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»» PQ - élection référendaire

La récréation

Michel David
Le Devoir mardi 17 février 2004

La direction du PQ a fait en sorte d'expédier dans les limbes une proposition de la Montérégie, qui voulait consacrer un conseil national à débattre de la tenue d'une élection référendaire.

Les «impatients» qui désirent faire l'économie d'un référendum jugé impossible à gagner, parce que les dés seraient pipés en faveur du non, demeurent très minoritaires, mais on ne sait jamais.

Personne n'avait prévu le dérapage du congrès de décembre 1981. Après avoir tenu un premier référendum, il paraissait impensable de revenir à l'idée qu'une victoire remportée avec une simple majorité de sièges suffirait pour déclarer la souveraineté du Québec. C'est pourtant ce qu'avaient résolu les délégués, qu'un vent de folie avait également poussé à ovationner le felquiste Jacques Rose.

René Lévesque avait dû imposer la tenue d'un référendum interne, en mettant son leadership en jeu, pour ramener son parti à la raison. Si, par pure hypothèse, les partisans d'une élection référendaire avaient gain de cause au congrès de 2005, Bernard Landry n'aurait pas le choix de partir, et il n'en a pas du tout envie.

À l'automne 1990, Jacques Parizeau était également intervenu avec force pour tuer dans l'oeuf un mouvement en faveur de la tenue d'une élection référendaire, qui avait pris naissance à la suite de l'échec de l'accord du lac Meech. Cela n'empêche pas l'ancien premier ministre de laisser croire à ceux qui ont repris le flambeau qu'ils avaient sa bénédiction, tout en assurant M. Landry du contraire.

Officiellement, l'élection référendaire fait partie des thèmes soumis à la réflexion des militants à l'occasion de la «saison des idées», mais les lieutenants du chef péquiste entendent s'assurer qu'elle aura suffisamment de plomb dans l'aile pour prévenir toute mauvaise surprise au congrès. On peut compter qu'ils feront diligence.

***

Avec François Legault, la tentation radicale s'est cependant raffinée. Soit, le référendum pourrait demeurer à l'ordre du jour, mais le PQ ne présenterait plus qu'un «programme de pays», appuyé sur un budget de l'an 1 d'un Québec souverain, qui inclurait tous les prélèvements effectués par le gouvernement fédéral. Là encore, M. Parizeau se dit d'accord.

Cette variante plus modérée de l'élection référendaire a l'incontestable avantage d'éliminer le problème du déficit démocratique que posait l'abandon du référendum, mais elle comporte pratiquement tous les autres inconvénients de la version originale.

Au train où vont les choses, les libéraux ne demanderont certainement pas mieux que de transformer la prochaine campagne électorale en débat sur la souveraineté plutôt qu'en procès de la «réingénierie».

En s'engageant à tenir un référendum le plus rapidement possible après l'élection, le PQ risque déjà d'indisposer bon nombre d'électeurs qui ne tiennent pas à replonger dans les tourments référendaires, mais on peut accepter qu'il y ait un prix à payer pour entretenir la flamme des militants souverainistes. Faut-il au surplus tourner le dos à tous ceux qui ne sont pas déterminés à voter oui ? Une réalité demeure incontournable : une victoire péquiste est la condition sine qua non de la tenue d'un référendum.

Il ne s'agit pas pour le PQ de cacher son option jusqu'au lendemain de l'élection. Une campagne électorale demeure une tribune privilégiée, mais l'engagement d'offrir un «bon gouvernement» à la population, même dans un cadre provincial, est une question de responsabilité élémentaire.

Dans le cas du PQ, cela va de soi, paraît-il. Peut-être, mais cela doit se refléter dans un programme. Bernard Landry souhaite tenir un référendum dans un délai de 15 à 18 mois, ce qui suppose la présentation d'au moins un, sinon deux budgets de «province». En attendant le Grand Soir, serait-ce trop que de demander au PQ quelles seront ses priorités budgétaires ?

Il va de soi qu'en refusant de gouverner une province, il doit s'engager à quitter le pouvoir s'il perd son référendum, mais qu'arrivera-t-il, si jamais les «circonstances raisonnables» dont parlait M. Landry, c'est-à-dire les sondages, ne sont pas au rendez-vous ?

***

M. Legault est relativement nouveau au PQ, mais il faut reconnaître qu'il n'a pas mis de temps à faire sienne cette détestable habitude de mettre la charrue devant les boeufs. Faire la comptabilité du fédéralisme est une chose, décider aujourd'hui des choix sociaux d'un Québec souverain en est une autre.

Dans une entrevue accordée la semaine dernière à mon collègue Robert Dutrisac, M. Parizeau était catégorique : «L'actuel gouvernement est là pour le démontrer, le coeur des Québécois est au centre gauche.» Où est passée la coalition arc-en-ciel dont on parlait en 1995, s'il n'y a plus qu'une seule couleur ? Faut-il conclure que M. Parizeau a déjà renoncé à rallier l'ADQ au camp du Oui ?

Pour l'heure, Bernard Landry n'a aucun intérêt à intervenir dans le débat. Il doit même être ravi de voir Pauline Marois s'attribuer elle-même le rôle ingrate de rabat-joie. Par rapport à l'aventurisme de François Legault, sa modération lui donne des airs de Claude Morin.

Les règles du jeu sont ainsi faites que M. Landry ne devrait cependant avoir aucune difficulté à sonner la fin de la récréation. En juin prochain, la direction du parti rendra publique ce qu'il est convenu d'appeler, dans le jargon péquiste, la «proposition principale», c'est-à-dire ce que le chef désire voir inscrit au programme. S'y opposer équivaudrait à contester ouvertement son leadership. Tout le monde le sait. Qui osera ?

mdavid@ledevoir.com



»» programme de commandites

"LE PARTI LIBÉRAL N'EST PAS CORROMPU!"

Lessard, Denis; Bérubé, Nicolas
La Presse mardi 17 février 2004

En dépit de la tempête qui sévit autour du scandale des commandites, Paul Martin n'a pas l'intention de reporter les prochaines élections générales. Mais le premier ministre a été forcé de hausser le ton, se débattant une fois de plus dans cette controverse qui, hier, a jeté de l'ombre sur l'annonce d'une candidature-vedette.

" Le Parti libéral n'est pas corrompu! Tous les libéraux à travers le pays veulent trouver les réponses. Tous sont dégoûtés devant ce scandale. Tous les libéraux veulent que ceux qui ont fait ces gestes soient punis, et ils le seront ", a lancé hier le premier ministre Martin. Toujours sur la défensive, il a réprouvé sans appel le programme de commandites. " Je suis furieux, je suis dégoûté de ce qui est arrivé. En même temps qu'on faisait l'assainissement des finances publiques, il se passait de telles choses: c'est inacceptable, cela dépasse l'entendement. "

Mardi dernier, la vérificatrice générale Sheila Fraser a révélé que 100 millions de fonds publics avaient été détournés entre 1997 et 2001 au profit de firmes québécoises de relations publiques, au mépris des règles touchant l'attribution des contrats. " Je ne sais pas où l'argent est passé, c'est pourquoi on a demandé une commission d'enquête ", a précisé M. Martin. Cette enquête confiée au juge John H. Gomery pourrait prendre plus d'un an avant des conclusions soient présentées, indique-t-on par ailleurs.

Paul Martin, quant à lui, résumait hier sa " responsabilité ": " Faire le ménage et mettre en place un gouvernement transparent. "

Élections: les libéraux gardent le cap

Publiquement, le premier ministre Martin est resté prudent sur l'imminence des élections. Il faut, explique-t-il, trouver " un équilibre ". D'abord, les Canadiens ont " le droit de connaître le déroulement de tout cela (des commandites) ". " Mais ils ont aussi le droit de demander à leur premier ministre qui a un programme très ambitieux de renouveau et de changement d'aller chercher un mandat ", a insisté M. Martin.

Dans les coulisses, toutefois, des sources libérales indiquent qu'en dépit de la tourmente des derniers jours, aucun scénario de report des élections n'est envisagé.

Au PLC, on vise toujours un déclenchement le 2 ou le 9 avril pour un scrutin le 10 ou le 17 mai, indique-t-on.

C'est pourquoi on a prévu un budget beaucoup plus tardif. Habituellement déposé aux Communes dans la première moitié de février, le budget fédéral, le premier de Ralph Goodale, sera déposé fin mars, selon les signaux envoyés au ministère québécois des Finances. Dans les officines du PLC, on fait valoir que, hormis le Bloc québécois au Québec, aucun des partis de l'opposition n'est réellement prêt pour des élections déclenchées rapidement au printemps.

Le premier ministre était de passage à Québec hier pour annoncer la candidature d'un conseiller de longue date, Dennis Dawson, désigné candidat du PLC dans Beauport-Limoilou. Mais l'arrivée du candidat-vedette, qui avait été élu trois fois pour le PLC sous Pierre Trudeau, a été reléguée dans l'ombre par la controverse autour du programme de commandites, décrit comme un gaspillage incroyable de fonds publics par la vérificatrice générale Sheila Fraser la semaine dernière.

M. Martin a dû s'expliquer sur son intervention dans la circonscription de Saint-Maurice où un ancien collaborateur de Jean Chrétien, Stephen Hogue, ne pourra porter la bannière du PLC aux prochaines élections. Il fallait faire davantage de place à des femmes " dans des comtés gagnables, des comtés ont été désignés depuis assez longtemps " a dit M. Martin avant d'appeler à la rescousse Hélène Scherrer, coprésidente de la campagne au Québec. Pour M. Martin, le cas de Sheila Copps est différent, on ne peut privilégier la candidate féminine, parce que pour Hamilton, deux élus libéraux se disputent désormais la même circonscription.

Démissions

Comme il l'avait fait la veille, à la radio, lors de tribunes téléphoniques, le premier ministre Martin s'est engagé à exiger la démission de présidents de sociétés d'État s'il était démontré qu'ils avaient fermé les yeux sur le scandale des commandites. Il met même son poste en jeu, insistant sur le fait qu'il n'a jamais su ce qui se tramait au ministère d'Alfonso Gagliano.

" S'il y en a qui savaient qu'il y avait des chèques de complaisance, des passes, des factures pour des travaux jamais faits... tout ce qui est écrit dans le rapport de la vérificatrice, ils avaient le devoir de sortir (publiquement), d'essayer de remédier à l'affaire. S'ils ne l'ont pas fait, ils devront démissionner ", a dit le premier ministre.

" Et cela vaut pour moi, comme pour tout le monde ", a-t-il renchéri. En détail, il a expliqué pourquoi il n'avait pas entendu parler du problème des commandites avant les premiers articles dans les journaux, au printemps 2002. Deux ans plus tôt, une première alarme avait sonné, mais une vérification interne avait conclu à " des problèmes administratifs " et 31 recommandations avaient été appliquées, a expliqué M. Martin.

Il a rappelé avoir mis la hache dans le programme de commandites dès le 13 décembre dernier. Selon lui, de telles manoeuvres de visibilité n'étaient pas nécessaires pour convaincre les Québécois de rester au Canada. " Je n'ai jamais été tellement chaud à cette idée, je crois que les Québécois ont un profond attachement au Canada, qu'ils veulent que le Canada réussisse ", a dit M. Martin.

Puis, de passage à Montréal hier après-midi, Paul Martin a réaffirmé que Jean Chrétien est " un homme d'une grande intégrité ".

" J'ai travaillé avec M. Chrétien et j'ai suivi sa carrière politique qui a duré 40 ans, a-t-il dit. L'enquête sera très importante. Notre gouvernement est déterminé à aller jusqu'au fond des choses pour que toute la lumière soit faite dans cette affaire ", a dit M. Martin alors qu'il visitait la direction du Chantier de l'économie sociale, un groupe communautaire du quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Le premier ministre a également assuré qu'il irait témoigner devant la commission d'enquête Gomery si les responsables de l'enquête le lui demandaient. Il n'a toutefois pas voulu dire si Jean Chrétien pourrait être appelé à se présenter devant cette même commission. " Des gens devront témoigner ", a-t-il répondu.



»» programme de commandites

Le Parti libéral n'est pas corrompu, affirme Martin

Buzzetti, Hélène; Dutrisac, Robert
Le Devoir mardi 17 février 2004

Le premier ministre rabroue un ministre qui a associé les commandites à la façon québécoise de faire de la politique

Même s'il est incapable de dire où l'argent du scandale des commandites est allé, Paul Martin a soutenu, hier, que le Parti libéral du Canada n'était pas corrompu.

Lancée la semaine dernière par le gouvernement libéral à la suite des révélations de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, la commission d'enquête, présidée par le juge James Gomery, ne rendra son rapport que dans 12 mois. Cette commission devra se pencher, entre autres, sur les liens entre le Parti libéral du Canada et les 100 millions engouffrés dans le scandale des commandites. Entre-temps, dans l'hypothèse d'élections générales au printemps, les électeurs devront-ils se résigner à voter pour un parti qui pourrait être corrompu? lui a demandé une journaliste. «Le Parti libéral n'est pas corrompu», a affirmé Paul Martin. «Tous les libéraux sans exception de tous les coins du pays veulent obtenir des réponses à ce sujet [les commandites]», a-t-il dit. Le Parti libéral veut faire toute la lumière sur le scandale et souhaite que les responsables soient punis, a assuré le premier ministre.

Paul Martin était de passage à Québec pour annoncer la candidature dans la circonscription redécoupée de Limoilou-Beauport, de Dennis Dawson, son conseiller au Québec et ami. Associé au cabinet de relations publiques Hill & Knowlton Ducharme Perron, M. Dawson a été député de Louis-Hébert à la Chambre des communes entre 1977 et 1984.

Quant à savoir si une partie de l'argent du scandale des commandites a pu se retrouver entre les mains de députés libéraux, M. Martin ne pouvait l'écarter. «Je ne sais pas où l'argent est allé. C'est pourquoi j'ai annoncé la tenue d'une commission d'enquête», a-t-il dit.

«Nous allons découvrir la vérité, nous allons faire le ménage», a affirmé le premier ministre. Mais ce sera sans doute après les prochaines élections fédérales prévues pour le printemps. Quand on lui a demandé s'il envisageait de reporter la tenue du scrutin, M. Martin est resté vague. «C'est une question d'équilibre» entre le droit du public de connaître la vérité et son droit de donner un mandat à son nouveau gouvernement, a-t-il avancé.

À Ottawa, le président du Conseil du trésor, Reg Alcock, a indiqué que le gouvernement, avant les élections, allait «s'assurer que tous les faits soient sur la table, dans la mesure de nos possibilités, et que les gens comprennent qui est responsable et ce qui sera fait».

Le député conservateur et président du comité des comptes publics, chargé lui aussi d'étudier le dossier des commandites, John Williams, estime que son comité pourrait publier un rapport intérimaire avant les élections. «C'est quelque chose de faisable dont peut parler le comité, à savoir publier un rapport intérimaire qui cerne les enjeux et où on se dirige», a-t-il dit.

«Un problème québécois»

Après son passage à Québec, Paul Martin s'est rendu à Montréal pour rencontrer les représentants du Chantier de l'économie sociale. Lors d'un point de presse, le premier ministre a toutefois dû faire face à une autre controverse. Le ministre d'État pour le Développement économique du nord de l'Ontario et député de la région de Thunder Bay, Joe Comuzzi, a déclaré jeudi dernier au quotidien Chronicle-Journal que le scandale des commandites était avant tout un phénomène circonscrit à la province du Québec. «C'est un problème québécois, et j'imagine que c'est ainsi qu'ils font de la politique là-bas», a-t-il dit.

C'est tout à fait inacceptable. Je suis québécois. La politique québécoise est très saine», a affirmé Paul Martin. Certains problèmes sont survenus au Québec, dit-il, mais il existe, a-t-il rappelé, des exemples de scandales dans d'autres provinces comme ceux qui ont secoué le gouvernement conservateur de Grant Devine en Saskatchewan et le gouvernement du Nouveau Parti démocratique de Glenn Clark en Colombie-Britannique. «C'est des choses qui arrivent [et] qui ne devraient jamais arriver. Mais je vais vous dire quelque chose: je suis très fier d'être québécois et de la politique que nous avons ici au Québec. La question des commandites, ce n'est pas typiquement québécois. Pas du tout», a dit M. Martin. M. Comuzzi et son cabinet se sont murés dans le mutisme, hier.

Le premier ministre n'était pas le seul à désapprouver les propos de son ministre. Le président du Conseil privé, Denis Coderre, a indiqué qu'il allait se «payer un petit déjeuner-causerie» avec le principal intéressé pour aller au fond des choses. Il s'oppose à cette tactique qui vise à isoler une région du pays.

M. Coderre reconnaît que les révélations à propos du programme de commandites ont déclenché une vague de sentiments anti-Québec au Canada. C'est au Québec que les malversations se sont produites, ce sont des agences de publicité québécoises qui ont empoché de généreuses commissions de 15 % sur les commandites sans nécessairement effectuer un travail justifiant cette rétribution. «Si les médias sont le reflet de ce qu'on entend partout à travers le Canada, oui, il y a du "Québec bashing" présentement, et je trouve ça extrêmement regrettable», a dit M. Coderre.

Son collègue Jacques Saada, le leader en Chambre, a dit vouloir vérifier avec Joe Comuzzi avant de réagir à ses propos. «Ça me paraît tellement aberrant, ce n'est pas acceptable. Les Québécois sont autant attachés que les autres au respect de la loi.»

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, ne contenait pas sa colère à la lecture des propos «inqualifiables» de M. Comuzzi. Paul Martin «devrait intervenir et demander sa démission parce que ça contredit tout ce qu'il nous a dit». Il a ajouté: «On tente de salir le Québec partout à travers le Canada en disant que c'est une façon québécoise. Ce n'est pas une façon québécoise, c'est une façon libérale de faire de la politique. Et la preuve, c'est que le Bloc québécois est ici. Si les gens votent pour le Bloc, c'est qu'ils ne veulent pas être complices de ce que font les libéraux.»

Pour la première fois, l'ancien ministre et député de Saint-Laurent, Stéphane Dion, s'est prononcé sur le scandale des commandites. «Il y a eu des voleurs, et les voleurs doivent payer et aller en prison. Mais j'ai pleinement confiance en l'honnêteté de tous mes collègues, du premier ministre Martin et de l'ancien premier ministre Chrétien. Et je voudrais dire aux gens: avant de condamner M. Gagliano, laissons-lui la chance de s'expliquer, d'entendre ce qu'il a à dire. Je veux croire que M. Gagliano est un homme honnête aussi.»

Le scandale des commandites ne manquera pas d'occuper une large place, aujourd'hui, à la Chambre des communes. Le Parti conservateur consacrera sa journée d'opposition aujourd'hui à enfoncer ce clou.

Avec la collaboration de Manon Cornellier et de Kathleen Lévesque



»» programme de commandites

"Il est bon, le café..."

Michel Vastel
Le Soleil mardi 17 février 2004

Certains plongent le nez dans leur assiette quand la conversation devient trop embarrassante. Paul Martin, lui, brandit sa tasse : "Il est bon, le café...", a-t-il dit à deux reprises hier matin.

Il faut être vraiment mal pris pour faire dévier une question en félicitant LE SOLEIL sur la qualité de son café ! Ce n'est même pas vrai : c'était de la vraie "bibine", ce café ! Mais à ce moment-là, les membres de la table éditoriale du quotidien de la capitale l'entraînaient sur un terrain glissant : l'héritage de Jean Chrétien.

L'idée a-t-elle traversé l'esprit du nouveau premier ministre qu'il est actuellement victime d'une ultime manoeuvre de son prédécesseur pour l'empêcher de devenir premier ministre du Canada ? "Il est bon, le café !"

En privé, les amis de Paul Martin ne se gênent pas pour citer chacun des détours que l'ancien premier ministre a pris pour l'empêcher de devenir chef du Parti libéral du Canada. Maintenant que le putsch a réussi malgré tout, "le petit gars de Shawinigan" intrigue-t-il pour l'empêcher de gagner les prochaines élections ? C'était leur façon de répondre à ma question...

Ce qui compte, dans ce genre d'entretien à bâtons rompus, c'est d'observer le visage de l'interlocuteur et son langage. Quand il a entendu parler de "coup fourré de Jean Chrétien", le visage de Paul Martin s'est crispé dans un rictus qui semblait vouloir dire : "Maudit que j'aimerais ça, répondre à votre question !" Bien sûr qu'il y a pensé, lui aussi, et ses mots en disent long !

