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"Une nation distincte"

Claude Corbo
La Presse dimanche 7 septembre 2003

À près de deux siècles de distance, le regard qu'a porté Alexis de Tocqueville sur le Bas-Canada interpelle encore aujourd'hui.

LE PAYS successivement appelé Nouvelle France, Canada, Bas-Canada, Canada français, Québec, a reçu, depuis ses origines, nombre de visiteurs, européens ou américains, intéressés par sa géographie, sa flore et sa faune, ses habitants, sa société, ses institutions, ses moeurs et sa culture. Pratiquant le tourisme avant la lettre ou venus sur les rives du Saint-Laurent pour des raisons variées, plusieurs de ces visiteurs ont pris la peine de rédiger leurs souvenirs, leurs observations ou leurs commentaires sur le pays et son peuple.

Parmi ces visiteurs se trouve un penseur considérable du XIXe siècle dont la réputation repose en particulier sur deux ouvrages ayant atteint le statut de classiques de l'analyse sociologique et politique: De la démocratie en Amérique et L'Ancien Régime et la Révolution. Ce penseur est Alexis de Tocqueville (1805-1859). Pendant une quinzaine de jours, à la fin de l'été 1831, Tocqueville, accompagné d'un ami et collaborateur, Gustave de Beaumont, a visité Québec et Montréal et les campagnes environnantes. Il a rencontré diverses personnalités du milieu et les a questionnées avec méthode pour ensuite consigner ses observations et commentaires dans des résumés ou des notes. Il a aussi évoqué ses découvertes dans sa correspondance et cité le Bas-Canada dans ses livres majeurs. Certes, il n'a consacré aucun ouvrage au Bas-Canada. Cependant, ses observations, souvent fort lucides, jettent un éclairage intéressant et stimulant sur le pays au moment où ce dernier s'apprête à vivre des tensions politiques qui conduiront aux Rébellions de 1837-1838.

En 1831, il y a déjà soixante-dix ans que la Nouvelle-France a été séparée de sa métropole fondatrice. Achevée par la capitulation de Montréal, le 8 septembre 1760, la conquête militaire a été sanctionnée par le traité de Paris du 10 février 1763: la France cède sa colonie à la Grande-Bretagne. C'est dire que Tocqueville et Beaumont ne peuvent rencontrer beaucoup de personnes ayant vécu à l'époque de la Nouvelle-France. L'année de leur visite marque aussi le quarantième anniversaire d'un événement significatif dans l'histoire de l'ancienne colonie française. En effet, en 1791, le Parlement britannique avait adopté l'Acte constitutionnel: la colonie canadienne est divisée en deux parties, le Haut-Canada et le Bas-Canada, dont sont respectivement issus l'Ontario et le Québec; et de plus, la loi institue dans chaque territoire une Assemblée législative qui inaugure le parlementarisme.

En substance, on peut dire que, pour Tocqueville, le Bas-Canada a constitué une découverte ou une révélation à la fois émouvante et douloureuse.

La découverte de la nation francophone l'enchante et l'éblouit à la fois. Il note la puissante progression démographique des Canadiens-français dont le nombre a presque décuplé depuis la cession de la colonie à la Grande-Bretagne. Surtout, il constate avec bonheur que, malgré trois quarts de siècle sous la férule britannique, il y a encore en Amérique du Nord un rameau de la France, un rameau vigoureux, conscient de son identité et attaché à celle-ci.

Mais, le bonheur de cette découverte, de ces retrouvailles avec un peuple français, se révèle bientôt terni et même déchiré d'inquiétudes. Ce peuple, visiblement, est un peuple conquis et dominé. Si les paysans sont prospères, la grande richesse, elle, appartient aux Anglais du pays.

Il ressort de ces constats une conclusion énoncée sans ménagement: "il est facile de voir que les Français sont le peuple vaincu". Pour Tocqueville, le Bas-Canada est confronté à un avenir incertain. Certains facteurs semblent prometteurs: l'attachement de la population à son identité, la santé économique et morale de la paysannerie, les progrès de l'instruction, la force de la démographie. Mais, nombre de périls confrontent les Canadiens-français.

À près de deux siècles de distance, le regard qu'a porté Alexis de Tocqueville sur le Bas-Canada interpelle encore.

27 août 1831

LE PAYS entre Montréal et Québec a l'apparence d'être aussi peuplé que nos belles provinces d'Europe. De plus, le fleuve est magnifique. Québec est dans une position très pittoresque, entouré de campagnes riches et fertiles. Je n'ai jamais vu en Europe de tableau plus animé que celui que présentent les environs de Québec.

Toute la population ouvrière de Québec est française. On n'entend parler que du français dans les rues. Cependant, toutes les enseignes sont anglaises; il n'y a que deux théâtres qui sont anglais. L'intérieur de la ville est laid, mais n'a aucune analogie avec les villes américaines. Il ressemble d'une manière frappante à l'intérieur de la plupart de nos villes de province.

Les villages que nous avons vus aux environs ressemblent extraordinairement à nos beaux villages. On n'y parle que le français. La population y paraît heureuse et aisée. Le sang y est remarquablement plus beau qu'aux États-Unis. La race y est forte, les femmes n'ont pas cet air délicat et maladif qui caractérise la plupart des Américaines.

La religion catholique n'est accompagnée ici d'aucun des accessoires qu'elle a dans les pays du midi de l'Europe où elle règne avec le plus d'empire. Il n'y a point de couvents d'hommes et les couvents de femmes ont des buts d'utilité et donnent des exemples de charité vivement admirés par les Anglais eux-mêmes. On ne voit point de madone sur les chemins. Point d'ornements bizarres et ridicules, point d'ex-votos dans les églises. La religion "est" éclairée et le catholicisme ici n'excite ni la haine ni les sarcasmes des protestants. J'avoue que pour ma part, elle satisfait plus à mon esprit que le protestantisme des États-Unis. Le curé est bien véritablement ici le pasteur du troupeau; ce n'est point un entrepreneur d'industrie religieuse comme la plupart des ministres américains. Ou il faut nier l'utilité d'un clergé, ou l'avoir comme au Canada. (...)

29 août 1831

AUJOURD'HUI nous sommes montés à cheval pour aller visiter la campagne sans guide.

Dans la commune de Beaufort "sic: Beauport", à deux lieues de Québec, nous avons vu le peuple sortir de l'église. Sa mise annonçait la plus grande aisance. Ceux qui appartenaient à un hameau éloigné s'en retournaient en voiture. Nous nous sommes écartés dans les sentiers et nous avons causé avec tous les habitants que nous avons rencontrés, tâchant de faire porter la conversation sur des sujets graves. Voici ce qui nous a paru résulter de ces conversations:

Il règne quant à présent une grande aisance parmi eux. La terre aux environs de Québec se vend extrêmement cher, aussi cher qu'en France, mais aussi elle rapporte beaucoup.

Les idées de cette population semblent encore peu développées. Cependant, ils sentent déjà très bien que la race anglaise s'étend autour d'eux d'une manière alarmante; qu'ils ont tort de se renfermer dans un rayon au lieu de s'étendre dans le pays encore libre. Leur jalousie est vivement excitée par l'arrivée journalière des nouveaux-venus d'Europe. Ils sentent qu'ils finiront par être absorbés. On voit que tout ce qu'on dit à ce sujet remue leurs passions, mais ils ne voient pas clairement le remède. Les Canadiens craignent trop de quitter la vue du clocher, ils ne sont pas assez malins.- Oh! vous avez bien raison, mais que voulez-vous faire? Telles sont leurs réponses. Ils sentent évidemment leur position de peuple vaincu, ne comptent point sur la bienveillance, non pas précisément du gouvernement, mais des Anglais. Toutes leurs espérances se rattachent à leurs représentants. Ils paraissent avoir pour eux et particulièrement pour M. Neilson- Il est cependant Anglais, nous disaient-ils comme avec étonnement ou regret- cet attachement exalté qu'ont en général les peuples opprimés pour leur protecteur.

Plusieurs nous ont paru parfaitement comprendre les besoins de l'instruction et se réjouir vivement de ce qu'on venait de faire en sa faveur. Au total cette population nous a paru capable d'être dirigée quoique encore incapable de se diriger elle-même. Nous arrivons au moment de la crise. Si les Canadiens ne sortent pas de leur apathie d'ici à vingt ans, il ne sera plus temps d'en sortir. Tout annonce que le réveil de ce peuple approche. Mais si dans cet effort les classes intermédiaires et supérieures de la population canadienne abandonnent les basses classes et se laissent entraîner dans le mouvement anglais, la race française est perdue en Amérique.

Et ce serait en vérité dommage car il y a ici tous les éléments d'un grand peuple. Les Français d'Amérique sont aux Français de France ce que les Américains sont aux Anglais. Ils ont conservé la plus grande partie des traits originaux du caractère national, et l'ont mêlé avec plus de moralité et de simplicité. Ils sont débarrassés comme eux d'une foule de préjugés et de faux points de départ qui font et feront peut-être toujours les misères de l'Europe. En un mot ils ont en eux tout ce qu'il faudrait pour créer un grand souvenir de la France dans le Nouveau monde. Mais parviendront-ils jamais à reconquérir complètement leur nationalité? C'est ce qui est probable sans malheureusement être assuré.

Un homme de génie qui comprendrait, sentirait et serait capable de développer les passions nationales du peuple aurait ici un admirable rôle à jouer. Il deviendrait bientôt l'homme le plus puissant de la colonie. Mais je ne le vois encore nulle part.

1er septembre 1831

NOUS AVONS remarqué par les conversations que nous avons eues avec plusieurs Canadiens que leur haine se dirigeait plus encore contre le gouvernement que contre la race anglaise en général. Les instincts du peuple sont contre les Anglais, mais beaucoup de Canadiens appartenant aux classes éclairées ne nous ont pas paru animés, au degré que nous croyions, du désir de conserver intacte la trace de leur origine, et de devenir un peuple entièrement à part. Plusieurs ne nous ont pas paru éloignés de se fondre avec les Anglais, si ceux-ci voulaient adopter les intérêts du pays. Il est donc à craindre qu'avec le temps et surtout l'émigration des Irlandais catholiques, la fusion ne s'opère. Et elle ne peut s'opérer qu'au détriment de la race, de la langue et des moeurs françaises.

Cependant il est certain:

- Le Bas-Canada (heureusement pour la race française) forme un État à part. Or, dans le Bas-Canada la population française est à la population anglaise dans la proportion de dix contre un. Elle est compacte. Elle a son gouvernement, son Parlement à elle. Elle forme véritablement un corps de nation distinct. Dans le Parlement composé de quatre-vingt-quatre membres, il y a soixante-quatre Français et vingt Anglais.

- Les Anglais jusqu'à présent se sont toujours tenus à part. Ils soutiennent le gouvernement contre la masse du peuple. Tous les journaux français font de l'opposition, tous les journaux anglais sont ministériels, à l'exception d'un seul, The Vindicator, à Montréal; encore a-t-il été fondé par des Canadiens.

- Dans les villes, les Anglais et les Canadiens forment deux sociétés. Les Anglais affichent un grand luxe; il n'y a parmi les Canadiens que des fortunes très bornées; de là, jalousie, tracasseries de petite ville.

- Les Anglais ont dans les mains tout le commerce extérieur et dirigent en chefs tout le commerce intérieur. De là encore jalousie.

- Les Anglais s'emparent tous les jours de terres que les Canadiens croyaient réservées à leur race.

- Enfin les Anglais se montrent au Canada avec tous les traits de leur caractère national, et les Canadiens ont conservé tous les traits du caractère français.

Il y a donc fort à parier que le Bas-Canada finira par devenir un peuple entièrement français. Mais ce ne sera jamais un peuple nombreux. Tout deviendra anglais autour de lui. Ce sera une goutte dans l'océan. J'ai bien peur que, comme le disait M. Neilson avec sa franchise brusque, la fortune n'ait en effet prononcé et que l'Amérique du Nord ne soit anglaise.

"Il y a fort à parier que le Bas-Canada finira par devenir un peuple entièrement français"

- Alexis de Tocqueville



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Histoire - Quand l’Amérique parlait français

Emmanuel LE ROY LADURIE
édition internet du Figaro, 4 septembre 2003
(Article suggéré par Pierre Desgagné)

Le second empire colonial français est bien connu de nos compatriotes. Héritage (entre autres) de la IIIe République, il s’identifie pour l’essentiel à nos ex-colonies ou protectorats du Maghreb, de l’Afrique noire, de Madagascar, de l’Indochine. Liste non limitative. Par contre, l’empire initial, contemporain de Louis XIV et Louis XV, est quelque peu oublié, puisqu’en grande partie disparu. Or il s’étendait depuis le Saint-Laurent jusqu’à l’entier Mississippi, en passant par l’Illinois, déjà défriché par « les nôtres ». Soit presque toute l’Amérique du Nord actuelle dans ses portions connues en ce temps-là, exception faite des territoires anglais de la côte Est, qui donneront naissance aux USA.

Cet empire résultait, au départ, d’expéditions diverses, entreprises pour le compte des monarques de France par Verrazzano, découvreur du site de New York, puis Jacques Cartier (1541), Roberval et Champlain (1603), dont les implantations canadiennes se développeront tout au long du XVIIe siècle. La deuxième moitié du susdit « empire », mississippienne et louisianaise, naît des découvertes de Marquette et surtout de Cavelier de La Salle : Mississippi (1673), Niagara (1682), Louisiane (1685-1699).

Les deux auteurs d’une toute récente encyclopédie de l’Amérique française ont, au passage, démoli quelques poncifs de gros calibre qui encombrent les consciences et les livres. Thème du génocide d’abord, perpétré contre les Amérindiens, et que pas un seul des prosélytes du Ve centenaire de Christophe Colomb (1992) n’a tenté de disqualifier. Oui, c’est vrai, il y a bien eu génocide, mais nullement effectué à coups d’arquebuses et d’épées, tâche du reste surhumaine. Il s’agit d’un holocauste d’origine microbienne, provoqué par le choc des virus et bacilles qu’importaient d’Europe à même leur corps les conquérants français ou autres, et qui « tombaient » sur des indigènes non immunisés du fait du long isolement multimillénaire dans lequel ils avaient vécu « là-bas ».

Havard et Vidal rappellent cette vérité d’évidence à propos des contacts souvent mortels pour les récipiendaires, qui s’établirent entre les Français nouveaux venus et les aborigènes de vieille souche de l’hémisphère occidental. L’autre lieu commun, que pourfendent l’historien et l’historienne, de cette symbiose franco-américaine, c’est le « topo » sans fin de l’éventuelle cruauté ou méchanceté systématique (vis-à-vis des autochtones) des immigrés civils ou militaires venus après 1610 en provenance du royaume des Bourbons jusqu’à l’outre-Atlantique. Cruautés comparables à celles des colons yankees ou des Espagnols de la légende noire ? Le politiquement correct, si commun depuis quarante années, nous fait souvent considérer l’armée des conquérants sous les traits de personnages impitoyables, voire de tortionnaires. Or nos deux auteurs n’ont aucune peine à prouver que, pour le premier empire français, qui va de Richelieu à Choiseul, un tel stéréotype de violence pure ne correspond point aux faits d’ensemble. En réalité, les structures des installations françaises au Canada, démographiquement faibles, contraignaient les envahisseurs à négocier de façon diplomatique avec les Indiens. Les Britanniques et Ibériques pratiquaient, eux, une colonisation de masse. Ils pouvaient se permettre d’être beaucoup plus rudes avec les autochtones, ou plus « racistes ».

Par contre, l’enracinement de nos compatriotes d’Ancien Régime, clairsemés, ne pouvait s’effectuer qu’à la suite de palabres et de négociations avec les Indiens, devenus de bonne heure alliés essentiels dans les guerres contre les Anglais ou contre des peuplades hostiles telles que les Iroquois. Par ailleurs, les Britanniques, émigrés sur les côtes du Massachusetts, professaient une éthique du travail acharné et du monothéisme protestant assez étrangère aux tribus nord-américaines, nonchalantes et polythéistes.

De ce point de vue, l’« ethos » aristocratique des nobles français arrivés en Amérique sur les traces de Champlain faisait moins problème : les « 35 heures » constituaient pour eux par anticipation un maximum indépassable, ce qui s’harmonisait sans trop de mal avec le mode de vie relaxé des ci-devant précolombiens. Qui plus est, le polythéisme de facto de l’Église catholique, avec sa Vierge Marie et ses saints innombrables, pouvait facilement s’intégrer au panthéon proliférant de l’indianité locale.

Des Français en assez grand nombre pratiquaient un métissage bien toléré ou même devenaient indiens, préférant ces façons de vivre proches de la nature à celles, trop stressées à leur gré, qu’ils avaient héritées de la métropole. Même la vie, certes opprimée, des esclaves noirs en Louisiane n’excluait pas diverses familiarités avec les Blancs : l’esclave « marron » César s’adressait de nuit à une veuve (blanche) de La Nouvelle-Orléans et lui criait à travers la porte sans que cette dame s’en offusque : « Ouvre donc, bougresse, il y a longtemps que tu n’as couché avec ton nègre, nous aurons encore le temps de nous divertir... » Là aussi, on ne doit pas peindre en rose les rudes misères de l’esclavage, mais le mérite de nos auteurs est de s’appuyer sur de nombreuses situations concrètes connues par les archives. Elles nuancent les affirmations ultra-anticolonialistes de type idéologique.

Cette histoire américano-française, d’autre part, est empreinte de toute une réflexion sur le devenir économique du complexe Canada-Illinois-Louisiane. Le blé « français » des grandes plaines descend déjà en 1750 vers le bas Mississippi ; le Canada exporte vers la France les morues sèches et les fourrures ; la Louisiane, le tabac et l’indigo...

Forte de plus de cinq cents pages, cette belle histoire américano-capétienne, passionnante pour quiconque en prend connaissance sans faiblir, conclut avec mélancolie sur la perte du Canada que n’empêcha point la victoire française de la « Mal-Engueulée » en 1755 ; perte qui fut consacrée au traité de Paris en 1763, lui-même complété par la déportation des Acadiens, crime antihumanitaire par excellence.

De là à sauter au « Vive le Québec libre » de De Gaulle en 1967, il n’y a qu’un pas, vite franchi par nos auteurs. Gaffe gaulliste ? Elle a quand même ranimé fort heureusement les sentiments d’identité de la Belle Province, même si les référendums indépendantistes n’ont jamais atteint depuis cette date le seuil fatidique des 50 % de oui. Mais cette indépendance québécoise était-elle souhaitable ? Les deux chercheurs semblent le penser, qui suggèrent in petto qu’un Louis XIV plus énergique que le mollasson Louis XV aurait peut-être imposé, lui, par un déploiement de forces adéquates, le maintien et l’expansion d’une francité vastissime « coast to coast » au septentrion de l’Amérique du Nord.

