
»» PQ - élection référendaire
La récréation
Michel David
Le Devoir mardi 17 février 2004
La direction du PQ a fait en sorte d'expédier dans les limbes une proposition de la Montérégie, qui voulait consacrer un conseil national à débattre de la tenue d'une élection référendaire.
Les «impatients» qui désirent faire l'économie d'un référendum jugé impossible à gagner, parce que les dés seraient pipés en faveur du non, demeurent très minoritaires, mais on ne sait jamais.
Personne n'avait prévu le dérapage du congrès de décembre 1981. Après avoir tenu un premier référendum, il paraissait impensable de revenir à l'idée qu'une victoire remportée avec une simple majorité de sièges suffirait pour déclarer la souveraineté du Québec. C'est pourtant ce qu'avaient résolu les délégués, qu'un vent de folie avait également poussé à ovationner le felquiste Jacques Rose.
René Lévesque avait dû imposer la tenue d'un référendum interne, en mettant son leadership en jeu, pour ramener son parti à la raison. Si, par pure hypothèse, les partisans d'une élection référendaire avaient gain de cause au congrès de 2005, Bernard Landry n'aurait pas le choix de partir, et il n'en a pas du tout envie.
À l'automne 1990, Jacques Parizeau était également intervenu avec force pour tuer dans l'oeuf un mouvement en faveur de la tenue d'une élection référendaire, qui avait pris naissance à la suite de l'échec de l'accord du lac Meech. Cela n'empêche pas l'ancien premier ministre de laisser croire à ceux qui ont repris le flambeau qu'ils avaient sa bénédiction, tout en assurant M. Landry du contraire.
Officiellement, l'élection référendaire fait partie des thèmes soumis à la réflexion des militants à l'occasion de la «saison des idées», mais les lieutenants du chef péquiste entendent s'assurer qu'elle aura suffisamment de plomb dans l'aile pour prévenir toute mauvaise surprise au congrès. On peut compter qu'ils feront diligence.
***
Avec François Legault, la tentation radicale s'est cependant raffinée. Soit, le référendum pourrait demeurer à l'ordre du jour, mais le PQ ne présenterait plus qu'un «programme de pays», appuyé sur un budget de l'an 1 d'un Québec souverain, qui inclurait tous les prélèvements effectués par le gouvernement fédéral. Là encore, M. Parizeau se dit d'accord.
Cette variante plus modérée de l'élection référendaire a l'incontestable avantage d'éliminer le problème du déficit démocratique que posait l'abandon du référendum, mais elle comporte pratiquement tous les autres inconvénients de la version originale.
Au train où vont les choses, les libéraux ne demanderont certainement pas mieux que de transformer la prochaine campagne électorale en débat sur la souveraineté plutôt qu'en procès de la «réingénierie».
En s'engageant à tenir un référendum le plus rapidement possible après l'élection, le PQ risque déjà d'indisposer bon nombre d'électeurs qui ne tiennent pas à replonger dans les tourments référendaires, mais on peut accepter qu'il y ait un prix à payer pour entretenir la flamme des militants souverainistes. Faut-il au surplus tourner le dos à tous ceux qui ne sont pas déterminés à voter oui ? Une réalité demeure incontournable : une victoire péquiste est la condition sine qua non de la tenue d'un référendum.
Il ne s'agit pas pour le PQ de cacher son option jusqu'au lendemain de l'élection. Une campagne électorale demeure une tribune privilégiée, mais l'engagement d'offrir un «bon gouvernement» à la population, même dans un cadre provincial, est une question de responsabilité élémentaire.
Dans le cas du PQ, cela va de soi, paraît-il. Peut-être, mais cela doit se refléter dans un programme. Bernard Landry souhaite tenir un référendum dans un délai de 15 à 18 mois, ce qui suppose la présentation d'au moins un, sinon deux budgets de «province». En attendant le Grand Soir, serait-ce trop que de demander au PQ quelles seront ses priorités budgétaires ?
Il va de soi qu'en refusant de gouverner une province, il doit s'engager à quitter le pouvoir s'il perd son référendum, mais qu'arrivera-t-il, si jamais les «circonstances raisonnables» dont parlait M. Landry, c'est-à-dire les sondages, ne sont pas au rendez-vous ?
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M. Legault est relativement nouveau au PQ, mais il faut reconnaître qu'il n'a pas mis de temps à faire sienne cette détestable habitude de mettre la charrue devant les boeufs. Faire la comptabilité du fédéralisme est une chose, décider aujourd'hui des choix sociaux d'un Québec souverain en est une autre.
Dans une entrevue accordée la semaine dernière à mon collègue Robert Dutrisac, M. Parizeau était catégorique : «L'actuel gouvernement est là pour le démontrer, le coeur des Québécois est au centre gauche.» Où est passée la coalition arc-en-ciel dont on parlait en 1995, s'il n'y a plus qu'une seule couleur ? Faut-il conclure que M. Parizeau a déjà renoncé à rallier l'ADQ au camp du Oui ?
Pour l'heure, Bernard Landry n'a aucun intérêt à intervenir dans le débat. Il doit même être ravi de voir Pauline Marois s'attribuer elle-même le rôle ingrate de rabat-joie. Par rapport à l'aventurisme de François Legault, sa modération lui donne des airs de Claude Morin.
Les règles du jeu sont ainsi faites que M. Landry ne devrait cependant avoir aucune difficulté à sonner la fin de la récréation. En juin prochain, la direction du parti rendra publique ce qu'il est convenu d'appeler, dans le jargon péquiste, la «proposition principale», c'est-à-dire ce que le chef désire voir inscrit au programme. S'y opposer équivaudrait à contester ouvertement son leadership. Tout le monde le sait. Qui osera ?
mdavid@ledevoir.com

»» programme de commandites
"LE PARTI LIBÉRAL N'EST PAS CORROMPU!"
Lessard, Denis; Bérubé, Nicolas
La Presse mardi 17 février 2004
En dépit de la tempête qui sévit autour du scandale des commandites, Paul Martin n'a pas l'intention de reporter les prochaines élections générales. Mais le premier ministre a été forcé de hausser le ton, se débattant une fois de plus dans cette controverse qui, hier, a jeté de l'ombre sur l'annonce d'une candidature-vedette.
" Le Parti libéral n'est pas corrompu! Tous les libéraux à travers le pays veulent trouver les réponses. Tous sont dégoûtés devant ce scandale. Tous les libéraux veulent que ceux qui ont fait ces gestes soient punis, et ils le seront ", a lancé hier le premier ministre Martin. Toujours sur la défensive, il a réprouvé sans appel le programme de commandites. " Je suis furieux, je suis dégoûté de ce qui est arrivé. En même temps qu'on faisait l'assainissement des finances publiques, il se passait de telles choses: c'est inacceptable, cela dépasse l'entendement. "
Mardi dernier, la vérificatrice générale Sheila Fraser a révélé que 100 millions de fonds publics avaient été détournés entre 1997 et 2001 au profit de firmes québécoises de relations publiques, au mépris des règles touchant l'attribution des contrats. " Je ne sais pas où l'argent est passé, c'est pourquoi on a demandé une commission d'enquête ", a précisé M. Martin. Cette enquête confiée au juge John H. Gomery pourrait prendre plus d'un an avant des conclusions soient présentées, indique-t-on par ailleurs.
Paul Martin, quant à lui, résumait hier sa " responsabilité ": " Faire le ménage et mettre en place un gouvernement transparent. "
Élections: les libéraux gardent le cap
Publiquement, le premier ministre Martin est resté prudent sur l'imminence des élections. Il faut, explique-t-il, trouver " un équilibre ". D'abord, les Canadiens ont " le droit de connaître le déroulement de tout cela (des commandites) ". " Mais ils ont aussi le droit de demander à leur premier ministre qui a un programme très ambitieux de renouveau et de changement d'aller chercher un mandat ", a insisté M. Martin.
Dans les coulisses, toutefois, des sources libérales indiquent qu'en dépit de la tourmente des derniers jours, aucun scénario de report des élections n'est envisagé.
Au PLC, on vise toujours un déclenchement le 2 ou le 9 avril pour un scrutin le 10 ou le 17 mai, indique-t-on.
C'est pourquoi on a prévu un budget beaucoup plus tardif. Habituellement déposé aux Communes dans la première moitié de février, le budget fédéral, le premier de Ralph Goodale, sera déposé fin mars, selon les signaux envoyés au ministère québécois des Finances. Dans les officines du PLC, on fait valoir que, hormis le Bloc québécois au Québec, aucun des partis de l'opposition n'est réellement prêt pour des élections déclenchées rapidement au printemps.
Le premier ministre était de passage à Québec hier pour annoncer la candidature d'un conseiller de longue date, Dennis Dawson, désigné candidat du PLC dans Beauport-Limoilou. Mais l'arrivée du candidat-vedette, qui avait été élu trois fois pour le PLC sous Pierre Trudeau, a été reléguée dans l'ombre par la controverse autour du programme de commandites, décrit comme un gaspillage incroyable de fonds publics par la vérificatrice générale Sheila Fraser la semaine dernière.
M. Martin a dû s'expliquer sur son intervention dans la circonscription de Saint-Maurice où un ancien collaborateur de Jean Chrétien, Stephen Hogue, ne pourra porter la bannière du PLC aux prochaines élections. Il fallait faire davantage de place à des femmes " dans des comtés gagnables, des comtés ont été désignés depuis assez longtemps " a dit M. Martin avant d'appeler à la rescousse Hélène Scherrer, coprésidente de la campagne au Québec. Pour M. Martin, le cas de Sheila Copps est différent, on ne peut privilégier la candidate féminine, parce que pour Hamilton, deux élus libéraux se disputent désormais la même circonscription.
Démissions
Comme il l'avait fait la veille, à la radio, lors de tribunes téléphoniques, le premier ministre Martin s'est engagé à exiger la démission de présidents de sociétés d'État s'il était démontré qu'ils avaient fermé les yeux sur le scandale des commandites. Il met même son poste en jeu, insistant sur le fait qu'il n'a jamais su ce qui se tramait au ministère d'Alfonso Gagliano.
" S'il y en a qui savaient qu'il y avait des chèques de complaisance, des passes, des factures pour des travaux jamais faits... tout ce qui est écrit dans le rapport de la vérificatrice, ils avaient le devoir de sortir (publiquement), d'essayer de remédier à l'affaire. S'ils ne l'ont pas fait, ils devront démissionner ", a dit le premier ministre.
" Et cela vaut pour moi, comme pour tout le monde ", a-t-il renchéri. En détail, il a expliqué pourquoi il n'avait pas entendu parler du problème des commandites avant les premiers articles dans les journaux, au printemps 2002. Deux ans plus tôt, une première alarme avait sonné, mais une vérification interne avait conclu à " des problèmes administratifs " et 31 recommandations avaient été appliquées, a expliqué M. Martin.
Il a rappelé avoir mis la hache dans le programme de commandites dès le 13 décembre dernier. Selon lui, de telles manoeuvres de visibilité n'étaient pas nécessaires pour convaincre les Québécois de rester au Canada. " Je n'ai jamais été tellement chaud à cette idée, je crois que les Québécois ont un profond attachement au Canada, qu'ils veulent que le Canada réussisse ", a dit M. Martin.
Puis, de passage à Montréal hier après-midi, Paul Martin a réaffirmé que Jean Chrétien est " un homme d'une grande intégrité ".
" J'ai travaillé avec M. Chrétien et j'ai suivi sa carrière politique qui a duré 40 ans, a-t-il dit. L'enquête sera très importante. Notre gouvernement est déterminé à aller jusqu'au fond des choses pour que toute la lumière soit faite dans cette affaire ", a dit M. Martin alors qu'il visitait la direction du Chantier de l'économie sociale, un groupe communautaire du quartier Hochelaga-Maisonneuve.
Le premier ministre a également assuré qu'il irait témoigner devant la commission d'enquête Gomery si les responsables de l'enquête le lui demandaient. Il n'a toutefois pas voulu dire si Jean Chrétien pourrait être appelé à se présenter devant cette même commission. " Des gens devront témoigner ", a-t-il répondu.

