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Parler français comme un vrai Québécois?
Lionel Meney
Professeur à l’Université Laval et auteur du Dictionnaire québécois-français – Pour mieux se comprendre entre francophones (Guérin, Montréal, 1999)
Le Devoir mercredi 7 janvier 2004
Trop souvent, ceux qui maîtrisent le moins la langue imposent leur manière de parler — leur norme — à l’ensemble de notre société
La question de la qualité de la langue revient régulièrement dans le débat public au Québec. Ce problème n’est pas spécifiquement québécois mais il revêt ici plusieurs aspects particuliers. Cela tient à la situation du Québec qui, utilisant le français dans un environnement anglophone, vit une double insécurité: par rapport à l’existence même de sa langue, par rapport à sa qualité. Nous sommes bien conscients de la situation de bilinguisme dans laquelle nous vivons, en fait une situation de compétition entre deux langues dont l’une (le français) est sentie comme menacée par l’autre (l’anglais), menaçante. D’où une première source d’insécurité: nos anglicismes ne sont-ils pas les signes d’une mort annoncée? Nous percevons moins clairement la situation de diglossie, dans laquelle nous sommes aussi, une situation où il existe un écart important entre deux états d’une même langue, la langue employée spontanément par la majorité d’entre nous (le français québécois) et la norme de notre langue officielle, le français standard. D’où cette seconde source d’insécurité: la langue que nous employons est-elle correcte? Pour y répondre, il faut porter un jugement. Or il y a deux sortes de jugements. D’abord, des jugements de réalité, portant sur des faits sur lesquels tout le monde s’entend. Ainsi, l’accord du verbe avec son sujet relève de ce genre de jugement. Il y a aussi des jugements de valeur, comme l’acceptation ou la condamnation des anglicismes.
Personne ne critique des emprunts à l’anglais comme «budget», «rail» ou «handicap», mais beaucoup se refusent, par principe (purement idéologique), à employer «parking», «stop» ou «week-end».
En matière de langage, un jugement de qualité fait appel à une échelle de valeurs. La qualité d’une langue se juge par rapport à un modèle considéré comme idéal, une norme. Or la norme n’est que ce qu’une communauté linguistique considère comme normal, à une époque donnée, dans une situation donnée. Elle est le résultat d’un consensus social. Ainsi, il existe une norme du français standard, qui représente le modèle linguistique auquel adhère la communauté de l’élite francophone, norme dont les dictionnaires et les grammaires donnent une description précise.
Une autre difficulté tient au fait que, dans nos jugements, nous ne faisons pas toujours les distinctions nécessaires. Ainsi, nous avons tendance à juger la langue parlée en fonction de la langue écrite. D’autres facteurs sont à considérer, comme la différence d’expérience. Souvent, les adultes jugent la qualité de la langue des jeunes sans tenir compte du fait que la maîtrise de certaines compétences linguistiques (connaissance du lexique, facilité d’expression, etc.) augmente tout au long de la vie. Il est donc inadéquat et injuste de mesurer la connaissance de la langue par les jeunes à l’aune de celle qu’en ont les adultes.
Une évaluation de la langue
Comment évaluer la qualité du français au Québec ? Il est clair qu’on ne peut, en quelques mots, qu’esquisser un tableau général de la situation. Cette évaluation doit se faire selon deux points de comparaison : il faut comparer la situation actuelle du Québec avec celle qu’il connaissait il y a quelques décennies, de même que la situation du Québec contemporain avec celle d’autres pays francophones (Belgique, France, Suisse) aux niveaux de développement équivalents.
Dans le premier cas, on peut avancer sans risque d’erreur qu’il n’y a jamais eu, dans l’histoire, autant de Québécois qui maîtrisent aussi bien le français. C’est l’héritage de la Révolution tranquille, le produit de la création d’un réseau complet d’enseignement public, du nombre considérable de Québécois qui font des études postsecondaires, du travail remarquable des professionnels de la langue, etc. C’est, plus généralement, le résultat de l’extraordinaire développement économique, social et culturel du Québec au cours des 40 dernières années. C’est aussi la conséquence de la multiplication des échanges entre francophones d’ici et d’ailleurs.
Peut-on affirmer pour autant que la situation est pleinement satisfaisante ? Malheureusement non. Si on dresse un état des lieux de la qualité de la langue dans les principaux secteurs de la société, on constate que la situation est moins bonne que dans les autres pays francophones de même niveau social.
À l’école, la qualité du français du personnel administratif et du corps professoral est insatisfaisante. L’enseignement de la grammaire est vu comme un pensum. Le goût de la lecture n’est pas assez développé; l’étude du vocabulaire, trop négligée; celle de textes mal écrits, trop répandue; la part de la littérature française, trop réduite; la correction de la langue dans les cours autres que le français, trop négligée.
Les médias collectionnent fautes de syntaxe, anglicismes grossiers, erreurs de niveaux de langue, maladresses de style. Les programmes télévisés donnent la part belle aux téléromans dont la langue, par nature familière, est bourrée de fautes en tout genre. La plupart des publicités sont rédigées dans une langue populaire et racoleuse.
Le plus grave, c’est que la grande masse des Québécois, en particulier les jeunes, est exposée à longueur d’année à cette langue de piètre qualité, sans avoir accès à une autre manière de parler français. Ces jeunes n’ont pas de difficulté à se trouver des modèles dans le domaine des arts, des affaires, du sport, de la recherche, etc. Mais ils n’ont pas cette possibilité lorsqu’il est question de langue. Où pourraient-ils en effet trouver des modèles linguistiques de niveau international ?
En réalité, l’obstacle fondamental à la généralisation d’une langue plus proche du français de référence est d’origine sociale. Une partie importante de notre société s’y refuse. Parfois par ignorance, souvent par idéologie (populisme, nationalisme francophobe) ou par intérêt (artistes, publicitaires, etc.). Trop souvent, ceux qui maîtrisent le moins la langue imposent leur manière de parler — leur norme — à l’ensemble de notre société. La sanction pour ceux qui ne se plient pas à leurs règles : l’exclusion du groupe. Vous ne parlez pas comme nous autres : vous ne faites pas partie des nous-autres. Vous parlez un français «châtié» : vous n’êtes pas un vrai Québécois mais un colonisé. Vous êtes un garçon qui soigne son langage : vous n’êtes pas un vrai gars. Vous êtes un immigré «avec un accent» : vous refusez de vous intégrer à votre société d’accueil...
Tant que le discours public sera dominé par cette tendance, tant qu’une partie des intellectuels et des artistes défendra cette position, par conviction ou par intérêt, tant qu’une partie des linguistes s’abritera derrière la «science» pour promouvoir le particularisme québécois plutôt que l’universalisme francophone, tant que ceux qui veulent que les Québécois se rapprochent des autres francophones n’auront pas fait entendre leur voix au moins aussi fortement, il y a peu de chances que les jeunes Québécois se rallient à «une langue québécoise de standard international», pour reprendre l’expression saugrenue de Gérald Larose, c’est-à-dire en réalité au français standard.
Trois langues
Notre situation linguistique est devenue si complexe que nous avons du mal à nous y retrouver entre notre langue officielle, le français, notre langue politiquement-linguistiquement correcte, résultat de décennies d’idéologie, et notre langue réelle, celle que nous lisons dans les journaux, entendons dans les conversations, à la radio et à la télévision. Faut-il dire des running shoes, des espadrilles ou des tennis, un plaster, un diachylon ou un sparadrap, un chercheur, une chercheure ou une chercheuse ? En réalité, nous ne sommes pas en situation de diglossie mais de... triglossie. Il faut enseigner le français pour savoir à quel point les élèves (et les enseignants) sont mêlés dans cet embrouillamini...
Certains préconisent la reconnaissance — l’officialisation — soit d’une langue québécoise, pour les plus radicaux, soit d’un français québécois standard, pour les plus modérés. L’argument avancé pour une norme linguistique propre au Québec est l’exemple des autres langues européennes implantées en Amérique.
Certes, rien ne s’oppose théoriquement à ce que les Québécois créent leur propre norme, mais le parallélisme avec les autres langues européennes est trompeur. La masse des locuteurs n’est pas comparable : les anglophones nord-américains représentent plus de 300 millions de personnes; les Québécois francophones, six millions, soit 50 anglophones pour un francophone. Le rapport démographique entre la «métropole» et ses anciennes colonies est exactement inverse : les Américains anglophones sont cinq fois plus nombreux que les Britanniques; les Sud-Américains hispanophones, dix fois plus nombreux que les Espagnols; les Brésiliens, 17 fois plus nombreux que les Portugais; les Québécois francophones, dix fois moins nombreux que les Français. Conséquence de ce rapport démographique doublement défavorable, le français québécois, contrairement à l’espagnol et au portugais sud-américains, s’est trouvé placé dans une situation d’infériorité par rapport à l’anglais.
L’anglais joue, au Québec, son rôle de langue véhiculaire hypercentrale, langue de communication avec nos voisins anglophones et la majeure partie du reste du monde; le français québécois, celui de langue vernaculaire identitaire, de langue de communication spontanée à l’intérieur de notre communauté, de langue qui nous distingue; le français de référence, celui de langue véhiculaire supercentrale, assurant la communication «surveillée» dans certaines situations à l’intérieur même de notre communauté et la communication avec les autres francophones, de langue qui nous rapproche, marque notre appartenance à une communauté plus large, la francophonie mondiale.
En réalité, l’intrication du français québécois et du français commun est telle qu’il est artificiel de vouloir les séparer. Cette répartition fonctionnelle des langues et variétés de langue est totalement intériorisée par les Québécois. Et cela n’est pas pour leur déplaire car ils en tirent le meilleur parti. Officialiser une norme québécoise reviendrait à rompre cet équilibre subtil, produit de la situation géopolitique du Québec. Si rien ne s’oppose en théorie à ce que les Québécois définissent leur norme propre, en pratique, ce choix induirait des inconvénients plus graves que les avantages supposés.
Les partisans d’une telle entreprise ont tendance à en sous-estimer les difficultés. Il faudrait procéder à un travail d’épuration — pour ne pas dire de «purification» — linguistique. Qui serait habilité à le faire ? Selon quels critères ? Et si, après ces nécessaires distinctions entre langue parlée et langue écrite, on se rendait compte que le français québécois standard n’est qu’une peau de chagrin... Au nom de quel principe la société civile serait-elle tenue d’accepter les résultats de ces travaux ? On peut imaginer le moyen utilisé par les idéologues et les fonctionnaires de la langue : par le biais d’un bureau d’approbation des manuels scolaires, exit Le Petit Larousse : la novlangue québécoise serait imposée à tous les petits Québécois grâce à un dictionnaire fait ici par des gens d’ici.
L’opération aurait des conséquences négatives pour les seuls Québécois. Elle creuserait le fossé linguistique qui les sépare des autres francophones, faisant d’eux les prisonniers d’un double ghetto : ghetto francophone dans un environnement anglophone, ghetto québécophone dans la francophonie. Elle n’aurait même pas l’avantage d’éliminer le problème de l’insécurité linguistique. Certes, il serait rassurant de pouvoir se dire que nous avons notre-langue-à-nous-autres-qui-vaut-bien-celle-des-Français, mais ce nouveau sentiment de sécurité disparaîtrait vite au contact des autres francophones, parlant véritablement la langue que, partout ailleurs, on désigne sous le nom de français.
L’entreprise créerait une réaction négative chez ces francophones — nous ne pourrions pas prétendre à l’extérieur que nous parlons français et combattre le français à l’intérieur — et fragiliserait la position internationale du Québec. Comment pourrions-nous continuer de solliciter l’appui de la France pour lutter contre l’hégémonie linguistique et culturelle anglo-saxonne si nous considérons la langue et la culture de ce pays comme quelque chose d’étranger, d’impérialiste ?
Avant la Révolution tranquille, les Canadiens français connaissaient très bien la culture française. Aujourd’hui, les jeunes générations n’en connaissent pratiquement plus rien : toute leur culture s’est américanisée. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner qu’une société qui romprait ce dernier lien avec la francophonie serait vouée à une anglicisation rapide. Or, malgré ce qu’on tente de nous inculquer, le véritable désir des Québécois est de parler une langue qui se rapproche le plus possible du français standard. Quand ils achètent des dictionnaires, ils se prononcent massivement pour le français standard. Il suffit de rappeler le succès commercial des dictionnaires made in France (Petit Robert) et l’échec des dictionnaires made in Quebec (Dictionnaire québécois d’aujourd’hui).
Un coup de barre
Depuis plus de 40 ans, nous cultivons notre différence. À l’heure de la mondialisation et d’Internet, ce n’est plus le temps de s’isoler. Il n’est même plus possible de le faire. De même que le français est exposé à l’anglais, le français québécois l’est au français de France. Où est la pire menace ? Faut-il s’employer à creuser le fossé linguistique qui nous sépare des autres francophones ou bien essayer de le réduire ? Faut-il dresser de nouvelles barrières entre les Québécois et le reste de la francophonie ? La dynamique contemporaine, nos propres intérêts montrent que nous devons lever les barrières existantes, créer un véritable marché commun linguistique et culturel.
Notre marché est très petit. Il est devenu trop exigu pour nos créateurs. Or il a deux prolongements possibles : le marché francophone international et le marché anglophone mondial. Actuellement, nos créateurs sont handicapés sur le marché francophone à cause des particularités de notre langue et de notre méconnaissance de nombreux termes utilisés partout ailleurs dans la francophonie. La tentation est grande de passer directement sur le marché anglophone.
Il faut donner un coup de barre, envoyer un signal clair aux Québécois et aux autres francophones. Faire en sorte que nos enfants et nos petits-enfants puissent communiquer en français, sur un pied d’égalité, sans complexes, avec les mêmes générations d’Européens et d’Africains francophones. Il n’est pas nécessaire d’abandonner notre patrimoine linguistique québécois, mais il faut réaffirmer que la langue du Québec est bien le français, tout le français. Cette langue a une norme, le français standard, qui se forge non pas d’une façon mystérieuse et impérialiste dans quelques salons parisiens mais se constitue dans la bouche et sous la plume de toute l’élite francophone, peu importe la race, la religion, le lieu d’origine ou de résidence, Paris étant le carrefour par où passent la plupart de ces influences, ce qui n’a rien de scandaleux, vu son poids démographique, économique, politique et culturel. C’est une chance pour la francophonie de compter en son sein une ville de rang mondial, comme c’est une chance pour le Québec d’avoir Montréal, seconde ville francophone au monde.
Cette norme est bien décrite. Elle n’appartient à personne. Tous ceux qui le veulent peuvent y adhérer sans avoir à demander l’autorisation de qui que ce soit. Elle crée sans cesse une foule de nouveaux termes, emprunte à tous les vents et admet la variation linguistique, pourvu que l’intercompréhension soit sauve. Elle permet de communiquer avec 11 fois plus de monde — pour s’en tenir à la seule francophonie européenne — que nous ne pourrions le faire avec une norme spécifiquement québécoise. C’est pourquoi nous devrions nous approprier l’intégralité du patrimoine linguistique français; nous fixer des objectifs précis en matière de prononciation, d’accent, de morphosyntaxe, de vocabulaire et de phraséologie; redonner sa place au patrimoine littéraire français; mieux former nos enseignants en général et nos professeurs de français en particulier. Sinon, nous disparaîtrons dans l’océan anglophone. Dans l’indifférence générale...

