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Un documentaire sur Bernard Landry

Frank Fiorito
Journal de Montréal 11/07/2003

Un documentaire sur les derniers mois de Bernard Landry comme premier ministre sortira cet automne. Pendant la campagne électorale d’avril dernier, Bernard Landry semblait être un peu serré dans ses vestons. Non, il n’avait pas engraissé mais devait plutôt porter sur lui des piles et des micros presque douze heures par jour pour le documentaire que l’on tournait sur lui.

C’est le réalisateur Jean-Claude Labrecque qui a suivi pas à pas l’ex-premier ministre, de février jusqu’au soir fatidique de l’élection, le 14 avril dernier.

Le cinéaste a eu un accès privilégié à sa vie, son travail.

À l’exception de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres, tout a été filmé : le war room, où l’on discute de stratégies électorales ; les moments intimes personnels de monsieur Landry et les briefings au mythique bunker. En tout, 150 heures ont été accumulées sur bobine. Du jamais vu dans le monde secret de la politique.

Sans condition

Comment l’ex-premier ministre a-t-il accepté une telle intrusion dans sa vie privée ? « La productrice, Monique Simard, a fait des miracles ! C’est elle qui a porté le projet. Mais pour nous, les conditions étaient claires : on le suivait partout et on ne le lâchait pas, sans quoi on laissait tomber », répond le cinéaste qui à l’habitude de filmer les cercles politiques. On lui doit notamment des documentaires sur le RIN et la visite de Charles de Gaulle à Montréal en 1967.

L’ex-premier ministre était aussi familier avec l’œuvre de Jean-Claude Labrecque, ce qui a facilité les contacts entre les deux hommes.

Télé-réalité politique ?

Jean-Claude Labrecque se défend d’avoir voulu faire de la télé-réalité politique. « C’est plus un travail d’archiviste : j’aimerais que mon matériel puisse servir aux historiens », répond-il.

Chose certaine, le cinéaste a eu l’impression d’arriver à un moment crucial dans la vie de monsieur Landry : « J’ai senti qu’avec les élections, il jouait un peu sa carrière », dit-il.

Et ce regard intime sur les derniers mois d’un premier ministre se fera sans filtre. Aucune voix ne viendra appuyer les images.

Sortie prévue à l’automne

Ce documentaire, dont le titre est À hauteur d’homme, est actuellement en montage. La sortie est prévue pour l’automne.

Il y aura deux versions de 104 minutes, l’une pour la télé et l’autre pour le cinéma.

Mais Labrecque rêve de faire une version encore plus longue. Son fantasme ? Présenter quatre heures de matériel non monté au cinéma Beaubien. « Là on aurait vraiment l’impression de vivre avec Bernard Landry ! », dit-il à la blague.





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À hauteur d'homme, un documentaire de Jean-Claude Labrecque

Landry contre les journalistes

Kathleen Lévesque
LE DEVOIR mercredi 3 septembre 2003

Par-delà le combat des chefs, des partis et des idées, la dernière campagne électorale a été une épreuve de force entre les journalistes politiques et Bernard Landry. Celui qui se qualifie d'«esclave de l'information» a été talonné, mais aussi angoissé par les journalistes, comme tend à le démontrer le film du réalisateur Jean-Claude Labrecque, À hauteur d'homme, qui sort en salle vendredi.

«C'est leur joie. Ils vont passer 30 jours à essayer de persécuter trois hommes politiques qui ont le courage de se présenter. Il y a seulement un métier noble, le leur, dans leur tête.» C'est avec ce commentaire caustique que Bernard Landry, 24 heures après le déclenchement des élections, critiquait les journalistes politiques qui allaient le suivre pour rendre compte de la campagne électorale. Le ton était donné.

Si durant trois mois Jean-Claude Labrecque a suivi Bernard Landry, un micro accroché au veston, dans ses moindres activités politiques et ses réunions stratégiques, le réalisateur a choisi de présenter uniquement la joute oratoire entre M. Landry et les journalistes. Du coup, les rencontres avec les partisans et les discours aux militants ont été mis de côté.

«C'était un peu la cassette. Ce qui était intéressant et ce qui était une découverte pour moi, c'était le jeu de bras de fer qui se jouait entre les journalistes et M. Landry. Il en parlait à l'extérieur des points de presse. C'était son angoisse, surtout que c'était une campagne complètement destinée à la presse», a raconté hier M. Labrecque après le visionnement de presse.

Avec un scrupuleux respect de la chronologie des événements, le document lève le voile sur les dessous de la campagne péquiste. On y voit d'abord une campagne qui roule bien avec un Bernard Landry bon enfant. Le caractère bouillant du premier ministre est dompté. Les messages officiels avec les engagements sont lus. M. Landry paraît inébranlable.

Mais derrière cette image de sérénité qu'il adopte devant les caméras, Bernard Landry explose. On le voit s'emporter avec ses proches conseillers contre un journaliste parce que le Parti québécois a coulé la plate-forme électorale à un concurrent. Malgré cette manoeuvre, le chef péquiste fait une colère devant ce «métier de vicieux» et en appelle au respect de l'humain, «fût-il premier ministre». Son entourage lui confirme que les journalistes ne cherchent qu'une chose: le faire sortir de ses gongs.

«C'est vraiment un métier de tordu. Regardons les choses en face. Parce qu'il n'a pas eu l'affaire et que c'est son confrère qui l'a eue, il est en furie et il tape sur le chef du gouvernement national du Québec. Ça me scandalise», lance M. Landry avant de se rendre, tout sourire, à son point de presse quotidien.

Tout ce qu'écrivent ou disent les journalistes semble être matière à critique. On identifie les journalistes qui représentent un «danger». On analyse tout et, surtout, les attachés de presse placés dans les autobus des médias rapportent tout: un tel dit ceci, une telle pense cela.

Mais l'affrontement devient véritablement féroce après la tenue du débat des chefs. Dès lors, l'entourage de M. Landry décidera de réduire le temps accordé aux questions des journalistes. «On ne leur donnera pas de chance», souligne l'attaché de presse de M. Landry, Hubert Bolduc. Mais Bernard Landry est inquiet de voir ses messages escamotés. «Ils vont saboter notre campagne», fait-il valoir.

C'est que le débat des chefs a été un tournant dans la campagne électorale. Et le documentaire montre bien la tension qui a précédé l'événement. Puis, le tapis glisse sous les pieds de M. Landry alors que Jean Charest, lui, jette à la figure les propos controversés de Jacques Parizeau sur les communautés culturelles et l'argent. Les images sont percutantes. La tension de l'équipe qui entoure Bernard Landry est palpable: M. Landry ne s'en remettra pas.

En sortant du studio, l'homme est défait et il le dit. «J'aurais aimé faire mieux.» Dans son entourage, on cherche à contrôler les dommages produits par la sortie de l'adversaire libéral. Mais le casse-tête avec les journalistes s'envenime.

À compter de ce moment, c'est la descente aux enfers. Bernard Landry, sur la défensive, est bombardé de questions. Il ne reste que deux semaines à la campagne électorale et le chef péquiste sent que les dés sont jetés. «Je fais juste mon job. Je le fais du mieux que je peux. Et le plus tôt que je pourrai "calicer" mon camp à l'UQAM, le mieux ce sera», confie-t-il alors à ses conseillers qui l'accompagnent dans sa tournée du Québec.

Mais l'homme passionné bataille encore contre les journalistes. On le voit ici au téléphone dénoncer «la propagande honteuse» de Radio-Canada. Et là, sur un ton excédé, donner un coup de poing dans un mur à cause d'une interprétation qu'un journaliste fait de son discours. «Ostie. J'en ai plein l'cul des soi-disant professionnels de l'information», clame-t-il.

Puis Jean-Claude Labrecque nous fait vivre les derniers moments de la campagne. L'émotion est entière. Le jour du vote n'est pas une belle journée pour Bernard Landry, qui a l'oeil triste. Mais il prend le téléphone et félicite chaleureusement Jean Charest pour sa victoire. «Je ne me sens pas triste ni déshonoré», lui dira-t-il.

La guerre se termine comme elle a commencé, sans commentaire du réalisateur mais avec un point de vue.

«Ça ne m'intéresse pas de faire du documentaire de type éditorialiste. Je trouve que les gens sont assez grands pour juger et M. Landry est capable de soutenir ça tout seul [...] J'ai toujours fait des films avec mes intuitions», a expliqué Jean-Claude Labrecque, qui soutient que ce genre de film est difficile à faire parce qu'il ne faut pas trahir les choses.

À hauteur d'homme sera présenté à Ex-Centris du 5 au 12 septembre, puis sur les ondes de Radio-Canada le 14 septembre.



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La classe de Bernard Landry

Michel Vastel
Le Soleil jeudi 4 septembre 2003

Les membres du Parti québécois qui n'acceptent pas encore la victoire du Parti libéral du Québec et qui traitent le gouvernement de Jean Charest d'"illégitime" devront regarder le documentaire de Jean-Claude Labrecque jusqu'à sa dernière minute. Bernard Landry téléphone au nouveau premier ministre et lui dit : "Je vous félicite, vous ne l'avez pas volée (cette élection), vous l'avez gagnée..."

C'est ce côté "grande classe" et respectueux de l'adversaire qui transparaît au cours des 106 minutes du documentaire, bien plus que la trentaine de minutes consacrées à ses rapports avec les journalistes. D'ailleurs, à 11 jours de la diffusion, il est un peu étonnant qu'on n'ait retenu que ce côté vulgaire et revanchard de l'ancien premier ministre pour les bulletins de nouvelles. Cela tient au fait que les journalistes, encore plus nombrilistes que les politiciens, adorent être au centre d'une polémique. Et surtout au fait que la société Radio-Canada avait un peu de damage control à faire avant d'exposer au grand public le comportement de certains de ses journalistes.

La caméra de Labrecque a suivi pas à pas la campagne du premier ministre, qui avait lui-même accepté de porter en permanence un micro ouvert. Cela donne des moments de grande émotion, et d'autres de grande vulgarité. Véritable reality show sur la politique, il en révèle bien plus sur l'amateurisme de l'organisation du Parti québécois - vous vous rappelez "l'affaire Parizeau" ? - que sur le niveau de langage des chefs politiques.

Si vous croyez que "saint" Lucien Bouchard ne sacrait pas, lui ! Si vous croyez que Jean Charest n'en avait pas assez du picossage de certains journalistes ! Il me le disait d'ailleurs au lendemain du débat télévisé : "La bonne nouvelle aujourd'hui, c'est que Sophie Langlois et Claude Brunet (de Radio-Canada) sont partis avec Bernard Landry !" (À mi-campagne, les équipes de journalistes changent d'affectation, passant d'un chef à l'autre.) Le malheur voulut que les picosseurs en question se soient retrouvés, en fin de campagne, avec une tournée électorale perdante, celle du Parti québécois. Les humeurs ont fait le reste. D'ailleurs, autre moment significatif de cette campagne, c'est la première question d'un de ces journalistes, à la première conférence de presse de Bernard Landry : "Craignez-vous les pelures de banane ?" Le ton était donné !

Mario Dumont lui-même m'a confié à quel point la convergence - TVA (Claude Charron), Journal de Montréal (Michel Auger) et Jean-Marc Léger (Léger Marketing et ses sondages quotidiens) - lui avait "cassé les reins dès le début de la campagne". Et je crois qu'il avait raison en ce sens que le matraquage quotidien de trois médias - télévision, presse écrite et maisons de sondage - qui s'alimentent à la même source finit par avoir un impact dévastateur sur toute campagne électorale... Parlez-en à Charest !

Bref, les perdants ont bien quelques raisons de se plaindre et on ne s'intéresse pas aux gagnants. Mais je peux vous dire que Jean Charest, qui a connu de terribles défaites - au Parti progressiste conservateur et au Parti libéral du Québec - , a trouvé les journalistes d'Ottawa et de Québec bien méchants à l'occasion. D'ailleurs, depuis deux jours, aucun d'entre eux n'a relevé cette déclaration de Bernard Landry qu'ils ne font pas toujours leur depuis le 14 avril 2003 : "Charest n'a pas volé sa victoire"...

Débat bien mal lancé donc, qui ne rend pas justice à l'excellent documentaire de Jean-Claude Labrecque et ne respecte pas beaucoup les citoyens qui ne verront pas le documentaire en question - et ne pourront donc se faire une opinion propre - avant le 14 septembre... Mais à qui profite le "crime" ?

Le visionnement a été organisé de façon curieusement sélective par Radio-Canada. On me dit que "les boss" multiplient les réunions sur cette affaire depuis trois jours, et le pauvre patron de l'information - Claude Saint-Laurent - , dont tout le monde croit que c'est lui qui se fait engueuler par Bernard Landry, avec une pointe de familiarité dans la voix tout de même, a pris la peine de nier qu'il s'agisse de lui. Quand ils auront vu le film, les téléspectateurs de... Radio-Canada trouveront que la société publique a fait beaucoup d'efforts pour se démarquer d'un documentaire qui ne la visait pas particulièrement.

Car ce qui ressort, c'est l'intense émotion de cet homme qui "après avoir passé si près de l'Histoire et de la gloire", accepte dignement sa défaite mais dit tout de même : "C'est dur ! C'est dur ! C'est dur..." Ses questionnements d'homme aussi, qui pèseront lourdement sur les prochaines semaines de débats à l'intérieur du Parti québécois : "À l'âge que j'ai, je ne suis pas sûr que je veux un match-revanche..."

Et ces moments savoureux comme l'image de l'affable attaché de presse, Hubert Bolduc, qui repasse une chemise en disant à la caméra : "Tout le monde dit que Chantal a changé la vie de Bernard Landry, mais personne ne dit qui repasse ses chemises !"

Radio-Canada aura réussi, pour excuser le comportement douteux de certains de ses journalistes, à nous faire croire que c'est un documentaire sur un grossier personnage, et mauvais perdant en plus. Comme le disait hier Luc Lavoie - ancien journaliste et directeur de cabinet d'un premier ministre, et aujourd'hui vice-président de Quebecor - , ému par certaines séquences lui aussi, il est à souhaiter que les Québécois voient en grand nombre ce documentaire sur la politique dans ce qu'elle a de plus beau : son hommerie. J'ajouterais sur ce documentaire qu'il est souhaitable qu'il soit vu par le plus grand nombre... à TVA s'il le faut !

