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Une minorité bête et détestable

Jean-Luc Dion
TRIBUNE LIBRE vendredi 13 février 2004

Il est tout de même désolant de constater encore que la bêtise, les préjugés et la francophobie ont de bonnes cotes d'écoute dans le «ROC» («rest of Canada»).

C'est sans doute la fait d'une minorité bête et détestable, mais il reste que les autorités d'Ontario et d'Ottawa viennent de payer 1 MILLION de $ à l'animateur de télé étatsunien Conan O'Brien (NBC) pour faire son émission à Toronto pendant une semaine, avec détour par Québec. Une émission au cours de laquelle il a insulté le Québec, les Québécois, la France et les Français, avec des propos qui font la joie de tous les francophobes.

Je viens de l'apprendre par hasard sur le site haineux appelé « Fuck France » qui reproduit une nouvelle qui vient de paraître dans les médias. On y rapporte la condamnation de la chose par le gouvernement canadien :

« Canada's government on Friday condemned a show by U.S. late-night television host Conan O'Brien that insulted people in French-speaking Quebec and seemed to suggest everyone in the province was homosexual.» (...)

At one point in the show, Triumph the Insult Comic Dog -- a hand puppet that is a regular on the show -- said to a Quebecer: "You're French, you're obnoxious and you no speekay English." It told another: "I can smell your crotch from here."

O'Brien's team were also shown replacing street signs in the province with those that read "Quebecqueer Street" and "Rue des Pussies." »

Traduction :

«À un certain moment du spectacle, la marionnette attitrée du spectacle «Triumph the Insult Comic Dog» (sic) dit à un Québécois «Vous êtes Français, déplaisant et ne parlez pas anglais». Il dit à un autre «Je peux te sentir le c... d'ici.»

«On pouvait aussi voir l'équipe de O'Brien remplacer des panneaux routiers par d'autres disant «Rue Québec bizarre» et «Rue des cons» (ndlr : difficilement traduisible...)

Le site « Fuck France » a fait fureur au début de l'an dernier quand la France, avec l'Allemagne et la Russie se sont opposés à l'invasion de l'Irak par les É.U.A. On y trouve un désolant recueil d'insanités haineuses...

Humour anti-québécois au Late Show

SRC vendredi 13 février 2004

Conan O'Brien (à gauche) accueilli par le maire de Toronto

Après l'animateur sportif Don Cherry, du réseau anglais de Radio-Canada, qui a notamment traité les Québécois francophones de peureux, voilà qu'une parodie présentée à la télévision américaine par l'animateur Conan O'Brien s'en prend aux Québécois.

Dans une capsule humoristique de sept minutes diffusée jeudi, plusieurs sketches suggèrent que la langue française ne devrait pas exister. Une marionnette explique notamment à des festivaliers du Carnaval de Québec qu'ils sont «désagréables» et «stupides» puisqu'ils sont des Canadiens-Français. Les Québécois sont invités à apprendre la langue de l'Amérique du Nord, soit l'anglais.

Malaise à Toronto



L'auditoire torontois a semblé apprécié (sic) l'humour de Conan O'Brien.

Les gouvernements fédéral et ontarien ont dépensé un million de dollars pour inviter l'équipe du Late Show dans la capitale ontarienne. Mais ce qui devait être un exercice pour refaire l'image d'une ville s'est transformée en un dérapage médiatique.

S'adressant à la presse vendredi, le premier ministre de l'Ontario a tenu à souligner les bonnes relations que les Torontois entretiennent avec leurs voisins québécois. «Nous ne contrôlons pas le contenu de ces émissions», a précisé Dalton McGuinty. L'incident a aussi été soulevé en Chambre des communes, à Ottawa.

Alors que Conan O'Brien était introuvable vendredi, Chum Limited, qui détient les droits de diffusion au Canada, a présenté ses excuses par voie de communiqué.

Une marionnette suscite la controverse en s'en prenant aux Québécois

TORONTO (PC 13.2.2004) - L'animateur d'une populaire émission de télévision de fin de soirée diffusée aux Etats-Unis, Conan O'Brien, a profité du Carnaval de Québec pour envoyer quelques piques aux Québécois, qualifiées, vendredi, d'"inacceptables et racistes" par certains politiciens fédéraux.

Mauril Bélanger, leader adjoint du gouvernement, a déclaré à la Chambre des communes que le gouvernement n'a pas apprécié un sketch au sujet des Québécois, présenté en fin de soirée jeudi à l'émission "Late Night With Conan O'Brien". "Nous nous en dissocions", a-t-il dit.

La députée néo-démocrate Alexa McDonough a pour sa part dénoncé le sketch. "Nous avons eu droit à un spectacle dégoûtant (...), à des blagues racistes et de mauvais goût qui perpétuent les préjugés et la haine", a dit la députée, demandant aussi au gouvernement fédéral de récupérer les sommes investies dans la production de l'émission, qui a aussi tourné en dérision différentes gloires canadiennes, du hockey à la Police montée en passant par la bière.

Si le sketch de la marionnette a provoqué l'indignation à Ottawa, les réactions ont été peu nombreuses au Québec. Le premier ministre Jean Charest a d'ailleurs refusé de commenter.

Bruce Hills, le chef de l'exploitation au volet anglophone du festival Juste pour rire, à Montréal, a trouvé inoffensifs les propos de la marionnette, qu'il ne prend pas au sérieux. "Les jeunes francophones qui ont le sens de l'humour et ont séjourné à l'extérieur du Québec apprécieront la prestation à sa juste valeur, soit celle d'un sketch amusant."

La Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) a cependant manifesté son indignation, qualifiant l'émission de "vulgaire". "Il ne faut pas entretenir les préjugés au sujet des Québécois", a dit Jean Dorion, président de la SSJB.

Pour l'une des quatre émissions qu'il enregistre à Toronto, Conan O'Brien a présenté les scènes d'un sketch mettant en vedette une marionnette. Dans les rues de Québec, Triumph (Triomphe), "Le chien comique de l'insulte", hélait les passants. "Alors, vous êtes Français et Canadien?, a-t-il dit à l'un d'eux. Donc vous êtes détestables et abrutis?"

"Vous êtes en Amérique du Nord, apprenez la langue", a dit la marionnette à un autre passant, en faisant référence à l'anglais.

L'émission de fin de soirée, présentée sur les ondes de la chaîne NBC, bénéficie d'un soutien financier de un million de dollars provenant d'un fond créé par le gouvernement de l'Ontario et le gouvernement du Canada pour stimuler le tourisme à Toronto après la crise du SRAS.

"Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis celui qui a été embauché pour aider Don Cherry à améliorer son image", a déclaré vendredi Conan O'Brien, en ouverture de sa dernière émission à Toronto. L'animateur faisait référence aux propos controversés émis la semaine dernière par le commentateur de hockey au sujet des joueurs européens et canadiens-français.

Conan O'Brien à Toronto

Son émission est jugée «raciste»

Reuters - Cyberpresse 13.2.2004

Ottawa Le gouvernement du Canada a condamné vendredi l'émission de l'animateur américain Conan O'Brien qui a dénigré les Québécois francophones et suggéré qu'ils étaient tous homosexuels.

L'équipe de tournage de l'émission de fin de soirée animée par O'Brien avait reçu 1 million $ du gouvernement canadien pour déplacer l'émission pendant une semaine à Toronto dans un effort de promotion de la ville touchée l'an dernier par une éruption du syndrome respiratoire aigu sévère.

Mais Ottawa a jugé que l'animateur était allé trop loin dans son émission diffusée jeudi, pour laquelle il s'était rendu à Québec durant les festivités du carnaval d'hiver.

«Nous voulons nous dissocier de ces commentaires qui ont été diffusés hier parce que nous ne les entérinons aucunement», a affirmé au Parlement le leader adjoint du gouvernement, Mauril Bélanger.

L'épisode controversé montrait notamment la marionnette Triumph the Insult Comic Dog, une présence régulière à l'émission, qui lançait des insultes à des passants tels que:

-«Tu es un Français, tu es ignoble et toi pas parler anglais.»

-«Tu es en Amérique du Nord, apprends la langue.»

-«Je peux deviner que tu parles français, je sens ton entrejambes d'ici.»

L'équipe d'O'Brien a aussi changé les écriteaux de noms de rue de la vieille capitale par des panneaux tels que «Quebecqueer Street» (Rue des pédés du Québec) et «Rue des Pussies» (Rue des chattes).

La députée Alexa McDonough, du Nouveau Parti démocratique, a qualifié l'émission de «saleté raciste» et de «complète ignominie» et a demandé au gouvernement de réclamer le remboursement de la subvention d'un million de dollars. «Certains se demanderont s'il s'agit d'une atteinte à la liberté d'expression, mais il n'y aucune atteinte à refuser d'utiliser des fonds publics pour ce genre d'incitations à la haine vicieuses et infectes», a indiqué la député aux journalistes.





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Martin reconnaît l'implication de politiciens

Manon Cornellier
Le Devoir vendredi 13 février 2004

«Il est impossible de croire qu'il n'y a pas eu une direction politique»

Ottawa -- Les combines douteuses qui ont entaché tout le programme de commandites ne pouvaient être seulement le fait de fonctionnaires, une direction politique était nécessaire, a reconnu hier le premier ministre Paul Martin. Il a toutefois répété, explications à l'appui, qu'il n'en savait rien puisque «très peu de ministres du Québec» étaient au courant.

«Ce n'est pas qu'un petit groupe de fonctionnaires. C'est un petit groupe de personnes, dont [...] une douzaine aux Travaux publics. Mais il y a certainement eu dans les compagnies de la Couronne, d'autres personnes complices. Et en même temps, il est impossible de croire qu'il n'y a pas eu une direction politique et c'est la raison pour laquelle il faut une enquête publique, pour connaître le fond de l'affaire», a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse.

Il n'a pas voulu nommer personne. Il a toutefois jeté une ombre sur ses collègues du Québec lorsqu'il a tenté d'expliquer comment un ministre du Québec comme lui pouvait ignorer comment le programme était géré. «Le fait demeure que très peu de ministres, de ministres québécois, le savaient», a-t-il dit, sans plus de précision.

Quand on a demandé à M. Martin si Jean Chrétien avait été l'architecte de ce programme, il a répondu par la négative, présentant l'ancien premier ministre comme un «homme de grande intégrité». Il a rejeté les confidences faites au National Post par un de ses adjoints que l'enquête pourrait toucher Jean Chrétien et que son gouvernement avait camouflé des gestes criminels.

Tout en se dissociant de ces propos, M. Martin a souligné qu'il n'avait pas de bonnes relations avec M. Chrétien, qu'ils «ne percev[aient] pas le Québec de la même façon» et que par conséquent, il n'était «pas dans le secret des dieux sur les questions du Québec». Et de répéter qu'à son avis, «la fin ne justifie pas les moyens», même pas l'unité du pays.

M. Martin et son équipe voulaient, de toute évidence, reprendre le contrôle de la situation après deux jours de tourmente qui ont secoué le gouvernement et l'image du premier ministre. Il a même, pour la première fois, dit clairement aux Communes qu'«il y a une responsabilité collective que le cabinet assume». «Nous devons tous assumer cette responsabilité collective», a-t-il ajouté, sans pour autant calmer la fureur de l'opposition, le bloquiste Michel Gauthier allant jusqu'à demander sa démission.

En conférence de presse, il s'est dit «désolé et très, très troublé par ce qui s'est passé». «Je regrette profondément que quelque chose d'aussi répréhensible que cela se soit produit», a-t-il poursuivi.

Selon le rapport de la vérificatrice générale Sheila Fraser, rendu public mardi, 100 millions des 250 millions de dollars dépensés dans le cadre du programme de commandites, de 1997 à 2001, ont servi à payer des commissions et des honoraires d'agences de communications. Dans certains cas, elles n'avaient fait que transférer des fonds du ministère des Travaux publics à des sociétés d'État, ce que rien ne justifiait. Les règles et les mécanismes de contrôle étaient contournés à grande échelle, avec des factures fictives, de faux contrats, des arrangements verbaux, une absence généralisée de documents.

Paul Martin a cherché par tous les moyens à démontrer sa détermination à faire toute la lumière sur ce scandale. «Tous ceux et celles qui sont impliqués vont rendre des comptes, sans exception», a-t-il dit en conférence de presse, multipliant les élans d'indignation. «Tous ceux qui savaient et n'ont rien fait doivent démissionner immédiatement. Tous ceux qui ont de l'information qui peut contribuer à faire la lumière sur cette affaire -- qu'ils soient au sein du gouvernement, du caucus, ailleurs au pays, dans des entreprises ou au Parti libéral -- devraient le faire tout de suite sans attendre d'y être forcés.» Il est lui-même prêt à témoigner devant le comité des comptes publics, qui a commencé ses audiences hier, et devant la commission d'enquête, si tel est leur souhait.

On sentait un désir intense de limiter les dégâts causés par son affirmation, mardi, qu'il ne savait rien. Même s'il dit ne pas sentir la confiance du public à son endroit fléchir, il a d'entrée de jeu affirmé qu'il devait, pour maintenir cette confiance, expliquer ce qu'il savait et quand il l'avait appris.

Il a répété n'avoir rien su avant 2002 sur les malversations affectant le programme. Jusque-là, a-t-il raconté, il n'avait eu vent que de plaintes de nature administrative et de rumeurs. Une vérification interne a eu lieu et, à sa conclusion, le sous-ministre des Travaux publics de l'époque avait affirmé que rien de «malhonnête» ne s'était produit. Personne ne soupçonnait «le genre de vol que nous avons vus», a-t-il dit. C'est devenu plus apparent avec le premier rapport de la vérificatrice générale sur Groupaction, en mai 2002, mais ce n'est que cette semaine, avec le second rapport, qu'on en a saisi toute l'ampleur, a-t-il ajouté, ce qui, encore une fois, n'a pas convaincu l'opposition.

M. Martin n'est cependant pas au bout de ses peines car le rapport de la vérificatrice générale ne serait qu'un échantillon de ses découvertes. Comparaissant hier devant le comité des comptes publics, qui a amorcé ses travaux hier matin, elle a fait état d'un exemple de transaction impliquant Via Rail et qui n'apparaissait pas dans son rapport. À sa sortie, elle a reconnu que le rapport n'incluait qu'un échantillon représentatif de ses trouvailles. «Si on avait décrit toutes les transactions, on aurait un livre», a-t-elle dit.

Elle a par ailleurs confirmé que son mandat ne lui permettait pas d'enquêter sur le volet politique du programme des commandites. «Les questions au sujet de qui savait quoi et de qui a fait quoi seront, j'espère, élucidées par la commission d'enquête. [...] Notre rôle se limitait au travail des fonctionnaires au sein du gouvernement fédéral et à certaines transactions avec les sociétés d'État. Une fois que l'argent sort de ces bornes, nous ne savons pas [...] qui a pu contrôlé quoi ou qui a dirigé qui», a-t-elle dit au comité.

La Sûreté du Québec a par ailleurs confirmé hier avoir pris la relève de la GRC pour une partie de son enquête sur le scandale des commandites. Selon le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, «c'est une première que la GRC fasse appel à une autre équipe que la sienne» et «la première fois que la SQ enquête sur la GRC».

La SQ aurait pour mandat de faire enquête sur les révélations de Sheila Fraser concernant la gestion des fonds liés aux fêtes du 125e anniversaire de la GRC en 1997, fonds qui ont servi entre autres à acheter six chevaux et deux remorques.