»» qualité de la langue
L'âge importe peu quand il s'agit de maîtriser la langue
Alexandre Warren
Étudiant à la maîtrise au département des fondements et pratiques en éducation à la faculté de l'éducation de l'Université Laval
Le Devoir mercredi 7 janvier 2004
Décidément, nous pouvons affirmer que les articles et lettres d'opinion publiés par Le Devoir ces dernières semaines confirment une vérité aussi immuable que parole d'évangile: le français chez les jeunes est lamentable. Mais, au fait, pourquoi ne pas s'en remettre aux faits plutôt qu'aux idées reçues?
Sans tambour ni trompette, le Conseil supérieur de la langue française du Québec (CSLF) a publié cette année une étude démontrant, entre autres choses, que la qualité du français écrit est aussi lamentable chez les jeunes que chez les 35 ans et plus. Woupelaï !, comme dirait mon vieux père, que l'on devrait illico enterrer à coups de pelle pour avoir usé d'une expression inconnue dans l'Hexagone.
Les jeunes... et les autres
Jacques Maurais, du CSLF, a publié en 1999 un rapport à mon humble avis fort digeste : La qualité de la langue : un projet de société. Il y est fait mention de la récurrence du discours sur «les jeunes» et leur maîtrise de la langue française :
«La situation est en fait assez cocasse pour qui se rappelle les propos, en 1957, de Gérard Filion [ancien directeur du Devoir] contre la génération qui elle-même critique aujourd'hui le manque de connaissances linguistiques des diplômés de ces dernières années : "Les jeunes d'aujourd'hui [de 1957 !] n'ont plus le sens de la langue, ne connaissent plus la syntaxe, s'égarent dans les lois de la concordance des temps, ils s'expriment par des exclamations, des vocatifs, des phrases tronquées du verbe principal ou du complément direct."» (Maurais, J., 1999)
Il y est également question des tests de français dans les universités, où le taux d'échecs était de 46 % en 1994 alors qu'il était obligatoire pour la plupart des étudiants du premier cycle.
«[...] Ce taux d'échec avait grandement diminué en 1996. Outre les progrès des élèves, cette amélioration spectaculaire était principalement attribuable à la nouvelle grille de correction du MEQ, selon laquelle, d'une part, certaines erreurs répétées n'entraînaient plus de perte de points et, d'autre part, la ponctuation était notée de façon plus indulgente qu'auparavant. Il y a lieu de souligner que les correcteurs de cette épreuve notaient toujours très généreusement le fond et très sévèrement la forme. La correction de la ponctuation était extrêmement pointilleuse et entraînait des échecs nombreux, parfois injustifiés.» (Maurais, J., 1999)
M. Maurais, qui ne semble pas apprécier le joual outre mesure, pose beaucoup de questions très simples dans ce rapport, mais comme personne ne semble préoccupé du bien-fondé de nos préjugés, il y va de sa propre étude, Analyse linguistique de 4000 courriels (Maurais, J., CSLF, 2003). Dans ce deuxième rapport, on lit donc, noir sur blanc, que la qualité du français est tout aussi pitoyable, peu importe l'âge :
«Les personnes âgées de 35 ans et plus font un peu moins de fautes que les personnes plus jeunes. Cette supériorité, qui apparaît essentiellement dans le cas de l'orthographe grammaticale, est loin d'être écrasante.»
En effet, les 35 ans et plus font en moyenne dix fautes par 100 mots, contre 10,5 fautes pour les plus jeunes. L'écart, globalement, est insignifiant. Je connais quelques linguistes et autres défenseurs de notre belle langue qui ne seraient pas heureux du tout que ça s'ébruite ! Cela pourrait également incommoder certaines universités, notamment celles qui ont transformé ce débat en vache à lait, à l'aide de tests dont la qualité semble pour le moins douteuse. Ajoutez à cela que les jeunes Québécois se classaient quatrièmes en compréhension écrite parmi les pays de l'OCDE en 2000... Je vous laisse tirer vos propres conclusions ou, mieux, si je me laisse aller à cette idiosyncrasie crasse, faire un examen de conscience collectif.
Pour ma part, j'en conclus que ce n'est pas une raison pour baisser les bras en se réfugiant derrière un «Vous aussi, les vieux !» bien douillet. Essayons de faire mieux que ceux qui nous ont transmis notre langue, très mal, il faut le dire. Il est d'une importance capitale de se doter d'une politique sur la qualité de la langue d'ici, et ce, en tant que peuple et non en tant que colonie française. Lire ces prétendus spécialistes ou ces enseignants aux abois casser du sucre sur le dos des «jeunes» me donne envie de faire écho aux cris de ces romantiques du XIXe siècle : «Les genoux, au bûcher !»

»» qualité de la langue
La qualité du français des futurs enseignants devrait être une priorité
Olivier Dezutter
Professeur de didactique du français au département de pédagogie de l'Université de Sherbrooke et membre du Centre de recherche sur l'intervention éducative
Le Devoir mercredi 7 janvier 2004
L'annonce de la préparation et de la prochaine mise en place d'un test commun interuniversitaire visant à vérifier les compétences en français des étudiants engagés dans les programmes de formation à l'enseignement (Le Devoir, 20 octobre 2003) est une nouvelle positive sous plusieurs aspects mais qui ne doit pas faire oublier qu'un haut niveau de maîtrise du français oral et écrit chez les futurs enseignants est en soi un objectif prioritaire de formation qui devrait mobiliser l'ensemble des formateurs et mérite mieux qu'une simple épreuve de vérification, si utile soit-elle.
La décision prise par le regroupement des doyens des facultés d'éducation a certes le mérite de répondre à une situation jusqu'à présent potentiellement inéquitable pour les étudiants inscrits dans les diverses universités, les tests existants ici et là ne mesurant pas exactement les mêmes compétences, ni de la même manière.
L'annonce publique a aussi pour effet bénéfique de rappeler la nécessité de s'assurer que les personnes qui accompagneront les élèves dans leur parcours scolaire seront pour les jeunes qui leur seront confiés de véritables maîtres de langue, de parole, de lecture et d'écriture.
Enfin, la détermination d'un test commun au niveau universitaire obligera aussi ses concepteurs à faire un choix en ce qui concerne le niveau de compétence attendu à ce niveau de la formation et à situer ce niveau par rapport à celui attendu et testé par les outils utilisés à la fin du secondaire et du cégep. En ce sens, le pari consiste à envisager une progression possible des compétences langagières et communicationnelles des étudiants sur l'ensemble de leur cursus de formation.
Un formidable défi
Malgré les aspects positifs relevés ci-dessus, la mise en place d'un outil de mesure commun ne peut constituer à elle seule une réponse satisfaisante au formidable défi que représente la formation d'enseignants capables de «communiquer clairement et correctement dans la langue d'enseignement, à l'oral et à l'écrit, dans les divers contextes liés à la profession enseignante». La réforme des divers programmes de formation initiale à l'enseignement commandée par le ministère de l'Éducation à partir d'un référentiel de compétences professionnelles prédéfinies a représenté une occasion unique pour les universités de repenser la place accordée à l'importance du développement des compétences de communication orale et écrite des étudiants et d'imaginer de nouveaux dispositifs de formation visant l'atteinte d'exigences de haut niveau dans ce domaine.
Dans ce contexte, l'équipe chargée de la révision du programme de baccalauréat en enseignement au secondaire proposé à l'Université de Sherbrooke a choisi d'innover en préparant de nouveaux espaces de formation explicitement centrés sur le développement des compétences professionnelles de communication orale et écrite. Il nous est effet apparu essentiel de contextualiser le plus possible les apprentissages de nos étudiants en travaillant avec eux les diverses situations de communication orale et écrite qu'ils rencontreront dans l'exercice de leur profession. C'est ainsi qu'un nouveau cours a été créé autour de la compétence orale professionnelle. Le cours est conçu à partir de l'analyse de situations authentiques d'interactions entre des enseignants et des élèves, filmées dans différentes classes du secondaire. Par rapport aux situations observées, les étudiants sont amenés à mettre en question leurs propres pratiques et stratégies de communication.
Dans une autre perspective, il a été décidé de rendre obligatoire pour tous les futurs enseignants du secondaire un cours intitulé «Lecture, écriture et réussite scolaire». Ce cours vise à les sensibiliser au rôle capital joué par la maîtrise de la langue dans la réussite scolaire à l'école comme à l'université. Il s'agit aussi d'outiller les futurs enseignants afin de les rendre aptes à mieux accompagner les différentes tâches de lecture et d'écriture proposées aux élèves dans les différentes disciplines car on lit et on écrit pour apprendre autant en sciences qu'en français.
Mobilisation générale
Parallèlement à ces activités innovatrices ouvrant la voie à un travail sur la langue orale et écrite en situation d'exercice de la profession, une autre dimension mérite de retenir l'attention : la mobilisation de l'ensemble des acteurs (intervenants autant qu'étudiants) du programme de formation. À plusieurs reprises, nous avons pu constater que des étudiants ayant réussi des tests de mesure du français écrit existants et reconnus comme étant très exigeants ne témoignent pas dans d'autres situations de formation (qu'il s'agisse des travaux présentés dans le cadre des cours ou des prestations en stage) d'une qualité de communication orale ou écrite conforme aux exigences de l'exercice de la profession. Ceci nous amène à penser qu'il est capital de faire prendre conscience aux étudiants du fait que la réussite d'un test ne suffit pas pour attester d'une compétence. Celle-ci doit faire l'objet d'une attention constante et d'une mobilisation adéquate dans l'ensemble des situations de communication.
La valorisation de la qualité du français est un chantier qui concerne tous les enseignants. Le ministre Reid a en ce sens raison de souhaiter que l'annonce du test commun à l'université mène à une mobilisation générale de l'ensemble du réseau scolaire. Les nouveaux programmes du primaire et du secondaire élaborés dans le cadre de la réforme placent la compétence de communication parmi les compétences transversales à développer dans le cadre de l'ensemble des cours, même ceux d'éducation physique. Il reste donc au ministre à dégager des moyens pour atteindre l'objectif visé en soutenant par exemple la formation continue de l'ensemble des enseignants dans ce domaine ou en mettant en place avec ses collègues concernés une véritable politique de soutien à la diffusion des écrits et de promotion de l'accès au livre et à la culture pour tous les écoliers du Québec. À charge aussi pour les responsables des programmes de formation initiale à l'enseignement de prendre au sérieux ce défi et d'oeuvrer de façon à faire de la qualité du français un objectif de formation prioritaire.

»» Saison des idées
La radicalisation, ce danger mortel qui menace le PQ
Jacques Brassard
Le Quotidien mercredi 7 janvier 2004
L'humeur du temps - Le PQ s'est lancé dans un long et laborieux processus de réflexion et de débats sur son programme et son projet de Pays. Bernard Landry a baptisé cette démarche la "Saison des Idées". C'est poétique comme expression, mais il faut être conscient que le foisonnement d'idées que l'on souhaite voir jaillir des multiples congrès (comté/régional/national), au cours de l'année qui vient, risque peut-être de devenir un mélange dangereux de bon grain et d'ivraie.
Depuis sa fondation, le PQ a toujours été fasciné et tenté par le démon de la radicalisation. Cette attirance (particulièrement en matière de langue et de souveraineté) a souvent entraîné le PQ dans des chicanes fratricides et l'a même parfois fait basculer dans la politique-fiction.
Rappelons-nous le fameux congrès de décembre 1981, au cours duquel une majorité de délégués, écoeurés et révoltés par le coup de force constitutionnel de Trudeau et de Chrétien, ont convenu qu'une simple majorité de sièges, et non de voix, suffisait pour faire l'indépendance et, enfin, que l'association économique avec le Canada n'était plus utile. René Lévesque, après avoir d'abord songé sérieusement à partir, a finalement décidé de demander à tous les membres, par voie de référendum (consultation désignée par la presse de l'époque sous le nom de "renérendum" ), d'annuler en quelque sorte la "sortie de route" du congrès. Les membres, dans une proportion de 95%, donnèrent leur appui au fondateur du parti.
Marginalisation
René Lévesque savait qu'en politique des positions radicales conduisent inéluctablement à la marginalisation. Autrement dit, vous pouvez bien vous faire plaisir en vous campant dans des postures jusqu'au-boutistes, mais alors, il vous faut renoncer à un appui massif du peuple. Car, ce dernier n'est pas attiré, dans son immense majorité, par des propositions extrêmes, pour ne pas dire extrémistes. Eh bien, le risque de radicalisation est toujours fort présent au sein du PQ.
C'est ainsi, par exemple, que réapparaît l'idée d'extirper du projet de souveraineté le partenariat économique avec le Canada. Elle est même portée par une homme, François Legault, qui n'avait pourtant pas une réputation de va-t-en-guerre. Peut-être veut-il séduire les purs et durs du parti? Si tel est le cas, il joue un jeu dangereux. La géographie et la réalité économique commandent une forme de partenariat avec le Canada. Cela doit continuer de faire partie du projet de pays du PQ. Il ne faut jamais oublier que le 45% de répondants favorables à la souveraineté, qu'on retrouve d'un sondage à l'autre, s'exprime sur la question référendaire de 1995 qui prévoyait, comme chacun le sait, une offre de partenariat. Si vous supprimez toute référence à cette idée dans la question, les appuis baissent de moitié pour se situer autour de 25%.
Nocif et pernicieux
Alors, quand François Legault souhaite une question référendaire ne comportant aucune référence à l'idée de partenariat, il convie le PQ à se laisser tenter par une radicalisation nocive et pernicieuse dont l'effet ne peut être qu'une funeste marginalisation.
Nous voyons même ressurgir une idée pourtant mise au rancart il y a 30 ans, soit l'élection référendaire en vertu de laquelle une majorité parlementaire suffirait pour amorcer et compléter le processus d'accession à la souveraineté. Ce qui veut dire, concrètement, qu'avec 42% des votes exprimés, le PQ se jugerait mandaté pour faire l'indépendance. Ce qui serait une opération non seulement à haut risque politique mais carrément anti-démocratique.
Comme on peut le constater, la "Saison des Idées" constitue un voyage comportant bien des écueils et des chemins de traverse menant à des impasses. Le piège le plus dangereux qu'il convient d'éviter à tout prix, c'est celui de la radicalisation. Le PQ y est déjà tombé plus d'une fois. Il ne faudrait donc pas qu'il se laisse séduire par le vieux démon de l'outrance qui cabriole toujours sur le parquet de ses congrès. Ce pourrait être mortel.
Le projet de Pays proposé par René Lévesque en 1967 dans son livre "Option Québec" n'a pris aucune ride, il est encore étonnamment moderne, prenant en compte de façon remarquable deux tendances lourdes du monde contemporain: le désir d'autonomie des peuples et le besoin d'inter-dépendance. Il n'y a donc pas lieu de le démembrer.

»» Québec et France
Frédéric Bastien au Devoir
La France a-t-elle largué le Québec ?
Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 3 janvier 2004
Jacques Chirac qui salue triomphalement le départ de Jean Chrétien à Paris. L'hebdomadaire L'Express qui qualifie ce dernier de «plus grand premier ministre qu'ait connu le Canada depuis Trudeau» et qui brosse sur une quinzaine de pages un portrait apologétique du chef libéral sortant mais aussi du Canada qui fait «rêver les Français» et où les «réformes ont réussi». La France est-elle en train de larguer le Québec? Qu'en sera-t-il des relations franco-québéco-canadiennes dans l'ère Martin? Frédéric Bastien, auteur de Relations particulières (Boréal, 1999, 424 pages) et docteur en histoire politique, a accepté de répondre à nos questions.
C'est à Paris que Jean Chrétien a célébré, avec accolades ultra-chaleureuses de Jacques Chirac, la fin de sa carrière d'homme politique: comment interprétez-vous ce fait étonnant?
C'est moins étonnant qu'il n'y paraît au premier abord. MM. Chrétien et Chirac partagent le fait d'être des politiciens professionnels. Ils font de la politique davantage pour la joute que pour les idées. Ils se ressemblent donc un peu, ce qui explique que leurs relations personnelles aient été bien meilleures que celles, par exemple, de M. Chirac avec Lucien Bouchard, un homme politique somme toute plus idéaliste.
Il faut dire aussi que, pour cultiver les bonnes relations, Jean Chrétien a pu compter sur la grande amitié qui unit le président français à Jean Pelletier, ancien chef de cabinet de Chrétien. Pelletier avait réconcilié les deux hommes lorsque, en janvier 1995, M. Chrétien déclara que le Québec avait autant de chances de devenir souverain que Chirac d'être élu président.
N'est-ce pas aussi la victoire de l'ambassadeur sortant Raymond Chrétien, neveu de Jean Chrétien?
Raymond Chrétien a été un ambassadeur bien plus habile que son prédécesseur Jacques Roy, dont l'intransigeance face au Québec indisposait plusieurs diplomates au Quai d'Orsay. Il faut dire aussi que l'ambassade du Canada à Paris dispose d'un service de presse très efficace qui, depuis plusieurs années, supplante complètement celui de la délégation générale du Québec. Ceci dit, un bon ambassadeur ne peut, à lui seul, déterminer le cours des relations triangulaires entre Paris, Ottawa et Québec.
La chaleur et l'emphase de Chirac, n'est-ce pas, sur le plan des relations internationales, l'équivalent de la loi sur la clarté pour les souverainistes?
Pas du tout. Les relations personnelles et le protocole constituent un facteur qui a une certaine importance. Ce n'est toutefois pas ce qui pèse le plus dans la balance. L'élément clé est sans conteste le poids de la coopération franco-canadienne et franco-québécoise. Le fait est que les résultats concrets des échanges entre la France et le Québec ont toujours été plus importants que ceux issus des échanges franco-canadiens. Et ce malgré le succès récent d'Ottawa avec la numérisation de 400 000 documents d'archives de la Nouvelle-France, un projet mené à bien par les Archives nationales de France et celles du Canada, le Québec y étant plutôt absent. Il faudrait du reste bien plus pour que la France soit prête à lâcher le Québec en faveur du Canada. Et cette situation demeure, nonobstant toutes les déclarations favorables que peut faire un président français à l'endroit d'un premier ministre canadien sortant.
La République française pourrait-elle être en train de revenir à une position mitterrandienne favorable au Canada et sceptique face à la cause québécoise? Si oui, est-ce l'Irak qui a tout changé dans les rapports entre les deux pays?
Nulle surprise que Chirac, comme bon nombre de Français, soit sceptique face à la question québécoise. Il y a eu deux référendums où les Québécois ont dit non à l'indépendance. Jean Charest est au pouvoir au Québec et le Bloc recule à Ottawa. Encore là cependant, le président ne fera rien pour rompre les relations directes et privilégiées avec le Québec, comme en témoigne la visite qu'il a faite l'été dernier à Jean Charest, au moment de ses vacances en Estrie. Après être allé rencontrer Jean Chrétien à Shawinigan, il lui est apparu nécessaire de montrer que le Québec n'était pas en reste, d'où l'idée d'aller également visiter le premier ministre québécois. Quant à l'Irak, il s'agit d'un autre dossier. La France et le Canada peuvent être en accord ou en désaccord sur plusieurs enjeux internationaux; ce n'est pas pour autant qu'il y un marchandage sur les relations franco-québécoises. La France a tissé des liens avec le Québec dans le cadre de la promotion de la francophonie. Si le gouvernement fédéral essayait de minimiser ces relations en échange d'un appui sur telle ou telle question internationale, il démontrerait qu'il désire davantage banaliser le Québec que de faire la promotion du français dans le monde. De fait, il se trouverait complètement discrédité aux yeux de Paris.
À l'égard de la France, croyez-vous que Paul Martin poursuivra dans la voie tracée par Jean Chrétien?
Il tentera lui aussi d'avoir des relations chaleureuses avec Jacques Chirac, ce qui est d'ailleurs son rôle. S'il essayait toutefois de faire ombrage au Québec, ce que rien ne laisse croire à ce stade, il n'aura pas davantage de succès que celui obtenu par M. Chrétien ou M. Trudeau par le passé.
Dans le passé y a-t-il eu des périodes ou les gouvernements à Paris, à Ottawa et à Québec étaient autant sur la même longueur d'ondes (diversité culturelle, conservatisme fiscal, politique internationale, etc.)?
Que le Canada fasse cause commune avec la France en Irak en dépit des positions américaine et britannique, c'est très inhabituel. À l'instar de la question de la diversité culturelle, il s'agit clairement d'un facteur de rapprochement sur les grands enjeux internationaux. Par contre, même si les idéologies au plan interne sont semblables dans les deux pays, cela ne revêt pas une importance particulière en ce qui a trait aux relations bilatérales. La France de Mitterrand, par exemple, s'est beaucoup mieux entendue avec le Canada de Brian Mulroney qu'avec celui de Trudeau, même si aux plans idéologique et intellectuel, Mitterrand ressemblait bien plus au premier ministre libéral.

