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UN THÈME CHAUD ET D’ACTUALITÉ

Les «ethniques» québécois et les indépendantistes :
qui a peur de qui ?

Hélène Pedneault, Écrivaine
Co-animatrice de la soirée
Conseil de la souveraineté du Québec 14 janvier 2004

Vous devez être surpris qu’on ose employer le mot « ethnique » dans un débat du Conseil de la souveraineté du Québec, mot honni, qui provoque une psychose à chaque fois qu’il est employé depuis le fameux soir du référendum du 30 octobre 1995.

Justement : c’est pour ça qu’on l’emploie. Pour qu’on arrête de s’évanouir, de retenir son souffle ou d’avoir honte à chaque fois qu’on l’entend, en regardant à gauche et à droite pour voir ce que les « autres » vont dire.

Si on veut faire un pays, il ne faut pas avoir peur des mots. Il faut prendre les mots à bras le corps et les regarder froidement, en refusant qu’on en fasse glisser le sens. Il ne faut pas qu’un simple mot comme « ethnique » réussisse à nous faire sentir racistes ou exclusifs.

Les Québécois ne sont pas racistes et exclusifs.

Si le mot « ethnique » provoque encore un tel émoi dans les médias et dans la population, c’est que nous ne sommes pas certains nous-mêmes de ne pas être racistes ou exclusifs, soit tels que nos adversaires aiment nous définir pour nous mettre des bâtons dans les roues, pour discréditer notre originalité, nos rêves et nos projets. Et comme vous pouvez le constater, leur stratégie marche fort !

Retournons donc à la définition du dictionnaire Robert :
Ethnie : 1896. Du grec ethnos, « peuple, nation ». Ensemble d’individus que rapprochent un certain nombre de caractères de civilisation, notamment la communauté de langue et de culture (alors que la race dépend de caractères anatomiques). L’ethnie française englobe notamment la Belgique wallonne, la Suisse romande et le Canada français. Ethnique : 1752. Qui sert à désigner une population. Exemple : « Français » est un nom ethnique. « Berbères n’est pas un ethnique datant d’une époque lointaine ». Relatif à l’ethnie. Caractères ethniques, propres à une ethnie. Groupes ethniques.

Qu’y a-t-il donc de si effroyable dans cette définition, qui fait aussi de nous, Québécois francophones, une des ethnies de la planète ?

François Parenteau, chroniqueur à Radio-Canada et membre des Zapartistes, conférencier invité à cette soirée-débat, m’a aussi fait connaître une phrase troublante de l’écrivain Mark Twain : « Je vais continuer d’utiliser le mot « nègre » jusqu’à ce qu’il ne soit plus une insulte pour personne ».

L’écrivain français Ernest Renan a aussi écrit : « La différence du noble et du vilain… n’est en rien une différence ethnique ».

Même dans Harry Potter, j’ai trouvé cette phrase très juste, lancée à quelqu’un qui avait peur de dire le nom du terrible Voldemort : Nomme toujours les choses par leur nom. La peur d’un nom ne fait qu’accroître la peur de la chose elle-même.

De la même façon, pour vider certains mots ou certaines expressions de leur triste connotation, la Coalition Eau Secours a repris l’expression « porteurs d’eau », que les conquérants ont utilisée pendant des décennies pour mépriser les Québécois, et l’a employée de façon positive pour désigner les personnes qui ont accepté de mettre leur notoriété au service de la cause de l’eau.

Cela ne veut pas dire que nous nous mettrons à utiliser le mot « ethnique » à tort et à travers, à toutes les sauces. Peut-être allons-nous décider, d’un commun accord, de le mettre de côté au profit d’autres mots. Mais cette décision ne se prendra pas dans la peur et nous refuserons dorénavant qu’on nous prive de certains mots du vocabulaire.

Comme disait mon amie Loriane : Pourquoi ne pas dire « Québécois iranien, Québécois haïtien, Québécois italien, etc, et même « Québécois québécois » pour nous désigner, nous, les Québécois francophones ? »

En effet, pourquoi pas ? Pourvu que personne ne se sente insulté ou exclu, pourvu que personne ne soit dupe et serve d’otage à des gens qui ont intérêt à nous nuire en manipulant les mots et leur symbolique à notre détriment.

À propos, il faudrait de toute urgence rapatrier le mot « colonisé ». Nous l’avons peut-être jeté trop tôt… Nous en aurions bien besoin, en ce moment, pour nommer certaines réactions et certaines attitudes…

(la photo et le lien vers le texte de Renan sont de Vigile)



»» Promouvoir l'indépendance

Promouvoir l'indépendance par la voie électorale
- Exit l'étapisme

Marcel Lefebvre
Membre de l'exécutif du Parti québécois de Lotbinière
Le Devoir mercredi 14 janvier 2004

Nous devons faire valoir l'idée d'une élection référendaire en évitant les pièges de la gouverne provinciale

Lors de la dernière campagne électorale, plus de 600 000 souverainistes n'ont pas donné leur appui au Parti québécois. À mon avis, ce geste est la conséquence de l'attitude attentiste et passive des dirigeants et candidats de ce parti à l'endroit du projet de faire du Québec un pays. Je m'explique.

À cette occasion, nombre de Québécois ont compris que la gouverne de la province, ce que le PQ recherchait, ne peut pas conduire à l'indépendance pour la raison suivante : cette approche a tout de l'étapisme (prise du pouvoir, démonstration de bon gouvernement et peut-être un référendum) et transforme les dirigeants de ce parti en gestionnaires d'affaires quotidiennes plutôt qu'en promoteurs de pays.

Dès lors, les dirigeants et les élus du PQ ne mettent jamais leur tête en jeu au nom de l'indépendance. Ils ne risquent rien pour la cause qu'ils prétendent défendre. Disant s'affairer à préparer les conditions gagnantes, ils ont remis entre les mains du Conseil de la souveraineté la responsabilité de faire la promotion de l'indépendance du Québec et se sont déclarés à l'écoute d'un signal venant de la population pour procéder à la tenue d'un référendum. Bernard Landry a même répété à plusieurs reprises qu'il saurait, seul, décoder ce signal.

Le principal défaut de cette approche est de disjoindre le projet d'indépendance de la prise du pouvoir. Avec elle se crée une rupture qui a pour conséquence d'enlever toute légitimité aux élus péquistes pour utiliser la gouverne provinciale en vue de créer le pays. Se privant ainsi d'une légitimité indépendantiste, ils se doivent de gouverner pour tous, comme ils le disent, et ont l'excuse facile pour ne rien faire. L'étapisme devient alors leur bouée de survie et l'approche qui y conduit devient un moyen de parler pour parler. De parler sans agir.

Ainsi, Bernard Landry et ses congénères ont beaucoup parlé de souveraineté. C'est vrai. Mais ils ont surtout participé, en bons gars et en bonnes filles qui gouvernent bien la province, à fragiliser les pouvoirs du Québec dans la mesure où, face aux charges du gouvernement canadien, ils ont géré dans la logique de ce dernier avec pour seule marge le maintien d'un particularisme local toléré par Ottawa.

Un piège

Pratiqué depuis le référendum de 1995, l'étapisme est devenu un piège pour le mouvement souverainiste. Cette approche a vu le jour après les élections de 1973 et, en 1976, la disjonction entre la cause de l'indépendance et l'élection du parti devait être temporaire. Idée jugée valable à l'époque, elle est depuis une assise qui nuit à la mobilisation en faveur de la création du pays. De fait, avec elle, les seules mobilisations recherchées par les dirigeants sont celles qui débouchent sur leur élection. C'est ce qui a mené Bernard Landry à inviter les fédéralistes du Québec à voter pour lui.

Comment ensuite s'étonner de l'énorme perte de crédibilité qu'essuie le PQ en tant que porteur de l'indépendance du Québec ? Le PQ n'a pas perdu ses dernières élections par la faute d'une bourde de Jacques Parizeau ou à cause de la grogne soulevée par les fusions municipales. Seulement 32 % des souverainistes l'ont appuyé alors que le dernier sondage révèle que 47 % de la population est en faveur de la souveraineté du Québec.

C'est dans ce contexte que l'idée d'une élection référendaire refait surface parce que, faisant d'emblée la jonction entre le projet de pays et le rendez-vous électoral, elle permet de dire aux Québécois de toutes les origines : «Un vote pour le PQ sera un vote pour l'indépendance du Québec car, désormais, nous sommes en marche pour faire le pays.»

Avec cette idée s'installe une logique d'affirmation et de rupture claire qui rend les futurs élus crédibles dans la mesure où ceux-ci acceptent de risquer leur élection au nom de l'indépendance. Dès lors, une mobilisation pour faire le pays devient possible. Les 600 000 souverainistes le décoderont très vite. D'autres aussi. L'affirmation attire les constructeurs de pays. L'hésitation les éloigne.

