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»» Sondage Léger Marketing-Le Devoir-CKAC-The Globe and Mail

La grande illusion

Michel David
Le Devoir mardi 27 janvier 2004

Imaginez un peu la scène, le soir du prochain référendum. Un Bernard Landry rayonnant invite Jacques Parizeau à le rejoindre sur la tribune et à s'adresser aux milliers de militants souverainistes en liesse, qui ont envahi le Palais des congrès. Ému, l'ancien premier ministre déclare: «Je voudrais d'abord remercier nos compatriotes des communautés culturelles...»

Loin de moi l'idée de vouloir tourner le fer dans la plaie, mais si 22 % des non-francophones avaient voté oui en 1995, comme le dernier sondage de Léger Marketing leur en prête l'intention, M. Parizeau n'aurait jamais prononcé sa malheureuse phrase sur l'argent et les votes ethniques. Il serait plutôt devenu président de la République.

Même si la question référendaire ne comportait aucune référence à un quelconque partenariat économique et politique, 15 % des non-francophones voteraient quand même oui. Toutes proportions gardées, la baisse de l'appui à la souveraineté, une fois délestée du partenariat, serait donc proportionnellement moins marquée que chez les francophones, dont l'appui chuterait alors de 53 % à 31 %.

Si vraiment c'était le cas, il faudrait peut-être se demander pourquoi la béquille du partenariat est plus nécessaire aux francophones, qui ne semblent plus en mesure de concevoir la souveraineté sans lui, ce qui ne va pas sans risque.

En excluant les anglophones de souche, qui sont pratiquement unanimes à rejeter la souveraineté, l'appui des non-francophones paraîtrait encore plus élevé. Anormalement élevé. Pendant des années, la réalisation du projet souverainiste a été présentée comme une sorte de course contre la montre. René Lévesque avait jadis fixé l'échéance ultime à l'an 2000, après quoi le poids des immigrants, conjugué avec la baisse de la natalité chez les francophones, deviendrait trop lourd.

***

L'an dernier, un sondage commandité par Génération Québec, encore une fois à Léger Marketing, laissait entendre que 40 % des moins de 35 ans ayant immigré au Québec, ou qui sont issus de parents immigrants, voteraient oui.

Il n'en fallait pas davantage pour amener bon nombre de souverainistes à conclure que les nouveaux arrivants, loin de constituer la terrible menace qu'on croyait, pouvaient au contraire devenir de précieux alliés. Les enfants de la loi 101 allaient simplement remplacer ceux qu'on ne fait plus.

Après avoir été injustement accusés de prêcher un nationalisme ethnique, voire tribal, les souverainistes étaient d'autant plus disposés à prendre pour argent comptant tout ce qui pourrait donner l'impression que les communautés culturelles avaient enfin compris à quel point leur projet était merveilleusement inclusif.

Durant la dernière campagne électorale, M. Parizeau lui-même a voulu voir dans les sondages de Génération Québec la preuve que sa déclaration de 1995 était désormais caduque. Il a simplement choisi le mauvais moment pour la rappeler.

Forcément simplificatrices, les catégories utilisées par les sondeurs ne rendent pas justice à la diversité des communautés culturelles, dont le degré d'intégration à la majorité francophone et d'ouverture au projet souverainiste, est très variable. Des personnalités très en vue au sein de leurs communautés respectives ont pris fait et cause pour la souveraineté, même si le PQ n'a jamais su leur ménager une place à la mesure de ce qu'il en espérait.

Globalement, des chiffres comme ceux-là risquent néanmoins de créer une dangereuse illusion. Jean-Marc Léger est le premier à reconnaître que les 22 % d'appui au oui relevés à la mi-janvier par sa propre maison ne résisteraient pas à l'épreuve d'une campagne référendaire, durant laquelle le camp fédéraliste ne manquerait pas d'insister sur les risques, économiques et autres, d'une rupture de la fédération. Comme les personnes âgées, les immigrants sont extrêmement vulnérables aux arguments fondés sur la peur et l'insécurité, note-t-il.

***

Conséquemment, il serait tout aussi imprudent de se fier aux 47 % dont Léger Marketing crédite la souveraineté dans l'ensemble du Québec. Cette pointe peut tout simplement être le reflet de l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest.

Après les élections de 1998, le sociologue-sondeur de l'UQAM, Pierre Drouilly, s'était interrogé sur les raisons qui avaient encore une fois amené pratiquement toutes les maisons de sondage à surestimer le vote péquiste.

Drouilly avait constaté qu'elles avaient généralement prévu correctement le vote des francophones, mais que le vote non francophone enregistré par les sondages ne s'était pas matérialisé dans l'urne. Il en avait conclu qu'il serait préférable d'attribuer la totalité des intentions de vote des non-francophones au PLQ.

Le dernier sondage de Léger Marketing en accorde 17 % au PQ, qui détient maintenant une avance de 7 points sur le PLQ. Là encore, il y a tout lieu de croire qu'une grande partie de ces voix retournera chez les libéraux, le jour des élections.

Dans l'immédiat, Bernard Landry a cependant toutes les raisons de pavoiser. Des sondages comme celui-là demeurent les meilleurs arguments pour faire taire ceux qui souhaiteraient le voir prendre sa retraite. La popularité du partenariat devrait également lui permettre d'étouffer toute velléité de radicalisation. De toute manière, l'agitation des «purs et durs» ne semble pas l'inquiéter beaucoup.

Comme d'habitude, son problème serait plutôt la mesure. À le voir manifester avant autant de hauteur le mépris que lui inspire le gouvernement Charest, qu'il juge carrément inapte à gouverner, certains ont dû se rappeler pourquoi ils avaient finalement décidé de voter libéral, le 14 avril dernier. C'est même la raison pour laquelle bien des libéraux ne demanderaient pas mieux que de l'affronter une autre fois.

mdavid@ledevoir.com



»» Davos

Charest risque de rentrer bredouille de Davos

Jocelyne Richer
Le Soleil mardi 27 janvier 2004

Tout indique qu'il ne pourra annoncer la création d'un seul emploi

Munich - Tout indique que la mission économique de 11 jours du premier ministre Jean Charest en Europe va se conclure, demain, sans qu'il puisse se vanter de ramener dans ses bagages un seul emploi supplémentaire pour le Québec.

Hier, en Bavière, M. Charest a procédé à l'annonce d'un investissement de 67 millions $ à Drummondville par la compagnie allemande Technocell, pour la fabrication de papiers décoratifs. Nombre d'emplois créés : zéro.

Quelques heures plus tôt, il participait à l'annonce d'une entente de principe conclue entre le géant allemand de la technologie, Siemens, et Hydro-Québec, en vue de pousser plus loin, conjointement, la recherche de création de produits utilisés dans le transport et la distribution de l'énergie. Nombre d'emplois créés : zéro.

Depuis son départ du Québec, il n'a fait qu'une seule annonce majeure : un investissement de 500 millions $ sur quatre ans à Sorel-Tracy (dont 107 millions $ en 2004), qui permettra de consolider 1600 emplois à la compagnie QIT-Fer et Titane, mais n'en créera aucun.

Mais M. Charest aime bien dire qu'il n'est pas venu en Europe "pour faire des annonces". Au lieu de cela, il dit être venu bâtir des "relations à long terme", bref semer pour - éventuellement - récolter plus tard. Traditionnellement, ce genre de mission économique se traduit pourtant par une série d'annonces d'investissements et de création d'emplois.

Ce ne sont pas les occasions qui ont manqué, car M. Charest s'est entretenu tout au long du voyage avec de nombreux industriels de haut niveau.

Chose certaine, le fait que le Québec soit dirigé depuis le 14 avril par un gouvernement fédéraliste semble bien perçu par les investisseurs étrangers potentiels et représenter une source de stabilité aux yeux des actionnaires.

