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Après la mort des rêves fédéralistes

LA SOUVERAINETÉ, SEULE FENÊTRE OUVERTE SUR L'AVENIR

Gérald Larose
Président
Conseil de la souveraineté du Québec - janvier 2004

Le 26 octobre, Gérald Larose lançait les activités du Conseil de la souveraineté du Québec. Dans sa déclaration, il analysait les motifs pour lesquels la souveraineté du Québec demeure nécessaire et doit faire l'objet d'une réappropriation de la part de la société civile. Nous reproduisons ci-dessous cette partie de son allocution.

Rendre son sens et son dynamisme à la souveraineté du Québec. La ressouder à son terreau populaire. En faire ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : d'abord et avant tout un mouvement social emportant les adhésions individuelles, les organisations et les partis, voilà la raison d'être fondamentale du Conseil de la souveraineté du Québec.

Pourquoi un Conseil de la souveraineté du Québec à cette étape-ci de notre évolution? Au moins 4 raisons en justifient l'existence.

1. La fin d'un cycle

L'élection de Jean Charest, le 14 avril dernier, a signifié la fin de 40 ans de tentatives de renégociation ou de réaménagement du pacte entre le Québec et le reste du Canada. Ce cycle est bien terminé. Le nouveau gouvernement du Québec comme le reste du Canada adoptent la vision de Pierre-Elliott Trudeau : le Canada est déjà réformé suivant la Constitution de 1982, et même si le Québec n'y a pas apposé sa signature, on n'y touche plus. Tout le camp fédéraliste s'est rangé. Même les plus nationalistes d'entre eux, au Québec, s'avouent impuissants et ont laissé tomber toute revendication d'ordre constitutionnel. Cette voie d'évolution à laquelle le Québec a longtemps cru est close. Le rêve fédéraliste qui aspirait à respecter la personnalité du Québec est mort.

En revanche, au Québec, le grand nombre de personnes qui se déclarent souverainistes signifie que les bases de la souveraineté demeurent solides, que l'idée de la souveraineté n'a jamais cessé de répondre à un besoin profond de la population. Je dirais même que la conception même du projet de souveraineté a continué d'évoluer, de se moderniser pour se mouler au plus près de notre réalité nord-américaine. C'est ainsi qu'on parle désormais de partenariats, au pluriel, y compris avec nos voisins américains, et non plus seulement d'une relation strictement privilégiée avec le Canada. Si ce n'est pas dans la Constitution verrouillée de 1982 que peut puiser le Québec pour avancer, c'est nécessairement dans le projet de souveraineté. L'avenir du Québec porte un nom : la souveraineté. Le rêve d'un Québec aspirant au dernier stade de sa maturité, la maturité politique, s'impose plus que jamais.

2. Un processus de provincialisation

Le gouvernement libéralo-conservateur de Jean Charest se soumet à la provincialisation du Québec imposée par Ottawa et y contribue. La provincialisation, c'est la réduction de la capacité de l'État du Québec à assumer l'ensemble de ses responsabilités. Le révélateur le plus fort en a été le déficit fiscal, mais le mal est beaucoup plus large. Il est bon de se rappeler l'origine romaine de province, celui de territoire conquis, lorsqu'on réalise que, sur le plan de l'économie et des finances publiques, nombre de décisions structurantes se prennent au Canada. Sur ces plans, le Québec est de plus en plus dépendant du Fédéral et se comporte de plus en plus en territoire conquis. Sur les plans législatif et réglementaire, la provincialisation équivaut à un processus de " normalisation " canadienne qui, à terme, signifie la minorisation et la marginalisation du Québec, comme cela s'est produit pour les collectivités francophones dans le reste du Canada.

On voit déjà, sur le plan idéologique, les effets de cette marginalisation. On assiste depuis 40 ans à un glissement du Québec, à une diminution de sa " valeur au livre " aux yeux du Canada. À une certaine époque, nous avons été l'un des deux peuples fondateurs, puis nous avons été gratifiés très brièvement par Laurendeau-Dunton d'une des deux cultures canadiennes et d'une des deux langues officielles. Vint Trudeau, qui amputa cette vision de moitié, déconsidéra notre culture en la noyant dans la multitude de cultures vivotant au Canada et prétendit étendre le bilinguisme à la grandeur de la Fonction publique fédérale. Ils sont morts tous ces rêves fédéralistes. Ils ne soulèvent plus d'enthousiasme. Bien sûr, des fonctionnaires sont payés pour en parler encore, faire la leçon au gouvernement fédéral et laisser croire que le bilinguisme de la fonction publique est viable, mais personne n'y croit plus sérieusement. Et aujourd'hui, où en sommes-nous? Dans une ère d'interprovincialisme, expression qui tente de faire passer pour noble le fait d'être tombé de peuple fondateur à province de plus en plus comme les autres.