Référendum ou pouvoir provincial

Certains députés du PQ, dont le chef de ce parti, s'opposent mordicus à cette idée. Il y a là une énigme. Pourquoi défendent-ils l'étapisme ? Parce qu'ils rêvent d'un retour imminent au pouvoir provincial à la suite d'un rejet du gouvernement Charest ? Sans doute. Parce qu'ils estiment que cette approche permet la tenue d'un référendum traditionnel qui, gagné à 50 % plus une voix, serait le seul moyen d'assurer une légitimité sur la scène internationale ? Fort probablement. Parce que, pour eux, lors d'un scrutin, les électeurs sont sollicités pour appuyer divers projets autres que celui de l'indépendance et manifestent des comportements en conséquence ? Sûrement.

Personnellement, je ne vois pas les choses ainsi. Si le 50 % + 1 m'apparaît être un pourcentage décisif en démocratie, je pense que le pays du Québec peut advenir autrement que par le recours à un tel référendum qui, ne l'oublions pas, est sous contrôle canadien depuis le Clarity Bill. Divers scénarios sont imaginables dans le cadre d'une élection référendaire. Si celle-ci donne 50 % + 1, le parcours à suivre est tracé. Le parti élu peut agir et préparer la tenue d'un référendum sur l'approbation d'une constitution. Avec moins de 50 % + 1, soit 44 % par exemple, deux options se présentent :

- refuser la gouverne provinciale et retourner dans l'opposition, ce qui exige beaucoup d'abnégation. Le sérieux de l'engagement des candidats ressortirait avec force. Ces derniers, dans l'opposition, pourraient alors révéler les avantages d'un pays par rapport à la gouverne provinciale. Par ailleurs, chaque nouveau rendez-vous électoral deviendrait l'équivalent d'un nouveau référendum. La mobilisation serait à son maximum devant tant d'abnégation et de transparence;

- enclencher la démarche vers l'indépendance immédiatement, chose légitime en système parlementaire britannique vu la proposition électorale claire faite à la population, et fixer une étape de confirmation démocratique qui serait un référendum tenu dans une logique d'affirmation et de rupture sur un projet de Constitution déclarant l'indépendance. Gagné à 50 % + 1, ce référendum serait tout à fait légitime sur la scène internationale. Si ce référendum est perdu, le parti devrait démissionner pour éviter un retour à l'étapisme.

Une élection référendaire a ainsi pour effet de constamment joindre la prise du pouvoir à la réalisation de l'indépendance. La rejeter sur la base d'une nécessaire majorité absolue dans un référendum traditionnel car celui-ci rend légitime un geste de rupture, c'est refuser de regarder des voies alternatives tout aussi légitimes. La rejeter parce que les électeurs se prononcent sur d'autres choses, c'est préconiser précisément que les électeurs se prononcent sur la souveraineté et autre chose. Dans l'un et l'autre cas, c'est privilégier une disjonction pour prendre le pouvoir provincial. Il s'agit d'une immense arnaque pour élire des provinciaux sans vision, sans audace et sans conviction ferme.

Forts de cela, il nous appartient, à nous indépendantistes, d'évacuer l'étapisme du décor. Il nous faut prendre le contrôle du PQ parce que ce parti est, aux yeux de la population du Québec, un véhicule crédible menant à la souveraineté. Le temps des idées claires et des vrais engagements est arrivé. Nous devons faire valoir l'idée d'une élection référendaire car celle-ci peut conduire à une légitimité de 50 % + 1 en évitant les pièges de la gouverne provinciale.

Méfiance

Cela étant, méfions-nous de la «saison des idées» sous le contrôle des instances du PQ. L'idée d'élection référendaire n'y est absolument pas présente, et Bernard Landry a affirmé qu'elle «ne lui plaisait pas du tout». Avec lui à la tête de ce parti, il y a peu de chances qu'elle débouche sur un vrai débat de fond et encore moins qu'elle s'impose. Aussi est-il urgent que cette idée s'irradie de plus en plus et devienne incontournable au point de susciter une volte-face de sa part ou son départ.

L'heure est donc venue de dénoncer les gens qui, au nom de leur carrière et de leur attrait pour le pouvoir provincial, emprisonnent la volonté d'un peuple d'accéder à la liberté. Si les Américains des États-Unis, comme de nombreux autres peuples, ont accepté de mourir pour mettre leur pays au monde, le nôtre vaut que nous mettions de côté nos avantages carriéristes et notre soif du pouvoir aliénant d'une province. Faisons en sorte que le PQ marche résolument vers l'indépendance, en totale jonction avec la cause qu'il prétend porter. Sinon, préparons-nous à le faire sans lui.



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Le projet de centrale au gaz confirmé

Hélène Baril
La Presse mercredi 14 janvier 2004

Le Suroît n'a pas subi de changements significatifs

Présenté comme " revu et amélioré " comme le Tide dans la publicité, le projet de centrale au gaz naturel d'Hydro-Québec est en fait le même que celui qui avait été annoncé en 2002: même investissement requis (550 millions), même production d'énergie (800 mégawatts) et très peu de changement en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre.

Il s'agit d'un projet " incontournable ", a plaidé hier le ministre Sam Hamad, au cours d'une conférence de presse tenue par une journée glaciale. M. Hamad a qualifié la situation énergétique du Québec de " précaire ". Il a expliqué que le projet du Suroît était indispensable pour assurer la sécurité énergétique des Québécois en attendant l'entrée en service des centrales hydroélectriques de Toulnustouc (465 mégawatts) et de Eastmain-1 (480 mégawatts).

Hydro-Québec construira une centrale au gaz naturel de 550 millions de dollars à Beauharnois, mais elle ignore le coût de l'électricité qu'elle produira, puisqu'il dépend du prix du gaz, dont la demande est très élevée et l'offre limitée.

Au prix actuel du gaz naturel, le prix de revient pour Hydro-Québec est entre 6 et 7 cents le kilowattheure, a indiqué hier son président, André Caillé, mais personne ne peut savoir quel sera le prix du gaz lors de l'entrée en service de la nouvelle centrale, à l'été 2007, a-t-il reconnu.

Le président d'Hydro-Québec a fait valoir que la turbine choisie, fabriquée aux États-Unis par General Electric, est plus performante sur le plan environnemental parce qu'elle permet de produire plus d'électricité en utilisant moins de gaz. L'installation de cette turbine au Québec sera une première en Amérique du Nord, a souligné M. Caillé. Le président d'Hydro a assuré qu'il ne connaissait pas l'existence de cette turbine lors de la première annonce du projet, en 2001.

Selon le porte-parole de General Electric, Sylvain Bulota, la technologie en question existe depuis trois ou quatre ans. La turbine 7 H équipe déjà une centrale de production d'électricité à Balgan Bay, au Pays de Galles (Royaume-Uni), et GE en a vendu quatre à la firme japonaise Tepco.

La centrale de Beauharnois produira 800 mégawatts, soit assez d'électricité pour alimenter une ville de 250 000 habitants.

La turbine brûlera 45 milliards de pieds cubes de gaz naturel par année, ce qui fera augmenter de 20 % les ventes annuelles de Gaz Métropolitain, le distributeur de gaz dont Hydro-Québec est le principal actionnaire.

Gaz Métro profitera aussi de la mise en service de l'autre centrale au gaz naturel qui sera construite à Bécancour par TransCanada Energy à la demande d'Hydro-Québec, qui s'est engagée à acheter toute sa production d'électricité. Cette centrale de 507 mégawatts brûlera 31 milliards de pieds cubes de gaz par année à partir de la fin de 2006, ce représente 15 % de ventes supplémentaires pour Gaz Métro.

Cette augmentation importante du volume de gaz distribué par Gaz Métro se traduira par une réduction des tarifs de distribution de tous les utilisateurs québécois de gaz naturel, a précisé le président de l'entreprise, Robert Tessier, qui estime la réduction à environ 1 %.

La centrale de Beauharnois rejettera de l'eau chauffée à 10 degrés qui pourra être utilisée pour d'autres activités économiques, a aussi fait savoir Hydro-Québec. Des discussions sont en cours avec l'Union des producteurs agricoles qui s'intéresse à cette eau pour un projet de culture en serres.

En échange de leur appui au projet, les dirigeants de la MRC Beauharnois-Salaberry recevront une somme de 4 millions qui pourra être consacrée au développement économique régional.

À qui la faute?

Sans le Suroît, il manquerait 5 térawattheures (5 milliards de kilowattheures) pour satisfaire la demande québécoise en 2011, a précisé Sam Hamad. Selon lui, cette situation est attribuable à une augmentation plus rapide de la demande, que personne ne pouvait prévoir, mais aussi au fait qu'aucun projet de développement n'a été entrepris par Hydro-Québec entre 1994 et 1998.

