
»» Sondage CROP La Presse
La grogne s'amplifie envers le gouvernement Charest
Pascale Breton
La Presse jeudi 29 janvier 2004
Québec - La dégringolade du gouvernement Charest se poursuit. Non seulement les deux tiers des Québécois se disent insatisfaits des libéraux, mais c'est haut la main qu'ils auraient porté au pouvoir le Parti québécois si des élections avaient eu lieu en janvier.
Plus de 63 % des personnes interrogées se disent " plutôt ou très insatisfaites " du gouvernement Charest, révèle un nouveau sondage CROP-La Presse mené auprès de 1000 répondants entre le 15 et le 24 janvier. La marge d'erreur est de trois points, 19 fois sur 20.
En décembre, au moment où le gouvernement ajournait ses travaux parlementaires dans la tourmente des manifestations, le coup de sonde mené par CROP révélait que 60 % des Québécois étaient mécontents. C'est trois points de plus aujourd'hui.
Il faut dire que le sondage a été réalisé dans la foulée des incidents survenus à Kanesatake, au cours desquels l'image du gouvernement, et principalement du ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, a été passablement ternie.
En analysant ces résultats, Claude Gauthier, vice-président chez CROP, s'étonne de constater que du nombre, le tiers des répondants se disent carrément très insatisfaits.
" Ce n'est pas un petit mouvement tranquille de gens plutôt insatisfaits du gouvernement, c'est plutôt la moitié des 63 % qui sont très insatisfaits ", souligne-t-il.

Résultat, si des élections avaient eu lieu entre le 15 et le 24 janvier, le Parti québécois l'aurait facilement remporté avec 43 % des intentions de vote après répartition des indécis, contre 36 % pour le Parti libéral et 20 % pour l'Action démocratique.
En un mois, les libéraux ont perdu trois points dans les intentions de vote. Par rapport au résultat électoral du 14 avril dernier, il s'agit d'une dégringolade très importante de 10 points.
Ces résultats rappellent d'ailleurs le portrait au début de l'année 2003, à l'aube des élections et avant le tournant du débat des chefs où Jean Charest s'était démarqué.
Lorsqu'ils ne sont pas en période électorale, les mécontents ont toutefois tendance à le dire plus ouvertement et à se montrer plus sévères qu'à l'approche d'élections, nuance cependant M. Gauthier.
La rapidité avec laquelle les projets de loi et les réformes du gouvernement Charest ont été menés n'est pas étrangère au climat d'inquiétude et d'insécurité qui se répercute dans le sondage. " Le gouvernement Charest a fait le pari de lancer ses gros morceaux au début, en se disant probablement qu'il allait ensuite rester trois ou quatre ans pour lancer des mesures plus populaires. C'est un pari à faire, mais il me semble que c'est un peu dangereux de provoquer dès le départ comme ça parce qu'il va falloir qu'il reconquière la confiance du public ", estime l'analyste de CROP.
Les libéraux l'emporteraient à Ottawa
Du côté fédéral, où les élections approchent à grands pas, les intentions de vote demeurent sensiblement les mêmes depuis un an. Même si le Bloc québécois semble effectuer une légère remontée depuis 2002, c'est à plus de 50 % que les Québécois éliraient les libéraux. L'arrivée de Paul Martin à la tête du gouvernement n'a d'ailleurs rien changé à la donne.
Si des élections fédérales avaient eu lieu entre le 15 et le 24 janvier, le Parti libéral du Canada aurait recueilli 51 % des intentions de vote, après répartition, contre 33 % pour le Bloc québécois, 10 % pour le Nouveau Parti démocratique et 5 % pour le Parti conservateur du Canada.
Généralement, lorsqu'un parti connaît des difficultés au Québec, son parti frère à Ottawa s'en ressent aussi, commente M. Gauthier. " Actuellement, on voit que le Parti libéral du Québec est en mauvaise posture et que le Parti québécois reprend du poil de la bête. Est-ce que ça pourrait aider le Bloc québécois et nuire au Parti libéral du Canada? Jusqu'à présent, je ne le vois pas dans les sondages, mais c'est une hypothèse qui peut se poser pour l'avenir. "
SONDAGE CROP LA PRESSE
Satisfaction à l'égard du gouvernement
Diriez-vous que vous êtes très satisfait(e), plutôt satisfait(e), plutôt insatisfait(e) ou très insatisfait(e) du présent gouvernement du Québec?
TRÈS/PLUTÔT SATISFAITS PLUTÔT/TRÈSINSATISFAITS
34 % 60%
33% 63%
45% 49%
46 % 45%
Évolution des intentions de vote
Après répartition CROP
ADQ / PLQ / PQ
15-24 jan. 2004
20% / 36% / 43% /
5-17 déc. 2003
20% / 39% / 39% /
13-23 nov. 2003
19% / 42% / 37% /
18-29 sept. 2003
15% / 46% / 37% /
Élections 14 avril 2003
18% / 46% / 33% /
MÉTHODOLOGIE: Les résultats du sondage reposent sur 1000 entrevues téléphoniques effectuées du 15 au 24 janvier 2004 dans le cadre du sondage omnibus CROP-express. D'un point de vue statistique, un échantillon de cette taille (n=1000) est précis à 3 points près, 19 fois sur 20.

»» Conférence des premiers ministres à Ottawa
Landry pose trois défis à Charest
Norman Delisle
Le Devoir jeudi 29 janvier 2004
PC Québec - Le premier ministre du Québec, Jean Charest, devra revenir de la conférence des premiers ministres, demain à Ottawa, avec au moins trois succès, croit le chef de l'opposition péquiste, Bernard Landry. Ces succès sont un gain substantiel en santé, un autre en matière de congés parentaux et des engagements précis pour un programme d'infrastructures.
«Il ne doit pas revenir bredouille d'Ottawa comme il est revenu bredouille de Davos», a déclaré M. Landry hier, soit quelques heures avant le départ de M. Charest pour Ottawa afin de participer une rencontre des premiers ministres provinciaux avec leur vis-à-vis fédéral, Paul Martin.
Le chef de l'opposition péquiste juge que le premier ministre Charest «n'a pas de plan précis pour défendre les intérêts des Québécois. Il doit réajuster son tir et imposer les priorités québécoises».
En matière de santé, M. Charest doit notamment s'assurer que la part fédérale du financement de la santé, qui est de l'ordre de 16 %, revienne à 25 %. Cette hausse permettrait au gouvernement Charest d'investir 2,2 milliards additionnels en santé, tel que promis au cours de la dernière campagne électorale.
M. Landry invite également M. Charest à profiter du récent jugement de la Cour d'appel du Québec pour mettre en place un véritable régime d'assurance parentale pour les Québécois en obtenant les 630 millions requis d'Ottawa pour le faire. La Cour d'appel vient de décréter que la mise en place d'un tel régime ne relève pas de la compétence du gouvernement fédéral.
Enfin, M. Landry a exigé que Québec s'entende avec Ottawa sur un programme de réfection des infrastructures qui respecte les compétences du Québec. Une coalition québécoise présidée par le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, évalue à 1,1 milliard par année pendant 15 ans les sommes additionnelles requises pour remettre en bon état les systèmes québécois d'aqueduc, d'égouts et de voirie.
Selon M. Landry, le premier ministre Jean Charest ne doit pas abandonner les demandes du Québec «pour des motifs électoraux», c'est-à-dire pour ne pas nuire aux chances électorales des libéraux fédéraux lors de la prochaine campagne électorale fédérale, prévue ce printemps.
«M. Charest doit défendre les intérêts du Québec malgré les dettes électorales contractées par Jean Charest vis-à-vis des libéraux fédéraux», a conclu M. Landry.

