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La souveraineté, enjeu du prochain scrutin
- Foin de l'obligation de référendum !

Richard Gervais, Pierre de Bellefeuille, Claude G. Charron, María Teresa Pérez-Hudon
Membres du Cercle Godin-Miron
Le Devoir mercredi 4 février 2004

La promesse d'un référendum repousse sans cesse une échéance que le PQ tarde lui-même à préparer

L'automne dernier, le conseil national du Parti québécois inaugurait la «saison des idées». S'il se borne à «réactualiser l'argumentaire» sans mettre au rancart l'obligation de référendum, ce remue-méninges aura plutôt inauguré le déclin historique de ce parti comme véhicule de l'indépendance.

Pour revitaliser le parti, un «grand coup de barre s'impose», disait Bernard Landry dans Le Devoir (18 octobre 2003). On remettrait tout sur la table, sauf la souveraineté et l'orientation social-démocrate. À ces intouchables, toutefois, Landry ajouta bientôt l'étapisme. Du coup, il rivait son parti à l'obligation de référendum et prétendait en même temps garder des suggestions d'«élection référendaire» montant de la base.

Les conditions démocratiques pour la tenue d'un référendum n'existent pas. Et ce, à cause de l'ingérence d'un État tiers, massive et agressive (manifestation «on vous aime»), manoeuvrière et frauduleuse (votes états-uniens, naturalisations hâtives, financement du camp d'une des parties, qui plus est hors norme), juridique et législative (pourvoi en Cour suprême, Clarity Bill).

Nos référendums reposaient sur l'idée que le peuple québécois décide en droit et librement de son destin politique, conformément aux règles établies par son assemblée nationale. En 1980 et davantage encore en 1995, l'État canadien choisit de faire obstacle à l'expression souveraine du peuple consulté et de nier l'autorité de son assemblée nationale. Il y a eu violation par le Canada de la souveraineté populaire du Québec, principe même de la démocratie.

Aujourd'hui, la loi C-20 sur la «clarté», balisant effrontément nos consultations référendaires et gênant l'expression libre de la volonté du peuple, constitue déjà une immixtion antidémocratique du gouvernement canadien et un affront à notre assemblée nationale. Ottawa se comporte comme si la responsabilité du destin national des Québécois lui appartenait.

En 1995 surtout, le PQ a commis l'erreur historique de reconnaître le résultat du référendum comme si l'ours canadien n'y avait pas mis ses grosses pattes. Ne répétons pas cette erreur en nous embarquant dans le même exercice comme si de rien n'était.

Légitimité d'agir

Par l'obligation de référendum, le Québec donne «sportivement» à l'adversaire canadien une deuxième occasion de le vaincre. Cette pseudo-obligation offre au PQ la possibilité d'abuser de la patience de ses électeurs en repoussant sans cesse une échéance qu'il tarde lui-même à préparer. La promesse d'un référendum renvoie à un moment mythique tous les affrontements parlementaires ou extraparlementaires que le parti est trop lâche pour organiser maintenant contre la mainmise canadienne.

C'est cette logique qui permet au PQ d'exercer des mandats législatifs successifs sans mener de véritable politique indépendantiste et en allant jusqu'à prétendre qu'il serait antidémocratique d'utiliser le pouvoir gouvernemental pour réaliser son programme souverainiste ! Comme si la lutte gouvernementale pour l'indépendance n'était légitime qu'après un référendum victorieux !

La stratégie référendaire est sous-tendue par la fausse idée selon laquelle l'abolition de notre dépendance politique n'est pas une visée légitime en soi, sans référendum. Pourtant, dans un régime parlementaire britannique comme le nôtre, la conquête électorale du pouvoir confère à un parti la légitimité de réaliser son programme. Partant, un parti souverainiste élu a le droit, et le devoir, de réaliser la souveraineté sans référendum. À condition toutefois qu'il n'ait pas mis l'obligation référendaire dans son programme !

Le PQ, en se fixant lui-même cette obligation que ni notre droit parlementaire ni la démocratie en général ne lui imposent, donne l'impression de douter lui-même de la légitimité intrinsèque de sa cause et instille chez tout le monde le doute en ce qui a trait à son droit, en tant que parti élu, de procéder à l'indépendance.

Élection référendaire

Pour faire pièce à l'étapisme, certains proposent l'«élection référendaire». Équivoque, la notion a le défaut de renvoyer au genre référendum et d'en charrier les exigences.

Une «élection référendaire» porte en principe sur un seul enjeu, ce qui tend déjà à la contradiction. Lors d'élections, le citoyen choisit des personnes (représentant un programme de parti aux multiples facettes), il ne se prononce pas sur une question. Sans parler du fait que, contrairement au référendum, les élections mettent d'ordinaire plus de deux parties en présence.

Dans nos référendums sur la souveraineté, la moitié des voix plus une vaut la victoire à l'un des deux camps. Préconiser l'«élection référendaire» laisse entendre que le PQ devrait l'emporter à la majorité absolue des voix (coalisées ou pas) pour que soit légitime sa démarche souverainiste, condition, encore une fois, que notre droit n'impose nullement.

Si, par «élection référendaire», on entend une élection ayant l'indépendance pour enjeu, l'adjectif est alors trompeur, singulièrement dans notre contexte. Une «élection référendaire» est plus que cela, comme les gens le comprendront spontanément. Déjà, ses promoteurs insistent souvent sur le réquisit de la majorité absolue, par pur réflexe issu de 30 ans d'orthodoxie référendaire. De tous les partis en lice, le parti indépendantiste serait le seul à se soumettre à cette sur-exigence, les autres pouvant à bon droit se satisfaire de la majorité relative pour réaliser leur programme !

