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Parizeau, avare de son intimité

Richard Therrien
Le Soleil jeudi 19 février 2004

En français, l'oeuvre s'intitule Monsieur. En anglais, c'est plutôt Public Enemy Number One ! Faire un documentaire sur Jacques Parizeau n'est pas une tâche facile. Parlez-en à la journaliste Francine Pelletier. Lorsqu'elle a eu envie de tracer le portrait du politicien au rêve brisé, c'était pour entrer dans son intimité et pour lui reparler de sa fameuse déclaration du référendum de 1995. Précisément les deux sujets que Parizeau ne voulait pas aborder. Une tâche que Francine Pelletier réussira pourtant mieux que personne auparavant, dans Monsieur, que diffuse Télé-Québec ce soir à 20 h. Un portrait plutôt qu'une biographie, divisé en trois actes, intitulés Réussir, Aimer et Perdre, et qui a été projeté l'automne dernier au cinéma Cartier.

L'oeuvre s'ouvre à Collioure, en France, où Jacques Parizeau possède un vignoble. L'homme ne s'en cache pas, il a toujours baigné dans la bourgeoisie, l'argent et la curiosité intellectuelle, d'où son surnom de "Monsieur". Et il n'aime pas s'épancher sur son passé. Ce serait vouloir dire qu'il est triste, et ce serait faux. Inutile de dire que vous n'auriez pas vu Jacques Parizeau se prêter à une expérience du genre À hauteur d'homme.

Même s'il est impossible de traiter de Jacques Parizeau sans revenir sur "l'argent et le vote ethnique", il reste absolument injuste de juger le politicien sur cette seule phrase malheureuse et d'effacer ses 38 années de carrière vouées à la cause souverainiste. Suffit que Francine Pelletier aborde la question avec lui pour le voir s'impatienter.

"Je n'ai jamais foutu personne en prison, mais je suis un fasciste raciste et intolérant à part ça. C'est ça l'image. Pierre Trudeau a fait mettre en prison 500 personnes sans jamais en poursuivre une devant les tribunaux, mais c'est un grand démocrate, n'est-ce pas ?"

Difficile de contredire "Monsieur" sur cette affirmation éloquente. On reproche aux politiciens de ne pas dire la vérité. Mais on est encore plus sévères lorsqu'ils disent ce qu'ils pensent vraiment.

Dur d'imaginer qu'avant de se vouer à la cause souverainiste, Jacques Parizeau ait été fédéraliste. C'est sa première épouse, Alice Parizeau, très attachée à ses racines polonaises, qui a lui a transmis ce sens de l'appartenance à son pays. Francine Pelletier réussira à lui faire parler d'elle et de leurs derniers instants, avant qu'elle meure d'un cancer.

Assis au Ritz, il raconte aussi comment il a rencontré Lisette Lapointe, qui l'a beaucoup changé. Ses enfants espéraient une femme plus sérieuse dans la vie de leur père. Parizeau affirme qu'il ne serait jamais passé à travers la défaite du référendum sans elle.

Ceux qui ont voté OUI avec conviction en 1995 revivront péniblement ce soir de défaite, qui occupe toute la troisième partie du documentaire, sur fond d'airs d'opéra qu'apprécie particulièrement l'homme politique. La mort dans l'âme, Parizeau aurait voulu dès ce soir-là annoncer sa démission, mais sa femme l'a convaincu d'attendre au lendemain. Du même coup, elle dément fermement l'idée qu'il ait été ivre ce soir-là, contrairement à ce que colporte la légende urbaine.

Jacques Parizeau affirme qu'aucun homme n'a été insulté comme lui dans sa vie. Il n'a jamais digéré cette une du Devoir qui révélait que les Québécois souhaitaient qu'il ne se prononce plus sur la place publique. "Un sondage financé par le journal pour me faire taire", pense-t-il.

Il se souvient aussi du jour, peu après le référendum, où il est entré avec sa famille au restaurant Moishe's à Montréal, sous les huées des clients. Un épisode qu'il raconte en riant, mais qu'il n'avait pas trouvé drôle du tout à l'époque.

Étonnamment, Monsieur n'a été produit qu'à partir de sources de financement fédérales. Au Québec, la Société de développement des entreprises culturelles a refusé d'y apporter sa contribution, sous prétexte qu'elle financait déjà une série documentaire sur René Lévesque, diffusée l'automne dernier à Télé-Québec.

CBC diffusera la version anglaise à l'émission Life & Times, mardi prochain à 19 h. Et sans sous-titres, parce que Jacques Parizeau parle parfaitement anglais, ayant vécu en Angleterre durant trois ans pour compléter un doctorat. On a donc tourné une version anglaise qui sera diffusée pour la première fois à la télévision, la version française ayant connu une courte vie en salles l'automne dernier.

Pour ceux que la chose politique intéresse, sachez que CBC et Radio-Canada coproduisent actuellement une série documentaire de trois heures sur le référendum de 1995. Et que Radio-Canada diffusera à son tour un documentaire sur Jacques Parizeau, produit avec la maison Pixcom à partir de la biographie de Pierre Duchesne en trois tomes.

Francine Pelletier, quant à elle, travaille à tout à fait autre chose, une série documentaire de six heures sur les femmes et la sexualité, dans les deux langues (!), intitulée Baise Majesté. La journaliste s'intéresse à ce qui semble être une seconde révolution sexuelle chez la femme moderne. CBC la diffusera à l'automne et Canal Vie, probablement l'hiver prochain.

RTherrien@lesoleil.com



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Nous avons aussi de grands "Monsieur"

Michel Vastel
Le Soleil jeudi 19 février 2004

Hier, j'ai décidé de prendre congé de la politique fédérale. Je commençais à me sentir trop sale, puant comme au sortir d'une soue à cochons. Hier, je me suis fait plaisir. Je me suis vautré dans le documentaire de Francine Pelletier sur Jacques Parizeau pour me rappeler à quel point la politique peut être noble et honorable.

Hier, j'ai voulu nous laver de l'insulte de ceux qui prétendent que les politiciens du Québec sont corrompus et corruptibles. Certes il y en a, mais on n'en trouvera pas beaucoup au Parti québécois. La corruption, quand il en est, touche généralement ceux qui vont vendre leur loyauté à Ottawa. Ce documentaire, Monsieur (Macumba International), comme l'autre sur René Lévesque et Pierre Trudeau, The Champions (CBC), prouve éloquemment que le Québec n'a pas à avoir honte de ses politiques ni de leur façon de faire de la politique...

C'est un tendre regard que Francine Pelletier pose sur Jacques Parizeau pendant cette heure qui passe trop vite. L'homme l'intimidait manifestement, et lui était sur sa réserve. Réalisatrice et sujet se sont apprivoisés pendant une année de tournage dans les vignobles de France, à Montréal et sur la ferme de l'Estrie. Il en ressort un grand homme, d'autant plus grand qu'il affiche un incorrigible "entêtement à garder la tête haute..."

J'ai eu un jour l'impudence de le comparer à Pierre Elliott Trudeau - qui fut son ami d'ailleurs. À ma grande surprise, il ne protesta pas. Dame ! Il l'admirait, comme on admire un adversaire à sa mesure. Il se contenta d'apporter une savoureuse précision : "J'ai trouvé assez remarquable son sens de l'État, sauf que je ne le plaçais pas au même endroit !"

Les Canadiens anglais jetaient un regard un peu condescendant sur René Lévesque. Il personnalisait tout ce qu'ils pensent des Québécois : trop passionné pour être dangereux, il fumait en public, il aimait les femmes, il ne faisait pas "chef d'État" - il n'y aurait donc pas d'État du Québec avec lui. Par contre, Jacques Parizeau est tout ce que les Anglais admirent, et Francine Pelletier le fait très bien ressortir. "Le plus aristocrate de nos premiers ministres, le plus sûr de lui", dit-elle.

Après ses études à la London School of Economics - dont il revint diplômé d'ailleurs, contrairement à Trudeau ! - , Jacques Parizeau est convaincu qu'il n'est pas seulement né pour faire de grandes choses. Il sait qu'il va faire de grandes choses...

Parizeau est donc conscient de sa supériorité : "Une sorte de libéralisation de l'esprit, d'ouverture de l'esprit, une très grande curiosité intellectuelle (...). Une culture assez étendue. Une habitude de l'argent. Si on me demande de résumer ça : je suis un bourgeois et j'en suis très fier." Quel homme peut avoir le culot d'affirmer ainsi sa supériorité sur les autres sans qu'on ait envie de le traiter de vaniteux ? "Je suis un terrible arrogant", dit-il encore dans un grand éclat de rire.

L'homme n'était certainement pas "né pour un petit pain". Il éprouvait même quelque difficulté, revenant d'Europe, à s'identifier à ce petit peuple du Québec. Et il est touchant de l'entendre raconter comment sa conjointe, Alice, immigrante d'origine polonaise, l'a converti au nationalisme. "Elle m'a fait découvrir ce que c'est que l'appartenance", dit-il.

Bien sûr, Francine Pelletier s'était engagée sur une fausse piste. Elle voulait savoir comment cet homme, "né pour réussir", composait avec l'échec. C'était une fausse piste puisque Jacques Parizeau refuse de s'épancher sur le passé, aussi douloureux fût-il.

Il accepte donc, avec bien des grognements, de revenir sur le discours du 30 octobre 1995 et cette petite phrase sur "l'argent, pis des votes ethniques...". Je vous avoue que, l'ayant entendu dans un studio de télévision, ce soir-là, cela ne m'avait pas particulièrement choqué. En fait, 12 jours plus tôt, j'avais rappelé le résultat des élections fédérales de 1993 dans Côte-Saint-Luc et Hamstead, où le candidat du Bloc québécois avait obtenu 0 (j'ai bien dit zéro !) vote dans 21 bureaux de scrutin, et un ou deux votes dans beaucoup d'autres, face à des résultats de 250 à 300 votes pour la candidate libérale...

L'instinct tribal n'est certainement pas l'apanage des Québécois pure laine. Et c'est de cela que Jacques Parizeau avait voulu parler. Il avait exposé un fait, constamment illustré, élection après élection. Il ne s'en excusera pas, n'ayez crainte. C'est très catholique de s'accuser, de se repentir, et de faire son acte de contrition. "Je laisse cela à votre religion", conclut le "terrible arrogant".

Ce qui a le plus blessé "Monsieur", ce n'est pas tant l'anathème de ses compatriotes, les bien-pensants "la bouche en cul de poule", mais le fait qu'au Canada anglais, on l'ait traité de fasciste : "Je n'ai jamais foutu personne en prison", moi ! C'est Trudeau, rappelle-t-il, qui a fait emprisonner 500 Québécois en 1970 et qu'on encense comme un grand démocrate. Quand il enrage, Parizeau peut être cinglant, même dans ce documentaire tout en douceur...

Aristocrate, bourgeois, terriblement arrogant et toujours fier, Jacques Parizeau jouera désormais les "aumôniers", de ceux qui reviennent "chaque fois que ça a l'air de se détériorer." À bon entendeur péquiste, salut !

Voilà donc pourquoi j'ai voulu prendre mes distances avec la politique fédérale, les affaires à Ottawa, les petits débats mesquins à Québec. J'avais besoin de me rappeler à quel point le Québec produit de grands politiques. D'ailleurs, si les Canadiens anglais détestent tant Jacques Parizeau, c'est parce qu'ils l'ont craint !

Merci à Francine Pelletier de l'avoir si bien montré. Pour se réconcilier avec la politique, il faut voir, ce soir, à 20 h, à Télé-Québec.

Et surtout, j'espère que beaucoup de Canadiens anglophones le verront, mardi prochain, à 19 h, à l'antenne de CBC. Francine Pelletier dit que cette version anglaise, forcément tournée à un autre moment, révèle "un Parizeau décidément plus tendre". Si au moins cela pouvait amener les Canadiens anglais à réviser leur jugement sur les politiciens du Québec, quel beau cadeau "Monsieur" nous aurait-il fait alors...

MVastel@lesoleil.com



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LES JOURS DU PRÉSIDENT DE LA BDC SONT COMPTÉS

Gilles Toupin
La Presse jeudi 19 février 2004

La société d'État a été mise en cause dans le scandale des commandites : LES JOURS DU PRÉSIDENT DE LA BDC SONT COMPTÉS

Ottawa - Les jours de Michel Vennat à la présidence de la Banque de développement du Canada (BDC) sont peut-être comptés. La ministre de l'Industrie, Lucienne Robillard, a en effet déclaré hier qu'elle était en train d'analyser ce qu'elle fera à la suite de la décision de la BDC de ne pas en appeler d'un jugement qui affirme que l'ancien président de la société, François Beaudoin, a été victime d'un règlement de comptes politique. La ministre doit faire part ce matin au Conseil des ministres de sa réflexion et de ses recommandations, a confié à La Presse le porte-parole de Mme Robillard, Daniel Grenier. Dans le contexte actuel du scandale des commandites, il n'est pas écarté, selon les observateurs à Ottawa, qu'elle recommande le congédiement de M. Vennat. On sait que la BDC a également été mise en cause par la vérificatrice générale Sheila Fraser dans le scandale des commandites.

Le conseil d'administration de la BDC a fait savoir hier en fin de journée, malgré des avis juridiques recommandant d'interjeter appel du jugement de la Cour supérieure du Québec, qu'il avait décidé de ne pas aller plus avant dans cette affaire.

" Le conseil, en accord avec la direction de la Banque, a déclaré son président Cedric Ritchie, a décidé de clore ce chapitre dans le meilleur intérêt de nos employés et de nos clients afin de se consacrer à ce que la BDC fait de mieux, c'est-à-dire répondre aux besoins des entrepreneurs canadiens. "

Le juge André Denis, de la Cour supérieure du Québec, avait ordonné que soient payées à l'ancien directeur de la banque, François Beaudoin, une indemnité de départ de 245 000 $ et une pension annuelle de 200 000 $, ce qu'on lui refusait depuis son congédiement en 1999. Le juge a affirmé que M. Beaudoin avait été injustement traité par la banque parce qu'il avait osé remettre en question un prêt à l'Auberge Grand-Mère située dans la circonscription de Jean Chrétien.

