours a soutenu qu'il y avait de grandes différences entres les caisses et les banques. «Contrairement aux banques commerciales, nous ne faisons pas non plus d'antisélection pour refuser des membres-clients moins rentables. Tous peuvent être membres d'une caisse», a-t-il soutenu. Malgré le vent de démutualisation de sociétés d'assurances des dernières années, le président du Mouvement Desjardins ne croit pas pour autant que la formule coopérative soit aujourd'hui dépassée, particulièrement pour permettre un plus grand accès au capital et assurer la croissance de l'entreprise.

«Quand je me lève le matin, je ne pense pas au rendement à donner aux actionnaires mais au service aux membres des caisses. La maximisation de la performance financière n'est pas un objectif pour nous. Nos bons résultats financiers sont une condition de notre pérennité et un gage de meilleur service aux membres», a commenté M. D'Amours, au cours d'un entretien téléphonique de la capitale norvégienne.

«Certains s'interrogent sur les conséquences des démutualisations. La démutualisation fait en sorte qu'on s'éloigne des membres et qu'on se rapproche des actionnaires», a-t-il poursuivi.

Selon M. D'Amours, la formule coopérative est une solution de rechange à la recherche effrénée du profit maximum. «Dans un monde de plus en plus dur pour les individus et les collectivités, dans un monde obsédé par la maximisation du profit à court terme, où un capitalisme spéculatif débridé est régulièrement cause de faillites, d'abolitions massives d'emplois et de pertes financières importantes, nous avons une belle occasion, comme coopérateurs, de faire valoir la pertinence de la formule qui nous est chère», a-t-il dit devant les participants au séminaire.



»» politiques familiales

Au-delà des garderies

Katia Gagnon
La Presse mardi 2 septembre 2003

Nous publions aujourd'hui et demain une courte série d'éditoriaux sur l'implantation d'une politique familiale au Québec.

Un Suédois en visite au Québec serait bien étonné de constater le débat qui fait rage autour de nos garderies à 5 $. Là-bas, dans le pays doté de la Cadillac des politiques familiales, une famille peut payer jusqu'à 350 $ par mois en frais de garde. Près du double de ce que verse un Québécois. Mais, demanderait notre Suédois, qu'en est-il de votre congé parental? Pitoyable. Allocations familiales? Pauvres. Mesures de conciliation travail-famille? Le néant. Pour notre visiteur, la conclusion serait claire: le débat sur la fin des garderies à 5 $ est devenu réducteur. L'arbre nous cache la forêt. Et la forêt, c'est l'adoption d'une vraie politique familiale.

Bien sûr, le réseau de services de garde est une pièce maîtresse de toute politique familiale digne de ce nom. Le Québec a réussi en cette matière. Et avant de déchirer sa chemise sur une éventuelle augmentation du tarif, comparons-nous un peu. Aux Pays-Bas, une contrée progressiste, moins de dix pour cent des enfants réussissent à décrocher une place en garderie. Même portrait en Allemagne, en Italie. Avec ses garderies à bas tarifs, qu'elles soient à cinq ou sept dollars, le Québec a fait un pas de géant. Il est temps, maintenant, de voir plus loin.

Voir plus loin, en matière de soutien à la famille, veut nécessairement dire qu'on choisit de se démarquer du modèle nord-américain. L'exemple à suivre, c'est celui de l'Union européenne, où l'ensemble des pays, même les moins bien nantis, s'appuient sur quatre piliers pour établir leur politique familiale: congé parental, allocations familiales, services de garde et mesures de conciliation travail-famille. C'est là un chantier que le gouvernement libéral se doit d'ouvrir, car l'attrait pour ces mesures, lors de la dernière campagne électorale, a été plus qu'évident.

Si le gouvernement décide d'aller de l'avant pour construire une politique familiale, il faudra éviter deux pièges. Le premier: s'imaginer que de telles mesures vont faire grimper le taux de natalité, qui est, au Québec, l'un des plus bas du monde industrialisé. Le lien entre politique familiale et natalité est ténu. Le pays occidental le moins bien doté en la matière, les États-Unis, remporte également le championnat de la natalité du monde industrialisé. Celui du pays qui offre aux parents les mesures les plus progressistes, la Suède, dépasse à peine le taux britannique, où on est beaucoup moins généreux. Le désir d'enfants d'une population tient à une foule de facteurs complexes et il n'y a pas de recette magique pour le faire augmenter. L'objectif premier d'une éventuelle politique familiale québécoise devrait donc être de faciliter la vie des familles, pas de faire augmenter le nombre d'enfants.

Second piège à éviter: reléguer les femmes aux deuxième plan sur le marché du travail. C'est la leçon qu'on peut tirer de l'expérience internationale. Aux Pays-Bas, par exemple, une loi a obligé les entreprises à accepter une réduction du temps de travail des employés qui en faisaient la demande. Or, la conséquence a été une généralisation du travail à temps partiel... pour les femmes. La loi hollandaise vient d'être remaniée pour contrer ces effets pervers. Moralité: dans la construction d'une politique familiale, il faudra porter une attention toute particulière aux hommes. Cela implique un important changement de mentalité, puisque pour plusieurs employeurs, il est encore impensable que papa parte en congé parental ou travaille à mi-temps.

Les esprits chagrins opposeront à cette vision d'une politique familiale forte qui les coûts, qui la compétitivité diminuée des entreprises. Bien sûr, le Québec ne sera jamais la Suède. Nos entreprises ont à évoluer dans le contexte nord-américain et leurs concurrentes n'ont pas à assumer de telles charges sociales. Il faudra prendre l'exemple européen et l'adapter à nos moyens. Faire des choix. Nous ne pourrons jamais nous payer la Cadillac. Mais pourquoi pas une minifourgonnette?

kgagnon@lapresse.ca



»» politiques familiales

Le modèle québécois

Katia Gagnon
La Presse mercredi 3 septembre 2003

Nous publions aujourd'hui le deuxième d'une courte série d'éditoriaux sur l'implantation d'une politique familiale au Québec.

En 1996, alors qu'elle était ministre de la Famille, Pauline Marois avait construit une politique familiale remarquable. En réduisant les allocations aux familles, Québec s'était donné les moyens de financer un vrai réseau de services de garde à bas prix. Mme Marois voulait aussi doter le Québec d'un congé parental bonifié. Sept ans plus tard, il est temps de plancher de nouveau sur ce modèle québécois.

Le choix de base de Mme Marois- réduire les allocations familiales et éliminer les bébés-bonis- était le bon. Il différait des pratiques européennes, où on accorde de généreuses redevances à tous les parents. Mais le Québec ne peut pas se payer cette universalité. Tout comme dans les services de garde, d'ailleurs. Si on veut se doter d'une vraie politique familiale, les allocations devront continuer d'être dirigées vers les familles pauvres. Et les mieux nantis devront payer davantage pour leurs garderies.