Prochain scrutin : sur l'indépendance

Parlons donc sans équivoque d'élections pour ou sur l'indépendance. Que le PQ obtienne une majorité de sièges et son gouvernement aura toute légitimité pour procéder à l'indépendance. Qu'il mette fièrement la souveraineté à son programme électoral (non comme lointaine caution dans son programme de parti) et il pourra cette fois stigmatiser avec succès l'«agenda caché», en fait pas montrable, de l'adversaire «libéral» consistant à maintenir le Québec sous la tutelle d'un autre État -- et à le déconstruire, comme il fait maintenant. Que le Parti québécois, au prochain scrutin, brigue le pouvoir sur une plate-forme souverainiste dans le but explicite de faire l'indépendance au cours de son mandat. La conjoncture devrait d'ailleurs l'y inciter.

N'est-ce pas faute d'une telle plate-forme que ce parti a perdu les dernières élections ? Et est-ce en installant à Québec une bande de provinciaux consentants que nous allons récupérer, disons pour la santé, les impôts qu'Ottawa nous arrache en vertu précisément de notre statut de provinciaux ? Le gouvernement de Jean Charest est en train de s'aliéner des pans entiers de la population québécoise et de dresser contre lui, sans doute pour longtemps, le mouvement syndical et populaire.

Des électeurs socialisants pourront être tentés de préférer l'Union des forces progressistes ou le mouvement D'abord solidaires devenu parti politique. Mais au Québec, se couper du mouvement national revient à se couper du peuple et de l'électorat. Ces partis ne sauraient échapper à la marginalité en séparant leur combat social du combat général pour l'affranchissement politique.

De son côté, le PQ a beau accorder la priorité à la question nationale, il ne saurait la régler en méprisant les syndicats ou les organisations communautaires. Au prochain rendez-vous électoral, en 2007, ce parti sera vraisemblablement le plus apte à renverser le gouvernement Charest. Encore faut-il qu'il défende son projet d'indépendance dans l'arène publique et sache, sous cette bannière, rassembler toutes les forces de la nation.



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Le projet souverainiste doit se préparer, pas se radicaliser

Martin Aumais
Membre de l'exécutif du Parti québécois de la circonscription de Jacques-Cartier
Le Devoir mercredi 4 février 2004

Son passage dans l'opposition est l'occasion pour le PQ de redéfinir son projet et son programme

La période que le Parti québécois passera dans l'opposition est une occasion offerte aux membres de redéfinir la souveraineté et son programme. C'est le temps de faire une pause et de répondre à des questions essentielles sur l'avenir.

La principale raison d'être du PQ est de faire du Québec une nation moderne et autonome, ayant les outils pour développer cette nation. C'est pourquoi la souveraineté devient nécessaire car les Québécois se retrouvent dans l'incapacité d'assumer leurs priorités.

Le PQ doit réfléchir là-dessus : le projet souverainiste ne doit pas être une fin en soi, c'est plutôt l'instrument qui permettra à l'État d'établir l'ordre de priorité de ses besoins de base et de son développement. Le PQ aspire à mener la nation à son épanouissement. Lorsqu'on aura démontré à la population que le projet souverainiste est l'outil primordial à la réalisation des ambitions du Québec, la souveraineté deviendra envisageable.

Un piège fatal

Toutefois, comme souvent lorsque le PQ se retrouve dans l'opposition, les membres les plus orthodoxes ressortent leurs vieilles idées. À la lecture de ces textes prônant l'élection référendaire, on comprend que plusieurs veuillent radicaliser les discours parce qu'ils attribuent en quelque sorte l'échec souverainiste à la démocratie. Il manquait quelques dizaines de milliers de vote pour réaliser le projet; pour les radicaux, il est alors plus facile de forcer la souveraineté que de convaincre une portion de nationalistes modérés. La pensée magique : nous n'aurons pas à convaincre, nous n'aurons qu'à cueillir le fruit mûr. [...]

Une élection référendaire est irréaliste car :

- le fédéral aura toute la latitude pour ne pas négocier puisqu'il n'y aura pas de mandat clair et il alléguera qu'il y a une majorité d'élus fédéralistes à Ottawa;

- les nationalistes modérées qui votent tantôt pour le PQ et tantôt pour le PLQ voteront pour celui-ci;

- plusieurs souverainistes n'approuveront pas cette démarche, ce qui aura pour effet d'affaiblir le mouvement;

- il est loin d'être acquis que le PQ puisse espérer la victoire avec un tel concept;

- comment convaincre que la souveraineté est pour tous si on n'inclut pas la majorité ?

Rester dans l'opposition ?

En prônant cette idée, il faut se demander si les radicaux ne désirent pas inconsciemment garder le mouvement souverainiste dans l'opposition. Marcel Lefebvre, dans son texte «Exit l'étapisme» publié dans Le Devoir du 14 janvier 2004, avance que le PQ doit renoncer au pouvoir provincial pour ne faire que des référendums par le truchement de l'opposition officielle. Mais doit-on rappeler que seul le gouvernement provincial pourra réaliser la souveraineté ? Ce n'est pas l'opposition officielle provinciale qui pourra le faire !

Que cela plaise ou non, les résultats des référendums ont été clairs : une majorité de la population s'est opposée à ce que le PQ ait le mandat de négocier la souveraineté. La lucidité impose deux choses : ou bien le PQ retrousse ses manches et fait ses devoirs dans le but de faire adhérer une majorité, ou bien il renonce à son projet. À aucun moment le PQ ne peut espérer penser faire la souveraineté sans l'assentiment de la population. La souveraineté ne se fera pas pour le PQ mais pour les Québécois.

Ce que le PLQ attend de l'aile orthodoxe du PQ, c'est de l'assurer d'un deuxième mandat. Les libéraux se disent que les péquistes vont tomber dans les querelles intestines, ce qui aura pour effet de diviser leurs forces. Mieux, ils espèrent que le PQ radicalise son programme, ce qui aurait pour effet de jeter les nationalistes modérés dans le camp fédéraliste, par conséquent dans le camp du PLQ.