· Histoire de l’Amérique française, de Gilles Havard et de Cécile Vidal Flammarion, 560 pages, 25 € (en librairie le 12 septembre).



»» Louis Fréchette

Louis Fréchette et les collèges classiques

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 13 et dimanche 14 septembre 2003

Les collèges classiques étaient-ils réellement ces hauts lieux d'enseignement et d'éducation que certains esprits nostalgiques se plaisent à nous dépeindre afin de faire ressortir la médiocrité de l'école québécoise actuelle? S'il faut, en tout cas, en croire le témoignage de l'écrivain Louis Fréchette livré en 1893, c'est plutôt le contraire qui serait vrai.

Lancée, à l'époque, sur fond de lutte idéologique entre libéraux et ultramontains, un affrontement qui se répercutait, entre autres, sur le conflit au sujet de la gouverne de l'éducation québécoise, la polémique de Fréchette contre les collèges classiques est pleine d'une furia qui en fait une des plus belles pièces de notre tradition de littérature de combat. Aujourd'hui rééditées dans la collection «Bibliothèque québécoise» grâce aux bons soins de Luc Bouvier, les Lettres à l'abbé Baillargé de notre ancien poète national ne sont pas, c'est le moins que l'on puisse dire, une lecture pour les petites natures. Elles sont présentées, ici, dans une version conforme à celle établie par Jacques Blais, Luc Bouvier et Guy Champagne et publiée en deux tomes, avec d'autres textes, en 1993, dans l'excellente collection «Bibliothèque du Nouveau Monde» (PUM), sous le titre de Satire et polémiques.

Partisan d'une modernisation du cours classique, Fréchette, en 1893, ouvre le bal : «Si l'éducation qu'on y donne est suffisante pour faire des prêtres, écrit-il, elle ne l'est certainement pas pour faire des hommes du monde.» Provocateur, il ajoute : «Les trois premières choses que l'on doive enseigner à un enfant, n'est-ce pas à parler, à lire et à écrire ? Or montrez-moi le collège classique canadien où l'on enseigne à parler, à lire et à écrire !» Pour lui, il est donc clair «qu'en fait d'éducation pratique, nous sommes terriblement arriérés».

Après une première passe d'armes plutôt civilisée entre Fréchette et l'abbé Antonin Nantel qui lui donne la réplique, l'intervention musclée, dans le débat, de l'abbé Frédéric-Alexandre Baillargé, professeur de théologie au collège de Joliette, déclenche une série de treize lettres, publiées dans certains journaux libéraux de l'époque, dans lesquelles le poète se déchaîne littéralement contre le système des collèges classiques et un clergé réactionnaire qui veille sur lui avec un soin jaloux.

Prenant la pose ironique du modeste père de famille qui daigne se mêler de questions pédagogiques, «de méprisable homme marié» qui se risque à sermonner des prêtres, Fréchette, en pamphlétaire enragé, démolit les prétentions des collèges classiques à fournir une éducation de qualité et, surtout, pertinente : «On ne met pas son enfant au collège pour qu'il finisse à l'hôpital en rimant des élégies ou en traduisant Cicéron; on l'envoie apprendre quelque chose qui l'arme contre les exigences de la vie. C'est pénible, mais c'est comme ça !»

Il faut, toutefois, attendre la treizième et dernière lettre pour connaître ses propositions concrètes de réforme : enseignement solide de l'anglais «à l'égal du français» (ah, ces libéraux !), réduction des heures de grec et de latin au profit des langues modernes et d'un meilleur enseignement des belles-lettres (dispensé par des Français de France !, ajoute-t-il), enseignement plus rigoureux des mathématiques, de la physique et de la chimie, modernisation des cours de philosophie et introduction aux rudiments de la comptabilité. À cela, il ajoute quelques considérations sur l'encadrement pédagogique : nécessité de bien nourrir les élèves, de leur enseigner l'hygiène corporelle et, surtout, de les respecter : «Croyez-moi, on obtient cent fois plus en prenant un enfant par le sentiment de l'honneur, en lui manifestant de la confiance et en lui persuadant qu'il a du coeur, qu'en lui faisant baiser la terre et en le traitant de tocson du matin au soir.» Étonnamment moderne, en effet, ce programme, sur le fond, vu d'aujourd'hui et sauf pour quelques détails (la question de l'anglais, par exemple, et un pragmatisme sans nuance), donne raison à Fréchette contre ses contradicteurs.

Insolent et mesquin

Quant au ton de ces lettres et à la qualité de l'argumentation, c'est une autre affaire. Insolent et, par moments, carrément mesquin, Fréchette, malgré ses prétentions, consacre beaucoup plus d'espace à attaquer personnellement Baillargé qu'à appuyer ses thèses. L'abbé défend la qualité du français enseigné dans les collèges classiques ? Fréchette, en puriste de mauvaise foi, lit la prose de son adversaire à la loupe et pointe toutes les fautes de français -- nombreuses, il est vrai -- qu'il y trouve afin de s'en moquer. Pire encore, à plusieurs reprises, il ridiculise les écrits de Baillargé concernant sa maladie de reins : «Tous ces vieux arriérés n'ont rien publié comme vous, monsieur l'abbé, relativement aux perturbations chroniques de leurs rognons et autres organes intestinaux; ils ont préféré se faire connaître par la tête.»

Cette méchanceté, d'ailleurs, ne restera pas sans réplique quand Baillargé rétorquera : «Nous ne vous pardonnons pas, M. Fréchette, de nous donner ici de la vermine, lorsque vous pouvez, sur tant d'autres sujets, nous faire de si beaux vers.» Furieusement attaqué par le poète et ses alliés, dont Aristide Filiatreault qui écrira que «lorsque l'exécution sera finie, il ne restera plus rien du petit abbé qui s'est si imprudemment fourré dans le laminoir», Baillargé finira lui aussi par s'adonner aux basses manoeuvres en accusant le poète, démonstrations à l'appui, de plagiat.

Enfin, et sur le même ton, quand Fréchette prétendra, pour donner du poids à sa position, que «ce n'est pas un simple individu qui parle à l'heure qu'il est», mais que «c'est la poussée formidable de l'opinion publique qui se fait sentir», Jules-Paul Tardivel, allié de Baillargé, mettra son grain de sel dans le débat : «M. Fréchette prétend qu'il n'est pas un "simple individu". Il s'apercevra pourtant qu'il n'y a rien au monde de plus individu que lui, et aussi rien de plus simple.»

Sommé de faire preuve de plus de rigueur dans son argumentation, Fréchette, cynique, fera appel à l'argument du gros bon sens, à des syllogismes douteux et à des témoignages anecdotiques. Sa thèse, pourtant, méritait mieux, ce que même certains libéraux ne manqueront pas de reconnaître.

Fréchette, c'est clair, avait raison de plaider en faveur d'une modernisation du système scolaire québécois et de rappeler, ce qui n'était pas évident à l'époque, qu'en matière d'affaires civiles, les prêtres étaient aussi critiquables que n'importe qui d'autre. Sa prose énergique, mais trop hargneuse toutefois, ne va pas sans susciter un certain malaise chez le lecteur de bonne volonté, même s'il faut reconnaître que c'est elle, eh oui, qui donne toute sa saveur à cette jouissive polémique.

louiscornellier

@parroinfo.net

Lettres à l'abbé Baillargé
À propos d'éducation
Louis Fréchette
Texte annoté et présenté par Luc Bouvier
Éd. Bibliothèque québécoise
Montréal, 2003, 272 pages



»» Louis Fréchette

Louis Fréchette: un polémiste sans pitié

Réginald Martel
La Presse dimanche 7 septembre 2003

Louis Fréchette domina le paysage littéraire québécois pendant le dernier quart du XIXe siècle. La Légende d'un peuple lui valut ce prestige, dont il bénéficia jusqu'à sa mort. Inspiré par les Romantiques, dont Victor Hugo qu'il admirait, Fréchette fut accusé par ses ennemis, William Chapman en tête, non sans quelque raison, d'avoir plagié le maître.

Poète d'abord, Fréchette pratiqua d'autres genres: le conte, et il laissa ses Originaux et Détraqués, un recueil qui doit bien se trouver encore dans les bibliothèques des familles; le théâtre (Félix Poutré, Papineau ou Le Retour de l'exilé), oeuvres qui furent diversement reçues; le roman (Le Pèlerin de Sainte-Anne); et enfin la polémique, dont les Lettres à l'abbé Baillargé sont la pièce maîtresse et qui viennent d'être rééditées par la Bibliothèque québécoise.

Fréchette était donc un polygraphe, sans la connotation péjorative habituellement attachée à ce mot. L'art pour l'art, très peu pour lui. De toutes les manières, il défendait les causes qui lui étaient chères. Parmi elles, la séparation de l'Église et de l'État, qui est l'arrière-plan des lettres à Baillargé. Poète national des Canadiens français, Fréchette sait soutenir leur nationalisme. En exil volontaire à Chicago pendant quelques années, il veut qu'on sache "une fois pour toutes" qu'il est citoyen américain et qu'il ne voit pas ce qu'il peut devoir "à cette femme qu'on nomme la reine d'Angleterre". Ce qui ne l'empêche pas, à un autre moment, de chanter la gloire de Victoria 1ère!

Servi par une plume qui savait distiller le venin le plus pur, et mieux équipé en cela que la plupart de ses adversaires, Fréchette était un polémiste sans pitié. Soucieux de la qualité de l'enseignement dans les collèges classiques, il revendique sa qualité de citoyen et de père de famille pour exiger des réformes. L'abbé Frédéric-Antoine Baillargé, qui enseigne au Collège de Joliette, répond spontanément à ses critiques, qui ne le visaient pas d'abord. Le saint homme n'aimait guère les libéraux, Fréchette en particulier, qui osaient prétendre que l'on n'enseignait pas, ou que l'on enseignait mal, ce qui aurait été utile aux élèves et à la société. Géographie, histoire, comptabilité, tout y passe. Même la langue française, que les prêtres éducateurs ne connaissent pas, selon le poète. Il a beau jeu de mettre en pièces la prose de l'abbé Baillargé, bourrée de fautes et de sottises.

Fréchette revendique pour les laïcs un droit de regard sur les programmes et la pédagogie, estimant que les connaissances théologiques ne suffisent pas à faire de bons professeurs. Il ne voit pas pourquoi les religieux sont exemptés des examens d'accès à l'enseignement, il n'accepte pas non plus que les finissants des collèges doivent être tous admis à l'étude du droit ou de la médecine, sous prétexte que la formation qu'ils ont reçue ferait l'envie de tous les peuples civilisés!

Même s'il feint le contraire, Fréchette s'attaque à toutes les institutions d'enseignement religieuses, même s'il rend hommage aux quelques professeurs qui seraient à la hauteur de leur tâche. Le polémiste est de belle humeur. Il dénonce et corrige les fautes que le brave abbé a parsemées dans ses oeuvres et dans les petits journaux qu'il publie et distribue dans les écoles. La liste est impressionnante et elle donne à réfléchir. Le massacre de la grammaire, façon Baillargé, est assez semblable à celui qui s'entend et se lit aujourd'hui dans les médias, plus d'un siècle plus tard.

L'humeur joyeuse de Fréchette ne va pas sans mesquinerie. L'abbé Baillargé a eu le malheur de signaler les mérites d'une source de Saint-Léon de Maskinongé qui aurait eu des effets bénéfiques sur ses rognons et intestins malades. Fréchette revient sans cesse sur ce malheureux aveu, pour inviter son adversaire à s'intéresser à des parties plus hautes de son anatomie, la tête par exemple. Quand il s'appuie sur des lettres et commentaires que la polémique aurait suscités, favorables évidemment, Fréchette ne cite pas ses sources. Parce qu'elles sont inventées ou pour protéger ses correspondants de la vindicte cléricale? Allez savoir.

Le corpus principal réunit treize lettres. Leur auteur, trop occupé d'abord à ferrailler joyeusement avec son adversaire, expose dans les deux dernières l'essentiel de ses recommandations sur les programmes, la pédagogie et la formation des maîtres. Son zèle le mène à s'intéresser à des questions qui pourraient aujourd'hui sembler mineures, l'hygiène et l'alimentation des collégiens.

Fréchette ne se faisait pas d'illusions sur la réalisation prochaine des mesures proposées, grandes ou petites. Il avait raison. Soixante ans après la polémique, les situations dénoncées restent les mêmes dans beaucoup de collèges. L'hygiène y est suspecte, la nourriture, infecte, qu'il faut avaler à quelques pas de la table des prêtres, somptueusement garnie. Plus grave encore, l'intimité des écoliers y est encore systématiquement violée: les lettres envoyées aux parents ou reçues d'eux étaient lues par les maîtres.

L'ouvrage de la BQ est excellent sous tous rapports, malgré une ou deux fautes qui n'auraient pas échappé à l'oeil sévère de Louis Fréchette! Son maître d'oeuvre, M. Luc Bouvier, sans appareil critique trop lourd, apporte tout ce qui suffit à situer l'ouvrage dans son contexte historique. Grâce à lui, on connaîtra mieux Louis Fréchette le polémiste.

* * * 1/2

LETTRES À L'ABBÉ BAILLARGÉ. À PROPOS D'ÉDUCATION
Louis Fréchette
Bibliothèque québécoise
272 pages

Regimartel@videotron.ca



»» 400e anniversaire de la fondation de Québec

Plaidoyer pour une «Place de France» à Québec

Jean-Paul L'Allier
Maire de Québec

Le Devoir lundi 8 septembre 2003

Libre opinion: Le 3 juillet 2008, la Ville de Québec célébrera son 400e anniversaire. Elle est ainsi la plus ancienne ville, au nord du Rio Grande, à célébrer quatre siècles de développement ininterrompu. Mais c'est plus que l'affaire et la fête d'une ville: c'est d'abord le 400e anniversaire de l'implantation définitive de la présence, de la vie, de la culture et de la langue françaises en Amérique.

C'est aussi le 400e anniversaire de la naissance du Québec. De plus, même si le Canada, comme structure politique, n'est né que beaucoup plus tard, Québec est le lieu où a commencé et s'est développé, sans discontinuer, la vie d'une société d'origine européenne sur le territoire du Canada d'aujourd'hui.

L'analyse de l'ensemble des événements qui ont souligné et célébré le 300e anniversaire de Québec en 1908, oblige à constater que ce fut, pour les autorités de l'époque, l'occasion de bien marquer la présence anglo-saxonne dans Québec, que l'on considère alors comme une ville importante de l'Empire britannique. Cela explique mieux pourquoi le principal lieu de commémoration fut le développement et la mise en valeur du parc des Champs-de-Bataille, autrement appelé plaines d'Abraham. C'est là que la France perdit Québec et que l'Angleterre en devint maître. Beaucoup de choses se sont passées depuis. La langue et la culture françaises n'ont cessé de s'affirmer avec fierté au Québec tout autant que la volonté de vivre ici avec notre langue, notre culture et nos traditions, en nous faisant connaître et reconnaître comme nation et société distincte au Canada.

Le Québec, société accueillante, ouverte et tolérante, est devenue un état francophone, foyer de création et d'innovation au coeur de l'Amérique. Il est de plus en plus perçu et apprécié comme tel. [...]

La Ville de Québec veut donc offrir à la France un site unique pour une action de commémoration qui le serait tout autant : reconnaître ici, en terre du Québec et d'Amérique, non seulement l'implantation première et irréversible, mais surtout après quatre siècles, le développement d'une langue partagée et de cultures parentes et aux mille affinités. Il faut un geste fort qui symbolise l'élan et la fierté et qui n'aura son pareil nulle part ailleurs. La présence de la France à nos côtés, à ce moment plus qu'en tout autre temps, serait pour le Québec et sa capitale un honneur, une source de grande fierté autant qu'un gage d'amitié et de solidarité. La France a maintenant une occasion exceptionnelle de dire sa fierté et son amitié au peuple du Québec et à sa capitale, en dotant Québec d'un monument incomparable à ce jour et qui aura chez nous la même importance et le même rayonnement que les grands monuments à Paris. Voici l'esquisse de ce projet, tel que nous pouvons l'imaginer, vu d'ici. Situé sur le promontoire qui termine l'avenue Honoré-Mercier (où est située l'Assemblée nationale) au nord, le monument suggéré à la France surplomberait l'espace qui serait aménagé suite à la disparition du centre de la ville de deux bretelles d'autoroute inutilisées. Ce monument relierait, d'une façon aussi belle que spectaculaire, la Haute et la Basse ville de Québec, au coeur même de la vieille ville, tout près de l'Îlot des Palais des Intendants français autant que du site du Château Saint-Louis, résidence des Gouverneurs sous le Régime français. Tout en hauteur et en finesse, dans une forme à quatre côtés, ouverts, symbolisant les quatre siècles de présence française en Amérique, le monument prend racine au bas de la falaise et la surplombe haut de 40 à 45 mètres à partir du promontoire. Composés, par exemple, de quatre des plus beaux métaux extraits du sous-sol québécois, mis en lumière de façon aussi belle et intelligente qu'efficace et spectaculaire, les quatre côtés, par leurs formes, rappellent aussi, d'une façon stylisée, le tipi des Premières nations avec lesquelles nous n'avons jamais cessé de cohabiter en harmonie.

Comme le tipi, les quatre pointes du monument se croisent à son sommet; elles forment, en se repliant vers le bas et d'une façon aussi évidente que symbolique, une fleur de lys stylisée, illustrant la rencontre de la France et des Premières nations du Canada. La fleur de lys était l'emblème floral des rois de France; elle est encore aujourd'hui celui du Québec. Depuis 1999, une fleur qui pousse depuis toujours à l'état naturel partout sur le territoire du Québec «l'iris versicolore» est devenue, par décision de l'Assemblée nationale, l'emblème floral du Québec, mais est toujours représentée par la même fleur de lys du drapeau québécois. [...]

Il va de soi que la France aurait la maîtrise d'oeuvre de sa conception et de sa réalisation. [...]

