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Hauts cris tardifs

Josée Boileau
Le Devoir jeudi 8 janvier 2004

Il est justifié que les ministres Benoît Pelletier et Claude Béchard dénoncent la nouvelle prestation fédérale de compassion, qui relève d'une compétence provinciale. Mais il aurait mieux valu que cette grande dénonciation et ce souci de réclamer maintenant d'Ottawa l'argent destiné au programme se manifestent bien plus tôt!

La chose n'a rien de neuf : dès février 2001, Jean Chrétien avait manifesté son intention, dans le discours du Trône, d'offrir un congé payé aux parents prenant soin d'enfants gravement malades. Il était revenu à la charge dans le discours du Trône d'octobre 2002, et John Manley avait concrétisé l'idée dans son budget de février dernier en élargissant la mesure aux soins portés à tout proche parent mourant.

Le début du programme était par ailleurs clairement affiché : le 4 janvier 2004. Non seulement l'échéance n'a jamais varié, la venue de ce nouveau congé a été amplement commentée dans les publications s'adressant au monde des affaires.

Devant tant de limpidité, qu'est-ce donc qui empêchait le gouvernement Charest de monter dès le printemps aux créneaux ? À l'époque, le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, lançait un «appel formel» au gouvernement fédéral pour qu'il reprenne les négociations sur un programme québécois de congés parentaux. Il aurait pu profiter de la même tribune pour remettre en cause les congés de compassion qui, eux, n'avaient pas encore le poids de l'acquis. Le ministre aurait par ailleurs pu discuter en coulisses avec Ottawa : il a eu des mois pour le faire. Mais visiblement, à voir les réactions de cette semaine, rien n'avait été fait de ce côté.

À moins que ce silence de Québec n'eût été stratégique : le conciliant Paul Martin aurait peut-être un ordre du jour plus favorable aux provinces ? Mais si telle était la pensée du gouvernement Charest et, par ricochet, du ministre Pelletier, il faut alors soupirer devant tant de naïveté : le simple fait qu'un futur premier ministre fasse de l'oeil aux municipalités par-dessus la tête des provinces avait de quoi rendre amplement méfiant ! Croyait-on que Paul Martin, par la voix de sa nouvelle ministre au Développement social, Liza Frulla, nommée à la mi-décembre, offrirait un droit de retrait au Québec à moins d'un mois de la mise en place du nouveau congé ?

En fait, c'est tout au long de l'automne qu'il aurait fallu river le clou; rappeler des ententes fédérales-provinciales -- sur le logement social, par exemple -- beaucoup plus respectueuses des compétences de chacun; réexpliquer à quel point il est odieux que ce nouveau congé de compassion, comme celui de maternité, soit soumis aux sévères normes de l'assurance-emploi, excluant du coup des milliers de travailleurs.

Et le gouvernement Charest aurait aussi pu en profiter pour souligner que ce fabuleux congé fédéral de six semaines n'a rien de très nouveau : c'est le Québec qui a été à l'avant-garde dans ce domaine. Notre loi sur les normes du travail a en effet été récemment modifiée pour permettre à un travailleur de s'occuper pendant 12 semaines d'un proche parent gravement malade (et pas seulement mourant, comme au fédéral) et jusqu'à 104 semaines s'il s'agit d'un enfant qui risque de mourir. La loi, entrée en vigueur le 1er mai dernier, garantit au salarié son retour en emploi, sans pénalité. Malheureusement, comme l'argent est à Ottawa, le congé est sans solde, sauf pour ces fameuses six semaines que le fédéral viendra désormais combler.

Le programme québécois est toutefois si intéressant qu'il a servi de modèle au Nouveau-Brunswick. Mais il est vrai que le «modèle québécois» n'est plus une chose dont on se vante à Québec.

jboileau@ledevoir.ca



»» prestation fédérale de compassion

Le Québec exigera 80 millions du fédéral

PC jeudi 8 janvier 2004

Québec - Le gouvernement Charest va tout faire pour empêcher Ottawa d'appliquer son programme de prestation de compassion au Québec, ce qui suscite la colère de la ministre fédérale du Développement social, Liza Frulla.

Dénonçant l'intrusion du gouvernement fédéral dans un champ de compétence exclusive, le ministre provincial de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, entend exiger la part qui revient au Québec dans ce programme, soit environ 80 millions.

«C'est important que ces sommes-là, nous puissions les gérer, selon nos besoins, selon les besoins de nos gens, et les inclure dans nos politiques familiales et nos politiques d'aidants naturels», a-t-il indiqué.

Irritée par les critiques, Mme Frulla, ministre du Développement social, ne voit pas les choses du même oeil. «On n'a pas à faire une guerre sur le dos du monde, alors je trouve qu'au lieu de partir en guerre, ça serait bien mieux de s'asseoir avec Joe Volpe [ministre des Ressources humaines], puis d'expliquer ce qu'ils veulent, puis s'entendre, parce que là [...], on part en guerre sur le dos des citoyens», a-t-elle sèchement répliqué d'Ottawa hier.

Dès son annonce en grande pompe, mardi, par les ministres Joe Volpe et Liza Frulla, le nouveau programme s'est attiré les foudres de la classe politique québécoise, qui y voit une nouvelle intervention unilatérale d'Ottawa dans un secteur de compétence provinciale.