»» Conférence des premiers ministres à Ottawa
Charest doit se battre, dit Landry
Simon Boivin
Le Soleil jeudi 29 janvier 2004
Au moment où des compétences du Québec sont menacées, Jean Charest doit respecter sa promesse de livrer bataille à Ottawa, demain, à la rencontre des premiers ministres, affirme Bernard Landry.
"Il n'a pas l'air d'avoir plus de plan de match pour Ottawa qu'il n'en avait pour le canton des Grisons (Davos), mais il n'est jamais trop tard pour bien faire", a déclaré le chef de l'opposition officielle, hier, avant de tracer un parallèle entre le gouvernement Charest et la Ligue nationale d'improvisation.
Si le premier ministre Charest veut pouvoir respecter ses engagements électoraux, il est dans son intérêt de ne pas revenir d'Ottawa les mains vides, souligne M. Landry. Déjà, continue-t-il, le ministre fédéral des Finances, Ralph Goodale, laisse planer l'incertitude sur le versement des 2 milliards $ promis aux provinces pour la santé et il "reporte la révision de la formule de péréquation". La contribution fédérale en santé devrait atteindre 25 %, non pas 14 ou 15 %, estime M. Landry. "On a là un test extrêmement important pour le premier ministre, affirme-t-il. Il doit démontrer sa volonté de faire verser par Ottawa ce qu'il nous doit ou indiquer clairement ce qu'il devra couper."
Le jugement de la Cour d'appel statuant que le programme fédéral de congés parentaux outrepasse les limites de la Loi sur l'assurance-emploi devrait servir d'outil à M. Charest pour récupérer plus de 700 millions $, affirme M. Landry. "Notre premier ministre doit revenir avec un plan de travail et un calendrier concret concernant les congés parentaux", dit-il.
Aussi, le chef des libéraux québécois doit impérativement veiller au respect des juridictions provinciales dans les infrastructures municipales, continue Bernard Landry. "Il est important de rappeler - et ça, c'est une chose bizarre - que Paul Martin a comme priorités santé, éducation et municipalités, trois compétences strictes du Québec", affirme-t-il.
L'occasion serait bonne, poursuit M. Landry, de demander au gouvernement central de reconnaître le déséquilibre fiscal. Se référant à un engagement de M. Charest à l'effet qu'il y aurait "une bataille en règle sur le déséquilibre fiscal" dans les semaines suivant son élection, Bernard Landry dresse le constat qu'après 10 mois, "il n'a rien fait du tout".
"Les libéraux fédéraux ont contribué à l'élection de Jean Charest, dit-il. Ce n'est pas une raison pour lui de ne pas défendre les intérêts du Québec pour des questions de dette électorale."
SBoivin@lesoleil.com

»» Conférence des premiers ministres à Ottawa
Jean Charest s'en va à Ottawa plein d'espoir
Pascale Breton
La Presse jeudi 29 janvier 2004
Québec - Parmi les dossiers à l'ordre du jour de la conférence fédérale-provinciale de demain, à Ottawa, le gouvernement Charest fonde beaucoup d'espoir en matière de financement de la santé.
Les déclarations récentes du ministre des Finances, Ralph Goodale, laissent présager que les provinces obtiendront les 2,2 milliards promis par le gouvernement fédéral pour la santé en 2004-2005, a affirmé hier le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier.
" Nous insistons toujours pour augmenter le financement fédéral en matière de santé, a indiqué M. Pelletier. C'est pour nous une grande préoccupation et, vraisemblablement, nous allons obtenir un certain nombre de gains dans ce dossier au cours des prochaines semaines, voire des prochains mois. "
La contribution du fédéral en matière de santé est passée de 25 à quelque 15 % au cours des dernières années, un taux que Québec espère voir augmenté.
Le gouvernement Charest doit par ailleurs déterminer aujourd'hui la composition de la délégation qui se rendra à Ottawa, a aussi indiqué M. Pelletier. Il s'agit essentiellement d'une rencontre des premiers ministres, mais le ministre Pelletier profite de l'occasion pour rencontrer son homologue aux Affaires indiennes, Andrew Mitchell, et il n'est pas exclu que le ministre de la Santé, Philippe Couillard, soit aussi du voyage.
La liste d'épicerie de Landry
Hier, le chef de l'opposition, Bernard Landry, a pour sa part dressé une liste d'épicerie pour le premier ministre du Québec en vue de cette rencontre. Cette conférence des premiers ministres sera un test pour déterminer si M. Charest pourra respecter ses promesses envers les Québécois, a-t-il affirmé.
Selon M. Landry, Jean Charest doit revenir d'Ottawa avec un plan et un calendrier concret au sujet des congés parentaux ainsi qu'une promesse que, dans son prochain budget, le ministre Goodale annoncera un programme d'infrastructures avec les municipalités respectant les compétences du provincial. C'est sans compter le financement de la santé et le déséquilibre fiscal qui devront aussi figurer dans les discussions.
Le premier ministre avait promis, dès le soir des élections, une bataille en règle contre le déséquilibre fiscal, a rappelé M. Landry. " Il y a 10 mois de passés, il n'a rien fait du tout, il n'y a aucune bataille pour diverses raisons: négligence ou subordination aux fédéraux qui ont aidé à son élection, je n'en sais rien, mais il s'en va à Ottawa, qu'il la fasse la bataille. "

»» Congés parentaux
Martin prêt à discuter avec Charest
Joël-Denis Bellavance et Pascale Breton
La Presse jeudi 29 janvier 2004
Ottawa - Le premier ministre Paul Martin s'accorde une période de réflexion avant de décider s'il en appellera de la décision de la Cour d'appel du Québec qui donne raison sur toute la ligne au gouvernement québécois dans le litige qui l'oppose au fédéral dans le dossier des congés parentaux.
M. Martin a indiqué hier être prêt à discuter de cet épineux dossier avec son homologue du Québec, Jean Charest, demain, à l'occasion de la conférence des premiers ministres à Ottawa. Mais la question du financement des soins de santé au pays demeure l'un des principaux sujets à l'ordre du jour de cette rencontre.
Dans son jugement unanime rendu mardi, la Cour d'appel conclut que le gouvernement fédéral outrepasse son champ de compétences et envahit les platebandes des provinces avec son programme de congés parentaux financé à même les fonds de l'assurance-emploi.
Le Québec souhaite depuis 1996 mettre sur pied son propre programme de congés parentaux adapté aux besoins des familles québécoises et réclame ainsi du fédéral qu'il lui transfère 630 millions de dollars à cette fin. Québec veut notamment inclure les travailleurs autonomes dans ce programme et bonifier les prestations versées aux parents.
En conférence de presse, hier, le premier ministre a aussi affirmé qu'Ottawa est disposé à reprendre les négociations avec le Québec afin de trouver une solution satisfaisante aux deux parties. Mais il a laissé entendre que le fédéral a un rôle à jouer pour appuyer les familles qui ont des enfants.
" Le gouvernement va examiner les options qui s'offrent à lui. Nous avons un délai de 60 jours pour décider ce que nous allons faire. De toute évidence, si nous décidons d'aller en appel, cela va avoir des conséquences. Mais le gouvernement demeure déterminé à mettre de l'avant ses priorités pour améliorer le sort des enfants. Il tient aussi à la poursuite du programme de prestations de compassion ", a déclaré M. Martin.
Le Québec conteste aussi la mise sur pied de ce nouveau programme qui est entré en vigueur le 4 janvier et qui permet à des travailleurs de prendre six semaines de congé pour prendre soin d'un proche gravement malade tout en recevant des prestations d'assurance-emploi.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a promis de faire de cette question un enjeu électoral si le gouvernement Martin décide de porter la décision en appel.
Pour le gouvernement Charest, l'avis unanime de la Cour d'appel du Québec ne se limite d'ailleurs pas au dossier des congés parentaux. Québec entend récupérer les programmes fédéraux- et les fonds qui y sont associés- dans tous les domaines où Ottawa empiète sur ses compétences et le programme de prestations de compassion est dans sa mire.
C'est avec cette intention en tête que le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, se prépare à rencontrer son homologue fédéral, Joseph Volpe, au cours des prochaines semaines. Dans la foulée du jugement de mardi, des échanges entre Québec et Ottawa laissent présager une rencontre dans la semaine du 19 février, indiquait-on hier au cabinet de M. Béchard.
Outre les 630 millions que le gouvernement Charest réclame de la part du fédéral pour la création d'un régime de congés parentaux québécois- dont le programme total est évalué à 852 millions-, Québec compte aussi récupérer 80 millions pour la mise en place d'un programme de prestations de compassion.
" Avec l'avis, nous avons un élément de plus pour dire que ça relève de la compétence de la province, nous sommes à même de gérer ce programme au Québec ", a expliqué l'attaché de presse du ministre Béchard, Pierre Choquette.