»» programme de commandites
Le Parti libéral n'est pas corrompu, affirme Martin
Buzzetti, Hélène; Dutrisac, Robert
Le Devoir mardi 17 février 2004
Le premier ministre rabroue un ministre qui a associé les commandites à la façon québécoise de faire de la politique
Même s'il est incapable de dire où l'argent du scandale des commandites est allé, Paul Martin a soutenu, hier, que le Parti libéral du Canada n'était pas corrompu.
Lancée la semaine dernière par le gouvernement libéral à la suite des révélations de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, la commission d'enquête, présidée par le juge James Gomery, ne rendra son rapport que dans 12 mois. Cette commission devra se pencher, entre autres, sur les liens entre le Parti libéral du Canada et les 100 millions engouffrés dans le scandale des commandites. Entre-temps, dans l'hypothèse d'élections générales au printemps, les électeurs devront-ils se résigner à voter pour un parti qui pourrait être corrompu? lui a demandé une journaliste. «Le Parti libéral n'est pas corrompu», a affirmé Paul Martin. «Tous les libéraux sans exception de tous les coins du pays veulent obtenir des réponses à ce sujet [les commandites]», a-t-il dit. Le Parti libéral veut faire toute la lumière sur le scandale et souhaite que les responsables soient punis, a assuré le premier ministre.
Paul Martin était de passage à Québec pour annoncer la candidature dans la circonscription redécoupée de Limoilou-Beauport, de Dennis Dawson, son conseiller au Québec et ami. Associé au cabinet de relations publiques Hill & Knowlton Ducharme Perron, M. Dawson a été député de Louis-Hébert à la Chambre des communes entre 1977 et 1984.
Quant à savoir si une partie de l'argent du scandale des commandites a pu se retrouver entre les mains de députés libéraux, M. Martin ne pouvait l'écarter. «Je ne sais pas où l'argent est allé. C'est pourquoi j'ai annoncé la tenue d'une commission d'enquête», a-t-il dit.
«Nous allons découvrir la vérité, nous allons faire le ménage», a affirmé le premier ministre. Mais ce sera sans doute après les prochaines élections fédérales prévues pour le printemps. Quand on lui a demandé s'il envisageait de reporter la tenue du scrutin, M. Martin est resté vague. «C'est une question d'équilibre» entre le droit du public de connaître la vérité et son droit de donner un mandat à son nouveau gouvernement, a-t-il avancé.
À Ottawa, le président du Conseil du trésor, Reg Alcock, a indiqué que le gouvernement, avant les élections, allait «s'assurer que tous les faits soient sur la table, dans la mesure de nos possibilités, et que les gens comprennent qui est responsable et ce qui sera fait».
Le député conservateur et président du comité des comptes publics, chargé lui aussi d'étudier le dossier des commandites, John Williams, estime que son comité pourrait publier un rapport intérimaire avant les élections. «C'est quelque chose de faisable dont peut parler le comité, à savoir publier un rapport intérimaire qui cerne les enjeux et où on se dirige», a-t-il dit.
«Un problème québécois»
Après son passage à Québec, Paul Martin s'est rendu à Montréal pour rencontrer les représentants du Chantier de l'économie sociale. Lors d'un point de presse, le premier ministre a toutefois dû faire face à une autre controverse. Le ministre d'État pour le Développement économique du nord de l'Ontario et député de la région de Thunder Bay, Joe Comuzzi, a déclaré jeudi dernier au quotidien Chronicle-Journal que le scandale des commandites était avant tout un phénomène circonscrit à la province du Québec. «C'est un problème québécois, et j'imagine que c'est ainsi qu'ils font de la politique là-bas», a-t-il dit.
C'est tout à fait inacceptable. Je suis québécois. La politique québécoise est très saine», a affirmé Paul Martin. Certains problèmes sont survenus au Québec, dit-il, mais il existe, a-t-il rappelé, des exemples de scandales dans d'autres provinces comme ceux qui ont secoué le gouvernement conservateur de Grant Devine en Saskatchewan et le gouvernement du Nouveau Parti démocratique de Glenn Clark en Colombie-Britannique. «C'est des choses qui arrivent [et] qui ne devraient jamais arriver. Mais je vais vous dire quelque chose: je suis très fier d'être québécois et de la politique que nous avons ici au Québec. La question des commandites, ce n'est pas typiquement québécois. Pas du tout», a dit M. Martin. M. Comuzzi et son cabinet se sont murés dans le mutisme, hier.
Le premier ministre n'était pas le seul à désapprouver les propos de son ministre. Le président du Conseil privé, Denis Coderre, a indiqué qu'il allait se «payer un petit déjeuner-causerie» avec le principal intéressé pour aller au fond des choses. Il s'oppose à cette tactique qui vise à isoler une région du pays.
M. Coderre reconnaît que les révélations à propos du programme de commandites ont déclenché une vague de sentiments anti-Québec au Canada. C'est au Québec que les malversations se sont produites, ce sont des agences de publicité québécoises qui ont empoché de généreuses commissions de 15 % sur les commandites sans nécessairement effectuer un travail justifiant cette rétribution. «Si les médias sont le reflet de ce qu'on entend partout à travers le Canada, oui, il y a du "Québec bashing" présentement, et je trouve ça extrêmement regrettable», a dit M. Coderre.
Son collègue Jacques Saada, le leader en Chambre, a dit vouloir vérifier avec Joe Comuzzi avant de réagir à ses propos. «Ça me paraît tellement aberrant, ce n'est pas acceptable. Les Québécois sont autant attachés que les autres au respect de la loi.»
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, ne contenait pas sa colère à la lecture des propos «inqualifiables» de M. Comuzzi. Paul Martin «devrait intervenir et demander sa démission parce que ça contredit tout ce qu'il nous a dit». Il a ajouté: «On tente de salir le Québec partout à travers le Canada en disant que c'est une façon québécoise. Ce n'est pas une façon québécoise, c'est une façon libérale de faire de la politique. Et la preuve, c'est que le Bloc québécois est ici. Si les gens votent pour le Bloc, c'est qu'ils ne veulent pas être complices de ce que font les libéraux.»
Pour la première fois, l'ancien ministre et député de Saint-Laurent, Stéphane Dion, s'est prononcé sur le scandale des commandites. «Il y a eu des voleurs, et les voleurs doivent payer et aller en prison. Mais j'ai pleinement confiance en l'honnêteté de tous mes collègues, du premier ministre Martin et de l'ancien premier ministre Chrétien. Et je voudrais dire aux gens: avant de condamner M. Gagliano, laissons-lui la chance de s'expliquer, d'entendre ce qu'il a à dire. Je veux croire que M. Gagliano est un homme honnête aussi.»
Le scandale des commandites ne manquera pas d'occuper une large place, aujourd'hui, à la Chambre des communes. Le Parti conservateur consacrera sa journée d'opposition aujourd'hui à enfoncer ce clou.
Avec la collaboration de Manon Cornellier et de Kathleen Lévesque

»» programme de commandites
"Il est bon, le café..."
Michel Vastel
Le Soleil mardi 17 février 2004
Certains plongent le nez dans leur assiette quand la conversation devient trop embarrassante. Paul Martin, lui, brandit sa tasse : "Il est bon, le café...", a-t-il dit à deux reprises hier matin.
Il faut être vraiment mal pris pour faire dévier une question en félicitant LE SOLEIL sur la qualité de son café ! Ce n'est même pas vrai : c'était de la vraie "bibine", ce café ! Mais à ce moment-là, les membres de la table éditoriale du quotidien de la capitale l'entraînaient sur un terrain glissant : l'héritage de Jean Chrétien.
L'idée a-t-elle traversé l'esprit du nouveau premier ministre qu'il est actuellement victime d'une ultime manoeuvre de son prédécesseur pour l'empêcher de devenir premier ministre du Canada ? "Il est bon, le café !"
En privé, les amis de Paul Martin ne se gênent pas pour citer chacun des détours que l'ancien premier ministre a pris pour l'empêcher de devenir chef du Parti libéral du Canada. Maintenant que le putsch a réussi malgré tout, "le petit gars de Shawinigan" intrigue-t-il pour l'empêcher de gagner les prochaines élections ? C'était leur façon de répondre à ma question...
Ce qui compte, dans ce genre d'entretien à bâtons rompus, c'est d'observer le visage de l'interlocuteur et son langage. Quand il a entendu parler de "coup fourré de Jean Chrétien", le visage de Paul Martin s'est crispé dans un rictus qui semblait vouloir dire : "Maudit que j'aimerais ça, répondre à votre question !" Bien sûr qu'il y a pensé, lui aussi, et ses mots en disent long !
Ainsi, quand il a lu le rapport de la vérificatrice générale pour la première fois, après le 15 novembre, il fut d'abord "dégoûté". Puis "écoeuré" en repensant à tous les efforts qu'il faisait au même moment, dans la deuxième moitié des années 90, pour convaincre les Canadiens de se serrer la ceinture. Et quand il parle des cadres des sociétés d'État qui ont fait "ces passes-là", il n'y a aucun doute qu'il les considère comme de véritables escrocs !
Va-t-il les limoger immédiatement, en particulier ce Michel Vennat qui, à la Banque de développement du Canada, harcelait le président François Beaudoin ? "Il est bon, le café !"
Cela fait cinq ans au moins que Paul Martin se prépare à devenir premier ministre. Il a des idées sur tout : comment traiter avec ses homologues des provinces, comment réorganiser la gouverne du monde, comment donner aux villes les moyens de s'administrer... "Je veux faire tout cela, changer la culture du gouvernement", résume-t-il.
Mais l'homme sait très bien qu'il ne pourra réaliser ses ambitions sans avoir regagné la confiance des citoyens. Au milieu des années 90, il a réussi à éliminer le déficit parce que les Canadiens lui faisaient confiance. Aujourd'hui, son programme de chef de gouvernement est encore plus ambitieux, et il sait qu'il ne le réalisera pas sans un appui encore plus large de la population.
Paul Martin est comme un chef cuisinier qui voudrait bien traiter ses hôtes comme ils ne l'ont jamais été. Mais depuis ces quelques semaines qu'on lui a remis les clefs de la chambre froide, il passe son temps à faire le ménage. Avouons que ce n'est pas très glorieux !
Hier à Québec, l'accueil des gens fut poli, plutôt sympathique, voire compatissant. Et quand je lui ai donné une chaleureuse poignée de main au moment de son départ, il y avait dans son regard un mélange de gratitude et d'angoisse. Il sait qu'il n'aura pas toujours un accueil aussi poli !
Quand il défend le Québec comme il le fait depuis deux jours - "L'unité nationale, cela ne s'achète pas ; les Québécois ne veulent pas être achetés...", dit-il avec conviction - ,Paul Martin me fait penser à Brian Mulroney dans les pires moments de crise de l'aile québécoise de son propre parti. Ces chefs-là respectent le Québec et la façon "saine" dont on y fait de la politique. Et ils n'ont pas peur de l'affirmer, même à contre-courant, lorsque, comme aujourd'hui, tous les commentateurs du Canada anglais pensent le contraire. Les cyniques diront que Paul Martin - tout comme Brian Mulroney en 1988 - a bien besoin de la Belle Province pour sortir vainqueur de la prochaine campagne électorale. Il n'empêche qu'il y a du courage à défendre l'intégrité des Québécois par les temps qui courent.
En tout cas, Paul Martin n'a certainement pas l'intention de reporter la campagne électorale. Le rythme des assemblées de mise en candidature s'accélère et, dès que le Parlement aura approuvé les nouvelles frontières électorales, le premier ministre n'attendra pas longtemps pour partir en campagne. C'est qu'après la formation d'un nouveau cabinet, la lecture du discours du Trône et la présentation d'un budget, il ne lui restera plus rien à faire. Déjà, la machine tourne à vide en débattant de projets de loi hérités de l'ère Chrétien.
Paul Martin a hâte de se débarrasser de l'épreuve obligée d'une élection générale pour passer aux affaires sérieuses : les sommets internationaux, les conférences avec les premiers ministres provinciaux, et un profond changement de culture au sein de l'administration fédérale.
"Là, je suis premier ministre !" dit-il lorsqu'il s'emballe. Autrement dit : "J'ai le pouvoir de changer des choses..." J'ai alors failli lui dire : "Il est bon, votre café, Monsieur le premier ministre !"
Car Paul Martin sait très bien qu'il sera vraiment premier ministre lorsque les Canadiens auront élu une majorité de députés libéraux. C'est seulement alors qu'il ne devra plus rien à Jean Chrétien. Pour le meilleur et pour le pire...
MVastel@lesoleil.com