Cette provincialisation passe aussi par la tentative continue de déplacer de Québec à Ottawa le lieu de définition de l'avenir du Québec. La guerre symbolique que nous livre Ottawa depuis 1995, guerre qui a nom " nation building ", financée à coup de milliards de dollars de nos impôts, vise ultimement la dissolution du Québec dans le Canada. En offensive, Ottawa pratique la stratégie de l'empiétement forcé et accéléré de toutes les juridictions québécoises au moyen du pouvoir de dépenser. En défensive, Ottawa pratique la stratégie du refus systématique de voir s'affirmer la personnalité internationale du Québec.

Enfin, ce processus de provincialisation est alimenté par la très grande vulnérabilité de l'État québécois qui, ayant atteint des niveaux maximums de dépenses et de revenus, n'a plus de marge de manœuvre. Devant cet état de vulnérabilité qu'Ottawa a provoqué à maintenir, le gouvernement du Québec peut avoir trois attitudes : Première attitude : Se vendre à n'importe qui à n'importe quel prix. Deuxième attitude : Adopter à l'égard de sa population un comportement méprisant, en discréditant ce qu'elle a construit jusqu'à aujourd'hui, en la culpabilisant sous prétexte que les impôts sont trop élevés ou qu'il y a trop de fonctionnaires et en traitant de corporatistes tous ceux et celles qui ne partagent pas ce comportement. Troisième attitude : Engager le combat de fond qui consiste à ramasser toutes ses billes, tous ses pouvoirs, tous ses leviers, sa liberté, ses responsabilités et à s'autodéterminer.

On assiste actuellement aux deux premières attitudes. On se vend à n'importe qui, à n'importe quel prix et pour le reste, on distribue généreusement le discrédit et le mépris. Or, le recentrage ou le ménage de l'État québécois a été fait par Robert Bourassa et surtout par Lucien Bouchard. Le gras est disparu depuis longtemps. Ces premiers ministres ont révisé ce qu'il y avait à réviser de la Révolution tranquille. Aujourd'hui, ce n'est pas de recentrage ni de modernisation dont il s'agit, ces mots ne servent que de paravent, mais d'une remise en question de l'État québécois, résultat de la provincialisation du Québec.

3. Les réductions de la question nationale

Au cours du dernier quart de siècle, faisons notre mea culpa, nous, souverainistes, avons fait subir trop de réductions à la question nationale. Par exemple, nous l'avons trop reléguée dans la pratique politique partisane, en oubliant qu'un projet de souveraineté est le projet de tout un peuple, celui d'un mouvement social. Autre exemple de réduction malheureuse, le projet de souveraineté a fini par n'être identifié qu'à une modalité démocratique, le référendum, alors que sa nature exige qu'il investisse la gouvernance même de l'État, qu'il soit porté non seulement par une modalité, mais par l'ensemble des pouvoirs d'un gouvernement. Dernier exemple, nous avons condamné la question nationale à être à la remorque de conditions favorables, nous mettant nous-mêmes dans une situation défensive alors que la souveraineté, comme la démocratie, l'état de droit ou l'égalité des personnes, est essentiellement une construction sociale, un projet à réaliser.

4. Une réponse neuve aux défis nouveaux

Dernières raisons pour lesquelles il faut remettre la souveraineté à l'ordre du jour, ce sont les nouveaux contextes dans lequel se trouve le Québec au début de ce nouveau siècle, lesquels entraînent forcément de nouveaux défis.

Le premier défi nous est posé par la mondialisation qui pousse les petites nations comme la nôtre, d'une part, à maîtriser le plus d'atouts possibles pour tirer leur épingle du jeu et, d'autre part, à faire état de solidarité entre elles pour défendre leurs intérêts devant les grandes nations.

Le deuxième défi à relever, colossal celui-là, se résume en deux mots : cohésion sociale. Ce qui est en jeu, c'est la cohésion de notre société qui est menacée de toute part et trop souvent par l'action déstabilisante d'Ottawa. J'en donnerai quelques exemples.

Prenons le développement. Le Québec doit tout tenter pour favoriser un développement territorial congruent entre les régions, la métropole et la capitale du Québec. Ce développement équilibré est déjà tout un défi en soi. Or, on sait maintenant que le gouvernement d'Ottawa, Paul Martin en tête, entend profiter de certaines de nos difficultés dans ce secteur pour faire des ententes directement avec les grandes agglomérations, au mépris de la constitution actuelle, et affaiblir d'autant le gouvernement de l'État québécois.

Prenons également ce qui touche à l'intégration de toutes les composantes de la société québécoise. On sait bien que cette question est considérable, qu'elle touche les Québécoises et les Québécois à partir de leur plus tendre enfance jusqu'après leur vie active. Il appartient à l'État québécois de donner de l'espoir aux jeunes et de permettre aux plus âgés de continuer de contribuer au développement de la société. Centres de la petite enfance, formation de base, formation continue, intégration en emploi, évoquent autant d'étapes pour lesquelles le Québec doit posséder la totalité de sa capacité d'agir. On sait combien le partage des compétences avec Ottawa dans ces domaines est cause de frustrations et d'incohérence.