»» Congés parentaux
Le test
Josée Boileau
Le Devoir jeudi 29 janvier 2004
La semaine dernière, en entrevue au Devoir, la ministre fédérale du Développement social, Liza Frulla, se voulait très claire: les congés parentaux et les congés de compassion du fédéral n'ont rien à voir avec de l'intrusion. C'est tout simplement la loi de l'assurance-emploi qui donne à Ottawa la possibilité d'agir en matière sociale -- qui relève normalement d'une compétence provinciale.
Las ! La ministre devra maintenant renouveler son argumentaire, la Cour d'appel du Québec ayant conclu, dans un jugement sans un soupçon d'équivoque, qu'Ottawa outrepasse ses pouvoirs lorsqu'il se sert de l'assurance-emploi pour aider, outre les chômeurs, ceux que des raisons personnelles empêchent de travailler.
Mieux encore, c'est à un mini-cours d'histoire des relations fédérales-provinciales que le juge Benoît Morin nous convie. Quand il y a affrontement, comme on en a vu entre Ottawa et les provinces dans les années 30, ce qui compte, c'est de retrouver «l'intention des constituants», écrit-il. Or tous les documents étudiés par la Cour d'appel le démontrent : les provinces n'ont accepté de confier l'assurance-chômage au fédéral que si le programme relevait d'une exception strictement définie. Les congés parentaux inclus par la suite débordent de cette exception et ne sont donc pas du ressort d'Ottawa, conclut le tribunal.
La logique est si implacable qu'on y associe aussitôt le tout nouveau congé fédéral de compassion : voilà une ingérence du même type, comme l'ont relevé avec justesse les ministres québécois Claude Béchard et Benoît Pelletier. Un esprit malicieux se plaira même à croire qu'à cette aune de «l'intention», d'autres intrusions fédérales, en santé comme en éducation, pourraient être légalement contestées ! Rien pour réjouir Ottawa, que doit sérieusement agacer la limpide démonstration du tribunal, titillant l'envie d'en appeler à la Cour suprême pour en rediscuter. Le fédéral a un mois pour se décider. Pour l'heure, les ministres, dont le premier en titre, s'en tiennent à un laconique «nous allons examiner la question».
Or la question n'est pas que d'ordre juridique : c'est un supplice politique. L'ouverture envers les provinces est un des mantras du gouvernement de Paul Martin. Il a d'ailleurs été repris à maintes reprises au sujet des congés parentaux, notamment par la ministre Liza Frulla, qui se veut l'«intermédiaire» entre le Québec et le ministre Jon Volpe, responsable du programme d'assurance-emploi. Un règlement fédéral-provincial serait même imminent, ce qui permettrait au Québec de rapatrier les fonds nécessaires à la mise en place de son futur régime de congés, plus avantageux que le programme fédéral actuel.
Comment dès lors Ottawa pourrait-il justifier un appel qui contredirait tant de belles intentions ? Surtout dans le cas d'un dossier pour lequel des négociations ont déjà eu lieu et qui ont achoppé sur une stricte question d'argent : 60 malheureux millions séparaient la demande québécoise de l'offre fédérale.
La députée bloquiste Suzanne Tremblay a raison : M. Martin vit là son premier grand test. À lui de nous faire voir si l'éviction de Stéphane Dion de son cabinet aura été symbole de frime ou de renouveau.

»» Congés parentaux
Charest récolte les fruits du PQ
Vincent Marissal
La Presse jeudi 29 janvier 2004
Après plusieurs mois difficiles, le gouvernement Charest vient de recevoir une rare bonne nouvelle et un petit répit dont il a bien besoin, et ce, gracieuseté du précédent gouvernement péquiste.
En confirmant la prétention du gouvernement Landry selon laquelle les congés parentaux sont de compétence provinciale, la Cour d'appel du Québec offre à Jean Charest et à ses ministres une occasion en or de relancer le populaire projet de régime québécois de congés parentaux. Qui plus est, ce jugement permet à Québec d'exiger son dû au vilain gouvernement centralisateur d'Ottawa, ce qui est toujours utile pour un gouvernement provincial qui en arrache devant son électorat.
À Ottawa, hier, des poids lourds du cabinet Martin admettaient en privé que cette décision de la Cour d'appel du Québec est bien embêtante et, surtout, qu'elle tombe à un bien mauvais moment. D'abord, la Cour d'appel statue que le régime d'assurance-emploi ne peut servir à payer des prestations de congé de maternité puisqu'il ne s'agit pas d'une interruption de travail au sens premier de chômage, mais plutôt d'une pause pour des raisons personnelles. En plus, elle remet en question tous les autres programmes fédéraux qui sortent du cadre strict de l'assurance-emploi. Le nouveau bébé de Paul Martin, le programme de prestations de compassion pour les gens qui s'absentent du travail pour soigner un proche gravement malade, est donc sur respirateur lui aussi. Du coup, tous les autres projets sociaux du fédéral dans les champs traditionnels des provinces, un programme national de garderie par exemple, viennent de prendre une volée de plomb dans l'aile. La loi est claire: si une province veut créer, dans ses champs de compétence, un programme équivalent à celui offert par le gouvernement fédéral, celui-ci doit céder la place et transférer les fonds à cette province.
Bien sûr, le gouvernement fédéral peut en référer à la Cour suprême, mais ce serait quelque peu contradictoire pour un nouveau gouvernement qui veut justement faire de la collaboration fédérale-provinciale la pierre angulaire de sa politique intérieure. D'autant plus que si Ottawa laisse s'écouler les 60 jours consentis par la Cour d'appel avant de porter finalement la cause à la plus haute cour du pays, nous serons à la fin mars, soit à quelques jours du déclenchement probable des élections. Du bonbon pour le Bloc québécois, qui aurait bien tort de s'en priver, d'autant que cette bataille légitime a été déclenchée par le grand frère péquiste.
Paul Martin et ses ministres avaient tout ça en tête hier, ce pourquoi le premier ministre a précisé qu'il est prêt, lui ou ses ministres concernés, à s'asseoir avec les provinces. Paul Martin a besoin de la collaboration des provinces, Jean Charest, lui, a besoin d'un peu d'air- et de l'argent du fédéral- pour souffler un peu et parler d'autre chose que de réingénierie et de compressions. Quoi de mieux qu'une politique familiale, sujet hautement populaire, comme on l'a vu lors de la dernière campagne électorale québécoise? Fallait voir l'empressement, mardi, des ministres Claude Béchard (Emploi, Solidarité et Famille) et Benoît Pelletier (Affaires intergouvernementales canadiennes) à célébrer la " victoire " en Cour d'appel pour comprendre qu'ils ne lâcheront pas facilement le morceau.
Pourtant, le gouvernement Martin ira, selon toute vraisemblance, devant la Cour suprême. Il n'a pas d'autre possibilités pour tenter de limiter la portée de la décision de la Cour d'appel du Québec, qui pourrait faire tache d'huile et émasculer tous les autres programmes fédéraux qui touche de près ou de loin une compétence provinciale. Le cauchemar de tout bon libéral fédéral!
La seule solution possible semble donc de porter la cause devant la Cour suprême pour circonscrire les dégâts et, parallèlement, d'entamer des négociations formelles avec Québec sur le transfert des fonds.
Mais le gouvernement libéral fédéral n'a que lui-même à blâmer dans cette histoire puisqu'il s'est lui-même mis le pied dans ce piège à ours juridique. Ça fait plus de six ans que ce dossier encombre les relations entre Québec et Ottawa, plus de six ans que les ministres fédéraux plus soft tentent de convaincre leur collègue de régler la question.
On y était presque en 1996, mais les " Canadians " de l'école un-programme-pour-tout-le-pays-pas-de-traitement-spécial-pour-le-Québec ont gagné avec la bénédiction de Jean Chrétien. Encore une fois, le Québec était pénalisé pour son avant-gardisme.
Il y a quelques semaines à peine, un proche collaborateur de Jean Charest affirmait dans une conversation à bâtons rompus que les " choses allaient beaucoup mieux " depuis que Paul Martin occupait le siège de premier ministre. " On sent même une volonté de régler le dossier des congés parentaux ", confiait le conseiller du premier ministre.
Il aura fallu attendre longtemps, mais il y a peut-être de l'espoir pour le régime québécois de congés parentaux.