Les coûts de réalisation d'une Place du 400e ou Place de France sont évidemment importants. On les évalue, sommairement et une fois les bretelles d'autoroutes enlevées, à environ 15 millions d'euros. Cependant, comme on l'a esquissé lors de la visite à Québec du premier ministre Raffarin, à qui j'ai eu le privilège de présenter le projet, pourquoi ne pas imaginer qu'une partie importante de ce financement soit faite par souscription publique ? Il y a certainement des milliers de Françaises et de Français qui, pour une raison ou une autre, seraient heureux de dire leur attachement au Québec. Il ne s'agit donc pas de solliciter leur générosité par manque de fonds publics, mais bien de faire appel à leur solidarité et à leur fierté pour que cette Place de France leur appartienne et qu'ils nous disent, par leur contribution : «Je me souviens» [...]



»» Jacques Parizeau

L'homme blessé

Michel David
Le Devoir samedi 6 septembre 2003

Quand est venu le temps de décider ce que Jacques Parizeau allait dire aux Québécois une fois consacrée la défaite du OUI en 1995, Jean-François Lisée aurait lancé cet avertissement à son patron: «L'histoire vous jugera sur ce que vous direz ce soir.»

«Il n'a pas aimé ça», raconte Lisée, interviewé dans le cadre d'un documentaire réalisé par la journaliste Francine Pelletier et portant simplement le titre de Monsieur, qui sera présenté au cours des prochains jours à Ex-Centris.

Ce film de 52 minutes n'a rien à voir avec le cinéma vérité pratiqué par Jean-Claude Labrecque dans son récit de la campagne électorale vécue par Bernard Landry. C'est le portrait intimiste d'un homme qui a profondément marqué l'évolution du Québec au cours des 40 dernières années avant de rater dramatiquement sa sortie.

Même si l'apparente froideur de l'ancien premier ministre cache en réalité une sensibilité à fleur de peau, une extrême pudeur l'a toujours retenu d'étaler ses états d'âme sur la place publique. Il n'en a pas moins été profondément blessé par l'opprobre que lui ont valu sa malheureuse phrase sur «l'argent et des votes ethniques» et ce «nous» qui n'incluait que les francophones.

«Je ne suis pas un homme triste», insiste M. Parizeau comme pour s'en convaincre, mais il est certainement amer. À moins qu'il ne soit tout simplement dégoûté par cette condamnation presque unanime d'une «société à genoux, les bras en croix, le bec en cul de poule», qui n'a tenu aucun compte d'une vie entière consacrée au service public.

Il ne comprend pas comment on peut le faire passer, lui, pour un raciste et un fasciste alors que Pierre Elliott Trudeau, qui a fait emprisonner des centaines de personnes pendant la Crise d'octobre 1970 sans qu'aucune d'elles soit jugée, est considéré comme un grand démocrate.

Toute sa vie durant, il a été injurié, dit-il. Ainsi, il n'a jamais pardonné au Devoir d'avoir commandé, en 1998, à la suite de ses sorties répétées, un sondage dont une question portait sur l'opportunité qu'il continue à participer au débat public. La majorité des personnes interrogées étaient d'avis qu'il devait plutôt se taire.

La mise en scène un peu théâtrale à laquelle il a accepté de se prêter pour les fins du documentaire illustre très bien sa grande solitude. Jean-François Lisée aurait peut-être dû lui dire que l'histoire est généralement plus sévère pour les perdants que pour les gagnants. Trudeau a gagné son référendum alors que Parizeau a eu le malheur de perdre le sien.

***

«Monsieur» ne serait pas lui-même s'il n'alimentait pas la controverse. Quatre mois après les élections, il devient un peu futile de débattre si Jean Charest a «crossé le monde» ou non avec son interprétation des propos que l'ancien premier ministre a tenus le jour même du débat des chefs, mais le fait est que Bernard Landry a été déstabilisé pour le reste de la campagne.

Pour reprendre l'expression de son ancien attaché de presse, il ne sera même pas nécessaire de mettre une «enregistreuse dans ses culottes» pour s'assurer que M. Parizeau n'a rien dit qui puisse perturber la prochaine campagne du Bloc québécois, à laquelle il entend bien participer.

Dans le documentaire de Francine Pelletier, il explique avoir récemment relu son discours de 1995 et il le trouve encore très bien. Il n'est pas très clair si M. Parizeau exclut de cette appréciation les propos à l'origine de ses malheurs. Chose certaine, il ne s'en excuse pas.

La date à laquelle le film sera diffusé sur les ondes de Télé-Québec n'a pas encore été déterminée, mais ce devrait être vers le début 2004, quand la version anglaise sera disponible. Autrement dit, à peine quelques semaines avant que Paul Martin n'annonce le déclenchement d'élections fédérales, sinon au beau milieu de la campagne.

J'entends déjà les «pseudo-professionnels de l'information» dénoncés par Bernard Landry multiplier les questions à Gilles Duceppe pour savoir s'il trouve le discours de 1995 aussi bon que son «aumônier», comme M. Parizeau se qualifie lui-même. Le chef du Bloc ne pourra même pas évoquer la règle du audi alteram partem, dont M. Landry avait soudainement fait sa devise. Comme on dit: un homme averti en vaut deux.

***

Si, sur le plan de l'information politique, ce documentaire n'apporte pas grand-chose de nouveau, il permet néanmoins de connaître l'homme un peu mieux. Les passages où il évoque le souvenir douloureux de sa première épouse, Alice, sont très touchants. C'est elle, à cause de son profond amour pour son pays natal, la Pologne, qui a complètement transformé sa vision du Québec, qui, au départ, ne présentait aucun intérêt à ses yeux.

On ne peut que reconnaître l'envergure intellectuelle d'un homme qui clame bien haut sa fierté d'être issu d'une famille bourgeoise où l'on ne concevait pas la vie sans les plaisirs et le travail de l'esprit. C'est avec une émotion presque voluptueuse qu'il déambule dans la somptueuse bibliothèque de l'Académie des sciences morales et politiques de France, où il a récemment été admis. Simplement à titre de membre correspondant, précise-t-il.

Du coup, on peut mesurer toute la distance qui le séparait de ceux qu'il a vainement essayé de convaincre pendant un quart de siècle qu'il n'est pas si sorcier de s'occuper de ses propres affaires.

C'est seulement en 1998, quand Lucien Bouchard lui a retiré sa limousine, que l'ancien premier ministre s'est aventuré pour la première fois dans le métro de Montréal, dont les premières lignes ont été inaugurées en 1967. S'il l'avait pris plus souvent, il aurait peut-être mieux compris certaines choses. Comme le souligne Louise Beaudoin, il n'avait pas de tendance naturelle à l'écoute.

mdavid@ledevoir.com



»» Jacques Parizeau

Parizeau's determination set him apart

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette Friday, September 12, 2003

The opening shot of journalist Francine Pelletier's documentary Monsieur encapsulates the perception many have of Jacques Parizeau. As he stands at the foot of a huge windmill, you can't help but feel the ghost of Don Quixote hovering about.

But what follows is a portrait that is a lot closer to reality than the mythical man of La Mancha. Through a series of interviews, Pelletier shows us a lucid man who always knows what he's doing and why he does it. Be it his decision to earn his PhD in England, his conclusion in 1967 Quebec must become a country or the gargantuan work of preparation for the 1995 referendum, the film shows his determination is not to be mistaken for careless day dreaming.

His daughter Isabelle reveals the foundation of it all: "For me, above all else, he is a man of duty. He can always look himself in the mirror and say I did what I had to do." In fact, modern Quebec produced only two leaders with such unshakable determination and convictions: Parizeau and Pierre Trudeau. But it was another, more ambiguous leader, René Lévesque, whom Trudeau faced in the 1980 referendum. Had it been Parizeau, Trudeau wouldn't have had it so easy.

Those who think Parizeau is racist will also learn it was his wife of 35 years, Alice, a Polish Jew, who taught him the real meaning of "belonging" to one's nation through her pride of her identity and country. Hence, the choice to take on the quest for independence.

It's because of this quest Parizeau spent most of his political life very much alone. Here, Pelletier's film shows his determination and clarity of thought were so strong he was alone even within the elites of his political family, who were mostly soft sovereignists.

Still, the man he is today is neither sad nor bitter. But he does appear conscious of the consequences the referendum loss and his ensuing resignation have had for sovereignists: The faltering of the movement or, more precisely, that of the leadership which followed Parizeau.

Which brings us to a subject the film doesn't explore but is central to understanding the Parizeau enigma: The profound mistrust his two successors feel toward him. At the root of what is aversion at times is a simple fact: Parizeau is what Lucien Bouchard and Bernard Landry are not.

First, they don't share his clear, independentist ideology. Second, they lack at least two of Parizeau's character traits that allowed him to keep up the fight all his life: Unyielding willpower and a disarming fearlessness in front of the powerful, especially influential businessmen who battled sovereignty from Day 1.

Because Parizeau is a "grand bourgeois" and comes from money, he is neither impressed nor envious of that world. He doesn't have to try to be one of the boys. He was born one. That made him much more resistant to the kind of pressure the business milieu always puts on PQ leaders. His successors, on the other hand, have kept much closer ties to the business world that fascinates them.

This mistrust also comes through in Jean-Claude Labrecque's film À hauteur d'homme. Although Landry puts up a front for the camera, calling Parizeau a great intellectual and all, the truth is spoken by his companion Chantal Renaud. After the Parizeau incident the night of the leaders' debate, she says to Landry: "We knew he was dangerous. We didn't stop saying it to each other." Oops.

Another fascinating part of Pelletier's film is an interview with former adviser Jean-François Lisée that is as revealing of him as Parizeau. As he recalls the result on referendum, night, Lisée tells about how he was trying to calm his boss, telling him with 49 per cent of the vote, at least "it's not the status quo."

"But he wasn't into that at all," he adds. That's probably because Parizeau, as opposed to Lisée, who later penned a book on renewed federalism as the "emergency exit" for sovereignists, was in it for independence, not for some "not-status-quo" solution.

Lisée's spontaneous reaction is a reflection of what many soft sovereignists were willing to settle for, using the referendum as a tool to strengthen what they call Quebec's "rapport de forces" with Ottawa. To them, it's independence if necessary but not necessarily independence.

As Parizeau so directly puts it in Pelletier's film: "All my life, I had against me both federalists and soft sovereignists. That's a lot of people!" Some were in his immediate entourage, and a much more famous one, Bouchard, would succeed him.

Monsieur battled his adversaries all his life. But it was probably some of his so-called allies who cost him and his option the most.

Monsieur will be shown Sept. 12-18 at the Ex-Centris Cinema, 3536 St. Laurent Blvd., phone (514) 847-2206.

It will also be shown on Télé-Québec, and the English version, Public Enemy Number One, will be shown on the CBC, both on dates yet to be scheduled.



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Pas de proportionnelle au prochain scrutin

Les Québécois devront patienter jusqu'aux élections suivantes

Kathleen Lévesque
Le Devoir jeudi 11 septembre 2003

Le gouvernement du Parti libéral n'entend pas mettre en place un mode de représentation proportionnelle lors des prochaines élections générales. Les Québécois devront patienter jusqu'au scrutin suivant.

Se disant confronté au réalisme politique, le ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques, Jacques Dupuis, refuse d'adopter à toute vapeur des changements aussi profonds. Il maintient toutefois son engagement de présenter au printemps prochain un projet de loi.

Le ministre Dupuis a apporté hier ces précisions alors qu'il prenait la parole devant les participants au colloque sur la réforme des institutions démocratiques organisé par l'Institut de recherche en politiques publiques.

Mais là où d'aucuns verront un recul compte tenu de ses déclarations de juillet dernier au moment de l'étude des crédits budgétaires, Jacques Dupuis assure qu'il s'agit plutôt d'une mauvaise interprétation médiatique de ses intentions. «Les journaux ont conclu que c'était pour une application lors des prochaines élections. Ce que je dis aujourd'hui, c'est que ce qui m'importe, c'est que les changements soient bien faits, qu'il y ait le plus large consensus possible. On va prendre le temps qu'il faut pour mettre les changements en force avant de faire une élection avec un nouveau mode de scrutin. En tout réalisme, il m'apparaît plus probable qu'on ne pourra pas tenir la prochaine élection avec un nouveau mode de scrutin mais que ce soit le cas pour l'élection suivante», a soutenu aux journalistes M. Dupuis.

Or, dans son discours inaugural, le premier ministre Jean Charest a présenté la réforme des institutions démocratiques, y compris la modification du mode de scrutin, comme l'un des grands travaux à réaliser en cours de mandat.

Quoi qu'il en soit, M. Dupuis assure qu'il ne faut rien bousculer afin de faire une «application soignée» du changement. Pour étayer sa position, ce dernier rappelle que le Directeur général des élections aura besoin d'au moins un an et demi, une fois que le projet de loi sera adopté, pour faire les ajustements qui s'imposent. Le ministre s'est fixé comme échéance la fin de 2004 pour l'adoption d'une réforme du mode de scrutin.

En juillet, il affirmait que «le temps des discours est révolu». Hier encore, M. Dupuis affirmait à la centaine de participants au colloque qu'il n'est pas question de faire une vaste consultation populaire avant le dépôt du projet de loi. Le ministre a toutefois commencé à rencontrer des groupes intéressés par le dossier, dont le Mouvement pour une démocratie nouvelle qui a relancé le débat public il y a deux ans.

Après le dépôt du projet de loi, qui comportera une formule mixte avec compensation (régionale ou nationale), un débat sera enclenché en commission parlementaire. Cette dernière pourrait devenir itinérante, question de permettre aux citoyens des régions d'y participer plus facilement.

Outre la modification de l'actuel mode de scrutin uninominal à un tour, le projet du ministre Dupuis entraînera des changements à la loi électorale. Il s'agit entre autres de faciliter l'exercice du droit de vote notamment auprès des personnes en perte d'autonomie ou à l'étranger. M. Dupuis veut également revoir le vote par anticipation, qui est trop fréquenté selon lui. Il est aussi question d'intégrer les nouvelles technologies dans le processus électoral.



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Retard dans la mise en oeuvre d'un nouveau mode de scrutin

Ce n'est pas le PQ qui bousculera le PLQ

Kathleen Lévesque
Le Devoir vendredi 12 septembre 2003

Le Parti québécois ne trouve rien à redire sur la décision du gouvernement libéral de ne pas introduire un nouveau mode de scrutin avec la proportionnelle lors des prochaines élections générales.

Le député péquiste Luc Thériault, critique de l'opposition officielle en matière de réforme des institutions démocratiques, estime que la date d'application d'un tel changement n'est pas l'enjeu central de ce dossier dans l'immédiat. «Peut-être qu'il y a des gens fâchés de ça mais, pour l'instant, le temps n'a pas d'importance», a affirmé hier au Devoir M. Thériault.

La veille pourtant, le ministre responsable du dossier, Jacques Dupuis, avait fait sursauter les participants à un colloque sur la réforme des institutions démocratiques en déclarant qu'il est plus probable que la mise en place d'un tel changement se fasse pour le scrutin suivant les prochaines élections. Du coup, plusieurs participants ont interprété cette annonce comme une volte-face, sauf le Parti québécois.

Pour sa part, Paul-André Martineau, du Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN), n'a pas caché sa déception. «On ne peut pas dire que les libéraux ont effrontément menti. Mais on joue avec les mots. Le MDN a été sincère dans sa démarche; je ne sais pas s'ils l'étaient autant», a commenté M. Martineau.

Selon ce dernier, ça tombait sous le sens que la réforme promise par le Parti libéral s'appliquerait pour les prochaines élections, sinon à quoi bon adopter une réforme en début de mandat? Cela apparaît d'autant plus clair à M. Martineau que le ministre Dupuis a dit vouloir adopter d'ici la fin de 2004 une loi modifiant l'actuel mode de scrutin uninominal à un tour et qu'il estime que le DGE peut faire les ajustements nécessaires en un an et demi. Ainsi, le dossier pourrait être réglé d'ici l'automne 2006, soit avant la tenue du prochain scrutin.

Hier, le sous-ministre André Fortier, du Secrétariat à la réforme des institutions démocratiques, a soutenu que les délais pour la refonte de la carte électorale et la révision du financement des partis politiques, entre autres, étaient d'au moins deux ans et demi. M. Fortier a également assuré que le premier ministre Jean Charest n'a jamais donné de garantie que son engagement de réforme serait prêt pour les prochaines élections.

Chose certaine, à l'Union des forces progressistes (UFP), on estime que le gouvernement du Parti libéral nage en pleine contradiction. C'est un prétexte quand on sait que la réforme du mode de scrutin est à l'ordre du jour depuis plus de 30 ans au Québec, rappelle l'UFP, qui dénonce «l'absence de volonté politique».

Au PQ, on s'inquiète davantage de la transparence du processus, car le ministre Dupuis entend tenir des consultations seulement lorsque la formule privilégiée sera connue. Selon Luc Thériault, les récents états généraux sur la question étaient de l'ordre des principes alors que la réflexion doit se poursuivre sur un modèle à adopter.



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Réforme du mode de scrutin
- Un retard qui surprend même certains libéraux

Les Québécois devront patienter jusqu'aux élections suivantes

Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 13 et dimanche 14 septembre 2003

La question du report de l'application d'un nouveau mode de scrutin aux élections générales rebondira aujourd'hui au conseil général du Parti libéral du Québec.

Les militants libéraux, réunis toute la fin de semaine à Laval, auront à débattre du système de représentation proportionnelle que le parti s'est engagé à mettre sur pied en campagne électorale. Et le moment de l'introduction de cette réforme sera au coeur des discussions, assure Robert Dubé, vice-président de la commission politique libérale.

Jeudi, Le Devoir rendait compte du changement de discours du ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques, Jacques Dupuis. Ce dernier a alors indiqué qu'il faudra attendre mais les élections suivant le prochain scrutin avant de choisir les députés selon un nouveau mode de scrutin. Or, au sein même du PLQ, la déclaration du ministre Dupuis a causé une surprise. La réforme est d'autant plus attendue avec enthousiasme par les libéraux qu'ils ont goûté plus d'une fois aux effets pervers de l'actuel système uninominal à un tour. En 1998, le PLQ avait obtenu plus de votes que les péquistes, mais avait dû se contenter de l'opposition officielle. La même situation s'est produite en 1966 et en 1944. Lors du scrutin d'avril dernier, c'est l'Action démocratique de Mario Dumont qui en a subi les distorsions : avec 18 % des voix, l'ADQ n'a récolté que 3 % des sièges (quatre sièges).

«En principe, en s'engageant à adopter ça dans les deux premières années du présent mandat, c'était pour une application aux prochaines élections», a affirmé Robert Dubé. Des militants pourraient apporter un amendement sur le plancher du conseil général.