Avec la collaboration de Tommy Chouinard





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Une culture parallèle

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi 13 février 2004

La levée de boucliers prévisible à l'annonce de la publication d'un rapport accablant de la vérificatrice générale a forcé le premier ministre Martin à annoncer des mesures susceptibles d'empêcher la répétition d'un scandale comme celui des commandites. Malheureusement, rien de ce qui a été annoncé ne va modifier le recours à des pratiques qui, sans être toujours frauduleuses, n'en sont pas moins inacceptables.

En décrétant la tenue d'une enquête, le premier ministre a admis qu'il s'agissait de «mauvaise gestion» et d'«un manquement grave aux obligations envers le public. C'est inacceptable. C'est intolérable. Nous allons donc agir de façon résolue», a-t-il ajouté. En temps normal, une telle déclaration devrait rassurer : voilà un chef qui entend se démarquer de son prédécesseur par une gestion plus transparente et respectueuse des règles de l'administration publique.

Malheureusement, il y a tout à craindre qu'il n'en soit rien. Ce que la vérificatrice générale a mis en évidence dans son rapport, c'est non seulement qu'il y a eu abus de biens publics au profit d'agences de communication, mais aussi que, si ces abus ont pu se produire, c'est parce que les règles et les normes en vigueur étaient bafouées au plus haut niveau de l'appareil gouvernemental.

Or il n'y a pas qu'au chapitre des commandites frauduleuses que Mme Fraser a fait cette observation. Ainsi, dans le dossier de l'achat de deux Challenger à la firme Bombardier, la vérificatrice note que le gouvernement Chrétien a aussi contourné les règles de bonne gestion. Le rapport note que le gouvernement n'avait pas besoin de ces appareils, que l'achat effectué quelques jours avant la fin de l'exercice financier n'a fait l'objet d'aucun processus d'examen et d'approbation normal. «Si on a contourné les règles pour un achat de 100 millions, quel message envoie-t-on au fonctionnaire qui doit dépenser 5000 $ ?», demande la vérificatrice.

Qu'a répondu le gouvernement à ces observations de la plus haute autorité en matière de respect des procédures administratives ? Que Madame avait tort, sous-entendant qu'elle pouvait aller se faire voir !

C'était du temps de Jean Chrétien, diront certains. Avec Paul Martin, les choses vont changer.

Vraiment ? Alors, que dire de l'invention d'une foule de stratagèmes comptables pour détourner l'argent des excédents de fin d'année, ou encore de l'incroyable exercice de traficotage dans les comptes de l'assurance-emploi ? Depuis 1994, 44 milliards de dollars en cotisations ont été payées en trop par les entreprises et les travailleurs. Deux vérificateurs généraux ont tour à tour rappelé au ministre des Finances qu'il ne respectait pas la loi, mais en vain.

M. Martin a longtemps prétendu que ces excédents constituaient une «réserve pour les temps difficiles», alors que l'argent servait à effacer le déficit. Puis, la semaine dernière, en réponse à des citoyens qui lui demandaient ce qu'il entendait faire des milliards accumulés, M. Martin a répondu candidement qu'il s'agissait d'excédents «virtuels» puisque l'argent avait été dépensé. Il ne s'agit ni de fraude ni de malversation, mais toujours de cette même approche comptable créatrice, insouciante des règles et des normes d'une gestion transparente des fonds publics.

C'est cette culture parallèle si typique d'un gouvernement trop sûr de sa réélection qui conduit à tous les excès, de la transgression des règles administratives, érigée en habitude légitime, jusqu'à l'abus de biens publics pratiqué à grande ou à petite échelle.

En quoi un gouvernement libéral sous Paul Martin serait-il différent d'un gouvernement Chrétien qui, on s'en rappellera, a très longtemps profité d'une réputation d'intégrité à toute épreuve ?

jrsansfacon@ledevoir.ca



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Au lendemain du rapport dévastateur de la vérificatrice générale

Embarrassée, la GRC cède l'enquête à la SQ

Denis Lessard
La Presse jeudi 12 février 2004

Québec - Éclaboussée par le scandale des commandites, la Gendarmerie royale du Canada a appelé la Sûreté du Québec à la rescousse pour l'aider dans l'enquête.

De sources sûres, La Presse a appris hier que des réunions au plus haut niveau avaient eu lieu hier entre des dirigeants des deux corps de police, pour préciser l'intervention de la SQ.

À Québec, on a expliqué que la GRC se retrouvait avec un problème " de transparence ", et que la rencontre visait à établir si la SQ prendrait " en partie ou en totalité " la responsabilité de creuser les révélations de la vérificatrice générale.

Car le rapport percutant de Sheila Fraser écorche passablement la GRC. Il releve que la GRC avait reçu trois millions du ministère des Travaux publics pour les fêtes liées à son 125e anniversaire en 1997. Or, cette somme avait transité par trois agences de publicité, Lafleur, Média I.D.A. Vision et Gosselin, qui avaient la responsabilité de transmettre les fonds à la GRC.

Et, au passage, ces firmes ont pris une première commission sur les trois millions: 140 000 $ pour Gosselin, 64 000 $ pour Lafleur et 39 000 $ pour Média I.D.A Vision, filiale d'Everest. Par la suite, deux firmes, Lafleur et Gosselin, se sont partagé un million pour la préparation du matériel de promotion.

De plus, relève le rapport Fraser, la GRC avait reçu 1,7 million pour sa réception d'anniversaire par un fonds distinct, non gouvernemental, ce qui est contraire à la Loi sur l'administration financière. En retour, la GRC devait donner de la visibilité au gouvernement du Canada même si cela fait déjà partie de son mandat.

Des sources proches de la police expliquent qu'il est habituel qu'un corps policier ne puisse, pour des raisons de crédibilité, mener une enquête quand il est lui même impliqué.

En poursuivant l'enquête, les agents de la GRC auraient inévitablement à interroger leurs supérieurs, actuels ou passés, ce qui ne permettrait pas de mettre leurs conclusions au-dessus de tout soupçon.

Des sources policières ont avoué être extrêmement surprises que la GRC ait ainsi tendu la main à un autre corps policier. " Ils sont rendus très loin dans l'enquête, ils ont beaucoup de preuves, pourquoi laisseraient-ils tout tomber? "



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Martin continue de plaider l'ignorance

Joël-Denis Bellavance
La Presse jeudi 12 février 2004

Ottawa - Le premier ministre Paul Martin a continué de plaider l'ignorance hier dans le dossier du scandale des commandites, affirmant que le détournement de fonds dénoncé par la vérificatrice générale Sheila Fraser dans son rapport dévastateur mardi était l'oeuvre d'un petit groupe de fonctionnaires au ministère des Travaux publics.

M. Martin, qui était ministre des Finances au moment où le programme de commandites a été conçu, a soutenu que ce petit groupe a mis au point une " opération de camouflage très sophistiquée " qui a lui a permis d'accorder des commandites dans le plus grand fouillis à des agences de communication de Montréal proches des libéraux pendant une période de quatre ans.

" Il y avait un petit groupe à l'intérieur du ministère des Travaux publics qui a enfreint les lois, qui a contourné les règles. Ils ne nous ont pas demandé la permission. Ils ont camouflé toutes les manoeuvres. Éventuellement, il y a eu des rumeurs. Il y a eu une enquête interne. Une fois que le résultat de cette enquête a été donné à la vérificatrice générale, elle a fait son enquête et le gouvernement a agi ", a déclaré M. Martin aux Communes.

Invité par le Parti conservateur à divulguer le nom des responsables, le premier ministre a simplement invité l'opposition à lire le rapport de la vérificatrice générale. Le ministre des Travaux publics, Stephen Owen, a plus tard indiqué que le groupe responsable de ce fouillis était composé de 14 personnes et que la plupart d'entre elles avaient fait l'objet de mesures disciplinaires allant du congédiement à la réprimande.

Mais les partis de l'opposition ont unanimement rejeté la défense de l'ignorance avancée par le premier ministre et l'ont accusé d'avoir tourné le dos à " toute la corruption " qui régnait au sein du gouvernement libéral parce qu'il n'avait d'yeux que pour la direction du Parti libéral du Canada.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, n'a accordé aucune crédibilité aux propos du premier ministre, soulignant que M. Martin " connaît bien la famille libérale " au Québec, et que le stratagème qui a permis à des agences de publicité de Montréal ayant contribué à la caisse du Parti libéral au fil des ans d'obtenir des commissions en transférant des fonds du ministère des Travaux publics à des sociétés d'État, telles que VIA Rail et Postes Canada, devait être connu de tous les libéraux de haut rang.

" Le premier ministre était ministre des Finances de Jean Chrétien lorsque le programme de commandites a été mis sur pied dans la foulée du référendum de 1995. Le premier ministre était le grand argentier du gouvernement au moment où les pires abus ont été effectués avec des fonds publics, au nom de l'unité canadienne et au profit du Parti libéral et des amis du régime ", a lancé M. Duceppe durant la période de questions.

" Comment le premier ministre peut-il nous dire aujourd'hui qu'il ne savait rien du scandale des commandites alors qu'il était le numéro deux du gouvernement Chrétien? " a demandé le chef bloquiste.

Dans son rapport déposé mardi aux Communes, Mme Fraser a affirmé que les fonctionnaires responsables du programme de commandites ont violé systématiquement toutes les règles du gouvernement lorsqu'ils ont sélectionné des agences de communication et leur ont attribué des contrats. Et ce mépris des règles était manifeste pendant presque toute la durée du programme.

Les abus relevés sont nombreux: factures fictives, recours à des agences de communication pour transférer de l'argent entre les Travaux publics et des sociétés d'État, octroi de commandites sans signer de contrat, absence de rapports finaux et de preuve que le gouvernement fédéral a obtenu la visibilité pour laquelle il avait payé.

De 1997 jusqu'au 31 mars 2003, le gouvernement fédéral a dépensé environ 250 millions de dollars pour commanditer 1987 événements sportifs et culturels, dont la grande majorité étaient au Québec. De cette somme, plus de 100 millions de dollars, soit 40 % des dépenses, ont été versés à des agences de communication proches des libéraux en frais de production et en commissions.

Dans les minutes qui ont suivi le dépôt du rapport, M. Martin a annoncé la création d'une commission d'enquête publique pour faire toute la lumière sur cette affaire qui éclabousse les libéraux fédéraux depuis deux ans. Il a aussi démis Alfonso Gagliano, ancien ministre des Travaux publics qui était responsable du programme, de ses fonctions d'ambassadeur du Canada au Danemark, et demandé à l'avocat-conseil André Gauthier de prendre tous les moyens pour recouvrer les fonds obtenus de manière inadéquate.

Hier, le chef par intérim du Parti conservateur, Grant Hill, a demandé au premier ministre si la commission d'enquête qui sera présidée par le juge John Gomery, de la Cour supérieure du Québec, pourra interroger " ces individus au Parti libéral, ces bandits qui ont volé les contribuables canadiens ".

M. Martin a assuré que la commission d'enquête disposera de tous les pouvoirs pour aller au fond de cette affaire qui ébranle le gouvernement libéral.

Tour à tour, hier, les principaux ministres du Québec ont soutenu n'avoir eu aucune connaissance que des malversations de l'ampleur de celles décrites dans le rapport de la vérificatrice générale avaient lieu.



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La faute d'une poignée de fonctionnaires, dit Martin

Raymond Giroux
Le Soleil jeudi 12 février 2004

Ottawa - Paul Martin contre-attaque, et les libéraux se sont trouvé hier une cible de choix : ils rejettent le blâme sur la douzaine de fonctionnaires qui ont trafiqué dans le scandale des commandites dénoncé mardi par la vérificatrice générale Sheila Fraser dans un rapport-choc qui a ébranlé le monde politique fédéral.

"Il y a un petit groupe à l'intérieur du ministère des Travaux publics qui a enfreint les lois, qui a contourné les règles, a lancé le premier ministre au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui participait à la curée générale des partis d'opposition contre le gouvernement.

"Ils ne nous ont pas demandé la permission, ils ont camouflé toutes leurs manoeuvres, a poursuivi M. Martin pour expliquer pourquoi aucun membre du Conseil des ministres n'aurait été au courant des malversations. Le chef libéral a même emprunté la petite phrase prononcée par Mme Fraser, à la suite du dépôt de son rapport, à l'effet que "la fin ne justifie jamais les moyens".

"L'unité nationale dans ce pays, a-t-il dit en anglais, sera protégée par les milliers de Canadiens qui soutiennent leur pays, elle ne sera pas protégée par des gens qui violent les lois du pays."

L'actuel ministre des Travaux publics, Stephen Owen, a soutenu de son côté que, contrairement aux propos de l'opposition, le gouvernement libéral a porté attention à l'affaire lorsque les rumeurs ont commencé à circuler et même déclenché une vérification interne, dans le ministère.

Le président du Conseil du trésor, Reg Alcock, a pour sa part confirmé que tous les fonctionnaires compromis dans le scandale de 250 millions $ ont déjà subi des mesures disciplinaires, mais a refusé au nom de la protection de la vie privée de dévoiler leurs noms et le type de sanctions encourues.

Du côté des acteurs majeurs, l'un d'entre eux (Charles Guité) a pris sa retraite et fait l'objet d'une enquête de la GRC, a-t-il ajouté, et un autre (Pierre Tremblay, à l'Agence canadienne de protection des aliments) "risque de ne plus travailler très longtemps dans la fonction publique". Ceux qui ne sont plus au service du gouvernement ou qui travaillaient au cabinet du ministre Alfonso Gagliano seront sujets à l'enquête publique, puisqu'ils sont maintenant hors de portée de leur ancien employeur.

M. Alcock demandera aux patrons des sociétés d'État de prendre des mesures disciplinaires contre leurs employés qui auraient pris part à la magouille, et rencontrera leurs c.a. pour déterminer la suite des événements.

Le scandale touche, selon Mme Fraser, Postes Canada, Via Rail, la GRC, le Vieux-Port de Montréal et la Banque de développement du Canada, qui ont servi de boîtes aux lettres entre le ministère des Travaux publics et des agences de communication liées au Parti libéral.

"Je pense que les Québécois comme l'ensemble des Canadiens vont constater que vous avez un gouvernement déterminé à aller au fond des choses, a repris le ministre Pierre Pettigrew. La fin ne justifie pas les moyens."

D'autres bénéficiaires

"À partir du moment où nous avons eu une présence sur l'ensemble du territoire du Québec, il n'y a pas seulement les députés libéraux qui étaient contents de ce programme et qui en ont profité", a-t-il ajouté en signalant que les élus bloquistes faisaient eux aussi appel au programme des commandites.

"La nomination du juge John H. Gomery va permettre aux citoyens d'en avoir le coeur net, a dit M. Pettigrew. Nous sommes pas mal de gens à être déçus de cette histoire, désappointés que se passent des événements aussi graves sans qu'on le sache."

Mais le ministre politique responsable du Québec s'est défilé dès que les journalistes ont prononcé le nom de l'ancien ministre et maintenant ancien ambassadeur Alfonso Gagliano.

Son collègue Denis Coderre a lui aussi soutenu qu'il ne savait "rien du tout" de cette affaire. "Ce n'est pas parce que je connais des gens que je sais nécessairement ce qu'ils font à l'intérieur de leurs boîtes. Avant de condamner qui que ce soit, faisons la lumière sur l'ensemble du dossier et on prendra les décisions qui s'imposent."