»» Le Suroît
Dormir au gaz
Steve Proulx
Voir, n° Vol: 18 NO: 4
La centrale thermique du Suroît est un "bon projet" selon Hydro-Québec, et un projet "qui n'a aucun sens" selon Greenpeace. La centrale, qui fera bondir de 3 % les émissions de gaz à effet de serre au Québec, devrait, selon le gouvernement, "répondre aux besoins énergétiques du Québec à moyen terme". Parlons un peu de ces "besoins"...
Benoît Perron: "Le gouvernement se fie à l'électricité comme moteur de l'économie..."
Le hasard fait parfois bien les choses. Alors que la province bat des records de froid, le président d'Hydro-Québec, André Caillé, et le ministre des Ressources naturelles du Québec, Sam Hamad, en profitent pour confirmer la construction de la centrale thermique du Suroît, au coût de 550 millions de dollars.
Un projet "incontournable", selon le ministre Hamad. Ayant déjà été rejeté par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), le projet nous revient en version "améliorée", un qualificatif que les critiques n'ont pas tardé à remettre en question.
Les environnementalistes trouvent que les avantages de cette centrale thermique ne valent pas le coût environnemental qu'elle engendrera. "Notre objectif pour Kyoto est de 6 % et ce seul projet fera augmenter nos émissions de gaz à effet de serre de 3 %, dit Steven Guilbeault, porte-parole en matière de réchauffement climatique chez Greenpeace. Notre objectif vient donc de grimper à 9 %."
La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui qualifie le projet de "malheureux", s'étonne du changement de discours d'Hydro-Québec sur l'utilité de cette centrale. "Comment croire que le projet de centrale thermique du Suroît soit indispensable à la sécurité des approvisionnements des Québécois en vue de 2008 alors que le projet initial était motivé pour permettre à Hydro-Québec de profiter des occasions d'affaires sur les marchés?" peut-on lire dans un communiqué de la CSQ.
Même le ministère de l'Environnement, dans un rapport publié le 8 décembre 2003, émet des réserves quant à la raison invoquée par Hydro-Québec et le ministère des Ressources naturelles pour justifier le projet (combler le "trou" énergétique du Québec entre 2007 et 2010, en attendant la construction de nouveaux barrages hydroélectriques): "La réalité des marchés actuels, qui permet d'exporter facilement de l'électricité, permet d'en importer tout aussi facilement pour combler la période avant la mise en service des nouveaux projets hydroélectriques."
Penser l'énergie comme au 21e siècle
L'"urgence d'agir" qu'invoque Hydro-Québec pour justifier la construction d'une centrale qui polluera autant que 600 000 voitures ne convainc personne. Lorsqu'on met d'autres lunettes que celles de la croissance économique, d'autres solutions, moins coûteuses et moins polluantes, apparaissent comme par magie. Certains critiques s'interrogent. Pourquoi ne pas plutôt s'attaquer à réduire nos "besoins"? Quelles mesures auraient pu être prises en ce sens? Ces mesures d'économie d'électricité auraient-elles pu donner la marge de manoeuvre nécessaire avant la construction de nouveaux barrages hydroélectriques, rendant inutile ce virage thermique? Faut-il construire une centrale polluante pour subvenir à nos besoins grandissants en électricité ou chercher à réduire ces mêmes besoins?
Une journée, 500 mégawatts
Les Québécois sont parmi les plus grands consommateurs d'électricité au monde. À cause du coût très bas de notre électricité, on l'utilise sans discernement. Au chapitre de l'économie d'énergie, il y a donc beaucoup de place à l'amélioration. Hydro-Québec en a d'ailleurs fait la preuve la semaine dernière. Craignant que son réseau ne suffise pas à la demande à cause du froid intense, la société d'État a pris des "mesures d'urgence" en demandant à la population de réduire sa consommation d'électricité. On a imploré la population de réduire le chauffage résidentiel de deux degrés, d'éteindre les lumières dans les pièces inutilisées, de limiter l'usage d'eau chaude, etc. Celle-ci a répondu à l'appel et, en une seule journée, les efforts collectifs ont permis à Hydro-Québec d'économiser quelque 500 mégawatts d'électricité. Le Suroît ajoutera entre 800 et 930 mégawatts d'électricité au réseau d'Hydro-Québec.
C'est donc dire qu'en une seule journée, en période de grand froid, grâce à quelques trucs simples, on a pu économiser plus de la moitié de l'électricité qu'entend produire la centrale du Suroît.
Économies potentielles
"Le gouvernement se fie à l'électricité comme moteur de l'économie, dit Benoît Perron, président d'Énergie solaire Québec, un organisme sans but lucratif voué à la promotion des énergies vertes. On n'a jamais exploré le potentiel économique de la réduction de nos besoins en électricité. Personne n'a eu la volonté politique de le faire."
Benoît Perron a récemment fait la couverture du magazine La Maison du 21e siècle. En matière d'économie d'énergie, c'est un obsédé. Il fait la promotion de l'énergie solaire depuis plus de 20 ans, et plus particulièrement du chauffe-eau solaire, une installation coûtant environ 3800 $ et qui pourrait faire économiser quelque 50 % des coûts d'électricité liés au chauffage de l'eau. Benoît Perron a fait son mémoire de maîtrise sur les mesures pouvant être prises pour économiser l'énergie à la maison. "Selon mes conclusions, il est possible d'économiser jusqu'à 50 % de l'énergie utilisée dans une résidence en mettant en branle des mesures dont le coût peut s'amortir sur tout au plus cinq ans." La plupart de ces mesures, il les a d'ailleurs installées chez lui.
Efforts timides, résultats encourageants
L'Agence de l'efficacité énergétique du Québec (AEE), un organisme gouvernemental qui fonctionne avec un maigre budget annuel de 9,7 millions de dollars, a publié, en décembre 2002, le bilan de ses cinq premières années d'existence. On peut y lire qu'entre le 3 décembre 1997 et le 31 mars 2002, les différents projets mis de l'avant par l'AEE ont permis d'économiser l'équivalent annuel de 250 000 mégawatts, soit l'équivalent des besoins énergétiques annuels de 10 000 maisons. On tient quelque chose. "Il y a une prise de conscience des Québécois quant à la consommation responsable de l'électricité, mais on a encore du chemin à faire", dit le responsable des communications à l'AEE, Jean Guay.
Combien d'emplois, combien d'économie d'énergie et combien de réduction des gaz à effet de serre pourrait faire l'Agence de l'efficacité énergétique si elle avait un budget de 550 millions $, soit celui que l'on est prêt à octroyer pour la construction de la centrale du Suroît? Pourrait-on propulser vers de nouvelles sphères le concept de maison éco-énergétique Novoclimat (on en compte près de 800 à ce jour), ou financer des chauffe-eau solaires pour les propriétaires...
Manque de leadership en matière d'économie d'énergie
Hydro-Québec, un fournisseur d'électricité, est fort mal placée pour jouer un rôle prédominant en matière d'économie d'énergie, soutient Benoît Perron. L'attaché politique du ministre Hamad, Pierre Choquette, est toutefois d'avis que la société d'État aurait tout à gagner si les Québécois consommaient moins d'électricité: "Si Hydro-Québec réussissait à réduire la consommation énergétique à un point tel qu'il y aurait plus d'énergie à consacrer à l'exportation, ce serait payant pour les Québécois."
"Dans le contexte québécois, le gaz naturel ne fait aucun sens, dit Steven Guilbault. En Allemagne, par exemple, si on utilise le gaz naturel pour éliminer l'utilisation du charbon ou du nucléaire, c'est une avancée. Mais au Québec, une centrale thermique au gaz naturel est plus polluant que tout ce qu'on fait déjà."
Qui aura la volonté politique de réaliser un tel programme? Le gouvernement Charest est "prêt" à bien des choses, mais pas à donner au Québec une politique énergétique progressive et pertinente dans un contexte où le réchauffement climatique est, à ce jour, un problème beaucoup plus préoccupant que les supposés ratés à court terme du réseau d'Hydro-Québec.