La question linguistique est un autre aspect de la cohésion sociale à protéger. Les Québécoises et les Québécois sont les Nord-Américains les plus polyglottes du continent et c'est très bien ainsi. Cependant, le Québec, comme État, n'est pas bilingue. Il est de langue française et ce n'est qu'en s'affichant ainsi dans ses politiques et ses pratiques quotidiennes qu'il ne peut exister comme État original en Amérique du Nord.

Il y a bien d'autres aspects qui renforcent la cohésion de notre société, je pense au développement durable, que certains résument en un Québec à la fois bleu et vert. Je songe aussi à la conciliation travail, famille et engagement citoyen.

Les deux grands défis que posent au Québec la mondialisation et la cohésion sociale dans son sens le plus large ne pourront être relevés que par la souveraineté de l'État québécois. Notre peuple est travailleur, original, créateur, pacifique, convivial, généreux, solidaire, débordant de santé et amoureux de la vie. Il doit pouvoir exploiter à fond ces qualités en ayant une vue générale de ses responsabilités et la possession de l'ensemble de ses impôts. Il doit aussi pouvoir en témoigner lui-même sur la scène mondiale, comme ses artistes ont commencé à le faire brillamment.

Le Conseil de la souveraineté est conscient que le Québec négocie le dernier droit avant la décision qui doit l'amener à la souveraineté. Pour y arriver, chacune et chacun doit contribuer à sa façon. Le conseil servira de levier, d'amplificateur, de moteur à tous ceux et celles qui veulent agir. Il sera la voie de la société civile, l'instrument du mouvement social.

Au Québec, les fédéralistes ont remplacé leurs rêves par un rouleau compresseur d'idées. La souveraineté, elle, demeure, comme un phare d'espoir. C'est le projet vivant d'un peuple formidable, généreux et beau. La souveraineté, ce sera le résultat d'une liberté, d'une maturité et d'une responsabilité choisie par chacune et chacun d'entre nous.



»» PLQ - démanteler l'État

Un gouvernement libéral, conservateur, antisyndical et autoritaire

Jean-Marc Piotte
Professeur, Département de science politique, Université du Québec à Montréal
Le Devoir lundi 5 janvier 2004

Jean Charest s'est présenté aux élections en déclarant qu'il règlerait les problèmes des urgences débordées et des listes d'attente pour les opérations en investissant massivement dans la santé, que l'éducation serait une de ses priorités et qu'il réduirait les impôts sans accroître le déficit. Comment réaliserait-il ces trois grandes promesses? En gelant les autres programmes gouvernementaux et en rendant l'appareil d'État plus efficace, moyens jugés insuffisants par la plupart des observateurs avertis.

De plus -- et il ne faut surtout pas l'oublier -- Monsieur Charest se présentait comme l'homme du centre, le modéré, face à deux positions extrémistes tenues par l'ADQ qui voulait démanteler l'État et le PQ accusé d'avoir engendré un État pléthorique.

Or, le gouvernement libéral n'a réalisé, jusqu'à maintenant, aucune de ses promesses. Il s'est au contraire attaqué aux syndicats, seul rempart de l'État providence, avec une hargne qu'on croyait l'attribut de la seule ADQ.

Le leurre de la baisse des impôts

Le Parti libéral, nouvellement élu, nous a refait le coup du Parti québécois lorsqu'il avait gagné les élections sous la direction de Parizeau : le gouvernement précédent avait caché un déficit dont hérite le nouveau gouvernement, qui ne pourra donc remplir toutes ses généreuses promesses électorales !

Au lieu de réduire les impôts, le nouveau gouvernement libéral décide dès lors d'augmenter ses revenus, de couper dans ses dépenses et de pelleter à un niveau inférieur les problèmes dont il se décharge : suppression de la subvention pour le matériel scolaire assumée par les parents; augmentation des tarifs de garde de 2 $ malgré une promesse ferme dans le sens opposé; augmentation de la contribution à l'assurance médicament; [...] réduction de l'indexation de l'impôt de 1,2 %; augmentation des tarifs d'Hydro-Québec, etc. [...]

Le nouveau gouvernement doit aussi restreindre ses dépenses. Le gouvernement Charest a eu l'intelligence politique, il faut le reconnaître, de couper d'abord près d'un milliard $ dans les subventions à l'entreprise privée. Comment oublier que les Québécois continuent, pour encore 10 ou 15 ans, de subventionner, grâce à un prêt sans intérêt, GM qui a fermé les portes et quitté vers d'autres cieux ? Les très généreuses subventions aux multinationales du multimédia étaient-elles vraiment nécessaires ? Le gouvernement péquiste, à l'instigation surtout de Bernard Landry, voulait, afin d'attirer des investissements, se montrer plus généreux que le plus prodigue État américain ou gouvernement provincial. [...]