L'initiative a été d'autant plus mal reçue que le gouvernement du Québec a été mis devant le fait accompli, n'ayant pas été consulté, au dire du ministre québécois des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier.

«Oui, ç'a été discuté, s'est défendue la ministre Frulla, excepté qu'il y a peut-être eu un bris de communication entre l'ancien gouvernement provincial et le nouveau.»

De plus, a-t-elle ajouté, le gouvernement fédéral est parfaitement en droit d'intervenir pour améliorer la qualité de vie des citoyens.

«Dire [...] haut et fort que ce n'est pas la responsabilité du gouvernement fédéral de s'occuper de la qualité de vie de l'ensemble des Canadiens, je trouve que c'est un peu difficile, un peu dur.»

La prestation de compassion, réservée aux travailleurs admissibles à l'assurance-emploi, sera valide pour une durée maximale de six semaines et limitée à 55 % du revenu. Elle est destinée aux salariés qui prendront congé pour s'occuper d'un proche parent (un conjoint, un enfant, un parent ou un conjoint de fait) en phase terminale. Un certificat médical du médecin traitant sera exigé.

La prestation est une mesure «qui peut être intéressante», a convenu le ministre Béchard, mais elle «serait plus efficace si elle était intégrée dans un ensemble plus global, au niveau des politiques familiales» du gouvernement du Québec.

Le ministre doit rencontrer Mme Frulla «sous peu» et compte bien profiter de l'occasion pour «remettre les pendules à l'heure» et lui rappeler «qu'elle a défendu bec et ongles» les compétences du Québec lorsqu'elle siégeait à l'Assemblée nationale.



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Un regard critique sur le gouvernement Charest

Claude Beauregard
Les Affaires samedi 10 janvier 2004

Les Québécois jugent très sévèrement les premiers mois du nouveau gouvernement québécois dirigé par Jean Charest.

C'est ce qui ressort de l'enquête menée par la firme Ad hoc recherche, réalisée pour le journal LES AFFAIRES. Selon les résultats de ce sondage, quelque 62 % de la population évalue comme "assez ou très négatifs" les premiers pas du gouvernement libéral. À l'inverse, seulement 2 % des répondants croient que cette performance fut "très positive", et 36 %, "assez positive".

Le programme législatif chargé de la dernière session parlementaire, marquée par l'adoption de lois apportant des changements importants dans les relations de travail, les services de garde, le développement régional et le monde municipal, a laissé des traces auprès des Québécois. "On dit souvent que, pour un gouvernement, c'est en début de mandat qu'il faut prendre des décisions impopulaires. En ce sens, il est possible que ce sondage survienne à la pire période pour M. Charest. Mais il est certain que les répondants portent un regard très critique de ce qu'ils ont vu jusqu'à maintenant", estime Stéphan Harris, associé chez Ad hoc recherche.

Ces premiers mois houleux au pouvoir ont aussi influencé la confiance qu'ont les Québécois envers leur gouvernement pour ce qui est de gérer les affaires de la province. Ainsi, moins de la moitié des Québécois, soit 41 %, disent avoir "très ou assez confiance" aux libéraux en cette matière. L'évaluation est tout à fait différente pour ce qui est du gouvernement fédéral (qui, au moment de ce sondage, tenu du 20 novembre au 7 décembre dernier, était en pleine transition avec l'arrivée de Paul Martin comme premier ministre du pays). Dans ce cas, 52 % des répondants se disent confiants à l'égard du Parti libéral fédéral pour s'occuper de la gestion du pays.

Aucune note positive, quel que soit le dossier

Cette évaluation sévère se poursuit lorsque les répondants se prononcent sur des dossiers spécifiques. "Il est remarquable que jamais, quel que soit le dossier mentionné, une majorité de répondants jugent que le gouvernement mérite une note positive", affirme Stéphan Harris.

Par exemple, dans le dossier des relations de travail, quelque 60 % des répondants jugent la performance du gouvernement "assez ou très négative".

Ce résultat est peu reluisant ? Il y a pire. Par exemple, le travail du gouvernement en santé ne recueille, jusqu'à maintenant, que l'appui de 38 % des Québécois. Dans le dossier des garderies, cet appui fond à 35 %.

La palme va toutefois au dossier des fusions et défusions municipales. La valse-hésitation du gouvernement dans ce dossier a eu comme conséquence que seulement 28 % des répondants approuvent la performance du gouvernement en ce domaine. Ce résultat baisse même jusqu'à 24,4 % si l'on ne tient compte que des répondants vivant dans la grande région de Montréal.

Tendance confirmée

Les résultats de ce sondage confirment la tendance observée par la firme CROP, dans un sondage commandé par le quotidien La Presse, et aussi réalisé au début décembre. Cette étude donnait au gouvernement Charest un taux de satisfaction de 45 % et d'insatisfaction de 49 %. La maison de sondage évaluait que 34 % des électeurs auraient voté pour le PQ, contre 32 % pour le PLQ et 17 % pour l'ADQ. Le nombre d'indécis s'élevait à 15 %.

