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Le crime paie !
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 15 janvier 2004
La dernière d'une longue série de crises affectant la communauté de Kanesatake s'est terminée sans effusion de sang, et c'est tant mieux. Mais le premier vrai gagnant de ce dénouement, c'est évidemment le crime organisé.
Maison incendiée d'un grand chef de bande, routes bloquées, policiers menacés et séquestrés par une bande de voyous munis de bâtons et sans doute d'autres armes bien moins inoffensives : cela n'est-il donc pas suffisant pour qu'un ministre de la Sécurité publique se porte au secours des élus locaux ?
«Les Warriors ont gagné», titrait Le Journal de Montréal dans son édition d'hier. Victoire des contrebandiers et des trafiquants de drogue, aurait-on dû lire. En effet, en filigrane de la bataille politique que se livrent les deux factions adverses au sein de la communauté mohawk, il y a la dictature quotidienne des trafiquants solidaires dans le crime et déterminés à éloigner la menace policière de leur territoire de chasse désormais protégé par une autonomie politique acquise à la pointe du fusil.
Ce ne sont pas des centaines d'autochtones en colère qu'on a vu manifester cette semaine mais seulement une cinquantaine, dont certains ont déjà été associés à des affaires criminelles. Même des membres de la commission de police, interlocutrice neutre selon le ministre Jacques Chagnon, ont été vus parmi les manifestants qui ont séquestré la soixantaine de policiers frères venus prêter main-forte au chef Gabriel en début de semaine, comme le prévoit une entente interbandes.
Victime silencieuse de ces dissidents, la majorité des résidants a élu le grand chef James Gabriel à trois reprises depuis 1996 en connaissant fort bien sa détermination à faire le ménage dans la communauté. Or qu'a fait le ministre de la Sécurité publique du Québec pour appuyer cette majorité silencieuse et son chef menacé ? Il les a laissé tomber en négociant avec le conseil de police contrôlé par les dissidents. Et il a accepté toutes les revendications en échange de la libération des policiers séquestrés, dans le but, a-t-il répété en conférence de presse, d'«éviter un banc de sang». Mais pourquoi y aurait-il eu bain de sang alors que les 60 policiers étaient armés ? Pourquoi, sinon parce que ces manifestants devaient l'être eux aussi, et plus lourdement encore...
Cela ne s'appelle pas de la négociation mais de la démission. Victoire de la dissidence et échec de la démocratie !
Depuis des années, plusieurs leaders autochtones travaillent avec acharnement à redorer l'image de leur peuple en prenant sur leurs épaules son développement social et économique. Ces hommes et ces femmes mènent des batailles de tous les instants, de façon parfois maladroite, il est vrai, mais aussi sans grands moyens. L'alcool, la drogue, le peu d'attrait pour la formation scolaire font partie des problèmes communs à toutes les communautés autochtones, auxquels s'ajoutent ici et là l'attrait pour le gain facile et le crime. Que font nos gouvernements pour aider ces leaders fiers et courageux ? Peu de choses, trop peu.
La paix est temporairement revenue à Kanesatake, c'est vrai. Mais avec un grand chef en exil et l'ancien directeur de la police rétabli dans ses fonctions, dissidents et trafiquants peuvent marcher la tête haute : gare à vous, politiciens et policiers, tenez-vous tranquilles, sinon, qui sait ce qui guette vos familles ? Quand le chat dort, les souris dansent. M. le ministre a évité le pire; le meilleur reste à venir.

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Québec blâme Gabriel
Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 15 janvier 2004
Chagnon tient le grand chef responsable du déclenchement de la crise mais assure qu'il demeure l'autorité légitime de Kanesatake
Québec - Québec tient le grand chef de Kanesatake, James Gabriel, responsable du déclenchement de la crise qui secoue sa communauté, mais il assure du même souffle que celui-ci en demeure l'autorité légitime.
Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, a mis en doute, hier, le jugement de James Gabriel. Selon lui, l'origine de la crise réside dans les plus récentes décisions du grand chef de Kanesatake.
À ses yeux, M. Gabriel a outrepassé ses droits en destituant son chef de police, Tracy Cross, sur une résolution controversée du conseil de bande puisque la commission de police de Kanesatake y était opposée. L'entente entre Ottawa, Québec et Kanesatake stipule à l'article 5,3 que la commission de police, et non pas le grand chef ou le conseil de bande, est la seule responsable de l'embauche, du licenciement et des mesures disciplinaires des policiers.
Or James Gabriel a affirmé hier que la Sûreté du Québec a participé à la planification du remplacement de Tracy Cross par Terry Isaac, lundi dernier, pendant pas plus de deux mois, avant de se retirer du dossier à la toute dernière minute.
Ensuite, James Gabriel n'aurait pas dû, toujours selon Jacques Chagnon, faire appel, le week-end dernier, à une cinquantaine de policiers de 19 autres nations autochtones pour l'appuyer dans sa lutte contre la criminalité. Vendredi dernier, Québec a eu vent de cette manoeuvre et a même prévenu James Gabriel que ce choix n'était pas judicieux.
«On n'a jamais tort d'essayer d'améliorer une situation, sauf qu'il y a des moyens qu'on prend qui peuvent s'avérer moins bons que d'autres. On est obligé de conclure dans ce cas que cela n'a pas été le bon moyen. Je suis obligé de conclure qu'on avait suggéré à M. Gabriel que ce n'était pas le bon moyen», a affirmé Jacques Chagnon, hier, en conférence de presse. Le ministre a ajouté que ces manoeuvres ont placé James Gabriel dans une situation «très précaire».
Lorsqu'il a été interrogé sur la question de savoir si James Gabriel est responsable de la crise à Kanesatake, Jacques Chagnon a répondu : «C'est pas loin de ce que je pense.»
Terry Isaac a toutefois affirmé hier qu'il avait fait appel à maintes reprises à la Sûreté du Québec pour lui prêter main-forte. La SQ n'a jamais voulu intervenir.
James Gabriel a jugé hier que Québec le laissait tomber. «Je me sens trahi par les actions de M. Chagnon. [...] J'ai un problème avec les affirmations de M. Chagnon qui dit que c'est ma faute», a-t-il dit. «M. Gabriel est toujours le chef légitime et notre interlocuteur privilégié en ce qui concerne les problèmes de Kanesatake», a assuré le ministre délégué aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier. Il est prêt à rencontrer James Gabriel si celui-ci le désire afin d'assurer son retour dans la communauté et lui permettre de «réaffirmer son autorité». M. Gabriel estime qu'il est «trop tard» et que le gouvernement Charest a concédé la victoire aux Mohawks dissidents.
Si le gouvernement Charest se félicite du dénouement pacifique du siège, Jacques Chagnon reconnaît qu'il n'a eu d'autre choix que de préconiser une solution satisfaisant les Mohawks dissidents qui ont séquestré 67 policiers dans le poste de police de Kanesatake afin de dénouer la crise et assurer, sans effusion de sang, la libération des individus claustrés mardi soir. «Et l'alternative, c'était quoi ? Nous avons fait en sorte de protéger la sécurité publique et la sécurité physique des 67 policiers», a répondu le ministre.
Jacques Chagnon a nommé lundi soir une nouvelle force policière à Kanesatake, composée de trente policiers des communautés de Kahnawake et d'Akwesasne, et a remis en poste Tracy Cross. Les Mohawks dissidents crient aujourd'hui victoire.
Le premier ministre Jean Charest a assuré que son gouvernement n'avait pas cédé aux pressions des Mohawks dissidents qui ont commis des actes illégaux, comme l'incendie de la maison de James Gabriel et le blocage de la route 344. «On a pris exactement les bonnes décisions pour dénouer cette crise immédiate», a-t-il affirmé. Le premier ministre Jean Charest est également disposé à rencontrer James Gabriel, à la suite de son voyage en Europe qui se déroule du 19 au 27 janvier. Il croit cependant que le grand chef a agi selon une «procédure inhabituelle».
Le premier ministre a indiqué que son gouvernement a négocié la résolution pacifique du conflit avec la commission de police de Kanesatake, qui est «un corps légalement constitué» et le plus neutre à ses yeux. Jacques Chagnon a indiqué que, comme le conseil de bande est divisé -- trois chefs se rangent du côté de James Gabriel et trois autres sont dissidents --, il lui fallait trouver un organisme pour «démarrer le dialogue». Toutefois, il a reconnu la présence de dissidents -- qui souhaitent le bannissement à vie de James Gabriel -- au sein de cette commission. «La moitié de la communauté est dissidente. Qu'il y ait des dissidents quelque part, c'est assez normal. Mais je n'ai pas négocié avec des dissidents. Il y a des partisans des deux côtés dans cette commission», a-t-il lancé, tout en précisant qu'il a d'abord voulu régler un «problème de sécurité publique».
Si Québec croit que l'opération fut une réussite, il reconnaît que «tout n'est pas réglé». Le gouvernement Charest entend assurer à plus long terme la bonne gouvernance de la communauté et une lutte efficace contre la criminalité. Dans ce dernier cas, les ministres ont été peu loquaces sur les moyens à employer. Tout au plus ont-ils dit vouloir «assurer le développement de la communauté» et «favoriser un dialogue». Jacques Chagnon a toutefois précisé que la communauté devrait recourir aux services de la Sûreté du Québec et de la Gendarmerie royale du Canada pour lutter contre la criminalité, comme la vente illégale de cigarettes ou la culture du cannabis.
Chose certaine, l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador est appelée en renfort pour «trouver un dénouement politique à plus long terme», a précisé le ministre Pelletier. L'APNQL interviendra si la communauté de Kanesatake le souhaite. «Il faut avoir un respect pour l'autonomie des communautés. Il n'est pas question d'imposer des volontés gouvernementales aux dépens de ce que la communauté voudrait bien», a dit Benoît Pelletier. Le ministre a déploré le quasi-manque de contribution du gouvernement fédéral dans ce dossier.
Le Parti québécois considère que la façon utilisée par le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, pour régler l'impasse à Kanesatake constitue un véritable gâchis. «Les dissidents ont utilisé la violence et l'intimidation pour faire valoir leur point de vue et ils ont eu en prime un ministre qui a négocié avec eux», a lancé le porte-parole de l'opposition, Jean-Pierre Charbonneau, en conférence de presse hier.
Le critique péquiste trouve la situation particulièrement désastreuse pour le grand chef Gabriel. «Probablement pour la première fois au Québec, un leader politique d'une communauté autochtone s'élève contre l'influence occulte, dangereuse et néfaste du monde interlope dans sa communauté et il en sort perdant, lui qui s'est tenu debout et a essayé d'affronter la pègre locale et peut-être plus que locale», a-t-il soutenu.
Le député Charbonneau estime que le ministre Chagnon doit maintenant s'employer à rétablir l'autorité du conseil de bande. C'est également la position adoptée par le porte-parole du Bloc québécois en matière d'affaires indiennes, Yvan Loubier, qui demande au gouvernement fédéral de donner publiquement son appui au grand chef Gabriel et de l'aider à combattre le crime organisé.
Avec la collaboration de Brian Myles et de la Presse canadienne