Si les Québécois avaient voté pour la souveraineté lors du référendum de 1995, "cela aurait certainement affecté les investissements de notre compagnie (au Québec), sans aucun doute", a déclaré hier, en point de presse, le grand patron de Kunz, Wilhelm Dengler, présent à la conférence de presse. Technocell, une filiale de Kunz, possède déjà une usine à Drummondville, qui donne du travail à 140 personnes. Au Québec, Kunz possède également la compagnie Uniboard, présente à Sayabec et à Mont-Laurier.

"Si la souveraineté avait eu lieu, on n'aurait peut-être pas investi au même rythme. Cela aurait changé l'attitude de nos actionnaires. La souveraineté aurait peut-être causé une certaine instabilité", a-t-il dit. Placé juste derrière lui, le premier ministre Charest était tout sourire.

À deux reprises, hier, M. Charest a pris la parole devant des gens d'affaires et des financiers allemands, en répétant toujours le même message : le Québec constitue l'endroit rêvé où investir son argent.

Accueil de chef d'État

M. Charest est arrivé à Munich dimanche après-midi et a été accueilli en véritable chef d'État (tapis rouge, garde d'honneur, rues bloquées, etc.). Ce surplus d'égards s'explique par le fait que depuis 1989, lors du passage du premier ministre Robert Bourassa, l'État de Bavière - une des régions les plus riches de toute l'Europe - et le Québec ont développé une amitié particulière, qui se traduit par toute une série d'accords économiques et culturels.



»» Davos
»» Québec Allemagne

La souveraineté du Québec fait peur aux investisseurs allemands

Denis Lessard
La Presse mardi 27 janvier 2004

Munich - Des investisseurs étrangers éprouvent des craintes face à la souveraineté du Québec. Les Allemands, notamment, auraient moins investi chez nous si la souveraineté l'avait emporté au référendum de 1995, a prévenu hier le patron d'une des compagnies germaniques ayant le plus d'intérêts au Québec.

Pour Wilhem Dengler, président de Kunz Holding, les propriétaires d'Uniboard Canada, " si la souveraineté avait eu lieu en 1995, cela aurait sans aucun doute affecté les investissements de notre compagnie ".

" Nous n'aurions peut-être pas investi au même rythme qu'on a investi entre 1995 et 2002 ". Il est clair que la souveraineté " aurait changé les vues de nos actionnaires envers l'Amérique du Nord, le Québec en particulier ", a-t-il expliqué hier en marge d'une conférence de presse du premier ministre Jean Charest.

Ironiquement, c'est bien malgré lui que M. Charest, l'ancien ténor fédéraliste au référendum de 1995, a reçu ce coup de pouce. Quelques minutes plus tôt, en réponse aux questions de journalistes québécois, il avait sèchement refusé d'aborder la question nationale québécoise pendant une mission officielle à l'étranger. " Je ne fais pas de politique intérieure quand je suis à l'étranger " avait-il tranché, visiblement agacé par ce sujet.

Immédiatement, M. Dengler lui a presque coupé la parole pour lancer: " Si je peux ajouter une phrase à ce que vous venez de dire, comme investisseur au Québec, si la souveraineté avait eu lieu en 1995, cela aurait sans aucun doute affecté les investissements de notre compagnie! "

À l'époque, les actionnaires allemands du holding étaient passablement inquiets de l'impact de la souveraineté sur la valeur de leurs actifs au Québec, a par la suite expliqué M. Dengler à La Presse. Kunz Holding a pour 500 millions de dollars d'investissements au Québec. C'est la compagnie allemande qui a, de loin, réalisé le plus gros investissement au Québec ces trois dernières années: 120 millions consentis pour la compagnie Panval, une filiale d'Uniboard qui fabrique des panneaux de particules à Sayabec. Le siège social d'Uniboard est au Carrefour Laval et la compagnie compte au total 1400 employés au Québec.

" Un investisseur qui s'engage tient à la stabilité, et la souveraineté aurait peut-être causé une instabilité aux vues de mon actionnaire ", d'ajouter le patron allemand. Une fois le référendum passé en 1995, " la compagnie a repris son rythme normal d'investissements ", a-t-il expliqué. Les relations n'étaient pas moins bonnes avec les gouvernements péquistes, a-t-il cependant souligné. Uniboard a fait ses premiers investissements à l'époque de René Lévesque, et M. Dengler garde un excellent souvenir des relations avec Bernard Landry. " Ce n'était pas une question de gouvernement, c'est une question émotionnelle de la part des actionnaires ", a-t-il conclu.

Deux annonces économiques

En présence de M. Charest, M. Dengler et Wolfgang Janssen, chef des opérations de Felix Schoeller Holding, ont annoncé un investissement de 67 millions de dollars dans l'usine de papier décoratifs de Technocell à Drummondville. Aucun nouvel emploi ne sera créé- 140 personnes travaillent à Drummondville, l'une des sept usines du groupe-, 78 % de la production de papier destiné au laminage de panneaux-meubles est exporté aux États-Unis. Dans l'opération, Québec accorde une aide financière non remboursable de 2 millions de dollars, la transformation d'un prêt accordé il y a 15 ans à une compagnie actionnaire de Technocell.

Seule autre annonce économique dans les deux jours de mission officielle de M. Charest en Allemagne, la multinationale Siemens a conclu une entente de principe pour la commercialisation de technologies développées conjointement par les chercheurs d'Hydro et de Siemens, l'un des géants mondiaux dans le domaine électrique.

Pour Élie Saheb, président d'Hydro-Québec technologie et développement industriel, cette entente pourra amener des retombées commerciales de centaines de millions pour la société d'État dans les prochaines années.

Accueil remarquable

C'est presque un accueil de chef d'État qu'a reçu M. Charest dans la capitale bavaroise, conséquence d'une entente de collaboration entre le Québec et le land de Bavière, signée en 1989 par Robert Bourassa. Tapis rouge, cordons policiers, cortège de BMW bloquant la circulation de la ville, rien n'a été épargné pour l'accueil du premier ministre québécois. Les volontés autonomistes de la Bavière et du Québec à l'endroit du gouvernement central à Ottawa et Bonn (la capitale de la République fédérale d'Allemagne à l'époque) constituaient, il y a 15 ans, la base d'une complicité qui avait intéressée Robert Bourassa qui tentait encore à l'époque de faire adopter l'entente du lac Meech. Plus de 300 projets, des échanges universitaires, culturels et commerciaux ont vu le jour grâce à cette relation particulière entre le Québec et la Bavière, le plus riche des länder allemands.



»» Tapez "mouton insignifiant" sur le moteur de recherche Google

Après Bush et Gates, Charest victime de "Google bombing"

Michel Corbeil
Le Soleil mardi 27 janvier 2004

La blague a envahi bien des ordinateurs. Tapez "mouton insignifiant" sur le moteur de recherche Google. Quel site apparaît le premier ? Celui de Jean Charest. Précisons, le site officiel de Jean Charest à l'Assemblée nationale. Enfer et mystification !

Les souverainistes la trouvent bien bonne. Tellement que certains ont contacté LE SOLEIL pour s'en amuser.

Que se passe-t-il ? La biographie du premier ministre du Québec ne contient évidemment nulle part les mots "mouton" et "insignifiant".

Ce qui se passe, c'est que Jean Charest a été la victime d'internautes astucieux. En jouant sur une association rare de mots-clés, souvent en utilisant des "blogues" - des sites Web personnels - , des internautes amènent Google à mettre en tête de liste de la recherche une... tête de Turc, désignée par leurs bons soins.

Ça devrait le consoler. Le chef du Parti libéral du Québec a subi la même médecine que le président américain George W. Bush. Le New York Times rapportait récemment qu'en écrivant les mots "miserable failure", Google vous menait directement à la Maison-Blanche, à Washington, sur la page Web du président des États-Unis d'Amérique.

"Ah, ils l'ont fait", laisse entendre avec un rire Éric Baillargeon, un spécialiste du marketing Web qui ne connaît pourtant pas les auteurs de la supercherie. "Elle est bien bonne, apprécie le spécialiste. Je me doutais que ça arriverait au Québec."