Ainsi, quand il a lu le rapport de la vérificatrice générale pour la première fois, après le 15 novembre, il fut d'abord "dégoûté". Puis "écoeuré" en repensant à tous les efforts qu'il faisait au même moment, dans la deuxième moitié des années 90, pour convaincre les Canadiens de se serrer la ceinture. Et quand il parle des cadres des sociétés d'État qui ont fait "ces passes-là", il n'y a aucun doute qu'il les considère comme de véritables escrocs !

Va-t-il les limoger immédiatement, en particulier ce Michel Vennat qui, à la Banque de développement du Canada, harcelait le président François Beaudoin ? "Il est bon, le café !"

Cela fait cinq ans au moins que Paul Martin se prépare à devenir premier ministre. Il a des idées sur tout : comment traiter avec ses homologues des provinces, comment réorganiser la gouverne du monde, comment donner aux villes les moyens de s'administrer... "Je veux faire tout cela, changer la culture du gouvernement", résume-t-il.

Mais l'homme sait très bien qu'il ne pourra réaliser ses ambitions sans avoir regagné la confiance des citoyens. Au milieu des années 90, il a réussi à éliminer le déficit parce que les Canadiens lui faisaient confiance. Aujourd'hui, son programme de chef de gouvernement est encore plus ambitieux, et il sait qu'il ne le réalisera pas sans un appui encore plus large de la population.

Paul Martin est comme un chef cuisinier qui voudrait bien traiter ses hôtes comme ils ne l'ont jamais été. Mais depuis ces quelques semaines qu'on lui a remis les clefs de la chambre froide, il passe son temps à faire le ménage. Avouons que ce n'est pas très glorieux !

Hier à Québec, l'accueil des gens fut poli, plutôt sympathique, voire compatissant. Et quand je lui ai donné une chaleureuse poignée de main au moment de son départ, il y avait dans son regard un mélange de gratitude et d'angoisse. Il sait qu'il n'aura pas toujours un accueil aussi poli !

Quand il défend le Québec comme il le fait depuis deux jours - "L'unité nationale, cela ne s'achète pas ; les Québécois ne veulent pas être achetés...", dit-il avec conviction - ,Paul Martin me fait penser à Brian Mulroney dans les pires moments de crise de l'aile québécoise de son propre parti. Ces chefs-là respectent le Québec et la façon "saine" dont on y fait de la politique. Et ils n'ont pas peur de l'affirmer, même à contre-courant, lorsque, comme aujourd'hui, tous les commentateurs du Canada anglais pensent le contraire. Les cyniques diront que Paul Martin - tout comme Brian Mulroney en 1988 - a bien besoin de la Belle Province pour sortir vainqueur de la prochaine campagne électorale. Il n'empêche qu'il y a du courage à défendre l'intégrité des Québécois par les temps qui courent.

En tout cas, Paul Martin n'a certainement pas l'intention de reporter la campagne électorale. Le rythme des assemblées de mise en candidature s'accélère et, dès que le Parlement aura approuvé les nouvelles frontières électorales, le premier ministre n'attendra pas longtemps pour partir en campagne. C'est qu'après la formation d'un nouveau cabinet, la lecture du discours du Trône et la présentation d'un budget, il ne lui restera plus rien à faire. Déjà, la machine tourne à vide en débattant de projets de loi hérités de l'ère Chrétien.

Paul Martin a hâte de se débarrasser de l'épreuve obligée d'une élection générale pour passer aux affaires sérieuses : les sommets internationaux, les conférences avec les premiers ministres provinciaux, et un profond changement de culture au sein de l'administration fédérale.

"Là, je suis premier ministre !" dit-il lorsqu'il s'emballe. Autrement dit : "J'ai le pouvoir de changer des choses..." J'ai alors failli lui dire : "Il est bon, votre café, Monsieur le premier ministre !"

Car Paul Martin sait très bien qu'il sera vraiment premier ministre lorsque les Canadiens auront élu une majorité de députés libéraux. C'est seulement alors qu'il ne devra plus rien à Jean Chrétien. Pour le meilleur et pour le pire...

MVastel@lesoleil.com



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Paul Martin en entrevue au soleil :
Commandites : des têtes vont rouler avant le scrutin

Raymond Giroux
Le Soleil mardi 17 février 2004

"Dans les sociétés d'État qui ont fait ces passes-là, il y a quelqu'un qui savait"

Des têtes vont tomber, dans le scandale des commandites, et ce, avant même les prochaines élections, a assuré Paul Martin au SOLEIL, hier, lors de sa première entrevue éditoriale depuis son arrivée au pouvoir, le 12 décembre dernier.

Cinq sociétés d'État, soit Postes Canada, VIA Rail, le Vieux-Port de Montréal, la Banque de développement du Canada et la GRC, ont été pointées comme complices des malversations de ce programme de 250 millions $ par la vérificatrice générale, Sheila Fraser, la semaine dernière.

"Oui, oui, dans plusieurs de ces cas, cela ne sera pas nécessaire d'attendre plus que le rapport du Conseil du Trésor", a lancé le premier ministre, toujours aussi outré et déstabilisé à la fois par cette affaire. M. Martin a toutefois refusé de donner des noms et précisé que dans un certain nombre de cas, "il va falloir attendre le rapport du juge John H. Gomery et celui du Comité parlementaire des comptes publics" que préside le conservateur John Williams.

Sur la question de retarder les élections attendues pour le 10 mai, justement le temps que prennent fin ces enquêtes, une demande que le premier ministre a entendue à satiété lors d'une longue émission de radio, en fin de semaine, M. Martin ne donne aucun indice d'un changement de cap.

Le premier ministre a invoqué la nécessité de rechercher un "équilibre" entre le droit de savoir de la population sur le scandale des commandites et le besoin pour le gouvernement d'obtenir un mandat de la population.

"Nous avons un programme très ambitieux et les premiers ministres ont demandé de me rencontrer cet été pour rétablir la confiance dans notre système de santé", a-t-il dit en insistant clairement sur le mandat de gouverner.

Interrogé notamment sur le sort de Jean Pelletier, à VIA, d'André Ouellet, aux Postes, et de Michel Vennat, à la BDC, M. Martin est resté coi. "Je n'ai pas l'intention de parler de qui que ce soit. Aussitôt qu'on a les faits, on bouge, et quand on dit qu'on bouge, on va bouger !

"Dans les sociétés d'État qui ont fait ces passes-là, il y a quelqu'un qui savait. Cela ne se fait pas tout seul, a-t-il dit. Je ne sais pas si les présidents le savaient, l'enquête va nous le dire."

Le président du Conseil du Trésor, Reg Alcock, a déjà envoyé une lettre à tous les présidents des organismes concernés. "On demande des comptes ; il s'y est passé des choses inacceptables et il faut attendre qu'il tire ses conclusions", dit M. Martin.

Un piège ?

A-t-il été piégé par le gouvernement de son prédécesseur Jean Chrétien, qui connaissait le rapport de Mme Fraser sur les commandites avant de proroger le Parlement ? "Le café est bon", réplique-t-il sur un ton qui en dit long sur son état d'esprit.

Mais il se laisse quand même aller quelque peu : "Je ne suis pas content, cela est sûr. Quand je dis que je suis furieux, je suis furieux pour beaucoup de raisons", admet-il.

En plein assainissement

Sa rage prend même un côté personnel, par moments. "En 1994, lors qu'on a fait le budget de 1995, l'assainissement des finances publiques n'était pas facile, raconte-t-il. Il était absolument crucial d'avoir un consensus national et l'approbation du public.

"J'ai passé beaucoup de temps partout au Canada à expliquer ce qu'il fallait faire, poursuit-il. Quand je pense qu'en même temps qu'on faisait cela, un groupe de gens faisaient ce qu'ils étaient en train de faire, je ne devrais pas le dire, mais ça m'écoeure !"

"Avez-vous écarté des ministres à cause du scandale, lors de la formation du nouveau cabinet ? lui demande-t-on. "Non, pas vraiment. Le ministre en charge était Alfonso Gagliano, et je pense que la vaste majorité des ministres ne savaient pas" ce qui se passait.

"On savait qu'il y avait des problèmes administratifs, et le sous-ministre avait dit qu'il n'y avait rien de criminel, en comité parlementaire. Mais jusqu'au rapport sur Groupaction, en mai 2002, on ne savait pas qu'il y avait des chèques de complaisance et des factures non payées.

"Quand j'ai lu le rapport pour la première fois, je dois vous dire que j'ai été vraiment dégoûté, dit-il. Je n'en revenais pas et j'étais révolté. C'est inconcevable qu'un groupe de personnes ait brisé la confiance du public de cette façon.

"Je tiens à ce que l'examen soit ouvert, transparent, ajoute M. Martin. La population est révoltée, je suis révolté, la population attend de nous des réponses le plus vite possible et s'attend à ce que ceux qui sont impliqués en subissent les conséquences.

"Je peux vous assurer sans équivoque que cela va arriver, et ce, le plus vite qu'on va être capable de le faire", assure-t-il.

RGiroux@@lesoleil.com



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'I was never keen' on federal sponsorship program: Martin

KEVIN DOUGHERTY and HUBERT BAUCH
The Montréal Gazette Tuesday, February 17, 2004

Won't commit to delaying spring election. In Quebec City, PM announces candidacy of adviser, but can't avoid questions about scandal

Paul Martin wanted to talk economics in Montreal yesterday, but fielded questions on the sponsorship scandal instead.

Offering good government is a better way to ensure national unity than paying for expensive sponsorship programs, Prime Minister Paul Martin said yesterday.

"National unity is the result of a country that works," he told reporters. "It isn't the result of a successful (visibility) program."

At a news conference, Martin was bombarded by questions about the $250 million auditor-general Sheila Fraser identified as being spent on sponsorship programs to display the Canadian flag in Quebec when Jean Chrétien was prime minister.

Martin insisted that although he was finance minister at the time, he was not aware of what was going on.

"I don't know where this money went," he said.

Martin would not say whether he would delay the expected spring election until the guilty parties in the sponsorship scandal are identified.

"We have to strike the right balance," he said. "On one hand, the public has a right to know what happened. On the other hand, they have a right to say that a new prime minister with a new government - it is really a new government, it has changed fundamentally - should seek a mandate."

Martin said he is "furious and disgusted" with the sponsorship scandal, adding: "Those who did it are going to pay for it."

He noted that one of his first acts as prime minister was to cancel the sponsorship programs and he has named an inquiry under Justice John Gomery of Quebec Superior Court to look into the scandal.

Martin said his government wants to fund the festivals and cultural events in Quebec that benefited from federal largesse under the sponsorship program. But visibility for the federal government will not be a priority.

"Myself, I was never keen on that idea," Martin said of efforts to show the Maple Leaf flag in Quebec after the 1995 close-call referendum.

"I believe Quebecers have a deep attachment to Canada," he added. "They want Canada to succeed. They want to belong to a Canada that has national objectives, of economic growth and quality of life.

"And if we offer good government in Ottawa, we will be able to work together for future generations."

Martin was in Quebec City to announce his close friend and trusted adviser Dennis Dawson would be the Liberal candidate in the newly-created Quebec City riding of Beauport.

"He has a deep understanding of business, a deep understanding of government and the whole political question," Martin said of Dawson.

Dawson was Liberal MP for Louis-Hébert riding 1977 until he was defeated in 1984. After losing his seat, he worked at Martin's Canada Steamship Lines before becoming a public-relations adviser and lobbyist with Hill & Knowlton-Ducharme-Perron in Quebec City.

Among his clients as a lobbyist were AMEX Canada Inc., Eurocopter Canada Ltd., Westjet Airlines and the State of Alaska revenue department.

Martin said that as an adviser, Dawson would tell him, "You have to shake hands. You have to smile."

"I am so happy to say, Dennis, you have to start smiling. And for the love of God, try to be charming," Martin said, indicating Dawson would play an important role in his government, and calling Dawson's nomination "a very, very important candidacy for the Liberal Party, but I have to tell you, also important for Canada."

In Montreal, Martin spoke briefly to reporters after a meeting with representatives of co-operative and non-profit enterprises.

He said he was there to talk about the growing social economy and the importance his government intends to accord it, but reporters were singularly interested in quizzing him about the sponsorship scandal.

Martin said he was convinced members of his government are not tainted by the scam, since they were grilled before being named to cabinet about any skeletons that might lurk in their closets.

"I talked to all of our cabinet ministers at the time they went into cabinet," he said. "They went through a whole series of questions asking if there was anything to be concerned about, and every single one of them passed."

Martin said he is also convinced former prime minister Jean Chrétien is innocent. Martin said Chrétien will have to decide if he will testify before the inquiry if called, but said he himself would have no hesitation.

"I am quite prepared to testify in front of the inquiry, and would be very anxious to do so," he said. "Individuals will have to make their own decisions."

kdougherty@thegazette.canwest.com

hbauch@thegazette.canwest.com



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Sondage :
Chrétien devrait témoigner, croient les Canadiens

Denis Lessard
La Presse mardi 17 février 2004

Québec - Les Canadiens sont presque unanimes: neuf électeurs sur 10 estiment que Jean Chrétien doit témoigner devant une commission d'enquête indépendante, pour expliquer " ce qu'il savait " du controversé programme de commandites.

De plus, presque deux Canadiens sur trois jugent que le premier ministre Paul Martin devrait reporter les prochaines élections générales, le temps qu'une enquête impartiale fasse toute la lumière sur l'utilisation des fonds publics dans ce programme controversé.

Ces constats percutants se trouvent dans une enquête Ipsos-Reid, commandée par The Globe and Mail et publiée aujourd'hui. Le sondage mené du 11 au 15 février auprès de 1055 personnes est précis à 3,6 points de pourcentage près. Sur les intentions de vote au Québec, Ipsos-Reid rejoint la lecture de la maison CROP publiée par La Presse samedi. Le PLC est en chute libre, tombé à 31 % des intentions de vote au Québec, une glissade de 9 % en quelques jours. Samedi, CROP estimait que seulement 34 % des Québécois conservaient leur appui au parti de Paul Martin, une chute de 17 % en un mois.

Sur le plan national, le PLC a chuté de 13 points en un mois, observe Ipsos-Reid. Les conservateurs ont grimpé de 8 %, tandis que les néo-démocrates et les bloquistes restent au même niveau.

Pour 65 % des Canadiens, le premier ministre Paul Martin devrait surseoir à son plan de campagne électorale tant qu'une enquête complète n'aura pas été faite sur ce scandale. Un répondant sur trois estime qu'au contraire rien n'empêche la tenue d'élections générales. La résistance aux élections rapides se sent surtout dans les Maritimes (70 % d'opposition), en Ontario et en Alberta (67 % chacune). C'est au Québec et en Colombie-Britannique qu'on voit le moins d'inconvénients à des élections avant une enquête. Néanmoins, 61 % des gens pensent que Paul Martin devrait attendre.

Partout au Canada, les gens veulent que Jean Chrétien soit appelé à témoigner pour expliquer ce qu'il savait du programme de commandites où, selon la vérificatrice générale Sheila Fraser, plus de 100 millions de fonds publics furent dilapidés entre 1997 et 2001. Pas moins de 90 % des Canadiens veulent que M. Chrétien comparaisse dans le cadre de l'enquête du juge Gomery. Seulement 8 % ne trouvent pas d'utilité à ce témoignage et 2 % n'ont pas d'opinion à ce sujet.

Chrétien ironise

De retour d'un voyage en Chine, l'ancien premier ministre Jean Chrétien a refusé de répondre aux questions sur la controverse des commandites hier. " On devrait faire du ski aujourd'hui, ce serait mieux ", a-t-il blagué à la sortie de son bureau à l'heure du midi. Il a continué de s'amuser quand les journalistes lui ont demandé ce qu'il pensait de la défense du gouvernement de Paul Martin. " Je ne pense plus maintenant ", a-t-il répliqué avant d'ajouter: " J'étais au gouvernement, j'ai répondu à toutes vos questions, à beaucoup d'entre elles. Maintenant, si vous avez des questions posez-les au gouvernement ", a-t-il dit d'un ton qui tranchait passablement avec celui de Paul Martin hier.

Le sondage Ipsos montre que 95 % des citoyens des Maritimes veulent que M. Chrétien s'explique comme 93 % des Albertains. Au Québec et en Ontario, on est proche de la moyenne canadienne avec 91 % et 90 % des gens qui veulent entendre les explications de l'ancien premier ministre.

Près d'un répondant sur trois, soit 29 %, estime que Jean Chrétien est le plus à blâmer pour le dérapage des commandites. Paul Martin arrive tout de suite après avec 22 % des gens qui croient qu'il doit accepter la responsabilité de cette affaire. Seulement 16 % des gens estiment que c'est le ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, qui parrainait le programme de commandites, qui est responsable de ce qui est arrivé. Seulement 7 % de la population accepte la thèse lancée par le gouvernement Martin la semaine dernière voulant qu'une poignée de fonctionnaires doivent porter la responsabilité de ce gaspillage. Par ailleurs, plus d'une personne sur 10, soit 12 %, estime que tout le monde, politiciens et fonctionnaires, devrait être blâmé. Toutefois, relève Ipsos, 14 % des gens avouent ne pas savoir qui est responsable de ce scandale.

Les Ontariens sont les plus durs à l'endroit de l'ancien premier ministre, avec 31 % des répondants qui lui imputent la responsabilité de ce scandale. Les Québécois, comme les résidants des Prairies, estiment dans une proportion de 27 % qu'il est à blâmer. Les répondants âgés sont les plus durs à l'endroit de l'ancien premier ministre: 34 % des plus de 55 ans estiment qu'il est responsable contre 26 % des gens de moins de 34 ans.

Pour 22 % des Québécois, Paul Martin doit porter le blâme de cette affaire - 23 % des Ontariens et 24 % des résidants de Colombie-Britannique partagent ce point de vue. Ce sont les Canadiens des zones urbaines qui sont les plus critiques à l'endroit de l'actuel premier ministre.

Les deux tiers des Canadiens, soit 67 %, estiment que Paul Martin savait " quelque chose " (34 %) ou " beaucoup " (33 %) sur le programme de commandites. Un Canadien sur quatre pense que l'actuel premier ministre savait " peu " (17 %) ou " rien " (8 %) des abus du programme fédéral.



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Jean qui rit, Paul qui rage

Vincent Marissal
La Presse mardi 17 février 2004

Les deux scènes vues en enfilade n'arrangeront pas les choses pour les libéraux: à Ottawa, Jean Chrétien, l'air relax, le ton badin, qui se moque des journalistes et refuse de répondre à leurs questions sur le scandale des commandites, leur suggérant plutôt d'aller faire du ski. Puis, à Montréal, son successeur, Paul Martin, les traits tirés, la réplique sèche, qui se fait cuisiner sans relâche par les reporters.

On ne peut s'empêcher de remarquer le nonchalance du premier et la nervosité du second. Cette nonchalance de Jean Chrétien est en quelque sorte sa marque de commerce. Elle est aussi la raison de la nervosité de Paul Martin. Si l'ancien premier ministre avait pris au sérieux les risques de dérapages du scandale des commandites, Paul Martin n'en serait pas là. S'il n'avait pas nommé Alfonso Gagliano ambassadeur du Canada au Danemark, Paul Martin n'aurait pas eu à le dégommer. S'il n'avait pas eu, au départ, cette idée de tapisser le Québec de feuilles d'érable... Si, si, si, c'est ce que se dit Paul Martin depuis une semaine.

La différence entre les deux hommes tient dans les deux scènes d'hier. Jean Chrétien a toujours eu le réflexe de laisser l'opposition et les médias se déchaîner contre son gouvernement sans trop s'exposer et en faisant, finalement, à sa tête. Quand on finissait par le coincer, aux Communes ou dans les points de presse, il s'esquivait le plus souvent avec une boutade. C'est un peu cynique de le dire aujourd'hui, mais force est de constater que cette attitude ne l'a pas trop mal servi.

Paul Martin, tout au contraire, prend le taureau par les cornes, seul dans l'arène, promettant haut et fort de terrasser la bête et de sortir du combat plus fort que jamais. Ou de mourir au champ d'honneur!

Il y a quelque chose de presque chevaleresque dans cette attitude de monter au front, de prendre les coups, d'autant, avouons-le, que ce n'est pas lui qui était premier ministre au moment où Ottawa dilapidait les fonds publics dans des logos du Canada, en graissant au passage la patte de quelques amis du régime.

Devenu premier ministre il y a à peine deux mois, Paul Martin a affronté volontairement le feu des médias plus souvent que l'a fait son prédécesseur au cours des cinq dernières années de son règne. Rarement aura-t-on assisté à une telle opération de damage control menée par un premier ministre.

