
»» Jean Lapierre
Jean Lapierre : Entre convictions et calculs
Jean-François Lisée
Auteur des livres Le Tricheur et Le Naufrageur
La Presse 17.2.2004
Le personnage de Jean Lapierre ne laisse personne indifférent et le passage de ce fondateur du Bloc québécois au Parti libéral du Canada a raison de laisser songeur. Si l’itinéraire de M. Lapierre paraît tortueux – et il l’est – c’est qu’il a été ballotté par un ouragan politique qui a brouillé bien des plans de carrières au début des années 1990. Je m’étais attardé au cas Lapierre dans mes livres Le Tricheur et Le Naufrageur qui couvrent cette période trouble et un petit retour en arrière me paraît utile pour comprendre le personnage.
Admettons d’emblée que, comme je l’écrivais à l’époque, Jean Lapierre est le contraire d’un idéaliste. Député libéral sous Pierre Trudeau, élève d’André Ouellet, il ne prend ses distances de l’école trudeauiste qu’à la faveur du rejet de l’accord du Lac Meech par le Canada anglais en 1990. Comme plusieurs libéraux québécois plus nationalistes, il avait appuyé Paul Martin, favorable aux accords de Meech, plutôt que Jean Chrétien, défavorable, dans la course au leadership qui allait conduire au couronnement de Chrétien en juin 1990.
Sa décision de démissionner du caucus libéral fédéral à ce moment n’est pas anodine. Plusieurs de ses collègues pro-Martin, aspirant comme Lapierre à un poste ministériel, font le choix d’attendre sagement le retour de balancier, chacun espérant que Martin succède un jour à Chrétien. Leur heure viendra, effectivement, en 2004. Lapierre fait le choix inverse. En quittant le PLC, parti de gouvernement, pour le Bloc naissant, voué à l’opposition, il est alors convaincu de mettre une croix sur ses rêves ministériels fédéraux. (Je précise car une chronique récente de Mme Lysiane Gagnon a présenté ma version des faits de façon légèrement plus fantaisiste.) En faisant un long détour par le Bloc et par l’animation audio-visuelle, M. Lapierre pourra réussir – si le PLC est réélu – à reprendre le fil de cette carrière fédérale brisée, ce qui est politiquement assez exceptionnel.
M. Lapierre minimise aujourd’hui son passage au Bloc, l’assimilant à un « pas de côté » ou à un simple flirt. Il était au contraire le bras droit de Lucien Bouchard et un acteur essentiel du Bloc pendant ses deux premières années de vie. Bouchard avait le charisme, Lapierre le sens de l’organisation et la connaissance du terrain. L’adjoindre au novice politique qu’était alors Lucien Bouchard, c’était offrir René Angelil à Céline Dion. Le départ de Lapierre à l’été 1992 a d’ailleurs provoqué un réel passage à vide pour le jeune parti.
En co-fondant le Bloc, Jean Lapierre adhérait réellement à la cause souverainiste, mais il était d’un type de souverainiste dont la durée de vie fut assez courte : celle des souverainistes libéraux. Il prenait ses instructions directement de Robert Bourassa, qui l’a personnellement poussé à animer le Bloc, et de l’entourage immédiat de l’ex-premier ministre. C’était l’époque ou M. Bourassa refusait de répondre à la question : « Ëtes-vous fédéraliste ? » Cette bénédiction du chef du PLQ lui était essentielle. Lapierre se voyait comme la voix des libéraux québécois au sein du Bloc, faisant pièce aux éléments proches du Parti québécois. Lapierre était d’ailleurs foncièrement allergique au PQ, et vice-versa. On a de bonnes raisons de penser que Lapierre se voyait dans un futur conseil des ministres d’un Québec souverain dirigé par les libéraux québécois. (C’était le genre de calculs qui se faisaient à l’époque.) En 1992, il conclut comme bien d’autres que Bourassa, a-t-il dit, « nous a tous menés en bateau » et l’a conduit, lui, dans un cul-de-sac politique.
Certains autres ex-libéraux fédéraux, comme Gilles Rocheleau et Louis Duclos, font alors une transition complète vers la famille souverainiste, dès lors recomposée autour du couple PQ-Bloc. Jean Lapierre n’envisage jamais cette possibilité, car il estime que sa famille, et son avenir politique, sont toujours rouges. Il refuse cependant, contrairement à d’autres libéraux nationalistes, de cautionner l’accord constitutionnel de Charlottetown de 1992 qu’il assimile à « une opération sur les rotules ».
Dans la tourmente politique de l’époque, le passage de Lapierre au Bloc était donc à la fois un geste de conviction – son rejet de Chrétien et de son attitude face au Québec était total, son adhésion à une souveraineté conduite par Bourassa était réelle – et un calcul politique visant un atterrissage au PLQ.
Le retour de ce fondateur du Bloc à un Parti libéral fédéral qui continue à vanter les mérites du rapatriement unilatéral de la constitution et de la loi C-20 n’est certes pas un monument à la cohérence politique. Et il serait intéressant de savoir quelle case le futur député libéral fédéral d’Outremont a coché, dans le secret de l’isoloir, le 30 octobre 1995. Fondamentalement, nous sommes aujourd’hui en présence de quelqu’un qui veut être un joueur, un décideur politique au sens strict, et qui saisit la meilleure occasion qui se présente à lui. Notons cependant que dans la parade des ex-députés et ministres libéraux québécois nationalistes (et de députés conservateurs ayant voté contre C-20) qui ont accouru sous la bannière du PLC ces dernières années, Jean Lapierre a au moins attendu que Jean Chrétien quitte la scène.

»» souveraineté
"La souveraineté pour ne pas étouffer"
François Gougeon
La Tribune mercredi 18 février 2004
François Legault livre un vibrant plaidoyer en table éditoriale à La Tribune
Le Québec n'est "plus gouvernable avec les moyens d'une province" et pour lui éviter d'étouffer financièrement, "la seule issue est la souveraineté".
En table éditoriale à La Tribune, hier, l'ancien ministre péquiste François Legault et aspirant non avoué à la chefferie de son parti, a livré un vibrant plaidoyer en faveur de l'émancipation du Québec de la fédération canadienne.
Sa réflexion a été plus intense à sa dernière année comme ministre. "Au PQ, pour justifier la souveraineté, on a toujours eu des arguments identitaires, comme en matière de langue, culture, traditions et autres... Mais c'est clair pour moi également que la souveraineté se calcule en terme d'argent neuf, de sommes d'argent dont le Québec va avoir besoin à tout prix s'il ne veut pas étouffer", a-t-il exprimé.
"Je suis comptable de formation et quand on aligne les chiffres, c'est clair que le Québec ne dispose pas des revenus pour faire face à des dépenses qui augmentent sans cesse. Il n'y pas de marge de manoeuvre... J'ai hâte de voir le budget Séguin, dans quelques semaines, mais je suis convaincu qu'il va lui manquer deux à trois milliards $... Le même monsieur Séguin a déjà présenté un rapport montrant clairement comment le déséquilibre fiscal pénalise le Québec. Les surplus du gouvernement fédéral - on parle de 7 milliards $ alors qu'il devait y avoir rien - vont augmenter jusqu'à 90 milliards $... L'argent est à Ottawa mais les besoins au Québec", a exprimé M. Legault.
Reprendre ses impôts versés à Ottawa, éliminer les dédoublements (de ministères et autres) qui représenteraient une économie de deux à trois milliards $ et établir ses propres priorités, voilà ce qui permettra au Québec de dégager l'argent nécessaire à mener sa mission. "Dans ce contexte, ça change la perception du message de Jean Charest en campagne électorale, entre santé ou souveraineté. La souveraineté ça veut dire en clair plus d'argent pour la santé", a évoqué le député péquiste.
Sa réflexion, François Legault entend la défendre dans le cadre de la préparation d'un premier budget d'un Québec souverain, qu'il présentera aux militants l'automne prochain. Cela se situe dans la démarche de la Saison des idées, lancée par les hautes instances du PQ. "Ce sera un exercice beaucoup mieux fait que ce qu'on a vu dans le budget de l'An un", a soutenu M. Legault, à propos de ce budget qui avait été vivement démoli par ses opposants.

»» le scandale des commandites
Un gouvernement minoritaire?
Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 18 février 2004
Il y a seulement deux semaines, il était impensable que le Parti libéral du Canada ne puisse faire élire un gouvernement fortement majoritaire sous la direction de Paul Martin. Aujourd'hui, rien n'est moins sûr. Tant au Québec que dans le reste du Canada, les électeurs semblent déterminés à vouloir punir les libéraux pour le scandale des commandites.
Si des élections avaient lieu rapidement, le Parti libéral ne pourrait faire mieux que de former un gouvernement minoritaire, nous dit un sondage du Globe and Mail dont les résultats ont été publiés hier. Avec seulement 35 % des intentions de vote, ce parti n'éviterait la défaite que grâce à la division de l'opposition, qui empêche l'émergence d'un parti pouvant prétendre sérieusement être la solution de rechange au gouvernement sortant.
Les résultats de ce sondage ne doivent pas être interprétés comme s'ils étaient définitifs. La très vive réaction des électeurs pourrait s'atténuer avec le temps, tout comme elle pourrait s'accentuer si d'autres révélations venaient ajouter à ce que l'on sait déjà. Chose certaine, quel que soit le moment où auront lieu les prochaines élections, celles-ci seront très difficiles pour le Parti libéral.
Pour former un gouvernement majoritaire, Paul Martin devra faire élire au moins 155 députés, ce qui sera quasi impossible s'il recueille moins de 40 % des suffrages. Les partis d'opposition se préparent déjà à la perspective d'un gouvernement minoritaire, qui, le cas échéant, donnerait à certains d'entre eux la capacité d'influencer fortement les orientations gouvernementales. Le NPD serait l'allié naturel des libéraux, un rôle qu'il a d'ailleurs joué volontiers dans les années 70. Son chef, Jack Layton, a même commencé à évoquer les conditions qu'il poserait pour donner son appui à un gouvernement libéral minoritaire. Le Bloc québécois pourrait aussi être un allié des libéraux dans un certain nombre de dossiers, notamment celui des politiques sociales.
Pour le Bloc québécois, les circonstances politiques actuelles transforment radicalement son horizon. L'argumentaire qu'avait commencé à développer Jean Lapierre, le lieutenant québécois de Paul Martin, pour remettre en cause la présence du Bloc à Ottawa, «un parti passé date» disait-il, vient de s'effondrer. Le scandale des commandites démontre la nécessité d'une opposition forte à la Chambre des communes pour tenir les libéraux en laisse.
Ce brusque changement de perspectives doit amener le Bloc québécois à revoir sa stratégie. Même s'il est un parti souverainiste, les circonstances font qu'il doit adopter une large plate-forme de coalition, avec comme objectif central l'engagement à former une opposition vigoureuse pour défendre les intérêts du Québec. Faire campagne sur la souveraineté ne ferait que polariser le débat électoral sur un enjeu secondaire dans le contexte actuel au Québec, ce qui favoriserait le Parti libéral.
Pour le Bloc québécois, le scandale des commandites offre une occasion exceptionnelle de prendre sa revanche sur Jean Chrétien. Celui-ci était particulièrement fier d'avoir fait match nul avec les bloquistes à l'élection de 2000 et d'avoir obtenu depuis des victoires déterminantes lors des élections complémentaires. Le chef bloquiste, Gilles Ducepppe, peut dire deux fois merci à l'ancien premier ministre. Avant de partir, celui-ci lui a fait cadeau d'une loi sur le financement électoral avantageuse pour sa formation, pour ensuite lui créer des «conditions gagnantes» grâce à cette affaire des commandites. À lui d'en profiter.
bdescoteaux@ledevoir.ca