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Paul Martin en entrevue au soleil :
Commandites : des têtes vont rouler avant le scrutin
Raymond Giroux
Le Soleil mardi 17 février 2004
"Dans les sociétés d'État qui ont fait ces passes-là, il y a quelqu'un qui savait"
Des têtes vont tomber, dans le scandale des commandites, et ce, avant même les prochaines élections, a assuré Paul Martin au SOLEIL, hier, lors de sa première entrevue éditoriale depuis son arrivée au pouvoir, le 12 décembre dernier.
Cinq sociétés d'État, soit Postes Canada, VIA Rail, le Vieux-Port de Montréal, la Banque de développement du Canada et la GRC, ont été pointées comme complices des malversations de ce programme de 250 millions $ par la vérificatrice générale, Sheila Fraser, la semaine dernière.
"Oui, oui, dans plusieurs de ces cas, cela ne sera pas nécessaire d'attendre plus que le rapport du Conseil du Trésor", a lancé le premier ministre, toujours aussi outré et déstabilisé à la fois par cette affaire. M. Martin a toutefois refusé de donner des noms et précisé que dans un certain nombre de cas, "il va falloir attendre le rapport du juge John H. Gomery et celui du Comité parlementaire des comptes publics" que préside le conservateur John Williams.
Sur la question de retarder les élections attendues pour le 10 mai, justement le temps que prennent fin ces enquêtes, une demande que le premier ministre a entendue à satiété lors d'une longue émission de radio, en fin de semaine, M. Martin ne donne aucun indice d'un changement de cap.
Le premier ministre a invoqué la nécessité de rechercher un "équilibre" entre le droit de savoir de la population sur le scandale des commandites et le besoin pour le gouvernement d'obtenir un mandat de la population.
"Nous avons un programme très ambitieux et les premiers ministres ont demandé de me rencontrer cet été pour rétablir la confiance dans notre système de santé", a-t-il dit en insistant clairement sur le mandat de gouverner.
Interrogé notamment sur le sort de Jean Pelletier, à VIA, d'André Ouellet, aux Postes, et de Michel Vennat, à la BDC, M. Martin est resté coi. "Je n'ai pas l'intention de parler de qui que ce soit. Aussitôt qu'on a les faits, on bouge, et quand on dit qu'on bouge, on va bouger !
"Dans les sociétés d'État qui ont fait ces passes-là, il y a quelqu'un qui savait. Cela ne se fait pas tout seul, a-t-il dit. Je ne sais pas si les présidents le savaient, l'enquête va nous le dire."
Le président du Conseil du Trésor, Reg Alcock, a déjà envoyé une lettre à tous les présidents des organismes concernés. "On demande des comptes ; il s'y est passé des choses inacceptables et il faut attendre qu'il tire ses conclusions", dit M. Martin.
Un piège ?
A-t-il été piégé par le gouvernement de son prédécesseur Jean Chrétien, qui connaissait le rapport de Mme Fraser sur les commandites avant de proroger le Parlement ? "Le café est bon", réplique-t-il sur un ton qui en dit long sur son état d'esprit.
Mais il se laisse quand même aller quelque peu : "Je ne suis pas content, cela est sûr. Quand je dis que je suis furieux, je suis furieux pour beaucoup de raisons", admet-il.
En plein assainissement
Sa rage prend même un côté personnel, par moments. "En 1994, lors qu'on a fait le budget de 1995, l'assainissement des finances publiques n'était pas facile, raconte-t-il. Il était absolument crucial d'avoir un consensus national et l'approbation du public.
"J'ai passé beaucoup de temps partout au Canada à expliquer ce qu'il fallait faire, poursuit-il. Quand je pense qu'en même temps qu'on faisait cela, un groupe de gens faisaient ce qu'ils étaient en train de faire, je ne devrais pas le dire, mais ça m'écoeure !"
"Avez-vous écarté des ministres à cause du scandale, lors de la formation du nouveau cabinet ? lui demande-t-on. "Non, pas vraiment. Le ministre en charge était Alfonso Gagliano, et je pense que la vaste majorité des ministres ne savaient pas" ce qui se passait.
"On savait qu'il y avait des problèmes administratifs, et le sous-ministre avait dit qu'il n'y avait rien de criminel, en comité parlementaire. Mais jusqu'au rapport sur Groupaction, en mai 2002, on ne savait pas qu'il y avait des chèques de complaisance et des factures non payées.
"Quand j'ai lu le rapport pour la première fois, je dois vous dire que j'ai été vraiment dégoûté, dit-il. Je n'en revenais pas et j'étais révolté. C'est inconcevable qu'un groupe de personnes ait brisé la confiance du public de cette façon.
"Je tiens à ce que l'examen soit ouvert, transparent, ajoute M. Martin. La population est révoltée, je suis révolté, la population attend de nous des réponses le plus vite possible et s'attend à ce que ceux qui sont impliqués en subissent les conséquences.
"Je peux vous assurer sans équivoque que cela va arriver, et ce, le plus vite qu'on va être capable de le faire", assure-t-il.
RGiroux@@lesoleil.com

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'I was never keen' on federal sponsorship program: Martin
KEVIN DOUGHERTY and HUBERT BAUCH
The Montréal Gazette Tuesday, February 17, 2004
Won't commit to delaying spring election. In Quebec City, PM announces candidacy of adviser, but can't avoid questions about scandal
Paul Martin wanted to talk economics in Montreal yesterday, but fielded questions on the sponsorship scandal instead.
Offering good government is a better way to ensure national unity than paying for expensive sponsorship programs, Prime Minister Paul Martin said yesterday.
"National unity is the result of a country that works," he told reporters. "It isn't the result of a successful (visibility) program."
At a news conference, Martin was bombarded by questions about the $250 million auditor-general Sheila Fraser identified as being spent on sponsorship programs to display the Canadian flag in Quebec when Jean Chrétien was prime minister.
Martin insisted that although he was finance minister at the time, he was not aware of what was going on.
"I don't know where this money went," he said.
Martin would not say whether he would delay the expected spring election until the guilty parties in the sponsorship scandal are identified.
"We have to strike the right balance," he said. "On one hand, the public has a right to know what happened. On the other hand, they have a right to say that a new prime minister with a new government - it is really a new government, it has changed fundamentally - should seek a mandate."
Martin said he is "furious and disgusted" with the sponsorship scandal, adding: "Those who did it are going to pay for it."
He noted that one of his first acts as prime minister was to cancel the sponsorship programs and he has named an inquiry under Justice John Gomery of Quebec Superior Court to look into the scandal.
Martin said his government wants to fund the festivals and cultural events in Quebec that benefited from federal largesse under the sponsorship program. But visibility for the federal government will not be a priority.
"Myself, I was never keen on that idea," Martin said of efforts to show the Maple Leaf flag in Quebec after the 1995 close-call referendum.
"I believe Quebecers have a deep attachment to Canada," he added. "They want Canada to succeed. They want to belong to a Canada that has national objectives, of economic growth and quality of life.
"And if we offer good government in Ottawa, we will be able to work together for future generations."
Martin was in Quebec City to announce his close friend and trusted adviser Dennis Dawson would be the Liberal candidate in the newly-created Quebec City riding of Beauport.
"He has a deep understanding of business, a deep understanding of government and the whole political question," Martin said of Dawson.
Dawson was Liberal MP for Louis-Hébert riding 1977 until he was defeated in 1984. After losing his seat, he worked at Martin's Canada Steamship Lines before becoming a public-relations adviser and lobbyist with Hill & Knowlton-Ducharme-Perron in Quebec City.
Among his clients as a lobbyist were AMEX Canada Inc., Eurocopter Canada Ltd., Westjet Airlines and the State of Alaska revenue department.
Martin said that as an adviser, Dawson would tell him, "You have to shake hands. You have to smile."
"I am so happy to say, Dennis, you have to start smiling. And for the love of God, try to be charming," Martin said, indicating Dawson would play an important role in his government, and calling Dawson's nomination "a very, very important candidacy for the Liberal Party, but I have to tell you, also important for Canada."
In Montreal, Martin spoke briefly to reporters after a meeting with representatives of co-operative and non-profit enterprises.
He said he was there to talk about the growing social economy and the importance his government intends to accord it, but reporters were singularly interested in quizzing him about the sponsorship scandal.
Martin said he was convinced members of his government are not tainted by the scam, since they were grilled before being named to cabinet about any skeletons that might lurk in their closets.
"I talked to all of our cabinet ministers at the time they went into cabinet," he said. "They went through a whole series of questions asking if there was anything to be concerned about, and every single one of them passed."
Martin said he is also convinced former prime minister Jean Chrétien is innocent. Martin said Chrétien will have to decide if he will testify before the inquiry if called, but said he himself would have no hesitation.
"I am quite prepared to testify in front of the inquiry, and would be very anxious to do so," he said. "Individuals will have to make their own decisions."
kdougherty@thegazette.canwest.com
hbauch@thegazette.canwest.com

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Sondage :
Chrétien devrait témoigner, croient les Canadiens
Denis Lessard
La Presse mardi 17 février 2004
Québec - Les Canadiens sont presque unanimes: neuf électeurs sur 10 estiment que Jean Chrétien doit témoigner devant une commission d'enquête indépendante, pour expliquer " ce qu'il savait " du controversé programme de commandites.
De plus, presque deux Canadiens sur trois jugent que le premier ministre Paul Martin devrait reporter les prochaines élections générales, le temps qu'une enquête impartiale fasse toute la lumière sur l'utilisation des fonds publics dans ce programme controversé.
Ces constats percutants se trouvent dans une enquête Ipsos-Reid, commandée par The Globe and Mail et publiée aujourd'hui. Le sondage mené du 11 au 15 février auprès de 1055 personnes est précis à 3,6 points de pourcentage près. Sur les intentions de vote au Québec, Ipsos-Reid rejoint la lecture de la maison CROP publiée par La Presse samedi. Le PLC est en chute libre, tombé à 31 % des intentions de vote au Québec, une glissade de 9 % en quelques jours. Samedi, CROP estimait que seulement 34 % des Québécois conservaient leur appui au parti de Paul Martin, une chute de 17 % en un mois.
Sur le plan national, le PLC a chuté de 13 points en un mois, observe Ipsos-Reid. Les conservateurs ont grimpé de 8 %, tandis que les néo-démocrates et les bloquistes restent au même niveau.
Pour 65 % des Canadiens, le premier ministre Paul Martin devrait surseoir à son plan de campagne électorale tant qu'une enquête complète n'aura pas été faite sur ce scandale. Un répondant sur trois estime qu'au contraire rien n'empêche la tenue d'élections générales. La résistance aux élections rapides se sent surtout dans les Maritimes (70 % d'opposition), en Ontario et en Alberta (67 % chacune). C'est au Québec et en Colombie-Britannique qu'on voit le moins d'inconvénients à des élections avant une enquête. Néanmoins, 61 % des gens pensent que Paul Martin devrait attendre.
Partout au Canada, les gens veulent que Jean Chrétien soit appelé à témoigner pour expliquer ce qu'il savait du programme de commandites où, selon la vérificatrice générale Sheila Fraser, plus de 100 millions de fonds publics furent dilapidés entre 1997 et 2001. Pas moins de 90 % des Canadiens veulent que M. Chrétien comparaisse dans le cadre de l'enquête du juge Gomery. Seulement 8 % ne trouvent pas d'utilité à ce témoignage et 2 % n'ont pas d'opinion à ce sujet.
Chrétien ironise
De retour d'un voyage en Chine, l'ancien premier ministre Jean Chrétien a refusé de répondre aux questions sur la controverse des commandites hier. " On devrait faire du ski aujourd'hui, ce serait mieux ", a-t-il blagué à la sortie de son bureau à l'heure du midi. Il a continué de s'amuser quand les journalistes lui ont demandé ce qu'il pensait de la défense du gouvernement de Paul Martin. " Je ne pense plus maintenant ", a-t-il répliqué avant d'ajouter: " J'étais au gouvernement, j'ai répondu à toutes vos questions, à beaucoup d'entre elles. Maintenant, si vous avez des questions posez-les au gouvernement ", a-t-il dit d'un ton qui tranchait passablement avec celui de Paul Martin hier.
Le sondage Ipsos montre que 95 % des citoyens des Maritimes veulent que M. Chrétien s'explique comme 93 % des Albertains. Au Québec et en Ontario, on est proche de la moyenne canadienne avec 91 % et 90 % des gens qui veulent entendre les explications de l'ancien premier ministre.
Près d'un répondant sur trois, soit 29 %, estime que Jean Chrétien est le plus à blâmer pour le dérapage des commandites. Paul Martin arrive tout de suite après avec 22 % des gens qui croient qu'il doit accepter la responsabilité de cette affaire. Seulement 16 % des gens estiment que c'est le ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, qui parrainait le programme de commandites, qui est responsable de ce qui est arrivé. Seulement 7 % de la population accepte la thèse lancée par le gouvernement Martin la semaine dernière voulant qu'une poignée de fonctionnaires doivent porter la responsabilité de ce gaspillage. Par ailleurs, plus d'une personne sur 10, soit 12 %, estime que tout le monde, politiciens et fonctionnaires, devrait être blâmé. Toutefois, relève Ipsos, 14 % des gens avouent ne pas savoir qui est responsable de ce scandale.
Les Ontariens sont les plus durs à l'endroit de l'ancien premier ministre, avec 31 % des répondants qui lui imputent la responsabilité de ce scandale. Les Québécois, comme les résidants des Prairies, estiment dans une proportion de 27 % qu'il est à blâmer. Les répondants âgés sont les plus durs à l'endroit de l'ancien premier ministre: 34 % des plus de 55 ans estiment qu'il est responsable contre 26 % des gens de moins de 34 ans.
Pour 22 % des Québécois, Paul Martin doit porter le blâme de cette affaire - 23 % des Ontariens et 24 % des résidants de Colombie-Britannique partagent ce point de vue. Ce sont les Canadiens des zones urbaines qui sont les plus critiques à l'endroit de l'actuel premier ministre.
Les deux tiers des Canadiens, soit 67 %, estiment que Paul Martin savait " quelque chose " (34 %) ou " beaucoup " (33 %) sur le programme de commandites. Un Canadien sur quatre pense que l'actuel premier ministre savait " peu " (17 %) ou " rien " (8 %) des abus du programme fédéral.