Rétablir la confiance

Dans son texte «Rétablir la confiance» publié dans Le Devoir du 2 décembre 2003, le député Jean-Claude Saint-André énonçait tout de même une vérité : «Un exercice de lucidité s'impose et le passage obligé à l'opposition devrait nous permettre de le faire. Cet exercice de lucidité doit commencer par l'admission et la compréhension des erreurs que nous avons commises alors que nous étions au pouvoir. Voilà la première condition à remplir pour rétablir la confiance avec les Québécois.»

Cette admission est juste; toutefois, la réponse apportée l'est moins. Le député Saint-André fait une fusion; la gauche et l'élection référendaire ne font qu'un tout. En conclusion, il écrit : «[...] Notre passage dans l'opposition peut nous permettre de redéfinir nos objectifs et ainsi rétablir une relation de confiance avec les éléments les plus progressistes de notre société. Proposons un plan d'action gouvernemental précis, avec un échéancier compris de tous. Il va de soi que ce plan d'action doit comprendre la démarche qui nous conduira à l'indépendance nationale. [...] Nous ne pouvons plus nous enfermer dans une approche référendaire pour parvenir à l'indépendance, comme nous avons tenté de le faire en 1980 et en 1995. Lors des prochaines élections, le Parti québécois devra demander un mandat clair pour réaliser l'indépendance du Québec. Aussitôt élu, le gouvernement devra légiférer afin d'enclencher le processus menant à la pleine et entière souveraineté.»

Ne peut-on pas être progressiste sans pour autant prôner l'élection référendaire ? Ce que prône M. Saint-André est une dérive de la pensée souverainiste. L'électorat québécois n'est pas le membership du Parti québécois. Comment croire que la population a perdu confiance dans le PQ parce que le gouvernement n'a pas été à la hauteur des ambitions de faire la souveraineté ? Le 14 avril 2003 est arrivé une chose qui est arrivée constamment depuis 45 ans, c'est-à-dire l'usure du temps et le goût de changement de la population. [...]

Pour rétablir la confiance, le Parti québécois doit être en mesure de projeter une double image. La première, c'est d'être rassurant, en quelque sorte d'avoir le Québec à coeur et de toujours aller dans l'intérêt général. La deuxième image qu'il doit projeter, c'est d'être un parti prêt à former un gouvernement audacieux et ambitieux ayant pour objectif de faire une société meilleure. En quelque sorte, la population recherche un gouvernement audacieux mais modéré, qui ne laissera rien au hasard. L'étapisme est là pour rester car la réalisation de la souveraineté ne se fera pas en un jour. Il y aura des échéanciers.

La première étape

Il y a un fait que personne ne peut contester, c'est que le Parti québécois ne pourra pas réaliser la souveraineté dans l'opposition. C'est pourquoi on peut se poser des questions sur les objectifs des ténors de la radicalisation du discours souverainiste. Préfère-t-on rester de façon définitive dans l'opposition et même donner la chance à l'ADQ de reprendre le discours nationaliste modéré ? Le PQ deviendrait un parti marginal. Le principe de l'élection référendaire ne peut pas donner autre chose.

En définitive, le Parti québécois doit revenir aux valeurs sociales. Faire la lutte contre la pauvreté, promouvoir la protection de l'environnement, s'attaquer aux problèmes de conciliation famille-travail : ce sont là des batailles pour remporter les prochaines élections. En somme, le PQ doit être l'opposé du PLQ. [...]

Il faut souligner que le projet souverainiste québécois est un projet démocratique. Un projet de cette ampleur ne se réalise pas en quelques astuces et en un court laps de temps. C'est un projet qui peut prendre des décennies; il faut toujours rester optimiste, c'est même une obligation. Et nous avons raison de l'être car, dans les années 50, la souveraineté du Québec n'était qu'un projet pour lunatiques. Dans les années Bourgault, seul un faible pourcentage y adhérait. Puis, avec René Lévesque, plus de 40 % de la population y a cru. Avec Lucien Bouchard, nous sommes passés près de l'objectif.

Finalement, nous en sommes peut-être à la dernière étape, la plus difficile de toutes, celle où nous devrons tous aider notre chef à cueillir les quelques pourcentages de voix manquantes. Et nous n'avons pas à convaincre les orthodoxes : c'est plutôt ceux qui ont voté NON par le passé avec une quelconque hésitation. Ceux qui croyaient à une dernière chance du fédéralisme.



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»» Le conseil national du PQ

Le conseil national du PQ lance la consultation sur le renouveau du parti

Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 4 février 2004

Avec la tenue, la fin de semaine prochaine, d'un conseil national, le Parti québécois enclenchera la deuxième phase de sa saison des idées, celle de la consultation.

Tout l'automne, les équipes des trois chantiers de modernisation du PQ ont préparé les pistes de réflexion qui seront déposées samedi. Au cours des prochaines semaines, une commission itinérante ira prendre le pouls des militants, des instances du parti, des groupes intéressés ainsi que des experts. Un rapport est attendu d'ici juin pour dépoussiérer le parti, son programme et son option.

L'invitation faite à des politicologues avait soulevé l'ire des 16 associations péquistes de Montréal-Ville-Marie en décembre dernier. À l'unanimité, elles avaient adopté une résolution protestant contre l'intrusion d'experts dans le processus interne. La question pourrait rebondir au conseil national.

Souveraineté

Outre la saison des idées, les militants du PQ auront à se prononcer sur diverses propositions. La question de la souveraineté sera une fois de plus soulevée. Trois associations locales l'abordent. Les militants de la Montérégie et de Lotbinière souhaitent que le PQ organise «un débat sur l'idée d'une élection référendaire, qui autoriserait la déclaration d'indépendance avec 50 % plus un des votes exprimés». Dans Montmorency, on veut que le PQ réclame, lors des prochaines élections, un mandat pour réaliser la souveraineté.