Cette forme de dérive informatique, c'est du "Google bombing", explique l'expert, joint à Montréal. Parce que la technique s'appuie sur ce moteur de recherche, tout comme elle se sert aussi des systèmes qui reçoivent les résultats de Google, comme Yahoo ou la Toile du Québec.

L'idée est assez simple. Un internaute se sert d'un blogue. Il y met des mots dont la combinaison est inusitée. D'autres l'imitent. Tous ces petits sites pointent vers une même page, une même cible - dans le cas présent, Jean Charest . Ces petits sites sont souvent mis à jour par les moteurs de recherche. L'algorithme de classement Google fait le reste.

Éric Baillargeon confirme que les politiciens servent particulièrement de cible aux tireurs informatiques. "Mais il y a aussi des grandes compagnies" et des hommes d'affaires qui se retrouvent dans la mire.

Selon le New York Times, la première "bombe Google" a explosé à la figure de Bill Gates. En épelant, en anglais, "plus diabolique que Satan lui-même", la page d'accueil de Microsoft, dont M. Gates est le grand patron, surgissait, en premier.

M. Baillargeon rapporte qu'aux États-Unis toujours, l'expression "moins de 18" ans, qui se retrouve sur les sites pornos, fait apparaître dans les premières positions la très familiale et prude Disney.

Chez nos voisins du sud, la charge contre George Bush a entraîné une contre-attaque. Le cinéaste Michael Moore, adversaire irréductible de M. Bush, l'ancien président Jimmy Carter, et Hillary Rodham Clinton, la femme de l'ex-président Bill Clinton, se sont approchés de la première position du républicain Bush via le même "miserable failure".

Riposte du cabinet ?

Au cabinet de Jean Charest, le directeur des communications est au courant "de cette blague de mauvais goût. On s'informe si on peut défaire ça, poursuit Christian Lessard. Mais je pense qu'il n'y a peut-être pas de recours."

Les libéraux pourront toujours se consoler du malheur des autres. La semaine dernière, l'équipe du bimestriel indépendantiste Le Québécois s'est dite victime de piratage par des fédéralistes. Dans un message dans Internet, le directeur du journal, Patrick Bourgeois, a dénoncé le fait que des "hackers" ont détruit à distance des fichiers sur les disques durs de son ordinateur et ceux de deux collaborateurs.

"Avant de connaître ses problèmes ultimes, l'ordinateur de Patrick Bourgeois ne fonctionnait plus qu'avec un clavier canadien-anglais ! Impossible à partir de cet instant de réinstaller un clavier canadien-français."

Selon le communiqué, il est possible que l'affaire donne lieu "au dépôt d'une plainte au département des crimes informatiques de la Sûreté du Québec".

MCorbeil@lesoleil.com



»» bilan

Trois projets de loi libéraux ont été oubliés en route vers le pouvoir

Norman Delisle
Le Devoir mardi 27 janvier 2004

PC Québec - Trois engagements pris par les libéraux du premier ministre Jean Charest avant l'élection demeurent toujours lettre morte.

Alors qu'ils étaient dans l'opposition, les libéraux de M. Charest avaient étayé ces trois engagements par la présentation de projets de loi pour les soutenir. Ces projets de loi n'ont pas été soumis de nouveau à l'Assemblée nationale depuis la prise de pouvoir par les libéraux en avril dernier.

Le premier projet de loi, concerne la procédure de nomination de certaines personnes élues par l'Assemblée nationale. Ce projet de loi, présenté par le député libéral Thomas Mulcair, suggérait de faire défiler les candidats devant un comité qui analyserait leur compétence.

Il y a huit catégories de personnes élues à leur poste par l'Assemblée nationale: les membres de la Commission d'accès à l'information, de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, de la Commission de la représentation électorale, de la Commission de la fonction publique, de même que le Protecteur du citoyen, le Vérificateur général, le secrétaire général et le jurisconsulte de l'Assemblée nationale et le Directeur des élections.

Le 18 décembre dernier, le premier ministre Jean Charest a fait élire de façon intérimaire Diane Boissinot à la présidence de la Commission d'accès à l'information, mais sans que la procédure proposée par son parti ne soit suivie.

En 2001, un autre libéral, Claude Béchard, devenu ministre de la Solidarité sociale, avait présenté un projet de loi pour permettre au Vérificateur général d'enquêter sur les plaintes des citoyens concernant le traitement des forêts. En vertu de ce projet de loi, que les libéraux n'ont pas adopté une fois au pouvoir, une enquête du Vérificateur sur la protection des forêts aurait pu être annoncée sur une simple plainte d'un citoyen.

Enfin, un troisième projet de loi avait été soumis à l'Assemblée nationale par l'opposition libérale en 2001. Il s'agissait d'un projet de loi sur les régimes de retraite, présenté par le député Henri-François Gautrin.

Ce dernier voulait corriger ce qu'il considérait être une «iniquité» dans une loi votée par le gouvernement du Parti québécois. La loi faisait en sorte que seuls les travailleurs et les dirigeants d'une entreprise avaient leur mot à dire sur la gestion des surplus du régime de retraite de cette entreprise.

Le projet de loi Gautrin visait à donner également une voix aux retraités eux-mêmes sur la gestion des surplus. Le projet de loi a été réinscrit en préavis à l'agenda de l'Assemblée nationale le 5 novembre dernier, mais n'a pas été déposé en Chambre.



»» Suroît

Suroît: l'opposition s'organise

Charles Côté
La Presse mardi 27 janvier 2004

L'opposition au projet de centrale thermique du Suroît à Beauharnois s'organise, deux semaines après son autorisation par le gouvernement du Québec, avec la formation de la coalition Québec Vert Kyoto.

" Le but est de soutenir toute réduction des gaz à effet de serre de façon à ce le Québec respecte les engagements du protocole de Kyoto, dit John Burcombe, du Mouvement Au Courant. La première action est de contrer le projet du Suroît. "

La coalition organise une marche dimanche prochain, le 1er février. Les détails seront révélés ce matin en conférence de presse par l'animateur Jacques Languirand, porte-parole de la coalition. Le mouvement a déjà son site Web.

" Il y a beaucoup de gens qui ont l'impression d'être impuissants devant le rouleau compresseur d'Hydro-Québec et du gouvernement, dit M. Burcombe. On travaille comme des fous depuis une semaine et la réponse est incroyable. On espère voir d'autres groupes se joindre à nous. "

L'an dernier, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a affirmé qu'Hydro-Québec ne devrait pas construire sa centrale thermique, à moins qu'il ne soit démontré que le projet ne " compromet pas les engagements du Québec en regard du protocole de Kyoto ".

Dans sa version originale, le projet entraînait une augmentation de 3 % de toutes les émissions québécoises de gaz à effet de serre (GES). Il y a deux semaines, Québec annonçait une nouvelle version légèrement améliorée, mais qui implique tout de même une augmentation de 2,6 % des émissions. Le gouvernement n'a annoncé aucune mesure pour compenser cette hausse.

À ce sujet, le Parti vert du Québec rappelle les engagements du Parti libéral à l'égard de la production thermique d'électricité.

En effet, il y a un an, dans son document intitulé Pour un environnement sain, le PLQ affirmait: " Il faut éviter que le gouvernement investisse à la fois dans un plan d'action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et fasse la promotion de politiques de production d'électricité à partir du gaz naturel. "

" M. Charest dit qui les gens ont voté pour lui et qu'il a un mandat clair, dit Daniel Breton, conseiller au Parti vert. Comment peut-il dire de telles choses tout en annonçant la construction du Suroît? "

Héritage Saint-Bernard, un groupe de citoyens de Beauharnois préoccupés par la pollution qui se dégagera de la centrale, s'est joint à Québec Vert Kyoto. " Le rapport du BAPE dit que les normes gouvernementales seront respectées, ce qu'on ne conteste pas, dit Jean Morrissette. Mais des études épidémiologiques font une relation directe entre le niveau de pollution de l'air et le nombre de morts non accidentelles. On trouve cette relation à Montréal et dans plusieurs autres grandes villes. La relation est là peu importe le niveau de pollution, qu'il soit au-dessus ou en deçà des normes. "

Le site de la coalition: http://quebec-vert-kyoto.org

Le projet du Suroît: www.hydroquebec.com/suroit/index.html



»» «le goût de l'avenir»

Avoir l'avenir du Québec dans sa mire

Jean-Félix Chénier
Professeur de science politique au Collège Jean-de-Brébeuf et membre du «Pont entre les générations».
Le Devoir mardi 27 janvier 2004

IDÉES - Une réflexion centrée sur l'environnement, la communauté politique, la culture et la famille

Ces propos n'engagent que leur auteur.