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Jean qui rit, Paul qui rage
Vincent Marissal
La Presse mardi 17 février 2004
Les deux scènes vues en enfilade n'arrangeront pas les choses pour les libéraux: à Ottawa, Jean Chrétien, l'air relax, le ton badin, qui se moque des journalistes et refuse de répondre à leurs questions sur le scandale des commandites, leur suggérant plutôt d'aller faire du ski. Puis, à Montréal, son successeur, Paul Martin, les traits tirés, la réplique sèche, qui se fait cuisiner sans relâche par les reporters.
On ne peut s'empêcher de remarquer le nonchalance du premier et la nervosité du second. Cette nonchalance de Jean Chrétien est en quelque sorte sa marque de commerce. Elle est aussi la raison de la nervosité de Paul Martin. Si l'ancien premier ministre avait pris au sérieux les risques de dérapages du scandale des commandites, Paul Martin n'en serait pas là. S'il n'avait pas nommé Alfonso Gagliano ambassadeur du Canada au Danemark, Paul Martin n'aurait pas eu à le dégommer. S'il n'avait pas eu, au départ, cette idée de tapisser le Québec de feuilles d'érable... Si, si, si, c'est ce que se dit Paul Martin depuis une semaine.
La différence entre les deux hommes tient dans les deux scènes d'hier. Jean Chrétien a toujours eu le réflexe de laisser l'opposition et les médias se déchaîner contre son gouvernement sans trop s'exposer et en faisant, finalement, à sa tête. Quand on finissait par le coincer, aux Communes ou dans les points de presse, il s'esquivait le plus souvent avec une boutade. C'est un peu cynique de le dire aujourd'hui, mais force est de constater que cette attitude ne l'a pas trop mal servi.
Paul Martin, tout au contraire, prend le taureau par les cornes, seul dans l'arène, promettant haut et fort de terrasser la bête et de sortir du combat plus fort que jamais. Ou de mourir au champ d'honneur!
Il y a quelque chose de presque chevaleresque dans cette attitude de monter au front, de prendre les coups, d'autant, avouons-le, que ce n'est pas lui qui était premier ministre au moment où Ottawa dilapidait les fonds publics dans des logos du Canada, en graissant au passage la patte de quelques amis du régime.
Devenu premier ministre il y a à peine deux mois, Paul Martin a affronté volontairement le feu des médias plus souvent que l'a fait son prédécesseur au cours des cinq dernières années de son règne. Rarement aura-t-on assisté à une telle opération de damage control menée par un premier ministre.
Pourtant, cruelle conclusion, les Canadiens ne croient pas Paul Martin. La majorité d'entre eux pensent qu'il en sait plus qu'il ne l'avoue. La majorité le suspecte de vouloir déclencher des élections rapidement pour noyer le poisson, avec pour résultat qu'une portion importante de l'électorat tourne maintenant le dos aux libéraux.
Le problème de crédibilité de M. Martin tient d'abord dans ses contradictions, en particulier dans son refus de s'engager à ne pas tenir d'élections tant que nous n'aurons pas tous les faits de cette histoire. Le premier ministre, devant la grogne qui monte, n'aura peut-être pas le choix de retarder ses projets électoraux, mais en attendant, il tient un double langage. D'un côté, il affirme vouloir faire toute la lumière sur le scandale des commandites. Mais d'un autre côté, il ne peut assurer les Canadiens, avant de connaître le résultat de l'enquête publique, que personne dans son équipe (ministres, députés, candidats ou organisateurs) n'a été mêlé de près ou de loin au scandale. Paul Martin nous demande donc, tout en se disant horrifié par ce scandale, de lui accorder l'entier bénéfice du doute. Votez tout de suite, on attrapera les coupables plus tard! C'est beaucoup demander aux Canadiens ces temps-ci.
On sait que certains ministres ou députés seront appelés à témoigner dans l'enquête publique et on sait très bien que quelques personnages libéraux (dont le ministre Denis Coderre ou l'ancien lieutenant de Jean Chrétien, Martin Cauchon) entretenaient des liens d'amitié avec les propriétaires des firmes identifiées dans le rapport de la vérificatrice générale. On a, par ailleurs, toute raison de croire qu'une partie des 100 millions versés en commissions aux agences de publicité est revenue dans la machine électorale du PLC. Qui peut garantir aujourd'hui que tous les libéraux qui ont participé ou qui ont eu vent de cette manoeuvre lors des élections de 2000 ne sont plus actifs dans le parti?
Autre contradiction de Paul Martin: il affirme maintenant avoir toujours été contre le principe même du programme des commandites. Un gaspillage d'argent (50 millions par année pendant cinq ans!), a-t-il dit en substance dimanche sur CBC. " On n'achète pas l'unité nationale en mettant des signes sur des panneaux ", a lancé le premier ministre. Pourtant, on ne se souvient pas d'avoir entendu Paul Martin critiquer ce fameux programme quand il était ministre des Finances du gouvernement Chrétien. Pendant des années, il s'est assis à la table du cabinet sans rien dire. Il a participé à un nombre incalculable de réunions du caucus québécois sans soulever la question du programme de commandites. Il a été acclamé à tous les congrès de l'aile québécoise du PLC sans jamais émettre publiquement la moindre réserve sur cette stratégie à laquelle il ne croyait pas. Et le nouveau premier ministre rejette aujourd'hui le blâme sur l'ancien régime en affirmant que ce programme était une erreur au départ. Facile.
Pendant ce temps, malgré ses facéties devant les collègues d'Ottawa, Jean Chrétien suit tout ça de près et il s'inquiète pour l'unité du Parti libéral, disent des proches.
Voilà qui devrait consoler Paul Martin.

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Je, soussigné...
André Pratte
La Presse mardi 17 février 2004
La colère rouge des Canadiens à la suite des dernières révélations relatives à l'affaire des commandites se double d'une question insistante: qui? Qui a conçu cette malversation? Qui y a participé? Qui était au courant?
Le gouvernement libéral doit à la population de lui fournir au plus tôt les réponses à ces questions. Tant qu'il ne l'aura pas fait, il serait immoral d'appeler le peuple aux urnes. Et nul besoin d'attendre l'enquête du juge John Gomery: le premier ministre, Paul Martin, doit exiger sur-le-champ de ses députés québécois, de ceux qui étaient membres du cabinet à l'époque, de même que des dirigeants des sociétés d'État, des réponses concrètes et précises.
La semaine dernière, M. Martin a soutenu que " tous ceux qui, tout en connaissant les faits, ont préféré fermer les yeux et ne pas intervenir, devraient démissionner immédiatement. Et tous ceux qui détiennent de l'information propre à faire la lumière sur toute cette affaire devraient se manifester volontairement, sans attendre qu'on les y contraigne. "
Le chef libéral doit passer du souhait à l'action. Au moment où se fait le choix des candidats en vue des prochaines élections, M. Martin est en droit d'exiger de tous, députés ou aspirants, qu'ils signent une déclaration solennelle. Cette déclaration, adressée aux électeurs de leur circonscription, pourrait prendre la forme suivante:
Je, soussigné, affirme que je n'ai rien su du détournement de fonds publics décrit dans le dernier rapport de la vérificatrice générale avant que l'affaire ne commence à faire l'objet de reportages des médias, à compter de mars 2002. Avant cette date, j'ignorais que des agences de communication contribuant aux coffres du PLC empochaient des sommes importantes en échange de services fictifs. J'ignorais aussi que le ministère des Travaux publics et des sociétés de la Couronne étaient impliqués dans ce stratagème.
À l'instar du premier ministre, M. Paul Martin, je m'engage à démissionner sans attendre si jamais il est démontré que cette déclaration n'est pas véridique.
Le premier ministre devrait ensuite publier la lettre et les noms de ceux qui ont accepté d'y apposer leur signature. Toute personne qui aurait refusé de le faire ne pourrait être candidate pour le Parti libéral.
Nous entendons déjà les politiciens s'esclaffer devant une suggestion aussi naïve. Eh! bien, si cela leur paraît insignifiant à ce point, ils ne devraient avoir aucune hésitation à signer!
Pourquoi une déclaration écrite? Parce que jusqu'ici, certains élus ont réussi à se défiler. D'autres ont formulé des réponses ambiguës. Dans le climat de cynisme actuel, les Canadiens ne seront pas convaincus par les entourloupettes verbales dont nos politiciens ont le secret.
Le premier ministre devrait aussi exiger des dirigeants des entités d'État mêlées au scandale (Via Rail, Postes Canada, la Banque de développement du Canada, la Société du Vieux-Port de Montréal, la Gendarmerie royale du Canada) de fournir IMMÉDIATEMENT au public canadien des explications claires et détaillées, et de prendre toutes les mesures appropriées, notamment le congédiement des personnes responsables.
Les membres de l'administration précédente, à commencer par l'ancien premier ministre et sa garde rapprochée, ont aussi l'obligation morale de répondre aux questions que se posent les Canadiens. Bien sûr, ils peuvent attendre d'être convoqués par le juge Gomery. Cependant, cet attentisme ne servira personne: ni eux-mêmes ni tous ceux dont la réputation est injustement salie ni le Parti libéral du Canada. Et encore moins l'intérêt public.
On dira que de telles exigences sont excessives, qu'elles relèvent de l'inquisition plutôt que de la reddition de comptes. En réalité, elles sont à l'échelle de l'ampleur sans précédent du scandale.

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Un scandale qui nous éclabousse tous
Alain Dubuc
Le Soleil samedi 14 février 2004
Nous savions depuis trois ans, grâce à de nombreuses fuites et révélations, que le programme de commandites du gouvernement Chrétien avait donné lieu à de très sérieux abus. Mais nous ne pouvions pas imaginer, avant la publication du rapport de la vérificatrice générale, à quel point la magouille, le mépris des règles, la dissimulation étaient érigés en un véritable système.
Cette affaire constitue un scandale politique majeur, qui nous choque et qui nous éclabousse tous. Les Canadiens, jusqu'ici, pouvaient croire que leur pays échappait à la corruption qui caractérise la vie politique d'autres pays industrialisés, ne serait-ce que la France et l'Italie. Nous faisons maintenant partie du club. C'est également gênant pour le Québec, qui a pourtant fait beaucoup pour assainir la vie publique, notamment avec ses règles sur le financement des partis politiques, et qui deviendra clairement, aux yeux du reste du Canada, la patrie de la corruption.
Il faut se réjouir du fait que les citoyens aient été très choqués par ces révélations, parce que cela signifie que le cynisme n'a pas pris le dessus. Les gens ne tolèrent pas ce genre d'abus. Le devoir de nos politiciens est de rompre avec ces pratiques, d'identifier les responsables, de nettoyer l'écurie et de prendre tous les moyens pour que de tels dérapages ne se reproduisent plus, pour gouverner proprement et aussi pour rétablir la confiance dans les institutions.
Pour l'instant, la réflexion de nos politiciens, à Ottawa, vole beaucoup plus bas, sur toile de fond préélectorale. Toutes les attaques portent sur Paul Martin, que l'on veut associer le plus possible au scandale. Ces critiques très dures s'inscrivent dans une stratégie de tous les partis d'opposition qui, confrontés à la popularité de Paul Martin, tentent par tous les moyens de s'attaquer à sa personne, dans ce dossier comme dans bien d'autres.
Ne nous trompons pas de cible. La vérité, ne l'oublions pas, c'est que le système dévoilé par la vérificatrice générale a été mis en place sous le gouvernement de Jean Chrétien. Plusieurs des magouilleurs étaient proches du premier ministre et de son cabinet, à commencer par son organisateur politique au Québec, Alfonso Gagliano. M. Chrétien a été mêlé de près à d'autres histoires, notamment l'affaire de l'Auberge Grand-Mère qui a connu un dénouement peu honorable cette semaine, à la Cour, quand l'ex-président de la Banque de développement du Canada a eu gain de cause contre d'autres amis de l'ex-premier ministre qui l'avaient carrément harcelé parce qu'il résistait aux pressions. C'est M. Chrétien qui, dans ces dossiers, a manifesté une légèreté et une indifférence troublantes, et c'est lui, qui, lorsque le ministre Alfonso Gagliano a été montré du doigt, dans un geste à la fois loufoque et indécent, digne d'une république de bananes, l'a nommé ambassadeur au Danemark.
Cela étant dit, il est inévitable que Paul Martin en subisse les contrecoups. D'abord parce qu'il était le numéro deux du gouvernement Chrétien et qu'à ce titre, il doit partager la responsabilité des gestes qui ont été commis sous une administration libérale dont il était un pilier. Ce sont les libéraux qui auront à payer la note politique d'un scandale qui fut le fait de libéraux.
La cause profonde de ce dérapage, c'est l'usure du pouvoir et ses effets pervers, l'arrogance, la confusion progressive entre le bien public et les intérêts personnels, le sentiment d'impunité d'un gouvernement qu'aucune opposition ne menace. C'est pour éviter ces abus que les démocraties privilégient l'alternance du pouvoir. Il est donc normal que l'on s'interroge sur la capacité de Paul Martin de regénérer ce parti et de couper avec son passé récent.
Mais il y a une énorme différence entre cette responsabilité collective des libéraux, et donc de leur chef, et la responsabilité individuelle de Paul Martin. C'est le sens de toutes ces questions, tentant de suggérer qu'il savait ce qui se passait, auxquelles le premier ministre a bien répondu jeudi. Il n'y aura qu'une seule façon d'en avoir le coeur net : lors de l'enquête publique indépendante promise par M. Martin. Sauf que les soupçons reposent sur deux prémisses fausses, celle qu'un ministre des Finances connaît le fonctionnement interne des divers ministères et celle que Paul Martin était proche de l'organisation libérale au Québec.
Souvenons-nous de la guerre entre Paul Martin et Jean Chrétien, laquelle a finalement mené les libéraux à précipiter le départ de leur chef. Un des grands thèmes qui a accéléré ce processus est justement l'usure du pouvoir et les scandales qui commençaient à ébranler le gouvernement Chrétien.
Jusqu'ici, Paul Martin a posé les bons gestes : mettre fin aux programmes de commandites, attendre le rapport de la vérificatrice, rappeler Alfonso Gagliano du Danemark, déclencher une enquête indépendante, tenter de récupérer les sommes détournées. Le premier ministre a été décevant quand il a tenté de minimiser, mercredi, l'ampleur du scandale en l'attribuant à une poignée de fonctionnaires. Il a été bien plus convaincant, jeudi, lorsqu'il a précisé ce qu'il savait de ce dossier et surtout quand il a invité ceux qui savaient à démissionner.
Il faut, à cet égard, se méfier des réflexes politico-médiatiques qui mènent à un cul-de-sac. Paul Martin pose un geste. Il tente de se protéger. Mais s'il n'en pose pas, on l'accusera de complicité. Il ordonne une enquête. C'est pour détourner l'attention. Mais s'il n'en avait pas demandé, on l'aurait accusé de camouflage...
Il n'en reste pas moins que Paul Martin, s'il veut se dissocier de scandales associés à son prédécesseur, doit être absolument impitoyable dans le nettoyage et intraitable sur la nécessité d'une rupture avec le passé. C'est la seule façon de convaincre les Canadiens qu'il incarne le renouvellement d'un parti qui a besoin d'être renouvelé.
Président et éditeur
ADubuc@lesoleil.com

