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Le principe même des commandites fédérales est corrompu,
croit Bernard Landry

NORMAN DELISLE
PC 20.2.2004

MONTREAL (PC) - C'est le principe même des commandites fédérales qui est corrompu, a dit jeudi le chef du Parti québécois Bernard Landry.

Ce dernier a dénoncé la position de l'ex-ministre fédéral Martin Cauchon, qui juge valable le principe des commandites fédérales.

"Or le principe même des commandites est corrompu. On a employé l'argent des Québécois et des Canadiens pour intoxiquer le Québec à cause de leur rage d'avoir presque perdu le référendum (de 1995),", a dit M. Landry à l'issue d'une réunion de deux jours de son groupe parlementaire.

M. Landry a cité l'axiome latin "Fraus omnia corrumpit", c'est-à-dire "La fraude corrompt tout". L'affaire des commandites fédérales "était corrompue au début. Il y avait une fraude intellectuelle et démocratique, qui est tombée dans une vraie fraude criminelle", a-t-il dit.

Le chef de l'opposition a aussi noté que ni l'ex-premier ministre Jean Chrétien, ni son successeur Paul Martin ne se disent responsables de ces subventions fédérales.

"Si ni l'un ni l'autre n'est responsable, par l'opération de qui ce scandale s'est-il produit?", a demandé M. Landry.

Il s'est étonné aussi que les députés libéraux fédéraux n'aient posé aucune question dans ce dossier. "Pourquoi M. (Jacques) Saada ou Mme (Hélène) Scherrer n'ont-ils pas posé de questions sur ce scandale qui heurtait la démocratie. Il faut sanctionner le Parti libéral du Canada en ne votant pas pour lui", suggère le chef du PQ.

M. Landry a rejeté toutes les comparaisons entre ce qui se passe à Ottawa et les primes versées aux lobbyistes alors que le Parti québécois formait le gouvernement à Québec de 1994 à 2003. Dans le dossier des paiements aux lobbyistes, "aucune loi n'a été violée et aucun crime n'a été commis", a dit le leader péquiste.

À la sénatrice Céline Hervieux-Payette, qui affirme que le gouvernement du PQ aurait versé une généreuse commission à une entreprise dans le cadre d'un festival multiculturel en 1998, M. Landry a demandé pourquoi elle n'était pas alors intervenue publiquement, si le versement était incorrect.

M. Landry s'est par ailleurs étonné du ressac contre le Québec ("Quebec bashing") qui se produit au Canada anglais.

"Le 'Quebec bashing' est fréquent au Canada anglais, mais je suis fier et heureux qu'il n'y ait pas de 'Canada bashing' au Québec", a dit M. Landry, tout en notant que ce n'est pas toute la population anglo-canadienne qui se livre à un tel exercice.

Mais il a cité un exemple qui l'a impliqué personnellement lors de la dernière campagne électorale et qui le laisse amer.

Un professeur de journalisme à l'Université Carleton, l'avait comparé à Saddam Hussein dans un article paru dans des journaux anglophones.

"J'ai toujours eu une vie démocratique exemplaire, et il m'a comparé au pire dictateur sanguinaire de la planète. Or quelle a été la réaction dans le reste du Canada? Quel intellectuel s'est porté à ma défense et a blâmé ce professeur? Personne ne m'a défendu", a affirmé M. Landry.



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Une enquête bienvenue

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi 20 février 2004

C'est un vaste mandat que le gouvernement Martin vient de confier au juge John H. Gomery, qui présidera la Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires du gouvernement. Un mandat qui, pour être complet, doit nécessairement dépasser les considérations administratives pour débusquer les jeux d'alliances politiques qui ont conduit à enfreindre les lois dans le but d'enrichir des proches du parti au pouvoir.

C'est un juge de la Cour supérieure qui agira à titre de commissaire chargé d'enquêter sur les irrégularités constatées par la vérificatrice générale Sheila Fraser. Son mandat très large comprend à la fois le programme de commandites et celui des lucratifs contrats de publicité accordés par Ottawa en contravention des règles édictées à la loi. Le ministère des Travaux publics et son ancien titulaire, Alfonso Gagliano, ne seront donc pas les seuls invités à la petite fête puisque, comme la vérificatrice générale le précisait dans son rapport, «la surveillance stratégique des activités du gouvernement en matière de publicité et leur coordination sont assurées par le Bureau du Conseil privé», qui relève du premier ministre.

Il faut donc s'attendre à ce que des fonctionnaires du plus haut niveau de la hiérarchie et l'ex-premier ministre lui-même soient appelés à témoigner sous serment. M. Chrétien le fera-t-il ? Si oui, aura-t-il le culot de répéter que même si quelques millions ont pu être volés dans le cadre de ce programme, cela n'a pas d'importance quand l'avenir du pays est en jeu ?

Si tant de Canadiens et de Québécois sont révoltés par cette affaire dont tous les journaux avaient pourtant parlé abondamment au cours des dernières années, c'est que le rapport de la vérificatrice leur a enfin offert l'occasion de s'accrocher à des preuves solides. Ce rapport, c'est l'étincelle jetée sur une matière hautement explosive qui faisait la manchette depuis des mois.

Les électeurs ne sont pas dupes devant le favoritisme dont ils sont souvent les témoins. Mais ce sont des gens patients qui, sans faire entièrement confiance à leurs représentants, sont tout de même prêts à leur accorder le bénéfice du doute, ne serait-ce que par impuissance. En revanche, le jour où une explosion survient, tous ceux qui se trouvent trop près sont soufflés.

Paul Martin n'a peut-être jamais rien su des magouilles qui se tramaient autour de lui, mais à titre de chef du gouvernement et du Parti libéral, c'est à lui de porter le blâme des actes commis par les membres de son gouvernement, par les fonctionnaires qui agissent en leur nom et par les petits amis du parti auxquels le favoritisme rapporte tant.

Le mandat de la commission qui commencera bientôt ses travaux est suffisamment vaste pour permettre à son président de faire la lumière sur l'administration des programmes en cause. Mais pour cela, il devra étendre son inquisition aux aspects plus politiques des transactions incriminées. Car ce qui différencie cette enquête des autres, c'est précisément le lien partisan qui unit tous les intervenants au dossier : politiciens, hauts fonctionnaires, présidents de société d'État, agences de communication et de publicité. Jean Chrétien avait beau présenter le programme de commandites comme un moyen de faire la promotion du Canada au Québec, il est maintenant connu que seules les agences proches du Parti libéral pouvaient en profiter. C'est même dans le but précis d'avantager ces agences qu'on a enfreint les lois. Pour expliquer ce qui s'est passé, la commission doit donc s'intéresser à ce problème bien grave qui ronge la politique canadienne : celui de la corruption et du favoritisme au sein du gouvernement.



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Quand l'argent des commandites/propagande coulait à flots

Robin Philpot
TRIBUNE LIBRE vendredi 20 février 2004

Bonjour,

Veuillez trouver ci-joint une photo qui pourrait vous intéresser. Elle aide à expliquer la mollesse de M. Charest suite au scandale des commandites/propagande. La photo date du 24 juin 1998. L'image de M. Charest est affichée devant l'immeuble du groupe Éverest/Groupaction, au 81 et 75, rue Sherbrooke ouest, à Montréal. À ce moment, l'argent des commandites/propagande coulait à flots.

Vous pouvez utiliser la photo comme vous voulez.

Cordialement,

Robin Philpot



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Le juge suivra les 100 millions à la trace

Hélène Buzzetti
Le Devoir vendredi 20 février 2004

Ottawa - La commission d'enquête sur le programme de commandites aura le pouvoir de suivre à la trace l'argent versé par Ottawa aux agences de publicité, même jusque dans les caisses électorales secrètes du Parti libéral du Canada.

Le ministre des Travaux publics, Stephen Owen, a rendu publics hier les termes de référence de la commission d'enquête publique indépendante. Le coeur de son mandat sera de remonter le chemin parcouru par les 100 millions de dollars versés en commissions et honoraires aux agences québécoises de publicité, qui ont souvent des liens étroits avec le Parti libéral. L'opposition accuse depuis longtemps le gouvernement libéral d'avoir conçu le programme de commandites de façon à prévoir de généreuses commissions (12 % du montant de la commandite) que les agences retournaient ensuite sous forme de dons au Parti libéral.

En théorie, toutes les sommes versées à un parti politique ou à un candidat doivent être déclarées auprès d'Élections Canada, mais des fiducies de toute sorte ont été mises sur pied pour échapper à cette surveillance. Celles-ci peuvent amasser des fonds sans en révéler la source, puis les verser en bloc à un parti ou à un candidat. (Cette tactique, que le Directeur général des élections qualifiait de «trou noir» de la loi, n'est plus permise en vertu de la Loi sur le financement populaire, entrée en vigueur le 1er janvier dernier.)

«Je crois certainement que le président de la commission d'enquête pourra suivre l'argent jusque-là si c'est là qu'il a abouti», a indiqué le ministre Owen.

Le Bloc québécois a soulevé ce sujet à la Chambre des communes en révélant, à titre d'exemple, que le ministre Denis Coderre avait reçu pour la campagne électorale de l'an 2000 une somme de 38 000 $ du «Parti libéral, fonds 2». L'ex-ministre Martin Cauchon a touché 46 000 $ de cette même source. «Est-ce qu'on va savoir si, oui ou non, il y a des compagnies de commandite qui ont versé des fonds dans ces caisses occultes?», a demandé le chef Gilles Duceppe.

La réponse, le Bloc québécois l'a reçue sous forme d'avertissement après la période des questions. Le principal visé, Denis Coderre, a indiqué qu'il ne laissera pas ce «salissage» se poursuivre bien longtemps. «À partir de maintenant, je vais regarder de façon très méticuleuse les propos du Bloc québécois et je vais même envisager des poursuites s'il y a lieu», a annoncé le ministre, visiblement hors de lui.

M. Coderre a toutefois refusé de répondre aux interrogations sur le fond de la question. Selon le site d'Élections Canada, il a bel et bien reçu, pendant la campagne électorale de l'an 2000, une somme de 38 061,69 $ du «Parti libéral du Canada, fonds 2», présenté comme étant une «organisation ou association non constituée en société». «Je ne suis pas au courant de quoi que ce soit, je n'ai pas de caisse occulte, je n'ai pas eu de transfert de quoi que ce soit», a soutenu M. Coderre.

