
»» Bloc québécois
Voter Bloc
Michel David
Le Devoir mardi 13 janvier 2004
La plus belle réussite de Bernard Landry, dans les semaines qui ont suivi le 14 avril, est sans doute d'avoir réussi à faire oublier que le PQ venait d'encaisser sa pire défaite électorale en trente ans.
Il doit d'ailleurs se demander comment certains peuvent encore s'entêter à vouloir changer un mode de scrutin qui a permis à son parti de faire élire 45 députés sur 125 avec seulement 33 % des voix.
M. Landry n'est peut-être pas au bout de ses peines. Au train où vont les choses, il risque de devoir puiser dans toutes ses réserves dialectiques pour expliquer, au lendemain de la prochaine élection fédérale, qu'il ne faut pas se laisser abuser par la faible récolte de sièges du Bloc québécois, mais plutôt retenir qu'il a tout de même recueilli... le tiers des voix.
Il est vrai que le chef du PQ a démontré dans le passé de remarquables aptitudes à faire passer des vessies pour des lanternes. Ainsi, en novembre 2000, il avait réussi à trouver des signes encourageants dans les résultats de l'élection fédérale, même si le PLC était redevenu le plus important parti au Québec, en termes de voix, depuis le coup de force constitutionnel de 1982.
Manifestement, Lucien Bouchard n'avait pas fait la même analyse. Il avait été si ébranlé par la déconfiture du Bloc qu'il s'était plongé dans une profonde réflexion, qui allait l'amener à démissionner six semaines plus tard.
Il est encore tôt pour vendre la peau de l'ours, mais, à en croire les derniers sondages, la victoire des libéraux de Paul Martin s'annonce décisive. M. Landry n'est pas du genre à démissionner pour si peu, mais il devrait peut-être commencer à réfléchir à la façon dont il expliquera qu'il ne faut pas voir là un recul de la souveraineté et surtout au discours qu'il devrait tenir au cours de la prochaine campagne électorale.
***
Au début des années 1980, René Lévesque s'est opposé de toutes ses forces à la création d'un parti souverainiste à Ottawa. Dix ans plus tard, Robert Bourassa a vivement encouragé Lucien Bouchard à en fonder un. Il souhaitait, autant que Lévesque le craignait, voir le Bloc devenir un boulet pour le PQ.
Depuis le référendum de 1995, la pertinence de prolonger l'existence du Bloc divise les souverainistes. Tout en reconnaissant qu'il joue son rôle d'opposition de façon très convenable, je suis personnellement d'avis que les inconvénients l'emportent nettement sur les avantages, mais la question est purement académique, dans la mesure où un sabordage est impensable.
Même s'il le voulait, le PQ ne peut plus prendre ses distances. «Nous allons vous seconder comme peut-être vous ne l'avez jamais été depuis que le Bloc existe», a lancé Bernard Landry, l'automne dernier. Une fois le vin tiré, il faut le boire. Aussi bien y aller avec coeur.
Le problème est que les dés sont pipés. En dehors d'un contexte référendaire, qui permettrait au Bloc de faire le plein des voix du oui, il est en quelque sorte condamné à «sous-performer». À plus forte raison, si le climat des relations fédérales-provinciales n'est pas à la confrontation.
Présenter un vote pour le Bloc comme un vote en faveur de la souveraineté aura inévitablement pour effet d'indisposer l'électorat nationaliste modéré, qui voterait peut-être oui lors d'un référendum, mais qui est disposé à jouer le jeu, tant que le Québec demeure membre de la fédération canadienne.
En revanche, bon nombre de souverainistes préféreront rester chez eux, si leur vote doit être interprété comme un vague mandat de défendre au mieux les intérêts du Québec au sein du Canada, en attendant de pouvoir en sortir.
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En 2000, les messages étaient pour le moins contradictoires. Gilles Duceppe était entré en campagne en déclarant qu'un appui massif au Bloc allait «puissamment» contribuer à hâter la tenue d'un autre référendum sur la souveraineté. Jacques Parizeau avait renchéri, en affirmant que «l'élection était importante pour mesurer, entre autres choses, le niveau d'appui à la souveraineté».