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Paul Martin s'en remettra-t-il ?
Michel Vastel
Le Soleil samedi 14 février 2004
Oui ! Mais le grand perdant sera le Québec, dont l'influence à Ottawa et dans le Parti libéral du Canada va tomber bien bas...
Disons-le tout de suite, le nouveau premier ministre paie, depuis deux semaines, pour des erreurs commises par son prédécesseur. De là à penser que Jean Chrétien a laissé des pelures de bananes derrière lui, il n'y a qu'un pas que je franchis tout de suite.
La première semaine de Paul Martin aux Communes a été marquée par cette invraisemblable histoire de contrats obtenus par Canada Steamship Lines. Le total de 161 millions $, sur plus de 10 ans, n'avait rien d'extraordinaire. Mais l'embarras est venu lorsque le gouvernement précédent - pendant que Paul Martin était occupé ailleurs, a soumis à l'opposition officielle un grand total de 137 000 $. Quel imbécile, du sous-ministre des Travaux publics au greffier du Conseil privé puis au leader du gouvernement a pensé qu'il s'agissait d'une réponse acceptable ?
La deuxième semaine a été marquée par ce qu'on appelle maintenant " le scandale des commandites ". Bien sûr que Paul Martin, comme à peu près tout le monde à Ottawa, savait que cette affaire sentait très mauvais, mais la vérificatrice générale, et surtout le sous-ministre des Travaux publics, assuraient qu'il s'agissait de problèmes administratifs. Et, l'eût-il voulu, comment aurait-il pu intervenir ? Quand une telle arnaque est couverte par le bureau du premier ministre, que reste-t-il à un ministre déchu ? Dénoncer la situation en public ? Accuser ses anciens collègues et les amis de Jean Chrétien de corruption ?
Paul Martin est d'abord un homme d'affaires. La combine imaginée à Ottawa, c'est-à-dire de multiplier les intermédiaires pour permettre au plus grand nombre de s'enrichir, c'est tout simplement impensable pour lui. Imagine-t-on, par exemple, la CSL recourir à un intermédiaire pour transférer des fonds à une de ses filiales, permettant au dit intermédiaire de prélever au passage de 15 à 17 % de commission ? La compagnie se serait servie de sa banque.
Le premier ministre a aussi marqué des points en affirmant que " la fin ne justifie pas les moyens ". La campagne de visibilité du gouvernement fédéral se comprenait. Il aurait été seulement moins hypocrite de dire qu'elle concernait seulement le Québec où, de toutes manières, le gouvernement du Parti québécois recourait aux mêmes pratiques. En laissant croire que le Programme de commandites était un programme " national ", on prenait inévitablement le risque de déplaire aux organisateurs d'événements dans le reste du Canada qui ne bénéficieraient pas des mêmes largesses.
Mais il faut aussi reconnaître que Paul Martin a commis une grave erreur en n'écoutant pas ses fonctionnaires. Ceux-ci avaient conclu, à l'analyse du rapport de la vérificatrice générale, qu'il n'y avait rien de dommageable pour le nouveau gouvernement. Au contraire, elle félicite l'actuel ministre des Finances, Ralph Goodale, d'avoir fait le ménage quand il était au Trésor. Le nouveau premier ministre, suggéraient les fonctionnaires, devait tout simplement encaisser le coup, regretter que cela soit arrivé, et s'en remettre à la Gendarmerie royale pour arrêter les coupables.
Le premier ministre et ses conseillers péchèrent toutefois par excès de confiance. Ne venaient-ils pas de conquérir la direction du parti par une écrasante majorité ? L'erreur fut de vouloir jouer au plus fin avec les oppositions et l'opinion publique. En disant qu'il n'était pas au courant, Paul Martin s'engageait dans une dynamique qui le conduisait à mettre le régime de Jean Chrétien, et son propre parti, sous enquête. Du jamais vu !
La tête du pauvre Alfonso Gagliano, un simple exécutant, et celle de quelques fonctionnaires, dont les principaux sont déjà en retraite ou planqués ailleurs qu'au gouvernement, ne suffiront pas. Ce sont tous les amis du régime, confortablement installés dans des sociétés d'État, qui vont payer maintenant.
Le risque est gros : les amis de Jean Chrétien ont commencé à dénoncer les amis de Paul Martin, le groupe Earnscliffe d'Ottawa en particulier qui, lui aussi, recevait de plantureux contrats du ministre des Finances, quoique par des transactions tout à fait normales. Au Québec, c'est le nouveau lieutenant, Jean Lapierre, qui est dans la mire. Lui aussi frayait en eau trouble, avec des gens que Paul Martin appelait jeudi des " crapules ". En fait, je me demande si la candidature de Dennis Dawson dans la région de Québec n'est pas une précaution que prend l'équipe de Paul Martin : Dawson étant détesté par les amis de Jean Chrétien, il n'a jamais fréquenté tous les personnages impliqués dans le Programme de commandites. Si Jean Lapierre sort trop amoché des révélations faites par les uns et les autres, il restera au moins Dennis Dawson pour prendre la direction des troupes libérales au Québec.
Le ton ferme de Paul Martin, jeudi midi, lui a au moins valu un éditorial flatteur dans le Globe & Mail et un changement de ton dans les reportages. Les militants libéraux le croient volontiers lorsqu'il affirme qu'il " n'était pas dans le secret des dieux en ce qui concerne les affaires du Québec ". Ce faisant, il prend habilement ses distances de l'ère Chrétien. Mais il confirme aussi qu'il y avait quelque chose de pourri chez nous.
C'est tout à fait ce que le reste du pays voulait entendre. Depuis que Pierre Trudeau a traité les Canadiens français de " dégueulasse petit peuple de maîtres chanteurs ", l'idée que la loyauté des Québécois s'achète est profondément ancrée dans la psyché canadienne anglaise. Cette semaine, même la télévision nationale anglaise rappelait, par exemple, l'affaire du contrat d'entretien des F-18 - accordé à Bombardier par le gouvernement Mulroney - que personne n'a encore oublié dans l'Ouest.
En fin de compte, les Canadiens anglais ne demanderont pas mieux que de croire que cette ignoble histoire des commandites ne concernait que le Québec, et relevait d'une façon de faire de la politique propre au Parti libéral de Pierre Trudeau et de Jean Chrétien. Peut-être même que, ce faisant, Paul Martin finira par faire croire que " son " Parti libéral et " son " gouvernement sont vraiment différents de ceux de son prédécesseur.
Quant au Québec, il est toujours le même - " What's new ? " - et il ne faut surtout plus lui faire aucune faveur. Après l'affaire du " F-18 ", les ministres québécois de Brian Mulroney me disaient qu'on ne pouvait plus donner un paquet de cigarettes au Québec sans que cela hurle au Canada anglais. C'est ce qui nous attend encore une fois...

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Le PLC dans de beaux draps
Lysiane Gagnon
La Presse samedi 14 février 2004
Les stratèges de Paul Martin en étaient convaincus: avec un nouveau chef, l'affaire était dans le sac. Miroitaient à l'horizon cinq autres belles années de pouvoir, avec, en face des éternels vainqueurs, une opposition plus impotente que jamais.
Erreur! Les prédictions sont toujours risquées, mais ceux qui se hasarderaient aujourd'hui à prédire un gouvernement libéral minoritaire ne feraient pas rire d'eux.
Le NPD, sous la direction de Jack Layton, chef combatif et télégénique, reprend du poil de la bête. Dans l'Ouest, les Prairies et en Ontario, il pourrait enlever assez de votes aux libéraux pour faire passer le candidat conservateur.
Le nouveau PC, s'il réussit à réconcilier ses ailes allianciste et tory, pourrait faire des gains substantiels. Et au Québec, le Bloc, loin d'être balayé comme certains le prédisaient, va bénéficier non seulement de la puissante machine électorale péquiste, mais aussi de l'insatisfaction envers le gouvernement Charest. (En plus, les Québécois ont toujours aimé la balançoire: bleu à Québec, rouge à Ottawa et vice-versa...).
Mais bien sûr, ce qui nuit le plus au Parti libéral du Canada, c'est... lui-même.
À mesure qu'apparaissent au grand jour les manifestations de corruption et les abus de pouvoir dont le gouvernement fédéral s'est rendu coupable, bien des électeurs vont être tentés de voter pour l'opposition- par simple réflexe de colère, pour donner une leçon à ces libéraux qui se croyaient tout permis.
Paul Martin aura beau s'évertuer à se dissocier des méfaits survenus sous le règne de son prédécesseur, l'esquive ne convaincra personne.
Ce système complexe par lequel les fonds publics transitaient vers les amis du parti sous prétexte d'accroître la visibilité du fédéral au Québec aurait pu fonctionner pendant des années sans que le numéro deux du gouvernement Chrétien, qui était au surplus ministre des Finances et vice-président du Conseil du Trésor, en ait entendu parler?
Des rumeurs faisant état de ces transactions illicites couraient ici et là - et notamment dans les milieux de la publicité, ébruitées par les firmes qui n'avaient pas droit aux largesses du gouvernement Chrétien - et les ministres québécois n'auraient jamais entendu parler de ce qui se passait sous leur nez?
Ils peuvent bien, aujourd'hui, plaider l'ignorance en se réfugiant derrière l'ancien ministre Gagliano, qui sert en l'occurrence de bouc émissaire, personne ne croira que ces manigances auxquelles participaient des fonctionnaires de haut rang, tant au sein du gouvernement que dans des sociétés d'État comme VIA Rail ou la Société du Vieux-Port (et même la GRC, ce qui est bien le comble!) aurait pu se dérouler pendant aussi longtemps à l'insu des élus.
Le pouvoir absolu, dit la maxime, corrompt absolument. Ces scandales, maintenant confirmés par l'analyse serrée de la vérificatrice générale, le montrent bien. Les libéraux, au pouvoir pendant l'essentiel des 50 dernières années, en sont venus à croire que le gouvernement, tout comme les fonds publics, leur appartenaient.
Seule la constitution d'une opposition forte, à droite et à gauche, pourra venir à bout de cette situation délétère, car il est assez évident que le mal est profond et que seule la menace d'une défaite électorale - la punition suprême pour tout parti politique - pourra l'éradiquer.
Parallèlement au scandale des commandites, deux affaires impliquant directement Jean Chrétien donnent haut-le-coeur.
Contournant grossièrement les procédures, l'ancien premier ministre, ennuyé par une décompression mineure subie lors d'un vol dans le " jet " gouvernemental, a fait commander en catastrophe deux Challenger tout neufs de Bombardier (coût: 100 millions), au mépris des recommandations des spécialistes qui jugeaient la flotte existante parfaitement sûre.
Comparons la pointilleuse prudence de M. Chrétien lorsqu'il s'agissait de son usage personnel à son indifférence lorsqu'il s'agissait du transport des jeunes hommes et des jeunes femmes des Forces armées, qui accomplissent leurs missions dans des hélicoptères désuets et dangereux... mais que le gouvernement Chrétien a refusé pendant des années de remplacer même s'il savait que ces appareils mettaient en danger la vie des soldats.
L'autre affaire, vertement condamnée par le juge André Denis de la Cour supérieure, est la vendetta " féroce et méchante " dont a été victime François Beaudoin, l'ancien président de la Banque de développement, aux mains de deux collaborateurs de M. Chrétien, Michel Vennat et Jean Carle.
Le crime de M. Beaudoin? Il avait résisté aux pressions du premier ministre, quand celui-ci voulait subventionner l'Auberge Grand-Mère - une auberge en faillite dans laquelle M. Chrétien lui-même avait des intérêts. Comme dans les pires dictatures, l'État vengeur s'est abattu sur le fonctionnaire récalcitrant. On a tout fait pour le ruiner et détruire sa réputation à partir d'accusations fallacieuses.
Heureusement que malgré notre régime de parti unique, il y a encore au Canada des tribunaux indépendants du pouvoir politique.