Pour répondre à Michel Venne qui nous invite à avoir «le goût de l'avenir», je propose une réflexion centrée sur l'environnement, la communauté politique, la culture et la famille. En ces temps où la «première priorité» du gouvernement québécois semble être les baisses d'impôts et la «réingénierie» de l'État, il serait peut-être temps pour les citoyens concernés par l'avenir de commencer à s'occuper véritablement de leur milieu de vie, le Québec.

Pour ce faire, le débat sur la souveraineté (ou l'autonomie) du Québec doit être réorienté vers des préoccupations concrètes et des sphères de pouvoir réellement «investissables»... Cela n'empêche pas de «rêver le pays», mais exige aussi de le construire ici et maintenant. Car la souveraineté de l'État, c'est contrôler son territoire - je dirais l'occuper; c'est (ré)unir une population au sein de ce territoire; c'est avoir un gouvernement qui contrôle ce territoire et cette population; c'est être libre d'agir à l'interne et avoir la possibilité de s'exprimer sur la scène internationale.

À ces critères politiques de la souveraineté, il faut rajouter la volonté de prolonger cette expérience historique et culturelle qu'est la nation, sans quoi le gouvernement qui gère notre vie importe peu aux citoyens. Or, le débat sur la question nationale est plus qu'une querelle administrative entre deux gouvernements.

Mais à la lumière de ces critères, on remarque que nous sommes loin du but. On pourrait même dire qu'on s'en éloigne puisque le gouvernement canadien occupe de plus en plus tout l'espace de ces sphères de liberté politique. Reprenons-les donc un à un.

Le développement du territoire

Le Québec est maître d'oeuvre de ses ressources naturelles. Il serait donc grand temps que l'on développe notre territoire intelligemment. Par exemple, il existe près de Québec la forêt Montmorency, gérée par l'Université Laval. La coupe forestière est là-bas planifiée en imitant les «perturbations naturelles», en tenant compte des autres occupants et utilisateurs: skieurs, randonneurs, ornithologues, scientifiques, etc.

La Forêt de l'Aigle, au nord-ouest de Montréal, semble aussi un modèle de concertation où le territoire forestier est véritablement développé en fonction des multiples ressources que l'on peut en tirer... Il est essentiel que de nouveaux territoires, pris à même les (trop généreux) contrats de coupe consentis aux compagnies forestières, soient partagés entre chasseurs, pêcheurs, amateurs de plein air, autochtones, etc. Mais pour ce faire, il faut justement planifier la coupe forestière, en fonction des multiples utilisations: il faut faire du développement.

La même politique devrait ainsi s'appliquer pour nos lacs et rivières, de façon à ce que l'on ne construise pas des barrages partout au Québec au nom d'une philosophie du gaspillage de l'énergie. Une véritable politique de l'eau doit être mise en oeuvre. On ne le dira jamais assez: avec ses ressources incomparables d'eau douce, le Québec est l'Arabie saoudite du futur... Une Régie de l'énergie, indépendante du gouvernement et d'Hydro-Québec, pourrait à ce sujet proposer une véritable stratégie d'économie de l'énergie tout en planifiant une protection de nos ressources dans le but d'en préserver les richesses pour les générations futures.

Renforcer la communauté politique

Ensuite, (ré)unir sa population, c'est faire en sorte qu'elle puisse décider par elle-même et pour elle-même. Démocratiser. Une première mesure est en route, celle de modifier notre mode de scrutin. Soyons vigilants pour que ce soit une belle réforme et qu'elle ne soit pas manipulée par des intérêts partisans ou repoussée cyniquement du revers de la main.

Finalement, le projet d'une constitution québécoise peut être prometteur, mais il doit faire l'objet d'une adhésion transpartisane, sans quoi il ne fera que diviser plutôt qu'unir. Réunir sa population, c'est aussi proclamer sans gêne que le français est la langue officielle du Québec, sans renier les droits de la minorité nationale anglophone et ceux des nations autochtones.

Permettre à l'État du Québec d'envisager l'avenir

Troisième espace de souveraineté politique: le gouvernement. Est-il besoin de dire qu'il est non seulement contre-productif de baisser les impôts, mais que le moment est très mal choisi? Le déséquilibre démographique qui survient au Québec mérite que l'on se prépare à ce «choc». Il est irresponsable de se «sauver avec la cagnotte», sans penser aux petits-enfants qui seront trop peu nombreux et avec un État affaibli pour financer leur propre système d'éducation, la culture, le développement économique, le système de santé, etc. Il faut donc permettre à l'État du Québec de soutenir le développement futur de sa population et de son territoire par des mesures fiscales et autres qui permettent déjà de penser le long terme.

Souveraineté interne et externe

En matière de souveraineté externe, il faut pour le moment réaffirmer la doctrine Gérin-Lajoie: le Québec a le droit de parler de sa propre voix sur la scène internationale dans ses domaines de compétence. Dans la conjoncture actuelle (deux échecs référendaires en 15 ans), c'est la seule qui peut tenir. À l'interne, il faut savoir occuper au maximum nos sphères de souveraineté et lutter activement contre les volontés permanentes de centralisation d'un gouvernement fédéral qui a perdu le vrai sens du fédéralisme. De leur côté, les partisans de la souveraineté devront préparer un échéancier réaliste devant mener le Québec à l'indépendance. Ils ne peuvent plus pratiquer la politique de l'attentisme.

Environnement, culture et famille

Mais pour le moment, trois champs d'action apparaissent prioritaires: il s'agit de l'environnement, de la culture et de la famille. Ces trois champs sont l'avenir de la société québécoise. Ils exigent que l'on adopte des comportements concrets et quotidiens: - Développer une véritable politique des énergies renouvelables qui sont appelées à devenir des secteurs à haute valeur ajoutée tout en diversifiant l'économie des régions; utiliser notre territoire à des fins récréatives, l'investir véritablement pour empêcher qu'il soit uniquement soumis aux exploitants forestiers ou hydro-électriques... Éviter une consommation débridée et excessive; réduire notre consommation d'énergie (pour exporter l'excédent disponible); réduire nos déchets; économiser l'eau; soutenir les petits producteurs et les produits du terroir; privilégier les produits issus du Québec dans nos achats, etc. Éventuellement, taxer les gros pollueurs (individus et entreprises) pour les forcer à se tourner vers de nouveaux modes de production et de transport. - En matière culturelle, arrêter de copier les disques de nos artistes et les acheter. Aller voir leurs spectacles. Sortir au théâtre. Lire notre littérature. Voir notre cinéma qui est en pleine effervescence. Il faut que chacun de nous, pris individuellement, pratique «la préférence culturelle» et ensuite que notre gouvernement nous y aide. Donc, renverser la dynamique d'une politique culturelle anémique pratiquée par les différents gouvernements du Québec. Aimer sa culture, c'est aussi la projeter dans l'avenir. - Développer une véritable politique familiale soutenue financièrement par l'ensemble de la société. Ce sont les enfants que nous ferons qui permettront aux travailleurs d'aujourd'hui de profiter d'une retraite convenable demain. Il est donc urgent de remédier au déclin démographique du Québec en développant une véritable politique de soutien aux familles. Cela implique la mise en oeuvre des différentes modalités de la conciliation travail-famille; la réintroduction de véritables allocations familiales; l'élargissement du programme de garderies à faible coût; des congés parentaux plus généreux, le développement de milieux de vie favorables aux familles, etc.