Le président d'Hydro-Québec, de son côté, estime que la pénurie appréhendée est due à l'expansion de l'aluminerie Alouette, qui a été approuvée par le gouvernement précédent mais sans avoir été planifiée par Hydro.

En outre, André Caillé estime que la société d'État a dû retarder des projets parce qu'elle ne bénéficiait pas de l'appui des communautés locales pour les réaliser.

Les projets d'Hydro-Québec ont toutefois toujours eu le soutien de la communauté des affaires, qui s'est réjouie hier de la mise en chantier prochaine de la centrale de Beauharnois.

C'est une bonne nouvelle, estime le président-directeur général des Manufacturiers et Exportateurs québécois, Paul-Arthur Huot. " Les projets hydroélectriques doivent demeurer une priorité mais, en raison des longs délais d'autorisation et construction de ceux-ci, la centrale du Suroît constitue une bouée ", a-t-il commenté.

L'Association électrique du Québec, qui regroupe les entreprises du secteur de l'énergie, se réjouit. " La nouvelle centrale du Suroît permettra une meilleure marge de manoeuvre dans la gestion du parc de production énergétique des Québécois ", a fait savoir son porte-parole, Gaëtan Thibault.



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Centrale du Suroît: Mulcair et Kyoto perdants

Charles Côté
La Presse mercredi 14 janvier 2004

L'annonce hier de la construction par Hydro-Québec de la centrale thermique du Suroît a fait deux perdants: la lutte contre le réchauffement global et le ministre de l'Environnement Thomas Mulcair.

Ce dernier a affirmé à plusieurs reprises que le projet du Suroît était inacceptable.

M. Mulcair était en vacances hier. Il n'était pas présent non plus le 17 décembre, à la réunion du Conseil des ministres au cours de laquelle le décret autorisant le Suroît a été adopté.

Son chef de cabinet, Alain Gaul, affirme toutefois que le décret a été adopté sur recommandation du ministère de l'Environnement. " M. Mulcair aurait préféré approuver un projet d'énergie renouvelable, mais il n'y en avait pas pour satisfaire les besoins énergétiques ", a expliqué M. Gaul.

" M. Mulcair vient de perdre sérieusement de la crédibilité, estimait hier le critique en Environnement du Parti québécois, Stéphan Tremblay. Et il n'est même pas là pour se défendre. "

En dépit d'une amélioration de 8 % de l'efficacité de la centrale, le projet annoncé hier fera augmenter d'un coup les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec de 2,25 millions de tonnes par année, une augmentation de 2,6 %, selon l'étude interne du ministère de l'Environnement. C'est l'équivalent de 600 000 automobiles de plus.

Dans son rapport sur le projet, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) affirmait qu'il ne devait pas être construit " sans la démonstration qu'il ne compromettrait pas la démarche du Québec et sa marge de manoeuvre face au protocole de Kyoto ".

Et sur ce point bien précis, le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, n'avait rien à offrir hier. " Le Québec s'est engagé à respecter (le protocole de Kyoto) mais les objectifs précis ne sont pas établis ", a-t-il indiqué en conférence de presse.

Les écologistes en furie

L'annonce a été décriée à l'unisson par tous les écologistes. " On nous prend pour des valises, dit Steven Guilbeault, de Greenpeace. Le BAPE a dit que c'était un projet inacceptable du point de vue des émissions de GES. Alors, je ne vois pas comment ce projet devient tout d'un coup acceptable simplement si on passe de 2,5 à 2,25 millions de tonnes. Est-ce que le gouvernement Charest est en train de renoncer à la mise en oeuvre du protocole de Kyoto? " demande M. Guilbeault.

Selon M. Gaul, Québec s'apprête à annoncer une série de mesures ce printemps pour aller chercher des réductions du côté des transports. " L'approbation du Suroît, ce n'est pas une renonciation à atteindre les objectifs de Kyoto ", dit-il.

L'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement (RNCREQ) affirment que c'est une " décision irresponsable " et ils " en appellent à la mobilisation générale de la population, particulièrement des jeunes et des parents qui, chaque jour, s'inquiètent un peu plus face aux conséquences des changements climatiques sur la santé publique, la sécurité et l'économie ".

L'objectif canadien selon le protocole de Kyoto est de réduire les émissions de GES de 6 % par rapport à leur niveau de 1990 pour la moyenne des années 2008 à 2012. Le gouvernement fédéral n'a pas encore indiqué comment cet effort sera réparti. Toutefois, Ottawa prévoit déjà concéder une hausse de 14 % des émissions au secteur de la production électrique par les centrales au charbon, la principale source d'énergie en Alberta et la deuxième en Ontario.

Il faudra donc aller chercher les réductions ailleurs. Il y a deux secteurs possibles: l'industrie et les transports.

Les Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) se sont réjouis de l'annonce du projet, du point de vue de l'approvisionnement en électricité. Toutefois, il n'est pas question pour eux de fournir d'effort pour compenser les émissions de GES. " Pour l'instant, c'est clair qu'on se préoccuperait si on venait pelleter ça chez nous ", dit Daniel Charron, économiste du MEQ.



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Gaz à effet de serre
Qui absorbera l'effet Suroît?

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir mercredi 14 janvier 2004

La centrale consommera jusqu'à 1,3 milliard de mètres cubes de gaz naturel par année

Le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, n'a pas voulu préciser hier quels segments de la société québécoise devront absorber l'augmentation des gaz à effet de serre de 2,6 % à 3 % qui résultera de l'exploitation annuelle de la centrale thermique du Suroît, nouvelle mouture.

Pourtant, dans son rapport, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) ne voyait pas la pertinence d'un pareil projet si celui-ci était susceptible de compromettre l'atteinte par le Québec des objectifs du protocole de Kyoto. Selon les commissaires, il incombe au gouvernement de garantir d'abord l'atteinte de ces objectifs malgré cette hausse importante des émissions québécoises.

La centrale du Suroît consommera annuellement entre 1,1 et 1,3 milliard de mètres cubes de gaz naturel, ce qui haussera d'un coup de 20 % la consommation du Québec et les profits de Gaz Métropolitain, dont Hydro-Québec est actionnaire. Les GES issus de cette combustion atteindront 2,25 millions de tonnes de CO2 équivalent, soit 2,6 % des GES émis en 2001 au Québec, soit 86 millions de tonnes. Le Suroît deviendra la première source ponctuelle de la contribution québécoise au réchauffement du climat.

«Les objectifs du Québec ne sont pas clairement établis» en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES), a dit le ministre Hamad lorsqu'on lui a demandé qui devra absorber les émissions du Suroît. Il s'est rabattu systématiquement sur la bonne performance du Québec en matière d'émission de GES. Pour sa part, le président d'Hydro-Québec, André Caillé, a ajouté que le Québec «sera en très bonne position» pour négocier un pourcentage de réduction avec le gouvernement fédéral en raison du recours massif à l'hydroélectricité dans notre bilan énergétique.

Par ailleurs, le ministre Hamad et le président d'Hydro-Québec, André Caillé, qui procédaient à Montréal à l'annonce officielle de la «version revue et améliorée» du Suroît, ont gonflé hier de 60 % la réduction des gaz à effet de serre anticipée des nouvelles turbines à gaz. La nouvelle turbine de la Générale électrique réduira de «8 %» les émissions de GES par rapport au projet initialement déposé auprès du ministère de l'Environnement, ont-ils dit.

Mais le rapport d'analyse environnementale du 8 décembre 2003, qui a servi de base au ministère de l'Environnement pour établir le décret d'autorisation gouvernemental, affirme que «la production de GES du Suroît passe ainsi de 353 tonnes par gigawattheure à 334 tonnes par GWh, soit une diminution de 5 %».

Personne, ni du côté d'Hydro-Québec ni au cabinet du ministre Hamad, n'a pu expliquer hier cette augmentation de 5 à 8 % de la réduction anticipée des GES.

Cependant, le même rapport d'analyse précise que c'est le Plan canadien de réduction de gaz à effet de serre qui devrait régler le problème causé par les émissions du Suroît.

«On prévoit présentement, y lit-on, que le plan du Canada sur les changements climatiques imposera à Hydro-Québec d'assumer les coûts d'émissions associés à la production de GES, compensant ainsi l'impact de l'augmentation des GES due au Suroît». Ni le ministre des Ressources naturelles ni le p.-d.g. d'Hydro-Québec n'ont confirmé hier que telle serait la responsabilité de la société d'État.

Au ministère de l'Environnement, Alain Gall, le directeur de cabinet du ministre Thomas Mulcair, le parrain du décret d'autorisation de ce projet qu'il décrie depuis des mois, affirmait qu'il y avait une «bonne marge de manoeuvre pour des réductions» du côté des transports, de l'agriculture et des lieux d'enfouissement principalement. Ce qu'on verra dans le nouveau Plan québécois de réduction qui sera élaboré «après» une éventuelle entente avec Ottawa, dont les négociations n'ont pas encore démarré officiellement, faute de mandat dûment autorisé.