L'adversaire principal : les syndicats

Il faut aussi couper ailleurs. Il faut aller au-delà du simple gel des programmes gouvernementaux autres que la santé et l'éducation. Il faut réduire radicalement l'appareil d'État et, pour cela, casser les syndicats.

[...] La loi 30 crée quatre catégories d'emploi dans les établissements hospitaliers. Les centrales syndicales devront donc se battre les unes contre les autres, se marauder légalement, s'entre-déchirer, ce qui ne saura guère favoriser l'unité du Front commun lors des prochaines négociations de secteur public. La loi 30 doit être lue en pensant à la loi 31, qui modifie l'article 45 du Code du travail, et rendra possible la sous-traitance. Sont particulièrement visés par ces deux lois les employés de l'entretien, de la buanderie et de la cafétéria qui pourront perdre leurs emplois au profit d'entreprises multinationales, plus efficaces économiquement car reposant sur l'exploitation d'une main-d'oeuvre moins bien payée pour des conditions de travail détériorées.

Ces lois, ainsi que d'autres très importantes, sont imposées par un bâillon à la va-vite, sans qu'il y ait eu véritables discussions sur leurs implications. Les bâillons ne sont pas un phénomène politique nouveau, mais jamais on a vu un gouvernement québécois y recourir aussi rapidement sur des lois aussi importantes. Le gouvernement libéral du conservateur Jean Charest ne veut pas discuter : il ne veut même pas, du moins jusqu'ici, écouter. [...] Ne représente-t-il pas le peuple et la loi ? L'autoritaire Monsieur Charest n'a pas de prédécesseur depuis Maurice Duplessis.

Ces lois dressent la table pour les négociations du secteur public qui s'ouvriront l'an prochain et où les syndicats sont en demande. Les travailleurs du secteur public qui, au début des années 1980, avaient des salaires et des conditions de travail qu'enviaient les travailleurs du secteur privé se sont vus imposés, par les gouvernements péquistes et libéraux, des lois qui ont entravé leurs moyens de pression, réduit leurs revenus et détérioré leurs conditions de travail au point où ils demandent maintenant au gouvernement la parité avec les travailleurs du secteur privé. Ils exigent aussi que la loi contre la discrimination salariale exercée à l'égard des femmes soit appliquée. Le gouvernement libéral, au contraire, veut réduire les dépenses de l'État en s'attaquant à la principale source de ses dépenses : les travailleurs de l'État.

Les modifications à l'article 45

Les modifications à l'article 45 ne s'attaquent pas seulement aux travailleurs de l'État, mais aussi aux employés et aux fonctionnaires municipaux, largement représentés par la FTQ, qui ont pu conserver des conditions de travail et des salaires très avantageux, eu égard au marché du travail, grâce à un militantisme qui choquait souvent l'opinion publique, mais que les gouvernements n'arrivaient pas à casser par des lois spéciales, car ils auraient dû intervenir dans toutes les municipalités dont ils ne contrôlaient pas les paramètres patronaux de la négociation. Grâce à la sous-traitance dorénavant permise, les municipalités pourront mettre à genoux leurs syndicats réticents.

La sous-traitance sera aussi une nouvelle arme au service de l'entreprise privée. Et il faut se rappeler qu'une des raisons justifiant l'article 45 était de protéger la paix sociale qui pouvait être gravement perturbée dans des entreprises où les travailleurs exaspérés défendaient leurs emplois contre des patrons qui voulaient les supprimer par la sous-traitance afin de faire des économies grâce à l'embauche de cheap labor. [...] Pour défendre la valeur de la sous-traitance, Jean Charest, imité par le fondateur du Conseil du patronat, se cache derrière l'expertise de Pierre Fortin, comme si l'économie était la vérité du social et comme si le professeur Fortin était la vérité de l'économie...

Il faut comprendre la colère du président de la FTQ et de son comité exécutif. La FTQ n'est-elle pas la centrale qui, grâce à son Fonds de solidarité (FSTQ), a convaincu ses membres, puis les autres centrales syndicales, qu'il fallait remplacer le combat par le partenariat ? Qu'il était possible, tout en respectant la logique des entreprises et du marché, de défendre les conditions de travail et de salaire des membres ? Qu'il était souhaitable, pour les bienfaits mêmes d'employés du secteur public, de comprendre les contraintes propres à l'État ? Qu'il fallait revenir, tout compte fait, à l'idéologie du partage du gâteau prônée jadis par l'American Federation of Labor ?

Or le premier ministre Charest, qui regarde de haut et de loin le président de la FTQ et du FSTQ comme s'il était le représentant même du corporatisme syndical honni, décide de passer à l'attaque, au combat, avec l'appui de toutes les associations patronales. Cela explique -- c'est mon interprétation [...] -- que la direction de la FTQ ait décidé de bloquer les ports et de couper des routes. Utilisant un langage ouvriériste qu'on croyait disparu de la scène publique, le président Massé voulait démontrer au gouvernement autoritaire de Jean Charest et au patronat que le combat qu'ils avaient initié se mènerait à deux, que les syndiqués ne se laisseraient pas écraser, que le gouvernement et les patrons paieraient chèrement pour avoir bousillé cette paix sociale dont la FTQ avait été un des architectes.