Les péquistes de Taillon -- la circonscription de Pauline Marois -- présenteront une proposition de principe, soit qu'un prochain gouvernement du Parti québécois rétablisse intégralement l'article 45 du Code du travail. L'association de Viau propose pour sa part que le PQ fasse pression pour «convaincre le gouvernement Charest de maintenir le barème plancher à 533 $ aux prestataires de la sécurité du revenu». Mais il y a un hic ! Le barème plancher n'existe pas; le gouvernement péquiste n'a jamais consenti à en établir un. Il s'agit plutôt d'une prestation minimale qui peut subir des pénalités.

D'autres propositions seront débattues, qui consistent à dénoncer le gouvernement, qui sur la «réingénierie» de l'État, qui sur la hausse du tarif dans les centres de la petite enfance, qui sur la réforme des institutions démocratiques. Ce dernier élément peut paraître ironique compte tenu que le PQ n'a pas manifesté (à part le député Jean-Pierre Charbonneau) un grand enthousiasme à l'égard d'un quelconque changement de mode de scrutin. Maintenant dans l'opposition, le PQ dénonce l'absence de consultations populaires (qui ont déjà eu lieu sous le précédent gouvernement !) et affirme du même souffle que jamais il n'y participera.



»» discours du Trône - 2004

L'opposition à Québec pourfend Ottawa

PC
La Presse mercredi 4 février 2004

Québec - L'opposition à Québec est extrêmement déçue du discours du Trône du gouvernement de Paul Martin. Péquistes et adéquistes dénoncent les visées d'Ottawa et la réaction du gouvernement Charest.

Le critique du Parti québécois, Daniel Turp, qualifie le premier ministre fédéral de " roi de la dépense " qui fait ce qu'il veut dans les champs de compétence provinciaux avec sa " matraque fiscale ".

Le député de Mercier estime qu'en réaction le premier ministre Jean Charest et son ministre délégué, Benoît Pelleter, ne se montrent guère à la hauteur. Ils devraient demander, selon lui, un droit de retrait avec pleine compensation financière. Sinon, M. Turp dit conclure à la " connivence entre libéraux du Québec et du Canada ".

Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, estime quant à lui que le gouvernement fédéral fait fausse route en tendant la main aux municipalités au-dessus de la tête des provinces. " C'est saugrenu de voir que le gouvernement fédéral ait autant de préoccupation pour l'équilibre financier fédéral-municipal, alors que le déséquilibre fiscal persiste ", soutient-il.

Revenant sur le dossier des congés parentaux, le chef adéquiste affirme que cela n'augure rien de bon pour les relations Québec-Ottawa. " Au lendemain du jugement, il me semblait que Paul Martin avait une ouverture extraordinaire, mais il retourne devant les tribunaux et il n'y en a pas un mot dans le discours du trône ".

Le ministre de la Famille, Claude Béchard, pense toutefois que l'imbroglio avec Ottawa pourrait se résoudre avant les prochaines élections fédérales. Du même souffle, il prévient Ottawa qu'il ne veut pas cependant de nouveaux programmes de garderies, même s'il accepterait les budgets prévus pour le Québec.



»» discours du Trône - 2004

La défense des intérêts du Québec
est trop molle au goût du PQ

Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 4 février 2004

Québec - L'opposition officielle a accusé le gouvernement Charest de mollesse face aux intrusions du gouvernement fédéral dans les compétences du Québec, tel qu'annoncé dans le discours du Trône.

«Le gouvernement manque de colonne vertébrale», a dénoncé Daniel Turp, le député de Mercier et porte-parole de l'opposition officielle pour les affaires intergouvernementales canadiennes. «C'est un gouvernement qui ne se tient pas debout, un gouvernement mou.»

Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, estime qu'il faut «rester vigilants», a rappelé M. Turp. En se complaisant dans cette attitude passive, «on devient simple observateur de ce train fédéral de l'envahissement des compétences du Québec, ce TGV fédéral», a-t-il déploré.

Selon le député péquiste, le gouvernement Charest doit défendre les intérêts du Québec et demander à Ottawa un droit de retrait avec pleine compensation, sans conditions, pour la douzaine d'intrusions que prépare le nouveau gouvernement de Paul Martin. M. Turp note que le discours du Trône use à maintes reprises de l'expression «le fédéral de concert avec les provinces», ce qui signifie, à son avis, qu'Ottawa entend assumer le leadership même dans les matières de compétence provinciale.

Pour l'ancien député bloquiste, les gouvernements Martin et Chrétien, c'est «bonnet blanc, blanc bonnet». Le gouvernement Martin s'acharne aussi à imposer ses priorités dans les champs de compétence qui ne sont pas les siens. Ottawa entend tout autant prendre des «décisions unilatérales» et exercer «ce pouvoir pernicieux» qu'est le pouvoir fédéral de dépenser. «Le Québec se fait donc envoyer promener par Paul Martin, comme il s'est fait envoyer promener par Jean Chrétien», a dit M. Turp, avec plus de politesse, toutefois.

Dans son discours du Trône, Paul Martin se montre comme «le roi de la dépense», estime M. Turp. On peut constater qu'il y a de l'argent à Ottawa. «On veut en faire beaucoup, ce qui est un aveu à peine voilé de l'existence de surplus et peut-être d'énormes surplus», a-t-il dit. Tout en persistant à ne pas reconnaître le déséquilibre fiscal, M. Martin confirme qu'il s'est donné un outil, «une espèce de matraque fiscale qui lui permettra de dicter ce que bon lui semble dans toutes sortes de domaines», a ajouté le député de Mercier.



»» Observatoire de la mondialisation

Observatoire de la mondialisation: le Québec a servi de modèle à la France

PC
Le Devoir mercredi 4 février 2004

Paris - La France a décidé de se doter d'un «observatoire de la mondialisation» largement inspiré de celui créé par le gouvernement de Bernard Landry mais rapidement abandonné par celui de Jean Charest.