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Québec a donné le pouvoir aux dissidents, clame-t-il :
GABRIEL SE SENT TRAHI
Judith Lachapelle, Nicolas Bérubé
La Presse jeudi 15 janvier 2004
Amer et déçu, James Gabriel répète qu'il est toujours le grand chef de Kanesatake et qu'il le restera. Il rejette également en bloc les blâmes du ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon. Mais les dissidents ne l'entendent pas ainsi et se préparent à prendre bientôt les moyens de le déloger officiellement de la tête du conseil de bande.
Hier soir, les partisans de James Gabriel n'avaient pas encore digéré la façon dont le conflit à Kanesatake avait été résolu par Québec mardi soir. " Québec et Ottawa me reconnaissent comme étant toujours le grand chef à Kanesatake, a évoqué James Gabriel. Mais le problème, c'est qu'on a accordé une victoire majeure à la commission de police et aux dissidents. C'est une reconnaissance qui arrive un peu tard. "
Selon James Gabriel, le gouvernement Charest " a paniqué " devant la situation " et a voulu trouver une façon de s'en sortir le plus vite possible ".
En conférence de presse en après-midi, Jacques Chagnon a expliqué que devant l'absence du chef Gabriel et la prise en otage des policiers, il ne pouvait faire autrement que de négocier une entente avec les membres des commissions de police de Kanesatake et de Kahnawake. Mardi soir, les policiers de Kahnawake sont donc venus prendre la relève de la cinquantaine de policiers autochtones de 19 nations qui avaient été appelés en renfort au cours du week-end.
Devant les blâmes jetés par Québec, James Gabriel s'est défendu vigoureusement: le remplacement du chef de police n'a pas été improvisé, mais bien préparé depuis deux mois, il ne pouvait plus attendre pour agir à cause de la montée du crime organisé sur son territoire, il considère que le conseil de bande est l'employeur du chef de police et que les trois conseillers qui l'appuient et lui avaient le droit de le remplacer.
Mais qui dirige désormais Kanesatake? Et qui assure la sécurité de la population? En conférence de presse hier soir, James Gabriel a fermement pris position: ce n'est qu'une question de jours avant qu'il ne retourne sur le territoire mohawk. " Je serai de retour dans quelques jours, il n'y a aucun doute là dessus ", a-t-il martelé, le temps pour lui de régler sa situation personnelle chamboulée depuis que la maison familiale a été incendiée lundi soir.
À ses côtés, celui qu'il considère toujours comme étant le chef de police de Kanesatake, Terry Isaac, affichait une mine sombre. L'entente conclue entre Québec et la commission de police de Kanesatake a prévu que le chef de la police de Kahnawake, John K. Diabo, allait assurer la sécurité sur le territoire. Mais pour James Gabriel, cela revient à ramener Tracy Cross à la tête de la police, celui-là même qu'il avait congédié.
D'ailleurs, selon MM. Isaac et Gabriel, M. Cross a mis à la porte mardi soir huit des 12 policiers de Kanesatake qui avaient choisi de rester à l'intérieur du poste de police et de suivre les ordres de Terry Isaac.
" C'est un jour triste pour la police autochtone, a dit Terry Isaac, qui a été tenu à l'écart des négociations entre Québec et la commission de police de Kanesatake. En nous chassant de Kanesatake, on nous a renvoyés 10 ans en arrière. On a dit à nos gens qu'ils pouvaient monter des barricades, enfermer les policiers dans leur poste, les attaquer, et les empêcher de manger. Il est clair que ces événements pourraient se répéter dans d'autres communautés. "
Les dissidents s'organisent
Pendant que le grand chef James Gabriel est toujours à l'extérieur du territoire, les dissidents s'organisent pour le chasser définitivement de ses fonctions. Les trois chefs dissidents ont affirmé hier avoir pris le contrôle du conseil de bande de Kanesatake. Ils entendent tenir des élections générales d'ici les prochains mois afin de trouver un nouveau chef à la communauté de 2000 âmes laissée à elle-même depuis que le départ de James Gabriel lundi soir.
Selon Steven Bonspille, Pearl Bonspille et John Harding, les trois chefs dissidents, le fait que M. Gabriel et les chefs qui l'appuyaient ne se soient pas présentés aux bureaux du conseil depuis le début de la crise témoigne d'un abandon de leur part. Hier, leurs noms étaient déjà biffés du tableau des messages situé dans l'entrée des bureaux du conseil.
" Ces chefs sont introuvables depuis quelques jours, alors nous avons pris le contrôle ", a expliqué John Harding, un des trois chefs dissidents.
Les chefs entendent tenir lundi une rencontre d'information avec les citoyens de Kanesatake. Ils comptent en profiter pour aborder la question d'un nouveau code électoral. Le code électoral actuel permet aux Mohawks qui n'habitent pas à Kanesatake de voter aux élections, une mesure que contestent les chefs dissidents, qui veulent limiter le vote aux seuls résidants.
Quand (sic) aux élections, elles devaient avoir lieu en juillet, mais les chefs dissidents ont entrepris de les tenir plus tôt en raison de la crise. " C'est cela que les gens veulent, la communauté veut choisir ses dirigeants ", a dit M. Harding.
Selon eux, James Gabriel sera libre de s'y présenter s'il le désire. " Il peut tenter sa chance. S'il est le plus populaire, il sera élu. Ce sera à la population de décider. "

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La crise à Kanesatake : Québec et Ottawa convaincus d'avoir bien agi
Mario Cloutier, Gilles Toupin
La Presse jeudi 15 janvier 2004
Québec et Ottawa se félicitent du dénouement pacifique de la crise à Kanesatake. Le gouvernement Charest affirme avoir bien agi en assurant le départ de la soixantaine de policiers autochtones pris en otage pendant 36 heures, et le retour de la sécurité publique sur le territoire mohawk. Ottawa applaudit, et réitère son appui au grand chef James Gabriel.
" Je suis très satisfait de la façon dont les affaires ont été réglées hier ", a déclaré le premier ministre Jean Charest, qui réfute les critiques de M. Gabriel voulant qu'il ait été désavoué dans cette affaire. En dépit des dissidents qui rejettent son leadership, " James Gabriel est toujours le grand chef à Kanesatake ", a soutenu M. Charest.
Le ministre délégué aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier, rencontrera M. Gabriel afin de discuter, notamment, de son retour dans la communauté de Kanesatake. Il compte aussi sur le gouvernement fédéral, et trouve qu'Ottawa s'est montré jusqu'à maintenant " trop silencieux ". La nouvelle ministre canadienne de la Sécurité publique, Anne McLellan, a par exemple refusé de commenter les actions de son gouvernement à Kanesatake, se contenant de faire connaître son appui au chef Gabriel et au gouvernement québécois.
Pressé de questions par les journalistes, son homologue québécois, Jacques Chagnon, a défendu sa gestion de la crise. Devant l'absence du chef et la prise en otage de policiers, il ne pouvait faire autrement, soutient M. Chagnon, que de négocier une entente avec les membres des commissions de police de Kanesatake et de Kahnawake, des " corps légalement constitués ", composés en partie de dissidents.
M. Chagnon n'a pu s'empêcher de blâmer les choix du chef James Gabriel, qui ne sont pas étrangers à la crise, selon le ministre. Il soutient que son gouvernement avait tenté de le décourager de recourir à des policiers d'autres nations autochtones pour régler les problèmes de criminalité à Kanesatake.
Si Québec se félicite d'avoir mis fin à une situation dangereuse " sans verser une seule goutte de sang ", les ministres reconnaissent que le fonds du problème, la criminalité, demeure entier à Kanesatake. " C'est pas vrai qu'en 24 heures, on va régler tous les problèmes de Kanesatake. Une fois la sécurité réglée, on est en train de prendre les moyens pour qu'on puisse à plus long terme aller au fond des choses dans cette communauté ", admet Jean Charest.
L'opposition péquiste est loin de partager le satisfecit du gouvernement, qu'elle accuse d'avoir " failli à la tâche " en ne soutenant pas l'autorité du chef élu démocratiquement, James Gabriel. " L'action du ministre a renforcé l'influence des forces malsaines et pègreuses qui agissent dans la communauté ", soutient le député Jean-Pierre Charbonneau.
Le PQ se demande comment le chef Gabriel pourra maintenant rétablir son autorité et sa crédibilité dans sa lutte contre le crime organisé. " Pour la première fois au Québec, un leader politique d'une communauté autochtone s'élève contre l'influence occulte, dangereuse et néfaste du monde interlope dans sa communauté et il en sort perdant ", conclut M. Charbonneau.
À Ottawa, le Bloc québécois n'était pas plus tendre. Son porte-parole en matière d'Affaires indiennes, Yvan Loubier, s'est déclaré scandalisé par l'absence et le silence du gouvernement Martin dans ce dossier. " Si Ottawa se réjouit du fait qu'une poignée de criminels ait gagné mardi (hier), je pense que ce n'est pas une bonne idée ", de commenter M. Loubier, d'accord avec James Gabriel pour dire qu'on ne vend pas que des cigarettes à Kanesatake, mais aussi des stupéfiants.
Tout en se réjouissant de la résolution pacifique de la crise, le gouvernement Martin a joué de prudence dans ce dossier. Le bureau de la ministre de la Sécurité publique, Anne McLellan, n'a pas voulu révéler si des actions policières et politiques concrètes seront prises dans un avenir rapproché pour s'assurer que l'ordre sera rétabli en permanence sur le territoire. Selon Alex Swan, le porte-parole de Mme McLellan, il n'est pas question pour la ministre responsable de révéler quoi que ce soit sur les activités policières à Kanesatake.