«Urgence» d'agir

La commission d'enquête dirigée par le juge John Gomery tiendra fort probablement ses audiences à Montréal. Il reviendra au juge de décider si celles-ci seront publiques, mais le ministre Owen a indiqué que la population s'attend à y avoir accès. Le juge Gomery aura la possibilité, s'il juge cela approprié, de déposer des rapports intérimaires sur l'état d'avancement de ses travaux. Quoi qu'il advienne, il devra toutefois conclure son mandat «dans les plus brefs délais». Dans la version anglaise du communiqué de presse, il est plutôt question d'«urgence».

Le mandat de la commission est très large: celle-ci devra se pencher sur la création du programme de commandites et sur sa gestion, sur la sélection des agences de publicité et, surtout, sur la réception et l'utilisation de fonds ainsi que sur les commissions qui ont été versées.

Récupérer l'argent

Les démarches visant à récupérer des sommes versées en trop aux agences de publicité ont par ailleurs déjà commencé, a annoncé le ministre. L'avocat-conseil André Gauthier aurait commencé son travail. On ne connaît toutefois pas encore son salaire, qui sera calculé selon un tarif horaire. Au ministère de la Justice, on précise que ces tarifs sont généralement de l'ordre de 60 à 200 $ l'heure selon l'expérience de l'avocat et la complexité de son mandat. On peut parfois sortir de cette fourchette.

Comment s'assurer que l'avocat ne coûtera pas plus cher que les sommes qu'il permettra de récupérer? «Si nous ne semblons aller nulle part et que nous n'avons plus de piste potentiellement fructueuse à suivre, alors nous cesserons l'enquête», a indiqué Stephen Owen.

Le processus pourrait être long. L'avocat-conseil pourra agir s'il estime qu'il y a eu «un enrichissement injuste, un bris de contrat ou une fausse déclaration quant au travail effectué». Des poursuites au civil seront alors déposées. Le ministre Owen n'a pas voulu faire part d'hypothèses sur le temps qui s'écoulera avant de récupérer les premières sommes.



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Une firme donatrice enquête au PLC et aux Postes

François Cardinal
La Presse vendredi 20 février 2004

Le lieutenant politique de Paul Martin au Québec, Jean Lapierre, a ouvert une enquête pour déterminer combien d'argent a été versé à l'aile québécoise du Parti libéral du Canada par les agences de communication impliquées dans le scandale des commandites.

Or la firme choisie pour scruter une à une toutes les entrées et les sorties de fonds au PLC-Q depuis 1997, date de la mise en place du programme de commandites, est Deloitte & Touche, un des plus généreux donateurs du Parti libéral fédéral, a appris La Presse hier.

Le président de son aile québécoise, Pablo Rodriguez, a soutenu hier que la firme avait été sélectionnée parce qu'elle assure déjà la vérification externe de l'organisation. Il a ajouté qu'il n'était même pas au courant des contributions faites au parti par Deloitte & Touche.

Selon M Rodriguez, M. Lapierre et lui ont accordé un "mandat extrêmement vaste" à Samson Bélair/Deloitte & Touche. "Nous pourrons ainsi avoir une idée de combien ont versé les agences citées dans le rapport de la vérificatrice, a expliqué M. Rodriguez. Nous faisons cela par souci de transparence et parce que certains tentent de lier ces compagnies au parti."

L'objectif est de dissocier l'aile québécoise du parti et les agences citées dans le plus récent rapport de la vérificatrice générale.

Au PLC-Q, on croit que pas un cent des 100 millions empochés par ces firmes n'a abouti dans ses coffres. Mais s'il y a eu contribution au parti, M. Rodriguez ne pense pas qu'il s'agit d'importantes sommes. Il en veut pour preuve le fait que l'aile québécoise du PLC a été dans le rouge pendant toutes les années où le programme de commandites était en vigueur, ayant à assumer une dette - maintenant effacée - de plus de trois millions de dollars.

"Déjà, en 1997, le parti avait une dette importante, précise M. Rodriguez. L'argent ne pouvait donc pas couler à flots. Mon feeling, c'est que Deloitte ne trouvera rien. Mais je veux simplement en avoir le coeur net."

M. Lapierre n'a pas rappelé La Presse, hier.

Samson Bélair/Deloitte & Touche est un cabinet de services professionnels établi au Québec. Avec Deloitte & Touche, son pendant canadien, il fait partie de la deuxième firme de comptables au monde, Deloitte Touche Tohmatsu.

Depuis 1998, Deloitte Touche Tohmatsu et ses filiales ont versé tout près de 200 000 $ au Parti libéral du Canada. En 2002 et 2001, notamment, Deloitte & Touche était parmi les 40 plus importants donateurs du PLC, avec des contributions annuelles dépassant les 20 000 $. En 2000, dernière année électorale, plus de 80 000 $ ont été versés au parti par la firme et ses antennes locales.

Plus récemment, plus de 50 000 $ ont été débloqués en vue du financement de la campagne au leadership du premier ministre Paul Martin. Précisons enfin que le ministre des Affaires intergouvernementales et de la Santé, Pierre Pettigrew, a été vice-président de Samson Bélair/Deloitte & Touche, de 1985 à 1995.

Postes Canada aussi

D'autre part, la même firme d'experts-comptables a été choisie pour scruter toutes les activités de commandite, de publicité et de marketing de Postes Canada, un des acteurs éclaboussés par toute cette affaire. Cette enquête a été lancée à la demande expresse du ministre du Revenu, Stan Keyes.

Le conseil d'administration de la Société canadienne des postes a d'ailleurs fait parvenir une lettre au ministre, mercredi, pour lui préciser comment elle entend réagir au rapport de la vérificatrice. C'est que Postes Canada a été montrée du doigt pour avoir participé à des transferts de fonds, sans aucune documentation écrite, qui ont bénéficié à des agences de communication de Montréal.

"Après avoir rencontré la vérificatrice le 4 février dernier, le ministre a immédiatement demandé à la direction de Postes Canada d'entreprendre une vérification de leurs activités de commandites de publicité, a précisé l'attachée de presse du ministre, Caroline Jacques. Le ministre a demandé les conclusions de base de façon urgente. Un rapport intérimaire est donc attendu d'ici un mois."

C'est ainsi que, mercredi, le conseil d'administration de Postes Canada a confié à ses vérificateurs externes, Deloitte & Touche, le mandat d'effectuer une vérification complète de toutes les activités de commandite, de publicité et de marketing, de 1996 à ce jour.



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Une longue association entre la firme et le premier ministre :
Charest et Everest, des liens très étroits

Denis Lessard
La Presse vendredi 20 février 2004

Québec - Everest, firme de communication placée sur la sellette depuis l'apparition du scandale des commandites, a depuis des années d'étroites relations avec le premier ministre Jean Charest.

Relancé hier sur l'embauche récente d'un vétéran d'Everest, Michel Guitard, comme conseiller en communications, le premier ministre Charest a assuré que ce dernier "n'avait jamais géré le dossier des commandites chez Everest". Bien que M. Guitard ait travaillé aux relations publiques pour l'organisation de galas pour "Attraction-Canada", un des programmes sabrés rapidement après la controverse du printemps 2002, jamais il n'a touché aux dossiers controversés, assure aussi Christian Lessard, directeur des communications de M. Charest.

Les rapports entre M. Charest et Everest étaient passablement moins scrutés il y a quelque années. Lors du défilé de la Saint-Jean de 1998, les patrons d'Everest avaient placé une bannière devant leur bureau de la rue Sherbrooke, souhaitant bon 40e anniversaire au nouveau chef du PLQ, né le 24 juin.

Dans la lutte contre Kim Campbell

Cette relation étroite remonte au début des années 80, au lancement de la carrière politique du député conservateur de Sherbrooke. Dès le début, Everest s'est occupée des communications du député, puis du ministre conservateur et de ses campagnes dans Sherbrooke.

En 1993, quand Jean Charest a fait une lutte surprenante à Kim Campbell pour la direction du Parti conservateur, c'est encore Everest qui s'occupera des communications.

Un autre acteur important, Alain Guilbert, quitte la boîte à cette époque pour passer à Postes Canada, où son ami André Ouellet venait d'être nommé président. Une autre employée d'Everest, Luce Asselin, travaillant autrefois dans les cabinets libéraux sous Robert Bourassa, ira aussi prendre du service à Ottawa, comme chef de cabinet du ministre Martin Cauchon.

Everest, c'est aussi Claude Boulay, une bonne connaissance de M. Charest et un proche de Paul Gobeil. M. Gobeil s'est occupé de la campagne de financement de Jean Charest à son arrivée au PLQ en 1998.

La femme de M. Boulay, Diane Deslauriers, était propriétaire de Media IDA Vision, mais auparavant elle avait travaillé longtemps dans les cabinets politiques du ministre Gobeil et de Liza Frulla.

Lors de la campagne électorale de 1998, les gros canons libéraux en matière de communications viendront... d'Everest. Claude Lacroix, qui avait débuté à Sherbrooke, était responsable de la publicité avec André Morrow, le conjoint de Liza Frulla. La conjointe de M. Lacroix, Susanne Poulin, fut pendant des années la plus proche collaboratrice de M. Charest et quand elle quitta son emploi au cabinet du chef libéral, en 1999, elle s'en retourna naturellement chez Everest.

"Pour M. Lacroix et Mme Poulin, on ne travaille plus ensemble depuis 1999", précisa hier M. Charest.



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Commandites: le personnel de Charest n'aurait rien à se reprocher

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 20 février 2004

Québec - Répliquant à Bernard Landry, qui l'accuse de complaisance à l'égard du scandale des commandites, Jean Charest a soutenu que c'était plutôt le chef du Parti québécois qui s'est montré complaisant dans l'affaire d'Oxygène 9 quand il était premier ministre.

«Lorsqu'il y a eu le scandale du Parti québécois dans le dossier d'Oxygène 9, on avait réclamé une enquête publique parce que c'est une affaire qui est très similaire [au scandale des commandites]», a affirmé M. Charest hier.

Ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Bréard, du nom de l'ancien directeur général du PQ, Raymond Bréard, a éclaboussé le PQ au début de 2002. La firme Oxygène 9 avait touché 400 000 $ du Regroupement des événements majeurs internationaux du Québec (REMI) pour l'obtention d'une subvention de 30 millions, soit une commission de 1,5 %. Oxygène 9 avait également obtenu 200 000 $ de la Régie intermunicipale du canal Soulanges, un organisme sans but lucratif qui cherchait à obtenir des subventions du gouvernement du Québec. L'affaire n'avait donné lieu à aucune enquête criminelle.

Pour fins de comparaison, le scandale des commandites, que M. Charest assimile à l'affaire Oxygène 9, porte sur le versement de 100 millions de dollars en commissions à quelques firmes proches des libéraux pour du travail qui n'a souvent pas été réalisé, soit 40 % de la valeur du programme de 250 millions. Une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est ouverte sur la firme Groupaction, une des entreprises choyées par ce programme administré par le ministère fédéral des Travaux publics.

Le premier ministre Charest a tenu à préciser qu'aucune personne de son entourage n'a été impliquée dans le scandale des commandites. Michel Guitard, vice-président aux relations publiques du Groupe Everest, que M. Charest vient d'engager comme conseiller, n'a rien eu à voir avec les commandites fédérales, a-t-il assuré.

M. Charest a indiqué qu'en 1999, il avait cessé de «travailler» avec son ami et conseiller Claude Lacroix, un des fondateurs d'Everest, et son épouse, Suzanne Poulain, qui a été l'attachée de presse de M. Charest alors qu'il était chef du Parti progressiste-conservateur, puis lorsqu'il est devenu chef du Parti libéral du Québec. M. Lacroix a conseillé M. Charest lors des élections de 1998. Après la défaite des libéraux à Québec, Everest, qui était surtout lié aux conservateurs fédéraux auparavant, a touché plus de 20 millions du programme de commandites. Selon le Globe and Mail, les actionnaires d'Everest se sont partagé environ 120 millions en vendant la firme à la société américaine Draft en mars 2003.

Le chef libéral a signalé que le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, avait lui-même travaillé chez Everest, ce que ce dernier a omis de révéler lors d'un point de presse mercredi. En 1991, Mario Dumont, alors qu'il était président de la commission jeunesse du PLQ, avait obtenu un travail d'été chez Everest, huit ans avant que la firme n'ait accès à la manne des commandites.

À l'issue d'une réunion de deux jours de son groupe parlementaire, le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a dit que le principe même des commandites fédérales est corrompu. Il a dénoncé la position de l'ex-ministre fédéral Martin Cauchon, qui juge valable le principe des commandites fédérales. «Or le principe même des commandites est corrompu. On a employé l'argent des Québécois et des Canadiens pour intoxiquer le Québec à cause de leur rage d'avoir presque perdu le référendum [de 1995]», a dit M. Landry.

Le chef péquiste a rejeté toutes les comparaisons entre ce qui se passe à Ottawa et les primes versées aux lobbyistes d'Oxygène 9 alors que le Parti québécois formait le gouvernement à Québec, de 1994 à 2003. Dans le dossier des paiements aux lobbyistes, «aucune loi n'a été violée et aucun crime n'a été commis», a dit le leader péquiste.

Avec la Presse canadienne



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Charest réplique

Simon Boivin
Le Soleil vendredi 20 février 2004

Avant de critiquer sa sortie sur le scandale des commandites, Jean Charest invite l'opposition à faire un examen de ses propres moeurs politiques.

Accusé d'avoir été "mou et complaisant" par Bernard Landry, le premier ministre du Québec n'a pas manqué de brandir le dossier d'Oxygène 9 au nez du chef de l'opposition. "M. Landry n'a pas de leçon à donner à quiconque, a lancé M. Charest. Lorsqu'il y a eu scandale au Parti québécois en raison d'Oxygène 9, on avait réclamé une enquête publique. C'est une affaire très similaire à ce qui se passe présentement et M. Landry a fait preuve de complaisance en ne faisant rien."

En février 2002, l'ex-directeur général du PQ, Raymond Bréard, a placé son parti dans l'embarras en raison de commissions touchées sur des subventions gouvernementales à titre de lobbyiste pour la firme Oxygène 9.

Du côté de l'Action démocratique du Québec, le chef Mario Dumont soulignait mercredi que Jean Charest commentait prudemment le scandale des commandites par crainte que "des éléments viennent rebondir chez lui". "Je ne suis pas surpris du commentaire de M. Dumont qui est essentiellement de l'insinuation, a souligné le premier ministre Charest. M. Dumont, c'est sa façon de travailler. D'ailleurs, j'imagine qu'il va nous expliquer sa propre présence chez Everest ; il a travaillé là, lui."

Le temps d'un été, en 1991, Mario Dumont a effectivement travaillé pour le groupe Everest sur un projet de sécurité aquatique. Le groupe Everest fait partie des firmes soupçonnées par la vérificatrice générale d'avoir détourné quelque 100 millions $ d'argent public dans le cadre du Programme de commandites, après 1995.

Exception à la règle

Appelé à commenter le scandale des commandites, mardi, le premier ministre Charest a dit croire Paul Martin quand il affirme qu'il ne savait pas ce qui se tramait. Cette malversation représente une "rare exception à la règle", a dit M. Charest, et l'image du Québec ne devrait pas en sortir ternie. Aurait-il dû dénoncer plus fermement l'affaire ? "On l'a fait, a-t-il assuré, hier. La population du Québec a le droit de savoir ce qui s'est passé avec son argent et, en tant que citoyen, je m'attends à ce que le gouvernement fédéral fasse tout pour aller au fond des choses."

Le premier ministre Charest a réaffirmé que personne à son bureau n'était impliqué "de près ou de loin" dans cette affaire.

SBoivin@lesoleil.com



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La maison de verre de M. Landry

Denis Lessard
La Presse vendredi 20 février 2004

Québec - Rarement le chef péquiste Bernard Landry avait-il atteint un tel niveau d'indignation. Le scandale des commandites qui fait rage à Ottawa est d'une gravité sans précédent au Canada. "Je n'ai jamais rien vu de tel dans l'histoire du Canada et du Québec", a-t-il lancé dans une première salve cette semaine. Puis, reprenant son souffle, l'ancien premier ministre ajouta: "Et je n'en ai pas vu beaucoup dans l'histoire occidentale".

Une réaction surprenante

Le laxisme administratif, le gaspillage de fonds publics par l'entremise du programme des commandites du gouvernement fédéral dépassent l'entendement. Mais la force de la réaction du chef de l'Opposition a surpris bien du monde à Québec.

"Je trouve M. Landry bien téméraire dans ses déclarations sur les commandites", de confier Pierre Bibeau, un organisateur libéral devenu vice-président à Loto-Québec. Même d'anciens apparatchiks péquistes du régime Landry se montrent surpris de sa véhémence.

On retient son souffle, au PQ, devant le risque pris par l'ancien premier ministre en pourfendant ce qui s'est passé à Ottawa. Car au moment où sévissait au gouvernement Chrétien la controverse sur les commandites, au printemps 2002, un autre scandale, de même nature, entachait son propre gouvernement.

Maniant l'hyperbole, M. Landry a parlé cette semaine d'un détournement de fonds de 250 millions à Ottawa. "Celui qui m'aurait fourré de 250 millions quand j'étais ministre des Finances n'est pas né", a lancé M. Landry, jugeant invraisemblable que Paul Martin n'ait pas eu connaissance de ces tractations.

La vérificatrice générale, Sheila Fraser, observe dans son rapport que, du programme de 250 millions, 100 millions sont passés en services et en commissions à des agences de publicité de Montréal. La partie commissions, prélevées pour faire transiter des chèques entre le gouvernement Chrétien et des sociétés d'État, est de l'ordre de 240,000 $ pour les trois firmes Everest, Groupaction et Gosselin Communications.

Les trois firmes prélevaient des commissions de 12 %.

Or, ce stratagème ressemble étrangement à celui mis en place par une boîte de lobbying du temps où M. Landry dirigeait les Finances. Hier le chef péquiste jugeait "inimaginable" que Jean Charest ait pu comparer les deux dérapages. Il n'y a pas de milliards en jeu, de crimes, de lois violées dans l'affaire d'Oxygène 9, de souligner M. Landry.

Rappelons qu'un de ses ex-employés, André Desroches, avait mis en place une firme, Oxygène 9, dans laquelle il avait pris comme associé l'ancien chef de cabinet de M. Landry, Raymond Bréard. Oxygène 9 avait joué précisément ce rôle d'intermédiaire entre la Société du parc des Îles, une société publique municipale, et le Fonds de lutte antitabac mis en place par le ministère de la Santé sous la responsabilité d'un protégé de Bernard Landry, Gilles Baril.

Intermédiaire privé

Comme à Ottawa en ce moment, personne, dans l'affaire d'Oxygène 9, ne pouvait s'expliquer pourquoi il fallait recourir à un intermédiaire privé pour qu'une agence publique fait affaire avec le gouvernement. Et toujours comme à Ottawa, l'intermédiaire se contentait de faire passer un chèque d'une main à l'autre; ainsi, pour avoir déniché une commandite de 1,5 million du Fonds antitabac pour les feux d'artifice de La Ronde, Oxygène 9 avait récolté près de 200 000 $.

M. Landry s'était défendu en soulignant que c'était un libéral bien connu, Pierre Bibeau, qui avait fait appel à André Desroches pour obtenir cette commandite. Au surplus, M. Desroches était un bon copain de Gilles Baril- les deux se trouvaient avec leurs familles en vacances au Mexique quand La Presse révéla l'existence d'Oxygène 9.

D'autres commandites du Fonds de lutte antitabac étaient passées entre les mains de la petite compagnie de la rue Sherbrooke, qui partageait des locaux avec LG2, une firme de publicité qui décrochait à la même époque la plupart des contrats de publicité du gouvernement québécois.

Oxygène 9 avait aussi récolté quelque 400 000 $ pour distribuer les 30 millions de subventions données en trois ans par une organisation à but non lucratif, le Regroupement des événements majeurs internationaux, une société financée par les fonds publics. Ces montants ne sont pas négligeables. Si on se contente de parler de "commissions" sur les commandites, Oxygène 9 n'a guère à envier aux Groupaction, Everest et Gosselin mis sur la sellette depuis des mois.