»» le scandale des commandites
Trop, c'est comme pas assez
Manon Cornellier
Le Devoir mercredi 18 février 2004
Il y a quelques mois, un proche de Paul Martin confiait que le futur chef libéral pourrait avoir de la difficulté à s'adapter au rôle de premier ministre. «Comment va-t-il réussir à bien gérer et à bien s'adapter à une joute défensive? Un ministre des Finances est actif, avec son budget, ses politiques à élaborer. Quand il y a des crises, c'est le bureau du premier ministre qui s'en occupe, pas le ministre. Quand tu es premier ministre, tout finit par te retomber dessus et la joute défensive prend tout ton temps, toute ton énergie, ce qui t'en laisse moins pour être créatif. Ça va profondément le frustrer, l'agacer. Je pense que ce sera une de ses plus grandes difficultés d'adaptation.»
La gestion de crise n'a jamais été la force de Paul Martin et de son équipe. Il faut dire qu'ils n'en ont pas vécu souvent durant la course au leadership. Presque chaque fois, cependant, ils ont gaffé. Depuis une semaine, Paul Martin ne fait pourtant que ça, de la gestion de crise. La survie de son gouvernement en dépend. Le rapport de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, sur le scandale des commandites a déclenché une tempête d'une rare violence et, pour l'instant, l'intense colère des Canadiens se mesure en chutes brutales dans les sondages.
Encore hier, un sondage Ipsos-Reid publié dans le Globe and Mail accordait 35 % des intentions de vote aux libéraux, comparativement à 48 % quatre semaines plus tôt. Les conservateurs, qui n'ont pourtant pas de chef, ont bondi durant la même période de 19 à 27 %, alors que les néo-démocrates sont restés à environ 17 %. Au Québec, le Bloc a pris les devants avec 45 % des intentions de vote, comparativement à 31 % pour les libéraux.
Il est encore trop tôt pour savoir si cela va durer, car tous les sondages publiés jusqu'à hier ont été effectués alors que l'émotion était à son comble. Ils ont eu lieu aussi avant que Paul Martin entreprenne une opération de relations publiques tous azimuths, avec participation à une tribune téléphonique de deux heures à CBC et des apparitions sur tous les écrans de télévision québécois.
Bien que furieux, de nombreux auditeurs de CBC ont souligné le courage du premier ministre de faire ainsi face à la musique. Cela changera-t-il leur perception, les rendra-t-il plus ouverts à ses arguments ? Impossible de le savoir pour l'instant. Mais c'est justement pour renverser la tendance que Paul Martin se démène comme un diable dans l'eau bénite depuis une semaine.
C'est aussi pour réparer ses propres erreurs. Le premier ministre a généralement besoin de temps pour cristalliser sa pensée et l'exprimer clairement. Quand il y parvient, il devient un communicateur hors pair, comme on l'a vu aux Finances. Mais cette façon de faire l'a mal servi dans la crise actuelle. Dès le dépôt du rapport, il a semé le doute sur sa crédibilité en affirmant ne rien savoir et en n'assumant pas d'entrée de jeu, en tant qu'ancien membre du cabinet Chrétien, sa part de responsabilité dans le scandale. Il lui a fallu deux jours pour tenir une conférence de presse afin de clarifier sa position, expliquer qu'un ministre ne peut connaître le mode de gestion des programmes d'autres ministères, prendre sa part de responsabilité, reconnaître l'existence d'une direction politique et ainsi de suite.
Comme le disent les spécialistes des relations publiques, les premières heures d'une crise sont les plus cruciales. Quand on rate le départ, on en est réduit ensuite à faire du rattrapage et à limiter les dégâts. Paul Martin en est là.
L'enjeu est de taille. S'il ne parvient pas à corriger la perception des gens, il pourrait ne jamais avoir la chance de mettre en oeuvre son «plan audacieux», ses grandes réformes de l'appareil gouvernemental, ses politiques sociales et économiques. Lui qui rêvait d'une élection printanière, il se retrouve exactement là où il ne souhaitait pas être, à répondre du passé plutôt qu'à promouvoir ses propres politiques. Retarder le scrutin répondrait au souhait de la majorité des Canadiens, à en croire Ipsos-Reid, mais poserait bien des problèmes à Paul Martin. Il serait forcé de gouverner avec un cabinet temporaire, en plus de mettre en branle des politiques qu'il voulait lancer plus tard. Attendre permettrait au Parti conservateur de s'organiser et d'être perçu comme une solution de rechange par plus d'électeurs. Les commissions d'enquête sur l'affaire Arar et les commandites pourraient être en cours, tout comme les audiences de la Cour suprême sur le mariage gai.
Pour s'éviter tout ça, le chef libéral doit convaincre les Canadiens qu'ils ont raison de lui faire confiance, et vite, pour faire le ménage. Alors il se débat, promet de punir les coupables, décrit les mesures qu'il a prises, met même sa tête en jeu. Il met les bouchées doubles, et ce n'est pas sans risque. Qu'il soit présent et partage l'indignation des citoyens peut jouer en sa faveur, en plus de le distinguer de Jean Chrétien. Le danger est cependant d'en faire trop. Depuis presque une semaine, il alimente à lui seul les manchettes. N'eût été de lui, il y a certains jours où le scandale des commandites aurait été relégué aux pages intérieures des journaux.
La stratégie reste audacieuse et pourrait atténuer la rage de certains, mais elle ne mettra pas un terme à l'indignation. La grande différence entre ce scandale et ceux qui l'ont précédé -- la somme en jeu est même secondaire -- est qu'on ne parle pas ici d'incompétence administrative, mais bien d'abus délibérés des fonds publics pour engraisser les amis du régime. Les citoyens veulent la vérité et un vrai nettoyage. Impossible donc d'aller en élections au printemps sans faire un geste d'éclat. Paul Martin a évoqué au Soleil la possibilité d'un premier ménage dans les sociétés d'État d'ici les élections. Ça lui permettrait de prouver sa bonne foi, tout en sauvant ses plans.
mcornellier@ledevoir.com

»» le scandale des commandites
Charest croit Martin, Landry pas vraiment
Mario Cloutier
La Presse mercredi 18 février 2004
Québec - Le premier ministre québécois Jean Charest croit son homologue fédéral, Paul Martin, quand celui-ci affirme qu'il n'était pas au fait des tractations qui ont mené au scandale des commandites à Ottawa.
Le chef du PLQ soutient ne rien voir dans le scandale qui pourrait nuire à son parti ou à son gouvernement. Il réfute tout lien entre les coupables éventuels à Ottawa et des membres de son entourage.
Quant au Quebec bashing qui semble émaner du Canada anglais dans le sillon du scandale, M. Charest ne s'émeut guère.
" Ça ne m'inquiète pas. Ça peut arriver ici, ça arrive ailleurs. Depuis 20 ans que je fais de la politique, la très vaste majorité des hommes et des femmes politiques et des fonctionnaires sont des gens intègres et honnêtes ", a- t-il dit.
Le premier ministre fait confiance au public qui, dit-il, saura " faire la part des choses ". " Personne n'a le monopole de la vertu dans aucun domaine et surtout pas sur ces questions là ", estime-t-il.
Pendant ce temps à Montréal, le chef de l'opposition péquiste, Bernard Landry, s'est montré beaucoup plus méfiant envers l'actuel premier ministre fédéral en se rappelant de sa propre expérience comme ministre des Finances.
" Celui qui m'aurait fourré de 250 millions de dollars n'est pas né ", a déclaré M. Landry à propos de Paul Martin.
Le chef du Parti québécois croit que le PLC est éclaboussé au point qu'il mérite d'être chassé du pouvoir à Ottawa. M. Landry s'inquiète aussi des attaques contre le Québec qui, dit-il, " a les moeurs politiques les plus avancées du Canada ".

»» le scandale des commandites
Landry doute fort de l'ignorance de Martin
PC
Le Devoir mercredi 18 février 2004
Le chef péquiste Bernard Landry ne trouve guère vraisemblable que Paul Martin, qui a été ministre des Finances et vice-président du Conseil du trésor, ait ignoré ce que ses collègues faisaient avec les 250 millions de dollars du programme des commandites.
«J'ai été 20 ans membre d'un gouvernement. Deux cent cinquante millions qu'un collègue administre dans l'ignorance de tous les autres, ça ne m'apparaît guère vraisemblable», a déclaré le chef de l'Opposition officielle à Québec.
De passage hier au cégep Maisonneuve, à Montréal, M. Landry a déclaré que celui qui aurait été capable de détourner 250 millions lorsqu'il était lui-même ministre des Finances n'était pas encore né.
Bernard Landry croit que le Parti libéral du Canada est déshonoré par ce scandale et qu'il mérite d'être chassé du pouvoir parce qu'il n'en est pas digne. «Ce n'est pas un petit scandale, a-t-il commenté. Je n'ai jamais vu rien de tel dans l'histoire du Canada et du Québec. Et je n'en n'ai pas vu beaucoup dans l'histoire occidentale.» M. Landry a aussi laissé entendre que «le premier scandale, c'est d'avoir voulu, avec l'argent de nos taxes, nous intoxiquer du nationalisme "canadian" en faisant reculer notre propre identité».
L'ex-premier ministre a également déploré les attaques contre le Québec auxquelles ce scandale a donné lieu, affirmant que le Québec a les moeurs politiques les plus avancées au Canada. Il en a pris pour preuve l'assainissement du financement des partis politiques réalisé par René Lévesque, dont les principes ont inspiré l'ex-premier Jean Chrétien lui-même, 25 ans plus tard.

»» le scandale des commandites
"Dommages" collatéraux" du scandale des commandites
Gilles Toupin
La Presse mercredi 18 février 2004
Confusion, panique et zizanie chez les libéraux
Ottawa - La confusion ainsi que des signes de panique et de zizanie se sont manifestés hier au sein de l'équipe ministérielle de Paul Martin sur la façon de gérer l'enquête entamée par le Comité des comptes publics de la Chambre des communes sur le scandale des commandites.
Tout d'abord, sans avoir été invité par le comité, le président du Conseil du Trésor, Greg Alcock, s'est présenté à la séance d'hier matin avec en main une vague proposition destinée à protéger les éventuels témoins de la fonction publique contre de possibles représailles de leurs supérieurs.
M. Alcock a affirmé aux députés présents que le premier ministre Paul Martin lui avait confié le mandat de mettre au point des mesures internes temporaires qui permettraient de protéger les témoins, cela en attendant que le gouvernement dépose prochainement un projet de loi pour protéger les dénonciateurs dans la fonction publique.
" La seule chose que je ne suis pas prêt à faire, a ajouté le président du Conseil du Trésor, c'est de protéger les gens qui ont fait des gestes criminels. "
Le président du comité, le député conservateur John Williams, a été complètement estomaqué par l'intervention de M. Alcock alors que des sources gouvernementales ont confié à La Presse, sous le couvert de l'anonymat, que le ministre Alcock avait outrepassé son mandat et qu'il avait pris des initiatives qui ne le regardaient pas. La future loi sur la protection des dénonciateurs est en effet de la responsabilité du ministre Denis Coderre, président du Conseil privé. " Alcock n'écoute personne, a confié à La Presse une source gouvernementale, pas même son sous-ministre, pas même le bureau du premier ministre. C'est un cow-boy qui met son nez dans des affaires qui ne le regardent pas. Il fait un véritable power trip. Il s'est présenté devant le comité sans plan alors que le mandat que lui a confié le premier ministre, c'est celui de s'occuper du rôle joué par les sociétés de la Couronne dans le scandale. "
Une autre source gouvernementale libérale a de plus dénoncé la confusion qui régnait au bureau du premier ministre, affirmant que " les gens autour de Martin ne semblent pas comprendre la répartition des diverses responsabilités au Conseil des ministres ".
Informé par les journalistes de la prise en charge par M. Alcock de son dossier de la loi sur les dénonciateurs, le ministre Coderre a sèchement répondu: " Que ce soit très clair! Ce sont mes propos: je suis en charge! " M. Coderre a ajouté qu'il déposera son projet de loi dans quelques semaines, acquiesçant ainsi à une motion du Comité des comptes publics qui exhorte le gouvernement à déposer rapidement son projet de loi. Une bonne partie du succès de l'enquête du comité dépend en effet de la protection que le comité pourra garantir aux témoins qui ont travaillé au programme de commandites dans la fonction publique. Le président du comité, John Williams, a tempêté à la sortie des Communes contre le président du Conseil du Trésor, affirmant que la proposition de ce dernier était en soi une " contradiction totale ".
" Quatorze individus sont accusés par le premier ministre d'avoir participé à ce scandale, a déclaré M. Williams. Plusieurs d'entre eux n'étaient que des subalternes. Je crois qu'ils ont été forcés et intimidés- selon les rumeurs qui me sont parvenues- pour participer à ce scandale. Ils n'ont reçu aucun bénéfice. Ils ont eu l'impression que s'ils ne faisaient pas ce que le patron exigeait, leur carrière était compromise. On les a donc forcés malheureusement à violer la loi, ce qui veut dire, selon M. Alcock, que ces individus seront punis. En même temps, M. Alcock les encourage à aller de l'avant et à dire ce qu'ils savent. Je ne comprends pas ce que dit M. Alcock. "
Odina Desrochers, le député bloquiste de Lotbinière-L'Érable qui siège au comité, a dit pour sa part qu'il a été surpris de l'apparition au comité du ministre Alcock. " La veille, a-t-il raconté, en l'espace de quatre heures, mon ordre du jour a changé trois fois. Nous n'avions invité personne. C'est lui qui s'est invité pour tenter de nous amadouer et de faire une grosse opération de marketing. "
Demain, l'enquête du comité reprend en présence de la vérificatrice, Sheila Fraser, qui déposera les noms de tous ceux qui ont été identifiés dans son rapport comme ayant eu un rôle à jouer dans la gestion du programme de commandites.
Par ailleurs, l'ancien chef de cabinet du premier ministre Jean Chrétien et président de VIA Rail, Jean Pelletier, a annoncé hier dans un communiqué qu'il était prêt à témoigner devant le comité et à l'enquête publique ordonnée par le gouvernement.
D'autre part, aux Communes, le gouvernement libéral a défait hier par 143 voix contre 88 une motion du Parti conservateur qui affirmait que le Parti libéral faisait régner et entretenait une culture de la corruption " dans laquelle les responsables abusent de leur influence et utilisent les deniers publics à leur avantage personnel, et à l'avantage de leurs amis, de leurs familles ou du Parti libéral du Canada ".