D'autres sociétés de la Couronne ont été mises en cause dans le scandale des commandites par Mme Fraser, notamment VIA Rail et Postes Canada. L'opposition demande depuis des jours que les dirigeants de ces sociétés soient suspendus ou congédiés.

" Nous n'avons pas l'information, a déclaré hier le conservateur John Williams, président du Comité des comptes publics, mais ces dirigeants ont la connaissance de ce qui s'est passé. Et s'ils savent qu'ils ont commis un crime, ils devraient démissionner dès maintenant. "

Le gouvernement Martin n'a cependant pas l'intention de mettre la charrue devant les boeufs au sujet de ces dirigeants, mais il n'entend pas trop traîner. Le président du Conseil du Trésor, Reg Alcock, a confié à La Presse hier, au cours d'une entrevue, qu'il avait cru pouvoir prendre une décision à ce sujet d'ici la fin de la semaine, mais qu'il lui faudra encore un peu plus de temps.

" C'est un gros dossier, a-t-il dit. Le problème, c'est que l'opposition a déclaré tout le monde coupable. Elle veut une décision aujourd'hui. Je refuse de faire cela. Je ne crois pas qu'un délai d'une semaine soit trop long lorsqu'il s'agit de la réputation de quelqu'un. "

Par ailleurs, selon M. Alcock, les tiraillements au sein du Conseil des ministres à propos de la protection des témoins de la fonction publique qui comparaîtront devant le Comité des comptes publics chargé de faire la lumière sur le scandale des commandites semblent s'être amenuisés hier. Le président du Conseil du Trésor a affirmé qu'il avait parlé à son collègue Denis Coderre et que chacun s'entendait sur ses responsabilités respectives.

" Denis Coderre, le ministre responsable de la loi sur les dénonciateurs, travaille sur cette loi, a expliqué Greg Alcock. Il doit déposer cette loi en Chambre, mais il faudra quelques mois. Or, le premier ministre m'a dit qu'il n'y avait rien pour protéger les fonctionnaires susceptibles d'être appelés à témoigner en attendant que la loi passe. "

Les fonctionnaires appelés à témoigner devant le Comité des comptes publics craignent en effet que leurs supérieurs usent de représailles s'ils témoignent contre eux. " Ils craignent pour la suite de leur carrière. Tout ce que nous voulons, c'est de combler le trou entre maintenant et l'adoption de la loi ", affirme Greg Alcock. Le président du Conseil du Trésor affirme que si M. Martin lui a demandé de faire ce travail, au lieu de le demander à M. Coderre, c'est qu'il est l'employeur des fonctionnaires. " J'ai des outils administratifs qui me permettent de faire certaines choses dès maintenant. "

Au bureau du ministre Coderre, un porte-parole a souligné que M. Alcock avait raison de dire que quelque chose se devait d'être fait pour protéger immédiatement les témoins de la fonction publique. " Le ministre Alcock et le ministre Coderre ont le même objectif. Mais au bout du compte c'est M. Coderre qui déposera le projet de loi et il tentera de le déposer plus rapidement que prévu. "

Un acte criminel?

On a par ailleurs appris hier que deux contenants de méthanol, cachés dans un mur, avaient été découverts par la Sûreté du Québec dans les restes de l'Auberge Grand-Mère peu de temps après le sinistre. L'auberge a été incendiée dans la nuit du 2 février. Il semble ainsi de plus en plus clair qu'on a affaire à un acte criminel. Des ventilateurs, placés en haut d'un escalier, pourraient également avoir servi à aviver les flammes. Joint hier, le propriétaire, Yvon Duhaime, a affirmé n'être au courant de rien.



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Comme un cancer qui ronge le PLC

Joël-Denis Bellavance
La Presse jeudi 19 février 2004

Ottawa - Un député libéral a donné de nouvelles munitions aux partis de l'opposition hier aux Communes en affirmant que le scandale des commandites est comme un cancer qui ronge le Parti libéral. Au même moment, le premier ministre Paul Martin signifiait à ses troupes en privé que le temps est venu de parler d'autres choses que de cette controverse qui a fait chuter le PLC de manière vertigineuse dans les sondages depuis une semaine.

Député de la région de Toronto, Dennis Mills, a soutenu que la terrible maladie qui frappe le Parti libéral et qui mine la confiance des électeurs pourrait contraindre le premier ministre à tenir des élections à l'automne plutôt que d'opter pour un scrutin au printemps.

Mais il s'est dit satisfait de voir que M. Martin prend ce scandale suffisamment au sérieux pour créer une commission d'enquête publique afin de faire toute la lumière sur cette affaire. Le ministre des Travaux publics, Stephen Owen, doit d'ailleurs dévoiler le mandat précis de la commission aujourd'hui. " Le patient est présentement dans la salle d'opération. (...) Le premier ministre est déterminé à éliminer le cancer du patient, mais je ne peux dire combien de temps que cela va prendre ", a dit M. Mills, reconnu pour son franc-parler au sein des députés libéraux.

Après avoir lui-même alimenté la controverse au cours des derniers jours en accordant une série d'entrevues et en haussant le ton chaque fois, Paul Martin a cherché hier à rassurer ses troupes au sujet de la baisse des appuis que le Parti libéral a enregistrés dans les sondages, soulignant que sa détermination à aller au fond de cette affaire et à punir les coupables convaincra les électeurs le jour du vote que les libéraux méritent toujours leur confiance.

Dans un discours que certains ont décrit comme enflammé, M. Martin a aussi invité les députés à s'en tenir à un seul message, celui indiquant que le gouvernement doit s'attarder aux affaires de la nation maintenant que la commission d'enquête a été créée et que le Comité des comptes publics des Communes a aussi entrepris une enquête.

Ébranlé par les attaques soutenues de l'opposition depuis quelques jours, le gouvernement Martin songe d'ailleurs à déposer un budget dans la semaine du 8 mars afin de forcer ses adversaires à changer de sujet. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, pourrait aussi faire une visite officielle à Ottawa et s'adresser au Parlement durant la même semaine.

À l'issue de la réunion hebdomadaire du caucus libéral, hier, les députés semblaient avoir compris le message de leur patron en affirmant l'un après l'autre que les Canadiens sont davantage préoccupés par l'avenir des soins de santé, l'éducation, l'environnement et l'économie que par le scandale des commandites qui éclabousse le gouvernement libéral depuis deux ans.

" Il y a une foule de sujets auxquels le premier ministre, le Cabinet et le gouvernement doivent s'attaquer. Il semble que l'opposition se préoccupe peu de notre économie, du prochain budget, de l'immigration, des affaires étrangères, de la place du Canada dans le monde. Il y a plusieurs dossiers dont il faut s'occuper ", a soutenu le ministre du Revenu, Stan Keyes.

Le président du Conseil privé, Denis Coderre, a renchéri en affirmant que le gouvernement a pris les mesures nécessaires pour déterminer ce qui s'est passé dans le dossier des commandites et qu'il faut passer à autre chose. " Les gens disent: passons à autre chose. Il faut gouverner le pays ", a dit le ministre.

Dans un rapport dévastateur déposé aux Communes la semaine dernière, la vérificatrice générale a révélé que le programme de commandites mis sur pied par le gouvernement Chrétien pour augmenter la visibilité du fédéral au Québec avait servi à détourner quelque 100 millions de dollars en fonds publics au profit d'agences de communication de Montréal proches des libéraux.

Aux Communes, hier, Paul Martin a indiqué qu'il est prêt à divulguer tous les documents du Cabinet " pertinents " au programme de commandites dans le cadre des audiences que tiendra le Comité des comptes publics. En temps normal, ces documents demeurent confidentiels pour une période de 30 ans.

" En ce qui concerne ce gouvernement, nous sommes prêts à faire preuve d'une grande ouverture, d'une grande transparence, et de mettre sur la table tout ce qui doit être dévoilé ", a affirmé M. Martin durant la période de questions.

M. Martin est aussi sorti de ses gonds après que le député néo-démocrate Bill Blaikie l'eut interrogé sur les liens qui existaient entre son directeur des communications, Mario Laguë, et l'ancien ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, qui a été démis de ses fonctions d'ambassadeur du Canada au Danemark la semaine dernière.

Le quotidien National Post a révélé hier que M. Laguë était responsable des stratégies de communication du gouvernement dans la période visée par la vérificatrice générale et qu'il avait eu plusieurs réunions avec Charles Guité, ancien gestionnaire du programme des commandites qui travaillait en étroite collaboration avec M. Gagliano. M. Laguë a nié avec véhémence avoir eu connaissance de quelque malversation que ce soit.

" Il est ignoble de tenter de détruire la réputation d'un fonctionnaire qui n'est pas dans cette Chambre pour se défendre en faisant des liens d'association ", a déclaré M. Martin.




Le Devoir 19.2.2004

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Le cabinet dévoilera ses secrets

Hélène Buzzetti
Le Devoir jeudi 19 février 2004

Dans un geste sans précédent, le gouvernement offre d'ouvrir ses livres avant même le début de l'enquête publique sur les commandites

Ottawa - Les secrets du cabinet sur le programme de commandites pourraient devenir chose publique. Pour mener à bien leurs travaux, la commission d'enquête et le comité parlementaire des comptes publics auront en effet accès aux documents pertinents du cabinet, que ceux-ci datent de l'époque du premier ministre Jean Chrétien ou du gouvernement actuel. C'est le souhait qu'a exprimé Paul Martin aux Communes hier. Normalement, ces documents ne sont rendus publics qu'après 30 ans et ne sont accessibles par la Loi d'accès à l'information qu'après un délai de 20 ans.

Pour s'avancer de la sorte, il s'est même assuré d'avoir l'autorisation de M. Chrétien, nécessaire pour remettre des documents de son gouvernement. L'ex-premier ministre a acquiescé hier matin après avoir été joint par le greffier du Conseil privé, a indiqué un conseiller de M. Martin.

Le geste de M. Martin serait sans précédent. Jamais un gouvernement n'aurait offert d'ouvrir ainsi ses livres avant même qu'une enquête publique n'ait amorcé ses travaux. Dans ce cas-ci, ses termes de référence ne sont même pas encore publics. Ils devraient cependant l'être sous peu, a précisé le ministre des Travaux publics, Stephen Owen.

L'offre du premier ministre, qui se veut une autre preuve de sa volonté de transparence, est tombée dès le début de la période des questions. «Le gouvernement est tout à fait prêt à ce que les documents du cabinet pertinents à cette affaire soient dévoilés», a-t-il dit au chef conservateur intérimaire Grant Hill, qui voulait savoir si le comité parlementaire y aurait accès.

Un très proche conseiller de M. Martin a par la suite précisé que le gouvernement souhaitait qu'il en soit de même avec la commission d'enquête. Une enquête publique, un tribunal ou la police ne peuvent forcer pareille divulgation. La loi sur la preuve impose des limites et prévoit une procédure qui donne au greffier du Conseil privé le pouvoir de refuser.

«Ayant établi le principe que l'actuel et l'ancien premiers ministres seraient ouverts, il est fort probable que le greffier du Conseil privé exerce sa discrétion dans la même mesure», a relevé ce conseiller.

Dans le cas du comité des comptes publics, il s'agit davantage d'une promesse de collaboration de la part du premier ministre. En effet, selon le légiste et conseiller parlementaire Rob Walsh, les comités parlementaires ont le pouvoir de forcer le gouvernement à produire des documents du cabinet. Mais comme le mentionne ce proche du premier ministre, il est possible de se battre contre une telle demande, ce que M. Martin promet en somme de ne pas faire.

Il faut noter que les documents ne seront pas nécessairement rendus publics. Tant le comité que le juge de la commission peuvent décider de les examiner à huis clos.

Visiblement revigoré par son caucus, qu'il a rencontré hier matin, Paul Martin s'est montré beaucoup plus cinglant et confiant dans ses réponses à la Chambre des communes. Il n'a fait qu'une bouchée de l'opposition conservatrice, qui insinuait que le premier ministre, parce qu'il avait utilisé l'expression «documents pertinents», tenterait d'en cacher quelques-uns. «S'il le désire, je demanderai si nous pouvons obtenir les documents ayant trait aux deux guerres mondiales et à celle de Corée», a lancé M. Martin en boutade.

Le premier ministre a donc décidé de ne pas modifier sa stratégie de gestion de crise: il joue la carte de l'indignation et se présente comme l'homme de la situation, qui fera la lumière sur ce qui s'est passé. «Nous sommes prêts à être totalement ouverts, totalement transparents, et à mettre sur la table tout ce qui peut y être mis», a-t-il déclaré en Chambre.

M. Martin, qui a multiplié les entrevues et les occasions de s'adresser directement au public, a récidivé hier soir sur les ondes du réseau Global. Le fait qu'il ait pris les choses en main a semblé calmer ses troupes, qui ont visiblement resserré les rangs derrière lui.

Tous les députés qui s'adressaient aux médias à la sortie du caucus avaient le même message. «Le vent a tourné.» «Laissons les enquêtes suivre leur cours. Nous, notre travail, c'est de gouverner le pays.» On vantait la stratégie du chef, les mesures adoptées et le fait qu'il ait décidé d'affronter lui-même la situation.

L'opposition, quant à elle, a fait flèche de tout bois. Elle reproche maintenant au gouvernement et aux ministres tout contact, de près ou de loin, avec les agences de publicité ou les personnes citées dans le rapport de la vérificatrice générale sur le programme de commandites.