Pourtant, cruelle conclusion, les Canadiens ne croient pas Paul Martin. La majorité d'entre eux pensent qu'il en sait plus qu'il ne l'avoue. La majorité le suspecte de vouloir déclencher des élections rapidement pour noyer le poisson, avec pour résultat qu'une portion importante de l'électorat tourne maintenant le dos aux libéraux.

Le problème de crédibilité de M. Martin tient d'abord dans ses contradictions, en particulier dans son refus de s'engager à ne pas tenir d'élections tant que nous n'aurons pas tous les faits de cette histoire. Le premier ministre, devant la grogne qui monte, n'aura peut-être pas le choix de retarder ses projets électoraux, mais en attendant, il tient un double langage. D'un côté, il affirme vouloir faire toute la lumière sur le scandale des commandites. Mais d'un autre côté, il ne peut assurer les Canadiens, avant de connaître le résultat de l'enquête publique, que personne dans son équipe (ministres, députés, candidats ou organisateurs) n'a été mêlé de près ou de loin au scandale. Paul Martin nous demande donc, tout en se disant horrifié par ce scandale, de lui accorder l'entier bénéfice du doute. Votez tout de suite, on attrapera les coupables plus tard! C'est beaucoup demander aux Canadiens ces temps-ci.

On sait que certains ministres ou députés seront appelés à témoigner dans l'enquête publique et on sait très bien que quelques personnages libéraux (dont le ministre Denis Coderre ou l'ancien lieutenant de Jean Chrétien, Martin Cauchon) entretenaient des liens d'amitié avec les propriétaires des firmes identifiées dans le rapport de la vérificatrice générale. On a, par ailleurs, toute raison de croire qu'une partie des 100 millions versés en commissions aux agences de publicité est revenue dans la machine électorale du PLC. Qui peut garantir aujourd'hui que tous les libéraux qui ont participé ou qui ont eu vent de cette manoeuvre lors des élections de 2000 ne sont plus actifs dans le parti?

Autre contradiction de Paul Martin: il affirme maintenant avoir toujours été contre le principe même du programme des commandites. Un gaspillage d'argent (50 millions par année pendant cinq ans!), a-t-il dit en substance dimanche sur CBC. " On n'achète pas l'unité nationale en mettant des signes sur des panneaux ", a lancé le premier ministre. Pourtant, on ne se souvient pas d'avoir entendu Paul Martin critiquer ce fameux programme quand il était ministre des Finances du gouvernement Chrétien. Pendant des années, il s'est assis à la table du cabinet sans rien dire. Il a participé à un nombre incalculable de réunions du caucus québécois sans soulever la question du programme de commandites. Il a été acclamé à tous les congrès de l'aile québécoise du PLC sans jamais émettre publiquement la moindre réserve sur cette stratégie à laquelle il ne croyait pas. Et le nouveau premier ministre rejette aujourd'hui le blâme sur l'ancien régime en affirmant que ce programme était une erreur au départ. Facile.

Pendant ce temps, malgré ses facéties devant les collègues d'Ottawa, Jean Chrétien suit tout ça de près et il s'inquiète pour l'unité du Parti libéral, disent des proches.

Voilà qui devrait consoler Paul Martin.



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Je, soussigné...

André Pratte
La Presse mardi 17 février 2004

La colère rouge des Canadiens à la suite des dernières révélations relatives à l'affaire des commandites se double d'une question insistante: qui? Qui a conçu cette malversation? Qui y a participé? Qui était au courant?

Le gouvernement libéral doit à la population de lui fournir au plus tôt les réponses à ces questions. Tant qu'il ne l'aura pas fait, il serait immoral d'appeler le peuple aux urnes. Et nul besoin d'attendre l'enquête du juge John Gomery: le premier ministre, Paul Martin, doit exiger sur-le-champ de ses députés québécois, de ceux qui étaient membres du cabinet à l'époque, de même que des dirigeants des sociétés d'État, des réponses concrètes et précises.

La semaine dernière, M. Martin a soutenu que " tous ceux qui, tout en connaissant les faits, ont préféré fermer les yeux et ne pas intervenir, devraient démissionner immédiatement. Et tous ceux qui détiennent de l'information propre à faire la lumière sur toute cette affaire devraient se manifester volontairement, sans attendre qu'on les y contraigne. "

Le chef libéral doit passer du souhait à l'action. Au moment où se fait le choix des candidats en vue des prochaines élections, M. Martin est en droit d'exiger de tous, députés ou aspirants, qu'ils signent une déclaration solennelle. Cette déclaration, adressée aux électeurs de leur circonscription, pourrait prendre la forme suivante:

Je, soussigné, affirme que je n'ai rien su du détournement de fonds publics décrit dans le dernier rapport de la vérificatrice générale avant que l'affaire ne commence à faire l'objet de reportages des médias, à compter de mars 2002. Avant cette date, j'ignorais que des agences de communication contribuant aux coffres du PLC empochaient des sommes importantes en échange de services fictifs. J'ignorais aussi que le ministère des Travaux publics et des sociétés de la Couronne étaient impliqués dans ce stratagème.

À l'instar du premier ministre, M. Paul Martin, je m'engage à démissionner sans attendre si jamais il est démontré que cette déclaration n'est pas véridique.

Le premier ministre devrait ensuite publier la lettre et les noms de ceux qui ont accepté d'y apposer leur signature. Toute personne qui aurait refusé de le faire ne pourrait être candidate pour le Parti libéral.

Nous entendons déjà les politiciens s'esclaffer devant une suggestion aussi naïve. Eh! bien, si cela leur paraît insignifiant à ce point, ils ne devraient avoir aucune hésitation à signer!

Pourquoi une déclaration écrite? Parce que jusqu'ici, certains élus ont réussi à se défiler. D'autres ont formulé des réponses ambiguës. Dans le climat de cynisme actuel, les Canadiens ne seront pas convaincus par les entourloupettes verbales dont nos politiciens ont le secret.

Le premier ministre devrait aussi exiger des dirigeants des entités d'État mêlées au scandale (Via Rail, Postes Canada, la Banque de développement du Canada, la Société du Vieux-Port de Montréal, la Gendarmerie royale du Canada) de fournir IMMÉDIATEMENT au public canadien des explications claires et détaillées, et de prendre toutes les mesures appropriées, notamment le congédiement des personnes responsables.

Les membres de l'administration précédente, à commencer par l'ancien premier ministre et sa garde rapprochée, ont aussi l'obligation morale de répondre aux questions que se posent les Canadiens. Bien sûr, ils peuvent attendre d'être convoqués par le juge Gomery. Cependant, cet attentisme ne servira personne: ni eux-mêmes ni tous ceux dont la réputation est injustement salie ni le Parti libéral du Canada. Et encore moins l'intérêt public.

On dira que de telles exigences sont excessives, qu'elles relèvent de l'inquisition plutôt que de la reddition de comptes. En réalité, elles sont à l'échelle de l'ampleur sans précédent du scandale.



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Un scandale qui nous éclabousse tous

Alain Dubuc
Le Soleil samedi 14 février 2004

Nous savions depuis trois ans, grâce à de nombreuses fuites et révélations, que le programme de commandites du gouvernement Chrétien avait donné lieu à de très sérieux abus. Mais nous ne pouvions pas imaginer, avant la publication du rapport de la vérificatrice générale, à quel point la magouille, le mépris des règles, la dissimulation étaient érigés en un véritable système.

Cette affaire constitue un scandale politique majeur, qui nous choque et qui nous éclabousse tous. Les Canadiens, jusqu'ici, pouvaient croire que leur pays échappait à la corruption qui caractérise la vie politique d'autres pays industrialisés, ne serait-ce que la France et l'Italie. Nous faisons maintenant partie du club. C'est également gênant pour le Québec, qui a pourtant fait beaucoup pour assainir la vie publique, notamment avec ses règles sur le financement des partis politiques, et qui deviendra clairement, aux yeux du reste du Canada, la patrie de la corruption.

Il faut se réjouir du fait que les citoyens aient été très choqués par ces révélations, parce que cela signifie que le cynisme n'a pas pris le dessus. Les gens ne tolèrent pas ce genre d'abus. Le devoir de nos politiciens est de rompre avec ces pratiques, d'identifier les responsables, de nettoyer l'écurie et de prendre tous les moyens pour que de tels dérapages ne se reproduisent plus, pour gouverner proprement et aussi pour rétablir la confiance dans les institutions.

Pour l'instant, la réflexion de nos politiciens, à Ottawa, vole beaucoup plus bas, sur toile de fond préélectorale. Toutes les attaques portent sur Paul Martin, que l'on veut associer le plus possible au scandale. Ces critiques très dures s'inscrivent dans une stratégie de tous les partis d'opposition qui, confrontés à la popularité de Paul Martin, tentent par tous les moyens de s'attaquer à sa personne, dans ce dossier comme dans bien d'autres.

Ne nous trompons pas de cible. La vérité, ne l'oublions pas, c'est que le système dévoilé par la vérificatrice générale a été mis en place sous le gouvernement de Jean Chrétien. Plusieurs des magouilleurs étaient proches du premier ministre et de son cabinet, à commencer par son organisateur politique au Québec, Alfonso Gagliano. M. Chrétien a été mêlé de près à d'autres histoires, notamment l'affaire de l'Auberge Grand-Mère qui a connu un dénouement peu honorable cette semaine, à la Cour, quand l'ex-président de la Banque de développement du Canada a eu gain de cause contre d'autres amis de l'ex-premier ministre qui l'avaient carrément harcelé parce qu'il résistait aux pressions. C'est M. Chrétien qui, dans ces dossiers, a manifesté une légèreté et une indifférence troublantes, et c'est lui, qui, lorsque le ministre Alfonso Gagliano a été montré du doigt, dans un geste à la fois loufoque et indécent, digne d'une république de bananes, l'a nommé ambassadeur au Danemark.

Cela étant dit, il est inévitable que Paul Martin en subisse les contrecoups. D'abord parce qu'il était le numéro deux du gouvernement Chrétien et qu'à ce titre, il doit partager la responsabilité des gestes qui ont été commis sous une administration libérale dont il était un pilier. Ce sont les libéraux qui auront à payer la note politique d'un scandale qui fut le fait de libéraux.

La cause profonde de ce dérapage, c'est l'usure du pouvoir et ses effets pervers, l'arrogance, la confusion progressive entre le bien public et les intérêts personnels, le sentiment d'impunité d'un gouvernement qu'aucune opposition ne menace. C'est pour éviter ces abus que les démocraties privilégient l'alternance du pouvoir. Il est donc normal que l'on s'interroge sur la capacité de Paul Martin de regénérer ce parti et de couper avec son passé récent.

Mais il y a une énorme différence entre cette responsabilité collective des libéraux, et donc de leur chef, et la responsabilité individuelle de Paul Martin. C'est le sens de toutes ces questions, tentant de suggérer qu'il savait ce qui se passait, auxquelles le premier ministre a bien répondu jeudi. Il n'y aura qu'une seule façon d'en avoir le coeur net : lors de l'enquête publique indépendante promise par M. Martin. Sauf que les soupçons reposent sur deux prémisses fausses, celle qu'un ministre des Finances connaît le fonctionnement interne des divers ministères et celle que Paul Martin était proche de l'organisation libérale au Québec.

Souvenons-nous de la guerre entre Paul Martin et Jean Chrétien, laquelle a finalement mené les libéraux à précipiter le départ de leur chef. Un des grands thèmes qui a accéléré ce processus est justement l'usure du pouvoir et les scandales qui commençaient à ébranler le gouvernement Chrétien.

Jusqu'ici, Paul Martin a posé les bons gestes : mettre fin aux programmes de commandites, attendre le rapport de la vérificatrice, rappeler Alfonso Gagliano du Danemark, déclencher une enquête indépendante, tenter de récupérer les sommes détournées. Le premier ministre a été décevant quand il a tenté de minimiser, mercredi, l'ampleur du scandale en l'attribuant à une poignée de fonctionnaires. Il a été bien plus convaincant, jeudi, lorsqu'il a précisé ce qu'il savait de ce dossier et surtout quand il a invité ceux qui savaient à démissionner.

Il faut, à cet égard, se méfier des réflexes politico-médiatiques qui mènent à un cul-de-sac. Paul Martin pose un geste. Il tente de se protéger. Mais s'il n'en pose pas, on l'accusera de complicité. Il ordonne une enquête. C'est pour détourner l'attention. Mais s'il n'en avait pas demandé, on l'aurait accusé de camouflage...

Il n'en reste pas moins que Paul Martin, s'il veut se dissocier de scandales associés à son prédécesseur, doit être absolument impitoyable dans le nettoyage et intraitable sur la nécessité d'une rupture avec le passé. C'est la seule façon de convaincre les Canadiens qu'il incarne le renouvellement d'un parti qui a besoin d'être renouvelé.

Président et éditeur

ADubuc@lesoleil.com



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Paul Martin s'en remettra-t-il ?

Michel Vastel
Le Soleil samedi 14 février 2004

Oui ! Mais le grand perdant sera le Québec, dont l'influence à Ottawa et dans le Parti libéral du Canada va tomber bien bas...

Disons-le tout de suite, le nouveau premier ministre paie, depuis deux semaines, pour des erreurs commises par son prédécesseur. De là à penser que Jean Chrétien a laissé des pelures de bananes derrière lui, il n'y a qu'un pas que je franchis tout de suite.

La première semaine de Paul Martin aux Communes a été marquée par cette invraisemblable histoire de contrats obtenus par Canada Steamship Lines. Le total de 161 millions $, sur plus de 10 ans, n'avait rien d'extraordinaire. Mais l'embarras est venu lorsque le gouvernement précédent - pendant que Paul Martin était occupé ailleurs, a soumis à l'opposition officielle un grand total de 137 000 $. Quel imbécile, du sous-ministre des Travaux publics au greffier du Conseil privé puis au leader du gouvernement a pensé qu'il s'agissait d'une réponse acceptable ?

La deuxième semaine a été marquée par ce qu'on appelle maintenant " le scandale des commandites ". Bien sûr que Paul Martin, comme à peu près tout le monde à Ottawa, savait que cette affaire sentait très mauvais, mais la vérificatrice générale, et surtout le sous-ministre des Travaux publics, assuraient qu'il s'agissait de problèmes administratifs. Et, l'eût-il voulu, comment aurait-il pu intervenir ? Quand une telle arnaque est couverte par le bureau du premier ministre, que reste-t-il à un ministre déchu ? Dénoncer la situation en public ? Accuser ses anciens collègues et les amis de Jean Chrétien de corruption ?

Paul Martin est d'abord un homme d'affaires. La combine imaginée à Ottawa, c'est-à-dire de multiplier les intermédiaires pour permettre au plus grand nombre de s'enrichir, c'est tout simplement impensable pour lui. Imagine-t-on, par exemple, la CSL recourir à un intermédiaire pour transférer des fonds à une de ses filiales, permettant au dit intermédiaire de prélever au passage de 15 à 17 % de commission ? La compagnie se serait servie de sa banque.

Le premier ministre a aussi marqué des points en affirmant que " la fin ne justifie pas les moyens ". La campagne de visibilité du gouvernement fédéral se comprenait. Il aurait été seulement moins hypocrite de dire qu'elle concernait seulement le Québec où, de toutes manières, le gouvernement du Parti québécois recourait aux mêmes pratiques. En laissant croire que le Programme de commandites était un programme " national ", on prenait inévitablement le risque de déplaire aux organisateurs d'événements dans le reste du Canada qui ne bénéficieraient pas des mêmes largesses.

Mais il faut aussi reconnaître que Paul Martin a commis une grave erreur en n'écoutant pas ses fonctionnaires. Ceux-ci avaient conclu, à l'analyse du rapport de la vérificatrice générale, qu'il n'y avait rien de dommageable pour le nouveau gouvernement. Au contraire, elle félicite l'actuel ministre des Finances, Ralph Goodale, d'avoir fait le ménage quand il était au Trésor. Le nouveau premier ministre, suggéraient les fonctionnaires, devait tout simplement encaisser le coup, regretter que cela soit arrivé, et s'en remettre à la Gendarmerie royale pour arrêter les coupables.

Le premier ministre et ses conseillers péchèrent toutefois par excès de confiance. Ne venaient-ils pas de conquérir la direction du parti par une écrasante majorité ? L'erreur fut de vouloir jouer au plus fin avec les oppositions et l'opinion publique. En disant qu'il n'était pas au courant, Paul Martin s'engageait dans une dynamique qui le conduisait à mettre le régime de Jean Chrétien, et son propre parti, sous enquête. Du jamais vu !

La tête du pauvre Alfonso Gagliano, un simple exécutant, et celle de quelques fonctionnaires, dont les principaux sont déjà en retraite ou planqués ailleurs qu'au gouvernement, ne suffiront pas. Ce sont tous les amis du régime, confortablement installés dans des sociétés d'État, qui vont payer maintenant.

Le risque est gros : les amis de Jean Chrétien ont commencé à dénoncer les amis de Paul Martin, le groupe Earnscliffe d'Ottawa en particulier qui, lui aussi, recevait de plantureux contrats du ministre des Finances, quoique par des transactions tout à fait normales. Au Québec, c'est le nouveau lieutenant, Jean Lapierre, qui est dans la mire. Lui aussi frayait en eau trouble, avec des gens que Paul Martin appelait jeudi des " crapules ". En fait, je me demande si la candidature de Dennis Dawson dans la région de Québec n'est pas une précaution que prend l'équipe de Paul Martin : Dawson étant détesté par les amis de Jean Chrétien, il n'a jamais fréquenté tous les personnages impliqués dans le Programme de commandites. Si Jean Lapierre sort trop amoché des révélations faites par les uns et les autres, il restera au moins Dennis Dawson pour prendre la direction des troupes libérales au Québec.

Le ton ferme de Paul Martin, jeudi midi, lui a au moins valu un éditorial flatteur dans le Globe & Mail et un changement de ton dans les reportages. Les militants libéraux le croient volontiers lorsqu'il affirme qu'il " n'était pas dans le secret des dieux en ce qui concerne les affaires du Québec ". Ce faisant, il prend habilement ses distances de l'ère Chrétien. Mais il confirme aussi qu'il y avait quelque chose de pourri chez nous.

C'est tout à fait ce que le reste du pays voulait entendre. Depuis que Pierre Trudeau a traité les Canadiens français de " dégueulasse petit peuple de maîtres chanteurs ", l'idée que la loyauté des Québécois s'achète est profondément ancrée dans la psyché canadienne anglaise. Cette semaine, même la télévision nationale anglaise rappelait, par exemple, l'affaire du contrat d'entretien des F-18 - accordé à Bombardier par le gouvernement Mulroney - que personne n'a encore oublié dans l'Ouest.

En fin de compte, les Canadiens anglais ne demanderont pas mieux que de croire que cette ignoble histoire des commandites ne concernait que le Québec, et relevait d'une façon de faire de la politique propre au Parti libéral de Pierre Trudeau et de Jean Chrétien. Peut-être même que, ce faisant, Paul Martin finira par faire croire que " son " Parti libéral et " son " gouvernement sont vraiment différents de ceux de son prédécesseur.

Quant au Québec, il est toujours le même - " What's new ? " - et il ne faut surtout plus lui faire aucune faveur. Après l'affaire du " F-18 ", les ministres québécois de Brian Mulroney me disaient qu'on ne pouvait plus donner un paquet de cigarettes au Québec sans que cela hurle au Canada anglais. C'est ce qui nous attend encore une fois...



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Le PLC dans de beaux draps

Lysiane Gagnon
La Presse samedi 14 février 2004

Les stratèges de Paul Martin en étaient convaincus: avec un nouveau chef, l'affaire était dans le sac. Miroitaient à l'horizon cinq autres belles années de pouvoir, avec, en face des éternels vainqueurs, une opposition plus impotente que jamais.

Erreur! Les prédictions sont toujours risquées, mais ceux qui se hasarderaient aujourd'hui à prédire un gouvernement libéral minoritaire ne feraient pas rire d'eux.

Le NPD, sous la direction de Jack Layton, chef combatif et télégénique, reprend du poil de la bête. Dans l'Ouest, les Prairies et en Ontario, il pourrait enlever assez de votes aux libéraux pour faire passer le candidat conservateur.

Le nouveau PC, s'il réussit à réconcilier ses ailes allianciste et tory, pourrait faire des gains substantiels. Et au Québec, le Bloc, loin d'être balayé comme certains le prédisaient, va bénéficier non seulement de la puissante machine électorale péquiste, mais aussi de l'insatisfaction envers le gouvernement Charest. (En plus, les Québécois ont toujours aimé la balançoire: bleu à Québec, rouge à Ottawa et vice-versa...).