En fait, il y a une différence très importante entre ce qui s'est passé à Québec et à Ottawa. En dépit des demandes martelées par l'opposition à l'époque, jamais le premier ministre Landry n'avait accepté de confier au vérificateur général ou à une commission d'enquête indépendante le mandat de faire la lumière sur cette controverse.

La vérificatrice fédérale entreprit son enquête dès 2002, et la tenue d'une enquête publique à partir des conclusions de Sheila Fraser vient d'être annoncée par le premier ministre Paul Martin.

À Québec, à l'époque, refusant de lever le voile sur ce qui s'était passé, M. Landry proposa plutôt, pour l'avenir, une loi pour encadrer le lobbying, une "loi sans équivalent en Occident"... aurait-il dit.

Quand on aime monter le ton...



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Whatever happens, the Liberals will suffer

BRIGITTE PELLERIN
The Montréal Gazette Friday, February 20, 2004

These days, much to my horror, my house is eerily similar to the Liberal Party of Canada. It is divided 50-50 over what's going to happen with the sponsorship scandal.

My husband, a quintessentially fair-minded anglo, is of the opinion this is the Big One, the scandal to end all scandals, at least for a while anyway. He believes Prime Minister Paul Martin will take a beating in the polls because no matter what he says or does until he calls an election, people west of Ontario and north of Toronto will be mad enough to throw him out of office with much unceremonious gusto.

As for me, possibly because I learned politics in Quebec, I believe the federal Liberals will get away with this scandal the same way they got away with every other scandal in recent memory. Remember all the things people said after the HRDC billion-dollar boondoggle? Right. That was in early 2000. Not even a year later, in November 2000 to be exact, they voted for the Liberals yet again. So there.

I imagine the Liberals are having conversations not dissimilar to the ones taking place in my living room. One gang says it's pretty much hopeless but if they are to survive as a government they must distance themselves from this mess. (Blaming it on Jean Chrétien's inner circle must be very tempting). If they don't, they will get whacked in the election, especially out west where, as National Post columnist Don Martin put it, "Liberal hopefuls have become Kamikaze candidates overnight and even heavyweights like Deputy Prime Minister Anne McLellan and Finance Minister Ralph Goodale must be starting to see tombstones in their tea leaves."

And the other gang maintains they are a different government, they promised to get to the bottom of this and they will. That should be enough to reassure voters that they can be trusted.

Of course, conversations in my house involve "they" not "we." Neither of us is a Liberal supporter. Nor are we involved with, or actively supporting, other parties. Politics for us mostly consists of second-guessing politicians and predicting how badly they'll bungle things, which I think is utterly fun. But while my better half is genuinely worried about the sponsorship fallout, I'm way too post-cynical to share his concern.

On a radio call-in show in Ottawa last Sunday, I told fellow panelist Mauril Bélanger, deputy house leader and government whip, that his and Paul Martin's strategy of forcefully promising to do whatever they can to get out the truth will likely work. Voters who usually support the Liberals will soon get over their anger and start feeling some sympathy for the prime minister given the way opposition parties and media types treat him. They will also be tempted to believe Martin is the victim of Chrétien's shenanigans.

Not only that, they are extremely unlikely to cast their ballots for anybody else. Folks in Quebec, urban Ontario and even in the Maritimes are not ready to vote Conservative now that Joe Clark's party has been swallowed by the old Reform gang. Especially if, as has happened before, some Conservative candidate somewhere says something politically incorrect about gay marriage or Quebec's distinct way of doing politics at a crucial moment. Or if the party elects novice Belinda Stronach as its leader. Or both.

I'm guessing about half the Liberal caucus agrees with me, more or less along those lines - Mauril Bélanger certainly didn't contradict me. And that the other half, much like my husband, secretly fears we're right. They fear it because if the Liberals get re-elected despite this latest scandal because of Quebec and urban Ontario, it will 1) convince hard-working, ordinary voters in the rest of the country they are governed by a bunch of elitists who regard tax money as a party slush-fund; and 2) give Alberta's separatism movement a huge boost. And unlike Quebec's nationalists, Albertans are serious. If they get really mad, they're outta here.

In my house these days, we disagree on what's likely to happen. But we agree that whatever happens, it won't be good. I suspect folks in the Liberal Party of Canada feel the same way.

Brigitte Pellerin is a freelance writer, based in Ottawa.



»» Le scandale des commandites

The luck of the Liberals

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette Friday, February 20, 2004

Liberals are likely to get away with the latest scandal and be re-elected, simply because there is no credible opposition party waiting in the wings

Will the sponsorship scandal finally bring about the fall of the Liberal empire? It probably would if voters had any palatable prime minister in waiting to pick from the main opposition parties. But they don't.

Although recent polls are catastrophic for Paul Martin's Liberals, they would be terminal if someone like Bernard Lord were to lead the new Conservative Party into the next election. You can almost hear Brian Mulroney on the phone: "Hi, Bernard. How's my friend? How are the kids? Wonderful. So, Bernie, tell me the story again of why you refused to make the jump to Ottawa because you were scared of Paul Martin."

With no real alternative in sight - anyone who can picture Belinda Stronach as the next prime minister, raise your hand - voters are left dangling and speechless. They are being treated to not only the biggest scandal to hit the federal government in decades, but to what is surely the most surrealistic, Kafka-like handling by a prime minister of such a major political crisis.

For the past two weeks, every new day brought a new damage- control strategy concocted by Martin's panic-stricken entourage. First, they trivialized the auditor-general's report of the sponsorship scandal. Then, came the version it was a small clique of 14 crooked civil servants who had chanelled $100 million of tax money to Liberal-friendly advertising firms.

Then, Martin changed his mind again. "It's impossible to believe there was no political direction." he said. Then, he turned himself into a moving target by appearing on every TV or radio program except cooking shows. No words were strong enough for Martin to distance himself from the Chrétien era. He was shocked, outraged, furious, scandalized, even sickened.

" I'll clean house," he vowed as he set up an independent inquiry. He quickly became more effective than any opposition party had been in years in painting the Liberal government as a corrupt regime, something he now couldn't escape, having been the finance minister throughout most of this scandal.

And now? It's trivializing time again. Scandal, what scandal? Caucus members are closing ranks in the wake of disastrous poll numbers that saw the Liberals plunge to 35 per cent from 48 per cent. There has been so much confusion La Presse editorialist André Pratte started off last week by asking if it were even conceivable Martin knew nothing of this scandal but wrote yesterday the prime minister is, in effect, white as snow.

Which raises the question: If Martin is as honest and transparent as his spin doctors are saying, why did he change versions and strategies so many times in the past two weeks?

The answer might be many ugly things lie behind this scandal and that it might be so complex it's impossible to handle.

First, there's the financial scandal angle: $100 million handed over to Liberal-friendly firms. Equally as important is the political genesis of it all: the creation of a large campaign to increase the visibility of the federal government in Quebec to battle sovereignists after the 1995 referendum.

But behind all this is also the ugly war of clans between Martin and Chrétien, which is the product of Martin's drawn-out putsch of his predecessor. Now that neither Chrétien nor his legacy will go away, both men continue to fight it out using this scandal against one another. Chrétien stays mum and lets Martin hang while Martin can't shake the suspicion that surrounds his own role in this scandal.

Martin has no one but himself to blame. He's the one who manoeuvred for years to oust Chrétien before he chose the risky tabula rasa approach: Pro-Chrétien ministers and even unknown candidates had to be ousted, too. That's how he turned a putsch into a civil war, underestimating the resolve of the pro-Chrétien clan to fight back.

Martin could have co-opted them - no one is more flexible than a minister who wants to keep his limousine or a candidate who dreams of one - but he chose to wage a war against Chrétien's people instead of Chrétien's vision. The fight became personal. Each time Martin created a new martyr, be they vedettes like Stéphane Dion and Sheila Copps or lesser-known Liberals like Steven Hogue and Raymonde Folco, he created a new soldier willing to take him on from within.

And if the old adage is true - he who lives by the putsch, dies by the putsch - Martin better hope he doesn't come out of the next election at the head of a minority government. If he does, all the pro-Chrétien Liberals he tried to oust will become a much bigger threat to him than any sponsorship scandal ever could have been. They won't be alone, either.

Can't you just hear Mulroney on the phone the day after the election of a Liberal minority government: "Hi, Bernard. How's my friend? How are the kids? Wonderful. So, Bernie, do your kids like to skate on the Rideau Canal?"



»» Jacques Parizeau

Cet homme qu’on a abandonné

Patrick Bourgeois
« LE QUÉBÉCOIS » 20/02/2004

La défaite référendaire de 1995 aura produit bon nombre de dommages collatéraux. Plusieurs évidents, comme la centralisation accélérée des pouvoirs à Ottawa, le plan B, les menaces partitionnistes, la démoralisation des troupes souverainistes, le report du projet fondamental du Parti Québécois à un avenir incertain, etc. D’autres beaucoup moins. Tels que l’impact que la défaite a eu sur l’un des seuls hommes à même de marier le paradoxe à une intégrité sans faille : Jacques Parizeau, le bourgeois inspiré par Marx, le banquier-économiste aux politiques de gauche, l’homme froid qui ne s’épanche jamais mais qui sait faire voler la cravate lorsqu’il rencontre l’amour, l’aristocrate « arrogant » en complet trois pièces qui serre avec passion des mains au bingo du coin, l’homme « qui n’était pas né pour un petit pain » mais qui a laissé toute la place à Lucien Bouchard pour le bien de la souveraineté, cette maison qu’il dit grande ouverte à tous les sacrifices.

En visualisant le documentaire Monsieur de la journaliste Francine Pelletier, l’on ne peut passer à côté de la terrible blessure qu’a infligée la défaite référendaire à Jacques Parizeau. C’est ce qui est bouleversant dans ce documentaire, enfin, ce qui devrait l’être pour tous les souverainistes. Ceux qui n’éprouvent toujours pas de remords en 2004 pour l’effroyable trahison qu’ils ont commise contre Jacques Parizeau en l’abandonnant à son triste sort, le laissant là, seul comme un « monstre », à se défendre contre un Canada intolérant et déchaîné et contre un Québec affecté et servile. Cet homme qui les a pourtant – et non pas Lucien Bouchard - menés à quelque 30 000 voix de la victoire. Cet homme qui combattit avec hardiesse les idées malsaines que proposait Claude Morin dans les années 1970 (l’étapisme notamment). Cet homme qui après l’épisode du Beau Risque des années 1980 reconstruisit de A à Z le Parti Québécois de façon à permettre aux souverainistes de rêver encore un peu. Cet homme qui, seul, un certain soir de 1995, risquant l’opprobre généralisé, osa dire ce que plusieurs souverainistes pensaient tout bas. Ces mêmes qui, au premier rang, lui crachèrent au visage en feignant ne pas le connaître. Ce qu’ils firent plus que trois fois avant que le coq n’eût chanté.