D'abord, le Bloc québécois s'en est pris à l'actuelle ministre de l'Industrie, Lucienne Robillard, dont le nom apparaît à l'annexe d'un récent jugement rendu contre la Banque de développement du Canada (BDC). Ce jugement ne porte pas sur le scandale des commandites, mais les protagonistes en cause (Michel Vennat, Jean Carle, etc.) étaient les mêmes que ceux de certaines transactions inhabituelles relevées par la vérificatrice générale.

Le jugement rapporte donc que Jean Carle, alors vice-président aux affaires institutionnelles de la BDC, soutient avoir rencontré en 1998 plusieurs ministres fédéraux, dont Mme Robillard, «afin de renforcer l'image de marque du gouvernement canadien». Le chef bloquiste Gilles Duceppe en déduit qu'elle savait depuis six ans ce qui se passait dans le cadre de ce programme et demande au premier ministre d'expliquer la présence au sein de son gouvernement d'«une ministre impliquée dans le scandale des commandites».

Le Bloc a tout faux, a rétorqué Lucienne Robillard. Les contacts entre la BDC et le gouvernement portaient sur une nouvelle directive obligeant les sociétés de la Couronne à utiliser le logo du Canada chaque fois qu'elles utilisent le leur, directive que la BDC ne suivait pas. Rien à voir avec le programme de commandites. De plus, Mme Robillard a dit ne pas se souvenir d'avoir rencontré Jean Carle. À l'époque, elle était ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration. Enfin, a-t-elle ajouté, l'opposition oublie de mentionner que le juge écrit dans son verdict n'accorder «aucune crédibilité» au témoignage de Jean Carle.

Paul Martin s'est porté à la défense de sa ministre et de tous les autres. «J'ai demandé à chacun et chacune de mes ministres au cabinet s'ils avaient connaissance des activités inappropriées dans l'affaire des commandites. Je peux vous assurer que dans chaque cas, la réponse a été non.»

Le Parti conservateur, lui, s'en est pris aux contrats que la firme Média I.D.A. Vision, filiale du Groupe Everest, continue d'obtenir du gouvernement fédéral. Depuis l'arrivée de Paul Martin comme premier ministre, le 12 décembre dernier, la valeur de ces contrats atteindrait presque 600 000 $, ce qui fait dire au parti que «le scandale continue».

I.D.A. Vision jouait le rôle d'«agency of record» du programme de commandites. Moyennant une commission de 3 % sur toutes les sommes versées aux événements, cette agence assurait le suivi du contrat en recevant les factures et en émettant les chèques. L'agence est mentionnée dans le rapport de Sheila Fraser.

Le ministre responsable des Travaux publics, Stephen Owen, a dégonflé les allégations du Parti conservateur. Tant et aussi longtemps qu'une agence ne fait pas l'objet d'une enquête policière, a-t-il expliqué, elle peut continuer à faire affaire avec le gouvernement fédéral dans la mesure où elle obtient ses contrats au terme d'un processus compétitif.



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La face cachée du scandale

Mylène Moisan
Le Soleil jeudi 19 février 2004

La vérificatrice a levé le voile sur une autre manne pour les acteurs des commandites

Les campagnes de publicité du gouvernement fédéral ont souffert les mêmes pratiques douteuses et profité aux mêmes firmes que le programme des commandites. Parmi les accusés, le ministère de la Justice, qui a octroyé en quatre ans 5,4 millions $ à Groupaction, en dépit des demandes répétées des fonctionnaires de mettre un terme au contrat.

Éclipsé par les révélations sur le programme des commandites contenues dans le chapitre 3 du rapport de la vérificatrice générale, le chapitre suivant fait la lumière sur une situation similaire quant à l'attribution des contrats de publicité. "À quelques exceptions près, les mêmes fonctionnaires ont violé les mêmes règles dans l'adjudication des contrats aux mêmes sociétés", écrit Sheila Fraser dans le rapport qu'elle rendait public le 10 février dernier.

Afin d'étayer ses conclusions, la vérificatrice relève les agissements de certaines firmes particulièrement montrées du doigt pour avoir obtenu un traitement de faveur dans le programme des commandites. Il s'agit des firmes Everest, Groupaction et Media/I.D.A. Vision, toutes liées au Parti libéral.

Le ministère de la Justice est plusieurs fois pris à partie par Mme Fraser, qui fait entre autres état d'un contrat de 1,9 million $ attribué à l'entreprise sans preuve d'appel d'offres.

Qui plus est, Groupaction a sous-traité environ le cinquième du pactole à une de ses compagnies affiliées, Alleluia Design, empochant du coup une commission supplémentaire de 17,65 %. La VG constate également que "les factures (des deux firmes) portaient le même numéro de téléphone et le même numéro de régie interne, mais le ministère n'a pas posé de questions". Le cas n'est pas unique, indique Mme Fraser, Everest a fait de même pour un contrat de 3 millions $.

Malgré que des fonctionnaires de la Justice aient, dès 1998, informé les autorités de leur insatisfaction à l'endroit de Groupaction, le contrat n'a jamais été résilié. Devant les demandes répétées pour changer d'agence, la Direction générale des services de coordination des communications (DGSCC) a entamé des démarches en ce sens, tout en reconduisant l'entente un mois à la fois. Mais "le processus a été interrompu sans explication et Groupaction maintenu jusqu'au milieu de 2002", relate le rapport. Pendant cette période, l'agence a touché des contrats totalisant 5,4 millions $.

Autres irrégularités, des factures ont été approuvées sans qu'elles soient accompagnées des pièces justificatives requises. Ainsi, en octobre 1997, la DGSCC à Ottawa a accepté une facture de 800 000 $ du groupe Everest. Même chose pour le Bureau d'information du Canada, qui n'a pas cru bon d'exiger une preuve lorsque Media/I.D.A. Vision a présenté une facture de 1,2 million $. À Patrimoine Canada, la firme Scott Thornley Company Inc. a aussi vu sa facture approuvée, même en l'absence de "pièces justificatives suffisantes", note Mme Fraser.

Pour tirer ses conclusions, la VG a étudié un échantillon de 14 dossiers sur les processus de sélection des firmes et constaté que "la plupart des agences ont été choisies d'une manière non conforme à la politique du gouvernement".

Mme Fraser a constaté que la sélection de l'agence chargée de coordonner la diffusion de publicité dans les médias, Media/I.D.A. Vision, ne s'est pas faite dans les règles de l'art. En cinq ans, l'agence a produit des contrats pour une valeur de 435 millions $, sans procéder à aucune vérification ni fournir le détail des services achetés avec cet argent.

De 1998 à 2003, le fédéral a dépensé 793 millions $ pour 2200 activités de publicité, pour une moyenne d'un peu plus de 360 000 $ chaque fois. Depuis septembre 2001, la publicité était l'affaire de Communication Canada, né de la fusion de la DGSCC et du Bureau d'information du Canada. Dès sa nomination comme premier ministre, Paul Martin a annoncé son intention de mettre la clé dans la porte de l'organisme.

MMoisan@lesoleil.com



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Duceppe revendique le mérite d'avoir soulevé le scandale

Simon Boivin
Le Soleil jeudi 19 février 2004

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a profité de l'annonce de deux candidatures à Québec, hier, pour revendiquer le mérite de la divulgation du scandale des commandites.

"Les scandales, les rapports de la vérificatrice générale, tout cela n'aurait pas été fait n'eût été de l'acharnement du Bloc depuis quatre ans à intervenir sur ces questions", a lancé M. Duceppe.

Transporté par les derniers sondages qui donnent au Bloc québécois 47 % des intentions de vote au Québec, M. Duceppe soutient que son parti récolte présentement les fruits de son labeur. "On a posé beaucoup de questions qui ont permis que des choses soient rendues publiques, souligne-t-il. Moi, j'appelle ça un travail de chien de garde de la démocratie. S'il n'y avait que des libéraux à Ottawa, pensez-vous qu'ils auraient posé des questions ?"

La version de Paul Martin dans la saga des commandites ne tient pas la route, a répété le chef du Bloc québécois. Le premier ministre ne peut pas avoir été mis au parfum de l'affaire seulement en mai 2002, comme il le répétait au SOLEIL cette semaine, car Alfonso Gagliano, ministre des Travaux publics de l'époque, avait déjà été muté au Danemark à cette époque. "Si le gouvernement s'est aperçu à la fin de 2001 qu'il y avait des irrégularités administratives dans le programme et que M. Gagliano a sauté en janvier 2002, comment M. Martin peut-il ne s'en rendre compte qu'en mai 2002 ?", interroge le chef bloquiste.

M. Duceppe n'a toutefois pas cherché à blâmer la députée libérale de Louis-Hébert, Hélène Scherrer, qui a bénéficié du programme des commandites à l'époque où elle coprésidait les Mondiaux juniors alpins, en 2000. "Je ne veux pas accuser les gens qui ont reçu des subventions en tant que président d'organisme, a déclaré M. Duceppe. Ce n'est pas ces gens-là qui sont coupables, mais plutôt ceux qui ont donné de l'argent, qui en ont détourné. (...) Ce dont Mme Scherrer devrait se plaindre, c'est qu'elle aurait dû recevoir plus d'argent. Mais aujourd'hui, elle ne peut pas couvrir ses collègues qui savaient."

Présente à la conférence de presse, Hélène Alarie, vice-présidente du Bloc, était députée de Louis-Hébert entre 1997 et 2000. Elle assure n'avoir jamais eu conscience que des malversations accompagnaient le programme des commandites. "Il n'y a jamais eu de demande à mon bureau, dit-elle. Dans la région, il y avait un gouvernement qui faisait des choses en parallèle. Je voyais bien qu'il y avait de l'argent versé, mais pas par le réseau des députés de la région de Québec."

Nouveaux candidats

Comme l'a indiqué le SOLEIL plus tôt cette semaine, Bernard Cleary, dans Louis-Saint-Laurent, et Christian Simard, dans Beauport, ont annoncé leur candidature pour le Bloc québécois, hier.

À peine sauté dans l'arène politique, M. Cleary, négociateur autochtone et communicateur, a dû s'expliquer sur la faillite récente de sa compagnie, Bernard Cleary et associés. Une facture impayée de 248 000 $ d'un client et un investissement infructueux de 900 000 $ ont acculé le groupe à la banqueroute. "Ce n'est pas en lien avec ma présence en politique", assure M. Cleary. Le spécialiste des affaires autochtones a reçu un appui inconditionnel de son chef. "C'est une malchance, a affirmé Gilles Duceppe. Il n'y a rien de frauduleux là-dedans. S'il y en a qui veulent soulever ça, ils vivront avec ça."

Dans le nouveau comté de Beauport, Christian Simard affrontera un candidat de taille en Dennis Dawson, proche conseiller de Paul Martin. M. Simard a été directeur de la Fédération des coopératives d'habitation Québec-Chaudière-Appalaches et conseiller politique de l'ex-ministre de l'Environnement David Cliche.

"Je compte me faire le porte-parole des sans-voix et de la classe moyenne, par opposition à un certain lobbyisme d'affaires", a-t-il affirmé.

SBoivin@lesoleil.com



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Charest accusé de mollesse

Gilles Normand et Mario Cloutier
La Presse jeudi 19 février 2004

Le premier ministre Jean Charest a été pris à partie hier tant par le Parti québécois que par l'ADQ, qui l'accusent de mollesse et de prudence excessive dans ses commentaires sur le scandale des commandites à Ottawa.

Selon le chef de l'opposition, Bernard Landry, Jean Charest a réagi avec mollesse à l'affaire qui secoue les libéraux fédéraux parce qu'" il doit son élection à Paul Martin ".

Le chef péquiste ne peut croire qu'on puisse " détourner une somme de 250 millions sans que le ministre des Finances s'en aperçoive ". Et il se dit très déçu de la réaction de M. Charest: " Il a été mou et complaisant. C'est vrai qu'il leur doit en partie son élection. Ils sont venus l'aider. Ils partagent la même idéologie fédéraliste, mais ce n'est pas une raison pour laisser passer une chose aussi monstrueuse. "

Prenant la parole à la réunion des députés péquistes qui se tient depuis hier dans un hôtel de la métropole, M. Landry en a rajouté: " On doit s'élever avec vigueur contre ce qui s'est passé. Notre premier ministre a fait le contraire. Il a fait le bon gars. Je n'ai pas de conseil à lui donner sur sa façon de s'exprimer, mais il aurait pu dire ce que j'ai dit. "

Pour lui comme pour les autres députés péquistes interviewés, " ce scandale démontre clairement la pertinence du Bloc québécois à Ottawa ". Certains députés du Bloc participent d'ailleurs au caucus, auquel étaient aussi conviés hier quelque 150 représentants des communautés culturelles.

" Le Bloc québécois est essentiel, avec les 400 questions qu'il a posées et la mise à jour du plus grand scandale de l'histoire politique du Canada et peut-être de l'histoire occidentale contemporaine ", a indiqué M. Landry. Les députés péquistes, qui ont surtout préparé leur stratégie parlementaire, aborderont aujourd'hui la question des prochaines élections fédérales. Ils ont d'ailleurs accueilli hier soir le chef bloquiste, Gilles Duceppe, pour un cocktail.

Des faits inacceptables

À Québec, Mario Dumont a lui aussi déploré la réaction du premier ministre face au scandale des commandites fédérales. Le chef de l'Action démocratique du Québec pense que M. Charest est visiblement " mal à l'aise " devant cette affaire.

" Évidemment, entre le Parti libéral du Québec et le Parti libéral du Canada, on a des firmes communes qui aident, des employés de cabinet qui passent de l'un à l'autre. Probablement que M. Charest est prudent parce qu'il pense que, dans la suite des choses, il pourrait y avoir des éléments qui viennent rebondir chez lui ", a déclaré le chef adéquiste.

" C'est bizarre que le premier ministre du Québec soit si mal à l'aise d'exprimer avec clarté le caractère inacceptable de ces faits-là ", a-t-il ajouté.