Du côté du Parti québécois, on semble divisé sur la pertinence d'aller de l'avant dès les prochaines élections générales. Le critique de l'opposition officielle dans ce dossier, le député Luc Thériault, n'estime pas importante l'échéance alors que son collègue Jean-Pierre Charbonneau, qui était ministre responsable du dossier dans le gouvernement péquiste, voit dans l'annonce du ministre Dupuis, une volte-face «inacceptable et incohérente».

«C'est assez malhonnête d'avoir réclamé après le scrutin de 1998 un changement de mode de scrutin pour les élections de 2003. [...] On a amplement le temps pour adopter et appliquer une réforme pour les prochaines élections», a soutenu hier M. Charbonneau.

Au Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN), on s'inquiète de «cette fuite en avant». «Avec le mode de scrutin actuel, les libéraux croient sûrement pouvoir obtenir un deuxième mandat alors rien ne presse avant les élections subséquentes. [...] Ça manque de classe et surtout, ça contribue à alimenter la langue de bois en politique», a commenté Jean-Félix Chénier, porte-parole du MDN.



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La mauvaise foi

Michel David
Le Devoir samedi 13 et dimanche 14 septembre 2003

Même après 20 ans de couverture politique, il y a un degré de cynisme et de mauvaise foi auquel il est difficile de s'habituer, à défaut de s'en étonner.

Depuis les élections du 30 novembre 1998, qui avaient encore une fois donné lieu à de sérieuses distorsions, la réforme du mode de scrutin avait pris l'allure d'une véritable urgence nationale. La classe politique semblait unanime : la démocratie québécoise était en péril. Aujourd'hui, libéraux et péquistes s'entendent plutôt sur l'urgence de ne rien précipiter. Quant à l'ADQ, qui s'en soucie encore ?

Mercredi, à l'occasion d'un colloque organisé par l'Institut de recherche en politiques publiques, le ministre responsable de la Réforme électorale, Jacques Dupuis, a invoqué le réalisme politique pour justifier le report à un prochain mandat de l'entrée en vigueur d'une réforme qui introduirait un élément de proportionnalité dans le système.

À moins que le premier ministre Charest n'ait déjà décidé de dissoudre l'Assemblée avant la fin de son mandat normal de quatre ans, on ne voit pourtant pas où est le problème. M. Dupuis prévoit lui-même que la réforme sera adoptée d'ici la fin 2004, ce qui laisserait au Directeur général des élections plus que les deux ans nécessaires à sa mise en oeuvre.

D'ailleurs, M. Dupuis pourrait se grouiller un peu. Entre nous, on ne peut pas dire qu'il soit débordé de travail. Par définition, le poste de leader parlementaire est un emploi à temps partiel, l'Assemblée nationale ne siégeant que six mois par année. Son titulaire détient généralement un autre portefeuille, plus substantiel. À titre d'exemple, sous l'ancien gouvernement, André Boisclair cumulait les Affaires municipales, la Métropole et l'Environnement.

Le porte-parole du PQ, Luc Thériault, un ancien «pur et dur» que la perspective de devenir député de Masson avait déjà considérablement ramolli, estime également que «le temps n'a pas d'importance». Remarquez, le PQ aurait d'excellentes raisons de préférer le système actuel, qui augmente le poids relatif des francophones en raison de la concentration du vote anglophone et allophone dans un nombre limité de comtés. Il est sans doute un peu gênant de le crier sur les toits, mais c'est surtout la contradiction entre le discours et la réelle volonté de changer les choses qui est choquante.

***

Il est vrai que les libéraux n'ont jamais pris l'engagement absolument formel que les prochaines élections seraient régies par les nouvelles règles, mais ils ont tout fait pour le laisser croire.

La résolution que le conseil général élargi du PLQ avait adoptée en septembre 2002 stipulait qu'un gouvernement libéral «procédera, dans les deux ans suivant l'élection et après consultation, à une réforme du mode de scrutin afin d'introduire des modalités de représentation proportionnelle».

La réaction de la présidente de la Commission jeunesse, Stéphanie Trudeau, qui se dit déçue du report annoncé par M. Dupuis, atteste qu'elle-même avait conclu que les nouvelles règles seraient en vigueur dès les prochaines élections. M. Dupuis soutient que les journalistes ont également mal interprété ses propos en juillet quand il avait déclaré : «Le temps des discours est révolu. Il me semble y avoir un consensus suffisamment large au sein de la société pour que nous allions de l'avant. C'est le mandat que j'ai reçu du premier ministre et j'entends bien le mener à bien.» Sur la foi de ces paroles, La Presse s'était crue autorisée à titrer : «Le prochain scrutin sera proportionnel». À ce moment-là, le ministre n'avait pas jugé utile de dissiper ce malentendu.

Après les élections de 1998, alors que son parti s'était une fois de plus retrouvé dans l'opposition malgré une pluralité de voix, M. Charest avait crié à l'injustice pendant des mois. Au cours de la dernière campagne, il avait déclaré : «Le début d'un mandat est la période la plus propice pour discuter, consulter et implanter une telle réforme.» Là encore, il était difficile d'imaginer qu'il entendait la laisser sur la glace jusqu'en 2011.

***

D'une certaine façon, on peut dire que M. Dupuis est animé par le réalisme politique. Le report annoncé est bien un acte de realpolitik.

Depuis 1970, tous les partis qui ont gouverné le Québec ont été réélus pour un deuxième mandat avec une proportion de sièges nettement supérieure au pourcentage de leurs voix. C'est toujours au troisième mandat que la proportion s'inverse. C'est donc à ce moment-là que l'introduction d'un élément de proportionnalité pourrait devenir avantageuse pour les libéraux.

Dans un moment de franchise, Bernard Landry avait laissé échapper qu'il était impensable de songer à réformer le mode de scrutin avant que le Québec ne soit souverain, précisément parce que la souveraineté risquerait de devenir irréalisable. C'est sans doute pourquoi il a encouragé Jean-Pierre Charbonneau à se lancer dans un projet que sa démesure condamnait à l'échec. Il ne faut pas compter davantage sur les principaux aspirants à la succession de M. Landry pour bousculer les libéraux. L'annonce de M. Dupuis les aura plutôt soulagés.

Dans l'immédiat, le statu quo a l'avantage de régler le cas de l'ADQ. Avec les règles actuelles, Mario Dumont a toutes les chances de redevenir le seul député de son parti, ce qui signifierait pratiquement sa mort. Sa présence a sans doute nui davantage au PQ qu'aux libéraux le 14 avril dernier, mais le PLQ a tout aussi intérêt à éliminer pour de bon ce concurrent potentiel.

En revanche, dans la perspective de 2011, il pourrait être intéressant d'introduire un élément de proportionnalité favorisant l'émergence d'un parti de gauche, qui pourrait alors enlever de précieuses voix au PQ. C'est exactement ce que François Mitterrand avait fait en France pour favoriser l'ascension du Front national au détriment de la droite classique. Finalement, M. Dupuis ne manque pas de vision !

mdavid@ledevoir.com



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Report de la réforme du mode de scrutin:

Le gouvernement Charest nage dans une mer de contradictions

Paul Cliche
TRIBUNE LIBRE 13 septembre 2003

S'il ne met pas en place une réforme du mode de scrutin instaurant la représentation proportionnelle à temps pour les prochaines élections générales, tel que l'a annoncé hier le ministre Jacques Dupuis, le gouvernement Charest nagera dans une mer de contradictions où il risque de se noyer, ont réagi aujourd'hui les porte-parole de l'Union des forces progressistes Molly Alexander et Pierre Dostie de même que Paul Cliche, responsable du dossier de la vie démocratique au sein de ce parti.

D'une part, ont souligné ces derniers, l'annonce faite mercredi par le ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques lors du colloque de l'Institut de recherche en politiques publiques contredit l'engagement pris par le Conseil général du Parti libéral, en septembre 2002 de "procéder dans les deux ans (après la prise du pouvoir) à une réforme du mode de scrutin afin d'introduire des modalités de représentation proportionnelle". Or, le respect de cet engagement a été non seulement confirmé par le chef Jean Charest lors de la campagne électorale, mais il a été officialisé par le nouveau premier ministre lors du discours inaugural de la session au début de juin.

D'autre part, ont noté les porte-parole de l'UFP, le gouvernement libéral refuse de reporter de deux ans l'application du projet de loi 9 ouvrant la porte aux défusions comme lui ont demandé les principaux dirigeants municipaux. Il justifie sa précipitation dans ce dossier par l'engagement de consulter les citoyens même si les résultats de cette opération, faite au nom de la démocratie, risque de semer la pagaille un peu partout au Québec. Mais lorsqu'il s'agit de respecter l'engagement encore plus fondamental d'instaurer une mesure positive, désirée par une grande partie de la population, ayant pour but de réduire l'immense déficit démocratique affligeant nos institutions démocratiques, comme la représentation proportionnelle, le ministre responsable du dossier se réfugie derrière "le réalisme politique".

La peur que dit ressentir le ministre Dupuis "d'adopter à toute vapeur des changements aussi profonds", est un prétexte lorsqu'on sait que la réforme du mode de scrutin est à l'ordre du jour de l'agenda politique depuis plus de 30 ans au Québec, qu'il a fait l'objet de multiples études, articles, commissions parlementaires, consultations publiques et plus récemment d'une recommandation prioritaire des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques. En fait, c'est probablement le dossier le mieux documenté et qui a été le plus discuté sur la place publique parmi tous ceux sur lesquels doit se pencher le gouvernement à l'heure actuelle, soutiennent les porte-parole de l'UFP.

Par ailleurs, notent-ils, le ministre Dupuis s'est engagé à déposer, le printemps prochain, un projet de loi qui sera immédiatement référé à une commission parlementaire servant de tribune devant laquelle les groupes et les citoyens pourront témoigner. Ce processus laisse prévoir que l'adoption de la loi réformant le mode de scrutin devrait normalement survenir vers la fin de 2004. Un tel scénario laisse amplement de temps pour mettre au point une nouvelle carte électorale avant les élections générales prévues pour 2007.

Pourquoi le ministre déclare-t-il aujourd'hui, avant même que le processus de révision n'ait débuté, qu'il "lui apparaît plus probable qu'on ne pourra pas tenir la prochaine élection avec un nouveau mode de scrutin mais que ce soit le cas pour l'élection suivante"? Aussi bien dire qu'en reportant l'entrée en vigueur de la réforme à des élections qui n'auront pas lieu avant 2011 il la reporte aux calendes grecques. Cela n'est pas sérieux et démontre de la part de M. Dupuis une absence de volonté politique inquiétante qui devrait inciter le premier ministre Charest à lui enlever la responsabilité de ce dossier névralgique.

Depuis trois décennies, les partis traditionnels se sont livrés à de cyniques volte-face dans ce domaine. Ainsi, après ses victoires de 1976 et de 1994, le Parti québécois a mis de côté l'engagement contenu dans sa plate-forme électorale de réformer le mode de scrutin "dans l'année suivant la prise du pouvoir". L'ex-premier ministre Lévesque a été menotté par le caucus des députés péquistes lorsqu'il a voulu l'honorer au cours de son deuxième mandat.. En bout de route après 213 mois de pouvoir, les péquistes n'ont même pas enclenché la réalisation de cet engagement important qui est dans le programme de leur parti depuis 1970.

L'histoire se répètera-t-elle avec les libéraux? Ils feraient alors preuve d'un manque de réalisme politique flagrant, car il ne faudrait pas qu'ils oublient que leur parti a compté parmi les principales victimes du mode de scrutin actuel qui l'a privé du pouvoir à trois reprises (en 1944, 1966 et 1998) même s'il s'était classé premier dans les suffrages. Exclure la répétition d'un tel scénario serait bien présomptueux de leur part, ont conclu les porte-parole de l'UFP.



»» proportionnelle

Lettre au Premier ministre Charest:

Clarifier les intentions de son gouvernement

MARC BRIÈRE
Président du Mouvement pour une nouvelle constitution québécoise.

TRIBUNE LIBRE 13 septembre 2003

Le président du Mouvement a adressé dernièrement au Premier ministre Charest la lettre ci-dessous lui demandant de clarifier les intentions de son gouvernement au sujet de la réforme des institutions politiques du Québec.

Montréal, le 5 septembre 2003,

L’Honorable Jean Charest
Premier Ministre
Conseil exécutif
Edifice Honoré-Mercier
835, boul. René-Lévesque Est
3e étage
Québec (Québec)
G1A 1B4

Cher Premier ministre,

Dans le discours inaugural de la session en cours, vous avez annoncé que votre gouvernement avait l’intention d’amorcer en 2004 la réforme de nos institutions démocratiques.

Par la suite, votre ministre responsable de cette réforme a annoncé qu’il entendait la limiter à une réforme du mode de scrutin.

Auriez-vous l’obligeance de clarifier la position de votre gouvernement à ce sujet et de rassurer ainsi les Québécois qui, comme les membres du Mouvement pour une nouvelle constitution québécoise (MONOCOQ), que j’ai l’honneur de présider, pensent qu’on ne peut pas retarder davantage ce projet, d’autant plus que l’adoption de la Loi constitutionnelle fédérale de 1982 le rend nécessaire et urgent.

Permettez-moi de vous rappeler la lettre publique que je vous ai adressée à cet égard le 3 mai 2003 et que je joins à celle-ci. Cette lettre s’appuyait sur des citations de René-Lévesque, de Gil Rémillard, du rapport Pelletier et de Robert Bourassa qui affirmait : « un gouvernement qui se respecte ne doit pas en rester là. »

Veuillez agréer, monsieur le Premier ministre, mes vœux de succès dans les politiques que vous avez entreprises concernant l’amélioration de nos institutions politiques, tant fédérales que provinciales et locales, et veuillez recevoir l’assurance de ma considération distinguée.



»» PLQ et défusion

Les deux Montréal

Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 6 septembre 2003

Une commission de l'Assemblée nationale entreprendra mardi des audiences sur le projet de loi 9 portant sur la réorganisation territoriale des municipalités fusionnées à l'occasion de la réforme Harel. S'il écoute bien, le gouvernement Charest constatera que le processus de défusion divise profondément les nouvelles villes, dont il mettra l'avenir en péril... à moins qu'il ne revoie son approche.

Cette division est particulièrement patente à Montréal. Les résultats d'un sondage récent effectué par Léger Marketing pour le compte de TVA, du Journal de Montréal et The Gazette nous font voir un Montréal littéralement coupé en deux. Les francophones sont en faveur de la nouvelle ville tandis qu'anglophones et allophones appuient la défusion. Les citoyens de l'ancienne ville de Montréal ne veulent pas de référendums sur les défusions tandis que ceux des anciennes villes de banlieue n'attendent que ça.

Les résultats de ce sondage confirment que le sentiment d'opposition à la nouvelle ville est resté à peu près ce qu'il était au point de départ. La raison en est simple: personne n'a vu les bienfaits de la fusion jusqu'ici. Les nouvelles villes n'ont pas encore deux ans. Les élus municipaux en sont encore à consacrer l'essentiel de leurs énergies à mettre en place les nouvelles structures. Le résultat le plus tangible pour un bon nombre de contribuables aura été une augmentation de leur impôt foncier, résultat d'une harmonisation des comptes de taxes entre les diverses parties des nouvelles villes dans un but d'équité fiscale. On ne se surprendra pas de voir ceux qui sont forcés de partager leur richesse le faire de mauvais gré.

En permettant la tenue rapide de référendums sur la défusion, le gouvernement Charest entrave les chances de succès des nouvelles villes, qui devraient mériter un essai loyal. Le moins serait que l'on permette aux élus des nouvelles villes de se rendre au bout de leur mandat. Le gouvernement Charest, qui entreprend par ailleurs une vaste réingénierie de l'État québécois, n'aimerait certainement pas qu'on lui tire le tapis sous les pieds au moment même où il serait à mettre en place cette réforme. Il serait le premier à réclamer le droit à un essai loyal. En l'accordant aux nouvelles villes, le gouvernement se donnerait par ailleurs le temps de se doter d'une politique de développement urbain qui lui fait cruellement défaut pour l'instant.

Le premier ministre Jean Charest soutient vouloir la réussite des nouvelles villes, qui reposera, croit-il, sur l'expression démocratique des citoyens. L'argument est valable, mais il ne saurait être le seul. Il y a bien d'autres enjeux dont il faudrait pouvoir tenir compte. Or le processus mis en avant par le gouvernement est on ne peut plus réducteur. Il faudra se battre contre les défusions plutôt que pour la nouvelle ville. Le débat ne se fera que dans les arrondissements où un nombre suffisant de citoyens auront exigé un référendum et, par la force des choses, il portera sur les avantages d'un retrait de la grande ville plutôt que sur les avantages à tirer d'une adhésion à la nouvelle ville.

Un groupe d'éminents citoyens montréalais, dans un appel au premier ministre, invitait hier le gouvernement à inverser sa démarche. Reprenant une idée soumise par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, ils suggéraient de faire précéder tout référendum d'arrondissement sur une éventuelle défusion par un vote de l'ensemble des citoyens de Montréal sur l'adhésion à leur nouvelle ville. C'est la logique même. Un tel processus, tout en permettant au gouvernement de respecter ses engagements, serait constructif.

Cette proposition doit être appuyée avec vigueur par tous ceux qui croient en l'avenir des nouvelles villes. Dans le cas de Montréal, ce serait la seule façon de porter à l'attention de tous les Montréalais le projet de réforme administrative préparé par l'administration Tremblay-Zampino. Ce projet, adopté hier par le conseil municipal, s'inscrit dans une volonté de construire une ville dynamique et démocratique. Le premier ministre Charest ne se déshonorerait d'aucune façon s'il donnait au maire Tremblay la possibilité de le défendre haut et fort dans le cadre d'un référendum montréalais. Sa responsabilité n'est pas tant de tenir une promesse faite aux opposants aux défusions il y a trois ans. Le contexte a évolué à tous égards depuis. Il doit se rappeler qu'il n'est plus chef de l'opposition mais chef de gouvernement et que, à ce titre, il a la responsabilité d'éviter que Montréal ne se divise.

bdescoteaux@ledevoir.ca



»» PLQ et réforme de l'État

Prudence, M. Charest!

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir samedi 13 et dimanche 14 septembre 2003

Disons-le d'entrée de jeu: il n'y a rien de neuf dans cette «note de service» du Conseil du trésor appelant les ministères à recentrer leur rôle sur quatre missions essentielles, dont un quotidien a choisi de faire sa manchette hier matin. Tout était écrit noir sur blanc dans le discours inaugural de juin dernier. Reste à voir comment un gouvernement peut appliquer un plan aussi radical dans l'harmonie.