Un sondage Ad hoc recherche / LES AFFAIRES rapporte que seulement 38 % des Québécois donnent une bonne note au PLQ

claude.beauregard@transcontinental.ca



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Tout se jouera en 2004 pour Jean Charest

Joseph Facal
Professeur à HEC Montréal et ancien président du Conseil du trésor du Québec
Les Affaires samedi 10 janvier 2004

Le vrai danger pour le gouvernement est de perdre le contact avec la classe moyenne

Prédire ce que nous réserve l'année 2004 sur la scène politique est particulièrement difficile, cette fois. Jean Charest nous avait promis une façon de gouverner qui romprait avec la culture politique dominante au Québec depuis 40 ans. Dans 12 mois, nous saurons mieux si les Québécois sont réceptifs ou allergiques à cette médecine. Il sera ensuite difficile pour un gouvernement parvenu à mi-mandat d'introduire des changements structurels profonds.

D'ici là, les négociations dans le secteur public resteront au point mort : les demandes des centrales syndicales sont exorbitantes et le gouvernement n'a ni marge de manoeuvre budgétaire ni dette politique à leur endroit. Le budget Séguin visera les familles de la classe moyenne, mais il faudra de robustes baisses d'impôt pour compenser les nombreuses hausses de tarifs. Ce sont les compressions dans l'aide aux entreprises qui les financeront. La réingénierie de l'État avancera à la vitesse de l'escargot parce que les libéraux étaient armés de slogans plutôt que d'idées sur cette question. Complètement imprévisible, le dossier municipal demeure le plus explosif de tous.

Il faut relativiser l'ampleur de la grogne qui s'est manifestée jusqu'ici et qui était essentiellement orchestrée par le mouvement syndical. Jean Charest suit le mode d'emploi de Mike Harris qui s'était fait réélire sans difficulté : frapper tôt, frapper fort et prendre de front des syndicats qui ne sont guère plus populaires que la classe politique. Ceux qui ont de la mémoire se rappelleront que Robert Bourassa avait remporté en 1973 la victoire électorale la plus écrasante de l'ère contemporaine en faisant le même pari.

Le vrai danger pour Jean Charest, c'est de perdre le contact avec cette classe moyenne qui fait et défait les gouvernements. Pour l'instant, une bonne partie de la population réserve son jugement et essaie surtout de comprendre où le gouvernement veut la conduire. Le mécontentement qui semble poindre tient moins à des décisions gouvernementales qui touchent durement la population qu'au fait que les libéraux ont fait des promesses qu'ils savaient ne pouvoir tenir. Au bout du compte, nos concitoyens jugeront le gouvernement sur l'amélioration ou non de leurs conditions de vie quotidiennes. Rien n'est écrit d'avance, mais il faut remonter à 1970 pour trouver un parti politique - l'Union nationale de Daniel Johnson père et de Jean-Jacques Bertrand - éjecté du pouvoir après un seul mandat. Les électeurs doivent endurer beaucoup avant d'admettre qu'ils se sont trompés.

L'économie sera probablement un atout dans le jeu du gouvernement. La croissance économique au Canada devrait tourner autour de 3% en 2004 et la reprise devrait se poursuivre aux États-Unis, à moins que le colossal déficit budgétaire américain n'entraîne une flambée des taux d'intérêt. Cela pourrait donner un court répit à nos finances publiques, avant que ne reprenne l'inexorable étranglement causé par le vieillissement de la population et le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces.

À court terme, Jean Charest n'a rien à craindre des partis d'opposition. Le Parti Québécois sera occupé à prêter main forte au Bloc. Il s'enfoncera aussi dans ces débats ésotériques sur le partenariat qui n'intéressent que lui-même et il repoussera à plus tard la modernisation de sa propre pensée. Mario Dumont devrait abandonner le radeau de l'ADQ, prouver qu'il peut réussir ailleurs qu'en politique et revenir en force dans 10 ans. Dans l'immédiat, les blessures les plus dangereuses pour le gouvernement sont celles qu'il s'infligera lui-même.

lesaffaires.redaction@transcontinental.ca



»» bilan de la session parlementaire

La réforme de l'État providence :
L'État social québécois n'a pas été que producteur de corporatismes mais aussi d'identité

Denis Saint-Martin
L'auteur enseigne au département de science politique à l'Université de Montréal.
La Presse jeudi 8 janvier 2004

Comment comprendre l'intensité des passions et les tensions sociales provoquées par le projet de réforme de l'État providence du gouvernement Charest? Bien que les réformes proposées visent des institutions et des politiques qui touchent à des secteurs comme la santé, les garderies ou les relations de travail, c'est au Québec en tant que société ou en tant que " communauté imaginée " que l'on accuse le gouvernement libéral de vouloir s'attaquer. Si en France certains accusent le gouvernement Raffarin d'être un " casseur de l'État social " (1), chez nous le premier ministre Charest et son équipe sont plutôt décriés par différents organismes sociaux et syndicaux comme des " démolisseurs du Québec ". Pourquoi cette différence? Pourquoi dans le débat actuel ne semble-t-il pas y avoir de distinction entre l'État social et l'État national?