Régulièrement évoqué ces derniers mois et fortement souhaité par le président Chirac, le projet est désormais sur les rails. Un rapport soumis au premier ministre Jean-Pierre Raffarin, il y a trois semaines, définit désormais les contours de cet «Observatoire national des effets de la mondialisation». Vendredi, son auteur, le sénateur Serge Lepeltier, rencontre le chef de l'État, le président Chirac, pour discuter de la mise en place de l'organisme, dont la mission sera en tous points semblable à celle qui avait été confiée à l'observatoire québécois.

«Dès que nous avons pensé à créer un observatoire, nous avons regardé ce qui se faisait ailleurs dans le monde. Nous avons vu que l'observatoire québécois était le plus abouti, a raconté le sénateur. Et nous sommes clairement partis sur les mêmes objectifs.»

M. Lepeltier s'est bien gardé de commenter la décision du gouvernement Charest de fermer l'observatoire présidé par Pierre Lampron quelques mois seulement après sa création au début de 2003. Mais il a fait observer que la décision avait peut-être été prise «un peu tôt». «L'observatoire québécois venait de prendre son envol, a-t-il noté. Et pour nous, en tant qu'observatoire français, il nous aurait été très utile, puisqu'il nous aurait apporté un regard différent du nôtre.»

En décembre, au moment où il mettait la dernière main à son rapport, le sénateur a «longuement» reçu au Sénat l'ex-ministre des Relations internationales, Louise Beaudoin, qui avait créé l'observatoire québécois de la mondialisation.

«Il est très satisfaisant de constater que nos travaux et notre réflexion approfondie ont contribué à convaincre la France qu'il s'agissait d'une idée porteuse et structurante pour aborder la problématique de la mondialisation, a indiqué dans un courriel Mme Beaudoin. Qu'une grande puissance comme la France s'inspire de notre expérience me réjouit. Notre travail donne des fruits inattendus, mais d'autant plus satisfaisants.»

L'Observatoire français des effets de la mondialisation devrait voir le jour dans un an. Il sera forcément ouvert sur l'international et s'empressera, a indiqué le sénateur, de nouer des liens avec des organismes de recherche et d'autres observatoires, quand ils existeront.



»» Québec - Allemagne

Le Québec et l'ouverture allemande

Ingo Kolboom
Professeur titulaire de la chaire France et Francophonie à l'université de Dresde (Allemagne), membre du Haut Conseil culturel franco-allemand et de la Société allemande de politique étrangère et, depuis 1999, président de l'Association internationale des études québécoises (AIEQ)
Le Devoir mercredi 4 février 2004

Libre opinion: Le premier ministre du Québec, Jean Charest, vient de faire sa première visite en Europe en choisissant le Royaume-Uni et l'Allemagne. Le symbole et la signification de ce premier voyage officiel du nouveau premier ministre n'auront pas échappé aux autorités politiques comme à la communauté d'affaires en Allemagne. Plus de 600 personnalités des milieux économique, politique, universitaire et culturel, réunies à Munich et à Berlin, y compris le chancelier allemand, en gardent un excellent souvenir.

Le premier ministre a rencontré une sympathie et une curiosité envers son pays qui surprennent maints Québécois, y compris dans la classe politique. À tort, car ils ignorent les liens tissés entre nos deux pays, l'Allemagne étant le premier marché d'exportation du Québec en Europe et le deuxième dans le monde après les États-Unis (chiffres de 2002) et le Québec réalisant à lui seul la moitié des exportations canadiennes vers l'Allemagne.

Ils ignorent également que l'Allemagne est un pays d'Europe centre-orientale qui compte plus d'anthologies de la littérature québécoise, plus de centres d'études québécoises et plus d'experts universitaires du Québec que la France. Et ils ignorent une profonde francophilie allemande ouverte à un pays nord-américain de langue française.

Rappeler ces données ne signifie surtout pas inciter les Québécois à trahir leurs penchants naturels et ignorer leurs liens historiques avec la France. Car parler de l'Allemagne, c'est parler aussi d'un pays qui est le partenaire politique et commercial le plus important et le plus étroit de la France et où le français est la deuxième langue étrangère enseignée. C'est donc parler de toute une dimension politique et civile nommée «Françallemagne» (Libération, 22 janvier 2003). Les amis allemands du Québec sont, en vertu de leur culture, les mêmes qui sont les amis de la France.

Rien de plus bête que cette attitude de vouloir voir dans une ouverture du Québec sur l'Allemagne une dérive québécoise vers l'Est de l'Europe au détriment de la France. Au contraire, s'ouvrir sur l'Allemagne, c'est une manière intelligente d'élargir les liens franco-québécois, d'en profiter pour mieux implanter le Québec dans une Europe sur le point de réaliser son unité politique, économique et culturelle, allant de l'Irlande aux républiques baltes.

Le Québec n'a rien à négliger dans sa politique traditionnelle envers les États-Unis, envers la France, envers le Royaume-Uni, envers la francophonie internationale et envers le reste du monde. Mais il doit également tenir compte de l'importance des liens franco-allemands et d'une Allemagne profondément européenne, au centre de l'Europe, dont le rayonnement économique, culturel, scientifique et institutionnel peut servir au Québec. Ce dernier se doit de suivre l'évolution de l'Union européenne et y montrer une plus grande présence. Mais pour faire ainsi, il faut une classe politique et diplomatique québécoise dont les ambitions politiques et personnelles soient moins focalisées sur une image nostalgique et hexagonale de la France alors que cette dernière se «déshexagonalise» profondément.

Certes, plus de 80 fonctionnaires et diplomates québécois à Paris sont à la hauteur de la France et de l'amour du Québec pour la mère patrie. Mais un tout petit bureau du Québec à Munich, y compris une antenne à Berlin, avec une poignée de fonctionnaires qui gèrent les trois pays germanophones (Allemagne, Autriche, Suisse), est bien loin de suffire aux ambitions d'un Québec dont les intérêts économiques, politiques et culturels embrassent l'Europe tout entière.