»» Le Suroît
L'essor des centrales au gaz risque de provoquer une crise
Martin Vallières
La Presse jeudi 29 janvier 2004
Selon des experts, pénurie et hausse majeure de prix sont à prévoir
Toronto - Alors qu'Hydro-Québec veut investir un demi-milliard de dollars dans le projet controversé de centrale au gaz naturel Le Suroît, des experts du marché de l'électricité avertissent que la multiplication des projets du genre en Amérique du Nord laisse présager une crise majeure d'approvisionnement en gaz d'ici cinq ans, tout au plus.
Et l'un de ses experts, réunis hier à Toronto par le Conference Board du Canada, appréhende même une pénurie de gaz naturel qui, en périodes de pointe, provoquerait une flambée des prix d'une ampleur comparable à la crise de l'électricité en Californie, il y a trois ans.
" Aux États-Unis seulement, pour suffire à la hausse de la demande d'énergie, on a construit depuis 1999 assez de centrales au gaz pour produire 215 000 mégawatts d'électricité, l'équivalent des besoins de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Allemagne réunis. Entre-temps, les nouveaux puits de gaz ne suffisent plus à compenser le déclin de la production des vieux gisements, qui s'accentue même ", a expliqué Andrew D. Weissman, président de la firme-conseil Energy Ventures Group, de Washington, et un analyste de renom.
" En quelques années, la production d'électricité avec le gaz est passé de 25 à 40 % de la capacité installée aux États-Unis. C'est une pression énorme sur le marché du gaz alors que la baisse prévue des approvisionnements d'ici 2010 pourrait représenter, en unités d'énergie, l'équivalent d'une fois et demi les importations américaines de pétrole d'Arabie Saoudite. "
M. Weissman a souligné que d'autres gisements importants de gaz naturel existent en Amérique du Nord. Ils ont toutefois été identifiés dans des endroits difficiles d'accès, comme l'Arctique et la zone profonde du golfe du Mexique.
Leur développement sera non seulement beaucoup plus coûteux que les gisements actuels, mais il faudra une décennie pour les mettre en production et les relier aux principaux marchés.
Dans ce contexte, a suggéré M. Weissman, tout autre projet de centrale électrique au gaz en Amérique du Nord pourrait s'avérer une aventure financière risquée, à moins de pouvoir compter sur une hausse correspondante du prix de vente de l'électricité.
" C'est le troisième hiver consécutif en Amérique du Nord où, au cours des vagues de grand froid, le prix du gaz naturel dépasse les prévisions des experts. Tout indique que ça va continuer, empirer même. Je m'attends même à ce que, d'ici cinq ans tout au plus, le prix du gaz en période de pointe atteigne le double de ce qu'il coûte ces temps-ci. "
Une telle hausse du prix du gaz naturel aura une influence directe sur le prix de l'électricité en Amérique du Nord, a suggéré M. Weissman, particulièrement sur le marché immédiat, ou " spot " dans le jargon financier.
Dans ce contexte, a souligné pour sa part Gilles Rhéaume, directeur du Centre de politique énergétique au Conference Board, les Québécois devraient être en situation avantageuse par rapport à leurs voisins nord-américains. Leur électricité provient en effet de centrales hydroélectiques, dont les coûts d'exploitation sont beaucoup moins volatils.
Néanmoins, a-t-il indiqué, Hydro-Québec a besoin de capacité de production additionnelle. Et comme il faut de nombreuses années pour réaliser un projet hydroélectrique, elle n'a sans doute pas le choix de combler sa demande immédiate avec le gaz naturel, selon M. Rhéaume.
" Hydro-Québec doit toutefois démontrer qu'elle a bien calculé le risque financier d'un tel projet, avec la perspective inévitable d'une pénurie de gaz et d'une flambée de son prix dès les prochaines années ", a-t-il dit.
" Car si Hydro-Québec se trompe dans ses prévisions de coûts d'une grosse centrale au gaz naturel comme Le Suroît, ajoute M. Rhéaume, ce sont tous les contribuables au Québec qui paieront la note. "

»» qualité de la langue
Le français d'ici, langue de Rabelais
Claude La Charité
Professeur de littérature française de l'Ancien Régime à l'Université du Québec à Rimouski et auteur de La Rhétorique épistolaire de Rabelais (Nota bene, 2003)
Le Devoir jeudi 29 janvier 2004
Réplique - Le français standard comme modèle universel est une vue de l'esprit
Réplique à l'article «Parler français comme un vrai Québécois» de Lionel Meney (Le Devoir, 7 janvier 2004) et à l'article «Le français des Québécois - Notre différence est devenue un atout» de Claude Poirier (Le Devoir, 16 janvier 2004)
On ne peut que tomber d'accord avec le diagnostic pessimiste qu'établit Lionel Meney en ce qui a trait à la qualité de la langue au Québec, en particulier pour ce qui est de la traque aux faux anglicismes du type «week-end». On ne peut que se rendre à l'opinion selon laquelle les Québécois doivent maintenir l'intercompréhension avec la francophonie, à défaut de quoi notre folklorisation apparaîtrait inéluctable.
En revanche, la solution préconisée par l'auteur, à savoir «la norme, la norme, que la norme», est complètement dépassée, simpliste et propice à entretenir des malentendus. Elle étonne d'autant qu'elle constitue un désaveu complet de la position nuancée défendue dans son Dictionnaire québécois-français (1999).
Cette norme s'incarnerait dans le français standard, «le modèle linguistique auquel adhère la communauté de l'élite francophone». Ce modèle universel est une vue de l'esprit. Mettre la norme devant l'usage revient à mettre la charrue devant les boeufs, comme le dit si bien Montaigne : «Ceux qui veulent combattre l'usage par la grammaire se moquent.»
Le mythe d'une langue indivisible
L'idée selon laquelle il faudrait que la langue française soit une et indivisible est un legs de la Révolution française : «Dans une république une et indivisible, la langue doit être une. C'est un fédéralisme que la variété des dialectes; il faut le briser entièrement.»
Outre que l'unité linguistique de la France est un mythe, dans la mesure où l'Hexagone comporte une infinie variété d'usages sur son territoire (pensons au clivage phonétique entre les héritiers de la langue d'oc et ceux de la langue d'oïl), même l'unité linguistique au Québec, qui s'est faite bien avant, est toute relative : on prononce «poteau» avec un o ouvert à Québec et un o fermé à Montréal.
Selon les interlocuteurs et les circonstances, nous sommes tous amenés à employer différents registres de langue, du plus familier au plus soutenu, en plus de recourir à des langues spécialisées. Par-dessus tout, la langue est utilisée pour être comprise, comme dans toute communication. Même si «pot d'échappement» est courant dans tout le reste de la francophonie, il y a fort à parier qu'on me comprendra mieux si je dis «silencieux».
Qu'est-ce que le français dit standard, selon Lionel Meney ? Celui «qui se constitue dans la bouche et sous la plume de toute l'élite francophone». L'auteur impute par ailleurs la piètre qualité du français à l'école, notamment à «la part de littérature française, trop réduite». Cette conception étriquée de la langue est héritée du grammairien Vaugelas, qui définissait, dans ses célèbres Remarques sur la Langue Françoise (1647), le bon usage comme «la façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d'escrire de la plus saine partie des Autheurs du temps». La cour est simplement remplacée par l'élite francophone mondiale, les auteurs du temps sont ramenés à la seule littérature française, la littérature québécoise se trouvant implicitement disqualifiée en tant que «textes mal écrits».
Jouer de la norme
Cela étant, il serait exagéré de faire de la langue d'ici une langue distincte du français hexagonal. Elle est au mieux une variété, pas même un dialecte. Pour autant, on ne devrait pas renoncer à cette distinction. Entre l'érection du québécois en langue à part entière et son recentrement sur le français standard, que faut-il choisir ? Le choix entre le français québécois et le français dit standard est un faux dilemme : il faut connaître aussi bien la norme que l'histoire de la langue pour subvertir celle-là par celle-ci. C'est que le maniement de la langue est d'abord un exercice de virtuosité par lequel s'expriment les identités.
L'histoire de la langue sert à comprendre le français québécois, que la norme pratiquée sans discernement nous apprend à dénigrer en ouvrant la porte à l'autodénigrement. Cette norme nous inculque à tort que moi prononcé «moé» doit être populaire alors que l'histoire de la langue nous apprend qu'il s'agissait de la prononciation de la cour jusqu'à la Révolution, au cours de laquelle la prononciation populaire, correspondant à celle du français moderne, s'est imposée. Cette norme nous oblige à préférer «égratigner» à «graphigner» alors que ce dernier verbe se trouve déjà chez Rabelais.
Cette norme, toujours, nous renvoie à nous-mêmes l'image d'écorcheurs impénitents de la grammaire lorsque nous disons «le monde sont fous» alors que l'accord du verbe au pluriel avec un collectif singulier était courant en moyen français. La liste des griefs serait longue. Il faudrait évoquer encore l'effet ouvrant du r roulé sur la voyelle qui le précède (aussi caractéristique de la Renaissance), ce qui explique que «merde» devienne «marde» dans un gosier québécois (si on ose dire).
Il suffira de rappeler que le français québécois est l'héritier du français préclassique et qu'on ne peut pas impunément lui appliquer la logique de Vaugelas. Sans sacrifier l'intercompréhension avec les autres francophones, il est possible de faire fructifier notre patrimoine, sans contrefaire les Maurice Grevisse. On peut se faire comprendre, en se jouant de la norme, avec cette douce ironie, ce clin d'oeil qui fait qu'on ne renonce pas à être soi-même en recourant aux synonymes (par exemple, «graphigner» et «égratigner»), aux différents procédés caractéristiques de la langue de Rabelais, à l'inventivité (par la création de néologismes et les redondances), bref à la truculence.
Ne nous invitons pas au dîner de gala de l'élite francophone. Invitons le monde entier à notre banquet. Et, de grâce, ne renonçons pas à avoir les mots plus grands que la panse.