La stratégie Harris

Le conservateur Charest fait sienne la stratégie de cet autre conservateur qu'est Mike Harris : frapper dur et fort, dès le début, sans faire de quartier, en vue de démanteler l'État providence jugé trop coûteux; casser d'abord les syndicats, seule force sociale organisée capable de s'opposer avec énergie à cette politique néo-libérale; les isoler dans l'opinion publique en les accusant de corporatisme [...]; rendre les syndicats et leurs dirigeants responsables des débordements inévitables de toutes manifestations, comme si les politiques antisyndicales et autoritaires du gouvernement ne les avaient pas suscitées.

Le gouvernement Charest se donne jusqu'à la fin de 2004 pour réaliser ce coup de force. Ensuite, par l'adoption de certaines mesures populaires, dont la baisse des impôts, il espère gagner les prochaines élections comme l'avait fait Harris après un premier mandat, malgré des mobilisations syndicales d'une ampleur jamais vue en Ontario, dont une manifestation de 350 000 personnes dans la ville de Hamilton qui a été pratiquement paralysée durant une semaine.

De plus, le PLQ ne peut-il pas espérer recueillir une partie substantielle des quelque 20 % de voix de l'ADQ qui, bateau maintenant sans gouvernail, voit ses principaux officiers quitter le navire en perdition, tandis que son pilote Mario Dumont ne sait plus à quel saint ou diable se vouer face à ce «vieux» parti qui met en pratique le programme qu'il préconisait ?

La stratégie de Charest peut réussir, mais sa victoire n'est pas assurée, car le Québec n'est pas l'Ontario. Il y a, au Québec, un très fort attachement à l'État providence, dont il n'y a pas d'équivalent en Ontario. C'est pourquoi Monsieur Charest -- pas aussi bête qu'il en a parfois l'air -- n'a pas mis l'accent, comme son mentor Harris, sur le démantèlement de l'État en vue de réduire les impôts, mais sur la réduction de ceux-ci avec l'amélioration du système de santé et du système d'éducation. Personne ne sait vraiment comment il pourrait réaliser financièrement ces trois promesses, mais chacun peut constater comment il a commencé à s'attaquer à l'État providence au nom de celles-ci.

Le tissu social des Québécois est tissé beaucoup plus serré que celui des Ontariens. Des groupes populaires et communautaires nombreux et bien implantés dans la population ne partagent pas l'orientation conservatrice du gouvernement Charest et craignent, avec raison, qu'il leur coupe leurs subventions renouvelables au printemps prochain. [...]

Les Québécois, qui sont -- pour de bonnes et de mauvaises raisons -- férus de consensus, n'apprécieront pas l'autoritarisme de Monsieur Charest qui joue le Jos Matamore. Au-delà d'un trait de caractère, cet autoritarisme relève d'une conception du monde selon laquelle, sur le plan du marché, les dirigeants d'entreprise devraient décider sans entraves (on doit tasser les syndicats) et, sur le plan public, les élus et leurs adjoints devraient décider par eux-mêmes et sans être influencés (ainsi, la loi 34 supprime les CLD et les CRD, lieux de concertation et de partenariat, pour confier leur rôle aux seuls élus municipaux redevables à leurs électeurs et aux dirigeants d'entreprises en construction). [...]

[...] Il y a sûrement au Québec des libéraux qui sont fort mécontents des orientations du gouvernement Charest. Ils se taisent actuellement, à l'instar de leur patriarche Claude Ryan qui, à la demande de Jean Charest, s'était épanché sur les valeurs ancestrales du Parti libéral du Québec dont ne faisait pas partie, si j'ai bien lu, la vertu du silence. J'ai toutefois l'impression que, si les cotes du gouvernement Charest continuent de descendre dans l'opinion publique, cette grogne se manifestera publiquement.

Enfin, le PQ n'est pas le NPD ontarien. Celui-ci était sorti des élections complètement désavoué par la population. Le PQ, au contraire, a vécu une défaite honorable. Tapi dans l'ombre, il regarde avec malice le gouvernement Charest multiplier les bourdes, se disant qu'à la prochaine occasion le pouvoir lui reviendra.



»» PLQ - démanteler l'État

«Réinventer le Québec»

Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 31 décembre 2003

Après les bouleversements qui ont marqué l'année qui se termine, que souhaiter pour 2004 sinon un peu de répit? Ce n'est pas que le Québec en ait fini avec le changement, tout au contraire, mais celui-ci serait mieux vécu s'il était mieux préparé. Pour cela, il faut un peu de temps et moins de tensions.