»» Saison des idées
Gérald Larose, un allié du Parti québécois
Farid Kodsi
Cyberpresse 7.1.2004
La nomination de Gérald Larose, ancien président de la CSN, à la tête du Conseil de la souveraineté montre clairement à quel point les syndicats sont à la merci du Parti québécois et que lorsque ce parti était au pouvoir, les chefs syndicaux du Québec en place sous le gouvernement précédent, entre autre Gérald Larose, étaient tous à la solde de Bernard Landry et compagnie. Leur rôle consistait à promouvoir l'idée de la souveraineté plutôt que de veiller au bien-être des travailleurs du Québec qui payaient aux prix de lourds sacrifices leur syndicat, ce dernier n'hésitant pas à augmenter les cotisations syndicales à tous les ans tout comme le gouvernement précédent ne se gênait pas d'augmenter le taux d'imposition des contribuables de la classe moyenne à chaque budget.
Les propos de l'ancien président de la CSN concernant la souveraineté manquent totalement de pertinence et de crédibilité lorsqu'il parle de la fin d'un cycle suite à l'élection du gouvernement de Jean Charest alors qu'il s'agit, en fait, du début d'une nouvelle époque qui fait table rase des vieux slogans auxquels nous ont habitués les syndicalistes et les séparatistes des années 60. M. Larose tout comme Landry-bec, son ami des années 60, ressassent tous les deux de vieilles idées qui ne touchent que de vieux baby boomers, lesquels tentent par toutes sortes d'astuces d'éveiller la nouvelle génération aux rengaines périmées de leurs ancêtres et au vocabulaire démodé et un peu trop vieillissant de leurs grands-parents. Et ce, à une époque où les portes du Canada et du monde sont grandes ouvertes à tous les jeunes Québécois pour faire valoir au sein du Canada tout comme à l'échelle internationale, leur savoir et leur compétence plutôt que de se limiter à cette tendance réductrice « le Québec aux Québécois » que leur présente M. Larose pour appuyer la thèse séparatiste du Parti québécois.
La nouvelle génération ne se confine plus aux petites politiques régionalistes de langue et de culture, elle voit grand et veut aller loin, le plus loin possible pour tenter des aventures bien plus vastes et beaucoup plus nobles que celles envisagées par le gouvernement précédent du parti québécois et les vieux syndicats du Québec simulant le bien-être des travailleurs pour appuyer la cause politique d'un parti, la souveraineté du Parti québécois, une tromperie que les jeunes Québécois n'assimilent plus aussi béatement que le faisaient leurs aînés des années 60. Leur slogan est fort simple : « On en a marre de la gang de séparatistes des baby boomers ».
Le deuxième point que M. Larose soulève, c'est celui de la provincialisation. Or, il n'est pas du tout question d'un processus de provincialisation, mais plutôt d'un vaste ensemble canadien, dont le Québec fait partie intégrante, revendiquant du même coup ses propres droits et participant par le fait même aux besoins de ce grand pays, le Canada, bâti grâce à la collaboration et à la coopération d'un grand nombre de Canadiens d'expression française qu'aucun Canadien qu'il soit Québécois, Ontarien ou Acadien ne peut passer sous silence.
Quant à la question nationale, l'erreur fondamentale du parti Québécois, c'est de la limiter aux sept millions de Québécois alors qu'elle touche l'ensemble de la population canadienne d'expression française, laquelle compte énormément sur le Québec et les politiques du Québec au sein même de la fédération canadienne pour promouvoir un Canada bilingue où la langue française, la langue de nos ancêtres, sera acceptée et respectée dans toutes les provinces du Canada au même titre que la langue anglaise comme cela s'est toujours fait depuis l'avènement au pouvoir de Pierre Elliott Trudeau et de la politique des langues officielles au Canada.
Le dernier point et non le moindre, c'est celui portant sur une réponse neuve aux défis nouveaux; c'est là où l'ancien chef syndical fait complètement fausse route quand il tente de nous faire croire que les petites nations comme le Québec ont tous les atouts nécessaires pour faire face à la mondialisation alors que toutes les nations du monde tentent de plus en plus de se regrouper avec la CEE, la communauté économique européenne et l'ALÉNA, l'accord de libre-échange nord-américain. Ce n'est certainement pas dans la division, la séparation et le fractionnement d'un pays que l'on peut cheminer convenablement dans cet élan grandissant de la mondialisation.
Certes, M. Larose a des comptes à rendre en tant que président du Conseil de la souveraineté et c'est probablement pour justifier sa nomination et le bien-fondé d'un tel conseil qu'il essaie de trouver certains arguments pour confirmer le besoin et la nécessité d'un tel conseil. Or, un conseil de ce genre ne représente tout au plus que la moitié de la population du Québec qui, au plus fort des sondages, appuie la souveraineté, ce qui veut dire tout au plus trois millions et demi de Québécois alors que le Conseil de la fédération, une initiative du gouvernement Charest, représente plus de 27 millions de Canadiens si l'on ne tient pas compte des séparatistes ou des souverainistes doctrinaires du parti québécois.
M. Larose a fort à faire pour convaincre l'ensemble de la population québécoise de la validité d'un tel projet mais entre-temps il peut toujours se contenter du poste que lui offre le parti québécois à la suite de celui que le gouvernement précédent du même parti lui a offert comme président des États généraux. Tout compte fait, cet ancien chef syndicaliste se tire très bien d'affaire en profitant d'émoluments de plus en plus alléchants en sus d'une si belle pension en tant qu'ancien président de la CSN. Il peut donc encore crier à la solidarité sociale des syndicalistes capitalistes.

»» prestation de compassion
Ottawa offre une aide aux proches de gens en phase terminale
PC mercredi 7 janvier 2004
MONTREAL (PC ) - Le gouvernement fédéral annonce la création d'une prestation de compassion afin de permettre aux personnes qui doivent soutenir un proche en phase terminale d'obtenir un revenu temporaire.
La prestation, provenant de l'assurance-emploi, sera d'une durée maximale de six semaines et ne pourra dépasser 55 pour cent du revenu, comme dans le cas des autres prestations d'assurance-emploi.
De plus, elle n'est offerte qu'aux personnes admissibles à l'assurance-emploi, excluant donc les travailleurs autonomes et autres travailleurs atypiques, et se limite aux cas où le proche parent risque de mourir dans les six prochains mois, certificat médical à l'appui.
La ministre du Développement social, Liza Frulla, a reconnu les limites de ce programme et a donné l'assurance qu'il s'agissait d'une base de départ sur laquelle le gouvernement avait l'intention de construire. Elle s'est également défendue d'y voir une intrusion d'Ottawa dans un champ de compétence provinciale, affirmant que le programme répondait à une demande de la population et des provinces. Elle a toutefois indiqué que la porte était ouverte à des discussions avec les provinces qui ne verraient pas la chose d'un bon oeil.
La Fédération de l'âge d'or du Québec s'est réjouie de cette annonce tout en déplorant les limites de la prestation. La FADOQ fait valoir que la grande majorité des aidants naturels doivent s'occuper de proches durant des mois, voire des années et non durant six semaines seulement.

»» prestation de compassion
Pelletier dénonce l'unilatéralisme du gouvernement fédéral
Rollande Parent
PC mercredi 7 janvier 2004
À peine lancé, le programme fédéral visant à fournir une prestation temporaire aux travailleurs qui doivent soutenir un proche en phase terminale a suscité des réticences, voire de vives critiques, de la part du gouvernement du Québec, du Bloc québécois et de la Fédération de l'âge d'or du Québec.
En conférence de presse, hier, le ministre fédéral des Ressources humaines et du Développement des compétences, Joe Volpe, et sa collègue du Développement social, Liza Frulla, ont expliqué que la prestation en question sera valide pour une durée maximale de six semaines, sera limitée à 55 % du revenu et sera réservée aux travailleurs admissibles à l'assurance-emploi qui prendront congé pour s'occuper d'un proche parent (un conjoint, un enfant, un parent ou un conjoint de fait) susceptible de mourir dans les six prochains mois. Un certificat médical du médecin traitant sera exigé.
Le programme sera également offert aux travailleurs canadiens dont le membre de la famille qui a besoin d'aide se trouve à l'extérieur du pays.
À Québec, le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, n'a pas tardé à dénoncer l'initiative fédérale.
«Une fois de plus, le gouvernement du Canada intervient dans des compétences provinciales», s'est insurgé le ministre.
«Si ça continue comme ça, grâce au déséquilibre fiscal qui lui profite, le gouvernement du Canada va faire tout ce qu'il veut et imposer toutes les conditions qu'il souhaite dans les champs de compétence que la Constitution attribue aux provinces», a-t-il ajouté.
«On ne peut pas diriger une fédération comme ça», a-t-il renchéri.
Le ministre Pelletier a été on ne peut plus clair. «Cela ne fait pas l'affaire du Québec. Le Québec s'objecte à cette intervention du fédéral dans ses compétences. D'ailleurs, il n'y a pas eu de consultation du Québec. Encore une fois, on est en présence d'une démarche fédérale unilatérale», a-t-il déclaré.
Le ministre entend profiter des prochaines semaines pour consulter ses homologues des autres provinces afin de déterminer ce qu'il y a lieu de faire.
Les ministres Volpe et Frulla avaient pourtant soutenu, tour à tour, que les provinces avaient été consultées.
«En 2002, les premiers ministres des provinces avaient indiqué le besoin d'un tel programme», a dit le ministre Volpe.
«Le gouvernement fédéral a l'obligation de mettre sur pied un programme, pas complet, que les provinces pourraient amplifier, adapter selon leurs exigences et peut-être avec beaucoup de collaboration avec le fédéral», a-t-il ajouté.
Selon les projections faites par le fédéral, le programme est susceptible d'entraîner des déboursés annuels de 1,5 milliard de dollars.
«L'annonce d'aujourd'hui n'est pas une provocation, mais une offre de collaboration», a soutenu le ministre Volpe.
La ministre Frulla a quant à elle indiqué qu'il sera possible d'améliorer le programme «bilatéralement, s'il le faut, avec les collègues provinciaux. Nous sommes très ouverts à le faire.»
Pour la porte-parole du Bloc québécois en matière de ressources humaines, Suzanne Tremblay, le programme fédéral n'est pas véritablement adapté aux besoins des gens, du fait que les personnes non admissibles à l'assurance-emploi ne pourront en bénéficier et que les travailleurs autonomes en seront exclus.
Du côté de la Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ), la porte-parole, Louise Aubert, a reproché au ministre Volpe d'avoir mis à l'écart les aidants naturels qui doivent soutenir leurs proches non pas pendant six semaines mais pendant des années.
«On trouve que le créneau choisi [le malade en phase terminale] est très limité et ne couvre pas les aidants naturels qui oeuvrent sur du long terme», a-t-elle fait valoir.

»» démographie
Un bilan troublant
Josée Boileau
Le Devoir samedi 3 janvier 2004
Les statistiques ont ceci de fascinant qu'au-delà des grandes tendances, leurs détails révèlent des fractures sociales qui, autrement, passeraient inaperçues. Le bilan démographique du Québec en 2003 ne fait pas exception à la règle.
Au premier chef, c'est la chute de la fécondité qui, encore une fois!, attire l'attention dans le bilan que l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) dresse de notre situation démographique. Moins de 72 000 bébés seraient nés au cours de la dernière année: depuis 50 ans, jamais le Québec n'a compté aussi peu d'enfants.
Le phénomène devrait inquiéter mais il ne le fait pas, comme en témoigne un sondage récent mené pour Radio-Canada et La Presse: six Québécois sur dix s'y disaient peu préoccupés par la dénatalité. S'il faut prendre acte de ce constat, le coupler à la chute encore plus forte de la natalité en Espagne, en Italie, au Portugal, en Allemagne, le détacher des scénarios d'apocalypse et le brasser avec l'accroissement mondial de la population, il reste néanmoins que des questions spécifiques au Québec doivent se poser.
Ainsi, ce n'est pas une vérité universelle que les Québécoises n'ont plus d'enfants. Dans les réserves autochtones, au contraire, le baby-boom ne finit pas, et il n'y a pas lieu de s'en réjouir. Les femmes y enfantent alors qu'elles sont encore trop jeunes, trop pauvres, trop peu scolarisées et trop peu soutenues par leurs compagnons - quand il y en a! Les adolescentes autochtones de 15 à 19 ans ont une fécondité six fois plus élevée que la moyenne des jeunes femmes de leur âge au Québec, celles entre 20 et 24 ans, deux fois plus.
L'enfant a beau être accueilli avec joie et bénédiction dans la culture autochtone, il faut lire dans cette fécondité le piètre état de la condition féminine dans les réserves. Or, obnubilés par leurs revendications autonomistes et territoriales, les chefs de bande n'en font toujours pas une priorité, et le reste du Québec ignore carrément le problème.
La situation vécue par les femmes autochtones trouve pourtant un écho dans une autre donnée, toute discrète, du rapport de l'ISQ et qui concerne le Québec tout entier: moins les femmes sont scolarisées, plus elles donnent naissance à des enfants hors mariage. Ce n'est évidemment pas la pertinence de ce mode de vie qui est en cause: au Québec, 67 % des naissances d'un premier enfant découlent d'une union libre (et 59,5 % de l'ensemble des naissances), marquant la nette et réjouissante cassure avec un système patriarcal qui distinguait enfants légitimes et illégitimes.
Néanmoins, le fait que ce choix se décline à des degrés divers selon les classes sociales (car pauvreté et faible scolarité vont de pair) devrait susciter la réflexion. Les enfants seraient-ils la seule source d'espoir pour ces femmes? Y a-t-il des pères à leur côté? Peu, pourrait-on croire, vu le grand nombre de mères seules qui vivent de l'aide sociale. Dans ce cas, n'est-ce pas l'état du couple qui devrait nous inquiéter, comme le clament certains démographes? D'autant que c'est au Québec, et de façon marquée, qu'on trouve le plus de gens de 35 à 65 ans qui vivent seuls, en comparaison de la France, des États-Unis et de l'Ontario. De plus, les jeunes Québécois rejettent de plus en plus la vie de couple.
D'autres faits sont troublants. Par exemple, depuis le début de 2002, la pilule du lendemain est vendue sans ordonnance médicale, et les Québécoises y ont eu plusieurs fois recours. À l'ISQ, on avait postulé que le nombre d'avortements en serait affecté. Pas du tout! Il a même augmenté à 29 140, un record.
De plus, il faut revenir sur cette donnée, largement ignorée mais qui marque notre histoire: le quart des Québécoises n'ont pas d'enfant. C'était vrai pour les femmes nées au début du siècle comme pour celles présentement fécondes - et c'est ce qui nous distingue des Françaises, qui ne sont que 11 % à n'avoir pas d'enfant.
Les familles nombreuses ont longtemps occulté le phénomène. Aujourd'hui, ces familles sont quasi inexistantes: en 1961, 44 % de la population vivait dans des familles de six personnes et plus; aujourd'hui, ce n'est plus que 5 %! On peut néanmoins croire que, dans la psyché québécoise, un coup de pouce au troisième enfant, comme l'avait fait le gouvernement de Robert Bourassa, stimulerait davantage la natalité que de se demander comment amener les couples à faire un premier bébé. Mais le sujet est tabou dans les milieux féministes.
Enfin, une donnée devrait faire réfléchir sur l'égalité des sexes: le déclin du double nom de famille. En 1992, 21 % des nouveau-nés y avaient droit; il n'y en avait plus que 13 % en 2003. Les «noms à rallonge» peuvent agacer ou faire sourire, mais ils découlent d'un souci, bien égalitaire, de perpétuation de la filiation maternelle. Le symbole n'a pas tenu le coup longtemps et n'est pas compensé par les trop rares mères donnant leur nom en propre à leur enfant. Le Nom du Père reste décidément une limite à ne pas franchir.
jboileau@ledevoir.ca