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Charest defends handling of crisis in Oka
ALLISON HANES
The Montréal Gazette Thursday, January 15, 2004
Cave-in to criminal elements, critics say. Chagnon 'repudiated elected grand chief and band council,' PQ charges Averting bloodshed and avoiding a standoff on the scale of the 1990 Oka conflict drove the Quebec government to negotiate a quick end to the siege in Kanesatake, Premier Jean Charest said yesterday.
But critics charged the government's actions only undermined the community's leader and were a cave-in to criminal elements.
Defending his government's handling of the crisis, Charest said there was a very real possibility lives were hanging in the balance.
"In a situation like this one, the government's responsibilities are very heavy," said Charest. "When a government minister is called upon to intervene when there are 60 armed police officers literally taken hostage, and outside there are other possibly armed people ... you have to respect one primary objective: people's safety.
"I am very satisfied with the way things were resolved yesterday. It was an extremely, extremely delicate situation."
Quebec, Charest said, seemed on the brink of a repeat at Oka.
"We recalled the events at the beginning of the 1990s that cost the life of the Sûreté du Québec officer," the premier said. "It lasted for weeks - months - and it had a profound impact on all of Quebec society."
A 36-hour siege in Kanesatake ended without incident Tuesday night when 30 Mohawk peacekeepers from nearby Akwesasne and Kahnawake arrived to free 60 First Nations police officers who had been held prisoner.
Public Security Minister Jacques Chagnon negotiated the Mohawk peacekeepers' arrival to restore calm to Kanesatake after two tense days when roads were barricaded, the community's grand chief chased from town and his house burned to the ground.
Chagnon acknowledged that restoring order is only a short-term solution. But he said calm had to return before Kanesatake can begin to address the problems that sparked the tension: rampant trade in cheap cigarettes and illegal drugs, as well as Grand Chief James Gabriel's controversial decision to bring in police from outside to crack down on organized crime.
"We acted in a way that avoided a single drop of blood being spilled, a single human life being taken, and we brought back order to the community in the sense that all the barricades were taken down, all the officers were back on patrol," said Chagnon.
But critics yesterday lambasted the government for making a deal with the devil.
"The minister literally repudiated the elected grand chief (James Gabriel) and the band council," charged Jean-Pierre Charbonneau, the Parti Québécois public security critic.
The Liberal government went to great pains yesterday to say it still recognizes Gabriel as Kanesatake's legitimate leader.
"Criminal elements ... are walking around the village with enhanced power, authority and influence that is greater than ever," he charged.
Charbonneau traced the origin of the dispute to attempts by Gabriel and the council to co-operate with other police forces to combat organized crime in Kanesatake.
The situation was compounded, he said, by leaks by members of the police force about planned police actions.
The situation there is serious because underworld influences are "worse than in most parts of Quebec," Charbonneau said.
Chagnon should have called the entire council together to see how to reinforce their authority, Charbonneau said in Montreal.
Instead, Charbonneau said, Chagnon settled for a quick fix, thus strengthening the dissidents and undermining "the state of laws and democracy" in the community.
It was also "extraordinary" that the end result will be the restoration to power of Tracy Cross, the police director fired "for legitimate reasons" by the council, Charbonneau said.
Charbonneau said he is troubled that Cross will have a role in investigating Monday night's fire at Gabriel's house and other acts of vandalism .
The Liberal government went to great pains yesterday to say it still recognizes Gabriel as Kanesatake's legitimate leader.
Quebec Native Affairs Minister Benoît Pelletier said he believes Gabriel still has wide support in Kanesatake and is the man to lead the healing that must follow the standoff, as well as to tackle the crime problem.
"Mr. Gabriel, for the government of Quebec, is the legitimate functioning interlocutor," Pelletier said. "He is the elected official we recognize as the leader of the community. We want to ensure his return in the community and discuss how we reaffirm his authority and his political legitimacy in the community."
IRWIN BLOCK of the gazette contributed to this report
ahanes@thegazette.canwest.com

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La crise à Kanesatake
Bruno Bisson
La Presse jeudi 15 janvier 2004
Québec a trompé James Gabriel, estime un spécialiste de la scène autochtone
" Pour une fois qu'un chef autochtone se lève, et décide de s'attaquer à quelque chose de gros comme le crime organisé et le trafic des stupéfiants dans sa communauté, on aurait pu attendre du gouvernement du Québec un peu d'appui. Mais non! Il le poignarde dans le dos! "
Bernard Cleary, consultant qui a travaillé auprès de nombreuses communautés autochtones du Québec, n'en revenait pas encore hier, du désaveu du ministre de la Sécurité publique Jacques Chagnon à l'endroit du grand chef du conseil de Kanesatake James Gabriel, pour obtenir le démantèlement des barricades érigées lundi par un groupe de Mohawks dissidents.
M. Cleary, qui est montagnais, estime qu'en demandant aux policiers venus dans le territoire de Kanesatake à la demande du chef Gabriel de rentrer chez eux, mardi soir, le ministre Chagnon a donné raison aux adversaires de M. Gabriel et miné profondément les efforts de ce dernier pour assainir le climat et assurer la sécurité des résidants de cette communauté mohawk située au nord de la métropole.
Mais il y a pire. " En giflant Gabriel comme il l'a fait, affirme M. Cleary, il a aussi giflé tous les chefs autochtones qui l'ont appuyé, en lui fournissant des effectifs policiers, ou en plaidant publiquement pour une action concertée avec Québec et Ottawa contre une bande de criminels. Même Ghislain Picard, le chef de l'Assemblée des premières nations qui en dit toujours le moins possible, a publiquement appuyé Gabriel. "
" Maintenant, demande-t-il, comment vont réagir les autres chefs autochtones qui se trouvent, ou qui vont se retrouver, un jour, dans une situation semblable à Kanesatake? Vont-ils se fier à Québec après avoir vu comment le ministre a abandonné Gabriel? Ou vont-ils décider que ça ne vaut pas la peine de risquer de faire incendier leur maison? "
À Kanesatake, hier, alors que les opposants du chef Gabriel se réjouissaient encore de leur victoire de la veille, d'autres Mohawks rageaient de voir que le gouvernement du Québec avait décidé de fermer les yeux sur les problèmes de sécurité de la communauté, pour " faire enlever deux ou trois arbres qui traînaient sur la route et qui ne menaçaient rien ".
Se confiant à La Presse sous le sceau de la confidentialité, de peur de représailles, un Mohawk de l'endroit a affirmé que le gouvernement du Québec " ne s'y serait pas pris autrement s'il avait voulu livrer le pouvoir aux éléments criminels du territoire. Le grand chef Gabriel n'aura probablement plus assez de crédibilité auprès des gens pour partir en guerre contre la criminalité qui règne dans le territoire après ça. Aux élections de juillet prochain, ses partisans et lui vont se faire lessiver. "
Rappelons que mardi soir, après une deuxième journée de siège autour du poste de police locale, où 55 agents autochtones avaient été confinés par des adversaires politiques du chef Gabriel, le ministre de la Sécurité publique du Québec leur a demandé de rentrer dans leurs communautés respectives, en obtenant que des policiers des réserves mohawks d'Akwesasne et Kahnawake les escortent hors de Kanesatake. Les manifestants, opposés à leur présence, ainsi qu'au remplacement du chef de police par un policier micmac venu de l'extérieur, ont salué le départ des agents convoqués par le chef Gabriel en brandissant des drapeaux Warriors.
Selon Bernard Cleary, le ministre Chagnon a aussi grandement exagéré la capacité d'agir d'un chef isolé qui ne peut compter que sur peu d'appuis sûrs, et qui doit faire face à des problèmes de criminalité d'une telle ampleur qu'ils dépassent de loin la compétence d'une police locale.
Si un maire devait se trouver dans une situation pareille, est-ce qu'on lui dirait de se débrouiller avec les moyens du bord?
" Tant qu'à faire ce qu'il a fait, conclut M. Cleary, le ministre aurait dû ne pas s'en mêler du tout, pour forcer le gouvernement fédéral à venir assumer ses responsabilités. Je pense que c'est clair que cette communauté ne sortira pas du trou toute seule; qu'on mette le conseil de bande en tutelle, jusqu'à ce que les autorités policières compétentes aient nettoyé le territoire et rétabli l'ordre. Seul le gouvernement fédéral en a la compétence. Et Québec aurait dû au moins essayer de le forcer à s'en servir. "

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Quebec's deal with Mohawks assailed
RhéAl SéGui And Ingrid Peritz
The Globe and Mail Thursday, January 15, 2004
Under criticism, Charest says pact was necessary to avert violence
QUEBEC and MONTREAL - The Quebec government is under fire for undermining the democratically elected band council in the Mohawk community of Kanesatake by negotiating a deal with dissidents the Premier said was necessary to avoid a bloodbath.
"When you wake up in the morning and you see people in a building that are armed and faced with others that are possibly armed outside, we had to make decisions and we made exactly the right decision," Quebec Premier Jean Charest said yesterday.
Veterans of native issues said Quebec blundered by siding with protesters opposed to Grand Chief James Gabriel. Mr. Gabriel had alienated some in his community by bringing in outside aboriginal officers to fight organized crime.
"Quebec made a monumental error," said Bernard Cleary, a long-time native negotiator in Quebec.
"We always say Indians should take on their responsibilities and clean up their affairs. Here's a chief who had the guts to do that. And Quebec basically lays the blame with him and takes the side of the protesters.
"This is a victory against democracy," Mr. Cleary added. "Quebec is saying, 'You can oppose and protest against a band council, and we'll be on your side.' "
Quebec Public Security Minister Claude Chagnon said the provincial police had information that if the besieged constables had attempted to leave the barricaded police station by force, they would have met armed resistance by the dissidents "What was the alternative?" Mr. Chagnon asked.
"There was no bloodbath. The crisis was settled."
Still fresh on the government's mind was the 1990 armed confrontation in Kanesatake between provincial police and Mohawk Warriors that resulted in the shooting death of a Sûreté du Québec officer and summer-long standoff.
In the end, the government struck a deal without the approval of the democratically elected band council, that involved the armed dissidents, some of whom are accused of having ties with organized crime.
This week's clash came to a head when more than 60 constables from other native communities in Quebec arrived in the Mohawk community of Kanesatake after being invited by Mr. Gabriel.
It was later that day that dozens of protesters forced them to stay inside the police station and held them there for more than 24 hours.
The deal struck Tuesday night allowed the besieged constables to leave the community's police station, replacing them with 30 other Mohawk officers from nearby Akwesasne and Kahnawake.
An interim police chief was also appointed.
Last night at a news conference in Montreal, Mr. Gabriel remained defiant in the face of the growing efforts to dislodge him as Grand Chief. He said he is holding on to his position, adding he felt betrayed and deceived.
On Tuesday night Mr. Gabriel's house was torched and he and his family were forced to flee the community.
"Mr. Chagnon sat in on our planning meetings that involved the RCMP and the [Sûreté du Québec]," Mr. Gabriel said last night.
"It is unacceptable for him to point a finger at me and say that I didn't act properly."
By going over the band council's head in striking a deal with the dissidents, Mr. Chagnon handed a major victory to the protesters sending a signal to native communities that crime pays, Mr. Gabriel said.
He was supported by Terry Isaac, who is vice-president of the Native Police Association of Canada and who was appointed by Mr. Gabriel as Kanesatake interim police chief.
He and the other more than 60 officers left the community last night under a police escort supplied by the Mohawks.
"This is a sad day for native police forces," Mr. Isaac said.
He rejected the Quebec government's assumption that a bloody confrontation was about to unfold.
"There is a lot of organized crime here and it will only get worse after what has taken place this week," Mr. Isaac continued.
Mr. Isaac said that organized crime was running rampant in the community and that a plan was in place to arrest suspects and conduct a proper police investigation.
He insisted the community needs an efficient police force and urged the government to stop dealing with those who have close ties to the criminal elements in the community.