Pour qui aurait oublié le contenu du discours inaugural, rappelons les axes autour desquels le gouvernement Charest entend intervenir. «Premièrement, recentrer l'État sur ses missions essentielles : santé, savoir, prospérité, sécurité. Deuxièmement, dans ces missions essentielles, notre premier souci sera la qualité des services aux citoyens. Moins de structures, plus de services. [...] Troisième principe : transparence et efficacité. [...] Quatrième principe : décentralisation, partenariat et imputabilité.»

Cet énoncé était suivi de la description des «six grands travaux» à entreprendre, soit la révision des structures et des programmes, la revue des modes d'intervention du gouvernement dans l'économie, la réorganisation des services de santé, l'examen des perspectives de décentralisation, le recentrage du réseau de l'éducation sur l'élève et la simplification et l'allégement du fardeau fiscal.

Ce sont donc ces principes et ces «travaux» que l'on retrouve dans la note interne que le Conseil du trésor aurait transmise aux ministères et sur laquelle le groupe Solidarité Santé dit avoir mis la main.

Dès sa nomination au Trésor, la ministre Monique Jérôme-Forget s'est lancée dans la préparation d'une grande «réingénierie» de l'État québécois. La tâche ne sera pas facile pour plusieurs raisons, la première, la plus banale, étant qu'aucun ministre (ni aucun fonctionnaire) n'apprécie qu'on vienne jouer dans ses programmes si cela doit affecter ses électeurs.

La recette est connue : tout gouvernement qui souhaite apporter des changements impopulaires doit donc agir tôt. La contradiction, c'est que n'importe quelle réforme d'envergure exige du temps, beaucoup de temps. En cette matière, précipitation est synonyme de coûts élevés et de dérapage assuré. Souvenons-nous de Jean Rochon ou même de Lucien Bouchard, qui avait voulu devancer d'une année l'atteinte du déficit zéro. Au bilan, ce sont les conséquences négatives de ces réformes pourtant nécessaires que la majorité des électeurs ont retenues.

Autre obstacle prévisible : non seulement le gouvernement devra affronter la marée des groupes de pression qui ne manquera pas de déferler, mais cette bataille, il la fera avec une toute petite armée de politiciens et de conseillers dont le principal point commun est le manque d'expérience. Imposer des réformes, cela exige plus que de la détermination. Il faut tout prévoir, dont les budgets nécessaires à toute transition, et, surtout, ne rien ménager pour conquérir une opinion publique sans laquelle même les meilleures idées tournent au cauchemar.

Par ailleurs, tous auront noté que le plan Charest exclut de la courte liste certaines missions tout aussi essentielles que celles qui ont été énumérées plus haut. On n'a qu'à penser à la culture, à la recherche ou à la protection de l'environnement. Est-ce à dire que ces thèmes ont été oubliés lors de la préparation du discours inaugural, ou le gouvernement a-t-il vraiment l'intention de reléguer ces «missions » au second plan ?

Le premier ministre Charest paraît décidé à procéder avec diligence à une réforme de l'État. Soit, nous jugerons au mérite. Mais entre volonté et savoir-faire, la distance est à ce point considérable que le risque d'échec croît de façon inversement proportionnelle au temps et aux ressources consacrés à la préparation du chantier.

jrsansfacon@ledevoir.ca



»» PLQ et réforme de l'État

Charest prépare "sa" révolution

La réduction massive des missions de l'État au coeur de la réforme souhaitée
André Noël
La Presse vendredi 12 septembre 2003

C'est un chambardement complet de l'État québécois que prépare le gouvernement de Jean Charest, un séisme encore plus important que la "révolution du bon sens" de l'ancien premier ministre conservateur Mike Harris en Ontario, selon une note confidentielle obtenue hier par La Presse.

Dans cette note, le Secrétariat du Conseil du Trésor demande à tous les ministères de lui remettre d'ici le 30 septembre un dossier de révision fondamentale de leurs structures et de leurs programmes, dans une optique de diminution sans précédent des missions de l'État.

Le Secrétariat invite les ministères à revoir leur rôle sans se préoccuper de leur mandat initial: "Même si les lois constitutives peuvent fournir une référence pertinente, il n'est pas requis de s'en tenir à celles-ci", indique la directive datée de juillet.

"La démarche de révision des structures et des programmes vise à recentrer l'État sur ses missions essentielles: santé, savoir, prospérité, sécurité", ajoute la note. Dorénavant, l'État devra offrir des services de qualité seulement lorsque ceux-ci feront partie d'une de ces quatre missions.

Autres buts: "Augmenter la productivité de l'État afin que les contribuables en aient pour leur argent; ouvrir l'État aux partenariats, que ce soit avec les municipalités, les organismes communautaires ou les entreprises privées".

Le Guide à l'intention des ministères- intitulé Révision des structures de l'État et des programmes gouvernementaux dans le cadre de la réingénierie de l'État québécois- a été obtenu par la Coalition Solidarité Santé (à l'exception des annexes). Ce groupe en a transmis une copie à La Presse et à d'autres destinataires, hier.

"Les mots à l'honneur sont: déréglementation, sous-traitance et partenariat privé-public, a commenté Marie Pelchat, porte-parole de la Coalition. Le document affirme que les missions essentielles de l'État sont la santé, le savoir, la prospérité et la sécurité. C'est une conception bien réduite de sa mission originale. Il n'est plus question de l'égalité des chances, par exemple."

La directive reste muette sur des mandats aussi divers que la protection de la langue française, l'immigration, l'environnement, le droit des femmes et de la personne, le développement des régions, les services à la petite enfance, le rayonnement du Québec à l'étranger, etc. "Si on se fie au document, le travail de l'État dans ces domaines sera réduit à sa plus simple expression, comme si nous nous étions donné des outils collectifs par pure fantaisie", déclare Mme Pelchat.

Le Conseil du Trésor demande aux ministères de se poser la question suivante en évaluant chacun de leurs programmes: "Ce programme répond-il toujours à une mission de l'État? Il s'agit de déterminer si le programme... représente une activité essentielle de l'État."

Les ministères doivent s'interroger sur "l'efficience" de ces programmes. "À l'aide d'instruments de mesure, tel le prix de revient, il s'agit de déterminer quels sont les meilleurs moyens disponibles pour offrir un bien ou un service de qualité au moindre coût... Il importe aussi de considérer certaines avenues, par exemple la déréglementation, le gouvernement en ligne."

"Pour être structurantes, les mesures présentées peuvent notamment porter sur des moyens tels que abolir un programme ou un de ses volets; réduire le niveau de services, modifier les critères d'admissibilité à une forme d'aide ou à un service, diminuer l'offre de services; remplacer le mode de prestation d'un service par un partenariat d'affaires public-privé", etc.

Le Secrétariat du Conseil du Trésor laisse très peu de temps aux ministères pour cet énorme remue-ménage. Les mesures, présentées au plus tard le 30 septembre, feront l'objet d'un examen pendant deux semaines seulement. Les "plans ministériels de réingénierie" seront produits d'ici la fin de décembre. En janvier commencera "l'opération des crédits détaillés".

"En plus de permettre de recentrer le rôle de l'État sur ses missions essentielles, les mesures structurantes identifiées... doivent procurer des rendements budgétaires significatifs dès 2004-2005", prévient la directive.

Mme Pelchat s'inquiète de la capacité des ministres, encore novices, de planifier une transformation aussi radicale en si peu de temps. "La vitesse de l'opération compromet le sérieux de l'entreprise. Les ministres n'ont pas le temps de faire des consultations hors de leur ministère. Cette révision du rôle de l'État se fait sans débat public, de façon antidémocratique, peu transparente et précipitée."



»» mondialisation

Faut-il brûler l'OMC?

Un argumentaire extrémiste à réfuter

Zaki Laïdi
Le Devoir lundi 8 septembre 2003

À l'approche du prochain Sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancún certains altermondialistes comme José Bové appellent très clairement à un nouveau Seattle, autrement dit à un nouvel échec qui discréditerait l'OMC. Cette attitude montre que l'opposition à la mondialisation ne faiblit pas et que le radicalisme veut reprendre l'offensive après avoir subi certaines avanies.

Ce radicalisme doit cependant être pris au sérieux. D'abord parce qu'il exprime une insatisfaction sociale, culturelle et identitaire réelle face à la mondialisation. Ensuite parce que bon nombre de critiques qu'il adresse au système libéral sont parfaitement recevables. Au coeur du radicalisme altermondialiste figure en premier lieu une attaque en règle contre l'OMC accusée d'être une machine entre les mains des multinationales. Cette interprétation n'est guère convaincante.

Rappelons tout d'abord ce qu'est l'OMC. C'est avant tout une organisation dominée par les États, ce qui, en soi, constitue un réel avantage car, a priori, les États sont censés représenter les intérêts de leurs pays respectifs. Certes, ces États sont comme tous les États soumis à de fortes influences et notamment aux influences de lobbys privés. On l'a bien vu avec l'affaire des médicaments génériques. Ce sont les gros laboratoires américains qui ont empêché de régler la question cruciale de l'accès aux médicaments (sida, tuberculose, malaria) en faisant pression sur le gouvernement américain. Mais est-ce en supprimant l'OMC que l'on changera le rapport de force? Certainement pas.

La question n'est donc pas de savoir si l'OMC est une institution sans reproche. La vraie question est celle de savoir quels avantages elle offre dans la configuration actuelle et comment son influence peut être infléchie dans un sens plus favorable aux intérêts des pays les plus démunis et aux valeurs autres que celles du marché. Sur le premier point, il faut d'abord dire que les décisions à l'OMC se prennent par consensus. Il oblige donc les plus puissants à négocier avec les moins forts ou avec les plus faibles.

Naturellement, à elle seule, cette règle d'organisation ne saurait moduler un rapport de force. Mais c'est malgré tout un progrès. Depuis l'échec de Seattle, les pays en développement ont d'ailleurs compris l'intérêt qu'ils avaient à investir politiquement dans l'OMC pour modifier le rapport de forces. Sans quoi d'ailleurs, on ne verrait pas bien pourquoi la Chine aurait fait le choix politique de rentrer à l'OMC. On serait d'ailleurs intéressé de savoir quelle serait la réaction des altermondialistes le jour où l'administration américaine viendrait d'une manière ou d'une autre à prendre ses distances avec l'OMC pour traiter bilatéralement avec ses principaux partenaires. La force de l'OMC réside dans sa représentativité. Elle se situe ainsi dans l'existence d'un mécanisme contraignant de règlement qui s'est de fait révélé plus équitable qu'on ne le croit, y compris pour les pays en développement.

La compétition de systèmes sociaux

D'où vient donc le malaise? Il y a plusieurs origines. La première tient à un paradoxe: l'OMC a été créée pour traiter des conflits commerciaux. Mais, par la force des choses, elle est amenée à traiter des problèmes qui sont de moins en moins commerciaux. Ce paradoxe n'est pas le résultat d'une volonté hégémonique ou d'un conflit, mais l'expression de la forme actuelle de la mondialisation. Celle-ci n'est plus affaire de barrières commerciales et de tarifs douaniers. Elle est affaire de préférences sociales.

La mondialisation aujourd'hui n'est rien d'autre que l'entrée en compétition des systèmes sociaux. Autrement dit, les conflits commerciaux interfèrent de plus en plus avec les questions de santé, d'environnement, d'alimentation de services publics. Il n'y a désormais plus de conflits commerciaux purs. Il n'existe que des conflits de préférences collectives. C'est cela le fond du problème. Et sur ce point fondamental, tout le monde est d'accord.

Là où les divergences commencent, c'est quand il s'agit de chercher à traiter cet enjeu. Et là, plusieurs voies sont possibles. La première est la voie libérale. Elle nie l'existence de préférences collectives car elle estime que seuls les consommateurs sont habilités à choisir et décider. C'est à eux de savoir s'ils veulent ou pas d'OGM, c'est à eux de dire s'ils veulent une agriculture biologique chère ou une agriculture industrielle plus abordable, c'est à eux de dire s'ils veulent s'adresser à une école privée ou à une école publique, etc.

Disons-le tout net: cette vision du monde est parfaitement illusoire. Les sociétés sont et resteront des fabriques complexes qui ne se limiteront jamais à une somme de préférences individuelles. Il est parfaitement légitime que les Européens ou les Japonais veuillent garder des agricultures nationales ou des agriculteurs. Il y a et il y aura toujours des valeurs opposables à la rationalité marchande.

À l'opposé des thèses libérales, les thèses altermondialistes prônent la reconnaissance des préférences sociales de chacun. Mais cette démarche conduit à l'impasse car si chacun met en avant ses propres préférences collectives en les jugeant non négociables, nous renouons avec la logique d'un monde fermé. La libéralisation des échanges reste un instrument précieux du développement à condition que ce processus soit articulé à des réformes internes et surtout qu'il soit maîtrisé par les acteurs locaux eux-mêmes. Sur ce point il y a donc beaucoup à faire, notamment pour que les pays riches s'appliquent à eux-mêmes des règles qu'ils imposent aux autres et, surtout, pour que les pays du Sud aient les moyens de penser par eux-mêmes les conditions de leur propre développement. Mais là encore ce n'est pas en détruisant l'OMC que l'on y parviendra.

On voit donc que tout le problème est de dégager une voie moyenne entre une libéralisation débridée et un protectionnisme magnifié.

Renforcer les autres institutions

Comment s'y prendre? Il faut tout d'abord veiller à ce que l'OMC ne devienne pas l'Organisation de la Gouvernance Mondiale. Elle n'a pas été conçue pour cela et n'est pas équipée pour cela. Elle doit rester une organisation de régulation du commerce mondial. Mais, dans la mesure où les enjeux commerciaux sont et seront de plus en plus imbriqués avec la santé, l'environnement, l'éducation, la culture, il faut impérativement renforcer la légitimité et l'autorité des différentes institutions multilatérales comme l'OMS pour la santé, la FAO pour l'agriculture, etc. De sorte que, lorsque des conflits commerciaux arrivent à l'OMC en mettant en jeu des questions sanitaires, environnementales ou autres, cette même OMC puisse se tourner automatiquement vers ces différentes institutions.

Si sur les OGM l'Europe se trouve une nouvelle fois opposée aux Etats-Unis, il faudrait qu'un avis de la FAO - sur la traçabilité par exemple - puisse permettre de trancher le conflit. C'est d'ailleurs tout le sens de la démarche de l'Europe qui se bat continuellement pour que les standards sanitaires et environnementaux soient relevés à l'OMC. Sur ce point, les altermondialistes ne sont pas forcément rigoureux. Ils feignent sciemment d'ignorer que c'est l'Union Européenne qui se bat le plus sur ce front, face aux États-Unis qui se montrent réservés et face aux pays du Sud qui s'y sont opposés. C'est l'Europe qui s'est battue pour que le principe de précaution soit pris en compte dans les différents commerciaux contre l'avis des Américains. Il faut donc renforcer le stock de normes sociales sanitaires et environnementales dans lequel l'OMC pourra s'appuyer pour trancher des conflits commerciaux de moins en moins classiques.

Mais cette démarche ne suffira pas. C'est pourquoi il faut créer un espace pour les sociétés civiles qui expriment ces préférences collectives. À cette fin il faudrait institutionnaliser une assemblée générale de l'OMC au sein de laquelle seraient accréditées à parité les ONG du Nord et du Sud. Avant chaque réunion ministérielle, cette assemblée serait réunie et émettrait sur la base d'un consensus des recommandations aux représentants des États. Cette assemblée jouerait un rôle essentiel dans le débat mondial sur les préférences collectives.

Il y a enfin un troisième axe de réforme qui doit porter sur le renforcement des capacités des pays pauvres à défendre leur point de vue à l'OMC. Les pays du Sud n'ont pas du tout les moyens matériels et juridiques pour se défendre convenablement. Il faudrait donc créer un dispositif puissant d'assistance juridique aux pays du Sud. La CNUCED pourrait devenir une Agence d'assistance aux pays du Sud dans leurs conflits à l'OMC.

Comme on le voit, et à l'opposé des altermondialistes, le réformisme doit jouer la carte du renforcement de l'OMC. Il faut le faire car on ne saurait se permettre de détruire un instrument certes imparfait mais essentiel. Les pays du Sud seraient d'ailleurs les premières victimes du démantèlement de l'OMC.

Lignes de fracture

Il y a un second point sur lequel la déconstruction de l'argumentaire de l'extrême gauche altermondialiste doit être réfuté. C'est celui qui consiste à vouloir réduire tous les enjeux mondiaux à un affrontement manichéen entre les «forces aveugles du libéralisme» et les tenants d'une alternative imaginaire et idéalisée.

En fait, il y a sur les questions de la mondialisation trois lignes de fracture: entre le Nord et le Sud, entre les États et les sociétés civiles, entre les courants libéraux et toute une gamme de courants réservés ou hostiles à la mondialisation. Cette multiplicité des clivages, il faut pleinement l'intégrer pour ne pas tomber dans le manichéisme idéologique. Les altermondialistes le savent bien: eux qui avaient idéalisé Lula au Brésil se montrent aujourd'hui déçus. Déçus parce qu'il a choisi la voie du réformisme.

Pour bien comprendre cette multiplicité des clivages, prenons l'exemple de l'environnement. Vue d'Europe, la régulation de la mondialisation passe par la reconnaissance des accords environnementaux dans les conflits commerciaux. Vue d'Europe, la régulation de la mondialisation passe aussi par la prise en compte des standards sociaux dans le commerce mondial. Or sur ces deux sujets essentiels pour nous, les plus farouches adversaires de cette conditionnalité ne sont pas les pays libéraux mais les pays en développement. Tant que l'on parlera de la régulation de la mondialisation de manière purement incantatoire, sans aborder ce type de problème, on n'avancera pas beaucoup. Or le discours radical fait totalement l'impasse sur ce sujet. Il se contente de le contourner en diabolisant le système libéral.

Le même problème se pose à propos de la représentation de la société civile à l'OMC. Les plus opposés à cette démarche sont là encore les pays en développement, dont on peut comprendre d'ailleurs le raisonnement. Pour eux faire rentrer les ONG à l'OMC c'est fondamentalement encourager l'entrée de la conditionnalité sociale et environnementale dans les échanges. Tant que l'on ne comprendra pas que l'idée même de «réguler la mondialisation» renvoie à des acceptations différentes et controversées notamment entre le Nord et le Sud, on en restera au niveau de discours idéologique.