Au chapitre des allocations familiales, une seule modification s'impose. Il faut donner plus d'aide aux familles à faible revenu qui gardent leurs enfants à la maison. Elles ont été doublement pénalisées: on leur a coupé les allocations et elles ne profitent pas des garderies à taux réduit. Cette injustice doit être corrigée.

En matière de famille, le chantier numéro un du gouvernement devrait être le congé parental. Pauline Marois avait proposé à l'époque un congé à deux vitesses: 75 % du revenu assuré jusqu'à concurrence de 51 000 $ pendant 40 semaines ou 70 % du revenu pendant 25 semaines, et 55 % pendant 25 semaines. Ce projet était excellent. Et il est inconcevable que Québec et Ottawa n'aient pu s'entendre pour le concrétiser. Avec un transfert de 629 millions du fédéral, qui représente ce qu'Ottawa nous verse en prestations parentales, ce solide congé parental coûterait 140 millions annuellement au Québec. Espérons que l'arrivée de nouveaux premiers ministres, à Ottawa comme à Québec, résolve finalement ce dossier.

Mais le Québec pourrait aller encore plus loin. En Suède, l'un des aspects les plus originaux du congé parental réside dans la capacité, pour les parents, de l'utiliser pour réduire leur semaine de travail. Les parents qui ne se prévalent que de six mois de congé peuvent utiliser le reste pour réduire leur semaine de travail à quatre jours. Et le gouvernement continue de leur payer des prestations pour la cinquième journée. Il faudrait bien sûr chiffrer précisément le coût et les impacts d'une telle mesure. S'ils ne sont pas astronomiques, cela faciliterait infiniment la vie des jeunes parents.

Une telle initiative serait d'ailleurs un excellent test pour d'autres mesures de réduction du temps de travail. Le Parti québécois avait sa proposition aux dernières élections, qu'on a desservi en la présentant à la va-vite. Pourtant les exemples internationaux abondent: les modèles anglais et néerlandais, qui obligent l'employeur à considérer toute demande de réduction du temps de travail, sont inspirants. Aux Pays-Bas, le temps partiel est devenu une phase normale de la vie professionnelle des nouvelles mères: 95 % d'entre elles travaillent, pour une certaine période, à temps partiel.

Il est trop tôt pour statuer sur ses conséquences d'une loi semblable adoptée en Grande-Bretagne, mais les études économiques réalisées démontrent que les coûts pour les entreprises ne sont peut-être pas si faramineux. Grosso modo, le ministère du Travail a évalué que le tiers des parents se prévaudront des nouvelles mesures et que le coût annuel pour les entreprises serait de 630 millions de dollars. Pour une économie six fois plus importante que celle du Québec.

Tout cela n'est-il qu'un beau rêve? Peut-être. Mais aucune de ces mesures ne grèverait le Trésor public de façon indue. Et les mesures touchant les entreprises pourraient être appliquées de façon progressive. Le Québec se démarque, à bien des égards, du reste de l'Amérique du Nord: pourquoi n'inventerions-nous pas un nouveau modèle en matière de soutien à la famille?-

-FIN-

kgagnon@lapresse.ca



»» garderies à 5$

Le Conseil de la famille est d'accord avec l'indexation des frais de garde

Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 4 septembre 2003

Québec - La hausse des frais de garde semble de plus en plus inévitable. Le Conseil de la famille et de l'enfance se résout à faire face à ce scénario, mais pas à n'importe quel prix. Il recommande au gouvernement Charest de limiter l'augmentation à une indexation de la contribution parentale, qui passerait ainsi à environ 5,50 $ par jour.

«Je souhaite que la contribution parentale reste à 5 $. Mais s'il y a une augmentation, il faudrait qu'elle soit calculée sur une base différente de celles qui sont proposées présentement», a affirmé hier en conférence de presse Nicole Boily, présidente du Conseil de la famille et de l'enfance. L'organisme rejette une «hausse arbitraire» de la tarification, que celle-ci soit modulée en fonction du revenu familial ou selon l'évolution des coûts de système, qui pourrait faire passer la contribution parentale à 7 $ ou 10 $ par jour, comme le suggèrent des scénarios présentés par Québec au mois dernier.

Le Conseil de la famille et de l'enfance, un organisme gouvernemental dont le mandat est de conseiller le gouvernement notamment en matière de politiques familiales, n'a été invité ni par le ministre de la Solidarité sociale, de la Famille et de l'Enfance, Claude Béchard, ni par la ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge, aux séances de consultation sur le développement et le financement des services de garde au Québec qui se sont tenues la semaine dernière. Plus encore, les ministres ne lui ont pas demandé son avis sur le sujet. L'organisme a tout de même décidé de faire parvenir un mémoire d'une vingtaine de pages aux ministres et l'a rendu public hier.

Si le gouvernement décide de ne pas maintenir le tarif à 5 $ par jour, le Conseil de la famille et de l'enfance lui recommande de l'indexer en fonction du coût de la vie. L'augmentation pourrait être fixée à partir de l'indice des prix à la consommation (IPC), des taux d'indexation des divers régimes publics et du taux d'indexation des pensions alimentaires. Si on tient compte de l'IPC depuis 1998, l'augmentation s'élèverait actuellement à 0,50 $. La position du Conseil rejoint celle exprimée par la FTQ lors des consultations, alors que l'ensemble des groupes sociaux ont plutôt pris position en faveur du maintien pur et simple du tarif à 5 $ par jour. «Une augmentation peut être acceptable, mais seulement sous la forme d'une indexation, a souligné Nicole Boily. Il faut qu'on reste à une contribution réduite et unique pour tous.»

Le Conseil estime qu'il n'est pas nécessaire d'augmenter davantage la tarification. «Oui, il y a eu une croissance des coûts. Mais c'est normal qu'il y ait eu une accélération des coûts en raison de l'augmentation du nombre de places au fil des années. Mais le réseau va se stabiliser une fois qu'il sera complété. Et les coûts vont donc aussi se stabiliser», a affirmé Mme Boily. Le Conseil de la famille et de l'enfance recommande aussi au gouvernement de récupérer d'Ottawa des sommes non versées aux parents québécois depuis l'implantation des garderies à 5 $ par jour, notamment au chapitre des déductions fiscales pour frais de garde et des prestations nationales pour enfant. Le Conseil se dit par ailleurs en faveur du recours aux garderies à but lucratif afin de constituer de nouvelles places puisque les centres de la petite enfance représentent déjà 83 % du réseau de services de garde et que 12 000 places restent à créer pour compléter le réseau, qui doit compter 200 000 places d'ici 2006. Le même ratio quantitatif et qualitatif de personnel de garde qualifié devrait cependant être exigé dans tous les types de services.