Mot fourre-tout, le changement a dominé les débats au Québec en 2003. Ce fut le thème de la longue campagne électorale au cours de laquelle tous les partis politiques proposaient leur version de la chose. Les Québécois ont alors choisi de confier aux libéraux de Jean Charest le soin de présider aux transformations souhaitées, lesquelles, au terme de cette année, n'apparaissent toutefois pas faire consensus.

La résistance observée ces derniers mois n'est pas le signe d'un refus du changement. Les électeurs ont signifié aux partis bien avant les élections qu'ils attendaient un renouvellement de la pensée politique. Cette résistance tient davantage, peut-on croire, à l'absence de consensus sur la nature des modifications proposées. On doit y voir le signe que davantage de réflexion s'impose.

«Réinventons le Québec», disaient les libéraux avant d'abandonner cette formule trop ambitieuse qu'ils n'arrivaient pas à décliner en un programme cohérent. Arrivés au gouvernement, ils ont opté pour une autre formule, celle de la «réingénierie» de l'État. L'approche est plus technocratique, mais ses effets pourraient être tout aussi importants. Déjà, ministres, fonctionnaires et consultants planchent pour engager cette réforme. On redessine les contours de l'État sans toutefois chercher à savoir ce que pourraient être dans l'avenir ses missions. Une réflexion sur les fins de cette réingénierie s'imposerait pour déterminer si c'est moins d'État qu'il nous faut ou un État différent.

La démarche libérale part d'une interrogation sur l'interventionnisme étatique en matière économique. Un entrepreneurship dynamique s'étant développé grâce à l'appui de l'État, il est pertinent de remettre en question l'action de l'État en ce domaine, tout au moins son degré. La remise en cause des institutions existantes, qui est déjà largement amorcée, semble malheureusement relever trop souvent du règlement de comptes avec l'adversaire péquiste dont on aimerait liquider le passé. Le danger, bien réel, est d'affaiblir l'État en le privant d'outils essentiels au développement de la société, cela pour des raisons partisanes ou idéologiques.

Dans le débat autour de la réingénierie, beaucoup d'attention a été accordée jusqu'ici à l'aspect économique du rôle de l'État, bien peu à l'aspect social. Certes, le gouvernement Charest a placé la santé et l'éducation au rang le plus élevé de ses priorités, mais il laisse dans l'ombre bien d'autres enjeux pour lesquels l'État aura un rôle déterminant dans un proche avenir.

Le plus important de ces enjeux est la démographie en baisse du Québec. Le vieillissement de la population entraîné par la diminution du taux de fécondité des Québécoises devient une réalité. Les politiciens connaissent le problème et en parlent, mais sans trop s'inquiéter, croyant comme l'ensemble de la population avoir encore beaucoup de temps devant eux pour réagir. Pourtant, certains des effets des changements démographiques se font déjà sentir et exigent des actions immédiates.

Il est désormais évident que la croissance démographique du Québec viendra de l'immigration internationale. Plus que jamais la sélection des immigrants prend de l'importance et, encore plus, leur intégration à la société québécoise. Sur ce dernier plan, de grands efforts restent à faire, que ce soit pour l'apprentissage de la langue ou l'insertion au marché du travail. L'État a ici un rôle à jouer qu'il ne peut laisser à d'autres.

Tout aussi important est le phénomène du déplacement de population des régions vers les grandes zones urbaines, qui pose un double défi. Si on a commencé à se préoccuper de l'avenir des régions, les stratégies pour assurer le développement des villes font défaut. Le débat sur la démocratie dans les nouvelles villes a complètement occulté cette dernière année l'enjeu du développement urbain. Le poids des responsabilités que les grandes villes portent augmente, à commencer par le redéploiement des infrastructures urbaines et la promotion du développement économique. Se pose tout particulièrement la question de leur financement. Le gouvernement fédéral semble avoir à cet égard une vision mieux arrêtée que le Québec pour appuyer ses villes.

Les sujets de réflexion pour «réinventer le Québec» ne manquent pas pour peu qu'on fasse l'effort de s'arrêter pour débattre du rôle de l'État et de ce que les citoyens en attendent pour l'avenir. Cela donnerait un sens à la démarche qu'entreprend le gouvernement Charest. Sachant mieux où un tel exercice conduira le Québec, les partenaires de l'État seraient peut-être moins méfiants envers le gouvernement actuel et plus ouverts à des changements bien compris.



»» la Gauche

Combattre les politiques néolibérales du gouvernement Charest

Paul Cliche, membre fondateur de l'UFP
TRIBUNE LIBRE 5 janvier 2004

En 2004, il faut mener de front la lutte aux politiques néolibérales du gouvernement Charest et la construction d'une alternative progressiste

Pour les membres de centaines de groupes sociaux et de l'ensemble du mouvement syndical, l'année 2004 en sera probablement une de mobilisation pour combattre les politiques néolibérales du gouvernement Charest. La solidarité citoyenne se forgera dans des luttes qui devraient connaître une ampleur sans précédent depuis celles qui, au Québec, ont marqué le début de la décennie soixante-dix.