Pas encore élu, pas même encore candidat officiel, ce qui sera annoncé lundi, Dennis Dawson exprimait le même avis à l'endroit normalement réservé aux politiciens actifs, dans le foyer de la Chambre des communes. "Nous allons vivre avec les résultats de l'enquête, a dit cet organisateur de M. Martin. Nous n'avons rien à cacher."

RGiroux@lesoleil.com



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Martin blames rogue staff

Daniel Leblanc, Drew Fagan
With Reports From Simon Tuck And Kim Lunman
The Globe and Mail Thursday, February 12, 2004

The sponsorship scandal: PM points to 14 civil servants, but critics say it's the work of Liberal 'bandits'

Ottawa ONT - The Martin government blamed 14 federal employees for the entire sponsorship scandal yesterday as the Opposition countered that it was the work of a web of well-organized Liberal "bandits."

Prime Minister Paul Martin took vigorous and government-wide actions to contain Tuesday's scathing report from the Auditor-General, but seemed to play down the extent of the problem yesterday, insisting that it was the work of a "very small group" of 14 people that could not have been caught earlier.

"When they broke those laws and those rules, they did not come to cabinet and ask to break those rules. What they did was engage in a very sophisticated way of camouflaging what they were doing. As a result of that, the government did not know," Mr. Martin said.

The Opposition kept piling on the attacks yesterday in the aftermath of Auditor-General Sheila Fraser's report that Public Works Canada had paid $100-million to a handful of advertising firms that resulted in little or no value to Canadians. The firms received millions of dollars for contracts in which there is no proof that they performed any work, in which they appeared to have submitted fake invoices, and in which they performed such simple tasks as transferring funds between two federal agencies.

The Conservative Party said the newly called public inquiry will have to look into allegations that these public funds were deliberately sent to selected advertising firms, which then kicked the money back to the Liberal Party of Canada.

"The Auditor-General said that this goes much higher than she could investigate," Conservative Leader Grant Hill said during Question Period. "Will the public inquiry be able to go right into the Liberal Party and look at those individuals, those bandits, who stole from Canadian taxpayers?"

Dr. Hill also said former public works minister Alfonso Gagliano, who was fired on Tuesday as ambassador to Denmark, is being used as a scapegoat by the party to duck widespread responsibility.

"This, frankly, was a money-laundering scheme for the Canadian taxpayer. It was by Liberals for Liberals. The Liberal Party of Canada, quite frankly, is implicated in this right up to their eyeballs."

Mr. Martin's government has given Mr. Gagliano three weeks to officially clear out of his post in Copenhagen.

Mr. Gagliano refused to shed any new light on his role. "This is a Canadian matter," he told reporters in Copenhagen yesterday. "This is an ordeal that has been dogging me for over two years now. I'll have a chance to go back home and answer those questions."

Mr. Martin rejected the opposition attacks concerning widespread Liberal involvement, though he also claimed two days ago that he did not know whether money had flowed back to the Liberal Party.

"Mr. Speaker, there is no need for the Leader of the Opposition to make those kind of allegations, allegations of a nature which are vicious in the extreme," Mr. Martin said in a second straight rowdy day in the House of Commons.

Liberal MPs and ministers used every occasion to state that the problems were to be blamed on a small group at Public Works who managed the sponsorship program.

"I think we have to keep things in perspective. We are talking about a group within the Department of Public Works, a branch that had 12 to 15 employees, whereas the whole department has some 14,000 employees," Treasury Board President Reg Alcock said.

Civil servants included in the group are from various levels of the communications branch of Public Works and include one high- ranking individual.

According to the Auditor-General's report, however, that number is misleading because it does not include a number of other government officials involved in the sponsorship program, such as Mr. Gagliano, a handful of political officials in his office who also worked on sponsorship files, and senior officials at five Crown corporations.

Even as the Martin government focuses on the day-to-day combat in the Commons, its longer-term strategy is also becoming clear: to do everything it can to differentiate itself from the former Chrétien government in terms of its Quebec operations and strategy.

In the Commons, Mr. Martin said that the sponsorship program was inexcusable even if the purported objective -- to improve the standing of federalist forces in Quebec -- had been laudable. "Let us understand that the end never justifies the means," he said. This was, in fact, a very different message than that given by Mr. Chrétien in the early days of the scandal, when he questioned whether the disappearance of a few million dollars warranted much attention at a time when Ottawa was fighting to keep Quebec within Canada.

"National unity in this country is going to be protected by thousands of Canadians who stand up for their country," Mr. Martin said yesterday. "It will not be protected by people who violate the laws of this land."



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Poll targets Chrétien, Gagliano

Daniel Leblanc
The Globe and Mail Thursday, February 12, 2004

In a poll done yesterday in Quebec by Léger Marketing, about two-thirds of respondents blamed the mismanagement of funds on former prime minister Jean Chrétien (35 per cent) or Alfonso Gagliano (33 per cent). Only 19 per cent of 501 respondents blamed Paul Martin.

A majority of respondents said the Auditor-General's report had improved (8 per cent) or not changed (43 per cent) their opinion of Mr. Martin, compared with 40 per cent who said it had a negative impact on their opinion.

Three-quarters of the respondents said they believed Mr. Martin was aware of the mismanagement while he was finance minister, and 13 per cent believed Mr. Martin when he said he was unaware. "This had an impact on Mr. Martin, but he is not the target," said Jean-Marc Léger of Léger Marketing.

The poll has a margin of error of plus or minus 4 per cent.



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La GRC, VIA Rail et Postes Canada plaident non coupable

Toupin, Gilles; Bellavance, Joël-Denis
La Presse jeudi 12 février 2004

Ottawa - La Gendarmerie royale du Canada a affirmé hier qu'elle n'avait rien à voir dans l'utilisation par le gouvernement fédéral d'agences qui ont simplement servi à lui transférer des fonds publics, en échange de généreuses commissions, dans le cadre des célébrations de son 125e anniversaire.

" Ce n'est pas une décision de la GRC, c'était une décision du gouvernement ", a déclaré hier à La Presse un porte-parole de ce corps de police, le sergent Jocelyn Mimeault.

La vérificatrice générale, Sheila Fraser, a révélé mardi que le programme de commandites du gouvernement fédéral avait versé plus de trois millions de dollars entre 1997 et 1999 en vertu de huit contrats distincts conclus avec deux agences de communications et une agence de coordination. Ces agences sont Média I.D.A. Vision, Lafleur et Gosselin. La GRC a reçu 1 704 000 $ de ces trois firmes qui à leur tour encaissaient des commissions totalisant 244 380 $- et cela simplement pour avoir transféré les fonds gouvernementaux à la GRC. Quant au reste de la somme, Lafleur et Gosselin l'ont encaissé pour des travaux de production destinés à la préparation des célébrations du 125e anniversaire de la GRC. " Nous avons été approchés à Montréal par Lafleur et dans la région d'Ottawa par Gosselin, a déclaré le sergent Mimeault. Ils nous ont dit que le gouvernement fédéral était prêt à nous aider. "

Les révélations faites par la vérificatrice générale d'un lien entre la GRC et le scandale des commandites gênent la direction de la GRC, qui mène depuis février 2003, à la demande du ministère des Travaux publics, une enquête sur plusieurs dossiers de commandites. La GRC avait déjà déterminé qu'une enquête criminelle était justifiée dans cette affaire et 18 accusations de fraude ont déjà été déposées contre Paul Coffin, de la firme Coffin Communications, de Montréal.

Interrogée en Chambre sur cette situation, la ministre de la Justice, Anne McLellan, a indiqué que le département de la GRC qui s'était occupé des fêtes du 125e anniversaire n'était pas le même que celui qui menait l'enquête sur les commandites fédérales. Elle a de plus révélé, ce qu'a confirmé le sergent Mimeault, que la GRC avait avisé le procureur général du Québec du contenu du rapport de la vérificatrice générale en ce qui a trait aux liens de la GRC avec ce programme. On sait que les poursuites criminelles au Québec relèvent du procureur général du Québec.

Les dirigeants de VIA Rail et de Postes Canada, deux sociétés d'État qui ont aussi obtenu de l'argent du ministère des Travaux publics par l'intermédiaire d'agences de communication de Montréal proches des libéraux fédéraux, ont soutenu n'avoir participé à aucun stratagème visant à gonfler des factures et permettant ainsi aux agences de toucher des commissions variant de 12 % à 15 %.

Dans un communiqué de presse diffusé mardi soir, VIA Rail, qui a fait produire son Magazine VIA par Lafleur Communication entre 1997 et 2000, laisse entendre que la vérificatrice générale s'est carrément fourvoyée en affirmant dans son rapport dévastateur que la société d'État avait participé à cette manoeuvre.

" La direction de VIA souligne aujourd'hui que la société n'a payé aucune commission à quiconque dans la conduite des transactions de communication et de commandite dont il est fait mention dans le rapport de la vérificatrice générale et qui remontent aux années 1997 à 2000 ", affirme-t-on dans le communiqué.

" Au surplus, les autorités de la société de transport-passagers confirment avoir reçu pleine et juste valeur pour les sommes consacrées à ces initiatives ", ajoute-t-on.

À Postes Canada, un porte-parole, François Legault, a affirmé que la société d'État en avait aussi obtenu pour son argent lorsqu'elle a retenu les services de Lafleur Communication pour l'aider dans son projet de concours de création de timbres en 1998.



»» Le scandale des commandites

Gagliano se dit harcelé

André Duchesne
La Presse jeudi 12 février 2004

L'atmosphère n'était pas à la rigolade hier au 1, Kristen Bernikowsgade, siège de l'ambassade du Canada à Copenhague où Alfonso Gagliano entreprenait une de ses dernières journées de travail à la suite de son rappel annoncé mardi dans la foulée du scandale des commandites.

" Cette affaire me harcèle depuis deux ans et j'aurai l'occasion de répondre à vos questions ", a déclaré à des représentants de Radio-Canada celui qui est ambassadeur du Canada au Danemark depuis le 15 janvier 2002.

Cette nomination, faite par l'ancien premier ministre Jean Chrétien, avait permis au gouvernement libéral d'éloigner M. Gagliano d'Ottawa à la suite de fuites embarrassantes sur la gestion du programme de commandites où des firmes proches des libéraux servaient d'intermédiaires, moyennant de généreuses commissions.

Le dépôt d'un rapport accablant de la vérificatrice générale Sheila Fraser montre que l'ancien ministre des Travaux publics est encore en cause. Le premier ministre Martin avait annoncé son rappel quelques heures avant le dépôt du rapport. Hier, M. Gagliano a affirmé ne pas avoir lu le document.

" L'ambassadeur ne s'adressera pas aux médias avant son retour au Canada. Il doit régler des questions administratives et officielles avant de rentrer ", a indiqué son adjointe, Denise Forest, jointe hier matin par La Presse à Copenhague.

La nouvelle du rappel de M. Gagliano a été reprise dans quelques médias danois, dont Ekstra Bladet et The Copenhagen Post, un journal anglophone de la capitale danoise qui lui avait consacré une demi-douzaine d'articles depuis sa nomination.

Court (deux ans), le séjour de M. Gagliano au poste d'ambassadeur canadien au Danemark a été néanmoins houleux. Dès sa nomination, la communauté italienne de Montréal déplorait le départ de celui qui fut député de Saint-Léonard durant de nombreuses années, disant perdre un allié. Mais il en allait tout autrement dans d'autres sphères, notamment à Ottawa.

Ainsi, quatre jours seulement après sa nomination, l'Alliance canadienne demandait à Jean Chrétien de revenir sur sa décision, estimant que M. Gagliano n'avait pas les qualifications requises pour occuper ce poste.

Pendant ce temps, au Danemark, on se disait vexé de cette nomination faite sans consultation préalable auprès des autorités danoises, une règle non écrite mais d'ordinaire suivie dans le monde diplomatique. Des journaux avaient aussi fait état des conditions dans lesquelles l'ancien ministre avait quitté son poste.

À la reprise des travaux de la Chambre des communes, au début de février 2002, les députés de l'opposition avaient présenté des motions enjoignant à M. Gagliano d'expliquer les allégations de favoritisme à son endroit. La majorité des libéraux lui avait permis d'éviter cette confrontation.

Parti pour Copenhague le 27 février 2002, l'ambassadeur était de retour à Ottawa à la mi-mars où il avait comparu devant le comité des Affaires étrangères de la Chambre des communes afin d'évaluer ses compétences. Encore une fois, et en dépit de sérieuses prises de bec, la majorité libérale du comité lui avait permis de poursuivre son travail.

Vers la fin du mois de mai 2003, des rumeurs envoyaient l'ancien ministre des Travaux publics au poste d'ambassadeur du Canada au Vatican, qu'il convoitait. Dans un article datant du 20 juin 2003, le Copenhagen Post allait jusqu'à raconter l'histoire rocambolesque de la reine danoise Margrethe qui avait signalé sur son site Internet qu'elle tiendrait une audience d'adieu pour M. Gagliano. Or, la nouvelle avait disparu du site le lendemain. M. Gagliano n'a finalement jamais obtenu l'emploi.

Le 16 décembre dernier, La Presse révélait que, depuis sa nomination, M. Gagliano avait dépensé, aux frais des contribuables, plusieurs dizaines de milliers de dollars pour remettre l'ambassade et la chancellerie à son goût. Un nouveau service de vaisselle de 7920 $, un projecteur de 15 000 $, des tapis (8000 $), un bureau ergonomique (3200 $) et des déplacements aériens en classe affaires se retrouvaient parmi les factures.

Furieux, ce dernier avait écrit un courriel aux représentants de La Presse affirmant que seule la dépense pour la vaisselle avait été prise sous sa direction (le reste ayant été budgété avant son arrivée) et qu'on s'appliquait à détruire sa réputation.

Le lendemain, 17 décembre, le quotidien The Gazette dévoilait que M. Gagliano faisait partie d'une douzaine de fonctionnaires à qui le cabinet Chrétien avait accordé une hausse salariale rétroactive de 2,5 %. En tant qu'ambassadeur, M. Gagliano recevait un salaire oscillant entre 157 000 $ et 184 700 $. Hier, il a été impossible de savoir s'il recevra une indemnité de départ et de quelle ampleur à la suite de son rappel.



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Gagliano promet de se défendre quand il rentrera au Canada

PC
Le Soleil jeudi 12 février 2004

"C'est un supplice qui me poursuit depuis plus de trois ans"

Copenhague - L'ancien ministre Alfonso Gagliano, congédié mardi de son poste d'ambassadeur au Danemark, a informé le gouvernement danois hier qu'il rentrera au Canada.

"Il va partir aussitôt que possible, a affirmé Denise Forest, vice-consule à l'ambassade de Copenhague. Une fois au Canada, il va faire une déclaration (sur son rôle présumé dans le scandale du programme des commandites), mais entre-temps il ne parle pas aux médias."

M. Gagliano s'est quand même arrêté pour parler brièvement aux journalistes qui attendaient alors qu'il faisait la navette entre l'ambassade et sa résidence, toutes deux situées dans le centre-ville de la capitale danoise. "C'est un supplice qui me poursuit depuis plus de trois ans maintenant, a-t-il dit. J'aurai une occasion de retourner à la maison et de répondre à ces questions.

"C'est une affaire canadienne et je ne ferai pas de déclaration ici au Danemark. Mais comme il se doit, une fois que je serai de retour au Canada, je ferai une déclaration et je répondrai à vos questions."