Selon Mario Dumont, il est clair que le public a été " floué, voire volé " dans ce dossier. Le premier ministre du Québec, dit-il, devrait donc réagir de façon " extrêmement claire et ferme ".

Le chef de l'ADQ est toutefois d'avis que le gouvernement fédéral a l'intention de faire toute la lumière sur le scandale, mais il se questionne toujours sur le rôle joué par Paul Martin à l'époque. " Qu'il ne se soit pas rendu compte qu'il y avait un programme de commandites et que l'argent revolait par-dessus bord, c'est un peu surprenant ", pense M. Dumont.



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Le salut au drapeau

Richard Martineau
Voir, n° Vol: 18 NO: 7 jeudi 19 février 2004

Ondes de choc - On parle beaucoup du scandale des commandites depuis quelques jours, et avec raison. Comment ne pas se scandaliser devant cette utilisation éhontée des fonds publics?

Cela dit, le plus choquant dans toute cette histoire, ce n'est pas que cent millions de dollars (soit 40 % du budget total du fameux programme de commandites) aient été frauduleusement versés à des agences de publicité proches des libéraux fédéraux.

C'est que ce maudit programme existe, point.

Car quel est le but premier du programme de commandites (qui, soulignons-le, a été créé au lendemain du dernier référendum)? Rappeler les grands moments de l'Histoire canadienne? Encourager la culture en région? Non: lutter contre le séparatisme québécois en faisant flotter l'unifolié aux quatre coins de la Belle Province.

C'est un vaste programme de propagande, sans plus. Financé à même les fonds publics.

"Je te donne de l'argent si tu fais flotter mon drapeau."

C'est comme Pepsi qui donne du fric aux institutions d'enseignement à condition qu'elles installent des machines distributrices dans leurs corridors.

Le gouvernement fédéral croit-il vraiment qu'il viendra à bout des séparatistes québécois en finançant des mini-séries sur Maurice Richard et en collant des drapeaux rouge et blanc sur le programme du Festival de la poutine de Saint-Glin-Glin? Si oui, il est dans le trouble pas à peu près.

Je tremblerais à sa place, moi aussi.

En regardant la retransmission des funérailles de Claude Ryan, vendredi, je me disais qu'on était en train de tourner la page. Lévesque, Trudeau, Bourassa, Bourgault, Ryan, tous les penseurs qui ont dominé le paysage politique des 40 dernières années appartiennent dorénavant à l'Histoire. "Les débats qui ont passionné ma génération et la génération de mes parents ne seront pas ceux qui passionneront la génération de mes enfants et celle de mes petits-enfants, me disais-je. Nous assistons à la mort d'une époque, d'une logique..."

Or, qu'est-ce qui monopolise nos conversations, ces temps-ci? Le programme de commandites! Un programme destiné à combattre le séparatisme québécois en collant des drapeaux!

Espérons que c'est le dernier sursaut avant le grand silence...

Parlant de drapeaux, peut-être le savez-vous, mais on ne colle pas le drapeau canadien n'importe où, n'importe comment. Il y a une étiquette à respecter, des règles, un protocole.

Si vous cherchez où coller votre unifolié, visitez le site du ministère du Patrimoine canadien (http://www.pch.gc.ca/progs/cpsc-ccsp/etiquette), vous verrez, on en apprend de bien bonnes.

"Un drapeau doit toujours être montré et utilisé d'une manière digne, y lit-on. Il ne doit pas être dénaturé, mais arboré d'une manière qui puisse être décrite comme haute et libre..."

Un drapeau qui est échangé contre une subvention est-il utilisé d'une manière digne? Le document ne le dit pas. On affirme cependant que "la Loi sur les marques de commerce protège le drapeau national contre tout usage non autorisé", et que "toutes demandes d'utilisation du drapeau à des fins commerciales doivent être adressées au ministère du Patrimoine canadien".

Reste à savoir ce qu'est une "utilisation à des fins commerciales". Vendre du ketchup? Vendre une idéologie? Là encore, on ne spécifie rien. Une omission d'autant plus étrange que le site du ministère du Patrimoine canadien fourmille de détails hyper-précis.

Tenez, par exemple, saviez-vous que si vous recouvrez un cercueil standard d'adulte d'un drapeau canadien, celui-ci doit obligatoirement mesurer 1,40 m X 2,80 m? Eh oui, monsieur. De même, lorsqu'on suspend verticalement le drapeau du Canada au-dessus d'une rue, la pointe de la feuille d'érable doit être orientée vers le nord dans une rue est-ouest et vers l'est dans une rue nord-sud.

Jusqu'aux couleurs qui sont hyper-précises. Le numéro Pantone du rouge est PMS032 si le rouge du drapeau est utilisé à 100 %. Si le rouge est utilisé pour la reproduction de trame, il est préférable de prendre le PMS485. Pour assurer le rendu uniforme du rouge du PCIM, il faut procéder à des mesures de densité à l'aide d'un densimètre McBeth no 1155SPI. La densité doit être de 0,80 à 1,10 unité de densité, mesurée avec un filtre Wratten 58.

Je vous jure, je n'invente rien...

Comme quoi on ne badine pas avec le drapeau. Enfin, on ne devrait pas.

N'est-ce pas, monsieur Chrétien?



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Les multiples scandales d'une pseudo-fédération

Jean-Marc Léger, Journaliste
Le Devoir jeudi 19 février 2004

Le ridicule le dispute décidément à l'odieux dans les révélations qui se succèdent à Ottawa à propos de multiples «scandales», grands et petits, où risque de sombrer ce qui pouvait rester de crédibilité à la pseudo-fédération canadienne.

Encore un peu, c'est le pays entier qui ferait l'objet d'une gigantesque commandite, qui serait massivement «sponsorisé», comme on dit à Toronto et à Paris. De la compagnie maritime CSL à l'Auberge Grand-Mère de Shawinigan, l'actuel et l'ancien premiers ministres et leurs équipes vont faire assaut de révélations aussi savoureuses que pénibles, illustrant les conséquences des relations sulfureuses entre secteur public et secteur privé, entre les gouvernements et les entreprises de toute nature.

À côté de l'énorme et grand-guignolesque affaire dite des commandites (grossièrement et naïvement conçue pour «vendre» aux Québécois le nom et le drapeau du Canada), le petit scandale du grand voyage de Mme le gouverneur général relève de l'entreprise d'amateur avec la somme dérisoire de cinq millions de dollars. Il est vrai qu'il s'agit de cinq fois la somme prévue à l'origine, et ce, pour une entreprise éminemment contestable sur le plan constitutionnel et politiquement maladroite. Le gouverneur général n'a aucun titre, dans notre système, à représenter le Canada à l'étranger, ni aucun droit de faire cela. Sa fonction consiste uniquement à représenter au Canada le chef de l'État, roi ou reine selon les époques: hors des frontières, il est simple citoyen du Canada.

En plus d'avoir gaspillé une somme coquette, Mme Clarkson a commis un grave impair et une faute politique majeure. On peut s'étonner que le cabinet fédéral et notamment le premier ministre n'aient pas empêché, l'an dernier, pareille dérive.

Les victimes des commandites

Mais c'est naturellement la retentissante affaire dite des commandites qui constitue pour l'opinion publique le scandale, tant à cause de l'ampleur des sommes en jeu que des objectifs recherchés. En fait, cette opération sans précédent présente objectivement l'avantage de souligner avec éloquence que le Canada et le Québec sont également victimes de cette alliance contre nature qui s'appelle la fédération canadienne, pseudo-fédéralisme au demeurant, et qu'il leur serait bénéfique à tous deux de pouvoir en sortir et d'y substituer éventuellement une tout autre association, de type confédéral, entre États souverains.

La grogne et même la hargne de nombreux organes et divers milieux du Canada anglais sont compréhensibles mais doivent être dirigées vers les véritables coupables, ceux qui, de part et d'autre de l'Outaouais, sont les profiteurs enthousiastes de la crise et l'équivalent des «collaborateurs» dans les pays de l'Europe occupée des années 40.

Derrière l'apparent scandale politico-financier et la recherche plus ou moins résolue des auteurs d'une opération visiblement conçue au plus haut niveau pour tenter de faire échec au projet souverainiste, il importe de dénoncer l'autre scandale, le vrai, le scandale permanent de caractère constitutionnel et politique qui vise à liquider ce qu'il peut encore subsister de fédéral dans le curieux système canadien, constamment déchiré entre centralisation et semi-fédéralisme.

La présentation par le premier ministre Martin, début février, de son programme législatif (le «discours du Trône», selon un anglicisme indéracinable) aura été l'expression la plus claire et la plus ambitieuse à ce jour de la volonté de liquidation tranquille des restes d'un régime bâtard. On y retrouve l'esprit de la déclaration de John A. Macdonald, prônant en 1864, pour le futur régime, «un gouvernement central fort et un système décentralisé de petites législatures pour des fins strictement locales».

Avec un vocabulaire plus prudent et un mélange sans précédent de rouerie et de duplicité, le nouveau gouvernement, fidèle héritier du précédent sous ce rapport, engage une nouvelle et décisive étape de centralisation. Reconnaissons au moins à M. Martin le mérite de ne pas faire dans la dentelle. Tous les domaines fondamentaux de l'apparente compétence des États fédérés constituent les têtes de chapitre de ses grands desseins qui, débordant de loin une seule session, seront l'oeuvre de toute une législature. La santé sous tous les aspects, l'éducation à tous les niveaux et la recherche, la sécurité sociale et la politique familiale ainsi que, désormais, les collectivités locales et régionales (municipalités surtout) sont ses soucis prioritaires. Et tout cela, certes, dans le cadre d'une vaste et permanente concertation avec les provinces, appelées à devenir les agents régionaux de mise en application des orientations et des législations dites nationales.

Au reste, on ne peut parler sérieusement de fédéralisme lorsque l'un des deux ordres de gouvernement doit en permanence attendre de l'autre, quémander à l'autre, les moyens financiers de remplir sa mission, de s'acquitter de ses responsabilités constitutionnelles. La question du déséquilibre fiscal est au coeur de la crise du fédéralisme canadien depuis plus de 60 ans. La réponse d'Ottawa ne réside pas dans l'adéquation des ressources aux responsabilités de chaque ordre mais dans la prise en charge de fait par le gouvernement central des responsabilités fondamentales des provinces.

Tel est le vrai scandale de ce régime semi-fédéral moribond. Mais les autres, comme celui dit des commandites, lui sont fort utiles, voire nécessaires, comme moyen de diversion, tout comme d'anciens ministres fédéraux et d'anciens p.-d.g. de sociétés publiques serviront de boucs émissaires alors que les inspirateurs de cette malodorante entreprise de reconquête du Québec seront épargnés. C'est le cas de répéter le célèbre dicton de Rabelais dans Gargantua: «Oignez vilain, il vous poindra. Poignez vilain, il vous oindra.» Le pharisaïsme a décidément de beaux jours devant lui dans la jungle fédérale.



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À fonds perdus

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 19 février 2004

ÉDITORIAL - En assignant un avocat-conseil, Me André Gauthier, au dossier des commandites afin de tenter de récupérer les dizaines de millions détournées par des agences de communication, le premier ministre Paul Martin croit-il sincèrement au succès d'une telle opération ou ne tente-t-il pas simplement de jeter de la poudre aux yeux de tous?

En décembre dernier, un juge de la Cour supérieure a forcé Ottawa à verser 323 416 $ à l'agence Gosselin relations publiques pour services rendus dans le cadre du programme de commandites. Cet argent constituait la somme des commissions encore dues selon les termes d'un contrat qu'Ottawa refusait de respecter en prétextant le moratoire en vigueur.

Une autre affaire du genre est pendante devant le tribunal mais, cette fois-ci, Ottawa réplique à la firme Lafleur, qui lui réclame 211 000 $, par une contre-demande de remboursement de 449 500 $ parce que le travail n'aurait pas été accompli ou aurait été mal fait. L'argumentation des avocats du gouvernement sera-t-elle plus convaincante dans ce cas?

Ces deux incidents laissent perplexe. Nous savons depuis longtemps que des agences de communication auraient agi de façon frauduleuse en rédigeant de fausses factures pour du travail qui n'a jamais été accompli. En septembre dernier, la GRC avait porté des accusations criminelles contre Paul Coffin, président de Communications Coffin, pour avoir présenté de telles fausses factures en rapport avec la commandite de 18 événements. De même, Groupaction fait toujours l'objet d'une enquête de la part de la GRC parce qu'elle est soupçonnée d'avoir facturé trois fois un même rapport au demeurant incomplet.

D'autres cas du genre restent à découvrir, mais on imagine facilement que la plupart ne sont pas aussi flagrants, que la police devra consacrer plusieurs mois, voire quelques années, à construire une preuve solide. Malgré un jugement criminel, récupérer l'argent risque donc d'être fort difficile, voire impossible.

Que dire maintenant des autres cas d'usage abusif de fonds publics par le même petit groupe d'agences libérales lorsqu'il n'y a pas eu fraude au sens strict? Le scandale, ici, c'est que l'appareil gouvernemental ait eu recours à ces firmes pour faire transiter l'argent moyennant des commissions de 15 % du montant total de la subvention, mais cela donne peu de prise à des recours en remboursements, comme le récent jugement de la Cour supérieure le démontre.