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Police officers gone:
Despite truce, chief's allies fear thugs will 'get us one by one'
Graeme Hamilton
National Post Thursday, January 15, 2004
In Mohawk town, 'Everybody is afraid'
KANESATAKE, Que. - The roadblocks were down, and the besieged police officers had been freed. Peace, it seemed, had returned to this lakeside Mohawk community yesterday following an ugly two-day standoff.
But then why were these people so terrified? With some reluctance the four friends had agreed to speak to a reporter about the situation in Kanesatake, but only if they were not identified -- no names, no occupations, not even their gender, they asked. It was like trying to conduct interviews in a totalitarian state.
"I don't want my house to be torched," one of them said. "We're scared," said another. "Everybody in town is afraid."
The reason for their terror was the agreement to end the crisis announced Tuesday by Jacques Chagnon, Quebec's Public Security Minister.
The deal provided for the safe departure from Kanesatake of some 50 aboriginal officers from across Quebec, imported Monday to tackle what the band's grand chief called a serious problem of organized crime. The officers had been held hostage in their station by a gang of about 40 protesters who said they could not tolerate non-Mohawks policing their territory. While they were trapped, Grand Chief James Gabriel's house was burned to the ground as fire trucks were stopped from reaching his property.
Mr. Chagnon had said the expulsion of the outside police officers, negotiated by Quebec without the involvement of Mr. Gabriel, the community's elected leader, was necessary to avoid a "bloodbath."
That explanation did little to satisfy the people around the kitchen table, all of whom feel at risk simply for being supporters of Mr. Gabriel.
That explanation did little to satisfy the people around the kitchen table, all of whom feel at risk simply for being supporters of Mr. Gabriel.
Now, they say, Mr. Gabriel has been frozen out, the police chief he had dismissed for being too soft on crime, Tracy Cross, is about to be reinstated and criminals will continue to have the run of Kanesatake.
"They're going to get us one by one. It will be slower than a bloodbath," one of them said. They agree with Mr. Gabriel when he speaks of rampant crime, including marijuana cultivation and money-laundering, in the community. They hear the guns being fired off at night and warn that the drug dealers are well-armed. Calls to the existing police force under Mr. Cross's direction are futile.
They considered themselves brave for even agreeing to the meeting. "A lot of people are just too afraid to speak. Close your door, close your curtain, don't get involved," one said. "I'm brave, but I'm not crazy," said another, explaining the need to remain anonymous. "I have kids."
Terry Isaac, a Mi'kmaq from Listuguj, Que., whom the band council had named to replace Mr. Cross, said yesterday the deal agreed to by Mr. Chagnon was a setback for aboriginal policing and for the people of Kanesatake.
He said it was "humiliating" to have to leave the community under escort by officers from the Mohawk reserves of Kahnawake and Akwesasne. "We were there for the good people in the community. Now they're scared," he said from a hotel where he and the other officers were driven early yesterday morning.
"It sends out a very strong message to the native communities of Quebec, that it's OK to block the roads. It's OK to attack police officers and hold them in their office. Do that and you're going to win."
Back in Kanesatake, members of the faction opposing Mr. Gabriel's leadership were emboldened by their victory. Steven Bonspille, a band council member, was talking about invoking the ancient Mohawk custom of banishment to silence Mr. Gabriel once and for all. He accused Mr. Gabriel of seeking to turn Kanesatake into a police state when its crime problems are no worse than any other town its size.
"The community has asked that he be banished from Kanesatake," he said. "As far as I know it's just taking away his voice in the community meaning he wouldn't have a say in politics anymore in Kanesatake. It wouldn't mean removing him from the community." He said he supports the initiative, and already considers Mr. Gabriel to have been deposed as grand chief.
Mr. Gabriel disagreed yesterday.
On Tuesday, before Mr. Chagnon's announcement, Mr. Gabriel told reporters he would never "buy the peace" from the thugs who had burned his house and taken a group of police officers hostage. But that is exactly what the provincial Public Security Minister did, he said. "He burned me politically to get the peace," he said in an interview. "The message he's sending is that it's OK to burn houses if you don't get what you want."
He said he will be back in Kanesatake soon. His arrival is anxiously awaited by the supporters too fearful to speak publicly. "James gave it his best try and look what happened to him," one said. "I don't think there's any hope out there."
ghamilton@mon.nationalpost.com

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L'hiver indien (2)
J- Jacques Samson
Le Soleil jeudi 15 janvier 2004
Éditorial - La mise en tutelle de la communauté mohawk de Kanesatake pourrait bien s'imposer sans trop de délais pour dénouer l'impasse actuelle. Le grand chef, James Gabriel, qui voulait nettoyer la place des activités criminelles qui y prolifèrent, a été largué, mardi, par le ministre québécois de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, qui a donné raison aux dissidents en demandant aux policiers des différentes réserves retenus prisonniers à la centrale de police de Kanesatake de rentrer chez eux.
James Gabriel avait pourtant reçu l'appui non équivoque de Ghislain Picard, le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations, dans sa lutte à la criminalité. Ce dernier se disait d'ailleurs encore favorable hier à une large enquête policière sur les activités illégales développées à Kanesatake. M. Picard semblait stupéfait en début de journée hier, comme de nombreux autres leaders autochtones et acteurs dans ces dossiers, par la décision du ministre Chagnon. Le négociateur autochtone, Bernard Cleary, a pour sa part évoqué lui-même cette hypothèse d'une mise en tutelle hier. Tous s'interrogeaient sur les intentions du ministre Chagnon : ce dernier orchestrait-il parallèlement mardi une offensive policière pour faire vraiment le ménage dans les activités criminelles à cet endroit ou a-t-il tout simplement accepté un mauvais compromis avec les dissidents pour acheter la paix à tout prix la journée même ? Les propos de M. Chagnon, plus tard hier, montraient bien qu'il s'agissait de la seconde option. Le ministre a tenu le chef Gabriel responsable de ses propres malheurs et du bingo de lundi et de mardi à Kanesatake. Il a lynché le chef Gabriel sans ménagement en conférence de presse.
Résultat de l'intervention du ministre Chagnon mardi : le grand chef Gabriel est présentement "en exil" à Montréal, le conseil de bande est paralysé et le corps policier de Kanesatake, inefficace ces derniers mois sous la direction du directeur Tracy Cross, trop complaisant à l'endroit des auteurs d'actes illégaux, n'est sûrement pas une caution que la justice suivra son cours. Kanesatake vogue maintenant au gré des humeurs, sans gouvernail.
James Gabriel serait très certainement le meilleur chef de bande, si l'on en croit les témoignages recueillis cette semaine sur son intégrité et sa vision de l'avenir pour les autochtones. Mais il n'est pas acquis qu'il pourra reprendre le contrôle politique du tumultueux petit village de 1400 habitants. Son leadership était déjà trop fragile, ne comptant sur l'appui que de trois petits chefs sur six. La commission de police, un organisme dont la création visait à dépolitiser les affaires policières, est aussi divisée à 50-50 entre les pro-Gabriel et les dissidents, associés au commerce illégal des cigarettes. Le ministre Jacques Chagnon a pourtant transigé avec cette même commission de police, par-dessus la tête du chef Gabriel et du conseil de bande. Les seuls bons mots sur le leadership de ce dernier sont venus de la part du ministre délégué aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier, mais avec beaucoup de réserve.
Ottawa a été trop discret ces derniers jours. Le gouvernement fédéral s'est plutôt lavé les mains du dossier alors qu'il est le fiduciaire du respect des institutions démocratiques dans les réserves et sur les territoires réservés aux autochtones, comme Kanesatake. Le prétexte qu'il s'agissait mardi d'un problème de sécurité publique ne tient plus, le problème est passé au niveau constitutionnel.
James Gabriel est toujours le grand chef de Kanesatake, élu à trois reprises depuis 1996, mais s'il est empêché d'exercer ses fonctions, si le conseil de bande est paralysé par ses divisions, la tutelle devient le recours ultime jusqu'aux prochaines élections, à l'été. Cette tutelle pourrait bien sûr être exercée par des fonctionnaires fédéraux. C'est le modèle paternaliste habituel. Elle pourrait tout aussi bien l'être cependant par un délégué de l'Assemblée des Premières Nations, mais avec un appui ferme d'Ottawa - peut-être Ghislain Picard lui-même ? - ce qui serait un pas de plus dans les relations avec les autochtones et dans l'exercice de leur autonomie. Jean Charest et Ghislain Picard ont peut-être avancé hier dans leurs déclarations publiques un nouveau modèle de solution aux crises autochtones. La gaucherie dans la gestion de la dernière en liste aurait alors au moins engendré un résultat positif.
JJSamson@lesoleil.com