»» le scandale des commandites
L'argent des commandites coule encore
Brian Myles
Le Devoir mercredi 18 février 2004
Une agence de communications a pu récupérer une commission de 300 000 $ en s'adressant à la Cour supérieure
Les agences de publicité ayant servi d'intermédiaires dans le scandale des commandites seront payées si elles n'ont pas de crime sur la conscience. Il leur suffit de se tourner vers les tribunaux, comme la firme Gosselin relations publiques l'a fait récemment, pour récupérer les généreuses commissions, encore en suspens, qui leur ont été consenties dans le cadre de ce programme fédéral décrié par la vérificatrice générale.
Gosselin relations publiques s'est adressée à la Cour supérieure pour récupérer 323 416 $ pour des services rendus de 1999 à 2001, une somme bloquée par Ottawa en vertu d'un moratoire prononcé en 2002 par le ministre des Travaux publics, Ralph Goodale. Ces 323 416 $ représentent la fameuse commission de 12 % que touchaient les agences de publicité du Québec pour leurs services d'intermédiaire entre les Travaux publics et des événements culturels ou sportifs choisis de façon arbitraire pour bénéficier d'une commandite.
Ottawa n'avait tout simplement pas de justification pour retenir les montants que lui réclamait Gosselin relations publiques, a jugé la Cour supérieure. Le tribunal a tout simplement écarté la défense du procureur général du Canada après avoir pris connaissance de la déclaration de Diane Viau, la directrice du programme des commandites à Communication Canada. Dans un interrogatoire judiciaire, Mme Viau admet avec candeur et honnêteté qu'il n'y avait aucune raison pour retenir les sommes, à part le moratoire prononcé en 2002 par le ministre Goodale. «[Q]uand le moratoire a été imposé, j'ai eu une directive [...] de ne pas procéder au paiement», dit-elle.
Mme Viau admet du même souffle que Gosselin relations publiques n'a jamais reçu de lettre ou de document l'avisant qu'Ottawa cessait ou suspendait les contrats de commandites. «Mais c'était de notoriété publique, parce que le ministre [Goodale] l'avait annoncé publiquement dans les médias», précise-t-elle.
Il n'en fallait pas plus pour que l'avocat de Gosselin relations publiques demande et obtienne le rejet de la défense en raison de son caractère frivole et mal fondé, le 16 octobre dernier. Le 9 décembre, la Cour supérieure a condamné Ottawa à payer 323 416 $ à Gosselin relations publiques, ce qui représente la commission de 12 % pour services rendus à titre d'agence de publicité intermédiaire pour plus d'une centaine d'événements, le plus important ayant été les IVe Jeux de la francophonie.
Ce programme fédéral des commandites a permis à des agences de publicité de toucher environ 100 millions de dollars pour des commissions ou honoraires de toutes sortes, alors que 150 millions sont allés à la commandite véritable. Si le procédé peut sembler immoral aux yeux du grand public et des milieux politiques, il est tout à fait légal aux yeux de la justice, comme en fait foi le jugement favorable arraché par Gosselin relations publiques.
Mise à part une somme de 30 842 $ qui a été retranchée de la demande initiale de paiement par Gosselin, Communication Canada n'a pu trouver aucune irrégularité de la part de cette agence, rachetée en 2002 par Groupaction, du moins pour la période allant de 1999 à 2001.
L'ancienne direction de Gosselin ne sort pas indemne du rapport de la vérificatrice générale sur le programme des commandites, entre autres pour avoir servi d'intermédiaire entre le ministère des Travaux publics et la GRC dans les fêtes organisées pour le 125e anniversaire de la police fédérale. De 1997 à 1999, Gosselin a empoché 140 880 $ pour le simple transfert d'une somme de 1,7 million à la GRC.
Coïncidence, une autre filiale de Groupaction montrée du doigt par la vérificatrice générale, Lafleur, s'est aussi adressée à la Cour supérieure pour récupérer des commissions totalisant 211 000 $. Ottawa conteste en défense avec une contre-réclamation de 449 500 $. Ce litige n'est toujours pas réglé. À l'instar de Gosselin, Lafleur pourrait obtenir gain de cause si ses avocats font la preuve qu'il n'y avait aucune raison de retenir les paiements, à part le fameux moratoire de 2002.
Cette offensive judiciaire des firmes de publicité vient jeter un doute sur la capacité du gouvernement Martin de recouvrer les fonds perçus de façon inappropriée par les entreprises impliquées dans le programme des commandites. André Gauthier, un avocat-conseil nommé par le premier ministre Paul Martin, est chargé de cette délicate mission. Ottawa a récupéré à ce jour 101 000 $ et retient 3,65 millions qui devaient être versés en commissions.

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Cheap shot at Quebec
The Montréal Gazette Wednesday, February 18, 2004
A junior cabinet minister transformed himself into Joe Comuzzi the Comic Insult Liberal on the weekend, but nobody was laughing in Quebec, where people tend to be hypersensitive about slurs on our political culture.
Comuzzi, speaking to a newspaper in his home town, Thunder Bay, Ont., called the Liberal sponsorship scandal: "a Quebec issue. I guess that's how they do politics there."
We can hardly blame him for trying to distance himself from this $100-million sinkhole of taxpayers' money, but he chose a spectacularly wrong-headed way to do it.
Comuzzi apologized quickly, and Prime Minister Paul Martin slapped his wrist but left him in his new job, as minister in charge of the "Federal Economic Development Initiative for Northern Ontario." (Perhaps we should ask the auditor-general to have a look at that program, which certainly smells like yet another pork barrel. Is that how they do politics in Northern Ontario?)
As our columnist Don Macpherson noted last week, Quebec provincial politics have long been, as far as we can tell, as clean and honest as any in the country. And other provinces - Saskatchewan under Tory Grant Devine, for example, and British Columbia under governments both Liberal and New Democratic - have had plenty of scandal.
The legitimate part of the sponsorship program was intended as a response to "a Quebec issue" - the threat of separation. But the corruption is a Liberal problem, and an individual problem.
If Comuzzi hopes to remain a minister long enough to hand out some of those development initiative grant cheques, he needs to grasp the basic principle that no region has a monopoly on ethical behaviour in politics, and no region is the headquarters of dishonesty, either.