Cependant, tout comme l'analyse environnementale le précise, MM. Hamad et Caillé ont soutenu que la centrale du Suroît «serait nécessaire d'abord pour combler la demande québécoise croissante en électricité entre 2007 et 2010, une période pendant laquelle l'instigateur du projet prévoit que la demande domestique pourrait excéder sa capacité de production».

Selon la porte-parole d'Hydro-Québec, Marie Archambault, c'est parce que le projet du Suroît relève d'Hydro-Québec Production qu'il n'a pas été soumis et ne sera pas soumis à la Régie de l'énergie, laquelle aurait pu valider ces prévisions de déficit appréhendé. La Régie, précise Mme Archambault, ne peut que valider les besoins en énergie d'Hydro-Québec Distribution depuis la loi 116 du Parti québécois.

L'entrée du Québec dans la production thermique a été accueillie par un tollé d'indignation dans les milieux environnementaux et scientifiques.

«C'est une honte, déclarait Jean-Marc Pelletier, président du syndicat des chercheurs de l'IREQ. La crédibilité du gouvernement Charest est en cause avec cette décision. L'an dernier, avec ses collègues de l'est de l'Amérique, M. Charest a blâmé l'administration Bush, qui se place en marge de Kyoto. Et même si le Québec a de nombreuses alternatives pour combler des besoins aussi ponctuels et limités dans le temps, le gouvernement nous engage dans la filière thermique, la plus polluante, et refile la facture à d'autres secteurs pour empocher les bénéfices d'Hydro. N'oublions pas que, s'il y a un trou à combler entre la demande et l'offre, ce qui n'est pas démontré, c'est parce que l'administration Caillé a écarté pendant des années tous les projets au-dessus des 3 ¢ du kilowatt.»

Ce que le président Caillé devait réfuter hier en alléguant qu'il n'y avait aucun lien entre son ancienne politique des 3 ¢ du kWh et les projets restés sur les tables à dessin pendant ces années-là.

De leur côté, le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement, l'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique et l'Union québécoise pour la conservation de la nature ont qualifié «d'irresponsable» cette décision du gouvernement Charest, réitérant que ce projet d'exportations au début est maintenant justifié par des besoins québécois non validés. Ces groupes lancent un appel à la «mobilisation générale» pour contrer une décision qui remet en question, disent-ils, d'autres ententes sur les pluies acides et le smog urbain.

Pour Greenpeace, l'approbation du Suroît, qui équivaut à ajouter 20 000 voitures au parc automobile québécois, pourrait sérieusement miner la capacité du Québec d'atteindre les objectifs de Kyoto en plus d'hypothéquer les timides ouvertures du Québec vers les énergies renouvelables comme l'éolien.

Pour Stephan Tremblay, du Parti québécois, «le prétendu déficit énergétique» aurait eu intérêt à être débattu par la prochaine commission parlementaire sur le Plan stratégique de la société d'État avant qu'on en approuve un élément aussi important et dangereux pour notre adhésion au protocole de Kyoto.



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Le Suroît tournera en 2007

Pierre Couture
Le Soleil mercredi 14 janvier 2004

La centrale au gaz naturel émettra 2,2 millions de tonnes de GES par an dans le ciel québécois

Ce qui était un secret de Polichinelle est devenu réalité hier lorsque Québec a confirmé la construction de la centrale au gaz naturel du Suroît, située à Beauharnois, en Montérégie. La centrale de 800 mégawatts (MW) émettra toutefois 2,2 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) par année dans le ciel québécois.

"Nous voulions un projet moins polluant et nous l'avons", a indiqué hier le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad.

Selon ce dernier, la version améliorée du Suroît - construite au coût de 550 millions $ par Hydro-Québec - permettra de réduire les émissions de GES de 8 % par rapport au plan initial. À l'origine, la centrale devait gonfler de 4 % - 2,4 millions de tonnes - le total québécois des gaz provoquant le réchauffement climatique.

Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) avait pourtant émis des sévères réserves sur le projet présenté par Hydro-Québec. La raison ? La centrale compromettait sérieusement les engagements du gouvernement à l'égard du Protocole de Kyoto. Québec soutient qu'elle répond maintenant aux conditions environnementales du BAPE.

Pour respecter Kyoto, le Québec devra globalement réduire de 6 % ses émissions actuelles de GES alors que le projet du Suroît en ajoutera 2,6 %.

"Nous n'avons plus le choix, on se dirige directement vers un lourd déficit énergétique. Et c'est que nous devons éviter à tout prix", a ajouté le ministre Hamad.

Pour Québec, le projet du Suroît demeure urgent si Hydro-Québec veut faire le pont entre les années 2007 et 2010. Après cette période, les projets hydroélectriques dans le collimateur devraient suffire à la demande.

Les données d'Hydro-Québec indiquent que le Québec fera face à un déficit énergétique de 3,5 térawattheures (TWh) dès 2006, ce qui serait davantage que la puissance de la nouvelle centrale hydraulique de Toulnustouc (3 TWh).

Mulcair

Au ministère de l'Environnement, le ministre Thomas Mulcair n'était pas disponible pour commenter la nouvelle.

"C'est sûr que nous aurions préférer autoriser un projet d'énergie renouvelable, a signalé le directeur du cabinet du ministre, Alain Gaul. Mais avec le manque d'énergie qui se profile à l'horizon, c'est la moins pire des solutions."

Chez Hydro-Québec, on jubilait. Car la version améliorée du Suroît - dont l'utilisation sera de 90 % - jouira d'une nouvelle technologie de turbine - 7HMD - développée par General Electric.

"L'implantation de cette turbine sera une première en Amérique du Nord", a indiqué le président André Caillé.

Pour la société d'État, le projet bonifié tient maintenant compte de la recommandation du BAPE selon laquelle "les efforts de réduction des GES devraient s'orchestrer à l'échelle de l'Amérique du Nord".

Écran de fumée

Du côté des groupes environnementaux, c'était plutôt la désolation hier. Les qualificatifs d' "écran de fumée" et de "mensonges gros comme le bras" ne manquaient pas.

"On nous place devant le fait accompli sans avoir de nouveau consulté le BAPE ni avoir la décence d'attendre la fin de la commission parlementaire qui étudiera dès la semaine prochaine le plan stratégique d'Hydro", a déclaré le député péquiste de Lac-Saint-Jean, Stéphan Tremblay.

"Si elle voit le jour, cette centrale sera l'équivalent de 20 000 nouvelles voitures sur les routes du Québec", a prévenu Steven Guibeault de Greenpeace.

"C'est la fin de l'énergie bleue dont les Québécois sont pourtant si fiers", a estimé Philippe Bourke du Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement de Québec (RNCREQ).

Le RNCREQ, qui a joint sa voix à l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique et l'Union québécoise pour la conservation de la nature, s'est par ailleurs demandée quelle malheureuse hécatombe s'était abattue sur les réserves énergétiques du Québec pour connaître un tel sort.

"Mais que s'est-il passé ? En 2002, ce projet devait permettre à Hydro de profiter des occasions sur les marchés de l'exportation. Aujourd'hui, on nous dit que c'est une mesure exceptionnelle pour assurer la sécurité des approvisionnements ?" s'est questionné Philippe Bourke.

Pour leur part, tant l'Association de l'industrie électrique que les Manufacturiers et exportateurs et l'Association des constructeurs de routes et de grands travaux ont salué la décision de Québec d'aller de l'avant avec le Suroît.

Été 2007

Si tout se déroule comme prévu, les travaux de construction devraient débuter ce printemps. La centrale, qui doit entrer en service à l'été 2007, devrait fournir du travail permanent à une trentaine de personnes. Hydro-Québec s'est aussi engagée à créer un fonds de développement de 4 millions $ pour la région de Beauharnois.

Hydro-Québec pourrait également permettre à des promoteurs d'un important projet de serres agricoles d'utiliser l'eau chaude rejetée par la centrale pour chauffer leurs installations. L'eau chaude pourrait ainsi faire épargner entre 70 à 75 % des coûts de chauffage aux serriculteurs.

Dans ses conclusions, le BAPE recommandait d'ailleurs à Hydro de financer une étude de faisabilité indépendante sur les possibilités d'une mise en valeur durable de l'énergie résiduelle contenue dans le rejet thermique de la centrale.

Rappelons qu'outre le projet du Su- roît, Hydro-Québec doit aussi acheter de l'électricité produite par TransCanada Energy qui construira une centrale au gaz naturel de 507 mégawatts à Bécancour. Cette centrale rejettera par année dans l'atmosphère quelque 900 000 tonnes de GES.