M. Gagliano ne rentre pas immédiatement au Canada. "Je retourne à la maison mais il y a quelques affaires à régler ; j'espère que je pourrai rentrer le plus tôt possible, a-t-il affirmé. Il y a certaines choses qu'un ambassadeur doit faire lorsqu'il arrive dans un pays et certaines choses qui doivent être faites lorsqu'il quitte."

Une des choses qu'il a déjà faites avant de partir a été d'informer le ministère danois des Affaires étrangères de son départ imminent. "J'ai été officiellement informée aujourd'hui (hier) du départ du Danemark de l'ambassadeur canadien", a indiqué Annette Lassen, du service du protocole du gouvernement danois.

Il n'a pas été possible de savoir la date du retour au Canada de M. Gagliano. "Je ne peux avancer une date ou un jour, a affirmé Mme Forest. Il va essayer de quitter aussitôt qu'il le pourra."

Mardi, à Ottawa, la vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, a férocement critiqué dans son rapport le programme fédéral des commandites - dont le budget a été de 250millions $ - , qui a été sous la responsabilité de M. Gagliano alors qu'il était ministre des Travaux publics.

Mme Fraser a découvert de nombreuses irrégularités dans la gestion du programme qui, a-t-elle dit, était utilisé pour favoriser financièrement des amis du gouvernement fédéral alors que Jean Chrétien était premier ministre. Elle a indiqué que les règles du gouvernement ont été ignorées ou violées à toutes les étapes du processus pendant plus de quatre ans, de 1997 à 2001.

C'est après avoir lu ce rapport que le premier ministre Paul Martin a congédié l'ambassadeur Gagliano et déclenché une enquête publique et indépendante. Il a aussi nommé un avocat-conseil qu'il a chargé de recouvrer les fonds publics perdus de façon inappropriée.

M. Gagliano, maintenant âgé de 62 ans, avait été nommé ambassadeur au Danemark en janvier 2002, au moment où il a quitté le cabinet alors que le programme des commandites était vivement critiqué.



»» Le scandale des commandites

Copps affirme que Paul Martin aurait dû savoir

PC
La Presse jeudi 12 février 2004

Ottawa - À titre de vice-président du Conseil du Trésor, Paul Martin aurait dû savoir que le programme de commandites donnait lieu à des dérapages, a affirmé hier l'ex-vice-première ministre Sheila Copps.

" Il a certainement été question (du programme de commandites) au Conseil du Trésor " et M. Martin aurait dû apporter les correctifs nécessaires, avance Mme Copps. Les garde-fous empêchant les dépenses injustifiées de fonds publics se trouvent au Conseil du Trésor et aux Finances, où M. Martin siégeait, a-t-elle ajouté.

" On ne peut pas se protéger contre la malhonnêteté des gens (...) mais des procédures existent au ministère des Finances et au Conseil du Trésor ", a-t-elle dit.

Selon un porte-parole du premier ministre, la députée ne devrait pas lancer ainsi des accusations à cause de son rôle important au sein du précédent gouvernement de Jean Chrétien. " Si Mme Copps sait quoi que ce soit au sujet du programme de commandites (...) qu'elle le fasse savoir et en informe la police et le commissaire chargé de l'enquête publique ", a déclaré Scott Reid, un des conseillers de M. Martin.

De son côté, Sheila Copps a dit qu'elle aurait été impuissante à empêcher quoi que ce soit, malgré son poste au cabinet. " Je ne siégeais pas au Conseil du Trésor. "



»» commandites

Auditor shows federalists ready to cheat to win

JOSEE LEGAULT
The Gazette Friday, February 13, 2004

There's a voice we hadn't heard yet in reaction to the federal auditor-general's report on the sponsorship scandal. That's the voice of the man who brought Quebec within a hair of a sovereignist victory in 1995 sending then Prime Minister Jean Chrétien into a national-unity propaganda spending frenzy.

That man is former premier Jacques Parizeau. In an interview, he recalled how he saw the beginnings of Chrétien's post-referendum offensive as he was preparing to leave in 1995.

"What I didn't have the time to see," he noted, "was the kind of shameful patronage that would later turn into a veritable wave. What we see now is huge, really huge."

Asked what distinguished Chrétien's methods from Pierre Trudeau's, Parizeau noted "there's a difference in means, but the spirit is the same. Ottawa looks to prevent at all costs the independence of Quebec whatever it takes. Trudeau went as far as to jail 500 Quebecers (in October 1970) for no reason other than to battle sovereignty and paint it as a violent movement."

As for Chrétien, Parizeau added, "he summed up his vision of things pretty well when he declared in 2002 'today's results show that my government acted properly since there's much less of a danger of separation than there was back in 1995'." As the auditor-general's report confirms, for Chrétien, the end justified the means.

So he unleashed a pro-unity campaign of unprecedented scope to increase Canada's visibility in Quebec and strengthen Quebecers' identification with Canadian symbols, and reduce support for sovereignty. This, he hoped, would either abort a third referendum for lack of support or win it, should one ever be held again.

The auditor-general's report points to a central aspect of Chrétien's Propagandagate: the sponsorship program. Allegations of corruption and money laundering spring from the channeling of $250 million of public funds to sponsor events in Quebec, including $100 million that went to Liberal-friendly communications firms.

In the face of this scandal, Paul Martin and his ministers chose to behave like the famed three little monkeys: They saw nothing, heard nothing and said nothing. We're asked to believe in the volatile post-referendum period, Martin, the second most powerful man in the Chrétien government, knew nothing or that key ministers, either from Quebec or outside, had no knowledge of any of this wrongdoing.

With the amounts involved and the political ramifications of these sponsorships, the overall order to promote unity at all costs had to come straight from the PMO. But the harsher question raised by Norman Spector, former chief of staff to Brian Mulroney, is how this alleged widespread ignorance would be nearly impossible, given the hierarchical nature of the federal government. Could anything so big have happened without the knowledge of certain deputy ministers who would inform the chiefs of staff who, in turn, must inform their ministers?

Given the scope of this scandal and its raison d'être to prevent another referendum, Parizeau said this should prompt sovereignists to reflect on how it might affect their own approach.

"One thing is now clear: Through all these years, we followed the laws adopted by René Lévesque on the referendum and the financing of political parties. We obeyed the law and we were had like children. Now we see that the federal side resorted to illegal means and influence peddling. So we must ask ourselves: what do we do in order to remain respectful of the criteria of honesty we chose for ourselves while no longer being as naive as we were?"

There's no ready answer, he said, "but it's clear that this scandal will accelerate debate within the PQ as to how sovereignty could be achieved the next time, not in the sense that this scandal is any reason for us to be less honest - on the contrary - but in the sense that we must cease being such easy targets."

Last weekend, PQ members were debating exactly that in the corridors of their national council meeting. A growing number are openly questioning Bernard Landry's position, which amounts to repeating what the PQ did in the past even though it failed. Few were taken by his promise of a referendum in 2008, especially when he said he would hold such a vote only within "reasonable circumstances." To many, that sounded like Lucien Bouchard's "winning conditions" that led to nothing.

So an alliance of young and old PQ members launched the Mouvement pour l'élection reférendaire (MER) and a Web site (www.mer.sytes.net) that promote sovereignty through an electoral mandate, instead of a referendum.

But whatever roads it might explore, this new alliance seems to agree with Parizeau in the need to search for a new approach. One that would no longer render sovereignists vulnerable to the seemingly limitless means and unethical measures some federalist forces have demonstrated since the last referendum.



»» commandites

Charest craint des retombées

Michel Corbeil
Le Soleil jeudi 12 février 2004

Le bureau du PM s'assure de ne pas être entraîné dans la tempête

Le personnel politique de Jean Charest s'est assuré de ne pas être entraîné malgré lui dans le scandale sur les commandites, qui fait rage à Ottawa. Avant d'embaucher Michel Guitard, un ancien du groupe Everest, on lui a demandé s'il avait été impliqué dans le programme qui place le gouvernement fédéral de Paul Martin au coeur d'une tempête politique.

Hier, le directeur des communications du premier ministre québécois a confirmé que l'entourage de Jean Charest a demandé des assurances à ce sujet au principal intéressé. "La réponse a été non , a indiqué Christian Lessard.

"Oui, c'est (une question) de routine, dans un sens. Les membres de cabinet signent tous des déclarations sur l'éthique et les conflits d'intérêt."

Michel Guitard a oeuvré dans un passé récent chez Everest, comme directeur des relations publiques. Le groupe pour lequel il travaillait a des liens étroits avec le chef libéral Jean Charest. Ces liens remontent au temps où M. Charest était politicien à Ottawa, sous la bannière du Parti progressiste-conservateur. M. Guitard lui-même est loin d'être un inconnu pour Jean Charest.

Le porte-parole au bureau du premier ministre a tenu à mettre en évidence le fait que Michel Guitard s'occupait de relations publiques chez Everest. Il n'était pas impliqué dans la publicité et les commandites, s'est fait dire LE SOLEIL. En outre, a-t-on fait valoir, il n'était pas un actionnaire du groupe.

Le programme sur les commandites, lancé par le gouvernement fédéral de Jean Chrétien, fait l'objet d'une enquête par la GRC. L'investigation porte sur les agences de communication reliées au programme.

Le débat fait rage au Parlement canadien depuis le dévoilement du rapport de la vérificatrice générale, Sheila Fraser. La gestion gouvernementale est sévèrement blâmée. Plusieurs firmes sont identifiées comme signataires de contrats où une partie du travail consistait à faire transiter l'argent du fédéral vers un organisme de l'État. Des filiales d'Everest sont notamment citées pour des ententes contractuelles avec la Société canadienne d'habitation et de logement (SCHL) et avec Via Rail.



»» Rapport de la Vérificatrice générale du Canada

Un système de corruption pour un déluge de propagande dirigé contre l'indépendance du Québec

Union des forces progressistes

Saguenay, le 12 février 2004. C'est dans le contexte post-référendaire de 1995 qu'il faut chercher les racines du système qui a dégoûté cette semaine la Vérificatrice générale du Canada. Paniquées, les élites politiques fédérales sont prêtes à tout pour casser le mouvement indépendantiste. En violant la loi si nécessaire comme il l'ont fait pendant la campagne référendaire. En forgeant un nouveau cadre juridique, comme il l'ont fait en adoptant le bill sur la «clarté».

Mais pourquoi s'arrêter en chemin lorsqu'il est possible de sucrer les amis du régime au passage ?

«Ce que le rapport de la vérificatrice a révélé, c'est un véritable système de corruption visant à financer une campagne contre l'indépendance de notre pays» de rappeler Pierre Dostie porte parole de l'UFP.

Avant même la publication du rapport, l'appareil de conseillers au service de Martin se mettait au travail orchestrant une grande opération de contrôle des dommages. Phase un: c'est trop gros pour contrer directement, il faut crier au scandale, plus fort que les autres si possible, en désignant un premier agneau sacrificiel: Gagliano. Même si le Bloc Québécois et le NPD ont multiplié les interventions sur ce dossier pendant des années, on fait semblant de ne pas être au courant.

«Entendre Martin, Pettygrew et Robillard proclamer leur ignorance a quelque chose de parfaitement grotesque de déclarer Pierre Dostie». De quoi dégoûter pas mal de monde de la chose politique.

Phase deux: on nomme un bon juge pour faire enquête en calculant que les révélations les plus juteuses surviendront après la campagne. Pendant ce temps on suggérera à l'opinion que l'équipe Martin ce n'est pas l'équipe Chrétien. La population sera-t-elle dupée lors des prochaines élections fédérales?

Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument dit l'adage. Et que dire du pouvoir assumé longtemps dans ce nouveau régime de parti unique qu'est devenu l'État canadien ? de conclure Monsieur Dostie, qui rappelle que le mode de scrutin uninominal à un tour y contribue grandement.



»» MONTRÉAL ÉTOUFFE

L'économie pâtirait d'un laisser-faire, avance l'OCDE

François Cardinal
La Presse dimanche 8 février 2004

Le constat est impitoyable: si le gouvernement ne fait pas le ménage dans l'enchevêtrement de structures qui handicape la région métropolitaine, l'économie de Montréal, déjà mal en point, s'affaiblira encore davantage, estime l'Organisation de Coopération et de développement économique ( OCDE ).

Dans un rapport qui doit être rendu public jeudi et que La Presse a obtenu, l'organisme basé à Paris recommande donc que la Communauté métropolitaine de Montréal ( CMM ) soit élevée au rang de superstructure aux pouvoirs élargis afin de mettre fin à l'" isolement institutionnel " et à la " fragmentation des décisions ".

Ainsi, en plus d'avaler l'Agence métropolitaine de transport ( AMT ), la CMM jouerait le rôle du futur conseil d'agglomération, lequel doit voir le jour après les défusions. Il deviendrait également un fournisseur de services régionaux gérés par des membres élus au suffrage universel et il aurait à élaborer une stratégie de développement économique à l'échelle de la région.

" La consolidation de la gouvernance locale et métropolitaine doit constituer une priorité à très court terme car les incertitudes liées au cadre actuel finiront par ébranler la confiance des entreprises ", avertit-on.

Le constat est d'autant plus dur qu'à l'heure actuelle, note l'OCDE, Montréal se classe 44e parmi les 65 villes de l'OCDE en termes de PIB réel par habitant. " Au niveau international, tranche-t-on, la compétitivité de la région métropolitaine de Montréal laisse quelque peu à désirer. "

Pour témoigner de la " surgouvernance " de Montréal, le directeur de l'étude, Mario Pezzini, chef de la division des examens territoriaux et de la gouvernance de l'OCDE, énumère les différentes structures institutionnelles ( 63 villes, 34 arrondissements, 14 MRC et deux régions administratives ) et gouvernementales ( AMT, SGF, Montréal International, etc. ) que l'on trouve dans la région métropolitaine.

" Il s'avère assez fréquent de retrouver une panoplie d'acteurs ayant des mandats complémentaires, voire relativement proches, relate-t-on. Le fait que certains aient parfois empiété sur le domaine d'intervention d'autres acteurs (... ) démontre la persistance de conflits de juridiction et l'absence d'un mécanisme susceptible de faire en sorte que les intervenants s'en tiennent exclusivement au mandat qui leur a été confié. "

C'est dans ce contexte que l'on recommande d'accroître de manière importante les pouvoirs de la CMM, laquelle n'assume actuellement qu'un rôle de planification. " La consolidation des acquis de la CMM permettrait à celle-ci de remplir le rôle d'un intermédiaire utile et fiable entre les municipalités et la province ", croit-on.

On note en ce sens qu'il serait " plus efficace " de concentrer la responsabilité des transports publics, actuellement dévolue à l'Agence métropolitaine de transport ( AMT ), entre les mains de la CMM. Même chose pour le développement économique, une compétence divisée entre la CMM et les MRC.

Qui dit plus de responsabilités dit également plus d'argent. On suggère donc de verser à la CMM le financement accordé à l'AMT ( taxe sur l'essence et droits d'immatriculation ) en plus " d'élargir ses ressources propres ".

Aussi, on recommande que soit revue la représentation politique de la CMM parce que son conseil " n'est pas directement responsable vis-à-vis de la population ". Formé de 28 membres nommés par les villes et les MRC, le conseil est actuellement présidé par le maire de Montréal, tout comme le comité exécutif de la CMM.

