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Charest détourne son mandat

Tommy Chouinard
Le Devoir vendredi 23 janvier 2004

Charest détourne son mandat : 63 % des Québécois estiment que les réalisations du gouvernement ne sont pas conformes au mandat qu'ils lui ont confié le 14 avril

Québec - Le premier ministre Jean Charest ne pourra plus justifier ses actions les plus controversées en prétextant qu'il a obtenu un «mandat clair» de la population lors de son élection. Près des deux tiers des Québécois estiment que les réalisations du gouvernement Charest au cours de ses neuf premiers mois au pouvoir ne sont pas conformes au mandat qui lui a été confié, révèle un sondage Léger Marketing-Le Devoir-CKAC-The Globe and Mail.

Depuis son accession au pouvoir, le 14 avril 2003, le premier ministre motive ses politiques les plus décriées - par exemple, la hausse des frais de garde et les défusions municipales - par le fait que la population soutient sa démarche puisqu'elle l'a élu pour apporter des changements à la gestion de l'État.

Dans les faits, seulement 29 % des Québécois estiment que les actions du gouvernement Charest sont conformes au mandat qu'il a obtenu lors des élections générales, indique ce sondage Léger Marketing, réalisé auprès de 1000 répondants à travers le Québec entre le 14 et le 18 janvier.

C'est la toute première fois depuis l'élection des libéraux qu'un sondeur se penche sur cette question. «C'est un taux très significatif. Les Québécois croient que les actions du gouvernement ne sont pas conformes[au mandat qu'il a reçu] parce qu'il fait des choses auxquelles on ne s'était pas attendu», explique le sondeur Jean-Marc Léger. Il suffit de songer à la hausse des frais de garde de 5 $ à 7 $ par jour: le programme électoral du Parti libéral énonce clairement le maintien du prix des services de garde à 5 $ par jour.

Sans grande surprise, 89 % des péquistes et 72 % des adéquistes interrogés estiment que les réalisations du gouvernement ne sont pas conformes au mandat qu'il a reçu de l'électorat. Fait plus étonnant, près du tiers des libéraux interrogés (28 %) croient que le gouvernement Charest ne respecte pas son mandat depuis qu'il a été porté au pouvoir. Cependant, 64 % des libéraux affirment l'inverse et appuient le gouvernement. Sept francophones sur dix estiment que les réalisations du gouvernement ne respectent pas le mandat qu'il a obtenu. Les non-francophones interrogés sont partagés: 41 % estiment que le gouvernement agit dans le sens du mandat qu'il a reçu alors que 39 % croient le contraire.

Oui à la «réingénierie»

Si les Québécois critiquent les actions entreprises par le gouvernement Charest, ils lui donnent cependant raison sur un principe. En effet, la moitié des Québécois (50 %) sont favorables à la «réingénierie», ce processus entamé par le gouvernement Charest pour réduire la taille de l'État. C'est le cas de 70 % des non-francophones, de 81 % des libéraux et de 57 % des adéquistes.

«Les gens appuient le gouvernement sur ses principes mais pas sur ses moyens, estime Jean-Marc Léger. Les gens sont d'accord pour réduire la taille de l'État, pour réfléchir sur chacune des sociétés d'État, sur chacun des organismes, mais c'est avec la manière que les Québécois ont beaucoup de difficulté. C'est pourquoi ils pensent que le gouvernement n'agit pas en conformité avec le mandat qu'il a reçu. Oui, c'est un mandat de "réingénierie", mais l'interprétation que Jean Charest en fait, c'est là-dessus que les Québécois prennent leurs distances. Le gouvernement est sur la bonne voie mais pas dans la bonne voiture.»

38 % des Québécois sont toutefois défavorables à la «réingénierie», dont 43 % des francophones et 63 % des péquistes. 30 % des péquistes approuvent cependant la «réingénierie». La volonté de révision du modèle québécois, exprimée notamment par l'ex-ministre péquiste Joseph Facal, a donc pris racine au PQ. Environ 12 % des personnes interrogées n'ont pas pu répondre à cette question sur la «réingénierie».

Six Québécois sur dix sont insatisfaits

Le taux de satisfaction de la population à l'endroit du gouvernement Charest démontre que la lune de miel est définitivement terminée. Tout près de six Québécois sur dix (59 %) se disent insatisfaits de l'équipe libérale au pouvoir. «Ce qui est rare, c'est que ça arrive si tôt dans un mandat», affirme Jean-Marc Léger. Après neuf mois de pouvoir libéral, seulement 39 % des Québécois se disent satisfaits des réalisations du gouvernement. «C'est un taux très négatif, mais d'autres gouvernements ont vécu ça avant. Mais que ça arrive aussi vite, c'est autre chose», explique M. Léger. Les deux tiers des francophones éprouvent de l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement, un sommet inégalé. Seulement 30 % des non-francophones partagent cet avis puisque 68 % de ce segment de la population se dit satisfait du gouvernement Charest. Un sondage SOM diffusé la semaine dernière par Radio-Canada, que M. Léger qualifie d'«exagéré», tendait à démontrer un taux d'insatisfaction de 70 %. «Les gens sont insatisfaits, mais quand même!», laisse tomber M. Léger.

La cote de popularité de Jean Charest a aussi du plomb dans l'aile. Seulement 35 % des Québécois sont satisfaits de la performance du chef libéral. 61 % des personnes interrogées éprouvent de l'insatisfaction à son endroit. Les francophones indiquent clairement leur mécontentement (68 %) tandis que les non-francophones expriment leur satisfaction à l'égard du premier ministre dans une proportion de 63 %. «Tous les acquis de la campagne électorale ont été perdus au cours des derniers mois», croit M. Léger.

Deux ministres parmi les plus connus du gouvernement, Philippe Couillard et Yves Séguin, sont même plus populaires que leur propre chef. Près de la moitié des Québécois (47 %) se disent satisfaits de la performance du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, alors que 35 % en sont insatisfaits et que 18 % n'ont pas d'opinion. M. Couillard obtient la faveur de 47 % des francophones, c'est-à-dire 18 % de plus que son chef. «Les gens ont une certaine confiance à l'égard de M. Couillard», affirme Jean-Marc Léger. Le ministre des Finances, Yves Séguin, «s'en tire très bien», estime le sondeur, puisqu'il est crédité de la satisfaction de 45 % des Québécois. 32 % en sont insatisfaits et 24 % n'ont pas d'opinion. Chez les libéraux, Jean Charest demeure le plus performant (81 %), comparativement à MM. Séguin (70 %) et Couillard (65 %). Parmi ces trois personnalités, les péquistes préfèrent Philippe Couillard (40 % en sont satisfaits) alors que les adéquistes ont un penchant pour Yves Séguin (47 %).

«Jean Charest est systématiquement de tous les dossiers. On a rarement vu un premier ministre aussi impliqué dans chacun des dossiers, comme s'il n'avait pas confiance en un certain nombre de ses ministres. On voit qu'il y a des ministres qui sont populaires et que M. Charest a intérêt à les laisser parler. En laissant de la place à ses ministres, ça lui donnerait une marge de manoeuvre qu'il n'a pas en ce moment», souligne Jean-Marc Léger.

Une insatisfaction généralisée

Les Québécois sont insatisfaits du gouvernement Charest, et ce, peu importe le dossier. 55 % d'entre eux éprouvent de l'insatisfaction au sujet de la gestion des défusions municipales par le gouvernement Charest. C'est le dossier qui suscite le plus grand mécontentement. Seulement 20 % des Québécois sont satisfaits de la façon dont le gouvernement gère ce dossier alors qu'ils sont 16 % à se dire plus ou moins satisfaits. Il y a même autant de libéraux (37 %) satisfaits qu'insatisfaits. «C'est un dossier qui est l'épine dans le pied du gouvernement», note Jean-Marc Léger.

Chose rare, le gouvernement est parvenu à susciter le mécontentement tant chez les francophones, généralement en faveur des fusions, que chez les anglophones, davantage partisans des défusions. En effet, 55 % des francophones et 51 % des non-francophones se disent insatisfaits. «Il a réussi à déplaire aux deux communautés. C'est rare qu'on ait un dossier comme celui-là», estime M. Léger, pour qui la situation actuelle ressemble à celle qui a prévalu dans les années 70 lorsque les libéraux avaient adopté la loi 22 sur la langue française, qui avait été critiquée de toute part. Selon le sondeur, le dossier des défusions municipales est encore loin d'être clos et devrait donner du fil à retordre au gouvernement Charest presque tout au long de son mandat.

Près de la moitié des Québécois, c'est-à-dire 49 %, sont mécontents du traitement du dossier des services de garde, contre 30 % qui se disent satisfaits et 14 % plus ou moins satisfaits. La satisfaction à l'égard du gouvernement en ce qui concerne ce dossier croît avec l'âge des personnes interrogées, mais la majorité de ceux qui ont des enfants de moins de 12 ans à la maison (56 %) affirment être mécontents. Il y a un an, le taux de satisfaction à l'égard du gouvernement Landry dans ce dossier s'élevait à 79 %. «On voit que c'était une réussite du Québec à laquelle le gouvernement Charest n'aurait pas dû toucher, croit M. Léger. Son intervention a été plutôt négative. Il y a eu plusieurs ballons d'essai qui ont tous mal tourné.»

Les libéraux avaient promis de mettre rapidement fin aux délais d'attente dans les urgences des hôpitaux. Mercredi, Le Devoir révélait plutôt que le mal s'aggrave. Le sondage Léger Marketing révèle ainsi que 44 % des Québécois sont insatisfaits du travail accompli par le gouvernement Charest en matière de santé au cours de ses neuf premiers mois au pouvoir. «On aime le messager [Philippe Couillard] mais beaucoup moins le message», note Jean-Marc Léger. Il s'agit toutefois du dossier qui récolte la meilleure note. Le tiers des Québécois se disent satisfaits de la gestion du gouvernement en matière de santé. Les personnes âgées de 55 ans et plus manifestent tout particulièrement leur satisfaction (47 %). «C'était le dossier prioritaire de M. Charest et, là-dessus, la performance est moyenne», ajoute le sondeur. Les libéraux récoltent le même taux de satisfaction dans le domaine de la santé que le gouvernement Landry l'année dernière.

Les Québécois sont davantage partagés dans leur appréciation de la gestion de la question de la sous-traitance par le gouvernement Charest. Alors que les grandes centrales syndicales ont manifesté contre les actions des libéraux dans ce dossier, 39 % des Québécois sont insatisfaits des amendements apportés au Code du travail en décembre dernier, 32 % s'en disent satisfaits et 14 % se déclarent plus ou moins satisfaits. «Le gouvernement a bien navigué là-dedans», indique Jean-Marc Léger.

Le sondage a été réalisé quelques jours à peine après la fin du siège à Kanesatake. Les actions du gouvernement Charest dans cette crise n'ont été approuvées que par 19 % des Québécois, selon un autre sondage Léger Marketing publié la semaine dernière. Jean-Marc Léger estime toutefois que les dossiers des défusions municipales, de la santé et des garderies provoquent une «insatisfaction beaucoup plus profonde» que cet «événement ponctuel».

Le sondage publié aujourd'hui a une marge d'erreur maximale de 3,4 %, 19 fois sur 20.



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La souveraineté regagne le terrain perdu

Tommy Chouinard
Le Devoir vendredi 23 janvier 2004

L'appui au projet péquiste reste toutefois tributaire de son volet associatif avec le reste du Canada

Québec - L'appui à la souveraineté du Québec atteint un niveau inégalé depuis mars 1999 auprès de la maison de sondage Léger Marketing. Ainsi, 47 % des Québécois voteraient OUI si un référendum avait lieu sur la souveraineté assortie d'une offre de partenariat politique et économique avec le reste du Canada, révèle un sondage Léger Marketing-Le Devoir-CKAC-Globe and Mail.

Dans le cadre de la «saison des idées», les péquistes devront y penser à deux fois avant de jeter définitivement aux orties l'idée d'un partenariat avec le reste du Canada advenant l'accession du Québec à la souveraineté. L'appui à la souveraineté chute en effet à 28 % si celle-ci n'implique pas une forme de partenariat.

«C'est le débat interne au PQ, et le débat qu'il va vivre au cours des prochains mois. Les gens ont intégré la notion de partenariat. Présenté la souveraineté sans partenariat, c'est comme s'il manquait quelque chose. Ça fait partie de l'offre de la souveraineté», explique le sondeur Jean-Marc Léger. La souveraineté sans partenariat attire 50 % des péquistes et 30 % des adéquistes.

Lors d'un caucus des députés péquistes qui s'est tenu en août dernier, le chef Bernard Landry a abandonné l'idée de proposer au reste du Canada une union confédérale à l'européenne si le Québec accédait à l'indépendance. La députée de Taillon, Pauline Marois, et le député de Rousseau, François Legault - les deux principaux prétendants à la présidence du PQ -, ont également rejeté la notion de partenariat. Le sondage démontre que les Québécois ne sont pas aussi prompts à mettre aux oubliettes cette notion.