MVastel@lesoleil.com



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Les politiciens à la défense de Landry

Michel Corbeil
Le Soleil jeudi 4 septembre 2003

"Si tu avais mis un micro comme ça en France (sous le nez des politiciens), les expressions auraient été différentes. Il y aurait eu des "merde !", des "bordel !". Mais cela aurait donné la même chose. (...) Ça ressemble étrangement à ce que j'ai vécu pendant 25 ans."

Parole de Guy Chevrette, le documentaire À hauteur d'homme, c'est aussi de la télé-réalité.

Les propos crus de Bernard Landry ? "Le public va savoir que les politiciens sont des humains pareils comme eux", a commenté l'ex-ministre du Parti québécois en se fiant sur les extraits rapportés par les médias. Les colères de Bernard ? "C'est un émotif." Les accrochages avec les journalistes ? "Pendant les campagnes électorales, le stress, ça ressemble à cela."

En fait, politiciens actifs ou à la retraite, il ne s'en est trouvé hier aucun pour s'offusquer des colères et des écarts de langage dont la caméra de Jean-Claude Labrecque témoigne dans un film qui sera diffusé prochainement - et ironiquement, si on se fie à certaines prises de bec de l'ex-premier ministre - sur les ondes de Radio-Canada.

Joint à Alma, l'ancien ministre péquiste Jacques Brassard a ri lorsque LE SOLEIL lui a demandé s'il a été surpris par ce qu'il a lu ou vu dans les médias. "Non, non. Je ne connais pas un homme politique qui, dans l'intimité de son cabinet, n'a pas proféré de gros mots, ou même des mots religieux, à l'endroit de journalistes. C'est une dimension qu'on s'efforce d'occulter... sur les bons conseils de nos attachés de presse", a-t-il repris avec humour.

Maintenant dans l'opposition, le député péquiste Jean-Pierre Charbonneau n'a pas caché qu'il a hâte de visionner le documentaire. Pour le moment, tout lui porte à croire qu'À hauteur d'homme, "c'est la vraie vie. Ce n'est pas vrai que la vie se passe comme un long fleuve tranquille. Et ce n'est pas le propre des politiciens. Politiciens, journalistes, hommes d'affaires, on aime présenter une image cool, mais nous vivons des émotions."

Tous ont reconnu l'ambiance électorale décrite. Tous ont aussi reconnu la personnalité du chef du PQ. Tous ne sont pas aussi "prompts". L'entourage de l'actuel premier ministre libéral, Jean Charest, assure "qu'il n'est pas du genre à donner des coups de poing dans le mur".

Mais d'autres leaders politiques ont eu la mèche courte. "René Lévesque faisait de puissantes crises", s'est souvenu Guy Chevrette.

Plusieurs estiment que Bernard Landry a fait oeuvre utile en se livrant à un exercice à hauts risques politiques. Ses proches indiquent qu'il a voulu apporter une contribution à l'histoire politique. "Il a toujours été comme ça. Il a accordé de longues entrevues pour des biographies sur René Lévesque ou Jacques Parizeau."

Pour le député Jean-Pierre Charbonneau, donner le feu vert à la réalisation d'un documentaire sur ce qui sera ses 100 derniers jours comme chef du gouvernement, "ça ressemble au pédagogue qu'est Bernard Landry. Ce sera très utile pour les étudiants en sciences politiques, par exemple. Et ça peut provoquer un débat."

Un malaise

En fait, plusieurs croient que la confrontation entre les médias et M. Landry servira à initier un échange au sujet d'un malaise entre deux mondes. La présidente de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Anne-Marie Dusseault, qui a vu le documentaire mardi, est de ce groupe.

"C'est un film percutant, pertinent, qui servira à lancer le débat sur nos métiers respectifs. (...) La campagne électorale, c'est le champ de bataille entre deux pouvoirs."

Pour Mme Dusseault, le monde politique a une obligation de transparence - dont Bernard Landry s'acquitte de "façon inouïe" en participant au documentaire. Mais au sujet du devoir d'information qui incombe aux journalistes, elle ne peut s'empêcher de soulever des questions. "Met-on l'accent sur les bonnes affaires ?" a-t-elle mentionné en soulignant que la concentration des médias, la concurrence entre journalistes et le phénomène de la télévision en diffusion continue ont leur lot de conséquences.

Mme Dusseault n'a pas été offusquée par les gros mots de Bernard Landry. Qui n'en a pas entendu à l'occasion dans une salle de nouvelles ? a-t-elle souligné. "On ne fait que voir un politicien à l'état naturel", a-t-elle dit en substance, en insistant sur le fait qu' À hauteur d'homme fera l'objet d'un débat au prochain congrès de la FPJQ.

Jean-Pierre Charbonneau devrait s'en réjouir. "Les journalistes sont parmi les professionnels qui ont le plus de difficulté à accepter de faire leur autocritique." D'ailleurs, selon celui qui a été du métier, au Devoir, dans les années 70, "au bout du compte, ce sont les journalistes qui vont le plus mal paraître (dans le documentaire). Des fois, ils exagèrent. C'est beaucoup plus facile de poser des questions connes comme ''' allez-vous continuer de faire la sieste ? '' que de faire du journalisme d'enquête."

Le film aura-t-il un impact négatif sur Bernard Landry ? Il n'y a pas de réponses unanimes. Certains pourraient s'offusquer du langage, ont dit nos interlocuteurs. Mais cela aura peut-être pour effet de rendre "les politiciens plus humains" aux yeux de la population.

Guy Chevrette a tranché. À sa façon imagée. "Jean Chrétien est élu (premier ministre) depuis 12 ans. Et il dit n'importe quoi."

MCorbeil@lesoleil.com



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Tabernacus vulgaris

Vincent Marissal
La Presse jeudi 4 septembre 2003

Comment dit-on "tabarnak" en latin?

Depuis près de quatre décennies qu'on l'entend, Bernard Landry nous avait habitués à de grandes envolées dans un français proustien et même, dans les grandes occasions, à des déclarations solennelles en latin.

Le film À hauteur d'homme, du réalisateur Jean-Claude Labrecque (sortie à l'Ex-Centris demain et diffusion aux Beaux Dimanches le 14 septembre), nous fait plutôt voir, pendant 104 longues minutes, un homme de peu de mots ou alors, dans les mauvais jours, de gros mots.

Le film de M. Labrecque, monté à partir de 150 heures de tournage exclusif durant la dernière campagne électorale, nous dévoile donc une facette de Bernard Landry moins connue du grand public. Dans ce long- trop long- chemin de croix vers la défaite du 14 avril, on voit aussi, surtout à la fin, à quel point cet homme est seul, malgré tous ces gens qui l'entourent. Si M. Labrecque en fait un jour une version en anglais, il pourrait l'intituler It's lonely at the top.

Mais à part froisser l'ego de quelques journalistes et grossir démesurément celui de Bernard Landry, l'intérêt du film de Jean-Claude Labrecque est, disons-le, plutôt limité. Au-delà des crises de M. Landry contre les médias et les anecdotiques "crisse et tabarnak" qui ponctuent ces scènes, vraiment, il n'y a pas de quoi écrire à sa mère.

En politique, milieu macho s'il en est un, tout le monde "sacre", tout le monde se tutoie et s'engueule, tout le monde est un peu parano, et avec raison, parce que tout le monde est en mode "survie". On peut s'émouvoir d'entendre M. Landry et même l'élégante Pauline Marois lancer des grossièretés, mais c'est la norme dans ce beau monde. Jean Chrétien, en privé, raconte souvent des blagues salées agrémentées de quelques jurons. On a même déjà entendu Lucien Bouchard échapper un "crisse" bien senti dans une conversation avec des journalistes.

Donc, le film de M. Labrecque nous apprend que les relations entre les médias et le premier ministre sont difficiles? Wow! Toute une révélation. Le phénomène existe depuis que les journalistes et les politiciens existent. C'est le contraire qui serait étonnant dans une démocratie. Le premier ministre se méfie des médias et c'est réciproque. La prochaine fois, M. Labrecque devrait installer sa caméra dans le bus des journalistes.

Il est bien drôle d'ailleurs, Bernard Landry, de bitcher si fort contre les médias. Il est tout de même ironique de le voir vider son fiel sur les méchants journalistes, lui qui s'est prêté au jeu du réalisateur et qui a vécu avec une caméra plantée devant lui pendant toute la campagne.

Ironique aussi parce que Landry et son équipe de faiseurs d'image ont su mieux que quiconque au Québec se servir des médias pour changer complètement son image lors de la dernière campagne électorale. Vous vous souvenez? Bernard Landry et sa blonde Chantal Renaud, omniprésente sur toutes les photos, toutes les prises de vue, tous les portraits du chef, sur toutes les tribunes. Bernard Landry le bon grand-papa. Bernard Landry l'amoureux qui fait des siestes l'après-midi avec sa blonde. Bernard le vigoureux qui fait de la marche rapide sur les plaines d'Abraham. Bernard Landry le tendre qui invite sa blonde (et un photographe de presse) à la cabane à sucre à la Saint-Valentin. Bernard Landry le mentor qui conseille les jeunes de Star Académie. Bernard Landry le sportif qui joue au tennis avec Richard Legendre...

Les choses allaient plutôt bien pour M. Landry en début de campagne. Mais le vent a tourné et on accuse les journalistes d'avoir tous soufflé en même temps dans la même direction. Ça aussi, c'est vieux comme le monde: quand tu n'aimes pas le message, tu t'en prends au messager.

Le plus cocasse, c'est que le film de M. Labrecque est financé en partie par des fonds fédéraux et tourné en collaboration avec Radio-Canada, l'organe de propagande fédéraliste numéro un, selon Bernard Landry.

Ce qui est agaçant dans le film (à part ses interminables longueurs), c'est que Bernard Landry est campé dès le début en héros et les journalistes, en méchants. Dans la vraie vie, ça ne se passe pas tout à fait ainsi. M. Landry navigue dans les eaux tumultueuses de la politique depuis assez longtemps pour savoir que les journalistes sont là pour le talonner et lui, pour esquiver. Comme disent les anglophones: si tu ne supportes pas la chaleur, sors de la cuisine. Doué en politique et fort en verbe, Bernard Landry s'est toujours bien débrouillé au fourneau. Le faire passer pour un gibier pourchassé par d'horribles chasseurs ne rend justice ni au personnage ni aux médias et encore moins à l'histoire de la dernière campagne électorale.

vmarissa@lapresse.ca



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La vertu des journalistes

Claude Boulay
TRIBUNE LIBRE 6 septembre 2003

M. Vincent Marissal donne un conseil à Bernard Landry: "Si tu ne supportes pas la chaleur, sors de la cuisine". Ces bonnes paroles ne peuvent-elles être adressées que dans un sens? L'ex-premier ministre critique le travail des journalistes et tous les membres de la confrérie contre-attaquent à l'unisson, toutes griffes dehors:

"Les journalistes sont là pour le talonner." (Marissal)

"Les journalistes québécois jouent leur rôle, celui d'observateurs critiques." (André Pratte. M. Pratte va jusqu'à dire que les journalistes empêchent les politiciens de duper la population.)

"Virulence inouïe…paranoïa…" (Lysiane Gagnon)

La même chose s'était passée lorsque, peu avant le dernier référendum, Jacques Parizeau avait osé mettre en doute l'objectivité des journalistes. Même montée aux barricades des mêmes personnages. "Dérapage", lançait Alain Dubuc.

Les journalistes ont le droit de critiquer les politiciens, mais l'inverse ne serait pas vrai. Ils font de grosses manchettes avec des conflits d'intérêts ténus, parfois fabriqués de toutes pièces, mais quand on leur signale qu'ils travaillent tous pour le gouvernement fédéral ou pour des amis très proches de ce gouvernement, ils s'indignent que l'on mette en doute leur professionnalisme.

Ils se targuent de constituer "le quatrième pouvoir", mais ce pouvoir, ils le veulent sans opposition.

Si M. Marissal veut révéler aux lecteurs ce qu'est le journal pour lequel il travaille, il fouillera dans les archives et établira combien de fois, entre le référendum de 1995 et la récente élection générale, André Pratte et son successeur Alain Dubuc s'en sont pris au "modèle québécois". C'étaient là des exercices doublement utiles. Non seulement étaient-ils des prétextes pour s'attaquer au méchant gouvernement souverainiste, mais en plus ils contribuaient à miner la confiance des Québécois en eux-mêmes. Tout profit. (Par la même occasion, M. Marissal pourra nous dire combien de fois ces mêmes éditorialistes ont critiqué le "modèle fédéral".)

Ce qui est regrettable, c'est que M. Landry n'ait critiqué les médias qu'à cette occasion de la campagne électorale. La propagande des médias est continuelle. Il faudrait que la réplique soit également continuelle.





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Un film "percutant et utile"

Mario Cloutier
La Presse jeudi 4 septembre 2003

PC Québec - Le film de Jean-Claude Labrecque, À hauteur d'homme, n'est pas sur les écrans, mais il suscite déjà la controverse. Mettant en vedette l'ex-premier ministre Bernard Landry lors de la dernière campagne électorale, le documentaire est "un film percutant, utile, historique", croit Anne-Marie Dussault, présidente de la Fédération professionnelle des journalistes.

"Je sors du visionnement avec beaucoup plus de questions que de réponses face à la pratique des métiers de journaliste et de politicien. On savait qu'une campagne électorale était un champ de bataille, mais là on voit vraiment le quatrième pouvoir et le pouvoir politique s'opposer", dit-elle. Décrivant les 100 derniers jours du gouvernement Landry, le film de Jean-Claude Labrecque pose des questions qu'il ne faut surtout pas balayer sous le tapis, selon la présidente de la FPJQ, notamment sur les droits et les devoirs de l'information ainsi que l'intérêt public.

L'entourage du chef du Parti québécois- M. Landry est toujours au repos après avoir subi une appendicectomie la semaine dernière-, a refusé hier de commenter les extraits du film montrés à la télévision.

"Nous lui avons présenté le montage et Bernard Landry a trouvé le résultat très dur", a indiqué pour sa part le cinéaste Jean-Claude Labrecque lors d'une entrevue radiophonique. Malgré l'opposition de proches, le chef du PQ avait accepté en décembre dernier l'idée du tournage, bien avant de savoir s'il déclencherait des élections au printemps.