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La vérificatrice générale a sonné l'alarme
Les commandites: un scandale essentiellement politique
Yves Boisvert
Professeur à l'École nationale d'administration publique et directeur du laboratoire d'éthique publique
Le Devoir mercredi 18 février 2004
IDÉES - Il y a maintenant une semaine que la vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, a déposé son rapport sur les activités de commandite, de publicité et de recherche sur l'opinion publique. Si ce rapport n'a pas surpris les analystes politiques qui suivent l'évolution de ce dossier depuis plus de deux ans, il nous a cependant donné beaucoup de munitions pour confirmer qu'il s'agit là d'un scandale politique plutôt qu'un simple dérapage administratif.
Une analyse minutieuse du rapport de la vérificatrice nous a vite fait comprendre que la stratégie initiale des libéraux ne pouvait pas tenir la route très longtemps. En effet, l'équipe de Paul Martin a tenté, dans un premier temps, d'orienter tout le débat sur les suites à donner au rapport de Mme Fraser vers la thèse d'un scandale administratif, fruit d'une petite clique de 14 fonctionnaires véreux qui ont violé toutes les règles administratives qui servent de rempart à la mauvaise utilisation des deniers publics en violant de façon systématique toutes les règles de passation des contrats, de sélection des partenaires et de gestion des contrats (qui s'est faite dans une logique d'absence de contrôle et de justifications des allocations des ressources par des preuves écrites).
Mme Fraser a cependant rappelé à l'ordre les libéraux et tous ceux qui avaient fait une lecture un peu trop rapide de son rapport en disant ouvertement, dès le lendemain de sa divulgation, qu'elle doutait fortement qu'un scandale d'une telle ampleur aurait pu se produire dans les seules limites de l'administration publique.
Devant la marée de critiques venues de l'opposition et face au sentiment de consternation qui traversait l'opinion publique canadienne, le premier ministre Paul Martin a dû réviser sa position dès jeudi, le 12 février dernier, et reconnaître qu'il y avait probablement des commandes politiques à l'origine de ce dérapage systématique.
Détournements
Le scandale des commandites doit en effet être classé dans le registre des détournements de fonds publics à des fins purement partisanes, soit le financement et la préparation des campagnes du PLC Québec afin de prendre une revanche importante sur le mouvement souverainiste. Si on savait déjà depuis 2002 que les firmes de publicité qui ont eu droit au «trésor» de 100 millions avaient été de généreux donateurs au Parti libéral, nous avons appris depuis ce temps qu'ils étaient de «grands bénévoles» dans la préparation et l'organisation des campagnes électorales. [...]
Quand on dresse la liste des noms de tous ceux qui sont impliqués dans ce scandale, qu'ils soient politiciens, administrateurs publics (y compris les responsables des sociétés d'État) ou propriétaires de firmes de publicité, il y a un lien qui les rassemble tous: ce sont tous des partisans de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada. Cette proximité des acteurs est telle qu'on a constaté qu'ils sont souvent des amis personnels qui se fréquentent lors de rencontres dans des chalets ou lors de parties de pêche, voire qui s'hébergent entre eux. Bref, la frontière est bien mince entre ce qui relève ici du public et ce qui est de l'ordre du privé.
Ainsi, le scandale des commandites nous fait découvrir que les moeurs de financement des partis politiques fédéraux sont aussi problématiques que celles des Allemands et des Français. Rappelons en effet que l'ancien chancelier allemand Helmut Kohl a perdu toute son aura politique lorsque ses concitoyens ont découvert qu'il avait organisé un système de financement douteux pour son parti et que l'ancien premier ministre français Alain Juppé vient d'être condamné pour avoir utilisé de l'argent public (embauche de pseudo-fonctionnaires à la mairie de Paris afin de travailler pour le parti du président Chirac) à des fins purement partisanes.
Analyse du rapport Fraser
Le mandat de Mme Fraser se limitait exclusivement à «vérifier les pratiques de gestion et certaines actions» des fonctionnaires. Si elle ne pouvait pas montrer directement du doigt les responsables politiques, son insistance sur la portée limitée de son mandat nous oblige à comprendre que ce n'est pas parce qu'elle ne peut explicitement critiquer que le comportement des fonctionnaires que ceux-ci sont nécessairement les seuls coupables, voire les vrais coupables.
Dès le point 3.21 de son document, elle nous apprend que les fonctionnaires du programme n'avaient pas de contrôle sur le processus décisionnel. Ils devaient se limiter à faire un travail d'exécution. Le processus décisionnel était centralisé entre les mains du directeur exécutif de la Direction générale des services de coordination des communications (DGSCC), du ministère des Travaux publics dirigé par Alfonso Gagliano. Le directeur exécutif relevait directement du sous-ministre et «avait directement accès au ministre et à son personnel, ce qui réduisait encore plus le jeu des mécanismes habituels de contrôle et de surveillance».
Il est intéressant ici de pousser un peu plus loin notre compréhension de la proximité inhabituelle qu'il y avait entre le directeur exécutif du programme et le bureau du ministre. Ceux qui connaissent les bureaucraties modernes savent très bien que cette logique est atypique car elle brise le lien hiérarchique entre le directeur et le sous-ministre ou même le sous-ministre adjoint et parce qu'elle brouille la chaîne d'imputabilité.
On ne peut s'empêcher de se demander pourquoi le ministre a autorisé les deux directeurs exécutifs de ce programme, MM. Guité et Tremblay, à contourner la logique hiérarchique du ministère afin de faire directement affaire avec son bureau. Les choses s'éclaircissent lorsqu'on apprend que les deux directeurs en question étaient reconnus pour leurs allégeances libérales. Ainsi, M. Tremblay est passé directement d'un poste de chef de cabinet du ministre Gagliano à celui de responsable administratif du programme de commandites. Quand on connaît le profil des exigences qu'il faut pour être chef de cabinet de ministre, on sait que la loyauté à ce dernier et au parti est un critère d'embauche non négociable. La dimension politique de ce programme et de son utilisation nébuleuse ne fait alors pas de doute.
Le rapport de la vérificatrice nous démontre également que le ministre était lui-même un acteur clé de la gestion arbitraire de ce programme. Il ne s'est jamais empêché de prendre directement part à des décisions sur la sélection de certaines des activités à financer. Il ne s'est pas non plus gêné pour renverser à certaines reprises les décisions prises auparavant par les administrateurs du programme.
Complicité et secret
Le rapport Fraser ne se limite pas à mettre M. Gagliano dans l'embarras, il éclabousse également le bureau de l'ex-premier ministre Chrétien. En effet, le point 3.19 du rapport doit être considéré comme une critique sévère adressée aux plus hautes instances du gouvernement car il met en question la complicité silencieuse de ces dernières à maintenir une opacité malsaine autour de ce programme. Si on interprète ce passage du rapport, on peut se permettre de dire qu'il accuse le gouvernement d'avoir fait une entorse grave au principe de la démocratie parlementaire. Le rapport indique en effet qu'étant «donné l'importance des objectifs» et «l'importance des dépenses», «nous nous serions attendus à ce que le gouvernement fournisse au Parlement au moins une description du programme, ses objectifs, ses dépenses et les résultats obtenus».
Face à une telle critique, M. Chrétien et ses lieutenants devront un jour répondre devant l'une de ces nombreuses instances mises en place pour faire la lumière sur ce scandale. Pourquoi n'ont-ils pas donné des renseignements sur ce programme aux élus? Pourquoi ont-ils géré ce programme dans une logique de secret? Qu'avaient-ils tant à cacher? Si les objectifs politiques étaient si nobles, s'il s'agissait vraiment de sauver le pays d'une sécession, aucun fédéraliste n'aurait dû être gêné d'en aviser la population. Ce manque de transparence est-il une reconnaissance implicite que les vrais objectifs du programme n'étaient pas une visibilité plus grande à accorder au gouvernement fédéral?
En éthique gouvernementale, le manque de transparence et la complexification volontaire des transactions nous mènent toujours à douter de la légitimité et de la légalité de ces transactions. Comme le dit si bien Alain Etchegoyen, «si être responsable, c'est bien vouloir répondre de ses actes, il est clair qu'aucun corrupteur ne peut répondre de son acte de corruption. C'est pourquoi, d'ailleurs, la corruption [et on pourrait dire la même chose des conflits d'intérêts et de toutes les formes de détournement de fonds publics] est toujours cachée, dissimulée et, en cas d'investigation, toujours niée».
Le rôle de Paul Martin
La connaissance maintenant acquise de la nébulosité de ce programme, de l'absence de règles, de normes, de critères de sélection et d'évaluation, de plan stratégique et de toutes les autres formes de renseignements habituellement nécessaires pour aller chercher des fonds auprès du Conseil du trésor nous obligent (sic) à nous poser des questions fondamentales sur le rôle qu'a joué M. Martin dans ce dossier.
Le nouveau premier ministre ne peut plus se cantonner dans le silence et nous dire qu'il ne savait rien. Sheila Copps a raison de dire qu'en tant que vice-président du Conseil du trésor, M. Martin a obligatoirement été informé de ce dossier problématique. L'ancien ministre Yves Duhaime a d'ailleurs fait une précision remarquable à ce sujet la semaine dernière lorsqu'il a affirmé que toutes les personnes qui ont un jour siégé à un poste clé du Conseil du trésor savent qu'on ne donne jamais d'argent dans ce haut lieu de la gestion publique sans connaître les détails précis de son utilisation.
Le rapport de Mme Fraser met d'ailleurs les responsables du Conseil du trésor dans une posture trouble. En effet, après avoir exposé au point 3.14 toutes les carences de ce dossier au chapitre de la présentation des renseignements nécessaires à l'obtention de l'argent public (analyse formelle, plan stratégique, etc.), le rapport précise au point 3.15 que «le Conseil du trésor a toutefois approuvé l'octroi de fonds supplémentaires pour les activités de communications de TPSGC [Travaux publics et Services gouvernementaux Canada] afin de promouvoir les programmes et les services du gouvernement à la suite du référendum».
Avec l'aide de sa ministre Lucienne Robillard, ex-présidente du Conseil du trésor, le premier ministre Martin devra rapidement expliquer aux Canadiens depuis quand le Conseil du trésor se permet de dépenser plus de 200 millions sans exiger un canevas de normalisation (normes, critères, seuil des dépenses autorisées et analyses des résultats antérieurs). Les responsables du Conseil du trésor devront nous dire s'il s'agissait là d'une façon courante d'attribuer les deniers publics aux ministères et organismes publics lorsqu'ils étaient à la tête de cet organisme.
Si M. Martin maintient son discours qui plaide son ignorance de l'existence de ce gâchis, il devra nous expliquer pourquoi il a abdiqué ses responsabilités de gardien de la bonne gestion des deniers publics. Il devra nous dire combien d'autres millions ont été donnés à gauche et à droite sans que les demandes soient justifiées et argumentées avec toute la rationalité comptable nécessaire. Il devra ensuite expliquer aux Canadiens pourquoi ils devraient, lors des prochaines élections, faire confiance à quelqu'un qui a failli à sa tâche de vice-président du Conseil du trésor.

»» le scandale des commandites
Coupables par association
J. -Jacques Samson
Le Soleil mercredi 18 février 2004
Le Bloc québécois a déjà payé un lourd prix politique pour les fusions municipales décrétées par le gouvernement du Parti québécois. C'est maintenant au tour du Parti libéral du Québec d'être éclaboussé par le scandale des commandites dans lequel baigne le Parti libéral du Canada. Les sondages sur les intentions de vote et le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement Charest sont contaminés, croient des dirigeants du PLQ. Il existe encore une confusion chez plusieurs personnes quant à l'autonomie des deux partis libéraux oeuvrant au Québec, ne serait-ce qu'en raison du nom.
Sur le terrain, les deux partis ont souvent les mêmes organisateurs locaux et les mêmes souscripteurs. Jean Charest a maintes fois été présenté comme un proche de Paul Martin, qu'il fréquente en Estrie ; plusieurs de ses ministres et députés, dont Jean-Marc Fournier, Jacques Chagnon et autres, sont des amis de Paul Martin. Le nouveau premier ministre fédéral est aussi entouré de nombreux collaborateurs ou députés issus de la famille politique du PLQ. C'est le cas des Pietro Perrino, Mario Laguë, Richard Mimeau, François Rochette et des élus Pierre Pettigrew, Lucienne Robillard, Liza Frulla, Serge Marcil, Georges Farrah, Claude Drouin, Claude Duplain, Christian Jobin, pour ne nommer que ceux-là. Les deux partis paraissent plus imbriqués que jamais, même s'ils ont des structures bien distinctes et totalement indépendantes. Les risques de culpabilité par association dans l'opinion publique sont ainsi multipliés et cela pourrait bien avoir des retombées plus importants encore sur le PLQ, craint-on, au moins jusqu'aux prochaines élections fédérales, lesquelles permettront de nettoyer l'affaire dans un sens ou l'autre, que Paul Martin soit élu ou défait.
Jean Charest est en plus identifié personnellement au Groupe Everest, l'une des firmes impliquées dans l'affaire des commandites. Un dirigeant d'Everest, Claude Lacroix, et sa conjointe, Suzanne Poulin, ont été des amis et conseillers du député de Sherbrooke tout au long de sa carrière politique. Mme Poulin a longtemps été sa plus proche collaboratrice. Depuis le 2 février, un autre directeur du Groupe Everest, Michel Guitard, est devenu conseiller spécial en communications au bureau de Jean Charest. La direction du PLQ martèle que M. Guitard n'a pas touché ni de près ni de loin au dossier des commandites irrégulières et met en garde "de beurrer tout le monde" d'Everest. La firme a certes fourni des services au PLQ pour la campagne électorale de 1998, peu après l'arrivée de Jean Charest au Parti libéral du Québec, mais pas en 2003. Seul Michel Guitard se serait impliqué dans la campagne électorale d'avril dernier, et à titre personnel.
Les membres de l'appareil de la section québécoise du PLC ont longtemps traité leurs vis-à-vis du PLQ avec beaucoup de condescendance. Habitués de gouverner avec une opposition éparpillée dans des partis régionaux peu menaçants, les fédéraux ne comprenaient pas, de 1994 à 2003, que le PLQ n'ait pas réussi à écraser le Parti québécois. Leur assurance était encore plus arrogante depuis les gains enregistrés sur le Bloc lors des dernières élections générales et partielles, suivies de la montée de Paul Martin avec qui ils prévoyaient raser le Québec.
C'est maintenant au tour des apparatchiks du PLQ de regarder avec des yeux sévères ces tarés qui ternissent l'étiquette libérale partagée par les deux partis. Les prochaines élections sur la scène québécoise n'auront pas lieu toutefois avant trois ans, trois fois l'éternité en politique. Quand la tempête des commandites sera passée, que Paul Martin aura fait le ménage qu'il promet et qu'il sera bien en selle, la présence massive, au premier rang, de conseillers, d'organisateurs et d'élus formés au PLQ, imprégnera le "grand frère" fédéral de la culture du PLQ, se plaît-on à penser avec bienveillance.
En attendant, les dirigeants du PLQ se tiennent loin de cette affaire. Ils ne veulent même pas associer leurs noms à des commentaires publics sur le sujet. Ils sortent d'autre part d'une campagne de financement qui a rapporté 8,8 millions $ et les actionnaires ou employés des firmes impliquées dans le scandale des commandites n'ont pas été sollicités. On n'a pas eu à rayer leurs noms ; ils ne faisaient pas partie de notre réseau de financement, affirme-t-on.
Le coq n'avait pas chanté trois fois que personne au PLQ n'avait connu quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui avait un cousin qui avait entendu dire que quelqu'un avait trempé dans ce qui est devenu le scandale politique du siècle. Dans les circonstances, je le reconnais volontiers, moi aussi je me promènerais avec un sac de papier sur la tête. Il ne reste maintenant aux dirigeants du Parti libéral du Québec qu'à prier pour qu'aucun membre de leur famille ne se soit mouillé le gros orteil dans cette mare.