L'association avec le reste du Canada a toujours fait partie intégrante du projet souverainiste. Cette association a été inscrite par René Lévesque dès la fondation du Parti québécois, il y a plus de 30 ans.

Selon le sondage, une majorité des francophones (53 %) auraient voté pour la souveraineté assortie d'un partenariat. Plus précisément, 78 % des péquistes, 12 % des libéraux et 22 % des non-francophones auraient opté pour ce choix. À l'inverse, quelque 49 % des Québécois, 86 % des libéraux et

75 % des non-francophones, sont contre la souveraineté-partenariat. «Les Québécois sont confrontés à deux options: la souveraineté-partenariat ou le statu quo. Pour eux, ce sont deux options radicales, et ils se situent entre les deux. Il n'y a aucun parti politique qui incarne l'entre-deux. Bref, on est rendus au bout de 40 ans de débats», affirme Jean-Marc Léger.

Les adéquistes sont quant à eux déchirés: 54 % voteraient OUI et 44 %, NON. «L'ADQ représente cette majorité entre les deux qui ne veut pas se brancher d'un bord ou de l'autre», estime M. Léger. Cette donnée risque d'alimenter les débats au sein du parti de Mario Dumont, qui tente de se donner une politique constitutionnelle cohérente.

Sans offre de partenariat, la souveraineté est rejetée par 70 % des Québécois. Seulement 31 % des francophones et 5 % des libéraux l'appuieraient. Les non-francophones déclineraient cette proposition dans une proportion de 82 %.

Ce sondage a été effectué auprès de 1000 répondants au Québec, entre le 14 et le 18 janvier. Un échantillon de cette taille présente une marge d'erreur maximale de 3,4 %, 19 fois sur 20.



»» réingénierie

Landry critique sévèrement le gouvernement Charest

Presse Canadienne (PC) - LCN 23.1.2004

Humilié au Forum économique mondial de Davos, le premier ministre Jean Charest ne fait que récolter les fruits de son incompétence, a soutenu vendredi le chef du Parti québécois, Bernard Landry.

«Moi, quand j'allais à Davos, c'était pour annoncer les ouvertures d'usine, pas consacrer des fermetures», a-t-il dit lors d'un point de presse à Québec.

Le premier ministre s'est retrouvé dans une situation embarrassante jeudi au forum de Davos, lorsqu'il a dû annoncer lui-même la fermeture de l'usine Alcan d'Arvida, au Saguenay, qui employait 560 personnes.

Encore plus gênant, M. Charest avait participé quelques heures plus tôt à une conférence de presse conjointe avec le président d'Alcan, Travis Engen, au cours de laquelle la fermeture n'avait même pas été abordée.

Le premier ministre doit maintenant «se ressaisir» et exiger d'Alcan qu'un nombre d'emplois égal ou supérieur soit créé dans l'activité secondaire ou tertiaire.

«La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean a le droit de compter sur une compensation», a dit M. Landry.

En accumulant les rebuffades et les revers sur le plan économique, le gouvernement libéral récolte ce qu'il a semé depuis son accession au pouvoir, a soutenu le chef du PQ.

«Il a démoralisé complètement la SGF, il l'a discréditée. Il a discrédité la Caisse de dépôt. Il a diminué les attraits du Québec pour les entreprises de haute technologie (...) Alors, quand on désarme, qu'on ne se surprenne pas de ne pas avoir les mêmes résultats.»

Ces résultats, selon M. Landry, sont une création d'emplois à la baisse (27 300 en 2003 contre 167 400 en 2002) et un taux de chômage en hausse (9,4 pour cent en décembre 2003 contre 8,6 pour cent à la fin de 2002).

L'administration Charest ne trouve absolument aucune grâce aux yeux de Bernard Landry, qui l'estime rongée par l'«incompétence, la méconnaissance des dossiers, la méconnaissance du Québec, l'absence de vision, le conservatisme doctrinaire.»

Même le sens de l'État du premier ministre est contesté par son vis-à-vis de l'opposition. En confiant récemment à une journaliste britannique qu'il valait mieux faire les choses difficiles au début d'un mandat de gouvernement, M. Charest «a confessé lui-même son manque de sens de l'État et laissé la place totale au sens partisan. Ce n'est pas ça que doit être le premier ministre du Québec», clame-t-il.

La cote en chute libre du gouvernement Charest commence d'ailleurs à inquiéter des ministres de haut rang.

Les récents sondages, désastreux pour le PLQ, ne sont pas sans revigorer le chef du PQ, qui prétend n'avoir «jamais vu un gouvernement s'effondrer aussi vite».

La cote en chute libre du gouvernement commence d'ailleurs à inquiéter des ministres de haut rang, comme la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget.

«Je ne veux pas dire que l'on a mal expliqué (nos politiques), mais peut-être que l'on a mal écouté les citoyens», a-t-elle confessé vendredi lors d'un point de presse au Château Frontenac.

Mme Jérôme-Forget reconnaît que les employés de l'État ont pu se sentir «isolés» dans le processus de «réingénierie» du gouvernement, mais elle promet de corriger la situation.

«Dès que les projets vont sortir, j'ai l'intention d'impliquer nos partenaires dans la démarche du changement», a-t-elle dit.



»» réingénierie

Charest hopes to change Quebec in four years

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette Friday, January 23, 2004

Few politicians, except perhaps Lucien Bouchard, have undergone more incarnations than Jean Charest. From federal Conservative to Quebec Liberal, from Canada's saviour to Quebec's increasingly unpopular premier, Charest now faces what he knows best: the crossing of yet another political desert.

No polls, no rumblings, not even from within his own ranks, stand to deter him. Charest might not be quite the Terminator some make him out to be, but he does seem determined to change the Quebec model even more, weakened as it already has been by Bouchard's zero-deficit policy.

Charest's goal is clear: to govern in a way that can align Quebec with the rest of Canada and North America, both politically and economically. Call it a normalization process of sorts. In case he loses the next election, he wants to have it all done by the end of one mandate.

But Charest is gambling that he will win next time nevertheless. Within the next couple of years, he says, Quebecers will harvest the "fruits" from his "re-engineering" tree, and the economy will grow stronger as co-operation dominates federal-provincial politics.

All this, Charest says, emanates from the "clear mandate for change" he received last April 14. The problem is that most Quebecers don't see it that way. First, as the old political-science adage goes, his government didn't get elected as much as the previous one got thrown out. If Charest did get one clear mandate, it was to not be Bernard Landry and for the Liberals to not be the Parti Québécois.

Second, mandate or no mandate, a majority of Quebecers are dissatisfied with his government. The changes have been too brisk and, for many, they stand to be costly because most people's disposable income won't keep up.

Day care and public transportation will cost more. Some workers face lower wages and poorer working conditions as the government eases sub-contracting rules. After a recent three-per-cent hike, Hydro-Québec President André Caillé now wants to increase electricity again by 2.1 to 4.7 per cent. The fact that Charest asked Hydro-Québec to put an additional $600 million into the state's coffer surely has something to do with it.

As for low-income Quebecers, Caillé in his usual "let them eat cake" attitude, plans to set up a special fund to help some of them cover part of their bloated hydro bills. Submitting people to charity administered by Hydro bureaucrats, now isn't that nice?

When you add rents that go up faster than ever before, all these increases will hit the middle class, especially families, like a bullet. As "re-engineering" costs pile up, so does the dissatisfaction of what even Stéphane Dion would say is a very clear majority. As for Charest's "exceptional charisma" - to quote André Pratte in his 1998 book L'énigme Charest - it has all but vanished in the process.

While chances are that support for the Liberals might not be quite as catastrophic as the 27 per cent in the latest SOM poll, Charest will need all the help he can get to keep part of his caucus from jumping off the Jacques Cartier bridge on their way back to Quebec City for the spring session.

So it comes as no surprise that PQ numbers are going up slowly even though its leader had been difficult to find lately. But before Landry's picture got put on on milk cartons, he resurfaced on Wednesday, promising a referendum in a future PQ mandate. If, of course - blah, blah, blah - he's sure of winning it. Lucky for him, Quebecers are too busy being upset at Charest to pay much attention to this.

But should the Bloc Québécois fare better than expected in the next federal election, and chances are it could, the PQ stands to benefit. As for the Action Démocratique, look for Mario Dumont to eventually pull another virage from his hat.

With Charest's unconditional federalist Liberals clearly standing on the right of the ideological spectrum, and Landry's PQ positioning itself - if only in rhetoric - as the sovereignist left, Dumont is sure to move the ADQ to where the Liberals used to be: at the very centre.

For this, he needs to do two things: stand up for the beleaguered middle class and go back to the nationalist stance that made him break away from the Liberals in the first place. If he succeeds, the next election might hold a few surprises.

But that's a very long three years from now. Judging by how many times the electorate changed its mind in the six months preceding the last election, anything can change between now and then.

Anything, it seems, except the money the government intends to keep taking from those who can least afford it.



»» réingénierie - Bilan économique de l'année 2003

Les décisions du gouvernement Charest ont eu des conséquences néfastes pour l'économie québécoise

Cabinet du chef de l'Opposition officielle
QUEBEC, le 23 janv. /CNW Telbec/

- "Les mauvaises décisions prises par le gouvernement Charest depuis son arrivée au pouvoir et le laisser-aller dont il fait preuve en matière de développement économique ont des effets néfastes sur l'économie du Québec, le plaçant ainsi à la remorque de l'Ontario et du Canada", a déclaré le député de Verchères et chef de l'opposition officielle, M. Bernard Landry.

"Depuis neuf mois, le gouvernement Charest ne cesse d'affaiblir l'économie. Il a coupé les programmes d'aide aux exportations de plus de 800 M$. Il a laissé tombé la stratégie de développement économique élaborée avec nos partenaires et a éliminé 23 % du budget du ministère du Développement économique et régional. En allant de l'avant avec les défusions municipales et en créant un inutile débat de structures en région, il paralyse le développement de tout le Québec", a ajouté M. Landry.

Au cours de son dernier mandat, le gouvernement du Parti Québécois avait pourtant comme principal objectif de vaincre le chômage. Cette priorité a d'ailleurs permis au Québec de connaître une performance économique remarquable et de créer 30 % des emplois canadiens pour l'année 2002. "Nous étions en droit de nous attendre à ce que le Québec poursuive sur sa lancée ! Il n'en est malheureusement rien : pour 2003, seulement 10 % des emplois ont été créés au Québec, l'écart entre le taux de chômage du Québec et de l'Ontario s'est accentué de façon significative et les créances pour faillites augmentent alors qu'elles diminuent en Ontario", a déploré le député de Rousseau et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'économie et de finances, M. François Legault.

Le gouvernement Charest accumule les mauvaises décisions : hausse des tarifs d'électricité pour les entreprises, remise en question du rôle des sociétés d'Etat, abandon de nombreux projets d'importance et coupures dans les mesures d'aide aux régions, notamment celles destinées à la Gaspésie et à la Vallée de l'aluminium. "Aussi, en plus de réduire les crédits d'impôt à la recherche et développement, le ministre des Finances a aboli, sans discernement, tous les avantages fiscaux accordés à l'économie du savoir. Pourtant, le Québec est reconnu comme un leader ayant su se positionner avantageusement dans ce secteur névralgique qu'est celui de l'économie du savoir. Pourquoi laisser tomber un créneau qui nous permet de nous distinguer comme société ?", a questionné le porte-parole.

M. Legault a par ailleurs rappelé que la conjoncture économique n'est actuellement pas favorable aux exportations québécoises et qu'avec la hausse du dollar canadien, les exportateurs ont besoin d'un coup de pouce de l'Etat. "Aider les exportateurs constitue un plus pour le Québec puisqu'un emploi sur quatre découle des ventes extérieures", a-t-il ajouté.

"En septembre dernier, lors du dépôt de la synthèse des opérations financières, le ministre des Finances s'est engagé à relancer certaines mesures pour aider à la création d'emplois et au démarrage d'entreprises. Nous souhaitons que dans son prochain budget, il passe de la parole aux actes en annonçant des mesures structurantes pour les régions du Québec", a rappelé M. Legault.

"Ce n'est pas en augmentant les tarifs de toutes parts que nous pourrons remettre l'économie québécoise sur les rails. Lorsque l'on constate un ralentissement économique, un plan d'action musclé doit être mis de l'avant. Le gouvernement doit absolument faire preuve de leadership et mettre un terme à ce climat d'inquiétude et de morosité qui sévit partout au Québec", a conclu M. Landry.



»» réingénierie

Elle est belle, notre démocratie!