En coulisses, des membres du personnel péquiste qui ont pu voir le film le qualifient de "très intéressant". Il s'agit, selon certains, d'un documentaire qui "analyse bien les travers des politiciens et des journalistes". En outre, on estime que le "côté humain" de M. Landry ressort du film et le rendra encore "plus sympathique" aux yeux du public.

"Tout le monde devrait voir le film avant de le critiquer et de le commenter", a été la seule déclaration de l'ancien attaché de presse de M. Landry, Hubert Bolduc, par ailleurs très présent dans le documentaire de Jean-Claude Labrecque.

Le président de la firme spécialisée Rebel.com, Alain Richard, estime que les gens risquent de retenir que Bernard Landry est un homme colérique, entouré de "faiseurs d'images". Selon lui, la diffusion des extraits-chocs de ce film, dans les bulletins d'information, représente un cauchemar pour les stratèges du Parti québécois.

Du côté du gouvernement libéral, plusieurs se demandent d'ailleurs pourquoi M. Landry a accepté d'être filmé en pleine campagne électorale. Dans l'entourage du premier ministre Charest, on souligne qu'il est "fort peu probable" que les responsables de la campagne libérale auraient accepté de se prêter à un tel exercice.

La présidente de la FPJQ, Anne-Marie Dussault, se demande d'où vient cette méfiance envers les médias et cette volonté de contrôler le message à tout prix. "Il se fait des accusations graves contre la presse dans le film, dit-elle. Quand on sait que les politiciens et les journalistes sont en bas de la liste de popularité auprès du public, on a un gros travail de crédibilité à faire."

Mais le documentaire interpelle aussi les directions d'information et les entreprises de presse, ajoute-t-elle. "Qu'est-ce qu'elles cherchent quand elles couvrent des campagnes électorales dans un contexte d'information continue où ce qui est vrai le matin ne l'est plus le midi et encore moins le soir?"



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Landry règle ses comptes avec les médias

Le ton est à l'accusation dans le documentaire consacré à sa plus récente campagne

Karim Benessaieh
La Presse jeudi 4 septembre 2003

DES JOURNALISTES qualifiés de tyrans, de tordus et de vicieux, des reportages jugés partiaux et une "propagande radio-canadienne payée par nos taxes".

Pour ceux qui doutaient encore que Bernard Landry ne porte pas les journalistes dans son coeur, le documentaire de Jean-Claude Labrecque amène une confirmation éclatante. À hauteur d'homme, c'est l'histoire en 105 minutes d'une campagne électorale, celle du printemps dernier au Québec, vue de l'intérieur de la machine du Parti québécois. En 33 jours, une victoire quasi assurée s'est transformée en chemin de croix, puis en défaite, pour le chef Bernard Landry.

C'est aussi et surtout la description d'une relation tumultueuse, c'est le moins que l'on puisse dire, entre le premier ministre sortant et la vingtaine de journalistes qui l'ont suivi pendant 33 jours. Dès les premiers jours de la campagne, M. Landry lance à la caméra ce qu'il pense des scribes, reporters et cameramen qui rapportent tous les jours ses propos.

"C'est leur joie, là, déclare-t-il à son attaché de presse Hubert Bolduc. Ils vont passer 30 jours à essayer de persécuter trois hommes politiques qui ont eu le courage de se présenter. Dans leur tête, il y a juste un métier noble: c'est le leur."

Dans le secret du centre de crise (war room) péquiste, Bolduc présente ensuite la stratégie média. Ce jour-là, c'est le journaliste du Globe and Mail, Rheal Seguin, qui donne du fil à retordre au PQ. L'attaché de presse estime que le journaliste est "en maudit" parce qu'il s'est fait voler une primeur par Denis Lessard, de La Presse.

Bernard Landry est caustique. "C'est vraiment un métier de tordus. Regardons les choses en face: parce qu'il n'a pas eu l'affaire, il est en furie et il tape sur le chef du gouvernement national du Québec. Ça me scandalise."

Il ajoute: "C'est un métier de vicieux, cette affaire-là ou quoi? Ç'a pas de bon sens."

Landry déstabilisé

La table est mise et le reste du documentaire montre, parfois crûment et vu seulement du côté du PQ, l'affrontement entre les journalistes et le politicien.

Premier acte: le fameux débat des chefs du 31 mars au cours duquel Jean Charest rapporte une déclaration controversée de Jacques Parizeau. C'est manifestement le tournant de la campagne, selon le documentariste qui lui accorde presque une heure.

À l'écran, Bernard Landry est déstabilisé et se voit obligé de promettre qu'il sévira contre Parizeau si ses propos sont confirmés. Les conseillers péquistes, eux, sont déboussolés et ne comprennent pas de quoi il s'agit. Malgré tous les dénis qui viendront ensuite, le mal est fait. Après le débat, Bolduc bouille. "La première minute qu'il (Parizeau) a voulu mettre l'ongle de l'orteil dans la campagne, qu'est-ce que j'ai dit? Quelqu'un dans ses culottes avec une enregistreuse, crisse."

Le calvaire de Landry commence. Par la suite, pendant la majeure partie du documentaire, on le voit sur la défensive, littéralement mis sur le gril par les journalistes, incapable de faire passer son message. "Nos messages, ils ne les passeront pas. Ils vont saboter notre campagne: c'est des tyrans."

Dès ce moment, en plein milieu de la campagne, le chef du PQ donne l'impression d'avoir baissé les bras. Il laissera tomber ce jour-là un commentaire éloquent, lui dont la seconde vocation est l'enseignement. "Le plus tôt je pourrai crisser mon camp à l'UQAM, le mieux ce sera."

Un tank soviétique

Avec les journalistes, le chef du PQ se montre sarcastique, mais réussit à ne pas s'emporter. À Rheal Seguin- encore- qui le questionne sur ses tactiques de campagne, il répond: "Mais dans votre cas, ce ne sont pas des tactiques, ce sont des stratégies grosses comme un tank soviétique T-38."

Mais c'est Radio-Canada qui aura droit aux charges les plus virulentes de Landry. Un reportage de Michel Morin sur l'aide de trois milliards accordée à Alcoa est qualifié de "partial". Quant à ce journaliste, "quand il parle d'économie, il ne comprend rien, ses reportages ne sont pas équilibrés".

Pour Landry, "Radio-Canada est en campagne contre nous, déchaînée. (...) C'est une participation active et vicieuse à la campagne électorale. La propagande radio-canadienne honteuse payée par nos taxes, elle cessera un jour. Ils sont en campagne et c'est visible".

La fin de campagne s'annonce pénible. Les points de presse se succèdent et les séances de chamaillerie avec les journalistes sont quotidiennes. Le soir du 14 avril, bon prince, M. Landry prend rapidement bonne note du résultat, qui laisse tout de même un honorable score de 45 sièges au PQ. "On est déjà assuré d'avoir la moins grave de toutes les défaites qu'on a eues."

Pauline Marois, elle, lâche joyeusement: "On va être assez nombreux pour faire de la marde en masse. On va les écoeurer."



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Les saboteurs

André Pratte
La Presse jeudi 4 septembre 2003

"Ils vont saboter notre campagne, ce sont des tyrans!" lance Bernard Landry, dépité de l'attitude des journalistes qui suivent sa caravane électorale. Est-ce bien le sabotage d'une campagne par la presse que nous révèle le dernier documentaire de Jean-Claude Labrecque, À hauteur d'homme? D'une certaine façon, oui, il y a sabotage. Mais ce que le film ne dit pas, c'est que ce "sabotage" est nécessaire.

"Acte matériel tendant à empêcher le fonctionnement normal d'un service, d'une entreprise, d'une machine, d'une installation", dit Le Petit Robert à l'entrée "sabotage". Toute campagne partisane est une machine de propagande, une entreprise de pub visant à vendre un chef et un parti. Le rôle des journalistes n'est pas de transmettre bêtement cette propagande, mais de la décoder, de démonter le décor, d'enrayer la machine pour en dévoiler les faiblesses et les failles. Cela s'appelle... informer.

Ainsi, le Parti québécois a voulu faire porter la campagne électorale sur une promesse jovialiste, la semaine de quatre jours, plutôt que sur le bilan de neuf années de gouvernement. Les journalistes auraient manqué à leur devoir s'ils n'avaient pas talonné M. Landry sur cet engagement improvisé.

"Radio-Canada est en campagne électorale contre nous", accuse M. Landry. Les journalistes- de Radio-Canada ou des autres médias- qui fouillaient, posaient des questions difficiles, insistaient, faisaient-ils campagne contre le PQ? Si le cinéaste avait suivi Jean Charest ou Mario Dumont, il aurait vu exactement la même chose: des journalistes qui poussent le chef dans ses derniers retranchements, pour révéler aux citoyens ce qui se cache derrière le spectacle monté par les faiseurs d'images.

Car si les journalistes insistent jusqu'au harcèlement pour avoir une réponse, c'est qu'on refuse systématiquement de leur répondre, d'aller au-delà de la "ligne" prévue pour la journée. "Audi alteram partem" répète obstinément M. Landry aux journalistes qui lui demandent s'il se dissocie des propos tenus la veille par Jacques Parizeau. Les reporters ont-ils tort d'exiger une réponse? Devraient-ils se satisfaire de l'esquive latine de M. Landry? À hauteur d'homme montre les journalistes qui traquent le politicien; il ne montre pas l'organisation politique qui suit les journalistes à la trace, qui cherche à manipuler les médias et à duper la population.

Au plan humain, la chose est évidemment pénible à vivre. On ne peut qu'admirer le sang-froid remarquable dont a fait preuve M. Landry- en public- dans ces circonstances extrêmement difficiles. Comme M. Dumont au cours de sa chute, comme M. Charest durant ses cinq années de calvaire. Telle la joute politique elle-même, le duel médias-politiciens est impitoyable.

Certes, il y a des dérapages; des journalistes font un scandale de broutilles, poussent le cynisme trop loin. Certes, il y a des tendances malsaines dans le fonctionnement des médias d'aujourd'hui qu'il faut condamner.

Mais, pour l'essentiel, les journalistes politiques québécois jouent leur rôle, celui d'observateurs critiques. Pour le politicien, c'est désagréable, cruel même. Pour la démocratie, c'est fondamental.

apratte@lapresse.ca



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De l'euphorie à la paranoïa

Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 4 septembre 2003

Quand Jean-Claude Labrecque, le cinéaste, et Bernard Landry, alors premier ministre, ont conclu l'entente qui allait permettre au premier de suivre le second durant toute la campagne électorale, M. Landry devançait ses adversaires par plusieurs points.

Ce dernier, fort de cette assurance, pouvait donc se permettre de prendre le risque de laisser la caméra pénétrer dans les coulisses de la campagne. Quant à M. Labrecque, il avait toutes les raisons de croire que son film passerait à l'histoire, en immortalisant sur pellicule la surprenante résurrection du PQ.

Les choses, on le sait, ont tourné bien autrement. Mais paradoxalement, cela rend le film de Labrecque (qui sera présenté au cinéma Ex-Centris et à Radio-Canada) encore plus intéressant.

Parce que leurs émotions sont plus complexes, les perdants sont toujours plus intéressants à observer que les gagnants. En outre, le film fait bien ressortir le caractère de Bernard Landry - ses vanités, ses sautes d'humeur, sa culture humaniste, son sens de l'humour, son esprit chevaleresque. L'évolution de la campagne se lit sur son visage, le sourire bonhomme des débuts faisant peu à peu place à l'inquiétude et au stress.

Même si Landry le politicien disparaîtra bientôt du paysage, le film de Labrecque restera une fascinante étude sur la nature humaine.

Les conférences de presse dont le film est farci sont des exercices publics qui n'apportent rien de bien neuf, aussi les épisodes les plus passionnants sont-ils ceux qui vous entraînent en coulisse. Les réunions de stratégie - en particulier la préparation du débat des chefs qui allait être le point tournant de la campagne - constituent les épisodes les plus passionnants, au moins pour les mordus de la politique.

Exemples : Pauline Marois a reproché gentiment à Landry son allusion mesquine au domicile westmountais de Jean Charest. La veille du débat, Landry s'interroge : quand il sommera Charest de dire comment il votera au référendum sur la défusion, doit-il ajouter " à Westmount " ?

Landry tient à terminer son exposé par une envolée sur " l'amour de la patrie ". L'une de ses jeunes conseillères grimace : " Ça fait trop... ". " Trop vieillot ? ", s'inquiète Landry. Il se résignera à parler de " l'amour du Québec ".

Le matin du débat, la tension a monté. Landry est nerveux, il mâche furieusement son chewing-gum, tente de se rassurer : " Après tout, mes adversaires ne sont pas plus intelligents que moi... peut-être même moins ! "

Au sortir d'un débat où son équipe a été complètement prise au dépourvu par deux attaques de Charest (la défusion municipale décrétée par René Lévesque en 1979 et l'affaire Parizeau), Landry a perdu sa superbe et son autorité naturelle. Pendant quelque temps, il affiche la vulnérabilité de l'étudiant qui est loin d'être sûr qu'il a passé son examen.

Ensuite ce sera la descente aux enfers, les rebondissements de l'affaire Parizeau et les " mauvais " sondages qui s'accumulent. Ici, les réunions de stratégie perdent leur intérêt, car il est évident que l'accès du cinéaste aux coulisses a été limité au maximum.

On voit cependant la vieille rancoeur de Landry envers les journalistes remonter à la surface avec une virulence inouïe. Les perdants, en politique, se servent toujours des journalistes comme de boucs émissaires - c'est classique - mais dans ce cas-ci, on tombe en pleine paranoïa. Landry se croit victime d'un " sabotage " en règle. Après qu'un reporter eut posé une question un peu pointue en conférence de presse, il s'indigne de ce qu'on ait osé " taper sur le chef du gouvernement national du Québec ".

M. Landry imagine même un vaste complot de Radio-Canada (!) contre lui, parce qu'un reporter a critiqué son ami Jacques Laurent, PDG d'Hydro. Tout à ses colères, M. Landry oublie les innombrables entrevues complaisantes dont il a bénéficié sur les mêmes ondes, à commencer par celles d'un Stéphan Bureau qui, tout miel avec M. Landry, afficha toujours une rare agressivité envers Jean Charest.

C'est le défaut de ce film que de présenter la deuxième partie de la campagne comme une bataille entre M. Landry et les journalistes - comme si c'étaient les médias, plutôt que le verdict de la population, qui avaient défait le PQ.