Quand l'effet devient cause

Au Québec, la question nationale est à l'origine de la formation de l'État providence à partir des années 1960. Mais maintenant, 40 ans après la Révolution tranquille, la logique de causalité s'est renversée. De simple produit de la politique identitaire qu'il était auparavant, l'État social est maintenant celui qui façonne les contours de cette politique. Ici plus qu'ailleurs probablement, il y un lien historique intime entre le développement de l'État providence et la construction d'une identité québécoise autonome. La politique sociale au Québec n'a pas été que productrice d'intérêts. Elle n'a pas que servi à donner naissance à des groupes qui tirent des bénéfices matériels plus ou moins directs de telle ou telle politique gouvernementale. Autrement dit, et contrairement à ce que le gouvernement actuel semble penser, l'État social québécois n'a pas été que producteur de corporatismes. Il été aussi été producteur d'identité nationale.

C'est précisément à cause de ce lien historique étroit entre la politique sociale et identitaire que l'on retrouve aujourd'hui dans le débat public un couplage des enjeux concernant la réforme de l'État providence et la question nationale. Le démantelement de l'État social est alors perçu, à tort ou à raison, comme une attaque à l'identité québécoise. Vouloir défaire les institutions qui ont contribué à façonner la différence québécoise devient synonyme de vouloir réduire le Québec à une province comme les autres à l'intérieur de l'ensemble nord-américain.

L'espace du patriotisme en changement

Évidemment, si cette perception est avant tout le produit de l'histoire de l'État providence moderne au Québec, elle est aussi renforcée par l'opposition péquiste qui dorénavant se trouve à plus ou moins monopoliser ce que l'on peut appeler " l'espace patriotique " sur l'échiquier politique québécois.

Depuis près de 40 ans, cet " espace patriotique " dans lequel s'exprime la recherche d'autonomie pour favoriser l'émancipation de la communauté québécoise a toujours été constitué d'au moins deux options politiques: la quête du statut particulier à l'intérieur du Canada ou la souveraineté. Mais cet espace est présentement en pleine reconfiguration. L'option du statut particulier a récemment cédé sa place à l'interprovincialisme dans le discours et le programme du Parti libéral du Québec. Or, ce changement- en fermant la porte de la réforme constitutionnelle recherchée depuis plus de 40 ans- fait en sorte que dorénavant, les enjeux concernant la question nationale vont davantage s'exprimer sur le terrain social.

Politique sociale et question nationale

Ce n'est pas la première fois que le PLQ propose un projet de réforme radicale de l'État social au Québec. En 1985, le rapport Gobeil était au moins aussi ambiteux que le projet de réingénierie du gouvernement Charest. Mais alors que le premier ministre Bourassa donnait l'impression de vouloir attaquer de front l'État social, en même temps, il s'activait également à la réalisation de l'option du statut particulier pour le Québec au sein de la fédération canadienne. Il était donc plus difficile dans ce contexte de mélanger la question sociale à la question nationale, les deux étant en quelque sorte gérées de façon séparée. Il était politiquement plus difficile d'accuser les libéraux de Bourassa de vouloir " casser le Québec " car ceux-ci occupaient toujours, à ce moment, une place importante dans " l'espace patriotique ".

Mais devant l'héritage des échecs constitutionnels du passé et la ligne dure du fédéral depuis 1995, les libéraux de Jean Charest ne semblent plus considérer la quête du statut particulier comme une option faisant partie du domaine des possibilités. Dans la mesure où le gouvernement veut transformer " l'espace patriotique " tel qu'il a été structuré depuis les années 1960- et cela est son droit- il doit s'attendre à ce que sa réforme de l'État providence cristallise des passions qui concernent autant des enjeux sociaux qu'identitaires.

1. Michel Husson, 2003, LES CASSEURS DE L'ÉTAT SOCIAL. DES RETRAITES À LA SÉCU: LA GRANDE DÉMOLITION, Paris, La Découverte



»» finances publiques

PLQ, PQ, même combat!

André Pratte
La Presse jeudi 8 janvier 2004

Une seule chose étonne à la lecture du document publié par le ministre des Finances, Yves Séguin, à l'occasion de ses imminentes consultations budgétaires: son contenu est extraordinairement semblable à celui d'un document publié il y a trois ans par... Bernard Landry, alors ministre des Finances dans le gouvernement Bouchard.

Page après page, les constats sur l'état des finances publiques et de l'économie québécoise sont les mêmes. Au point que plusieurs énoncés et graphiques sont des jumeaux quasi identiques. Parmi ces constats:

la richesse collective (le PIB par habitant) est plus faible au Québec que dans le reste du Canada et qu'aux États-Unis (pp. 17-18 du document Séguin, p. 19 du document Landry);

le Québec attire moins d'investissements privés que les autres provinces (p. 20 du document Séguin, p. 21 du document Landry);

le Québec consacre une part plus importante de sa richesse au financement des services publics (p. 22 du document Séguin, p. 25 du document Landry);

le Québec est la province la plus endettée du pays, et par conséquent le paiement des intérêts accapare une part disproportionnée de ses dépenses (pp. 28 à 30 du document Séguin, pp. 26-27 du document Landry;

conséquence de tout cela et du déséquilibre fiscal: le Québec doit imposer à ses citoyens un fardeau fiscal plus élevé (p. 31 du document Séguin, p. 29 du document Landry).