À ce chapitre, l’on peut dire que le discours que prononça Jacques Parizeau le 30 octobre 1995 et qui attira les foudres de toute la junte médiatique québécoise et du tout Québec bien pensant et effrayé par la réaction provenant d’outre Outaouais, permit admirablement bien aux pleutres d’ici de se dissimuler en attendant que la tempête passe. Cette tempête qu’ils avaient pourtant contribué à soulever. Pour ainsi mieux sauter du navire au premier port rencontré –sans doute- alors que le capitaine, lui, sans faille, est toujours en poste, bien campé sur le pont pour mieux faire face aux éléments. L’obséquiosité qui caractérise le camp souverainiste depuis 1995 eu égard à Jacques Parizeau est très certainement de la même engeance que celle qui nous empêche encore et toujours de mettre l’épaule de façon décidée à la roue. De la façon dont nous défendons Parizeau qui a eu le courage d’identifier le tribalisme qui caractérise les forces fédéralistes, de la façon dont nous luttons pour la souveraineté, c’est-à-dire de façon non résolue. D’où nos défaites répétées.

Nous, les souverainistes, nous avons abandonné en 1995 un homme qui véhiculait mieux que quiconque notre idéal. Nous avons laissé Jacques Parizeau être traîné dans la boue comme un horrible fasciste parce qu’il a osé faire une analyse sociologique à un moment explosif. Nous avons baissé les yeux et acquiescé d’un signe de la tête lorsque l’on diffamait notre projet en salissant un homme intègre. Un homme qu’on osa comparer à Hitler, Mussolini et aux tyrans des Balkans. Et le pire, ce qui fait le plus mal dans toute cette histoire, c’est que nous savons pertinemment que la peur a poussé notre camp à proférer les mêmes accusations, les mêmes insultes envers Parizeau. Et ça fait maintenant six ans que ça dure.

L’homme qui s’efforce malgré tout de maintenir l’échine droite en souffre. Il est l’un des nôtres. Le plus grand parmi nous. Il est temps de lui « montrer autre chose que notre dos ». Ce n’est pas à lui de s’excuser, « ce qui ne cadre pas avec sa religion de toute manière », c’est aux souverainistes de le faire. Nous devons demander pardon à Monsieur pour notre lâcheté, pour avoir été si peu enclins à le défendre lorsque des gens lui reprochaient de nous avoir trop bien défendus, nous, et notre projet.

En tant que souverainistes, il est temps de faire savoir à Parizeau que nous sommes toujours à bord du même navire, et que nous sommes là pour y rester, pour naviguer sur les mêmes eaux, pour mieux les affronter lorsqu’elles ne manqueront pas de se déchaîner à nouveau… Enfin, s’il le veut bien.



»» Claude Ryan

L'ENTERREMENT DU BONHOMME CARNAVAL

Pierre Falardeau
Tiré du journal « LE QUÉBÉCOIS », vol. 4, no. 1, février-mars 2004.

« L’imagination est plus importante que le savoir » - A. Einstein

Voilà enfin une bonne chose de faite! Claude Ryan vient de mourir. Ne reste plus qu’à l’embaumer et à fermer le couvercle. Avec sa belle tête de sous-diacre empaillée et mangée par les mites, il n’aura fait, en mourant, qu’officialiser une situation de fait qui perdurait depuis longtemps.

Les journalistes de service, qu’on a plutôt tendance à confondre avec des amuseurs publics, racontent que Ryan avait sombré dans le coma six jours avant de rendre l’âme. Ces chiens de garde du pouvoir, qui se prennent parfois pour le quatrième pouvoir, sont sûrement les seuls au Québec à ne pas s’être aperçus que le pape du journalisme était déjà dans un coma profond depuis au moins quarante ans. Faut avoir soi-même un encéphalogramme à plat pour participer à une telle campagne médiatique de béatification. Faut pas craindre de se salir les mains pour oser transformer en immense penseur ce politicien encore plus ridicule dans la vraie vie que le meilleur de ses imitateurs.

À écouter le choeur unanime des pleureuses professionnelles, on a l’impression de nager en plein carnaval. Quoi? Un grand intellectuel ce préfet de discipline de couvent, ce père-économe de communauté de bonnes soeurs, ce petit aumônier des Dames de Sainte-Anne? On se croirait à « Juste pour rire ». Faut les voir pour le croire, ces spécialistes-maison de l’éloge funèbre pompeux. Comme chez tous les mauvais comédiens, leur voix étranglée par l’émotion sonne faux quand ils nous parlent de la « rigueur intellectuelle » et de « l’esprit de synthèse » du petit frère-directeur du journal « Le Devoir ». Ils confondent rigueur et rigorisme, synthèse, bricolage et liste d’épicerie. Faut les voir avec leurs fausses gueules d’enterrement, empreintes d’une tristesse étudiée, nous présenter ce petit gérant d’estrade pontifiant sous les traits d’un intellectuel incontournable. À grands coups d’enflures verbales et de boursouflures stylistiques, ils nous le dépeignent le plus sérieusement du monde comme un des plus brillants penseurs du Québec. C’est vrai que dans ce milieu journalistique où règne une majorité de deux-de-pique et de sous-doués congénitaux, on passe facilement pour un génie quand on peut aligner deux idées, l’une à la suite de l’autre, dans un style aussi ennuyant que le bottin de téléphone, surtout si ce sont des idées reçues ou des idées archi-convenues.

Non mais! Vous nous prenez pour des caves ou quoi? Il n’y a pas une personne sur dix mille au Québec capable de me citer une seule ligne de ce pape du journalisme québécois. Si c’était un génie, ça se serait su, non? Je lis « Le Devoir » depuis quarante ans et je crois bien n’avoir jamais lu un seul de ses éditoriaux au style fadasse qui puaient l’eau bénite croupie et le canneçon-à-grands-manches mal lavé.

Si « Le style c’est l’homme » comme disait l’autre, seul un esprit « drabe » pouvait oser écrire un livre « beige », même un peu « grisâtre » et pourquoi pas un peu « jaunasse ». Une « grande synthèse » que ce ramassis de toutes les patentes-à-gosses constitutionnelles mises au point par les nationalistes mous et les fédéralistes fatigués des cinquante dernières années. Fédéralisme renouvelé. Fédéralisme rentable. Fédéralisme coopératif. Fédéralisme asymétrique. À une vitesse. À deux vitesses. À trois vitesses. Automatique, power brake, power stering. Alouette. Des projets morts nés recyclés l’année suivante sous une nouvelle marque de commerce. Aujourd’hui, on parle d’arrangements administratifs.

Et les spécialistes des notices nécrologiques qui élèvent ce bêtisier « brun » au rang de bible nationale. C’est vraiment à s’ouvrir les veines avec une pelle à neige. Un insignifiant traité de science-fiction politique qu’on tente de faire passer pour une oeuvre majeure, pour la contribution essentielle d’un grand cerveau. Ce grand cerveau sent le formol à plein nez. C’est celui d’un nationaliste d’Ancien Régime incapable de saisir l’ABC du système néo-colonial canadien qui a remplacé le vieux colonialisme britannique en 1867.

Claude Ryan aura passé sa vie à vouloir simplement aménager le statut de protectorat canadien qui est celui du Québec à l’intérieur de la Confédération. Et ces aménagements, même mineurs, même essentiellement cosmétiques, le Canada les aura refusés, à Claude Ryan et à ses disciples purs et durs, les uns après les autres depuis cinquante ans. Niet. Niet. Niet. Le statu quo, à prendre ou à laisser. Et plutôt que de tirer les conclusions politiques d’un tel refus, Ryan se sera accroché à son minable catalogue de voeux pieux jusque dans sa tombe. Son testament politique, sans doute écrit dans ses six jours de coma, en fait foi.

Finalement, le seul souvenir que nous laissera Claude Ryan est celui du petit politicien, mesquin et provincial, qui dirigea le camp du NON en 1980. Celui d’un homme de main chargé de nous faire prendre notre trou. Comme Stéphane Dion. On s’est servi de lui et de son vernis d’intellectuel paroissial pour couvrir les saloperies de Trudeau, de Chrétien, de Camil Samson et du Conseil du Patronat. Et quand il a eu fini la sale job, ce puissant cerveau, on s’est débarrassé de lui et de son fédéralisme renouvelé comme d’une vulgaire chaussette épiscopale. Exit le Bonhomme Sept Heures. Au chômage, l’épouvantail à moineaux. Comme Stéphane Dion. Des intellectuels tellement brillants qu’ils sont incapables de comprendre le rôle qu’on leur fait jouer. Désolant et minable.

Claude Ryan emporte dans son cercueil sa pensée politique provincialiste et criminelle. Son livre « brun » finira bien par pourrir lui aussi. Ryan aura au moins réussi sa mort, coincé dans les faits divers entre les scandales financiers du gouvernement fédéral et le racisme ordinaire de ses « partenaires » canadiens. Salut pourriture !

« Il est si commode d’être rigoriste dans ses discours! Cela ne nuit jamais qu’aux autres et ne nous gêne aucunement » - Laclos



»» ADQ

Mario a retrouvé l'appétit

J - Jacques Samson
Le Soleil vendredi 20 février 2004

Mario Dumont est retombé sur ses skis. Il était temps. Knock-outé par les résultats des élections du 14 avril dernier et la perte des députés-amis qui l'entouraient, le chef de l'Action démocratique n'était plus que l'ombre de lui-même. Le feu sacré avait disparu. Il dit et semble bien l'avoir retrouvé. Mario Dumont mise sur la disparition à moyen terme du Parti québécois, un parti unidimensionnel et unigénérationnel, dit-il. Il ne craint pas du tout que le balancier reviendra vers la gauche, après le passage des libéraux de Jean Charest au pouvoir, ce qui marginaliserait encore davantage l'Action démocratique et mettrait même sa survie en péril.