Pour être une véritable communauté politique et nationale, il faut que l'on développe le Québec pour préparer le futur: protéger nos ressources et occuper notre territoire, démocratiser les institutions, préserver les sphères d'autonomie et les ressources financières du seul gouvernement contrôlé par la seule majorité francophone en Amérique, soutenir les familles, la culture, l'éducation... Ce qui nous ramène à la définition d'un véritable projet de société. Or, la seule croissance économique, l'enrichissement individuel et le repli sur soi n'en sont pas!

C'est à une prise en charge de nos institutions politiques et culturelles que j'en appelle. Il est urgent de réaffirmer concrètement - par des politiques publiques - que c'est au sein de la nation que l'individu acquiert des droits et décide de l'avenir de sa collectivité: passer à l'avenir, c'est promouvoir l'existence d'un espace politique et culturel qui permet l'ouverture sur le monde, sans quoi nous sommes condamnés à n'être que des consommateurs marginalisés tant à l'interne qu'à l'externe...



»» Début des consultations prébudgétaires

Une facture pour les générations X et Y

Jacques Légaré, Paul Daniel Muller et Étienne Tittley
Le Soleil mardi 27 janvier 2004

Opinions - Plus on réduit les impôts maintenant, plus il faudra les augmenter d'ici 20 ans

Le ministre des Finances amorcera dans les prochains jours une consultation en vue de préparer son prochain budget. La consultation se déroule dans un contexte de finances publiques extrêmement serrées, lequel a amené le gouvernement à annoncer en 2003 une série de hausses de tarifs et de taxes. Par ailleurs, l'exercice 2004-2005 est celui où doit, en principe, se concrétiser la promesse libérale de réduire l'impôt des particuliers de un milliard $ par année pendant cinq ans, pour un total de cinq milliards $ récurrents au terme du mandat.

Le débat sur la réduction des impôts oppose habituellement les partisans de la croissance économique aux adeptes de la justice sociale, chaque camp puisant dans une idéologie bien connue. Compte tenu de la situation démographique particulière du Québec, nous proposons ici une analyse différente, laquelle s'attarde aux effets de la promesse libérale sur l'équité et la solidarité intergénérationnelles.

Rappelons le problème : le gouvernement est confronté à une hausse tendancielle des coûts de la santé en raison notamment du vieillissement de la population, de la hausse du prix des médicaments et des technologies médicales.

Selon le Conference Board du Canada, "actuellement, les dépenses en soins de santé pour la population ayant entre 35 et 54 ans s'élèvent à 1147 $ par année par habitant. Dans 20 ans, ces mêmes individus qui se seront déplacés dans la catégorie des 55 à 74 ans coûteront en moyenne au gouvernement du Québec 6782 dollars, soit presque six fois plus [...]" Or, en même temps, il y aura de moins en moins de travailleurs pour payer ces coûts : le rapport entre la population âgée de 15 à 64 ans et celle âgée de plus de 65 ans, qui est de cinq pour un maintenant, passera à trois pour un dans 20 ans.

De nombreux contribuables trouvent déjà leur fardeau fiscal trop lourd. Mais en fait, le pire est à venir, car si le Québec avait aujourd'hui le même profil démographique que dans 20 ans, il faudrait fortement hausser le taux d'imposition pour maintenir le niveau actuel de services. Ni le reste du Canada ni les États-Unis ne vivront une évolution démographique aussi subite que celle du Québec. N'étant pas aussi coincés que le Québec, leur concurrence fiscale sera d'autant plus vive. L'écart entre les fardeaux fiscaux ontarien et québécois risque ainsi de s'accroître. Déjà, de nombreux travailleurs parmi les plus mobiles s'expatrient ; déjà, le travail au noir prolifère. Alors imaginons dans 20 ans !

Cette perspective remet évidemment en cause notre capacité future de répondre à la demande de soins de santé, et par corollaire de tous les services publics auxquels les Québécois se sont habitués.

À qui la facture ?

Ce problème de finances publiques a été analysé depuis les années 1980. Or, qu'avons-nous fait pour nous y préparer ? Pas grand-chose. On a commencé à étudier la pertinence de porter à 70 ans l'âge normal de la retraire. Bravo ! Mais dès qu'il s'agit de revoir le panier de services de santé assurés, d'instaurer une coassurance ou un ticket modérateur, de réorganiser le travail dans les établissements de la santé, de redistribuer significativement les tâches entre les professions médicales ou de remplacer des médicaments d'origine par des produits génériques moins chers, c'est le barrage. Les propositions mises de l'avant pour freiner la croissance des coûts de la santé ont été jusqu'à présent vivement combattues par les intérêts corporatistes, syndicaux ou industriels concernés. Bonnes ou mauvaises, elles ont été balayées sous le tapis sans réel débat. C'est dans ce contexte d'imprévoyance que le gouvernement propose maintenant de réduire les impôts.

Plus on réduit les impôts maintenant, plus il faudra les augmenter de nouveau d'ici 15à 20 ans - si l'on veut maintenir le même niveau de services publics. Il ne s'agirait donc pas d'une véritable réduction du fardeau fiscal, mais plutôt d'un transfert de fardeau vers le futur. Or, pour les travailleurs des générations X (1965-1980) et Y (1981-1995), il existera toujours des sorties de secours. Plus la hausse du fardeau fiscal sera abrupte, plus ces travailleurs seront tentés de s'établir ailleurs, la mondialisation favorisant aussi la mobilité des individus. Et si un nombre significatif d'entre eux finissent par s'expatrier pour des raisons économiques, à l'instar du mouvement des Francos au début du XXe siècle, il restera au Québec encore moins de travailleurs-contribuables, au détriment bien sûr du bien - être de ceux qui resteront ici, jeunes comme moins jeunes.

À l'heure actuelle, les dépenses publiques en santé d'une année sont entièrement financées par les ressources fiscales prélevées durant la même année, chaque génération comptant ainsi sur la suivante. Mais ce contrat social repose sur une prémisse, qu'on a commodément ignorée : le remplacement des générations. Comme celles du baby-boom n'ont pas été remplacées, le financement par répartition ne sera plus un modèle viable, puisqu'il fera porter sur trop peu de travailleurs le poids des coûts additionnels.

Une épargne collective

Si nous voulons continuer, dans 20 ans, d'offrir à nos concitoyens (et à nos personnes âgées en particulier), un niveau d'assurance-maladie/hospitalisation comparable à celui dont nous bénéficions aujourd'hui, ainsi qu'un fardeau fiscal acceptable, il est grand temps de s'y préparer. Pour ce faire, il existe une solution fiscalement responsable à la baisse immédiate des impôts : réaffecter une partie de cette marge de manoeuvre à de l'épargne collective.

L'épargne collective peut prendre deux formes. On pourrait diriger une partie des revenus actuels du gouvernement vers une caisse-santé, c'est-à-dire une réserve semblable à celle du RRQ, et la faire fructifier pendant une période significative avant d'y avoir recours. On pourrait aussi tout simplement rembourser une partie de notre dette publique, ce qui rendra le gouvernement plus apte à absorber le coût du vieillissement de la population. Chacune de ces solutions a des mérites et des faiblesses, notamment sur les plans financier et politique. Mais toutes deux permettraient de mieux répartir les coûts additionnels à venir, facilitant d'autant le maintien de la solidarité et de l'équité intergénérationnelles et, en définitive, une qualité de vie acceptable pour tous.

Toutes les générations ont intérêt à ce que nous fassions preuve de prévoyance. Un jeune de 25 ans a évidemment intérêt à ce que l'on s'organise dès maintenant pour lui assurer un fardeau fiscal acceptable au moment où il aura sa propre famille à élever. Mais un cinquantenaire a aussi intérêt à réduire l'incertitude quant à la capacité de la société à payer pour ses soins de santé quand il aura 70 ans.