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Chrétien élude la question des commandites
PC
mardi 17 février 2004
Ottawa -- Jean Chrétien a éludé hier toutes les questions de la presse portant sur le scandale du programme des commandites. À coup de plaisanteries et de haussements d'épaules, l'ex-premier ministre a donné un aperçu de la façon dont il aurait traité la crise qui secoue le Parti libéral.
«Nous devrions aller faire du ski aujourd'hui, ça vaudrait mieux», a-t-il lancé à la horde de journalistes qui le pourchassaient de son cabinet d'avocats jusqu'au véhicule qui l'attendait.
Quand ils lui ont demandé ce qu'il pensait de la façon dont son successeur Paul Martin réagissait à toute l'affaire, il a badiné : «Je ne pense plus. Pendant 40 ans, j'ai répondu à toutes vos questions. Maintenant je ne suis plus le gouvernement. Maintenant si vous avez des questions, demandez au gouvernement.»
À la différence de M. Chrétien, l'actuel premier ministre est plus que prêt à discuter avec sérieux du scandale. M. Martin avait promis d'être un politicien très différent de son prédécesseur. C'est effectivement le cas dans la crise actuelle, alors qu'il traite de l'affaire avec gravité dans ses entrevues à la télévision, sur les tribunes téléphoniques et dans une série de conférences de presse.
Les libéraux du camp Chrétien n'en reviennent pas. Plusieurs membres de la vieille garde n'ont que mépris pour une approche qui, confient-ils en privé, exacerbe le scandale et menace la survie du gouvernement lors des prochaines élections fédérales.
«C'était un incendie nécessitant trois alertes, qu'ils ont transformé en un incendie de cinq alertes. Au cours des prochaines décennies, les politologues vont étudier cela pour analyser les erreurs commises», a lancé l'un d'eux, sur le ton de la dérision.
Un autre fidèle de M. Chrétien a laissé entendre que la réaction hyperactive de M. Martin était aussi dommageable que le fait de se débattre furieusement dans des sables mouvants. «Une des règles de base de la gestion de crise est de ne pas paniquer, et de ne pas avoir l'air de paniquer», a affirmé ce stratège.

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We're not laughing
National Post Tuesday, February 17, 2004
In his decade as prime minister, Jean Chretien's modus operandi was to shrug off his problems with a wisecrack or glib joke. On some occasions, it was endearing; on many others ("For me, pepper, I put it on my plate."), less so. But never was it more offensive than his reaction yesterday to the federal sponsorship scandal.
Confronted by reporters for the first time since last Tuesday's bombshell report by Auditor-General Sheila Fraser, Mr. Chretien appeared to have no idea of just how seriously the sponsorship debacle reflects on his legacy. "We should be skiing today, it would be better," he said when asked for comment concerning the A-G's findings that $100-million of the $250-million sponsorship program fund went to Liberal-friendly Quebec ad agencies. Asked how he thought his successor, Paul Martin, was handling the situation, he quipped that "I don't think anymore." And in an effort to get the reporters off his back, he told them: "For 40 years I replied to all your questions. Now, I'm no more the government.... Now if you have questions, ask the government." It's nice to see that $100-million of misspent public funds and allegations of serious corruption are so amusing to our former PM.
But ducking responsibility should not be an option for Mr. Chretien. It was under his watch that the sponsorship program ran so horribly amok, and it was his loyalist, Alfonso Gagliano, who directly oversaw it. That means it's incumbent upon Mr. Chretien -- just like Mr. Martin, Mr. Gagliano and everyone else -- to tell us what he knows about this whole sordid affair. Eventually, he may not have much choice in the matter if called to testify before Justice John Gomery's judicial inquiry. But long before then, the former PM should show that he finally gets it.
Canadians are rightfully furious at $100-million in wasted cash, Mr. Chretien. Laughing off their questions is nothing less than a gross insult to the country you led.

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Blatant, egregious, arrogant
JIM TRAVERS
Toronto Star Feb. 11, 2004
Ottawa—A single thread of many strands is woven into the scandals that now shroud the federal government. It spins from the corruption of the Quebec contracting horrors, winds around the suspicious purchase of Challenger jets and flows through Shawinigan, former prime minister Jean Chrétien's home town, to ultimately coil around the Liberals' neck.
Follow it and reach the inescapable conclusion that in this capital the line that must separate public policy from partisan politics has not just been crossed, it has been obliterated. Here cabinet ministers, mandarins, appointed officials and crown corporations collude to mislead Parliament and to fritter away taxpayers' money on foolish projects with no visible connection to national interest.
That scathing indictment is boldly written in Auditor-General Sheila Fraser's startling review of irresponsible Chrétien government schemes.
Those schemes threw $250 million at fighting Quebec separatism and spent $100 million on VIP jets, without a strategy, due deliberation or rudimentary financial controls.
And it is in a Quebec judge's Friday findings that the fired president of the Business Development Bank was victimized by a vendetta after resisting Chrétien's lobbying on a high-risk $615,000 loan to the Auberge Grand-Mère, a failing hotel abutting a golf course the former prime minister once owned.
In all cases the common denominators are obvious and troubling. Each provides compelling evidence of abuse of power, the politicization of senior civil servants and relationships between the government and crown corporations that are sweetly cosy, not coldly arms-length.
As Fraser makes clear, those failures are shocking and they matter beyond the damage done to Liberals, or to Chrétien's reputation.
They are shocking because they are so blatant, egregious and arrogant.
They matter because they undermine the essential public trust in government and because they raise questions no auditor can fully answer about financial prudence and the plundering of the public purse for partisan advantage.
To her credit, Fraser made certain those questions must now be answered.
While she didn't name names or fill in some gaping blanks, she drew dotted lines connecting events to public figures and public figures to consequences.
Minutes after the auditor-general spoke to reporters, Alfonso Gagliano, the minister who ran the now aborted Quebec sponsorship program and until yesterday Canada's controversial ambassador to Denmark, was summarily fired.
Minutes after that, Prime Minister Paul Martin announced a series of measures — a public inquiry, appointment of a special counsel to recover funds and whistleblower protection for bureaucrats — intended to deflect attention away from the Fraser report and toward the government response.
It was an effective, calculated move and only a start.
This case can't be closed until much, much more is known. Taxpayers and, yes, voters, need to know what happened to the money, who was in the information loop that arced through the Prime Minister's Office and how five supposedly independent crown corporations were so easily turned to political purposes.
They also need to be assured that the intricate contracting scheme was not designed to systematically overpay for government contracts in the expectation that services would be provided later, at low or no cost, to the Liberal party.
That would neatly sidestep financial controls imposed by the Federal Elections Act and cast a very long, very dark shadow over recent campaigns.
Not even that will be enough.
Fraser's great service to the country is that she is exposing something that burrows deeper than the misguided acts of a few politicians, civil servants and crown corporation heads.
It is not just that financial checks failed to stop the abuses Fraser accurately labelled outrageous, it is that the capital's culture has been found sadly wanting.
What that culture tolerated is simply astonishing.
It did nothing to stop a contract scam that screamed fraud; to block the clearly flawed purchase of jets; to protect the independence of federal corporations or to raise flags, as Fraser did yesterday, when public money was spent on political polling.
At that culture's core is a broken bargain between the bureaucracy, politicians and, finally, citizens who pay both their salaries.
That bargain, one that sustains parliamentary democracies, ensures that civil servants are protected when they advise their political masters on sound public policy and that ministers are responsible for decisions, good or bad.
Fraser's high-profile examples demonstrate how urgently Ottawa needs to revisit that relationship. In each case, ministers and mandarins worked hand in glove to hide programs and advance decisions that, at best, wasted public money.
Restoring that culture, restoring public confidence in government will take more than firing an ambassador who should never have been appointed or ordering another in the lengthening list of inquiries. It will take a concentrated effort first to rethink how the federal government operates and then to make those operations far more transparent, far more accountable.
Normally that process would begin with the thorough house cleaning that comes with a change of government. Now opinion polls and the absence of a credible, electable opposition suggests the country will have to make do with the promises of a new iteration of those same old Liberals who now stand in the auditor-general's carefully constructed prisoners dock.
Martin is hoping that those promises to turn over a new leaf will push the issue off the agenda until spring when he is expected to seek his first mandate and the Liberals' fourth. Instead of hope and promises, the country would be better served by interim actions that immediately remove from positions of authority those whose sins of commission or omission created the thread running through these scandals.
Faced with that option yesterday, the Prime Minister faltered. Inevitably, that will tighten the thread of scandal around this government's neck.