Mais bien sûr, ce qui nuit le plus au Parti libéral du Canada, c'est... lui-même.

À mesure qu'apparaissent au grand jour les manifestations de corruption et les abus de pouvoir dont le gouvernement fédéral s'est rendu coupable, bien des électeurs vont être tentés de voter pour l'opposition- par simple réflexe de colère, pour donner une leçon à ces libéraux qui se croyaient tout permis.

Paul Martin aura beau s'évertuer à se dissocier des méfaits survenus sous le règne de son prédécesseur, l'esquive ne convaincra personne.

Ce système complexe par lequel les fonds publics transitaient vers les amis du parti sous prétexte d'accroître la visibilité du fédéral au Québec aurait pu fonctionner pendant des années sans que le numéro deux du gouvernement Chrétien, qui était au surplus ministre des Finances et vice-président du Conseil du Trésor, en ait entendu parler?

Des rumeurs faisant état de ces transactions illicites couraient ici et là - et notamment dans les milieux de la publicité, ébruitées par les firmes qui n'avaient pas droit aux largesses du gouvernement Chrétien - et les ministres québécois n'auraient jamais entendu parler de ce qui se passait sous leur nez?

Ils peuvent bien, aujourd'hui, plaider l'ignorance en se réfugiant derrière l'ancien ministre Gagliano, qui sert en l'occurrence de bouc émissaire, personne ne croira que ces manigances auxquelles participaient des fonctionnaires de haut rang, tant au sein du gouvernement que dans des sociétés d'État comme VIA Rail ou la Société du Vieux-Port (et même la GRC, ce qui est bien le comble!) aurait pu se dérouler pendant aussi longtemps à l'insu des élus.

Le pouvoir absolu, dit la maxime, corrompt absolument. Ces scandales, maintenant confirmés par l'analyse serrée de la vérificatrice générale, le montrent bien. Les libéraux, au pouvoir pendant l'essentiel des 50 dernières années, en sont venus à croire que le gouvernement, tout comme les fonds publics, leur appartenaient.

Seule la constitution d'une opposition forte, à droite et à gauche, pourra venir à bout de cette situation délétère, car il est assez évident que le mal est profond et que seule la menace d'une défaite électorale - la punition suprême pour tout parti politique - pourra l'éradiquer.

Parallèlement au scandale des commandites, deux affaires impliquant directement Jean Chrétien donnent haut-le-coeur.

Contournant grossièrement les procédures, l'ancien premier ministre, ennuyé par une décompression mineure subie lors d'un vol dans le " jet " gouvernemental, a fait commander en catastrophe deux Challenger tout neufs de Bombardier (coût: 100 millions), au mépris des recommandations des spécialistes qui jugeaient la flotte existante parfaitement sûre.

Comparons la pointilleuse prudence de M. Chrétien lorsqu'il s'agissait de son usage personnel à son indifférence lorsqu'il s'agissait du transport des jeunes hommes et des jeunes femmes des Forces armées, qui accomplissent leurs missions dans des hélicoptères désuets et dangereux... mais que le gouvernement Chrétien a refusé pendant des années de remplacer même s'il savait que ces appareils mettaient en danger la vie des soldats.

L'autre affaire, vertement condamnée par le juge André Denis de la Cour supérieure, est la vendetta " féroce et méchante " dont a été victime François Beaudoin, l'ancien président de la Banque de développement, aux mains de deux collaborateurs de M. Chrétien, Michel Vennat et Jean Carle.

Le crime de M. Beaudoin? Il avait résisté aux pressions du premier ministre, quand celui-ci voulait subventionner l'Auberge Grand-Mère - une auberge en faillite dans laquelle M. Chrétien lui-même avait des intérêts. Comme dans les pires dictatures, l'État vengeur s'est abattu sur le fonctionnaire récalcitrant. On a tout fait pour le ruiner et détruire sa réputation à partir d'accusations fallacieuses.

Heureusement que malgré notre régime de parti unique, il y a encore au Canada des tribunaux indépendants du pouvoir politique.



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Chrétien élude la question des commandites

PC
mardi 17 février 2004

Ottawa -- Jean Chrétien a éludé hier toutes les questions de la presse portant sur le scandale du programme des commandites. À coup de plaisanteries et de haussements d'épaules, l'ex-premier ministre a donné un aperçu de la façon dont il aurait traité la crise qui secoue le Parti libéral.

«Nous devrions aller faire du ski aujourd'hui, ça vaudrait mieux», a-t-il lancé à la horde de journalistes qui le pourchassaient de son cabinet d'avocats jusqu'au véhicule qui l'attendait.

Quand ils lui ont demandé ce qu'il pensait de la façon dont son successeur Paul Martin réagissait à toute l'affaire, il a badiné : «Je ne pense plus. Pendant 40 ans, j'ai répondu à toutes vos questions. Maintenant je ne suis plus le gouvernement. Maintenant si vous avez des questions, demandez au gouvernement.»

À la différence de M. Chrétien, l'actuel premier ministre est plus que prêt à discuter avec sérieux du scandale. M. Martin avait promis d'être un politicien très différent de son prédécesseur. C'est effectivement le cas dans la crise actuelle, alors qu'il traite de l'affaire avec gravité dans ses entrevues à la télévision, sur les tribunes téléphoniques et dans une série de conférences de presse.

Les libéraux du camp Chrétien n'en reviennent pas. Plusieurs membres de la vieille garde n'ont que mépris pour une approche qui, confient-ils en privé, exacerbe le scandale et menace la survie du gouvernement lors des prochaines élections fédérales.

«C'était un incendie nécessitant trois alertes, qu'ils ont transformé en un incendie de cinq alertes. Au cours des prochaines décennies, les politologues vont étudier cela pour analyser les erreurs commises», a lancé l'un d'eux, sur le ton de la dérision.

Un autre fidèle de M. Chrétien a laissé entendre que la réaction hyperactive de M. Martin était aussi dommageable que le fait de se débattre furieusement dans des sables mouvants. «Une des règles de base de la gestion de crise est de ne pas paniquer, et de ne pas avoir l'air de paniquer», a affirmé ce stratège.



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We're not laughing

National Post Tuesday, February 17, 2004

In his decade as prime minister, Jean Chretien's modus operandi was to shrug off his problems with a wisecrack or glib joke. On some occasions, it was endearing; on many others ("For me, pepper, I put it on my plate."), less so. But never was it more offensive than his reaction yesterday to the federal sponsorship scandal.

Confronted by reporters for the first time since last Tuesday's bombshell report by Auditor-General Sheila Fraser, Mr. Chretien appeared to have no idea of just how seriously the sponsorship debacle reflects on his legacy. "We should be skiing today, it would be better," he said when asked for comment concerning the A-G's findings that $100-million of the $250-million sponsorship program fund went to Liberal-friendly Quebec ad agencies. Asked how he thought his successor, Paul Martin, was handling the situation, he quipped that "I don't think anymore." And in an effort to get the reporters off his back, he told them: "For 40 years I replied to all your questions. Now, I'm no more the government.... Now if you have questions, ask the government." It's nice to see that $100-million of misspent public funds and allegations of serious corruption are so amusing to our former PM.

But ducking responsibility should not be an option for Mr. Chretien. It was under his watch that the sponsorship program ran so horribly amok, and it was his loyalist, Alfonso Gagliano, who directly oversaw it. That means it's incumbent upon Mr. Chretien -- just like Mr. Martin, Mr. Gagliano and everyone else -- to tell us what he knows about this whole sordid affair. Eventually, he may not have much choice in the matter if called to testify before Justice John Gomery's judicial inquiry. But long before then, the former PM should show that he finally gets it.

Canadians are rightfully furious at $100-million in wasted cash, Mr. Chretien. Laughing off their questions is nothing less than a gross insult to the country you led.



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Blatant, egregious, arrogant

JIM TRAVERS
Toronto Star Feb. 11, 2004

Ottawa—A single thread of many strands is woven into the scandals that now shroud the federal government. It spins from the corruption of the Quebec contracting horrors, winds around the suspicious purchase of Challenger jets and flows through Shawinigan, former prime minister Jean Chrétien's home town, to ultimately coil around the Liberals' neck.

Follow it and reach the inescapable conclusion that in this capital the line that must separate public policy from partisan politics has not just been crossed, it has been obliterated. Here cabinet ministers, mandarins, appointed officials and crown corporations collude to mislead Parliament and to fritter away taxpayers' money on foolish projects with no visible connection to national interest.

That scathing indictment is boldly written in Auditor-General Sheila Fraser's startling review of irresponsible Chrétien government schemes.

Those schemes threw $250 million at fighting Quebec separatism and spent $100 million on VIP jets, without a strategy, due deliberation or rudimentary financial controls.

And it is in a Quebec judge's Friday findings that the fired president of the Business Development Bank was victimized by a vendetta after resisting Chrétien's lobbying on a high-risk $615,000 loan to the Auberge Grand-Mère, a failing hotel abutting a golf course the former prime minister once owned.

In all cases the common denominators are obvious and troubling. Each provides compelling evidence of abuse of power, the politicization of senior civil servants and relationships between the government and crown corporations that are sweetly cosy, not coldly arms-length.

As Fraser makes clear, those failures are shocking and they matter beyond the damage done to Liberals, or to Chrétien's reputation.

They are shocking because they are so blatant, egregious and arrogant.

They matter because they undermine the essential public trust in government and because they raise questions no auditor can fully answer about financial prudence and the plundering of the public purse for partisan advantage.

To her credit, Fraser made certain those questions must now be answered.

While she didn't name names or fill in some gaping blanks, she drew dotted lines connecting events to public figures and public figures to consequences.

Minutes after the auditor-general spoke to reporters, Alfonso Gagliano, the minister who ran the now aborted Quebec sponsorship program and until yesterday Canada's controversial ambassador to Denmark, was summarily fired.

Minutes after that, Prime Minister Paul Martin announced a series of measures — a public inquiry, appointment of a special counsel to recover funds and whistleblower protection for bureaucrats — intended to deflect attention away from the Fraser report and toward the government response.

It was an effective, calculated move and only a start.

This case can't be closed until much, much more is known. Taxpayers and, yes, voters, need to know what happened to the money, who was in the information loop that arced through the Prime Minister's Office and how five supposedly independent crown corporations were so easily turned to political purposes.

They also need to be assured that the intricate contracting scheme was not designed to systematically overpay for government contracts in the expectation that services would be provided later, at low or no cost, to the Liberal party.

That would neatly sidestep financial controls imposed by the Federal Elections Act and cast a very long, very dark shadow over recent campaigns.

Not even that will be enough.

Fraser's great service to the country is that she is exposing something that burrows deeper than the misguided acts of a few politicians, civil servants and crown corporation heads.

It is not just that financial checks failed to stop the abuses Fraser accurately labelled outrageous, it is that the capital's culture has been found sadly wanting.

What that culture tolerated is simply astonishing.

It did nothing to stop a contract scam that screamed fraud; to block the clearly flawed purchase of jets; to protect the independence of federal corporations or to raise flags, as Fraser did yesterday, when public money was spent on political polling.

At that culture's core is a broken bargain between the bureaucracy, politicians and, finally, citizens who pay both their salaries.

That bargain, one that sustains parliamentary democracies, ensures that civil servants are protected when they advise their political masters on sound public policy and that ministers are responsible for decisions, good or bad.

Fraser's high-profile examples demonstrate how urgently Ottawa needs to revisit that relationship. In each case, ministers and mandarins worked hand in glove to hide programs and advance decisions that, at best, wasted public money.

Restoring that culture, restoring public confidence in government will take more than firing an ambassador who should never have been appointed or ordering another in the lengthening list of inquiries. It will take a concentrated effort first to rethink how the federal government operates and then to make those operations far more transparent, far more accountable.

Normally that process would begin with the thorough house cleaning that comes with a change of government. Now opinion polls and the absence of a credible, electable opposition suggests the country will have to make do with the promises of a new iteration of those same old Liberals who now stand in the auditor-general's carefully constructed prisoners dock.

Martin is hoping that those promises to turn over a new leaf will push the issue off the agenda until spring when he is expected to seek his first mandate and the Liberals' fourth. Instead of hope and promises, the country would be better served by interim actions that immediately remove from positions of authority those whose sins of commission or omission created the thread running through these scandals.

Faced with that option yesterday, the Prime Minister faltered. Inevitably, that will tighten the thread of scandal around this government's neck.



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Your money, their friends

SUSAN DELACOURT, LES WHITTINGTON AND TONDA MACCHARLES
Toronto Star Feb. 11, 2004

Martin moves: Inquiry ordered, Gagliano fired
RCMP probing 13 sponsorship program cases


OTTAWA - Prime Minister Paul Martin's government is in full disaster-recovery mode after Auditor-General Sheila Fraser blew the lid off "outrageous" and possibly criminal abuse of hundreds of millions of government dollars funnelled to friends of the federal Liberals.

Public Works Minister Stephen Owen told the Star yesterday that 13 separate cases involving payments to advertising agencies through the government's sponsorship program have been referred to the RCMP for criminal investigation in light of Fraser's findings, and more could be on the way.

That would greatly widen the RCMP net in a probe that so far has focused on one Quebec ad firm, Communication Coffin, and produced 18 fraud charges against a former executive.

Martin yesterday announced a judicial inquiry into the scandal.

Fraser, whose auditors spent 18 months examining the more than $1 billion in advertising and sponsorship programs as well as other government operations, expressed shock over the way government officials handed out contracts to Liberal-friendly firms without regard to the rules and shifted millions of dollars around in questionable transactions.

"This is just such a blatant misuse of public funds. It is shocking ... Words escape me," Fraser told a news conference.

The report put a question mark over $100 million of the $250 million spent on the sponsorship program following the 1995 Quebec referendum.

In the report, Fraser says she was unable to determine what value the government received for large sums of cash.

Equally surprising was the extent to which VIA Rail and Canada Post — two crown corporations that are supposed to operate at arm's length from government — were part of the chain of abuses.

"This is so outrageous, what happened here, I don't know how anybody can take this lightly," the no-nonsense auditor said at the news conference.

Fraser said she got "mad all over again" reading her report and called the transfer of money to some agencies that did little or no work "scandalous."

The stunning report set Parliament Hill reeling and had Martin and his ministers rushing to join Fraser in her condemnations of abuses that took place during Jean Chrétien's years as prime minister.

Much of the damage was committed, Fraser was told during her investigation, in the name of boosting federalism after Ottawa's near defeat in the 1995 Quebec sovereignty referendum.

"It is clear that there has been serious financial mismanagement and a serious breach of public trust," Martin said as he launched the judicial inquiry and a series of steps intended to catch abuses of this type long before they balloon into million-dollar mismanagement. "This is unacceptable. It is intolerable, and we are taking decisive action."

Alfonso Gagliano, the former cabinet minister who oversaw the sponsorship program for years, was the first and highest-profile casualty of Fraser's report, with the government issuing a terse news release announcing he had been "withdrawn" as Canada's ambassador to Denmark, a post he held since January, 2002.

Owen also left the door open for more heads to roll too, notably at VIA Rail and Canada Post, which are now headed up by loyal Liberals and former members of Chrétien's most inner circle. Jean Pelletier, former chief of staff to Chrétien, has headed VIA Rail since 2001, while André Ouellet, a veteran former Quebec lieutenant in Chrétien's cabinet, heads Canada Post.

Chrétien is travelling in China this week and efforts to reach him yesterday were unsuccessful. He will be back in Canada on Friday. Pelletier and Ouellet were similarly unavailable, although VIA Rail issued a statement yesterday indicating that Pelletier had already instituted tighter contract procedures at the crown corporation.

The new cabinet chief in charge of Quebec, Health Minister Pierre Pettigrew, said yesterday that he was sure Chrétien would welcome any efforts to clear the air of this scandal.

Meanwhile, Gagliano's former chief of staff, Pierre Tremblay, was reportedly relieved of his civil-service post yesterday at the Canadian Food Inspection Agency and Owen said a half-dozen other bureaucrats have been slapped with disciplinary action in the past few weeks.

Government insiders said that serious consideration has been given to Pelletier and Ouellet's fate, but the evidence against them in Fraser's report is "more illustrative than comprehensive."

While refusing to say whether Chrétien bore responsibility for the fiasco, the auditor-general said Canadians should demand an inquiry that would review the affair "in greater depth" than her probe. Respect for the rules governing the use of taxpayers' money needs to be reinforced "at all levels of government," she added.

Martin, stone-faced, gripping the sides of a podium set up in the Commons foyer, responded within minutes of the report's release with a multi-pronged strategy meant to get to the bottom of the potential corruption and curb the political damage arising from Fraser's report.

Though the auditor-general was able to track where government money went, her mandate did not extend to finding out why certain firms benefited from the largesse and what happened to the money after it landed in the hands of the contractors.

Persistent allegations revolve around the possibility that the Quebec ad firms were getting payoffs for doing election work for cash-strapped Liberals in the province in the 1997 campaign.

Opposition MPs accused Martin, who was finance minister from 1993 to 2002, of turning a blind eye to the problems in the public works department during those years.

"One week into this prime minister's tenure and we have a scandal unheard of in Canadian history. That is the legacy of this man," interim Conservative leader Grant Hill said in the Commons. "The Prime Minister knew about the scandal and yet he said nothing and he did nothing. Why did he choose to be silent instead of speaking up?"

"This was not a government operation," New Democrat MP Bill Blaikie (Winnipeg-Transcona) said of the sponsorship program. "This was a Liberal party operation."

"I didn't know anything about it," Martin told the Commons. "I have no idea what was going on here. I do believe that the main purpose of the commission of inquiry and in fact the public accounts committee is to find the answers to all the questions that Canadians, very legitimately, want to have answers to."

The new prime minister, who was never on particularly good terms with Chrétien, is gambling that the public will distinguish between the old Liberal regime and the new one, and that this government can withstand the scrutiny of a public inquiry even in an election year.

PMO insiders said yesterday it was a choice between an inquiry or looking like Martin wanted to duck this report, and so it was really no choice at all.

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`We have seen a money laundering system that would make Saddam Hussein proud.'
Conservative MP John Williams
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"Canadians deserve better and we will deal with the findings of the auditor-general's report in all of its facets and we will do so immediately and we will do so thoroughly," Martin said.

The response includes the following measures:

Justice John H. Gomery of the Quebec Superior Court agreed to head up a commission of public inquiry into the sponsorship and advertising programs. The inquiry will be up and running soon, and government ministers said yesterday that it could run throughout an election campaign if necessary. (Martin has been widely expected to call an election in April for May 10, but there was speculation yesterday that this report could make a fall campaign more likely.)

"Canadians will not tolerate excuses when they deserve answers," Owen said.

"I can't tell you how saddened I am by what I've seen," said Treasury Board President Reg Alcock.

It was too early for Gomery to speak publicly about his role, which was only arranged yesterday, an assistant said.

A review of the auditor-general's report was launched by the House of Commons public accounts committee, with Fraser leading off as the first witness tomorrow.

The public accounts committee is the one Commons group headed by the opposition, in this case, Conservative MP John Williams (St. Albert), who said the auditor's findings resulted in nothing less than exposure of money laundering.

"We have seen a money laundering system that would make Saddam Hussein proud," Williams said.

"This government has a lot to answer for. Unless we see these questions answered and unless we understand what has gone on and how heads will roll, democracy is under attack in this country."

André Gauthier, a senior Quebec lawyer, was appointed special counsel for financial recovery with a mandate to recover federal funds that were improperly received through the programs examined by Fraser.

He told the Star he would work in parallel with Gomery's inquiry.

The government announced a range of corrective measures such as the introduction of legislation to protect "whistleblowers," toughening of auditing at crown corporations and possible tighter rules governing federal bureaucrats and public office holders.

The sponsorship program was set up in 1997 under then-public works minister Gagliano to obtain greater prominence for the Canadian logo at cultural and community events — especially in Quebec — in exchange for federal financial support for the projects.

In 2002, Fraser decided to do a wider audit after her office found "appalling practices" in the handling of $1.6 million worth of projects by Groupaction Marketing Inc. of Montreal.

Yesterday, the auditor-general zeroed in on the huge fees and commissions collected by advertising and communications companies who funnelled the sponsorship money from the public works department to the groups hosting the events.

Out of the $250 million spent in the program over five years, more than $100 million went to the communications companies in the form of commissions.

"Rules were broken or ignored at every stage of the process for more than four years and there was little evidence of value received for the money spent," Fraser said.