»» immigration
Le Québec, un État raciste?
PC
Le Devoir jeudi 29 janvier 2004
Deux candidats malheureux à l'immigration poursuivent le gouvernement -
Le dossier d'un immigrant du Maghreb est traité en 72 mois tandis que celui d'un Français l'est en quatre mois à peine
Deux Marocains, dont la demande d'immigrer au Québec a été refusée en août et septembre 2002, accusent les autorités politiques québécoises de faire preuve de racisme en allouant moins de ressources à l'étude des dossiers en provenance du Maghreb qu'à ceux provenant notamment de la France et de la Roumanie. Ils estiment que le délai encouru leur a été fatal.
Cette pratique supposée aurait fait en sorte qu'au moment où les demandes de Khadja Goumbarak et Mohamed Tayouri ont été étudiées, leur qualification professionnelle n'apparaissait plus sur la liste prioritaire du ministère. Ils estiment que s'ils avaient été Français ou Roumains, avec les mêmes qualifications, leur demande d'immigration aurait été étudiée avec célérité et aurait eu des chances d'être agréée.
Pour étayer cette thèse, l'avocate des deux Marocains a demandé hier à la Cour supérieure de l'autoriser à consulter des documents ministériels et du Conseil exécutif de l'automne 2002, où il est question des orientations québécoises en matière d'immigration.
Les documents visés ont servi de base à des discussions au conseil des ministres et certains ont été signés par Rémy Trudel et André Boulerice, qui étaient alors respectivement ministre et ministre délégué des Relations avec les citoyens et de l'Immigration.
Même si la représentante du procureur général du Québec s'est opposée, pour des questions de sécurité et confidentialité, à cette demande de documents parce qu'ils font partie du processus décisionnel du gouvernement, le juge Jean Frappier a autorisé l'avocate des deux Marocains à parcourir les documents en question pour mieux préparer sa cause.
Selon un document émanant du ministère, en 2003, les délais moyens de traitement des demandes provenant du Maghreb (Maroc, Algérie et Tunisie) sont de 60 à 72 mois, comparativement à trois à quatre mois pour ceux de Paris.
L'avocate des deux Marocains, Sophie Patricia Guerrero, attribue cette différence dans la rapidité de traitement des dossiers aux budgets octroyés pour le faire.
«Pour une immigration de candidats francophones d'Afrique de l'Ouest ou du Maghreb, les objectifs sont réduits au maximum afin que le moins de candidats possible soient acceptés. Pour une immigration blanche, les budgets octroyés sont considérables et permettent aux candidats de ne subir aucune attente et d'être acceptés avec entrevue en trois à quatre mois, et ce, par milliers», fait-elle valoir.
Me Guerrero considère que c'est un cas de deux poids, deux mesures et que la seule différence entre un Roumain, un Français et un Africain, puisqu'ils sont soumis à la même grille de sélection, est leur origine ethnique. D'où sa conviction qu'il y a discrimination raciale.
Si le procureur général du Québec ne va pas en appel, cette cause devrait être entendue sur le fond en avril à la Cour supérieure.

»» immigration
Quebec doesn't want black immigrants, consultant charges
MIKE KING
The Montréal Gazette Thursday, January 29, 2004
Province accused of processing applications faster when made by 'white Europeans'
An immigration consulting firm contends the Quebec government discriminates against African applicants, particularly visible minorities.
"If you are black, you don't have the same chance to immigrate to Quebec," Alain Guerrero, president of Montreal-based Accès Canada G&G, told reporters yesterday.
In addition to West African blacks, Guerrero said, people from Morocco, Algeria and Tunisia are also adversely affected by Quebec immigration policy.
He argues that according to how resources are allotted to deal with immigrants from certain areas, Quebec appears to favour "white Europeans" from countries like France and Romania over people from Tunisia.
For example, he said processing time for applicants from France is three to four months, compared with as long as 12 years for someone from Tunisia.
He and his partner, immigration lawyer Sophie Patricia Guerrero, are representing a Moroccan couple whose applications were retroactively denied by the Quebec government.
Khadija Goumbarak and Mohamed Tayouri, both technical salespeople, filed their applications in September 2001.
They were rejected a year later, based on changes to employment requirements that were made in June 2002.
They contend that, had they been French or Romanian with the same qualifications, their immigration applications would have been studied quicker and their chances of being approved would have been better.
Sophie Guerrero asked Quebec Superior Court Justice Jean Frappier yesterday for permission to consult Immigration Department documents pertaining to policies that affected her clients.
Government lawyer Nathalie Fiset argued those papers contain confidential information Guerrero could use in her other job as partner in Accès Canada.
Frappier ruled Guerrero could have access to the documents to prepare her case and that another judge would decide on the pertinence and admissibility of those documents if the case proceeds.
Unless Fiset appeals, the case could be heard in mid-April.
mking@thegazette.canwest.com

»» immigration
Un besoin de notre temps - Mieux gérer la migration
Kofi A. Annan
Secrétaire général de l'Organisation de Nations unies
Le Devoir jeudi 29 janvier 2004
Cet article est tiré d'un discours que l'auteur prononce aujourd'hui au Parlement européen.
Dans les années et les décennies à venir, l'immigration sera un des principaux terrains sur lesquels l'Union européenne élargie sera mise à l'épreuve. Si les sociétés européennes relèvent le défi, l'immigration les rendra plus riches et plus fortes. Sinon, le prix à payer pourrait être un niveau de vie en baisse et des dissensions sociales.
Il ne fait aucun doute que les sociétés européennes ont besoin d'immigrants. Les Européens vivent plus longtemps qu'avant et ont moins d'enfants. Sans l'immigration, la population des pays de l'Union, bientôt au nombre de 25, déclinera: d'environ 450 millions de personnes aujourd'hui, elle pourrait tomber à moins de 400 millions en 2050. L'Europe n'est pas la seule à se trouver dans cette situation. Le Japon, la Fédération de Russie et la Corée du Sud, entre autres, courent le même danger: à l'avenir, ils pourraient manquer de main-d'oeuvre pour faire tourner l'économie et assurer certains services, avec pour corollaire le marasme et la stagnation.
L'immigration n'est pas une panacée, mais toute solution à ces problèmes passera nécessairement par elle. Même dans les pays qui ne sont pas aux prises avec ces problèmes démographiques, les immigrés peuvent être les moteurs de la croissance économique et les agents du dynamisme social.
Il est certain que les pays développés resteront un aimant pour les habitants des autres pays. Les inégalités étant très marquées dans le monde d'aujourd'hui, les possibilités dont les pays riches trouvent tout naturel de profiter sont inexistantes pour le plus grand nombre en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Il n'est donc pas surprenant que beaucoup rêvent de pays aux possibilités illimitées, où une nouvelle vie pourrait commencer.
Tous les pays ont le droit de décider s'ils souhaitent ou non accueillir les gens partis de chez eux de leur plein gré (la situation est différente pour les réfugiés, auxquels le droit international reconnaît le droit d'être protégés). Mais les pays riches auraient tort de fermer leurs portes. Non seulement cela nuirait, à long terme, à leur situation économique et sociale, cela amènerait de plus en plus de gens à essayer de pénétrer sur leur territoire par des moyens détournés, en demandant l'asile politique (ce qui aurait pour effet de surcharger un système censé protéger les réfugiés qui ont dû fuir la persécution), en s'adressant à des passeurs ou encore en risquant leur vie dans des tentatives désespérées, dissimulés à bord de bateaux, de camions ou d'avions.
L'immigration clandestine est un véritable problème et les États doivent coopérer pour y mettre fin, surtout en prenant des mesures énergiques à l'encontre des passeurs et des trafiquants qui exploitent les plus vulnérables et sapent l'État de droit. Mais la lutte contre l'immigration clandestine doit s'inscrire dans une stratégie beaucoup plus vaste. Ce qu'il faut, c'est créer de véritables filières d'immigration régulière et chercher à en exploiter tout les avantages tout en sauvegardant les droits fondamentaux des migrants.
Les migrations peuvent aussi profiter aux pays pauvres. En 2002, au moins 88 milliards de dollars ont été expédiés dans les pays en développement par des migrants. C'est 54 % de plus que le montant de l'aide au développement, qui n'a atteint que 57 milliards de dollars.
L'immigration présente donc des enjeux pour tous les pays et requiert une coopération internationale accrue. La Commission mondiale sur les migrations internationales, récemment créée et coprésidée par d'éminentes personnalités de Suède et d'Afrique du Sud, pourrait nous aider à élaborer des normes internationales et des politiques plus efficaces en matière de gestion de l'immigration, ce qui serait de l'intérêt de tous. Je suis convaincu qu'elle aura de bonnes idées, et j'espère que ces idées seront bien reçues, tant par les pays d'origine que par les pays d'accueil.
Gérer l'immigration, ce n'est pas seulement ouvrir ses portes et coopérer avec les autres pays. C'est aussi faire en sorte que les nouveaux arrivants puissent s'intégrer. Les immigrants doivent s'adapter à la société qui les accueille, et celle-ci doit s'adapter à eux. Des stratégies d'intégration créatives sont indispensables pour que l'immigration soit un atout, non un fardeau.
Certes, chaque pays voit les choses à travers le prisme de son identité et de sa culture, mais nul ne doit perdre de vue l'inestimable contribution que des millions d'immigrants ont déjà apportée aux sociétés européennes modernes et, en réalité, à toutes les sociétés du monde. Des politiciens, des scientifiques, des universitaires, des sportifs et des artistes de renom sont issus de l'immigration. Sans être célèbres, bien d'autres immigrants apportent leur pierre à l'édifice social. Ils travaillent dans les hôpitaux, gardent les enfants dont les parents travaillent et occupent de nombreux emplois utiles pour lesquels les candidats ne se bousculent pas. L'immigration n'est pas un problème: c'est une solution.
Tous ceux qui ont à coeur l'avenir de l'Europe et la dignité des êtres humains se doivent donc de s'élever contre la tendance qui consiste à attribuer à la présence des immigrés tous les maux dont souffre la société. La grande majorité des immigrants sont travailleurs, courageux et déterminés. Ils ne cherchent pas à profiter du système, ils demandent seulement qu'on leur donne une chance, à eux et à leur famille. Ils ne sont pas des criminels ou des terroristes. Ils ne souhaitent pas vivre à part mais s'intégrer sans perdre leur identité.
En ce XXIe siècle, les migrants ont besoin de l'Europe. Mais l'Europe a aussi besoin des migrants. Une Europe repliée sur elle-même, ce serait une Europe plus dure, plus pauvre, plus faible, plus vieille. Une Europe ouverte et capable de gérer l'immigration, ce sera une Europe plus juste, plus riche, plus forte, plus jeune.