»» le scandale des commandites
The Chrétien watch
Michel Vastel
Le Soleil mercredi 18 février 2004
On périt toujours par où on a péché. Quand Brian Mulroney conclut l'Accord du lac Meech avec ses homologues provinciaux, la télévision nationale anglaise, qui n'était pas du tout d'accord avec la reconnaissance du caractère distinct de la société québécoise, organisa ce qu'on appela alors : the Trudeau watch. Convaincue que l'auguste personnage allait critiquer l'Accord, elle planta une caméra devant son bureau de Montréal et attendit. Sa patience fut bien récompensée.
La situation présente de Paul Martin est cruellement ironique : le chef du bureau de la CBC à Ottawa qui organisa, en 1987, cette macabre vigile, était Elly Alboim, l'un de ses principaux conseillers en communication !
The Chrétien watch est donc lancé et Alboim sait à quoi s'attendre : l'ancien premier ministre finira bien par parler. En attendant, ses simples apparitions, soigneusement calculées, constitueront un véritable supplice de la goutte pour son malheureux successeur...
Je ne sais, cependant, ce qui est le plus déplorable : l'appétit des médias pour une déclaration - n'importe laquelle ! - de Jean Chrétien. Ou le cynisme avec lequel le petit gars de Shawinigan traite toute cette affaire des commandites.
Car ne nous y trompons pas : les médias postés devant le bureau de l'avocat se moquaient pas mal de ce qu'il avait à dire. Il leur fallait seulement une image "parlante". Il n'a finalement dit que deux insanités : "Nous devrions aller faire du ski aujourd'hui", et encore : "Je ne pense plus !" Quelque facétieux aurait pu lui rétorquer, du tac au tac : "Vous est-il déjà arrivé de penser ?" Mais passons...
Les journalistes, contents de leurs images, sont retournés à leurs tables de montage et en ont fait une manchette. Le pauvre Paul Martin, qui venait de passer la journée au Québec, donnant des entretiens radiophoniques et télévisés à tous les réseaux, était presque relégué au second plan.
Sans s'en rendre compte et pour le seul plaisir de la chose, les journalistes ont fait le jeu de Jean Chrétien, tout comme Pierre Trudeau s'est longtemps amusé à jouer avec les nerfs de Brian Mulroney.
Étant donné la nature insignifiante des propos de Jean Chrétien, le plus sage eût été de ne pas les diffuser. C'est lui qui aurait été puni ! Car le jeu de l'ancien premier ministre et de ses amis est de faire paniquer Paul Martin jusqu'à ce qu'il renonce à faire la purge dans son parti. Certains parlent beaucoup, mais sous le couvert de l'anonymat. Vous verrez qu'ils vont bientôt rendre Martin responsable de ses propres malheurs ! Quant à Jean Chrétien lui-même, il calcule ses apparitions et ses silences...
Pourtant, les libéraux eux-mêmes, sans parler des citoyens en général, aimeraient bien entendre leur ancien premier ministre. Était-il au courant, lui, des magouilles et des manoeuvres malhonnêtes qui se tramaient dans son propre gouvernement ? Pourquoi n'est-il pas intervenu plus tôt, lui ? Et pourquoi a-t-il exilé Alfonso Gagliano au Danemark, s'il n'avait aucun doute sur son comportement ? Et pourquoi a-t-il nommé Michel Vennat à la Banque de développement du Canada ? Est-il vrai qu'en son nom à lui, maître Vennat et son ancien adjoint exécutif, Jean Carle, ont littéralement "harcelé" le pauvre président de la Banque, François Beaudoin ? Le plus désolant dans cette affaire est que toutes ces questions, légitimes, c'est à Paul Martin qu'on les pose et non à Jean Chrétien qui, lui, a toutes les réponses.
Jean Chrétien se contente de faire de la figuration et c'est à Paul Martin qu'on reproche les silences. Au cirque médiatique auquel nous assistons depuis quelques jours, les clowns ne sont pas du côté de la caméra que l'on pense.
Cela dit, la crise au sein du Parti libéral du Canada est en train de devenir plus importante, et bien plus grave, que le rapport de la vérificatrice générale. Depuis une semaine, les oppositions au Parlement n'ont rien de nouveau à dire sinon s'en prendre à l'intégrité du nouveau premier ministre et lui demander de... retarder le déclenchement des élections. Où est la logique ?
Les dommages viennent de libéraux inquiets qui, comme cet obscur ministre Joe Comuzzi, se livrent à des commentaires inacceptables sur la politique québécoise le jour même où leur chef courtise les Québécois. Ou ce tout autant insignifiant député de l'Ontario, John Bryden, qui démissionne du groupe parlementaire libéral sans trop savoir ce qu'il fera par la suite. Il est seulement dépité lui aussi et pense que "c'est le temps de changer" ! La petite histoire ne dit évidemment pas qu'il ne favorisait pas l'arrivée de Paul Martin à la tête de son parti et qu'il fait face à une forte contestation pour l'investiture libérale.
Les dommages viennent de candidats à la candidature, comme l'ancien secrétaire de presse de Jean Chrétien, Stephen Hogue, qui s'est fait bloquer la route de la circonscription de Saint-Maurice. Il fallait s'y attendre ! Mais l'invraisemblable excuse trouvée par Jean Lapierre - "il faut faire de la place aux femmes" - n'a pas fait long feu puisque le nouveau lieutenant de Paul Martin s'est réservé l'un des cinq ou six sièges au Parlement les plus confortables de toute la province.
Tout cela sent l'improvisation et on parle déjà - deux mois après l'assermentation du gouvernement - d'une purge au bureau du premier ministre. Voilà qui doit rappeler quelque chose à Jean Charest !
Paul Martin lui-même est redevenu ce qu'il était à son entrée en politique : un communicateur plutôt médiocre. Cela n'enlève rien à ses qualités de premier ministre, mais ses apparitions à la télévision - trop nombreuses d'ailleurs - ne font rien pour rétablir sa crédibilité.
Il bégaie plus que jamais, ne regarde pas la caméra de face, retrouve les lourdeurs du français de Windsor dont il s'était débarrassé. Bref, cet homme a effectivement l'air d'avoir quelque chose à cacher.
Le comportement de Paul Martin fait de plus en plus penser à celui de John Turner en 1984 qui, lui aussi, avait hérité d'un tapis de pelures de bananes laissé par Pierre Trudeau.
Alors, croyez-le ou non, le moulin à rumeurs, alimenté par les libéraux déçus - les Copps, les Manley, les Rock, les Chrétien et quelques autres encore ! - laisse entendre qu'un putsch pourrait se produire pour remplacer Paul Martin par l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna ! Hilarant...
MVastel@lesoleil.com

»» le scandale des commandites
Les frères ennemis
Lysiane Gagnon
La Presse mercredi 18 février 2004
Le scandale des commandites, et tous les scandales afférents qui aujourd'hui remontent à la surface comme de l'eau sale dans un évier bouché, font bien ressortir le contraste entre Jean Chrétien et Paul Martin.
Entre le cynisme du premier et la maladresse du second, on ne sait trop où est le moindre mal.
L'arrogante désinvolture de Jean Chrétien, devant les magouilles où s'est englouti l'argent des contribuables, est certainement plus condamnable sous l'angle moral. Mais la façon dont son successeur gère la crise ne passera pas pour un modèle... encore que, soyons honnête, il faudrait être un demi-dieu pour se tirer d'un pareil pétrin.
Interrogé par les reporters, Jean Chrétien s'est montré égal à lui-même: il " ne pense plus " depuis qu'il est redevenu simple citoyen, tout le monde devrait aller faire du ski, et autres fadaises du genre... voilà tout ce qu'il avait à dire sur la crise qui trouve son origine dans son propre règne.
C'est une réaction minable, mais sous l'angle de la " realpolitik ", elle a le mérite de dédramatiser les choses. C'est d'ailleurs ainsi- en désamorçant les attaques par des " farces plates "- que M. Chrétien s'est souvent tiré d'affaire. D'où sa réputation d'homme-téflon.
Quel contraste avec Paul Martin, qui au contraire a presque tout fait pour aggraver la crise, transformant, selon les mots d'un libéral inquiet, " un incendie à trois alertes " en " un incendie à cinq alertes ".
M. Martin a eu l'air pris au dépourvu, bien que tout le monde savait à peu près ce qu'allait contenir le rapport Fraser. Après tout, ces scandales ont été dévoilés, dans leurs grandes lignes, il y a deux ans. C'est donc, davantage que les révélations, l'ampleur de l'écoeurement du public qu'il n'avait pas vu venir.
Dans un premier temps, M. Martin a minimisé l'affaire (tout était la faute de 14 hauts fonctionnaires!) pour la sur-dramatiser dans un deuxième temps. M. Martin a repris à son compte l'indignation ambiante en en remettant; il a admis qu'il y avait des responsabilités politiques dans ces " crimes ", il a mis sa tête en jeu, jurant ses grands dieux qu'il n'était au courant de rien...
Mais dans ses efforts désespérés pour se dissocier des scandales, il a déclenché une guerre intestine au sein de son parti, et ressuscité les vieilles querelles ethniques.
Selon un chroniqueur du Globe and Mail, des collaborateurs de M. Martin, sous le couvert de l'anonymat, confient à qui veut l'entendre que le scandale des commandites tenait au " tribalisme " de la politique québécoise telle qu'incarnée par Jean Chrétien. Voilà un beau cas de " Quebec bashing "... et qui vient au surplus de l'entourage d'un homme qui se promettait de ramener l'harmonie au Canada!
Les accusations voilées de M. Martin contre le régime Chrétien ont évidemment mis le feu au sein du clan Chrétien, déjà considérablement irrité par les innombrables vexations que lui infligent les hommes de Martin.
Quant à ce dernier, il se retrouve dans la position inconfortable de celui qui doit défendre la réputation du parti auquel il vient lui-même d'attribuer la responsabilité d'un scandale répugnant!
Obnubilé par sa longue rivalité avec le clan Chrétien, M. Martin s'imagine peut-être qu'il y a deux partis libéraux et qu'une fois la purge terminée, il ne restera que le sien. Mais pour le public, le PLC est le PLC, point à la ligne, et les deux clans ennemis sont de la même famille.
À la veille d'élections en principe prévues pour le printemps, les libéraux sont donc en train de s'entre-déchirer royalement. Ma foi, cela fait presque plaisir à voir. On en était venu à croire que ces gens-là étaient invincibles et que leur arrogance, et leur façon de s'approprier les fonds publics, resteraient impunies.
L'heure de la punition a sonné, et c'est ce pauvre Martin qui attrape tout. Cela doit grandement amuser Jean Chrétien, qui ne détesterait probablement pas voir son rival défait aux urnes... mais attention, l'histoire n'est pas finie.
L'ancien ministre Gagliano, que les libéraux utilisent depuis deux ans comme bouc émissaire, va revenir au pays, et comme M. Martin ne lui a rien offert, il risque de parler. Ce qu'il aura à dire, s'il se met à table, sera sans doute extrêmement intéressant, car, on le sait, le brave homme était d'abord et avant tout un fidèle serviteur de son maître.
Même à supposer que les révélations de M. Gagliano n'impliquent pas Jean Chrétien, ce dernier devra probablement témoigner devant la commission Gomery qui aura sans doute quelques questions à lui poser... et qu'il ne pourra pas, cette fois, esquiver par des boutades.
M. Chrétien croyait échapper au jugement de l'histoire en démissionnant avant la publication du rapport Fraser mais l'histoire est peut-être en train de le rattraper.