Si la CMM est appelée à accroître ses responsabilités, affirme-t-on, certains de ses membres pourraient être élus directement par la population comme c'est le cas à Stuttgart, Londres et Portland, par exemple. " Une option serait d'organiser l'élection directe d'une ou plusieurs instances de direction ", précise-t-on.

En sa qualité de nouvel organisme plus représentatif de la région, la CMM aurait intérêt à signer avec le gouvernement un " contrat de ville "- appelé " contrat métropolitain "- à l'image de celui conclu l'an dernier entre la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec, ajoute-t-on.

Enfin, l'OCDE souligne à grands traits l'importance et l'urgence d'établir une stratégie de développement économique cohérente à l'échelle de la région. Il s'agirait même du " plus grand défi de Montréal ". On recommande que ce mandat soit confié à la CMM et que certains organismes comme la Chambre de commerce du Montréal métropolitain aient un rôle prépondérant à jouer à cet égard.

Réalisé par l'OCDE sous la coordination de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, cet " examen territorial de Montréal " a été cofinancé par la CMM et Développement économique Canada.



»» réingénierie

Les cyniques

Michel David
Le Devoir jeudi 12 février 2004

En fin de semaine dernière, le premier ministre Jean Charest n'avait que de bons mots pour les «intentions nobles» de Lucien Bouchard lorsque celui-ci avait convoqué un sommet à Québec, en mars 1996, pour mobiliser le Québec tout entier dans une croisade contre le déficit. Ah, si seulement ce coquin de Bernard Landry n'avait pas tripoté les chiffres...

Pourtant, l'opposition libérale avait très mal réagi à l'initiative de M. Bouchard. «C'est un exercice de relations publiques qui est vide de sens et qui se rapproche du cynisme le plus répréhensible», avait déclaré le chef du PLQ, Daniel Johnson, qui s'était résigné à y faire acte de présence seulement quand il s'était rendu compte que le Tout-Québec inc. y serait.

Bernard Landry pense très certainement la même chose du grand forum national dont M. Charest a annoncé la tenue à l'issue du conseil général de son parti, mais il a eu le bon goût de n'en rien dire. Cette retenue a d'ailleurs dû lui coûter beaucoup.

«Quand les décisions sont déjà prises, la moindre des choses qu'on puisse faire, c'est de ne pas faire croire aux gens qu'on va les consulter. Il aurait fallu le faire avant plutôt qu'après», disait encore Daniel Johnson.

Il est vrai que Lucien Bouchard avait décidé de s'attaquer au déficit bien avant de convoquer son sommet, mais il avait eu la délicatesse d'en attendre les conclusions avant de présenter un premier budget.

M. Charest, lui, ne s'est même pas soucié de sauver les apparences. Quand il accueillera à son tour les représentants de la société civile, en juin prochain, il y aura belle lurette qu'Yves Séguin aura présenté son deuxième budget et que la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, aura soumis ses prévisions de dépenses. S'il trouvait M. Bouchard coupable du «cynisme le plus répréhensible», je n'ose pas imaginer ce que M. Johnson doit penser aujourd'hui.

On peut comprendre que le premier ministre ne sache plus à quel saint se vouer. Certains de ses ministres commencent à ressembler à des poules sans tête. Sam Hamad faisait franchement pitié à voir la semaine dernière. Dans le dossier du Suroît, c'était «sa responsabilité de reculer», disait-il. La veille, il assurait encore que le gouvernement irait de l'avant coûte que coûte.

Encore faudrait-il que la consultation annoncée ait un objectif clair. «On garde le cap sur ce qu'on a proposé, ce qui, de toute façon, fait l'objet d'un très large consensus au Québec», a dit M. Charest. Pourquoi un sommet s'il existe déjà un très large consensus ? S'agirait-il d'un consensus inconscient, qu'une bonne séance de thérapie collective ferait enfin apparaître ?

Conduire ce genre d'exercice n'est pas à la portée de tous. Au printemps 1996, Lucien Bouchard disposait d'une autorité morale exceptionnelle. Depuis la campagne référendaire, il était dans une sorte d'état de grâce. Tous les participants au sommet avaient été impressionnés par ses talents de conciliateur, qui lui avaient permis d'arracher, à la faveur de tractations nocturnes particulièrement ardues, une entente sur le déficit zéro.

S'il a réussi à faire oublier cinq ans de déception, l'espace d'une campagne électorale, il y a déjà un bon moment que Jean Charest n'impressionne plus personne. Depuis dix mois, il a été incapable de convaincre les Québécois de la nécessité de son projet de «réingénierie», ni même de l'expliquer convenablement. Comment pourrait-il y arriver au cours d'un sommet de quelques heures ? Quand on ne réussit pas à traduire sa vision en mots, c'est généralement qu'on n'en a pas.

Que s'est-il vraiment passé à Davos pour que le premier ministre se retrouve sur la même tribune que les dirigeants d'Alcan sans avoir été prévenu de la fermeture de l'usine d'Arvida alors que le chef de l'opposition en avait été avisé la veille ? L'impression qui se dégage de ce mystérieux incident est cependant celle d'un homme qui ne pèse pas très lourd. Or il faut un certain poids pour imprimer une direction à une société.

Si M. Charest avait consulté son ami Lucien avant de faire son annonce, celui-ci aurait pu lui expliquer que le succès d'un sommet est aussi une question de conjoncture. Quand il avait récidivé, à Montréal, pour tenter d'orchestrer une stratégie de création d'emploi, six mois de compressions budgétaires avaient déjà rompu le charme. Déçus, les représentants des organismes communautaires s'étaient réfugiés dans un hôtel voisin, la tête couverte de sacs de papier brun.

«On ne ralentit rien, on n'arrête rien», a prévenu M. Charest. Cette fois-ci, ce sont peut-être les représentants du gouvernement qui devraient prévoir un refuge. Comme Daniel Johnson, certains n'apprécient pas les cyniques.

mdavid@ledevoir.com



»» défusions

L'OCDE salue la réforme municipale et donne un avertissement sur les défusions

François Cardinal
La Presse jeudi 12 février 2004

D'une main, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) salue la réforme municipale entreprise par le gouvernement péquiste et de l'autre, elle recommande à Québec de revenir en arrière sur deux décisions prises dans le dossier des défusions.

Dans un volumineux rapport sur Montréal qui sera rendu public aujourd'hui en marge d'un important colloque sur les villes organisé par l'Université McGill, l'OCDE fait remarquer que la réforme institutionnelle qui a mené aux fusions municipales est " l'une des plus radicales jamais réalisés dans un pays de l'OCDE ". Plus encore, on affirme, dans le document synthèse, qu'il s'agit d'une des réformes les " plus audacieuses " jamais faites dans les 65 régions métropolitaines de l'organisation.

Pour le maire de Longueuil, Jacques Olivier, cette étude vient à point nommé. " Ça prenait quelqu'un de l'extérieur pour dire que ce qui a été fait par le gouvernement devait l'être, a-t-il indiqué hier en entrevue. Ce rapport vaut la peine d'être étudié. "

Notons que l'OCDE ne juge pas les fruits de la réforme, précisant qu'il est trop tôt pour évaluer ses retombées. Mais l'auteur du rapport n'en souligne pas moins que " le gouvernement a mis en place ce nouveau cadre institutionnel en un temps record ". Et aussi que " les économies d'échelle se révèlent peu significatives ".

Plus loin, l'organisation établie à Paris fait évidemment remarquer que, " moins de deux ans après son entrée en vigueur, la fusion est déjà remise en cause ". Dans le document synthèse qui accompagne le rapport, on ajoute que, dans l'hypothèse d'une ou de plusieurs défusions, on risquerait de se trouver face à la situation qui avait cours avant les fusions " avec de fortes disparités fiscales ".

" Aussi, écrit-on, sera-t-il important de prévoir le maintien des mesures de péréquation au regard des disparités fiscales qui existent entre les secteurs des villes fusionnées. "

Or, le gouvernement Charest a précisément choisi de mettre la hache dans les mesures de péréquation qui étaient prévues, à l'origine, dans le projet de loi sur les défusions.

Aussi, on recommande de ne pas aller de l'avant avec la création du conseil d'agglomération, cette instance supramunicipale que le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, entend créer après la défusion de quelques villes de l'île.

" Si certaines compétences continuent d'être administrées au niveau des villes fusionnées, il serait préférable d'éviter toute création de nouvelles structures supramunicipales, car cela ne viendrait que compliquer la mosaïque institutionnelle de la région métropolitaine ", peut-on lire dans le document synthèse.

Par ailleurs, l'OCDE note que, " en dépit de l'ampleur de ces réformes, l'exercice demeure inachevé à bien des égards ". Ainsi, on note que Québec doit faire le ménage dans les structures de gouvernance de la région métropolitaine.

" Une éventuelle défusion de Montréal et de Longueuil, précise-t-on, soulignerait davantage l'importance d'un organisme de coordination au niveau métropolitain. En effet, la CMM (Communauté métropolitaine de Montréal) pourrait être appelée à combler le vide créé par le démantèlement des grandes villes. "

Réalisée par l'OCDE sous la coordination de la chambre de commerce du Montréal métropolitain, l'étude a été cofinancée par la CMM et Développement économique Canada.



»» Don Cherry

Quebec minister slams CBC, Cherry

RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Thursday, February 12, 2004

Public broadcaster has responsibility to condemn racist remarks, Fournier says

Quebec PQ - The CBC and Hockey Night in Canada commentator Don Cherry are not only promoting racist messages but also the wrong values about sports, Quebec Sports Minister Jean-Marc Fournier says.

Mr. Fournier has joined the long list of critics in Quebec who condemned Mr. Cherry's ethnic putdown on Jan. 24, in which he said that players such as the "Europeans and French guys" were "turning into sucks" for wearing visors on their helmets to protect their eyes.

"Sport is healthy. It isn't supposed to send you to the hospital," Mr. Fournier said yesterday. "It is fun. What I am saying to the CBC is that you should question these types of racist messages that are being conveyed and ask yourselves questions about the values attributed to sports within the context of a sports broadcast."

A public broadcaster has a responsibility to condemn racist remarks, he said, arguing that the CBC should not be allowed to "maintain prejudices toward certain communities such as the francophones and Europeans."

The minister added that Mr. Cherry's controversial remarks sends the wrong message to children and that the CBC has a duty to define better the type of social values it is seeking to promote.

He recalled how legendary Montreal Canadiens goaltender Jacques Plante was accused of being weak when he became the first NHL netminder to wear a mask.

"At the time, people said bad things about Jacques Plante. Is Mr. Cherry asking goaltenders to stop wearing a mask? Is that what he wants? Is that his values of sports?" Mr. Fournier asked. "The sport of mutilation, the sport that sends you to the hospital, is not the best formula. . . . Few people in contemporary societies share Mr. Cherry's visions."

It wasn't the first time Mr. Cherry made controversial remarks about NHL players from Quebec, especially francophones. But it was the first time his controversial remarks have landed him in the hot seat with the Commissioner of Official Languages, Diane Adam, who is investigating the matter.

Quebeckers have become weary of Mr. Cherry's anti-francophone remarks. He has even become the target of ridicule.

Journal de Montréal sports columnist Michel Beaudry has created a character called Clone Cherry on the all-sports network RDS. Using props, suits and makeup to make himself look as much like Mr. Cherry as possible, Mr. Beaudry recreates the Coach's Corner segment of Hockey Night In Canada with sketches that often suggest Mr. Cherry is ignorant of Quebec's culture and language. They have become a popular weekly segment on regular RDI hockey broadcasts.

In his column on Tuesday, Mr. Beaudry implored the CBC not to fire Mr. Cherry. "Don't smother what is a faithful reflection of a part of English Canada," Mr. Beaudry wrote. "Give him the chance to add more stupidities and to prove even more solidly that those who run the CBC are in harmony with their idol's remarks."

The CBC announced recently that it will put Coach's Corner on a seven-second tape delay to allow a censor to decide whether any of Mr. Cherry's comments should not be aired. The move has sparked an angry debate over state censorship and the right to free speech.

Réjean Tremblay, a sports columnist at La Presse, said that in doing so, the CBC adopted the worst solution possible.

"It is absolutely unbelievable and now we not only have to endure Don Cherry's racist and xenophobic comments on the CBC, we have to start a debate on censorship," Mr. Tremblay wrote, demanding that the CBC fire Mr. Cherry.

"If a racist is too dangerous to be allowed to take to the airwaves without censorship, it is simple, he doesn't have any business enjoying the privilege."



»» PLQ

Jean Charest: on tape, ensuite on discute

Sylvain Gaudreault
Le Quotidien jeudi 12 février 2004

L'humeur du temps - Jean Charest est un Premier ministre "à rebours". Il recule au lieu d'avancer. Mais, fabriquer l'opinion publique n'est pas chose facile, même en tentant de présenter ses reculs comme des avancées. Ce n'est pas tout le monde qui croit qu'une démolition est une construction.

Pigeons quelques exemples au hasard de l'actualité... En affaires municipales, Jean Charest s'engage à reculer dans la réorganisation des villes nouvellement fusionnées. Il a même inventé un terme pour cette acrobatie politique: la défusion.

Le dossier de l'assurance automobile est un autre exemple de raisonnement tordu. Des provinces canadiennes sont envieuses du système québécois de responsabilité sans égard à la faute ("no fault"). Peu importe! Le gouvernement Charest s'entête: abolissons un régime progressiste pour rétablir en partie la situation qui prévalait avant 1978.

La logique n'est pas très différente avec la centrale thermique du Suroît. Soudain, malgré ce qu'en disait la veille le ministre Sam Hamad, on ne sait plus s'il y aura ou non déficit énergétique au Québec entre 2007 et 2010.

Qu'à cela ne tienne! Jean Charest n'en est pas à sa première pirouette. Il mandate la Régie de l'énergie pour vérifier si Hydro-Québec a raison dans ses prévisions. Pour le peuple qui est descendu dans la rue, c'est une bataille de gagnée. Pour un Premier ministre qui prétend agir avec un mandat clair, c'est tout un repli.

Astérix

Lors de la tenue du Conseil général du Parti libéral, Jean Charest a atteint un sommet dans l'art de reculer dans les côtes. Voilà qu'il met en branle, solennellement, quatre forums thématiques qui se déplaceront en région. Le processus se terminera en crescendo par un sommet national en juin ou septembre. Wow! Le Premier ministre vient de s'apercevoir que la coquille du modèle québécois n'est pas vide. Elle contient la consultation, la concertation et le consensus. Fort bien. Le problème, c'est que la grande consultation arrive a posteriori.

C'est ce qu'on appelle la politique selon Astérix. "S'ils nous empêchent de passer, on leur rentre dedans et on s'explique après", lance le petit guerrier malin à son ami Obélix qui n'en demandait pas tant (Astérix et les Normands). Jean Charest n'a pas agi autrement, l'automne dernier, en favorisant la sous-traitance, en haussant les tarifs des services de garde à 7 $ par jour, en réduisant le nombre d'unités d'accréditation syndicale dans les établissements de santé, en restreignant le droit à la syndicalisation et en abolissant les Conseils régionaux de développement. Attention: je ne parle pas ici du fond mais bien de la manière gauloise des Libéraux de faire les choses.

En forçant le bâillon à l'Assemblée nationale, en décembre dernier, ils ont fait du Québec au pire une légion romaine, au mieux le barde du village toujours ligoté pendant le traditionnel banquet clôturant les aventures d'Astérix. Dans les deux cas, la méthode est la même: on tape d'abord et on discute ensuite.