Nous avons la chance de pouvoir compter pour quelques années encore sur une vaste population active. En faisant les bons choix maintenant, l'évolution démographique sera moins douloureuse pour tous, jeunes et moins jeunes, contribuables comme malades. En valorisant seulement le bien-être immédiat et en négligeant l'avenir, nous provoquerons assurément une rupture. Plus que jamais, il est temps de se rappeler Jean de Lafontaine et d'engranger, plutôt que de faire la cigale.

Jacques Légaré, Paul Daniel Muller et Étienne Tittley

Né en 1938, Jacques Légaré est démographe et membre du Pont entre les générations. Paul Daniel Muller, né en 1962, est économiste et consultant en affaires publiques. Quant à Étienne Tittley, né en 1974, il est président de Force Jeunesse.



»» Début des consultations prébudgétaires

Séguin lance un appel au réalisme

Robert Dutrisac
Le Devoir mardi 27 janvier 2004

Des manifestants accueilleront le ministre des Finances à Montréal

Le ministre des Finances, Yves Séguin, amorce aujourd'hui sa tournée de consultations prébudgétaires. Les mémoires affluent et les manifestants aussi pointeront leur nez. Tous doivent faire preuve de «réalisme et de lucidité», plaide M. Séguin.

Québec - La tournée de consultations prébudgétaires, que le ministre des Finances, Yves Séguin, commence aujourd'hui à Montréal, sera courue. Plus de 200 mémoires sont parvenus au ministère. Ces consultations seront aussi l'occasion pour les centrales syndicales et les groupes communautaires de reprendre le combat contre les «changements» préconisés par le gouvernement Charest.

Cette tournée de consultations prébudgétaires devrait durer plusieurs semaines puisque M. Séguin désire entendre le plus grand nombre possible de personnes ou de groupes qui ont présenté un mémoire, a-t-on indiqué à son cabinet.

Selon Jean-Yves Johannais de la coalition montréalaise «J'ai jamais voté pour ça», une poignée de piqueteurs doit accueillir M. Séguin aujourd'hui. Le lendemain, le ministre qui poursuit sa tournée à Québec, sera accueilli par des représentants d'organismes de la capitale nationale et d'unités locales des grandes centrales. C'est vendredi, lors de la reprise des consultations à Montréal, qu'une manifestation plus importante sera organisée par le Réseau de vigilance qui regroupe la CSN, la Fédération des infirmières et des infirmiers du Québec (FIIQ) et une foule d'associations et d'organismes sociaux. À cette occasion, la FTQ et la CSQ se joindront alors au Réseau de vigilance.

Aujourd'hui, le ministre Séguin entendra notamment la Fédération des cégeps, le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et l'Association des services réhabilitation. Du côté du monde des affaires, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et BioQuébec, un regroupement d'entreprises qui furent touchées par la réduction des crédits d'impôt en recherche-développement contenue dans le budget Séguin du mois de juin, viendront présenter leur mémoire. Les brasseurs et les restaurateurs seront aussi de la partie.

Pour la suite des choses, rien n'est arrêté: le ministère n'a pas encore rendu publique la liste des personnes ou organismes qui seront entendus mercredi et vendredi, encore moins la semaine prochaine.

Pour alimenter la discussion, Yves Séguin a produit un document qui dresse un portrait sombre des finances publiques du Québec. Non seulement les dépenses publiques du Québec sont plus élevées que dans le reste du Canada, mais elles augmentent plus rapidement. Les contribuables québécois sont plus taxés que dans ceux des autres provinces. Le Québec est aussi la province la plus endettée, soit

14 495 $ par habitant, presque le double de l'Ontario. Malgré l'atteinte du déficit zéro, le dette totale du Québec a continué à progresser: de 97,7 milliards en 1997-1998 à 111,5 milliards en 2003-2004. L'état des finances publiques au Québec «impose que nous fassions preuve de réalisme et de lucidité», écrit M. Séguin.

Comme si ce n'était pas assez, le Québec est aux prises avec un problème démographique de taille: le vieillissement de la population, prévient le document ministériel. Si on compte près de cinq travailleurs pour un retraité à l'heure actuelle, en 2030, cette proportion ne sera plus que de deux pour un.

Pour le Réseau de vigilance, le document de consultation «brosse un diagnostic "catastrophe" de la situation financière du Québec et met directement en cause un modèle plus solidaire». S'il faut en croire le document, les Québécois vivraient dans un enfer fiscal, déplore la coalition. «L'impôt, c'est une façon de se doter de formidables services qui profitent à toute la société. C'est la caisse commune qui permet à la société de concrétiser ses choix collectifs», estime Serge Roy, porte-parole du Réseau de vigilance.



»» Irak

Bush est nu

André Pratte
La Presse mardi 27 janvier 2004

Éditorial - Compte tenu de l'actualité des derniers jours, il est consternant de voir que la moitié des Américains continuent d'appuyer leur président. En effet, les déclarations-chocs de David Kay, que l'administration Bush avait chargé de découvrir les armes de destruction massive en Irak, et les révélations de l'ancien secrétaire au Trésor Paul O'Neill sur le fonctionnement de la Maison-Blanche, auraient dû porter un coup fatal à la crédibilité de George W. Bush.

Kay, qui vient de démissionner de son poste d'inspecteur en chef après cinq mois de travail en Irak, a déclaré en fin de semaine qu'à son avis, le régime de Saddam Hussein ne disposait pas de l'arsenal qu'imaginait la Maison-Blanche. " Je suis personnellement convaincu qu'il n'y avait pas de quantités importantes d'armes de destruction massive, a-t-il dit au New York Times. Nous n'avons pas trouvé les gens, les documents ou les installations que nous aurions découverts si le régime avait produit de telles armes. "

David Kay, dont la mission était de démontrer que l'Irak représentait bel et bien une menace pour le monde, a donc conclu qu'au contraire, ce pays n'avait plus les moyens de produire des armes biologiques, chimiques et nucléaires, bien qu'il continue d'en avoir l'intention. Venant d'une source aussi crédible, ces propos sonnent le glas de ce qui fut le fondement même de l'intervention américaine en Irak.

De plus, ce spécialiste du désarmement trace du régime de Saddam Hussein un portrait très différent du régime puissant et structuré qu'en avait dépeint l'administration Bush (et nombre de spécialistes). Les entrevues que son équipe d'inspecteurs a menées avec de nombreuses sources irakiennes ont convaincu Kay que la dictature baasiste était en train de sombrer dans le chaos et la corruption, et Hussein lui-même dans le délire. Au point qu'à la veille de l'invasion américaine, le président irakien était surtout occupé... à la rédaction d'un roman.

George W. Bush a-t-il menti au monde entier? A-t-il été induit en erreur par ses services de renseignements (c'est la thèse de David Kay)? Les confidences de l'ancien secrétaire au Trésor Paul O'Neill (The Price of Loyalty, Simon & Schuster, 2004) soutiennent une autre explication: un président incapable, entouré d'idéologues brillants, obsédés par l'idée de renverser Saddam Hussein. O'Neill raconte que, lors de la toute première réunion du conseil de sécurité de l'administration Bush, le seul sujet discuté fut l'Irak. C'était plusieurs mois avant les attentats du 11 septembre.

Lors de cette réunion, le directeur de la CIA, George Tenet, a étendu sur la table une immense photo prise par un avion espion, censée montrer une usine d'armes chimiques ou biologiques. Ancien président d'Alcoa, O'Neill a alors demandé: " J'ai vu beaucoup d'usines dans ma vie qui avaient l'air de ça. Qu'est-ce qui vous fait penser que celle-ci produit des armes? " Il ne reçut pas de réponse convaincante.

Pourtant, la présentation de Tenet fut suffisante pour faire du désarmement de Saddam Hussein la priorité de l'administration en matière de relations internationales. Au cours de cette réunion, le président, comme chaque fois qu'O'Neill le rencontra, ne posa pas de questions, et ne dit pratiquement pas un mot. En coulisses, le meneur de jeu (le vrai président?) était le vice-président, Dick Cheney.