»» Paul Martin
Les compagnies de Paul Martin ont reçu des contrats d'une valeur de 160 millions
Louise Elliott
Le Devoir jeudi 29 janvier 2004
PC Ottawa - L'ancienne société de transport maritime de Paul Martin et ses filiales ont reçu plus de 160 millions de dollars entre 1993 et 2002 en contrats du gouvernement fédéral, soit considérablement plus que les 137 000 $ d'abord annoncés par le gouvernement.
Les nouveaux chiffres figurent dans une lettre remise hier par le leader du gouvernement en Chambre, Jacques Saada, en réponse à une requête du député conservateur James Rajotte. La lettre résume l'examen fait par le bureau de M. Saada, examen qui avait démarré sous son prédécesseur, le député Don Boudria.
M. Martin a nié toute tentative de cacher quoi que ce soit. Il a rappelé qu'il avait quitté le cabinet quand l'information incorrecte avait été transmise au Parlement, par l'intermédiaire du bureau de M. Boudria, en février 2003. En conférence de presse hier, il a qualifié l'erreur d'«inacceptable» et souligné qu'il n'était pas membre du gouvernement à l'époque où la réponse avait été fournie. Il a déclaré qu'il avait exigé un examen complet de toute l'affaire dès qu'il en avait eu connaissance.
L'ex-ministre des Finances a placé sa compagnie, Canada Steamship Lines, dans une fiducie sans droit de regard lorsqu'il est entré au cabinet et en a transféré la propriété à ses fils pendant la campagne au leadership de l'an dernier afin de faire taire les accusations de conflit d'intérêts. Il a ajouté qu'il a su immédiatement, en entendant le chiffre de 137 000 $, que ce montant était erroné.
Quelque 161 millions ont été versés aux 12 compagnies du groupe CSL (le groupe n'a qu'une participation minoritaire dans neuf d'entre elles) au cours de la période de 11 ans qui va de janvier 1993 à octobre 2002, mentionne la lettre de M. Saada.
Cet argent a été versé en vertu de 548 contrats ou modifications de contrats différents, deux contributions non remboursables et une contribution remboursable.
Les entreprises de M. Martin ont reçu 82 millions en contrats gouvernementaux lorsqu'il siégeait dans l'opposition, du 1er janvier au 24 octobre 1993; elles ont touché 46,4 millions alors qu'il était ministre des Finances, du 25 octobre 1993 au 2 juin 2002, et encore 33 millions lorsqu'il a siégé comme simple député, du 3 juin 2002 au 23 octobre 2003, selon la missive de M. Saada.
Devant ces nouveaux chiffres, M. Rajotte a réclamé que cette affaire soit soumise à l'examen d'un nouveau commissaire à l'éthique.

»» bouclier antimissile
Le bouclier antimissile sera un des chevaux de bataille du NPD
Joël-Denis Bellavance et Gilles Toupin
La Presse jeudi 29 janvier 2004
Ottawa - Farouchement opposé à toute participation canadienne au bouclier antimissile proposé par les États-Unis, le chef du NPD, Jack Layton, entend faire de la souveraineté du Canada un des principaux enjeux des prochaines élections fédérales, prévues au printemps.
Se décrivant volontiers comme un " souverainiste canadien ", il estime que la politique étrangère qu'est en train d'esquisser Paul Martin constituera sa principale faiblesse durant la prochaine campagne.
D'autant plus que plusieurs militants libéraux sont loin d'être d'accord avec sa décision d'entamer des négociations avec l'administration Bush afin de déterminer la nature de la participation canadienne dans la mise en oeuvre du bouclier antimissile.
" Les prochaines élections porteront sur la souveraineté du Canada. Si nous nous joignons à Bush dans un partenariat militaire, nous allons perdre tout le respect que nous avons travaillé très fort à obtenir de par le monde avec Trudeau et Axworthy pour les mines antipersonnel, et Stephen Lewis (sida en Afrique) ", a déclaré M. Layton dans une entrevue accordée à La Presse.
Ottawa doit décider avant l'automne s'il participe au projet de bouclier. Le NPD a d'ailleurs déjà commencé son offensive afin de s'assurer que cette question qui divise les libéraux soit un enjeu de la prochaine campagne. La semaine dernière, le parti a en effet acheté de l'espace publicitaire dans certains quotidiens anglophones afin de mobiliser les Canadiens opposés au projet.
" Le genre de relations que nous voulons avoir avec les États-Unis est une question fondamentale ", soutient M. Layton. " Nous pouvons être les amis des Américains. Mais quand on a un ami, on est capable de lui dire de temps en temps quand il se trompe. Nous devons maintenir notre souveraineté. "
Le NPD et le Bloc québécois sont les deux seules formations politiques à Ottawa qui s'opposent vigoureusement à toute participation canadienne au projet américain.
Selon M. Layton, c'est au Québec que l'on trouvera la plus forte opposition à toute participation canadienne au bouclier antimissile. " On trouve au Québec la plus forte opposition à la politique étrangère de George W. Bush de tout le Canada. Je pense que c'est peut-être la faiblesse de Paul Martin au Québec ", a dit le leader néo-démocrate, rappelant que les Québécois s'étaient farouchement opposés à la guerre qu'ont menée les États-Unis en Irak.