D'autre part, il se sent une responsabilité de représenter dignement les 694 122 personnes (18,18 % de l'électorat) qui ont misé sur son parti. Il s'accrochera donc, au moins jusqu'aux prochaines élections générales, tablant sur le fait que les libéraux pourraient ne pas obtenir un deuxième mandat dans une lutte à trois.

Il a commencé par remplacer sa garde rapprochée, des complices depuis neuf ans pour la plupart. Cela a été émotivement difficile pour tout le monde. Il a aussi eu à consolider les bases financières du parti, endetté de près de 1 million $.

L'ADQ s'est cognée en 2003 sur un barrage dressé devant elle par l'intelligentsia. Il n'est toutefois pas question de revoir pour autant les fondements du programme du parti. Mario Dumont explique que l'ADQ incarne une "droite humaniste". Il a cependant quelque peu échappé le volet humaniste, celui de la compassion, au cours des deux dernières années, et le Parti québécois s'est arrogé le monopole de l'humanisme, alors que certaines de ses politiques ont produit des résultats contraires. Il donne pour exemple les longues listes d'attente dans le réseau de la santé que l'on a préféré par idéologie à des solutions plus innovatrices, mais associées à des positions de droite. L'ADQ devra renforcer cette dimension de son programme.

Mario Dumont reviendra aussi à une approche qui l'a bien servi, celle de choisir quelques créneaux d'action qu'il approfondira, documentera et dans lesquels l'ADQ deviendra la référence. Il a bien tenté sa chance ces derniers temps en demandant une commission d'enquête sur les soins de longue durée au Québec, mais il n'a pas trouvé d'écho médiatique. Il est vrai que Mario Dumont n'est plus à la mode et il le sait trop bien. Il creusera néanmoins le phénomène du vieillissement de la population et de ses impacts fiscaux ou les services à dispenser.

L'ADQ demeurera par ailleurs un parti nationaliste, mais non indépendantiste, et il se fiche pas mal qu'on se moque de sa frileuse ambiguïté. Le chef de l'ADQ n'a pas abdiqué dans sa volonté de faire reconnaître officiellement son parti à l'Assemblée nationale, même s'il ne répond pas aux critères convenus de 12 députés élus ou 20 % du total des votes exprimés aux élections. Il dit avoir trouvé d'autres recours ; il donne l'exemple du Parlement ontarien où, avec 14 % des votes, le NPD a plus de droits et il promet des surprises.

Mario Dumont a changé. Le coup encaissé le 14 avril 2003 a laissé des marques. Il n'est plus le petit gars parfait que toute belle-mère voudrait pour sa fille. Son vocabulaire même a évolué. Il sacre plus fréquemment. Ses métaphores sont plus scatologiques. À 34 ans, il est déjà député depuis 10 ans et engagé en politique active depuis plus de 15 ans. Il est devenu un vieux politicien, avec plusieurs cicatrices, parfois des accents de cynisme et d'autres travers qui fleurissent dans le milieu. L'entrevue se déroulait incidemment dans le réputé restaurant de la Grande Allée où convergent les gens de pouvoir. Après le repas, le hasard nous a mis en face de Pierre Paradis, l'ostracisé, et de Ronald Poupart, le conseiller senior de Robert Bourassa, à l'époque où Mario était la vedette montante du Parti libéral, et maintenant conseiller de Jean Charest. Kafka aurait perdu son latin, ou plutôt son allemand, devant un tel tableau !

La traversée du désert sera longue pour Mario Dumont. Mais il a vraiment l'air plus en forme pour l'entreprendre et c'est tant mieux pour les Québécois. L'ADQ a apporté une contribution importante au débat politique au cours des dernières années.

Pierre Paradis aussi a de nouveau des étincelles dans les yeux. De retour au SOLEIL, je me suis plu à imaginer que si Jean Charest ne croit pas qu'il peut être utile à son gouvernement pourtant en chute libre, Pierre Paradis ferait un redoutable leader en Chambre aux côtés de Mario Dumont, avec qui il partage déjà passablement les mêmes idées. L'arrivée de l'expérimenté Paradis donnerait beaucoup de crédibilité à l'ADQ et modifierait complètement la dynamique politique en vue des prochaines élections. Intéressant comme scénario, non ?

JJSamson@lesoleil.com



»» paradis fiscaux

Une ouverture béante

André Lareau
L'auteur est professeur à la faculté de droit de l'Université Laval.
La Presse vendredi 20 février 2004

La loi et les règlements canadiens doivent être rapidement modifiés en ce qui a trait à la fiscalité des sociétés enregistrées à la Barbade

Ce n'est un secret pour personne que Paul Martin a été "propriétaire", dans un passé pas si lointain, d'une entreprise dans le domaine du transport maritime. Les avantages fiscaux dont auraient profité les diverses sociétés en cause sont complexes, compte tenu de la juxtaposition des législations fiscales du Canada et de la Barbade.

La Loi de l'impôt sur le revenu du Canada prévoit qu'un contribuable résident du Canada doit payer de l'impôt au Canada sur son revenu de source mondiale. Une société sera résidente du Canada si elle est constituée au Canada après le 26 avril 1965 ou, lorsqu'elle a été constituée en vertu des lois d'un autre pays, par exemple la Barbade, si son centre de contrôle est au Canada.

Par ailleurs, une société (société mère) n'a pas à inclure à son revenu le revenu gagné par une société dont elle est actionnaire (société filiale). Les profits de cette filiale versés à la société mère par voie de dividendes feront parfois l'objet d'un traitement fiscal préférentiel. L'idée sous-jacente à la création d'une société dans un paradis fiscal est de réaliser des profits en minimisant l'impôt payable dans ce pays et de verser les surplus à la société mère canadienne par voie de dividendes non imposés au Canada.

Société mère

Bromart Holdings Inc. est la société mère qui chapeaute les entreprises de transport dans lesquelles Paul Martin a été impliqué. Elle est enregistrée en Ontario; nous ignorons l'identité de ses actionnaires. Cette société est actionnaire de Groupe CSL inc., une société ayant son siège social à Montréal et qui a été constituée selon les lois canadiennes en 1981.

Groupe CSL inc. est actionnaire d'au moins deux sociétés, soit la société maritime CSL inc. (CSL) dont le siège est aussi à Montréal et qui a été constituée en vertu des lois canadiennes en 1975 et CSL International Inc., dont le siège social est aux États-Unis, à Beverley, Massachusetts. Selon un rapport déposé par la société en 2002 et disponible sur le site http://corp.sec.state.ma.us/corp/corpsearch/CorpSearchInput.asp (inscrire CSL International dans le premier espace), CSL International Inc. a été constituée selon les lois de la Barbade. Elle compte quatre dirigeants, dont deux employés de CSL International Inc. au Massachusetts, soit Roger M. Jones, président et Edward H. Deroche, vice-président; tous deux sont en poste depuis le 12 janvier 1996. Les autres sont Gillian M. H. Clarke, avocat de la Barbade de la firme Clarke & Company, (Clarke Gittens & Farmer) spécialisée dans la mise sur pied de sociétés appelées "International business companies" et Irène Beaucage de la Canada Steamship Lines de Montréal.

Ce document précise aussi que, depuis le 12 janvier 1996, deux des trois administrateurs sont des résidents de la Barbade, soit Alfred Clarke, un avocat de la firme Clarke Gittens & Farmer et Peter McG Patterson, de la firme comptable P. M. Ross & Co. Le troisième est Roger M. Jones, employé de CSL International Inc. au Massachusetts.

La fiscalité applicable

Puisque CSL et Groupe CSL inc. résident au Canada, leurs profits résultant de toutes leurs entreprises sont soumis à l'impôt canadien. Les dividendes qu'elles perçoivent sont soumis à d'autres règles que nous verrons plus loin.

La fiscalité applicable à la troisième société, CSL International Inc, est plus délicate. Il s'agit d'une société constituée à la Barbade et soumise aux lois de ce pays mais dont le siège social est aux États-Unis. N'étant pas constituée aux États-Unis, elle n'est redevable d'aucun impôt américain sur les profits générés à l'extérieur du territoire américain. Pour quel motif a-t-elle choisi d'installer son siège aux États-Unis? Qui dirige réellement les destinées de CSL International Inc.? Si les décisions importantes de la société se prennent à la Barbade, elle sera, aux fins de la fiscalité canadienne, résidente de la Barbade, ce qui ouvrira la porte à des privilèges fiscaux décrits plus loin qui lui seront par contre niés s'il est démontré que le centre de contrôle est au Massachusetts. Dans les faits, cette société compte deux administrateurs qui résident à la Barbade et qui oeuvrent dans les cabinets d'avocats et de comptables. Prennent-ils réellement les décisions importantes de cette société?

Nous ignorons en vertu de quelle loi de la Barbade CSL International Inc. a été constituée; toutefois, les utilisateurs de la Barbade utilisent souvent les sociétés dites International Business Companies (IBC) constituées en vertu de la Barbados International Business Companies Act puisque l'impôt payable est alors plafonné aux taux de 2,5 %. Posons l'hypothèse que CSL International Inc. soit une IBC. Quel serait alors le régime fiscal applicable au versement des profits par voie de dividendes à sa société mère Groupe CSL inc.? Est-il possible que ces profits puissent revenir au Canada dans le Groupe CSL inc. sans que le Canada ne perçoive un impôt sur cette somme, alors que s'ils étaient réalisés directement par la société canadienne dans le cadre de ses activités internationales, ils seraient soumis notamment au taux fédéral-québécois en 2004 de 31,02 %?

Selon la législation canadienne, les dividendes reçus par une société canadienne d'une société étrangère ne sont pas toujours soumis à l'impôt canadien. Avant la modification législative importante de 1996, de tels dividendes pouvaient être exonérés d'impôt si le centre de contrôle de cette société étrangère était situé dans un pays énuméré à la liste se trouvant au règlement 5907 (11) de l'impôt sur le revenu, ce qui visait même certains paradis fiscaux, tel le Liberia.