Après avoir comparé les deux documents, on se demande pourquoi les péquistes et les libéraux se chamaillent avec tant de hargne sur ce sujet. Ne sont-ils pas d'accord sur le fond?

Oui. Sauf que le contexte politique a changé depuis que Bernard Landry a déposé ses " Constats et orientations " en 1999. À mesure que la croissance économique et la hausse des transferts fédéraux leur donnaient une marge de manoeuvre, les péquistes ont mis de côté la prudence et se sont remis à dépenser. En même temps, de nouveaux programmes dont ils avaient grossièrement sous-estimé les coûts (assurance-médicaments, garderies) venaient grever le trésor public.

Par ailleurs, devenu premier ministre, M. Landry s'est mis à cultiver son côté social-démocrate. Enfin, l'échéance électorale approchait, contexte qui n'est jamais propice à la parcimonie. L'équilibre budgétaire n'a été maintenu qu'à la faveur d'une tenue de livres fantaisiste.

Oublions un moment les aléas de la politique et les dérapages intellectuels générés par la partisanerie: en réalité, Bernard Landry et Yves Séguin s'entendent sur les défis auxquels est confrontée l'économie québécoise. À tel point qu'en 1999, M. Landry proposait de limiter la croissance des dépenses de programmes à 2 %. Ce qui sous-entendait, compte tenu des fortes augmentations prévues des dépenses en santé, que les dépenses dans les autres domaines seraient à toutes fins pratiques gelées. On n'est pas très loin du programme libéral!

Il existe donc entre le PQ et le PLQ, malgré la rhétorique et un nombre infini de nuances, un consensus sur quelques éléments fondamentaux. S'il faut limiter la croissance des dépenses de l'État, réduire la dette du gouvernement et alléger le fardeau fiscal des Québécois, il n'y a pas 36 000 solutions. Une réforme du rôle de l'État et, surtout, de ses manières de faire s'impose.

Les péquistes s'y opposent - pour la galerie, en tout cas - parce qu'ils y voient le saccage du modèle québécois. En réalité, ils ne peuvent ignorer qu'une telle réforme est le seul moyen d'assurer la pérénité des services publics dont jouissent les Québécois.



»» UQAM

Enseigner en anglais n'est pas dans la mission de l'Université du Québec en Outaouais, estime Jean-Paul Perreault

Christine Langlois
Le Droit jeudi 8 janvier 2004

La décision de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) de ne plus donner de cours en anglais autrement que dans le cadre de cours de langue devrait amener un éclairage nouveau sur la situation qui existe en ce moment à l'Université du Québec en Outaouais (UQO).

C'est ce que croit le président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault. Il ne voit aucune différence ente les deux universités qui justifierait de conserver les cours d'administration donné en anglais à l'UQO.

Il estime que c'est n'est pas là la mission de l'université. "L'Université du Québec a été fondée dans la foulée des grandes manifestations, à une époque où il y avait quatre universités anglophones au Québec contre trois francophones", a affirmé Jean-Paul Perreault. Il trouve ainsi paradoxal qu'une université fondée pour balancer le nombre d'universités francophones au Québec enseigne maintenant l'administration dans la langue de Shakespeare.

Du côté de l'UQO, le porte-parole Yves Melanson a indiqué que tel qu'annoncé précédemment, la question des cours en anglais sera abordée lors du prochain conseil d'administration de l'université, le 6 février. La décision de l'UQAM n'accélérera donc pas la réflexion. "Nous avons des étudiants inscrits à ces cours pour la session d'hiver, et nous allons les donner", a précisé M. Melanson.

Jean-Paul Perreault veut être bien clair. Impératif français n'est pas contre les cours d'anglais. Le mouvement est contre l'idée d'offrir des programmes en anglais. "Il y a déjà une université bilingue dans la région, l'Université d'Ottawa. Ce dont nous avons besoin, c'est d'une université francophone."

nouvelles@ledroit.com



»» immigration

Le modèle d'intégration à la canadienne

Montréal, de notre correspondante Yasmine Berthou
La Croix 31 décembre 2003

Dossier. Couples binationaux, familles du monde.
VU D'AILLEURS. Québec. Confrontée à la baisse de sa natalité, la Belle Province a recours à une immigration massive qu'elle accueille particulièrement bien.

Le Québec aime ses immigrants et ceux-ci le lui rendent bien. Dans son enquête intitulée Ils sont maintenant d'ici, Jean Renaud, directeur du Centre d'études ethniques de l'université de Montréal, affirme qu'après dix ans, l'établissement des immigrants est terminé. « Près de 90 % d'entre eux ont acquis la citoyenneté canadienne et 85 % votent régulièrement, dit-il. C'est un chiffre remarquable, il est au moins aussi élevé que pour la population née au Québec. »

Le sociologue a été frappé par cette intégration rapide. Le phénomène s'explique selon lui par la présence de deux constantes : les nouveaux arrivants veulent contrôler leur vie et la société québécoise cherche à les intégrer dès leur arrivée.