Mais, parallèlement à ce mouvement de résistance de la société civile, 2004 devrait aussi être l'année où le chantier de la construction d'une alternative politique progressiste devrait connaître une accélération significative. Il serait plutôt invraisemblable, en effet, qu'un mouvement de résistance aussi généralisé aboutisse à reporter au pouvoir un Parti québécois usé qui n'a plus de projet de société mobilisateur à proposer. Ce parti dont les politiques gouvernementales ont directement tracé la voie au projet de réingénierie de l'État des libéraux. Le récent essai du sociologue Jacques B. Gélinas (1) sur le basculement à droite de la classe politique québécoise documente d'ailleurs bien et établit un bilan éclairant de cet épisode crucial où, paradoxalement, c'est une formation politique se targuant d'être sociale démocrate qui a agi comme le chef de file du libre-échange à l'américaine avant de se coincer dans une logique néolibérale qui lui colle toujours à la peau.

Au sortir du régime duplessiste, à la fin des années cinquante, puis au lendemain de la révolution tranquille, au cours de la décennie soixante-dix, les électeurs et électrices progressistes ont contribué à porter au pouvoir les partis réformistes de l'heure (libéral puis péquiste). Ces derniers n'ont pas tardé à les décevoir par la suite, mais plusieurs en sont demeurés indéfiniment les otages politiques faute d'alternative assez crédible à leurs yeux.

Lors des prochaines élections, le Québec sera arrivé à une autre croisée de chemins historique. L'électorat se verra alors offrir le choix entre les trois partis idéologiquement jumeaux qu'on retrouve aujourd'hui à l'Assemblée nationale et une véritable alternative politique. La fondation de l'Union des forces progressistes (UFP) qui, il y 18 mois, a marqué l'unification des principaux éléments de la gauche politique, devrait alors commencer à faire sentir ses effets de façon significative sur la composition de l'échiquier politique.

Depuis sa naissance, la jeune formation a connu une croissance soutenue en recrutant surtout dans les rangs des militants altermondialistes et dans le milieu étudiant. Elle commence aussi à attirer l'attention de plusieurs militants syndicaux. Le fait que l'UFP soit le seul parti québécois à rejeter carrément l'idéologie néolibérale lui confère une force d'attraction considérable chez celles et ceux, de plus en plus nombreux, qui veulent rendre un autre Québec possible. Le dynamisme de l'UFP provient en bonne partie du fait qu'il se définit aussi bien comme un parti de la rue participant aux luttes de ses alliés sociaux qu'un parti des urnes voué à l'action électorale.

La campagne qu'il mène présentement en faveur de l'implantation d'un scrutin proportionnel d'ici les prochaines élections, en plus de lui assurer une visibilité appréciable dans plusieurs régions, lui amène aussi beaucoup de crédibilité. Tous les partis se sont prononcés en faveur de l'adoption rapide d'une telle réforme visant à réduire le déficit démocratique, mais l'UFP est le seul qui préconise un mode de scrutin faisant en sorte que chaque vote puisse compter et que la composition de l'Assemblée nationale respecte fidèlement la volonté populaire exprimée par le choix des électeurs et des électrices.

Par ailleurs, c'est un secret de polichinelle qu'un fort contingent de militantes et militants issus du collectif d'éducation politique D'abord Solidaires, dont Françoise David est la principale figure de proue, devrait annoncer son implication dans l'action politique partisane d'ici quelques mois. Si l'UFP et le nouveau groupe réussissaient à s'entendre pour unir leurs forces on pourra dire que la construction d'une alternative politique progressiste aura franchi un pas considérable en 2004.

Jacques B. Gélinas, Le virage à droite des élites politiques québécoises, Éditions Écosociété, automne 2003.



»» L'affaire Michaud

Les perles de l'esprit

René Marcel Sauvé, Géographe
Le Devoir lundi 5 janvier 2004

Lettres: Laval, décembre 2003

L'affaire Michaud est un symptôme d'immaturité intellectuelle et morale. Certes, nous ne sommes pas les seuls à avoir l'air fou devant le monde avec cette affaire, comme avec nos référendums perdus, puisque, comme Clémenceau l'avouait, la France a eu l'air fou avant nous. Maintenant, ce sont les États-Unis qui ont l'air fou avec l'Irak. Nous sommes tous plus proches de la démence que nous ne le pensons, nous, Homo Sapiens, portés à nous croire si intelligents.

À Berlin, en 1932, Gunnar Myrdal faisait de sévères exposés sur les dangers de la «certitude» fondue avec l'opinion et les mystifications en «ismes». Il faut étudier ses conférences (en allemand) à ce sujet, car les traductions ne permettent pas d'en saisir pleinement le sens. L'épistémologie 101 n'est pas partout à la mode, cela va sans dire. Myrdal attaquait l'absence de discernement répandue comme la peste dans le monde occidental, mais il n'a réussi à convaincre personne puisque l'Allemagne portait les nazis au pouvoir l'année suivante. Comme l'affirmait une actrice allemande cultivée, dont j'ai oublié le nom, le peuple allemand, devenu vulnérable à l'extrême après le traité de Versailles du 11 novembre 1918, s'est laissé séduire par les fakirs, prestidigitateurs et magiciens de l'opinion. Il le paiera cher et toute l'Europe avec lui.