Claude Ryan

En outre, Jean Charest a une mémoire sélective. Quelqu'un devrait lui rappeler que, en 1996, Lucien Bouchard a organisé les sommets sur l'économie et l'emploi avant d'entreprendre la lutte pour le déficit zéro. Cela fait toute la différence!

D'ailleurs, à quoi pourront bien servir les forums puisque Jean Charest affirme d'emblée : "On ne ralentit rien, on n'arrête rien (...). On garde le cap sur ce qu'on a proposé". Dans ces conditions, à moins de contribuer à une opération de relations publiques, je ne vois pas en quoi un dialogue de sourds est plus efficace que la rue pour faire reculer un gouvernement sur ses dogmes.

Enfin, il est cocasse de constater qu'avec Claude Ryan meurt aussi la culture libérale traditionnelle, qui favorisait l'ouverture d'esprit et la compréhension au lieu de l'intransigeance et l'obstination.

Dans un opuscule publié en 2002, "Les Valeurs libérales et le Québec moderne", Ryan écrit : "Au lieu de vouloir imposer à tout prix ses propres conceptions, l'État doit plutôt chercher des aménagements institutionnels qui, dans le respect de l'ordre public et des bonnes moeurs, tiennent compte de l'évolution continue des opinions et des modes de comportement". Malheureusement, Claude Ryan oubliait de préciser qu'en cette matière il est impossible de rattraper le temps perdu.



»» Suroît

Il y aura un coût au report de la centrale du Suroît

Jean-Paul Gagné
Les Affaires samedi 14 février 2004

Les écologistes ont gagné une autre bataille contre le gouvernement de Jean Charest : le report de la construction de la centrale thermique au gaz naturel du Suroît à Beauharnois, annoncée le 13 janvier dernier. Il s'agit d'une version revue et améliorée du projet annoncé à l'époque du gouvernement Landry.

Face à l'opposition bien organisée des écologistes, qui ont notamment rallié 22 congrégations religieuses à leur cause, Québec vient de confier à la Régie de l'énergie du Québec le mandat "d'établir l'augmentation de la capacité de production d'électricité nécessaire afin de répondre à la demande d'ici 2010 et ainsi d'assurer la sécurité énergétique du Québec pour cette forme d'énergie; d'étudier les options de production possibles pour répondre à l'accroissement de la demande d'électricité à moyen terme, notamment dans le respect de l'environnement et du développement durable; d'étudier l'apport des mesures d'efficacité énergétique".

Le 3 décembre dernier, le gouvernement Charest avait plié sous les pressions des opposants à la requête de Geophysical Service Inc. de faire des relevés sismiques dans le golfe Saint-Laurent pour Hydro-Québec. Un comité d'experts a été créé afin d'étudier les risques pour les baleines, et son rapport fera ensuite l'objet d'audiences publiques par le Bureau d'audiences publiques en environnement, qui doit faire rapport d'ici le 31 août.

Jusqu'à maintenant, on n'a constaté aucun impact sur les mamifères marins lors des importants relevés sismiques effectués au large de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse. Ici, l'objectif des écologistes n'est pas d'empêcher les relevés sismiques, mais de bloquer la reconnaissance et l'exploitation d'hydrocarbures dans le golfe. Cette activité n'est pas sans risque, mais elle est pratiquée partout au monde, et il faut être conscient qu'on renoncerait peut-être, en l'empêchant, à une richesse susceptible de faciliter le financement des services publics de santé et d'éducation auxquels nous tenons tant.

Revenons au projet du Suroît, auquel le gouvernement du Québec vient de donner un croc-en-jambe. Malgré la courte période de temps qui lui est donnée, la Régie croit pouvoir remettre son avis le 8 avril 2004, tel que demandé. La première partie du mandat est assez facilement réalisable, puisque la Régie a approuvé en août 2002 le dernier plan d'approvisionnement d'Hydro-Québec et qu'elle a reçu des mises à jour. Le reste du mandat sera beaucoup plus difficile à réaliser dans le délai prévu. La Régie recevra des mémoires des personnes intéressées et invitera certains participants à présenter leurs conclusions au cours d'audiences qui seront tenues entre les 1er et 12 mars.

La consommation québécoise d'électricité a augmenté de 6,6 % en 2003, en raison notamment des nombreuses mises en chantier (80 000 nouveaux abonnés en deux ans), et ce rythme devrait se poursuivre en 2004.

Les exportations d'Hydro ont chuté de 60 % en 2003 (de 12 à 4 térawattheures), et tout indique qu'elle deviendra un importateur net en 2004, ce qui pourrait diminuer sa contribution au financement des programmes gouvernementaux (quoique les hausses de tarifs compenseraient). De plus, le projet d'agrandissement de l'aluminerie Alouette (en construction) requerra une puissance de 500 MW (4,5 TWh), tandis que les projets d'expansion des alumineries de Baie-Comeau et de Deschambault nécessitent des blocs de 135 MW et de 500 MW respectivement (des projets révisés par le gouvernement Charest).

C'est dans le contexte de l'explosion de la demande (on prévoit un déficit de 3,5 TWh en 2006) que s'inscrit le Suroît. C'est un projet d'exception, puisqu'il est clair que la priorité, tant pour Hydro-Québec que pour le gouvernement, est de privilégier l'hydroélectricité.

Non seulement la centrale projetée dépannerait-elle Hydro pendant quelques années, mais sa situation géographique lui apporterait plus de flexibilité et la sécurité de l'approvisionnement de la région montréalaise advenant un accident majeur dans le réseau de transport.

Certes, cette centrale produira des gaz à effet de serre (2,25 M de tonnes/an). Mais si ces gaz ne sont pas produits ici, ils le seront de l'autre côté de la frontière. De plus, leur impact est beaucoup moins important que les rejets des centrales au charbon qui pullulent dans le Midwest et le Nord-Est des États-Unis. En outre, s'il y a des surplus d'électricité, Hydro pourra les exporter, réalisant ainsi des profits pour l'ensemble de la collectivité.

Il reste à espérer que la Régie donnera un avis clair et crédible aux yeux de la population et que le gouvernement prendra sa décision finale en fonction de l'intérêt général.

jean-paul.gagne@transcontinental.ca Éditeur



»» Business Development Bank

Chrétien's power corps

Margaret Wente
The Globe and Mail Thursday, February 12, 2004

COUNTERPOINT - Forget the contracting slush funds and the fancy jets. Forget the hundreds of millions in public money thrown down the drain. If you want to get to the rotten moral heart of the Chrétien government, consider the story of François Beaudoin, the man the former PM's men did their best to destroy.

Mr. Beaudoin, a respected banker, was once president of the Business Development Bank, a Crown corporation that lends money to small businesses. It's a huge operation that has always been something of a patronage shop, with directorships and plum jobs handed out to friends of the party in power. Mr. Beaudoin's sin was that he refused to play the game.

In 1996, Jean Chrétien began personally pressuring Mr. Beaudoin to extend a loan to a constituent, Yvon Duhaime. Mr. Duhaime wanted $1.6-million to prop up his now infamous hotel, L'Auberge Grand-Mère, which Mr. Chrétien had sold to him. Mr. Beaudoin listened politely, and ignored him. More pressure ensued. Eventually the bank approved a loan for $615,000.

When the situation began attracting unwelcome media attention, Mr. Chrétien parachuted in his most trusted enforcer - Jean Carle, the man who once lived in Mr. Chrétien's basement and who was treated like a son by the former prime minister. Despite his conspicuous lack of financial background, Mr. Carle became executive vice-president of the BDC in 1998. Patrick Lavelle, BDC's chairman at the time, told Globe columnist Lawrence Martin that the appointment was all but made over his dead body.

Mr. Carle felt that one of his roles at the bank was to look after the party's interests. He didn't get along with Mr. Beaudoin, to say the least. Mr. Chrétien added another personal friend to the bank: Michel Vennat, who became the new chairman of the board. (Mr. Vennat is now president and CEO.)

Despite the loan, plus other government largesse, the hotel was a bust. In May of 1999, Mr. Beaudoin wrote a memo to one of his vice-presidents suggesting that the loan be called. That was the end of his career at the BDC. Soon after, he was fired. It was believed he would leave quietly in exchange for a settlement. But instead, the bank launched a lawsuit against him.

The bank alleged that he had misappropriated money, and sued to get it back. The RCMP, after a direct complaint from Mr. Vennat to the commissioner of the force, raided Mr. Beaudoin's home, his cottage, his office and even his golf club. The Crown was urged (but declined) to lay criminal charges against him.

As his former employer dragged him through the muck, Mr. Beaudoin's reputation and career were ruined. He has spent the past four years trying to get them back. The personal and financial toll on him and his family has been excruciating.

Mr. Chrétien, who was awaiting payment for his stake in a golf club near the hotel, has been accused of trying to protect his own financial interests. But it wasn't money that motivated his supporters. (With his Desmarais connections, he'll never have to worry about that.) It was power. That's the only currency his supporters thought he really cared about. He used it to reward his friends and hurt his enemies. It's that simple. Mr. Beaudoin crossed him, so the prime minister's supporters believed he deserved to be hurt.

The malice, the vindictiveness of it are unfathomable. But those same values drove the massive abuse of power in Quebec, which obliterated any remaining barriers between the government and the party, and corrupted the civil service. The prime minister's underlying motive was to annihilate the separatists and reward the loyalists. And the prime minister's affection for the malicious Mr. Carle is of a piece with his affection for his old friend Alfonso Gagliano, the former accountant from Montreal whose clients included convicted mobsters. Both men made their fame and fortune fixing things for the boss. Perhaps they didn't even have to ask him what to do. They just knew.

The BDC spent millions in taxpayers' money trying to damage Mr. Beaudoin, but in the end it failed. On Friday, he won his long-fought countersuit to get his severance and his pension back. Seldom has a judgment been so scathing. The bank's conduct was "abusive," wrote Quebec Superior Court Justice André Denis. He reserved his harshest words for Mr. Carle, whose smears of Mr. Beaudoin were "a series of false and malicious accusations." He said that Mr. Carle (who left the bank in 2001) had acted as if the prime minister owned the bank himself.

"The court considers that Mr. Beaudoin suffered an unspeakable injustice as a result of this matter," he concluded. "If one had wanted to break him and ruin his career, one would not have acted differently."

This, then, is Mr. Chrétien's enduring legacy to his party: the arrogance, the sense of entitlement, his supporters' astonishing abuse of power. The fish rots from the head. And even though the old head is gone, the fish still stinks to high heaven.

mwente@globeandmail.ca



»» Jean Lapierre

L'homme qui avait trop d'amis

Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 12 février 2004

Jean Lapierre, l'ancien politicien devenu animateur et redevenu politicien, a du charme et de la faconde. C'est à la fois sa force et sa faiblesse.

Ces qualités lui ont valu un immense réseau de contacts et d'amitiés dans toutes sortes de milieux, mais risquent de lui nuire lorsqu'il sera amené à jouer un rôle de premier plan en politique.

L'homme veut plaire, et il plaît. Mais vouloir être tout à tous est un petit jeu risqué lorsqu'on entre dans l'univers conflictuel de la politique- un univers dans lequel M. Lapierre, faut-il dire, n'a jamais été, jusqu'ici, qu'un joueur assez secondaire.

Pendant 11 ans, de 1979 à 1990, il resta député d'arrière-ban, toujours exclu du Conseil des ministres sauf sous le règne éphémère de John Turner, qu'il avait appuyé dans la campagne au leadership de 1983. Et son bref séjour au sein du Bloc québécois, de 1990 à 1992, n'a pas laissé de souvenir marquant.

Jusqu'à présent, il a eu, tout compte fait, plus de succès comme animateur populiste que comme politicien. C'était peut-être là, d'ailleurs, sa vraie vocation - celle, en tout cas, où son franc-parler ne risquait pas de lui valoir trop d'ennuis.

Sa candidature dans Outremont venait à peine d'être annoncée que déjà il se mettait les pieds dans les plats en déclarant que la loi sur la clarté était " inutile ", n'ayant été qu'une " astuce " pour permettre à Jean Chrétien d'effacer l'humiliation subie lors du référendum de 1995.

Même si Paul Martin n'était guère, en privé, un grand partisan de la loi sur la clarté, cette loi fait partie de son héritage et elle représente, au Canada anglais, une garantie " d'unité nationale ". D'où la mise au point instantanée du bureau du premier ministre réfutant les propos de la recrue-vedette. Attendons-nous à voir, dans le feu de la campagne électorale, d'autres escarmouches du genre.

Ce qui ne veut pas dire que Jean Lapierre ne sera pas un atout pour les libéraux. Au contraire, sa présence dynamique apporte une touche de nouveauté à une équipe un peu usée par tant d'années de pouvoir, sans compter que nombre de Québécois se reconnaîtront dans son parcours constitutionnel louvoyant.

(L'autre jour, comme pour s'excuser de son flirt poussé avec les souverainistes, M. Lapierre utilisait la caution de Robert Bourassa, en disant que c'était avec son " appui " qu'il avait participé à la fondation du Bloc québécois; effectivement, l'ancien premier ministre libéral avait encouragé Lucien Bouchard à fonder un parti souverainiste fédéral pour éloigner le dangereux tribun de son terrain de jeu.)

Que M. Lapierre, par frustration post-meechienne, se soit déclaré souverainiste, pour revenir ensuite à ses allégeances de toujours, n'a rien d'original au Québec, même si cela fait figure de scandale dans les autres provinces.

De toute façon, c'est au Québec que M. Martin a besoin de Jean Lapierre, au Québec où le Bloc se révèle un joueur beaucoup plus coriace et résistant que ne le prévoyaient ceux qui s'imaginaient qu'un PLC dirigé par Paul Martin balaierait tout sur son passage. (Et ce n'est pas le rapport de la vérificatrice générale sur la corruption du gouvernement libéral qui arrangera les choses pour le PLC!)

On oublie en outre que M. Lapierre avait d'autres raisons que Meech de rompre avec le PLC en 1990. Sa carrière politique était finie de ce côté-là.

Misant pour la deuxième fois sur le mauvais poulain, il avait coprésidé la campagne au leadership de Paul Martin; ce dernier battu, il n'avait rien à attendre de Jean Chrétien, contrairement à la légende propagée par Jean-François Lisée, qui écrivait en 1994 que M. Lapierre avait noblement renoncé à un poste de ministre pour embrasser l'idéal souverainiste!

Le seul aspect troublant de cette candidature est le fait que M. Lapierre nage depuis des années dans des conflits d'intérêts qui le poursuivront jusqu'au Conseil des ministres où il sera vraisemblablement nommé.

Il a conseillé à titre amical des péquistes, des bloquistes, des chefs syndicaux, qui tous pourront lui resservir publiquement le souvenir de conversations embarrassantes, comme son ami (ex-ami?) Gilles Duceppe a commencé à le faire.

Surtout, il a servi de conseiller rémunéré à toutes sortes de corporations et de groupes de pression, dont Onex, Loblaw, Imperial Tobacco et l'Association des fabricants de médicaments génériques. Autant de groupes qui dépendent directement des législations votées à Ottawa... et qui désormais auront " leur homme " au Parlement.