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Your money, their friends
SUSAN DELACOURT, LES WHITTINGTON AND TONDA MACCHARLES
Toronto Star Feb. 11, 2004
Martin moves: Inquiry ordered, Gagliano fired
RCMP probing 13 sponsorship program cases
OTTAWA - Prime Minister Paul Martin's government is in full disaster-recovery mode after Auditor-General Sheila Fraser blew the lid off "outrageous" and possibly criminal abuse of hundreds of millions of government dollars funnelled to friends of the federal Liberals.
Public Works Minister Stephen Owen told the Star yesterday that 13 separate cases involving payments to advertising agencies through the government's sponsorship program have been referred to the RCMP for criminal investigation in light of Fraser's findings, and more could be on the way.
That would greatly widen the RCMP net in a probe that so far has focused on one Quebec ad firm, Communication Coffin, and produced 18 fraud charges against a former executive.
Martin yesterday announced a judicial inquiry into the scandal.
Fraser, whose auditors spent 18 months examining the more than $1 billion in advertising and sponsorship programs as well as other government operations, expressed shock over the way government officials handed out contracts to Liberal-friendly firms without regard to the rules and shifted millions of dollars around in questionable transactions.
"This is just such a blatant misuse of public funds. It is shocking ... Words escape me," Fraser told a news conference.
The report put a question mark over $100 million of the $250 million spent on the sponsorship program following the 1995 Quebec referendum.
In the report, Fraser says she was unable to determine what value the government received for large sums of cash.
Equally surprising was the extent to which VIA Rail and Canada Post — two crown corporations that are supposed to operate at arm's length from government — were part of the chain of abuses.
"This is so outrageous, what happened here, I don't know how anybody can take this lightly," the no-nonsense auditor said at the news conference.
Fraser said she got "mad all over again" reading her report and called the transfer of money to some agencies that did little or no work "scandalous."
The stunning report set Parliament Hill reeling and had Martin and his ministers rushing to join Fraser in her condemnations of abuses that took place during Jean Chrétien's years as prime minister.
Much of the damage was committed, Fraser was told during her investigation, in the name of boosting federalism after Ottawa's near defeat in the 1995 Quebec sovereignty referendum.
"It is clear that there has been serious financial mismanagement and a serious breach of public trust," Martin said as he launched the judicial inquiry and a series of steps intended to catch abuses of this type long before they balloon into million-dollar mismanagement. "This is unacceptable. It is intolerable, and we are taking decisive action."
Alfonso Gagliano, the former cabinet minister who oversaw the sponsorship program for years, was the first and highest-profile casualty of Fraser's report, with the government issuing a terse news release announcing he had been "withdrawn" as Canada's ambassador to Denmark, a post he held since January, 2002.
Owen also left the door open for more heads to roll too, notably at VIA Rail and Canada Post, which are now headed up by loyal Liberals and former members of Chrétien's most inner circle. Jean Pelletier, former chief of staff to Chrétien, has headed VIA Rail since 2001, while André Ouellet, a veteran former Quebec lieutenant in Chrétien's cabinet, heads Canada Post.
Chrétien is travelling in China this week and efforts to reach him yesterday were unsuccessful. He will be back in Canada on Friday. Pelletier and Ouellet were similarly unavailable, although VIA Rail issued a statement yesterday indicating that Pelletier had already instituted tighter contract procedures at the crown corporation.
The new cabinet chief in charge of Quebec, Health Minister Pierre Pettigrew, said yesterday that he was sure Chrétien would welcome any efforts to clear the air of this scandal.
Meanwhile, Gagliano's former chief of staff, Pierre Tremblay, was reportedly relieved of his civil-service post yesterday at the Canadian Food Inspection Agency and Owen said a half-dozen other bureaucrats have been slapped with disciplinary action in the past few weeks.
Government insiders said that serious consideration has been given to Pelletier and Ouellet's fate, but the evidence against them in Fraser's report is "more illustrative than comprehensive."
While refusing to say whether Chrétien bore responsibility for the fiasco, the auditor-general said Canadians should demand an inquiry that would review the affair "in greater depth" than her probe. Respect for the rules governing the use of taxpayers' money needs to be reinforced "at all levels of government," she added.
Martin, stone-faced, gripping the sides of a podium set up in the Commons foyer, responded within minutes of the report's release with a multi-pronged strategy meant to get to the bottom of the potential corruption and curb the political damage arising from Fraser's report.
Though the auditor-general was able to track where government money went, her mandate did not extend to finding out why certain firms benefited from the largesse and what happened to the money after it landed in the hands of the contractors.
Persistent allegations revolve around the possibility that the Quebec ad firms were getting payoffs for doing election work for cash-strapped Liberals in the province in the 1997 campaign.
Opposition MPs accused Martin, who was finance minister from 1993 to 2002, of turning a blind eye to the problems in the public works department during those years.
"One week into this prime minister's tenure and we have a scandal unheard of in Canadian history. That is the legacy of this man," interim Conservative leader Grant Hill said in the Commons. "The Prime Minister knew about the scandal and yet he said nothing and he did nothing. Why did he choose to be silent instead of speaking up?"
"This was not a government operation," New Democrat MP Bill Blaikie (Winnipeg-Transcona) said of the sponsorship program. "This was a Liberal party operation."
"I didn't know anything about it," Martin told the Commons. "I have no idea what was going on here. I do believe that the main purpose of the commission of inquiry and in fact the public accounts committee is to find the answers to all the questions that Canadians, very legitimately, want to have answers to."
The new prime minister, who was never on particularly good terms with Chrétien, is gambling that the public will distinguish between the old Liberal regime and the new one, and that this government can withstand the scrutiny of a public inquiry even in an election year.
PMO insiders said yesterday it was a choice between an inquiry or looking like Martin wanted to duck this report, and so it was really no choice at all.
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`We have seen a money laundering system that would make Saddam Hussein proud.'
Conservative MP John Williams
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"Canadians deserve better and we will deal with the findings of the auditor-general's report in all of its facets and we will do so immediately and we will do so thoroughly," Martin said.
The response includes the following measures:
Justice John H. Gomery of the Quebec Superior Court agreed to head up a commission of public inquiry into the sponsorship and advertising programs. The inquiry will be up and running soon, and government ministers said yesterday that it could run throughout an election campaign if necessary. (Martin has been widely expected to call an election in April for May 10, but there was speculation yesterday that this report could make a fall campaign more likely.)
"Canadians will not tolerate excuses when they deserve answers," Owen said.
"I can't tell you how saddened I am by what I've seen," said Treasury Board President Reg Alcock.
It was too early for Gomery to speak publicly about his role, which was only arranged yesterday, an assistant said.
A review of the auditor-general's report was launched by the House of Commons public accounts committee, with Fraser leading off as the first witness tomorrow.
The public accounts committee is the one Commons group headed by the opposition, in this case, Conservative MP John Williams (St. Albert), who said the auditor's findings resulted in nothing less than exposure of money laundering.
"We have seen a money laundering system that would make Saddam Hussein proud," Williams said.
"This government has a lot to answer for. Unless we see these questions answered and unless we understand what has gone on and how heads will roll, democracy is under attack in this country."
André Gauthier, a senior Quebec lawyer, was appointed special counsel for financial recovery with a mandate to recover federal funds that were improperly received through the programs examined by Fraser.
He told the Star he would work in parallel with Gomery's inquiry.
The government announced a range of corrective measures such as the introduction of legislation to protect "whistleblowers," toughening of auditing at crown corporations and possible tighter rules governing federal bureaucrats and public office holders.
The sponsorship program was set up in 1997 under then-public works minister Gagliano to obtain greater prominence for the Canadian logo at cultural and community events — especially in Quebec — in exchange for federal financial support for the projects.
In 2002, Fraser decided to do a wider audit after her office found "appalling practices" in the handling of $1.6 million worth of projects by Groupaction Marketing Inc. of Montreal.
Yesterday, the auditor-general zeroed in on the huge fees and commissions collected by advertising and communications companies who funnelled the sponsorship money from the public works department to the groups hosting the events.
Out of the $250 million spent in the program over five years, more than $100 million went to the communications companies in the form of commissions.
"Rules were broken or ignored at every stage of the process for more than four years and there was little evidence of value received for the money spent," Fraser said.
Fraser examined funds paid to produce a 1998-2000 television series on hockey great Maurice Richard.
Fraser concluded the transaction was meant to pay for a "highly irregular and questionable expenditure" by VIA Rail and "also to facilitate the payment of a commission to the communications agency" — Lafleur Communication — involved in the transaction.
However, VIA issued a statement yesterday saying the company paid "no commission to anyone" in relation to the transaction described by Fraser.
"Recognizing, however, that transactions were sometimes marked by a certain lack of rigour, the chairman of the board, Jean Pelletier, has indicated that procedures for contract monitoring and control have been significantly tightened since then," VIA said.
Fraser's probe also stretched into Canada Post's activities. The report assessed the public works department's decision in 1998 to transfer $521,739 to Canada Post to participate in a stamp competition with over 30 other countries.
Two communications agencies with whom public works had contracts — Lafleur and I.D.A. Vision — received $78,261 (15 per cent) in commission fees between them "simply for transferring the money," the report said.
Then Canada Post paid Lafleur $516,000 for work done on the project, Fraser said, adding the auditors were baffled why the public works department would pay for a Canada Post project, especially "when Canada Post paid Lafleur most of the funds that it had received through Lafleur in the first place."
But Canada Post spokesperson John Caines defended the stamp project, saying that Lafleur helped raise money for a very successful national program.
"Fifty-seven thousand children across the country participated in that program, and without that money, it wouldn't have happened."
The only problem was that there was no signed contract with Lafleur but "that's not how we do business today," Caines said.
Also questioned was more than $3 million in contributions from the public works department to the RCMP in support of the Mounties' 125th anniversary celebrations.
Three communications agencies received $244,380 in commissions for transferring the funds from the government to the police.
Fraser wondered why the public works department had not transferred the money directly to the RCMP and saved the commission costs.

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Martin's openness a welcome change
EDITORIAL
Toronto Star Feb. 17, 2004
When he was sworn in as Prime Minister slightly over two months ago, Paul Martin pledged a new era of openness and transparency in government. He rightly sensed Canadians were fed up with secrecy that historically has surrounded how decisions are made and carried out in Ottawa.
Martin didn't have to wait long for a chance to try to prove his theory. In the week since Auditor-General Sheila Fraser's report on the $250 million federal sponsorship scandal, Martin has promised every day to get to the bottom of the scheme that funnelled $100 million in taxpayers' money to friends of the Liberal party during Jean Chrétien's era.
Now, some pundits complain that Martin is making a terrible political mistake by speaking so openly about the scandal. They claim he is pouring fuel on a fire that is raging out of control, doing untold damage to the Liberals, who are falling in the polls. The "experts" say Martin should have used traditional strategy and downplayed the crisis as much as possible, stonewalled it in the hope that it goes away.
But Martin is doing the morally and ethically right thing.
By talking openly about the mess, Martin is gambling that his style of openness is the correct one. He is making it clear that his is not the old way of doing things. He has met the mounting wave of public wrath head-on. He has ordered a judicial inquiry into the sponsorship boondoggle, launched a Commons committee probe and hired legal counsel to try to retrieve the squandered money.
The contrast between Martin's openness and Chrétien's secrecy is remarkable. Yesterday, the former prime minister declined comment on the whole appalling affair, shrugging it off with a wisecrack. "We should be skiing today, it would be better," he said yesterday outside his office.
Clearly, Canadians are outraged by the misspent money. Martin heard that anger directly during a weekend phone-in show on CBC. A disillusioned public is understandably keen for the truth to come out.
But while Martin is dealing with the scandal, he must also continue to explain his overall agenda, about his goals and aspirations for the country. The throne speech, with promises of action on many social programs, is a good start. Canadians need to hear more because decisions made during the next four years will shape this nation for decades to come.
That's why it's imperative for Martin to call an early election, possibly in May or June. Many observers want Martin to postpone the election until the inquiries into the scandal are concluded. That could take a year, and still there might not be a satisfactory answer to who knew what and when.
Canadians cannot wait that long. They are entitled to elect a government with a new agenda and a new mandate - as soon as possible.
For Martin, however, his new era of openness should be a plus when he announces the official start of what is shaping up as a very tight election.

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Scandal raises disturbing questions
EDITORIAL
Toronto Star Feb. 17, 2004
Prime Minister Paul Martin promises us that political "heads will roll" in the Quebec sponsorship scandal.
They'd better.
When questioned about his determination, he challenges us like Pierre Trudeau to "just watch me."
He can rest assured we will.
But especially now that he and his aides have admitted the wider, more political nature of the problem by talking about government culture as well as guilty bureaucrats, Martin's sweeping response to Auditor-General Sheila Fraser's report mustn't stop when questions are answered about the $250 million program.
He must turn his attention to the broader issue of ethics and accountability in government. Naturally, he wishes to stitch the tattered Liberal reputation back together but he must not forget the higher goal of reassuring Canadians that their federal government remains worthy of their trust.
In her scathing review of spending by the Communications Co-ordination Services Branch of the public works department, Fraser tells us that contracts totalling $100 million went to a handful of Quebec communications consultants. Invoices were falsified and elaborate schemes devised to hide the payments.
Fraser implicates the RCMP, VIA Rail, the Business Development Bank of Canada, the Old Port of Montreal and Canada Post in the irregular, tainted dealings, raising disturbing questions about how far the corruption has spread. If she's right, the honour of bodies such as the national police force must be restored.
The sponsorship scandal has raised disturbing questions. Where did the money go? Was it used, as the government claims, to promote federalism in Quebec by sponsoring cultural, sports and other public events? Or was it a payback to the agencies to compensate them for "free" work they had done for the Liberal party? Did some of the taxpayers' money find its way to the Liberal party through kickbacks?
To his credit, Martin has introduced whistleblower legislation to protect civil servants who expose financial abuses or unethical practices. Further, he has promised to establish an independent ethics commissioner.
But internal accounting and review practices must also be tightened and all civil servants who violate them must be held accountable for their actions if Martin intends to restore Canadians' faith in government.
This is an edited excerpt from an editorial published in the Edmonton Journal.

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'I did my job with honesty, integrity'
SANDRO CONTENTA
Toronto Star Feb. 13, 2004
COPENHAGEN - The embattled former minister at the centre of the Liberal government's sponsorship scandal, Alfonso Gagliano, says he has no regrets about his role in the affair and insists he did his job "with integrity and honesty."
"I did my work honestly, and I acted honestly as a minister," Gagliano said in an interview yesterday.
Gagliano, fired as Canada's ambassador to Denmark as the federal auditor-general released a report on the scandal Tuesday, suggested he had no knowledge of the questionable use of $100 million from a sponsorship program he oversaw while minister of public works.
"I have nothing to regret. I did my job as a minister with integrity and honesty," he said.
The Star caught up with Gagliano in the tiny lobby of a rose-stone building that houses the Canadian Embassy, near the bustling Ostergade pedestrian walkway in central Copenhagen.
Speaking in Italian, Gagliano, 62, initially refused to comment. He looked tired, and said he was spending his time going through the bureaucratic and diplomatic process of ending his posting. He would likely return to Canada, he added, at the end of the month.
When Gagliano finally agreed to make brief comments yesterday, he switched to English.
He said he was looking forward to testifying about the scandal before the public accounts committee of Parliament, and the judicial inquiry called by Prime Minister Paul Martin.
Martin has said cabinet was unaware at the time of a "very sophisticated cover-up" by federal bureaucrats involved in the program.
Martin was finance minister when the sponsorship program was handing out money.
Martin has called a judicial inquiry.
Gagliano seemed to back Martin's claim that a "small group" of federal bureaucrats in the ministry are to blame for the questionable funnelling of contracts to Liberal-friendly advertising firms in Quebec.
"A minister doesn't manage on a daily basis the department," Gagliano said. "A minister establishes the policy and then the management is done by those people in charge, which are the civil servants. I think they can answer those questions and not me."
Why, then, did Martin immediately fire him as ambassador?
"That you have to ask the Prime Minister," Gagliano said, making clear he didn't approve of the decision.
As chief organizer in Quebec for years, and a long-time Montreal MP, Gagliano was one of the Liberal party's main powerbrokers in the province.
He makes clear he's got plenty to say about the scandal, but insists it will have to wait.
"I don't want to comment on the audit. I met the auditor-general and I answered her questions, and I'll leave it at that. And I'll tell my side of the story once I get to Canada," he said.
"There will be ample opportunity at the public accounts committee and the judicial inquiry to make that clear."
Gagliano was appointed ambassador to Denmark in 2002 by former prime minister Jean Chrétien, after being demoted from cabinet following allegations of patronage.
From 1997 to 2001, Gagliano was responsible for a $250 million sponsorship program, intended to boost federalism in Quebec after separatists came within a hair of winning the 1995 referendum.
On Tuesday, Auditor-General Sheila Fraser reported that Public Works Canada gave $100 million to a handful of advertising firms under the sponsorship program, and got little or nothing back for its money.
There are also reports of questionable invoices apparently being submitted.
At least 14 public works officials have been disciplined so far, and the RCMP is investigating 16 sponsorship contracts.