»» l'intervention de l'État
Pour faire progresser l'économie :
Une étude du FMI penche pour l'intervention de l'État
Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 7 janvier 2004
Un chercheur du Fonds monétaire international (FMI) vient de publier un document de travail qui démontre que les mesures fiscales actives représentent la méthode la plus efficace pour lutter contre le chômage et ainsi faire progresser l'économie. L'interventionnisme de l'État, comme les subventions à l'emploi ou encore le fait de payer une partie du salaire des nouveaux emplois créés dans un secteur, ne serait pas si mauvais après tout.
La recherche de Marcello Estevao, économiste de la branche européenne de l'organisme, reste surprenante venant d'un membre du FMI, largement en faveur du libre marché et habituellement contre tout interventionnisme, pourtant vanté dans le document qui date de décembre dernier. Le FMI a d'ailleurs pris soin de préciser que les conclusions ne reflétaient pas nécessairement la position officielle de l'organisme, puisqu'il s'agit d'une recherche toujours en cours.
Dans son préambule, le document intitulé Do Active Labor Market Policies Increase Employment? est pourtant clair. «Parmi toutes les mesures fiscales et économiques, la subvention directe à la création d'emplois est la plus efficace», tranche Marcello Estevao, qui a étudié les choix de développement économique adoptés par 15 pays industrialisés, dont le Canada, entre 1985 et 2000.
Comme «mesure fiscale active», l'auteur mentionne tout ce qui implique une injection directe d'argent pour créer des emplois: subvention aux jeunes défavorisés qui travaillent, paiement d'une partie du salaire de tous les nouveaux emplois créés dans un domaine précis, subvention aux familles à faible revenu lorsque les parents occupent un emploi, etc.
Un site désigné
Le gouvernement péquiste avait mis en place l'une de ces mesures au milieu des années 90, alors que l'État payait entre 30 % et 40 % du salaire de tous les nouveaux emplois créés dans le multimédia, l'informatique et une partie des biotechnologies, à la condition cependant que l'entreprise s'installe dans un site désigné, comme la Cité du multimédia ou la Cité du commerce électronique. Le programme a par contre connu plusieurs ratés au fil des ans, tant et si bien que les libéraux y ont mis fin lors de leur arrivée au pouvoir.
Le Québec était loin d'être le seul endroit où de telles mesures étaient appliquées, puisque la plupart des grands pays industrialisés en font autant à différents degrés. Lorsqu'on prend les résultats de ces politiques sur la création d'emplois, comparativement aux sommes dépensées en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), c'est le petit Luxembourg qui arrive en tête des 15 pays étudiés, devant, en ordre, l'Autriche, l'Australie, l'Allemagne, les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, le Danemark, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède, la Finlande, les Pays-Bas, la France, l'Espagne et la Belgique.
«Les programmes actifs de création d'emplois peuvent générer des résultats inespérés [windfall effects], peut-on lire dans le document. [...] L'association des différentes mesures de création active d'emplois sur la diminution du coût de production peut être assez importante pour stimuler l'offre d'emploi, augmenter les salaires et trouver un équilibre entre l'offre et la demande.»
L'économiste souligne que les mesures actives sont de loin préférables aux politiques coercitives. «Les mesures passives de création d'emplois, comme la compression de la prestation d'assurance-emploi, sont négativement associées à la création d'emplois.»
Des bémols s'imposent
Le document souligne toutefois que, «malgré leurs effets positifs, les mesures fiscales actives peuvent coûter très cher, ce qui pose la question de l'efficacité générale du programme versus le coût-bénéfice».
C'est probablement le principal problème de ces mesures, selon Marc Van Audenrode, professeur d'économie à l'Université Laval et spécialiste du marché du travail. «Effectivement, ça marche, mais le calcul qu'on ne fait jamais, c'est combien ça coûte vraiment en comptant les sacrifices qu'on impose ailleurs, dit-il. L'argent qu'on dépense dans ces programmes, il faut le prendre dans d'autres domaines. Les emplois qui disparaissent ailleurs, on ne les voit pas.»
Selon lui, ces études sont donc souvent «biaisées» et toujours positives, parce que «le bénéfice est facile à identifier, mais le coût est extrêmement diffus». Par contre, comme il y a du positif et que tous les pays jouent le jeu, «il faut le jouer aussi», estime Marc Van Audenrode.
Joëlle Noreau, économiste à la Fédération des caisses Desjardins, abonde dans le même sens. «Il faut pouvoir offrir quelque chose à ces grandes compagnies, dit-elle. Même dans des domaines de haut savoir comme l'informatique, il y a des pays comme l'Inde qui offrent des coûts de main-d'oeuvre bien inférieurs.»
L'économiste estime que ces mesures fiscales actives fonctionnent «très rapidement avec une excellente efficacité à court terme», mais qu'il faut voir dans le temps si ça porte fruit. «Après la fin des subventions, est-ce que l'entreprise va continuer à créer des emplois? Et lorsqu'on subventionne des PME qui meurent après quatre ou cinq ans, est-ce que la dépense a valu la peine?»
Les gouvernements font évidemment des calculs politiques et estiment que ces mesures, bien que coûteuses, rapportent sur le plan de l'image, pensent les experts. «Les dirigeants doivent gérer la pression sociale interne, souligne Joëlle Noreau. Quand le chômage est élevé, comme en Europe présentement, les gens veulent des solutions rapidement et c'est le meilleur moyen.»

»» Les 10 ans de l'ALENA
Le temps des remises en question
Martin Vallières
La Presse samedi 3 janvier 2004
Toronto - L'Accord de libre-échange nord-américain a 10 ans. Le 1er janvier 1994, l'ALENA entrait en vigueur, intégrant le Mexique dans la zone de libre-échange établie cinq ans plus tôt entre le Canada et les États-Unis. Après une décennie d'ALENA, quelles conclusions doit-on tirer? Des dirigeants d'entreprise sont partagés, malgré un bilan commercial plutôt bon. Des économistes, eux, s'inquiètent de l'impact de la hausse rapide du dollar canadien face à la devise américaine. Notre journaliste Martin Vallières fait le point.
Chez Mega Bloks de Montréal, le plus gros fabricant de jouets au Canada, on ne tarit pas d'éloges pour l'ALENA, 10 ans après son entrée en vigueur.
"Cet accord a facilité notre expansion dans l'immense marché américain, où nous étions déjà. Quant au Mexique, l'ALENA a ouvert la porte d'un marché où, 10 ans plus tard, notre part du créneau des jeux de construction dépasse celle de notre principal concurrent: la compagnie Lego du Danemark", résume Éric Phaneuf, directeur des relations avec les investisseurs et dirigeant financier de Mega Bloks.
"Le Mexique est aussi devenu notre tremplin vers l'important marché de l'Amérique du Sud, où le potentiel est grand mais le risque d'affaires encore élevé en raison de l'instabilité des taux de change."
Pendant ce temps, chez Consoltex, un important fabricant de tissus synthétiques qui a aussi son siège social à Montréal, le bilan de l'ALENA à son 10e anniversaire est plus mitigé, critique même.
"Ça se détériore à vue d'oeil pour l'industrie du textile depuis quelques années, après une première période plutôt positive", déplore Lucie Brassard, directrice des relations gouvernementales chez Consoltex.
"L'une de nos principaux problèmes, c'est que les États-Unis multiplient les accords de commerce bilatéraux avec des pays qui sont souvent des producteurs et exportateurs de tissus à faibles coûts de main-d'oeuvre. Ces pays sont exclus de l'ALENA mais ils deviennent néanmoins nos concurrents aux États-Unis, au fur et à mesure que le gouvernement américain réduit ses tarifs douaniers ou ses quotas d'importation à leur endroit."
Selon Lucie Brassard, cette évolution de la politique commerciale américaine est l'une des raisons qui expliquent la décision de Consoltex, annoncée en octobre, de fermer son usine d'Alexandra en Ontario, qui employait 160 personnes. La production de cette usine ontarienne a été transférée à une autre usine de Consoltex, à Cowansville, en Estrie.
La force du dollar
Un constat mitigé de l'ALENA parmi des dirigeants d'entreprises n'étonne pas des économistes comme Jayson Myers, des Manufacturiers et exportateurs canadiens, ou Ted Mallett, de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI).
En fait, ont-ils suggéré lors d'entretiens avec La Presse Affaires, l'ALENA pourrait bien être entré depuis quelques mois dans sa période d'examen le plus sérieux depuis 10 ans, du point de vue des intérêts économiques du Canada.
La principale raison de cet examen: la remontée rapide du dollar canadien face à la devise américaine au cours des derniers mois, de l'ordre d'environ 20 % depuis le début de l'année.
"L'avantage d'un dollar canadien faible pendant des années a été tel pour les manufacturiers canadiens, en ce qui touche leurs revenus d'exportation mais aussi une certaine protection contre les importations, qu'il est très difficile de distinguer les avantages particuliers de l'ALENA durant cette période, indique Ted Mallet, de la FCEI."
"Mais cet avantage d'un dollar faible a rapidement diminué depuis quelques mois. Cette situation pourrait même effacer une partie des gains du commerce international du Canada au cours des dernières années, que l'on a attribués un peu trop hâtivement à l'ALENA à mon avis."
Les exportations du Canada vers les États-Unis ont presque doublé en valeur depuis 10 ans, pour atteindre près de 385 milliards de dollars, alors que les importations ont progressé de 60 %. En conséquence, le surplus commercial du Canada avec les États-Unis a été multiplié par cinq, autour de 86 milliards.
Toutefois, entre le Canada et le Mexique, c'est pratiquement l'inverse qui s'est produit. Le déficit commercial du Canada a presque triplé en 10 ans, frôlant désormais les 10 milliards. Les importations canadiennes en provenance du Mexique viennent de passer le seuil des 13 milliards par an, quatre fois plus que la valeur des exportations.
Aussi, le Mexique a gagné beaucoup plus que le Canada en parts du marché aux États-Unis. Environ 12 % des importations américaines proviennent maintenant du sud du Rio Grande- deux fois plus qu'il y a 10 ans- alors que la part du Canada est restée aux environs de 18 %. Si la tendance se maintient, le Mexique pourrait supplanter le Canada en ce qui concerne la valeur des exportations aux États-Unis, d'ici 10 ans.
Nouvelle ronde?
Pour Jayson Mayers, des Manufacturiers et exportateurs canadiens, la remontée rapide du dollar, si elle se maintient, pourrait déclencher une nouvelle ronde de restructuration dans le secteur industriel au Canada.
Cette ronde ne manquerait pas de rappeler les souvenirs difficiles des premières années du libre-échange avec les États-Unis, au début des années 90.
"Jusqu'à récemment, l'économie canadienne était exemplaire parmi les principaux pays développés pour ses gains en emplois manufacturiers, suscités en bonne partie par la poussée des exportations, dit M. Mayers. Mais avec la remontée rapide du dollar, peu importe l'ALENA, les exportateurs devront dégager rapidement des gains de productivité pour protéger leurs résultats financiers. Et malheureusement, les décisions les plus rapides sont souvent des mises à pied et des fermetures d'usines."
Justement, cette dynamique des gains rapides de productivité est l'élément principal des critiques formulées par un autre économiste, du milieu syndical cette fois.
"C'est sûr qu'en regardant les statistiques du commerce international du Canada, avec les États-Unis surtout, on peut prétendre au succès de l'ALENA, comme le font allègrement des politiciens et certains intervenants économiques, a souligné Pierre Laliberté, économiste au Congrès du travail du Canada, la plus grosse organisation syndicale au pays."
"Mais ce bilan statistique de l'ALENA, c'est du trompe-l'oeil. La vraie question pour les citoyens canadiens, c'est l'impact de cet accord commercial sur leur qualité de vie, après 10 ans. Pour le moment, tout indique que l'ALENA a accentué la déconnexion entre les gains de productivité des entreprises et le niveau de vie des Canadiens, a poursuivi M. Laliberté."
"Pour rehausser leurs résultats financiers face aux pressions baissières sur les prix de leurs biens et services, les entreprises, surtout celles qui affrontent la concurrence internationale, ont eu surtout recours aux coupes de postes et aux réductions des conditions de travail de leurs employés."
Dans ce contexte, quelle suite pour l'ALENA?
D'autant que la volonté de trois pays participants de faire évoluer leur pacte commercial vers une zone de libre-échange des Amériques, la ZLEA, apparaît confinée pour le moment à la voie d'évitement. L'accord en est à son troisième avant-projet. Mais pour Peter Morici, professeur et analyste en commerce international à l'École de gestion de l'Université du Maryland et ex-économiste en chef à la Commission du commerce international des États-Unis, l'avenir incertain de la ZLEA pourrait s'avérer un moindre mal pour l'ALENA. La zone de libre-échange doit rassembler les économies des 34 pays des Amériques (Brésil, Argentine, Chili, etc.).
"J'ai lu en détail l'entente-cadre de la ZLEA qui fut discutée le mois dernier à Miami par les ministres du Commerce des pays des Amériques et, franchement, ça m'est apparu tout à fait incompatible avec les objectifs des trois pays membres de l'ALENA, indique M. Morici, lors d'un entretien de son bureau près de Washington."
"Tant qu'un pays sud-américain aussi important que le Brésil ne sera pas plus intéressé aux objectifs de libre-échange, la ZLEA a peu de chances de voir le jour. En contrepartie, c'est peut être mieux pour l'ALENA car ce traité, 10 ans plus tard, a encore laissé en plan de nombreux objectifs de ses signataires."
Entre autres, selon Peter Morici, les Canadiens ont raison de s'interroger face à la persistance de conflits commerciaux avec les États-Unis, comme celui du bois d'oeuvre, après 10 ans de libre-échange qui comporte son propre mécanisme de résolution des disputes, censé avoir force de loi.
"Le problème avec des disputes comme celle du bois d'oeuvre ou encore les subventions à l'agriculture, c'est qu'elles découlent davantage des intérêts de politique régionale au Congrès américain, qui vont souvent à l'encontre des objectifs des traités commerciaux", explique le spécialiste.
Par ailleurs, selon Peter Morici, les Canadiens doivent aussi réaliser que, du point de vue américain, le bilan de l'ALENA dépend bien davantage des relations d'affaires et commerciales avec... le Mexique.
"En regardant les statistiques de commerce et d'investissements, on peut conclure que l'ALENA est un important succès pour le Mexique, qui a fait des gains notables de parts de marché aux États-Unis et au Canada. Mais sur le terrain, au Mexique, cet essor commercial tarde grandement à rehausser les pratiques d'affaires et les conditions sociales, dit M. Morici."
"Je crois que c'est le prochain défi de deux autres partenaires "riches" de l'ALENA, le Canada et les États-Unis. Surtout s'ils veulent intéresser le reste des Amériques à adhérer au libre-échange au lieu de multiplier les ententes bilatérales isolées qui risquent, à la longue, de miner les avantages de l'ALENA."