Le principe de ces commissions aussi élevées qu'injustifiées ne peut pas s'expliquer par la seule volonté du gouvernement de promouvoir la présence fédérale au Québec. À cela s'ajoute l'intention évidente de favoriser financièrement des amis du parti. Cela s'appelle du favoritisme mais aussi de l'escroquerie étant donné l'ampleur des commissions consenties en regard du travail attendu. Malheureusement, même si cela est évident, il y a fort à parier que les agences qui en ont pourtant grassement profité aux termes de contrats signés en bonne et due forme s'en tireront sans accusations et sans avoir à rembourser qui que ce soit. Des cent millions qu'elles ont empochés au total, gageons qu'Ottawa ne parviendra pas à récupérer plus de 10 % de cette somme, et ce, non sans avoir dépensé au moins autant pour y parvenir!

jrsansfacon@ledevoir.ca



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Martin team broke every rule in Machiavelli's book

Lawrence Martin
The Globe and Mail Thursday, February 19, 2004

'Don't look at me. I didn't know.' In essence, that was the response from Mario Lague when asked about the sponsorship scandal. Mr. Lague was the senior bureaucrat in the Privy Council Office on the federal communications strategy. He was frequently in contact with former public works minister Alfonso Gagliano, who headed up the communications committee.

Mr. Gagliano has been fired from his job as ambassador to Denmark. If Prime Minister Paul Martin is to be consistent, should he now fire Mr. Lague?

In that Mr. Lague is Mr. Martin's director of communications, it would be no easy task. Especially since Mr. Lague claims innocence. The low-key bureaucrat, who once served as agent-general for Quebec in Mexico, says that while he raised concerns about some of the work being done by Quebec advertising firms, he was kept in the dark about any preposterous grant-giving transactions.

Good. But while it may well be true that he didn't know about the dirty deals, Mr. Lague was in a position in which he should have known. Canadians are not going to readily accept the rationale from all of Chrétien's men that they were unaware of the widespread corruption in the ranks below. They will rightly say that generals must take responsibility for troop behaviour.

Mr. Lague had many meetings with Chuck Guité, a central figure in the sponsorship storm. He has been questioned by Auditor-General Sheila Fraser.

Mr. Martin has said anyone who knew about the sleaze should resign. In defending Mr. Lague in the House of Commons yesterday, he seemed prepared to accept his word on his non-culpability. Yet Mr. Gagliano, who professes the same innocence, but who was a Chrétien supporter, has been recalled.

Not only was Mr. Lague in a senior capacity in respect to the advertising file, he is the one, in his new job, who has presided over the PM's disastrous communications strategy on the same matter. He is off to a tough start. If Mr. Martin can't find reason to sideline him for the former, there is the question of the latter.

With some effective spin control by the Martin team, the Auditor-General's report, which was an update of previous work, would have been a one - or two- day story as opposed to the Liberal calamity it has fast become.

Jean Chrétien faced the same type of revelations from the Auditor-General in the past, but he hardly suffered at all at the polls because he never admitted to a thing. Operation Stonewall, as cynical as it was, worked for him.

Paul Martin's Operation Hyperventilate, the more open approach, has had the opposite effect. He's been trotted into every TV studio in the land to talk of the unconscionable, inexcusable nature of what happened under the Liberals. The Janet Jackson bare-all act has seen his party plummet an astonishing 13 percentage points in the past month.

It's a far cry from the Paul Martin who, as minister of finance, was so effective at defusing controversy. With a strategy of timely leaks, he was even able to sell the backbreaking budget cuts of 1995 without a political price.

With the same type of strategy, he could have put the word out that the coming A-G's report was mainly more of the same with some additional stuff about Crown corporations. On the day of the report's release, he could have been away from Ottawa on official business. His government could have dropped another big news story on the capital to overshadow the report. To really bury it, the Martinites could have brought it out a day or two before the new budget.

They are all standard tricks of the trade. But Mario Lague and company applied none of them. They broke every rule in Machiavelli's book. Instead of relying on the old politics, Paul Martin got religion. In what has the look of one of the more honourable and integrity-driven performances we've seen from a political leader in a long time, he has opted for calling an outrage an outrage.

He has opted, to borrow a phrase from former Conservative leader Kim Campbell, to do politics differently.

She did that, we recall, heading into the 1993 federal election campaign. There were all those frightfully frank commentaries from her, statements like the one about unemployment remaining in double digits until the turn of the century no matter what the government did. For her candour on this and other issues, she got killed.

Paul Martin is no Kim Campbell. But she learned a distressing lesson about politics, the same type of lesson that Mr. Martin appears to be getting on the sponsorship scandal. Play politics openly and honestly, and get hurt. But play the old-fashioned way-- play dirty and don't own up to a thing -- and, just like the old Chrétien Liberals, you can win every time.lawrencemartin9@hotmail.com



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PLC ou PLI?

Pierre Ostiguy
L'auteur est professeur régulier au département de science politique de l'Université du Québec à Montréal.
La Presse jeudi 19 février 2004

Dans l'esprit de maints commentateurs, le Parti libéral du Canada fait penser à un "Parti libéral institutionnel" à la mexicaine

L'attention du public est présentement préoccupée, avec raison, par le scandale des commandites associé au Parti libéral du Canada. Dans pratiquement tous les pays, une situation où un parti domine en sécurité le système de parti sur une période de trois mandats ou plus- ce que les universitaires politologues appellent un système de parti prédominant- est susceptible de conduire, structurellement, à des cas de corruption. Le PLC sous Jean Chrétien ne fait pas exception. Non sans ironie, plusieurs politologues affublent le Parti libéral du Canada des initiales PLI, ou " Parti libéral institutionnel ", du nom de son homologue mexicain le PRI, qui domina la scène politique mexicaine durant de nombreuses décennies.

Certes, une réforme du mode de scrutin aiderait grandement à réduire le monopole libéral sur le pouvoir politique au niveau des institutions fédérales. L'idée de Paul Martin de laisser, dans de nombreux cas, les députés voter librement est aussi un pas, modeste, dans la bonne direction, bien que certes insuffisant. Comme l'éternellement remise réforme du mode de scrutin ne se matérialisera vraisemblablement pas avant la prochaine élection fédérale, il convient ici de s'interroger sérieusement sur le système de partis canadien qui a vu le jour à la suite de l'effondrement du Parti progressiste-conservateur et à la création du vigoureux Bloc québécois.

L'alternance politique est un gage solide contre les pratiques de certains pouvoirs inféodés. Elle est aussi en dernière instance la preuve du caractère réellement démocratique et libéral d'un régime politique. Indépendamment de mes préférences politiques personnelles, je crois qu'il est fondamentalement sain, pour n'importe quel système politique, qu'il y ait alternance au pouvoir. À un niveau plus pratique, l'alternance permet de " faire le ménage ", de s'assurer que la composition du Sénat, des cours de justice, de la direction des puissantes compagnies d'État ne soit pas un reflet des amis du parti prédominant, du " régime " comme autrefois on l'aurait qualifié.

Ces institutions jouent un rôle essentiel dans la structure des poids et contrepoids d'une démocratie. Ce jeu des poids et contrepoids est, de surcroît, l'élément central des institutions républicaines et de la conception libérale de la démocratie. Comme notre Sénat n'est pas élu et que la combinaison des règles du système uninominal à un tour et de la discipline de fer du premier ministre sur les députés de son parti font en sorte que le premier ministre est maître de la Chambres des communes, le législatif ne sert pas de contrepoids à l'exécutif, tous deux étant contrôlés dans les faits par la figure du premier ministre, ici libéral.

Vu cette absence de division des pouvoirs réelle entre le législatif et l'exécutif, l'alternance devient alors le principal mécanisme pour obtenir un système politique de poids et contrepoids, à travers le temps. Dans le cas contraire, la situation est celle d'un PRI ou PLI canadien, avec la différence, bien sûr, qu'au Mexique le chef d'État ne peut diriger le pays plus de six ans. Indépendamment de nos préférences politiques, il serait sain pour le système politique canadien, et pour la démocratie en général au Canada, d'être en mesure d'assurer de façon réaliste une possibilité d'alternance gouvernementale au Canada.

Cependant, dans les conditions actuelles- mode de scrutin uninominal à un tour, système de partis en partie régional, patterns d'alliances partisanes- il est pratiquement impossible de déloger le Parti libéral du Canada du pouvoir, avec ou sans scandale des commandites. À défaut de réaliser une réforme de notre système électoral ou politique, qu'est-ce qui peut être concrètement fait, dans le cadre du système de partis canadien que nous connaissons? Dans le cas d'une victoire majoritaire prochaine du PLC, absolument rien. La situation est différente, toutefois, dans le cas concevable depuis le scandale des commandites d'une victoire minoritaire.

As du système

En cas de victoire minoritaire du Parti libéral du Canada, l'as du système de partis canadien est aux mains du Bloc québécois. Le Bloc québécois peut choisir, comme il l'a fait jusqu'à présent, de rester un spectateur du pouvoir à Ottawa et de tenter de défendre les intérêts du Québec à partir de la balustrade. Le Bloc, restant pur et dans l'attente d'un référendum que ni le Parti québécois de Bernard Landry n'a déclenché étant pourtant au pouvoir ni, encore moins, le Parti libéral de Jean Charest ne déclenchera, peut choisir l'isolement, permettant au PLC de continuer son règne presque ininterrompu. En ce sens, le Bloc québécois est dans les faits le meilleur allié objectif du Parti libéral du Canada, qui peut continuer à caresser les avantages du pouvoir encore longtemps.

Alternativement, le Bloc peut décider de faire des choix difficiles, mais responsables en termes d'objectifs de pouvoir. Tout en restant fidèle à ses principes, il peut décider suite aux élections de faire une alliance parlementaire qui permettra de déloger du pouvoir le Parti libéral. En régime parlementaire, cette possibilité n'a rien d'exceptionnelle; mais elle est novatrice dans nos moeurs politiques canadiennes conservatrices. Il ne s'agit pas de mariage, mais d'alliance, à négocier. Il n'en tient pour cela qu'au Bloc québécois et à Gilles Duceppe.

Il n'existe empiriquement que deux possibilités post-électorales, en cas d'une victoire minoritaire du PLC: l'une à droite et l'autre à gauche. Dans le premier cas, le Bloc québécois pourrait répéter dans un cadre décentralisant la recette alors innovatrice de Brian Mulroney- seul à avoir réussi en quarante ans à déloger pour plus d'un coup de vent les libéraux du pouvoir- soit une alliance stratégique temporaire entre une aile québécoise décentralisante et réalisant certaines des revendications autonomistes du Québec (position qui n'est pas le monopole du PQ de René Lévesque mais qui fut aussi en ligne avec celle du PLQ de Bourassa et Allaire) et les forces conservatrices du Canada anglophones. Cette alliance est certes instable et requiert un certain courage politique, mais elle est l'une des seules, depuis les années 1980, à être en mesure d'assurer une alternance politique. (...)

La deuxième possibilité, plus difficilement réalisable, résiderait en une alliance avec le NPD anglophone, à condition que celui-ci obtienne suffisamment de sièges hors-Québec aux prochaines élections. Dans ce cas, le Bloc n'aurait pas à mettre en sourdine ses convictions progressistes et n'aurait qu'à négocier certaines clauses ou positions autonomistes avec son homologue canadien anglais. Que l'alliance d'alternance " pro-Québec " se fasse de façon progressiste " à gauche " ou de façon décentralisante " à droite ", les faits restent que la course politique au Québec est une course à deux et que ni le NPD ni le Parti conservateur ne perturbent significativement au Québec les résultats des deux principaux partis de la Chambre des communes représentant l'électorat québécois; leur importance, d'autre part, est très grande dans la représentation du Canada hors-Québec dans cette même Chambre des communes.

Il est à noter que ces deux alternatives sont les seules en pratique à pouvoir accorder, à moyen terme, davantage de pouvoir au Québec. Nous ne pouvons pas compter sur le PLC pour cela. Le gouvernement Charest, de son côté, ne déclenchera pas de référendum durant son mandat. Une alliance post-électorale de circonstance du Bloc québécois avec le NPD ou les forces conservatrices du Canada ne constituerait donc pas, à ce point de vue, une trahison au Parti québécois.

Seul le Parti québécois à Québec peut déclencher- s'il s'y décide un jour- un référendum sur l'indépendance du Québec. En attendant, le Québec avancerait, au lieu de continuer à reculer. Pour le Canada, ce geste à la fois courageux et stratégique du Bloc québécois contribuerait à l'assainissement des pratiques politiques au Canada et à une nécessaire alternance démocratique. (...)



»» le scandale des commandites

If Chrétien was Teflon, Martin is Velcro

Margaret Wente
The Globe and Mail Thursday, February 19, 2004

COUNTERPOINT - How did it all go so very wrong, so very fast?

Just two weeks ago, the world was his. The party loved him. The people loved him. Bono loved him. Tory (or whatever they call themselves these days) MPs were stampeding over to his side in droves. The opposition was a joke, and a fourth majority was a slam-dunk. He was unbeatable. Even better, after 14 years in waiting, the victory would be his. His! The government he inherited from that moron who outstayed his welcome would be history. Paul Martin would finally be PM in his own right, and everyone would see how superior he is in every way to that sleazebag. His moment of triumph was so close he could taste it.

And now it's just a pile of merde, as far as the eye can see.

Things could not have gone more wrong if his oldest enemy had deliberately schemed to do him in.

In his dark nights of the soul, Paul must be wondering if that's exactly what happened.

Look at the facts. This scandal was supposed to break in November, when you-know-who was still in charge. But he stepped down and dissolved Parliament early, so that the Auditor-General didn't have a chance to drop her stink bomb while he was still in the room. Everybody knew she was very, very cranky. Jean Chrétien, for one, knew exactly how cranky she was, because he had already been briefed on the report. But he wasn't there to take the heat or have his farewell party ruined, he'd already skipped town. When the bad stuff hit the fan, he was halfway round the world. No wonder he's known as the guy who drove the getaway car.

This was Jean's mess. But now it's Paul's. How fair is that?

So much for those 60 seats he was going to win in Quebec. He'll be lucky to get half of them now. Quebeckers are mad as hell because the Liberals have made it look as if they're all corrupt. And forget about the West. They hate Liberals even more than ever, if such a thing is possible. Even Ontarians are steamed. They're telling pollsters they'd rather vote for a party with no leader, no policy and no strategy. It's a black day when hacks start writing about what kind of prime minister Stephen Harper would make. Even Belinda seems more popular than Paul is.