Fraser examined funds paid to produce a 1998-2000 television series on hockey great Maurice Richard.

Fraser concluded the transaction was meant to pay for a "highly irregular and questionable expenditure" by VIA Rail and "also to facilitate the payment of a commission to the communications agency" — Lafleur Communication — involved in the transaction.

However, VIA issued a statement yesterday saying the company paid "no commission to anyone" in relation to the transaction described by Fraser.

"Recognizing, however, that transactions were sometimes marked by a certain lack of rigour, the chairman of the board, Jean Pelletier, has indicated that procedures for contract monitoring and control have been significantly tightened since then," VIA said.

Fraser's probe also stretched into Canada Post's activities. The report assessed the public works department's decision in 1998 to transfer $521,739 to Canada Post to participate in a stamp competition with over 30 other countries.

Two communications agencies with whom public works had contracts — Lafleur and I.D.A. Vision — received $78,261 (15 per cent) in commission fees between them "simply for transferring the money," the report said.

Then Canada Post paid Lafleur $516,000 for work done on the project, Fraser said, adding the auditors were baffled why the public works department would pay for a Canada Post project, especially "when Canada Post paid Lafleur most of the funds that it had received through Lafleur in the first place."

But Canada Post spokesperson John Caines defended the stamp project, saying that Lafleur helped raise money for a very successful national program.

"Fifty-seven thousand children across the country participated in that program, and without that money, it wouldn't have happened."

The only problem was that there was no signed contract with Lafleur but "that's not how we do business today," Caines said.

Also questioned was more than $3 million in contributions from the public works department to the RCMP in support of the Mounties' 125th anniversary celebrations.

Three communications agencies received $244,380 in commissions for transferring the funds from the government to the police.

Fraser wondered why the public works department had not transferred the money directly to the RCMP and saved the commission costs.



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Martin's openness a welcome change

EDITORIAL
Toronto Star Feb. 17, 2004

When he was sworn in as Prime Minister slightly over two months ago, Paul Martin pledged a new era of openness and transparency in government. He rightly sensed Canadians were fed up with secrecy that historically has surrounded how decisions are made and carried out in Ottawa.

Martin didn't have to wait long for a chance to try to prove his theory. In the week since Auditor-General Sheila Fraser's report on the $250 million federal sponsorship scandal, Martin has promised every day to get to the bottom of the scheme that funnelled $100 million in taxpayers' money to friends of the Liberal party during Jean Chrétien's era.

Now, some pundits complain that Martin is making a terrible political mistake by speaking so openly about the scandal. They claim he is pouring fuel on a fire that is raging out of control, doing untold damage to the Liberals, who are falling in the polls. The "experts" say Martin should have used traditional strategy and downplayed the crisis as much as possible, stonewalled it in the hope that it goes away.

But Martin is doing the morally and ethically right thing.

By talking openly about the mess, Martin is gambling that his style of openness is the correct one. He is making it clear that his is not the old way of doing things. He has met the mounting wave of public wrath head-on. He has ordered a judicial inquiry into the sponsorship boondoggle, launched a Commons committee probe and hired legal counsel to try to retrieve the squandered money.

The contrast between Martin's openness and Chrétien's secrecy is remarkable. Yesterday, the former prime minister declined comment on the whole appalling affair, shrugging it off with a wisecrack. "We should be skiing today, it would be better," he said yesterday outside his office.

Clearly, Canadians are outraged by the misspent money. Martin heard that anger directly during a weekend phone-in show on CBC. A disillusioned public is understandably keen for the truth to come out.

But while Martin is dealing with the scandal, he must also continue to explain his overall agenda, about his goals and aspirations for the country. The throne speech, with promises of action on many social programs, is a good start. Canadians need to hear more because decisions made during the next four years will shape this nation for decades to come.

That's why it's imperative for Martin to call an early election, possibly in May or June. Many observers want Martin to postpone the election until the inquiries into the scandal are concluded. That could take a year, and still there might not be a satisfactory answer to who knew what and when.

Canadians cannot wait that long. They are entitled to elect a government with a new agenda and a new mandate - as soon as possible.

For Martin, however, his new era of openness should be a plus when he announces the official start of what is shaping up as a very tight election.



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Scandal raises disturbing questions

EDITORIAL
Toronto Star Feb. 17, 2004

Prime Minister Paul Martin promises us that political "heads will roll" in the Quebec sponsorship scandal.

They'd better.

When questioned about his determination, he challenges us like Pierre Trudeau to "just watch me."

He can rest assured we will.

But especially now that he and his aides have admitted the wider, more political nature of the problem by talking about government culture as well as guilty bureaucrats, Martin's sweeping response to Auditor-General Sheila Fraser's report mustn't stop when questions are answered about the $250 million program.

He must turn his attention to the broader issue of ethics and accountability in government. Naturally, he wishes to stitch the tattered Liberal reputation back together but he must not forget the higher goal of reassuring Canadians that their federal government remains worthy of their trust.

In her scathing review of spending by the Communications Co-ordination Services Branch of the public works department, Fraser tells us that contracts totalling $100 million went to a handful of Quebec communications consultants. Invoices were falsified and elaborate schemes devised to hide the payments.

Fraser implicates the RCMP, VIA Rail, the Business Development Bank of Canada, the Old Port of Montreal and Canada Post in the irregular, tainted dealings, raising disturbing questions about how far the corruption has spread. If she's right, the honour of bodies such as the national police force must be restored.

The sponsorship scandal has raised disturbing questions. Where did the money go? Was it used, as the government claims, to promote federalism in Quebec by sponsoring cultural, sports and other public events? Or was it a payback to the agencies to compensate them for "free" work they had done for the Liberal party? Did some of the taxpayers' money find its way to the Liberal party through kickbacks?

To his credit, Martin has introduced whistleblower legislation to protect civil servants who expose financial abuses or unethical practices. Further, he has promised to establish an independent ethics commissioner.

But internal accounting and review practices must also be tightened and all civil servants who violate them must be held accountable for their actions if Martin intends to restore Canadians' faith in government.

This is an edited excerpt from an editorial published in the Edmonton Journal.



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'I did my job with honesty, integrity'

SANDRO CONTENTA
Toronto Star Feb. 13, 2004

COPENHAGEN - The embattled former minister at the centre of the Liberal government's sponsorship scandal, Alfonso Gagliano, says he has no regrets about his role in the affair and insists he did his job "with integrity and honesty."

"I did my work honestly, and I acted honestly as a minister," Gagliano said in an interview yesterday.

Gagliano, fired as Canada's ambassador to Denmark as the federal auditor-general released a report on the scandal Tuesday, suggested he had no knowledge of the questionable use of $100 million from a sponsorship program he oversaw while minister of public works.

"I have nothing to regret. I did my job as a minister with integrity and honesty," he said.

The Star caught up with Gagliano in the tiny lobby of a rose-stone building that houses the Canadian Embassy, near the bustling Ostergade pedestrian walkway in central Copenhagen.

Speaking in Italian, Gagliano, 62, initially refused to comment. He looked tired, and said he was spending his time going through the bureaucratic and diplomatic process of ending his posting. He would likely return to Canada, he added, at the end of the month.

When Gagliano finally agreed to make brief comments yesterday, he switched to English.

He said he was looking forward to testifying about the scandal before the public accounts committee of Parliament, and the judicial inquiry called by Prime Minister Paul Martin.

Martin has said cabinet was unaware at the time of a "very sophisticated cover-up" by federal bureaucrats involved in the program.

Martin was finance minister when the sponsorship program was handing out money.

Martin has called a judicial inquiry.

Gagliano seemed to back Martin's claim that a "small group" of federal bureaucrats in the ministry are to blame for the questionable funnelling of contracts to Liberal-friendly advertising firms in Quebec.

"A minister doesn't manage on a daily basis the department," Gagliano said. "A minister establishes the policy and then the management is done by those people in charge, which are the civil servants. I think they can answer those questions and not me."

Why, then, did Martin immediately fire him as ambassador?

"That you have to ask the Prime Minister," Gagliano said, making clear he didn't approve of the decision.

As chief organizer in Quebec for years, and a long-time Montreal MP, Gagliano was one of the Liberal party's main powerbrokers in the province.

He makes clear he's got plenty to say about the scandal, but insists it will have to wait.

"I don't want to comment on the audit. I met the auditor-general and I answered her questions, and I'll leave it at that. And I'll tell my side of the story once I get to Canada," he said.

"There will be ample opportunity at the public accounts committee and the judicial inquiry to make that clear."

Gagliano was appointed ambassador to Denmark in 2002 by former prime minister Jean Chrétien, after being demoted from cabinet following allegations of patronage.

From 1997 to 2001, Gagliano was responsible for a $250 million sponsorship program, intended to boost federalism in Quebec after separatists came within a hair of winning the 1995 referendum.

On Tuesday, Auditor-General Sheila Fraser reported that Public Works Canada gave $100 million to a handful of advertising firms under the sponsorship program, and got little or nothing back for its money.

There are also reports of questionable invoices apparently being submitted.

At least 14 public works officials have been disciplined so far, and the RCMP is investigating 16 sponsorship contracts.



»» commandites

No hiding place for ministers

TONDA MACCHARLES
Toronto Star Feb. 17, 2004

Ministers can't claim secrecy at inquiry, PM says
Raises stakes in bid to shake off sponsorship affair


MONTREAL - In an unprecedented move, Prime Minister Paul Martin said yesterday no cabinet minister called to testify before a public inquiry into the sponsorship affair would be allowed to hide behind the tradition of cabinet secrecy.

"I think that every minister when called to testify should tell all," he said in Quebec city.

"We have to be open. We have absolutely nothing to hide. Those who have nothing to hide — the proof is in the capacity really to put everything on the table."

However, it's not clear if former cabinet ministers would be able to protect cabinet discussions and memos.

Martin was raising the stakes in his campaign to show he will get to the bottom of the scandal that has shaken the Liberal government. On the second day of a whirlwind tour characterized by Martin's declarations that he is "angry," "upset," "furious," "mad as hell," "sick" and "disgusted" over the affair, Martin did a public blitz through Quebec city and Montreal.

In Ottawa, former prime minister Jean Chrétien refused to say if he'd appear before the inquiry if called. Nor did he answer questions on the scandal.

"Ask the government," he said.

Meanwhile, a new Ipsos-Reid poll shows Liberal support has slipped to 35 per cent, down four points since Thursday.

Throughout the day, Martin stressed "what's important is that we're cleaning house."

He maintained his ignorance on why $100 million in commission fees was paid to Liberal-friendly ad firms in his home province of Quebec. "I don't know where this money went. ... If it's humanly possible to get it back, we're going to."

Martin insisted "the Liberal party is not corrupt," yet admitted he does not really know how implicated the federal party's Quebec wing may be in the sponsorship affair.

"I don't know at this time," he said. "There's no doubt that it is a government problem. I think that we'll find out as the study unfolds whether, the degree to which it's a party problem."

He was forced to defend Quebec politics as "very clean" after one of his own junior ministers, Joe Comuzzi of Ontario, reportedly characterized the scandal as typical of the way politics are played in Quebec.

"The issue of sponsorships is not typically Quebec," Martin said. "These kinds of problems" arose under the provincial Conservative government of Grant Devine in Saskatchewan, and under the provincial NDP in British Columbia, Martin said.

But it was clear that after facing a tide of anger from ordinary Canadians during a CBC call-in show Sunday night, Martin felt the need to acknowledge the issue is a factor in the timing of an election call, although not, he said, the deciding one.

"There's no doubt that Canadians are entitled certainly to more information than we currently have," said Martin.

"But there is a balance that has to be drawn here between that" right to information, and his government's obligation to ask voters for a mandate for his "very, very ambitious agenda."

When a reporter then asked whether Canadians would be asked to vote for a party that "could be corrupt," Martin became defensive.

"The Liberal party is not corrupt. Every single Liberal right across this country wants to find the answers to this. Every single Liberal across the country is sick about this ... and they want those who did it to be punished, and they will be."

In the Commons, the Conservative opposition assailed Martin over what it called a pre-election damage-control tour.

"The Prime Minister himself said a few Quebec ministers may have known more about the real dealings behind the scandal than he did," said MP Jason Kenney (Calgary Southeast).

"Who were they? Do they still sit in the cabinet? ... Why will these ministers not stand up and tell us what they knew and when they knew it?"

Deputy Prime Minister Anne McLellan called the questions "partisan mudslinging."

In Montreal, Martin told reporters he is "anxious" to testify himself before the inquiry.

Asked if he had questioned his own ministers about any potential involvement, he said all ministers were questioned about any actions that could prove embarrassing to the government before they were appointed, and all passed.

Pressed if he'd spoken to them since federal Auditor-General Sheila Fraser tabled her damning report on the federal sponsorship program, Martin said: "Every single one of our cabinet ministers has gone through a very, very extensive questioning and I am very satisfied on the basis of that questioning."

Although Martin refused to be more specific, sources told the Star that at last Thursday's cabinet meeting, Martin himself grilled all his ministers on what they knew and when.

While it is not outright illegal under the Security of Information Act to reveal cabinet secrets, such information is usually considered classified and exempt from disclosure laws.



»» programme de commandites

Handling the hottest potato

MARTIN GOLDFARB
G&M Tuesday, February 17, 2004

Martin must delay an election until voters are satisfied they know the truth, says MARTIN GOLDFARB

To win public confidence you need to pass the most important of all tests when it comes to integrity -- that is the smell test; the test of transparency.

In my mind, some answers to the accusations of wrongdoing contained in last week's Auditor-General's report must be forthcoming if the new Liberal government is to turn this mess around. Prime Minister Paul Martin must convince Canadians that his government is to be trusted and is beyond any suspicion. He must continue to be seen to be doing everything he can to relieve public outrage. This means that any decision to hold an election should not be made until voters can be given some answers.

Prime Minister Martin built his reputation over many years as an honest and focused politician. He earned the public trust through his handling of the finance-minister portfolio. It is this fiscal responsibility that he should pursue in government, because it is the core of the reputation that brought him to the prime ministerial job. Demonstrating that his fiscal talent and commitment drives the government's decision-making is what will keep him in that job. He must succeed in managing the reputation of this government and convincing Canadians that the finances of the country are in good hands.

This issue is what, I sense, will be the ultimate criteria of why Canadians vote for or against Mr. Martin.

Jean Chrétien prorogued the House of Commons before the Auditor-General's report was due so that he would not have to deal with the sponsorship issue. While this is not how the new Liberal government wanted to begin its mandate, it now has to deal with the report. It cannot be consigned to the past even though this is a government of change, and in some respects a renaissance; this new Liberal government has its roots in the previous government.

As a result, the Liberals cannot simply try to bury the sponsorship scandal. The Prime Minister must be front and centre on this issue, pursue all involved aggressively -- there can be no sacred cows here -- and he should continue to do so until he convinces Canadians to have confidence in the integrity of his government. He must be tough where he has to be, and if that means firing old colleagues, so be it, even as he avoids interfering with the judicial inquiry. If people commit crimes or misdeeds by abusing taxpayers' money, they must suffer the consequences.

The Prime Minister's Office must rally and function as a team to support the Prime Minister. The PMO has to assume administrative processes that deal with issues proactively and independent of the Prime Minister. He cannot deal with every conflict.

The PMO has to anticipate where public opinion is going and in so doing deal with it. It needs to set up a process that deflects focus from the Prime Minister. Jean Lapierre is doing this in Quebec: Who is doing it in English Canada? There needs to be a government spokesman on this issue in the East, the West and Ontario.

So far they appear to have dealt with crisis by hoping that sleeping dogs will lie -- which of course they will not. Certainly they could have anticipated this scandal and been ready with an aggressive strategy. Now they have to regain public confidence and demonstrate that they and the Prime Minister can run the country at all times effectively, efficiently, honestly and with integrity.

The next election will be fought over the issue of integrity. Certainly the country has other issues -- such as health care and urban renewal -- to deal with, but in a democracy where government corruption is common street talk, every other issue is second.

Because integrity must become the government's first priority, the Prime Minister should consider delaying the election until some answers are forthcoming. Paul Martin must also remain out front on this issue, and continue the fiscal policies from which he derives his brilliant reputation.

Martin Goldfarb, a former Liberal Party pollster, is chair of Goldfarb Corp.



»» mode de scrutin

L'UFP rencontre le ministre Jacques Dupuis :
« Une proportionnelle à rabais serait perçue comme une réforme cosmétique du mode de scrutin »

Union des forces progressistes
17 février 2004

Montréal, le 16 février 2004 - Une délégation de l'Union des forces progressistes (UFP) a rencontré aujourd'hui le ministre Dupuis dans le cadre de la consultation que mène ce dernier en vue de la présentation, ce printemps, d'un projet de loi destiné à modifier le mode de scrutin majoritaire actuel afin « d'assurer une meilleure représentation de la volonté des électeurs en y introduisant des modalités de représentation proportionnelle », selon l'engagement pris par le Parti libéral avant les élections et confirmé par le gouvernement lors du discours inaugural de la session en juin dernier.

Lors de cette rencontre, la secrétaire générale de l'UFP, Monique Moisan, a invité le gouvernement à éviter la tentation « d'une réforme mitigée du mode de scrutin, car elle serait perçue comme une simple réforme cosmétique ». Selon Monique Moisan, « une proportionnelle à rabais continuerait, en pratique, à restreindre l'accès à l'Assemblée nationale aux trois seuls partis qui y sont actuellement représentés ». La délégation de l'UFP, outre Monique Moisan, comprenait aussi le responsable de la commission politique Amir Khadir, et Paul Cliche responsable du dossier de la réforme au sein de la formation politique de gauche.

Le gouvernement entend faire adopter la réforme par l'Assemblée nationale d'ici la fin de 2004. L'UFP a insisté pour qu'elle s'applique dès les prochaines élections prévues en 2007; sinon son instauration serait retardée jusqu'en 2011 ce qui risque de la reporter à nouveau aux calendes grecques. Le ministre Dupuis a refusé de s'engager à ce sujet prétextant qu'il est difficile d'implanter la réforme à temps pour les prochaines élections. Paul Cliche a rappelé au ministre que M. Pierre F. Côté, directeur général des élections du Québec pendant 19 ans et considéré comme le meilleur expert en cette matière, soutient que cette opération pourrait ne prendre que 18 mois pour peu qu'il existe une volonté politique du côté gouvernemental.

Paul Cliche a précisé : « bien que le système mixte compensateur envisagé par le ministre Dupuis n'était pas le premier choix de notre parti, nous pourrions l'accepter en autant qu'on l'applique dans son intégrité, sans l'édulcorer au point de dénaturer l'objectif poursuivi par la réforme ». Il a précisé que « ce système devrait en conséquence permettre une correction la plus complète possible des distorsions causées par le scrutin majoritaire afin que la représentation parlementaire respecte le plus possible la volonté populaire exprimée par les électeurs, que tous les partis soient représentés équitablement, que chaque vote compte et que la parité hommes-femmes soit favorisée ».

« Seule la présence d'un nombre égal de députés élus au scrutin majoritaire dans les circonscriptions et de députés élus au scrutin proportionnel peut permettre d'atteindre pleinement ces objectifs avec l'aide du principe de compensation », a expliqué M. Cliche. Dans ce but, le ratio des deux types de sièges doit être de 50-50 comme en Allemagne. Or, si dans le projet du ministre Dupuis, la proportion prévue de sièges proportionnels s'écarte trop de ce ratio de 50-50, un tel genre de correction compensatoire pourrait s'avérer très difficile.

Des modalités qui atténuerait la proportionnalité du système

Deux autres modalités ont déjà été évoquées qui risquent d'affaiblir substantiellement, sinon de dénaturer la proportionnalité inhérente à tout modèle de réforme. L'UFP a insisté auprès du ministre Dupuis pour que la réforme évite ces écueils :

- une compensation régionale de faible amplitude : si la réforme prévoit un nombre réduit de sièges (moins que 7 sièges) par région pour le scrutin proportionnel (de liste), cela établirait un seuil minimal de facto d'au moins 15 % des voix pour qu'un parti puisse s'y faire attribuer des sièges. L'amplitude de la compensation serait alors très faible, ce qui signifierait une très faible proportionnalité. Un conseiller du gouvernement dans le dossier, le politologue Louis Massicotte, a admis que les « petits partis risqueraient de faire les frais d'une régionalisation de la compensation ».