Éléonore Côté
Le Quotidien vendredi 23 janvier 2004

L'humeur du temps - Voilà que, huit mois après son élection, Jean Charest songe à prendre les ondes pour mieux expliquer ses décisions à la population. Déjà, sa lettre ouverte, publiée dans les journaux lautomne dernier, naugurait rien de bon. Devant linsatisfaction grandissante, exprimée massivement, le réflexe du gouvernement Charest est celui, pas nouveau au demeurant, de se prétendre incompris.

Elle est belle, notre démocratie. Lorsque la population exprime son désaccord, cest évidemment parce que tous ces imbéciles qui la forment sont trop idiots pour comprendre quon fait ça pour leur bien. Comme un enfant, la population comprendra quand elle sera grande pourquoi on la mise en punition.

"La population" est un terme plutôt général. Jean Charest ne cesse de justifier ses mesures par le fait quil a été élu par "la population". Il a donc un "mandat clair", qu'il entend mener à bien.

Les syndicats, les parents, les organismes communautaires, les assistés sociaux, bref, tous les mécontents, ne font-ils pas partie de la population?

La population doit toujours être d'accord avec tout. Elle a voté pour un gouvernement, il ne lui reste plus quà assumer son choix. Lorsquelle n'est pas contente des actions posées, "la population" n'a rien à dire, puisqu'elle a voté. De plus, elle doit comprendre avant de se plaindre. Ici, on doit bien entendu penser "comprendre" dans le sens d"approuver".

Recours

Le seul recours d'une population pour se faire entendre et exercer son droit à la démocratie est-il celui de voter tous les quatre ans? Certes, le citoyen dispose de certains outils pour s'exprimer, des tribunes téléphoniques à la radio aux audiences publiques. Mais, au bout du compte, son opinion ne semble pas tellement compter pour les décideurs politiques. Lorsque la population est évacuée des processus de décision, lorsque son avis est rejeté d'un geste dédaigneux, que lui reste-il?

Dans le cas, par exemple, de la centrale thermique du Suroît, la grande majorité des gens s'y sont opposés. Ingénieurs, environnementalistes, économistes, simples citoyens, je n'ai encore entendu personne, à part les principaux intéressés, se prononcer en faveur de cette bêtise. Pourtant, oseriez-vous parier que le projet ne verra pas le jour avant longtemps? Quand nous irons voter, dans trois ans, il sera trop tard. D'ailleurs, si le gouvernement agissait avec un peu plus de transparence, peut-être que le taux de compréhension de la population augmenterait.

Bouclier anti-missile

Jetons un oeil du côté dOttawa... Paul Martin n'a pas été élu par la population. Cependant, c'est largent des impôts de cette population que M. Martin est en train d'engager dans cette folie paranoïaque et mégalomane qu'est le bouclier anti-missile américain. Cest l'argent de centaines de milliers de personnes descendues dans la rue, il y a un an, pour manifester contre la guerre en Irak et contre l'implication du Canada, aux côtés des États-Unis, dans cette guerre.

En d'autres mots, nos impôts serviront à financer un programme de bouclier anti-missile complètement inutile (rappellez-vous le 11 septembre 2001), mis de l'avant par un président élu de manière douteuse et appuyé par notre premier ministre, pas encore tout à fait élu. N'est-ce pas là un dangereux accroc à la démocratie?

Lorsque des centaines de milliers de personnes descendent dans les rues, n'est-ce pas un message aussi clair qu'un bulletin de vote qui mérite, en conséquence, d'être considéré? On ne peut, sans être ridicule, prétendre que tous ces gens ne comprennent pas! Pourtant, la population assiste, impuissante, à cette aberration.

Lorsque des bris de démocratie aussi considérables surviennent, il devrait exister une instance quelconque à laquelle les gouvernements auraient à rendre des comptes. La population devrait avoir le droit d'exiger que les élus agissent beaucoup plus formellement, selon, disons, une sorte de barême qui mesurerait le degré de démocratie de telle ou telle décision.

Une décision ne pourrait être effective que si elle se montre démocratiquement acceptable. Parmi les décisions prises ces derniers mois, parions que bien peu passerait le test. En attendant, les citoyens restent confinés dans leur incompréhension.



»» aluminium

Alcan élimine 560 emplois à Jonquière

Denis Lessard
La Presse vendredi 23 janvier 2004

Davos - On était loin des habituelles promesses d'investissement hier, au Forum économique mondial, où le premier ministre Jean Charest a été forcé d'annoncer la disparition de 560 emplois au Saguenay, avec la fermeture, désormais imminente, d'une partie de l'usine d'Alcan (complexe Arvida) à Jonquière.

Hier, dans une région déjà durement frappée par la fermeture de l'Abitibi-Consolidated à Port-Alfred- plus de 500 emplois perdus- l'annonce d'Alcan avait des allures de coup de tonnerre, survenant plus de 10 ans avant l'échéance jusqu'ici envisagée par la compagnie.

Alcan mettra fin " dans les prochains mois " à la production d'aluminium de la salle des anciennes cuves Söderberg, un procédé moins efficace, polluant et énergivore qui ne devait être mis au rancart qu'en 2014. Quelque 500 personnes continueront cependant de travailler à l'usine, qui produit aussi de l'aluminium dans des cuves d'électrolyse plus modernes.

L'an dernier, plus de 6500 personnes travaillaient pour Alcan dans la région du Saguenay, soit 30 % de moins qu'il y a 20 ans. À l'issue d'une rencontre avec le président d'Alcan, Travis Engen, le premier ministre Charest a dû se faire porteur de la mauvaise nouvelle, précisant qu'il avait " demandé " à M. Engen qu'aucun des employés touchés ne se retrouve au chômage.

" Il m'a donné l'assurance qu'il n'y aurait pas de mises à pied ", a soutenu M. Charest. Les travailleurs auront droit à une préretraite, ou seront assignés à un autre poste chez à Alcan, ou encore obtiendront une formation pour occuper d'autres fonctions. Dans la même foulée, M. Charest a soutenu qu'Alcan s'engageait aussi à maintenir son siège social à Montréal en dépit du réalignement majeur de la multinationale qui vient d'acquérir la française Péchiney. La fusion devrait même créer plus d'emplois à Montréal, a dit M. Charest.

Le premier ministre s'est dit aussi " impatient " de voir Alcan " livrer ses engagements sur la création d'emplois supplémentaires, dans les deuxième et troisième transformations. On va les suivre de très très près là-dessus ", promet-il.

Des projets sont dans les cartons depuis longtemps; seule une usine de pare-chocs en aluminium, qui créerait 150 emplois, est acquise.

Dans l'entourage du premier ministre, on ne cachait pas que ce dernier n'avait guère apprécié le rôle que la multinationale lui avait fait jouer- la compagnie devait dans les heures suivantes annoncer la fermeture depuis son usine de Jonquière, où l'escouade antiémeute avait été envoyée pour prévenir la réaction hostile des travailleurs. L'entourage de Jean Charest tenta en vain d'amener M. Engen à rencontrer les journalistes québécois, mais il était retenu à une réception. Une seule déclaration de sa part: " La fermeture d'une usine n'est jamais une chose facile, mais elle peut être économiquement nécessaire. "

La fermeture des anciennes cuves permettra à Alcan de réduire de moitié sa facture d'électricité au Saguenay.

Curieusement, M. Engen n'avait pas soufflé mot des intentions de sa compagnie quelques minutes plus tôt durant une conférence de presse importante, avec M. Charest, au sein du prestigieux Forum économique mondial.

La Fédération des syndicats du secteur de l'aluminium (FSSA-TCA), qui représente les travailleurs de l'usine, n'a pas caché sa colère hier. " Cette usine-là devait être remplacée par une plus moderne. Mais ils n'ont pas investi et aujourd'hui, ils ferment les quatre salles de cuves en nous disant qu'elles ne sont plus productives ", a fait valoir le président de l'association, Alain Proulx.

" On les voyait venir. Dans le contexte de la fusion avec Pechiney, on se sentait menacés. On avait demandé d'être rassurés. Aujourd'hui, on a la réponse ", a ajouté le responsable.

Avec la fermeture des Söderberg, la région du Saguenay attend maintenant une bonne nouvelle, soit le déclenchement de la phase II de l'usine d'Alma. Alcan y détient là un potentiel de croissance de 100 tonnes annuellement, qui pourrait se faire avec l'énergie libérée (200 MW) par l'arrêt des Söderberg.

Pour sa part, le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a une nouvelle fois exhorté Québec à se doter d'une politique de répartition de l'emploi en région à l'image de ce qui se fait dans d'autres provinces, notamment en Ontario et au Nouveau-Brunswick.

À la Bourse de Toronto, l'action d'Alcan a reculé de 3 cents, à 59,86 $.



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Annonce-surprise à Davos : Alcan devance l'arrêt de production de l'usine d'Arvida

Jocelyne Richer et Karine Fortin
Le Devoir vendredi 23 janvier 2004

Davos et Montréal - La compagnie Alcan devance d'une dizaine d'années l'arrêt de production des vieilles cuves Soderberg de son complexe industriel d'Arvida, à Saguenay, une décision qui entraînera la perte de quelque 560 emplois d'ici avril.

Quelque 500 personnes continueront cependant à travailler à l'usine qui fabrique aussi de l'aluminium dans des cuves d'électrolyse à anodes précuites.

Cette annonce, faite hier, représente un dur coup pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, déjà éprouvé par la fermeture de l'usine d'Abitibi-Consol de Port-Alfred, accompagnée de la perte de 500 emplois. L'an dernier, plus de 6500 personnes travaillaient pour Alcan dans cette région. C'est environ 30 % de moins qu'il y a 20 ans.

Curieusement, l'annonce a été faite à Davos, en Suisse, par le premier ministre Jean Charest, après sa rencontre avec le président d'Alcan, Travis Engen. Quelques heures plus tôt, devant les journalistes québécois qui accompagnent le premier ministre durant sa mission en Europe, M. Engen annonçait la création d'un prix Alcan pour le développement durable mais s'est bien gardé d'aborder ce dossier.

Les salles de cuves Soderberg de l'usine Arvida, dans le secteur Jonquière, étaient devenues désuètes, non rentables et ne répondaient plus aux normes environnementales. On savait déjà que la compagnie voulait en cesser l'exploitation mais l'échéance avait été fixée à 2014 ou 2015.

Hier, dans le cadre du Forum économique mondial - qui sert normalement à annoncer des investissements, pas des fermetures d'usines -, M. Charest a cependant appris de la bouche de M. Engen que les plans étaient changés et que les installations fermeraient «d'ici quelques mois». D'après la direction d'Alcan, la décision n'entraînera aucun licenciement, l'entreprise ayant prévu un programme de retraites anticipées et de formation pour aider les employés à se replacer ailleurs.

Un groupe de travail sera formé, dirigé par Yvon D'Anjou (vice-président d'Alcan Métal primaire), en vue de favoriser les projets d'investissements dans la région pour la deuxième et troisième transformation de l'aluminium. «Il y a des projets en gestation», a assuré M. Charest, qui a cependant refusé d'en dire davantage sur le sujet.

Colère

La Fédération des syndicats du secteur de l'aluminium (FSSA-TCA) qui représente les travailleurs de l'usine Arvida n'a pas caché sa colère hier. «Cette usine-là devait être remplacée par une plus moderne. Mais ils n'ont pas investi et aujourd'hui ils ferment les quatre salles de cuves en nous disant qu'elles ne sont plus productives», a fait valoir le président de l'association, Alain Proulx. «On les voyait venir. Dans le contexte de la fusion avec Pechiney, on se sentait menacés. On avait demandé à être rassurés. Aujourd'hui, on a la réponse.»

Pour sa part, le maire de Saguenay, Jean Tremblay a une nouvelle fois exhorté Québec à se doter d'une politique de répartition de l'emploi en région à l'image de ce qui se fait dans d'autres provinces, notamment l'Ontario et le Nouveau-Brunswick.

Par ailleurs, Alcan a confirmé hier son intention de conserver à Montréal son siège social, malgré l'achat récent de l'autre géant de l'aluminium, Péchiney.

Soucieux de donner un message d'espoir aux gens du Saguenay-Lac-Saint-Jean, M. Charest a indiqué, dans un autre ordre d'idées, que l'élargissement de la route 175 demeurait une priorité de son gouvernement.



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Söderberg : un second séisme frappe la région

Carol Néron
Le Quotidien vendredi 23 janvier 2004

Les dirigeants syndicaux qui, en fin de semaine dans Le Quotidien et le Progrès-Dimanche, faisaient appel à leur... flair pour prédire larrêt des opérations dans les salles de cuves Söderberg, "dici les prochaines semaines", avaient donc raison dagir de la sorte. Mille excuses pour avoir douté de leur instinct !

La rumeur à leffet que la multinationale se préparait à faire part de ses intentions a commencé à circuler tôt hier matin dans les salles de rédaction lorsque la relationniste, Margot Tapp, a demandé aux journalistes de se rendre au Manoir du Saguenay pour 14h00. La porte-parole régionale dAlcan précisait, dans le même souffle, que les grands patrons, Cynthia Carroll et Jean Simon, seraient sur place.