»» Montagnais

Les Innus de Sept-Îles réclament un milliard

Norman Delisle
PC mercredi 14 janvier 2004

Une poursuite a été inscrite contre Québec, Ottawa et Hydro-Québec

Québec - Les Innus de Uashat-Maliotenam (Sept-Îles, sur la Côte-Nord) entendent poursuivre Hydro-Québec et les gouvernements du Québec et du Canada pour un milliard de dollars, a appris la Presse canadienne.

Une requête en ce sens a été déposée le 30 décembre dernier en Cour supérieure à Québec. Elle n'a cependant pas encore été signifiée aux parties défenderesses, a indiqué le procureur des requérants, l'avocat québécois Jean-François Bertrand.

La requête invite le tribunal a reconnaître les droits ancestraux des Innus de Uashat-Maliotenam, notamment les droits traditionnels de pêche et de chasse, leur permettant d'utiliser les cours d'eau, d'ériger des campements et de gérer le territoire.

La procédure judiciaire demande aussi au tribunal de déclarer inconstitutionnelles et nulles les Conventions de la baie James, du Nord québécois et les lois qui les valident.

Le tribunal est également invité à reconnaître que la construction de barrages, l'exploitation de mines, la conduite d'activités militaires ou industrielles sur les territoires innus «ont porté atteinte au mode de vie, à la culture, à la société, aux droits ancestraux et aux titres aborigènes» des Innus.

Ces activités «ont aussi détruit, détérioré, perturbé et nui à la faune et à la flore» des territoires innus, «ont détruit des lieux culturels, des lieux de sépulture» des populations amérindiennes.

Hydro-Québec serait responsable de ces dommages, plaident les demandeurs, mais les gouvernements du Québec et du Canada auraient aussi manqué à leurs obligations et droits fiduciaires envers les Innus de Uashat-Maliotenam en autorisant ces travaux et ces activités sur le territoire.

La poursuite est intentée conjointement contre les deux gouvernements et Hydro-Québec. Elle est intentée au nom de la bande innue de Uashat-Maliotenam et du chef de cette bande, Rosario Pinette.

Uashat est située à la limite ouest de la ville de Sept-Îles, tandis que Maliotenam est située à 16 km à l'est de Sept-Îles.

Selon les données du ministère des Affaires indiennes, ces deux communautés combinées ont une population totale de 3000 habitants.

Il n'a pas été possible d'obtenir les commentaires du gouvernement québécois, car ce dernier n'a pas encore été saisi de la requête, qui n'a pas encore été signifiée.

Le chef Pinette était pour sa part en route vers Québec hier et n'a pas pu être rejoint pour commenter.

La communauté de Uashat-Maliotenam est qualifiée de dissidente par rapport aux autres communautés innues. Elle n'a pas approuvé l'entente de principe tripartite intervenue en juin 2002 entre les négociateurs des gouvernements de Québec et d'Ottawa et ceux du regroupement des quatre principales communautés innues.

La Presse canadienne a appris l'existence de la poursuite au moment où de graves incidents perturbent une autre communauté amérindienne, la communauté mohawke de Kanesatake.



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Le véritable enjeu du conflit: la culture du pot

Bruno Bisson, Judith Lachapelle, Karim Benessaieh
La Presse mercredi 14 janvier 2004

Les trafiquants ont été informés le 7 janvier d'une descente de la GRC prévue quatre jours plus tard

C'est la culture intensive de la marijuana et les millions de dollars qu'elle rapporte chaque année à quelques dizaines d'individus, et non le trafic de cigarettes illégales, qui sont les véritables enjeux de l'épreuve de force qui se joue depuis le début du mois dans la petite communauté mohawk de Kanesatake, au nord de la métropole.

Depuis le milieu des années 90, un réseau criminel de grande envergure, structuré et bien équipé, a réussi à s'implanter dans cette communauté en profitant de la misère, de l'absence de cohésion politique et du manque de constance dans les services de police, au point où il constitue aujourd'hui un véritable pouvoir occulte, capable de mettre en échec tous les efforts de réparation du tissu social déchiré depuis deux générations.

Des dizaines de petites plantations de marijuana ont ainsi vu le jour dans les sous-sols, les sous-bois, les cours arrière et les jardins de Kanesatake au fil des ans, souvent contre la volonté des résidants et des occupants des lieux qui se sont fait imposer cette présence, en échange d'un petit pécule qu'ils avaient plus ou moins le choix d'accepter.

Des cultures hydroponiques capables de donner entre cinq et six récoltes de pot par année ont donc été installées dans des maisons privées, un peu partout sur le territoire autochtone, bien à l'abri des regards, et même des relevés de consommation d'électricité d'Hydro-Québec, parce qu'elles sont alimentées en énergie par des génératrices à gaz.

C'est à cela, et au régime d'intimidation et de terreur instauré par les " vigiles " et autres supporters des trafiquants de Kanesatake, que le grand chef James Gabriel voulait s'attaquer lorsqu'il a signé en secret, en novembre dernier, avec le solliciteur général du Canada, une nouvelle entente de financement destinée à augmenter le budget du service de police local et à lancer une série d'opérations majeures contre la criminalité qui ronge la communauté.

Et c'est en apprenant l'existence de cette entente que ses opposants ont mobilisé les troupes pour organiser des groupes de " vigiles " qui patrouillent depuis une semaine les routes, les rangs et les moindres recoins de Kanesatake, à la recherche de tout indice d'activités suspectes.

Communiqué-surprise Bien que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ait refusé de confirmer qu'elle préparait bel et bien un raid sur Kanesatake, toute la communauté mohawk était déjà bien au fait de cette possibilité. La Presse a obtenu un communiqué, daté du 7 janvier, et signé par les trois chefs dissidents du conseil élu de Kanesatake, Steve Bonspille, John Harding et Pearl Bonspille, annonçant à tout le village la descente des policiers fédéraux, " prévue " pour le 11 janvier, soit dimanche dernier.

Ce document, tout aussi surprenant que révélateur des tensions internes, dénonce avec virulence les agissements du grand chef, en affirmant que celui-ci veut éliminer la vingtaine de petits kiosques de vente de cigarettes artisanales non taxées qui bordent la route 344 et les autres voies de communication de la communauté.

Or, tant le chef Gabriel que le nouveau directeur du service de police locale qu'il a désigné, Terry Isaac, ont clairement réfuté ces affirmations hier. M. Isaac a indiqué, en conférence de presse, qu'il y avait " beaucoup de crime organisé " à Kanesatake, et que le grand chef l'a justement nommé pour enquêter sur le sujet.

" Nous sommes ici pour enquêter sur le crime organisé, a-t-il insisté. Il faut que ce soit clair pour tout le monde, nous ne sommes pas ici pour enquêter sur la cigarette. "

Pour sa part, M. Gabriel a déclaré qu'un " trafic excessif de stupéfiants " explique beaucoup de problèmes sociaux et économiques de la communauté.

" J'ai toujours dit qu'on a un problème de crime organisé chez nous, a affirmé M. Gabriel. J'ai toujours dit que les membres de la communauté impliqués dans ces réseaux sont sophistiqués, et très organisés. Ils ont des systèmes de communication assez avancés. La vente de tabac, chez nous, c'est un droit pour nous autres. Ça ne rentre même pas dans la question, les cabanes à tabac. Ça n'a jamais été un objectif que de faire une descente sur elles. C'était plutôt de ramener l'ordre à Kanesatake, et d'avoir un corps de police qui était là pour faire respecter les lois. "

" La dernière fois que la vente de cigarettes a chuté, a-t-il rappelé, les gens qui ont établi un réseau de distribution se sont virés de bord, et ont lancé un trafic de narcotiques. Je ne veux pas revoir une répétition de ce schéma qui s'est produit au milieu des années 90. On doit éviter ça à tout prix. "



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Patience recommandée par les principaux acteurs de la crise d'Oka

Denis Lessard
La Presse mercredi 14 janvier 2004

Québec - Le gouvernement Charest ferait mieux de prendre son mal en patience et d'éviter de forcer le jeu devant le problème survenu à Kanesatake, suggèrent deux des principaux acteurs du premier affrontement avec les Mohawks, à l'été 1990.

" Je ne recommanderais sûrement pas de foncer dans le tas pour vider la place ", a dit sans détour Sam Elkas, qui était responsable de la Sécurité publique lors de la crise d'Oka en 1990. La présence de gens " qui n'observent pas nos lois " est constante sur les réserves, mais le gouvernement Charest doit " faire preuve de gros bon sens " et de doigté. Souvent, il s'agit davantage de luttes de pouvoir interne, qui n'ont rien à voir avec les relations entre les autochtones et les Blancs, a précisé l'ancien politicien.

En 1998, les Mohawks de Kanesatake avaient dressé des barricades pendant 78 jours. Le pont Mercier, près de Kahnawake, avait été bloqué pendant quelques semaines et un agent de la SQ avait perdu la vie dans cette crise.