- la suppression du deuxième vote. Cela veut dire qu'un seul vote, celui au majoritaire, déterminerait non seulement l'élection des députés de circonscription mais aussi la répartition des sièges entre les partis, en vertu du principe de compensation retenu. Le ministre Dupuis songe à retenir ce système à un seul vote. Le deuxième vote, celui qui permet de voter directement pour la proportionnelle, serait supprimé sous prétexte de simplifier le système. Or, ce système est connu et pratiqué au Québec au niveau municipal sans difficulté. Le système des deux votes existe aussi presque partout ailleurs où se pratique un scrutin proportionnel (Allemagne, Nouvelle-Zélande, Écosse, Italie, etc.), grâce à quoi la majorité des députés des partis en émergence ont pu être élus jusqu'ici (les Verts en Allemagne, les Socialistes en Écosse, etc.). L'UFP s'oppose énergiquement à la suppression du deuxième vote, éventualité qui prolongerait indûment l'hégémonie parlementaire des partis traditionnels. « En réduisant la portée de la compensation, cette mesure dénaturerait un mode de scrutin qui devrait être voué à favoriser la proportionnalité. La réforme serait alors réduite, aux yeux de la population, en une opération cosmétique vidée de son intention démocratique », a affirmé Paul Cliche.



»» programme de commandites

Des Bougon?

Raymond Savard
Le Devoir mardi 17 février 2004

Gatineau, le 11 février 2004 - Selon Mme Fraser, la vérificatrice générale, ce qu'il faut bien appeler le scandale des commandites dépasse tout ce que l'on avait connu jusqu'à maintenant en fait de malversation.

Elle ne trouvait pas les mots pour qualifier pareilles magouilles. Un illustre auteur anglais a déjà affirmé qu'il y avait quelque chose de pourri au royaume de Danemark. C'est vers Ottawa qu'il devrait aujourd'hui tourner les yeux. Tous ces bons libéraux de l'ère Chrétien-Martin s'en lavent les mains, prétendant qu'ils ne savaient rien de toutes ces saletés. L'argent des contribuables a donc servi à graisser la patte des très nombreux profiteurs du régime actuel. Plus de 100 millions se sont envolés, et ce, au Québec seulement. Ce sont eux les vrais Bougon !

Au lieu de porter des accusations comme cela se ferait en d'autres lieux (pensons à Alain Juppé, ancien premier ministre de France condamné récemment à la prison avec sursis pour un crime moins grave que celui des commandites) le gouvernement, en la personne de son nouveau chef, se contente de créer une commission qui ne publiera son rapport que dans un an, c'est-à-dire après les élections prévues au printemps. (...)

Quand je pense aux quelque 35 milliards que le Québec paie chaque année à Ottawa en impôts et en taxes de toutes sortes et que nous manquons d'argent pour financer l'éducation et la santé, j'en deviens enragé et j'ai hâte que notre peuple opte pour la seule solution qui soit digne de lui : l'indépendance.



»» Don Cherry

Cherry : plainte devant la Commission des droits de la personne

Paul Gaboury
Le Droit samedi 14 février 2004

Le sénateur Jean-Robert Gauthier n'en a pas encore fini avec le commentateur Don Cherry. Non seulement a-t-il exigé et obtenu une enquête de la Commissaire aux langues officielles et exige-t-il de Radio-Canada-CBC qu'il soit congédié, mais il vient d'ajouter une autre plainte, cette fois devant la Commission canadienne des droits de la personne.

"À mon avis, M. Cherry utilise son poste de commentateur sportif et abuse à outrance de façon honteuse des droits les plus fondamentaux de la personne. Les communautés de langue officielle vivant en milieu minoritaire sont humiliées par ce genre de commentaires", écrit le sénateur Gauthier dans la lettre qu'il vient de faire parvenir à la présidente de la Commission des droits de la personne, Mary Gusella.

"Ce commentateur méprise les francophones, répand des faussetés, incite à la haine et à la violence et véhicule ses points de vue dégradants à l'endroit de tous les francophones. Ce n'est pas la première fois. Je demande à la Commission des droits de la personne d'ouvrir une enquête sur ce comportement disgracieux".

"En d'autres termes, Radio-Canada-CBC propose d'utiliser des fonds publics pour restreindre un de ses commentateurs sportifs qui va à l'encontre de l'unité nationale, du respect des différences et le mandat même de la société. C'est malhonnête et irrespectueux d'utiliser la tribune sportive de Radio-Canada pour avilir les francophones", écrit le sénateur Gauthier.

pgaboury@ledroit.com



»» Don Cherry en entrevue à La Presse

Agitateur et fier de l'être

Jean-François Bégin
La Presse samedi 14 février 2004

Toronto - Ceux qui espèrent que Don Cherry va subitement se métamorphoser en gentil nounours maintenant que la CBC l'a à l'oeil et que la Commissaire aux langues officielles enquête sur lui peuvent aller se rhabiller. Car l'homme aux habits flamboyants n'a aucunement l'intention de se radoucir.

Don Cherry a ouvert une fichue boîte de Pandore quand il a laissé entendre à Hockey Night in Canada, le 24 janvier, que les joueurs qui portent la visière sont des peureux- et que la majorité d'entre eux s'adonnent, tiens, tiens, à être en majorité des francophones et des Européens.

De l'Association des parents canadiens pour le français à Jacques Demers et Michel Bergeron en passant par la ministre d'État au Multiculturalisme, Jean Augustine, à peu près tout le monde est tombé sur la tête de l'ancien entraîneur des Bruins de Boston.

Tout ce qui grouille et scribouille dans les pages de sports des journaux canadiens (l'auteur de ces lignes y compris) l'a joliment varlopé. La haute direction de la CBC l'a condamné publiquement pour avoir exprimé une " opinion personnelle inappropriée et répréhensible ".

Pourtant, Cherry, qui fera son grand retour télévisuel ce soir au côté de son éternel complice et straight man, Ron MacLean, assure que les téléspectateurs qui sont au rendez-vous chaque semaine pour son Coach's Corner, au premier entracte de Hockey Night in Canada, ne verront aucun changement par rapport à l'attitude qu'il maintient depuis ses débuts à la télé, il y a 24 ans.

" Jamais je ne changerai. Je ne vais pas dépasser la mesure, mais je serai moi-même. Je suis comme ça. Je ne changerai pas ", a-t-il dit au cours d'une entrevue avec La Presse, hier.

Au téléphone, Cherry, qui a fêté son 70e anniversaire le 5 février, est d'un abord sympathique. Il ne s'emporte pas, rigole à l'occasion et n'hésite pas à reconnaître qu'il n'est pas parfait.

Mais une constante revient dans ses propos: ce n'est jamais sa faute.

Ce n'est pas sa faute si les gens ont compris de travers ses commentaires sur les visières. " Je parlais de Tie Domi et je disais que son fils allait penser qu'il était un peureux s'il décidait d'en porter une. " Il reconnaît avoir ajouté que la plupart des francophones et des Européens portent le protecteur facial. Le corollaire- que les joueurs québécois et européens sont des couards- semble évident. Apparemment pas pour lui.

Ce n'est pas non plus sa faute si les gens ont mal compris sa réaction anti-francophone quand la foule a hué l'hymne national américain au Centre Bell l'an dernier. " J'ai dit que Montréal n'aurait pas dû huer l'hymne national, parce que c'est un manque de respect envers l'autre pays. J'ai dit Montréal, pas les francophones de Montréal. " Mais quand on lui suggère que les anglophones présents dans l'amphithéâtre ont peut-être chahuté eux aussi, il se rebiffe. " Mon opinion personnelle, c'est que ce n'était pas eux. "

Dubitatifs

Cherry se défend d'avoir un préjugé anti-francophone, citant son amitié avec d'anciens joueurs des Bruins comme Carol Vadnais, Jean Ratelle et René Robert. Mais ses dénégations ne convainquent pas plusieurs des observateurs joints par La Presse. " Le sous-texte quand il parle des Québécois (francophones), c'est toujours qu'ils ne sont pas aussi durs et n'ont pas la force de caractère des joueurs canadiens anglais ", dit William Houston, chroniqueur au Globe and Mail.

" Quand Gilles Lupien a fait état du problème du dopage dans le hockey junior avant Noël, Cherry l'a attaqué comme il ne l'aurait jamais fait avec un agent basé à Toronto, ajoute-t-il. Puis, quand Ron MacLean a défendu Lupien, Cherry a dit que le problème était limité au Québec. "

Richard Garneau a côtoyé Cherry pendant plusieurs années à l'époque où il travaillait à la Soirée du hockey. Il n'a jamais eu de problèmes avec lui, mais " Cherry, c'est un peu un clown, un bonhomme qui a fait fortune en exploitant des attitudes de xénophobie et de bigoterie, dit-il. C'est un provocateur, un peu comme pouvait l'être Mordecai Richler au Québec. "

C'est pour éviter les débordements trop " richleriens " que la CBC a choisi d'instaurer un délai de sept secondes entre l'enregistrement et la diffusion de Coach's Corner.

Cette mesure ne sera pas utilisée ce soir car la chronique sera préenregistrée, comme c'est toujours le cas lorsque deux matchs présentés par la CBC, en l'occurrence ceux des Leafs et du Canadien, ont lieu simultanément.

Mais on l'appliquera chaque fois que la discussion entre Cherry et MacLean aura lieu en direct, assure le producteur exécutif de HNIC, Joel Darling, qui aura la lourde tâche de censurer Cherry s'il dépasse de nouveau les bornes. " Si ça arrive, il n'y aura pas un bleep par-ci, un bleep par-là. Je vais tout simplement mettre fin à la chronique, explique-t-il. Mais je ne prévois pas devoir prendre une telle mesure parce que Don nous a assurés, la directrice de CBC Sports, Nancy Lee, et moi, qu'il s'en tiendrait au hockey. Nous lui faisons confiance. "

Évidemment, Cherry n'en est pas à sa première promesse du genre...

Mauvaise solution

Quoi qu'il en soit, l'introduction du délai de sept secondes est presque universellement décriée. " C'est beaucoup demander au producteur que d'exercer un bon jugement éditorial en sept secondes ", souligne Marc-François Bernier, professeur de journalisme à l'Université d'Ottawa, qui déplore que la CBC n'applique pas à Cherry ses normes et pratiques journalistiques, comme elle devrait pourtant le faire.

" Si la CBC ne veut pas qu'il dise ce genre de choses, elle a le choix: ou elle le laisse en ondes et s'arrange pour que ses opinions controversées puissent être contestées par d'autres, ou alors elle le retire des ondes ", estime pour sa part Vince Carlin, ancien patron des nouvelles à la CBC et directeur du programme de journalisme au collège Ryerson de Toronto. " Le délai de sept secondes est vraiment stupide. Ils paient le gars pour qu'il soit controversé et ensuite ils lui imposent un délai préventif. Franchement! "

Coach's Corner est commandité par les magasins de vêtements pour hommes Moores. " De temps à autre, Don Cherry tient des propos incendiaires que je préférerais qu'il garde pour lui et j'en fais alors part à la CBC, comme cette fois-ci ", reconnaît le président de la compagnie, Dave Starrett. " Mais je suis inquiet de l'impact que le délai va avoir sur la qualité de l'émission. Je ne vois pas comment ils vont réussir à s'en servir, et je ne suis pas sûr qu'ils le sachent eux non plus. Tout ce que je souhaite, c'est que la spontanéité demeure et que cette grande émission demeure ce qu'elle a été depuis des années. "

Le prédécesseur de Joel Darling dans le fauteuil de commande de HNIC, John Shannon, qui travaille aujourd'hui pour Leafs TV, trouve que la CBC agit de manière hypocrite. " La Corporation a généré des millions de dollars en revenus et en commandites au fil des années à cause du côté outrancier de Don et tout à coup, elle fait comme si elle s'étonnait. C'est un énorme dilemme pour la CBC, car Don est une source de revenus importante. "

Car Don Cherry est populaire au Canada anglais. Très populaire. " J'ai voyagé partout avec lui au pays, et c'est comme être avec une star du rock, dit Joel Darling. Il est probablement la personne la plus reconnue au pays. Il ne peut pas aller nulle part sans que les gens ne lui demandent un autographe ou réclament d'être photographiés avec lui. "

Pour le président de la firme de sondage Environics, Michael Adams, cette popularité n'a rien de surprenant. " Il est l'icône de ce que j'appelle la tribu des " darwinistes désengagés ", qui regroupe 40 % des baby-boomers. C'est un marché énorme. " Ces darwinistes désengagés se caractérisent apparemment par leur peur de l'avenir et leur nostalgie du passé, une description qui, a priori, va comme un gant à Cherry.

Mais au-delà des explications sociologiques, " sa force, c'est qu'il dit tout haut à propos du hockey ce que plusieurs Canadiens pensent mais n'oseraient jamais dire ", dit John Shannon, qui maintient que Cherry n'est pas raciste. " Son problème, c'est qu'il ne réfléchit pas vraiment à comment il dit les choses. "

Est-ce responsable de la part d'un diffuseur public de mettre ainsi en ondes quelqu'un qui parle sans réfléchir? " C'est une bonne question. "

Pas un entertainer

Cherry affirme qu'une campagne bien orchestrée est en cours dans les médias pour le faire tomber du perchoir de Coach's Corner. " Il n'y a aucun doute là-dessus. Je ne suis pas tellement aimé par les médias, et pas seulement au Québec, mais aussi ici à Toronto, où plusieurs journalistes sportifs rêvent de se débarrasser de moi. Ma vie n'est pas facile, mais je dis ce que je ressens et j'essaie d'être honnête. Ce que j'ai dit à propos des visières était vrai et les statistiques le prouvent. "

(Des compilations effectuées par plusieurs journaux torontois cette semaine ont effectivement démontré que les joueurs québécois sont proportionnellement deux fois plus nombreux que ceux originaires des autres provinces à porter la visière. Ce qui ne fait pas forcément d'eux des peureux, évidemment...)

Cherry refuse d'être considéré comme un simple entertainer. " Je sais de quoi je parle. J'ai été entraîneur de l'année dans la Ligue américaine et la Ligue nationale. Cette semaine, j'ai été voir des matchs de la Ligue américaine, j'ai regardé 10 matchs de la Ligue nationale et je vais voir un match midget ce soir. Tout le monde parle de Rick Nash, comme il est bon: il avait 13 ans quand je l'ai vu jouer pour la première fois. Même chose pour Eric Staal ou pour Jason Spezza. Je sais de quoi je parle. "

Il reconnaît tout de même qu'il a quelques préjugés. " Il n'y a pas de doute là-dessus, j'aime les gars comme Tie Domi parce que ce sont des " grinders " et que c'est le genre d'équipe que j'avais à Boston. J'ai un préjugé favorable envers les joueurs rudes, c'est vrai. "

A-t-il songé à abandonner son poste, pendant que la controverse faisait rage au cours des deux dernières semaines? " Après avoir lu tant de journaux qui écrivaient que j'avais dit des choses horribles, je dois avouer que ça m'a traversé l'esprit, répond-il. Plusieurs de mes amis m'ont souligné que j'avais assez d'argent et que je n'avais pas besoin de ça. Mais je me suis dit que c'était exactement ce que mes ennemis voulaient que je fasse et qu'ils seraient heureux que je prenne une telle décision. Or, je n'abandonne jamais. Ça ne fait pas partie de mon vocabulaire. Si j'avais abandonné, ça aurait été un aveu de défaite. Et je ne défile jamais quand vient le temps d'une bagarre. "



»» Conan O'Brien

L'effet Cherry fait des petits

Jean-François Bégin
La Presse samedi 14 février 2004

Toronto - Il est peut-être encore un peu tôt pour parler de tendance, mais ça commence à ressembler à une habitude: après Don Cherry et ses commentaires xénophobes sur les joueurs de hockey francophones ( et européens ), c'est maintenant au tour de l'animateur de talk-show américain Conan O'Brien de casser du sucre sur le dos des Québécois.

Le Tout-Toronto s'est pâmé cette semaine devant O'Brien, qui avait exceptionnellement quitté son studio habituel de New York pour aller enregistrer quatre émissions au chic théâtre Elgin de la Ville reine, dans la rue Yonge.

Diffusé sur le réseau NBC, son talk-show, Late Night with Conan O'Brien, a eu droit à une couverture complète dans les journaux torontois, qui ont en général réservé un accueil plus que favorable à la vedette de l'émission, reconnue pour son humour parfois cinglant.

Mais si ses blagues sur la décriminalisation de la marijuana ou ses commentaires acides sur Winnipeg- un " désert de glace ", a-t-il dit- n'ont pas fait trop de vagues, un sketch préenregistré au Carnaval de Québec et diffusé dans l'émission de jeudi a eu un tout autre effet.

" Mon Dieu! " titrait hier matin le Toronto Sun, un tabloïd, à côté d'une photo peu flatteuse d'O'Brien. " Le Québec est la cible de vilaines blagues dans l'émission de Conan. "

Le sketch mettait en vedette la marionnette Triumph the Insult Dog, un chien qui fume le cigare et se fait une spécialité de lancer les pires invectives à tous ceux qui ont le malheur de se trouver sur son passage.

La marionnette canine est souvent hilarante, mais sa visite au Québec risque de piquer au vif les Québécois qui n'ont pas encore digéré les récentes déclarations du commentateur sportif Don Cherry. L'ancien entraîneur a ajouté un nouveau chapitre à sa longue liste de propos désagréables envers les Québécois et les Européens en laissant entendre dans sa chronique à Hockey Night in Canada, le 24 janvier, qu'ils étaient peureux parce qu'ils portent une visière.

Le retour de Cherry

Triumph, dont les réparties ont été accueillies avec enthousiasme par le jeune auditoire massé au théâtre Elgin, a été autrement plus cru que Cherry, qui fait sa rentrée télévisuelle ce soir après une absence de deux semaines due à la pause du match des étoiles de la Ligue nationale de hockey.

" Je peux deviner que vous êtes français ", a dit la marionnette à un quidam rencontré à Québec. " Je peux sentir votre entrejambe d'ici. " À un autre, il lance: " Vous êtes français et canadien? Alors vous êtes insupportable et borné. " À un couple qui décide de lui tourner le dos, il jappe: " Vous êtes en Amérique du Nord. Apprenez la langue. "

Triumph s'est aussi amusé à remplacer des noms de rue français sur les panneaux par des traductions douteuses du genre Céline Dion Sucks Street ou Quebecqueer Street ( littéralement, " rue Québec-tapette " ). " Triumph fait passer Don Cherry pour un modéré ", conclut le Sun.

Une marionnette ridicule

L'homme d'affaires qui a organisé la venue d'O'Brien à Toronto, Peter Soumalias, ne croit pas qu'il y aura une vive réaction dans la Belle Province. " Le Québec est l'hôte du Festival Juste pour rire; les Québécois comprennent l'humour, a-t-il dit hier. C'est une marionnette ridicule qui raconte des blagues ridicules. C'est de l'humour. La plupart des gens ont trouvé ça drôle. "

Pas tout le monde, visiblement. Le Globe and Mail avait aussi placé l'histoire en une, citant notamment la responsable de la section des arts du journal, Elizabeth Renzetti, qui avait assisté à l'enregistrement, en après-midi. " Ça m'a laissé un goût amer dans la bouche, a-t-elle dit. Ça semblait exagéré et cruel, parce que certaines personnes à qui Triumph parlait ne comprenaient pas l'anglais. Il se moquait d'elles sans pitié. C'est comme s'il ignorait que le Canada est un pays bilingue. "

Aide des gouvernements

La présence d'O'Brien en Ontario a été rendue possible par une aide financière de 1 million de dollars de la part des gouvernements fédéral et provincial, dans le cadre des efforts visant à redorer le blason de Toronto après l'épidémie de SRAS de l'an dernier.

À l'hôtel de ville de Toronto, on était un peu mal à l'aise devant la tournure des événements. " Nous n'approuvons pas les commentaires faits lors de l'émission, mais nous n'avons aucun pouvoir rédactionnel sur celle-ci ", a dit le porte-parole de la Ville, Brad Ross, quand on lui a demandé si la Ville se mettait en valeur au détriment du Québec.

Le moment choisi par l'équipe d'O'Brien ( qui n'a pas rappelé La Presse ) pour rire du Québec n'est peut-être pas très bien choisi. Depuis que le scandale du programme fédéral de commandites a éclaté cette semaine, le ressentiment envers le Québec est palpable chez une certaine frange de la population anglo-canadienne. Selon la responsable du courrier des lecteurs du Toronto Star, Carol Conway, le quart des lettres envoyées au quotidien par ses lecteurs à propos du rapport dévastateur de la vérificatrice générale s'en prenaient directement au Québec et à ses moeurs politiques.