»» racisme
Biggest contest is outside ring
DAVE STUBBS
The Montréal Gazette Wednesday, February 18, 2004
Faces of discrimination: Race is still an issue in many parts of Quebec society. Just ask boxer Otis Grant, a black anglophone in a sport that favours hometown hues and accents
Otis Grant at home with his family: son Andrew, wife Betty and daughter Alexandria. Grant and his wife have tried to instill a strong sense of pride and identity in their children.
Today, The Gazette and Global News begin a six-week examination of the various ways that discrimination is felt in Quebec. Our profile of boxer Otis Grant illustrates that race can have an impact on a career.
In subtle ways, and in ways as subtle as the sledgehammer punches he throws, professional boxer Otis Grant has paid the price for the colour of his skin, both in the ring and out of it.
Throughout his career, Grant has seen men lighter in complexion and talent featured above him on the marquee, fighting for far greater sums.
He didn't get his due even as middleweight champion of the world, failing to capture the imagination of fight fans in his adopted hometown of Montreal.
Only now, at age 36 and one impressive bout along his comeback trail, five years after nearly dying in a car wreck, is he beginning to enjoy the support of a local boxing promoter.
If Grant is finally riding toward a brighter horizon, it is in part because of a trip to the licence bureau. Last summer, he replaced the name of his wife, Betty Mullins, with his own on the registration of their 1985 Firebird, weary of being stopped behind the wheel when police punched up the plate and found that a woman owned the car.
A couple of years earlier, he was pulled over for no reason while driving a friend's new Jeep through Notre Dame de Grâce. Grant recalls the cop studying his licence and demanding additional identification, then asking, "Wouldn't you be Otis Grant, the boxer?"
There is less bitterness than matter of fact in Grant's voice as he remembers the exchange.
"I told him 'Yes, I would be,' and he said, 'I'm a huge fan of yours. I hope you don't think I pulled you over because you're black,' " he related. "I just said, 'Well, I'm glad you said that.' "
The modern sports page reads like a police blotter, a sensational catalogue of athletes believing that their fame affords them the right to beat and rape and kill.
By comparison, Otis Grant is a dreadful bore - a devoted husband and father, a high school educator, a man who gives generously to his community and points a path of goodness to the many youth who flock to him.
Since 1999, the Otis Grant and Friends foundation has put holiday meals and gifts on the tables of hundreds of underprivileged Montreal families.
The program is expanding.
"It isn't just Christmastime that people are in need," he said.
Given his values, it's not unusual for Grant to be called a role model, though he'd rather be seen in a simpler light.
"I'd like to be looked at as just a good guy who tries to be successful," he said. "With children especially, the prime example of role models should be their parents. Many athletes have trouble living up to the label. I'd just like to be known as a good man."
Good men are the minority in the often corrupt business of boxing, whose food chain is infested with exploitive sharks and leeches of opportunism.
And it's a sport not above racism. Grant and his brother, Howard, once one of Canada's premier amateur boxers, have frequently turned the other cheek when theirs have been deemed too dark for this market, a town force-fed bouts pitting white francophone vs. white anglophone.
"People told us long ago that we had two strikes against us from the start," Grant said.
"One, we're black; two, we're anglophone. They told us we couldn't draw flies in Quebec.
"But promoters have always wanted to get a French guy against an English guy, preferably both of them white. Even now, they say black fighters don't draw in Montreal. But at the end of the day, the guys who have been promoted and pushed haven't been black."
Recently, in part because of a weakening stable, Montreal-based promoter InterBox signed Otis Grant to a two-year, six-bout contract.
Typically, Grant prefers to focus on the positives.
"I might be the guy who can bring them a new demographic - the ethnic market," he said.
Grant is back in boxing on his own terms, recovered from a 1999 car accident that left him so critically injured he was administered the last rites. His earnings now bankroll the fight-training and management business he and Howard are building.
But he's also a realist who understands his ladder back up to a world ranking might require a step down in April, when he could be matched against has-been crowd favourite Stéphane Ouellet in Quebec City.
"Being a local, once-upon-a-time white francophone hero still has some (box-office) clout here," Grant said of Ouellet, shrugging. "I'd hate to think the decision would go to a guy because of his race, but that happens all the time in this business."
More within his control is the upbringing of Alexandria, 9, and Andrew, 4. Grant and his wife raise their children by quiet example, sharing tolerances they have learned.
Grant remembers Alexandria, fairer of skin than he, coming home a few years ago wearing a troubled look.
"She wanted to know if she was black or white," Grant said. "She was almost disappointed when we told her, because she had a lot of white friends. To her, being white was cool.
"We tried to tell her there's all kinds of people in our multicultural city, different religions, shades, ethnic backgrounds, and that she'd have to learn to get along with everybody. I told her, 'Bottom line, this is who you are for the rest of your life. Be proud of who you are.' "
Every day since, Grant has preached the gospel he's embraced his whole life, a wisdom as clear as black and white:
"I tell my kids to be leaders, not followers. I've learned that you can't change who you are just to satisfy someone else."
dstubbs@ thegazette.canwest.com (...)

»» Conan O'Brien
La prestation de Conan O'Brien fait parler
PC
La Presse mercredi 18 février 2004
Toronto - Près d'une semaine après que l'animateur américain Conan O'Brien eut déclenché une controverse politique au Canada, les répercussions se font maintenant sentir dans les médias américains.
Et l'homme d'affaires torontois qui a fait venir l'animateur à Toronto, pour y enregistrer son Late Night With Conan O'Brien, dans le cadre d'efforts visant à redorer l'image de la ville, a avoué avoir encouragé les scripteurs de l'émission à rédiger le segment controversé, même si ceux-ci craignaient de froisser des susceptibilités.
Dans un sketch diffusé jeudi soir dernier sur les ondes de NBC, " Triomphe ", un chien-marionnette qui se complaît dans l'insulte, s'en est pris aux Québécois et aux francophones en faisant des blagues d'un goût douteux à leur sujet.
Dès le lendemain, à la Chambre des communes, des politiciens de toutes allégeances ont dénoncé le sketch, de même que l'utilisation de l'argent des contribuables - près d'un million de dollars - pour enregistrer l'émission new-yorkaise à Toronto.
Cette semaine, c'était au tour des médias américains de réagir à la controverse, qui a été mentionnée notamment sur les ondes de CNN et dans les pages du USA Today, du Hollywood Reporter et même le New York Times.

»» Conan O'Brien
Conan O'Brien s'excuse
PC
La Presse mercredi 18 février 2004
Toronto - Près d'une semaine après que l'animateur américain Conan O'Brien eut déclenché une controverse politique au Canada, il a présenté des excuses aux Québécois hier soir, alors que les répercussions de ses blagues de mauvais goût se font maintenant sentir dans les médias américains.
Après le monologue d'usage ouvrant son émission, hier soir, l'animateur a dit en substance être désolé d'avoir offensé les Québécois. " Nous ne voulions pas blesser qui ce soit avec notre petite saynète de l'autre soir ", a-t-il ajouté.
Pour sa part, l'homme d'affaires torontois qui a fait venir l'animateur à Toronto, pour y enregistrer son Late Night With Conan O'Brien a avoué avoir encouragé les scripteurs de l'émission à rédiger le segment controversé, même si ceux-ci craignaient de froisser des susceptibilités.
Dans un sketch diffusé jeudi soir dernier sur les ondes de NBC, " Triomphe ", un chien-marionnette, s'en est pris aux Québécois et aux francophones en faisant des blagues d'un goût douteux à leur sujet.
Dès le lendemain, à la Chambre des communes, des politiciens de toutes allégeances ont dénoncé le sketch.
Cette semaine, c'était au tour des médias américains de réagir à la controverse, qui a été mentionnée notamment sur les ondes de CNN et dans les pages du USA Today et du Hollywood Reporter. et même dans celles du New York Times.

»» le bouclier antimissiles
Le Canada entend participer au bouclier antimissiles
PC
Le Devoir mercredi 18 février 2004
Washington -- Les pourparlers se poursuivent entre le Canada et les États-Unis au sujet d'une éventuelle participation canadienne au projet de bouclier antimissiles nord-américain.
Selon le lieutenant-général Rick Findley, chef de la section canadienne du NORAD, le commandement pour la défense antiaérienne de l'Amérique du Nord, rien jusqu'à présent ne s'oppose à la participation du Canada, et les critiques qui craignent que le système ne mène au positionnement d'armes dans l'espace se trompent.
«Je ne dirais pas que l'affaire est dans le sac, a ajouté M. Findley, hier. Mais il me semble que le Canada est essentiellement favorable au projet et entend y participer.»
Le projet, qui coûtera plusieurs milliards de dollars, vise à mettre sur pied un système de défense capable d'abattre un ou deux missiles lancés par erreur ou par un pays ennemi contre des cibles en Amérique du Nord.
Pour plusieurs critiques, cependant, le projet pourrait mener à la mise en place d'un système antimissiles dans l'espace, comme prévoyait le faire l'ancien président américain Ronald Reagan au début des années 1980.
«Ce n'est pas le cas», a déclaré hier M. Findley, en expliquant que le système serait fondé sur des stations radar terrestres et des batteries de missiles antimissiles en Californie et en Alaska.
«Éventuellement, le système pourrait inclure des navires de guerre américains patrouillant dans l'océan Pacifique, mais aucun missile de défense ne serait installé au Canada ou ne franchirait son espace aérien.»

»» relativisme culturel
Méfions-nous des extrêmes du relativisme culturel
Yao Assogba
Sociologue et professeur au département de travail social et des sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais
Le Devoir mercredi 18 février 2004
IDÉES - Réplique à l'article de Daniel Côté, «Relativisme culturel, droit et démocratie» (Le Devoir, 21 janvier 2004)
Mon article paru dans la page Idées (Le Devoir, 7 janvier 2004) n'est pas un cours sur le relativisme culturel et encore moins sur la notion de culture. En le lisant très attentivement. On peut se rendre compte que je mettais en garde contre une forme de relativisme culturel (le culturalisme ou l'hyperculturalisme) qui, poussée à l'extrême, pourrait devenir dangereuse dans une société multiculturelle et démocratique.
Dans la critique qu'il m'adresse, Daniel Côté, anthropologue et candidat au doctorat en anthropologie à l'Université de Montréal, consacre une bonne partie de son texte à faire un «historique», à définir la notion de culture et du relativisme culturel dans les sciences sociales.
Commentant des extraits de mon article, M. Côté écrit que le «relativisme ne soutient rien du tout en dehors de ce que certains soutiennent en son nom, et ce, à des fins intéressées et pas toujours très nobles, comme ce fut le cas de l'avocat Yves Boutillier, qui sert d'exemple au professeur Assogba». Est-il nécessaire de rappeler qu'un concept véhicule une idée, une représentation, un discours, une interprétation de la réalité sociale qui sous-tendent les attitudes et les comportements des individus? Dans cette perspective, les sentences des juges Raymonde Verreault et Monique Dubreuil ainsi que la déclaration de maître Boutillier que je cite en exemple participent à un type de relativisme que je condamne, soit le relativisme hyperculturel.
Se disant stupéfait par un «sous-entendu» d'un passage de mon texte, l'anthropologue Côté se demande: «Qu'est-ce qui, dans les cultures étrangères à la nôtre, porte atteinte à la dignité de la personne en permettant des actes de barbarie?» Si notre critique relisait attentivement mon article, il saisirait sans doute que je dénonce le fait que des femmes et des hommes de droit prétendent publiquement que le viol est un «fait culturel», une «pratique culturelle» courante chez une communauté particulière. Je «ne demeure pas muet sur cette question», comme l'affirme notre doctorant en anthropologie. Bien au contraire, je dis clairement qu'«ethniciser le viol» est un préjugé racial, que le viol est un acte barbare et qu'en conséquence aucune culture (humaine) ne peut et ne doit le justifier.
Se confronter à l'universalité
J'en viens maintenant au relativisme (culturel) comme notion et courant de pensée en sciences sociales et ses conséquences dans les sociétés contemporaines - «vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà» (Blaise Pascal). Le relativisme est donc une conception générale qui souligne la relativité de la connaissance, des normes sociales, etc. Grâce aux travaux de recherches en anthropologie et en sociologie, le relativisme a permis de mettre en relief la multiplicité et la diversité des cultures dont certaines ont été jusqu'alors dévalorisées par l'ethnocentrisme occidental. Le relativisme a aussi beaucoup favorisé l'esprit critique, la remise en cause des fausses certitudes. Mais par ailleurs, il pose aux sciences humaines le problème d'universalité, justement au nom de la pluralité et de la spécificité des systèmes de valeurs culturelles.
L'égalité, valeur fondamentale en démocratie, a favorisé l'émergence d'une culture relativiste ambiante dans les sociétés contemporaines démocratiques. L'égalitarisme appliqué au relativisme culturel signifierait que toutes les pratiques culturelles se valent. C'est la conception que semble avoir M. Côté lorsqu'il écrit que «toutes les aberrations commises dans le monde au nom d'une quelconque idéologie ou tradition n'invalident pas le principe du relativisme culturel nécessaire à la cohabitation pacifique entre des peuples de culture et de religion différentes».
Un «principe» n'est pas neutre, il n'est pas un simple point de vue. Il a des implications sociales. Le doctorant ne croit-il pas qu'un groupe pourrait faire valoir le principe du relativisme culturel pour appliquer par exemple la charia ou pratiquer la vendetta au Canada, pays démocratique et multiculturel? Ces cas de figure permettraient-ils la «cohabitation pacifique entre des peuples de culture et de religion différentes»? Ces exemples ne pourraient-ils pas menacer la stabilité et la cohésion de nos institutions civiles et juridiques? Si c'est non, alors l'anthropologue et doctorant Côté «préfère sombrer dans une démagogie» candide d'un discours naïf qui met en évidence l'ignorance du fait que les principes ne sont pas neutres mais qu'ils ont des implications dans la réalité sociale.
Les sciences sociales modernes, ou postmodernes, sont traversées par au moins trois familles de théories: le naturalisme, l'holisme et (l'hyper) culturalisme. L'espace qui m'est imparti dans cette page ne me permet pas d'élaborer sur chacune d'elles. Mais ce qui est important de savoir, c'est que chacune a des conséquences sociales.
Le relativisme est devenu omniprésent dans les sociétés contemporaines et soulève des enjeux importants dans les démocraties pluriculturelles: gestion politique de la diversité culturelle et construction d'une citoyenneté, définition politique des valeurs communes à promouvoir, interculturalité, transculturalité, etc. Ce n'est pas en ayant une conception purement vertueuse du relativisme culturel que l'on peut contribuer à l'élucidation des enjeux sociaux et politiques qu'il soulève.