»» finances publiques
Les factures grimpent
Alec Castonguay
Le Devoir samedi 3 janvier 2004
Les familles québécoises devront débourser entre 1200 $ et 1500 $ de plus cette année
Sans rien changer à leurs habitudes, les familles québécoises devront sortir entre 1200 $ et 1500 $ de plus de leurs poches cette année comparativement à 2003. Une facture occasionnée par toutes les hausses de frais que le gouvernement, les municipalités et Hydro-Québec ont décidé de refiler à la population. Même si le Parti libéral réussit à tenir sa promesse de baisser les impôts pour la classe moyenne avec enfants, le montant supplémentaire à débourser atteindra plus de 700 $ par famille. Sans compter les mauvaises surprises qui pourraient s'ajouter en cours d'année.
De l'électricité à la garderie, en passant par le tabac et les taxes foncières, jusqu'au changement d'indexation de la table d'impôt, le portefeuille des familles québécoises sera fortement sollicité en 2004. Le Devoir a sorti sa calculatrice en prenant comme exemple un ménage de deux adultes et deux enfants vivant à Montréal et profitant d'un revenu combiné de 65 000 $.
La garde des enfants
L'augmentation la plus salée est sans contredit la garde des enfants, et ce, partout au Québec. La hausse des frais de garderie de 5 à 7 $ par enfant par jour demandera d'importantes sommes aux parents. Pour une famille avec deux enfants qui bénéficie du service, la hausse est de 1040 $ par année. Si les petits sont déjà à l'école primaire, le montant suivra la même courbe ascendante puisque les garderies en milieu scolaire subiront le même sort à partir de septembre 2004. Deux mesures qui permettront au gouvernement d'empocher 165 millions par année.
La maison est chauffée principalement à l'électricité? Depuis deux jours, Hydro-Québec soutire 3 % de plus que l'an dernier à pareille date. Pour une résidence unifamiliale de taille moyenne, la facture mensuelle augmente de 4 $, soit 48 $ pour l'année. Un montant qui pourrait doubler en avril prochain si la société d'État se voit accorder une deuxième hausse équivalente, comme elle le demande avec insistance à la Régie de l'énergie. Une mesure qui permet à Hydro-Québec d'aller chercher près de 250 millions de dollars supplémentaires.
Le ministre des Finances, Yves Séguin, a modifié certains paramètres comptables cet automne, touchant au passage l'indexation des tables d'impôt. Les anciennes règles prévoyaient un taux d'inflation moyen de 3,1 %, alors que le gouvernement actuel ramène le taux à 2 %. Pour une famille avec un revenu de 65 000 $, c'est 73 $ qui s'envolent en 2004. Le gouvernement récupère ainsi 140 millions.
Avec ces trois mesures, la facture s'élève à 1161 $ de plus à débourser en 2004 pour une famille, sans compter les possibles ajustements à la hausse d'Hydro-Québec en avril. D'autres frais s'ajoutent selon l'endroit où habite le ménage. Une maison sur l'île de Montréal viendra également gruger le budget familial en raison de la hausse de la taxe foncière et du nouveau rôle d'évaluation. En moyenne, l'augmentation à Montréal est de 2,9 % en 2004. Pour une maison évaluée à 150 000 $, ce sont 70,95 $ de plus qu'il faudra sortir de sa poche.
D'autres villes seront aussi touchées par une hausse de la taxe foncière. À Québec, l'augmentation est de 1,75 %, tandis qu'à Laval, c'est 1,6 %. Longueuil échappe cette année à une facture municipale plus élevée à ce chapitre.
Le secteur des transports en commun, qui se plaint d'être sous-financé depuis que le gouvernement a substantiellement diminué son aide au cours des années 90, impose lui aussi des frais supplémentaires à ses usagers.
À Montréal, la carte mensuelle atteint 59 $ depuis deux jours, en hausse de 5 $. Pour l'année entière, une personne qui habite sur l'île et utilise les transports en commun verra sa facture annuelle grimper de 60 $. Le coût du laissez-passer régional pour les résidants de Laval ou de Longueuil prend lui aussi de l'ampleur avec une augmentation mensuelle de 9,50 $. Montant total supplémentaire à débourser chaque année: 114 $.
D'autres réseaux de transport subissent le même sort, notamment à Québec, où la carte mensuelle bondit de 2,25 $ pour se fixer à 62,15 $. La hausse annuelle est donc de 27 $.
Les fumeurs qui n'ont pas l'intention d'écraser devront aussi payer la note. Depuis le 5 décembre, la cartouche de 200 cigarettes se vend à 58,60 $, en hausse de 2,50 $. Au rythme de consommation d'un paquet par jour, le fumeur devra débourser 113,75 $ de plus en 2004.
Des baisses d'impôt insuffisantes
En prenant en considération ces différentes hausses de frais, une famille québécoise pourrait donc devoir sortir près de 1500 $ de plus de sa poche, sans avoir rien demandé. Et inutile d'espérer les baisses d'impôt gouvernementales pour couvrir ces hausses, puisque le programme libéral, même s'il est appliqué comme prévu, ne pourra pas combler le manque à gagner.
Selon le plan libéral dévoilé avant la campagne électorale et qui sert toujours de guide, les baisses d'impôt prévues pour les familles avec deux enfants se chiffrent à 3395 $ après cinq années de pouvoir. Pour 2004, la baisse attendue atteint 679 $ par famille, soit la moitié de toutes les hausses de frais.

»» réingénierie
Le modèle québécois taillé en pièces par les libéraux
Sylvain Gaudreault
Le Quotidien vendredi 26 décembre 2003
Le temps des Fêtes m'inspire une réflexion sur les traditions. Je ne parle pas ici des tournées en traîneau, du sapin de Noël et autres baisers sous le gui. Je pense à la longue tradition de changement social pratiquée par les Québécois et à la façon dont le gouvernement actuel l'ignore totalement.
On a beaucoup glosé sur le modèle québécois ces dernières années. On se permet n'importe quoi en son nom. Jean Charest prétend vouloir "réinventer" ce modèle en ouvrant toute grande la porte à la sous-traitance, et en préparant l'opinion publique à ce que la Société générale de financement (SGF) cède la place au privé dans le capital de risque pour les projets de moins de 100 millions $. Pauvre modèle québécois! Que de choses se permet-on en ton nom!
S'il y a une chose sur laquelle repose le modèle québécois, c'est bien la concertation entre les institutions. Par concertation, j'entends les conventions, les consensus communautaires, le partenariat, la solidarité, la coopération, etc. Cette culture organisationnelle fait partie des traditions au Québec. Elle détermine de façon importante le fonctionnement de la société depuis une quarantaine d'années.
Le gouvernement Charest
Entre Noël et le Jour de l'an, deux traditions du temps des Fêtes, il est opportun de jeter un oeil critique sur ce que le gouvernement Charest a fait cette année de la concertation en tant qu'héritage collectif de la Révolution tranquille: des lambeaux!
L'histoire de la concertation au Québec ne se limite pas au Mouvement Desjardins. Jusqu'aux années 1960, l'Église catholique et les syndicats ont fait appel à la concertation dans les secteurs de la Santé, de l'Éducation et de la défense des travailleurs. En 1962, le Premier ministre Jean Lesage a formalisé cette modalité de prise de décision à l'échelon gouvernemental, lors de la tenue du désormais célèbre "Lac-à-l'Épaule". Ensuite, on a vu se multiplier les conseils, les tables, les forums, les sommets, etc.
Depuis 40 ans, aucune des orientations majeures du Québec n'a été adoptée par les gouvernements, libéraux ou péquistes, sans que ceux-ci ne suscitent d'abord le dialogue entre des acteurs, a priori opposés.
Compréhension mutuelle
L'objectif est de favoriser la compréhension mutuelle, d'alléger les tensions et de mettre en oeuvre les actions dégagées par consensus. Il s'agit d'une formule originale qui trouve peu ou pas d'application ailleurs.
Pensez seulement à la Commission Parent sur l'Éducation, à la Commission Bélanger-Campeau sur la question constitutionnelle, aux États généraux de l'Éducation, aux Sommets sur l'Économie et l'Emploi, au Sommet de la Jeunesse et au Rendez-vous des régions. Ce genre d'événements d'interaction a même trouvé application à l'échelle régionale.
"Mandat clair"
Le premier populiste venu vous dira que cette façon de faire est lourde, qu'elle "coûte trop cher" et qu'on a assez réfléchi. Fini le bavardage, c'est le temps d'agir!
Il n'empêche que la concertation a donné des résultats positifs au Québec, dont l'un, non négligeable, fut la préservation de la paix sociale. Prenez l'atteinte du déficit zéro sous le règne de Lucien Bouchard. Sans les sommets de 1996, il aurait été difficile d'entreprendre cette lutte sans une réaction populaire telle que nous l'avons vécue cet automne.
En moins de huit mois de pouvoir, le gouvernement Charest a jeté par-dessus bord une série de mesures sociales importantes, et ce, sans aucune consultation. Il a ajouté l'insulte à l'injure en imposant le bâillon aux parlementaires.
Les Libéraux ont beau se draper dans le "mandat clair", ils n'ont reçu l'appui que de 46 % des électeurs, le 14 avril. Avec la sous-traitance, Jean Charest ignore 30 ans de jurisprudence en droit du travail en écoutant le seul Conseil du patronat. Il n'a fourni aucune justification pour la hâte avec laquelle il a légiféré. Il agit de la même façon en matière de gouvernance régionale. Pourtant, le Rendez-vous des régions s'est tenu il y a à peine un an!
Jean Charest a commis l'erreur d'ignorer la tradition québécoise de concertation. Au lieu de mobiliser les groupes sociaux en faveur du changement, le gouvernement les a braqué contre lui. Au-delà des questions de fond sur l'opportunité des réformes, le gouvernement Charest souffrira tout au long de son mandat de ne pas avoir impliqué ses partenaires.

»» bilan de la première année d'un gouvernement
L'année des promesses
Gilbert Lavoie
Le Soleil samedi 27 décembre 2003
Éditorial - Il est un peu injuste de faire un bilan de la première année d'un gouvernement, quand cette année n'a eu que huit mois. Huit mois, c'est un peu court pour "réinventer le Québec". Il faut plutôt tenter de voir si Jean Charest a jeté les bases des changements promis. L'équipe libérale a beaucoup fait parler d'elle pendant cette première année. Rapport Breton sur les finances publiques, défusions municipales, hausses des tarifs de garderies et d'électricité, mise en place du Conseil de la fédération, réaménagement des pouvoirs des régions, réforme des tribunaux administratifs, et fin d'année sur ton de conflits avec les syndicats, la politique québécoise n'a pas été terne.
Le gouvernement a bougé sur plusieurs fronts à la fois, mais la mise en oeuvre de ses actions reste à venir. Nous ignorons encore, par exemple, les effets réels des amendements à l'article 45 du Code du travail sur la sous-traitance.
Malgré tout le bruit qui a entouré l'adoption de ses politiques, le gouvernement Charest est encore bien loin du compte. "Nous préserverons notre système de santé ; nous lutterons contre le décrochage scolaire ; nous réduirons le fardeau fiscal ; nous allégerons les réglementations ; nous donnerons des pouvoirs aux citoyens des régions et nous utiliserons les nouvelles technologies pour offrir de meilleurs services aux citoyens à meilleur coût", promettait Jean Charest, en septembre 2002.
Le gouvernement a investi dans la santé, mais en puisant à même la réserve de 800 millions $ d'argent fédéral, allouée à l'année 2004-2005 dans le budget Marois. Le casse-tête du financement demeure donc tout entier. L'éducation a aussi reçu des fonds supplémentaires, mais les décisions restent à faire, notamment sur le financement des universités et l'avenir des cégeps. La réduction du fardeau fiscal demeure hypothétique, et la promesse de voir tout le monde en bénéficier a du plomb dans l'aile. Quant à la décentralisation des pouvoirs en faveur des régions, elle se limitera à une réforme de structures si la volonté politique et les fonds nécessaires ne suivent pas. C'est une histoire à suivre attentivement.
Finalement, Jean Charest a marqué des points dans son intention de bâtir un nouveau rapport de force avec le fédéral, grace à la mise sur pied du Conseil de la fédération.
Le changement était au coeur de la campagne libérale. La "réingénierie" gouvernementale en était le moteur principal, permettant de diminuer les coûts et de rapprocher le gouvernement des citoyens. L'intention est toujours là, mais le bilan dressé par les libéraux est plutôt mince : réduction de la taille du Conseil des ministres, révision de l'article 45, diminution du budget de formation imposé aux PME et réforme des tribunaux administratifs... Nous sommes encore loin de la réinvention de l'État.
Les huit premiers mois de ce gouvernement ne sont donc pas concluants. Ce qui saute aux yeux, par contre, c'est la transformation de Jean Charest. Le premier ministre affiche une détermination (ou un entêtement) qu'on ne lui connaissait pas. Il aurait eu tous les prétextes voulus pour effectuer des reculs stratégiques dans le dossier des municipalités ou des baisses d'impôt. Il a refusé, préférant avoir recours à des détours politiques alambiqués, plutôt que de baisser pavillon. Il a gardé le cap, convaincu qu'il sera impossible de faire les changements promis s'il ne bouge pas en début de mandat, et confiant que la population oubliera ses politiques controversées si elles sont suivies de mesures plus agréables.
Malgré tout le bruit des derniers mois, le bilan de 2003 demeure plus fort en promesses qu'en réalisations. Le vrai test viendra en 2004.
Lundi : Le test de 2004
GLavoie@lesoleil.com

»» bilan de la première année d'un gouvernement
Le vrai test en 2004
Gilbert Lavoie
Le Soleil lundi 29 décembre 2003
Éditorial - L'année 2003 a été marquée par une volonté de changement. Les Québécois ont manifesté leur volonté en se donnant un nouveau gouvernement. L'année 2004 devrait donc, en principe, accoucher de ces changements. Les 12 prochains mois seront fertiles en rebondissements, ou en désillusions.
S'il fallait croire les slogans syndicaux des dernières semaines, on pourrait penser que le Québec est déjà très avancé dans les réformes promises. Mais nous n'avons encore rien vu. L'année qui vient nous donnera la pleine mesure de ce qui nous attend. Si on pense avoir découvert un nouveau Jean Charest en 2003, déterminé ou entêté selon le point de vue, le vrai test de son gouvernement est à venir.
La course à obstacles sera parsemée d'embûches. Malgré la promesse du gel des frais de scolarité, la consultation sur le financement des universités, en février, annonce des débats passionnés entre les tenants et adversaires d'une majoration des frais. Jean Charest sera-t-il en mesure de tenir cette promesse ? Cherchera-t-on, encore une fois, à contourner l'engagement électoral par d'autres hausses de coûts ? Il suffirait d'un rien pour mobiliser les étudiants et les amener dans la rue, aux côtés des centrales syndicales. La partie sera corsée pour le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, qui ne s'est pas distingué par ses talents de communicateur depuis son entrée en politique.
Le début de l'année sera également pénible pour de nombreux ministres qui seront confrontés à la réalité budgétaire, et devront faire leur deuil des changements promis. Philippe Couillard pourrait bien se heurter aux mêmes obstacles qui ont bloqué Jean Rochon sous le PQ. M. Couillard aurait déjà fait savoir aux Finances qu'il lui sera impossible de remplir son mandat sans hausses budgétaires annuelles de 6 % par année. Marc-Yvan Coté demandait 3% plus l'inflation, il y a une quinzaine d'années ! M. Couillard n'est donc pas si gourmand... Mais Yves Séguin a déjà fait savoir qu'il faudra chercher des solutions ailleurs. Les finances publiques sont trop serrées.
Yvon Marcoux et Julie Boulet ont vu, tout récemment, la hausse des coûts du métro de Montréal gruger toute leur marge de manoeuvre budgétaire. C'est une situation intenable pour un ministère dont le budget courant est déjà grevé par un service de la dette faramineux. Il y aura des déçus chez les électeurs à qui on a promis des bouts de routes.
Au développement économique et régional, les ministres Michel Audet et Nathalie Normandeau devront gérer une baisse des interventions de l'État dans l'économie, tout en créant des emplois. La dépendance aux subventions, encouragée par le gouvernement Landry, est bien ancrée chez les gens d'affaires et les leaders régionaux. Il y aura des hauts cris, surtout si cela devait coïncider avec une hausse du chômage.
Et on n'a pas parlé des négociations avec les employés du secteur public, de l'équité salariale, de l'ouverture des registres sur les fusions municipales, de l'épineux dossier du bois d'oeuvre, et surtout de la présentation du premier vrai budget de ce gouvernement.
On a promis beaucoup de changements aux Québécois pendant la campagne électorale. Les gouvernements tiennent généralement pour acquis qu'il faut bouger rapidement en début de mandat, et que les réformes complexes sont beaucoup plus difficiles au fur et à mesure qu'on se rapproche des élections. L'année 2004 devient donc la dernière grande fenêtre de ce gouvernement pour compléter ses changements. Elle fera la différence entre le succès ou l'échec.
GLavoie@lesoleil.com