" Don Cherry et l'affaire Chrétien-Gagliano ramènent à l'avant-plan de vieux stéréotypes ", estime Michael Adams, président de la firme de sondages Environics. " Les Québécois étaient passés depuis 50 ans des nègres blancs d'Amérique aux gens les plus cool et branchés du pays. Les images négatives datant de l'époque du lac Meech s'étaient lentement dissipées, mais tout cela les ramène à la surface. "



»» Conan O'Brien

Conan's plastic puppet has politicians snarling over tasteless sketch

Jeff Gray And Jonathan Fowlie
With Reports From Rhéal Séguin, Richard Mackie, Joe Friesen And Canadian Press
The Globe and Mail Saturday, February 14, 2004

The antics of a plastic puppet dog ignited a national-unity uproar yesterday, as anti-Quebec remarks made on the Conan O'Brien show forced its Canadian broadcaster to apologize.

Some federal politicians reacted with outrage to a taped segment, aired Thursday night on Late Night With Conan O'Brien, in which a puppet called Triumph the Insult Comic Dog visited Quebec's Winter Carnival and, as his name suggests, insulted passersby, calling French Canadians "obnoxious and dull."

But reaction in Quebec, where few have heard of Mr. O'Brien, was muted. Both Liberal Premier Jean Charest and the Parti Québécois language critic declined to comment.

Mr. O'Brien, who is taping in Toronto this week, mostly dodged the issue on his show last night. His only acknowledgment of the controversy came in his opening line, where he said, "for those of you who don't know me, I'm the guy who was hired to make Don Cherry look good."

The quip was in reference to Mr. Cherry's comments on a Jan. 24 segment of Coach's Corner, in which he said hockey players such as the "Europeans and French guys" were "turning into sucks" for wearing visors on their helmets to protect their eyes.

Later in the show, Canadian actor Jim Carrey opened the door for Mr. O'Brien to make light of the uproar as the two began a scripted routine involving a "Canadian posse."

One of the posse members was Bonhomme, the snowman mascot of Quebec's Carnival. Mr. Carrey shot a quick line to Mr. O'Brien about how the Quebec icon's appearance on the show might be seen as a symbol of "goodwill" for French people in Canada.

Sidestepping the remark, Mr. O'Brien retorted with a quick "that's nice," before carrying on with the scripted routine.

The closest Mr. O'Brien came after that to addressing the incident was when He ended the show with a thank you to "Toronto, and all of Canada . . . for your amazing talent, your hospitality and your terrific spirit."

Before yesterday's show, CHUM Television apologized for the sketch, pledging to cut the controversial material from the rebroadcast of Thursday night's show.

"We offer our apology and assurance that it is never our intention to air programming that offends any of our viewers," the company said. It owns the CITY-TV stations in Toronto and Vancouver, as well as the New VR in Barrie, Ont., which airs Late Night with Conan O'Brien in the Toronto area.

The province and the federally funded Toront03 Alliance put up nearly $1-million of mostly taxpayers money to help bring the show to Canada, in an effort to boost tourism in Toronto after last year's outbreak of severe acute respiratory syndrome.

Ontario Premier Dalton McGuinty defended the decision to spend $500,000 on the show, because of the "net positive" in publicity it generated in the United States. But he said, in English and in French, the controversial humour did not represent the views of Ontarians. "That's not something that I would have laughed at. That doesn't represent the sentiment felt by the people of Ontario towards Quebeckers. I say that with complete confidence," he said.

Toront03 Alliance spokeswoman Anne O'Hagan said the sponsors spoke with the show's producers about the sketch yesterday, but her group had no plans to take any further action: "We're Canadian, we see that there's delicacy around all this."

The controversial segment featured Triumph the Insult Comic Dog, a plastic puppet that chomps on a cigar, speaking in a quasi-European accent and frequently using the word "poop."

"So you're French and Canadian, yes? So you're obnoxious and dull," Triumph barks at a passerby in Quebec City. Later, he shouts: "You're in North America, learn the language."

Quebec City Mayor Jean-Paul L'Allier said it would be easy for Quebeckers to be insulted by such comments. But Quebeckers are a tolerant people, he said."It's always to easy to get an audience with these kinds of remarks," the mayor said. "We live in a community where tolerance is the basic rule. So being talked about that way may be insulting. . . . I think people will simply pass judgment on the person using that kind language about our community."

Jean Pelletier, director general of the carnival, added: "I don't think it is a funny joke at all. It's not a good image of Quebeckers, or of the carnival, to portray in the United States."

Conservative Party leadership candidate Stephen Harper, in Quebec City yesterday, also condemned the comedy routine. "This is the place where our country was founded nearly 400 years ago," Mr. Harper said. "We can all make jokes about each other but you don't start telling people in Quebec they have to speak another language. That's completely unacceptable."

While many politicians were offended, guests at yesterday's show took the satirical routine in stride.

"I thought it was hilarious," said Mike Marozsan, of Toronto. "[Conan is] not part of a hate group or anything. It's a joke. It's meant to be humour."

"I understand why somebody might be offended," said Rob Butcher, 24, of Kitchener. "But it's a comedy show and he's shedding more good light on Canada than bad. I think this is a super-cool thing that he came here."

However Matthew Finlason, 28, of Toronto, and Meredith Henderson, 20, of Vancouver, were waving signs with slogans such as "Toronto loves Quebec." and "We don't need your freedom fries."

As the pair chanted, "Freedom fries, Racist jibes" people leaving the Elgin Theatre retorted with comments like "get a sense of humour," and "we don't care, it was funny."

Mr. Finlason said he came to demonstrate outside the theatre because he thought the offending sketch on Thursday night's show "made it appear to the Americans as if all of English Canada hates the French, and we don't hate the French."

"For this show to attack Canadian culture and French Canadians is an attack on all Canadians," he said.

The plastic dog was even the subject of debate in the House of Commons, with New Democrat Alexa McDonough calling the sketch "vile and vicious," and asking Ottawa to demand its money back. Mauril Bélanger, the deputy government House leader, told the House of Commons that the government found nothing amusing about the sketch.

Toronto businessman Peter Soumalias, who spearheaded efforts to bring Mr. O'Brien to the city, said politicians may not get the jokes, but Quebeckers would: "Quebec is home to the Just for Laughs Festival; they understand comedy."

Steven Kerzner, creator and voice of Toronto's own loudmouth puppet Ed the Sock, has long accused Late Night''s Triumph of bearing too close a similarity to his acerbic, cigar-chomping MuchMusic and CITY-TV personality. But the loutish Ed the Sock is "never racist," Mr. Kerzner said yesterday, adding that he thought Triumph's take on Quebeckers was "bigoted."

"This is just miscalculated. It's clear that they didn't really understand the cultural sensitivities in Canada. Or they didn't care," he said.

Ed is no stranger to controversy, with a late-night program that features a hot-tub full of buxom women. But Mr. Kerzner accuses Triumph of being little more than a dog with one trick.

"It's typically cheap humour, one note," he said of his Late Night nemesis. "The character itself is a one-note gag. You know, he poops on things, he pees on things, and says old insults."



»» Conan O'Brien

Le Bonhomme triomphe de Conan O'Brien à Québec

Laura-Julie Perreault
La Presse dimanche 15 février 2004

Québec - Le Bonhomme Carnaval a plus de succès à Québec que la vedette américaine Conan O'Brien, de la chaîne NBC, de passage à Toronto cette semaine. La satire carnavalesque et les propos antiquébécois diffusés dans le cadre de l'émission de l'animateur américain jeudi soir ont eu sur les fêtards l'effet de la neige sur le dos du Bonhomme Carnaval.

" Conan qui? " était la question la plus populaire hier sur les Plaines d'Abraham, où le dernier week-end du 50e Carnaval de Québec battait son plein. Peu de gens avaient entendu parler de la capsule satirique réalisée pendant la célèbre fête hivernale, dans laquelle les Québécois étaient qualifiés d'obnoxious and dull (insupportables et bornés) par une marionnette canine.

Selon la marionnette, appelée Triumph the Insult Comic Dog, le Bonhomme Carnaval est le " cousin homosexuel du bonhomme Michelin " et les Québécois auraient avantage à " apprendre la langue de l'Amérique du Nord ".

Colère dans l'opposition

Mais la controverse rapportée dans les médias canadiens et dans les grands journaux américains, dont le Washington Post, ne s'est pas arrêtée là. L'émission dans laquelle le segment satirique a été diffusé, enregistrée devant public à Toronto, a été financée en partie par une subvention de 1 million de dollars versée par le gouvernement fédéral et par celui de l'Ontario.

Le lendemain de la diffusion, un ouragan de critiques s'est vite abattu sur l'animateur américain, mais aussi sur les gouvernements qui avaient invité M. O'Brien à Toronto dans le but de redorer l'image de la Ville reine, qui souffre toujours des séquelles de l'épidémie de pneumonie atypique de l'an dernier.

Les chefs des partis d'opposition à Ottawa et le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Jean Dorion, ont vite demandé que les sommes versées à l'émission américaine soient récupérées.

Le diffuseur canadien de l'émission Late Night with Conan O'Brien, CHUM télévision, s'est excusé publiquement d'avoir diffusé le segment de l'émission.

Le chroniqueur politique du Soleil Michel Vastel n'a pas mâché ses mots, hier à la radio, pour attaquer l'animateur et la capitale ontarienne. " Toronto a toujours grandi en pilant sur la tête du Québec et des Canadiens français ", s'est-il exclamé sur les ondes de Radio-Canada.

Joint chez lui par La Presse hier matin, Bernard Landry a lui aussi dénoncé les propos de l'émission du réseau NBC. " Je ne veux pas me pencher sur quelque chose d'aussi abject. C'est de l'humour noir, certes, mais c'est souvent par ce genre d'humour que naît le racisme ", a affirmé le chef du Parti québécois.

Dans les rues de Québec, où les ceintures fléchées et les trompettes étaient reines hier, les réactions étaient loin d'être aussi enflammées.

Jean Pelletier, le directeur général du Carnaval de Québec, a minimisé l'impact de cette mauvaise publicité. " Je trouve ces propos très dommages. Certains Américains vont rester sous l'impression que cette émission a donnée du Québec. Mais je pense que ça va se noyer dans la tonne de bonne presse que nous recevons des journalistes américains qui viennent chez nous chaque année. "

Le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, dans une entrevue accordée au Soleil, a qualifié l'incident de " gros gag épais " fait " par un clown qui ne connaît même pas le Québec " en ajoutant que la Belle Province serait indépendante depuis longtemps " s'il fallait traduire tous les jours les propos négatifs faits sur nous au Canada anglais! ".

Jean Soulière, bénévole au Carnaval de Québec, croit que Conan O'Brien aurait eu avantage à se déplacer jusqu'à Québec avant de tirer à boulets rouges sur son festival hivernal et sur ses habitants: " Cet homme-là ignore que le Carnaval représente de 15 à 30 millions de dollars en retombées économiques. Il ignore que des milliers de touristes japonais, américains, français viennent ici et repartent le sourire aux lèvres! "

Les touristes américains rencontrés sur le site du carnaval prenaient eux aussi avec un grain de sel le coup d'éclat de Conan O'Brien. " Il n'est pas très drôle en général, alors il fait n'importe quoi pour attirer l'attention. Il fait la même chose aux États-Unis! La controverse vend et il le sait très bien ", a soutenu Barry Birch, originaire de Virginie.

Si l'incident télévisuel fait sourciller peu de gens à Québec, nombreux sont ceux qui croient qu'Ottawa a fait un bien mauvais choix en finançant une émission américaine qui rabaisse le Québec pour redorer le blason de Toronto.

" On ne déshabille pas Pierre pour habiller Paul ", a dit hier la députée bloquiste qui représente la ville de Québec à la Chambre des communes. " Je trouve ce détournement d'attention très, très douteux et c'est un choix politique qui l'est encore plus. On donne 1 million de dollars à une émission pour aider Toronto alors que le financement du 400e anniversaire de Québec n'a pas été confirmé ", a déploré la députée.



»» Conan O'Brien

Propos de Conan O'brien :
Le libéral Christian Jobin réclame des excuses

Houle, Nicolas; Fleury, Élisabeth
Le Soleil dimanche 15 février 2004

Outré des propos tenus à l'égard des Québécois lors du récent Conan O'Brien Show, le député libéral Christian Jobin réclame des excuses. Il n'est pas le seul à réagir vivement à l'émission où l'on disait que les citoyens de la Belle Province sont des personnes " détestables et endormantes " : des associations réclament une commission d'enquête.

" C'est déplorable qu'il n'y ait pas eu de contrôle pour superviser cet individu des États-Unis qui vient nous dire quoi faire au Canada, a indiqué Christian Jobin. Ils devraient regarder leurs problèmes aux États-Unis avant de critiquer ce qui se passe au Canada. [...] Ceux qui ont subventionné ça ne savaient pas ce qui se passerait sur la scène. "

Financé à moitié par le gouvernement canadien et à moitié par le gouvernement ontarien au coût total de 1 million $, le passage de la vedette devait être une campagne promotionnelle pour la métropole canadienne.

De son côté, le bloquiste Michel Gauthier a qualifié les actes du comique d'" injustifiables et inacceptables ". Plus que l'animateur américain, il pointe du doigt les 500 Ontariens qui, lors de l'enregistrement de l'émission, se sont amusés.

" Quand ils ont vus qu'il y avait des blagues au-delà de la mesure à l'endroit des Québécois, on peut se demander pourquoi ils trouvaient ça drôle et applaudissaient à tout rompre... " dit-il, en faisant un parallèle avec les manifestations d'amour à la veille du dernier référendum.

Daniel Moisan, un publicitaire, chargé de cours à l'Université Laval, directeur général de Moisan marketing et du site Internet www.webquebec. com, a décidé de publier une bannière sur son portail par laquelle les internautes peuvent faire part de leur mécontentement à NBC.

" On aurait dit ça d'un groupe ethnique où il n'y aurait pas eu que la barrière de langue, et tout le monde aurait crié au racisme, insiste M. Moisan. La portée de ce message est énorme, O'Brien est écouté par des millions de gens. "

Gilles Rhéaume, porte-parole du Réseau québécois contre la francophobie au Canada, croit pour sa part que le gouvernement du Québec doit instituer une commission nationale d'enquête afin de faire la lumière sur les affaires Conan O'Brien et du commentateur Don Cherry, qui avait traité les hockeyeurs francophones et européens de " peureux " à la fin janvier.

" C'est la responsabilité du chef du gouvernement du Québec de se porter à la défense du fait français, et il est impérieux qu'il le fasse ", fulminait-il hier.

Le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Jean Dorion, s'est aussi dit favorable à l'idée de mettre sur pied une commission nationale d'enquête : " Je ne pense pas que Conan O'Brien ait eu cette idée-là tout seul. Il a certainement eu la collaboration de Canadiens pour faire ça. "

Quant à Jean Charest et Bernard Landry, ils ont refusé de commenter l'affaire.

NHoule@lesoleil.com EFleury@lesoleil.com



»» Conan O'Brien

Love hurts

Don MacPherson
The Montréal Gazette February 14, 2004

The anti-Quebec segment of the Conan O'Brien show, coupled with the ravings of Don Cherry, tell Quebecers the honeymoon is over

On this Valentine's Day, can Quebecers still remember without bitterness the biggest Valentine card they ever received?

It was delivered by the thousands of Canadians from outside Quebec who came to Montreal's Place du Canada on a cold, grey Friday in late October 1995.

"We love you," was the message they delivered to Quebecers. "Please don't go."

They came because they were afraid, afraid of losing their country in the Quebec sovereignty referendum three days later. Maybe their coming made just enough of a difference for the unity side to eke out its narrow victory.

Maybe, when Quebecers saw how afraid they had made English Canada, they considered the slights they had suffered in previous years avenged, and their collective honour satisfied.

But on this Valentine's Day, there is no referendum imminent and the separatists are gone from power in Quebec City, their movement confidently (and prematurely) declared dead by distant editorial writers.

And the message Quebecers have been receiving in recent days from English Canada is quite different from the one delivered at Place du Canada nine years ago. Quebec-hugging seems to have given way to Quebec-bashing.

Once again there is fear. Only this time, the fear is not of Lucien Bouchard's popularity in Quebec, but of Don Cherry's in English Canada.

The national public broadcaster is so afraid of its hockey commentator's fans it goes to ridiculous lengths before even reprimanding him for repeatedly using his segment as a platform to deliver gratuitous, xenophobic attacks on "Europeans and French guys."

Most recently, Cherry singled out NHL players in those two groups for being particularly cowardly and vicious in hiding behind facial visors while using their sticks on the unprotected faces of more manly English-speaking North Americans.

Perhaps unwisely, the federal commissioner of official languages, a francophone, announced an "investigation" of Cherry's remarks, prompting a backlash in some English-Canadian quarters against her office and official bilingualism itself.

Yesterday, word reached Quebec a Toronto audience at a taping of the NBC television show Late Night with Conan O'Brien laughed at a segment insulting Quebecers.

The show sent a puppet called Triumph the Insult Comic Dog to the Quebec City winter carnival to address crude ethnic slurs to passersby with the help of a translator. One would love to see how Triumph's brand of frat-boy humour would play a little closer to home - say, Harlem.

The segment might have been inspired by the Cherry buzz and intended to top him; Cherry said he was invited to appear on the show, but declined.

In both cases, Quebecers paid to have themselves insulted, through the federal taxes that pay Cherry's salary and, along with the Ontario government, subsidized the O'Brien show's week-long visit to Toronto to promote tourism after last year's SARS outbreak.

It might be only a coincidence that in the same week, Quebecers also heard some English-Canadian commentators describe "the Quebec sponsorship scandal" as typical of supposedly lax political mores of this province.

This might be true - at the federal level. But Quebec has not one political culture, but two. And provincial politics here have been largely free of scandal for the past quarter-century, since Rene Levesque imposed strict political finance rules.

Quebec-bashing incidents are like shark attacks: If a few happen in a brief period of time, they become a news story, and incidents that might otherwise be ignored start being reported as part of a pattern.

There was such a period in the early months of 1990. As the Meech Lake accord recognizing Quebec as a distinct society was dying, Sault Ste. Marie led a movement of Ontario municipalities to reject bilingualism and anti-bilingualism demonstrators in Brockville were shown repeatedly on French-language television wiping their feet on the Quebec flag.

Support for secession rose to unprecedented heights. And five years later, English Canadians were in Montreal, pleading on a Valentine's Day in October to save a marriage.



»» Laïcité

Un problème plus présent en France qu'au Québec

Claude Vaillancourt
Le Soleil mardi 17 février 2004

Un problème plus présent en France qu'au Québec : Selon la sociologue Micheline Milot, les conditions d'intégration des immigrants diffèrent

Les conditions d'environnement urbain et d'intégration des immigrants au Québec sont bien différentes de celles qui existent en France. C'est pourquoi le problème de la laïcité ne se pose pas de la même façon au Québec.

C'est l'opinion claire qu'a formulée la sociologue Micheline Milot, du département de sociologie de l'UQAM, dans un débat tenu mardi dernier à l'Université Laval. Mme Milot vient tout juste de publier ses réflexions dans un livre intitulé La Laïcité dans le nouveau monde : le cas du Québec.

Pour elle, le geste posé par le gouvernement français est même une réaction tardive à une problématique qui prévaut en France depuis plusieurs années, les immigrants étant refoulés dans des ghettos aménagés dans la périphérie de la capitale.

Les députés français de la majorité et de l'opposition ont massivement adopté mardi dernier, en première lecture, par 494 voix contre 36, le projet de loi sur la laïcité qui interdit le port de signes religieux ostensibles dans les écoles, collèges et lycées publics à compter de la rentrée scolaire de septembre.

Mme Milot constate qu'au Québec le développement de la laïcité s'est toujours fait sans guerre de tranchée.

"La sécularisation, dit-elle, est un processus culturel lent et profond qui a amené moins d'influences de la religion. Sur le plan politique, la neutralité de l'État s'est traduite par une tolérance pour tous les cultes."

Spécifiant que la neutralité de l'État ne peut ni favoriser ni gêner une religion, elle ajoute qu'au Québec et au Canada, cette neutralité s'est appuyée par des actes juridiques qui ont permis de sauvegarder ces distances.

Même à la conquête anglaise, les nouveaux dirigeants de la colonie n'ont pas voulu instituer l'anglicanisme comme religion de l'État. Au fil des années, les pouvoirs religieux ont tenté d'influencer les décisions de l'État, celui-ci leur laissant toutefois des rôles considérables à jouer dans les secteurs de l'éducation et des soins hospitaliers.