Claude Béchard et Carole Théberge feront part de leurs recommandations au conseil des ministres à la fin du mois. Trois scénarios de base sont à l'étude: la hausse de la tarification de façon uniforme, une contribution fixée en fonction du revenu familial ou déterminée selon l'augmentation des coûts de système. La solution pourrait être différente de ce que proposent ces scénarios puisque les ministres tiendront compte des commentaires recueillis dans le cadre de la consultation réalisée auprès de 20 groupes, des 44 mémoires déposés et des 4000 messages électroniques expédiés par des citoyens.



»» Les baisses d'impôts

Les baisses d'impôts ne profitent pas aux familles gagnant moins de 35 000$

Une spécialiste a analysé les revenus et l'aide aux familles

Pascale Breton
La Presse mardi 2 septembre 2003

Québec - Les baisses d'impôts comme celles promises par le gouvernement Charest pour soulager les familles ont des effets pervers. Non seulement les familles gagnant moins de 35 000 $ n'en profitent pas, mais leur revenu disponible tend même à diminuer.

Sous l'ancien gouvernement péquiste, qui avait misé sur des baisses d'impôts et sur une politique familiale axée sur les garderies à 5 $ et les crédits d'impôt non remboursables, les familles pauvres et celles de la classe moyenne se sont, de façon générale, appauvries au fil des ans.

"En baissant de façon générale les impôts, ces crédits qu'on attribue aux familles perdent de leur valeur. Si tu ne paies pas d'impôts, que tu as des enfants et qu'on te donne un crédit, ça ne donne rien puisque tu ne paies pas d'impôts", explique Ruth Rose, professeur en sciences économiques de l'Université du Québec à Montréal.

La spécialiste, qui a analysé les revenus et l'aide destinée aux familles entre 1994 et 2002, a conclu que seuls les plus riches ont profité des mesures et que le creux de la vague touche particulièrement les couples ayant un enfant qui gagnent entre 25 000 et 35 000 $.

"En haut de 50 000 $, les baisses d'impôts ont un peu compensé pour la réduction de l'aide aux familles", indique Mme Rose, qui souligne qu'une partie du problème vient aussi du fait qu'il n'y a pas eu d'indexation au fil des ans.

Pour corriger le problème, l'ancien ministère de la Famille et de l'Enfance avait confié à un comité de travail la tâche de réviser le soutien financier aux familles. Une étude dont La Presse a obtenu copie proposait quatre scénarios, dont celui de convertir les mesures d'aide en leur donnant la forme d'un chèque unifié, similaire à l'allocation familiale universelle. Le déclenchement des élections a cependant stoppé le processus.

En promettant des baisses d'impôts, le gouvernement Charest répète les erreurs de son prédécesseur. En campagne électorale, le premier ministre Jean Charest a ainsi promis d'augmenter à 40 000 $ le revenu imposable minimal pour une famille, en plus de s'engager à majorer les crédits d'impôt.

Actuellement, un couple qui a un enfant et dont le revenu est inférieur à 35 000 $ ne paie pas d'impôt. En contrepartie, il ne peut pas profiter des crédits d'impôt pour enfant et des réductions d'impôts pour les familles.

Le nouveau ministre de l'Emploi, la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, veut corriger la situation, reconnaissant "que les familles qui gagnent entre 25 000 $ et 35 000 $ ont moins d'aide que celles qui gagnent entre 35 000 $ et 40 000 $."

En orientant sa politique familiale vers le réseau des garderies à 5 $, l'ancien gouvernement péquiste avait mis tous ses oeufs dans le même panier, soutient M. Béchard. "Nous cherchons une façon d'apporter l'équité à toutes les familles, avec plus de simplicité", dit-il. Son ministère étudie ainsi la possibilité de réunir dans un seul programme l'ensemble des crédits d'impôt destinés aux familles, de façon à simplifier le processus.

Il faut aller plus loin, croit toutefois la professeure Ruth Rose, qui a proposé à quelques reprises de convertir le crédit d'impôt pour enfant en allocation familiale universelle- une idée apparentée aux scénarios étudiés par l'ancien gouvernement- tout en maintenant des réductions d'impôts pour les familles.

"Notre thèse n'est pas faite encore", indique cependant le ministre Béchard. Quelle que soit la décision, elle devra d'ailleurs "être arrimée avec le ministère des Finances au niveau des baisses d'impôts pour les familles et la classe moyenne, c'est certain".

Affirmant étudier toutes les possibilités qui sont sur la table, le ministre promet une chose: "Ce qui est très clair, c'est qu'il faut corriger cette lacune qui fait que des familles se retrouvent avec moins d'aide même si elles gagnent moins que les familles de la classe au-dessus d'elles."



»» Hydro-Québec

Production d'électricité : Accroître notre autonomie d'abord

Serge Genest
Le Devoir mercredi 3 septembre 2003

Dans son édition du 22 août, Le Devoir a publié un texte de Daniel Charron, de l'association des Manufacturiers et exportateurs du Québec, qui plaide en faveur du développement de nouvelles centrales de production d'énergie électrique pour satisfaire une demande en forte croissance dans les années à venir.

En fait, cette production accrue permettrait au moins deux choses: - fournir de l'électricité en plus grande quantité au secteur industriel et manufacturier au Québec sans qu'il lui en coûte beaucoup plus pour le développement de ses activités; - augmenter la vente d'électricité chez nos voisins, consommateurs compulsifs d'énergie électrique.

Le commentaire de M. Charron rejoint, sous un éclairage qui concerne plus directement l'intérêt de l'association qu'il représente, celui que le premier ministre Jean Charest et des experts en systèmes de gestion hydroélectrique ont émis dans la foulée de l'importante panne d'électricité qui a affecté des villes de l'Ontario et le nord-est des États-Unis.

La production d'électricité

L'énergie hydroélectrique est une ressource primordiale sur laquelle le Québec est assis et qui ne demande qu'à être exploitée, entend-on habituellement dans la bouche des promoteurs de l'accélération de la production d'électricité. Les tenants de cette option présentent la production hydroélectrique à la fois comme moins dommageable pour l'environnement et comme quasiment illimitée, deux postulats dont on pourrait certainement démontrer la faiblesse, voire la fausseté. Quant aux autres modes de production d'électricité, personne n'en conteste les dangers environnementaux.