À trois semaines des élections, le virage avait été spectaculaire. Se jetant à son tour dans la mêlée, le premier ministre Bouchard avait lancé un appel à tous les Québécois, fédéralistes compris, afin de débarrasser le Québec de Jean Chrétien, prenant soin de préciser que la question de la souveraineté serait débattue à une autre occasion. Résultat: de nombreux souverainistes ont conclu que cette élection ne les concernait pas et sont restés chez eux.
Il faut savoir profiter des leçons du passé. M. Parizeau a déjà indiqué son intention de participer à la prochaine campagne. Quelqu'un devrait essayer de lui expliquer le danger de vouloir faire de l'élection un baromètre de la souveraineté.
Chercher à discréditer Paul Martin serait prématuré. Son arrivée au pouvoir ne changera peut-être rien à la dynamique centralisatrice dans laquelle le Canada est engagé, mais encore faut-il lui laisser le temps de le démontrer. D'ailleurs, laisser la chance au coureur est un réflexe profondément québécois.
À l'automne 2000, les libéraux fédéraux avaient tiré profit du mécontentement créé par les fusions municipales imposées par le gouvernement Bouchard. Jean Charest avait même expressément suggéré aux électeurs de l'exprimer en votant contre le Bloc.
Bernard Landry pourrait refaire le même coup en invitant tous les Québécois progressistes à protester contre la «réingénierie» du gouvernement Charest en votant contre le grand frère fédéral. Après tout, avant de faire du Québec un état souverain, il faudrait s'assurer qu'il y ait encore un État.
mdavid@ledevoir.com

»» le Québec doit continuer d'intervenir dans l'économie
Changement n'égale pas chambardement
Michel Audet
La Presse mardi 13 janvier 2004
Michel Audet : L'auteur est ministre du Développement économique et régional. Nous publions un extrait d'une allocution prononcée hier à l'occasion du déjeuner-conférence Samson Bélair Deloitte Touche.
Malgré des avancées incontestables, le Québec, sur bien des plans, ne réussit pas à devancer ou même à suivre le rythme du Canada. Et là où nous souffrons le plus de la comparaison avec le Canada, c'est au chapitre de l'investissement privé. Malgré une intervention massive de l'État, malgré une grande générosité des mesures fiscales, nous n'avons pas réussi au cours des 10 dernières années à infléchir la tendance à une sorte de sous-investissement privé au Québec. Alors que la population du Québec représente 23,7 % de la population du Canada, notre produit intérieur brut est de 21,3 % du PIB canadien et notre part des investissements réalisés par les entreprises fluctue entre 17 à 19 %.
Cette faiblesse de l'investissement privé explique bien des choses. La part québécoise des exportations canadiennes n'a pas vraiment augmenté au cours des 20 dernières années. Le nombre de création d'entreprises diminue sans cesse depuis 15 ans. Le taux de chômage, malgré un repli significatif, demeure supérieur au taux canadien. Le revenu disponible des personnes et des ménages au Québec est toujours inférieur à celui de la moyenne canadienne et les contribuables québécois sont parmi les plus taxés du pays.
Se résigner?
En somme, le feu n'est pas pris, mais il y a dans le paysage économique du Québec quelques objets de préoccupations, n'est-ce pas? Alors, il faut se poser deux questions. Premièrement, est-ce qu'il faut accepter, j'allais dire se résigner, à nous situer presque toujours une coche en dessous de la moyenne canadienne? Notre gouvernement répond non. Nous avons la capacité de faire mieux. Et ensemble, nous allons faire mieux. Deuxièmement, pour accroître l'investissement privé, parce c'est là que le bât blesse, faut-il ajouter encore plus de subventions, plus de crédits d'impôt, plus de gouvernement en somme?
Une compilation récente des données de Statistique Canada a montré qu'en l'an 2000, le gouvernement du Québec a versé aux entreprises, sous diverses formes, 3,7 milliards de dollars. Cette année-là, qui n'était pourtant pas une année préélectorale, le Québec a accordé à lui seul 58,3 % de toute l'aide offerte aux entreprises par les gouvernements provinciaux au Canada. Bref, on n'a pas lésiné sur les moyens. En regardant les résultats, qui oserait prétendre que les contribuables québécois en ont eu pour leur argent?