Pour décrire adéquatement le rôle des médias en politique, il aurait aussi fallu montrer comment les autres chefs ont été traités. Or, le fait est que Jean Charest, pendant toutes ses années d'opposition, a été fort malmené par la presse parlementaire. Quant à Mario Dumont, les médias, après l'avoir encensé pendant huit ans, l'ont méthodiquement démoli (lui, son programme et ses candidats) à partir d'octobre 2002.

Tout compte fait, au-delà des escarmouches de la fin, Bernard Landry, dont la prestance et le verbe agile ont toujours impressionné les journalistes, aura eu la partie facile tout au long de sa carrière.

lgagnon@lapresse.ca



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Le supplice de Landry

Michel David
LE DEVOIR jeudi 4 septembre 2003

Tout allait si bien pour Bernard Landry en ce beau dimanche ensoleillé de mars. Chantal Renaud s'amusait de le voir jouer au plus fin avec les journalistes. «De souris, il est devenu chat», confiait-elle. Ce jour-là, M. Landry avait eu l'amabilité de m'accueillir à bord de son autobus de campagne pour une virée en Outaouais, et je m'interrogeais sur la possibilité que ce climat bon enfant dure encore bien longtemps.

Ceux qui connaissaient le moindrement le chef du PQ n'étaient pas dupes de ses égards soudains pour la presse et pour ceux qui pratiquent ce «métier de tordu», pour lesquels il n'a jamais caché son peu d'estime, mais rien ne semblait pouvoir le faire descendre du nuage sur lequel il était juché depuis le déclenchement des élections. Puis, il y a eu le débat des chefs, qu'il a eu le malheur de perdre. Du coup, les choses sont revenues à la normale.

En visionnant le remarquable documentaire, intitulé À hauteur d'homme, que le cinéaste Jean-Claude Labrecque lui a consacré, même ceux qui n'éprouvent a priori aucune sympathie pour l'ex-premier ministre se surprendront peut-être à penser qu'en dépit de son sale caractère, il ne méritait pas le traitement médiatique qui lui a été réservé durant les deux dernières semaines de campagne.

M. Landry, lui, n'a pas été surpris. Après 40 ans de politique, il savait parfaitement à quoi s'en tenir: «Ils vont passer 30 jours à persécuter trois hommes politiques qui ont le courage de se présenter.» Une campagne électorale est en effet une épreuve incroyablement dure pour un chef de parti, qui est littéralement cuisiné par les médias du matin au soir. Le film de Labrecque illustre parfaitement le supplice auquel il est soumis.

Quand, à la mi-février, M. Landry a accepté l'omniprésence encombrante d'une équipe de cinéma, le PQ semblait en mesure de couronner une remontée spectaculaire par une victoire quasi miraculeuse qu'il souhaitait peut-être immortaliser. Le sort en a voulu autrement et, sur le plan de l'intensité dramatique, le film n'en est que meilleur.

***

Labrecque a choisi de se concentrer sur la tournée de M. Landry, pour lequel il ne cache d'ailleurs pas sa grande admiration, mais Mario Dumont n'a pas été davantage épargné. Dans son cas, le calvaire a même commencé le premier jour de la campagne. Si Jean Charest a semblé avoir la vie plus facile qu'en 1998, c'est simplement que les journalistes n'ont pas réussi à trouver la faille dans sa cuirasse, mais ce n'est pas faute d'avoir essayé.

Ceux qui n'ont pas eu le privilège de se faire engueuler un jour ou l'autre par le chef du PQ s'étonneront sans doute de l'entendre utiliser un langage aussi cru, mais Lucien Bouchard, Jacques Parizeau et même Robert Bourassa, sans parler de René Lévesque, pouvaient également sacrer comme des charretiers. Sauf dans le cas de M. Bourassa, les relations avec les médias constituaient un des aspects de leur travail qu'ils appréciaient le moins. Aucun n'avait cependant développé pareille allergie.

Les journalistes n'ont généralement pas très bonne presse. En voyant M. Landry jongler avec la patate chaude de l'incident Parizeau, certains trouveront peut-être qu'il est exagéré, voire indécent, de poser dix fois la même question quand il est manifeste qu'aucune réponse ne viendra, mais on reprocherait encore plus aux médias de ne pas insister suffisamment.

Il est vrai que les journalistes cherchent continuellement à prendre les politiciens en défaut et qu'ils détestent les campagnes électorales sans histoires. À partir du moment où les partis politiques ont choisi de tout miser sur le chef, il est toutefois inévitable que les moindres propos de celui-ci soient analysés au microscope.

M. Landry a pourtant tort de croire qu'ils ne trouvent de noblesse qu'à leur propre métier. Ceux qui «couvrent» la politique depuis un certain temps en arrivent au contraire à développer une réelle admiration pour les hommes et les femmes qui acceptent les énormes sacrifices que celle-ci exige.

Les journalistes ne sont pas à l'abri de l'erreur. Il est également possible que certains fassent mal leur métier ou se laissent guider par leurs sentiments personnels. Il y a cependant une autre réalité, que M. Landry n'a jamais acceptée: entre des gens qui ont tendance à confondre information et propagande et d'autres qui refusent d'être utilisés comme simple courroie de transmission, la confrontation devient inévitable et même souhaitable. Comme bien d'autres péquistes, M. Landry n'a jamais accepté non plus que les journalistes québécois refusent de se mettre au service de la cause souverainiste, donc du PQ.

***

Si cette confrontation est au coeur du film de Labrecque, celui-ci est également riche d'autres enseignements. Clairement, les adjoints de M. Landry avaient exagéré sa préparation en vue du débat des chefs. Plutôt que de réviser ses dossiers pour la nième fois, il aurait dû passer la journée à se détendre.

L'interprétation des propos que M. Parizeau a tenus ce jour-là à Shawinigan demeurera matière à débat encore longtemps, mais les stratèges du Bloc québécois devraient prendre bonne note du conseil qu'avait donné - en vain - l'attaché de presse de M. Landry, Hubert Bolduc. À la minute où il voudra «mettre l'ongle de l'orteil» dans la prochaine campagne fédérale, il faudra «quelqu'un dans ses culottes avec une enregistreuse».

On pardonnera volontiers à Pauline Marois les pronostics fantaisistes qu'elle faisait à la toute veille du scrutin, même s'il est assez étonnant d'apprendre que l'organisatrice en chef s'attendait à ce que le PQ l'emporte dans Jonquière et perde dans Mercier.

Il est moins édifiant d'entendre Mme Marois déclarer, le soir des élections, que les députés péquistes seront néanmoins «assez nombreux pour faire de la marde en masse». Pour une femme qui aspire à gouverner le Québec, cette pensée manquait un peu d'élévation.

mdavid@ledevoir.com



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La colère de Landry

Gilbert Lavoie
Le Soleil jeudi 4 septembre 2003

Bernard Landry a cassé du sucre sur le dos des journalistes pendant la campagne électorale ? Il a lancé quelques jurons ? Il a frappé du poing sur la table ? Et puis après ? Il faut bien mal connaître la relation amour-haine entre politiciens et journalistes pour s'étonner de voir un premier ministre, confronté à la défaite, en faire porter le blâme aux médias d'information.

Ce constat n'excuse toutefois pas le comportement déplacé et le langage parfois ordurier de M. Landry, enregistré par la caméra de Jean-Claude Labrecque, qui a eu accès à toutes les activités du chef péquiste pendant la campagne électorale. Son film, À hauteur d'homme, nous montre un personnage bien différent de l'image de chef d'État que l'ancien premier ministre aimait projeter dans les grandes circonstances.

Au fond, la véritable surprise de ce documentaire est que Bernard Landry ait accepté de s'y prêter. On pourra toujours prétendre qu'il l'a fait par souci de transparence, ce n'est pas convaincant : M. Landry espérait gagner les élections et voulait passer à l'histoire. Quoi qu'il en soit, il ne sort pas grandi des extraits diffusés mardi aux bulletins de nouvelles de Radio-Canada. Et Pauline Marois non plus, lorsqu'elle promet de "faire de la marde en masse" pour écoeurer le nouveau gouvernement. Ces extraits sont les plus croustillants ; ils dénaturent probablement le ton général du documentaire. Mais c'est ce que la population en général a vu et retiendra. Deux minutes d'esclandres qui en convaincront plusieurs que Bunker le cirque, c'était de la petite bière...

Ne soyons pas naïfs, tous les politiciens se vident le coeur dans l'intimité de leur entourage, et pas seulement sur le dos des journalistes. Il n'est pas difficile, par exemple, d'imaginer les propos qu'a tenus George W. Bush, en privé, quand Jean Chrétien a refusé de le suivre en Irak... Mais ce n'est pas tout le monde qui déverse son fiel en public.

On pourra toujours prétendre que l'affaire montre le côté humain de Bernard Landry, qu'il est utile de connaître l'opinion réelle de l'homme envers les médias. Mais si on fait exception du côté anecdotique de l'affaire, le documentaire ne nous apprend rien de nouveau sur les relations parfois tendues entre le pouvoir et les médias. Le dossier a été documenté à plusieurs reprises.

Il y a d'autres forums que la ruelle pour rappeler la presse à ses devoirs. On ne peut reprocher à Bernard Landry d'avoir donné son opinion. Mais il l'a donnée au mauvais endroit. Les politiciens ne sont pas élus pour traiter les gens de crétins, mais pour gouverner de façon posée, responsable, et protéger la dignité de leur poste.

GLavoie@lesoleil.com



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Le "reality show" de Landry

J.-Jacques Samson
Le Soleil jeudi 4 septembre 2003

Je rêvais de vanter aujourd'hui les charmes d'Audrey de Montigny ; me voilà forcé de traiter de Bernard Landry dans la peau d'un Canadian idol. L'information est le nerf de la guerre en politique, à plus forte raison de toutes les campagnes électorales. Les relations entre les élus et les journalistes sont parfois incestueuses, d'autres fois d'amour-haine, et elles sombrent à l'occasion dans le mépris et le cynisme.

Que le cinéaste Jean-Claude Labrecque ait choisi de privilégier cet angle pour son documentaire-vérité À hauteur d'homme, après avoir suivi Bernard Landry le printemps dernier, n'est donc pas étonnant. Le traitement de l'information par les journalistes et son contrôle par les experts des machines politiques, sont les deux clés d'une campagne. L'attitude de Bernard Landry et ses commentaires lapidaires ne m'ont pas étonné non plus.

Plusieurs chroniqueurs et éditorialistes québécois ont déjà essuyé ses colères épicées de termes religieux. J'en suis. J'en avais mangé une mémorable après avoir dénoncé l'injection massive de fonds dans les courses de chevaux lorsque M. Landry était ministre des Finances. Ses interventions auprès de dirigeants de médias étaient aussi connues dans le milieu avant le film. Il a déjà fait pression auprès de l'ancien éditeur de La Presse, Roger-D. Landry, pour qu'il nomme un éditorialiste souverainiste, au nom de "l'éthique capitaliste", et il se vantait devant des journalistes d'autres médias de cette ingérence dans l'administration de La Presse, tout en aspergeant de vinaigre le pauvre éditorialiste désigné.

En 2001, tous les dirigeants des médias et des milieux d'affaires ont aussi vu sa main au-dessus de la tentative du promoteur Sylvain Vaugeois, récemment décédé, de prendre le contrôle des journaux d'UniMédia (LE SOLEIL, Le Droit, Le Quotidien) pour les réunir en réseau avec Le Devoir, seul journal ouvertement souverainiste du Québec. M.Landry affiche son mépris pour les journalistes québécois tout en voulant avoir les siens !

J'ai par ailleurs signé une chronique en novembre 2002, à l'occasion du Rendez-vous national des régions, sur les humeurs de l'ancien premier ministre à l'endroit des journalistes. À deux reprises en deux jours, M. Landry m'avait alors abordé pour se défouler sur le traitement que lui réservait la presse québécoise. La presse anglophone lui tapait dessus et la presse francophone non seulement ne se portait pas à sa défense, mais elle prenait aussi plaisir à le dénigrer. M. Landry vantait à l'opposé les journalistes britanniques qu'il avait rencontrés, souvent diplômés des grandes écoles comme le London School of Economics, alors que les journalistes québécois, mal formés, de peu d'envergure intellectuelle, écrivaient n'importe quoi.

Bernard Landry entretenait déjà un profond mépris pour la presse nationale québécoise. En mars 2003, à la veille du déclenchement de la campagne électorale, un nouvel incident majeur a envenimé le climat. La journaliste Sophie Langlois, de Radio-Canada, a gâché la clôture du congrès spécial du PQ en lui retournant à la face ses propos privés persifleurs sur les groupes de pression des femmes, captés par une perche, pendant les délibérations. La même journaliste avait déjà assombri une conférence de presse sur l'entente historique avec les autochtones, l'interrogeant sur l'électoralisme du geste. Le contentieux s'est alors alourdi.

Durant la campagne électorale, le 20 mars, j'ai par la suite mis à jour un fichier informatique du bureau du premier ministre Landry. Des codeurs recensaient tous les articles et topos des journalistes, leur attribuaient une note, et maintenaient ainsi un indice commenté sur chacun des individus et des médias, pour mieux les utiliser, ou les éviter. Et que dire de l'exploitation de sa compagne Chantal Renaud devant les caméras depuis l'été 2002 pour améliorer l'image du technocrate Landry ou de ses parties de tennis avec le ministre Richard Legendre pour le rajeunir aux yeux d'une clientèle ?

Le même personnage Landry, apparemment victime persécutée par les médias, n'a jamais hésité à se payer le système le plus raffiné de contrôle de l'information au Québec (des adjoints s'en vantaient), à intervenir auprès des dirigeants de médias (comme ceux de Radio-Canada), pour se plaindre et faire de l'intimidation à peine voilée, et à engueuler des chroniqueurs avec une telle agressivité que ses propres gardes du corps de la Sûreté du Québec ne savaient plus qui protéger. Cela m'est arrivé dans le hall du Hilton Québec. Quand je réaliserai un documentaire-réalité, je me ferai un devoir de regarder des deux côtés de la clôture, autant chez le supposé manipulé que chez les soi-disant manipulateurs.. Ce dont Labrecque ne semble pas s'être embarrassé.