Selon Guy Chevrette, qui a été ministre des Affaires autochtones, et qui a eu à gérer une crise autochtone sous le PQ, " il faut prendre le temps de réfléchir " et ne pas écouter " les ténors qui disent qu'il faut aller vite et arriver au désastre ". Pour M. Chevrette, le chef Gabriel doit être impliqué dans toutes les négociations à venir pour assurer sa crédibilité comme élu.

Ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, John Parisella avait eu à gérer la crise de 1990, alors que son patron venait d'apprendre qu'il était frappé par le cancer. Pour lui, le conflit qui fait rage actuellement n'a guère à voir avec celui d'il y a 13 ans. " Aujourd'hui, on fait face à des divergences internes chez les Mohawks, le problème de la contrebande n'a pas la même importance ", d'observer M. Parisella.

Comme Sam Elkas, il croit que la pire chose à faire pour le gouvernement serait de précipiter les choses. " Il faut donner à la communauté le temps de régler ses problèmes, de discuter entre eux, avant de jouer du bras ", recommande-t-il.

Selon Guy Chevrette, le gouvernement du Québec a tiré des leçons des affrontement de 1990. Ainsi, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, discute avec des élus et non avec les dissidents.



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Une crise interne pour contrer la criminalité, croit Ghislain Picard

Mario Cloutier
La Presse mercredi 14 janvier 2004

Québec - L'Assemblée des Premières nations pense que la crise à Kanesatake est interne et devra être réglée à l'interne. Se rappelant 1990, les leaders autochtones ne souhaitent surtout pas d'intervention policière extérieure.

Le chef régional de l'Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard, croit que les policiers autochtones peuvent contrer eux-mêmes la criminalité florissante à l'intérieur des communautés, à Kanesatake ou ailleurs.

" Ils peuvent résoudre ces questions eux-mêmes ou avec l'aide de policiers d'autres communautés autochtones ", a expliqué le chef Picard hier à Québec.

Depuis deux ans, les chefs autochtones du Québec réfléchissent davantage aux moyens de contrer la criminalité sur leurs territoires. Les autorités policières autochtones tentent d'ailleurs de multiplier les actions communes, comme c'était le cas à Kanesatake depuis le début de l'année.

Les activités criminelles ne sont pas plus tolérées en territoire autochtone qu'ailleurs, souligne Ghislain Picard. Il dit vouloir détruire le mythe qui veut que les réserves autochtones représentent un paradis pour la criminalité.

" On veut faire obstacle à ça. Notre principale préoccupation est l'infiltration d'éléments criminels dans la communauté. Il faut les stopper ", a-t-il dit à propos de Kanesatake, ajoutant qu'il n'était pas en mesure de préciser l'étendue du problème, mais reconnaissant que cela pouvait " exister au sein d'autres communautés ".

M. Picard a aussi condamné les agissements de ceux qui ont brûlé la maison du chef James Gabriel. " Ce sont des choses qu'on ne peut pas tolérer ", affirme-t-il.

Le chef de l'APNQL se dit prêt à intervenir comme médiateur si cela est souhaité par les diverses parties. Et si la présence de la SQ ou de la GRC n'est pas souhaitable, les interventions politiques de Québec et d'Ottawa sont bien vues.

" S'ils peuvent offrir des solutions pour un règlement pacifique, ils seront les bienvenus ", a conclu le chef Picard.



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Mettre ses culottes

André Pratte
La Presse mercredi 14 janvier 2004

Depuis le début de cette enième crise de Kanesatake lundi soir, nombreux sont les Québécois qui exigent des gouvernements qu'ils "mettent leurs culottes". Heureusement, Ottawa et Québec- on pense en particulier au ministre Jacques Chagnon- ont choisi la patience plutôt que la précipitation, l'intelligence plutôt que la bêtise. La nuit dernière, à l'heure de mettre sous presse, ce choix semblait avoir porté fruits.

À Kanesatake, la crise fait partie de la culture politique. Plutôt que de protester comme le font les partis d'opposition, plutôt que de manifester comme le font les syndicats, les mécontents de Kanesatake bloquent des routes, font des feux, prennent des otages. Ils savent que la simple évocation de la crise d'Oka va pousser les politiciens à agir.

Que doivent faire les gouvernements du Canada et du Québec dans de telles circonstances? Envoyer l'armée, la Sûreté du Québec, comme le réclament bien des gens à chaque crisette annuelle? Bien sûr que non. L'idéal, le dire est un lieu commun, c'est de laisser la communauté régler elle-même ses problèmes. Outre les risques de violence, toute solution imposée de l'extérieur ne saurait être durable.

Les nations autochtones du Canada réclament, avec raison, de pouvoir gérer leurs affaires. Cependant, les gouvernements blancs ne peuvent pas laisser cette autonomie dégénérer en anarchie. Quand le trafic des cigarettes s'affiche aussi ouvertement qu'à Kanesatake, c'est l'anarchie. Quand on incendie la maison d'un politicien, au risque de brûler vive sa famille, c'est l'anarchie. Quand on prend des policiers- autochtones!- en otage, c'est l'anarchie.

Comme la communauté de Kanesatake semble trop divisée pour mettre de l'ordre dans ses affaires, la responsibilité d'intervenir revient d'abord aux autres communautés- mohawks au premier chef. Il était rassurant hier de voir des leaders amérindiens d'un peu partout s'activer pour trouver un règlement négocié. Rassurant aussi qu'en définitive, la crise semble s'être réglée sans l'intervention de la Sûreté du Québec, mais plutôt par celle d'agents mohawks de Kahnawake et d'Akwesasne. C'est à eux, maintenant, qu'incombera d'identifier et d'arrêter les imbéciles qui ont incendié la maison de M. Gabriel. Leur crédibilité dépend de leur succès.

De façon générale, d'ailleurs, les leaders autochtones devraient avoir compris depuis longtemps que le meilleur moyen de défendre la souveraineté de leurs nations, c'est de montrer qu'ils sont en mesure de l'assumer. À cet égard, on ne peut que s'inquiéter de voir que la crise se règle apparemment au désavantage de James Gabriel. M. Gabriel a tout de même été élu au suffrage universel. En outre, vu de l'extérieur du moins, il semblait être déterminé comme aucun autre leader passé de la communauté à lutter contre la criminalité qui fait tant de tort aux Mohawks.

Depuis la crise de 1990, plusieurs étapes ont été franchies à Kanesatake. La communauté a désormais une assise territoriale claire, protégée par une loi fédérale. Son gouvernement jouit de pouvoirs réels et d'une police reconnue. Des centres pour jeunes et pour personnes âgées ont été construits. Bref, Blancs et Mohawks ont abattu ensemble beaucoup de boulot.

C'est ce travail de fond qui devra continuer, patiemment et résolument. Agir sur les causes, penser à long terme, ça, c'est mettre ses culottes.



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Un test de leadership

Gilbert Lavoie
Le Soleil mercredi 14 janvier 2004

S'il y a une leçon à retenir de la crise d'Oka de 1990, c'est de ne pas tirer de conclusions hâtives des événements qui ont affligé la communauté mohawk de Kanesatake depuis lundi. Il faut se donner le temps de bien dénouer cette crise. Après la Paix des braves et les efforts déployés au cours des dernières années pour renforcer les liens entre Québécois et autochtones, il serait bien malheureux de voir une querelle interne dégénérer, ternir de nouveau l'image du Québec et nourrir les préjugés à l'endroit des communautés amérindiennes.

Cette prudence s'impose d'autant plus que les peuples autochtones ont fait beaucoup de progrès depuis 1990. La mise sur pied de corps policiers professionnels sur les réserves a permis d'aplanir beaucoup de difficultés. Les chefs de police autochtones sont regroupés au sein d'une association qui s'est donné comme objectif d'identifier et de combattre la criminalité sur leurs territoires. L'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador a fait également de cet objectif l'une de ses priorités il y a deux ans. Dans un premier temps, c'est donc aux leaders autochtones qu'il appartient d'intervenir. L'occasion est belle de démontrer qu'ils peuvent régler eux-mêmes les conflits internes comme celui qui a éclaté lundi à Kanesatake.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit : d'une querelle dans une toute petite communauté qui est à des lieues de la réalité vécue par la vaste majorité des peuples autochtones du pays. Une querelle de petits cigarettiers qui se livrent à la vente illégale du tabac, et qui s'objectent aux efforts du conseil de bande pour mettre de la discipline dans leurs activités. Une querelle sur fond de divisions entre deux clans qui se disputent le pouvoir, et qui continueront de le faire lorsque la crise sera résorbée.

Bien sûr on a bloqué une route, mais il n'y avait pas là une urgence telle qui commandait de lancer les Rambo de la SQ dans une opération comme celle qui a mené à la mort du caporal Marcel Lemay en 1990. Et ce n'est pas le sort des 60 policiers autochtones, supposément "pris en otages" par une trentaine de manifestants... qui méritait une intervention policière. On ne les aurait tout de même pas laissés mourir de faim !