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No hiding place for ministers
TONDA MACCHARLES
Toronto Star Feb. 17, 2004
Ministers can't claim secrecy at inquiry, PM says
Raises stakes in bid to shake off sponsorship affair
MONTREAL - In an unprecedented move, Prime Minister Paul Martin said yesterday no cabinet minister called to testify before a public inquiry into the sponsorship affair would be allowed to hide behind the tradition of cabinet secrecy.
"I think that every minister when called to testify should tell all," he said in Quebec city.
"We have to be open. We have absolutely nothing to hide. Those who have nothing to hide — the proof is in the capacity really to put everything on the table."
However, it's not clear if former cabinet ministers would be able to protect cabinet discussions and memos.
Martin was raising the stakes in his campaign to show he will get to the bottom of the scandal that has shaken the Liberal government. On the second day of a whirlwind tour characterized by Martin's declarations that he is "angry," "upset," "furious," "mad as hell," "sick" and "disgusted" over the affair, Martin did a public blitz through Quebec city and Montreal.
In Ottawa, former prime minister Jean Chrétien refused to say if he'd appear before the inquiry if called. Nor did he answer questions on the scandal.
"Ask the government," he said.
Meanwhile, a new Ipsos-Reid poll shows Liberal support has slipped to 35 per cent, down four points since Thursday.
Throughout the day, Martin stressed "what's important is that we're cleaning house."
He maintained his ignorance on why $100 million in commission fees was paid to Liberal-friendly ad firms in his home province of Quebec. "I don't know where this money went. ... If it's humanly possible to get it back, we're going to."
Martin insisted "the Liberal party is not corrupt," yet admitted he does not really know how implicated the federal party's Quebec wing may be in the sponsorship affair.
"I don't know at this time," he said. "There's no doubt that it is a government problem. I think that we'll find out as the study unfolds whether, the degree to which it's a party problem."
He was forced to defend Quebec politics as "very clean" after one of his own junior ministers, Joe Comuzzi of Ontario, reportedly characterized the scandal as typical of the way politics are played in Quebec.
"The issue of sponsorships is not typically Quebec," Martin said. "These kinds of problems" arose under the provincial Conservative government of Grant Devine in Saskatchewan, and under the provincial NDP in British Columbia, Martin said.
But it was clear that after facing a tide of anger from ordinary Canadians during a CBC call-in show Sunday night, Martin felt the need to acknowledge the issue is a factor in the timing of an election call, although not, he said, the deciding one.
"There's no doubt that Canadians are entitled certainly to more information than we currently have," said Martin.
"But there is a balance that has to be drawn here between that" right to information, and his government's obligation to ask voters for a mandate for his "very, very ambitious agenda."
When a reporter then asked whether Canadians would be asked to vote for a party that "could be corrupt," Martin became defensive.
"The Liberal party is not corrupt. Every single Liberal right across this country wants to find the answers to this. Every single Liberal across the country is sick about this ... and they want those who did it to be punished, and they will be."
In the Commons, the Conservative opposition assailed Martin over what it called a pre-election damage-control tour.
"The Prime Minister himself said a few Quebec ministers may have known more about the real dealings behind the scandal than he did," said MP Jason Kenney (Calgary Southeast).
"Who were they? Do they still sit in the cabinet? ... Why will these ministers not stand up and tell us what they knew and when they knew it?"
Deputy Prime Minister Anne McLellan called the questions "partisan mudslinging."
In Montreal, Martin told reporters he is "anxious" to testify himself before the inquiry.
Asked if he had questioned his own ministers about any potential involvement, he said all ministers were questioned about any actions that could prove embarrassing to the government before they were appointed, and all passed.
Pressed if he'd spoken to them since federal Auditor-General Sheila Fraser tabled her damning report on the federal sponsorship program, Martin said: "Every single one of our cabinet ministers has gone through a very, very extensive questioning and I am very satisfied on the basis of that questioning."
Although Martin refused to be more specific, sources told the Star that at last Thursday's cabinet meeting, Martin himself grilled all his ministers on what they knew and when.
While it is not outright illegal under the Security of Information Act to reveal cabinet secrets, such information is usually considered classified and exempt from disclosure laws.

»» programme de commandites
Handling the hottest potato
MARTIN GOLDFARB
G&M Tuesday, February 17, 2004
Martin must delay an election until voters are satisfied they know the truth, says MARTIN GOLDFARB
To win public confidence you need to pass the most important of all tests when it comes to integrity -- that is the smell test; the test of transparency.
In my mind, some answers to the accusations of wrongdoing contained in last week's Auditor-General's report must be forthcoming if the new Liberal government is to turn this mess around. Prime Minister Paul Martin must convince Canadians that his government is to be trusted and is beyond any suspicion. He must continue to be seen to be doing everything he can to relieve public outrage. This means that any decision to hold an election should not be made until voters can be given some answers.
Prime Minister Martin built his reputation over many years as an honest and focused politician. He earned the public trust through his handling of the finance-minister portfolio. It is this fiscal responsibility that he should pursue in government, because it is the core of the reputation that brought him to the prime ministerial job. Demonstrating that his fiscal talent and commitment drives the government's decision-making is what will keep him in that job. He must succeed in managing the reputation of this government and convincing Canadians that the finances of the country are in good hands.
This issue is what, I sense, will be the ultimate criteria of why Canadians vote for or against Mr. Martin.
Jean Chrétien prorogued the House of Commons before the Auditor-General's report was due so that he would not have to deal with the sponsorship issue. While this is not how the new Liberal government wanted to begin its mandate, it now has to deal with the report. It cannot be consigned to the past even though this is a government of change, and in some respects a renaissance; this new Liberal government has its roots in the previous government.
As a result, the Liberals cannot simply try to bury the sponsorship scandal. The Prime Minister must be front and centre on this issue, pursue all involved aggressively -- there can be no sacred cows here -- and he should continue to do so until he convinces Canadians to have confidence in the integrity of his government. He must be tough where he has to be, and if that means firing old colleagues, so be it, even as he avoids interfering with the judicial inquiry. If people commit crimes or misdeeds by abusing taxpayers' money, they must suffer the consequences.
The Prime Minister's Office must rally and function as a team to support the Prime Minister. The PMO has to assume administrative processes that deal with issues proactively and independent of the Prime Minister. He cannot deal with every conflict.
The PMO has to anticipate where public opinion is going and in so doing deal with it. It needs to set up a process that deflects focus from the Prime Minister. Jean Lapierre is doing this in Quebec: Who is doing it in English Canada? There needs to be a government spokesman on this issue in the East, the West and Ontario.
So far they appear to have dealt with crisis by hoping that sleeping dogs will lie -- which of course they will not. Certainly they could have anticipated this scandal and been ready with an aggressive strategy. Now they have to regain public confidence and demonstrate that they and the Prime Minister can run the country at all times effectively, efficiently, honestly and with integrity.
The next election will be fought over the issue of integrity. Certainly the country has other issues -- such as health care and urban renewal -- to deal with, but in a democracy where government corruption is common street talk, every other issue is second.
Because integrity must become the government's first priority, the Prime Minister should consider delaying the election until some answers are forthcoming. Paul Martin must also remain out front on this issue, and continue the fiscal policies from which he derives his brilliant reputation.
Martin Goldfarb, a former Liberal Party pollster, is chair of Goldfarb Corp.

»» mode de scrutin
L'UFP rencontre le ministre Jacques Dupuis :
« Une proportionnelle à rabais serait perçue comme une réforme cosmétique du
mode de scrutin »
Union des forces progressistes
17 février 2004
Montréal, le 16 février 2004 - Une délégation de l'Union des forces
progressistes (UFP) a rencontré aujourd'hui le ministre Dupuis dans le cadre
de la consultation que mène ce dernier en vue de la présentation, ce
printemps, d'un projet de loi destiné à modifier le mode de scrutin
majoritaire actuel afin « d'assurer une meilleure représentation de la
volonté des électeurs en y introduisant des modalités de représentation
proportionnelle », selon l'engagement pris par le Parti libéral avant les
élections et confirmé par le gouvernement lors du discours inaugural de la
session en juin dernier.
Lors de cette rencontre, la secrétaire générale de l'UFP, Monique Moisan, a
invité le gouvernement à éviter la tentation « d'une réforme mitigée du mode
de scrutin, car elle serait perçue comme une simple réforme cosmétique ».
Selon Monique Moisan, « une proportionnelle à rabais continuerait, en
pratique, à restreindre l'accès à l'Assemblée nationale aux trois seuls
partis qui y sont actuellement représentés ». La délégation de l'UFP, outre
Monique Moisan, comprenait aussi le responsable de la commission politique
Amir Khadir, et Paul Cliche responsable du dossier de la réforme au sein de
la formation politique de gauche.
Le gouvernement entend faire adopter la réforme par l'Assemblée nationale
d'ici la fin de 2004. L'UFP a insisté pour qu'elle s'applique dès les
prochaines élections prévues en 2007; sinon son instauration serait retardée
jusqu'en 2011 ce qui risque de la reporter à nouveau aux calendes grecques.
Le ministre Dupuis a refusé de s'engager à ce sujet prétextant qu'il est
difficile d'implanter la réforme à temps pour les prochaines élections. Paul
Cliche a rappelé au ministre que M. Pierre F. Côté, directeur général des
élections du Québec pendant 19 ans et considéré comme le meilleur expert en
cette matière, soutient que cette opération pourrait ne prendre que 18 mois
pour peu qu'il existe une volonté politique du côté gouvernemental.
Paul Cliche a précisé : « bien que le système mixte compensateur envisagé
par le ministre Dupuis n'était pas le premier choix de notre parti, nous
pourrions l'accepter en autant qu'on l'applique dans son intégrité, sans
l'édulcorer au point de dénaturer l'objectif poursuivi par la réforme ». Il
a précisé que « ce système devrait en conséquence permettre une correction
la plus complète possible des distorsions causées par le scrutin majoritaire
afin que la représentation parlementaire respecte le plus possible la
volonté populaire exprimée par les électeurs, que tous les partis soient
représentés équitablement, que chaque vote compte et que la parité
hommes-femmes soit favorisée ».
« Seule la présence d'un nombre égal de députés élus au scrutin majoritaire
dans les circonscriptions et de députés élus au scrutin proportionnel peut
permettre d'atteindre pleinement ces objectifs avec l'aide du principe de
compensation », a expliqué M. Cliche. Dans ce but, le ratio des deux types
de sièges doit être de 50-50 comme en Allemagne. Or, si dans le projet du
ministre Dupuis, la proportion prévue de sièges proportionnels s'écarte trop
de ce ratio de 50-50, un tel genre de correction compensatoire pourrait
s'avérer très difficile.
Des modalités qui atténuerait la proportionnalité du système
Deux autres modalités ont déjà été évoquées qui risquent d'affaiblir
substantiellement, sinon de dénaturer la proportionnalité inhérente à tout
modèle de réforme. L'UFP a insisté auprès du ministre Dupuis pour que la
réforme évite ces écueils :
- une compensation régionale de faible amplitude : si la réforme prévoit un
nombre réduit de sièges (moins que 7 sièges) par région pour le scrutin
proportionnel (de liste), cela établirait un seuil minimal de facto d'au
moins 15 % des voix pour qu'un parti puisse s'y faire attribuer des sièges.
L'amplitude de la compensation serait alors très faible, ce qui signifierait
une très faible proportionnalité. Un conseiller du gouvernement dans le
dossier, le politologue Louis Massicotte, a admis que les « petits partis
risqueraient de faire les frais d'une régionalisation de la compensation ».
- la suppression du deuxième vote. Cela veut dire qu'un seul vote, celui au
majoritaire, déterminerait non seulement l'élection des députés de
circonscription mais aussi la répartition des sièges entre les partis, en
vertu du principe de compensation retenu. Le ministre Dupuis songe à retenir
ce système à un seul vote. Le deuxième vote, celui qui permet de voter
directement pour la proportionnelle, serait supprimé sous prétexte de
simplifier le système. Or, ce système est connu et pratiqué au Québec au
niveau municipal sans difficulté. Le système des deux votes existe aussi
presque partout ailleurs où se pratique un scrutin proportionnel (Allemagne,
Nouvelle-Zélande, Écosse, Italie, etc.), grâce à quoi la majorité des
députés des partis en émergence ont pu être élus jusqu'ici (les Verts en
Allemagne, les Socialistes en Écosse, etc.). L'UFP s'oppose énergiquement à
la suppression du deuxième vote, éventualité qui prolongerait indûment
l'hégémonie parlementaire des partis traditionnels. « En réduisant la portée
de la compensation, cette mesure dénaturerait un mode de scrutin qui devrait
être voué à favoriser la proportionnalité. La réforme serait alors réduite,
aux yeux de la population, en une opération cosmétique vidée de son
intention démocratique », a affirmé Paul Cliche.

»» programme de commandites
Des Bougon?
Raymond Savard
Le Devoir mardi 17 février 2004
Gatineau, le 11 février 2004 - Selon Mme Fraser, la vérificatrice générale, ce qu'il faut bien appeler le scandale des commandites dépasse tout ce que l'on avait connu jusqu'à maintenant en fait de malversation.
Elle ne trouvait pas les mots pour qualifier pareilles magouilles. Un illustre auteur anglais a déjà affirmé qu'il y avait quelque chose de pourri au royaume de Danemark. C'est vers Ottawa qu'il devrait aujourd'hui tourner les yeux. Tous ces bons libéraux de l'ère Chrétien-Martin s'en lavent les mains, prétendant qu'ils ne savaient rien de toutes ces saletés. L'argent des contribuables a donc servi à graisser la patte des très nombreux profiteurs du régime actuel. Plus de 100 millions se sont envolés, et ce, au Québec seulement. Ce sont eux les vrais Bougon !
Au lieu de porter des accusations comme cela se ferait en d'autres lieux (pensons à Alain Juppé, ancien premier ministre de France condamné réce