Situation dénoncée

Le rapport du vérificateur général du Canada de 1992 a dénoncé cette situation et les règles fiscales canadiennes ont été modifiées à compter de 1996 afin de prévoir que ce privilège serait réservé aux sociétés dont les décisions importantes sont prises dans un pays ayant conclu une convention fiscale avec le Canada et qui résident dans ce pays au sens de la convention fiscale. On venait ainsi de nier le privilège à plusieurs paradis fiscaux, dont le Liberia.

Qu'en est-il de la Barbade? Avant la réforme de 1996, les dividendes versés à une société canadienne en provenance de ce pays étaient exempts d'impôt canadien compte tenu de l'existence d'une convention fiscale conclue avec le Canada en 1982, lorsque les décisions majeures étaient prises à la Barbade. La modification de 1996 avait pour objectif de limiter l'exonération aux dividendes en provenance de pays visés par une convention. Puisqu'une telle convention existe avec la Barbade, on pourrait croire que cette modification de 1996 n'a rien changé à l'égard des dividendes payés par CSL International Inc à Groupe CSL inc. et que l'exonération canadienne est maintenue. En revanche, l'article XXX de cette convention exclut spécifiquement les IBC de son "application de sorte qu'il serait illogique d'accorder des privilèges fiscaux à une société dont le pays de résidence, même s'il est signataire d'une convention fiscale, ne charge pratiquement aucun impôt alors qu'on vient de refuser ce traitement préférentiel au Liberia! Malheureusement, les principes fiscaux ne sont pas toujours dictés par logique!"

En effet, lors de la modification du règlement de 1996, on a amendé le règlement 5907(11.2) afin de prévoir que lorsque les décisions importantes de la société étrangère se prennent dans un pays avec lequel le Canada a conclu une convention avant 1995, par exemple la Barbade, elle pourra verser des dividendes à sa société mère canadienne libre de tout impôt canadien même si cette société est une IBC exclue de la convention. Est-ce un hasard que la plupart des dirigeants et officiers de CSL International Inc. soient en poste depuis le 12 janvier 1996!

Seuls quelques paradis fiscaux, dont la Barbade et Chypre, peuvent profiter de ce traitement préférentiel alors que la plupart des autres "paradis fiscaux" sont exclus même si leur taux d'imposition pourrait être supérieur à celui de la Barbade? Quels sont ces "intérêts supérieurs" qui justifiaient cette entorse?

Ainsi, si CSL International Inc est une IBC dont le centre de contrôle est réellement à la Barbade, elle paiera un taux d'impôt de 2,5 % à la Barbade et sera autorisée à verser tous ses profits après impôts au Groupe CSL inc. sans que l'impôt canadien ou québécois ne soit applicable à ces dividendes. Est-ce légal? Certes. Est-ce moralement acceptable? Nous laissons à chacun le soin de conclure. Quant à nous, nous approuvons totalement un commentaire d'un éminent fiscaliste qui, dans un article publié en 2002 dans la Revue fiscale canadienne, écrivait: "... le règlement 5907(11.2)c) offre une preuve convaincante du manque flagrant d'intégrité des règles portant sur les sociétés étrangères affiliées."

Si les décisions importantes de CSL International Inc. émanent plutôt des États-Unis, les dividendes payés à Groupe CSL inc. ne sont pas exonérés d'impôt au Canada. On comprendra que l'inclusion de ces dividendes au revenu de Groupe CSL inc. constitue alors une exigence de la loi.

À titre d'informations, Statistique Canada indique que la valeur des investissements directs effectués par des Canadiens à la Barbade est passée de 628 millions de dollars en 1988 à 23,3 milliards de dollars en 2001, soit une augmentation de plus de 3600 p. 100. Dans son rapport de 2002, la vérificatrice générale indique qu'"en 2000, les sociétés canadiennes ont reçu de leurs sociétés affiliées établies à la Barbade 1,5 milliard de dollars en dividendes pratiquement exonérés d'impôt (comparativement à 400 millions de dollars en 1990)".

À la lumière de ce qui précède, la loi et les règlements canadiens doivent être rapidement modifiés afin que cette ouverture béante soit corrigée. Le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, doit agir dans le cadre de son prochain budget de sorte que ces dividendes seraient imposables au Québec lorsqu'ils sont reçus d'une IBC de la Barbade par une société résidente du Québec. Ces sociétés nous feront-elles le coup de la Sun Life afin d'éviter l'impôt du Québec?



»» Caisse de dépôt et placement du Québec

Clarifier la mission de la Caisse

Michèle Boisvert
La Presse vendredi 20 février 2004

Éditorial - Il y aura bientôt un an, la Caisse de dépôt et placement du Québec déposait son rapport sur la gouvernance dans lequel elle demandait au gouvernement de clarifier son mandat. En effet, depuis sa création en 1965 par Jean Lesage, un certain flou règne quant à la mission de cette institution financière. Le gouvernement libéral de l'époque avait confié à la Caisse la gestion des fonds provenant de la Régie des rentes avec comme mission de les faire fructifier, tout en précisant que cette institution devait aussi être envisagée comme un instrument de croissance, un levier économique puissant.

Cette semaine, alors qu'il présentait les résultats de l'exercice 2003 de l'institution qu'il dirige, Henri-Paul Rousseau a réitéré sa requête de faire de la recherche du rendement la mission première de la Caisse et d'enchâsser ce mandat dans sa loi constitutive.

Nous avons appuyé cette demande de clarification de la mission de la Caisse dès le début, car elle établit des balises précises qui serviront de guide lorsqu'il s'agira de décider du bien fondé d'un investissement. Sans ces balises, les risques de dérives sont devenus trop grands. L'histoire récente nous en a servi un exemple à la fois douloureux et éclatant. C'est au nom du développement économique que la Caisse a investi en pure perte 30 millions de dollars dans Montréal Mode. Des arguments du même ordre ont été invoqués pour justifier l'investissement de quelque 3 milliards de dollars de la Caisse dans Quebecor Media. Ces dérapages et bien d'autres dépenses somptuaires effectuées sous l'administration Scraire auraient certainement été plus difficiles à légitimer, si le mandat de la Caisse avait été formellement défini.

Par ailleurs, à notre avis, la recherche du rendement et le développement économique du Québec sont loin de s'exclure l'un de l'autre. En effet, comme tout gestionnaire a tendance à investir davantage dans les marchés qu'il connaît le mieux, il est évident que la Caisse, de par sa localisation, aura un préjugé favorable pour les entreprises du Québec. En ayant le rendement comme objectif, elle misera sur les entreprises de chez nous qui lui apparaîtront les plus prometteuses. Le résultat sera non seulement sain pour le bilan de la Caisse, mais aussi pour le développement du Québec. On n'a pas avantage à investir des fonds dans des entreprises dont on doute de la rentabilité à long terme.

Enfin, on a parfois tendance à l'oublier, mais la Caisse, de par son existence même, contribue au développement économique du Québec. Cette institution qui gère environ 140 milliards de dollars d'actifs génère des retombées importantes pour toute la communauté financière de Montréal.

En terminant, faire de la recherche du rendement la mission première de la Caisse et l'enchâsser dans sa loi constitutive ne mettra pas un terme aux discussions que suscitera certainement la pertinence d'un investissement touchant une corde sensible de notre développement. Cette clarification aura au moins l'avantage de définir la base sur laquelle ces discussions devraient se tenir.



»» modèle québécois

La sous-performance du Québec commande l'état d'urgence

Lise Fournier
Le Soleil vendredi 20 février 2004

Le Québec est moins riche, moins éduqué, moins performant que l'Ontario et à peine mieux nanti que les provinces de l'Atlantique et du Manitoba. "En termes clairs, l'économie québécoise est sous-performante et cela constitue un problème assez sérieux pour que l'on parle de situation d'urgence", a rappelé hier le président-éditeur du SOLEIL, Alain Dubuc, aux 1000 participants du colloque sur la Fondation de l'entrepreneurship réunis au Centre des congrès de Québec.

Les rapports et analyses que M. Dubuc a présentés allaient tous dans le même sens : l'économie québécoise s'anémie. L'économiste avait d'ailleurs compilé des données-chocs - dignes d'un musée des horreurs - dans le but de faire réagir ceux et celles qui croient encore que notre niveau de vie se compare avantageusement avec d'autres régions de l'Amérique du Nord.

Ainsi, une étude récente de l'OCDE, qui compare le revenu per capita de 65 régions urbaines de plus de 2 millions d'habitants, place Montréal en 44e position. La métropole affiche non seulement le plus faible revenu en Amérique du Nord, mais elle vient loin derrière Paris, Londres, Madrid, Milan, Amsterdam, Turin, Rome. Un autre rapport, celui-là préparé par l'ICAP, un organisme public de l'Ontario, met le Québec bon dernier derrière 15 États américains. Un autre exemple : le revenu au Massachusetts atteint 55 000 $ ; au Québec, il est de 31 000 $. Notre ministère des Finances a lui aussi examiné le problème dans une publication intitulée Analyse et conjoncture économique, où il apparaît que l'écart de niveau de vie entre le Québec et l'Ontario est de 17 % et atteint 27 % avec les États-Unis.

Aux yeux d'Alain Dubuc, ce retard qu'affiche le Québec est à la fois une maladie et un symptôme. "Une maladie parce que nous nous privons d'améliorer le sort de millions de Québécois en plus de perdre de précieuses ressources. Et c'est aussi, dit-il, le symptôme d'un mal plus profond qui s'appelle la productivité." D'ailleurs, la plupart des études ci-dessus mentionnées établissent un lien direct entre niveau de vie et productivité. Celle du Québec se détériore depuis 20 ans. Par exemple, nous sommes 10 % moins productifs que les Ontariens et 13 % inférieurs aux Américains. Dans un contexte de concurrence mondiale, le président du SOLEIL croit que ce constat devrait nous amener à repenser le modèle québécois et à se donner l'objectif d'augmenter la richesse, et ce, afin de préserver ces grandes valeurs de justice et de solidarité qui nous tiennent à coeur.

Productivité

Or si la solution d'un meilleur avenir passe par la productivité, elle nécessitera des changements. M. Dubuc en énumère quelques-uns : augmenter le nombre de diplômés universitaires, mieux intégrer les immigrants, investir davantage dans les PME, que ce soit en R & D ou en infrastructures, changer certains aspects de la fiscalité, alléger la réglementation, etc.