Est-ce qu'on fera mieux en ajoutant encore et toujours plus d'argent?
La SGF a représenté, depuis sa création en 1962, un levier de première importance pour la modernisation et la diversification de l'économie du Québec. Grâce à la SGF, des investissements étrangers structurants ont été réalisés dans la plupart des régions du Québec. Entre 1987 et 1997, la Société générale de financement a investi quelque 900 millions de dollars, soit un niveau d'investissement de 90 à 100 millions de dollars par année.
Et puis il y a eu un changement de cap à compter de 1998. On est passé d'un rythme de croisière de 100 M $ de dollars par année à plus de 700 M $ d'investissement par année en 2001 et 2002.
Bref, la machine s'est emballée. Les dirigeants de la SGF et le gouvernement actionnaire ont perdu le sens de la mesure. Le volume d'investissement était devenu une fin en soi un objectif à atteindre... sans égard au rendement. On a pris d'autant plus aisément la proie pour l'ombre que de plantureux bonis au rendement étaient accordés aux cadres de la SGF sur la base du volume d'investissement. Comme dans n'importe quelle dérive, l'inévitable est advenu: la SGF a enregistré des pertes de 88 M $ en 2001, de 172 M $ en 2002 et des pertes probables de 500 M $ en 2003. Malgré ces contre-performances financières, les dirigeants de la SGF ont encaissé en 2002 des bonis au rendement qui augmentaient leur rémunération de 45 % en moyenne. N'est-ce pas la plus belle illustration de la dérive d'un système visant à pousser à la limite les dépenses de l'État?
Ces pertes colossales, comptabilisées dans les dépenses publiques; viennent lessiver la marge de manoeuvre du gouvernement et sa capacité de donner de meilleurs services publics.
N'insistons pas. Reconnaissons simplement qu'un coup de barre s'imposait et que nous l'avons donné.
Je m'empresse de dire que le Québec doit continuer d'intervenir dans l'économie, notamment avec une SGF qui prend des parts minoritaires dans des grands projets d'investissement du secteur privé. Une SGF qui contribue à attirer chez nous, dans les régions, des investissements étrangers dans des projets structurants pour notre développement économique. Une SGF en somme qui s'associe à des entrepreneurs qui prennent des risques. Une SGF qui s'autofinance. Nous allons revenir à la mission de base de la Société générale de financement et l'adapter au contexte et aux besoins actuels de l'économie québécoise.
Grand ménage
Le gouvernement a procédé, et ça continue, à un exercice majeur de redressement, de ménage en profondeur. Le désordre, ce n'est guère propice à l'investissement. Et puis, malgré l'état des finances publiques, nous avons commencé à appliquer les éléments du programme du Parti libéral, notamment à l'égard de la taxe sur le capital, que nous voulons éliminer complètement. Déjà, depuis le 1er janvier 2004, toutes les entreprises dont le capital versé est inférieur à 600 000 $ sont exemptées de taxe sur le capital. Aujourd'hui, 70 % des entreprises du Québec ne paient plus de taxe sur le capital.
Et puis nous avons commencé à nous attaquer aux rigidités du système, à la lourdeur excessive de certaines réglementations. Nous avons soustrait les PME dont la masse salariale se situe entre 250 000 $ et 1 M $ de l'obligation qu'elles avaient de comptabiliser et de faire rapport de leurs dépenses de formation de leur main-d'oeuvre. Nous avons pris cette décision, non pas pour indiquer aux PME que la formation est une activité superflue. Les entreprises qui ne font pas de formation risquent fort de disparaître dans cinq ans. Non, le gouvernement a simplement soulagé ces trop petites entreprises de trop lourdes tracasseries administratives par lesquelles elles devaient tenir une comptabilité détaillée de leurs activités de formation.