»» Jacques Parizeau
Jacques Parizeau, en personnage d'opéra plus grand que nature
Louise Cousineau
La Presse mercredi 18 février 2004
Il y a documentaire et documentaire. Ceux qui se contentent de raconter une histoire sont souvent le lot de la télévision. Et il y a aussi des oeuvres d'art, plus rares, où l'auteur ajoute une pulsion créatrice à son oeuvre, pour mieux faire comprendre le personnage.
Francine Pelletier a transformé Jacques Parizeau en personnage d'opéra dans Monsieur, à l'affiche demain soir à 20 h à Télé-Québec. En utilisant, pour chaque chapitre appelé acte, des airs d'opéras. Addio, lors de l'échec du OUI- par une si petite marge rappelez-vous- vous arrachera des frissons.
Jacques Parizeau n'a jamais eu une nature de perdant. D'ailleurs, le film commence avec le discours qu'il avait enregistré quelques jours avant le 30 octobre 1995 sur la victoire du OUI. On voit là un homme heureux, qui a accompli son destin.
Ce discours n'a jamais été diffusé, bien sûr. Jacques Parizeau a prononcé un discours sur la mince victoire du NON. Y ajoutant une petite phrase qui allait marquer la fin de sa carrière. " On a été battus par l'argent et le vote ethnique! "
Le lendemain, il démissionnait.
D'entrée de jeu, Jacques Parizeau est réticent. Il n'aime pas les états d'âme étalés sur la place publique. Il veut garder une part de mystère. Se livrer, on le comprend, est presque vulgaire. " Si on frôle une caméra de télé, c'est tout le monde à poil! " proteste-t-il.
Malgré tout, Francine Pelletier racontera très bien ce personnage secret dans son film Monsieur. Son enfance privilégiée de grand bourgeois, sa curiosité intellectuelle, sa culture, son habitude de l'argent. Son doctorat en Angleterre, d'où il a ramené un accent british impeccable.
Il évoque son retour effrayant, alors que Duplessis régnait encore. Il a pensé à repartir au loin. Il s'est marié avec Alice, sa femme d'origine polonaise qui lui a fait découvrir le nationalisme polonais qui a porté son peuple à travers les vicissitudes de l'histoire. Jacques Parizeau était fédéraliste à l'époque. Il découvrira grâce à Alice le sens de l'appartenance. Une femme qu'il a aimée toute sa vie. Elle a écrit un dernier livre pendant la maladie qui l'a emportée, refusant de lui en laisser lire une ligne. Après sa mort, il a découvert à quel point cette femme l'avait aimé et combien elle a apprécié son réconfort durant sa maladie.
Vous verrez sa ferme dans les Cantons-de-l'Est. Vous le verrez marcher, avec une canne, à Collioure en France où il a un vignoble. Vous le verrez au Ritz où il a courtisé Lisette sa deuxième femme dont l'amour l'a rajeuni. " Il dansait, il chantait, il ne mettait plus de cravate. C'était l'amour " raconte son chauffeur du temps. Politiquement, c'était autre chose. Louise Beaudoin dit de lui qu'il pouvait partir sur de fausses prémisses et aller très loin. René Lévesque trouvait qu'il exagérait. Son attitude était souvent qualifiée d'arrogante. Il hausse les épaules: " Tout individu qui ne veut pas dire " c'est le fun " est un arrogant ".
Et est arrivé le 30 octobre 1995. Ces mots qu'il a prononcés, oubliant que la fonction publique, tant la provinciale que la fédérale, avait voté NON.
Il ne s'est jamais remis des épithètes qu'on lui a lancées. Jean-François Lisée, son conseiller politique, rappelle que Jacques Parizeau, après la défaite du OUI, a dit qu'il avait été insulté toute sa vie. Le journal Le Devoir qui avait payé un sondage pour lui dire de quitter la vie politique, ce souper au restaurant Moishe's où les autres dîneurs lui ont tourné le dos. Et surtout se faire traiter de raciste pour sa petite phrase du référendum.
" Je n'ai mis personne en prison et on m'a traité de fasciste et d'intolérant. C'est ça l'image. Pierre Trudeau a fait mettre 500 personnes en prison et c'est un grand démocrate. Je ne veux plus jouer ce jeu-là! " Et la musique d'accompagnement sera Les Sanglots de Paillasse.
Il n'a jamais voulu s'excuser, et s'il avoue un regret, c'est celui de ne pas être musicien. L'homme a beaucoup de dignité et professe son dédain pour les bien-pensants du Québec à genoux, le bec en cul-de-poule.
Francine Pelletier, dont c'est le deuxième documentaire - le premier avait porté sur les meurtres de Polytechnique - a aussi fait une version anglaise de l'oeuvre qui sera diffusée le 24 février à 19 h à la CBC. Version un peu plus courte - 43 minutes au lieu de 52 comme à Télé-Québec qui n'interrompt jamais une diffusion avec des commerciaux - dont elle est malgré tout très fière.
Sa prochaine oeuvre sera plus légère et porte sur la deuxième révolution sexuelle. Les femmes sont-elles vraiment aussi libérées? Destination Canal Vie.
J'ai hâte.

»» Jacques Parizeau
Portrait d'un homme blessé
Odile Tremblay
Le Devoir samedi 14 et du dimanche 15 février 2004
À voir à la télévision le jeudi 19 février - Portrait d'un homme blessé
On aurait tort de comparer Monsieur que Francine Pelletier consacre à Jacques Parizeau au film À hauteur d'homme qui abordait la campagne électorale de Bernard Landry, même si les deux documentaires s'éclairent l'un l'autre. Le premier s'inscrit dans la vraie tradition du portrait, suivant Jacques Parizeau sur ses terres du Québec comme dans ses vignobles de France, l'interrogeant assis sur une simple chaise. Francine Pelletier, pour la première fois cinéaste, essaie de percer un homme qui se dérobe souvent.
C'est par ses silences que Jacques Parizeau se découvre, mais aussi à travers son orgueil meurtri, têtu, comme ses peines refoulées mais ici palpables. Les blessures de celui qui se décrit comme un des hommes les plus insultés du Québec percent l'écran et nous touchent. La pudeur de l'ancien premier ministre l'empêche d'en dire beaucoup plus. On lit entre les lignes, et c'est son chagrin qui perce. Il y aura bien évidemment retour sur un certain discours référendaire, que l'homme refuse de renier et qui constitue sa damnation tant il se le fait souvent jeter au visage. Plutôt que de s'excuser et de passer à autre chose, il s'enlise dans ce moment navrant qui le hante comme un mauvais rêve jamais évacué.
Dans ce portrait d'un être seul et buté mais armé de convictions indéfectibles, qui a vécu le référendum comme un échec personnel, Jacques Parizeau apparaît touchant de pudeur, d'orgueil et d'un immense chagrin incompris.
Monsieur
Télé-Québec, 20h