Chose certaine, M. Lapierre devra se récuser, comme législateur, chaque fois qu'un dossier impliquant l'un de ses anciens clients atterrira sur la table du Conseil des ministres. Car même s'il a mis fin à ces collaborations, il restera lié, au moins en apparence, à ceux qui ont mis pendant tant d'années d'aussi grosses mottes de beurre sur ses épinards.

lgagnon@lapresse.ca



»» "La Passion du Christ"

"La Passion du Christ" inquiète chrétiens et juifs aux Etats-Unis

Henri Tincq
LE MONDE | 10.02.04 | 13h50

Analyse - La thèse du "peuple déicide" n'est plus soutenue que par quelques traditionalistes

La sortie du film de Mel Gibson est prévue le 25 février en Amérique du Nord. Mais la polémique fait déjà rage autour de cette œuvre du cinéaste catholique ultraconservateur.

"C'est le pire exemple d'antisémitisme religieux depuis vingt-cinq ans": le Père John Pawlikowski, universitaire, président américain du Conseil international des chrétiens et des juifs (ICCJ), n'a pas de mots assez durs pour critiquer La Passion du Christ selon Mel Gibson. Le 2 février, trois semaines avant la sortie du film, programmée le 25 (mercredi des Cendres), il a prononcé cet avertissement en France, à Ecully (Rhône) et à Paris, devant des publics de l'Amitié judéo-chrétienne (AJCF), présidée par Paul Thibaud. Il a vu les premiers éléments du film et fait partie des "experts" qui attendent cette sortie pour savoir si Gibson a réalisé les "aménagements" réclamés.

Deux scènes en particulier heurtent ceux qui, aux Etats-Unis et au Vatican, ont visionné ce film. Dans l'une, Gibson montre de grands prêtres juifs en train de fabriquer la croix - alors que la crucifixion était un supplice typiquement romain selon tous les historiens - à l'intérieur même de l'enceinte sacrée du Temple de Jérusalem. Dans l'autre, on voit Jésus jeté du haut d'un pont par une centaine de juifs en colère, prolongement fictif d'un passage de l'Evangile de Luc (4, 16 à 30) qui raconte la première prédication du jeune Jésus à Nazareth. Jésus déplore l'infidélité de son peuple à l'enseignement des Prophètes. Alors, écrit l'évangéliste, les fidèles de la synagogue "le chassèrent de la ville et le menèrent jusqu'à un escarpement de la montagne, afin de le précipiter en bas". Mais, conclut-il, "lui passa au milieu d'eux et s'en alla".

Ces scènes sont donc loin du récit évangélique. La thèse du film de Gibson, selon ses premiers spectateurs, consiste à affirmer qu'un groupe de juifs "sanguinaires", conduits par le grand-prêtre Caïphe, a mené le Christ à la mort, manipulant le procurateur romain de Judée, Ponce Pilate, dépeint comme un homme très faible, "alors que tous les historiens savent aujourd'hui que Pilate était un tyran", rappelle M. Pawlikowski.

Gibson se serait inspiré des visions d'une mystique allemande, Anne-Catherine Emmerich (1774- 1824), qui, dès l'âge de 18 ans, affirmait que la couronne d'épines du Christ au moment de sa crucifixion s'était imprimée sur son front. Ses stigmates aux pieds, aux mains, au côté droit ont fait l'objet d'enquêtes canoniques. Emmerich a écrit une sanguinolente Douloureuse Passion du Christ, dont les autorités de l'Eglise de l'époque avaient conclu déjà qu'elle contenait "des contradictions, des puérilités, des erreurs" (Catholicisme, éd. Letouzey et Ané).

Tout le film est construit autour du "serment du sang", expression qui désigne la réaction de la foule au moment crucial du procès de Jésus, selon l'Evangile de Matthieu (27) : "Pilate dit : "Je suis innocent du sang de cet homme. C'est votre affaire." Tout le peuple répondit : "Que son sang soit sur nous et sur nos enfants !""

Cette phrase, rédigée, comme tous les Evangiles, quelques dizaines d'années après les faits, quand la rupture entre juifs et chrétiens est déjà consommée en Palestine, a servi à faire porter au peuple juif la culpabilité collective de la mort du "fils de Dieu". Elle est à la base du discours antijuif de l'Eglise qui a pu alimenter, pendant des siècles, l'antisémitisme. Ce retour, dans le film de Gibson, à une conception du peuple juif "déicide", abandonnée depuis le concile Vatican II (1962-1965), est une absolue régression.

STÉRÉOTYPES

Cette vision du peuple juif et de sa responsabilité collective dans la mort du Christ, les historiens et exégètes, catholiques et protestants, la rejettent depuis au moins quarante ans. Elle reste limitée à quelques cercles traditionalistes, héritiers de Mgr Lefebvre, évêque dissident du concile et excommunié en 1988 par Jean Paul II, aujourd'hui regroupés dans la Fraternité Saint-Pie X, ou proches de lui, sans être allés jusqu'à rompre avec Rome.

Ces derniers restent en cour dans certains cercles du Vatican, notamment à la congrégation du clergé, présidée par le cardinal colombien Dario Castrillon-Hoyos. Les premiers échos favorables au film de Gibson sont venus de ces secteurs de la Curie.

Le tir a été pour partie rectifié le 21 janvier. Porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls a confirmé ce jour-là que le pape avait vu le film, mais démenti avec fermeté les propos que la presse américaine lui avaient prêtés ("Cela s'est passé comme c'est raconté"). Joaquin Navarro-Valls a précisé que le Vatican ne se prononcerait pas sur le fond du film, comme il convient pour "toute œuvre artistique". Il s'est contenté de dire qu'il s'agit d'"une transposition cinématographique du fait historique de la Passion de Jésus-Christ, selon le récit évangélique".

En France, le distributeur pressenti (Luc Besson) a approché Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), et le secrétariat général de la conférence des évêques, mais le visionnage du fim auquel ils ont été invités n'a pas encore pu avoir lieu.

La reprise des stéréotypes antijuifs ne surprend pas vraiment venant de Mel Gibson, catholique ultraconservateur dont le père, Hutton Gibson, a créé en Californie une petite secte anticonciliaire (100 000 adeptes, contre 63 millions de catholiques américains). Mais la rapidité de la réaction des autorités juives (American Jewish Commitee, Ligue antidiffamation, Centre Simon-Wiesenthal), de la hiérarchie catholique - qui va bientôt publier une déclaration critique - et des Eglises protestantes historiques (à distinguer des milieux évangéliques du Sud, très influents jusque dans l'entourage de George Bush) manifeste une réelle inquiétude.

Celle-ci est liée à la fragilité du travail de réconciliation entre juifs et chrétiens entrepris depuis la conférence de Seelisberg, en Allemagne, en 1948, amplifié par le concile Vatican II et les multiples initiatives prises depuis quarante ans par Jean XXIII, Paul VI et Jean Paul II.

La thèse fondamentaliste de Gibson ne serait donc soutenue que par les chrétiens néo-évangéliques américains, héritiers des "convertisseurs" de juifs, qui se présentent souvent comme le nouveau "peuple élu", et par les catholiques d'extrême droite, crispés sur la représentation d'un peuple juif "déicide", dispersé par Dieu pour n'avoir pas reconnu la messianité de Jésus.

Cette alliance contre nature s'est déjà manifestée en faveur de la guerre en Irak, contre l'avortement, contre les homosexuels et pour la peine de mort. C'est l'une des fractures les plus perverses de la société américaine, que le film de Gibson ne peut qu'encourager.

Henri Tincq

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 11.02.04


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Lettre à monsieur Jacques Parizeau

Nic Payne Montréal
nic@aei.ca
nicocourrier@hotmail.com
TRIBUNE LIBRE 13 février 2004

Montréal, le 12 février 2004

Monsieur Parizeau,

Le scandale du programme fédéral de commandites éveille en moi le souvenir d'une phrase célèbre que vous avez prononcée en 1995. Oui, ces quelques mots qui avaient provoqué moins un débat qu'une levée de boucliers, dont les historiens du futur conclueront probablement qu'elle ne peut être interprétée adéquatement qu'à travers les enseignements freudiens...

Vous aviez dit, d'abord : '' nous avons été battus par l'argent... '', et aussi que nous allions dorénavant '' en manger toute une ''. La seule existence de cette extravagante campagne de visibilité canadienne au Québec -- 250 millions de dollars ! -- vous donne raison sur toute la ligne, et me fait penser qu'en 95, il fut possiblement pour certains bien commode qu'on s'attarde surtout à une autre portion de phrase de votre discours, qui, elle, aurait sûrement mérité un accueil plus constructif, et moins exclusif.

En effet, presque dix ans plus tard, il est bien difficile, à mon avis, de déceler quelque impact négatif que ce soit, dans la société québécoise, de votre déclaration sur le vote ethnique; Pendant ce temps, par contre, Ottawa et ses amis continuent de dépenser des sommes monstrueuses pour promouvoir le nationalisme canadien au Québec. Et ce n'est que lorsque cette valse frénétique des millions, déja odieuse, accède finalement au statut de l'un des plus grands scandales politiques de l'histoire du Canada, et que la Vérificatrice Générale dépose un rapport accablant, que d'aucuns, parfois les mêmes qui vous condamnaient en 95, élèvent finalement la voix, mais seulement pour dénoncer les irrégularités du processus !

Nous sommes quelques-uns, dans le débat sur le statut de notre nation et tout ce qui s'y rapporte, à confondre sagesse et mollesse, modération et manque de courage, extrémisme et conviction. S'il-vous-plaît, continuez de dire ce que vous pensez. Merci.



TRIBUNE LIBRE

Je n'ose pas imaginer ...

Nic Payne Montréal
nic@aei.ca
nicocourrier@hotmail.com
TRIBUNE LIBRE 13 février 2004

Le gâchis scandaleux entourant le programme de commandites fédéral m'inspire les deux réflexions suivantes : Il me semble, d'abord, que ce programme, à défaut d'être adéquatement intitulé, devrait au moins être désigné par les divers commentateurs et intervenants qui s'y intéressent, dans des mots qui décrivent vraiment ce qu'il est : une campagne de visibilité de l'identité canadienne au Québec. Cette appellation, rigoureusement objective, ne pourrait qu'avoir le mérite de mieux informer la population, et refroidirait peut-être les ardeurs de certains analystes canadiens-anglais qui critiquent aujourd'hui -- il faut le faire ! -- la '' façon québécoise '' de faire de la politique.

Deuxièmement, ce pathétique épisode démontre clairement que lorsqu'il est question de contrer la montée du sentiment identitaire québécois, que dis-je, de l'écrapoutir, Ottawa et ses amis sont prêts à tout, à enfreindre toutes les lois et toutes les règles, y compris les siennes, à dépenser des sommes colossales et à agir au mieux en catimini, au pire dans la plus abjecte clandestinité.

Je n'ose pas imaginer tout ce qui se brasse dans divers cercles près du pouvoir fédéral où la Vérificatrice Générale n'a pas accès...



TRIBUNE LIBRE

Une pensée librement aliénée

Marie-Louise Lacroix, Québec
marielacroix@moncanoe.com
TRIBUNE LIBRE 13 février 2004

« Y veulent pas... »
Jacques Brel, « Ces gens-là »

Je suis devenue souverainiste au lendemain de l'échec de l'«Entente du Lac Meech», il y a quatorze ans. Jusque-là, bien honnêtement, je ne savais trop que penser de l'Indépendance du Québec; bien que, comme la plupart de mes concitoyens, je crois, je fusse assez préoccupée de l'avenir du peuple auquel j'appartiens. Rien de doctrinaire donc, ou «de principe», dans ma position. Je me rendais compte tout simplement qu'un dialogue véritable avec le Canada - honnête, respectueux et d'égal à égal, ainsi que le préconisait Daniel Johnson (père, bien sûr) dès 1968 - se révélait tout à fait impossible.

Les années qui suivirent m'ont confirmée dans mon analyse. Et ce, au-delà de toutes mes craintes. Incluant la dérisoire «Entente de Charlottetown». Depuis lors, en effet (même sous la gouverne des Parizeau, Bouchard, Landry), le Québec n'a fait que reculer, s'affaiblir, face au bulldozer canadien: corruption au sein du gouvernement du Canada, administration bancale des fonds publics qui totalise des milliards $ en pertes de toutes sortes, propagande massive (digne d'une junte et - toujours - par le biais de mes propres impôts) de ce même gouvernement à l'égard des citoyens québécois, invasion constante et sans coups férir dans les pouvoirs constitutionnels du Québec, étranglement fiscal, etc. Et j'en passe. Autrement, bien oui, ce serait trop long.

Aujourd'hui, 12 février 2004, je n'en peux plus. Succinctement, quoique la liste ne soit pas exhaustive, voici pourquoi.

1) Un Jean CHAREST qui démantèle l'État du Québec pour espérer, visiblement, le transformer en une entreprise de type commercial (thermopolluante de préférence), et qui ne voit pas de problèmes sérieux avec le fédéral (chef d'un parti qui a pourtant enfanté le «Rapport Allaire», et dont personnellement je me serais contentée à l'époque);

2) Un Claude RYAN (qu'un dieu en quelque Élysée accueille son âme) que l'on va répétant sur toutes les tribunes, depuis 48 heures, qu'il fut un homme de «rigueur» alors qu'aucun recul du Québec - jamais - n'était suffisant à ses yeux pour revoir le lien fédératif avec le Canada. Ce qui constitue non pas une position réfléchie, nuancée - rigoureuse - mais bien une position doctrinale sinon «doctrinaire»; position, qui plus est, qui forcément laissait toute latitude à l'intransigeance sinon à la tyrannie du Canada. «On peut tout faire», de se rassurer avec contentement le plus meilleur pays du monde, «puisque rien ne justifie la "séparation" aux yeux des Québécois dits "éclairés"»...

Or une pensée captive, subordonnée (s'enferrer d'office et à vie dans la logique de l'«Autre»), peut-elle vraiment se prétendre rigoureuse...? Il faut plutôt affirmer qu'à l'intérieur d'un pareil «cadre intellectuel» - ainsi en va-t-il de la femme constamment agressée par son époux, et qui nourrit non moins constamment la violence de celui-ci en lui confirmant jour après jour, semaine après semaine, année après année, que de toute manière elle ne le quittera jamais... - ladite rigueur se met au service, voire à la merci, d'une conviction pas forcément rationnelle, ni même raisonnable (i.e. non réfléchie en et pour elle-même), et, dans tous les cas, souverainement discutable.