De Davos en Suisse

Finalement, le couperet est tombé lors dun bulletin spécial diffusé à Radio-Canada sur le coup de 13h00, en direct de Davos en Suisse, où Jean Charest faisait part de cette information dans un échange avec les journalistes.

La seule bonne nouvelle, cest quAlcan ne prévoit aucune mise à pied. Environ 200 employés prendront leur retraite ou seront invités à le faire. Les 350 autres devraient être dispersés dans les différentes usines de la multinationale au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le PDG, Travis Engen, a même déclaré à Jean Charest que sa compagnie sengageait à conserver son niveau demploi dans la région.

Alcan se comporte en bon citoyen corporatif, contrairement à Abitibi-Consolitated. Au cours de la conférence de presse, lémotion était palpable autant chez Mme Carroll que M. Simon. Ils ont malgré tout fait face à la musique avec dignité et professionnalisme.

Malgré tout, le coup est dur à encaisser. La région voit son économie touchée en plein coeur pour un deuxième mois consécutif. 640 emplois en décembre, 550 en janvier. Avouons quil y a de quoi être inquiets. La pire des réactions serait de baisser les bras.

Le choc est énorme. Difficile, par ailleurs, de sonner le rappel des troupes alors quune grande partie des généraux travaillent à peaufiner la stratégie en vue de la reprise des activités à lusine Port-Alfred de Consol. Tout le monde savait que les Söderberg étaient condamnés, mais pas aussi rapidement. Imaginez, avril 2004!

Rappelons que, dans un premier temps, Alcan avait annoncé la fermeture des Söderberg pour 2015; cet échéancier a ensuite été avancé à 2010. La forte hausse du dollar canadien par rapport à la devise américaine, associée à la nécessité de préserver lenvironnement - cette vieille technologie était très polluante - ont obligé Alcan, selon Jean Simon, à mettre immédiatement la clé sur la porte.

Mobilisation générale

Cest un euphémisme daffirmer que le contexte socio-économique régional est loin dêtre favorable, en fait il na jamais atteint un niveau aussi bas. La mobilisation doit être générale, dautant plus que le temps joue contre la région. Ce souhait risque cependant de demeurer dans le domaine des voeux pieux si rien nest fait pour réunir autour dune même table un comité de crise composé des leaders économiques, sociaux et politiques. Lheure nest plus aux querelles mais à laction.

Comme la mentionné hier le maire Jean Tremblay, la région doit avoir son plan stratégique de développement. Déjà, certaines pistes sont avancées dont la redistribution des fonds publics, des conditions fiscales plus avantageuses aux entreprises qui sinstallent chez nous et des redevances sur lexploitation de nos ressources naturelles.

La situation actuelle aussi consternante soit-elle, oblige à faire place au réalisme. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a peut-être péché par excès de confiance ou par paresse. Soumis de toutes parts à la mondialisation des marchés et les rationalisations qui en découlent, le Royaume ne sen sortira quen faisant preuve dunité et en comptant sur ses propres moyens.

En implantant ici un bureau permanent de la transformation, Alcan donne vraiment limpression de vouloir limiter les dégâts. Certes, un bon départ, une source probable dinspiration, mais pour lheure, disons quil sagit surtout dune mince consolation. La multinationale voudra sans doute se racheter rapidement en investissant temps et argent dans la deuxième et troisième transformation de laluminium. La région doit être au rendez-vous!



»» Crise à Kanesatake

À Paul Martin de jouer... la tutelle, s'il le faut !

Bernard Cleary
Le Soleil vendredi 23 janvier 2004

Point de vue - Nous venons de passer à travers une autre crise à Kanesatake. Encore une fois, les gouvernements ont choisi de mettre le couvercle sur une marmite en ébullition en créant deux escouades régionales mixtes sans avoir consulté les autorités politiques mohawks qui devront faire la lutte contre le crime organisé sur les territoires de Laval, de Lanaudière et des Basses- Laurentides.

Le crime organisé dans les réserves autochtones est un mal incurable "sans une piqûre de cheval". Jamais cette communauté ne réussira à vaincre, seule, ce fléau.

La plupart des Québécois ont condamné le geste du ministre de la Sécurité publique du Québec, Jacques Chagnon, et le premier ministre Jean Charest, qui a appuyé, sans nuances, son ministre. Celui-ci a d'abord mis de côté le chef élu de Kanesatake, James Gabriel, pour traiter avec les opposants. Il est temps de poser des gestes pour soutenir les efforts de ce brave chef, isolé, pour rétablir la paix sociale dans sa communauté. Il était normal que James Gabriel se tourne vers le gouvernement fédéral, le gouvernement responsable "des Indiens et des terres réservées aux Indiens" selon la Constitution. Au lieu d'admettre que le ministre Chagnon avait erré, le chef du gouvernement du Québec a délégué son ministre responsable des Affaires autochtones, Benoît Pelletier, pour faire de la récupération et du maquillage.

Le ministre de la Sécurité publique pouvait-il ignorer qu'en plus du lucratif trafic de stupéfiant, qui s'y est implanté depuis 1990, Kanesatake accueille plusieurs autres activités illicites ? Véritable refuge pour criminels, le territoire mohawk est devenu la plaque tournante d'un trafic d'armes qui profite aux motards criminels. Cette réserve est aussi un point d'entrée pour les immigrants illégaux qui cherchent à regagner les États-Unis en douce, selon un rapport récent de la GRC. Comment MM. Jean Charest et Chagnon pouvaient-ils ignorer ce qui s'y passe ?

Le ministre a surpris tout le monde lundi matin en rencontrant son homologue canadienne, Anne McLellan, ainsi que le député fédéral Yvon Charbonneau. Il a annoncé la formation d'un "groupe de forces policières" comprenant la Sûreté du Québec, la GRC, les corps policiers des municipalités environnantes et ceux des communautés mohawks. La création de ces escouades s'est faite sans consultation avec les municipalités environnantes ni avec les communautés mohawks concernées.

Je serais surpris que le grand chef James Gabriel et ceux de Khanawake et de Akwesasne acceptent que leurs corps policiers soient sous la tutelle du ministre de la Sécurité publique du Québec. Au lieu d'aider les communautés autochtones concernées, il en a profité pour imposer sa juridiction sur les corps autochtones. Si la Sûreté du Québec entre de force dans les réserves mohawks, le ministre Chagnon créera des conditions idéales "pour un réel bain de sang".

James Gabriel a demandé de l'aide au ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada (MAINC), fiduciaire des Indiens du Canada, et à la Gendarmerie royale du Canada. Pas au gouvernement du Québec. Il n'acceptera jamais que le Québec impose sa juridiction. Les opposants à James Gabriel auront alors beau jeu de l'accuser de "traîtrise" et même de le menacer. Avec des amis comme ça...

Le nouveau premier ministre du Canada, Paul Martin, semble vouloir s'impliquer et il dit appuyer le chef James Gabriel. Voilà l'occasion de le faire. La situation commande une action énergique. Même si le gouvernement du Canada est le tuteur des Indiens, personne n'a levé le petit doigt pour aider les autorités. Aucun chef n'a osé demander une intervention par crainte de représailles. Le MAINC cherchait le fétu, la gouvernance, dans l'oeil du voisin, mais ne voyait pas la poutre, la prolifération du crime organisé, dans les réserves, dans le sien.

Aujourd'hui, le grand chef de Kanesatake l'a fait. Il vous implore de l'aider à faire le ménage. Il se sait incapable de le faire seul. Aucun corps de police dans une réserve ne peut le faire. Agissez M. Martin, mettez en tutelle cette communauté s'il le faut... La GRC doit faire le grand ménage et chasser des réserves les indésirables. Que la paix sociale revienne. Vous pouvez le faire.

La timidité et la peur des représentants du MAINC ridiculisent le gouvernement du Canada. Une enquête sérieuse de la GRC permettrait d'aider d'autres réserves indiennes du Québec qui sont aussi aux prises avec le crime organisé pour la vente des drogues fortes.

Bernard Cleary

Négociateur autochtone d'origine innu de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, l'auteur a publié deux ouvrages sur les droits ancestraux des Amérindiens : "L'Enfant de 7000 ans", en 1990, et "Capteur de rêve", en novembre 2002.



»» Forum social mondial

Les impasses de la mondialisation

Zaki Laïdi
Politologue au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), Paris
Le Devoir vendredi 23 janvier 2004

IDÉES - Le désenchantement idéologique ou la routinisation des rendez-vous planétaires n'expliquent pas tout

Le rituel de la mondialisation n'est plus ce qu'il était. Le traditionnel face-à-face entre mondialistes et altermondialistes réunis cette année à Bombay a perdu de sa geste. Davos avait cru redonner un nouveau souffle à son happening alpin après le 11 septembre 2001. Mais les débats sur la sécurité ont englouti les discussions sur la mondialisation.

Quant à l'altermondialisme, qui avait beaucoup investi dans Lula, il est obligé de déchanter. Sans renier ses engagements, celui-ci défend avant tout les intérêts du Brésil, dont il cherche à faire un des bénéficiaires de la mondialisation, y compris en se réappropriant la rhétorique néolibérale.

Pourtant, le désenchantement idéologique ou la routinisation de ces rendez-vous planétaires n'expliquent pas tout. Le fond de l'affaire est que la mondialisation est entrée dans une ère de fatigue politique attribuable à quatre difficultés.

La première tient aux conséquences que le 11 septembre 2001 a eues et continuera d'avoir sur la mondialisation. Elles sont considérables. En effet, cet événement a changé le regard sur la mondialisation que portaient sur elle les plus puissants. Il a ainsi révélé que la déréglementation ne pouvait pas rester limitée aux activités marchandes mais qu'elle était de nature à s'étendre à l'ensemble des activités d'interaction sociale. D'où, naturellement, la question centrale du retour de l'État dans la régulation sociale.

Mais ce retour de l'État est beaucoup plus ambivalent qu'on ne le croit. Par certains côtés, les questions sécuritaires vont accroître le coût des transactions marchandes et peut-être réduire l'ampleur de celles-ci. Mais croire que la réhabilitation de l'État sécuritaire peut vertueusement entraîner un réinvestissement social de l'État est un voeu pieux. L'exemple américain démontre le contraire. On peut même penser ou craindre que la contagion sécuritaire conduise les États à relire et repenser le monde à cette seule aune, quitte à délaisser les impératifs de la régulation sociale mondiale. [...]

Une mondialisation sans effet visible

La deuxième difficulté rencontrée par la mondialisation au cours de ces dernières années tient au fait qu'elle n'a paradoxalement produit aucun effet spectaculaire sur le plan économique et social: la mobilité sociale des nations est restée faible, les dynamiques de croissance continuent à être cycliques et la formidable augmentation de la richesse mondiale reste hypothéquée par l'absence de mécanismes redistributifs globaux.

Il en découle un écart assez considérable entre le discours sur la mondialisation, les bénéfices qu'elle est censée produire et ses résultats effectifs. Certes, il n'est pas raisonnable ou même pertinent de parler d'échec. Seul le long terme permet de comprendre et d'évaluer la réalité des processus en cours. Mais le fait que la mondialisation soit vécue comme une contrainte constitue en soi un problème politique.

Sur le libre-échange

La troisième source de difficulté tient à la faible et persistante préférence pour le libre-échange, aussi bien dans les pays riches que dans ceux qui le sont moins. À cela, il y a trois raisons essentielles.

La première tient au fait que le libre-échange continue à être lu à travers le monde comme un processus purement mercantiliste dans lequel fermer ses frontières et faire ouvrir celles des autres constitue le résultat optimal à rechercher.

Or, si tous les économistes savent que ce raisonnement est totalement aberrant sur le plan économique, les politiques n'ont jamais réussi à montrer à leurs opinions qu'elles devaient penser en des termes différents. Bien au contraire, eux-mêmes entretiennent cette représentation du mercantilisme en jouant aux épiciers dans les négociations internationales et en présentant tout nouveau contrat à l'exportation comme une source d'emplois.

Pourtant, il faut bien reconnaître que leur marge est bien étroite en la matière. En effet, si on poussait le raisonnement jusqu'au bout, on constaterait que le commerce mondial n'a pas vocation à créer des emplois - car il en détruit autant qu'il en crée - mais à permettre une meilleure allocation des ressources. La création d'emplois dépend d'autres facteurs que le commerce.

D'où le deuxième point, qui tient au fait que le commerce crée des gagnants et des perdants mais que cette distribution est inégale. Les perdants sont plutôt les travailleurs non qualifiés, y compris dans les pays en développement, où la théorie économique prétend qu'ils sont les bénéficiaires potentiels de l'ouverture commerciale. La rareté du travail dans le monde bouscule ainsi le paradigme libre-échangiste et explique pour beaucoup le caractère anxiogène de la mondialisation. [...]