JJSamson@lesoleil.com



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Le documentaire sur Bernard Landry :
Charest n'aurait pas voulu être filmé

Tommy Chouinard
Le Devoir vendredi 5 septembre 2003

Saint-Sauveur - Le premier ministre Jean Charest estime que les «excès de langage» de Bernard Landry et les relations tumultueuses entre politiciens et journalistes montrés dans le documentaire de Jean-Claude Labrecque À hauteur d'homme ne mineront pas la confiance de la population dans ces deux professions.

«Je n'ai pas vu le film. J'ai lu les commentaires et tout ça m'amène à vous dire que les citoyens sont amplement capables de faire la part des choses dans ce que les hommes et les femmes politiques sont appelés à dire de temps à autre et ce que vous êtes appelés à faire comme travail. Je fais confiance à la population du Québec», a affirmé hier Jean Charest, lors d'une conférence de presse qui s'est tenue à Saint-Sauveur dans le cadre du caucus présessionnel du Part libéral.

Si un réalisateur lui avait proposé de le filmer tout au long de la campagne électorale du printemps dernier, Jean Charest aurait rejeté l'offre. Le premier ministre estime toutefois que les «excès de langage» commis par Bernard Landry dans le documentaire, «ça arrive à tout le monde». «Je vous assure que je n'ai pas le monopole d'aucune vertu», a-t-il ajouté.

Alors que Bernard Landry critique sévèrement le travail réalisé par les journalistes, Jean Charest dit avoir un «grand respect» pour cette profession, en dépit du fait que la presse n'est pas constamment d'accord avec lui. «Ce sont des êtres humains qui ont des points de vue. [...] Je pense que les journalistes ont plus de respect pour les hommes et les femmes politiques que ce qu'on soupçonne. Je ne resterais pas dans le métier si j'étais malheureux avec ceux et celles avec qui je suis appelé à travailler tous les jours, incluant les journalistes.»



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Film gets Quebec buzzing

Documentary that trails Bernard Landry likened to reality TV brought to politics

Tu Thanh Ha
The Globe and Mail Friday, September 5, 2003

Montreal PQ - Rarely has a film so unglamorous garnered so much press. The movie that is the talk of Quebec this week features no special effects or action hero but a choleric 66-year-old trying to hold on to his job as the province's premier.

He punches a table, he screams that he won't apologize for telling the truth, he barely holds back his annoyance as he faces a daily onslaught of media questions.

In the end, he is a tragic figure, isolated by the burden of his responsibilities and trying to act dignified in defeat.

Few politicians have let the public see them as openly as Parti Québécois Leader Bernard Landry did in a full-length documentary that opens in Montreal today.

Excerpts from A hauteur d'homme, by the well-known documentary maker Jean-Claude Labrecque, have triggered a huge debate in the media here. Their raw, profanity-laden exchanges are already the stuff of editorial cartoons and phone-in shows.

While he was still premier last spring, Mr. Landry agreed to let a documentary crew follow him for three months, including through the election campaign.

He wore a wireless microphone all day as a crew recorded him conferring with his aides during war-room meetings, facing reporters or kibitzing with his girlfriend, Chantal Renaud, and press attaché Hubert Bolduc.

In one excerpt repeatedly shown this week, Mr. Landry, believing that he has been misquoted, thumps on a table, startling Ms. Renaud. "I've got it up my ass with those so-called media professionals!" he screams.

At another point, after his boss took questions from Globe and Mail correspondent Rhéal Séguin, Mr. Bolduc speculates that Mr. Séguin was aggressive because the PQ had just leaked their electoral promises to a competitor at La Presse.

"It's really a profession for twisted people," Mr. Landry opines. "Because he didn't get his stuff he's angry and he's pounding on the head of Quebec's national government. That's scandalous . . . It's a profession for the vicious."

Political veterans said yesterday they were surprised that Mr. Landry allowed so much access. "How could he agree to be filmed during a period of such dreadful stress?" asked former PQ minister Guy Chevrette.

"This is reality TV brought into the world of politics," said John Parisella, a former adviser to late Liberal premier Robert Bourassa.

He noted that beyond the swearing, the film's more noteworthy characteristic is that it shows how the PQ mismanaged the election campaign.

It documents the PQ brain trust struggling to get its message through and getting caught flat-footed during the leaders' debate.

A better-briefed Liberal Leader Jean Charest blindsided Mr. Landry in the debate with claims that former PQ premier Jacques Parizeau made incendiary comments about ethnic groups.

In a back room, the PQ staff frantically dials its research unit, trying to find something to counter Mr. Charest. One aide holds her head in her hands in despair.

Mr. Bolduc rages that no one taped Mr. Parizeau, thus making it harder to deny the allegation: "I told them, as soon as he dips in his toe, someone has to be in his pants with a tape recorder!"

The film producer, former PQ executive Monique Simard, said no Canadian politician has ever given a documentary crew such access. "Bernard Landry wasn't obliged to do this . . . The movie underscores a human side to him that you don't normally see."

Ms. Simard said what struck the filmmakers was the tense relationship between the press corps and Mr. Landry, who says at the start of the campaign that journalists "are going to spend 30 days trying to persecute three politicians who had the guts to run for office."

As PQ hopes sink, Mr. Bolduc advises the premier to reduce his media scrums. "But our message won't get through," Mr. Landry replies.

"They're going to sabotage our campaign, they're tyrants."

The film is being shown at Ex-Centris, a downtown Montreal art-house movie theatre.



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The ugly side of Landry

Most Quebecers were not aware our former premier was given to profanity, rudeness and desk-pounding tantrums

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette Friday, September 5, 2003

This week, the talk of the French-language media has been about À hauteur d'homme, a documentary by Jean-Claude Labrecque on Bernard Landry's last 100 days as premier. It shows a Landry most Quebecers have never seen. And many might not like what they discover.

It shows the profound contempt Landry has toward the press, the foul language he often uses in private and the personal attacks he sometimes resorts to during press conferences when reporters insist on getting an answer to questions. The vulgarities Landry yells out are sure to shatter the carefully manufactured image of the compassionate and refined grandfather he tried to project during the election campaign. Exit the Latin references he so loves to use in public, and enter the private, tavern-like lingo.

But what's even more fascinating is the spin Labrecque puts on his film. In it, he explained, we see Landry as a man of honour, being constantly harassed and persecuted by the press. He also repeated in every interview his complete admiration for Landry - adding he even filmed amorous shots of him ("des plans amoureux").

While it is metaphoric, Labrecque's words point to the film's main, and perhaps unredeemable, weakness: The total lack of critical distance from his subject matter. Labrecque obviously caught a very bad case of the Stockholm Syndrome. He grew to identify so strongly with the logic and interests of Landry that he lost all perspective. Giving the text-book definition of that syndrome, Labrecque said: "For three months, I was Landry." That's not analysis, it's osmosis.

With great naïveté, Labrecque portrays Landry as a tragic hero, a victim who suffers endlessly at the hands of nasty reporters who bear horrifying hidden agendas. To add more drama, the victim has yet another tormenter: Jacques Parizeau, the villain who steals Landry's spotlight during the leaders' debate. This approach is so Manichean the film plays like a Sergio Leone spaghetti western in which Landry is the good, Parizeau is the bad and reporters are the ugly.

Still, this whole scenario was Labrecque's second choice. In effect, he started out shooting the chronicle of what many thought would be the victory of the Parti Québécois on April 14. It was only when Jean Charest started picking up speed Labrecque decided to focus mainly on the "persecution" of Landry by the press. That looks like a quest to find scapegoats for Landry's defeat. It's as if the subtext of the film is he would have done a lot better without the so-called Parizeau affair and those bad, bad reporters.

But what's even more disturbing than the victimization and the scapegoating are the perceptions some have tried to create in the aftermath of the film. One perception is many of us have known about Landry's obsessions and tantrums for years. Therefore, it is normal behaviour, so why make a big fuss?

First, most Quebecers are not aware of this central character trait of the man who was their premier for two years. Second, it cannot be said this is a normal or acceptable way of behaving simply because he's been that way for years. The latter does not explain or justify the former.

Another myth is most leaders are like that. False. Thankfully for democracy, what this film shows is the exception, not the rule. Although most of Quebec's premiers threw tantrums once in a while, the scope and repetitive nature of Landry's anger, the coarseness of the language and, especially, the personal attacks he makes in place of arguing a point were not a trademark of Robert Bourassa, Jacques Parizeau or even Lucien Bouchard.

For one who has seen this behaviour up close for two years, I still don't see how this attitude of yelling, insulting and hitting the table repeatedly with one's fist in front of those who cannot respond without fearing consequences makes for a civilized, political discourse.

Last, but not least, Landry's complete lack of respect for the press and Labrecque's embrace of that point of view betray their own confusion between good journalism and complacent journalism. Asking hard questions is essential to democracy. It is those politicians who fail to answer with clarity and conviction who fail its test.

It's sad Labrecque didn't show the other side of the coin - where we would see Landry's spin doctors trying to influence reporters and columnists, where he had private dinners with a chosen few to spin them even more, where we'd see the unprecedented, extensive media- monitoring system his communications staff built to scrutinize every single word about the government in the electronic and written press.

We also would have seen journalism is not only a respectable profession but that it often leads to politics, and vice-versa. In fact, journalism and politics are joined at the hip. In Quebec, there are many journalists and columnists who come from the school of partisan politics: Jean Lapierre, Claude Charron, L. Ian MacDonald, Gilbert Lavoie, Sophie Langlois and even myself.

Then there are journalists who become elected politicians. Perhaps the most famous one here was the man Landry says he admires and reveres the most: René Lévesque.

No small irony for a party leader who shows no respect for the press.



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Tales of two premiers

New films about Landry and Parizeau show the two former Parti Québécois premiers in unguarded moments

DON MACPHERSON
The Montréal Gazette Saturday, September 06, 2003

At the beginning of journalist Francine Pelletier's documentary Monsieur, its subject declares that, as much as a woman, a man should maintain some mystery about himself.

Too late. For whatever reason - a need to explain himself to history perhaps? - Jacques Parizeau has already fallen into Pelletier's trap by agreeing to be filmed and interviewed.

And in a film that runs only 52 minutes in its French version, Pelletier is able to draw out a surprising amount of information about the human side of this most reserved of public figures.

(Declaration of potential bias: I have been a friend of Pelletier since we formed the Quebec panel on the late Peter Gzowski's Morningside program on CBC Radio. And she interviewed me for the English version of her documentary, titled Public Enemy Number One.)

Parizeau confides to Pelletier he was not always a Quebec nationalist, that when he came home at the end of the Duplessis era after studying in Europe, he found the province a backward place. He explains it was the Polish nationalism of his immigrant first wife, Alice, that inspired his own "visceral" attachment to his people.

Gradually, contradictions emerge. After saying a politician must develop a protective shell, Parizeau lets down his own to display the scars from what he feels are more than his share of slings and arrows.

He does not understand why he is called a fascist while Pierre Trudeau, "who threw hundreds of people in jail without charges" in Quebec in October 1970, is remembered as a civil libertarian.

He recalls going to dinner one Saturday evening at Moishe's Steak House on the Main, which is popular with Montreal Jews, and, as he was led to his table, being booed by the other diners. He laughs but adds, "I didn't find it funny, not at all. And I haven't been back to Moishe's since."

He is described, by himself as well as by others, as a man of a cause, so much so that in the 1995 referendum he swallowed his pride to let the more popular Lucien Bouchard take over the leadership of the campaign for Quebec sovereignty. Yet one of his former ministers, Louise Beaudoin, believes he has resented Bouchard ever since because of that.

And he refuses to apologize for blaming the sovereignists' referendum defeat on "money and ethnic votes," even if it has made him a liability to the cause. On the contrary, he says defiantly he has reread his referendum-night speech and found it "not bad, not bad at all."

For, as he says elsewhere in the film, if nonconformity is arrogance, then he willingly accepts to be called arrogant.

A quiet first showing of Monsieur was almost drowned out by the media furor following that of another, equally excellent, documentary on Quebec politics.

That's because the media think Jean-Claude Labrecque's À hauteur d'homme (At the Height of a Man) is about them, Labrecque having shrewdly marketed his film that way.

Actually, what was supposed to be a "making of" film about the Parti Québécois winning a third term in last April's election, for which Bernard Landry gave Labrecque and his camera unprecedented access, turned out to be the behind-the-scenes record of the unravelling of the PQ campaign. And that was more because of the weaknesses of the PQ itself than it was the fault of the reporters shown repeatedly tormenting Landry.

Much is being made of the film's revelation that in private moments of fatigue, stress and frustration, Landry is sometimes driven to lose his temper, use bad words and pound tables or walls. Big deal. So do a lot of other human beings.

But the cinéma-verité style, without narration or interviews, that is the film's strength is also one of its weaknesses. The film does not put the actions of either Landry and his strategists or the reporters in context; it does not explain the PQ's reliance on Parizeau even though he is a political liability, nor the adversarial relationship between press and politicians.

It's good Labrecque was able to produce his film less than five months after he wrapped up shooting on election night. It might have a short shelf life, only as long as the memories of the recent campaign required to understand the film remain fresh.

- Monsieur will be shown Sept. 12-18 at the Ex-Centris Cimema, 3536 St. Laurent Boulevard, phone (514) 847-2206.

It will also be shown on Télé-Québec, and the English version, Public Enemy Number One, will be shown on the CBC, both on dates yet to be scheduled.

- À hauteur d'homme is showing, also at Ex-Centris, through next Thursday. It will also be shown on Radio-Canada's Les beaux dimanches on Sept. 14.



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POLITICIENS ET JOURNALISTES :
MÊME COMBAT

Christian Gagnon
Montréal
TRIBUNE LIBRE 6 septembre 2003

En 1997, l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, alors journaliste affecté à la couverture politique, avait publié un essai intitulé «Le Syndrome de Pinocchio» et dénonçant le mensonge en politique. L'Assemblée nationale, constituée de 100% de politiciens, s’était alors braquée d’un bloc et avait voté à l'unanimité une motion condamnant le livre et son auteur, faisant ainsi du Parlement du peuple leur chose vouée au service de leurs propres intérêts.