Eh bien voilà, précisément - par entêtement sinon par amaurose (j'estime qu'il nous faut oser ces mots en la circonstance) - le lieu même où la noble réflexion de M. Ryan affrontait sa propre limite, son point-aveugle, concernant le litige Québec-Canada. Une pensée fluide, riche, documentée et «ouverte» à l'intérieur de l'aporie que constitue l'acception implicite - «indiscutable» - de la préséance absolue de la volonté canadienne sur le destin québécois. En un mot: une pensée libre dans un cadre aliéné. Et à ce titre enfin - «plutôt la mort que la liberté» en quelque sorte, conséquence logique obligée d'un raisonnement semblable -, je pense que M. Ryan incarnait le Québécois type. C'est ce qui m'interdit d'ailleurs de m'acharner sur lui. Non pas par respect pour les défunts, lequel va de soi, mais bien par compassion pour ...moi-même;

3) Un Paul MARTIN, un Pierre PETTIGREW, une Lucienne ROBILLARD, un Denis CODERRE et tutti quanti, qui, dans la tourmente des «commandites d'endoctrinement» dignes d'une république de l'ex URSS (dénoncées vertement dans un rapport accablant par la vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, le 10 courant*) prétendent n'avoir rien vu ni rien entendu durant ces huit années de dilapidation de fonds publics dans le plus grand mépris de la législation même du Parlement canadien. «Ces gens-là», les deux premiers en particulier (l'un, premier ministre et ex-puissant ministre des Finances, l'autre, l'un des lieutenants québécois de Jean Chrétien - avec Martin CAUCHON aujourd'hui démissionnaire), affirment tous maintenant, le coeur sur la main, que c'est intolérable. Il nous faut donc comprendre qu'à Ottawa toutes les abjections sont justifiées. Hormis si on se fait prendre la main dans le sac. C'est alors que l'on nous promet qu'on ne nous y reprendra plus. The Law of Canada dans toute sa splendeur: «Faites n'importe quoi, puis excusez-vous ensuite: rien ne résistera aux airs contrits des Pettigrew et des Martin de l'heure». Dans l'attente sur la place publique de la cheville ouvrière de tout ça: l'ex-ministre et ex-ambassadeur du Danemark, Alfonso GAGLIANO...

Enough is enough.

Pour ce qui me concerne, ce dossier est la goutte d'eau qui fait tout renverser. Une goutte qui m'amène définitivement, je regrette de le clamer sans détour, au dégoût du Canada - ce «pays qui n'est ni pays ni patrie»..., comme le chantait déjà si bien Gilles Vigneault il y a quarante ans. Comme quoi il y en a qui saisissent plus rapidement que d'autres.

À quels tréfonds d'aveulissement nous faut-il donc descendre avant de redresser enfin l'échine?

* Voir entre autres le dossier colligé par Vigile



TRIBUNE LIBRE

"Les Fripon"

Simon Girard
quebeclibre67@hotmail.com
TRIBUNE LIBRE 13 février 2004

"Quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console", disait Daniel Johnson père. Mais quand je regarde ce qui se passe dans les autres pays en matière de gouvernements corrompus, je me demande pourquoi notre peuple ne descend pas dans la rue pour exprimer sa révolte devant le scandale des commandites? Pourquoi la révolution se produit-elle en Haïti et pas ici? Un gouvernement corrompu, ici ou ailleurs, c'est un gouvernement corrompu. Et tous ces millions de notre argent gaspillés en drapeaux et en panneaux-réclames CANADA pour imposer l'identité canadian aux Québécois qui ont osé voter OUI à 60% en 1995 ne provoquent pas plus de réactions dans la population? Qu'est-ce qu'il va falloir pour que les esprits s'allument?

N'est-ce pas assez pour en convaincre quelques-uns de la nécessité de se débarrasser de ce gouvernement de trop, à qui on verse des milliards de nos impôts, gagnés à la sueur de nos fronts, et qui sont utilisés pour annihiler l'identité québécoise? Pour nous dire que notre pays est maintenant et pour toujours le CANADA et qu'on doit "cesser de bouder", comme disait la dernière recrue-vedette du PLC, et rentrer dans le rang? Cesser nos "chicanes" et travailler en "collaboration" avec nos "partenaires" du privé?

N'est-ce pas assez pour convaincre les indécis et les réticents à l'idée d'indépendance que si nous envoyons nos impôts à un seul gouvernement, l'État québécois sera plus à l'aise financièrement parlant et que nous pourrons régler bien des problèmes sans avoir besoin de "partenariats" avec le gouvernement en trop, qui ne seront que prétextes à des intrusions là où il n'a pas d'affaire. Pourquoi avoir deux gouvernements alors qu'un seul est bien suffisant?

Et ça vient nous dire qu'on ne savait pas ce qui se passait avec la gestion des contrats et tout le reste!

Comme si Heinrich Himmler ou n'importe quel personnage haut-placé du régime nazi aurait affirmé ignorer ce qui se passait dans les camps de concentration. Ils avaient les impôts des Québécois entre les mains et ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient avec?

Pour qui nous prend-on? C'est bien connu, les Québécois ne sont pas politisés, sont des naïfs. "Ils n'ont pas d'opinions, ils n'ont que des sentiments." On peut leur faire croire n'importe quoi, ils vont mordre à l'hameçon. Et on nous en a fait croire, depuis 35 ans!

Ceux qui ont abusé de notre naïveté politique étaient prêts à mettre leurs sièges en jeu pour du changement. En bons naïfs et angélistes, on les a crus. Ils ont gagné et on connaît la suite. Et on va continuer à nous prendre pour des poissons, tant qu'on ne s'intéressera pas plus que ça à la chose publique et qu'on continuera à baigner dans notre angélisme politique.

L'Histoire est là pour qu'on en retire des leçons mais on ne semble pas retirer rapidement des leçons de nos échecs et de notre bêtise. Comme si on disait à nos ennemis: "Allez-y, continuez à nous fourrer, on est trop caves pour déjouer vos combines et vos menteries..." Si on continue dans cette voie, on risque de s'en faire passer encore pendant longtemps. Notre devise est pourtant un appel à la mémoire et à ne pas oublier; on ne lui rend pas hommage en n'étant pas plus allumés que ça, en persistant à n'être qu'un peuple de mous.

Un scandale comme celui-là pourrait être un bon prétexte à une série télévisée avec, comme personnages principaux, un immigrant italien dans le rôle d'un mafioso de la propagande et un homme d'affaires Franco-Ontarien devenu premier ministre et dont la compagnie maritime est enreigstrée aux Antilles, sans oublier un ex-politicien de Shawinigan qui a passé sa carrière à suivre les traces de son maître PET et à bâtir son image au Canada sur le dos de ses compatriotes. Comme titre, pourquoi ne pas appeler ça "Les Fripon"?

La télé-réalité, c'est de la p'tite bière à côté de ça! Téléfilm Canada subventionnerait-il une telle série?



TRIBUNE LIBRE

Hold-up d’un quart de milliard de dollars !

Nestor Turcotte, Matane
aristote@ma.cgocable.ca
TRIBUNE LIBRE 13 février 2004

Le dicton populaire se vérifie une fois de plus : l’argent n’a pas d’odeur. Et de ce temps-ci, celui-ci déverse une odeur de putréfaction qui touche l’ensemble du gouvernement libéral fédéral. Le nouveau premier ministre, spécialiste en évasions fiscales, dirige une administration corrompue jusqu’à l’os. Plus gros que ça, tu meurs! Chrétien a laissé un héritage qui sent la merde, et son successeur, amnésique au dernier degré, affirme qu’il n’était pas au courant de ces pratiques déloyales. Et pour se draper du manteau d’une virginité qui ne lui va pas, il déclenche une commission d’enquête sur des choses qui sont déjà connues. L’hypocrisie à son comble!

Le rapport de la Vérificatrice générale utilise les expressions les plus dures à l’égard de ce gouvernement qui s’apprête à venir demander la confiance du peuple : opération de camouflage, «graissage de pattes» d’agences de publicité, interférence de certains ministres, modifications arbitraires des règles de fonctionnement, etc. L’ancien ministre des Travaux publics Alfonso Gagliano et sa clique, des hauts fonctionnaires de l’État, ont fait transiter l’argent de tous les contribuables par quelques firmes de publicité québécoises, tous amis et fournisseurs à la caisse du Parti libéral du Canada, et qui ont empoché, par le fait même, des centaines de millions de dollars dont les Québécois et les Canadiens auraient bien besoin par les temps qui courent.

La Vérificatrice générale va jusqu’à dire que les mots lui manquent pour décrire ce qu’elle a vu, que c’est du jamais vu, que le système de commandites est quelque chose qui dépasse les bornes. Celle-ci insinue qu’aucun citoyen, doué de gros bon et d’un brin de logique, ne peut approuver les gestes de ce gouvernement qui dilapide le bien commun et qui œuvre, louchement, au-dessus de la mêlée, ignorant les besoins urgents de la population.

Les prochaines élections fédérales qui s’en viennent permettront aux Québécois de se délester de ces personnes au passé douteux, aux gestes inacceptables, au passé plus qu’encombrant. Si le gouvernement central a trouvé le moyen de venir chercher dans nos poches environ un quart de milliard de dollars pour nous imposer sa vision canadienne et «fédérastre» du pays, il convient aux électeurs de lui envoyer un message clair et précis, en défaisant les candidats libéraux dans tous les comtés du Québec. Poser le geste inverse serait cautionner ce que la plus élémentaire morale ne saurait accepter. A chaque citoyen de peser, dans sa conscience, les conséquences de la réélection de ce gouvernement pourri, plein de faux-fuyants, arrimé au patronage officiel ou officieux. C’est le temps du grand ménage, en attendant - si les Québécois peuvent enfin se décider - de se bâtir une maison qui abritera la totalité des institutions civiles de la nation, le souffle de notre peuple français d’Amérique. L’urgence de le faire ne se discute plus : il s’impose.



TRIBUNE LIBRE

Réingénierie - les vrais avantages...

Charles Courtois
courtoiscp@yahoo.fr
TRIBUNE LIBRE 13 février 2004

Voici une chronique du Guardian d'aujourd'hui qui nous expose les vrais avantages du système économique à la Blair que Charest ne cesse de nous vanter. Il repose sur le cheap labour bien sûr, mais Londres étant une capitale financière, une énorme partie de la population n'a d'autre choix que de se sortir du marché du travail carrément pour avoir une chance de payer le loyer ! Comme l'initiative de Bush contre le paiement des heures supplémentaires et la légalisation du cheap labour clandestin le démontre, ce modèle ne peut être maintenu sans une immigration sous-payée.

Le résultat : en Angletterre, les gens travaillent plus longtemps pour moins d'argent et d'avantages, et la Grande-Bretagne est championne toutes catégories de l'Europe en termes d'inégalités. On peut même ajouter qu'en pouvoir réel d'achat, les pauvres britanniques sont moins bien nantis que ceux de Calabre ou d'Andalousie lorsque rien que prendre le métro signifie une dépense qui fait longuement réfléchir !

The real reason why we should fear immigration

Polly Toynbee
The Guardian Wednesday February 11, 2004

Labour is using foreign workers to deny everyone a living wage

The war of the worlds gets fiercer. Yesterday the French banned Islamic schoolgirls from wearing headscarves in a provocative assertion of Frenchness against the perceived threat of alien beliefs. The Belgians are considering following suit. This is an expression of the political pressure over immigration that most European governments feel: if even the tolerant Netherlands can be rocked to its foundation by migration-panic, then no nation is safe. Immigrants may not all be Islamic, but Islam is the most visible and alarming threat from foreigners to hard-won secularism, tolerance, feminism or social democracy.

Here, we pride ourselves on a multi-culturalism that has so far worked better than anyone dared hope. To be sure, places like Oldham may go up in smoke under pressure of a hardship easily provoked by the BNP - but by and large (fingers crossed), Enoch Powell's famous "rivers of blood" have not been spilled. We choose to hope that after a generation or two, most newcomers are assimilated and religious passion moderates. Perhaps we are complacent, unlike the French in their eternal (but often futile) vigilance against intrusive cultures, be they American or Islamic. Yet immigration is a wicked issue here, too.

Enough governments of the left have fallen over immigration to take it very seriously. Guardian readers may not see headlines in the Express: only one of the last five front pages did not feature an "asylum" story or "Gypsies: You can't come in!" Immigration has shot up the list of public concerns. This is not just Labour under threat, but Britain's nurtured policy of multiculturalism with it.

What frightens people, as I have often written, is any suggestion that our borders are out of control. How can you share taxes and benefits collectively with unknown global multitudes? The numbers themselves are insignificant in a population of 58 million - but untold hordes of illegals are not politically acceptable. Tony Blair has made good his pledge to halve asylum applications; 1,500 failed asylum seekers a month are now being sent back.

This success is allowing a gradual change in the government's approach. Britain, almost alone, is willing to let citizens from the new eastern EU entrants work here from May 1. The 80,000 asylum seekers - mostly refused - are now dwarfed by the 200,000 legal immigrants let in each year, mostly professionals bringing highly prized skills: the NHS and care homes are only afloat through the mass importation of foreign staff. Study after study shows how in the US and Britain, immigration is a net spur to growth, a net earner for the exchequer and a motor for the economy. The home secretary's language is more positive about immigration partly because employers are now clamouring for it, especially in the hotel, catering and building industries, to add to the 60,000 who come in on temporary permits for agricultural work. The case for more immigrant labour is now powered by the Treasury, currently drawing up a secret paper advocating more permits for the unskilled.

This is not all good news. The tragic drowning of the Chinese cockle-pickers drew brief attention, yet again, to the unregulated slave labour at work in Britain. Alone among European countries, Britain has no proper inspectorate of working conditions, no place for the exploited to turn and few prosecutions of employers. Only 15 employers a year are prosecuted for using illegal migrants. This is still among the least protected and inspected labour forces in the EU.

How do we know that? Because the government boasts of it. Just turn to the UK trade and investment website and read its glowing description of Britain as the best place for foreign companies to set up. It sells Britain as a low-wage, low-labour protection nation. "Total wage costs in the UK are among the lowest in Europe ... In the UK employees are used to working hard for their employers. In 2001 the average hours worked a week was 45.1 for males and 40.7 for females. The EU average was 40.9 hours ... UK law does not oblige employers to provide a written employment contract ... Recruitment costs in the UK are low ... The law governing conduct of employment agencies is less restrictive in the UK. The UK has the lowest corporation tax rate of any major industrialised country."

It is in that frame of mind that the Treasury urges the Home Office to let in more unskilled immigrants. Our minimum wage of £4.50 is below a living wage. British citizens only get by with a working families tax credit to top them up, which migrants would not be entitled to. The shortage of labour in London and the south-east is much worried over, yet London has one of the highest unemployment rates in Britain, alongside this wealth of jobs.

That's because the jobs are too low-paid and rents too high to survive on. Families have to stay unemployed to draw full housing benefit - and the cost of childcare is so astronomical they would starve on what was left over from a low-paid job. So maybe migrants sleeping 10 to a room can do it instead?

The better answer is to raise pay to a level people can live on. Let employers pay the fair market price - not one subsidised by tax credits. There is no shortage of people to do these jobs; only a shortage of people who can afford to take this shockingly low pay. The chancellor's praise for Britain's "flexible" labour market and his attacks on Europeans who pay and protect their workforces better is curious. It sits oddly with Labour's promise to eliminate child poverty in the next 15 years: unless pay rises to a fair market price, poverty will always be with us. Prices must rise too - so that the dishwasher can live on the pay from the price for the restaurant meal. But the poverty agenda lives in a different department of the chancellor's brain from his cheap, flexible labour market.

His stop-gap solution is to import a lot of poorer workers. But that just helps depress pay rates and imports new cadres of poor families who will prevent Labour hitting its poverty target. So the new generosity of spirit towards migration has to be watched warily.

There is room for legal migration of all kinds - with public assent, effectively policed borders and rules people trust. But more immigration must be accompanied by a tough inspectorate to protect all workers' rights, and a living wage as the minimum for all. Employers may yelp about "red tape" and "regulation", but the government's description of Britain as the best place for global employers gives the game away. The cockle-pickers, at the extreme end of our "less regulated" workforce, have reminded us that we are still a low-wage, low-tax, low-employee protection economy. People are right to fear immigration if it is used as a way to keep pay down.

p.toynbee@guardian.co.uk





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