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Le pire évité
André Pratte
La Presse jeudi 15 janvier 2004
Éditoriaux - On a accusé hier le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, d'avoir laissé tomber le chef élu de Kanesatake et cédé à des éléments criminels. Cette conclusion nous semble injuste et prématurée.
M. Chagnon devait, avant tout, éviter que la situation ne dégénère. Il y est arrivé en un temps record. Il y est parvenu, aussi, sans avoir recours à la Sûreté du Québec. Le ministre s'est plutôt tourné vers les autres chefs mohawks de la région, une solution habile.
En désamorçant la crise, Québec a peut-être fragilisé le leadership de James Gabriel. Mais dans quel état aurait subsisté ce leadership s'il était revenu dans son village sous escorte de la SQ? En outre, notre ignorance des complexités de la politique mohawk nous incite à une grande prudence quand vient le temps de privilégier un camp ou l'autre. Peu importe qui a l'air d'un voyou ou qui paraît bien à la télé; les apparences peuvent être trompeuses. Ce qui compte, c'est que Kanesatake trouve la voie de la sécurité, de la réconciliation et du développement.
apratte@lapresse.ca

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A cowardly solution to Kanesatake strife
The Gazette Thursday, January 15, 2004
Late Tuesday night, Jacques Chagnon, Quebec's minister of public security, supervised the surrender of legitimate authority to a bunch of thugs at Kanesatake. Premier Jean Charest and his ministers tried yesterday to justify their mistake, but the lesson will have been learned by many across Quebec, aboriginal and non-aboriginal alike: If you threaten violence, maybe burn a house or two, this government will let you have what you want.
James Gabriel, the elected grand chief of Kanesatake, tried to clean up a long-festering situation. As a result he had to flee, with his family, after his home and car were torched. Yesterday his foes blandly claimed there is no problem, and the government congratulated itself that no blood was shed.
Gabriel, by all evidence a courageous and honest man, called Tuesday night's cave-in "disgusting" and unless you're a Liberal minister, you have to agree. "The people who burned down my house are portrayed as victors," Gabriel observed, and "the minister of public security handed them that victory on a silver platter."
Chagnon and Benoît Pelletier, the provincial minister responsible for aboriginal affairs, rubbed salt in the wound yesterday by saying that yes, James Gabriel is the legitimate elected authority in Kanesatake, but he's going to have to re-affirm himself. Chagnon put it bluntly: "He tried an initiative and it collapsed and now it's a problem for him and the community." How convenient that it's not a problem for the government.
Charest, like his ministers, tried to argue that it was police-commission officials, not the government itself, who negotiated with the thugs. That was a thin blanket indeed against the cold reality of what happened Tuesday. The deal that deposed Gabriel's police chief would not have happened without Chagnon's approval.
It was amazing to watch the fog roll in at the ministers' news conference in Quebec City: There will have to be longer-term solutions. We hope to meet with Gabriel sometime. There's a federal responsibility here. It's not clear how much support Gabriel really has. We need to work on community development. First Nations organizations have a role to play. Real solutions will take time. On and on it billowed, intended to disguise a blatant failure of responsibility.
Chagnon went so far as the blame the victims of the standoff at the Kanesatake police station: There were 67 policemen, at least some of them armed. Was it normal, he asked, for them to let themselves be taken hostage by a few louts?
In fact, it was. Though from other communities, these were aboriginal policemen, aware of the complexities of band politics and of the tensions specific to Kanesatake. The man who brought them to town had fled. In 1990, a policeman was killed nearby. Naturally these men would choose to be prudent.
Chagnon should have encouraged the police commission to call on the out-of-town policemen to confront the lawbreakers in daylight, in large numbers, with guns holstered and cameras rolling. Instead, the government caved in.
The thugs, having won this confrontation and got what they wanted, will soon be back for more.

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Portrait of Kanesatake unfair
MICHAEL RICE
Michael Rice teaches school at Kanesatake.
The Montréal Gazette Thursday, January 15, 2004
Not all dope dealers. Community development, not more police, needed to tackle crime, band teacher says
The past two days, as I have watched the events and media coverage in Kanesatake set my blood to boil.
The media seem to portray everyone in Kanesatake as criminals involved in growing pot. The press failed to observe that many people in Kanesatake stayed away from the protest at the Kanesatake Mohawk Police station and the burning of James Gabriel's home.
Painting a picture of Kanesatake and its people as criminals only adds further misunderstanding to a deplorable situation. Just recently, The Gazette published an article on a major marijuana bust in Barrie, Ont., showing that the problem of narcotics is not the exclusive preserve of Kanesatake.
The anger and frustration expressed by the protesters have a great deal to do with neglect by the federal government. Unlike other First Nations, Kanesatake does not have legal title to its lands, nor is it classified as a reserve under the Indian Act. The postage-stamp of land that Kanesatake's people do possess is not large enough for agriculture, manufacturing or residential growth.
Compounding this is the lack of economic development to encourage the growth of businesses and creation of jobs in the community. Until recently, many people in Kanesatake who were unemployed and receiving social assistance were earning extra income working in the local cigarette shops. They do not have other alternatives because the community is saddled with debt and lacks the land base and financial and technical resources to create employment.
Kanesatake and its residents are unable to get loans for business and new home construction because they do not have legal title to their lands and homes, and so neither the band council nor the residents have collateral to guarantee loans.
Is it any wonder why people are working in the tobacco shops? Is it a surprise that some people might be involved in drug dealing? When you deprive a people of lands and resources, how do you expect them to make a living? This occurs while municipalities and corporations benefit from the use and occupation of the natural resources of the area.
If the federal government is interested in fighting crime in First Nations communities, it needs to stop attacking the symptoms. The frustration and anger that have boiled over in Kanesatake are a manifestation of the division in the elected band council system introduced into Kanesatake and other First Nations. How do you expect to achieve harmony when you impose an outdated Canadian political structure that gives political power to one party even if it has only 51 per cent of the votes? What happens when the other 49 per cent of the community do not agree with the majority? This system was set up to create division and conflict in native communities and its inventors can look proudly on their success.
The fact that the federal government is willing to advance money to send 60 additional native police officers into a community of 1,200 people is disturbing. Canada has not been able to settle the land title at Kanesatake. It has not offered additional funds to help the community pay off its creditors. It has not provided more money for economic development. It has not been able to increase funding for education, such as for special-needs students and for the local high school, which does not have a science teacher. It does not have extra funds for health care. It has no money for sports and recreation facilities. Yet it can advance special funds for 60 additional police officers to fight crime and drugs in Kanesatake.
If the government is interested in fighting crime and drugs, it should begin by working on prevention. It would have more success in the long term by consulting and working with the people of Kanesatake on community development. They will achieve greater success when they address the underlying causes of the tensions in Kanesatake.

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From Oka to Kanesatake
National Post Thursday, January 15, 2004
The good news coming out of the Kanesatake Mohawk community this week was that tensions did not escalate to the point of bloodshed. The bad news is that, even after the provincial government negotiated an end to a potentially disastrous standoff, the 1,400-member native enclave will remain Quebec's answer to the wild west.
For more than 24 hours, 55 constables from other native bands were trapped in Kanesatake's police station, encircled by protestors who lit bonfires and were armed with bricks, sticks and pick-axe handles. The officers had been invited by the community's elected chief, James Gabriel, to help fight Kanesatake's rampant organized crime problem after Mr. Gabriel replaced the acting -- and allegedly ineffective -- police chief.
For his trouble, Mr. Gabriel -- who his rivals insist is selling the community out for his own interests -- was forced to flee with his family; on his departure, his house was burned to the ground. Under the circumstances, we can understand why the province was eager to strike a deal that will see a 30-member Mohawk police force from two nearby communities move in to re-establish security.
What happened this week, however, was less a stand-alone fracas than a culmination of the community's steady descent into lawlessness. There is no doubt an array of factors have contributed to Kanesatake's turmoil, not the least of which is poverty. But the primary cause can largely be traced back to the 1990 Oka Crisis, a 78-day standoff between armed Mohawks (mostly from Kanesatake) and the Surete du Quebec over development plans for neighbouring land. In that confrontation, a police officer was shot and killed, and the federal government was eventually compelled to send in the Armed Forces.
With neither the Surete nor the RCMP eager to attempt any further law enforcement in the area thereafter, the territory subsequently spent a lengthy period with no policing whatsoever. By the time a local, native-run police force was established in 1997, the community had become a haven for drug growers and traders, and was overrun with organized crime. Since then, the lacklustre and highly politicized force has done little to curb the problem. According to Guy Ouellette, a leading crime expert, a multi-million-dollar drug network is operating in the area -- one that takes advantage of "not having to worry about a normal police agency."
If community militants considered an intervention by other native police "an invasion," we can only imagine how they'd respond to provincial police or RCMP moving in. But once tensions from the recent standoff ease, it's hard to see any long-term alternative. After more than 13 years, the community has proven incapable of policing itself. Outside agencies must find a way to bring the law back to Kanesatake.

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Why should Kanesatake receive less protection?
G&M Thursday, January 15, 2004
Do the people of Kanesatake, near Oka in Quebec, have the same right to safety and security as other Canadians? Or are they second-class citizens, whose neighbourhoods can be given over to thuggery and chaos simply because enforcing the law is too difficult?
If Ottawa, the government of Quebec and aboriginal leaders believe the first answer is the correct one, there can be only one outcome to the crisis that engulfed the 1,400-member Mohawk community this week. Grand Chief James Gabriel, the elected leader whose house was burnt to cinders by a club-wielding mob on Monday night, must resume his post, under police guard if necessary. If he has lost the confidence of his community, he should be ousted -- democratically.
The hooligans responsible for burning Mr. Gabriel's house (the fire also destroyed his car and a tractor and killed his children's dog) must be brought to justice. If the interim Kanesatake police unit now in place isn't equal to that task, it should get help, either from the Sûreté du Quebec or the RCMP. And the rampant marijuana-trafficking and cigarette-smuggling that Mr. Gabriel says led to his decision to replace Kanesatake's former police force -- the decision that sparked Monday's outrages -- must be investigated and confronted. The Criminal Code applies everywhere in Canada, not just where enforcement is relatively painless.
Yesterday, Mr. Gabriel's political opponents seemed quite pleased with themselves. And why wouldn't they? The deal brokered late Tuesday by the Quebec government saw the embattled chief's new police force, composed of officers from 18 other native communities around Quebec, ridden out of town on a rail. Afterbeing barricaded in their station house for more than 24 hours, deprived of food and implicitly (if not explicitly) threatened with violence, the 55 new constableswere bustled into a convoy of police vehicles and driven to safety. Mohawk protesters followed in cars and pickup trucks, some cheering, others waving a Warrior flag.
The 55 were replaced by a much smaller force, 30 strong, made up of officers from the Mohawk reserves of Akwesasne and Kahnawake. But these new officers are only temporary. Given the precedent that has now been set, Mr. Gabriel's critics are doubtless confident that whatever permanent policing arrangement is devised for Kanesatake, the Grand Chief's plan to crack down on the marijuana trade using outside officers has been dealt a permanent blow. If true, this would be deplorable.
Ellen Gabriel, the artist and activist who acted as spokeswoman for the Mohawk Warriors during the Oka crisis in 1990, told CBC Radio yesterday that any attempt to compare the current troubles with Oka is ludicrous. The Oka standoff was sparked by the Mohawk people's desire to prevent a sacred burial ground from being turned into a golf course. This week's vandalism and intimidation, Ms. Gabriel said, were driven by a relatively small group bent on protecting their ability to break the law with impunity.
The people of Kanesatake deserve peace, order and good government -- just like every other Canadian.