Quant à l'incendie criminel de la maison du chef James Gabriel, il sera toujours temps de faire enquête et de sévir contre le ou les coupables lorsque la situation sera revenue à la normale. Pour le moment, l'important est de laisser les esprits se calmer un peu. Les parties à cet affrontement devront bien finir par se parler ou faire appel à un médiateur. Il faudra ensuite ramener la paix dans la communauté, et en chasser les éléments criminels. Cette crise n'a pas l'ampleur de celle de 1990, mais elle constitue un test crucial pour le leadership autochtone de tout le Québec.



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Les Bougon de Kanesatake

Michel Vastel
Le Soleil mercredi 14 janvier 2004

Vous m'excuserez d'y avoir pensé, mais je trouve que les corps de police du Canada ont la menotte plus rapide avec les Arabes et les musulmans qu'avec les Amérindiens. Mais les mutins mohawks de Kanesatake sont les Bougon des Premières Nations : ils trichent, ils fraudent, ils incendient, ils imposent leur loi en bafouant celle des gouvernements du Canada et du Québec.

Plus ça change, plus c'est pareil : comme en 1990 et comme en 1994, la police négocie avec les criminels. Parce qu'ils sont mohawks. Parce qu'ils forment une nation. Alors, il faudrait parler de coup d'État puisque les mutins ont viré leur chef dûment élu, James Gabriel. Ils ont même brûlé sa maison sans se soucier si lui-même, son épouse ou ses enfants étaient à l'intérieur.

Les mutins ont aussi séquestré les représentants de la loi, des policiers dûment mandatés par le chef de police. Alors il faut aussi parler d'insurrection !

Une rébellion ou une insurrection, sans parler de la contrebande et de l'évasion fiscale, ce sont autant de crimes fédéraux. Et le blocage de la circulation routière, cela relève au moins de la cour municipale. Bref, il y a longtemps que ces rebelles devraient avoir les menottes aux poignets. Mais, une fois de plus, les politiciens ont pris la place de la police. Encore heureux que ce ne soit pas des bâtons de dynamite ou des armes qu'ils trafiquent : c'est George W. qui ne serait pas content !

Je me suis même demandé si ce n'était pas sur ordre du cabinet du premier ministre, ou du bureau du Conseil privé, que la GRC a reporté son intervention de dimanche, pour ne pas détourner l'attention de la première sortie internationale de Paul Martin et de son tête-à-tête avec George W. Bush. Je charrie ? J'en ai vu d'autres à Ottawa...

En juillet 1990, la crise d'Oka survenant juste après l'échec des négociations constitutionnelles sur la reconnaissance du caractère distinct de la société québécoise faisait bien l'affaire des mandarins fédéraux qui rappelaient, pas trop subtilement, que les revendications territoriales des souverainistes, cela se jouerait à deux. Quand Robert Bourassa dut faire appel à l'armée, un sous-ministre fédéral me glissa à l'oreille : "Il sera désormais bien difficile au gouvernement du Québec de revendiquer toute forme de souveraineté alors qu'il vient d'avoir recours à l'armée canadienne pour contrer des revendications identiques du peuple iroquois."

La contrebande du tabac à Oka-Kanesatake, c'est de la petite pègre. D'ailleurs, le détachement de policiers autochtones appelés en renfort devait plutôt participer à une opération spéciale, avec la GRC et la Sûreté du Québec, contre "le crime organisé". Le ministre de la Sécurité publique du Québec a annulé tout cela. Et a confié à des policiers mohawks d'Akwesasne et de Kahnawake la tâche de rétablir l'ordre à Kanesatake. Jacques Chagnon a la mémoire qui flanche...

Car c'est bien à Kahnawake qu'en 1994 on a mis au jour une filière mohawk échangeant des armes paramilitaires en provenance des États-Unis contre de la cocaïne. Et c'est bien dans la réserve d'Akwesasne, située à la limite du Québec, de l'Ontario et des États-Unis, que le crime organisé règne en maître.

Lorsque j'avais mis au jour ce trafic, le premier ministre Jean Chrétien, et son solliciteur général, Herb Gray, avaient reconnu que la GRC et les autres corps policiers, pour toutes sortes de raisons, ont laissé le crime organisé développer ses réseaux de contrebande "impliqués dans le commerce du tabac, de l'alcool, des drogues et des armes militaires de gros calibre".

Le président de l'Association des policiers provinciaux du Québec, Jocelyn Turcotte, m'avait dit lui-même en février 1994 : "On a laissé se former des enclaves où il est raisonnable de croire qu'on n'entrepose pas seulement des cigarettes. Des policiers se plaignent couramment qu'une poursuite ou une tentative d'interception donne lieu à des incidents rocambolesques qui mettent la vie de nos membres en danger. Il est clair qu'on a des ordres de ne pas aller (dans les réserves autour de Montréal) pour ne pas provoquer une autre crise d'Oka. Les ordres sont de patrouiller autour..."

Dix ans plus tard, et malgré les efforts de James Gabriel pour rétablir l'ordre sur son territoire d'Oka, on en est toujours au même point. La GRC - responsable de la répression de la contrebande - a laissé 27 cabanes s'installer le long de la route 344. Cela ne s'est pas fait en quelques jours, tout de même. C'est le même corps de police, en passant, qui poursuit les fabricants de cigarettes pour leur complicité avec les contrebandiers dans les années 1990.

Hier, les bien-pensants nous ont servi les mêmes excuses pour ces criminels au-dessus des lois : les Mohawks vivent dans un état de pauvreté extrême et la contrebande, c'est leur "BS" en quelque sorte. J'ai même entendu un commentateur bien-pensant de la radio tenir les fumeurs québécois responsables de cette situation puisque, achetant du tabac de contrebande, ils sont complices eux aussi ! Mohawk, Bougon, même combat...

Hier, j'ai demandé au ministre des Finances, Ralph Goodale, un bon gars de la Saskatchewan qui n'a sans doute jamais commis la moindre peccadille, ce qu'il pensait de cette situation. "Troublant et sérieux", dit-il, visiblement mal à l'aise. Mais alors, pourquoi ses collègues - Anne McLellan de la Sécurité publique et Andrew Mitchell des Affaires indiennes - ne font-ils rien ? "Ils observent", a rassuré Paul Martin...

Une dernière remarque sur cette "crise" inattendue : lorsqu'on me demanda de sortir ma boule de cristal au début de l'année et de prédire les grands événements de 2004, je mis en garde les curieux : "Il arrive toujours un événement imprévisible qui fait dérailler les plus savantes stratégies de nos gouvernements..." En voilà un !

En attendant, la loi du pays - the law of the land, comme disent les Anglais - a été bafouée. Mais cela se passe au Québec, et les délinquants sont Amérindiens, alors on dirait que ce n'est pas tout à fait aussi grave qu'ailleurs...



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L'hiver indien

J -Jacques Samson
Le Soleil mercredi 14 janvier 2004

Éditorial - Kanesatake est une poudrière. Cette communauté mohawk, comme toutes les communautés autochtones, est divisée en deux factions idéologiques, mais celles-ci ont un poids politique à peu près égal à Kanesatake, du moins en termes de représentation au conseil de bande, et une culture de violence a historiquement été accolée à cette nation. Anciens ministres et fonctionnaires expliquent que Kanesatake a toujours été un cas un peu particulier. L'actuel grand chef, James Gabriel, appartient à ces autochtones tournés vers l'avenir, qui misent sur la scolarisation, la lutte à la consommation d'alcool ou des drogues et sur un sain développement économique pour relever la qualité de vie des Amérindiens. Ceux qui ont eu à traiter avec lui au gouvernement du Québec disent aussi qu'il est l'un des chefs autochtones les plus honnêtes et les plus francs qu'ils aient rencontrés. Dans toutes les communautés autochtones, ces progressistes sont aux prises avec certains des leurs qui vivent d'activités illégales fort lucratives. Ceux-ci brandissent toujours la culture et les droits ancestraux pour se soustraire aux lois et ils versent dans la violence au besoin pour imposer leur emprise sur leur communauté.

En 1990, la crise d'Oka fut déclenchée par la volonté d'appropriation d'une portion du territoire occupé par les mohawks pour agrandir un terrain de golf. Les warriors, qui se présentent comme les guerriers mohawks, défendaient alors la terre où étaient enterrés les ancêtres. Les barricades et le recours aux armes étaient injustifiables, mais la cause par contre était valable. La présente crise fait suite à la décision du chef Gabriel de remplacer le chef de police intérimaire, Tracy Cross, à qui il reprochait de fermer les yeux sur les activités criminelles entourant le commerce des cigarettes. Le crime organisé y serait même bien implanté. Vingt-sept postes de vente de produits du tabac sont concentrés sur trois kilomètres le long de la route 344. Ses adversaires politiques ont riposté en incendiant sa demeure, sa voiture, et en retenant les 55 policiers autochtones, venus à sa demande des autres communautés, prisonniers à l'intérieur du poste de police. La route 344 a aussi été bloquée. Il a dû s'enfuir victime d'une sorte de minicoup d'État en somme.