S'ajoute un troisième fait, essentiel: l'ouverture des marchés et le principe de l'avantage comparatif constituent sans nul doute une source décisive de développement. Mais cette ressource n'a de sens que si d'autres conditions sont réunies. Si, aujourd'hui, les conséquences de l'ALENA sur le Mexique paraissent très ambivalentes et dans certains cas franchement négatives, ce n'est pas à cause du libre-échange mais parce que les élites mexicaines ont fait semblant de croire que l'ouverture de leur marché corrigerait les déséquilibres de la société mexicaine par contagion vertueuse.

Or cette hypothèse est naturellement tout à fait erronée. Le libre-échange n'a de chances de produire des effets positifs que s'il est intégré à une stratégie économique et sociale cohérente, pensée et maîtrisée. Dans le cas contraire, le libre-échange aggrave les déséquilibres. C'est précisément ce qui se passe au Mexique.

Quelle gouverne mondiale ?

La quatrième difficulté rencontrée par la mondialisation tient à l'absence de tout progrès en faveur de la gouverne mondiale. Cela tient à l'obsession sécuritaire des États-Unis mais également à leur refus de soumettre leur souveraineté nationale à une logique qui la contredirait (Kyoto, CPI, etc.).

Les Européens, qui pratiquent en permanence le partage de souveraineté, sont beaucoup plus favorables à cette démarche de gouverne mondiale. Mais ils n'ont pas les moyens politiques de l'imposer. Ils les ont d'autant moins que les pays en développement ont sur ce sujet une attitude très ambiguë. Ils veulent une gouverne mondiale mais ne veulent pas que celle-ci s'applique à l'environnement et aux normes sociales fondamentales.

Pourtant, face à ces difficultés rencontrées par la mondialisation, l'altermondialisme paraît lui aussi fragilisé. On observe en son sein plusieurs tendances.

La première est «professionnelle»; elle tire sa légitimité de sa compétence acquise sur le terrain dans des domaines comme la santé, l'éducation ou le développement... C'est souvent la tendance la moins flamboyante de l'altermondialisme car elle paraît soucieuse d'éviter les pièges de l'idéologie. Mais c'est probablement celle qui survivra le mieux à une éventuelle décomposition de l'altermondialisme.

La seconde est la tendance «mouvementiste». Influencée le plus souvent par des mouvements d'inspiration trotskiste, elle cherche avant tout à coaguler des forces disparates sur des bases très larges et très politiques en usant de la rhétorique anticapitaliste et anti-impérialiste. Elle n'a rigoureusement rien à proposer, sinon une mobilisation permanente, substitut fonctionnel de la révolution permanente.

Cette tendance, vivace au sein du mouvement ATTAC, se trouve en opposition avec un troisième courant plus classique. Elle est, comme la mouvance trotskiste, très antiaméricaine et très anticapitaliste. Ce qui la motive cependant n'est pas la création d'une coalition sociale mondiale mais une dynamique anti-impérialiste conduite par des États souverains. Elle est souverainiste, protectionniste et naturellement très antieuropéenne au prétexte que l'Europe serait libérale. [...]

Cette mouvance a beaucoup investi dans Lula en tant que porte-parole de ce néo-tiers-mondisme. Aujourd'hui, elle manque de symboles auquel rattacher son action. En France, elle cherche donc, par le truchement d'ATTAC, à trouver un débouché politique auprès de la gauche dans l'intention de la radicaliser pour mieux contenir, notamment, l'extrême gauche trotskiste. [...]

Certes, le pouvoir de nuisance de cette mouvance n'est pas mince, comme le montre la progression spectaculaire d'ATTAC Allemagne dans le monde syndical inquiété par le réformisme de Schroeder. Mais on voit surtout qu'il existe bel et bien une relation de cause à effet entre la crise de la gauche et la force de l'altermondialisme. La mondialisation reste un enjeu politique local.



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Pour s'éviter des lendemains difficiles

Françoise David
Ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec et ex-porte-parole du collectif D'abord solidaires
Le Devoir vendredi 23 janvier 2004

IDÉES - L'occasion de faire voir ce qui est toujours tu

Le 16 janvier 2004, Mumbai (Bombay) s'éveille dans la cacophonie habituelle. Le soleil tente de se frayer un chemin à travers une épaisse couche de smog jaune. Des familles entières ont dormi dans la rue et sous les viaducs des autoroutes, dans les gravats et la poussière. Ce sont surtout des femmes et des enfants, les mêmes que l'on voit souvent mendier quelques roupies.

La foule passe, indifférente; chacun se presse de prendre le train pour se rendre au travail. C'est la cohue. Prendre le métro, à l'heure de pointe, à Montréal, est un vrai pique-nique en comparaison!

Mumbai est une ville de 16 millions d'habitants. La moitié vit dans une grande pauvreté, l'autre moitié est composée de salariés dans des services publics ou des entreprises mais aussi de très riches hommes d'affaires. C'est la ville de tous les contrastes. Et c'est là que s'est déroulé le Forum social mondial (FSM), du 16 au 21 janvier, rassemblant plus de 100 000 personnes de pays divers.

La foire ouverte à tous

Lorsque le FSM commence, la première impression est faite de cacophonie totale. On se bouscule dans une atmosphère bon enfant, on s'interpelle, on admire les danses et les chants de tous les pays; bref, c'est une sorte de «foire militante» qui nous remplit les yeux et le coeur. Et puis, on commence à parcourir les groupes de discussion, ateliers, séminaires et grandes conférences. Il y en aura plus de 1000 au cours de la semaine! La qualité est inégale, forcément, mais on finit toujours par trouver un atelier intéressant.

Il y a eu de grands moments. D'abord, le discours d'Arundhati Roy, cette magnifique écrivaine indienne dont le roman Le Dieu des petits riens a remporté des prix prestigieux. Mme Roy n'a pas la langue dans sa poche. Elle dénonce à la fois le système des castes, les conséquences du néolibéralisme sur la paysannerie indienne, l'impérialisme américain et le fondamentalisme hindou. Elle en appelle aussi aux femmes pour qu'elles se fassent instruments de paix et ne tombent pas dans l'intolérance religieuse.

D'autres grands moments: tous ces ateliers où les représentants des peuples indigènes sont venus réclamer la fin du mépris et le respect de leur identité. J'ai appris que l'Inde compte 70 millions d'autochtones qui, pour la plupart, vivent dans la pauvreté. Le Forum social mondial a été pour eux une occasion inespérée de faire entendre leur voix, leurs chants et leurs danses puisqu'ils ont littéralement envahi le site du FSM, nous offrant le spectacle quotidien d'une culture extrêmement riche.

On pourrait de même parler des intouchables, cette population de 240 millions de personnes, y compris les autochtones, qui vit le plus souvent dans la misère. Les intouchables étaient présents en grand nombre au FSM, et cela faisait en sorte que nous élargissions les rangs militants habituels, laissant une grande place à des milliers de personnes directement concernées par des problèmes comme l'absence d'une réforme agraire conséquente, l'absence d'infrastructures essentielles à la vie (l'eau potable, par exemple), les déplacements forcés de populations à cause de la construction de mégabarrages, la faiblesse des structures scolaires et surtout, surtout, la condescendance et l'exclusion dont elles sont victimes chaque jour.

Des femmes, beaucoup de femmes

De façon plus générale, j'ai été frappée par l'importance numérique et politique des femmes à ce forum. Il semble qu'il y ait eu une amélioration sensible à ce chapitre depuis les premiers forums. Il faut dire que les femmes sont sans conteste les principales perdantes de la mondialisation, de la culture du consumérisme et de la montée des fondamentalismes.

Un exemple percutant nous a été donné par la présidente d'une des plus grosses associations de femmes indiennes: une famille qui veut marier sa fille doit payer une dot à la famille du futur époux. La pratique de la dot est théoriquement interdite mais, en fait, il s'avère de plus en plus coûteux de marier sa fille. Pourquoi? Parce que, publicité aidant, la famille du garçon réclamera non seulement de l'argent mais des articles ménagers. Si on est pauvre, on s'endettera pour la vie! [...]

Des féministes de plusieurs pays dénoncent aussi la montée des fondamentalismes religieux comme l'un des plus grands dangers qui menacent les femmes. C'est ainsi qu'une féministe italienne nous dira que le gouvernement ultralibéral de Berlusconi s'apprête à limiter le droit à l'avortement, tout comme George W. Bush vient de le faire. Ce même George W. qui prétendait libérer les femmes afghanes! Une Afghane est justement venue nous rappeler que les femmes n'ont aucune liberté dans son pays et n'ont aucun pouvoir politique. D'ailleurs, le gouvernement afghan vient d'interdire l'apparition de chanteuses à la télévision! [...]

Imaginez la richesse de toutes les idées qui s'entrechoquent pendant un tel forum! On ne cherche pas l'unanimité, on débat librement, on apprend de l'expérience des autres, on crée des réseaux durables. C'est déjà beaucoup! Certains diront que ce n'est pas assez, que de telles expériences sont plus spectaculaires qu'utiles. Ce n'est pas mon avis.

Par exemple, il est très important que le dernier forum se soit tenu en Inde, et plus précisément à Mumbai, bastion d'une droite religieuse et politique particulièrement intolérante. Juste avant le forum, le gouvernement de l'État du Maharashtra, où est située Mumbai, a interdit la vente d'un livre remettant en question quelques mythes associés à l'histoire d'un héros hindouiste. Bien plus, il n'a pas sévi contre les auteurs du saccage du centre culturel qui avait procédé au lancement du livre. C'est au forum que nous avons appris ces choses, nous donnant ainsi la mesure du danger qui menace l'Inde, à savoir des explosions de haine entre les multiples composantes de ce pays.

Par ailleurs, le FSM, organisé principalement par des mouvements sociaux indiens, a fourni à ces derniers l'occasion de travailler ensemble et de créer de nouvelles solidarités essentielles dans les circonstances. Enfin, le forum, s'il n'apporte pas de réponses définitives à la question lancinante d'une voie alternative globale au néolibéralisme (mais cette réponse existe-t-elle?), nous permet d'appréhender les diverses réalités mondiales avec un regard enrichi par l'apport des intellectuels et des militants que nous côtoyons.

Et la sphère politique?

Un débat me semble émerger timidement: l'importance pour la gauche et les femmes d'investir la sphère de la politique électorale et parlementaire. Plusieurs n'y croient plus et préfèrent construire des mouvements sociaux combatifs et rassembleurs. D'autres, par contre, commencent à penser que nous devons aller au delà et construire de nouveaux partis politiques, clairement antinéolibéraux, centrés sur une participation citoyenne aux décisions politiques, mettant au coeur de leur projet politique la recherche du progrès social, l'égalité entre les hommes et les femmes et un développement respectueux de la nature.

L'élection de Lula, au Brésil, et sa première année au pouvoir suscitent des réactions passionnées et opposées, mais la majorité des Brésiliens rencontrés au FSM gardent espoir. Les mouvements sociaux de ce pays continuent de revendiquer une véritable réforme agraire et une lutte conséquente contre la pauvreté. La plupart soutiennent Lula de façon critique et vigilante.

Tout cela ne nous pose-t-il pas des questions, au Québec, où un gouvernement parfaitement néolibéral veut appliquer chez nous des recettes essayées ailleurs (en Ontario, par exemple) et qui ne font qu'amplifier la pauvreté et augmenter la désillusion de la classe moyenne? N'y a-t-il pas lieu d'approfondir une riposte citoyenne unitaire tout en réfléchissant à des voies alternatives politiques? Les plus désabusés d'entre nous doivent tout de même se rendre compte que laisser la gouverne d'un pays ou d'une province à la droite, c'est préparer des lendemains difficiles pour la plus grande partie de la population. [...]



»» Électricité

Des hausses de tarifs de 12,5 % d'ici 2008

Pierre Couture
Le Soleil vendredi 23 janvier 2004

PC - Côté hausses de tarifs d'électricité, les Québécois n'ont décidément rien vu. Avec celle du mois d'avril (à venir), Hydro-Québec envisage des augmentations annuelles d'au moins 2,5 % d'ici 2008.

"Si vous me demandez qu'est-ce qu'il va arriver au cours des cinq prochaines années, bien ça va se situer entre 2 et 2,5 %, selon ce que l'on voit présentement", a indiqué hier le pdg André Caillé aux membres de la commission parlementaire étudiant le plan stratégique 2004-2008 de la société d'État.

Selon Hydro, ces hausses sont nécessaires pour combler l'écart entre les revenus et les coûts de l'entreprise, causé par cinq années de gel des tarifs.

En plus de cela, la livraison du bloc patrimonial de 165 térawattheures (TWh) vendu au tarif privilégié de 2,79 cents le kilowattheure tire tranquillement à sa fin.