D'autant plus qu'il s'agit d'une Europe qui héberge plus de la moitié des centres universitaires dans le monde qui se consacrent aux études du Québec, qui compte plus de 500 experts universitaires et scientifiques du Québec et dont un bon nombre se sont formés rapidement et fortement depuis une dizaine d'années en Croatie, en Hongrie, en Pologne, dans les républiques baltes, en Roumanie, en Slovaquie, en République tchèque... pour contribuer ainsi au renforcement de la francophonie en Europe centre-orientale. Encouragé par l'Association internationale des études québécoises, ce réseau de messagers bénévoles qui portent le Québec en eux, amis de la France également, se joint à tous ceux, dans les milieux économiques et politiques, qui portent un intérêt certes moins philanthropique mais pas moins intéressant pour le Québec. Que le Québec s'en serve, et ses entrepreneurs, ses créateurs, ses universitaires, ses scientifiques ainsi que sa jeunesse n'en seront que plus bénéficiaires !



»» SUROÎT

Suroît: un pépin pour Hydro

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir mercredi 4 février 2004

La Ville de Beauharnois retarde le changement de zonage et pourrait tenir un référendum

La municipalité de Beauharnois a reporté sine die les amendements à son règlement de zonage qu'elle s'apprêtait à adopter hier soir lors de son assemblée publique mensuelle afin de rendre possible l'émission du permis de construction réclamé par Hydro-Québec pour la centrale qui pourrait bien appartenir en fin de compte à la multinationale General Electric.

À la mairie de Beauharnois, on n'écartait plus hier soir l'idée de soumettre le zonage réclamé par Hydro-Québec à un référendum municipal !

La décision de reporter l'adoption du règlement de zonage réclamé par Hydro a été prise lundi soir lors de la soirée préparatoire de l'assemblée publique, a expliqué au Devoir le maire de Beauharnois, Daniel Charlebois, et cela, pour deux raisons.

D'abord, dit-il, parce qu'il y a une forte inquiétude, «beaucoup de questions nouvelles» dans la population, y compris en rapport avec le respect du protocole de Kyoto, même si le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a tenu l'an dernier et pendant deux semaines une consultation sur place. Le maire prend pour preuve de ces préoccupations nouvelles la pétition que devait lui remettre hier soir un petit groupe environnemental local, Option verte.

Ce dernier a réuni en une semaine les noms de plus de 2000 contribuables de Beauharnois, soit plus du quart des citoyens de cette municipalité.

Selon le maire Charlebois, Hydro «devra d'abord venir nous rencontrer et nous assurer d'un plan de communication pour rassurer à tout le moins la population». La municipalité n'adoptera pas le changement de zonage à la sauvette mais avec un «solide consensus» derrière elle.

Deuxièmement, ajoute le maire de Beauharnois, Hydro-Québec devra régler le vieux contentieux autour des taxes trop basses, à son avis, payées pour le barrage de Beauharnois. Ces taxes se sont limitées à 17 500 $ par année pendant des décennies et Hydro s'est finalement résignée à élever le montant à 300 000 $ par année après avoir rénové la centrale au coût de un milliard, dit-il.

Mais le maire veut éclaircir un autre aspect économique de ce dossier, potentiellement plus litigieux encore. Il craint en effet que Beauharnois ne soit flouée par la cession du Suroît à General Electric. Si la Ville exempte le Suroît de taxes parce que la centrale appartient à une société d'État, le bien immobilier en question, avec ses avantages fiscaux, sera-t-il transféré avec la même exemption, privant d'importants revenus les coffres municipaux ? La Ville semblait fort intéressée hier à savoir si la centrale de General Electric pourra être taxée comme n'importe quelle autre entreprise d'une valeur de 550 millions.

Jusqu'ici, Hydro-Québec et Beauharnois ont convenu dans une entente écrite que la Ville obtiendrait trois millions et la MRC, un million si les deux organismes modifient le règlement de zonage en faveur du projet d'Hydro-Québec.

Techniquement, la centrale du Suroît sera implantée dans l'ancienne municipalité de Melocheville, dans un secteur zoné industriel mais où les règles locales du zonage interdisent formellement la construction d'une centrale thermique au gaz ou d'une centrale nucléaire. Cette réglementation étant toujours en vigueur, elle doit être changée pour que la Ville puisse délivrer à Hydro-Québec le permis de construction demandé. La consultation pour ce changement de zonage a été très courte : il y a cinq contribuables dans ce secteur : Hydro-Québec, PPG, Alcan et un citoyen en chair et en os, qui s'est dit d'accord !

Mais le changement de zonage que Beauharnois «va se dépêcher très tranquillement» à adopter, selon le mot du maire, constitue aussi la clef sans laquelle le décret d'approbation du Suroît, le 17 décembre dernier, par le conseil des ministres, est sans effet juridique. En effet, la Loi québécoise de l'environnement exige qu'un promoteur obtienne de la municipalité où son projet sera implanté un certificat attestant de sa conformité au zonage municipal. Or, dans l'état actuel de la réglementation à Beauharnois, la Ville ne peut pas délivrer un tel certificat d'autorisation, ce qui explique qu'on suivait hier d'heure en heure l'évolution de la situation au ministère de l'Environnement.

Le transfert de propriété du Suroît pose un autre problème car il se pourrait bien que les raisons qui ont justifié l'autorisation au profit d'une société d'État ne valent pas pour une entreprise privée. Celle-ci agira en quelque sorte comme un sous-traitant, une nouvelle forme de privatisation par étapes jamais expérimentée auparavant au Québec. Selon l'entente intervenue en octobre entre Hydro et GE, «la construction, le financement et l'exploitation de la centrale seront sous la responsabilité de General Electric alors qu'Hydro-Québec Production assumera l'achat du gaz naturel nécessaire à la centrale ainsi que la vente de l'électricité sur les marchés», lit-on dans l'analyse environnementale qui a justifié l'autorisation du projet.