And now he's got to schlep around to every talk show in the country, and tell us how much he feels our pain. He's got to plead and grovel. He's got to make us believe that even though he was the finance minister and Quebec is his home turf, he was shocked - shocked!- to find out about all the dirty things that were going on there. He is promising transparency about absolutely everything, except about the timing of the next election, which will depend on what the polls say, except he can't say that. That would be too transparent.

He's begging us to trust him. Only we don't trust anybody any more. We don't care about the democracy deficit. We care about the integrity deficit, and we want to flog someone, and he'll just have to do.

Lucky Jean. He got away with everything. He got away with APEC and Somalia. He got away with the HRDC boondoggles and the gun registry. Nothing stuck to him, not even the Auberge Grand-Mère. "Perhaps there were a few million dollars that might have been stolen in the process," he shrugged, and he got away with that, too.

If he was Teflon, Paul must feel like Velcro. Think of how his boss fired him from the cabinet in a snit, and tried to tie his hands by spending all our money on his own pet schemes for years to come. Think of all those years that Paul bit his tongue and bided his time, while the boss kept all the power to himself and led the party through a third election.

But Paul hung in there. He got the cup at last. And it was poisoned.

How he'd love to see his old nemesis squirming in the dock one day. How he'd love to hear Alfonso say, "I was only following orders."

He knows it's just a dream, though. Chances are it will never happen. Meanwhile, he must wonder what the little guy is thinking. Is he happy Paul's in trouble? That's the way it's always been between them. A bad day for Paul is a good day for Jean. Jean always predicted that Paul would screw it up, and right now he's probably telling everybody that he told them so. Jean wants to go down in history as the man who got the hat trick, and if it all falls apart after he's gone, well, that's not his fault. History will show that he -- Jean, not Paul -- was the indispensable man.

Paul must wonder if le p'tit gars is sitting in his brand-new condo and chuckling into his Scotch. And he knows what he is thinking.

Après moi, le deluge.

mwente@globeandmail.ca



»» déséquilibre fiscal

Aucun déséquilibre fiscal

Jean-Luc Landry
Les Affaires samedi 21 février 2004

Point de vue - Nous arrivons dans la saison des budgets gouvernementaux et il est temps de mettre une chose au point. Même si les provinces ont de la difficulté à boucler leur budget alors que le fédéral génère des surplus année après année, ceci ne veut pas dire qu'il y a déséquilibre fiscal entre le fédéral et les provinces.

On dit qu'il y a déséquilibre fiscal entre deux gouvernements lorsque l'un n'a systématiquement pas les moyens de réaliser sa mission alors que l'autre a accès à des sources de revenus qui dépassent ses besoins. L'insuffisance de revenu vient du fait que l'assiette fiscale du gouvernement défavorisé est trop petite.

Pour maintenir ses services, le gouvernement en question se voit dans l'obligation d'augmenter ses taxes au-delà du tolérable tout en comprimant les dépenses d'investissement à long terme, même au prix d'une détérioration de ses infrastructures. Éventuellement, les contribuables surtaxés peuvent finir par déménager et le gouvernement subira une érosion de son assiette d'imposition.

C'est ce qui se passe depuis une vingtaine d'années au Québec et dans la Ville de Montréal. Le Québec a une croissance démographique beaucoup plus lente que ses voisins et, à Montréal, les citoyens ont quitté la ville centre pour la banlieue (ce qui a amené les fusions forcées).

Mais il y a une différence fondamentale entre la situation fiscale du gouvernement du Québec et celle de la Ville de Montréal. Les revenus de la Ville sont largement tributaires d'une seule taxe, l'impôt foncier, tandis que le gouvernement du Québec jouit d'un grand éventail de taxes.

En fait, les sources de revenus des provinces canadiennes sont même plus diversifiées que celles du gouvernement fédéral, le gouvernement censé bénéficier du déséquilibre fiscal. En particulier, les provinces ont accès à la source de revenus la plus importante de toutes sur le plan fiscal, au même titre que le fédéral : l'impôt sur le revenu. L'impôt sur le revenu est le seul impôt qui augmente plus rapidement que le PIB à long terme à cause des tables progressives de taux d'imposition.

Québec doit prendre ses responsabilités

On comprend que les provinces subissent des pressions plus fortes que le fédéral au chapitre des dépenses à cause du vieillissement de la population, mais il reste qu'il n'y a pas de déséquilibre fiscal entre le fédéral et les provinces, puisque les deux niveaux de gouvernements ont accès à l'impôt sur le revenu. Il ne s'agit pas ici d'une simple discussion de sémantique entre économistes, car si le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, réussit à convaincre le public qu'il y a effectivement déséquilibre fiscal, il pourra continuer à blâmer les autres pour ses propres problèmes. Pendant ce temps, il ne prendra pas les mesures nécessaires pour redresser la situation.

De plus, le fait de demander plus d'argent à Ottawa va directement à l'encontre d'un autre principe de base en démocratie : l'imputabilité. Dans le fond, il faut souhaiter que les contribuables fassent pression sur le fédéral pour qu'il abaisse ses impôts, ce qui permettra aux provinces d'augmenter les leurs, si cela est nécessaire.

lesaffaires.redaction@transcontinental.ca Économiste, gestionnaire et président de Landry Morin inc.



»» villes

Les grandes villes veulent s'assurer qu'Ottawa tiendra promesse

Antoine Robitaille
Le Devoir jeudi 19 février 2004

Les maires des 22 plus grandes villes canadiennes, dont Gérald Tremblay, se réunissent aujourd'hui à Gatineau pour s'assurer que la «nouvelle entente» promise par le gouvernement fédéral dans le dernier discours du Trône soit réellement mise en oeuvre.

À l'exception du maire de Windsor, tous les maires des grandes villes de plus de 200 000 habitants du Canada seront présents à cette rencontre. L'intérêt des maires s'explique par l'importance des décisions à venir de la part du gouvernement fédéral concernant les villes, qu'on résume par l'expression «nouvelle entente» ou «New Deal».

«Le budget fédéral s'en vient. Il y avait de très bonnes idées dans le discours du Trône et il faut faire des représentations pour qu'elles se concrétisent», fait valoir Yves Ducharme, président de la fédération canadienne des villes et maire de Gatineau. Les maires doivent d'ailleurs rencontrer aujourd'hui le ministre des Finances Ralph Goodale ainsi qu'Andy Scott, ministre d'État responsable des infrastructures. John Godfrey, le secrétaire parlementaire du premier ministre particulièrement chargé des villes, sera aussi au Hilton de Gatineau.

Yves Ducharme avait déjà qualifié le discours du Trône de «Grand Chelem» puisque toutes les demandes faites par les maires avaient été reprises par le nouveau gouvernement Martin: rembourser la TPS payée par les villes, devancer le programme de trois milliards consacré aux infrastructures. (Ce programme est prévu pour être échelonné sur une période de dix ans, les maires demandent à ce que le tout soit ramené sur une période de deux ans.) Il y avait ensuite la promesse de fournir aux villes une «source fiable et prévisible de revenus». Dans le discours, on évoquait l'idée de remettre aux municipalités une partie de la taxe d'accise sur l'essence, mesure «qui est sans doute la plus facile à mettre en place», aux yeux d'Yves Ducharme. Les maires vont aussi discuter de façons de faire pression sur leurs gouvernements provinciaux respectifs pour que ces derniers respectent certaines de leurs promesses. Au Québec, les libéraux de Jean Charest ont par exemple promis pendant la campagne électorale de remettre aux villes une partie des revenus de la TVQ.

Chose certaine, un nombre de plus en plus grand d'observateurs estiment que les villes canadiennes ne peuvent plus se financer presque exclusivement par le biais de la taxe foncière. Yves Ducharme fait remarquer que les municipalités du Québec tirent en moyenne 82 % de leurs revenus du foncier. Au Canada, en moyenne, le foncier ne représente que 52 % des revenus et aux États-Unis, 27 % seulement.



»» immigration

Montréal demande à Québec d'ouvrir les vannes de l'immigration

Nicolas Bérubé
La Presse jeudi 19 février 2004

Craignant de perdre son statut de " métropole forte " au Canada, la Ville de Montréal demande au gouvernement du Québec d'augmenter les quotas d'immigration de la province au cours des prochaines années.

Plus spécifiquement, Montréal aimerait voir le nombre d'immigrants passer à 48 000 nouveaux arrivants en 2007 alors que, depuis 20 ans, entre 28 000 et 30 000 immigrants en moyenne viennent s'établir chaque année dans la province.

" Les immigrants sont des travailleurs qualifiés dont l'économie de Montréal a besoin, a expliqué Claude Trudel, conseiller associé au maire pour les relations internationales et intergouvernementales de la Ville de Montréal. Compte tenu de la situation démographique du Québec et des besoins de Montréal, on se dit que plus il y aura d'immigrants, plus on aura de chance de les retenir. "

M. Trudel a fait part mardi de la demande de Montréal devant la Commission de la culture, qui tient des consultations publiques sur le plan triennal d'immigration pour la période 2005-2007.

" Au Québec, neuf immigrants sur 10 qui choisissent de s'établir dans la région de Montréal, a dit M. Trudel. À Montréal même, un citoyen sur quatre est un immigrant. Pour développer notre économie, on a besoin de cette force, de ces travailleurs qualifiés. "

Pour Montréal, l'équation est simple: le Québec doit accepter beaucoup d'immigrants car ceux-ci sont nombreux à quitter la province pour s'établir ailleurs au Canada. Depuis le début des années 80, seulement les deux tiers des immigrants établis dans la région de Montréal y sont toujours aujourd'hui, alors que cette proportion atteint trois quarts pour les immigrants arrivés ailleurs au Canada.

" Beaucoup d'immigrants arrivent à Montréal, pour ensuite se rediriger dans les villes de banlieue ou à Toronto ou Vancouver, explique M. Trudel. Il faut leur offrir les ressources nécessaires pour arriver à en retenir ici un plus grand nombre. Avec des politiques adéquates de la part de la Ville et des moyens financiers accrus de la part du gouvernement du Québec, on peut se donner les moyens de les accueillir et de les retenir. "

Parallèlement, la métropole demande à ce que l'on facilite l'implantation des immigrants qualifiés, notamment en révisant les critères d'accréditation des différents ordres professionnels. " Il faut accélérer la délivrance de certains permis et trouver le moyen de reconnaître les diplômes décernés à l'étranger. Pour les médecins et les infirmières, notamment, c'est parfois compliqué de travailler ici sans devoir reprendre toutes sortes de cours. "

Selon Robert Bourbeau, directeur du département de démographie à l'Université de Montréal, la Ville s'est fixé un objectif " très ambitieux " en demandant que 48 000 immigrants soient admis dans trois ans. " Ça me semble beaucoup, dit-il. L'année dernière, nous avons reçu environ 43 000 personnes, ce qui est déjà beaucoup plus que la moyenne des années précédentes. "

Tout en trouvant l'objectif " très valable ", M. Bourbeau note que contrairement à une idée reçue, l'immigration ne règle pas le problème du vieillissement de la population. " Ça prendrait une immigration annuelle de 100 000 personnes pour contrer le problème du vieillissement, ce qui est irréaliste. Et aussi, on peut se questionner sur la pertinence de vouloir concentrer les immigrants à Montréal. Une trop grande concentration en un seul point peut entraîner des difficultés d'intégration. "

" Traditionnellement, les immigrants qui arrivent au Québec sont plus nombreux à gagner les autres provinces que ceux qui arrivent en Ontario ou en Colombie-Britannique, affirme M. Bourbeau. Encore-là, le véritable défi sera de réussir à les retenir. "



»» Bloc québécois

Bernard Cleary veut défendre les couleurs du Bloc

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 19 février 2004

Québec - Le communicateur et négociateur autochtone Bernard Cleary briguera l'investiture pour le Bloc québécois dans la circonscription de Louis-Saint-Laurent, à Québec, et le directeur général de la fédération des coopératives d'habitation de la région, Christian Simard, fera de même dans Beauport.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, en a fait l'annonce hier au cours d'une conférence de presse à laquelle participaient les deux candidats à l'investiture, la vice-présidente du BQ, Hélène Alarie, et la députée de Québec et présidente du caucus de la région, Christiane Gagnon.

René Lévesque avait tenté de convaincre Bernard Cleary de se présenter pour le Parti québécois tandis que Gilles Duceppe l'avait invité à faire de même pour le Bloc aux élections de 1997 et de 2000, offres que M. Cleary avait jusqu'alors déclinées. Pour lui, la politique, on doit y venir en fin de carrière, a dit le candidat, âgé dans la soixantaine. Son entreprise de consultation, Bernard Cleary et associés, a toutefois fait faillite récemment.

Âgé de 49 ans, Christian Simard, une fois l'investiture remportée, s'opposera au candidat-vedette du Parti libéral, Dennis Dawson, conseiller et ami de Paul Martin. M. Simard a précisé qu'il demeurerait dans Limoilou, un quartier de Québec compris dans le comté de Beauport. M. Dawson habite Sainte-Foy. M. Simard est actif ou l'a été dans plusieurs mouvements comme Rivière vivante, qui milite pour la revitalisation de la rivière Saint-Charles, des groupes écologistes ainsi que Vivre en ville, un regroupement pour le développement urbain et rural durable.



»» Conan O'Brien

Conan O'Brien's apology too late for Ontario's francophone affairs minister

Canadian Press
National Post Wednesday, February 18, 2004

In this image taken from video, a man talks to Triumph the Insult Dog during a taped segment of The Conan O'Brien Show in Quebec City. (CP)

TORONTO (CP) - An apology, of sorts, from U.S. talk-show host Conan O'Brien to French Canadians came too late to satisfy Ontario's minister of culture and francophone affairs.