»» bilan de la première année d'un gouvernement
Charest devrait cesser de sourire
Maxime Rioux
La Tribune samedi 27 décembre 2003
Àl'issue de la session parlementaire qui vient de se terminer, le député de Drummond et vice-président de la Commission de l'agriculture des pêcheries et de l'alimentation, Normand Jutras, clame que les engagements du gouvernement libéral ne sont pas respectés, que la paix sociale est compromise et que Jean Charest devrait cesser de sourire.
M. Jutras n'a pas été tendre à l'endroit de M. Charest lors du point de presse à son bureau de comté. "Si j'étais son conseiller, je m'empresserais de lui dire d'arrêter de sourire, car la situation est très sérieuse", de dire celui-ci. Et en ce qui concerne le bilan de la session parlementaire, il n'est pas très reluisant pour le clan libéral.
"Tous les projets de lois controversés du présent gouvernement ont été proposés à la date limite, soit le 15 novembre, et le bâillon a été déposé le 15 décembre. Cela ne donne qu'un mois pour discuter des projets de lois et c'est déplorable", fait-il savoir.
Ce qui est contradictoire selon M. Jutras, c'est que ce sont les gens du Parti libéral qui ont demandé au Parti québécois il y a quelques années d'allonger le délai avant d'imposer un bâillon, prétextant que ce n'était pas démocratique de l'imposer tout-de-suite après le dépôt d'un projet de lois.
"Actuellement, j'ai vraiment l'impression que Jean Charest est en train de donner de grands coups dans sa première de mandat et qu'il compte se faire pardonner au cours des trois suivantes, d'exposer le député de Drummond. Mais ce sera dur de se faire pardonner, d'autant plus que ses projets de lois ne seront pas rentables en bout de ligne."
En ce qui a trait aux centres de la petite enfance, c'est l'horreur d'après le député de Drummond. "Le gouvernement libéral se dit moins interventionniste, mais lors d'une récente manifestation à Drummondville, la représentante des centres de la petite enfance a affirmé que jamais dans l'histoire, les centres de la petite enfance n'ont été aussi envahis par un gouvernement."
L'augmentation des tarifs pour le gardiennage et la récupération des surplus accumulés par certains centres de la petite enfance par le gouvernement Charest sont au nombre des actions qui sont décriées au plus haut point par le député péquiste.
Quant à la santé, la préoccupation première des libéraux durant la campagne référendaire, Normand Jutras se dit complètement outré des façons qu'ils utilisent. "Je suis persuadé que présentement, l'état de l'urgence à l'hôpital Sainte-Croix (à Drummondville) est pire qu'en avril dernier. Ils désirent camoufler le fait qu'ils manquent d'argent en procédant à une réforme des structures. Je ne suis pas contre les changements, mais lorsqu'ils ne servent à rien d'autres que déranger les gens, car cela affecte les employés, je suis tout à fait contre. D'autant plus que quand on pense à la situation de la santé à Montréal, on est en droit de se demander de quelle façon ils vont s'y prendre pour faire leur réforme", s'indigne M. Jutras.
Pour ce qui est de l'article 45, M. Jutras affirme que personne n'y gagnera. "Cet article est extrêmement mal rédigé. Je concède que la version précédente n'était pas vraiment mieux, mais là, on se retrouve à la case départ. Étant avocat et ayant plaidé plus d'une fois, je peux dire qu'à cause de cet article 45, de grands débats jurisprudentiels sont à prévoir. Et les patrons n'y gagneront pas plus. En fait, je ne prévois aucune retombée positive en ce qui concerne ce projet de loi", de souligner M. Jutras.
"Depuis l'arrivée des libéraux, il y a des manifestations à chaque jour à l'Assemblée nationale. Le 11 décembre dernier, lorsque se tenait la manifestation monstre, M. Charest est sorti tout sourire en disant, je vais écouter les gens alors que la décision d'imposer le bâillon était déjà prise", de relater le député de Drummond.

»» bilan de la première année d'un gouvernement
Charest: jugé au mérite
Valère Audy
La Voix de l'Est samedi 27 décembre 2003
Éditorial - Jean Charest et son gouvernement sont en chute libre selon le tout dernier sondage CROP-La Presse. À tel point que s'il y avait eu élections générales, entre les 15 et 17 décembre, le peuple aurait renvoyé les libéraux dans l'opposition au bénéfice de leurs adversaires péquistes. Quelle dégringolade en huit mois à peine!
Rien d'étonnant à cela quand on sait que les libéraux ont réussi à faire l'unanimité contre eux, à l'exception, bien entendu, du Conseil du patronat. Ils se sont d'abord mis tous les syndicats à dos en faisant la sourde oreille à leurs prétentions et mises en garde. Les parents sont mécontents de la hausse des tarifs des garderies. Les étudiants craignent une hausse de leurs frais de scolarité. Les bénéficiaires de l'aide sociale sont en attente de coupes et contraintes.
De leur côté, Loto-Québec, la SAQ et Hydro-Québec passent à la caisse, refilant la note aux intermédiaires et clients d'où, entre autres, une augmentation des tarifs d'électricité le 1er janvier et probablement une autre au printemps. Les patrons de l'industrie du vêtement sont irrités. Fusionnistes et défusionnises (grandes villes) le sont également. Les agriculteurs s'estiment injustement traités. Et la "petite madame" suivra tout autant le premier ministre que les "Yvettes" ont ennuyé le PQ.
Malgré tout, M. Charest soutient qu'il agit conformément au mandat obtenu et que son gouvernement marque l'histoire. Dans son entourage, on croit que la période des Fêtes et le temps calmeront les mécontents. Or, il y en a qui errent, qui ne savent pas "prendre la température" du milieu pour emprunter au vocabulaire du président de la FTQ. Car la tempête reprendra de plus belle après les Fêtes et les négociations à venir seront ardues.
Certes, le gouvernement est-il passé à l'action, mais de maladroite façon, avec une précipitation injustifiée et, n'en déplaise au premier ministre, sans mandat aussi fort qu'il le prétend. En baillonnant l'opposition et en refusant un véritable dialogue avec les centrales syndicales, l'équipe Charest piétine la démocratie et renvoie dans la rue avec ce que cela comporte de risques les échanges qui devraient se faire à l'Assemblée nationale et en commissions parlementaires sur les grands changements à venir.
Il n'y avait aucune urgence à agir aussi rapidement, car ni la santé, ni la sécurité publiques n'étaient en jeu. Seule l'agenda politique et partisan peut expliquer pareille précipitation. Mais c'est pour le moins malhabile quand on sait que toucher aux pierres angulaires des lois du travail peut perturber le climat social, qu'il vaut mieux prendre le temps d'expliquer et bien faire, d'impliquer les grandes centrales syndicales au lieu de les provoquer. M. Charest a beau appeler au calme, il jette lui-même de l'huile sur le feu.
Quant au mandat, il importe ici de rappeler que l'équipe Charest n'a décroché le pouvoir qu'avec 46 % des suffrages exprimés, ce qui (quelle distorsion!) lui vaut 60 % des sièges. Il règne ainsi, quasiment en dictateur, contre le gré de 54 % de la population dont il baillonne les représentants. Et voilà qu'un sondage révèle que sa cote de popularité chute à quelque chose comme 35 %. Il faut alors avoir du front tout le tour de la tête pour prétendre disposer d'un fort mandat et marquer positivement l'histoire.
Bref, le cabinet Charest court lui-même après le trouble. Non seulement en bavant les adversaires, mais en narguant aussi son propre électorat, car il y a des libéraux chez les syndiqués des secteurs publics et privés, les parents des petits à faire garder, les maires des grandes villes, les agriculteurs, les assistés sociaux, etc. Il ne s'agit pas ici de nier la nécessité d'importants changements dans les lois du travail, les services de santé, de garde et d'éducation, mais de signaler qu'il faut agir avec intelligence plutôt qu'à la manière d'un éléphant qui s'introduit dans un magasin de porcelaine.

»» bilan de la première année d'un gouvernement
Le gouvernement Charest doit être félicité pour son courage
Jean-Paul Gagné
Les Affaires samedi 27 décembre 2003
Éditorial - Il était évident que le programme législatif du gouvernement Charest allait provoquer la grogne dans certains milieux. En effet, les lois adoptées apportent des changements importants dans plusieurs domaines, dont les relations de travail, les services de garde, le développement régional et le monde municipal.
Pourtant, la grande majorité de ces lois proviennent du programme du Parti libéral, que Jean Charest a aussi expliqué à maintes reprises avant et pendant la campagne électorale qui l'a porté au pouvoir. En gros, le nouveau gouvernement a respecté ses engagements.
Le parti libéral a été élu pour changer la façon dont nous étions gouvernés. Les deux tiers des électeurs ont voté pour ce virage (ceux qui ont voté pour l'Action démocratique voulaient des changements encore plus radicaux), le reste des votes allant au Parti québécois, que soutenaient les centrales syndicales.
D'aucuns estiment que le gouvernement a pris la bouchée trop grosse, prenant le risque de mécontenter beaucoup de monde en même temps. Il y a parmi ces critiques des gens d'affaires qui ne croyaient pas en la capacité du chef libéral de montrer autant de détermination. Ils pensaient qu'il allait renoncer à ceci et à cela, face aux pressions des syndicats qui ne rechignent pas au recours à l'intimidation et aux gestes illégaux pour arriver à leurs fins.
C'était une bonne stratégie pour le gouvernement de présenter ses projets de loi les plus difficiles en début de mandat. Plusieurs de ces lois sont importantes, telles la hausse (insignifiante) de 5 à 7 $ des tarifs dans les garderies et les modifications à l'article 45 du Code du travail pour faciliter la sous-traitance.
Il est cocasse que le Parti québécois ait fait un plat avec la hausse des tarifs des garderies, alors qu'il avait lui-même envisagé de les porter à 10 $ pour compenser l'explosion des coûts pour l'État. Dans la même veine, il est ridicule de blâmer le gouvernement pour avoir fait adopter rapidement les modifications à l'article 45, alors que cette question a été étudiée et discutée dans les milieux intéressés pendant des années. Il était temps qu'un gouvernement montre du leadership en matière de législation sur le travail. Il aurait d'ailleurs dû abolir le décret sur l'assujettissement de l'installation de la machinerie de production à la loi sur la construction passé par le gouvernement Landry avant les élections. Ce décret est une des causes de l'explosion des coûts de modernisation de l'usine de Chandler, dont le Fonds de solidarité et la Société générale de financement sont les actionnaires les plus importants. Des injections de fonds seront bientôt requises dans ce "projet social", comme le qualifie Frank Dottori, président de Tembec.
Le gouvernement a fait preuve de leadership, mais la communication sur le bien-fondé de ces mesures législatives n'a pas fait le poids face à la désinformation, au battage publicitaire et au vacarme des syndicats et des groupes sociaux contre lui. Il faut s'attendre à ce que le programme législatif des prochaines années soit moins controversé, ce qui ne veut pas dire que le gouvernement aura la vie facile.
En effet, les manifestations et les dommages que l'on a fait subir au gouvernement et à la population n'étaient pas motivés seulement par les projets de loi présentés. Cette charge était aussi un exercice de mobilisation des troupes syndicales, une répétition pour les grandes manoeuvres qui marqueront le renouvellement des conventions collectives des employés du secteur public. C'est là que ça va compter pour les syndicats, puisque c'est là que se trouvent les gros enjeux.
Le premier est la rémunération; les syndicats demandent une hausse des salaires de 12,5 % sur trois ans (au coût de 3 G$), l'indexation, des primes, des congés et d'autres améliorations. Un deuxième sera la flexibilité que recherche le gouvernement pour mieux organiser le travail et que les syndicats combattront pour maximiser les heures travaillées et, par le fait même, les cotisations syndicales. Un troisième enjeu sera la question des libérations d'employés syndiqués et des frais afférents à l'arbitrage des griefs, qui sont à la charge du gouvernement, contrairement aux usages dans le secteur privé où les parties partagent 50-50 la note d'honoraires. Ce dernier enjeu est important pour les bureaucrates syndicaux.
Ces questions sont cruciales, car la situation financière du gouvernement est catastrophique; les Québécois, faut-il le rappeler, ont le fardeau fiscal le plus lourd au Canada.
Les employés de l'État, qui bénéficient de la sécurité d'emploi, méritent une rémunération décente. L'intérêt public commande toutefois que les sommes consacrées à celle-ci soient utilisées de façon optimale.

»» laïcité
Un compromis possible :
Le Québec n'a pas à évacuer la religion de la sphère publique
Solange Lefebvre
L'auteure est titulaire de la Chaire Religion culture et société inaugurée à l'Université de Montréal il y a quelques jours.
La Presse samedi 27 décembre 2003
Au Québec, nous sommes pour toutes sortes de raisons fixés sur le modèle largement fictif d'une France laïque totalement neutre, pendant que celle-ci rame pour réintégrer les questions religieuses à l'école. Jusqu'à maintenant, la question religieuse y était bannie des curriculums d'étude publics, au nom de la laïcité. Les Français, épris comme on sait de culture générale, voient très bien qu'on ne peut plus évacuer la question religieuse sous peine d'un immense déficit culturel chez les jeunes générations, déficit qui augmente déjà dangereusement. Résultat? Jésus en croix représenté des centaines de milliers de fois dans les chefs-d'oeuvre des 2000 dernières années devient un "monsieur sur un morceau de bois", et de jeunes étudiants réclament le droit de porter leur casquette à l'école, puisque il y a "des juifs qui le portent, eux, leur petit chapeau" (la kippa, calotte portée par des juifs pratiquants).
Règne dans le discours public, de manière plus ou moins claire, l'opinion selon laquelle la religion n'est qu'une affaire de choix privé et intime, que la "neutralité de l'État" est une évidence, alors qu'il s'agit en fait d'un concept fort discuté et dont on ne trouve nulle part de modèle pur. Pourquoi? Notamment parce que la religion appartient à la vie des individus et des groupes, à la culture, qu'on ne peut traiter de manière purement juridique. Et pendant que ces positions dites "progressistes et modernes" circulent, la quasi totalité des pays occidentaux maintiennent un enseignement religieux à l'école publique. Plus, l'Angleterre et le Danemark, entre autres pays, ont toujours une religion d'État, ce qui ne les empêche pas de se trouver, pour des raisons différentes, parmi les pays les plus avancés au monde. La Belgique, la Suisse et l'Allemagne financent toujours à travers leurs impôts certaines religions majoritaires. Qu'en est-il de la France qui influence nombre de nos élites?
Une exception
Cette France laïque est en fait une "exception" en Europe, et elle est aussi plus habile au compromis qu'il n'y paraît. Évoquons pour le montrer le débat récent sur les signes religieux à l'école publique et le rapport Stasi, qui vient d'être publié. Celui-ci rappelle et maintient que la France "laïque" finance notamment l'entretien des lieux de culte établis avant 1905 et les aumôneries dans le système public. Il recommande aussi le maintien du modèle confessionnel public (catholique et protestant) dans la région d'Alsace-Moselle, fidèle en cela à une longue tradition culturelle, sans compter le financement généreux d'un système privé confessionnel partout en France. Il recommande cependant de bannir tout signe religieux à l'école publique, voile, crucifix et autres. À cet égard, pour notre propre débat, il faut marquer la différence, surtout au plan de la question de l'immigration. On sait que de nombreux musulmans sont issus d'anciennes colonies françaises, ce qui crée un rapport de force singulier, et que l'immigration massive a créé des problèmes urbains particuliers.
Cela étant dit, rappelons la question majeure et initiale du débat français: la réintégration de questions religieuses dans la formation pré-universitaire, partout en France. Là on touche une laïcité profonde qui se manifeste à travers la suspicion chez certains enseignants, que la question religieuse abordée dans les diverses matières signifie le retour d'un pouvoir des religions.
Devant cette méfiance, les gouvernants sont prudents, recourant par exemple à Régis Debray, intellectuel de gauche qui a jadis combattu auprès de Che Guevara, et dont les dernières publications portent sur le sacré et sa fonction dynamisante (on est loin de l'opium du peuple!). Il a donc été mandaté par le ministre de l'Éducation pour rédiger un rapport sur l'éducation religieuse à l'école qui est paru en 2002. Il recommande d'intégrer la question religieuse dans plusieurs matières, de proposer des parcours de formation complémentaire ou continue aux éducateurs. Ça démarre mais lentement. On peut croire à ce titre que l'interdiction des signes religieux à l'école publique vise en partie à convaincre de la neutralité du projet d'éducation religieuse.
Certes, la vision a-religieuse ou neutre de l'État est défendable et légitime, mais elle se présente trop souvent comme la seule voie pertinente en modernité, au mépris de toute position fondée, pragmatiquement, sur divers compromis entre organisations religieuses, société civile et État, comme c'est le cas à peu près partout en Occident. À cet égard, un dernier exemple mérite d'être mentionné, celui des États-Unis, renommés pour leur séparation entre le privé et le public au plan religieux. Faut-il rappeler que nos voisins ont toujours fortement valorisé la dynamique économique privée? Ceci se reflète dans leur système de taxation, permettant au privé d'investir depuis les premières vagues de colonisation des sommes d'argent devenues colossales pour financer les églises et les écoles confessionnelles, même des universités privées comme Harvard et Yale. Bref, les polarisations entre "confessionnel" ou "neutre" dans les débats sur la religion occultent des aspects fondamentaux.
Et chez nous maintenant?
Il faudrait donc chez nous mieux analyser la diversité des modèles légitimes entre État, société civile et organisations religieuses qui ont cours en Occident; reconsidérer la place de la question religieuse dans les curriculums d'étude, revoir les contenus, tout en respectant la foulée historique du Québec. Il ne faudrait surtout pas abandonner le projet de former des éducateurs et des intervenants capables d'une analyse sereine et distanciée du religieux. Au contraire il faut l'affirmer et le développer.
L'analyse sereine implique une clarification de ses propres convictions (fussent-elles "laïques" ou a-religieuses), la sortie d'une exclusion pure et simple de la conviction différente d'autrui, et l'intégration d'une connaissance suffisante des grandes religions et du phénomène religieux. Depuis la loi 118 notamment, malgré les apparences, ce projet est menacé, au nom d'une conception de la citoyenneté qui refoule les identités culturelles et religieuses à la marge de l'école publique. Nombre de nos élites se réclament à cet égard du projet républicain français, en le tronquant, en occultant ses compromis. Mais surtout, la comparaison devrait favoriser la réinterprétation de notre propre foulée historique très spécifique. (...)