Il faut cependant se rappeler que chaque fois qu'on réclame d'accroître la production d'électricité au Québec pour satisfaire la demande croissante, ce qu'on dit à la population et aux contribuables les plus taxés en Amérique du Nord, comme nous le rappelle régulièrement le premier ministre Charest, se résume ainsi: - faire payer le prix des infrastructures ainsi que les coûts environnementaux et sociaux par l'ensemble des contribuables au profit surtout des secteurs industriel et manufacturier, c'est-à-dire d'un groupe limité d'entreprises dont les objectifs ne sont que le profit; - assurer le mieux-être et la production industrielle de nos voisins, particulièrement aux États-Unis, grâce à nos surplus de production mis en vente sur le «marché» nord-américain.

Moins ou plus d'État

L'État joue un rôle central dans l'ensemble de la stratégie de production et de distribution de l'électricité, chez nous comme ailleurs. Puisque les coûts des installations de production et de transport de l'électricité sont au départ répartis sur l'ensemble des citoyens, les bénéfices qui en découlent doivent aussi leur revenir en tout premier lieu. L'État doit veiller à l'expression de cette justice distributive. Ceci signifie aussi faire payer un juste prix aux utilisateurs de ce service. Or on demande peu aux secteurs industriel et commercial en regard de leur niveau de consommation, quand on ne les subventionne pas tout simplement pour les attirer sur notre territoire.

Avant de songer à accroître la production d'électricité, ne faudrait-il pas se demander si les surplus que nous exportons ne pourraient pas suffire à une plus grande demande des industries installées chez nous? Par ailleurs, ne serait-il pas également opportun d'exiger des industries qu'elles paient davantage que les citoyens ordinaires puisqu'elles consomment davantage et n'ont pas à assurer la mise en place des infrastructures dont les coût ont été assumés par les contribuables?

La vision économiste habituelle veut que l'État cède la place au secteur privé tant pour la production que pour le transport et la distribution d'électricité. De plus, en découplant production, transport et distribution sous prétexte que la concurrence entre diverses compagnies servira les citoyens consommateurs d'électricité et que les risques seront désormais supportés par le secteur privé plutôt que par les consommateurs, on introduit au contraire des facteurs de risque démultipliés dans un système complexe. Dans un système déréglementé au maximum, il faut s'attendre en fait à ce que d'autres pannes d'électricité importantes se produisent.

Plus on fractionnera la production, le transport et la distribution d'électricité, plus limitée sera l'action de l'État dans la gestion de l'ensemble de ce système, plus s'accroîtront les risques qu'on tente d'enrayer.

Gestion des réseaux: quel courant suivre ?

Parmi les enseignements qu'il faut à mon avis retenir de la grave panne qui s'est produite récemment, il y a d'abord le fait qu'on ne peut penser la production sans référence aux réseaux de transport et de gestion de la distribution de l'électricité. Toute déréglementation dans l'un ou l'autre des éléments de ce système (production, transport, distribution) entraîne obligatoirement des effets sur les autres. Par ailleurs, l'autonomie, tant dans la production que dans le transport ou la gestion de l'électricité, s'avère essentielle afin de ne pas entraîner la vulnérabilité de l'ensemble de notre propre réseau. Ce qui ne signifie pas, bien évidemment, de s'abstraire de toute interconnexion avec nos voisins.

En d'autres termes, il faut travailler à maintenir et à accroître notre autonomie plutôt qu'à développer notre insertion de plus en plus grande dans le réseau nord-américain. D'autant plus que les tronçons états-uniens de ce système semblent n'offrir qu'une fiabilité aléatoire en partie liée aux orientations politiques et sociales du gouvernement central de nos voisins: la tendance à soumettre la production et la distribution de l'électricité aux rapports de force qui s'exercent dans un marché livré aux impératifs de l'économie libérale. Cet exemple devrait nous inciter à penser autrement.



»» 400e anniversaire de la fondation de Québec

Un escalier ? Pourquoi pas !

Mario Roy
La Presse mercredi 3 septembre 2003

Un escalier monumental entre la Basse et la Haute-Ville de Québec? Pourquoi pas. Surtout s'il est reçu en cadeau de la France... laquelle a l'habitude de ne pas regarder à la dépense lorsque, chez l'un ou l'autre de ses amis, on célèbre l'Histoire. N'a-t-elle pas offert aux New-Yorkais la célèbre statue conçue par Bartholdi, au moment où les Américains fêtaient le centième anniversaire de leur révolution?

Et, à Québec, ce sera encore mieux: un escalier au centre d'une ville escarpée comme l'est la Vieille capitale, c'est terriblement pratique!...

On aurait tort de se moquer.

Le projet du maire Jean-Paul L'Allier d'impliquer Paris, à hauteur de 25 millions $, dans la construction d'un véritable monument entre Saint-Roch et la colline parlementaire, est loin d'être bête. Notamment parce qu'il impliquerait la démolition de certains segments d'une autoroute demeurant l'ultime cicatrice au coeur d'une ville qui, autrement, a été admirablement transformée.

L'ouvrage serait érigé à temps pour les célébrations du 400e anniversaire de la fondation de Québec, en 2008.

Construite il y a un quart de siècle, l'autoroute Dufferin-Montmorency a délogé 500 familles à Saint-Roch. Contribué à dépeupler le faubourg Saint-Jean-Baptiste (8650 logements en 1966, plus que 4550 dix ans plus tard). Furieusement enlaidi la perspective de la ville. Créé un bruyant canyon (35 000 véhicules par jour) aux portes de la cité historique. Et... élevé un monument à la bêtise planificatrice: encore aujourd'hui, deux de ses bretelles mènent directement au roc de la falaise!

De Saint-Roch, on contemple le monstre de béton en contre-plongée. Et les fresques peintes sur les énormes piliers, aussi magnifiques soient-elles, ne rendent pas ce monstre invisible, n'oblitèrent pas cette masse écrasante et inhumaine. C'est devenu d'autant moins acceptable que, d'un côté, le quartier du Palais est devenu un des plus beaux de Québec. Et que, de l'autre, la renaissance de Saint-Roch s'effectue à la vitesse grand V.

Évidemment, tout cela fait beaucoup jaser, depuis deux jours, sur la rue Saint-Jean. Et l'opposition s'oppose, ce qui est dans l'ordre des choses. Il faut juste rappeler que, depuis qu'il siège à l'hôtel de ville, le maire L'Allier a fait preuve d'un certaine vision- et d'une vision certaine- en matière d'urbanisme et de qualité du milieu de vie.

Parlez-en aux Montréalais, pour voir...

mroy@lapresse.ca



»» 400e anniversaire de la fondation de Québec

Un dossier perdu dans les méandres de la transition à Ottawa

Raymond Giroux
Le Soleil vendredi 5 septembre 2003

Ottawa - Ottawa veut bien donner son coup de pouce aux fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec, mais le dossier se perd présentement dans les méandres de la fin de régime que vit le gouvernement de Jean Chrétien.