Selon lui, il est parfaitement possible d'élever le niveau de vie sans compromettre les équilibres sociaux et d'adopter un modèle de développement autre que celui d'une Amérique insensible. Malgré tout, il faudra un changement de culture en raison de notre situation.

Fardeau fiscal

"Québec est la province où l'on dépense le plus, celle qui est la plus endettée, celle qui a le fardeau fiscal le plus élevé en Amérique, montrant du coup une inadéquation criante entre les besoins et les ressources."

Pour Alain Dubuc, toutefois, il est clair que le chemin qui mène à la croissance ne consiste pas à faire table rase du passé et à créer un paradis néo-libéral. L'intervention de l'État restera nécessaire, soutient-il, mais elle doit être mieux ciblée. Et le succès ne sera possible qu'en associant le monde des affaires à celui de l'éducation avec en amont un changement des mentalités.

LFournier@lesoleil.com


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

MIEUX VAUT LE BLOC QUE LE ROC

Patrice Boileau, patriceboileau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 20 février 2004

Pour mettre notre patrie à l’abri de l’intolérance

À l’approche d’une élection fédérale que le Premier ministre désigné Paul Martin considère comme une formalité, les Québécois doivent se regrouper et montrer qu’ils ne sont pas des colons qui oublient, comme l’affirment Jean Lapierre et les libéraux.

Le Parti libéral du Canada répète depuis des années que les députés bloquistes aux Communes n’ont pas leur place : ils n’exerceront jamais le pouvoir. Voilà justement la raison qui explique pourquoi les Québécois votent majoritairement pour ces gens. Vaut mieux appuyer des représentants qui n’ont aucune magouille en vue, plutôt que d’élire des députés fédéralistes qui carburent à la fraude et aux mensonges. De plus, ces élus, une fois à Ottawa, sont tout simplement subordonnés aux priorités de la majorité anglophone du ROC (Rest of Canada) et acceptent volontiers de sacrifier leur patrie pour mieux gagner du galon. Le coup de force constitutionnel de 1982 en est un bon exemple.

Remarquez que résister à cette réalité s’avère une action totalement anti-démocratique : on gouverne pour satisfaire les besoins de la majorité. Tenter de lui imposer ceux de la minorité ne fait qu’exacerber l’intolérance envers les Québécois, dans le Canada. À preuve; le scandale des commandites où des sommes pharamineuses furent dédiées pour la propagande canadienne en territoire québécois. Son dévoilement a suscité des commentaires racistes au Canada qui ne surprennent pas. Chaque fois que les Québécois ont trop osé paraître dans la fédération, des actions malheureuses sont survenues.

Face à cela, avons-nous le droit de sceller l’avenir de nos enfants et petits enfants au travers d’un troisième référendum? Ne devrions-nous pas, au contraire, préconiser un autre mécanisme d’accession à l’indépendance politique de manière à ne jamais verrouiller à double tour la porte de la liberté, sauf une fois l’avoir franchie? Le Parti québécois qui entreprend sa Saison des idées ne peut se contenter d’ajustements cosmétiques face à ce péril. Il doit penser aux générations qui suivront. Faire en sorte que personne ne leur enlève leur fleuve, richesses naturelles, industries, institutions politiques, culture, langue, histoire, bref : une patrie à l’abri de l’intolérance.

Une élection souverainiste peut éviter de condamner le projet indépendantiste puisqu’il se tient un scrutin aux quatre ans. Un référendum braque au contraire les projecteurs sur l’idée de la souveraineté et l’affaiblit s’il y a défaite. Des Québécois hésitent ainsi à exiger la tenue d’une nouvelle consultation populaire par peur de compromettre davantage leur projet national. Le Parti québécois aussi sombre dans l’attentisme par crainte d’un troisième échec. Nous ne pouvons qu’approuver cette prudence. Sauf qu’il existe des alternatives légitimes et démocratiques au lieu de faire du sur-place qui en démobilise plus d’un, tels les 30% de votants qui ont boudé le 14 avril 2003.

La victoire volée de 1995 a fait progresser l’idée de la souveraineté dans la collectivité québécoise. Plusieurs pensent que cette fraude électorale justifie l’utilisation d’une élection souverainiste pour tenter de se protéger d’autres malversations fédérales. Il n’y a qu’à modifier l’article un du programme politique du Parti québécois pour officialiser cette nouvelle donne. En fait, tous partis politiques désireux de préserver la différence québécoise sont invités à faire de même. Ainsi, l’addition des votes alloués à ces formations indépendantistes rend tout à fait probable une victoire à 50% plus une voix dès 2007.

Une mobilisation citoyenne dans le cadre de la Saison des idées peut amener le Parti québécois à apporter cette modification à son article un, lors de son Congrès national de 2005. Il y a urgence, à la lumière du piège fiscal que nous impose Ottawa. Ce danger n’existait pas en 1974, lorsque fut adoptée la méthode étapiste péquiste. L’Assemblée nationale du Québec est en voie d’être reléguée au rang de mairie. Le gouvernement canadien est effectivement à peaufiner un plan de banalisation des institutions démocratiques québécoises en lui faisant subir une famine budgétaire. Celle-ci oblige Québec à accepter les interventions financières fédérales qui sont alors considérées comme providentielles aux yeux de plusieurs Québécois non-sensibilisés à ce traquenard. On en viendra à croire à l’inefficacité de l’Assemblée nationale du Québec à administrer ses champs de compétence et à la nécessité du lien fédéral.

Heureusement qu’il y a le Bloc à Ottawa pour faire le travail de dénonciation que les collaborateurs libéraux de Jean Charest refusent d’effectuer. Sans les bloquistes, le ROC aurait le champ libre pour miner la confiance des Québécois envers eux-mêmes afin qu’ils songent à remercier le ciel de pouvoir compter sur la tutelle fédérale. C’est ce faux complexe que les députés du Bloc québécois s’empressent de démasquer pour stimuler une contre-attaque souverainiste. Finalement, l’aide des bloquistes pourrait aussi servir à convaincre les péquistes de modifier leur programme politique, pour faire de 2007 une élection souverainiste au Québec!



TRIBUNE LIBRE

Solidairement responsable !

Robert Bertrand, Québec, robert.bertrand.que@sympatico.ca
TRIBUNE LIBRE 20 février 2004

La solidarité ministérielle n'implique-t-elle pas la connaissance de ce que fait l'autre ? Solidairement responsable !

Vouloir nous faire croire que les autres ministres, que les députés du même parti politique ne savent moins que rien, n'est-ce pas une bourde un peu trop gonflée ?

Se promener à travers tous les médias d'information pour répéter ad nauseam que "je suis frustré", que "je n'en reviens pas", que "je suis bouleversé", que "je suis choqué", ne justifie en rien d'avoir laisser passer ce qui s'est fait, sciemment ou inconsciemment. "Nul n'est supposé ne pas connaître la loi" et c'est comme ça que l'on reçoit des contraventions dans nos milieux respectifs.

Dans le cas d'un Gouvernement dit responsable, c'est la solidarité ministérielle. Si cela ne tient plus, le gouvernement ne tient plus. On y va chacun à sa façon au "va-comme-je-te-pousse"! Un tel gouvernement est à faire disparaître puisqu'il ne contrôle rien, puisque tout peut se savoir mais après que les millions, après que les milliards de dollars sont sortis du coffre. Ceux qui reçoivent les millions, pourquoi ne verraient-ils pas à le dépenser aussitôt arrivés parce que, eux, savent très bien, en toute connaissance de cause, que ces sommes d'argent sont le fruit de la fraude, sont le fruit de malversations, sont le fruit de manipulations comptables.

Les promenades devant les micros et les écrans ne sont que pans de fumée pour les idiots qui pourraient y croire et/ou que tout journaliste (propriétaire de ses programmes) qui est un grand bénéficiaire des publicités que pourrait acheter le reste de sa crédibilité ! Les uns et les autres sont complices, sont bénéficiaires, sont pris la main dans le sac et s'en gavent croyant que l'auditeur n'y verra que du feu !

Les publicités se poursuivent et tous les médias en profitent encore. Vont-ils mordre la main si généreuse ? Ils sont les grands profiteurs de cette manne sans pareille ! Les millions tombent toujours ! Et vous voudriez que l'on vous croit comme des "vierges pures" ?

C'est le gouvernement qui est fautif, c'est le gouvernement le vrai fraudeur, c'est le gouvernement qui est l'initiateur des malversations. Des "p'tits Jean Lévesque" se promènent comme des "vierges folles" pour chercher à nous gaver de leur innocence complice ! Combien, en publicité, se déroulait-il, en sa propre présence ? Combien de ses sommes lui ont personnellement profité ?

Les journalistes, dénonciateurs potentiels, directement ou indirectement, sont les grands bénéficiaires de ces fraudes, de ces malversations. Ils ne peuvent cracher sur des fortunes qui leur tombaient et qui continuent de tomber dans leurs mains et dans leurs poches.

Le contrôle de la presse, des médias, le tout est entre les mains de la gouverne, entre les mains de celui qui est la "vierge pure" !

"Il a du front tout le tour de la tête" ce pauvre homme ! On peut le laisser croire que nous n'y voyons moins que rien ! Nous devrions lui faire comprendre, dans peu de temps, le temps de la prochaine élection !



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

Mot du CNJ

COMMUNIQUÉS 20 février 2004

Chers ami(e)s souverainistes, voici la toute dernière édition du Mot du CNJ.

Dans ce numéro :

1) SOCIAL-DÉMOCRATE, D'ACCORD, MAIS SOUVERAINISTE D'ABORD
Dans le cadre de la Saison des idées, le Comité national des jeunes propose son interprétation de la raison d'être du Parti, et en appelle à une grande coalition des souverainistes de toutes tendances.

2) JEAN LAPIERRE FAIT LE RAMPANT
Jean Lapierre rentre dans les rangs du Parti libéral, en reniant ses engagements en faveur du Québec, de ses intérêts et de ses droits. Le CNJ commente.

3) À LA DÉFENSE DES TRADITIONS SOCIALES QUÉBÉCOISES
Le Parti libéral renie les principales traditions sociales québécoises pour nous imposer un modèle de société qui ne nous convient pas. Il agit en représentant déclaré des intérêts canadiens au Québec. Le Comité national des jeunes rappelle que les forces vives du Québec refusent de saccager les principales institutions sociales de notre peuple.

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