Le mal a son point de départ dans l'esprit. Tous n'en meurent pas mais tous en sont atteints. Le film québécois Les Invasions barbares fait un exposé pourtant clair des dispositions intellectuelles suicidaires qui ferment les portes au savoir critique et mènent vers les catastrophes. Au Québec, ces dispositions font partie d'une amusante comédie de moeurs, non d'une incitation à se corriger d'un grave défaut intellectuel et moral. De telles dispositions étaient présentes lorsque Jean Charest et Robert Liebman ont conté une «peur» dans l'Assemblée nationale, qui a mordu comme poisson à l'hameçon. Une autre peur analogue pendant la dernière campagne électorale a été suffisante pour faire tomber le gouvernement Landry. Et maintenant, Jean Charest continue d'exploiter la peur comme brandon politique dans un Québec qui manque toujours de jugement critique.

Nous avons beaucoup de travail à faire pour remédier à cette tendance funeste, en commençant par les universités, trop souvent prises aux pièges, soit de la langue de bois, soit des préjugés, calembours, clichés et mystifications faciles, qui réduisent toutes les questions d'envergure à des conclusions en «isme». La logique des faits et des principes, qu'on ne peut pas toujours écrire ni exprimer par des mots, fondement de toute certitude valable, n'a pas encore sa place. La certitude, universelle et opérative, n'est donnée à personne. Elle est une conquête : elle n'est pas un héritage. Toutes les mystifications en «isme» la rejettent dans ses exigences classiques pour la remplacer par des «savoirs absolus». La certitude est comme ces perles rares qu'on va chercher après avoir plongé dans les profondeurs des mers et qu'on évite de laisser piétiner par les pourceaux, habitués à la facilité. La vérité et la certitude sont les perles de l'esprit, qui récompensent l'effort répété et ne se livrent qu'à ceux et celles qui sont capables de les apprécier, ce qui devrait être le cas de tout le monde dans une authentique démocratie.


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UN PAVILLON GEORGE-W.-BUSH À L’UQAM ?

Christian Gagnon
Président régional
Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE lundi 5 janvier 2004

L’imposant futur pavillon des sciences biologiques de l’UQAM s’élèvera bientôt au-dessus du trou béant situé à l’angle des rues Sherbrooke et Saint-Urbain. Pour le plus grand bien du Québec, le bâtiment, de facture architecturale avant-gardiste, viendra compléter un quadrilatère sur lequel l’UQAM a graduellement établi sa crédibilité en matière d’enseignement supérieur des sciences. Malheureusement, cette université qui jadis, honora Judith Jasmin, Hubert Aquin, Thérèse Casgrain, Athanase David et Joseph-Alexandre DeSève, a laissé passer de belles occasions d’inspirer ses futurs diplômés en donnant à ses pavillons des sciences les noms de personnalités ayant marqué l’histoire québécoise des sciences. Outre les pavillons qui portent de façon très générique le nom des départements qu’ils abritent, il y a le cas notoire du pavillon Président-Kennedy, logeant les départements des sciences de la Terre et de l'atmosphère, de mathématiques et d'informatique, la Bibliothèque des sciences et le laboratoire d'informatique, auquel l’UQAM a banalement donné le nom de la rue où il est situé.

À deux reprises durant la construction du pavillon Président-Kennedy, les militants péquistes ont tenté d’éviter que ce pavillon ne porte le nom d’un politicien américain fort respectable mais sans lien aucun avec quelque domaine scientifique que ce soit, au Québec ou ailleurs. À la suite de la cérémonie de première pelletée de terre, le Conseil national de septembre 1996 avait adopté à l'unanimité une proposition demandant à Pauline Marois, ministre de l’Éducation d’alors, de faire les représentations nécessaires auprès de l’UQAM afin que le nom d'une personnalité scientifique québécoise soit donné à ce pavillon. Le Conseil national récidiva en février 1998, peu après l'inauguration du pavillon sous le nom de Président-Kennedy, qu’on espérait temporaire. Les militants montréalais du PQ eurent beau suggérer le nom du docteur Lucille Teasdale-Corti, cette femme remarquable qui mourut en 1996 en contractant le SIDA qu’elle combatit dans l’hôpital qu’elle et son mari fondèrent en Ouganda, rien n’y fit.

Il est évidemment très improbable qu’une université américaine perpétue de sitôt la mémoire d'une personnalité scientifique québécoise. Et nous, ce pavillon des sciences biologiques de l’UQAM, lui donnera-t-on le nom de George W. Bush?



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