"It's too late, but it's better than not giving his apology," Madeleine Meilleur said Wednesday. In a sketch that aired on O'Brien's show last Thursday, the politically incorrect puppet Triumph the Insult Comic Dog attacked French-speaking Quebecers in a series of comments Meilleur called "extremely insulting."

"The comments should never have been made," added Meilleur.

On Tuesday night, O'Brien had a French translator by his side as he apologized on-air, with a dose of self-deprecating humour.

"People of Quebec, I'm sorry," O'Brien said in English.

That was translated and subtitled to: "People of Quebec, I'm an albino jackass."

O'Brien went on to say: "We meant no harm with our comedy piece the other night."

That was translated into: "The other night, I wet the bed like a little girl."

Despite the offending comments, Meilleur defended the decisions of the Ontario and federal governments to pay $1 million to move O'Brien's popular talk show to Toronto for one week to help the city's tourism industry recover from last year's SARS outbreaks.

"The Ontario government did it for a good purpose," said Meilleur.

"We wanted to show the rest of the world Toronto is open for business, so I think the objective was very good."

Peter Soumalias, the businessman who organized O'Brien's excursion to Toronto, said Tuesday he has no regrets, and he believes the national public response has been overwhelmingly favourable.

"I did not receive a single complaint, personally," he said.

Soumalias said he do it all over again.

"The only thing I would change is I would not involve any government funding."



»» Don Cherry

Don Cherry piégé par les Justiciers masqués

Sophie Allard
La Presse jeudi 19 février 2004

Le commentateur est en rogne contre les journalistes québécois

Les journalistes québécois ne sont rien de moins que des " salisseurs ", croit Don Cherry. C'est du moins ce qu'il a confié aux Justiciers masqués de CKOI, qui ont réussi à piéger le commentateur sportif en empruntant l'identité du gardien de but du Canadien, José Théodore.

" C'est difficile d'être sur la sellette et d'être attaqué par les médias. Je fais de mon mieux ", confie Cherry, en ne manquant pas une occasion de vanter " le bon travail " de Théodore.

En réponse au gardien qui dit " savoir ce que c'est que d'être la cible des médias ", Cherry lance: " C'est de cette façon qu'ils fonctionnent. Ils ont attaqué ma famille quand j'étais copropriétaire des Ice Dogs de Mississauga. S'ils ont la chance de blesser une célébrité ou quiconque, ils n'hésiteront pas à sauter dessus à pieds joints. Mais regardons les choses en face, les joueurs de hockey sont, de toute façon, les gens les plus importants du monde. "

Après s'être payé la tête de Bernie Ecclestone, Bud Selig, Bill Gates, Steven Spielberg, Tiger Woods, Britney Spears et compagnie, les Justiciers masqués tenaient à piéger l'homme controversé du moment au Québec afin de " lui remettre la monnaie de sa pièce ". Ils se disent ravis de ce coup fumant.

" Depuis l'époque où j'étais avec les Bruins de Boston, alors que je venais souvent à Montréal, La Presse a toujours tout fait pour trouver la moindre histoire sur n'importe qui et la publier ", poursuit Don Cherry, à qui le " faux Théodore " fait remarquer que les médias québécois sont les pires.

" Ce sont des salisseurs (slime balls) et c'est ce qui les fait vivre ", affirme Cherry.

Le duo Marc-Antoine Audette et Sébastien Trudel a mis deux semaines et entrepris de nombreuses démarches pour avoir Cherry au bout du fil. La conversation a duré cinq minutes et pourra être entendue ce midi à l'émission Montréal Barrette sur les ondes de CKOI.

" Pour lui parler, on a d'abord tenté de se faire passer pour Denis Coderre, sans succès, indique Marc-Antoine Audette. Nous avons ensuite essayé de l'approcher en prenant l'identité du premier ministre Paul Martin, en vain. On nous a alors dit que les patrons de CBC refusaient catégoriquement que Cherry s'adresse à des politiciens. Ils doivent avoir peur de ce qui peut sortir de sa bouche. "

C'est finalement en appelant de la part de la secrétaire du dentiste qu'ils ont réussi à entrer en contact avec son assistante. Jouant les Théodore, ils ont réussi à parler à leur victime dans les minutes suivantes.

N'y allant pas avec le dos de la cuillère, les Justiciers masqués ont multiplié les insultes en français comme en anglais et Cherry, flairant l'arnaque, a finalement raccroché en disant avoir apprécié la conversation.



»» Le Suroît

Les mêmes opposants que pour l'hydroélectricité

Pierre L. Gauthier
Président Alstom Canada inc. Président de la Table ronde nationale sur l'électricité
Le Soleil jeudi 19 février 2004

Point de vue - Dirigeant canadien d'un manufacturier mondial d'équipements de production d'énergie, je connais bien toutes les technologies et leurs impacts environnementaux. Je ne peux m'empêcher d'apporter quelques informations supplémentaires non pour défendre ce projet, mais plutôt de le situer dans son contexte.

Toutes les technologies de production d'énergie exploitable ont des conséquences sur l'environnement. Bien sûr, une centrale au gaz produit plus d'émissions qu'une centrale hydraulique, mais moins qu'une centrale au mazout ou au charbon. Il faut réaliser que, pour une centrale hydroélectrique, avec les délais d'évaluation d'avant-projet, les études d'impacts environnementaux, les autorisations gouvernementales, les accords des communautés locales et, enfin, la construction, il faut compter au minimum 10 à 15 ans avant de produire les premiers kilowatts. Ce délai n'est que de trois ou quatre ans pour une centrale au gaz.

Je trouve quelque peu ironique que les principaux opposants au projet Suroît soient les mêmes qui se sont aussi opposés aux projets hydroélectriques, il y a quelques années. Ils ont donc, en quelque sorte, contribué à la nécessité de ce projet. La demande d'électricité n'ayant cessé d'augmenter plus vite que les projets de production, on ne peut blâmer le courage du ministre Sam Hamad d'autoriser Hydro-Québec à lancer ce projet. Qu'on le veuille ou non, les Québécois chauffent leurs résidences à l'électricité. La conversion de nos systèmes de chauffage au gaz ou à l'huile n'aiderait en rien les objectifs du traité de Kyoto.

La solution proposée par ces opposants est toujours la même : les économies d'énergie. Cet objectif très louable est, par contre, difficile à atteindre. En effet, les économistes vous diront qu'il existe un lien direct entre le prix d'un bien ou service et son usage efficace. Faut-il alors augmenter le prix de l'électricité ? Mais à la lumière d'un autre débat, celui des augmentations tarifaires, les consommateurs ne sont pas prêts à accepter celles-ci. Que reste-t-il alors ?

Nos besoins sociaux en éducation, en santé et en infrastructures sont énormes, mais les citoyens du Québec ne réalisent pas la richesse qu'ils possèdent. Nos confrères de l'Alberta, eux, l'ont bien compris. Ils ont exploité l'or noir des sables bitumineux au bénéfice de leur communauté en créant le "Heritage Fund". Nous pouvons nous aussi avoir un tel fonds social si nous exploitons au maximum notre or bleu. Ces ouvrages centenaires, à ressource renouvelable, seront un legs pour les générations futures.

Certains diront que cette vision ne servira qu'à fournir de l'électricité aux Américains. Je ne vois pas de problème à cela, puisque ceci leur évitera de construire des centrales thermiques au charbon. N'oubliez pas que nos voisins n'ont pas accepté le traité de Kyoto, et les émissions que leurs centrales produisent ne font pas la différence entre les frontières. De plus, en payant le double de nos tarifs, ils contribuent à garder nos taux faibles. Dans tous les pays du monde, lorsqu'il y a une ressource hydraulique, c'est la première à être exploitée.

En matière de production d'énergie, il faut une vision juste et à long terme. N'ayant pas pris les décisions nécessaires il y a plus de 10 ans, malgré l'opposition de ces mêmes critiques, nous voilà obligés de construire au gaz aujourd'hui.



»» mondialisation

Le Québec face au grand vent de la mondialisation

Joseph Facal
Professeur à HEC Montréal et ancien président du Conseil du trésor du Québec
Les Affaires samedi 21 février 2004

Pour civiliser une mondialisation inéluctable et potentiellement bénéfique, de nouvelles règles du jeu sont en voie d'élaboration dans des organisations supranationales comme l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Il est donc vital de trouver des mécanismes institutionnels qui permettront d'y faire valoir les intérêts du Québec, qui sinon verra les vrais lieux de pouvoir s'éloigner toujours plus de lui. Paul Martin aurait là une occasion en or d'illustrer concrètement le virage qu'il dit vouloir faire prendre aux relations entre le gouvernement central et ceux des provinces.

On entend parfois dire que la mondialisation marginalise irrémédiablement le rôle des gouvernements. Personne ne conteste que ce qui se décide à l'OMC limite singulièrement la marge de manoeuvre des États. Il reste que ces organisations supranationales sont des instances où seuls les gouvernements ont voix au chapitre. L'autonomie perdue par un gouvernement dans l'élaboration des politiques sur son territoire national est par ailleurs compensée par la possibilité de négocier avec les autres États ce qui se passera sur leur territoire. L'accès à ces forums internationaux devient donc un enjeu crucial.

Mais il y a plus. En Europe, des pans entiers de souveraineté ont été retirés aux parlements nationaux pour être confiés au Conseil de l'Union, où ne sont représentés que les pouvoirs exécutifs des États membres. Les élus du peuple voient donc leur pouvoir d'élaborer des politiques, déjà très affaibli, s'éloigner progressivement d'eux. Tant que des contrepoids politiques faisant une place aux parlementaires ne seront pas opposés à une mondialisation impulsée par les multinationales et les pouvoirs exécutifs, c'est la démocratie qui perdra au change.

Une voix qui n'est pas entendue aux bons endroits

Ce déficit démocratique est encore plus criant dans un pays comme le Canada où le pouvoir politique est partagé entre un gouvernement central et des gouvernements provinciaux. La mondialisation fait que des questions qui relevaient traditionnellement des gouvernements provinciaux, comme l'éducation et les affaires urbaines, sont désormais discutées dans des forums internationaux auxquels n'ont pas accès les autorités politiques qui en sont responsables. C'est la branche exécutive du pouvoir fédéral qui mène les pourparlers. Au déficit démocratique qui provient de la marginalisation des parlementaires, s'ajoute, pour toutes ces sociétés dont le gouvernement le plus important dans nos vies quotidiennes n'a pas accès à ces tribunes, un "déficit fédératif" qui éloigne encore plus nos concitoyens des vrais lieux de pouvoir.

Le gouvernement du Québec est seul responsable en matière d'éducation, mais sa voix n'est pas entendue à l'Unesco quand on en parle. Où est-il quand on discute de santé à l'Organisation mondiale de la santé ? Où est-il quand on parle de législation du travail au Bureau international du travail, alors qu'il est pratiquement l'unique responsable de l'encadrement de ce secteur, comme l'ont montré nos débats sur l'article 45 ou sur l'assujettissement de la machinerie de production au décret de la construction ?

Que faire ? Une avenue serait que le gouvernement fédéral reconnaisse au Québec la maîtrise de ses relations internationales pour tout ce qui concerne ses compétences internes exclusives, et qu'il fasse aux provinces une place significative au sein des délégations canadiennes quand les discussions porteront sur des sujets de compétence partagée.

Évidemment, si le Québec changeait un jour de statut constitutionnel, il deviendrait un acteur de plein droit sur la scène internationale, avec les responsabilités que cela suppose. En attendant, la mondialisation, dont le Québec pourrait tant tirer profit, va accentuer une centralisation qui nous est déjà préjudiciable.

lesaffaires.redaction@transcontinental.ca



»» Stéphane Dion

Dion vows to go down fighting

DON MACPHERSON
The Montréal Gazette Thursday, February 19, 2004

Among the growing number of things that Paul Martin didn't know before he became prime minister is what a pain in the neck one university professor can be.

The problem with Stéphane Dion is that, unlike his former Chrétien cabinet colleague Martin Cauchon, he is not what Jean Lapierre, Martin's recently recruited star Quebec candidate would call a "gentleman."

That is, Dion does not take a hint, as Cauchon did when he called Lapierre to offer him his safe Liberal seat, Outremont, for the next federal election.

Like Cauchon, Dion was a Chrétien loyalist whom Martin dropped from the cabinet when he completed his overthrow of Jean Chrétien last December. Martin wanted to put a new face on a three-term government as well as to purge it of leadership factions other than his own.

Dion had the initial handicap, in Martin's eyes, of being despised by the French-speaking political class in Quebec for having been field commander in Chrétien's campaign against the sovereignists after the federalists' near-defeat in the 1995 referendum. Notably, Dion had dared to challenge sovereignist assumptions, chief among them that Canada had no right to set prior conditions for negotiating the terms of its own breakup.

And Martin saw an opening to make gains in Quebec among "soft" or moderate nationalists at the expense of what was then a reeling Bloc Québécois.

That's why Martin recruited his friend Lapierre, who was returning to the party he had left in 1990 to help found the Bloc. In announcing his candidacy, Lapierre took a swipe at Dion's Clarity Act, calling it "useless" as a deterrent against secession.

Dion had been brought into active politics as a cabinet minister, so it was assumed that once he lost his chauffeur-driven government car, he would have no interest in serving as a mere backbencher. His departure would free up another safe seat, Saint-Laurent-Cartierville, for another star candidate of cabinet calibre, like Lapierre.

Who knew that Dion would prefer the back benches of the Commons to his old job in the political science department at the Université de Montréal? And who knew that he would turn out to be such a scrapper?

He tried to ingratiate himself with Martin by distancing himself from Chrétien, saying cabinet solidarity had forced him to go along with Chrétien's intrusions into provincial jurisdictions. Two weeks ago, Dion announced that he will again seek the Liberal nomination in Saint-Laurent-Cartierville.