Aujourd'hui, il n'y a plus de doute possible: les États-Unis ont envahi l'Irak sans raison valable, poussés par une clique d'idéologues se cachant derrière un président de façade. Souhaitons, pour le bien du monde, que les citoyens américains finiront par voir clair, et profiteront des prochaines élections pour se choisir un président digne d'un si grand peuple.



»» Rébellion de 1837

La plus grande collection de livres sur la Rébellion de 1837
vendue aux enchères

Nicolas Bérubé
La Presse mardi 27 janvier 2004

Un discours de Louis-Joseph Papineau pour 450 $; un rapport de lord Durham pour 150 $ et la réponse de ses supérieurs pour 1200 $: les collectionneurs de livres anciens avaient l'embarras du choix hier au Ritz, où se tenait la vente de la plus grande collection de livres sur la Rébellion de 1837.

Pendant plus de quatre heures, les livres et les manuscrits d'époque, rassemblées pendant 49 ans par la collectionneuse Rosanna Seaborn ont été vendus aux plus offrants. Un des plus importants acheteurs était un libraire de Toronto dont il a été impossible de connaître le nom au moment de mettre sous presse: au moins un tiers de la collection lui appartient désormais.

Toutefois, c'est surtout dans le deuxième volet de l'encan, qui aura lieu ce soir au même endroit, que les acheteurs pourront miser sur les plus belles pièces. Parmi celles-ci se trouve un journal tenu par une jeune fille nommée Caroline originaire de Saint-Charles-sur-Richelieu, le plus vieux document du genre au Canada. On y vendra également une édition rare très ancienne d'un livre de James Cook.

" Ce qui se passe ici ce soir est un événement unique, a expliqué hier le commissaire-priseur Iegor de Saint-Hippolyte avant le début de l'encan. Mme Seaborn a mis près de 50 ans à bâtir sa collection. C'est très rare d'avoir autant de belles pièces réunies autour d'un même thème. "

La cinquantaine de personnes présentes étaient pour la plupart des libraires et des collectionneurs de livres anciens, qui suivaient avec attention les duels entre les différents acheteurs. Ceux-ci faisaient grimper les prix de 50 $ d'un simple hochement de tête.

Les prix n'atteignaient pas tous la stratosphère: on pouvait se procurer une boîte contenant une bonne douzaine d'ouvrages pour moins de 50 $. Une vieille édition d'un livre de Balzac s'est vendue pour seulement 25 $.

" Tous ces livres n'ont pas nécessairement beaucoup de valeur, a expliqué Michel Brisebois, conservateur de livres d'art à la Bibliothèque nationale du Canada. Souvent, les gens qui achètent une boîte ne sont intéressés que par un seul livre. Le reste, c'est de l'extra. "

Au cours des deux jours d'encan, M. Brisebois entend mettre la main sur certains petits livres d'époque qui n'ont pas nécessairement une grande valeur mais qui compléteront la collection de la bibliothèque qu'il représente. " Mais je suis surpris par les prix, ils sont très élevés, dit-il. C'est signe que le marché du livre d'art se porte bien. "

Pour Nelson Cazeils, un collectionneur spécialisé dans les livres français venu à l'encan " par curiosité ", il faut avoir l'oeil pour trouver les trésors parmi tous les livres proposés. " Mais quand on veut vraiment un livre, on peut faire des folies et défoncer son budget, dit-il, en admettant avoir déjà payé 3000 $ pour un ouvrage. C'est d'ailleurs pour ça que ma femme a toujours peur quand je vais à l'encan. "



»» Hydro-Québec

Des castors aux dents longues

Pierre Couture
Le Soleil mardi 27 janvier 2004

Les Québécois peuvent dormir en paix, les castors d'Hydro-Québec ont recommencé à aiguiser leurs dents. Ce qui devrait au moins satisfaire le ministre des Finances, Yves Séguin, dans sa quête des fameux 600 millions $ supplémentaires demandés à la société d'État d'ici le 31 mars.

La semaine dernière, les parlementaires ayant scruté à la loupe le Plan stratégique 2004-2008 d'Hydro ont vu de quel bois pouvait se chauffer la plus rentable des sociétés d'État québécoises. Et le fleuron se porte plutôt bien.

Car comme prévu, Hydro livrera les 2,1 milliards $ de profits demandés par Québec. "Je dors bien la nuit avec ça", a lancé le pdg André Caillé aux élus. Pour l'an prochain, les observateurs anticipent des bénéfices nets de 2,5 milliards $. Des prévisions d'ailleurs volontairement sous-estimées par la haute direction de la société d'État dans son plan stratégique.

Rien d'étonnant sachant que l'objectif ultime demeure l'atteinte des 3,5 milliards $ de bénéfices nets par année.

Il faut dire que pour relancer la roue des grands ouvrages hydroélectriques, l'exercice demandera beaucoup de fric. Endettée déjà de 37 milliards $, la société d'État projette d'investir 3,5 milliards $ par année dans son réseau jusqu'en 2020.

Les projets les plus ambitieux demeurent sans contredit ceux envisagés en Minganie - 3000 mégawatts (MW) - sur les rivières Romaine et Petit Mécatina. On parle de 10 milliards $ d'investissement étalés sur 12 années.

Si tout va comme prévu, Hydro ajoutera d'ici 200 820 TWh - et 20 autres entre 2008 et 2020 - de puissance hydroélectrique à son parc de production afin de faire face à une croissance annuelle de 1,3 % de la demande d'électricité au Québec.

L'argent devra donc venir de quelque part. Les tarifs d'électricité "gelés" pendant cinq années sous le régime péquiste auront fourni à André Caillé tous les arguments nécessaires pour finalement envoyer le bon signal de prix.

Conséquence de tout cela ? Les hausses pourraient atteindre cette année 8 % pour les clients les plus énergivores comme les familles avec enfants et les clients à faible revenu dont les logements sont mal isolés.

D'ici les cinq prochaines années, les Québécois devront aussi s'y faire, ce sont des augmentations annuelles d'au moins 2,5 % par année qui les attendent. Chaque 2,5 % d'augmentation se traduit par une rentrée supplémentaire de 200 millions $ dans les coffres de la société d'État.

À l'international, Hydro est à la veille de vendre sa participation de 20 % dans Meiya Power en Asie. L'entreprise produit notamment 1000 MW d'électricité en Chine, en Taïwan et en Corée du Sud. Les 46 millions $US investis dans cette entreprise pourraient générer un rendement de 20 %.

La société d'État a également l'intention de liquider sa fameuse ligne de transmission sous-marine Cross Sound Cable reliant le Connecticut à Long Island et ses lignes à haute tension en Australie. Hydro pourrait ainsi aller chercher des dizaines de millions de dollars en liquidités.

Ce qui nous amène au fameux virage au gaz naturel et à la centrale du Suroît. Il y a huit mois, André Caillé disait aux plus offrants qu'elle servirait uniquement aux exportations. Aujourd'hui, en pleine saison froide, les propos sont plus nuancés.

Le choix du site de la future centrale de 800 MW se veut pourtant stratégique. Située à proximité d'un pipeline principal de Gaz Métro, la centrale se retrouve étrangement sur le chemin d'une importante interconnexion avec les États-Unis.

D'autant plus que le marché des exportations s'avère une véritable petite mine d'or pour la société d'État. En 2003, les quelque quatre térawattheures exportés ont engrangé des profits de 600 millions $. C'est deux fois plus de rendement que les 12 térawattheures exportés en 2002, qui avaient rapporté un bénéfice de 1 milliard $.

La turbine du Suroît brûlera 45 milliards de pieds cubes de gaz naturel par année, ce qui fera augmenter de 20 % les ventes annuelles de Gaz Métropolitain, le distributeur de gaz dont Hydro est également le principal actionnaire par sa filiale Noverco.

Sans le cacher, Hydro souhaite ainsi faire passer ses exportations d'électricité de 4 TWh (en 2003) à près de 20 TWh d'ici 2008. L'équation est juste. Pour financer leur prochaine phase de développement, les castors devront en avoir pour leur argent. Un client averti en vaut deux.