"Après ce bloc, il faudra s'approvisionner selon les lois du marché, a ajouté André Caillé. Parce que, dans le domaine de l'électricité, comme dans d'autres domaines, les coûts pour nous augmentent. Les coûts d'approvisionnement augmentent, les salaires augmentent, etc."

De cette façon, Hydro chercherait surtout à éviter les chocs tarifaires comme ceux observés en Ontario, où les experts prédisent des augmentations de 30 %. "Et puis le Manitoba a demandé 3 % au 1er avril, 2,5 % par la suite. Puis BC Hydro a demandé trois fois 3 %. Ce sont des entreprises qui, comme nous, avaient gelé leurs tarifs pour différentes périodes de temps puis qui les ont dégelés à un moment donné", a avancé M. Caillé.

Il faut dire qu'entre 1998 et 2003, le gel des tarifs a fait économiser aux clients d'Hydro 13,1 % sur leur facture par rapport au taux d'inflation.

"Et si l'on tient compte des demandes qu'on a faites et des augmentations qu'on prévoit, le consommateur québécois va demeurer encore avantagé de 6,4 % par rapport à l'inflation prévue", a ajouté le responsable des finances de la société d'État, Daniel Leclair.

André Caillé affirme d'ailleurs s'être lui-même opposé au prolongement du gel des tarifs par le gouvernement québécois. "C'était de mon devoir de demander des hausses pour éviter les chocs." Le pdg a toutefois nié que ces augmentations venaient répondre directement à la commande du ministre des Finances, Yves Séguin, de faire grimper les profits d'Hydro de plusieurs centaines de millions de dollars au cours des prochaines années.

"Je suis chez Hydro-Québec depuis 1996. Il n'y a jamais un ministre des Finances qui m'a demandé d'augmenter les tarifs, ni du présent gouvernement, ni du gouvernement actuel, ni du gouvernement précédent. Je pense qu'il faut mettre la maison en ordre et il faut que chacune de nos divisions fasse le rendement qui est prévu."

Des propos qui n'ont pas convaincu le critique du Parti québécois (PQ) en matière d'énergie (finances), François Legault.

"S'il y a augmentation de tarifs au cours des prochaines années, on convient que c'est plus pour répondre aux demandes du ministre des Finances que pour couvrir les augmentations de dépenses, puisque Hydro propose un gel des dépenses, en tout cas au moins au niveau des charges d'exploitation."

Hydro explique par ailleurs l'accroissement de la demande d'électricité depuis quelques années d'abord par l'activité industrielle et aussi par le nombre de ménages en évolution.

"La croissance des livraisons aux distributeurs a augmenté de près de neuf térawattheures (TWh) lorsqu'on compare la situation à l'année 2002. C'est 5,5 % de croissance. Personne ne pouvait envisager ça", a indiqué pour sa part Thierry Vandal, le président de la filiale Production.

D'ici 2008, la société d'État prévoit ainsi hausser de 10 TWh la production annuelle d'hydroélectricité avec la mise en service accélérée des centrales Grand-Mère en 2004, Toulnustouc en 2005, Eastmain-1 avant l'été 2007 et Péribonka (au Lac-Saint-Jean) en 2008.

PCouture@lesoleil.com



»» Électricité

Hydro-Québec pourrait céder le Suroît à General Electric

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 23 janvier 2004

La multinationale serait le propriétaire et l'exploitant, et Hydro-Québec, l'acheteur exclusif

Québec - Après avoir obtenu l'autorisation, en son nom propre, de construire la centrale thermique du Suroît, Hydro-Québec envisage maintenant d'en céder la propriété à la multinationale GE.

C'est ce que le p.-d.g. d'Hydro-Québec, André Caillé, a confirmé hier après que le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs eut révélé à l'émission Maisonneuve à l'écoute de la radio de Radio-Canada que la centrale du Suroît pourrait faire l'objet d'un partenariat public-privé avec GE.

Au cours d'un entretien en marge de la commission parlementaire qui étudie le plan stratégique 2004-08 d'Hydro-Québec, André Caillé a indiqué hier que la société d'État négocie actuellement avec son fournisseur, GE, constructeur de la turbine de dernière génération qui doit équiper la centrale du Suroît, afin d'obtenir les meilleurs conditions possibles. À ce stade des négociations, GE doit présenter sous peu à Hydro-Québec une proposition en vertu de laquelle la multinationale sera le propriétaire et l'exploitant de la centrale du Suroît et Hydro-Québec un acheteur exclusif de l'électricité produite. «Dans une négociation, il faut maintenir ouvertes le plus grand nombre de portes possible», a dit M. Caillé. Que GE, plutôt qu'Hydro-Québec, soit le propriétaire de la centrale est une des options à l'étude. M. Caillé a indiqué que seules des considérations d'ordre économique entreront en ligne de compte: Hydro-Québec optera pour le contrat et la forme de propriété les moins chers pour elle.

M. Caillé a indiqué que cette cession au secteur privé ne serait pas faite dans le but de ménager l'image d'Hydro-Québec, associée à l'hydroélectricité plutôt qu'à l'émission de gaz à effet de serre par des centrales thermiques comme celle du Suroît.

La vice-présidente et secrétaire générale d'Hydro-Québec, Marie-Josée Nadeau, a indiqué que la centrale du Suroît servira de «vitrine technologique» pour GE. Une seule de ces turbines de nouvelle génération est actuellement exploitée dans le monde, au Royaume-Uni, sur un réseau électrique de 50 cycles. La centrale du Suroît sera la première de ces turbines conçues pour les réseaux nord-américains de 60 cycles. En raison des incertitudes technologiques, Hydro-Québec cherche à obtenir un important rabais. Mme Nadeau a aussi précisé qu'Hydro-Québec demeurera propriétaire du terrain sur lequel la centrale sera érigée.

Délivré par le gouvernement à la recommandation du ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, le certificat d'autorisation de la construction de la centrale du Suroît ne peut pas être cédé sans l'aval du ministre. Après avoir approuvé à contrecoeur le projet, M. Mulcair devra de nouveau sortir sa plume pour signer l'autorisation devant permettre à GE d'exploiter une centrale thermique au Québec.

Il est clair qu'une société privée qui aurait soumis une proposition au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et au ministère de l'Environnement pour ériger une centrale sans qu'un appel d'offres, approuvé par la Régie de l'énergie, ne soit lancé par Hydro-Québec Distribution et sans que les besoins en énergie justifiant la construction de cette centrale ne soient clairement démontrés n'aurait jamais obtenu les autorisations nécessaires. Qui plus est, une société privée n'aurait pas pu lancer un tel projet s'il avait été rejeté par le BAPE. Si la centrale du Suroît a obtenu l'aval du gouvernement et les autorisations requises, c'est que c'était un projet d'Hydro-Québec.

En commission parlementaire, André Caillé a défendu le projet du Suroît. À compter de 2007-08, Hydro-Québec sera «très serrée» pendant quelques années, une période où «on ne sera pas satisfaits de la sécurité d'approvisionnement», a dit M. Caillé. Comme il ne veut pas avoir recours à l'importation de façon régulière, ce qui exposerait la société d'État à des fluctuations de prix et à des risques de hausse de tarif, il faut construire cette centrale de 800 MW, avance-t-il.

Par la suite, l'apport de la centrale thermique, avec l'entrée en fonction de plusieurs centrales hydroélectriques d'ici 2010, contribuera à rétablir un coussin d'une quinzaine de TWh, ce qui correspond à environ 10 % de la consommation actuelle, une réserve qui existait avant l'arrivée de M. Caillé à la tête d'Hydro-Québec, en 1998.

Cette réserve s'ajoutera à la réserve minimale de 64 TWh censée se trouver dans les réservoirs de la société d'État. Selon une enquête du Devoir, les niveaux d'eau dans les principaux réservoirs d'Hydro-Québec étaient à des niveaux très bas, voire critiques, en 2003. «Ça nous permet, avec 15 TWh de jeu hydroélectrique, de faire face à toutes sortes de situations», notamment à «des années de sécheresse», a dit M. Caillé. Hydro-Québec investira 3,5 milliards par an dans la construction de nouvelles centrales. Parce que le gouvernement s'est entendu avec les Cris et d'autres nations autochtones, le développement du potentiel hydroélectrique du Québec n'est plus bloqué. «Les choses ont changé. La roue s'est remise à tourner», s'est enthousiasmé M. Caillé.

L'exploitation d'une nouvelle centrale thermique n'empêchera pas le Québec de présenter «un dossier impeccable» quand viendra le temps de se conformer au protocole de Kyoto. M. Caillé a réitéré cet engagement, fait devant le BAPE: Hydro-Québec absorbera l'accroissement de 2,2 millions de tonnes de gaz à effet de serre causé par la centrale; le fardeau ne sera pas refilé à d'autres entreprises.



»» Électricité

Ne nous laissons pas arnaquer

Charles Courtois - UQAM/ IEP Paris
Montréal (Qc) courtoiscp@yahoo.fr
TRIBUNE LIBRE vendredi 23 janvier 2004

Face au discrédit total qui frappe le projet du Suroît, on ne peut que rester perplexe devant les choix d'Hydro-Québec. Pourquoi ne pas avoir investi plus tôt dans l'économie d'énergie, dans les éoliennes, dans une centrale à pompe ? Pourquoi ne pas le faire maintenant ? Les ingénieurs et les chercheurs d'Hydro-Québec dénoncent les fausses représentations de la direction et un mauvais projet.

Produire de l'électricité au gaz, c'est inefficace, ça pollue, et ça nous coûtera cher en importations de gaz. Les éoliennes géantes développées en Allemagne ont incontestablement plus d'avenir. On gagnerait à s'y mettre, de plusieurs façons.

Mais visiblement quelqu'un veut faire de l'argent rapidement plutôt que d'investir pour notre bien collectif. Dans L'Autre histoire de l'indépendance, Pierre Dubuc pose la question suivante : comment expliquer qu'une société ou le pouvoir est électif au suffrage universel favorise indûment les intérêts des grandes entreprises et des mieux nantis ? la réponse : les caisses électorales. Du soudoiement des campagnes électorales, combiné aux perspectives de carrières comme cadres supérieurs pour les mandarins et les hommes d'État, découlerait cette distortion.

Pierre Dubuc rappelle le portrait dressé dans L'Erreur boréale qui montre les fonctionnaires oeuvrant comme des employés de compagnies forestières. Evidemment, l'exemple vient d'en haut : pour réussir, il faut travailler de façon à être embauchable par une compagnie, et à ne pas déplaire à un ministre qui est redevable à ces intérêts.

Sur ce, paraît aujourd'hui (23 01 2004) dans le Devoir que la centrale thermique d'André Caillé sera vendue à la General Electric.

Cette compagnie fera son profit sur le dos de notre santé et à nos frais ! On comprend maintenant le pourquoi du comment du projet, à l'évidence si mauvais : la direction d'Hydro-Québec est une direction vendue aux intérêts privés ! Il faut réclamer la démission du p.d.g. d'Hydro-Québec. Il est discrédité par la communauté scientifique, par le ministère de l'environnement, et maintenant, apparaît au grand jour son conflit d'intérêts. Il ne travaille pas au bien du Québec mais au profit de General Electric. Ne nous laissons pas arnaquer.



»» Électricité

Hydro "livrera" les millions attendus par Yves Séguin

Hélène Baril
La Presse vendredi 23 janvier 2004

Le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, recevra les 600 millions de dollars supplémentaires qu'il a demandés à Hydro-Québec pour l'aider à boucler son exercice financier 2003-2004.

Hydro-Québec " livrera la marchandise ", a indiqué hier son président, André Caillé, interrogé à l'occasion de l'examen en commission parlementaire du plan de développement de la société d'État.

M. Caillé a laissé entendre que le bénéfice net des 12 derniers mois sera supérieur au 1,75 milliard inscrit dans le plan stratégique et qu'il atteindra probablement les 2,1 milliards attendus par le ministre des Finances. " On va faire mieux que 1,75 (milliard), on a travaillé pour ça toute l'année ", a-t-il assuré. La moitié du bénéfice net sera versée en dividende au gouvernement.

" Je dors la nuit ", a dit M. Caillé à propos de la " commande " du ministre des Finances, qu'il lui faut livrer d'ici la fin de l'exercice financier du gouvernement, le 31 mars 2004.

En fait, le président d'Hydro n'a jamais vraiment douté de la possibilité de satisfaire le gouvernement, puisqu'il avait discuté au préalable de l'ampleur de cette " commande " avec les hauts dirigeants du ministère des Finances, a-t-on appris hier.

Malgré cela, André Caillé soutient avoir eu besoin d'un peu de chance. " Janvier est mieux que ce qu'on avait anticipé ", a-t-il dit. Il a expliqué que, tout compte fait, la vague de froid de la semaine dernière avait été payante pour Hydro-Québec. Les achats auprès des réseaux voisins qui ont été nécessaires pour satisfaire la demande de pointe avaient été faits à l'avance, de sorte qu'ils ont coûté moins cher que s'ils avaient été faits à la dernière minute.