« Contrairement à la France, le Québec a un gros problème de natalité. Notre population vieillit à un rythme accéléré, et cela va se poursuivre au moins jusqu'en 2045 », explique-t-il. Pour inverser cette tendance, la province essaie de promouvoir la natalité mais elle se heurte à une forte résistance. « Bizarrement, demander aux Québécoises d'avoir des petits est difficile. Elles pensent qu'une augmentation du nombre d'enfants les ramènerait à un rôle traditionnel de femme au foyer contre lequel elles se sont battues. »

L'immigration reste alors la seule solution. Une stratégie qui fonctionne puisque le Canada a accueilli 5 448 480 immigrés en 2001 (dont 706 965 au Québec). (sic - ??? ndlr) « Il y a une volonté collective de favoriser une immigration fondée sur la sélection des immigrants, note le chercheur. Ce tri garantit « la valeur de marché » des immigrés, lesquels pourront s'établir sans créer de problème ni pour eux ni pour la société. » Un bon moyen également de rassurer une opinion publique jusqu'ici favorable à l'arrivée massive de ses immigrants.

« Une part importante de la notion d'intégration vient du respect de la vie privée. On demande aux immigrés de se soumettre aux lois régissant la vie publique, mais on ne leur demandera jamais d'oublier qui ils sont », insiste le sociologue, qui refuse de parler d'assimilation. « Au contraire, on les encourage à garder leurs religions, leurs langues... Des valeurs dont on reconnaît la richesse et dont on ne veut surtout pas se priver. » Un symbole très fort dans une province où les francophones se battent pour ne pas être engloutis par la mer anglophone qui les entoure.

Si la culture d'origine reste omniprésente chez les nouveaux arrivants, leurs enfants se sentent toutefois souvent plus proches de leur culture d'adoption. « Grâce à l'école, ils s'intègrent à la société et ne se rattachent pas à des groupes marginalisés, précise Jean Renaud. Le Québec s'est construit un projet de société francophone ouverte et cette visée est devenue un projet d'intégration collectif, relayé par l'éducation. »!



»» souveraineté

La souveraineté pour qui ?

Raymond Ouimet
Le Devoir jeudi 8 janvier 2004

Lettres: Gatineau, le 6 janvier 2004

Étonnante, la prise de position de Gérald Larose: «La souveraineté, seule fenêtre ouverte sur l'avenir» (Le Devoir, le 31 décembre 2003). Mais l'avenir de qui? Quand un peuple n'est plus capable de faire d'enfants et que personne ne s'en soucie, lorsque son taux de suicide est l'un des plus élevés du monde occidental et que personne ne s'en fait guère plus, je ne vois pas comment la souveraineté pourrait se réaliser. La souveraineté, ça se fait avec des jeunes. Encore faut-il en avoir. Et pour en avoir, il faut en faire. Mais qui s'intéresse aux enfants aujourd'hui? Sûrement pas nos politiciens, ni même nos politiciennes.

Aucun gouvernement du Québec ne s'est un tant soit peu soucié de la natalité depuis au moins une douzaine d'années. Pas étonnant que celle-ci soit en chute libre. Seul un peuple qui croit dans son avenir peut réaliser sa souveraineté. Or le peuple québécois s'autodétruit à petit feu, sans que le nation building d'Ottawa y soit pour quelque chose. Et ce ne sont pas les théories de M. Larose qui contribueront à la relance de la natalité québécoise, dont les priorités sont pour le moins oiseuses à l'heure où un peuple ne semble plus avoir le projet de se perpétuer.

Il est plus que temps de réagir face à la natalité car bientôt, très bientôt même, il sera trop tard. La souveraineté sera alors devenue inutile. Et ça, Ottawa le sait bien : en effet, voyez-vous, les fédéraux savent compter non seulement l'argent mais aussi les têtes de pipe.



»» souveraineté

Quand Gérald Larose déraille

Michel Lebel
Le Devoir jeudi 8 janvier 2004

Lettres: Entrelacs, le 2 janvier 2004

Le président du Conseil de la souveraineté du Québec, Gérald Larose, a énoncé plusieurs énormités dans Le Devoir du 31 décembre dernier. Il convient d'en souligner au moins deux.

Sa première perle apparaît dans ce texte intitulé «La souveraineté, seule fenêtre ouverte sur l'avenir», où il écrit, après avoir accusé le fédéral d'être responsable de tous les maux d'Israël et du Québec, que «notre peuple est travailleur, original, créateur, pacifique, convivial, généreux, solidaire, débordant de santé et amoureux de la vie». Un petit chausson avec ça, M. Larose ? Voilà où peut nous mener un nationalisme excessif où les bretelles claquent allégrement au vent. Je reconnais que certains Québécois peuvent posséder certaines de ses qualités, mais pas tout un peuple; soyons tout de même un peu sérieux !

Sur la même lancée, Gérald Larose commet sa deuxième perle par ses nobles paroles rapportées par la Presse canadienne dans la même édition du Devoir : «Avec les Chrétien et Dion, tous les coups fourrés étaient permis, alors qu'avec Paul Martin, nous allons continuer à nous faire fourrer, mais avec élégance.» Les propos de l'ancien président de la Commission des états généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec pourraient être qualifiés de vulgaires. Je n'en conclurai toutefois pas que le peuple québécois est vulgaire mais peut-être que certains Québécois le sont.