»» négociation
Le piège des absolus
Jean-Guy Dubuc
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) jeudi 29 janvier 2004
On dira: la menace fait partie de la négociation... Peut-être. Mais aussi, il faut parfois la prendre au sérieux: Henri Massé, président de la FTQ, a prévenu le premier ministre qu'"il se prépare des mois extrêmement difficiles s'il continue à travailler comme avant les fêtes". Comme il vaut toujours mieux prévenir que guérir, imaginons le pire. Pour éviter que le Québec tout entier ne se lance dans une grève aux conséquences graves.
Les Québécois ne veulent pas vivre l'affrontement entre le gouvernement et le monde du travail. Ils ne veulent pas perdre la paix sociale qui leur rend la vie modérément agréable même dans des contextes difficiles. Ils ne veulent surtout pas se trouver pris en otages par deux groupes opposés qui mettent tous leurs arguments à défendre leur orgueil de combattant. S'il faut la négociation pour éviter le pire, elle doit commencer maintenant. Et le premier pas se fera par un changement d'attitude.
D'abord, le gouvernement. Il devrait se rappeler au moins une chose: tout le Québec souffre encore du mal que le gouvernement précédent lui a fait avec son "déficit zéro" qui est devenu l'objectif absolu auquel il fallait tout sacrifier. Un absolu idiot, alimenté d'un mauvais calcul politique, qui voulait prouver qu'on savait administrer nos biens. On a fait la preuve du contraire: nos hôpitaux, nos maisons d'accueil, nos écoles, nos universités, bref, toutes nos institutions agonisent pour le plus grand malheur de la population impuissante. Un absolu politique, c'est idiot!
Voilà que le gouvernement libéral en a inventé un autre: celui de la réingénérie! On va tout lui sacrifier, comme à l'autre! On se ferme les yeux et les oreilles, on répète avoir reçu le mandat, on bouscule tout le monde et on s'obstine contre tout bon sens: il faut refaire l'État coûte que coûte! Et ça coûte cher...
Le premier ministre Jean Charest déclarait récemment qu'il fallait imposer les règles les plus dures en début de mandat... Vieille tactique bien connue, usée, qu'a su utiliser Mike Harris et d'autres chefs conservateurs, avec un seul esprit en tête: en dernière année de mandat, on rétablit le climat, on fait des faveurs et on se fait réélire. Sauf que la population, elle, elle doit vivre entre deux mandats de gouvernement. On n'a pas le droit de s'en servir malgré elle, comme si elle ne connaissait pas son bien, comme s'il fallait lui imposer son bonheur... On ne lui donne rien de ce qu'elle attend et elle remerciera, plus tard, le gouvernement qui l'a aimée malgré elle? Soyons sérieux.
La tactique ne respecte pas les gens qui veulent vivre dans un minimum de paix sociale. Et l'affrontement perpétuel entre le gouvernement et ses électeurs ne répond pas au besoin d'une société démocratique normale. C'est ce que doit se dire M. Charest devant les 60 % de Québécois qui ne croient plus qu'il accomplit son mandat. Et parmi eux, bien des libéraux.
La négociation se fait à deux. Tant que les syndicats vont utiliser le langage belliqueux, excessif qu'ils semblent vouloir tenir, il faut s'attendre à l'affrontement. Parce qu'ils semblent le désirer. Eux aussi, ils ont leur absolu: gagner des batailles pour satisfaire leurs membres. Montrer à la population que rien ne leur fait peur, et surtout pas un gouvernement libéral. Faire la démonstration que le pouvoir appartient à celui qui nuit le plus à l'autre. Utiliser les tribunes pour attaquer plutôt que de négocier.
Négocier... Ça signifie présenter un projet, en expliquer la valeur, écouter les parties, rechercher le possible, accepter de reculer, avancer dans le respect. Les Québécois en ont soupé des absolus.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
L’ÉQUIPE CHAREST DOIT-ELLE QUITTER?
Patrice Boileau
Directeur des communications au Conseil exécutif péquiste de la circonscription de Chambly.
TRIBUNE LIBRE 29 janvier 2004
À première vue; cela ne fait aucun doute. C’est à cause du Premier ministre du Québec lui-même que la réponse est affirmative. Tous l’ont en effet entendu répéter à satiété, depuis son arrivée au pouvoir, détenir un chèque en blanc de la population pour mettre en marche son projet de réingénierie.
Ce faisant, le gouvernement libéral s’est placé dans une situation périlleuse en s’agrippant désespérément au prétexte du mandat clair, pour imposer ses politiques à l’aide du bâillon. Cette dépendance face à l’opinion citoyenne a vite été saisie par les Québécois : ils ont profité des derniers sondages pour lui dire qu’ils sont 70% à être insatisfaits, selon la maison SOM, et plus de 60%, selon la firme Léger-Marketing. Si monsieur Charest et son équipe sont si scrupuleux de la volonté des Québécois, ils doivent alors partir, refaire leurs devoirs et tenter de convaincre lors d’un nouveau scrutin. Les libéraux doivent régler un déficit démocratique critique qu’ils ont eux-mêmes créé.
Sinon, comment ce gouvernement peut-il parvenir à regagner la confiance des gens? La tâche semble titanesque puisque l’équipe ministérielle, d’une faiblesse inouïe, n’en finit plus de commettre des bourdes. Avec encore trois ou quatre années à diriger le Québec, il n’est pas certain que les Québécois pourront continuer de supporter ce piètre spectacle en provenance de l’Assemblée nationale durant tout ce temps. Devront-ils descendre davantage dans la rue pour être mieux entendus?
C’est surtout l’inquiétude générée par l’impossibilité de savoir exactement la gravité des dommages qu’aura subis notre appareil gouvernemental, qui risque d’amener certains débordements en 2004. Jean Charest saura-t-il alors se comporter tel que son titre le commande, en déclenchant, au nom des intérêts supérieurs du Québec, une élection anticipée pour calmer le jeu? Cette éventualité n’a rien de farfelu : ce n’est pas pour rien que le chef du gouvernement libéral songe sérieusement à s’adresser à la nation prochainement. Que faire cependant si son discours n’adoucit pas la grogne populaire?
Nous sommes bel et bien en présence d’une situation politique exceptionnelle qui pourrait se dégrader. Faut-il rappeler en plus que les négociations avec les employés du secteur public vont démarrer bientôt? Que Paul Martin compte remettre nos recettes fiscales aux municipalités plutôt qu’à l’Assemblée nationale? Que cette décision unilatérale aura pour effet de gonfler le nombre de participants, lors des conférences fédérales-provinciales, puisque les maires des grandes villes y débarqueront avec leur liste d’épicerie? Cette nouvelle donne compliquera encore plus les rencontres à treize que Robert Bourassa trouvait déjà improductives. Le Québec ne peut pas s’améliorer dans ce système fédéral. Et c’est ce que les Québécois comptent faire savoir à Jean Charest en 2004.

TRIBUNE LIBRE
INSIDIEUX DISCOURS
François Perrier
francois.perrier@sympatico.ca
TRIBUNE LIBRE 29 janvier 2004
Se réfère au "RASSURANT PARTENARIAT" de Patrice Boileau, Directeur des communications au Conseil exécutif péquiste de la circonscription de Chambly, en TRIBUNE LIBRE 27 janvier 2004
En réalité, il s'agit d'un INSIDIEUX DISCOURS - tel que présenté par le désinformateur Boileau, cuistre à la solde du PQ-néolibéral - quand il dit que plus personne n'a PEUR du "bonhomme sept heure de l'isolement économique" promis par le Canada-anglais advenant une séparation sans PARTENARIAT. Un discours entretenu sournoisement par lui et ses petits amis fédérastes du PQ-civique ainsi que par le Patronat québécois (dont Landry a été le porte paroles officiel - ce faisant devenant millionnaire).
AU CONTRAIRE, le peuple québécois ne pense qu'à ça (son isolement économique) en soupesant ses appui craintifs (mais combien courageux) à l'indépendance-tout-court -- et Boileau, factotum du PQ néolibéral comptent sur ce facteur PEUR pour perpétuer l'emprise que maintien le PQ-à-Landry sur un mouvement pseudo-souverainisant et sur le bon peuple québécois.
Drôle de position pour un 'cheuf péquissse' se disant (sic) progressiste, et se voyant déjà de nouveau premier ministre du Québec en 2007-08). Tel un charognard, Landry attend en coulisse que le franco-fédéraste John Charest taille en pièces la proie indéfendue du bon peuple québécois, afin de se pointer de nouveau comme "sauveur de la nation-civique".
La réponse est qu'effectivement il doit y avoir un partenariat économique, MAIS la demande viendra du Canada-anglais en 2012, suite à 5 années de mise en place d'actions gagnantes par un gouvernement de salut national indépendantiste élu en 2007-08, utilisant 82% des deniers publics pour renforcer la nation française du Québec, dans toutes ses manifestations. Ne pouvant risquer de s'isoler économiquement face a un Québec en pleine effervescence économique, sociale et culturelle, ce sera le Canada-anglais qui quémandera un partenariat économique au Québec. François Perrier
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COMMUNIQUÉS 29 janvier 2004