And this week, he received the endorsement of Gary Doer, the New Democrat premier of Manitoba. With Liberal popularity already declining in the West over the sponsorship scandal, Doer warned Martin that the West liked Dion and his Clarity Act, and would not look kindly on the Liberals if Dion did not run for them again.

Dion is facing a challenge for the Liberal nomination from Pierre Ahramanian, 54, the head of the Arabic section at Radio Canada International and a lecturer on Arabic at the Université de Montréal.

While Ahramanian said yesterday that "no one can claim to have Paul Martin's official support," he said he is close to Martin's organization, having worked on the latter's unsuccessful leadership campaign in 1990.

Ahramanian said his organization has signed up 1,700 supporters for a nominating convention and, being an Arabic speaker of Lebanese-Armenian descent, hopes for strong support from the ethnic minorities that make up 40 per cent of the electorate in the riding.

Dion, too, has been campaigning, and was at his campaign office in the riding yesterday. He said Ahramanian's claims of support in the riding are exaggerated. And he noted that Martin had said publicly that Dion would be welcome again as a Liberal candidate.

But he admitted he might have trouble mobilizing his support in the riding, for two reasons. "Some people won't mobilize for me because they think I'm not running again, and others because they think I'm so strong in the riding."

The party has yet to set a date for a nominating convention. Whether Dion is once again a Liberal candidate could influence votes beyond the riding's boundaries - in French Quebec and in English Canada.

dmacpher@thegazette.canwest.com



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La Caisse de dépôt rebondit :
Un rendement de 15,2% contraste avec la débâcle de 2002

Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 18 février 2004

Après deux années particulièrement difficiles, la Caisse de dépôt et placement du Québec a retrouvé la forme en 2003. Les bons résultats des marchés boursiers ont permis à la Caisse d'afficher un rendement de 15,2 % l'année dernière. L'actif net a ainsi progressé de 11,5 milliards de dollars pour s'établir à 89,4 milliards. Ces résultats dévoilés hier ont été qualifiés de «satisfaisants» par le président et directeur général, Henri-Paul Rousseau, visiblement heureux que les nuages noirs se dissipent au-dessus de l'institution.

À titre de comparaison, la désastreuse année 2002 avait entraîné une perte de 8,55 milliards, soit un rendement négatif de 9,57 %. Pour 2001, le rendement avait été dans le rouge de 4,99 %. Cette débâcle cumulative de près de 15 % était en grande partie le résultat d'un marché boursier particulièrement malmené par des titres technologiques en pleine déroute.

Les bons résultats de l'année 2003 s'enlignent donc eux aussi sur ceux des marchés financiers, qui ont cette fois été exceptionnels. Près de 60 % de l'augmentation de 11,5 milliards est attribuable à la bonne santé des Bourses; 18 % provient des revenus fixes (obligations et valeurs à court terme); 12,8 % provient des placements privés (compagnies non publiques); 7,3 % vient du secteur immobilier (les financements hypothécaires y compris) et 2,7 % provient du groupe Rendement absolu (gestion active et stratégique).

«Après les contre-performances de 2001 et 2002, le rendement de 2003 est plus conforme à ce qu'on attend de la Caisse, a déclaré Henri-Paul Rousseau lors de son allocution. [...] À court terme, il s'agit d'une performance satisfaisante. Le défi sera de la reproduire et de l'améliorer au cours des années à venir afin d'atteindre le but que nous nous sommes fixé de figurer parmi les meilleurs gestionnaires en démontrant une performance élevée et constante à long terme.»

Si l'on prend l'actif total des déposants de la Caisse, comprenant les mandats de gestion, on voit qu'il se chiffre à 118,8 milliards, en hausse de 11,4 milliards. Si l'on inclut le passif de 29,4 milliards utilisé par la Caisse comme levier, on remarque que le grand total sous gestion par la Caisse atteignait 140,3 milliards au 31 décembre 2003.

La Caisse parmi les meilleurs au pays?

Selon les enquêtes utilisées par la Caisse pour se situer dans l'ensemble des gestionnaires canadiens, l'institution québécoise se classerait tout près du premier quartile des administrateurs de fonds au pays. La moyenne des rendements canadiens se situerait entre 13,5 % et 13,9 % en 2003. Les meilleurs afficheraient des rendements entre 15,3 % et 15,6 %, soit tout près des 15,2 % de la Caisse. «Nous renouons avec un rendement supérieur à la médiane des gestionnaires canadiens», s'est réjouit (sic) Henri-Paul Rousseau.

En 2003, les gestionnaires ont pu profiter d'un contexte boursier très favorable, avec des indices qui ont explosé partout sur la planète. Par exemple, le TSX de Toronto a bondi de 26,7 %, le S&P 500 aux États-Unis a progressé de 28,7 % et le Nasdaq des technologies, de 50 %. Les titres en Bourse que possède la Caisse ont très souvent pris la même courbe ascendante.

À la lumière de ces chiffres favorables, le rendement aurait-il été supérieur si la Caisse avait davantage misé sur les actions en Bourse plutôt que sur les obligations et les titres à revenu fixe? C'est que le détail des résultats dévoilés hier montre bien que la Caisse a fortement jeté son dévolu sur la sécurité des obligations plutôt que sur les actions, à l'inverse de la tendance du marché en 2003.

«Nous avons un portefeuille d'obligations de grande qualité, a dit Henri-Paul Rousseau. Ça ne veut pas dire que le rendement aurait été meilleur [avec plus d'actions en Bourse]. Mais c'est vrai que nous devons suivre ce que nos déposants [SAAQ, régime de retraite des employés du gouvernement, Commission de la construction, Fonds de la santé et de la sécurité du travail, etc.] nous demandent. Avec la marge de manoeuvre qu'on a, on a fait assez bien.»

Les gestionnaires de la Caisse se sont bien débrouillés dans le contexte de la hausse vertigineuse du dollar canadien, qui a pris plus de 20 % en 2003. «Nous nous sommes protégés rapidement contre la dépréciation du dollar américain et ça nous a bien servis, a-t-il dit. Sans ces mesures, l'effet aurait été très négatif. En 2003, c'est souvent ce qui a fait la différence entre une performance dans la moyenne canadienne et une juste au-dessus de la moyenne, comme nous.»

Les technologies de l'information se redressent

Le controversé placement dans Quebecor Media pour l'achat de Vidéotron a pris du mieux en 2003 sous l'impulsion des résultats de TVA et des compagnies affiliées à la multinationale montréalaise. Le redressement des titres technologiques en Bourse a également fait sa part. D'une valeur de 3,16 milliards de dollars au départ, le placement dans l'empire Péladeau vaut aujourd'hui 942 millions, selon l'évaluation d'un comité indépendant. C'est mieux qu'il y a un an, alors que cet investissement ne valait plus que 436 millions.

Dans l'ensemble des technologies de l'information (TI), l'horizon s'est éclairci en 2003 pour la Caisse, qui avait misé fortement sur ce secteur avant l'éclatement de la bulle spéculative en 2001. Le portefeuille des TI de la Caisse a contribué pour 3,5 % des 11,5 milliards de gains en 2003. Une situation qui contraste avec 2001 et 2002, alors que la Caisse avait perdu six milliards dans ce domaine sur les 13,2 milliards de pertes totales enregistrées lors de ces deux années.

Pour 2004, Henri-Paul Rousseau a des «espérances élevées», mais il convient que «les prévisions, c'est autre chose»! «Nous avons bien profité du redressement en 2003 et, pour les années à venir, je préfère les prendre une à la fois, a-t-il expliqué. En 2004, la reprise américaine sera forte, la Chine et l'Asie resteront en grande forme, alors que l'Europe semble toujours en difficulté. Je m'attends à ce que les entreprises affichent de bons profits en général, ce qui est bien pour nous.»

Bémol toutefois sur l'endettement des ménages américains. «Tout est très positif, sauf l'endettement, a-t-il dit. On ne peut pas pousser l'économie avec sans cesse un endettement croissant. En 2005, avec une hausse prévisible des taux d'intérêt, ça va certainement ralentir les dépenses des ménages.» Si les gestionnaires de la Caisse font 15 % de rendement en 2004, Henri-Paul Rousseau sera «super content»



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À quoi la Caisse sert-elle?

Gérard Bérubé
Le Devoir jeudi 19 février 2004

Le gouvernement non interventionniste de Jean Charest devra aller au bout de sa logique. Si l'impact de la Caisse de dépôt sur l'économie québécoise doit se limiter au rendement offert, ce gouvernement devra alors rendre aux déposants la liberté de choisir leurs gestionnaires.

La Caisse de dépôt ne peut plus justifier sa raison d'être si son seul rôle consiste à offrir du rendement à ses déposants. Surtout si ce rendement consiste à ne faire finalement que le marché, à n'offrir que légèrement plus que la médiane, comme ce fut le cas au cours d'une année 2003 pourtant exceptionnelle sur la scène financière. Si la contribution à l'économie québécoise se résume à offrir une performance positive à ses commettants, il devient alors légitime que ces déposants, jusqu'ici captifs de la Caisse, veuillent alors choisir leurs gestionnaires parmi ceux qui savent graviter dans le premier quartile.

Il ne faut rien enlever aux qualités du numéro un de la Caisse. Henri-Paul Rousseau faisait et fait encore consensus pour ses qualités de redresseur et de gestionnaire, pour son intégrité et son engagement. Mais il y a aussi cette autre sensibilité qu'on lui reconnaissait et reconnaît toujours, celle de pouvoir faire les arbitrages stratégiques nécessaires au développement de l'économie québécoise sans compromettre le rendement ni exposer indûment l'avoir des déposants aux risques financiers et aux distorsions d'intérêt politique.

Cette sensibilité ne semble plus être sollicitée depuis le virage «performance» imposé à l'institution. Certes, un redressement était devenu nécessaire à la Caisse après les surexpositions du type Vidéotron, Nortel et gestion stratégique de répartition d'actif, de même que les dérapages du type Montréal Mode et visée hollywoodienne. Mais Claude Béland, Henri Massé et compagnie manifestent une crainte justifiée de voir le double mandat qui a servi d'inspiration à la création de la Caisse être balayé sous le tapis dans l'opération nettoyage.

On pense ici à cette double mission enchâssée dans un discours de Jean Lesage qui, en 1965, parlait de ce rôle consistant à «préserver et à faire fructifier le capital de ses déposants en obtenant un rendement convenable», se combinant à celui visant à «rendre disponibles ses fonds pour le développement économique du Québec». C'est cette double mission qui se retrouve derrière l'idée de forcer de grands déposants à confier la gestion de leurs avoirs à la Caisse et de créer ainsi une masse critique de liquidités. Aujourd'hui, la Caisse compte une vingtaine de déposants dont les plus gros sont le Régime de retraite des employés du gouvernement (RREGOP), la Régie des rentes du Québec, la Commission de la construction du Québec, la CSST, la SAAQ ou encore le régime de retraite du personnel d'encadrement.

Mais depuis, et sans renier ce double mandat originel, le président du conseil et directeur général multiplie les sorties publiques positionnant le nouveau modèle de la Caisse autour de son rôle de fiduciaire de l'épargne qu'on lui confie. Tout en martelant que la meilleure façon d'avoir un impact économique, c'est encore d'offrir du rendement aux déposants.

L'obsession du rendement s'est donc installée à la Caisse. Une réaction normale dans les circonstances, après deux années particulièrement désastreuses en 2001-02. Mais une obsession qui condamne la Caisse à figurer parmi les meilleurs gestionnaires de son industrie. M. Rousseau a déjà soutenu qu'un véhicule de grande envergure, comme le système constitué de la Caisse et de ses déposants, était un préalable pour que l'épargne collective québécoise puisse pleinement profiter des occasions de marché. D'autant que des rendements supérieurs proviennent d'une efficacité dont seuls les joueurs de grande taille peuvent espérer tirer profit, a-t-il ajouté. Reste à en faire la preuve.

Or cette preuve n'est sûrement pas venue du taux de 15,2 % dégagé par la Caisse en 2003. Un rendement légèrement supérieur à la médiane, sans plus, et qui nous fait oublier un plongeon cumulé équivalent survenu en 2001-02. Un rendement «satisfaisant», pour reprendre le commentaire d'Henri-Paul Rousseau, réalisé toutefois au cours d'une année exceptionnelle pour les marchés financiers, et ce, dans chaque catégorie d'actif.

Un rendement qui, en définitive, se distingue essentiellement par la bonne décision prise de protéger les portefeuilles contre les fluctuations des devises. Et qui, au demeurant, fait ressortir une performance particulièrement intéressante sur le marché obligataire. Mais c'est un rendement qui cache une extrême prudence - compréhensible dans le contexte de 2001-02 - ayant mené à un positionnement des portefeuilles contraire à ce qu'il aurait dû être l'an dernier. On peut penser ici au choix de la Caisse de s'en remettre à une surpondération en obligations et à une diminution du poids des actions, à une sous-évaluation des valeurs technologiques ou encore à la prépondérance accordée à un style de gestion axé sur la valeur plutôt que sur la croissance.

Si la Caisse veut s'en tenir au rendement, si son plus haut dirigeant ne veut plus être cet équilibriste répondant aux intérêts économiques supérieurs du Québec sans compromettre le rendement, elle n'aura d'autre choix que de se classer dans le premier quartile et de s'y maintenir. Sinon, comment justifier qu'on empêche les déposants d'obtenir une meilleure performance ailleurs?


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Ah... puisque j'y suis...

Marianne Vaucouleurs, Vaucouleurs@q-bec.com
TRIBUNE LIBRE 19 février 2004

Lévis, Québec, 19 février 2004

« Coupables par association »
J.-Jacques Samson
« Le Soleil » mercredi 18 février 2004

Sur le sujet, j'incline fort à partager l'opinion de Mme Lacroix et de M. Dunois, commentaires accessibles en: www.ledevoir.com/dossiers/272/47361.html?272

Je profite de l'occasion pour vous di