«Nous n'avons pas de demande de transfert du certificat d'autorisation, ce qui serait surprenant quand le certificat n'a pas encore été délivré par le ministre», précisait au Devoir le directeur adjoint de son cabinet, Paul-Émile Laquerre.

Ce dernier n'excluait pas que le ministre «soit obligé de retourner au cabinet avec un nouveau décret» si une telle demande était adressée par Hydro-Québec puisqu'on pourrait prétendre qu'il s'agit d'un projet différent. M. Laquerre reconnaissait que les motifs invoqués pour justifier l'émission d'un certificat à Hydro-Québec pourraient bien ne pas être valides pour une entreprise privée, d'autant plus que les besoins internes auxquels il répondrait n'ont jamais été reconnus par la Régie de l'énergie. «C'est évidemment une question qu'on se pose et c'est une question qu'on va continuer de se poser», confirme M. Laquerre.

Du côté de l'Action démocratique, on demandait carrément au ministre de l'Environnement «de ne pas signer le certificat d'autorisation», ni le transfert de propriété à General Electric.

«Le ministre Mulcair doit se tenir debout et rappeler à ses collègues leurs engagements électoraux, l'engagement du Québec en faveur de Kyoto et les conclusions du BAPE, qui ne pouvait autoriser le projet du Suroît avant la présentation d'un programme de réduction des gaz à effet de serre. Si M. Mulcair tient davantage à l'environnement qu'à sa limousine, il a l'obligation de ne pas signer le certificat d'autorisation du Suroît», déclarait Marc Picard, député des Chutes-de-la-Chaudière. Pour ce critique du parti adéquiste, le transfert du Suroît à GE devrait faire l'objet d'une nouvelle évaluation environnementale puisque des caractéristiques fondamentales du projet seraient changées.

Quant à la manifestation qui devait avoir lieu hier soir à Beauharnois, elle n'a pas été décommandée. Mais la police devait être sur place en force, d'autant plus qu'un appel à la bombe a été fait hier après-midi à la mairie de Beauharnois, l'oeuvre probable d'un «clown», précisait le maire, qui n'imputait pas la chose aux organisateurs de la manifestation, compte tenu du caractère éminemment pacifique et ordonné de la spectaculaire manifestation de la fin de semaine devant le siège social d'Hydro-Québec.



»» SUROÎT

KYOTO FERA GRIMPER LE COÛT DU SUROÎT

Charles Côté
La Presse mercredi 4 février 2004

La facture pourrait atteindre 22,5 millions par année

Hydro-Québec devra acheter des droits pour compenser les émissions de gaz à effet de serre de la centrale du Suroît, selon le ministre fédéral de l'Environnement, David Anderson.

" C'est inquiétant d'avoir une augmentation des émissions (avec le Suroît), a affirmé M. Anderson en entrevue hier. S'il y a une augmentation, il faudra trouver des réductions ailleurs. "

La facture pourrait s'élever à 22,5 millions par année, selon le scénario le plus probable retenu par le gouvernement fédéral. En effet, les industries qui auront augmenté leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) devront acheter des permis sur un marché que le gouvernement fédéral compte mettre sur pied. Ces permis seront délivrés par les entreprises qui, elles, auront réduit leurs émissions de GES. Ce marché doit faire en sorte que les réductions d'émissions les moins chères soient réalisées en premier.

C'est un aspect crucial du plan fédéral de mise en oeuvre du protocole de Kyoto, réaffirmé hier par le nouveau premier ministre Paul Martin. Il a indiqué hier que le discours du Trône, prononcé la veille, " confirme une fois de plus notre intention de relever le défi de Kyoto ".

En ratifiant le protocole de Kyoto, le Canada s'est engagé à réduire de 6 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) sous les niveaux de 1990, d'ici 2010, afin de lutter contre les changements climatiques. Il manque encore la ratification par la Russie pour que le protocole de Kyoto entre en vigueur.

La construction de la centrale du Suroît au coût de 550 millions a été approuvée il y a trois semaines par le gouvernement du Québec, en dépit de la recommandation du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). " Son autorisation, concluait le BAPE, devrait être conditionnelle à la démonstration claire qu'il ne compromet pas les engagements du Québec en regard du protocole de Kyoto. "

Pour ce qui est de l'augmentation des émissions du Suroît, le fédéral aura une solution toute prête, affirme M. Anderson. " Nous aurons un marché d'échange pour les crédits d'émissions, dit M. Anderson. S'il y a des émissions moins chères dans une autre province, il sera possible pour Hydro-Québec d'employer le marché pour les acheter. Sinon, peut-être qu'il y a des occasions de réduire au sein de l'entreprise. Mais c'est une décision commerciale. "

Hier, Hydro-Québec n'a pas voulu commenter la déclaration de M. Anderson. " On ne va pas commenter les propos du ministre tant que les mécanismes du protocole de Kyoto ne seront pas implantés ", a indiqué la porte-parole Christine Martin.

À plusieurs occasions, les dirigeants d'Hydro-Québec ont affirmé que le Québec serait récompensé pour sa performance passée et actuelle en matière d'émission de GES.

C'est mal comprendre le protocole de Kyoto, selon Steven Guilbeault, de Greenpeace. " Il y a des gens à Hydro-Québec qui vivent dans un monde parallèle, dit-il. Le concept selon lequel le gouvernement fédéral va donner à Hydro-Québec des crédits parce qu'elle fait de l'hydroélectricité, c'est un mythe. C'est ne pas comprendre Kyoto. "

Le bureau du ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, a indiqué hier s'en remettre aux réponses d'Hydro-Québec. Il n'a pas été possible de savoir si le facteur Kyoto a fait partie de l'équation quand le projet a été approuvé au Conseil des ministres le 17 décembre.

Selon le scénario que le gouvernement fédéral juge le plus probable dans son plan d'action sur les changements climatiques, les droits d'émissions coûteront 10 $ la tonne. La centrale du Suroît émettra 2,25 millions de tonnes de GES par année, une facture annuelle de 22,5 millions pour Hydro-Québec.