"Dans une période de transition et de mouvance assez intense, ce n'est pas simple", a lancé hier l'une des personnes près du dossier, dans la capitale fédérale, alors que la machine administrative est pratiquement en mode attente depuis le début de l'été.

Ailleurs, un autre interlocuteur confirme que le mot "désorganisé" n'est pas exagéré pour décrire la situation et qu'on peut l'utiliser "sans aucun problème".

Au ministère du Patrimoine canadien, qui tient les rênes de ce dossier, la porte-parole Anne-Sophie Lawless répond que, elle aussi, "elle aimerait en savoir plus sur le 400e".

"Pour le moment, a-t-elle ajouté, nous sommes vraiment au début de nos discussions avec la Ville et le gouvernement du Québec. Mais les études sont trop préliminaires et nous n'avons vraiment rien à dire."

"Quand nous aurons quelque chose à dire, vous pouvez vous imaginer qu'on va l'annoncer en grande, s'empresse-t-elle d'ajouter. Il faudra faire une grande consultation avec les autres ministères, et il n'y a aucun échéancier spécifique de prévu pour une décision."

Une série d'appels auprès de plusieurs ministères a permis de constater que si tout le monde se dit en "profonde réflexion", personne n'est prêt à donner la moindre réponse sur la participation d'Ottawa à ces fêtes.

Le ministre des Finances, John Manley, a lui-même affirmé publiquement la semaine dernière qu'il ne pouvait travailler sur un nouveau budget tant que le nouveau premier ministre ne sera pas en place, soit vers le début de février. Le ton était donné !

Aussi, même si l'heure approche pour donner le feu vert à d'éventuels grands projets dont la conception et la réalisation s'étalent sur plusieurs années, le gouvernement fédéral se dit toujours "en réflexion" sur la forme de sa contribution à l'événement.

Si toutes les demandes de soutien pour des projets précis doivent se rendre au ministère de Sheila Copps, elle-même en course pour la direction du Parti libéral, les bureaux régionaux des ministères en reçoivent eux aussi, mais souvent de manière officieuse, en guise de premier contact.

D'autres ministères comme ceux des Travaux publics et des Services gouvernementaux ou de l'Industrie sont également sollicités dans le cadre de divers projets.

Le bureau du ministre responsable du Développement économique régional, Claude Drouin, n'a de son côté reçu aucune confirmation de participation financière du Québec pour des projets éligibles à un financement partagé, de sorte qu'il ne peut rien annoncer de concret.

"Nous sommes conscients des besoins et des demandes de M. L'Allier, et ce n'est pas quelque chose qui nous déplaît, affirme son cabinet, mais il n'y a pas encore de demandes officielles", sinon pour constituer le cahier de charges pour la venue du Tour de France cycliste à Québec, en 2008.

De son côté, le ministre politique responsable du Québec, Martin Cauchon, a déjà dit au maire Jean Paul L'Allier, selon une porte-parole, "qu'on ne pouvait être contre ce dossier-là, qu'il faut diriger les demandes vers les bons ministères et qu'il faut voir les disponibilités budgétaires".

"Nous poussons ce dossier à bout de bras pour maximiser la présence du gouvernement, dit-on à son bureau, mais il est impossible de fixer un ordre de grandeur" à la contribution fédérale à ce stade-ci. Nous essayons d'en livrer le plus possible, mais est-ce que tout le monde va nous suivre ?" se demande-t-on.

À titre d'élément comparable, rappelons que le gouvernement fédéral a octroyé l'an dernier un budget de 10 millions $ en trois ans pour le volet acadien de l'arrivée des colons français en Amérique du Nord.

L'Acadie, qui célèbre son 400e anniversaire l'an prochain, a obtenu ces fonds à la fois du ministère du Patrimoine canadien et de l'Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA), qui joue dans cette région un rôle identique à l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec que dirige M. Drouin.



»» Action démocratique du Québec

Les piliers de l'ADQ désertent le chef

Pascale Breton
La Presse jeudi 4 septembre 2003

Québec - Le cercle restreint des piliers de l'Action démocratique du Québec n'est plus. La garde rapprochée du chef Mario Dumont éclate avec le départ de deux des plus fidèles collaborateurs de la première heure, Jean-Luc Benoît et Éric Montigny.

Conseiller politique au cabinet du chef adéquiste, Éric Montigny a quitté le parti le 29 août pour retourner sur les bancs de l'école où il entreprend un doctorat en sciences politiques.

Quant à Jean-Luc Benoît, attaché de presse de M. Dumont depuis huit ans, il lui a annoncé mardi, à son retour de vacances, qu'il se tournait vers de nouveaux horizons. Il restera en poste encore quelque temps, de façon à assurer la transition, a appris La Presse hier.

"En politique, il arrive un moment où on a fait le tour du jardin. On souhaitait à l'ADQ, avec les élections, connaître des succès plus grands, entrer dans une nouvelle phase, ce qui ne s'est pas produit. C'est évident que pour des gens qui travaillent là-dedans à temps plein, il y a un aspect un peu répétitif qui peut amener à vouloir connaître d'autres défis", a déclaré Mario Dumont hier à la suite du départ de ses deux amis.

Interrogé pour savoir s'il avait lui-même songé à tourner la page, le chef adéquiste a cependant répondu par la négative. "Non, pas vraiment, pas du tout. Il y a beaucoup de monde qui a voté pour nous. Nous allons les représenter correctement et nous allons continuer de faire avancer la cause."

M. Dumont a connu ses deux collaborateurs au tournant des années 1980, à la Commission jeunesse du Parti libéral. Dans la foulée du rapport Allaire qui préconisait plus de pouvoirs pour le Québec, une sérieuse divergence d'opinions a éclaté au PLQ sur la position constitutionnelle du parti. S'opposant au chef Robert Bourassa, un petit groupe a fait campagne pour le NON lors du référendum de Charlottetown.

Parmi eux, Mario Dumont, Jean- Luc Benoît et Éric Montigny. Le premier, alors président de l'aile jeunesse des libéraux, a été expulsé du parti en 1992 et les deux autres ont claqué la porte et ont été suivis de quelques fidèles. Avec Jean Allaire, ils ont ensuite fondé l'ADQ qui fêtera à la fin de l'automne son dixième anniversaire.

Le bateau balancé par la houle

Depuis les élections du 14 avril, le parti vogue toutefois sur une mer agitée. Après avoir monté en flèche dans les sondages à l'été 2002, l'ADQ s'est mise à dégringoler pour revenir aujourd'hui à la case départ, recueillant à peine 12 % des suffrages.

Plusieurs voix se sont élevées parmi les militants pour réclamer des changements, certains critiquant ouvertement la garde rapprochée du chef, parlant "d'omerta adéquiste" et de "la bande du Vietnam". Lors du conseil général du mois de juin, à Trois-Rivières, certains militants ont même voulu fermer la porte aux journalistes qui assistaient à la plénière, le temps "de laver le linge sale en famille".