Dans le même esprit de lutte contre les rigidités, le gouvernement a eu le courage de revoir l'article 45 du Code du travail pour lever certains obstacles à la sous-traitance. On a certes poussé des hauts cris. Mais pour l'essentiel, ces amendements ne font qu'éliminer les interprétations jugées excessives sur la portée de cet article 45. Nous sommes revenus au régime qui prévaut ailleurs au Canada, c'est-à-dire que la sous-traitance est permise, dans le respect des droits des travailleurs. L'économiste Pierre Fortin, observateur indépendant s'il en est un, a estimé que cette loi pourrait favoriser la création de 25 000 à 30 000 emplois à moyen terme, sans incidence réelle sur les conditions des employés, qu'ils soient syndiqués ou non.
Le gouvernement auquel j'appartiens est un vecteur de changement, pas de chambardement. Les interventions de l'État québécois dans l'économie devaient être réexaminées parce que les résultats ne sont pas à la hauteur des efforts financiers qui y ont été consentis. Ce n'est pas partisan que de dire cela; c'est un constat solide et inattaquable. Alors, tout en misant sur nos forces, en tablant sur nos acquis et en évaluant avec le maximum d'objectivité notre parcours économique des 20 dernières années, rajustons nos stratégies, révisons nos priorités, repensons nos modes d'intervention dans l'économie et modernisons nos façons d'accompagner les entrepreneurs et les entreprises dans leurs projets, leurs initiatives et leurs difficultés. C'est ce à quoi nous nous employons à plein temps depuis le printemps dernier.

»» Diane Francis
La conversion de Diane Francis
Michel Vastel
Le Soleil mardi 13 janvier 2004
Pour une conversion, c'en est tout une ! Diane Francis, l'égérie de Bay Street, a commencé à prendre des leçons de français. La voilà donc devenue mégère apprivoisée. Si elle tient promesse, je jure que je me mettrai au chinois...
Ce n'est d'ailleurs pas une méchanceté pour les Chinois que je profère là, pas plus que madame Francis n'apprend notre langue pour mieux nous cracher dessus. C'est plutôt une allusion à la mauvaise fortune d'un candidat à la direction du Parti progressiste-conservateur en 1983. John Crosbie - le meilleur premier ministre que le Canada n'aura jamais eu - , était harcelé par les journalistes de tout le Canada parce qu'il ne parlait pas le français. Il l'était même, et surtout, par les journalistes anglophones et unilingues eux-mêmes...
Pour se sortir de cette mauvaise passe, John Crosbie protesta de ses bonnes intentions : après tout, la plupart des chefs d'État et de gouvernement ne parlent pas le chinois mais cela ne les empêche pas d'entretenir de bonnes relations avec les disciples de Mao... Fin de la carrière de John Crosbie. Il n'a jamais appris le chinois... Ni le français !
Samedi dernier, en première page éditoriale du National Post, Diane Francis révélait qu'elle a passé les vacances à peser le pour et le contre de sa candidature à la direction du nouveau Parti conservateur du Canada (le PCC). Il paraît qu'elle était "courtisée", la madame. Mais, bien que se sentant "flattée", elle a trouvé six raisons de ne pas se présenter. La première, je vous la donne en mille...
"Je ne parle pas, ni ne lis, ni ne comprends le français, avoue la dame. C'est une condition impérative pour quiconque aspire à diriger ce pays. Québec représente un bloc de 75 sièges sur les 308 que comptera le prochain Parlement, le quart des sièges. Les Québécois veulent, et méritent, un premier ministre ou un chef de l'opposition qui parle leur langue et, par voie de conséquence, comprend leurs opinions, leurs valeurs et leurs besoins..." Vous avez bien lu : c'est madame Francis qui écrit cela, et nous ne sommes pas le 1er avril !
Voilà une belle déclaration d'amour de la part de cette femme qui encouragea autrefois le mouvement partitionniste et accusa les séparatistes québécois d'être les "Serbes" du bouclier laurentien. Elle n'est pas une inconnue non plus puisque, du temps où Conrad Black possédait des quotidiens ici, LE SOLEIL publiait sa chronique du Financial Post. Elle se fit virer, cependant, après avoir prétendu démontrer que la séparation constituerait un véritable suicide économique. Américaine de naissance, arrivée au Canada en 1966, cette chère collègue attendit un quart de siècle pour se faire naturaliser, ce qui lui valut l'insigne honneur d'obtenir son certificat de citoyenneté des mains de... Lucien Bouchard !