Tous les acteurs de 1990 établissaient donc une nette distinction entre les deux conflits. Le premier opposait des Blancs aux Mohawks ; le présent affrontement se passe entre deux factions mohawks. Les gouvernements à Ottawa et à Québec se sont bien ajustés à cette importante différence. Cela était d'autant plus important que le courant va dans le sens d'une reconnaissance de la souveraineté et de l'autonomie des nations autochtones. James Gabriel est par ailleurs appuyé au conseil de bande par trois petits chefs sur six ; son leadership est en conséquence fragile, mais il est néanmoins le seul interlocuteur légitime avec qui ils doivent traiter. C'est la recette qu'a suivie Guy Chevrette et qui a mené à un dénouement pacifique de la crise à Listiguj à l'été 1998. À ce dernier endroit, un conflit s'était développé entre le chef micmac Jacques et le clan de la famille Metallic. Le ministre Guy Chevrette a certes accepté de discuter avec les dissidents, mais tout en tenant toujours le chef démocratiquement élu informé de ses échanges et en affichant publiquement son parti-pris pour le chef Jacques. Cette même attitude s'imposait à plus forte raison dans l'affaire de Kanesatake. où les malheurs de James Gabriel découlent de sa détermination à faire respecter les lois.

Le démantèlement immédiat du commerce illégal des cigarettes s'avérera par ailleurs obligatoire pour rétablir l'autorité et la crédibilité du chef Gabriel. Une action concertée de la GRC, de la SQ et de la police autochtone est le modèle à privilégier. La neutralisation des activités illégales fera chuter rapidement le niveau d'influence de leurs auteurs dans la communauté. Une entente a déjà été conclue avec le chef Norton à Kahnawake sur la vente des cigarettes. Les commerçants autochtones perçoivent les taxes et un fort pourcentage est par la suite retourné à la communauté. Les Blancs ne voient évidemment plus d'intérêt à acheter leurs cigarettes à ces endroits et le commerce illégal est ainsi contré. La même formule devrait s'appliquer sans attendre à Kanesatake. Le chef Gabriel et ses trois alliés au conseil devront vite convenir d'un tel accord avec Québec pour faciliter le travail de leurs policiers. Chaque fois qu'un Blanc encourage le commerce illégal des "cigarettes à plumes", il renforce les criminels autochtones au sein de leur communauté, en plus de faire de l'évasion fiscale. Il est donc doublement important de prendre tous les moyens pour décourager les clients.

Des actes criminels ont enfin été posés : incendies, vandalisme, menaces de mort et autres. Un corps policier autochtone est en place depuis 1996 et il sera responsable du suivi à donner à ces délits, mais la Sûreté du Québec, forte de ses ressources et de son expertise, doit l'épauler à fond pour que leurs auteurs soient retrouvés et les coupables condamnés. Ce sera une autre forme de support au jeune chef Gabriel et à la démocratie.

Souhaitons dans un premier temps qu'il demeure grand chef.



»» OKA

Un nettoyage nécessaire

Josée Boileau
Le Devoir mercredi 14 janvier 2004

D'une rébellion à l'autre -- et il y en a eu plusieurs ces dernières années --, le scénario suivi par les contestataires de Kanesatake n'a jamais varié: intimidations, détournements démocratiques, actes criminels. Aussi tonitruants soient-ils, ces rebelles ne sont pas de simples opposants au grand chef James Gabriel mais bien des ennemis de la démocratie.

Cette fois-ci, c'est le changement de chef de police qui alimente la hargne à Kanesatake. Au printemps dernier, c'était la présence même d'une police autochtone, et auparavant encore, l'élection de James Gabriel, partisan de l'ordre dans sa communauté.

Les adversaires de ce dernier ont chaque fois les mots pour tout justifier. À quoi bon un corps de police quand ce budget pourrait servir pour les jeunes ou à la santé ? disait-on l'an dernier. Cette année, on invoque le droit de faire le commerce de cigarettes dans la réserve -- de la contrebande en fait -- pour contester le fait que M. Gabriel et ses partisans au Conseil de bande aient congédié un chef de police trop laxiste devant les activités criminelles.

Jamais à court d'idées, les dissidents n'ont d'ailleurs eu de cesse de faire la vie dure à James Gabriel depuis que celui-ci s'est donné pour mandat de nettoyer Kanesatake de ses bandits, acoquinés au crime organisé. Cinq mois après qu'il eut été élu, en 2001, ses adversaires ont ainsi organisé un référendum -- annoncé le lundi, tenu le jeudi ! -- pour le destituer, en tripotant la question et en restreignant le nombre d'électeurs. M. Gabriel contestera le procédé en Cour fédérale, qui lui redonnera son poste en 2002. Mais le harcèlement à son égard n'a jamais cessé, et lui n'a jamais cédé.

C'est une détermination que lui et sa famille paient cher, tout comme ses concitoyens, qui vivent la peur, les barricades ou les coups de feu intempestifs. Mais c'est la seule attitude possible, même si la marge de manoeuvre de M. Gabriel est terriblement étroite. Car où trouver des appuis quand tout dégénère ?

Ainsi, depuis la crise d'Oka, un consensus s'est créé dans ce Kanesatake autrement divisé : la haine profonde envers la Sûreté du Québec. Que James Gabriel y fasse trop rapidement appel, il perd toute crédibilité auprès des siens. Néanmoins, sol autochtone ou pas, le Québec tout entier est une société de droit : il ne saurait être question qu'un élu légitime plie devant les menaces. Le soutien du gouvernement Charest à M. Gabriel devra donc être inconditionnel lorsque celui-ci jugera l'heure venue de demander de l'aide. Québec fera alors la preuve qu'il sait la différence entre la juste prudence et le déplorable attentisme.

Ottawa, lui, se lave les mains de tout. Encore hier, on considérait les événements actuels comme une «affaire de police» alors que c'est bel et bien le ressort démocratique d'une communauté qui est en jeu.

Quant à l'Assemblée des Premières Nations, on y manie toujours la vacuité diplomatique. Hier, son porte-parole, Ghislain Picard, paraissait surtout soucieux du sort des policiers de la vingtaine de communautés autochtones appelés en renfort -- geste heureux ! -- à Kanesatake. Certes, M. Picard a condamné l'incendie dont le chef Gabriel a été victime, mais sans le situer dans le contexte des dernières années, qui fait voir à quel point ce qui se passe aujourd'hui ne relève pas de l'incident isolé.

On fera valoir que ce tableau d'ensemble est délicat à dresser, d'autant plus que la population est divisée et qu'il faut garder l'espace pour la médiation. Mais si les porte-parole autochtones n'appellent pas eux-mêmes, avec faits à l'appui, au grand nettoyage des éléments mafieux qui gangrènent certaines communautés, qui d'autre le fera ?

jboileau@ledevoir.ca


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Les libéraux dorment au gaz...

Patrice Boileau
TRIBUNE LIBRE 14 janvier 2004

Près de 700 000 véhicules supplémentaires parcourant chacun 20 000km par année. Voilà ce que représente en terme de pollution atmosphérique ce que produira la centrale au gaz naturel le Suroît de Beauharnois. Exit donc la qualité de vie des générations à venir, alors que le Québec dispose pourtant des sites les plus productifs en Amérique du nord pour ériger des parcs d'éoliennes. La solution facile que commande la navigation à vue l'aura emporté, une fois de plus, avec le gouvernement libéral de Jean Charest.

Il fallait entendre les raisons émises par le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, pour justifier la construction de la centrale thermique classique! Personne, selon le ministre, ne pouvait prévoir la prolifération des fours à micro-ondes, ni celle des téléphones cellulaires, durant les années 1995-1998! Ouais, pas de doute que ce moyen de communication s'avère très énergivore... Navrant.

Cette nouvelle désastreuse, que le Bureau d'audiences publiques (BAPE) condamne également, va compromettre l'atteinte des objectifs que le gouvernement du Québec s'était fixés à l'égard du Protocole de Kyoto. Au lieu de montrer l'exemple afin d'amener le Canada et les États-Unis à délaisser également des pratiques qui risquent de provoquer d'autres mégapannes électriques comme celle du mois d'août dernier, le gouvernement du Québec se rit des avertissements que lance dame-nature. Une pareille attitude laisse présager le pire lorsque Ottawa et Washington décrèteront unilatéralement le dragage du fleuve Saint-Laurent cet été. Doit-on se réjouir qu'il y ait dénatalité au Québec, face à l'héritage environnemental que nos élus fédéralistes irresponsables préparent?



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COMMUNIQUÉS 13 janvier 2004