"La laïcisation silencieuse a entraîné la pacification des rapports sociaux", estime Mme Milot, qui avertit cependant que la montée du pluralisme religieux appelle à la vigilance de l'État.

CVaillancourt@lesoleil.com



»» bouclier antimissiles

Paul Martin en entrevue au soleil
Non à la militarisation de l'espace :
Le Canada n'en sera pas, promet le PM

Raymond Giroux
Le Soleil mardi 17 février 2004

Jamais le Canada ne fera partie d'une entente consacrant la militarisation de l'espace, a assuré le premier ministre Paul Martin lors d'une entrevue éditoriale au SOLEIL, hier.

M. Martin estime cependant que le Canada doit prendre part aux discussions et aux préparatifs en cours sur l'initiative du bouclier antimissiles, comme il l'a confirmé dans une récente lettre au gouvernement américain.

Mais "nous pensons que nous sommes très loin de la présence d'armes dans l'espace, d'abord pour des raisons techniques, dit-il. Puis, c'est loin d'être clair que le président va obtenir ses crédits du Congrès".

Les États-Unis se trouvent eux aussi en année électorale et le paysage politique mouvant influencera la décision des sénateurs et des représentants.

"Je crois que Norad doit être le véhicule de ce projet, précise le premier ministre. Si un missile entre dans l'espace aérien canadien, il faut que le gouvernement canadien ait son mot à dire."

Le Canada et les États-Unis partagent depuis un demi-siècle la défense du territoire nord-américain grâce à un commandement militaire commun.

Le Bloc québécois et le NPD, à Ottawa, fustigent le gouvernement Martin depuis deux semaines sur la question du bouclier antimissiles en accusant le gouvernement de se plier aux volontés bellicistes du président George W. Bush.

"Les Américains sont importants, c'est notre marché, mais on n'a pas besoin de demander de permission aux Américains", réplique le premier ministre.

Comment alors rafistoler les relations entre les deux pays, qui ont rarement été aussi mauvaises que sous les dernières années de Jean Chrétien ?

"Il faut absolument que le président et le premier ministre s'entendent, répond M. Martin, mais pas nécessairement sur tout. Mon rôle est de défendre les intérêts des Canadiens et, dans certains cas, il y aura des mésententes."

Mais cette première condition ne règle pas tout. "Ce n'est pas suffisant, dit-il. Il faut établir des relations directes entre nos parlementaires et les membres du Congrès parce que les problèmes que nous avons avec les Américains ne viennent pas de l'administration."

Les conflits sur le bois d'oeuvre et la vache folle, par exemple, proviennent à son avis de politiciens américains qui subissent des pressions de la part de leurs commettants. "Toute politique est locale", dit-il en citant un célèbre dicton américain.

Ottawa veut en outre "mettre en place un secrétariat à Washington et développer une méthode très sophistiquée pour que nos parlementaires travaillent avec les membres du Congrès".

Au plan international, M. Martin a souligné son intention de promouvoir l'extension du G20 des ministres des Finances, dont il fut l'initiateur, aux chefs de gouvernement.

"J'ai rencontré jusqu'ici les dirigeants de la Chine, du Brésil, des États-Unis, et je parlerai bientôt à M. Poutine, de Russie. S'agira-t-il du même G20 que celui des Finances ? suggère-t-il lui-même. Impossible de répondre car nous avions fait un choix un peu arbitraire au départ, admet M. Martin.

"Tous ceux à qui j'ai parlé appuient cette idée, sauf les Américains qui veulent penser à leur affaire, dit-il. Cela va marcher, assure le premier ministre, mais ça va prendre un peu de temps."

Ce G20 ne remplacera pas le G8, mais s'y ajoutera. Pourquoi ? "Il y a tellement de problèmes dont on ne discute pas à cette table, explique-t-il. Il y a eu le sida, le SRAS, et maintenant la fièvre aviaire.

"La santé est de plus en plus une compétence internationale et il n'y a pas d'institution vraiment capable de régler ces problèmes", à son avis. Le G8 peut bien prendre les décisions qu'il veut, dit M. Martin, "si la Chine et l'Inde ne sont pas à la table, ça ne marche pas".

"Même chose pour les négociations commerciales de l'OMC. Au lieu de mettre le Brésil et les autres pays en croissance à la même table que le Canada et les pays du G8, ils les ont divisés et forcés à se parler par l'entremise des technocrates." Ce fut l'échec.

RGiroux@lesoleil.com



»» bouclier antimissiles

Graham defends joining U.S. arms interception plan

Jeff Sallot
The Globe and Mail Tuesday, February 17, 2004

But critics say House should debate policy

Ottawa ONT - Foreign Affairs Minister Bill Graham insisted the government's decision to join Washington's Proliferation Security Initiative yesterday is legal, saying the Canadian navy might help intercept ships carrying weapons of mass destruction.

Signalling a break with the policies of his Liberal predecessor, Lloyd Axworthy, Mr. Graham said the U.S. plan to halt and board ships believed to be carrying missiles or banned weapons is legal under international treaties.

President George W. Bush announced last week that Canada, Singapore and Norway had joined the PSI, bringing to 13 the number of governments working with the United States to interdict chemical, biological or nuclear weapons and components.

Mr. Graham said the Liberal government agreed last November to join the U.S. plan after his discussions with Secretary of State Colin Powell about the dangers of weapons proliferation.

Under the plan, ships suspected of carrying missiles or nuclear weapons would be boarded even if they are not in a member country's territorial waters.

The plan probably is legal in about 95 per cent of foreseeable circumstances, says Michael Byers, a Canadian who teaches international law at Duke University.

But there would be a significant legal problem if, for example, the United States or its PSI partners tried to stop a North Korean ship on the high seas on its way to Iran, Mr. Byers said.

"PSI is probably a pretty good idea if you are aware of the problems with the 5 per cent [that may be illegal]," Mr. Byers said. "But there has been no discussion of this in Canada. So here we are, with a major announcement of Canadian foreign policy being made by the White House. That's scandalous."

Mr. Axworthy recently said his former Liberal colleagues are trying to atone to Washington for the government's failure to support the U.S. invasion of Iraq last year.

A strong proponent of working through security problems multilaterally at the United Nations, Mr. Axworthy described PSI as a "posse mentality."

Mr. Graham disagreed, saying the legal basis for PSI operations could be found in the Nuclear Non-proliferation Treaty, the Chemical Weapons Convention and "a whole host of international agreements."

The minister said any decision to commit Canadian warships to action would be made on a case-by-case basis "if there are Canadian ships in the region."

Mr. Graham said both the United States and France asked Canada to participate in PSI.

When asked why there had been no announcement by Ottawa last year, Mr. Graham said, "as you know, this is not like signing on to a new international treaty. This is a sort of statement of purpose of a group of states . . . it's an ongoing study."

NDP Leader Jack Layton said PSI should be debated in Parliament.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

DEHORS OTTAWA!

Patrice Boileau
TRIBUNE LIBRE 17 février 2004

Non seulement le gouvernement fédéral usurpe 60% des recettes fiscales du Québec, mais, en plus, il les utilise pour financer son ministère de la propagande qui travaille à nous diviser. Pendant que notre réseau de la santé tombe malade parce que sous-financé et que des gens en meurent, Ottawa refuse en plus de remettre l’argent qui revient à Québec en annonçant qu’il compte le donner directement aux municipalités. L’avenir des Québécois dans la fédération canadienne n’a jamais été aussi sombre.

Que reste-t-il comme solution? Faire confiance à Paul Martin? Faire confiance à son nouveau lieutenant québécois Jean Lapierre? Ces hommes n’ont rien à offrir: tous deux misent sur l’amnésie collective des Québécois pour endormir les scandales et osent même l’espérer publiquement, devant les médias! Le mépris n’a pas de limite pour ces francophones de service.

Comment accorder un peu de crédibilité au Premier ministre du Canada lorsque sa franchise se traduit par des surplus budgétaires d’au-delà de 50 milliards au lieu de 16 et qu’il ne croit pas au déséquilibre fiscal? Comment croire la bonne foi de Paul Martin lorsqu’il affirme que sa compagnie de bateau a touché du fédéral 133 000$ dollars en contrats alors qu’ils ont plutôt atteint une valeur de 160 millions, et que l’immatriculation d’une branche de son entreprise maritime dans des paradis fiscaux lui a fait épargner en impôts canadiens plus de 100 millions? Visiblement; l’employé de Bay Street se rit du peuple québécois.

Tout cela sans connaître encore les dessous du programme fédéral de contrôle des armes à feu! Celui-ci devait coûter 2 millions de dollars et en a englouti déjà près de 2 milliards! Qui s’est moqué cette fois-ci des revenus fiscaux québécois envoyés à Ottawa?

N’avez-vous pas la nausée face à toutes ces magouilles pendant que Québec jongle avec la possibilité de générer un déficit? Devons-nous vraiment, comme le veut Jean Charest, sacrifier des groupes de notre société pour continuer de financer le déséquilibre fiscal que nous imposent les polissons d’Ottawa? Ne croyez-vous pas que surveiller un seul gouvernement limite les risques de gâchis, au lieu de doubler ce danger?

Le gros bon sens commande de se débarrasser de ce gouvernement de trop qui n’en a que pour la majorité. En se dotant de notre gouvernement national, nous diminuons de moitié les risques de voir nos deniers publics servir à engraisser des amis du régime. Nous évitons de voir nos impôts gaspillés à des fins de propagande qui ne font que nous affaiblir et à la création de programmes qui chevauchent et nuisent aux nôtres.

Vraiment, il est temps, au nom du progrès, de faire nous même le ménage et de se défaire de cette tutelle nuisible. Dehors Ottawa!



TRIBUNE LIBRE

Le 13 mars - « bien recevoir » Don Cherry

MLNQ
TRIBUNE LIBRE 17 février 2004

Le MLNQ invite les Québécois(es) à « bien recevoir » Don Cherry le 13 mars et dénonce Conan O'brien.

Le Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ), présidé par l'ex-felquiste Raymond Villeneuve, tient à dénoncer de façon virulente les propos tenus dernièrement par Don Cherry à l'effet que les Québécois seraient des peureux (prétendant que les hockeyeurs québécois et européens seraient pratiquement les seuls à porter la visière dans la LNH).

Or, le MLNQ dénonce ces propos et tient à souligner que, en fait de peur, le Canada anglais et ses racistes tels Don Cherry n'ont pas de leçons à donner aux Québécois en matière de peur. Ce ne sont pas les Québécois qui ont eu peur en Octobre 1970. Ce ne sont pas les Québécois qui ont eu peur le 15 novembre 1976. Ce ne sont pas les Québécois qui ont eu peur le lendemain du 30 octobre 1995. Et, avec la remontée du mouvement national, ce sera au Canada anglais à avoir peur au lendemain de la prochaine victoire péquiste et lors du prochain référendum et sa conclusion victorieuse.

Ainsi, le MLNQ invite les Québécois(es) à démontrer à Don Cherry et son peuple que la nation française d'ici est loin d'être peureuse et qu'elle n'accepte pas de telles insultes. Pour ce faire, le MLNQ encourage les Québécois(es) à signifier par tous les moyens que la présence de Don Cherry n'est pas voulue dans nos murs lors de la partie du club de hockey Les Canadiens de Montréal contre les Maple Leafs de Toronto le 13 mars prochain, alors que Cherry sera au Centre Bell pour « commenter » la partie.

Le MLNQ dénonce également le flot d'insultes envers les Québécois dont l'animateur états-unien Conan O'brien et son équipe ont abreuvé leurs téléspectateurs devant une foule ontarienne en liesse. Ses propos son inacceptables et le MLNQ invite Conan O'brien et son équipe à revenir au Québec s'ils en ont le courage: ils pourraient bénéficier d'une leçon de politesse sans équivoque.

Finalement, le MLNQ tient à souligner que la gravité des faits ne réside pas dans les propos des deux racistes anglo-saxons pris isolément, mais bien dans le fait que ces deux hommes bénéficient d'appuis gigantesques dans leurs auditeurs canadiens-anglais et états-uniens, lesquels sont avides de « Quebec bashing » et de discours suprémacistes WASP. Cela démontre le racisme incroyable des anglo-saxons envers nous et la nécessité de se donner un pays français au plus tôt. À ce sujet, voir le site internet suivant : www.fuckfrance.com

Nous vaincrons !



TRIBUNE LIBRE

Le ministre Joseph COMUZZI sombre lui aussi dans la francophobie

Le Réseau québécois contre la francophobie canadienne
TRIBUNE LIBRE 17 février 2004

Dans un 2e message sur le même sujet au Premier ministre du Québec, le Réseau «exhorte le gouvernement du Québec à mener un enquête sur la francophobie au Canada depuis 1995 et qui s'est récemment manifestée dans le monde du sport avec Don CHERRY, puis dans celui des médias avec Conan O'BRIEN.»

«La dernière expression de ce racisme, poursuit Gilles Rhéaume, vient directement du gouvernement canadien dont un des ministres s'en prend maintenant aux Québécois eux-mêmes dans le scandale des commandites. Cela suffit !»

«Cette enquête que nous demandons est nécessaire, termine le porte-parole du Réseau, car il y a un sérieux problème au Canada anglais . Le Québec et les Québécois sont souvent l'objet de la vindicte publique. Cela est non seulement injuste mais extrêmement dangereux...»



TRIBUNE LIBRE

PENSES-TU QU’IL LE SAVAIT?

Me Pierre Duhamel, notaire
Trois-Rivières
pierrejjcantin@hotmail.com
TRIBUNE LIBRE 17 février 2004

Événement sans précédent dans l’histoire moderne du Québec, le Vérificateur général du Canada conclut qu’il y a eu utilisation et détournement de fonds publics à hauteur de ¼ milliard $. Pourquoi? Ah, tout simplement pour mener une opération orchestrée de pure propagande à l’encontre du peuple et de la nation québécoise afin que plus jamais, ses citoyens et citoyennes ne soient de nouveau tentés par la souveraineté du Québec.

Que l’opposition officielle du nouveau Parti conservateur à Ottawa ou même le Canada anglais s’insurgent contre la mauvaise utilisation de fonds publics à des fins de patronage, que ceux-ci se fixent comme priorité de savoir si leur Premier ministre « le savait ou le savait pas », on n’a pas à s’en surprendre . Je vous soumets par contre bien humblement que les Québécois et Québécoises et les membres de leur Assemblée nationale, peu importe l’allégeance, devraient plutôt se scandaliser, eux, du fait que cette opération - je le rappelle : sans précédent - est comparable à l’action de certains pays à l’encontre de leur minorité; minorité que nous sommes jusqu’à nouvel ordre, ça aussi je tiens à le rappeler, qualificatif qui devrait très bien par ailleurs nous décrire, aux yeux de certains, considérant que le Canada anglais a refusé de nous reconnaître comme nation, il y a tout juste quelques semaines, par un vote de son Parlement.

Dans l’histoire du Québec, jamais nous n’avons eu, jamais nous n’aurons de meilleure, ou plutôt de pire preuve d’affront et d’utilisation des forces et des argents fédéraux et de la machine de son État national contre le peuple du Québec.

Ce n’est pas la question de savoir qui a fait quoi, combien a empoché untel ou qui savait quoi! Les Québécois devraient savoir et prendre conscience, là, par ce fait même, que le fédéral a mené contre eux une campagne scabreuse et historique et réagir en conséquence!

Non mais … Certains pensaient-ils encore vraiment que cet exercice et cette expression du droit à l’autodétermination des Québécois et Québécoises seraient, dans ce monde occidental, réprimés par les armes?

Dans l’optique de ceux qui sont responsables, au sein du National Government, du maintien à tout prix du Québec à l’intérieur du Canada, il a fallu et il faudra encore si nécessaire prendre les moyens financiers et requis pour sauver le pays et pour eux, 250 millions$ est bien peu chèrement payé.

Le Conseil privé doit être bien nerveux actuellement à Ottawa : et si c’était là l’étincelle qui amenait les Québécois et Québécois à se réveiller, à se mobiliser et à faire l’indépendance. Vous y pensez?! Un quart de milliard $ pour ce lavage de cerveau et nous nous sommes fait prendre!

Nerveux? Voyons donc? Vous croyez encore que nous sommes capables de quelques réactions? Non après tout, ce qui nous animera tous collectivement au cours des prochaines semaines, pas plus, ce sera de savoir « s’il le savait » … Et comme dira Jean Chrétien : « Pis après ! ».



TRIBUNE LIBRE

Mais c'est là que ça se gâte

François Perrier
TRIBUNE LIBRE 17 février 2004

Que doit penser un honnête indépendantiste pur et dur, face au pensum tout croche de nos 'zélites' franco-fédérastes, rivalisant 'd'àplatventrisme' avec nos péquissses pseudo-souverainisants !?

Se réfère à "Un "scandale" qui en cache un autre plus grave encore", du chroniqueur "Éthique et Religions" du journal Le Devoir, texte paru lundi le 16 février 2004, et repris dans Vigile le même jour.

Dans un premier temps, Leclerc identifie très justement le problème du fédéralisme canadiAn, sous la bannière "Citoyens de seconde zone", se référant ainsi autant aux "Québécois fédéralistes comme souverainistes". Il avance alors la trouvaille du siècle, à savoir que nous devons tous, comme "des gens à Ottawa, au temps du cabinet Trudeau," (nous) "inquiéter qu'une démocratie traque des adversaires politiques comme s'il s'agissait de terroristes étrangers ou de rebelles potentiellement violents, alors que leur opinion, si divergente ou radicale fut-elle, EMPRUNTAIT LA VOIE DÉMOCRATIQUE." Bravo M. Leclerc.

Mais c'est là que ça se gâte. Leclerc tire alors une première conclusion toute croche. "À la décharge d'Ottawa" affirme Leclerc, … "les derniers gouvernements souverainistes ont par contre entrepris, SANS MANDAT, d'user des ressources de l'État québécois pour propager et favoriser leur option constitutionnelle." Ajoute le clerc-tout-croche -- "À CE DÉSORDRE ANTIDÉMOCRATIQUE, IL ÉTAIT LÉGITIME QUE L'ÉTAT FÉDÉRAL RÉPLIQUE." !! Sic et SHIT comme dirait Don Cherry !!

Leclerc venait à peine d'affirmer qu'il s'agissait d'une option souverainiste CONSTITUTIONNELLE -- DONC LICITE -- pour ensuite CONCLURE que les abus fédérastes des commandites SONT légitimes !!

Depuis 1759, comme Nation et peuple, les Anglos nous ont assassinés, déportés, pendus, banni notre langue, dans un génocide qualifiable d'Holocauste. Mais l'impératif d'imposer aux CanadiEns une société néolibérale plus injuste mais plus productive et "rentable", les CanadiAns se sont depuis limités, dans un véritable ETHNOCIDE culturel, à nous priver de nos droits les plus légitimes, nous battre, nous menacer, envahir notre territoire national, bafouer notre langue, nous couvrir de mépris et de haine, tout en usurpant NOTRE identité nationale canadiEnne, souillant NOTRE hymne national de leurs mots étrangers, tout en dérobant NOTRE drapeau national qu'ils brandissent au nom de leur "plusse BOT pays". Bot comme dans une déformation congénitale.

C'est justement pourquoi le bon peuple québécois, admirable dans son intelligence vive, a refusé un troisième mandat au PQ néolibéral-à-Landry : PARCE QUE ce dernier REFUSAIT D'UTILISER LES DENIERS PUBLICS pour favoriser une majorité française réduite à peau de chagrin, retranchée et viable seulement au Québec. Conscient que le temps presse, le bon peuple québécois, composé d'hommes et de femmes éparses, isolés, trop préoccupés à survivre pour s'offrir le luxe de penser collectivement, laissés à eux-mêmes par leur propres zélites -- ont préféré se lancer dans le vide politique que constituent le PLQ, le PQ et l'ADQ -- en niant un troisième mandat à un Parti québécois néolibéral qui refuse toujours de le défendre.

On comprend alors pourquoi le roi-nègre Leclerc a mis le mot SCANDALE entre guillemets dans son titre : il croit très 'crochement' que le programme des commandites a été un mal NÉCESSAIRE, pour combattre l'hydre du méchant séparatisme. DIXIT Leclerc "Le programme était BON mais on l'aura mal appliqué". Lire - ON S'EST FAIT PRENDRE !

Que doivent faire d'honnêtes indépendantistes purs, mais pas durs du tout, pour induire leurs zélites à l'aider à créer notre État national ?



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COMMUNIQUÉS 16 février 2004