Trêve de plaisanteries, la chronique du week-end de Diane Francis couronne Stephen Harper comme le chef légitime du nouveau PCC. Il parle le français, lui, souligne-t-elle, ce qui n'est pas le cas de Belinda Stronach, fille du magnat de la pièce détachée, Magna International, qui ne parle pas français, elle. (Je me suis d'ailleurs longuement demandé si cette étrange confession de Diane Francis n'était pas un croc-en-jambe à la belle Belinda, plutôt qu'un coup de pouce à Stephen Harper.)
Mais l'égérie a de solides arguments. Et comme elle a l'oreille de la "grosse argent" de Toronto, autant les examiner de près.
Il est trop tard pour changer de cheval à la tête de la droite canadienne. Le chef du PCC sera élu le 21 mars et Paul Martin déclenchera des élections dans les deux ou trois semaines qui suivront. Ce n'est effectivement pas le temps de choisir un amateur sans expérience - comme Stockwell Day.
Stephen Harper est le chef le plus prometteur, écrit encore la dame. Il a de l'expérience, n'a pas commis d'erreurs fatales, il a su éviter les querelles intestines au sein de l'Alliance canadienne et, avec ses 63 députés, il a tendu la main au groupuscule progressiste-conservateur dirigé par Peter MacKay. Harper ne peut donc pas faire pire que Preston Manning ou Stockwell Day, ses prédécesseurs. Il serait même assuré de gagner la trentaine de circonscriptions de l'Ontario où la division des votes de la droite a permis à des libéraux de se faire élire en l'an 2000.
Les propos de Diane Francis reflètent ceux qu'on lit ou entend de plus en plus fréquemment au Canada anglais. Ils se résument à ceci : tout compte fait, il n'est pas si mal ce Stephen Harper, il ne commet pas de gaffe, et il va ramener l'échiquier politique canadien au bon vieux régime du bipartisme. Et s'il est effectivement le meilleur choix, pourquoi se présenter contre lui, au risque de donner l'occasion aux médias de le sataniser, comme ils l'ont fait de Stockwell Day en l'an 2000 ?
Cette semaine devait être celle où les candidatures à la direction du nouveau Parti conservateur allaient se multiplier. On attendait, entre autres, celle de Belinda Stronach, douteuse malgré tout... Celle de Peter MacKay, l'actuel chef du Parti progressiste-conservateur n'est même plus assurée car, outre qu'il a peu de chances, il n'aura sans doute pas l'argent nécessaire.
Déjà, hier, on apprenait que Jim Prentice, de Calgary, ancien candidat et bon deuxième derrière Peter MacKay, allait se retirer, faute de fonds. Les milieux d'affaires en ont en effet assez de financer des campagnes à la direction de la droite qui ne mènent nulle part. L'ancien ministre ontarien, Tony Clement, de même que le député allianciste Chuck Strahl, pourraient bien faire face au même problème.
Maintenant que le scénario idéal d'une candidature des anciens premiers ministres Mike Harris et Bernard Lord est écarté, les partisans de la droite canadienne sont bien obligés de s'intéresser pour de bon à la personne de Stephen Harper. Et ce qu'ils voient ne leur déplaît pas trop. Car ce qui compte avant tout pour eux, c'est de débarrasser le pays de ces libéraux corrompus, "patronneux", gaspilleurs et trop politiquement corrects.
Et si cela ne marche pas encore cette fois-ci, Diane Francis aura tout de même appris le français. C'est William "Pit-Bull" Johnson qui va être content !
MVastel@lesoleil.com

»» bouclier antimissile
Se protéger de qui?
Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 13 janvier 2004
ÉDITORIAL - Le Canada a-t-il besoin de participer au bouclier antimissile américain pour protéger son territoire? La réponse à cette question est à ce point évidente qu'elle aurait dû conduire le gouvernement canadien à rejeter fermement l'invitation du gouvernement Bush à s'associer à ce projet.