Reste le troisième axe de conflit qui porte sur le degré de libéralisation dans les échanges. Dans ce domaine, le dogmatisme libéral est allé trop loin et ceci d'autant plus que les pays riches - dont l'Europe - prêchent pour les autres des principes qu'ils ne respectent pas eux-mêmes. C'est pourquoi il faudrait faire un audit mondial des politiques de libéralisation commerciale de ces dix dernières années.

Il faudra aussi et surtout rédiger et faire entériner par les Nations unies une charte mondiale des biens publics mondiaux dans laquelle serait reconnu le caractère inaliénable de certains biens collectifs comme la santé, l'eau ou l'éducation. Reconnaître et faire reconnaître ces biens publics mondiaux ne signifie pas refuser d'y impliquer le secteur privé. En revanche, il faut aujourd'hui réagir fortement contre une logique de privatisation des biens et savoirs collectifs pour réhabiliter le bien public mondial.

Il y a beaucoup à dire sur la dynamique actuelle du système commercial mondial. Mais ce n'est pas en détruisant l'OMC comme semble vouloir le faire José Bové que l'on aura la moindre chance de réformer le système mondial.

Chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), Paris; auteur de La Grande Perturbation (Flammarion)



»» La gauche

La gauche doit passer à l'action politique, conclut Françoise David

Kathleen Lévesque
Le Devoir mardi 9 septembre 2003

La gauche doit se préparer à riposter pour les prochaines élections. C'est avec cette préoccupation en tête que l'ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec, Françoise David, souhaite voir naître un parti politique qui soit une véritable alternative de gauche, féministe, écologiste et altermondialiste.

«Devant la montée de la droite, avec l'élection du gouvernement Charest et sa remise en question profonde du rôle de l'État, de quoi le Québec a le plus besoin dans les années qui viennent? La conjoncture interpelle fortement les mouvements sociaux. On a des batailles à faire et les plus unitaires possibles, ce serait l'idéal. [...] Mais ça ne suffit plus même si c'est capital. Il me semble que la gauche est rendue à l'étape de se préparer à l'action politique pour les prochaines élections», a expliqué Françoise David hier au Devoir.

Le débat anime actuellement le mouvement D'abord Solidaires dont Mme David est porte-parole. Mais le point de vue de cette dernière n'engage pas le rassemblement qui est partagé sur la question. Dès après le scrutin d'avril dernier, D'abord Solidaires a fait un bilan de son action d'éducation politique et a entamé la discussion sur son avenir et son mandat. À la fin de novembre, les membres des quinze organismes régionaux D'abord Solidaires se réuniront à Montréal pour trancher la question: le mouvement doit-il maintenir son mandat ou se transformer en un parti politique?

Pour Françoise David, l'option est claire. Déjà il y a plus de deux ans, au moment où elle quittait la présidence de la Fédération des femmes du Québec, elle avait évoqué l'idée de créer un parti de gauche féministe. Mais à l'époque, sa réflexion n'était pas mûre. Aujourd'hui, elle répond «peut-être» à l'idée de devenir le porte-flambeau de cette éventuelle alternative.

Chose certaine, ni le Parti québécois ni l'Union des forces progressistes (UFP) ne semblent correspondre à la vision qu'elle souhaite voir se développer pour le Québec. De l'UFP, elle dit qu'il s'agit d'une «tentative respectable de rassembler une partie de la gauche». Il est toutefois question qu'il y ait une rencontre «d'information mutuelle» et non de négociation avec l'UFP d'ici quelques semaines.

Envers le PQ, Mme David se montre plus cinglante. «Le PQ ne s'affirme pas comme la solution de rechange à Jean Charest, parce que le PQ manque de cohérence à gauche», a-t-elle affirmé tout en reconnaissant que le gouvernement du Parti québécois avait multiplié les bons coups de nature sociale dans les derniers milles.

Enthousiaste sans être pressée, Mme David estime que la réforme du mode de scrutin promise par les libéraux est un stimulant supplémentaire pour se lancer dans l'action politique. En contrepartie, elle rappelle qu'en l'absence d'une proportionnelle, les progressistes risquent de se retrouver devant le même dilemme lors des prochaines élections: pour battre le PLQ, il faudra voter de façon stratégique.



»» La gauche

Et la gauche...

Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 10 septembre 2003

ÉDITORIAL - Nombreux sont ceux qui par le passé ont rêvé à la mise sur pied d'un «véritable» parti de gauche au Québec. Les tentatives ont été nombreuses. Les échecs aussi. La conjoncture, avec l'arrivée au pouvoir des libéraux, serait-elle plus favorable aujourd'hui à l'émergence d'un parti qui puisse occuper un espace électoral significatif? La réponse à cette question ne pourra être positive que si l'on accepte l'idée que la route puisse être longue et ardue.

Dans les groupes de gauche, cette question est de nouveau à l'ordre du jour, comme le montre l'entretien qu'accordait au Devoir au début de la semaine la militante Françoise David. On peut être d'accord avec elle au moins sur un point. Le résultat des élections du 14 avril a changé un certain nombre de choses, notamment quant à la possibilité de mobiliser les groupes progressistes contre les projets des libéraux.

Le changement le plus significatif, et le plus encourageant pour les militants progressistes, est toutefois la volonté affirmée du gouvernement Charest de procéder à une réforme du mode de scrutin. L'introduction d'une mesure de proportionnelle pourrait permettre à moyen terme l'élection de députés issus d'un parti de gauche. Le mode de scrutin actuel, uninominal à un tour, rend quasi impossible l'émergence de tiers partis, comme l'Action démocratique peut en témoigner. Pour les quarts partis, si on peut employer cette expression, cela relève de l'utopie. Avec 18 % des suffrages recueillis aux élections du 14 avril, le candidat de l'Union des forces progressistes (UFP) dans Mercier, Amir Khadir, s'est heurté à cette dure réalité.

Les modifications qui seront apportées au mode de scrutin ne sont pas encore définies. Il ne faudrait pas imaginer à gauche qu'elles seront une voie royale vers l'Assemblée nationale. La part de proportionnalité qui pourrait être introduite ne visera vraisemblablement qu'à amoindrir la sous-représentation des partis d'opposition dans le système actuel. Ce ne sera pas la grande réforme tant attendue à gauche, mais au moins on pourra aborder de ce côté l'action électorale avec un minimum d'espoir de succès.

Pour qu'il en soit ainsi, encore faudra-t-il que les libéraux mettent en oeuvre la réforme promise. L'intérêt des grands partis sur ce sujet pourrait se diluer ces prochains mois. Le système actuel garantit l'alternance entre libéraux et péquistes. Sur le plan strictement électoral, l'intérêt du Parti québécois ne sera certainement pas de faciliter la montée de la gauche.

La défaite du Parti québécois représente d'ailleurs une occasion pour la gauche. Un certain nombre de militants péquistes proches des mouvements de gauche sont restés à ce parti ces dernières années pour des raisons stratégiques. Quelques-uns l'ont fait pour la souveraineté alors que d'autres estimaient que le PQ demeurait le seul rempart pouvant bloquer la montée de la droite, qu'elle soit libérale ou adéquiste. Ces raisons ne tenant plus, ces militants pourraient vouloir retrouver leur liberté d'action.

Un obstacle important à la création d'une «véritable alternative de gauche» pourra venir de la gauche elle-même. Le respect des différences idéologiques entre les divers groupes a toujours constitué l'une des principales pierres d'achoppement des rapprochements entre eux. Françoise David prône un parti qui soit à la fois féministe, écologiste et altermondialiste. Elle voit un parti qui soit rassembleur, qui puisse rejoindre une fraction significative de l'électorat. Pour espérer pouvoir enfin franchir le mur du son, il n'y a certainement pas d'autre façon de faire pour la gauche. C'est déjà là un vaste programme.



»» Sommet de la Francophonie

Un Sommet de la Francophonie à Québec, quel intérêt ?

Jacques Tremblay
L'auteur est président du Regroupement des associations francophones du Québec

Le Soleil mardi 9 septembre 2003

Lors de la campagne électorale du printemps dernier, le Parti libéral du Québec, par la voix de son chef Jean Charest, annonçait son souhait d'accueillir le Sommet de la Francophonie à Québec en 2008, juxtaposant cet événement avec les célébrations entourant le 400e anniversaire de la Ville de Québec. Il faisait connaître du même souffle son désir de confier à la Ville de Québec un rôle spécifique à l'égard de la francophonie canadienne, voire nord-américaine.

Cette volonté a été réitérée en juin dernier, une fois le gouvernement libéral au pouvoir, lors de la visite de M. Abdou Diouf, de l'Organisation internationale de la Francophonie à Québec. Par la suite, dans un éditorial intitulé Un choix logique, Jean-Marc Salvet constatait le peu d'intérêt suscité par ce projet. Comme l'a souligné l'éditorialiste, il n'est pas évident, en effet, qu'une réunion de chefs d'État puisse revêtir une signification véritable pour la population qui accueille un tel regroupement. Quel intérêt la population du Québec, les francophones en particulier, peuvent-ils voir dans la tenue d'un tel événement ?

Un Sommet de la Francophonie regroupe des chefs d'État dont la présence est susceptible de causer des inconvénients quotidiens pour la population et nécessiter des aménagements particuliers, tel que nous l'avons vu lors du Sommet des Amériques. Mais au-delà de ces contraintes subies, un tel événement peut porter sur des enjeux auxquels nous devons porter attention, tels que la protection d'une diversité culturelle à l'échelle mondiale, les enjeux environnementaux et de développement afin de permettre à toutes ces communautés d'atteindre des standards de bonne gérance démocratique.

La Francophonie est un espace qui est de plus en plus à développer. Elle constitue une occasion d'intervention mondiale qui nous permet de mettre en valeur notre identité. Nous y constatons la solidarité qui nous lie à ces différents peuples, la nécessité de préserver la diversité culturelle, de réduire l'impact négatif des changements climatiques et de développer un équilibre entre le nord et le sud par des échanges culturels et économiques plus soutenus.

Un Sommet de la Francophonie peut être l'occasion pour nos leaders et chefs d'État de prendre position sur ces questions d'actualité.

Mais, un sommet peut être aussi une occasion pour ceux qui s'intéressent à la francophonie et à sa vigueur, de se réunir, de se concerter, de développer des actions communes. Il est important de savoir que la francophonie au Québec n'est pas seulement une affaire de gouvernements. Plusieurs personnes se réunissent déjà en association sur la base de leur âge, de leur intérêt, de leur métier ou de leurs professions avec comme dénominateur commun, leur langue (Association Québec-France, Conseil de la vie française en Amérique, Association des Acadiens, Association internationale des aînés francophones, Association des sociologues de langue française, Carrefour de la presse universitaire francophone, Association des médecins de langue française du Canada, le Richelieu International et plusieurs autres).

Ces associations ont besoin d'alliances, d'ouverture à de nouvelles réalités et d'exemples d'actions mobilisatrices. La tenue éventuelle d'un sommet à Québec et la possibilité d'y tenir en parallèle une rencontre interassociations constitueraient dès maintenant une motivation importante pour ces gens qui travaillent sur une dimension de notre identité individuelle et collective de très haute importance.

Un Sommet de la Francophonie pourrait également être l'occasion de revivre la Superfrancofête de 1974. Des spectacles, des conférences, des rencontres entre francophones autour d'un repas, l'accueil de jeunes dans nos familles, tout cela permettrait encore une fois aux Québécois de mériter l'excellente réputation qu'ils ont un peu partout dans le monde.

Au surplus, le fait de tenir un tel événement vers la fin de l'année 2008 constituerait une façon originale de marquer l'évolution de la Ville de Québec à titre de "ville phare" en Amérique du Nord depuis 1608. La Ville de Québec pourrait saisir l'occasion de réunir des francophones du continent pour partager sur les gestes à poser dans la mise en valeur de leur langue et de leurs institutions.

L'éditorial du SOLEIL m'a incité à réagir au nom des associations que regroupe depuis plusieurs années la Maison de la francophonie du 39, rue Dalhousie à Québec. Nous pouvons témoigner de l'intérêt soutenu de personnes, d'associations, d'organisations à la promotion de la francophonie au Québec et notre conviction que nous sommes prêts pour recevoir cet événement aussi important et marquant qu'est le Sommet de la Francophonie.

Le gouvernement de M. Jean Charest a été avisé de nous présenter cette piste d'action pour les prochaines années.





»» PLQ et les défusions

Préjugé favorable ?

Jean-Marc Salvet
Le Soleil mardi 9 septembre 2003

Le débat sur les fusions et les défusions peut-il encore influencer les événements ? Cette question se doit d'être posée alors que débute aujourd'hui la fameuse commission parlementaire au cours de laquelle les partisans des regroupements et les tenants d'un retour en arrière croiseront le fer à propos de l'avenir des villes du Québec.

Pour donner un sens à cet exercice, le ministre des Affaires municipales doit clairement faire savoir à l'ouverture des travaux que les solutions et les avenues qui seront proposées serviront à quelque chose. Autrement dit, que la commission parlementaire à laquelle participeront de très nombreux citoyens et élus municipaux ne sera pas inutile.

Pour ce faire, Jean-Marc Fournier doit indiquer quelle est, à l'heure actuelle, la réelle marge de manoeuvre de son gouvernement dans ce dossier. Mais il ne devra pas s'arrêter en si bon chemin.

Le ministre ne pourra plus se contenter de dire pendant bien longtemps encore qu'il est favorable à la "réussite des nouvelles villes" et tracer en même temps les grandes lignes d'un processus de défusion avec ouverture des registres et référendums à la clé ! Cinq mois après avoir été lancée par Jean Charest, cette expression est aujourd'hui vide de sens. Elle ne veut plus rien dire.

Après la commission parlementaire, le gouvernement aura la responsabilité politique de mettre de la chair autour de l'os. Il devra nous dire à quelle enseigne il loge afin de lever (du moins en partie) la contradiction existant entre son soi-disant "préjugé favorable" envers les nouveaux ensembles et le processus de défusion qu'il a présenté. Les citoyens et les élus municipaux ont droit à un minimum de clarté de sa part.

S'il est sain en démocratie de permettre aux citoyens de se faire entendre et de prendre part aux décisions, il est également normal, fondamental même, qu'un gouvernement dûment élu ne se contente pas de lancer ses patates chaudes chez les autres. On ne peut pas se défausser de cette façon.

Même s'ils ont refusé de le faire jusqu'ici, Jean Charest et Jean-Marc Fournier devront donc se positionner et participer au débat. Ils devront par exemple nous dire s'ils croient que les villes doivent être des agents de développement ou de simples dispensatrices de services.

Depuis son élection, le gouvernement du Parti libéral n'a pas manqué de courage politique. Il n'y a pas de raison qu'il en soit autrement dans ce dossier. De toute façon, il se berce d'illusions s'il pense qu'il ne sera pas entraîné dans ce débat qui déchaînera les passions et occupera l'actualité pendant de longs mois.

JMSalvet@lesoleil.com



»» biotechnologies

Au secours de BioChem !

Il est peu probable que la réingénierie promise par les libéraux renforce les capacités québécoise en matière de recherche scientifique

Yves Gingras
Sociologue et physicien l'auteur est professeur au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie de UQAM.

La Presse mardi 9 septembre 2003

L'ANNONCE, le 31 juillet dernier, de la fermeture des laboratoires de recherche de BioChem Pharma, fleuron de la recherche biomédicale au Québec, acquis par la compagnie pharmaceutique britannique Shire à peine deux ans plus tôt, a eu l'effet d'une bombe dans le milieu scientifique québécois. Malgré d'intenses négociations en coulisse pour trouver des acheteurs et convaincre Shire de vendre cet actif au lieu de démanteler le laboratoire, la compagnie n'a pas modifié son plan de fermer le 5 septembre et de disperser l'équipe. Mais quelle que soit l'issue de ces tractations, cet événement soulève des questions sur les stratégies d'intervention publique d'appui à l'innovation.

En effet, la société IAF Biochem, créée en 1986 et devenue BioChem Pharma en 1992, a beaucoup profité des généreuses politiques québécoises (surtout mais aussi fédérales) en matière de R&D, de régime d'épargne-action, et de l'appui de la Caisse de dépôt et du Fonds de solidarité des travailleurs FTQ. Cela a permis à BioChem Pharma de croître de façon suffisamment importante pour devenir attrayante sur le plan mondial et ainsi être achetée par des intérêts étrangers.

Sur le strict plan de la logique du capital financier, il n'y a rien à redire à cela, tant que des fonds publics ne sont pas en cause. Cependant, ceux qui croient que l'État (québécois ou canadien) doit jouer un rôle pour stimuler la croissance des firmes font face à une contradiction structurelle: utiliser des ressources publiques pour faire croître des firmes locales qui, une fois suffisamment rentables, deviennent la proie des géants multinationaux. Or, une fois acquises, ces firmes ne sont plus que des pions sur un échiquier mondial dans lequel le Québec a bien peu de poids.

Faire disparaître un pion

C'est le même gouvernement interventionniste qui a pourtant accepté la vente de BioChem Pharma à des intérêts étrangers en décembre 2001. Applaudissant cette transaction, le premier ministre d'alors, Bernard Landry, était convaincu qu'elle profiterait au Québec. Il affirmait en effet, le 11 décembre à la télé de Radio-Canada, que cette prise de contrôle allait "favoriser la croissance parce que, l'empire étant plus grand, l'empire aura plus de moyens et va créer plus d'emplois et va faire des recherches plus importantes, plus de découvertes, plus de produits".

Dans l'enthousiasme du moment, il a simplement oublié que l'empire pouvait aussi changer de stratégie et faire disparaître un pion sans crier gare... En effet, comme le notait spontanément un avocat montréalais membre du conseil d'administration de Shire: "c'est dommage que ça tombe sur une activité localisée dans la région de Montréal, mais ces coupes auraient pu être faites dans n'importe quelle des quatre ou cinq grandes installations de Shire dans le monde".

Cet épisode fait bien ressortir la difficile conciliation d'une politique interventionniste qui ne va pas au bout de ses ambitions, ou qui n'a pas les moyens de ses ambitions et qui cède alors à la croyance naïve aux bienfaits de la mondialisation économique et de la formation d'empires multinationaux.

En plus de poser un problème de fond de politique économique, cet événement donne un avant-goût de l'approche du nouveau gouvernement libéral qui veut mettre fin aux multiples interventions gouvernementales dans l'économie du Québec. En effet, le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, a bien dit qu'il n'y aura pas de fonds publics d'investis pour conserver le laboratoire et ses chercheurs au Québec. Son attaché politique, Jacques Martineau se demande même "si c'est le rôle, de ce gouvernement de tenter d'infléchir la situation". Selon le ministre Audet, "BioChem a été payée assez cher par Shire, c'est leur entreprise". En clair: ils ont donc le droit de la fermer s'ils le désirent! Et, en dernière analyse, la "libre entreprise" c'est bien cela: défendre d'abord les intérêts de la compagnie sans égard aux effets sur les collectivités locales et sur l'économie du pays.