»» Suroît
Suroît: des solutions de rechange
Luc L'Écuyer
La Presse jeudi 15 janvier 2004
Le ministre des ressources naturelles du Québec et le président d'Hydro-Québec font preuve d'une imagination on ne peut plus fertile lorsqu'ils tentent de justifier une version revue et améliorée de la centrale thermique du Suroît qui, dans les faits, ne réduira que d'une très infime partie les gaz à effet de serre du Québec, comparativement à la version initiale du projet qui a été rejetée par le BAPE. Ils se montrent cependant beaucoup moins imaginatifs pour identifier les nombreuses solutions de rechange qui permettraient au Québec de respecter ses engagements à l'égard du protocole de Kyoto et d'assurer l'approvisionnement de la province en électricité sans recourir à une centrale au gaz.
Il est tout simplement aberrant que le Québec ne mette pas plus d'énergie à promouvoir et développer les autres possibilités qui sont pourtant connues. Par exemple, un projet pilote mené dans deux municipalités québécoises a déjà démontré qu'un programme national d'économies d'énergie permettrait d'épargner la moitié de l'énergie qu'Hydro-Québec croit possible de tirer de sa future centrale au gaz, et ce pour le tiers du coût par kilowatt. Un tel objectif pourrait être obtenu avec des mesures uniquement " légères ", ce qui n'inclut pas, par exemple, de gros travaux tels que l'isolation des murs et plafonds ou le remplacement des fenêtres qui, en toute logique, devraient aussi faire l'objet d'un programme national pour préserver nos ressources d'énergie existantes.
Par ailleurs, il est décourageant de constater le peu d'intérêt affiché depuis toujours par Hydro-Québec pour l'éolien, une énergie propre et renouvelable extrêmement développée dans certains pays européens, comme l'Allemagne. L'efficacité de ce mode de production est pourtant démontrée, et cela à un coût équivalent à celui du gaz naturel, sans ses retombées négatives pour l'environnement. Le Québec pourrait devenir un chef de file en Amérique du Nord en matière d'énergie éolienne. Mais Hydro-Québec préfère se contenter de modestes achats de 1000 MW d'électricité produite à partir d'éoliennes et devenir plutôt le leader d'une nouvelle technologie basée sur une source d'énergie non renouvelable et qui demeure aussi polluante que dommageable pour le réchauffement climatique.
Dans son rapport 170, la commission du BAPE en est arrivée à la conclusion qu'elle ne pouvait souscrire à la mise en oeuvre de ce projet dans une perspective de développement durable: " Elle considère que son autorisation devrait être conditionnelle à la démonstration claire qu'il ne compromet pas les engagements du Québec en regard du protocole de Kyoto. " Or le gouvernement du Québec et Hydro-Québec viennent de se montrer incapables de faire cette démonstration en relation avec le nouveau projet.
Pour toute justification, le ministre des Ressources naturelles clame que le Québec s'avère la province canadienne qui émet le moins de gaz à effet de serre, sous-entendant ainsi que les Québécois peuvent donc se permettre de polluer davantage. M. Sam Hamad semble avoir oublié que son parti a appuyé l'entente de Kyoto et entériné l'engagement du Québec de réduire ses GES de 7 %. Il faudrait aussi lui rappeler que le protocole de Kyoto est déjà nettement insuffisant pour faire échec au réchauffement climatique et que par conséquent, tous les gouvernements devront tôt ou tard prendre des mesures encore plus draconiennes.

»» Suroît
Une analyse réalisée par le ministère de l'Environnement
- Hydro-Québec n'a pas besoin de la centrale thermique
Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir jeudi 15 janvier 2004
C'est parce que le gouvernement Charest veut fondamentalement faire de l'argent avec la vente de mégawatts aux États ou provinces voisines qu'il a autorisé la construction de la centrale thermique du Suroît, car les besoins d'Hydro-Québec pour faire face à la demande entre 2007 et 2010 peuvent être comblés par d'autres mesures.
C'est ce qu'affirment les analystes du ministère de l'Environnement dans le rapport final qu'ils ont soumis à leur ministre, Thomas Mulcair, le 8 décembre dernier, en vue de la préparation du décret d'approbation. M. Mulcair n'a jamais caché son opposition à ce projet qui va hausser de 3 % les gaz à effet de serre (GES). Le ministre, dont la crédibilité est en chute libre dans le milieu environnemental, a finalement parrainé devant le Conseil des ministres, le 17 décembre dernier, le décret d'approbation du Suroît.
Mardi, en réaction à l'annonce officielle du feu gouvernemental, son chef de cabinet, Alain Gaul, affirmait au Devoir que «le ministre aurait préféré annoncer des projets éoliens ou hydroélectriques mais qu'à cause du déficit appréhendé dans la fourniture d'électricité, le ministre s'est fait une raison».
Le Rapport d'analyse environnementale, dossier 3211-12-073, précise pourtant qu'Hydro-Québec a à sa disposition d'autres moyens pour régler le problème.
«Hydro-Québec, y lit-on, présente ce projet comme étant d'abord la façon de combler la différence entre la demande interne d'électricité et sa capacité de produire entre 2007 et 2010. Différents calculs, dont ceux du BAPE, contredisent cette hypothèse.»
«De toute façon, poursuit le rapport remis à M. Mulcair, la réalité des marchés actuels, qui permet d'exporter facilement de l'électricité, permet d'en importer tout aussi facilement pour combler la période avant la mise en service des nouveaux projets hydroélectriques. La pointe de janvier 2003, pendant laquelle Hydro-Québec n'a pu suffire à la demande interne et a dû importer, démontre justement que l'importation est possible.»
La «seconde raison d'être du projet, celle de réaliser des profits, est plus simple à justifier. "Profiter des occasions d'affaires" se motive facilement dès qu'on réalise que 50 % des profits d'Hydro-Québec sont versés au trésor québécois», poursuit le rapport.
Mais ce dernier finit néanmoins par conclure que «la justification d'un projet d'énergie est du ressort du ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs (MRNFP), dont le mandat comprend la mise en valeur des ressources énergétiques et l'obligation d'assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques québécois. Selon le MRNFP, sans la construction du Suroît, "le Québec pourrait se retrouver en situation déficitaire au niveau de l'électricité et dépendre des marchés extérieurs" à cause du "risque relié à une faible hydraulicité, d'une croissance plus forte de la demande et du retard dans la mise en service des projets hydroélectriques". Le MRNFP considère donc le projet justifié.»
Mais selon un analyste senior au ministère de l'Environnement qui a réclamé l'anonymat, «le rapport d'analyse fait ici preuve de complaisance, car c'est au ministère de l'Environnement de contrôler la validité des justifications avancées par Hydro-Québec ou d'autres ministères, comme le MRNFP. En prenant leur jugement pour parole d'Évangile, sans validation critique, le ministère a mis de côté sa mission légale de contrôle, ce qui ressemble fort à une commande pour justifier la décision annoncée. Et c'est d'autant plus clair que le rapport aurait dû ajouter, ce qui est au dossier, que le déficit anticipé de la demande aurait pu aussi être comblé par une gestion élargie de la demande en électricité au Québec, un domaine où Hydro-Québec ne fait pas le tiers de ce qui serait possible.»
D'autre part, le premier ministre Jean Charest a laissé entendre hier, contrairement à ce qu'affirme le décret d'approbation du Suroît, que d'autres entreprises pourraient être mises à contribution pour annuler l'augmentation des émissions attribuables au Suroît.
«Il y aura d'autres entreprises, d'autres contributions qu'on sera appelés à faire», a dit le premier ministre sans fournir de précisions. Plus tôt, il avait affirmé que «le protocole de Kyoto est très important pour nous».
Le décret et le rapport d'analyse prévoient qu'Hydro devra acheter des droits d'émissions pour annuler les émissions du Suroît. Le rapport précise même qu'il faudrait que ce coût soit «internalisé», c'est-à-dire facturé aux consommateurs québécois ou américains qui vont bénéficier des mégawatts.
Avec la collaboration de Robert Dutrisac