Le parti doit aussi se repositionner sur l'échiquier politique. Plusieurs observateurs notent que les libéraux appliquent des éléments du programme adéquiste et qu'il est difficile pour le jeune parti de se situer plus à droite encore.

"Un des dangers, pour l'ADQ, est de devenir sur la scène provinciale, l'équivalent du NPD ( Nouveau Parti démocratique ) sur la scène fédérale. C'est-à-dire de dynamiser la sphère publique sur le plan des idées, mais de ne pas en récolter les fruits devant l'électorat, ce qui est le sort du NPD depuis 1960", a reconnu le président du parti, Guy Laforest.

L'avenir prévisible et difficile à moyen terme expliquerait en partie le changement de cap de MM. Benoît et Montigny, encore dans la jeune trentaine, a confié une source adéquiste. "Si les perspectives étaient bonnes, ils seraient restés."

S'il reconnaît que les critiques ont fini par peser dans la balance, Jean-Luc Benoît affirme toutefois partir de façon sereine "après avoir fait le tour de ses fonctions". "Dans un emploi où on a été très impliqué, où c'est très prenant, on tient compte de l'ensemble des facteurs", a-t-il précisé.

Il y a quelques semaines, Mario Dumont a nommé son premier chef de cabinet en recrutant à l'extérieur de son cercle de fidèles. Âgé de 39 ans, Alain Sans Cartier travaillait avec l'ADQ depuis environ un an, après avoir fait ses classes sur la scène fédérale et sur la scène municipale aux côtés de Pierre Bourque.

Comme conseiller politique, responsable des travaux parlementaires et de la recherche, M. Dumont a par ailleurs choisi Éric Duhaime, ancien collaborateur du Bloc québécois et ancien porte-parole de Stockwell Day au sein de l'Alliance canadienne. Militant adéquiste depuis quelques années, M. Duhaime a été candidat dans Deux-Montagnes lors des dernières élections. Il est aussi vice-président du comité exécutif du parti, poste qu'il compte abandonner avec ses nouvelles fonctions.



»» immigration

La moitié des immigrants trouvent du travail 6 mois après leur arrivée

Marie-France Léger
La Presse vendredi 5 septembre 2003

PRÈS DE la moitié des immigrants trouvent un travail dans les six mois suivant leur arrivée au Canada. En relativement peu de temps, 44 % (72 100) ont trouvé du travail. De ce nombre, huit personnes sur 10 ont obtenu un emploi à temps plein et les autres, un emploi à temps partiel.

Cette donnée émane de la première Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada menée par Statistique Canada. Cette enquête permet d'examiner le processus d'adaptation et d'intégration des immigrants récents à la société canadienne sur une certaine période. Dans cette enquête, on étudie comment les nouveaux immigrants arrivent à s'adapter à la vie canadienne. Selon les données, ils s'intègrent assez bien à leur nouvelle vie au Canada. Ainsi, sept immigrants sur 10 ont dit être satisfaits de leur nouvelle vie au pays.

Au total, 114 400 nouveaux immigrants appartenaient à la population active, ce qui représente un taux d'activité de 70 % pour l'ensemble des nouveaux arrivants. Le taux était encore plus élevé chez ceux de 25 à 44 ans (78 %), mais demeurait légèrement inférieur à celui du groupe d'âge équivalent de toute la population canadienne selon les données de l'Enquête sur la population active (86 %).

Le taux d'emploi était le plus élevé chez les immigrants du groupe d'âge de 25 à 44 ans. La moitié d'entre eux travaillaient six mois après leur arrivée, comparativement à 36 % des personnes de 15 à 24 ans et à 35 % de celles de 45 à 64 ans.

Fort attachement au Canada

Les nouveaux arrivants ont déjà développé un fort attachement au Canada et, d'après les premières données de l'enquête, 98 % d'entre eux ont déclaré que c'était la seule destination qu'ils avaient choisie lorsqu'ils ont décidé de quitter leur pays d'origine.

Plusieurs personnes ont immigré pour des raisons économiques. Certaines sont venues au Canada pour rejoindre leur famille et d'autres ont quitté leur pays pour des raisons politiques ou d'autres motifs personnels. Toutefois, la plupart avaient la même intention: faire du Canada leur nouvelle patrie. La vaste majorité des immigrants (91 %) ont déclaré qu'ils voulaient s'y établir en permanence et acquérir la citoyenneté canadienne.

C'est la première fois que l'on interroge 12 000 immigrants pour leur demander comment ils ont vécu leurs premières années au Canada. Il n'y a actuellement pas de données à jour qui puissent aider Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) à comprendre comment se déroule l'intégration des nouveaux arrivants.

Il existe de nombreux renseignements sur la situation économique des immigrants, mais peu de données sur l'aspect social- par exemple, sur la façon dont les immigrants apprennent les langues officielles du Canada, sur le nombre d'emplois qu'ils occupent à un moment donné ou sur une plus longue période, sur la façon dont ils établissent et tirent profit de nouveaux réseaux d'amis et de collègues au Canada et sur la façon dont ils s'adaptent à la vie dans un nouveau pays.



»»conflit israélo-palestinien

Who supports Israel?

Daniel Pipes
National Post Friday, September 05, 2003

'I have developed a habit," writes Richard Ingrams, a columnist for The Guardian, a far-left British newspaper, "when confronted by letters to the editor in support of the Israeli government to look at the signature to see if the writer has a Jewish name. If so, I tend not to read it."

This shameful passage raised a small storm in Britain over anti-Semitism. But what about Ingrams' implicit assumption that Jews uniformly support the Sharon government?

At first glance, this might seem accurate. Israeli Jews voted Ariel Sharon into power and the leading diaspora Jewish organizations generally take their cues from Jerusalem. But a closer look reveals the assumption to be nonsense, as Jews are among Sharon's (and Israel's) most vehement and vocal critics.

The academic campaign to delegitimize Israel presents a striking example of this, for Jewish faculty have lead the effort. Noam Chomsky started and other Jews picked up the pressure on American university administrators to withdraw investments from Israel. In Britain, Steven and Hilary Rose initiated an academic boycott against Israel; John Docker had a similar role in Australia. Among Middle East specialists, Joel Beinin, Ian Lustick, Sara Roy, and Avi Shlaim lead the anti-Sharon charge.

Authors such as Norman Finkelstein, Thomas Friedman, Michael Lerner, Arthur Miller, and Susan Sontag are outspoken critics. Lawyer Stanley Cohen specializes in representing the enemies of Israel. British MP Oona King states that "in escaping the ashes of the Holocaust, [Israelis] have incarcerated another people in a hell similar in its nature -- though not its extent -- to the Warsaw ghetto." The president of the World Jewish Congress, Edgar Bronfman, clashes publicly with the Sharon government. One compilation lists 65 predominantly Jewish or Israeli anti-Sharon groups.