Il n'y a pas de doute que le gouvernement fédéraliste et néolibéral de Jean Charest donne de l'urticaire aux actuels et anciens chefs syndicaux. Les gros bras et les gros mots sont maintenant de la parade. Une belle année chaude comme dans les années 70 s'annonce !


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

L'erreur stratégique ne peut être le référendum

Mathieu Gauthier-Pilote
mathieu.g.p@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 8 janvier 2004

L'erreur fondamentale de la stratégie indépendantiste n'a pu être la tenue d'un référendum en tant que tel. Demander au peuple de se prononcer directement sur une question politique restera toujours la façon la plus démocratique et légitime d'obtenir son appui. Dans le cas d'un changement de régime politique, c'est la seule méthode qui vaille.

Selon moi, s'il y a eu un problème, il se trouvait plutôt au niveau de la fameuse question référendaire. Non pas au niveau de sa clarté, qui ne peut faire l'objet d'un questionnement sérieux, à moins d'être politiquement intéressé et démagogue à souhait, mais plutôt au niveau de son contenu. Sans le vouloir, le « Clarity Act » du gouvernement d'Ottawa nous aura permis de bien réfléchir à la question de la question. C'est à mon avis une grave erreur de la part des nationalistes « canadian », erreur qu'ils payeront de leur défaite lors du prochain référendum.

Mon opinion est qu'en 1995, comme en 1980, nous avons fait la même gaffe : nous avons demandé aux Québécois s'ils voulaient d'un pays dont on ne leur a jamais parlé.

Pour faire un choix face à une question de type référendaire, il est nécessaire, en toute logique, que l'on nous présente au minimum deux options. Le Canada, en tant que pays souverain, existe déjà. Il a sa constitution, ses institutions, son hymne national, ses chèques de vieillesse, son supposé fédéralisme, ses provinces, dont le Québec, qui n'en est qu'une parmi tant d'autres; il existe en tant qu'entité politique indépendante. Les Québécois connaissent cette option.

Le Québec souverain, lui, reste à faire. Il nous faut donc, pour offrir une alternative au Canada, pour offrir un autre choix, définir les contours de ce nouveau pays du Québec. L'erreur stratégique des souverainistes a été de demander aux Québécois de choisir entre le Canada et quelque chose d'indéfini. Deux fois de suite en plus. Il a été très facile pour nos adversaires d'exploiter cette lacune.

Parce que nous n'avions pas de projet politique précis et détaillé, nos adversaires en ont inventé un pour nous. Le Québec, devenu indépendant, deviendrait une République de banane, le Québec serait un gouffre économique, un nouveau tiers-monde à lui tout seul. Pire encore, on ne s'est pas gêné pour aller plus loin, trop loin, pour faire dans l'impensable, l'absurde, l'ignoble, le malhonnête, en exploitant la mémoire de l'humanité, en évoquant le régime totalitaire, le système politique garantissant la pureté de la fictive "race québécoise".

Voilà le prix que nous avons payé pour n'avoir pas défini les contours du pays que nous voulons, pour avoir toujours répondu que tout serait décidé après le référendum. Ça, c'était donner carte blanche aux plus mesquins de nos opposants. C'était aussi demander aux Québécois d'avoir une confiance aveugle en leurs chefs politiques.

Même s'ils ne sont pas nécessairement amoureux de la fédération canadienne, beaucoup de Québécois ne sont pas prêts à donner une chèque en blanc à des politiciens, qu'ils soient de Québec ou d'Ottawa, de gauche ou de droite. Depuis le temps que les Québécois se font fourrer d'un bord comme de l'autre, il ne faut pas s'étonner de leur méfiance. Je constate que pour beaucoup d'entre eux, même chez les indépendantistes, il n'est pas question de leur donner la liberté de nous flouer une énième fois.

En septembre 1992, les Français ont voté par référendum en faveur du traité de Maastricht sur l'Union européenne. Ce traité établissait clairement la nature des nouvelles institutions politiques et économiques de l'Europe et les pouvoirs supranationaux de ces dernières. Les Français, les Allemands, les Espagnols, les Grecs, etc., ont donc eu le choix entre le statu quo, qu'ils connaissaient, et le nouveau cadre politique que l'on avait défini dans un traité signé quelques 6 mois plus tôt. Ils ont eu le choix entre A et B.

Si je vous demandais « Voulez-vous remplacer votre Mazda 323 louée par une autre voiture? », vous me répondriez fort probablement « Ça dépend laquelle et à quelles conditions».

Si par contre je vous demandais «Voulez-vous remplacer votre Mazda 323 louée par une Cadillac dont vous serez propriétaire? », vous me répondriez assurément « où est-ce que je signe? ».

Si, la prochaine fois, nous organisons une assemblée constituante responsable de rédiger notre première constitution et d'établir une citoyenneté québécoise, nous aurons enfin la liberté de demander aux Québécois et aux Québécoises de choisir entre une République qui leur appartiendra en propre et une province qui n'est pas la leur, ne leur a jamais appartenu, ne leur appartiendra jamais. Le choix sera facile à faire pour la majorité d'entre nous, j'en suis sûr.