PCouture@lesoleil.com



»» Hydro-Québec

Bas-Saint-Laurent-Gaspésie :
Capacité de 2500 éoliennes : Des milliards $ en investissements

Henri Michaud
Le Soleil mardi 27 janvier 2004

Matane - Le potentiel éolien de l'Est du Québec soulève la convoitise. La récente proposition du Groupe ABB suscite l'intérêt de Matane et de Gaspé alors que la condition d'imposer la technologie du turbinier aux autres fournisseurs ne reçoit pas l'aval d'Hydro-Québec.

Une étude menée par l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) fait état d'un potentiel de 35 000 MW au Québec, dont 40 % se retrouve dans l'Est de la province. À elles seules, les régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie ont une capacité théorique de 2500 éoliennes, soit près de 19 fois l'ampleur du parc éolien "Le Nordais" (133 éoliennes). De plus, les constructeurs développent des turbines d'une capacité de 1,5, voire de 2 MW chacune.

La carte des vents, révisée en 2003, prête toutefois à de multiples interprétations. La proximité de lignes pour transporter l'énergie, par exemple, privilégie certaines zones au détriment de celles qui sont plus éloignées des grandes infrastructures de transport.

"L'axe Trois-Pistoles/Sainte-Anne-des-Monts est toujours identifié comme disposant des meilleurs corridors éoliens au Québec. D'autres sites, près des grands barrages hydroélectriques, sur les hauteurs dans les Cantons de l'Est, près de la ville d'Amqui et même de la région de Québec, possèdent aussi un bon potentiel", a précisé au SOLEIL Jean-Louis Chaumel du groupe éolien de l'UQAR.

Dans ce contexte, l'impact économique pourrait être important dans l'Est, pour peu que l'énergie verte demeure une des grandes orientations de l'État. L'appel d'offres de 1000 MW déjà lancé par Hydro-Québec devrait générer des investissements de 1,7 milliard $. Selon la technologie retenue et la capacité des infrastructures de transport d'électricité, le potentiel régional pourrait entraîner des retombées supérieures à 3 MM $.

UN BALLON D'ABB

L'expert de l'UQAR considère que le projet de la firme ABB est un ballon visant à favoriser une surenchère d'un gouvernement à l'autre.

"Nous sommes encore loin de la coupe aux lèvres. Ce n'est pas la première fois que ABB énonce cette vision d'un marché protégé. Mais je sais par ailleurs qu'Hydro-Québec veut une variété de technologie."

La multinationale pourrait également se heurter à de puissants groupes tels Boralex et General Electric.

Chez Hydro-Québec, Marc-Brian Chamberland est catégorique. "Hydro-Québec maintient son appel d'offres selon les paramètres déjà connus, sans imposer de technologie aux entreprises intéressées", a-t-il précisé.

L'EST SE MOBILISE POUR CONVAINCRE ABB

Outre Matane, Gaspé veut aussi sauter dans l'arène et accueillir les deux usines du Groupe ABB.

"Nous avons déjà eu un contact avec eux, précise le directeur général de la municipalité, Gaétan Lelièvre. Nous établissons notre stratégie et réunissons tous les documents présentant les avantages offerts par Gaspé aux promoteurs."

Le président du Technocentre éolien, Évangéliste Bourdages, voit également d'un bon oeil la sortie de ABB. "C'est un signal très clair que les industriels oeuvrant dans ce créneau sont intéressés au développement de la filière éolienne en Amérique. Ça vient démontrer que l'éolien est en pleine émergence. Bien sûr, la levée de la première pelletée de terre n'est pas pour demain", reconnaît le président de l'organisme, qui a pignon sur rue à Gaspé.

À Matane, le directeur de la gestion du territoire, Claude Canuel, confirme que des démarches ont été entreprises. "Des courriels ont été adressés à ABB pour manifester notre intérêt, à l'instar des autres entreprises qui pourraient faire des propositions du genre. Toutefois, ce n'est pas Matane qui répondra aux conditions posées par la multinationale."

Naomie Briand (Gaspé) et Carl Thériault (Rimouski) ont collaboré à cette recherche.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

RASSURANT PARTENARIAT

Patrice Boileau
Directeur des communications au Conseil exécutif péquiste de la circonscription de Chambly
TRIBUNE LIBRE 27 janvier 2004

Un sondage piloté par la maison Léger Marketing- Le Devoir-CKAC-The Globe and Mail paru le 23 janvier dernier dévoile que la solution souverainiste rallie 47% des Québécois. Il s’agit du cinquième coup de sonde consécutif qui montre que l’appui à cette idée dépasse la barre des 45%, sans qu’il n’y ait eu la moindre campagne médiatique.

La plupart de ces enquêtes donnent cependant l’impression qu’elles cherchent à ramener au goût du jour le débat entourant le concept de partenariat. Elles jaugent effectivement dans leur entrevue l’appui à la souveraineté-partenariat et celui alloué à la souveraineté sans celui-ci. Est-ce une astuce qui vise à radicaliser la notion de souveraineté « tout court »? On est en droit de se poser la question. Car le fait de présenter distinctement « ces deux types de souveraineté », tour à tour, accole arbitrairement au concept de souveraineté sans partenariat un isolationnisme économique sans fondement. Il n’y a donc pas deux types de souveraineté. La notion de partenariat ne vise qu’à mieux expliquer justement que la souveraineté représente tout sauf le repli sur soi.

Pourquoi les maisons de sondages continuent-elles alors d’en présenter deux modèles aux Québécois? Pourquoi ranimer le vieil épouvantail trudeauiste mis au point lors du référendum de 1980, où l’indépendance du Québec était alors menacée de représailles économiques entraînant l’isolement complet du peuple québécois! Car c’est à cette situation apocalyptique que réfère le concept de souveraineté, lorsque présenté après celui qui la lie au partenariat. Aujourd’hui, plus personne ne croit ces balivernes.

La productivité de la société québécoise ainsi que sa consommation sont essentielles à la vitalité économique des voisins canadiens et américains. Nos échanges commerciaux ont entrelacé nos économies si étroitement qu’un effet domino surviendrait, si l’un des partenaires était boudé. En conséquence, le refus stratégique d’Ottawa de négocier l’offre de partenariat avec le Québec, lors du référendum de 1995, provenait finalement d’un geste désespéré adressé à des Québécois insensibles à cette fumisterie : il est évident que tous les partenaires continueront de travailler ensemble au développement, au nom du bien commun. La souveraineté du Québec s’exprimera alors, selon ses intérêts, au travers des instances existantes simplement parce que c’est ce qu’il y a de plus efficace. Ce que reconnaîtront d’ailleurs les partenaires concernés. Voilà pour le partenariat. La négociation préalable qu’il suppose réfère en fait maladroitement à la réalité économique qui s’exprime au quotidien, sans plus. Nul besoin donc d’entamer immédiatement, au lendemain d’une victoire indépendantiste, des pourparlers afin de former d’autres structures.

L’existence de deux types de souveraineté relève finalement de la légende urbaine. Entretenir cette croyance fait l’affaire des fédéralistes car les pourcentages d’appui fluctuent beaucoup au moment de poser ces questions, coup sur coup, aux Québécois. Elles amplifient inutilement l’importance du partenariat qu’Ottawa s’empresse de rejeter judicieusement. Ce qui en ébranle encore plusieurs malheureusement. Un sondage qui mesurerait l’appui des Québécois à un Québec souverain se développant dans le contexte économique nord-américain, tel qu’il se présente actuellement, recevrait inéluctablement l’approbation d’une majorité d’entre eux. Qui empêche les sondeurs de poser cette question réaliste?

Le partenariat économique est parti intégrante du concept de souveraineté. Insister pour dissocier ces deux termes lors d’enquêtes, ce que font souvent les maisons de sondage, crée un faux débat qui sème la confusion autour d’un pléonasme qui aide la cause fédéraliste. Il faut y mettre un terme. Le peuple québécois mérite mieux que des histoires de bonhomme sept heures.



COMMUNIQUÉS




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COMMUNIQUÉS 27 janvier 2004