In short, Jews -- especially the intellectuals among them -- do not uniformly support Sharon.

There is, however, another group that does predictably support Israel: conservatives. And, no less predictably, the Left opposes Israel. While there are plenty of exceptions, this pattern has wide validity. Some examples:

- A conservative like U.S. House Majority Leader Tom DeLay speaks of the "common destiny of the United States and Israel" and the "heartfelt friendship between the citizens of two democracies at war, bound by the solidarity of freedom." In contrast, a far-leftist like the writer Kirkpatrick Sale considers the idea of a Jewish state "a mistake" and explicitly proposes the time has come "to ask whether the 50-year-old experiment known as the state of Israel has proven to be a failure and should be abandoned."

- Britain's Labour Prime Minister, Tony Blair, hosted a conference in early 2003 on the Arab-Israeli conflict and did not bother to invite Israelis; he also ostentatiously snubbed Israel's foreign minister. In reply, Conservative Party Leader Iain Duncan Smith criticized Blair for "fiddling with pointless conferences while suicide bombers are malignantly burning their way through Israel" and he berated Blair for "giving support" to Yasser Arafat while refusing to see the Israeli foreign minister.

- It was primarily conservatives in the European Parliament who pushed for a parliamentary committee of inquiry into the possible misuse of the European Union's monthly £10-million stipend to the Palestinian Authority for support of terrorism.

Ethnicity and religion certainly play a role in shaping attitudes but ideas matter more. One telling symbol of this was in 1998, when The Nation magazine called on a leftist Jew (Andrew N. Rubin) to savage a book by a conservative Muslim (Fouad Ajami) for being too friendly to Israel.

In many other countries, as Charlotte West observes, Israel also finds its most solid support among conservatives; Australia, Canada, France, Italy come to mind.

This is a new development. Twenty years ago, liberal or conservative outlooks had little bearing on one's views of Israel or other Middle East issues. During the Cold War, Middle Eastern problems stood largely outside the great debate of that era -- policy toward the Soviet Union -- so views of the Arab-Israeli conflict, Iraq, militant Islam, and other topics were formed in isolation from larger principles.

Today, all that has changed. The Middle East has replaced the Soviet Union as the touchstone of politics and ideology. With increasing clarity, conservatives stand on one side of its issues and liberals on the other.

Daniel Pipes is director of the Middle East Forum and author of Militant Islam Reaches America (W.W. Norton).



»» Francophonie canadienne

Francophonie canadienne - L'appui du Québec doit être revu

Benoît Pelletier
Ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones

Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 septembre 2003

Au cours des dernières décennies, tant le peuple québécois que le peuple acadien et les communautés francophones de l'Ontario, de l'Ouest et du Nord canadien ont senti le besoin d'affirmer et de manifester ce qui les singularisait. Ce faisant, ils ont toutefois été amenés de part et d'autre à négliger à certains égards ce qui les unissait.

Pourtant, au-delà des distances qui peuvent nous séparer, des circonstances politiques qui peuvent parfois nous distancier, bref, de tout ce qui peut sembler nous différencier, il est une chose que nous avons toujours partagée et qui est capable de nous rapprocher : la langue française. Cette langue est indéniablement le véhicule par excellence de l'affirmation de nos cultures et l'instrument privilégié de partage et de rapprochement entre nos sociétés respectives et ce, tant dans le contexte canadien que dans celui de notre ouverture à l'Amérique et au monde.

Notre détermination commune à vivre en français et à transmettre ce patrimoine à nos enfants favorise un rapprochement de plus en plus évident entre le Québec et les communautés francophones et acadienne du Canada. Voilà pourquoi l'actuel gouvernement du Québec attache une grande importance aux relations qu'il entretient avec ces communautés.

Plus que jamais, le gouvernement du Québec est déterminé à travailler avec tous ses partenaires de la francophonie canadienne à la préservation, à la promotion et à l'épanouissement de la langue française. Nous sommes déterminés à contribuer avec eux à renforcer les assises du fait français au Canada.

De par sa situation particulière en Amérique, le Québec a non seulement un rôle prépondérant à jouer, mais aussi un devoir de leadership vis-à-vis de l'ensemble de la francophonie canadienne. Cette responsabilité, le Québec l'assumera entièrement.

Le gouvernement du Québec veut non seulement poursuivre mais surtout dynamiser et enraciner la collaboration déjà établie avec les communautés francophones et acadienne du Canada. Ce rapprochement va d'ailleurs dans le sens de la convergence que souhaitent voir renaître les leaders de la francophonie canadienne et nous éloigne de la vieille dynamique qui s'articule autour d'une famille linguistique parcellisée et divisée.

Nous sommes convaincus que le système fédératif canadien est celui par lequel les francophones de tous les coins du pays pourront le mieux assurer leur développement et leur vitalité. La dualité linguistique -- qui repose notamment sur une francophonie vivante et vibrante -- est sans contredit une caractéristique fondamentale de l'identité canadienne. L'épanouissement d'un océan à l'autre des communautés de langue française profite à tous. En effet, il semble clair que l'affirmation du Québec en tant que société majoritairement francophone en Amérique du Nord ne peut qu'être profitable pour les communautés francophones et acadienne du Canada, car elle donne une plus grande légitimité au fait français. En contrepartie, la plénitude des communautés en question dans ce même contexte assure au Québec un avenir plus dynamique et ajoute richesse, vitalité et diversité à la francophonie nord-américaine.

L'expression du caractère francophone des uns et des autres ne représente pas uniquement un rappel du passé; elle témoigne avant tout d'une présence tenace et inspirée en plus d'être le véhicule de la projection de nos sociétés dans l'avenir.

Si l'appui du Québec aux communautés va de soi, je suis néanmoins persuadé que son expression se doit d'être revue. Sans vouloir épiloguer longtemps sur les manières de faire du gouvernement du Québec auprès des communautés francophones et acadienne au cours des dernières années, force est de constater que celles-ci n'ont pas atteint leur plein potentiel, faute notamment d'une vision du fait français au Canada qui ait été à la fois cohérente et satisfaisante tant pour le Québec que pour les communautés francophones et acadienne. Le nouveau gouvernement du Québec entend développer une telle vision commune de la francophonie canadienne et du rôle que chacune de ses composantes peut y jouer. Cette vision se fondera notamment sur les deux vecteurs suivants :

1- Le développement d'une francophonie unifiée quoique diversifiée

Le Québec entend participer à la redéfinition des liens entre les francophones de tout le Canada, sur le fondement d'une francophonie unifiée quoique diversifiée.