Dans le cas du film «À hauteur d’homme», ce documentaire dans lequel un politicien, en l’occurence Bernard Landry, s’en prend à l’intégrité de certains journalistes, on assiste au phénomène exactement inverse. Cette fois, ce sont les médias, constitués à 100% de journalistes, qui se mettent au service de la défense de leur réputation en nous présentant des reportages dépeignant ce film comme un documentaire essentiellement anti-journalistes – alors qu’on y traite surtout du sacrifice extrême de la vie politique – et en ne retenant à peu près que les extraits au niveau de langage le moins châtié, histoire de discréditer leurs accusateurs.

L’affaire Michaud finira peut-être un jour par donner aux politiciens l’occasion de faire amende honorable au sujet de leur emploi abusif des motions de blâme. Quant aux journalistes, puisse cet excellent film de Jean-Claude Labrecque leur permettre de faire leur propre mea culpa sur leurs pratiques les moins nobles.



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Dans la foulée du documentaire À hauteur d'homme

Derrière l'image

Les affrontements entre politiciens et journalistes ne sont pas nouveaux

Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 6 septembre 2003

Dans son documentaire À hauteur d'homme, sorti hier sur grand écran et diffusé dimanche prochain à Radio-Canada, le cinéaste Jean-Claude Labrecque réduit la dernière campagne électorale du Parti québécois à un affrontement entre Bernard Landry et les journalistes politiques. Si cette relation peut être interprétée par certains comme du harcèlement et même un manque de respect envers le politicien, elle démontre également un changement de mentalité au fil des décennies chez les médias qui refusent le rôle de porte-voix.

Chaque vendredi après-midi, le premier ministre Maurice Duplessis convoquait les journalistes parlementaires à son bureau. L'exercice permettait au «cheuf» d'annoncer ce que son gouvernement avait fait au cours de la semaine ou quels étaient les projets en cours. Cette conférence de presse hebdomadaire était en fait une «dictée» où le premier ministre contrôlait le contenu des articles à être publiés.

La rare exception fut Le Devoir qui a tenu tête au gouvernement Duplessis. Le 13 juin 1958, Le Devoir publie ce qui allait devenir le scandale du gaz naturel, soit la vente d'actions en Bourse par laquelle des ministres du cabinet Duplessis avaient empoché gros. Déjà, les journalistes du Devoir n'étaient pas invités à la dictée du vendredi, mais lorsque l'un d'eux (Guy Lamarche) se présenta au bureau du premier ministre, Duplessis expulsa l'«effronté» de ce journal «canaille, puant, putride et cancéreux».

Michel Roy, journaliste à l'époque au quotidien Le Canada puis au Devoir, se souvient de l'ère duplessiste comme de celle où les journalistes étaient des paillassons. «À ce moment-là, les journalistes se comportaient comme des esclaves. Ils s'inclinaient. Il était impensable d'engager des débats sur la place publique avec M. Duplessis. Les journalistes redoutaient le pire: la moindre phrase indélicate pouvait provoquer une punition», affirme M. Roy, aujourd'hui président du Conseil de presse du Québec.

De nos jours, il est acquis que les journalistes remettent en question, décodent et contournent la propagande partisane. «Cette époque est heureusement révolue. Mais il y a un fond de politesse qu'il faut maintenir et qui n'est pas toujours en vigueur», soutient M. Roy, qui ne voit pas pour autant un manque de respect dans la façon de faire des journalistes. «Un premier ministre qui est cohérent doit répondre aux questions qui lui sont posées», ajoute-t-il.

Dans les coulisses

Mais voilà, le film de Jean-Claude Labrecque montre un Bernard Landry qui esquive les questions des journalistes et leur sert une «cassette» qui a été préparée quelques minutes plus tôt avec ses conseillers. C'est d'ailleurs là l'aspect percutant du film de Jean-Claude Labrecque, soit l'accès aux coulisses de la machine péquiste qui entoure le chef. Les proches conseillers de M. Landry lui rappellent souvent qu'il faut éviter de se fâcher. «Mettez-vous sur la camomille», lui lance Jacques Wilkins, directeur des communications. «Les journalistes attendent juste que vous pétiez», prévient l'attaché de presse Hubert Bolduc.

Au total, plus de 150 heures ont été tournées par M. Labrecque. Pendant trois mois, Bernard Landry a eu un micro accroché à son veston. Au moment où il a accepté la demande de Jean-Claude Labrecque et de la productrice Monique Simard (ancienne députée péquiste), M. Landry et son parti étaient sur une pente ascendante.

Mais la possibilité d'une victoire est devenue un chemin de croix. Cela devint flagrant à partir du débat des chefs, qui marqua un tournant dans la campagne. Dès lors, Bernard Landry est déstabilisé. Face aux journalistes, il est désormais sur la défensive. Le langage corporel de M. Landry ne trompe pas. Hors caméra, il explose. «Ostie. J'en ai plein l'cul des soi-disant professionnels de l'information», lance-t-il en frappant le mur.

Faiseurs d'image

Dans les premières semaines de campagne, Bernard Landry semble pourtant inébranlable en conférence de presse, où il lit ses engagements électoraux et réussit à conserver un ton bon enfant. Les faiseurs d'image autour de lui semblent avoir réussi à calmer le volcan. La situation n'est pas propre à Bernard Landry. D'autres chefs avant lui sont passés entre les mains de communicateurs afin de contrôler le contenu du message et l'image de celui qui le livre en public.

Le premier ministre Jean Lesage portait des chaussures à semelles compensées pour paraître plus grand. Pour la campagne électorale de 1966, l'entourage de Daniel Johnson père avait fait coudre toutes les poches des vestons du chef de l'Union nationale afin qu'il évite d'y mettre les mains comme il en avait la fâcheuse habitude lors de ses discours. Robert Bourassa a changé de lunettes maintes fois.

Malgré les efforts de ses conseillers, Bernard Landry est toutefois inquiet face aux journalistes qui exercent ce «métier de tordus» et de «vicieux». Dans les premières heures suivant le débat des chefs, il confie à ses conseillers qu'il craint que son «message» ne passe plus. «Ils vont saboter notre campagne», affirme-t-il.

Chose certaine, les relations deviennent de plus en plus tumultueuses. Mais Gilles Lesage, journaliste et éditorialiste du Devoir à la retraite, ne croit pas qu'il s'agisse d'un souque à la corde entre deux puissances, politique et médiatique, comme le soutient Jean Charron dans son livre La Production de l'actualité. «Le vrai pouvoir, ce n'est pas nous qui l'avons, sauf en période de crise. Et une campagne électorale, c'est la grande crise», estime M. Lesage.

Ce dernier rappelle d'ailleurs que les politiciens sont souvent «prêts à tuer le messager et ne sont pas de bonne humeur quand on fait notre ouvrage». Le journaliste Yves Malo de TVA, qui a couvert la campagne de Jean Charest puis celle de Mario Dumont, partage cet avis. Selon lui, si Jean-Claude Labrecque avait suivi les chefs libéral ou adéquiste, il est vraisemblable qu'il aurait vu le même jeu de bras de fer.

«Notre job, c'est d'aller au delà des plans de communication des partis politiques. Aller au delà, c'est aller là où ils ne veulent pas que tu ailles», affirme Yves Malo.

Chez les libéraux

Et pour Jean Charest, ce terrain miné que l'on tentait d'éviter était les défusions municipales. Deux proches conseillers du chef libéral ont d'ailleurs été dépêchés auprès de M. Malo pour lui demander quand il lâcherait prise sur ce dossier. «Avec la courtoisie, tout est permis. Surtout si le politicien ne répond pas à la question. [...] Avec Jean Charest, j'avais toujours deux questions, une sur le sujet du jour et une sur les défusions, son talon d'Achille pendant et après les élections», explique le journaliste.

Dans les rangs libéraux, on estime que M. Charest n'a pas eu la partie facile avec les journalistes mais on ajoute également qu'il n'y avait pas pour autant d'antagonisme. Un chef qui emprunte cette voie risque de dévier du plan de match du parti, explique-t-on tout en rappelant qu'une campagne électorale, «ce n'est pas une descente tranquille en rivière».

Du côté de l'Action démocratique, dont le chef a été égratigné en tout début de campagne, on estime que les journalistes ne sont pas des adversaires mais des éléments incontournables pour atteindre la population. «Une campagne électorale, c'est le quotidien des politiciens à la puissance 10. Dans le feu de l'action, dans l'intensité d'une campagne électorale, tu peux être déçu et choqué. Je ne suis pas surpris d'avoir vu la réaction de M. Landry. Je ne pense pas qu'il y a un politicien qui est satisfait de sa revue de presse à 100 % à moins de l'écrire lui-même», commente Jean-Luc Benoît, attaché de presse de Mario Dumont.

Quant au tempérament bouillant de M. Landry, il n'étonne pas. Plusieurs journalistes ont goûté aux invectives de l'homme politique lorsqu'il était mécontent de la publication d'un article ou de la diffusion d'un reportage télé. Les journalistes qui ont suivi sa carrière politique sont unanimes à dire que le comportement colérique de M. Landry n'a fait que s'accentuer au cours des années.

«Le peuple voudrait un premier ministre plus pondéré, plus serein, capable d'expliquer que c'est non et pourquoi c'est non. Ce spectacle qu'il offre, s'il plaît à une fraction de militants, déplaît à une majorité de gens», fait valoir Michel Roy.



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Le pouvoir des journalistes

Michel Venne
Le Devoir lundi 8 septembre 2003

Lorsque j'étais correspondant parlementaire à Québec pour ce vénérable journal, un collègue concurrent me dit un jour, pour décrire l'étendue du pouvoir des journalistes politiques: «tout ce qu'il nous reste, au fond, c'est de "fucker le game plan"». En d'autres termes, l'une des fonctions essentielles des journalistes, la seule par laquelle ils exerceraient un pouvoir, serait de déjouer les stratégies de communication du gouvernement.

J'ai connu aussi un autre journaliste qui, pour illustrer l'une des attributions essentielles des reporters de la presse parlementaire, avait allongé sa jambe au travers du couloir de l'Assemblée nationale, me faisant comprendre que l'une de mes tâches était de faire trébucher, au sens figuré du terme, les politiciens qui s'y aventurent.

Je n'ai pas encore vu le documentaire À hauteur d'homme dans lequel Jean-Claude Labrecque saisit, en privé, les états d'âme et les sautes d'humeur de Bernard Landry durant les semaines qui ont précédé les élections du 14 avril. Je ne porte donc aucun jugement sur ce film qui, par contre, devrait être de nature à soulever une réflexion sur le rôle du journalisme politique et ce même si les politiciens ont aussi leurs torts.

La profession journalistique n'est pas réglementée. Ainsi, la définition que les journalistes donnent eux-mêmes de leur activité professionnelle et de leur rôle social est déterminante sur la manière dont ils s'acquittent de leur responsabilité. Dans son dernier livre (Éthique de l'information, PUM), la professeure de journalisme Armande Saint-Jean retrace l'histoire sociale du journalisme au Québec. La perception qu'ils ont de leur rôle a considérablement évolué depuis 50 ans.

L'année 1980 et la couverture de la première campagne référendaire serait un moment charnière et «marque, pour la presse québécoise une rupture avec une tradition antérieure, celle d'un journalisme engagé du côté du changement social et politique. La rupture est d'autant plus marquante que cette tradition, qui s'est affirmée tout au long de la Révolution tranquille, remonte aussi loin qu'à la conscription de 1942, à laquelle les médias d'information s'étaient clairement opposés malgré la censure officielle», écrit-elle.

Les journalistes francophones adoptent dès lors une «neutralité aseptisée» dans le débat national. Certains y ont vu l'effet de l'intimidation orchestrée par les ténors fédéralistes dont un et non le moindre, Claude Ryan, ancien directeur du Devoir et alors président du comité du NON, avait demandé et obtenu du Conseil de presse la création d'un comité de vigilance pour surveiller l'impartialité des reporters.

D'autres voient dans ce virage l'une des conséquences de la concentration de la propriété de la presse, appartenant majoritairement à de fervents fédéralistes qui entraient en conflit avec leurs journalistes, plus jeunes, sur l'avenir du pays.

Dès lors, «les journalistes semblent avoir abandonné tout désir de jouer un rôle dans le processus de transformation sociale pour se contenter d'agir comme des témoins neutres».

Mais la période est aussi dominée par un autre phénomène: «l'embourgeoisement des journalistes» qui, en raison de leurs conditions de travail paradoxalement obtenues à la suite d'âpres combats syndicaux, «appartiennent désormais à une classe privilégiée», écrit-elle. Ils deviennent de «bons employés» épousant les objectifs des entreprises qui les emploient et pour qui l'information est une marchandise, le public une masse de consommateurs, et les journalistes des vedettes de l'information.

Cette tendance avait déjà été observée en 1980 par Michel Roy. Celui-ci percevait la montée du «journalisme subjectif», importé des États-Unis, selon lequel «le monde, les hommes et leurs activités constituent en définitive un spectacle permanent devant lequel le journaliste réagit comme le critique au concert de musique rock».

En 1995, l'éditeur de la revue américaine Atlantic Monthly, James Fallow, dénonçait cette approche, accusant les médias de «miner la démocratie américaine».

La commercialisation de l'information n'est pas seule en cause. Le comportement des journalistes dépend de la conception qu'ils se font de la démocratie et du rôle des médias. Ceux-ci, se réfugiant dans une définition strictement libérale, voient généralement leur rôle comme celui du «chien de garde» du pouvoir politique et rien d'autre.

En 1989, le professeur Jean Charron, de l'Université Laval, avait suivi pendant trois mois les journalistes de la Tribune de la presse du Parlement de Québec. Il en avait interrogé 26 ainsi qu'une dizaine d'attachés de presse et autant de députés. Ses observations, consignées dans son ouvrage La Production de l'actualité (Boréal), confirment que les reporters valorisent la fonction critique de leur métier plutôt que la fonction d'information qu'ils assimilent au rôle de «courroie de transmission».

À leurs yeux, le discours politique est nécessairement mensonger parce qu'il est toujours intéressé. C'est pourquoi, au lieu d'en rapporter le contenu tel quel, un correspondant parlementaire développe sa propre interprétation du discours, le décode et le reconstruit. Ce qui explique que des politiciens ne reconnaissent pas toujours leurs paroles.

A contrario, et ce parce que le journalisme d'enquête est peu développé à la Tribune de la presse, les journalistes acceptent plus volontiers de collaborer avec une source qui lui fournit une primeur. Or, souligne Jean Charron, le scoop tire généralement son origine d'une source qui a un intérêt. Le journaliste est alors l'instrument d'une stratégie ou d'un ballon.