Logique capitaliste

Une telle politique de "laissez-faire" oublie que tous les États soucieux du bien public se dotent de moyens pour contrôler les excès de la logique capitaliste. Même à Ottawa le gouvernement libéral s'est doté de moyens (que d'aucuns jugent encore insuffisants) pour s'assurer que les achats de compagnies canadiennes par des étrangers entraînent des "bénéfices nets" pour le Canada avant d'autoriser la vente ou la prise de contrôle d'une entreprise.

La vente de BioChem Pharma avait d'ailleurs été retardée de quelques mois au printemps 2001 pour permettre aux fonctionnaires d'Industrie Canada de s'assurer que Shire ne couperait pas les activités de recherche de la firme montréalaise qui avait reçu 80 millions de dollars du programme "partenariat technologique Canada". Elle voulait donc des garanties que les recherches menées au Québec avec ces fonds ne seraient pas subtilement déplacées dans les laboratoires américains de Shire ou que des emplois de chercheurs ne seraient pas menacés par cette acquisition. Et aujourd'hui encore le ministre fédéral Alan Rock a demandé à Shire de rendre des comptes sur ses engagements. Quant à son homologue provincial, il est étrangement muet...

Les contrôles de l'État sont en fait la seule façon de ne pas dissoudre complètement le politique dans l'économique dont la logique financière n'a rien à faire des conséquences sociales des décisions "d'investisseurs". Et il n'est peut-être pas inutile de rappeler que ce sont ces outils d'intervention, caractéristiques du "modèle québécois", qui ont permis au Québec de s'assurer une présence importante dans des industries de haute technologie et en particulier en biotechnologie.

Le programme de réduction de l'État que nous promet de réaliser le nouveau gouvernement du Parti libéral laisse présager une remise en cause importante de ces outils d'intervention. Il est peu probable que cette "réingénierie" libérale renforce les capacités québécoises en matière de recherche scientifique et d'innovation.



»» biotechnologies

Une entrevue avec Perry Niro
- BIOQuébec sonne l'alarme

Le dernier budget Séguin met à mal le développement d'une industrie québécoise des biotechnologies

Pierre Vallée
Le Devoir samedi 13 et du dimanche 14 septembre 2003

Certaines mesures du nouveau budget du ministre des Finances Yves Séguin sont susceptibles de nuire aux entreprises québécoises de biotechnologies. C'est ce qu'avance M. Perry Niro, directeur général de BIOQuébec, une association industrielle regroupant plus de 200 entreprises québécoises oeuvrant dans le domaine de la biotechnologie.

Si les biotechnologies ont connu un essor considérable ces dernières années au Québec -- le Québec est le leader canadien en la matière et troisième en Amérique du Nord en ce qui a trait au nombre d'entreprises -- plusieurs de ces mêmes entreprises se trouvent aujourd'hui dans une situation précaire sur le plan financier. En effet, une récente enquête menée par la firme Ernst & Young a révélé qu'environ la moitié des entreprises canadiennes de biotechnologies disposent de moins de 18 mois d'encaisse. «Au Québec, précise Perry Niro, on estime que 40 % des entreprises en biotechnologie disposent seulement d'une encaisse de six mois. La situation nous apparaît très préoccupante.»

Faute de financement adéquat, plusieurs de ces entreprises devront faire de douloureux choix : comprimer les dépenses et ralentir la recherche, fusionner ou accepter d'être avalé par plus gros que soi, ou tout simplement laisser tomber complètement un secteur de recherche. Certaines entreprises pourraient même disparaître.

Une étape charnière

La grande responsable de cette situation, selon Perry Niro, est l'éclosion de la bulle technologique. «Depuis cette chute boursière, les investisseurs sont plus prudents et les capitaux de risques dans le domaine des biotechnologies ont diminué de 50 %. La tarte est moins grosse et les portions donc plus petites.» Si au Québec, il demeure encore relativement facile de trouver du capital de risque pour le démarrage d'une entreprise de biotechnologie, la situation se corse lorsque l'entreprise atteint trois ou quatre ans d'existence. «Il faut comprendre qu'une entreprise en biotechnologie ne génère aucun revenu avant la commercialisation de son produit, ce qui arrive après une longue période de recherche et développement. Par exemple, dans le domaine des biotechnologies de la santé, un secteur de pointe au Québec, cette période peut durer de sept à 10 ans. Pendant cette période, l'entreprise continue toujours à dépenser et le financement devient alors vital. Nous sommes un peu comme l'industrie minière. Nous ne faisons pas la prospection de minerais mais plutôt la prospection de molécules. Et comme l'industrie minière, nous devons investir beaucoup avant de trouver le bon filon.»

Selon Perry Niro, ce sont les entreprises qui se situent dans cette période charnière qui seront le plus durement touchées par deux des mesures contenues dans le récent budget, soit la réduction de 12,5 % du crédit d'impôt pour la recherche et le développement et le moratoire sur le régime d'épargne-action.

«Le crédit d'impôt représente une importante source de revenu pour nos entreprises, précise-t-il. Si une entreprise investissait deux millions de dollars en recherche, 40 % de cette somme lui était remboursée. Avec la réduction, cela tombe à seulement 35 %.» Il craint que ce manque à gagner ne se traduise par des compressions dans les ressources humaines, en particulier du côté des chercheurs.

Quant au moratoire sur le régime d'épargne-action, il croit que cela va freiner l'appel à l'épargne publique des PME en biotechnologies qui se préparaient à s'inscrire à la Bourse. «Sans cet avantage fiscal consenti aux investisseurs, plusieurs entreprises attendront avant d'émettre des actions.»

Des compétiteurs dynamiques

Selon Perry Niro, ces deux mesures, ainsi que l'absence d'initiatives en matière d'innovation et de financement, risquent de fragiliser l'industrie québécoise des biotechnologies à un moment clé de son évolution. Sans compter qu'en matière de biotechnologies, le Québec doit semesurer à de sérieux compétiteurs au sud de sa frontière, notamment l'État du Massachusetts et l'État de la Caroline du Nord.

Depuis quelques années déjà, la Caroline du Nord se fait très dynamique dans le domaine des biotechnologies. Cet État fait même du maraudage au Québec, cherchant à attirer en ses frontières chercheurs et entreprises d'ici. «Ils ont même embauché un représentant qui parle français.»

Le Massachusetts, en particulier la région de Boston, est le leader mondial en biotechnologie. Pourtant, les entreprises qui s'y trouvent bénéficient d'une politique de soutien de la part du gouvernement. «On est d'autant plus justifié au Québec de demander le soutien de l'État.»

Sans compter que les entreprises américaines de biotechnologies peuvent profiter de généreux contrats de recherche de la part du gouvernement américain. Par exemple, le National Institute of Health accordera pour 23 milliards de contrats de recherche. «À elle seule, la guerre contre le bioterrorisme lancée par le président Bush dispose d'une somme de six milliards.»

Pour plus d'abris fiscaux

Perry Niro croit que devant un tel avantage, le gouvernement du Québec n'a pas le choix que de compenser en soutenant davantage le secteur des biotechnologies : «Il nous faut à la fois un financement plus adéquat et davantage d'abris fiscaux si l'on veut que nos entreprises puissent concurrencer les entreprises américaines. Il faut aussi que ce financement soit disponible à chaque phase de croissance des entreprises. Ce n'est qu'à la fin du processus, au moment de la commercialisation du produit, une fois que l'environnement soit suffisamment attrayant que les capitaux privés pourront venir prendre la relève.»

Dans les semaines à venir, BIOQuébec entend bien proposer aux instances gouvernementales quelques pistes de solutions qui, selon Perry Niro, pourraient aider à mieux soutenir l'industrie québécoise des biotechnologies. Mais surtout, il attend de ce nouveau gouvernement «un engagement formel envers les biotechnologies».

Perry Niro n'est pas en désaccord avec une certaine révision des divers programmes de soutien -- certains mériteraient d'être mieux ciblés -- mais le soutien du gouvernement ne doit pas être remis en cause.

«Cet exercice de réflexion est peut-être utile, mais il faut que cette réflexion se fasse rapidement et qu'elle débouche sur une véritable politique de soutien. Car nous considérons qu'il y a présentement péril en la demeure.»



»» mondialisation

Un test : La conférence de Cancun permettra-t-elle d'éviter une nouvelle fracture Nord-Sud?

Christian Deblock
L'auteur est directeur du Centre Études internationales et mondialisation de l'UQAM.
La Presse mercredi 10 septembre 2003

TROIS GRANDS sujets sont à l'ordre du jour de la conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s'ouvre aujourd'hui à Cancun.

Tout d'abord, il s'agit de faire le point sur les négociations en cours dans les sept domaines qui font partie de "l'agenda incorporé", soit l'agriculture, les services, l'accès aux marchés pour les produits non agricoles, les règles, le commerce et l'environnement, les appellations d'origine et le règlement des différends.

Ensuite, il s'agit de décider, comme convenu à Doha, si le moment est venu d'ouvrir les négociations dans les quatre secteurs dits "questions de Singapour", soient l'investissement, la concurrence, la facilitation des échanges et les marchés publics.

Enfin, oui ou non, les pays développés entendent-ils concrétiser les engagements pris à Doha en faveur du développement?

1. Un troc: agriculture contre services

Le bilan des négociations commerciales est jusqu'à présent mitigé sinon affligeant. D'importants retards ont été pris sur les échéanciers prévus dans à peu près tous les domaines, ce qui hypothèque l'objectif de conclure les négociations d'ici janvier 2005. Plus grave, les positions sont extrêmement polarisées dans deux dossiers "chauds": l'agriculture et les services.

C'est l'un des grand acquis du cycle de l'Uruguay: l'agriculture est désormais intégrée au système commercial multilatéral. Quatre grands sujets font l'objet de négociations: les subventions internes, les subventions à l'exportation, l'accès aux marchés et les appellations d'origine. L'enjeu est d'atteindre dans ce secteur une situation comparable à celle que l'on retrouve dans le secteur industriel, mais malheureusement, les choses sont loin d'être faciles, tant les points de vue sont divergents et les intérêts nombreux.

Pour les pays en développement (PED), il s'agit d'une question de principes essentielle à la suite des négociations; en définitive "ça passe ou ça casse". À l'arrière-fond du débat, trois grandes questions:

les subventions à l'exportation qui faussent les jeux de la concurrence, exacerbent les guerres commerciales et favorisent l'éviction des petits producteurs locaux dans les PED;

l'accès élargi et préférentiel aux grands marchés du Nord pour les produits du Sud; et,

la surproduction et l'instabilité chronique des prix. Ce qui rend le débat plus complexe encore, c'est le fait que ni les pays développés ni les PED ne présentent un front unifié. (...)

La réforme de la politique agricole commune, la proposition-cadre proposée conjointement par les États-Unis et l'UE, le compromis de dernière minute sur les importations de produits génériques, de même que l'entente intervenue le 3 septembre pour faciliter la participation des pays les moins avancés aux négociations dans les services ont quelque peu dégagé l'horizon. Mais les discussions s'annoncent extrêmement corsées.

Personne ne veut cependant revivre un autre Seattle. Un compromis sera, sans doute, possible sous la forme d'un troc: plus d'ouverture sur l'agriculture contre plus d'ouverture sur les services. Mais, avec deux conditions supplémentaires: à savoir que l'ouverture des négociations sur les questions de Singapour soit de nouveau reportée, d'une part, et, surtout, que les actes succèdent aux mots en matière de développement, d'autre part.

2. Les questions de Singapour

C'est une autre avancée du cycle de l'Uruguay que d'avoir étendu le champ des négociations à d'autres questions que le commerce, par exemple les droits de propriété intellectuelle, les investissements, les marchés publics, ou encore la concurrence. Si quelques accords ont été signés, ceux-ci restent encore d'application limitée et ne règlent en rien la question de fond, soit celle des règles qui doivent encadrer des marchés de plus en plus globalisés.

Tant pour les pays industrialisés que pour les firmes transnationales, il s'agit de questions importantes, qui vont bien au-delà de la simple ouverture des marchés. Par delà la protection accordée aux investisseurs, ce sont les questions de gouvernance, de responsabilité sociale et de hiérarchie des droits qui sont soulevées. L'échec de l'AMI, encore en mémoire, illustre bien l'ampleur du problème.

Une décision doit être prise: soit "consensus explicite" il y aura, auquel cas les négociations seront lancées, soit les groupes de travail, mis en place depuis maintenant six ans, recevront le mandat de poursuivre leurs travaux. Le principal obstacle vient des PED, peu disposés à se voir imposer de nouvelles obligations, au demeurant coûteuses et difficiles à mettre en oeuvre. D'un autre côté, vu les risques de déraillement actuels, on peut se demander quel intérêt les pays développés peuvent avoir d'ouvrir de nouvelles négociations.

Il y a donc tout lieu de penser que les pays vont se rallier à la seconde option, moyennant certains engagements de part et d'autre. En attendant, les accords bilatéraux devraient continuer à proliférer dans le domaine de l'investissement (déjà plus de 2100 traités) et de la fiscalité, et s'étendre progressivement à d'autres domaines comme la concurrence, les normes comptables, la gouvernance d'entreprise, etc.

3. L'ombre de Seattle

Disons le franchement, les PED ont beaucoup concédé et obtenu peu lors du dernier cycle de négociations. C'est bien parce que les négociations ont été placées sous le signe du développement, qu'elles purent être lancées. Trois questions sont centrales pour les PED. Tout d'abord, il s'agit de donner un peu de chair au "traitement spécial et différencié", autrement dit de renforcer les dispositions convenues et de les rendre "plus précises, plus effectives et plus opérationnelles". Le Comité du commerce et du développement, responsable de ces questions, n'est cependant parvenu à s'entendre que sur 12 des 88 propositions présentées. Les autres restent sur la table.

Ensuite, il s'agit de renforcer le statut préférentiel octroyé aux pays les moins avancés, de plus en plus couramment appelés "petites économies en transition", mais sans que l'on s'entende sur l'opportunité d'en donner une définition. Trois grandes demandes sont sur la table:

les préférences existantes pour les produits exportés doivent être préservées;

la non-réciprocité doit être reconnue dans les accords régionaux; et,

les concessions commerciales ne doivent pas être incompatibles avec les besoins de leur développement, de leurs finances et de leur commerce. En clair, comme l'ont rappelé les pays du CARICOM, il s'agit de prendre en compte les problèmes spécifiques des petites économies pour que la libéralisation des échanges soit "un véhicule de promotion de la croissance, de transformation structurelle et de diversification économique".

Enfin, il s'agit de concrétiser les engagements de Doha en matière de développement. Plusieurs initiatives ont été prises depuis lors, au plan de la formation et de l'aide technique et financière, et l'OMC est, en dehors de la CNUCED, la seule enceinte internationale dans laquelle les PED peuvent faire valoir leurs revendications et négocier "d'égal à égal" avec les pays développés. Mais les PED attendent plus que des mots; ils veulent des mesures concrètes, que ce soit pour inciter les investissements, faciliter les transferts de technologie ou développer les capacités de production et d'exportation.

Ou, pour dire les choses autrement, il s'agit d'aller au-delà de la conception simpliste qui consiste à faire dépendre le développement exclusivement du libre-échange et de la bonne gouvernance et à ne voir l'intégration des PED dans l'économie mondiale que comme un problème de "transition" ou d'adaptation structurelle. À n'en pas douter, Cancun sera un véritable test: peut-on réellement se permettre le luxe d'une nouvelle fracture Nord-Sud?



»» Aéropet

L'aéroport de Dorval a officiellement changé de nom :

Pierre-Elliott-Trudeau, un nom qui soulève colère et indignation

Les fils de l'ancien premier ministre défendent la mémoire de leur père devant une poignée de manifestants

Lévesque, Kathleen; Touzin, Caroline
Le Devoir mercredi 10 septembre 2003

Un vent de protestation a flotté hier dans l'air de l'aéroport international de Montréal-Dorval, devenu officiellement l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. Ce sont les drapeaux du Québec et des Patriotes d'une soixantaine de contestataires qui ont accueilli Justin et Alexandre, les deux fils de l'ancien premier ministre canadien.

Pendant qu'à l'intérieur de l'aéroport un quatuor à cordes jouait le Ô Canada pour célébrer la mémoire de Pierre Elliott Trudeau, à l'extérieur, des manifestants souhaitaient surtout rappeler ses décisions controversées. Quelques rares citoyens de Mirabel étaient d'ailleurs présents à la manifestation, soulignant l'ironie de nommer l'aéroport de Dorval du nom de l'ancien premier ministre. Ce dernier a créé l'aéroport de Mirabel en sacrifiant de très nombreuses terres agricoles. Réjean Éthier, qui a été exproprié en 1969, est l'un de ceux qui ne décolèrent pas. «C'est une insulte quand on connaît le gâchis du dossier des aéroports», a souligné M. Éthier.

Des souverainistes, farouches adversaires de M. Trudeau, pestaient eux aussi. Les militants du Mouvement de libération nationale du Québec, dirigé par l'ex-felquiste Raymond Villeneuve, le visage caché par un foulard, se plaisaient à parler de l'ancien premier ministre canadien comme d'un traître. Gilles Rhéaume, du Mouvement souverainiste du Québec, l'a qualifié de dictateur.

Un seul député du Parti québécois, Daniel Turp, s'était déplacé pour affirmer son mécontentement. Aucun député du Bloc québécois n'était présent. «C'est un devoir de se souvenir et de dire que l'on est contre cette décision unilatérale d'appeler cet aéroport Pierre-Elliott-Trudeau», a expliqué M. Turp.

Par voie de communiqué, le Parti québécois a qualifié la cérémonie de «célébration de l'arrogance et du mépris». Le PQ a appelé ses membres et ses sympathisants à faire connaître leur opinion «dans le calme, la sérénité et le respect de la démocratie».

«Ça prend beaucoup de culot pour nous imposer une insulte pareille», s'est exclamée Marie-Thérèse Miller, une militante péquiste. Robert Bertrand, qui s'est déplacé de Québec, abondait dans ce sens. «Tout le monde devrait comprendre que Trudeau a refusé de comprendre le peuple du Québec. Il a tout fait pour nous subordonner à la "Canadian unity". [...] En niant ce qu'est le Québec, c'est nous rejeter. En fait, on nous veut, mais à genoux», a fait valoir M. Bertrand.