Une attaque par missile sur le territoire canadien apparaît plus qu'improbable depuis la fin de la guerre froide. Pendant toute cette période, la logique imposait au Canada d'être de la partie avec les Américains, car, même indirecte, la menace soviétique était bien réelle. Les missiles visant le territoire américain risquaient de toucher, délibérément ou non, des cibles canadiennes. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Seule la Corée du Nord pourrait à moyen terme constituer une menace pour les États-Unis et, secondairement, le Canada. Celle-ci pourrait toutefois, le cas échéant, être contrée par bien d'autres moyens qu'un bouclier antimissile. La perspective d'une réplique nucléaire des États-Unis serait tout autant, sinon plus, dissuasive.
Le Canada, s'il n'a pas encore donné d'accord formel au projet de bouclier américain, s'est engagé dans un processus de discussion dont il lui sera difficile de s'extraire. Il y a quelques mois, le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, justifiait les discussions avec les Américains en disant qu'on ne pouvait laisser ceux-ci définir seuls les contours de la défense de l'Amérique du nord sans abdiquer une part de notre souveraineté. Il se faisait ainsi l'écho de l'ambassadeur américain à Ottawa, Paul Celluci, selon qui le Canada risque, en s'abstenant de participer au projet de bouclier, de mettre en cause le pacte de défense canado-américain connu sous l'acronyme de Norad.
Bien des députés aux Communes, y compris un bon nombre de libéraux, ont des objections à l'égard de ce projet. Pour certains, il risque à moyen terme de conduire à une «arsenalisation» de l'espace. Pour d'autres, de nous assujettir davantage aux Américains. Le premier ministre Paul Martin et son ministre de la Défense, David Pratt, justifient la poursuite des pourparlers que permettra la signature d'une lettre d'intention par la nécessité de connaître précisément les tenants et aboutissants du projet, le Canada étant libre de dire non finalement.
La décision finale viendra dans quelques mois. Elle appartiendra au gouvernement. S'il est prêt à permettre la tenue d'un débat aux Communes, M. Martin n'entend surtout pas qu'il se conclue par un vote qui le lierait. Il lui faut pouvoir tenir compte des intérêts multiples du Canada, car, vu d'Ottawa, ce dossier déborde largement les seules questions militaires. À travers lui, se pose la question des relations entre les deux pays. Aussi bien des relations politiques qu'économiques. On pourrait dire que, pour le Canada, il s'agit moins de se protéger de la Corée du Nord que des États-Unis qui seraient ravis de voir le Canada changer d'attitude pour redevenir l'allié loyal qu'il était avant la crise irakienne. On peut penser que c'est ce que Paul Martin avait en tête lorsqu'il disait vouloir créer une chimie avec George Bush.

»» politique familiale
17,8 % des enfants québécois vivent dans la pauvreté :
Une politique familiale valable, mais à renforcer
Christian Dagenais
Le Devoir mardi 13 janvier 2004
IDÉES - Peu de temps avant les fêtes, on apprenait que 17,8 % des enfants québécois vivaient dans la pauvreté, soit près d'un enfant sur cinq. Alors que le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, et la ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge, s'apprêtent à élaborer une nouvelle politique familiale, il m'apparaît opportun de revenir sur les principales conclusions d'une analyse que j'ai réalisée pour le compte de l'Observatoire montréalais sur les inégalités sociales et de santé (OMISS) à la fin de l'année 2001.
On me confiait le mandat d'examiner deux aspects de la politique familiale de 1997, soient l'allocation familiale unifiée et les services de garde à 5 $. Le principal objectif de cette démarche visait à retracer et analyser les données existantes concernant l'efficacité de ces deux mesures sur la pauvreté des enfants de 0 à 5 ans vivant dans des familles à faible revenu. L'analyse repose sur la consultation de nombreux professionnels et de documents émanant des ministères de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MESS), de la Famille et de l'Enfance (MFE), de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et de l'Éducation (MEQ). La principale conclusion montre que les enfants vivant dans des familles les plus pauvres sont les grandes perdantes de la politique. Si les mesures prévues dans la politique familiale ne sont pas renforcées, leur situation ne pourra qu'empirer.