»» The Passion of the Christ
Jewish leader urges Vatican to say controversial film is 'Mel's gospel'
Philip Pullella
The Globe and Mail Wednesday, February 18, 2004
Reuters - Rome ITALY - One of the world's most prominent Jewish leaders urged the Vatican yesterday to instruct Catholics around the world that Mel Gibson's controversial film on Christ's passion was "Mel's gospel" and not Rome's gospel.
Many Jews have expressed great concern that the film The Passion of the Christ, based on gospel accounts but also on the visions of a 19th-century mystical nun, may inflame anti-Semitism and set back Jewish-Catholic dialogue.
In an interview with Reuters Television after he met Vatican officials, Abraham Foxman, U.S. director of the Anti-Defamation League, an independent Jewish organization, said the film portrayed Jews as bloodthirsty and vengeful.
He also challenged Gibson to add a postscript to the film and tell audiences it should not be seen as anti-Jewish.
"It's Mel Gibson's version of the gospel, it's Mel's gospel. He's entitled, but he's promoting it as the gospel truth," Foxman said in the interview in the shadow of Rome's synagogue, just across the Tiber River from the Vatican.
"He's promoting it as biblical, historical truth and I believe the church has a responsibility to its teachings, its interpretation, and this is at variance with what the church is all about."
Foxman, who met several Vatican officials, urged them to instruct bishops around the world to issue statements locally telling their faithful that the film is an artistic work and not a pure portrayal of gospel accounts.
"That would be an important message to vaccinate against what I believe may be the result of this film.
"This film shows the Jews as bloodthirsty throughout, vengeful, angry and the Romans [as people] who really don't want to do it [kill Christ]," he said.
Foxman said the violent film, which depicts the last 12 hours in Christ's life, betrayed a landmark Vatican II statement in 1965 that repudiated the concept of collective Jewish guilt for his death.
"It is the old, medieval, classical interpretation of deicide which blames the Jews and it will be seen by millions of viewers," he said.
The Passion of the Christ opens on Feb. 25, which is Ash Wednesday.
Gibson, a member of a group of traditionalist Catholics who do not accept some of the reforms decided by the 1962-1965 Vatican Council, has said neither he nor the film are anti-Semitic.
Earlier this year the Vatican became embroiled in a controversy over conflicting reports about whether Pope John Paul had endorsed the accuracy of the film. The Vatican later said the Pope had not made any public judgment.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Réplique à Landry
Richard Gervais
Pierre de Bellefeuille
Claude G. Charron
María Teresa Pérez-Hudon
membres du Cercle Godin-Miron
TRIBUNE LIBRE 18 février 2004
Nous proposons au parti souverainiste de jouer à fond la démocratie parlementaire en réalisant son programme politique une fois élu, comme il en a le droit et le devoir à l'instar des autres partis (Le Devoir, 4 février 2004). Bernard Landry répond en refaisant serment de référendum : « J'ai choisi une autre voie. Je veux que le Québec accède à l'indépendance quand la majorité de la population aura dit oui » (Le Devoir, 5 février 2004). Pourtant, l'intrusion hostile et systématique du Canada dans les affaires politiques québécoises, notamment référendaires, empêche l'expression libre de la volonté majoritaire de la nation et l'hégémonisme canadien qui se manifeste là ajoute aux raisons de s'en affranchir. Le paradoxe est donc de voir Landry, chef « national » et fier « démocrate », ignorer cette intrusion antinationale et antidémocratique !
Le Canada viole le principe de la souveraineté populaire, fondement de la démocratie, en s'immisçant dans nos référendums, en en récusant a priori les résultats, en naturalisant à la sauvette des votants du non, en finançant un des deux camps, qui plus est au-delà des limites légales, en organisant la méprisante manifestation d'« amour » la veille du référendum de 1995, en dressant les « autochtones » contre le peuple québécois, en traitant les Canadiens anglais vivant au Québec en « ressortissants » à défendre contre le séparatisme, au besoin par l'armée ou par la « partition », en espionnant le mouvement souverainiste amalgamé à de la « subversion », etc. Puis, la loi C-20 « sur la clarté » bafoue encore la souveraineté populaire en imposant des balises canadian aux consultations québécoises par-dessus l'Assemblée nationale.
La direction péquiste ne peut prétendre à la souveraineté étatique pour sa nation (l'indépendance) quand elle commence par fermer les yeux sur pareille atteinte à sa souveraineté populaire (la démocratie) ! La dévotion référendaire est donc une tartufferie pseudo-démocratique (d'ailleurs insufflée à Claude Morin en 1969 par de hauts fonctionnaires fédéraux — voir Mes premiers ministres). Elle permet au Parti québécois de se présenter aux élections sans plate-forme souverainiste (il y a le référendum pour ça) et de ne pas faire la souveraineté une fois au pouvoir malgré son programme (en attendant le mandat référendaire). La promesse de référendum est le grand instrument d'un souverainisme manipulateur qui, à force de duper ses électeurs, érode la confiance dans nos institutions démocratiques.
Malveillance ou malhonnêteté intellectuelle?
Claude Morin
TRIBUNE LIBRE 19.2.2004
Les signataires de la Tribune libre intitulée Réplique à Landry laissent entendre que, dans mon livre Mes premiers ministres, j'aurais raconté que l'idée du référendum m'a été «insufflée» en 1969 par des hauts fonctionnaires fédéraux! Sous-entendu évident : lors de son congrès de 1974, j'aurais donc fait accepter au PQ une démarche référendaire qui faisait l'affaire des adversaires de la souveraineté…
Je suppose que lesdits signataires savent lire. Alors comment peuvent-ils avoir vu dans les pages 482-485 de mon livre une signification qu'elles n'ont pas? Il n'y a que deux explications possibles à leur interprétation volontairement incorrecte : la malveillance ou la malhonnêteté intellectuelle.
En fait ces pages font état d'un élément d'appréciation qui me paraissait si capital pour notre gouverne politique que j'ai cru devoir en dire un mot dans le livre. Selon les plus hauts fonctionnaires fédéraux du temps, ceux qui étaient les plus près du pouvoir et les plus influents (sous-ministre à l'époque, je les ai tous connus), le plus grand danger pour le régime fédéral viendrait le jour où surgirait une volonté populaire québécoise autonomiste ou souverainiste qui s'exprimerait PAR RÉFÉRENDUM. Ce scénario, ils le craignaient comme la peste, surtout que le premier ministre québécois du temps, Jean-Jacques Bertrand, l'avait évoqué.
Ceux qui, depuis, ont succédé à ces hauts fonctionnaires et, à plus forte raison, leurs patrons politiques successifs ont toujours la même crainte. Que ce soit à propos d'une réforme constitutionnelle ou de la souveraineté, ils redoutent au plus haut point un référendum québécois positif car ils pressentent que rien d'autre ne peut avoir sur eux et sur le statu quo autant d'impact. Conviction qu'ils ont d'ailleurs amplement démontrée au cours des années par leurs attitudes défensives et leurs actes offensifs.
Claude Morin insulte et fait diversion
Cercle Godin-Miron
3.3.2004
La pseudo-rectification de Claude Morin, affichée dans Vigile depuis le 19 courant, confirme en réalité ce que nous disions, savoir que la stratégie référendaire lui a été insufflée par de hauts fonctionnaires fédéraux. Mais surtout, elle démontre qu'il ne saisit même pas le corps du délit.
Puisque Morin nous reproche de « sous-entendre », par « malveillance » ou « malhonnêteté intellectuelle », des choses qu'il n'aurait pas dites, voici le passage de son propre livre où nous avons tiré l'information :
« L'idée du référendum me fut involontairement suggérée en 1969 par trois personnalités renommées de l'establishment politico-technocratique anglophone fédéral […] : Gordon Robertson, secrétaire du cabinet fédéral et, à ce titre, premier fonctionnaire d'Ottawa, Robert Bryce, ancien sous-ministre fédéral des Finances et éminent mandarin d'Ottawa et Al Johnson, sous-ministre de la Santé nationale et du Bien-être social […] Voilà comment le référendum s'insinua dans nos conversations […] Bien que pratiquement jamais utilisée en régime parlementaire britannique, seule une consultation de ce genre serait susceptible, me dirent-ils, d'inciter Ottawa et les provinces à consentir à un nouveau partage des pouvoirs plus avantageux pour le Québec. Pourvu, cependant, que les Québécois s'y fussent montrés très majoritairement favorables et qu'on eût permis l'expression du point de vue fédéral. » (Mes premiers ministres, 1991)
En quoi trahit-on ce passage en affirmant que l'exigence référendaire a été « insufflée à Claude Morin en 1969 par de hauts fonctionnaires fédéraux » ? En quoi cette affirmation est-elle une « supposition », inspirée qui plus est par la « malveillance » ou la « malhonnêteté intellectuelle » ?
À le prendre au pied de la lettre, le raisonnement de Morin ne tient pas. Car si de hauts fonctionnaires fédéraux « craignaient comme la peste » le référendum, imaginez leur frayeur à l'idée d'un parti indépendantiste démocratiquement élu et donc légitimé à réaliser son programme ! Et si la frousse outaouaise doit être le critère de détermination de la stratégie souverainiste, c'est bien évidemment un référendum sur l'indépendance que Morin aurait dû proposer à l'époque, pas le fumeux référendum qu'on sait sur un mandat de négocier.
On ne suppose pas, comme l'auteur de Mes premiers ministres, que la « suggestion » des Robertson, Bryce ou Johnson ait été « involontaire » (« l'idée du référendum me fut involontairement suggérée… »). Car on n'a pas besoin de rien supposer, ni de rien sous-entendre. L'idée de référendum, l'ancien ministre québécois des Affaires intergouvernementales l'a, de son propre dire, tirée de ses conversations avec de hauts responsables fédéraux. Quelle mouche le pique donc pour lancer de si diffamantes accusations ?
En tout cas, ça fait diversion. En criant à la « malveillance » et à la « malhonnêteté intellectuelle », Morin laisse filer la question de fond que le Cercle Godin-Miron, avec d'autres, a récemment mise sur la place publique en critiquant l'étapisme référendaire. Faut-il rappeler que notre « Réplique à Landry », où se trouve la parenthèse faussement incriminée, se rapporte à une prise de position publique du Cercle sur la stratégie indépendantiste (« La souveraineté, enjeu du prochain scrutin. Foin de l'obligation de référendum ! », Le Devoir, 4 février 2004). Il plaît de dire que cette position, les intellectuels « malveillants » ou « malhonnêtes » du Cercle Godin-Miron n'y sont pas du tout arrivés à partir de discussions avec des représentants de la haute fonction publique outaouaise ! Nous ne sommes pas si crédules non plus pour penser que les appréhensions de ces derniers, feintes ou authentiques, doivent décider des voies de l'indépendance !
Le problème, que Claude Morin minimise ou ne voit tout simplement pas, est que l'exigence de référendum que lui suggéraient les personnalités fédérales susmentionnées, il l'a transformée en moyen de l'indépendance (ou plutôt de repartage des pouvoirs au sein de la fédération). À son instigation, le Parti québécois a cru devoir prendre pour stratégie une condition qui émanait des milieux hostiles à l'émancipation nationale du Québec.
Jusqu'en 1974, les indépendantistes prévoyaient comme de raison faire l'indépendance une fois au pouvoir. Le référendum n'était pas plus obligatoire pour sortir de la confédération qu'il l'avait été pour y entrer. Et en régime parlementaire britannique, un parti se fait élire pour réaliser son programme, pas pour réaliser celui des autres. Pourquoi donc avoir largué la voie électorale d'accès à l'indépendance, parfaitement démocratique, et l'avoir remplacée par la voie référendaire, substitution à laquelle le nom de Claude Morin est historiquement associé ? Réponse : parce que Morin restait enfermé dans la perspective canadienne et que pour lui l'aspiration nationale du Québec ne devait ambitionner que la renégociation du pacte confédératif.
Claude Morin et la direction du Parti québécois à sa suite étaient incapables de voir la « souveraineté » du Québec autrement que comme le fruit d'une telle négociation Canada - Québec C'est cet enfermement dans le cadre canadien qui amena naturellement Morin, et l'amène encore aujourd'hui, à tenir pour décisives les conversations qu'il a pu avoir avec les responsables fédéraux. Sa réaction maintenant, alors qu'il allègue la crainte exprimée par le personnel politique à Ottawa, le montre toujours enfermé dans ce cadre canadien réducteur et incapable de saisir même le corps du délit. C'est ce même enfermement qui l'amène aussi à trouver banales, voire correctes, sinon astucieuses ses rencontres et conversations rémunérées avec des agents de la Gendarmerie royale du Canada, qui espionnait pourtant le Parti québécois et se livrait contre celui-ci, en toute illégalité, à des activités antisubversives.
Sur cette fausse prémisse canadianiste, le fin mot de la stratégie morinienne, et hélas péquiste, ne pouvait être que bargaining power. Pour obtenir davantage de compétences fédératives (ou simplement le respect des compétences existantes), il fallait faire pression sur Ottawa et c'est dans ce contexte, une fois accepté ce rapetissement de la perspective, que le référendum pouvait apparaître un moyen idoine. Quand on veut réaménager le fédéralisme, on ne se présente pas devant le peuple québécois avec l'indépendance à réaliser en cours de mandat, c'est-à-dire dans sa plate-forme électorale, car on serait obligé de la faire en cas de victoire. On se présente plutôt devant lui en… promettant un référendum pour négocier avec Ottawa, quitte à conserver l'appât de la souveraineté dans son programme à longue échéance. Le truc est connu, qui roule depuis trente ans.
Richard Gervais
Pierre de Bellefeuille
Claude G. Charron
María Teresa Pérez-Hudon
membres du Cercle Godin-Miron
Montréal, 20 février 2004

TRIBUNE LIBRE
Le prix à payer
Frédéric Lacroix
nacroix@hotmail.com
TRIBUNE LIBRE 18 février 2004
Et hop ! Voilà qu’on nous ressert une autre louche de la nauséabonde soupe du « programme des commandites ». Un « programme des commandites » qui était à la fois une gigantesque campagne de propagande digne de l’ex-Union-Soviétique ainsi qu’un système de détournement de fonds où des dizaines de millions de dollars se sont envolés au profit des amis du régime.
Voilà que nos concitoyens canadiens en imputent la responsabilité au « tribalisme » des politiciens fédéraux Québécois et à leur laxisme moral apparemment inné. Les stéréotypes francophobes ont la vie dure dans ce pays ; depuis le « tribalisme » cher à Trudeau en passant par Don Cherry et par la crise d’hystérie qui a accompagné la nomination de David Levine à l’hôpital général d’Ottawa pour aboutir à l’obscure « loi sur la clarté », la prémisse Canadienne est de considérer les Québécois comme des fascistes en puissance qui doivent être protégés d’eux-mêmes.
Stéréotype raciste – le mot est lâché - dont s’est abondamment servi (ou qui fut crée par ?) les politiciens fédéraux pour écraser les aspirations autonomistes québécoises et amalgamer le mouvement souverainiste aux mouvements totalitaires nazis ou fascistes.
Le déni de reconnaissance de la différence québécoise constitue le fondement politique du Canada depuis le rapatriement unilatéral de la constitution en 1982. La mise sur pied d’aberrations du type « programme des commandites » n’a été possible qu’en s’appuyant sur ce désir d’écraser la différence Québécoise.
Désir d’écrasement ou d’unité, appelons-le comme on veut, dont s’est habilement servi une flopée de politiciens fédéraux pour avancer leur carrière et pour mettre sur pied un système de détournement de fonds.
Désir d’écrasement qui constitue le point aveugle de l’état canadien, le point où tout est permis, où tout se justifie par la fin « sauver le Canada ». Pour assurer « l’unité nationale », aucune considération éthique ne doit tenir, nul besoin de répondre au désir de changement exprimé depuis longtemps par le Québec, la fin justifie les moyens.
Et si le mépris pour les uns – puissant instrument politique - finissait par déteindre sur les autres ? Et si, par delà le pillage des caisses de l’état, la volonté d’ériger un Canada unitaire où la différence Québécoise disparaîtrait constituait le vrai fond du problème ? Et si la corruption de la politique canadienne et la perte du sentiment d’imputabilité au plus haut niveau étaient le prix à payer pour avoir écrasé l’un des peuples fondateurs du pays ?
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
Assemblée publique à L’Assomption
ÉLECTION RÉFÉRENDAIRE : POURQUOI?
COMMUNIQUÉS 18 février 2004
Québec, le mardi 17 février 2004 – Le Parti Québécois de l’Assomption invite la population à participer à une assemblée publique d’information et d’échanges.
Le député de l’Assomption, M. Jean-Claude St-André, le vice-président du Parti Québécois de Montréal-Centre, M. Sasha-Alexandre Gauthier ainsi que le directeur de la revue L’Action nationale, M. Robert Laplante, vous entretiendront sur « l’élection référendaire : pourquoi?».
Il vous sera possible de poser vos questions à la fin de cette rencontre.
DATE : Le lundi 8 mars 2004
HEURE : 19 h
ENDROIT : Oasis du Vieux Palais
259, rue St-Étienne
L’Assomption
Manon Comtois
Attachée politique
Jean-Claude St-André
Député de l'Assomption
Pour info:450-589-5579