»» laïcité
Il faut reconsidérer la place de la question religieuse à l'école
Solange Lefebvre
L'auteure est titulaire de la Chaire Religion culture et société inaugurée à l'Université de Montréal il y a quelques jours.
La Presse samedi 27 décembre 2003
(...) Au Canada, de manière générale, assez peu d'éducation religieuse est assurée dans le système public des diverses provinces canadiennes, dont certaines prennent tout récemment de nouvelles initiatives pour pallier à cette absence.
Au Québec, on se souvient des vifs débats suscités par la parution du rapport Proulx, qui ont valu un nombre sans précédent de mémoires à une commission parlementaire. La loi 118 qui a suivi recommandait une déconfessionnalisation des structures scolaires, un maintien de diverses options de cours, mais selon un nombre d'heures tellement réduit que peu de futurs enseignants estiment pertinent de se former en vue d'enseigner la religion à l'école. On est passé d'un service d'animation pastorale à un service d'animation spirituelle et communautaire obligatoire, encore à définir et, surtout, à assurer dans plusieurs écoles où il est absent.
On peut se demander si le projet républicain de citoyenneté du Parti québécois, qui se veut inclusif selon un objectif nationaliste et souverainiste, n'a pas ainsi voulu refouler la religion comme dimension identitaire dans les marges de la formation scolaire. Le projet de formation citoyenne demeure dans le curriculum du niveau secondaire, que deviendra-t-il sous le règne libéral? Il me paraît urgent de reconsidérer la place qu'y tient la question religieuse, en respectant à la fois l'histoire et la culture québécoises, et le défi d'éduquer à la diversité religieuse. Ceci concerne le niveau d'éducation secondaire obligatoire. Maintenant, qu'en est-il du niveau post-secondaire?
Au post-secondaire
Aux niveaux collégial et universitaire, la réflexion est variable. Malheureusement, il fut assez courant que le passage par le niveau collégial s'accompagne d'une initiation "antireligieuse" par certains professeurs attachés à l'héritage marxisant des années 1970. Dans ces années régnaient les maîtres du soupçon, présentant la religion comme illusion (Freud) ou comme opium (Marx). Beaucoup d'étudiants sortaient du cégep en disant: "Mon prof m'a dit que Dieu n'existait pas" (véritable profession de "non-foi")".
Depuis, le niveau collégial a sans doute clarifié le rapport que les diverses disciplines nouent avec la question religieuse. Les réflexions fleurissent depuis 20 ans en particulier sur le rapport intime entre civilisation occidentale et christianisme, sur la diversité religieuse, de quoi inspirer un enseignement moins idéologique. Au niveau universitaire, on trouve quelques facultés et départements de théologie et de sciences religieuses. Pour justifier une rationalisation du niveau universitaire, des leaders du précédent gouvernement en faisaient d'ailleurs l'exemple privilégié, une illustration retentissante du "ménage" à faire dans les universités québécoises. Ce qui fut en partie fait, en commençant par le système scolaire pré-collégial. Est-ce là vraiment tenir compte de notre dynamique historique propre, de nos défis culturels et civiques?

»» Stéphane Dion
Stéphane Dion, l'antipoliticien
Michel Lebel
L'auteur a été professeur de droit constitutionnel.
La Presse lundi 29 décembre 2003
La boîte aux lettres - Stéphane Dion semble surpris de ne pas faire partie du cabinet Martin. À sa place, je ne le serais pas, et pour plusieurs raisons, dont la principale est qu'il représente le type même de l'antipoliticien. Par sa droiture intellectuelle et morale, par sa remarquable capacité d'analyse, par son côté "premier de classe" et par son style non séducteur ou racoleur, l'ancien ministre me paraît mal cadrer dans la définition du politicien canadien typique, qui est généralement un non-intellectuel, homme ou femme d'affaires, avocat ou notable local, caméléon, toujours prêt au compromis.
En second lieu, au plan constitutionnel, il était intimement associé à l'ancien premier ministre Chrétien. C'est ce paradoxal tandem (instinct et raison) qui a assuré l'adoption de l'importante Loi sur la clarté, qui prévoit une plus grande transparence démocratique en cas de souhaits de sécession dans une province. Une fois la chose faite et Jean Chrétien parti, qu'est-ce que pouvait espérer cet antipoliticien qu'est Stéphane Dion?
Si Paul Martin voulait donner une image de renouveau à son cabinet, il ne pouvait pas le garder comme ministre. Non pas que M. Dion n'ait pas les capacités intellectuelles pour occuper un autre poste de ministre que celui qu'il avait sous Jean Chrétien, bien au contraire. Mais la politique a ses règles qui ne sont pas celles de la seule raison.

»» ZLEA
Déclin de la ZLEA dans la politique américaine
Frédéric Wagnière
La Presse lundi 29 décembre 2003
Après le manque de progrès vers l'établissement d'une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), lors de la conférence de Miami en novembre, les États-Unis semblaient se préparer à suivre une autre stratégie pour parvenir au même objectif par une série d'accords régionaux.
La conclusion d'un accord de libre-échange avec des pays d'Amérique centrale semble être un pas dans cette direction.
En réalité, Washington a peut-être mis de côté ce vaste projet continental pour poursuivre des buts beaucoup plus limités.
L'importance de la ZLEA a toujours été de créer un cadre économique et institutionnel pour faciliter la solution de problèmes démographiques et de sécurité nationale présentés par l'Amérique latine.
Cette zone, dont le Canada fait aussi partie, devrait à la longue aplanir les différences de niveau de vie et d'organisation sociale entre le Nord et le Sud et qui sont parmi les causes de l'immigration clandestine vers les États-Unis et du trafic de drogue.
Étant donné que Washington estime que les questions de sécurité ne peuvent pas attendre, une entente a été conclue avec l'Amérique centrale, qui ressemble à un accord de libre-échange mais qui, dans l'esprit de ses auteurs, a un tout autre sens.
Il est, en effet, difficilement concevable qu'un accord avec les pays les plus pauvres d'Amérique latine puisse montrer la voie à un accord semblable avec les pays les plus forts, dont le Brésil et l'Argentine.
Cela avait été le cas pour le Mexique et pour le Chili, qui ont atteint un niveau de développement proche des pays industrialisés et qui sont, dans bien des domaines, concurrents du Brésil et de l'Argentine.
Cette stratégie avait pour but de mettre le Brésil, qui cherche une certaine unité politique en Amérique du Sud, devant un fait accompli et de réaliser ainsi la ZLEA.
Elle avait encore un sens il y a peu de temps, lorsque le Brésil semblait se débattre éternellement avec ses faiblesses financières qui n'allaient jamais lui permettre de jouer le rôle politique auquel il aspire.
Par ailleurs, le Mercosur, dont il fait partie avec l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay, semblait sur une voie de garage après l'effondrement de l'économie argentine.
En peu de mois, la situation a changé. Le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, se montre capable d'obtenir d'importantes concessions du Congrès et de ses propres partisans, lui permettant de poursuivre des réformes financières.
Il parvient ainsi lentement à donner des assises plus stables au dynamisme économique dont le Brésil est capable. Quant à l'Argentine, elle se relève avec éclat de sa crise monétaire et financière.
La politique du gouvernement consiste à sortir l'économie du marasme sans trop se soucier des horreurs financières qui sont si difficiles à résoudre.
Le Mercosur a ainsi repris vie au moment où le Brésil joue un rôle politique plus important tant à l'Organisation mondiale du commerce que dans le contexte des Amériques.
Par ailleurs, on commence à se rendre compte en Amérique latine que la force du président Lula da Silva est moins ses prétentions politiques, qui ne sont pas très différentes de celles de son prédécesseur, que sa capacité d'innover en combinant la stabilité et la rigueur financières à une politique sociale ouverte et généreuse.
Et il crée des adeptes dans toute l'Amérique du Sud, notamment en Argentine où le président Nestor Kirchner veut aussi poursuivre un programme social tout en assainissant les finances.
Quant à l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), son image est en train de changer en Amérique latine. Il continue à représenter l'accès au marché des États-Unis, mais après l'expérience mexicaine il est nettement moins attrayant comme modèle.
Le Mexique passe effectivement par une mauvaise phase parce que ses manufacturiers, qui avaient énormément augmenté leur production pour exporter aux États-Unis, sont accablés par la concurrence chinoise depuis plusieurs années.
En 10 ans de libre-échange avec les États-Unis et le Canada, le Mexique a entrepris beaucoup de réformes, mais les structures industrielles ne permettent pas encore d'atteindre une productivité comparable à celle des pays industrialisés.
Cependant, les salaires mexicains sont maintenant passablement plus élevés qu'en Chine.
De toute évidence les industriels mexicains n'ont pas fait l'effort nécessaire pour rester concurrentiels une fois qu'une autre forme de concurrence surgirait.
En attendant, le Mexique dépend étroitement de la conjoncture américaine tout en ayant gaspillé sa capacité de s'adapter aux besoins de ce marché.
Enfin, le président Vicente Fox n'a pas réussi à faire adopter par le Congrès une nouvelle législation fiscale qui devait faciliter les investissements industriels.
L'Amérique du Sud ne lorgne plus le Mexique avec envie comme à l'époque où l'ALENA semblait garantir à coup sûr l'industrialisation de l'économie.
Enfin, les États-Unis ont montré par leur accord avec l'Amérique centrale qu'ils ne croient plus tellement au libre-échange.
Washington a toujours répondu aux critiques protectionnistes, tant parmi les agriculteurs que parmi les syndicats, que le libre-échange crée des emplois aux États-Unis en ouvrant les portes des marchés mondiaux aux produits américains.
Dans le cas de l'Amérique centrale, cet argument sonne un peu creux, d'autant plus que ces pays exportent surtout des produits comme le sucre et les textiles, qui sont parmi les plus protégés aux États-Unis.
Ainsi les États-Unis semblent poursuivre leurs intérêts nationaux prioritaires dans leurs relations avec l'Amérique latine, mais la ZLEA n'est plus à la place d'honneur parmi ces intérêts.

»» Politique linguistique
L'UQAM enracine son caractère francophone
Marie-Andrée Chouinard
Le Devoir mardi 30 décembre 2003
Après mûre réflexion, l'UQAM a choisi de réaffirmer son identité francophone: l'université n'assouplira pas ses critères d'admission en français pour étudiants non francophones, n'obligera pas non plus ses candidats du premier cycle à suivre 10 % de leurs cours dans une langue autre que celle de Molière et n'offrira pas de formation sur mesure en anglais.
Le recteur de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), Roch Denis, a en effet proposé à sa Commission des études, au début de novembre, une politique linguistique dénuée des propositions les plus controversées du Groupe de travail sur l'intégration des étudiants non francophones à l'UQAM et sur la langue d'enseignement, comme l'a appris Le Devoir.
Ce groupe de travail, présidé par le professeur Paul Bélanger, avait en effet formulé, au début de l'année 2003, une quarantaine de recommandations, dont l'exclusion des candidats non francophones à un règlement de l'UQAM sur la «connaissance satisfaisante du français écrit et parlé» comme condition d'admission, de même que l'inscription des étudiants du baccalauréat à trois cours «dans une langue autre que le français, afin de leur permettre de maîtriser les concepts et la terminologie de leur domaine d'études». Il proposait en outre d'offrir la formation sur mesure dans des langues autres que le français, comme le font déjà d'autres universités québécoises dites francophones.
Le recteur Roch Denis, responsable de la rédaction du projet de politique linguistique, affirme qu'il «n'a pas jeté le bébé avec l'eau du bain», mais qu'il n'a pas tenu uniquement compte du rapport Bélanger. Le projet de politique, exigé de l'ensemble des universités par Québec pour l'automne 2004, propose donc de faire de l'École des langues l'axe central autour duquel graviteront plusieurs mesures de renforcement du français pour les étudiants qui en auront besoin, mais aussi d'apprentissage d'autres langues. Des cours crédités dans «d'autres langues que le français» seront offerts aux étudiants pour maîtriser la terminologie liée à leur champ d'études et atteindre «une capacité adéquate de communication scientifique».
«Ce sera des cours d'anglais, pas des cours de gestion en anglais, il faut que ce soit clair», précise le recteur. Pas question d'imposer un pourcentage des cours du baccalauréat dans une langue autre, ni d'inviter certains membres du corps professoral à offrir leur cours autrement qu'en français. «On ne commencera pas, ni avec 10 % des cours, ni avec 22 %, à faire comme si nous étions une université bilingue», explique Roch Denis. «Nous sommes et serons une université francophone!»
Pour mieux servir sa «mission», l'École des langues sera toutefois dotée de moyens supplémentaires, et les maîtres de langue embauchés en nombre plus grand - la signature récente d'une convention collective avec ce groupe de professionnels prévoit ainsi l'ajout d'une quinzaine de professeurs, a expliqué le recteur.
La politique, sur laquelle la Commission des études sera appelée à se prononcer officiellement au début de l'année 2004, prévoit aussi des ententes de réciprocité avec des universités montréalaises anglophones. «Nous sommes en train de conclure une telle entente avec McGill», confirme Roch Denis.
Le projet de politique inscrit clairement son intention de tout mettre en oeuvre pour «favoriser le recrutement et l'accueil d'étudiants d'autres communautés linguistiques», qu'ils soient étrangers ou non. Sans diminuer ses exigences d'admission en français pour ces candidats particuliers, l'UQAM propose «des programmes spéciaux d'apprentissage intensif de la langue française», une responsabilité qui incombera aussi à l'École des langues.
«La diminution des exigences d'admission, ça n'a pas tenu la route», explique le recteur, faisant allusion aux recommandations du rapport Bélanger. «On s'affirme comme une université francophone et on le confirme, mais on met en place des mesures de soutien pour ces groupes-là. Plutôt que de rogner sur les exigences, on va mettre en place de nouvelles exigences.»
Les critiques adressées à l'UQAM dans la foulée du rapport Bélanger ont indisposé le recteur Denis, qui n'a pas aimé qu'on l'accuse de minimiser l'importance du français. «Certains nous ont accusés de vouloir diminuer nos exigences pour aller chercher d'autres "clients"», raconte le recteur. «D'abord, ce ne sont pas des clients, mais un bassin d'étudiants que nous nous devons d'accueillir. Ce n'est pas normal que les étudiants étrangers se dirigent spontanément vers les universités anglophones quand ils pourraient venir chez nous aussi. Il faut faire des efforts pour les accueillir.»
Choqué de voir certains de ses collègues offrir la formation sur mesure en anglais tout en s'affichant établissement francophone, le recteur Denis interpelle aussi les ministres de l'Éducation et de la Culture du Québec «sur l'interprétation à donner à la politique linguistique québécoise» concernant la formation sur mesure, que l'UQAM compte offrir exclusivement en français.
«Je souhaiterais qu'on ait des règles du jeu communes, voilà tout», explique le recteur en entrevue. «Si je suis une université francophone, et qu'on me demande de livrer une formation en anglais, est-ce que je déroge aux règles? Quelle est la portée des dispositions de la Charte de la langue française à cet égard, je voudrais qu'on me réponde?», demande M. Denis, qui précise en outre que c'est dans cette zone de formation que les universités se livrent parfois la concurrence la plus vive.
La politique linguistique, qui passera sous la lorgnette des instances officielles au début de l'année, prévoit aussi de faire passer un test de français à certains membres du personnel de l'UQAM de même que la mise en place d'un service de monitorat pour soutenir les étudiants éprouvant des difficultés en français. Elle pourrait être en application pour la rentrée 2004-2005.