Hydro-Québec a aussi gagné gros avec ses exportations, qui ont diminué en volume mais qui ont rapporté davantage. Seulement 4 térawattheures ont été exportés en 2003, mais ils ont généré un profit de 600 millions. C'est deux fois plus que les 12 térawattheures exportés en 2002, qui avaient rapporté un bénéfice de 1 milliard.

Les propos tenus par André Caillé confirment que les prévisions de profits nets pour les prochaines années ont été volontairement sous-estimées dans le plan stratégique 2004-2008.

Les prévisions de profits ne tiennent pas compte, par exemple, des bénéfices qui proviendront de la vente d'éléments d'actif. Hydro est sur le point de vendre sa participation de 20 % dans l'entreprise chinoise Meiya Power à son partenaire, une filiale de la Banque mondiale. Meiya produit 1000 mégawatts d'électricité à partir de plusieurs centrales en Chine, en Taiwan et en Corée du Sud.

Hydro a investi 46 millions US dans cette entreprise dont la vente lui rapporte un rendement de 20 %, a fait savoir André Caillé.

Hydro-Québec a aussi l'intention de se départir de ses lignes de transport dans l'est des États-Unis et en Australie, pour ne conserver que celles situées en Amérique du Sud.

Par ailleurs, en réponse aux questions du député François Legault, le président a admis qu'Hydro-Québec compte sur des augmentations de tarifs de 15 % pour réaliser les prévisions de son plan de développement 2004-2008.

Le document de 220 pages contient une foule de chiffres, mais pas une seule indication sur les hausses de tarifs à venir, qui font pourtant partie intégrante des prévisions d'Hydro-Québec.

André Caillé a reconnu que le plan financier intègre des augmentations de tarifs annuelles de l'ordre de 2 à 2,5 % pour les cinq prochaines années. Hydro-Québec a augmenté ses tarifs de 3 % le 1er janvier et attend le feu vert de la Régie de l'énergie pour les augmenter encore de 2,9 % à partir du 1er avril. Hier, la Régie a fait savoir qu'elle accepte d'entendre cette requête en processus accéléré, ce qui veut dire qu'il n'y aura pas de débat public sur la graduation de l'augmentation en fonction de la consommation. Cette proposition d'Hydro-Québec faite à la demande du gouvernement pour aider les démunis a fait l'unanimité contre elle.

Chaque 1 % d'augmentation des tarifs rapporte 80 millions de profits nets à Hydro-Québec.

Au beau milieu d'une séance de questions-réponses avec les journalistes, le président d'Hydro-Québec a reçu un verre d'eau froide sur la tête, gracieuseté d'un écologiste qui voulait apporter sa contribution à l'augmentation du niveau d'eau dans les réservoirs.

Devant les caméras, M. Caillé a choisi d'en rire, en se disant que recevoir de l'eau était moins pire qu'une tarte à la crème, surtout pour son chic complet.



»» Rébellion de 1837

La plus importante collection privée sur la Rébellion de 1837
est mise aux enchères

Stéphane Baillargeon
Le Devoir vendredi 23 janvier 2004

Une «petite chose à l'échelle de l'empire britannique». Voilà comment Rosanna Seaborn décrit la bataille de Saint-Eustache, le point culminant, d'un point de vue militaire, de la Rébellion de 1837. Et la dame s'y connaît: pendant un demi-siècle, cette Montréalaise de 91 ans a accumulé la plus importante collection privée de documents sur cette période centrale de l'histoire québécoise, plus de 1200 objets, dont beaucoup de livres, qui seront mis en vente en deux soirs, la semaine prochaine, à l'Hôtel des encans de Montréal.

«L'incendie de Saint-Eustache a été un événement d'une terrible violence. Par contre, ce ne fut qu'une petite chose à l'échelle de l'empire britannique», a dit Mme Seaborn, interviewée plus tôt cette semaine par Le Devoir. «C'était une très grande tragédie pour les gens d'ici mais un événement assez courant à l'intérieur du plus grand empire mondial de l'époque.»

Rosanna Seaborn a accumulé cette collection, qui comprend des dépositions de Patriotes et des discours de Louis-Joseph Papineau (voir le site www.iegor.net), pour écrire un film sur cette période. «The Great Burning est le projet de ma vie. Comme vous le savez, l'histoire est différente selon la perspective française ou anglaise. Je voulais comprendre ce qui était vraiment arrivé.» Sa fiction raconte les souvenirs d'une vieille femme qui a vécu les événements. «Cette histoire veut aussi montrer comment des gens d'origines ethniques différentes peuvent finir par vivre en paix ensemble, malgré un passé de guerre et de violence entre eux. Le Canada est un exemple universel à cet égard.»

Mme Seaborn descend en ligne directe de sir Edward Seaborn Clouston, vice-président fondateur de la Banque de Montréal. Après avoir étudié et pratiqué le théâtre à Londres dans les années 30 sous le nom de Rosanna Todd, la Montréalaise de très bonne famille - son père, John Lancelot Todd, était médecin - a travaillé comme infirmière pendant la Deuxième Guerre mondiale, puis est revenue fonder l'Open Air Playhouse à Mont-Royal, en 1947. Elle partage sa vie entre Nassau et sa ville natale. Mme Seaborn a son pied-à-terre au Ritz.

C'est moins la vente aux enchères que le tournage d'un autre film, intitulé Hôtel de l'avenir, qui la ramène maintenant à la scène. Le plateau s'est ouvert mercredi à Harrington, dans les Laurentides. Rosanna Todd y incarne une vieille voyante appelée Esperanza.

Pavla Ustinov a écrit le film et le réalise. Fille du célèbre comédien britannique Peter Ustinov et de la comédienne canadienne Suzanne Cloutier, elle a déjà réalisé un documentaire sur le projet de The Great Burning, également défendu depuis des décennies par sa mère, décédée en décembre.

La production privée du moyen métrage Hôtel de l'avenir devait coûter 350 000 $. Le budget a presque culbuté et forcé la vente de la collection des Patriotes. «Je ne suis pas une collectionneuse, poursuit Mme Seaborn. Par contre, les vendeurs à Londres, Paris, New York ou Toronto savaient que j'allais acquérir n'importe quel objet d'intérêt provenant de cette période.»

L'intérêt se manifeste aussi du côté des grandes collections nationales, Bibliothèques et Archives Canada, comme les Archives nationales du Québec (ANQ). Sylvie Lemieux, directrice de l'ANQ, confirme que ses employés sont à l'oeuvre pour identifier les lots les plus intéressants. «Nous serons en salle lundi et mardi soirs», dit-elle.



»» L'école publique anglophone

L'école publique anglophone, une "anomalie", selon la SSJB

Louise Leduc
La Presse vendredi 23 janvier 2004

L'école publique anglaise au Québec est une anomalie, a déclaré hier Jean Dorion, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, dans une sortie contre la perte de terrain, lente mais sûre, du français comme langue d'enseignement.

" La coexistence, sur un même territoire et en libre concurrence, d'écoles publiques de langues différentes, est une anomalie dans l'ensemble des sociétés développées, a avancé M. Dorion en conférence de presse, hier. En Suisse, par exemple, prévaut la territorialité des langues. Le Suisse germanophone qui quitte Berne pour s'installer à Genève ne pourra pas y réclamer un enseignement public en allemand pour ses enfants. "

Se basant sur des données du ministère de l'Éducation, qui les a confirmées, la part des effectifs scolaires du secteur français du primaire est passée de 90,54 % en 1991-1992 à 88,58 % en 2003-2004. Ce 1,96 % d'élèves en moins au secteur français est évidemment allé au profit du secteur anglais.

Une baisse de 1,96 % n'est-elle pas minime? M. Dorion le reconnaît, mais considère que la tendance ne se dément pas depuis plusieurs années et que rien n'indique qu'elle s'inversera.

Difficile, cependant, d'expliquer cette réalité. " Certains invoquent la natalité plus forte des anglophones: c'est un fait et ce peut être un facteur, mais il ne faut pas l'exagérer ", croit M. Dorion.

Certains enfants ont aussi fréquenté une école privée non subventionnée, ne serait-ce qu'un an, pour contourner la loi 101 et ensuite pouvoir fréquenter l'école publique anglaise. Encore là, ces cas sont cependant rares.

Au ministère de l'Éducation, on observe aussi la moindre proportion d'élèves fréquentant l'école française, mais François Lefebvre, responsable des communications, indique que les fonctionnaires ne peuvent pas davantage se l'expliquer, n'ayant pas documenté la question.

Pour stopper le glissement, M. Dorion dit que la SSJBM rêve d'un gouvernement québécois qui refuserait d'appliquer l'article 23 de la Charte des droits, qui assure le droit à l'instruction dans la langue de la minorité.

Suivant la logique de la SSJBM, les Franco-Manitobains et les francophones du Nouveau-Brunswick devraient donc aussi être privés d'instruction en français? À cela, M. Dorion réplique que s'il partait vivre dans une autre province, il ne s'attendrait pas à ce que ses enfants reçoivent leur éducation dans leur langue maternelle. " Il reste cependant que ces gens étaient là avant les anglophones et que ça leur donne certains droits bien particuliers. "



»» congés parentaux

200 millions de plus pour les congés parentaux

Pascale Breton
La Presse vendredi 23 janvier 2004

Québec - Alors que le gouvernement Charest semble confiant de rétablir un dialogue avec Ottawa dans le litigieux dossier des congés parentaux, toujours en renvoi devant les tribunaux, la dernière évaluation du programme révèle qu'il coûtera 200 millions de dollars de plus que prévu.

L'idée d'un congé parental propre au Québec, financé en bonne partie grâce aux transferts fédéraux provenant des cotisations à l'assurance-emploi, est dans l'air depuis plus de sept ans. Québec et Ottawa ne s'entendent toutefois pas sur la méthode de calcul des transferts, si bien que le dossier s'est retrouvé devant la Cour d'appel du Québec au printemps 2002 pour un litige de quelque 60 millions.

Au départ, le coût du programme provincial était estimé à 680 millions. Une première évaluation faite par la Régie des rentes du Québec (RRQ) a fait grimper la facture à 707 millions puis à 852 millions aujourd'hui. C'est 200 millions de plus que le montant initial.

" C'est un ajustement normal dû à la réalité de la mise en place du régime fédéral ", a expliqué à La Presse le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard.

Estimations du début

Les estimations du début étaient aléatoires et hypothétiques, a-t-il indiqué. Elles ont été revues un an après l'entrée en vigueur du congé parental mis en place par le fédéral pour les travailleurs canadiens.

En se basant sur l'application du régime fédéral, la RRQ s'est notamment aperçu que le congé est de plus en plus populaire auprès des nouveaux pères. À la suite des bonifications apportées en 2001, trois fois plus de pères- soit 10 %- ont en effet choisi de rester à la maison quelque temps pour s'occuper de leurs enfants.

" Il y a aussi une question d'administration parce qu'au lieu de verser le montant uniquement à la mère, comme le père le prenait aussi, c'était versé en deux parties, ce qui a fait augmenter les coûts ", a souligné M. Béchard.

La contribution que Québec réclame du fédéral est donc passée de 543 à 629 millions. " Il n'y aura plus d'augmentation l'année prochaine parce que nous contrôlons mieux les variables. Ce ne sont plus des hypothèses, c'est la réalité ", a aussi précisé le ministre.

La cause a été entendue par le tribunal en septembre et Québec attend maintenant le verdict. Le ministre Béchard souhaite néanmoins rencontrer au cours des prochaines semaines son homologue des Ressources humaines et du Développement des compétences, Joe Volpe, pour relancer les discussions.

L'arrivée du premier ministre Paul Martin pourrait entraîner un vent nouveau et le ministre Béchard compte en profiter. " Tant qu'il n'y a pas de proposition qui va satisfaire nos attentes, il n'y a aucune raison de modifier ou d'annuler le renvoi ", a toutefois déclaré M. Béchard.

Le programme fédéral offre aux parents un congé de 50 semaines à 55 % de leur salaire, sur un revenu annuel maximal de 39 000 $. Québec compte pour sa part offrir deux options aux parents: soit 40 semaines à 75 % du salaire sur un revenu maximal de 52 500 $ ou, encore, 25 semaines à 70 % du salaire et 25 autres à 55 %. Ce programme provincial viserait aussi les travailleurs autonomes, actuellement laissés pour compte.

Au Québec, une femme sur cinq qui donne naissance à un enfant n'a droit ni au congé parental fédéral ni à l'assurance-emploi, souligne le président de Force Jeunesse, Étienne Titley, impatient de voir le litige se régler.

" Je ne suis pas surpris que le coût du programme soit plus élevé que prévu ", a-t-il noté hier en affirmant que cela démontre à la fois sa popularité et le besoin auquel il répond. " Ce que ça me laisse croire, c'est que les négociations vont être beaucoup plus longues (avec Ottawa) ", a-t-il cependant ajouté, comptant bien relancer le gouvernement du Québec pour qu'il mette en place des mesures d'aide temporaires pour les travailleurs autonomes.