L'allocation familiale unifiée
L'allocation familiale unifiée vise essentiellement à assurer l'équité par un soutien universel aux familles et une aide accrue aux familles à faible revenu. Elle remplace plusieurs mesures d'aide, soit les allocations familiales universelles, les allocations de naissance, les allocations de jeunes enfants, la partie des prestations d'aide sociale et des crédits de taxe de vente versés au bénéfice des enfants.
Parce que la politique vise plusieurs objectifs, le calcul de l'impact global de ses différentes mesures sur le budget des familles s'avère d'une grande complexité (Institut de recherche en politiques publiques, 1997). Prises une à une, certaines mesures présentent un net avantage financier pour les familles à faible revenu, mais ces avantages peuvent parfois être totalement annulés par d'autres mesures. Le principal constat découlant de l'examen des données disponibles quant à ce volet de la politique a trait à la rareté des données et au fait que, lorsqu'elles existent, celles-ci se contredisent en partie. Cela rend donc difficile, sinon impossible de tirer des conclusions définitives sur les avantages financiers que pourrait engendrer ce volet de la politique familiale sur les familles à faible revenu.
Lors de la préparation de mon rapport à l'OMISS, je disposais de seulement deux études qui tentaient, à partir de simulations de revenu après impôt, de déterminer les effets de ce volet de la politique. Dans les deux rapports, on avance que ce sont les familles inscrites à l'aide sociale qui sortiraient perdantes de la réforme. Cependant, dans l'étude de l'IRPP on arrive à la conclusion que les familles déclarant un revenu entre 10 000 $ et 25 000 $ par an en profiteraient alors que toutes les autres familles subiraient des pertes. Dans celle de Ruth Rose, basée sur des calculs en dollars constants, toutes les familles subiraient des pertes, à l'exception des familles les plus riches qui bénéficient de réductions d'impôt substantielles.
Toutes les autres données disponibles sur les mesures de soutien financier aux familles (programme APPORT, mesures actives d'Emploi-Québec, données de l'Institut de la statistique du Québec, etc.) sont parcellaires et ne portent généralement que sur les familles avec enfants de zéro à 18 ans. Ainsi, l'impact spécifique de la réforme du soutien financier aux familles québécoises sur la pauvreté des enfants d'âge préscolaire est impossible à établir. Cependant, il y a de très fortes probabilités que l'intensité de la pauvreté vécue par les tout jeunes enfants de familles inscrites à l'aide sociale se soit accrue.
Les services de garde éducatifs
La qualité de l'environnement des enfants est cruciale pour leur développement. Il est désormais démontré que la fréquentation d'un service de garde de qualité offrant des activités de stimulation précoce et encourageant l'acquisition d'habiletés favorise le développement des enfants et augmente leur chance de succès à l'école. Il est également démontré que le coût des services de garde constitue un frein à l'intégration du marché du travail pour les familles à faible revenu. La fréquentation d'un service de garde de qualité est particulièrement importante pour les enfants de milieu défavorisé qui «ont souvent des expériences plus limitées à la maison et arrivent à l'école avec des bases non comparables à celles de leurs pairs plus favorisés».
C'est en septembre 1997 que le gouvernement du Québec entreprenait la mise sur pied d'un réseau de centres de la petite enfance (CPE) à partir des garderies sans but lucratif et des agences de services de garde en milieu familial. Le programme des services de garde vise à favoriser le développement des enfants et l'égalité des chances et à faciliter la conciliation des responsabilités parentales et professionnelles. Les CPE offrent deux types de services de garde, soit des services en installation de type garderie et des services en milieu familial. Il existe également des garderies à but lucratif ou non lucratif qui ne relèvent pas des CPE.