Bien que partageant la même langue, les communautés francophones et acadienne vivent dans des contextes différents, notamment sur les plans politique, économique, démographique, juridique, social et culturel. Certaines sont concentrées dans une région donnée tandis que d'autres sont disséminées sur l'ensemble du territoire d'une province. Certaines sont présentes depuis près de 400 ans tandis que d'autres sont d'implantation beaucoup plus récente. Certaines sont composées d'individus provenant des quatre coins du Canada et des cinq continents tandis que d'autres, pour l'instant, sont plus homogènes.

Cette diversité des caractéristiques et des situations fait en sorte que les besoins et les priorités des francophones et des Acadiens peuvent varier d'une province à l'autre. Le gouvernement du Québec s'engage dorénavant à prendre davantage en compte la diversité propre à chacune des communautés dans ses interventions auprès de celles-ci.

Dans cette veine, j'invite, interpelle et encourage les représentants des communautés francophones et acadienne -- en particulier la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et la Société nationale des Acadiens -- à me faire part de leur façon de voir la francophonie au Canada, d'entrevoir son évolution ainsi que l'apport que pourrait y avoir le Québec. En collaboration avec tous nos partenaires de la francophonie canadienne, j'entends établir un inventaire exhaustif des dossiers prioritaires des communautés francophones vivant en situation minoritaire au Canada.

Il est clair que le Québec doit déterminer, de concert avec les communautés francophones et acadienne elles-mêmes, les objectifs à réaliser en commun ainsi que sa contribution propre pour assurer le rayonnement du français.

2- Une collaboration accrue avec les autres provinces et territoires

Le gouvernement du Québec entend appuyer davantage la collaboration avec les provinces et les territoires au profit de la francophonie canadienne dans un cadre multilatéral. Nous pensons en effet qu'une meilleure collaboration entre les gouvernements permettra d'envisager dans l'avenir des interventions mieux ciblées, ainsi que de concevoir et de réaliser des projets de plus grande envergure qui auront des impacts plus durables sur le développement et la pérennité de la francophonie au Canada.

Il est de la responsabilité du Québec, en tant que seul membre à majorité francophone de la fédération canadienne, d'activer tous les leviers gouvernementaux dont il dispose pour assurer une meilleure collaboration entre les gouvernements des provinces et des territoires.

***

Comme on peut le constater, le Québec entend demeurer pleinement solidaire de la francophonie canadienne. Il nous faudra cependant aller ensemble au-delà des discours. Seuls des projets concrets, des collaborations réelles, des stratégies communes permettront le resserrement des liens et l'expression de cette solidarité dans notre réalité quotidienne.

Cette convergence dans l'action que le nouveau gouvernement du Québec désire entamer s'articule en ce moment autour des initiatives et projets suivants.

- Le Québec entend désormais siéger à part entière à la réunion provinciale et territoriale de la Conférence ministérielle sur les affaires francophones et y jouer un rôle plus proactif dans le respect des responsabilités, compétences et priorités de chacun des gouvernements.

- Le Québec tiendra au cours de la prochaine année un forum sur l'éducation ainsi qu'un forum sur la culture, à l'image du forum sur la santé qui a eu lieu en 2002.

- Le Québec entend revoir en profondeur sa politique à l'égard des communautés francophones et acadienne du Canada adoptée en 1995 et mener un processus de consultation dès cet automne.

- Le gouvernement du Québec donnera suite à l'un de ses engagements en créant un nouveau Centre de la francophonie dans les Amériques, lequel sera un forum d'échanges et de délibération qui permettra à terme aux francophones de tout le continent de mieux se connaître et de formaliser leur dialogue. Le Centre sera une vitrine du fait français sur notre continent. D'ailleurs, il m'apparaît clairement que le champ d'action d'une telle institution peut être vaste et ses attributions multiples. Cependant, la solidarité entre les francophones serait vide de sens si l'ensemble des communautés visées par le Centre n'étaient pas invitées à collaborer à sa conception et à sa mise en place. Ce projet doit être l'objet d'une volonté commune. À cette fin, je compte entreprendre prochainement des discussions avec les représentants des communautés francophones et acadienne pour définir ensemble quels seront les rôle, mandat et moyens qui pourraient être confiés à un tel centre.

- Le gouvernement du Québec entend conclure avec la FCFA une entente de nature administrative qui nous permettra de nous appuyer sur nos affinités linguistiques et culturelles, d'améliorer notre convergence et de déborder sur des actions plus porteuses et plus structurantes au sein de la francophonie. Une telle entente permettra aussi à chacun de définir les objectifs à poursuivre et de bénéficier des expertises développées de part et d'autre. L'intérêt principal d'une telle entente sera de favoriser la collaboration dans des domaines d'intérêt commun comme la petite enfance et la santé, les communications, le développement économique, la ruralité et l'immigration.

***

Le Québec et les communautés francophones et acadienne du Canada sont unis par l'histoire et partagent une cause commune. Non seulement les succès des uns rejaillissent-ils sur les autres mais ils contribuent également à enrichir l'ensemble culturel canadien.

Je demeure convaincu qu'une collaboration encore plus soutenue, mieux ciblée et plus systématique entre le Québec, les communautés et leurs gouvernements provinciaux respectifs contribuera, de manière déterminante, à la réalisation de l'objectif ultime que nous poursuivons tous, soit celui d'assurer le rayonnement d'une francophonie sans frontières, diversifiée mais unie comme jamais.

Le gouvernement du Québec convie l'ensemble des francophones du Canada à la mise en oeuvre d'une nouvelle solidarité axée sur la collaboration et l'égalité des partenaires, et davantage ancrée dans l'action. Nous les invitons à prendre un virage, un nouvel élan qui marquera une évolution dans la dynamique de nos échanges, de nos rapports réciproques. L'établissement de liens féconds entre le Québec et les francophones de tout le Canada demandera des efforts importants de la part de chacun, mais tous en profiteront.

Le Québec est l'allié objectif de tous ceux et celles qui veulent vivre et prospérer en français en Amérique. Il a en commun, avec les communautés francophones et acadienne, le désir de développer une francophonie vivante et dynamique au Canada. Après tout, ne sommes-nous pas tous engagés depuis longtemps dans le développement et l'essor de la langue française ? Tout comme les francophones des autres provinces, nous aimons profondément cette langue qui est le reflet de notre identité et nous voulons assurer son avenir sur ce continent.

Ne serait-ce que pour cette dernière raison, il nous apparaît primordial que tous ceux qui, au Canada, partagent le plaisir de s'exprimer en français puissent également partager une certaine vision de l'avenir et espérer la réalisation d'idéaux communs. Ainsi, lorsque les circonstances le permettront, ils pourront parler d'une seule et même voix.