La production de l'actualité politique est ainsi devenue le résultat d'un combat entre deux puissances. Les journalistes pensent que le jeu est à l'avantage des élus (qui contrôlent l'information) et les élus pensent que le jeu est à l'avantage des journalistes (qui contrôlent la publicité). Est-ce que quelqu'un pense que le jeu est à l'avantage du public?

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca



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Quebec's political Titanic

Lysiane Gagnon
G&M Monday, September 8, 2003

There's an international film festival going on in Montreal -- albeit a much tamer affair than Toronto's Film Festival, which is making Quebec moviegoers terribly envious.

The Montreal festival features hundreds of films, but many are second-rate and there is not a movie star in town (the Festival du Nouveau cinéma, which focuses on the avant-garde, is now the major event for Montreal's movie buffs).

In any case, the film that everyone is talking about these days will never make the rounds of the large festivals. It's the story, filmed from behind the scenes, of former premier Bernard Landry's last election campaign -- a campaign that started well for the Parti Québécois leader but ended in a sour defeat.

When Mr. Landry took the huge risk of allowing director Jean-Claude Labrecque's hand-held camera inside his war room and campaign bus, he was ahead of his adversaries by a few points. Maybe he thought the film would become the "making of" his moment of triumph.

But by mid-campaign, the wind shifts and the PQ begins sliding down in the polls. The smiling, confident leader becomes angry and frustrated . Although a model of grace under pressure when he's in the spotlight, admirably keeping his poise even with the reporters he's come to hate, as soon as he returns to his private quarters -- albeit with Mr. Labrecque's inquisitive camera still around -- his natural temper comes back in fits of rage interspersed with much swearing and paranoia.

Mr. Landry becomes convinced that the media are out to get him and "sabotage" his campaign. After a reporter from Radio-Canada TV broadcasts a critical account of Jacques Laurent -- a personal friend of Mr. Landry whom he appointed as Hydro-Quebec chairman -- Mr. Landry tells his aids that the CBC, "this federalist corporation," is "campaigning" against the PQ. (Here, Mr. Landry conveniently forgets the countless times when he was graciously interviewed on the CBC; as a matter of fact, over the years, he was systematically given much softer treatment than Liberal leader Jean Charest.)

This is an all-too human story: Politicians, like other people, lose their tempers when things turn really bad. Mr. Landry's mistake was to let a camera in. And -- what's new? -- when people lose, they blame the media.

The problem with Mr. Labrecque's film is that it gives the impression that the election campaign was a battle between the PQ leader and pestering reporters. This is preposterous.

Many factors were at play in the Quebec Liberal Party's victory, and the two other leaders had a much harder time with the media. Throughout his five years as Opposition leader, Mr. Charest was derided by the parliamentary press, and Mario Dumont's Action Démocratique was mercilessly pummelled in the press. In comparison, Mr. Landry had an easy ride with the media during his long political career. Maybe this is why he wasn't prepared for the tough questioning reserved for a party leader (a role new to him).

For most viewers, the plight of a proud man losing power will be the film's most gripping aspect, but political junkies will be more interested in its insight into backroom tactics. The preparation of the leaders' TV debate, and the way Mr. Landry's staff was caught off-guard when the debate turned to Mr. Charest's advantage, make for great scenes. Film festivals just can't compete with such drama.

lgagnon@lapresse.ca



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Dialogue de sourds

Normand Provencher
Le Soleil jeudi 11 septembre 2003

Il s'est dit et écrit bien des choses, depuis une semaine, sur le documentaire À hauteur d'homme, de Jean-Claude Labrecque. Tous les journalistes politiques, sans exception, y sont allés de leurs commentaires sur ce film qui, rappelons-le, explore les coulisses de la dernière campagne électorale de Bernard Landry.

Or, dites-moi, à part quelqu'un qui vous mange une poutine en pleine face alors que vous êtes au régime, y a-t-il quelque chose de plus frustrant que d'entendre parler d'un film ou d'une émission de télé ad nauseam sans avoir l'occasion de se faire, là, tout de suite, sa propre opinion ? Ça me rappelle tout le battage publicitaire fait autour des Invasions barbares, l'été dernier, des semaines avant qu'il ne prenne l'affiche en salles. Non, mais on avait-tu hâte de le voir, le maudit film ! Une chance, il était bon.

Les experts en marketing ont tout simplement compris que c'est l'attente qui crée le désir, de la même façon que le meilleur moment de l'amour, comme l'a déjà dit quelqu'un, c'est quand on monte l'escalier - et pas nécessairement un escalier monumental comme celui que les Français vont nous offrir lorsqu'on aura fini de se chicaner, celui-là, dis-je, n'a rien pour inspirer l'amour.

Le film de Labrecque est bon, très bon, même. C'est que, voyez-vous, n'en pouvant plus d'attendre jusqu'à dimanche soir, alors qu'il sera diffusé à Radio-Canada, je suis allé le voir au nouveau (et fort attrayant) cinéma Cartier, mardi matin. Une bonne vingtaine de personnes, soucieuses elles aussi de voir de quoi il en retourne, assistaient à cette première projection de la journée.

J'ignore de quelle allégeance politique étaient ces spectateurs, mais toujours est-il que la plupart d'entre eux ont applaudi à la fin de la projection. Je n'avais pas vu ça depuis un bon bout de temps dans une salle de cinéma.

***

Un peu comme tout le monde, après avoir prêté l'oreille au ramdam médiatique, je m'attendais à découvrir un Bernard Landry déchaîné d'un bout à l'autre, balançant les jurons comme un Michel Chartrand ou un Pierre Falardeau invités au baptême de l'aéroport Pierre Elliott Trudeau.

L'extrait vu le plus souvent à la télé, la semaine dernière, montrait d'ailleurs l'ex-premier ministre s'emportant devant ses conseillers contre l'interprétation qu'un journaliste venait de faire de son discours. "Mais ça a-tu du crisse de bon sens !" On dira ce qu'on voudra, mais on a le goût d'en savoir plus.

La semaine dernière, Le Journal de Montréal parlait d'"un Bernard Landry à fleur de peau, agressif, qui blasphème avec une régularité étonnante (...)". À fleur de peau ? Certainement, on le serait à moins dans la frénésie d'une campagne électorale. Agressif ? On a déjà vu plus fou furieux. Qui blasphème avec une régularité étonnante ? Alors là, on n'a pas vu le même film. Quelques sacres bien sentis, d'accord, rien de plus normal, personne n'a le monopole de la vertu en politique, comme l'a dit Jean Charest, mais il faut chercher longtemps cette "régularité étonnante".

Quelques jurons, un ou deux gros mots, sur un film d'une heure et demie, c'est pourtant l'essentiel de ce que le public a retenu d'À hauteur d'homme avant même de l'avoir vu. Ce serait comme dire d'un film de Vin Diesel qu'il vient de jouer dans une comédie romantique, après avoir vu l'extrait où il embrasse la poupoune de service. L'arbre qui cache la forêt, ça vous dit quelque chose ?

Et puis, dites-moi, comment un homme politique peut-il être descendu en flammes pour avoir lancé quelques sacres ? Cessons d'être naïfs, ils le font tous, Charest, Chrétien, Bush, derrière une porte close. La seule différence, avec Landry, c'est qu'il y avait une caméra derrière la porte.

***

Un expert en communications a avancé que le film pourrait nuire à la carrière de Bernard Landry, ou du moins ce qu'il en reste ? L'ex-premier ministre peut dormir sur ses deux oreilles, bien collé sur sa Chantale, si ça se trouve, il s'agit de la plus belle chose qui lui soit arrivée depuis un bon moment.

Mardi matin, le public au cinéma Cartier a applaudi à la fin de la projection, comme s'il avait découvert l'homme derrière l'image. J'ai senti que ces applaudissements se voulaient un salut à l'homme derrière le politicien, mais surtout une sorte d'admiration pour son courage devant l'adversité, entendre ici tous les journalistes qui suivaient sa campagne électorale.

Oublions les jurons, toujours accrocheurs lorsqu'il s'agit de vendre de la copie. Si le film de Labrecque a une qualité, c'est bien de rendre compte de la formidable partie de bras de fer qui se joue, en campagne électorale, entre les machines politiques et les médias. Le public est ignorant des dessous de cet exercice. Avec ce film, il en apprend suffisamment pour se faire une idée.

Un épisode du film est particulièrement éloquent. On voit Bernard Landry en point de presse, au lendemain du débat des chefs, obligé de composer avec une déclaration malencontreuse de Jacques Parizeau sur l'argent et le vote ethnique. D'un côté, vous avez un homme politique qui parle une langue de bois ; de l'autre, des reporters qui cherchent à lui faire dire autre chose, du moins, de préciser sa pensée. Le petit jeu dure un bon cinq minutes. Landry s'accroche à une seule et unique réponse. Les journalistes formulent la question autrement, une fois et une autre. Comme dialogue de sourds, on ne fait pas mieux, pas même à 110 %.

L'élément que risque de retenir le public - c'est en tout cas l'impression que m'a laissé la réaction des gens au Cartier - , c'est l'acharnement de la presse à faire parler un politicien passé maître dans l'art du patinage. Avec, en bout de ligne, un parti pris pour l'homme seul face à la tempête. Un réflexe tout à fait normal dans les circonstances.

Les sondages d'opinion disent que le métier de journaliste se situe parmi les professions les moins respectées du public. Pas sûr que ce documentaire aidera à changer les perceptions.

NProvencher@lesoleil.com



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La campagne électorale détroussée

Odile Tremblay
Le Devoir samedi 13 et dimanche 14 septembre 2003

Attendons de voir comment le public accueillera demain soir à la télé À hauteur d'homme, le documentaire de Jean-Claude Labrecque sur les dessous de la campagne électorale de Bernard Landry. Nul doute, il sera au poste, pantoufles aux pieds, sifflant sa bière ou son coke. Les Québécois ont tellement entendu parler de ce film, sans l'avoir vu, en se basant sur des clips présentés aux informations et sur les commentaires des journalistes repris sur cent tribunes. Les opinions sont désormais formées, les verdicts tombés avant le procès.

Car c'est devenu ça, une sorte de procès.

Certains sont allés voir le film sur grand écran à Ex-Centris, où la salle ne désemplit pas. Même Jacques Parizeau et Stéphane Dion, à ce qu'il paraît, comme bien d'autres têtes politiques en cause dans ce documentaire. Mais le gros des Québécois vérifieront demain de visu sur leur téléviseur dominical qui des pugilistes en présence, premier ministre ou journalistes, sortira grand vainqueur du Star Académie politique annoncé.

De fait, le public recevra peut-être ce film comme un de ces shows de téléréalité qui foisonnent, faisant appel aux plus bas instincts de voyeurisme en l'être humain. Tout le monde a le nez dans les bobettes de tout le monde par les temps qui courent, dans les alcôves, dans les coulisses. L'époque savoure les odeurs intimes du voisin jusqu'à la nausée.

Alors, la tentation est grande de voir dans À hauteur d'homme un autre produit de la tendance téléréalité, sinon dans le traitement, du moins par l'esprit, de suivre les allées et venues de l'ancien premier ministre comme l'arrivée de Michèle Richard et de son gros chien chez le coiffeur Alvaro.

Allez faire la différence entre un film porteur d'une vision et d'une esthétique comme À hauteur d'homme et les bavardages d'adolescents enfermés dans un appartement de Loft Story jusqu'à ce qu'amour, haine et crêpage de chignons s'ensuivent. Le spectateur s'y perd, et pour cause.

Assez pour lui faire oublier que le film de Labrecque est une oeuvre en soi, fruit de centaines d'heures de tournage, allergique à la caméra minute de la télé-poubelle, et un film de Labrecque qui s'inscrit dans le droit fil de son observation de la société au cinéma.

Les belles images lancinantes portent sa griffe, matin levant après matin levant, sautant jour après jour à bord de cet autobus où les stratégies s'élaborent, où la peau de banane du débat des chefs fera glisser le premier ministre. Les affrontements quotidiens avec les médias y deviennent des parties de bras de fer. On verra en fin de course s'assombrir les mines des conseillers péquistes, se crisper les mains de Chantal Renaud sur celles de son bien-aimé. Landry en sort grandi, parce que humain, sacres y compris. Le film démontre surtout à quel point ceux qui briguent ou détiennent le pouvoir doivent avoir la couenne dure pour s'agripper.

Aux yeux de l'opinion publique, les journalistes sont déjà classés comme les vilains du combat. Tendance qui ira sans doute en s'accentuant demain quand les foules auront vu le film, car À hauteur d'homme est une oeuvre dotée d'un point de vue, et d'un point de vue nettement pro-Bernard Landry. Or celui-ci en a gros sur le coeur contre les journalistes et leur «métier de vicieux», comme il dit.

Le réalisateur, collé aux émotions du chef du PQ et de son entourage, épouse de sa caméra ceux qu'il suit pas à pas, devenant une ombre invisible que ses modèles oublient.

Et s'il fallait dépasser le point de vue de pure compassion pour le chef malmené par des médias qu'il a lui-même conviés ? Ce qui passionne, c'est cette relation d'amour-haine jouée devant nos yeux, ce spectacle d'une valse à contre-temps où les partenaires se piétinent mais ne pourraient se passer l'un de l'autre. Si les journalistes n'avaient pas été au rendez-vous de cette campagne électorale, Bernard Landry en eût été plus dépité qu'en subissant les questions répétitives de la meute acharnée. Sans journalistes, y aurait-il une démocratie, au fait ?

On serait curieux de voir un documentaire suivre ces campagnes dans le camp des médias, à l'heure où l'épuisement règne aussi chez les reporters lancés sur les routes du Québec derrière un chef de parti, à traquer la nouvelle, coude à coude avec la concurrence. Un vrai tue-monde de part et d'autre.

Non, l'élégance n'est pas toujours au rendez-vous des journalistes et sans doute faudrait-il changer quelques règles du jeu médiatique. Ce type de campagne électorale destinée avant tout aux médias comporte ses pièges. Le film nous le crie, mais les politiciens ne pourraient-ils pas ajuster leur tir différemment, viser davantage le citoyen, ce grand oublié de la course, plutôt que de courtiser sans fin un quatrième pouvoir qu'ils honnissent ?