Pour rendre compte des effets des services de garde, on disposait de beaucoup plus de données, mais celles-ci ne permettent pas non plus de tirer des conclusions définitives sur l'atteinte des objectifs de la politique. Il n'existait alors au Québec aucune banque de données qui permette de savoir précisément combien d'enfants de familles à faible revenu fréquentent un service de garde éducatif, combien se trouvent sur des listes d'attente et combien pourraient en bénéficier au total. Malgré les efforts mis en oeuvre au MFE, les questions de l'accès et de la qualité des services restent également à démontrer. Cela s'applique encore plus particulièrement aux services de garde en milieu familial et en garderie. Nous ne disposions pas non plus des données et des études nécessaires pour cerner les effets de l'instauration des CPE sur la capacité des mères de jeunes enfants de milieux défavorisés à s'inscrire en formation ou à améliorer leurs revenus de travail. Certaines données fournissent des indications sur les places occupées en services de garde éducatifs par des enfants de familles à faible revenu. Bien qu'elles permettent d'apprécier les efforts pour offrir des places dans un environnement de qualité à ces enfants, chacune d'elles ne fournit que des informations parcellaires.
Au moment de préparer mon rapport à l'OMISS, il n'existait aucune donnée concernant la qualité des services de garde offerts aux enfants de zéro à cinq ans vivant dans des familles à faible revenu. Mais récemment, Richard E. Tremblay présentait en commission parlementaire les résultats d'une analyse portant sur un large échantillon d'enfants indiquant que «... plus le statut socioéconomique de sa famille est élevé, plus l'enfant à de chances de se retrouver dans un service [de garde] de bon à excellent. [...] 37 % des enfants recevant des services clairement inadéquats proviennent des familles les plus défavorisées». Ainsi, pour ce second volet de la politique, il semble que les enfants moins bien nantis soient encore une fois les grands perdants.
Globalement, la politique familiale actuelle présente des caractéristiques qui pourraient modifier radicalement la vie des enfants de familles défavorisées et de leurs parents et ainsi réduire les statistiques catastrophiques récemment rendus publiques. Afin d'y parvenir, certains aspects doivent cependant être renforcés, notamment en ce qui concerne l'accès des enfants de familles à faible revenu à des services de qualité. Il s'agit donc d'en faire plus, pas moins.
Centre de liaison sur l'intervention et la prévention psychosociales (CLIPP) et chercheur associé à l'Observatoire montréalais sur les inégalités sociales et de santé (OMISS)
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Qu'elle est gentille soudainement
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 13 janvier 2004
En réponse à l'article de Michel Vastel paru dans Le Soleil du 13 janvier.
Qu'elle est gentille soudainement, cette madame Francis! "Ça prend un
premier ministre qui parle et comprend le français. Les Québécois ont besoin
d'un premier ministre qui comprend leurs besoins et leurs valeurs". On est
loin de l'époque où elle décrivait les Québécois comme "une masse
d'ignorants et d'imbéciles menés par quelques séparatistes". Pitoyable
salope! On dirait qu'ils nous prennent pour des imbéciles quand vient le
temps d'avoir nos votes...
Je ne suis pas dupe du tout de cette pseudo-conversion d'une hystérique
canadian. Elle et les autres scribouillons du Canada anglais sont gentils
parce qu'il y a un gouvernement fédéraliste à Québec qui rentre dans le rang
et ne casse pas les oreilles des Canadians avec les aspirations nationales
des Québécois, mais attendez que le PQ reprenne le pouvoir et parle de
référendum, vous allez voir que le mépris et la haine vont suinter dans
leurs écrits et leurs paroles. Et ils ne viseront pas seulement les méchants
"séparatissss" mais tous les Québécois sans distinction.
J'ai compris qu'avec les Anglais, depuis la Conquête, c'est la carotte et le
bâton. Ils avaient besoin de nous en 1774 et en 1812 pour se protéger des
Américains, et pour mieux nous amadouer, ils ont reconnu la langue française
et la religion catholique, mais ils ont sorti le gros bâton pour nous mettre
au pas en 1837-38 et en 1970. Et lors des référendums et des négociations de
Meech et Charlottetown, leur "amour du français et des Québécois" a pris le
bord.
Voilà pourquoi il faut se déniaiser et mieux connaître nos ennemis
pour ne pas être victimes de notre angélisme et de notre naïveté. Il faut
lire le Livre noir du Canada anglais de Normand Lester pour mieux comprendre
la mentalité de nos "partenaires".
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
COMMUNIQUÉS 13 janvier 2004