»» Acadie
La proclamation royale et le Grand Dérangement
- Quelle mémoire commémore-t-on ?
Joseph Yvon Thériault
L'auteur est directeur du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM) à l'Université d'Ottawa, où il dirige actuellement un groupe de recherche sur la mémoire et la citoyenneté.
Le Devoir jeudi 15 janvier 2004
Dans Le Devoir des 3 et 4 janvier derniers, Donald J. Savoie rappelait que tous les Acadiens «applaudissent à la décision du cabinet fédéral d'entériner une proclamation royale qui reconnaît les torts causés à nos ancêtres lors des déportations survenues au XVIIIe siècle» et qui, en même temps, désigne le 28 juillet (pourquoi pas le 15 août, Fête nationale des Acadiens?) journée canadienne de commémoration du Grand Dérangement.
Je ne voudrais pas ici briser ce rare moment d'unanimité dans l'histoire politique canadienne, qui réunit, dans un même concert d'applaudissements, le cabinet fédéral, l'Assemblée nationale du Québec (motion d'appui à la proclamation royale adoptée à l'unanimité le 10 décembre dernier), les leaders de la société acadienne et l'ensemble des «Canadiens de descendance acadienne, dont le nombre s'élève à plus de un million». Surtout que nous étions parmi ceux qui trouvaient d'une grossièreté ridicule le refus des députés acadiens à Ottawa d'entériner une telle reconnaissance lors d'une motion précédente proposée par le député bloquiste Stéphane Bergeron.
Cela ne doit toutefois pas nous empêcher de réfléchir à la signification, dans la conjoncture actuelle, d'une telle reconnaissance. Donald J. Savoie propose deux pistes de réponse. La première est celle de la réussite exemplaire de la collectivité acadienne et de sa sagesse séculaire, qui se manifesterait notamment par le fait que les Acadiens «n'ont pas cherché à obtenir de compensation financière ou un règlement judiciaire dans le cadre de la proclamation royale». La deuxième a trait au génie des institutions canadiennes, «qui donne aux peuples et aux individus la possibilité de rebâtir leurs communautés et de reconstruire leurs vies brisées». J'aimerais mettre en perspective ces deux affirmations de façon à interroger la signification de la proclamation royale.
Le devoir de mémoire
J'inscrirai ma première remarque sous le thème de la mémoire. Il faut comprendre cette reconnaissance à l'intérieur d'un vaste mouvement dans les sociétés contemporaines qui vise à réhabiliter la mémoire des victimes. Ce phénomène généralisé couvre un large éventail qui va de la mémoire de la traite des esclaves par les puissances occidentales et de la Shoah à des phénomènes plus circonscrits d'un point de vue historique, comme la mémoire de l'apartheid en Afrique du Sud, des réserves indiennes au Canada ou des «enfants de Duplessis» au Québec.
Le devoir de mémoire, ainsi revendiqué, participe à la fois à rappeler le souvenir de crimes abominables, de façon à ce que ceux-ci ne se reproduisent plus, tout en réhabilitant la dignité identitaire des victimes. Il implique souvent «réparation», financière comme politique, qui vise alors à réinscrire les victimes dans un nouveau rapport d'égalité à la société dominante.
Le devoir de mémoire a son envers. Il peut braquer les victimes et les bourreaux dans une attitude conflictuelle qui empêche l'oubli et par conséquent la possibilité de refonder une communauté politique entre les anciens belligérants. Il peut encore, au contraire, banaliser la situation des victimes en en faisant un récit parmi d'autres du grand récit de la culture dominante, ce qui a pour conséquence de littéralement voler la mémoire à une communauté particulière.
Enfin, la généralisation des processus de reconnaissance victimaire tend à mettre sur le même pied des phénomènes aussi monstrueux que la Shoah et des phénomènes aussi «banals» dans l'histoire des sociétés que les «enfants de Duplessis». C'est pourquoi il faut utiliser avec parcimonie le recours public à la reconnaissance victimaire.
Dans quel processus mémoriel la reconnaissance canadienne de la déportation des Acadiens s'inscrit-elle ? Nul doute, comme le souligne Donald J. Savoie, que la déportation des Acadiens soit un phénomène exemplaire de ce que nous appelons aujourd'hui le «nettoyage ethnique» et que son intégration dans l'imaginaire canadien puisse servir de leçon d'histoire pour que ces phénomènes ne se reproduisent plus. Toutefois, la manière dont s'est réalisée cette reconnaissance fait plutôt appel à un phénomène de banalisation.
Une Acadie particulièrement absente
Une telle demande d'excuses, rappelons-le, n'émane pas en premier lieu de la communauté acadienne des Maritimes, principale porteuse, d'un point de vue collectif, de cette mémoire historique. C'est un avocat louisianais, Warren Perrin, qui, au début des années 90, a exigé de la reine d'Angleterre des «excuses» pour la déportation dans le simple but de pouvoir transmettre à ses enfants une histoire plus digne du grand récit multiculturel américain. C'est pourquoi il ne demandait pas de compensation financière ni de réhabilitation collective du peuple acadien. Toute symbolique, sa réclamation se voulait apolitique : c'est pourquoi il l'adressait au personnage symbolique par excellence, la reine d'Angleterre.
Le député bloquiste Stéphane Bergeron, lors d'une visite en Louisiane dans le cadre du Congrès mondial acadien, a pris connaissance de cette réclamation. Victime d'un phénomène assez généralisé dans le sud des États-Unis -- le born again --, il a redécouvert ses racines acadiennes et ramené devant le Parlement canadien la demande d'excuses, toujours symbolique, à la reine.
Aussi banale fût-elle, parce qu'elle émanait d'un député bloquiste, le gouvernement libéral, y compris sa forte députation acadienne, a voté contre. Devant le ridicule d'une telle situation, la Société nationale des Acadiens n'a pu que protester et prendre le dossier en main. Jusqu'alors, les Acadiens des Maritimes, médusés, avaient observé ce phénomène. Le nouveau lieutenant-gouverneur, Herménégilde Chiasson, nommé dans la foulée de la célébration du 400e anniversaire de la fondation de l'Acadie et qui aura ample occasion de lire la proclamation royale au nom de Sa Majesté, pourra même dire lors de sa nomination que les Acadiens ne vivent plus dans le passé -- il a pourtant déjà produit un film sur la déportation -- et qu'ils n'ont pas besoin de telles excuses.
L'affaire des «excuses» aurait pu devenir une affaire acadienne. Mais Sheila Copps a sauvé la mise pour le gouvernement canadien. Elle aussi victime du syndrome born again -- elle s'est trouvé des ancêtres acadiens --, elle a compris le ridicule d'une demande symbolique à la reine. Après tout, le gouvernement canadien est fiduciaire des décisions historiques de la Couronne britannique. C'est au Canada, et non à la reine, qu'il fallait demander des excuses -- entre-temps devenues une «reconnaissance» de torts. Il faut lui en savoir gré. Mme Copps a proposé d'entériner une proclamation royale préparée à la sauvette lors de sa dernière participation au conseil des ministres, proclamation qui intégrerait la mémoire de la déportation dans le grand récit canadien -- le jour commémoratif du 28 juillet -- et qui rappellerait en préambule les torts subis par les Acadiens.
Dans cet exercice de reconnaissance, il faut bien en convenir, le peuple acadien des Maritimes -- le seul qui existe au Canada; ailleurs, des Acadiens peuvent exister, mais pas de peuple -- a été largement absent. Il a surtout manqué l'occasion de faire de cette reconnaissance non pas un fait banal mais un moment de réhabilitation de son identité comme peuple et de sa place dans la société canadienne.
Je ne parle pas nécessairement ici de compensation financière, voire de restitution des terres de Grand-Pré, même si je dois avouer qu'elles sont beaucoup plus luxuriantes que les terres sablonneuses du golfe du Saint-Laurent, où les Acadiens se sont rétablis collectivement après la déportation. Je pense plus particulièrement à une reconnaissance qui aurait été un moment fort de discussions en Acadie, qui aurait même pu être accompagnée d'une discussion sur un plan de relance de l'économie fragile des régions acadiennes, séquelle, s'il en est une, du Grand Dérangement de 1755.
La «fierté» canadienne
Je conclurai sur le génie politique de la société canadienne. On ne saurait reprocher à la société canadienne de vouloir intégrer la déportation dans son grand récit national : il restera maintenant à commémorer la conquête de 1760. D'autant plus, comme Donald J. Savoie le souligne, que les Acadiens n'ont jamais remis en question leur adhésion aux institutions politiques canadiennes. Ces institutions, précise-t-il, héritage de la tradition britannique, ont permis que se développent des modalités particulières de reconnaissance du pluralisme largement supérieur au modèle républicain à la française. Je ne suis pas loin de partager, d'un point de vue historique, une telle opinion.
Seulement, depuis 1982, avec le développement de la Charte canadienne des droits et des libertés et des politiques de multiculturalisme, le Canada s'est orienté vers un nation building qui rend difficile la reconnaissance de ce que Charles Taylor a appelé une «différence profonde» ou encore de ce que Will Kymlicka nomme la reconnaissance des minorités nationales. Ce phénomène s'est accentué après 1995, à la suite du deuxième référendum québécois, mais aussi face au constat des élites canadiennes selon lequel leur société souffre d'un déficit de cohésion sociale.
Jusqu'à récemment, le nationalisme acadien, s'il reconnaissait son adhésion à la société canadienne, le faisait à travers une médiation, soit la nation acadienne, qui était elle-même liée aux autres groupements francophones -- y compris québécois --, constituant l'un des éléments de la réalité binationale du Canada. Dans la «fierté» canadienne, telle que l'exprime Donald Savoie, cette dimension a disparu. C'est au Canada terre d'immigration, donc au multiculturalisme, qu'il associe la nouvelle reconnaissance acadienne. Serait-ce que les Acadiens ont troqué leur désir de nationalité pour une reconnaissance ethnique ? Si tel est le cas, on aurait un bel exemple où la reconnaissance d'une mémoire abolit la mémoire qu'elle prétend reconnaître.