Les films ne sont pas toujours que des films. Certains invitent à des remises en cause, à des changements de cap. À hauteur d'homme fait la démonstration une fois encore (après L'Erreur boréale de Richard Desjardins et Bacon, le film d'Hugo Latulippe) que les documentaristes sont désormais presque seuls en mesure de creuser en profondeur leurs sujets, détrônant bien des journalistes emportés dans la course folle à la production quotidienne. Ces derniers voudraient bien explorer aussi les dessous du jeu, s'y essaient parfois, surtout à la télé, mais ne peuvent qu'en gratter la surface. Les médias roulent trop vite pour pouvoir plonger. Et ils sont parfois juge et partie.

On entre dans À hauteur d'homme avec sa petite fibre voyeuriste stimulée par la vague obscène des téléréalité. Certains en sortiront avec des jugements tranchés et des couperets aiguisés d'avance. D'autres se retrouveront avec des questions plein la tête et de nouveaux modèles à chercher. Ceux-là seront plus fidèles à l'esprit du film, qui n'est pas, malgré les apparences, le cousin politique de Loft Story, mais soulève des enjeux capitaux en suivant les sentiers raboteux qui mènent en voie directe aux urnes de nos démocraties.

otremblay@ledevoir.com



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Le défenseur des journalistes

Claude Boulay
TRIBUNE LIBRE 13 septembre 2003

M. Gaétan Bouchard (Le Nouvelliste, 03-09-07) se porte à la défense des journalistes, que M. Landry a osé critiquer. Les épithètes contre l'ex-premier ministre et contre les souverainistes pleuvent: "tordu, vulgaire, mal élevé, guillotineurs, bâtisseurs de goulags, malabars, majorettes, petits caporaux…" Sûrement un record Guinness pour la plus grande concentration d'insultes dans un texte. Il veut tellement en mettre qu'il n'a plus d'espace pour en justifier une seule.

S'en prendre aux journalistes, c'est vouloir "détruire le peuple qu'ils méprisent". Et celle-ci: Radio-Canada serait un "nid de béni-oui-oui séparatistes".

La ligne de conduite imposée aux journalistes de Radio-Canada a pourtant été répétée souvent:

"Radio-Canada a le mandat de faire la promotion de l'unité nationale". (Jean Chrétien, novembre 1995).

"Je crois au Canada. Je suis convaincue que la survie de notre famille nationale passe par la survie de nos grandes institutions et Radio-Canada est une de ces institutions". (Mme Guylaine Saucier, présidente du conseil d'administration de Radio-Canada, novembre 1995).

Rappelons aussi que Pierre Elliott Trudeau avait menacé de substituer des images de vases chinois aux journalistes, à la télévision, si ces derniers ne marchaient pas au pas.

Ces pressions ont fait leur œuvre. Par exemple, il y a un journaliste à Radio-Canada (que M. Landry a mentionné) dont la tâche est de dénigrer tout ce qui est québécois. Il s'attaque au Mouvement des caisses populaires, à Hydro-Québec, etc. Ce n'est pas que ces organismes soient sans reproche, mais pourquoi n'a-t-il jamais rien à dire de la Banque Royale ou de Petro-Canada? Par ailleurs, Normand Lester a été suspendu parce qu'il avait publié un livre qui donnait la réplique aux Canadiens anglais qui passent leur temps à dénigrer le Québec.

Trudeau avait écrit dans Le fédéralisme et les Canadiens-français: "Un des moyens de contrebalancer l'attrait du séparatisme, c'est d'employer du temps, une énergie et des sommes énormes au service du nationalisme fédéral… Il faut affecter une part des ressources à des choses comme le drapeau national, l'hymne national, l'éducation, les conseils des arts, les sociétés de diffusion radiophonique et de télévision, les offices du film".

Ce beau programme de perversion de la démocratie par la propagande, Trudeau l'a mis en œuvre. Des ressources énormes, il en avait à sa disposition: tout le budget fédéral. Et comme si ce n'était pas assez, il a endetté le gouvernement fédéral de 600 milliards en seize ans. À mesure que la dette grossissait, les amis du régime prospérait, ce qui leur permettait de prendre le contrôle de la presque totalité des médias qui n'étaient pas déjà directement sous la coupe du fédéral.

Les journalistes de cette presse en service commandé n'aiment pas les critiques. Ils montent aux barricades à la moindre occasion. Comme ils sont aux commandes de la presse écrite et parlée, ils s'arrogent toujours le dernier mot. Mais ont-ils besoin en plus de meneuses de claques qui les encouragent des lignes de côté?



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Derrière le rideau

Bernard Descôteaux
Le Devoir lundi 15 septembre 2003

La télévision a produit quelques émissions de fiction politique. Miroirs déformants de la réalité, elles ont rarement su traduire le réel de la politique. Le documentaire À hauteur d'homme présenté hier soir à Radio-Canada nous révèle le quotidien des politiciens, le vrai. Grâce à la caméra de Jean-Claude Labrecque, on comprendra mieux ce que la politique a d'exigeant pour ceux qui la pratiquent.

Ce documentaire nous fait revivre en accéléré la dernière campagne électorale. Bernard Landry vit ses derniers jours à la tête du gouvernement. Le moment est d'une grande intensité. À la clé se trouve la possibilité de tenir un nouveau référendum sur la souveraineté. Pour que le film ait du souffle, il fallait quelqu'un pour donner la réplique à l'ancien premier ministre. Cela aurait pu être Mario Dumont ou Jean Charest, mais, Jean-Claude Labrecque a choisi les journalistes comme protagonistes.

Ce choix peut se comprendre, puisque le réalisateur n'avait qu'une caméra. Ce faisant, il occulte tout le débat d'idées, ce qui est un peu malheureux. Ceux qui verront ce film dans quelques années ne sauront pas que cette campagne a eu pour thème notamment la semaine de quatre jours pour les parents de jeunes enfants. Ce débat, comme la plupart des autres, est mis de côté, tout comme la relation du politicien avec le citoyen. Rares sont les moments du film où l'on voit M. Landry aller vers l'électeur.

À hauteur d'homme vient illustrer la tendance contemporaine à transformer la politique en spectacle. On pourra le déplorer, mais c'est ainsi. Sur cette scène, il n'y a de place que pour les chefs de parti, ce qui est encore plus vrai en période électorale. Tout repose alors sur les épaules d'une seule personne et sur sa capacité à garder la maîtrise du jeu. Pour Bernard Landry, tout s'est joué au débat des chefs lorsqu'il s'est laissé désarçonner par Jean Charest qui sort de son chapeau une déclaration de Jacques Parizeau sur l'argent et le vote ethnique. Il n'a pas prévu le coup, ni su le parer. Il n'est pas le premier à qui cela arrive. Ce film montre à quel point l'imprévu est un élément clé en politique. Comme dans le jazz, le politicien doit savoir improviser et sortir de sa partition. Le métier est dur. Les sautes d'humeur du chef péquiste que l'on voit derrière le rideau nous rappellent que les leaders politiques ne sont pas des surhommes.

En période électorale, la dimension spectacle est exacerbée par la présence constante des caméras. La frustration qu'exprime Bernard Landry à l'endroit des journalistes tient à la médiatisation obligée de son message dans une presse qu'il perçoit comme négative, vicieuse même à son endroit. Il vit difficilement les points de presse quotidiens auxquels il doit se soumettre. Non seulement il craint que l'on déforme son propos, mais aussi que l'on porte un jugement qui sera transmis au public sans pouvoir faire appel.

Le travail des journalistes n'est plus d'être une courroie de transmission. Il leur revient de mettre en perspective les déclarations et les politiques des politiciens. Il leur appartient de relever les contradictions et de chercher des réponses, lesquelles ne viennent pas toujours. S'il est un art que les politiciens maîtrisent, c'est bien celui de l'esquive.

Dans ce film, la distance qu'observent les journalistes envers les politiciens est évidente et elle est saine. Ces dernières années, certains ont toutefois eu tendance à oublier qu'ils étaient des artisans au profit d'un rôle d'acteur, voire de vedette. Celui qui quitte ainsi l'estrade pour entrer sur la scène se doit de bien connaître son texte, car autrement il introduira un élément de déséquilibre dans le jeu politique.

Les frustrations ressenties par Bernard Landry à l'occasion de cette campagne électorale sont partagées par beaucoup d'hommes et de femmes publics. Le film de Labrecque pose le problème. Encore faut-il pouvoir l'aborder franchement. Il n'est pas anormal que le premier réflexe des journalistes ait été de se défendre. Il faut dépasser cette première réaction corporatiste. Des dérapages existent dans la profession journalistique comme dans toute autre, à cette différence qu'elle n'est soumise à aucun véritable contrôle. Les politiciens passent, les journalistes restent. Cela exige de pratiquer ce métier avec la plus grande rigueur possible et de ne pas craindre de se soumettre à un auto-examen. Le quatrième pouvoir se doit d'être aussi transparent que les trois autres.

bdescoteaux@ledevoir.ca



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Bunker le cirque, pour de vrai

Paul Cauchon
Le Devoir lundi 15 septembre 2003

Bon, enfin, la parole est à vous. Depuis dix jours, tous les médias ont été inondés de commentaires de spécialistes sur le film de Jean-Claude Labrecque, À hauteur d'homme. Mais le débat se faisait en vase clos. Le public n'y avait pas encore accès.

C'est chose faite depuis hier soir alors que Radio-Canada diffusait le film. Comme on a beaucoup parlé dans les médias des excès de langage de Bernard Landry, vous aurez probablement été surpris de constater que ces excès ne sont pas si considérables et que, dans le fond, ils ne représentent pas le véritable enjeu du film (en fait, ils ne sont ni mieux ni pires que n'importe quelle conversation privée).

Tout l'esprit du film est plutôt dans son prologue. À hauteur d'homme s'ouvre sur une réunion des conseillers de Bernard Landry après la réunion des premiers ministres avec le fédéral sur la santé. M. Landry y va de son analyse et son principal conseiller, Hubert Bolduc, omniprésent dans le film, laisse tomber: «ça va être ben difficile de faire comprendre aux journalistes qu'on s'est pas fait avoir». On trouve dans cette phrase l'obsession de faire passer son message, une certaine paranoïa envers les médias et, aussi, en un certain sens, le reflet de la mauvaise foi présumée de certains journalistes.

Après des dizaines d'heures de tournage Jean-Claude Labrecque a choisi de retenir les images qui permettent d'illustrer un seul grand thème, celui de la relation conflictuelle entre médias et politiciens. Le mot «conflictuel» est faible: la classe politique a en effet tendance à rêver de pouvoir faire passer totalement son message sans l'intermédiaire des médias. À tout le moins, elle aimerait pouvoir compter sur des médias qui pourraient parfaitement relayer la totalité de son message, au moment où elle le décide et de la façon dont elle le décide.

De l'autre côté de la barricade, on trouve des journalistes en lutte constante contre cette tentative de contrôle.

Encore que le film donne une idée incomplète de la variété des comportements journalistiques, dont je peux témoigner pour avoir couvert quatre campagnes électorales, temporairement plongé à chaque fois pendant un mois dans cet étrange monde habituellement fréquenté par les seuls correspondants parlementaires.

On y trouve quelquefois des journalistes complaisants. On en a peu vu hier soir. Les téléspectateurs auront peut-être eu plutôt l'impression de voir des journalistes hargneux qui harcèlent un pauvre premier ministre. Avant de porter un tel jugement, il faudrait se souvenir que ce sont d'abord des journalistes qui cherchent, qui refusent de servir de porte-parole, qui tentent constamment d'aller voir au-delà de la langue de bois, qui tentent de démonter le discours officiel... quelquefois avec succès, quelquefois en pure perte, quelquefois avec tout ce que cela peut comporter de dérapages et d'interprétations faussées. On devra également se souvenir que, si le match semble rude entre médias et politiciens, c'est aussi parce que dans notre démocratie une campagne électorale sert d'abord à remettre le pouvoir en place en question, à s'interroger sur ses réalisations, alors que les hommes politiques qui demandent un autre mandat vont plutôt vouloir présenter la réalité tout en rose.

À hauteur d'homme est un excellent cours politique, parce qu'il illustre bien cette belle formule trouvée la semaine dernière par Anne-Marie Dussault (également présidente de la Fédération des journalistes du Québec): «une campagne électorale, c'est un champ de bataille entre deux pouvoirs», deux pouvoirs qui ont besoin l'un de l'autre mais dont l'un, le pouvoir politique, rêve de se passer de l'autre, alors que l'autre tient nécessairement pour acquis que le pouvoir politique lui ment constamment (ce qui n'est pas toujours vrai).

Le film donne également une petite idée de la façon dont les événements politiques sont structurés par les faiseurs d'images, avec ces conseillers qui évaluent quotidiennement l'attitude des journalistes ou qui s'entraînent à répondre aux questions qui seront posées au premier ministre. On y voit moins comment les mêmes conseillers organisent des événements uniquement pour créer de belles images, ou comment ils sortent leurs trompettes pour des annonces politiques... qui sont quelquefois des programmes déjà mis en branle!

Ce que le film ne montre pas, par contre, c'est comment les campagnes électorales se déroulent maintenant à un rythme affolant, où tant les politiciens que les journalistes sont obsédés par la déclaration-choc de dix secondes qui fera la manchette du téléjournal, et où les médias écrits sont souvent à la remorque des chaînes d'information continue qui dévorent littéralement toutes les énergies.

Mais le film d'hier illustre également comment, dans ce match de boxe, les deux parties en viennent à s'accrocher à des détails absurdes: aujourd'hui la déclaration de Jacques Parizeau qui avait assombri le débat des chefs semble bien futile, de peu d'importance (et je suis convaincu qu'au moment de voter les Québécois n'avaient aucunement cette déclaration en tête mais beaucoup d'autres enjeux, comme la santé, les fusions municipales et le désir de changement). Mais cette déclaration, dont le caractère supposément scandaleux apparaît bien aléatoire, avait, on l'a vu, réquisitionné une énergie folle tant dans l'entourage de Bernard Landry que dans la meute des journalistes qui ont quelquefois tendance, dans une campagne électorale, à fonctionner en circuit fermé.

Le film représente donc un exceptionnel lever de rideau sur les coulisses de la politique, mais il ne fait qu'amorcer cette réflexion sur les relations entre médias et politiciens, réflexion qui, je l'espère, se poursuivra.

pcauchon@ledevoir.com