»» Politique linguistique
Une tentation à éviter
Lysiane Gagnon
La Presse mardi 6 janvier 2004
Nouvelle étonnante: "L'UQAM, titrait récemment un quotidien, a décidé de réaffirmer son caractère francophone"... Le lecteur qui n'aurait pas suivi certains débats internes à l'université n'en croira pas ses yeux. Quoi? N'est-il pas dans la vocation essentielle de l'UQAM d'être une institution francophone?
Pour comprendre cette curieuse décision, il faut retourner en arrière. Il y a un peu plus d'un an, un groupe de travail présidé par Paul Bélanger, professeur à la faculté d'éducation, proposait diverses mesures pour attirer des étudiants non francophones.
Dans cette optique, l'UQAM offrirait aux étudiants la possibilité de remettre leurs travaux en anglais; on assouplirait les règles d'admission qui exigent que l'étudiant ait "une connaissance satisfaisante du français parlé et écrit". On allait jusqu'à recommander que certains cours (notamment trois des cours du baccalauréat) soient donnés "dans d'autres langues que le français".
En somme, on proposait de faire de l'UQAM, à moyen terme, une université plus ou moins bilingue! Il est tristement significatif que l'UQAM ait pris un an pour rejeter cette proposition aberrante.
Les partisans de cette solution faisaient valoir que la majorité des jeunes allophones vont à McGill ou à Concordia. Soit. Mais cela n'a rien d'étonnant.
McGill est l'une des meilleures universités au Canada, il n'est pas anormal de vouloir s'y inscrire. Concordia a l'avantage d'offrir un milieu intensément multiculturel- une caractéristique que les universités francophones n'acquéreront qu'avec le temps. Tous les allophones font leur primaire et leur secondaire en français, et près de la moitié fréquentent des cégeps français. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu'ils choisissent ensuite une université anglaise? La meilleure façon, pour l'UQAM, d'attirer des étudiants non francophones est de développer des secteurs d'excellence, certainement pas de devenir une fade copie franglaise de ses concurrentes.
L'UQAM se serait orientée sur une bien mauvaise voie en détruisant son identité française pour attirer une poignée d'étudiants de plus. Peut-on imaginer le sabir qui en aurait résulté? Une partie des étudiants n'aurait pu suivre les cours donnés en français... et il y a fort à parier que la presque totalité des professeurs francophones de l'UQAM serait parfaitement incapable de donner des cours en anglais.
On survalorise le degré de bilinguisme des francophones. Ce n'est pas parce qu'on est capable de lire un bouquin en anglais ou de magasiner à New York qu'on peut enseigner et corriger des travaux en anglais. Idem pour les professeurs de McGill ou de Concordia, qui sont souvent des bilingues fonctionnels... mais qui seraient incapables de développer leur pensée, encore moins d'écrire en français. C'est quelque chose qui, de toute façon, n'a jamais été suggéré du côté anglophone. À McGill, les étudiants ont le droit d'écrire leurs travaux en français (très peu s'en prévalent), mais on n'est jamais allé aussi loin que de proposer d'offrir des cours en français.
La tentation reste forte, chez les universités francophones, de faire plus de place à l'anglais. À l'Université de Montréal, certains rêvent d'introduire des cours en anglais, à l'instar des HEC qui sont devenues, à toutes fins utiles, une institution bilingue.
On reluque avec envie le gigantesque bassin international auquel s'abreuvent les concurrentes anglophones, pour ce qui concerne tant le recrutement des professeurs que celui des étudiants.
Mais les institutions francophones devraient modérer leurs transports et réaliser qu'elles n'ont rien à gagner en travestissant leur identité. Les universitaires voulant travailler en milieu anglophone préféreront toujours l'original à la copie. Partout dans le monde, les universités fonctionnent dans la langue nationale, même si l'anglais, cela va de soi, est partout très présent, ne serait-ce que parce que les recherches de pointe se font en anglais dans la plupart des domaines.
Les universités francophones du Québec sont d'ailleurs loin d'être isolées. D'abord, leur langue reste une très grande langue de culture- la seule langue, à part l'anglais, qui est parlée sur tous les continents. Non seulement servent-elles de phares en Afrique française et dans le Maghreb francophile, mais elles ont réussi ces dernières années à attirer une très forte clientèle européenne, surtout française.
C'est un phénomène intéressant, d'ailleurs. Le mouvement de va-et-vient est exactement l'inverse de ce qu'il était il y a 30 ou 50 ans. Parce que les universités françaises (ne pas confondre avec les Grandes Écoles qui accueillent l'élite) se sont grandement détériorées, ce sont les Français qui viennent aujourd'hui chercher au Québec les diplômes supérieurs que les Québécois allaient naguère chercher en France...
Le défi de nos universités consiste plutôt à viser l'excellence de la formation, à travers une langue parlée et écrite de qualité accrue.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Lettre ouverte aux indépendantistes de toutes tendances.
DES DANGERS DU JOVIALISME POLITIQUE
Pierre-Luc Bégin
Vice-président
Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ)
TRIBUNE LIBRE 7 janvier 2004
"Il est grand temps de cesser de croire au fair-play de nos ennemis et de
faire face au réel. Froidement. Intelligemment. Courageusement."
- Pierre Falardeau
Déconfiture appréhendée du gouvernement Charest
Depuis toujours un adversaire acharné du mouvement national québécois, le
conservateur Jean Charest, à la tête d'un gouvernement québécois qui n'a de
libéral que le nom, a déclaré la guerre au mouvement syndical et à la
société civile québécoise en général. Sous-traitance, privatisation,
déréglementation, hausse des tarifs des services publiques et
parapubliques, tout semble être sur le point d'y passer. Charest et son
équipe forgent eux-mêmes leur impopularité mieux que ne pourrait le faire
l'opposition. Et cela pourrait bien causer leur perte à court terme.
En effet, avec l'addition d'une crise inévitable sur la question de la
défusion-partition et la question nationale du Québec qui reste plus que
jamais à résoudre et pour laquelle Charest et ses valets n'offrent qu'une
seule réponse, soit la soumission et le désengagement de l'État québécois
dans ses champs de compétence pour mieux y laisser entrer le gouvernement
fédéral centralisateur d'un Paul Martin affamé d'y mettre la main, la
confrontation amorcée avec les forces vives du peuple québécois pourrait
bien sonner le glas de ce gouvernement fédéraliste. On se met donc à
penser, plusieurs le font, à l'élection du Parti Québécois lors du prochain
rendez-vous électoral et à un Québec libre dans 5 ans.
Or, s'il est vrai que les libéraux de Charest se préparent une joyeuse
tempête et qu'il est très réaliste de penser à l'élection d'un gouvernement
du PQ à la prochaine élection et la tenue d'un référendum sur la
souveraineté dans l'année qui suivra, il faut être conscient de tous les
obstacles qu'il nous reste à surmonter pour l'avènement de notre
libération nationale. Surtout, il faut s'y préparer avec le plus grand
sérieux et la plus grande détermination, sans jovialisme ni optimisme béat.
Sans être pessimistes, il nous faut être réalistes et se forger une
détermination sans faille qui rejette d'avance la compromission et
entrevoit tous les scénarios.
D'abord, il faut oeuvrer à l'élection d'un Parti Québécois social-démocrate,
allié à la société civile, sur la base d'un objectif fondamental: réaliser
l'indépendance du Québec. Il faut donc combattre ceux qui tentent de
flétrir le PQ en demandant à ses membres d'abandonner leur rêve, et
également recréer la jonction naturelle entre le Parti Québécois
social-démocrate et les forces vives et progressistes de la nation
québécoise. Ainsi, il restera à gagner la joute électorale. Malgré toute
l'opposition qu'il se forge, le Parti libéral comptera une fois de plus sur
le vote anglais et non-francophone et il se pourrait fort bien que
l'ébullition ait diminué quand surviendra le rendez-vous électoral et que
cela favorise la possible réélection du PLQ. De même, le désir de "changement" des Québécois, aussi irrationnel que puéril, pourrait pousser
nombre des nôtres à être tentés par l'Action démocratique du Québec et son
jeune-vieux chef. Méfions-nous de l'eau qui dort.
Par contre, il est somme toute très réaliste de penser pouvoir gagner cette
bataille et amener au pouvoir un PQ progressiste, engagé à faire
l'indépendance du Québec et, pour ce faire, engagé aussi à tenir un
référendum sur la souveraineté dans la première année de son mandat. Une
souveraineté pleine et entière, nullement subordonnée à une quelconque
négociation de partenariat. Et voilà la vraie bataille à gagner. Non pas
uniquement le référendum, mais bien réaliser l'indépendance du Québec. Et
ici, les obstacles, quoique surmontables, sont énormes et demandent de
s'atteler à la tâche dès maintenant.
D'abord, le camp du OUI doit être la plus large coalition possible et
regrouper tous les secteurs de la société québécoise, sans distinction
aucune. Le projet de société? La liberté de notre peuple, point final!
Cette coalition est à bâtir et cela doit se faire dès maintenant. Le
Conseil de la Souveraineté pourrait en être le vecteur, mais, jusqu'à
aujourd'hui, ce n'est pas le cas.
Par ailleurs, et cela est crucial, le mouvement indépendantiste doit
développer des outils d'information et de propagande aptes à pouvoir
répliquer à l'énorme machine propagandiste fédéraliste. Si nous aspirons à
faire l'indépendance démocratiquement, c'est d'abord la bataille de
l'information que nous devons gagner. Et nous partons de très loin. Face
aux empires Gesca et CanWest, nous n'avons même pas un hebdomadaire pour
répliquer et mettre de l'avant une grille d'analyse indépendantiste de
l'actualité politique!
Cependant, il est un point fondamental qui, négligé, invalide tout le reste
de notre démarche et même de notre histoire nationale. En tenant compte des
intérêts et des rapports de force, il faut se poser les questions suivantes:
1- Jusqu'où les forces fédéralistes canadiennes et leurs alliés sont
prêts à aller pour empêcher l'indépendance du Québec?
2- En conséquence, jusqu'où devrons-nous aller pour la libération de notre pays?
Le jusqu'au-boutisme des forces fédéralistes
Il ne faut pas se leurrer sur ce point, il est désormais démontré que les
forces fédéralistes canadiennes sont prêtes aux pires choses pour bloquer
l'avènement du pays québécois. Fini le jovialisme dans ce domaine.
Si l'on
croit qu'ils ont usé au maximum de la fraude et du terrorisme psychologique
en 1995, alors qu'ils se croyaient assurés de la victoire, nous n'avons
rien vu et nous scellons nous-mêmes d'avance notre défaite.
Lors du
prochain référendum, il faut s'attendre à ce que les forces fédéralistes
jouent leur va-tout et dépensent sans compter, qu'elles créent par milliers
des citoyens canadiens instantanés assurés de voter NON, qu'elles fassent les
pires menaces, jusqu'aux menaces militaires et aux prophéties de guerres
civiles, pour empêcher la victoire du OUI.
Or, il faut prévenir les coups (référendum rapidement après l'élection,
carte d'électeur obligatoire, utilisation des fonds de l'État québécois
pour la promotion de son affranchissement face au non-respect fédéraliste
de la limite des dépenses référendaires, répliques rationnelles aux
menaces, etc.) et ainsi penser remporter la bataille référendaire. Mais ce
ne sera pas le pays. Nous laissera-t-on agir?
En premier lieu, le gouvernement québécois offrira sans doute des
négociations au Canada sur un certain nombre de points : monnaie commune,
partenariat économique, etc. En fait, il faut être naïf au dernier degré
pour penser que le gouvernement canadien acceptera même de s'asseoir à la
table de négociation. Soyons clairs, l'indépendance du Québec est à
l'avantage des Québécois, victimes d'oppression, et au désavantage du
Canada, qui profite de notre exploitation et de notre soumission. Quel
avantage aurait le gouvernement canadien à négocier avec un Québec engagé à
devenir indépendant, négociation ou pas? Aucun. Le Canada aurait tout à
perdre à négocier avec le Québec car son but est clair: empêcher
l'indépendance par tous les moyens. Sa stratégie? Claire comme de l'eau de
roche: obliger le Québec à déclarer l'indépendance unilatéralement pour lui
donner le mauvais rôle.
Ainsi, quelle sera la réponse du Canada à cette déclaration unilatérale
d'indépendance qu'il faudra faire? Un refus, évidemment. Que restera-t-il
au Québec? Une reconnaissance internationale? Halte au jovialisme! Les
liens entre le gouvernement français et les gouvernements Charest et
Chrétien-Martin devraient suffire à convaincre les plus rêveurs que la
reconnaissance de la France est loin, très loin d'être acquise. "Non-ingérence, non-indifférence". Non-ingérence. Rien n'est acquis. De
toute façon, ce seul appui ne pourrait suffire. Soyons réalistes.
Les USA? Il suffit de lire le livre "Dans l'oeil de l'aigle" de
Jean-François Lisée pour constater à quel point les USA, républicains et
démocrates confondus, sont hostiles à l'indépendance du Québec et qu'ils ne
voient aucun avantage à en retirer face au statu quo. Conséquemment, jamais
les USA ne reconnaîtront l'indépendance du Québec sans y être obligés.
Cul-de-sac? Non, bien sûr. Nous devrons imposer notre indépendance à la
face du monde. Voilà le plan de match. Or, jusqu'où devrons-nous aller?
Jusqu'au bout de la guerre d'usure
D'abord, il faudra s'assurer du maintien de la sécurité, du respect de la
démocratie québécoise et du respect de l'intégrité des frontières
nationales du Québec. CELA DOIT ÊTRE PRÉVU DÈS MAINTENANT. Ainsi, comment
pouvoir maintenir la paix sociale au Québec sans une force armée de
sécurité face à des groupes partitionnistes enragés soutenus par le
gouvernement fédéral et son armée? Le Québec doit se doter au plus tôt d'un
embryon de forces armées avec état-major et service de renseignement qui
assurera la transition dès le lendemain du référendum entre l'armée
canadienne au Québec et ses soldats québécois (indépendantistes à plus de
70%) et ce qui doit être dès le lendemain du vote la force de SÉCURITÉ
armée québécoise.
Cependant, si le Québec réussit à maintenir une certaine paix sociale dans
ses frontières au lendemain d'un OUI, il doit également s'assurer de la
non-belligérance du gouvernement canadien. Or, on sait depuis belle lurette
que le gouvernement fédéral a dans ses cartons des plans d'interventions
militaires au Québec en cas de déclaration unilatérale d'indépendance (Plan
"Neat Pitch" et autres). Ainsi, comment réagir? La réponse, c'est que
c'est maintenant que nous devons réagir et dissuader d'avance le Canada
d'user de la force contre le Québec.
D'abord, le Parti Québécois doit
affirmer que l'État québécois sous sa gouverne saura se défendre contre une
occupation étrangère. De plus, le peuple québécois lui-même doit dire haut
et fort qu'il n'acceptera pas une occupation militaire étrangère. Et, bien
que nous devons faire agir nos contacts diplomatiques, ne comptons surtout
pas uniquement sur la communauté internationale! Où était-elle pendant les
Mesures de Guerre? Rangée du côté du plus fort, du Canada. Et, en espérant
que cette prise de position dissuasive suffise, nous préparer à nous
défendre contre une telle manoeuvre de l'État canadien.
Et cela pourrait
même se faire pacifiquement, par un débrayage général illimité et la
désobéissance civile de masse, comme ce fut le cas en Géorgie dernièrement,
par exemple. Mais il se pourrait également que nous soyons acculés au pied
du mur et que nous soyons obligés de riposter à la force par la force. Nous
devons être prêts ou à tout le moins y réfléchir et en débattre. Fini
également le jovialisme en ce domaine. Or, dans l'état actuel de la pensée
au Québec, il n'est même pas permis d'en discuter. Cela est très grave.
Suicidaire.
Par ailleurs, il ne faudra pas non plus hésiter à jouer nos atouts
économiques face à l'hostilité du Canada, des USA et de leurs alliés. Nos
deux voisins profitent largement de notre économie et auraient beaucoup à
perdre à se mettre en travers de notre route et/ou susciter le chaos au
Québec. Nous devrons froidement et sans dentelle leur faire comprendre
qu'ils n'ont pas intérêt à faire dérailler la situation au Québec.
En ce sens, devant une démonstration de force du peuple québécois, après
avoir TOUT essayé, il se peut que l'État fédéral canadien se rendre compte
qu'il perd la guerre d'usure, que la volonté québécoise est inflexible et
qu'il accepte de négocier la question du Québec. Ce sera alors la valse des
demandes de compromis.
Nous devons dire dès maintenant à ces messieurs
canadiens que nous n'accepterons aucun compromis. Nous ne voulons pas d'une
moitié d'indépendance, d'une moitié de liberté, nous la voulons pleine et
entière. Et l'exemple de l'indépendance de l'Irlande devrait suffire à
démontrer le caractère explosif, et non pacifique, des compromis dans le
domaine.
La préparation lucide et la détermination, clés de la victoire
En conclusion, il faut retenir que c'est, en bout de piste, notre seule
volonté inflexible et la démonstration de cette force qui nous fera imposer
à la face du monde notre indépendance nationale. Préparons-nous nous-mêmes
à le faire et selon tous les scénarios envisageables. Or, dans cette
optique, tout reste à faire. Le jovialisme nous aveugle et nous n'en avons
présentement que pour la joute électoralo-référendaire qui, elle-même,
n'est pas gagnée d'avance. Mais nous pouvons vaincre. Toutefois, le temps
presse. Nous avons cinq ans pour nous préparer efficacement. Nous pouvons le
faire. Mettons-nous immédiatement à la tâche sans jovialisme suicidaire.
Notre pire ennemi est ce jovialisme qui nous pousserait à la paresse et à
la facilité et qui nous empêcherait d'envisager l'envisageable.
Mettons-nous dans la tête que ce sera extrêmement difficile. Rien n'est
gagné d'avance, ni l'élection, ni le référendum, ni la reconnaissance de
notre indépendance. Ce sera une lutte sale, méchante, cruelle. Nos ennemis
sont très puissants et n'auront aucune éthique, aucune morale, aucun "fair-play".
Mais nous vaincrons. Nous n'avons même pas le choix.
Cependant, il nous faut être déterminés et entrevoir le pire pour pouvoir y
faire face et vaincre. Sommes-nous prêts?
COMMUNIQUÉS

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