»» Acadie
Les Acadiens et la proclamation royale
- Tristes semailles, douces moissons
Donald J. Savoie
Titulaire de la Chaire de recherche Clément-Cormier en développement économique de l'Université de Moncton et auteur de Breaking the Bargain: Public Servants, Ministers and Parliament
Le Devoir samedi 3 et dimanche 4 janvier 2004
Partout, les Acadiens applaudissent à la décision du Cabinet fédéral d'entériner une proclamation royale qui reconnaît les torts causés à nos ancêtres lors des déportations survenues au XVIIIe siècle. Tout peuple attache une grande importance à l'histoire et aux symboles; et en fait de symboles, celui-ci s'avère particulièrement important pour de nombreux Canadiens et Canadiennes de descendance acadienne, dont le nombre s'élève à plus de un million.
Il est certain que la déportation marque une page très sombre de notre histoire. Je me souviens très bien que, quand j'étais jeune enfant, mes parents, mes grands-parents, mes oncles et mes tantes commémoraient la déportation. Ces cérémonies, à caractère tant religieux que politique, se déroulaient dans l'église paroissiale et rassemblaient pratiquement tous les membres de notre communauté.
Adolescent, je me suis rebellé contre l'idée de souligner un si triste épisode de notre histoire. Je ne pouvais accepter que d'autres peuples puissent célébrer des révolutions et des soulèvements réussis ou la naissance de nouvelles nations, alors que nous célébrions le fait que nos maisons avaient été brûlées et nos ancêtres, embarqués de force sur des bateaux pour des destinations inconnues.
Avec le temps, je suis devenu plus modéré et j'en suis venu à comprendre que, pour mes parents, le grand dérangement était un cri de ralliement, un appel lancé à tous les Acadiens pour qu'ils conservent leur identité et leur langue. On se disait que si nos ancêtres avaient réussi à survivre à la déportation, nous pouvions survivre à n'importe quoi.
Cependant, mes parents et leurs ancêtres m'ont également enseigné comment accepter le fardeau de l'histoire. Un peuple qui prend le parti de l'amertume, de la rancoeur et de la vengeance s'engage dans une voie sans issue. C'est leur capacité de mettre de côté l'amertume qui explique que les Acadiens n'ont pas cherché à obtenir de compensation financière ou un règlement judiciaire dans le cadre de la Proclamation royale. Leur objectif était simplement d'obtenir la reconnaissance officielle d'un événement historique.
Institutions bénéfiques
J'ai bien appris les leçons de l'histoire. J'ai étudié en Angleterre, et à aucun moment je n'ai éprouvé le moindre relent de ressentiment. J'y ai plutôt découvert le génie des institutions politiques britanniques et j'ai passé les 20 dernières années à écrire à leur sujet et au sujet de leur application au Canada, chantant leurs louanges et mettant en garde contre le danger de s'éloigner de leurs préceptes fondamentaux. J'en suis venu à reconnaître que ces institutions ont aidé mes ancêtres à survivre et la société acadienne à prospérer à nouveau.
Il est approprié aujourd'hui que ce soient ces mêmes institutions qui ont engendré la Proclamation royale. À mon avis, la capacité de protéger les minorités que démontrent les institutions politiques d'inspiration britannique se compare avantageusement à celle de n'importe quelles autres institutions, y compris les institutions françaises et américaines. Il suffit d'y réfléchir un moment pour constater que les Acadiens du Nouveau-Brunswick, par exemple, s'en tirent beaucoup mieux que nos cousins cajuns de la Louisiane en ce qui concerne la préservation de leur identité et de leur langue.
L'histoire de la déportation présente des ressemblances frappantes avec ce que nous appelons de nos jours le «nettoyage ethnique». Mes ancêtres décidèrent de ne choisir le camp d'aucun des belligérants dans les guerres opposant la France et l'Angleterre au XVIIIe siècle. Bien que les Acadiens aient démontré leur neutralité depuis un certain nombre d'années, les forces britanniques n'en avaient que faire en 1755. Les gens étaient considérés soit comme des alliés, soit comme des ennemis; ils ne pouvaient pas être neutres. Les Britanniques pressèrent les Acadiens de signer un serment d'allégeance qui les aurait obligés à prendre les armes contre les ennemis de la Grande-Bretagne. Les Acadiens insistèrent pour demeurer neutres.
On connaît la suite de l'histoire. Quelque 10 000 Acadiens furent entassés sur des navires britanniques. Des familles furent séparées. De nombreux déportés périrent en mer. Les maisons furent incendiées, les documents furent déchirés et le bétail fut confisqué au profit de la Couronne d'Angleterre afin qu'il fût clair que les Acadiens ne pouvaient plus revenir. Certains déportés parvinrent à se rendre en Louisiane, où ils donnèrent naissance à la culture cajun. D'autres trouvèrent refuge dans diverses communautés le long de la côte est américaine, depuis les Carolines jusqu'au Maine. D'autres encore furent transportés en Angleterre et en France.
Mes propres ancêtres furent emprisonnés au fort Lawrence, en Nouvelle-Écosse, en août 1755, mais ils réussirent à s'échapper par un tunnel qu'ils creusèrent sous le fort. Ils allèrent vers le nord, au Nouveau-Brunswick, se cachèrent dans les bois et éventuellement s'établir près de Bouctouche, une petite localité rendue célèbre récemment par la pièce de théâtre La Sagouine, d'Antonine Maillet. Ils y cultivèrent la terre et travaillèrent dans la forêt, cherchant à nourrir leurs familles du mieux qu'ils pouvaient. Ils se tournaient vers l'Église catholique romaine pour les guider sur les plans spirituel et politique. Ils survécurent et triomphèrent de l'adversité.
La collectivité acadienne est maintenant dotée de sa propre université et a produit récemment une classe d'entrepreneurs qui connaissent beaucoup de succès. La présence des Acadiens se fait sentir dans le monde des affaires, le gouvernement, les beaux-arts, la littérature et les professions libérales, avec des personnalités comme Louis Robichaud, Roméo LeBlanc ou Antonine Maillet.
Une fierté canadienne
Même s'ils se mêlèrent peu aux débats, la plupart de mes ancêtres votèrent contre la Confédération. Toutefois, dès que le Canada devint une réalité, les Acadiens -- avec tout le pragmatisme qui les caractérise -- décidèrent de s'y rallier. Depuis, nous avons toujours été fiers d'être Canadiens.
À bien des égards, l'histoire des Acadiens et de la Proclamation royale témoigne de ce que sont le Canada et les valeurs canadiennes. Le Canada donne aux peuples et aux individus la possibilité de rebâtir leurs communautés et de reconstruire leurs vies brisées. Ces dernières années, le Canada a accueilli des boat people venus du Vietnam et des réfugiés fuyant les opérations de nettoyage ethnique en Europe de l'Est.
Il existe un parallèle entre leur histoire et celle de la déportation des Acadiens -- et c'est peut-être pour cette raison, et en raison des expériences éprouvantes qu'ont vécues mes ancêtres, que je suis toujours fier de voir mon pays ouvrir ses frontières à de nouveaux Canadiens et Canadiennes en quête d'un nouveau foyer où refaire leur vie. Les néo-Canadiens se voient offrir une multitude de nouvelles possibilités à condition qu'ils abandonnent leurs vieilles querelles derrière eux et qu'ils renoncent au ressentiment et à l'amertume.
La Proclamation royale contient de nombreux messages. Il y en a deux que j'aimerais retenir, à savoir que le Canada rend possible la dignité collective et que nos institutions politiques fonctionnent. Tant le pays que ses institutions politiques nous ont bien servis, et nous devrions nous garder de les tenir pour acquis.

»» Le Québec, otage de ses alliés
Choisir son clan
Éric Paquin
Voir, n° Vol: 18 NO: 2 jeudi 15 janvier 2004
Livres - Dans un essai ambitieux intitulé Le Québec, otage de ses alliés, la politicologue ANNE LÉGARÉ suggère que le Québec repense en profondeur ses relations avec les États-Unis et la France.
Le Québec, otage de ses alliés
Anne Legaré
Dans le cadre de ce qu'il est maintenant convenu d'appeler la "réingénierie de l'État", les relations internationales du Québec sont aussi soumises que d'autres secteurs à une cure de minceur radicale: abolition de certaines délégations à l'étranger, déclaration le mois dernier par la ministre Gagnon-Tremblay selon laquelle le Québec, en tant que province, ne peut avoir de représentation à Washington, moratoire sur la participation à des événements internationaux comme la récente Foire du livre de Guadalajara (laquelle participation, encouragée par le précédent gouvernement, a été annoncée comme la dernière de ce type à survenir sous le règne de Jean Charest).
Dans ce contexte où il semble nécessaire d'analyser les efforts diplomatiques entrepris par le gouvernement québécois durant la dernière décennie, le livre d'Anne Legaré paraît à point nommé. Explorant les différentes facettes de nos relations avec les États-Unis et la France, l'auteure, qui enseigne les sciences politiques et qui a représenté le Québec dans ces deux pays, pose comme prémisse que notre politique internationale doit être en grande partie définie par nos choix de société, les relations avec les nations "amies" ayant des conséquences directes sur la politique intérieure, la culture et l'identité.
Conflits d'intérêts
Observant que le Québec se réclame de plus en plus de l'américanité et de ses intérêts commerciaux avec les États-Unis, Legaré postule que c'est une erreur de négliger nos rapports avec la France: le Québec risquerait non seulement de perdre sa stratégique position médiane entre l'Europe et l'Amérique, mais aussi sa possibilité de promouvoir une mondialisation plus humaniste. Les manifestations montréalaises en opposition à la guerre en Irak, "révéla[trices] du dynamisme de la société civile", ont illustré une conscience critique qui pourrait bien se révéler impuissante après la mise en oeuvre de la ZLEA et des nouvelles règles du jeu qui s'élaborent actuellement.
Une large part de l'argumentation de Legaré vise à montrer que le Québec ne doit pas s'illusionner quant à une supposée neutralité des États-Unis, lesquels craignent la naissance d'un État québécois qui soutiendrait ses entreprises et réduirait la capacité du Canada à participer à la défense de l'Amérique du Nord. L'auteure rappelle que les Américains ont ainsi usé d'une stratégie dissuasive durant la période référendaire 1994-1996. Une campagne de désinformation, élaborée dans les années précédentes et visant à ternir la réputation du Québec par la thèse de l'ethnocentrisme québécois, se mit en branle, pas moins de huit jours après l'élection du Parti québécois en septembre 1994, avec la célèbre conférence à Washington de Matthew Coon Come, du Grand Conseil des Cris du Québec. Les efforts de dissuasion se poursuivirent après le référendum avec l'adoption de la loi C-20 sur la clarté, élaborée par Ottawa sur une suggestion de Washington.
Quant au rapport à la France, il ne peut être envisagé qu'à l'intérieur des tensions entre celle-ci et les États-Unis et dans le besoin qu'a la France de garder le Canada comme allié dans certains dossiers internationaux. Or, sans le Québec, qui contribue à son identité multiculturelle, le Canada perdrait sa "capacité de différenciation" par rapport aux États-Unis et risquerait de glisser dans le giron américain. C'est ainsi que le Québec se trouve "l'otage d'intérêts qui lui sont étrangers". Pourtant, une alliance plus étroite entre la France et le Québec aiderait ces deux nations à dicter un nouveau rapport à la mondialisation, la "promotion de la diversité culturelle" et le multilatéralisme dans les institutions internationales. Sans la France et l'Europe, le Québec se verrait irrémédiablement lié "à une vision du monde contraire à ses intérêts, à une conception marchande du politique" qui lui ôterait la marge d'autonomie nécessaire à l'affirmation de sa différence.
Au milieu de tous ces intérêts souvent extérieurs au Québec lui-même, peut-il exister un réel rapport à l'autre? Si la science politique est souvent considérée comme le moins scientifique des savoirs, elle demeure un champ d'études essentiel dont un des buts est non seulement de répertorier mais aussi d'interpréter les codes, les règles tacites et implicites, les stratégies qui imprègnent les relations entre les peuples. À cet égard, l'ouvrage d'Anne Legaré offre une remarquable leçon de rigueur intellectuelle combinant l'érudition, le haut niveau d'analyse universitaire et une expérience sur le terrain. Un livre qui remettra en question bien des conceptions naïves du monde diplomatique et du rapport du Québec avec des "alliés" dont il importe de connaître les réelles motivations.
Le Québec, otage de ses alliés
d'Anne Legaré
VLB éditeur
2003, 336 p.
TRIBUNE LIBRE

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TRIBUNE LIBRE 14 janvier 2004
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