»» villes

Ottawa rembourserait la TPS aux villes

François Cardinal
La Presse vendredi 23 janvier 2004

Toronto - Afin d'aider les villes sans marcher sur les pieds des provinces, le gouvernement Martin envisage très sérieusement de leur accorder le remboursement intégral de la TPS.

Lors d'un discours prononcé devant les maires et représentants des 10 plus grandes villes canadiennes hier soir, le secrétaire parlementaire du premier ministre chargé des villes, John Godfrey, a réitéré la ferme intention de son gouvernement d'augmenter les sommes annuellement versées aux municipalités.

Dans un entretien avec La Presse, M. Godfrey est allé plus loin, ajoutant que le scénario actuellement privilégié est la remise aux villes de chaque dollar dépensé sous forme de taxe sur les produits et services (TPS).

" Je crois que c'est une idée qui a beaucoup de mérite, a-t-il confié. D'autant plus que le défi est de trouver quelque chose à court terme pour montrer nos intentions. "

À l'heure actuelle, les villes canadiennes ne reçoivent qu'un peu plus de 57 % de l'argent versé à Ottawa lors de l'achat de biens de toutes sortes. Bon an mal an, la Ville de Montréal ne touche que 40 des 70 millions qu'elle dépense ainsi.

L'exemption ou le remboursement complet de la TPS est une demande maintes fois répétée par les villes au cours des dernières années. L'arrivée au pouvoir de Paul Martin, qui a promis d'aider substantiellement les villes, et la rencontre à Toronto des 10 grandes villes, qui a débuté hier soir et se termine cet après-midi, a remis cette question sur la table.

Les villes trouvent totalement injustes que les gouvernements supérieurs, dans le but de réduire le coût de leurs achats en biens et en services, ne se paient aucune taxe de vente entre eux, alors que les villes, des créatures de l'État, ne jouissent pas d'une telle exemption.

L'intention du gouvernement Martin d'aller de l'avant avec une contribution accrue aux villes est manifeste. Mais cela ne veut pas dire que le remboursement de la TPS soit chose faite, nuance cependant John Godfrey.

" Dans une période de restriction budgétaire, un tel geste est difficile, a-t-il tenu à préciser. Surtout que les autres institutions comme les universités, les écoles et les hôpitaux vont certainement réclamer la même chose si d'aventure le remboursement était accordé aux villes. "

Du même souffle, cependant, il précise que ceux-là pourraient aussi recevoir, sous une autre forme, leur part du gâteau lors du prochain budget. " Il va y avoir quelque chose pour chacun ", indique le député de Toronto.

Par ailleurs, maintenant que la promesse d'attribuer aux villes une portion des 4,5 milliards générés par la taxe fédérale sur l'essence semble avoir été mise momentanément sur la glace, un autre scénario circule au cabinet du maire. L'idée serait de modifier certaines clauses des deux importants programmes mis sur pied l'an dernier dans le but de verser sur 10 ans trois milliards pour la réfection des infrastructures.

" Nous pourrions raccourcir de 10 à trois ans la période pendant laquelle l'argent des programmes d'infrastructures stratégiques (deux milliards) et d'infrastructures municipales et rurales (un milliard) est versé ", explique M. Godfrey.

Reste à voir ce qui sortira de la rencontre des 10 grandes villes- à laquelle M. Godfrey n'est pas convié- aujourd'hui.

La Presse dévoilait la semaine dernière les grandes lignes du communiqué final qui doit être diffusé au courant de la journée. En plus de demander d'être élevées au rang de gouvernement à part entière, les villes envisageaient alors d'exiger la totalité des revenus provenant des taxes sur l'essence, une portion des revenus liés à la TPS, le remboursement intégral de la TPS ainsi que deux milliards par année pendant 10 ans pour le transport en commun.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Il y a de quoi pleurer

F. Perrier
francois.perrier@sympatico.ca
TRIBUNE LIBRE 23 janvier 2004

22 janvier 2004. Réplique de F. Perrier à J. Bergeron du Comité de rédaction de (feue ou moribonde) L'Action (pseudo) Indépendantiste - RE: "Au pays des aveuglés du joual le borgne joualisant est roi".

Si preuve il fallait de la médiocrité de nos zélites, M. Bergeron (---qc.sympatico.ca) nous l'offre dans le forum québécois de voxlatina.com. Parlant de l'église Catholique et les (sic) "fossetés" répandues contre elles, s'agit-il de la basilique Notre Dame, de Marie Reine du Monde, ou celle au coin de la rue Peel? Quant à l'extrême gauche étant aussi pire que l'extrême droite, tombons d'accord pour dire qu'elle n'est pas 'plus' pire. Vos amis du Jura Suisse sont sans doute bien embarrassés par votre prestation langagière.

Nous sommes tous des jouaux dans l'âme M. Bergeron, mais quand quelqu'un qui s'identifie comme un ex professeur, c'est-à-dire un enseignant au niveau secondaire ou supérieur, exprime (même dans un texte impromptu) sa hargne contre les gauches dans un 'frança' aussi chancelant et avec des épithètes aussi éculées que "contestataires de 70, écrivailleux, Marxistes, Léninistes, farfelus et anarchistes", dénonçant la paille dans l'œil des gauches québécoises, sans voir la poutre dans celui de l'Église catholique et de nos zélites joualisantes de droite, il y a de quoi pleurer.

Surtout qu'au Québec nos zélites des gauches et des droites, présentent plusieurs analogies entre elles, dont un malaise certain face à la démocratie du plus grand nombre, la mystique du 'cheuf', et la tentation du parti unique. C'est pourquoi on peut voir sur la même plateforme, unis derrière le péculat du PQ, Pierre-"j'en ai rien à cirer du proja d'société"-Falardeau un fasciste avoué, et, Yves-ne-touchez-pas-à-mon-pécule-Michaud, se réclamant de Jaurès --, sans que personne ne s'en formalise. C'est beau l'unité, un front commun ET la solidarité, mais CONTRE QUI -- et POUR QUOI FAIRE ?!

Le bon peuple québécois a l'impression que ses zélites de 'marde' sont unies CONTRE LUI, dans toutes leurs manifestations de médiocrité, afin de le "fourrer" et le maintenir assujetti au statu quo canadiAn, pendant qu'elles font carrière, régnant sur nous, tout en FAISANT SEMBLANT de vouloir une pseudo souveraineté. Sans salutations amicales.



TRIBUNE LIBRE

In cauda venenum!
Le venin vient de la queue

Daniel Lévesque, Québec
daniel.levesque@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 23 janvier 2004

Pour le bien de nos jeunes et de notre ville, André Arthur et Jeff Filion doivent être bannis des ondes.

La ville de Québec est sans contredit l’un des beaux endroits où vivre. Le centre-ville est d’une beauté rare. Nous devons ce regain de vie en partie à l’administration actuelle ainsi qu’aux citoyens. Bien sûr, tous les problèmes ne sont pas réglés mais admettons que le chemin parcouru est quand même impressionnant. À l’opposé, nous avons aussi nos tares. Certaines sont dangereuses. La prostitution juvénile est l’une de celles-là. L’exploitation des jeunes est un crime répugnant. Des gens travaillent à son éradication et ils méritent tout notre appui.

Mais il y a un cancer plus profond qui ronge la région. Ce cancer, c’est la haine. J’ignore pourquoi, mais plutôt que de nous rendre heureux, on dirait que notre qualité de vie nous rend irascibles. Notre jugement est affecté. Au lieu de jeter un regard froid et nuancé sur les événements, nous jugeons sommairement, condamnons et exécutons sur la place publique.

J’explique cela de la façon suivante :

Depuis 1995, la région de Québec a bien changé. Le débat politique sur la question nationale a polarisé les gens de la région en deux groupes bien distincts. Cela s’explique en partie par le fait que la région de Québec était la clé de voûte d’une victoire du oui au référendum. C’est ici que tout s’est décidé. La région de Québec aurait du être le fer de lance d’un éventuel Québec souverain. Avec un score d’un peu plus de 51%, elle fut au contraire, loin d’assumer son rôle de capitale nationale.

Mais il y a pire! Les positions se sont par la suite polarisées et durcies à un point tel que tous les débats sont maintenant teintés d’un amer arrière-goût politique.

- Croyez-vous sincèrement au hasard? Sinon, comment expliquez-vous que Sillery, qui est le cœur de la contestation des fusions municipales, était aussi le plus important bastion du non lors du référendum de 1995?

- Ne trouvez-vous pas suspectes les accointances de l’Action démocratique du Québec avec le groupuscule demandant la réouverture de l’enquête Scorpion?

- Parlant de ce groupe, comment qualifier sa démarche harcelante à l’encontre du maire L'Allier lui-même, le sommant de s’ingérer dans le travail de la police pour faire rouvrir l’enquête?

- Que penser des allégations odieuses, dénuées de toute preuve et larguées sur la place publique sous le lâche couvert de l’anonymat? Allégations qui, faut-il le rappeler, impliquaient des membres, des députés ainsi que d’ex-ministres du Parti québécois?

S’il est vrai que l’on ne peut tirer de conclusion, il n’en demeure pas moins que tout cela empeste le règlement de compte politique à plein nez! Les tribunaux ont quant à eux fait leur travail. Devant l’hystérie médiatique, ils ont compris qu’aucun procès ne pouvait se dérouler de manière sereine dans le district judiciaire de Québec. Le changement de venue fut accordé parce qu’ici, jugement a déjà été rendu.

Si donc le dossier Scorpion se solde par un échec, (ce que l’on peut déjà envisager) il faudra regarder les responsables car il y en aura à coup sûr. Et si l’amateurisme policier est déjà une cause perceptible d’un éventuel retour à zéro, que dire alors du traitement médiatique? André Arthur et Jeff Filion sont sans contredit ceux vers qui les yeux devront se tourner et les doigts se pointer. D’ailleurs, la plus affligeante des tares dont souffre la ville de Québec est sans aucun doute les propos de ces deux indécrottables gueulards de la radio poubelle. Leurs propos sont une incitation à la haine. Leur brutalité est sans commune mesure dans toute l’histoire de la radio. Dénués de tout respect envers les personnes, André Arthur et Jeff Filion sont des pollueurs des ondes! Qui d’entre nous aimerait faire l’objet de propos aussi sales et grossiers? Comment expliquer l’inertie du CRTC devant pareilles bassesses sinon par le fait que cette situation fait grandement l’affaire des tenants de l’unité canadienne dans la mesure où les deux cancres tirent à boulets rouges sur les souverainistes. Autrement, il y aurait déjà belle lurette qu’ils auraient été réduits au silence.

C’est ce qui m’amène à conclure que la ville de Québec est le théâtre d’un effort de déstabilisation. Les points de concordances sont trop nombreux pour être le simple fruit du hasard. Cette démarche porte aussi une signature ayant des ressemblances frappantes avec celles des mouvements d’extrême-droite européens. Du moins, elle en a le ton. De toute évidence, ses têtes de pont sont André Arthur et Jeff Filion. Leurs techniques de communication se rapprochent de celles utilisées par le Front national et son chef Jean-Marie LePen. Obsession sécuritaire, propos haineux dirigés contre des personnes ou des groupes de personnes, clichés vulgaires, faciles et percutants, simplisme intellectuel abrutissant, etc. Certains diront que ces émissions sont du spectacle mais une étude faite récemment par des étudiants de maîtrise du centre interdisciplinaire de recherche sur les activités langagières de l’université Laval a démontré avec beaucoup d’éloquence que bien que certains aspects s’apparentent à du divertissement, le contenu n’en porte pas moins toutes les caractéristiques de la propagande haineuse.

En conclusion

Ce n’est pas vrai que, sous le couvert de la sacro-sainte liberté de parole, on peut permettre à des gens de dire n’importe quelle sottise. L’idée même de la liberté d’expression n’a pas été créée pour cela. Le débat doit s’ouvrir dans la population de Québec. Il est de notre devoir de nous interroger sur la pertinence de laisser ces deux brutes cracher leurs fiels à tous les jours. Quand aurons-nous le courage de prendre nos responsabilités et d’engager ce débat? Quand cesserons-nous de faire l’autruche et de penser que ce n’est pas grave, qu’il n’y a rien là et que ça n’a pas de conséquences? Car des conséquences, il y en a! La démocratie est attaquée, la justice est aussi dérangée et des jeunes déjà brisés auront peut-être à en subir les répercussions. À quand une campagne pour mettre fin à cette bouffonnerie dégradante menée tambour battant à tous les jours et dont nous sommes tous les complices lâches et silencieux? J’ai déjà un slogan et le voici : Ça doit cesser!



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COMMUNIQUÉS 23 janvier 2004