TRIBUNE LIBRE

La liberté, c’est ça, Monsieur Brassard

Nestor Turcotte
Matane
aristote@ma.cgocable.ca
TRIBUNE LIBRE 8 janvier 2004

Est-ce possible? Après plus de trente ans à parler de souveraineté-association, avec ou sans trait d’union, à parler de souveraineté-partenariat, - ce qui est la même chose que la souveraineté-association avec trait d’union - le crypto-fédéraliste Brassard sort de sa tanière pour nous dire qu’il n’a jamais été, en fait, qu’un fédéraliste déguisé, qu’un partisan du réaménagement de la fédération actuelle. Qu’il a été le disciple de René Lévesque, dont j’ai admiré la fougue et le charisme, mais qui ne fut jamais, au fond, un authentique indépendantiste.

Les «guéguerres» que l’ex-premier ministre a entretenues contre Pierre Bourgault et les autres du RIN, manifestent très bien que le leader fondateur du Parti québécois n’a jamais cru qu’un jour, les Québécois opteraient pour l’indépendance nationale. Option Québec, que je traîne toujours dans ma valise, n’était et n’est toujours qu’un projet confédéral et c’est sur ce projet, vague et imprécis, sur lequel les Québécois ont voté en 1980 et en 1995 et qu’ils ont rejeté par deux fois: un Québec souverain sur certains points, (comme le propose l’ADQ) dans une confédération renouvelée. Point à ligne ! Les Québécois n’ont jamais eu à voter sur le fond de la question nationale, à savoir leur indépendance politique.

Ce n’est pas se radicaliser, Monsieur Brassard, que de croire que la voie où vous voulez nous amener une troisième fois, est absolument sans issue. Les Québécois sont maintenant, plus que jamais, à la croisée des chemins. Les options se rétrécissent et, par déduction, ne sont pas nombreuses. Sur les cinq qui étaient devant nous en 1968, il n’en reste que deux : l’assimilation tranquille ou l’indépendance plus ou moins… tranquille.

Les autres voies, (l’autonomie provinciale, le renouvellement de confédération, l’intégration lucide) après trente ans, n’ont donné que déceptions, écœurement, dégoût collectif, abandon et découragement face à l’activité politique. Libre à vous, Monsieur Brassard, de rêver que la saison des idées n’est rien d’autre pour vous que le retour à des idées qui n’ont pas marché. Chacun a le droit du cultiver le jardin de sa nostalgie. Mais je ne marche plus dans vos sentiers. Le seul qu’il nous reste, c’est le chemin de la liberté. Voudriez-vous nous aider, s.v.p. à nous y mener au lieu de nous convier à des détours sinueux, démobilisateurs, des sentiers enrubannés à la Claude Morin, mais qui n’ont fait que nous faire reculer politiquement. Trente années perdues à trouver rien de moins que la quadrature du cercle !

Albert CAMUS disait un jour que «l’indépendance, c’était d’abord le refus de toute négociation». Lorsque les Québécois seront debout et libres, lorsqu’ils auront franchi la route qui les mènera à la liberté politique, ils pourront négocier, comme tous les peuples civilisés, avec leurs voisins, leurs partenaires immédiats ou plus éloignés. Il est de mauvais augure, très cher monsieur, de se plier devant son négociateur et de lui offrir les paramètres d’une nouvelle entente, lorsque les outils ne sont dans nos mains. Il nous faut, d’abord, un pays. Pas la moitié d’un pays, et surtout ne pas négocier avant de quitter celui qui nous exploite depuis tant d’années. La liberté, c’est ça, Monsieur Brassard. Continuez à cultiver les plates-bandes de vos rêveries molles et inconsistantes, mal définies et remplies de fleurs fanées. Les indépendantistes sont ailleurs : ils vous l’ont fait savoir, il y a à peine huit mois. L’avoir oublié vous condamnera, vous et vos semblables, à une certaine marginalité dont le profil est évident, si on hume un peu les odeurs politiques qui flottent sur ce pays incertain !

Si vous avez le droit d’exprimer vos idées dans «la saison des idées qui s’achève», je vous offre gentiment les miennes. Elles sont faites de liberté, de solidarité et de détermination qui n’ont rien de ce que vous appelez la radicalisation. Le latin «radix» (qui a donné le beau mot français «racine» et donc, le très beau mot «radical»), nous invite à cogner fort pour extirper le mal du fédéralisme qui tue et achève de faire mourir notre société de plus en plus amorphe et décadente. Le mal est dans la maison de fous qu’est le fédéralisme. Ces propos de René Lévesque sont les seuls que j’ai retenus de lui. Il faut les reprendre et les marteler. Ainsi on arrivera à démembrer le mythe de la souveraineté qui accompagne vos écrits et ceux qui vous imitent, ce mythe de la souveraineté dont vous parlez et qui n’est, en fait, que du fédéralisme renouvelé.

Méditez donc ces paroles du regretté Dédé Desjardins :

Condamné par le doute, immobile et craintif,
Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur,
Je parle à qui de mon pays fictif
Le cœur plein de vertige et rongé par la peur

Les «Cowboys Fringuants» ont décidé de mettre leur drapeau en berne. Je voudrais que quelqu’un reprenne le drapeau fleurdelisé de nos ancêtres et le monte à « à hauteur d’homme… libre ».



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