Invité à commenter ces réactions, Justin Trudeau ne s'en est pas formalisé. Selon lui, cette «petite manifestation» est une démonstration de la démocratie canadienne où tous les points de vue sont possibles. «Il n'y avait pas de consensus absolu sur la vie de mon père. Il y avait beaucoup de monde qui n'était pas d'accord avec lui et c'est certain qu'il y a des gens qui auraient aimé un nom différent pour cet aéroport et qui veulent essayer d'effacer le nom de Pierre Elliott Trudeau de l'histoire collective canadienne. C'est un peu irréaliste», a affirmé M. Trudeau avec désinvolture.

Plusieurs anciens ministres influents du cabinet de Pierre Elliott Trudeau, comme Marc Lalonde, Lucie Pépin (aujourd'hui sénatrice) et Jacques Hébert, comptaient parmi la cinquantaine d'invités à la cérémonie officielle. L'absence du premier ministre Jean Chrétien a été remarquée. David Collenette, ministre des Transports, l'a justifiée par le fait que c'est son ministère qui est responsable du dossier. Il souligne au passage le «leadership» dont son patron a fait preuve pour «reconnaître et rendre hommage à un fier Montréalais».

Justin et Alexandre Trudeau ont ensuite ravivé la mémoire de leur père en paroles et en gestes en faisant au passage un clin d'oeil aux manifestants présents à l'extérieur. «[Ne] pensez pas au premier ministre, [ne] pensez pas au champion ou à l'adversaire politique, pensez à l'homme, au Montréalais qui a mis ses talents au service de la ville qui l'a créé, qu'il aimait, au service du monde toujours en manque de justice et de paix», a souligné le plus jeune des deux, Alexandre.

Le nouveau nom sera en vigueur à compter du 1er janvier 2004.



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Even in death, Trudeau vexes separatists

Renaming of Dorval airport for former PM draws small group of protesters

Graeme Hamilton
National Post Wednesday, September 10, 2003

MONTREAL - In their minds, the few dozen protesters outside Dorval airport yesterday were striking a blow against a despised adversary. While dignitaries gathered inside to witness the christening of Pierre Elliott Trudeau International Airport, the hardcore Quebec nationalists outside vilified the late Mr. Trudeau to anyone who would listen, essentially the news media and each other.

He was ''a traitor.'' He ''spat on Quebecers.'' He was ''a dictator.''

In fact, the protesters -- a group so small they managed to demonstrate in front of a major airport without disrupting a single passenger -- unwittingly reinforced the impression that, from today's vantage point, they lost and Mr. Trudeau won.

Marc Lalonde, a long-serving Cabinet minister in Mr. Trudeau's Liberal government, scoffed at a reporter's suggestion that a lot of Quebecers objected to the decision to rename the Montreal airport.

"A lot? You have what, 50 people outdoors and they had 70 in Montreal demonstrating [last Saturday]? Come on, this is not serious.

"Those people expose themselves to ridicule,'' he said.

If federalists can accept having a major Montreal boulevard named after René Lévesque, then surely all but the most fanatical separatists can accept an airport named for Mr. Trudeau.

"I don't take those demonstrations or protests seriously,'' Mr. Lalonde said. "I think it's ludicrous. They only expose their narrow-mindedness, in my mind. You have to be a little bigger than that. These people live in the past.''

There was something retro about the demonstration, at which the green, white and red flag of the Patriotes (circa 1838) was as prominent as the fleur-de-lys. In language fashionable in the 1960s and '70s, Mr. Trudeau was portrayed as the "colonizer,'' the representative of "the Anglo-Saxon establishment.''

The primary grievances heard were against the War Measures Act of 1970 and the repatriation of the Constitution without Quebec's agreement in 1982. Thérèse D'Amours, who described herself as a lifelong indépendantiste, hearkened back to her days with Air Canada decades ago when pilots told her not to speak French. "He spat on Quebec,'' she said of Mr. Trudeau. "He always wanted to anglicize us.''

But while the language was largely unchanged, some of the protesters could not help but notice their little demonstration was a far cry from the heady days when Quebec independence seemed just around the corner. Richard Dufresne said he was personally "revolted'' by the airport's new name but acknowledged it was hard mobilizing opposition.

"Quebecers are fighting on many fronts,'' he said.

"And some are just tired. They've taken a sabbatical.''

During a short ceremony attended by Mr. Trudeau's two surviving sons, Justin and Alexandre, David Collenette, the federal Minister of Transport, said it was fitting to pay tribute to Mr. Trudeau -- who was prime minister between 1968 and 1979, and again between 1980 and 1984 -- as the third anniversary of his death approaches.

The airport is the first major Canadian landmark to carry the Trudeau name.

"We're here today to recall once more a great man and rejoice in his life,'' Mr. Collenette said. "He was an extraordinary person. He was a man who shaped this country as few others have done, a man whose legacy, in the Official Languages Act and the Charter of Rights and Freedoms, proudly endures today.''

Alexandre Trudeau, who noticed the protesters denouncing his father as he arrived at the airport, appealed to them in his remarks.

"At Pierre Elliott Trudeau International Airport, do not think of the prime minister, do not think of the political champion or adversary,'' he said. "Think of the man, the Montrealer who put his talents at the service of the city that created him and that he loved, at the service of a world that's still lacking peace and justice.''

Justin Trudeau welcomed the protest as "a testament to the kind of impact that he had. The fact of the matter is that it goes to the depth of the conviction that Quebecers hold. It's a nice thing to see.''

Not exactly what the protesters had in mind, but even less to their liking would have been the analysis Mr. Lalonde offered, imagining what Mr. Trudeau would have made of yesterday's event.

"I think he would have been quite happy, and he would have had a little smile seeing a few ultra-nationalists going overboard on it. That would have been quite amusing for him and I think he would have just loved it,'' he said.

ghamilton@mon.nationalpost.com



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Pauvre Trudeau, Québécois malgré "eux"

Michel Vastel
Le Soleil mercredi 10 septembre 2003

Avant d'applaudir la décision de baptiser l'aéroport régional de Dorval, "Aéroport international Pierre-Elliott Trudeau de Montréal", permettez-moi de vous raconter à quel point le gouvernement qui l'a honoré hier, celui de Jean Chrétien et de David Collenette, ne mérite pas ce grand Québécois. Le discours du ministre des Transports du Canada en particulier fut une monstruosité tout à la fois linguistique et politique.

Vous serez tous fiers d'apprendre que, dans la langue d'Ottawa, le premier nom de Montréal, "Hochelage (sic !) reflétait l'héritage autochtone de Montréal..." Vous serez sans doute intéressés de savoir que "l'environnement" de l'entre-deux-guerres [Trudeau est né en 1919] "tentait d'adhérer à la notion d'un gouvernement mondial". Et, mesdames, vous serez sans doute émoustillées qu'on vous révèle que "cet environnement a moulé (re-sic !) cet homme".

"Hochelage", serait, m'a-t-on dit, la faute de frappe de quelque secrétaire - qu'elle n'a cependant pas commise dans la version anglaise du discours, bien entendu ! Quant aux lourdeurs de style, c'est la faute du... traducteur. Ils ont bon dos les larbins qui s'assurent de la qualité de la langue de Pierre Elliott Trudeau à Ottawa !

Mais alors, qui donc a décidé que Trudeau était un Montréalais et un Canadien, mais jamais un Québécois ? Le mot "québécois" n'est pas utilisé une seule fois dans le discours du ministre. Pas une ! Ai-je raison de m'en choquer ? Certainement et le grand homme n'aurait pas aimé cela non plus: toute sa carrière a été consacrée à illustrer la réussite des Québécois à Ottawa. "Mon nom est un nom du Québec", dit-il au Centre Paul-Sauvé de Montréal, le 14 mai 1980. On n'a pas baptisé un aéroport hier, on a fait de Trudeau un apatride !

Assez dit sur ces minables "Canadian" de Toronto qui n'ont rien compris à Pierre Elliott Trudeau - il leur a suffi de se servir de lui sans doute ! - et parlons de la mesquinerie de ces Québécois - des vrais - ceux là - sans doute ! - qui n'arrêtent pas de brailler contre les honneurs ainsi accordés à la mémoire de l'un des leurs.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, ne s'est pas grandi en s'associant aux pitoyables jérémiades des Gilles Rhéaume, Pierre Falardeau et autres Raymond Villeneuve. Même si elle a été si maladroitement présentée hier par le ministre fédéral - en présence de ses deux fils, Justin et Alexandre ! - la décision de donner le nom de Trudeau à l'endroit le plus prestigieux du Québec - la porte de sa métropole sur le monde - est une décision juste et bonne.

On nous ressasse de vieilles histoires comme celle de la construction d'un aéroport à Mirabel. Soit, ce fut une erreur. Mais le Québec l'a encouragée, se basant sur des études qui promettaient à Montréal un rôle de "porte d'entrée vers l'Amérique du Nord", rien de moins. Le gouvernement du Québec, autant que celui du Canada, envisageait des vols supersoniques pour les passagers et des super cargos pour le minerai du Grand Nord. Les chocs pétroliers des années 70 et la politique canadienne des transports qui favorisait Toronto, aux dépens de Montréal, ont tué Mirabel.

Certes, le Québec voulait cet aéroport en Montérégie plutôt que dans les Basses-Laurentides. On aurait alors exproprié des terres encore plus riches que celles de la région de Montréal et l'échec eût été le même. On ne peut en tenir Trudeau seul responsable.

Puis il y eut Octobre 70, c'est vrai. Mais il faudrait tout de même rappeler que c'est la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec qui ont sollicité l'intervention de l'armée. Je n'ai pas vu beaucoup de protestations devant le "parc Jean-Drapeau" non plus que devant la "bibliothèque Robert-Bourassa". Certes, il y eut les arrestations arbitraires de plus de 400 citoyens du Québec. Mais ce sont Gérard Pelletier, Jean Marchand, Raymond Garneau et Claude Castonguay qui ont "révisé" - approuvé ? - les listes soumises par la Sûreté du Québec. Sont-ils de mauvais Québécois pour autant ?

Et si j'osais être iconoclaste - j'ose ! - je dirais qu'en acceptant que deux soldats montent la garde devant sa résidence privée de Montréal, René Lévesque, comme toutes les autres personnalités de l'époque, fut un peu complice !

Enfin il y eut le rapatriement de la Constitution en 1981. C'est vrai que ce ne fut pas très élégant, ni très démocratique. Mais le résultat net, c'est que le Canada est devenu un pays souverain - donc libre de négocier lui-même la sécession d'une de ses provinces par exemple ! - et que tous les Québécois profitent des droits que leur accorde la Charte des droits et libertés.

Ainsi, les critiques de Pierre Trudeau s'arrêtent beaucoup plus à la manière dont il fit les choses, plutôt qu'aux conséquences de ses actes. C'est regrettable. S'il fallait qu'on juge avec la même sévérité Charles de Gaulle ou John F. Kennedy par exemple, il faudrait débaptiser les aéroports de Paris et de New York car eux non plus n'ont pas manqué de détracteurs.

Il est un peu triste qu'un si petit pays, avec si peu de héros d'envergure internationale, se les refuse pour des raisons aussi mesquines. En choisissant de mourir ici, Pierre Elliott Trudeau s'est à jamais fondu dans la terre du Québec. Il nous appartient en quelque sorte. Et pour toujours.

J'ai donc une dernière suggestion à faire aux détracteurs de Trudeau. Puisque, depuis le temps qu'ils le vouent à la géhenne, ils doivent bien le croire rendu en enfer, ceux-ci devraient davantage user du pardon pour s'assurer une place au paradis. Ainsi ne risqueront-ils plus jamais de le croiser, quelque part dans l'éternité...

Deux ans après les attentats du 11 septembre, le monde continue de changer. Jusqu'à demain, date de commémoration de l'effondrement des tours jumelles, LE SOLEIL poursuit l'analyse de cette tragédie. Aujourd'hui, Jean-René Milot dresse un portrait des effets du 11 septembre dans le monde musulman. Demain, Jean-Sébastien Rioux, de l'Université Laval, complétera la série.

MVastel@lesoleil.com



»» L'inévitable crise-à-venir entre Québec et Canada...

Le projet souverainiste est mort, décrète le chef de l'Alliance canadienne

PC mercredi 10 septembre 2003

Les Québécois n'ont plus envie de se séparer parce qu'ils ont réalisé que la notion de souveraineté n'était plus à la mode dans le monde, a déclaré hier à Montréal le chef de l'Alliance canadienne, Stephen Harper.

«Le mouvement souverainiste tel qu'on le connaît n'existe plus, a-t-il dit dans un discours devant l'Institut économique de Montréal. Et la vision d'un Canada souverain qu'avait l'ancien premier ministre Pierre Trudeau est déjà morte elle aussi.»

Pour M. Harper, les deux concepts ont été enfouis par l'émergence d'un marché économique global et les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Après son discours cependant, M. Harper a tenté de revenir un peu sur ses pas devant les journalistes, affirmant que la question de l'indépendance du Québec n'avait plus la même urgence que lors du référendum de 1995 portant sur la souveraineté.

«Nous sommes tous témoins du fait que le mouvement souverainiste n'est plus sur sa lancée et il semble bien que ni le Bloc québécois ni le Parti québécois ne veulent faire une nouvelle élection là-dessus.»

Un porte-parole du Bloc, Claude Beauchamp, a déclaré que le parti ne commenterait pas les déclarations de M. Harper.

Ce dernier s'en est également pris dans son discours au gouvernement fédéral. Il accuse ce dernier de vouloir détruire la relation privilégiée qu'a le Canada avec les États-Unis.

«Le gouvernement libéral actuel est jaloux de la puissance américaine. On entend tout le temps des commentaires antiaméricains insignifiants de personnes qui prétendent parler dans le cadre de la politique extérieure du pays.»

Pour réparer cette situation, M. Harper propose de nommer au sein du cabinet l'ambassadeur du Canada aux États-Unis. En attendant, l'Alliance a déjà nommé le député Jason Kenney critique du parti en matière de relations canado-américaines.

Pour ce qui est de la prochaine élection fédérale, M. Harper a assuré son auditoire de gens d'affaires que l'Alliance aura des candidats dans toutes les circonscriptions. Il a ajouté qu'un gouvernement allianciste s'attaquerait à la dette nationale et réduirait les impôts sous les niveaux américains.



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Ce n’est pas la première fois...

Jacques Bergeron, Montréal
TRIBUNE LIBRE 13 septembre 2003

Stephen Harper - Le projet souverainiste est mort, décrète le chef de l’Alliance canadienne

Ce n’est pas la première fois qu’un homme politique prend ses désirs pour des réalités. À une époque pas trop lointaine, un autre chef politique dont on vient tout juste d’honorer la mémoire, en baptisant l’aéroport de Montréal de son nom, avait dit la même chose. Pour s’assurer de dire vrai, il avait fait emprisonner plus de 500 personnes injustement peu de temps avant, comme un petit dictateur des républiques bananières, lors de la crise de 1970, une action que ses enfants ne semblent pas connaître, ou ne veulent pas connaître, ce qui n’est guère mieux et pas tout à fait à leur honneur.

Ignorer ce que cet homme a fait et dit par un manque de connaissance de l’histoire, n’est pas ce qui devrait valoriser les enfants de cet homme politique, ennemi de son peuple. Au fait, est-ce que les Canadiens-français étaient de son peuple.?

Mais Pierre Elliott-Trudeau n’est pas le seul à avoir pris ses désirs pour des réalités. Un illustre membre du parti libéral, devenu indépendantiste après avoir soutenu les mêmes inepties, est devenu depuis un grand propagandiste de l’indépendance du Québec de langue française. Nous n’en demandons pas autant au chef allianciste. Nous soutenons cependant qu’il a tort de dire «que le mouvement souverainiste, tel qu’on le connaît n’existe plus, et que la vision d’un Canada souverain qu’avait l’ancien premier ministre Pierre Trudeau est déjà morte elle aussi. Nous, les indépendantistes, sommes prêts à profiter de la non-souveraineté du Canada... et accepter de devenir une nation non souveraine comme le pays qu’il représente, comme chef de parti et comme député à la Chambre des communes.

Nous sommes prêts à devenir ce genre de nation non souveraine et à accepter d’adhérer aux Nations Unies et aux grandes organisations mondiales que nous connaissons. Nous sommes prêts à faire comme le Premier ministre du Canada, en nous opposant aux guerres de George W. Bush et à ses autres activités économiques et impérialistes. Si le Canada de Stephen Harper n’est pas souverain, nous du Québec sommes prêts à bénéficier du même genre de souveraineté qui permet au Canada de participer aux «Jeux Olympiques», aux jeux de la «Francophonie», aux jeux «Pan Américains», aux jeux du «Commonwealth» (peut-être pas, tout de même) aux «Championnats du monde» de tout genre et aux nombreuses activités économiques, culturelles et politiques dans le concert des nations libres et indépendantes.

Monsieur Harper doit comprendre que le Québec est prêt à accepter ce genre de souveraineté dont jouit le Canada, souveraineté qui lui fut refusée par les tactiques illégales du gouvernement d’Ottawa dirigé par Jean Chrétien, ce que d’aucuns ont appelé un vol de souveraineté pour le peuple du Québec, (citoyenneté accordée par anticipation à plus de 20,000 personnes, plus de 100,000 votes illégaux, «voir rapport du directeur des élections) et auxquelles il a peut-être participé. Mais, au-dessus de tout, il doit refuser de prendre ses désirs pour des réalités. Car lors de la prochaine élection fédérale, il pourrait avoir une belle surprise si le Bloc Québécois fait bien son travail en défendant et en faisant la promotion de l’indépendance du Québec, au lieu de se doter d’un programme politique qu’il ne peut appliquer, puisqu’il ne peut prendre le pouvoir à Ottawa, il se pourrait fort bien que les indépendantistes élisent plus de 50 députés à cette prochaine élection fédérale d’un pays non-souverain comme le Canada, tel que décrit par le chef de l’Alliance canadienne, ce qui constituerait un véritable pied de nez à sa déclaration devant des gens d’affaire de Montréal, tout heureux de s’entendre dire ce qu’ils recherchaient.

Est-ce que cette déclaration ne pourrait pas servir de catalyseur pour les indépendantistes, en les incitant à tout faire pour contrer les désirs de cet homme politique et des Canadiens, en oeuvrant à l’élection du Bloc Québécois à Ottawa ?