Si le marché d'échange de permis d'émissions fonctionne bien, ces millions d'Hydro-Québec prendront le chemin de... l'Alberta, où ils contribueront par la bande à réduire la pollution, selon M. Guilbeault. " C'est là qu'il y a le plus d'occasions pour réduire les émissions, à cause de leur secteur de production d'électricité dans les centrales thermiques au charbon et leur industrie pétrolière ", dit-il.

C'est sans compter que les achats de gaz naturel nécessaires au fonctionnement du Suroît devraient rapporter 200 millions par année à l'industrie gazière albertaine.

Par ailleurs, Daniel Charlebois, le maire de Beauharnois, où doit être construite la centrale du Suroît, disait vouloir refiler une autre facture à Hydro-Québec. M. Charlebois a annoncé que le changement de zonage municipal nécessaire pour permettre la construction de la centrale ne serait pas adopté hier comme prévu. " Le conseil veut avoir plus d'information sur la nouvelle version du projet, dit M. Charlebois. On va faire une ou deux journées de consultations publiques. "

M. Charlebois est favorable au projet du Suroît, mais il compte profiter de l'occasion pour régler un vieux contentieux avec Hydro-Québec, qui bénéficie d'une exemption d'impôt foncier pour la centrale hydroélectrique existante. " Hydro-Québec occupe à peu près les deux tiers du secteur de Melocheville, dit-il. Et elle utilise les services comme tout le monde: la police, les pompiers, les routes. "

Il a visité aux États-Unis une centrale au gaz semblable au projet du Suroît. " Elle rapportait deux millions par année à la municipalité ", dit-il.



»» l'article 11 de l'ALENA

Un trou dans l'armure de l'article 11 de l'ALENA

Charles Côté
La Presse mercredi 4 février 2004

Les compagnies qui poursuivent des gouvernements en vertu de l'accord de libre-échange devront le faire en public et le tribunal devra accueillir les interventions de groupes de citoyens, comme les écologistes.

C'est la décision qu'a rendue le tribunal d'arbitrage de l'ALENA (Accord de libre-échange nord-américain), donnant raison à l'Institut international du développement durable (IIDD), un organisme de Winnipeg, après trois ans et demi de procédures.

La victoire de l'avocat Howard Mann pour le compte de l'IIDD est une première dans le domaine des accords de commerce. Le chapitre 11 a servi de modèle à des centaines d'autres accords, dont celui du projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).

" Quand nous avons commencé, les procédures se déroulaient à huis clos, les documents étaient secrets et dans certains cas, même les décisions étaient secrètes, affirme Me Mann. Aujourd'hui, nous avons toute la latitude pour présenter un mémoire. L'audition finale, en juin, se fera en public et tous les documents sont accessibles. "

Poursuite en Californie La décision intervient dans le cours d'une poursuite de 1,6 milliard lancée par Methanex, une compagnie canadienne, contre le gouvernement de la Californie. Methanex fabrique un additif pour l'essence que la Californie a interdit parce qu'il est cancérigène, une affirmation que conteste la compagnie.

Cet additif, le MTBE, s'est répandu dans les eaux souterraines à cause des fuites dans les réservoirs des stations-service. Il est utilisé parce qu'il permet de réduire la pollution de l'air lors de la combustion de l'essence. Methanex prétend que la Californie l'a en fait exproprié sous un faux prétexte pour l'exclure d'un lucratif marché.

La poursuite de Methanex a été déposée en 1999 et s'est déroulée à huis clos depuis. C'est l'une des causes souvent citées par les militants antimondialisation comme un exemple de ce qui cloche dans le chapitre 11 de l'ALENA. " Si le droit des investisseurs étrangers a préséance sur celui des gouvernements de protéger la santé et l'environnement, nous allons dans la mauvaise direction ", a résumé M. Mann.



»» La mondialisation

La mondialisation a-t-elle perdu la tête?

Elias Lévy
La Presse dimanche 1 février 2004

Les altermondialistes, réunis à Bombay, ont plié bagage il y a deux semaines, suivis quelques jours plus tard par les chefs d'État, qui étaient à Davos. Joseph Stiglitz, lui, continue de jeter des pavés dans la mare de la mondialisation.

Prix Nobel d'économie 2001, principal conseiller économique du président Bill Clinton - il a présidé, de 1993 à 1997, le très fermé Council of Economic Advisers de la Maison-Blanche -, Joseph Stiglitz a démissionné avec fracas il y a quatre ans de son poste d'économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale. Aujourd'hui professeur à l'Université Columbia de New York - il a enseigné aussi aux universités de Yale, Oxford, Stanford et Princeton -, c'est un farouche défenseur d'une mondialisation à visage plus humain.

L'auteur de La Grande Désillusion (Éditions Fayard, 2002), best-seller international qui a suscité des réactions et des débats passionnés, vient de publier, chez le même éditeur, Quand le capitalisme perd la tête (version française de The Roaring Nineties). Un brillant essai-choc dans lequel cet économiste iconoclaste dénonce vigoureusement encore une fois les dysfonctionnements de la mondialisation et les excès du capitalisme américain des années 90.

Joseph Stiglitz nous a accordé une entrevue récemment.

Vous critiquez très sévèrement la mondialisation. Mais est-ce vraiment le problème?

Je ne suis pas un " antimondialisation " obtus et doctrinaire, mais un " pro-mondialisation " réaliste. Le problème n'est pas la mondialisation qui, à mon avis, est un processus inéluctable et bénéfique pour le développement socioéconomique de l'humanité, mais plutôt la manière dont celle-ci a été mise en oeuvre et est gérée aujourd'hui. Surtout par les États-Unis, seule superpuissance économique mondiale détenant le contrôle quasi absolu des principaux leviers financiers façonnant la globalisation économique. Depuis les années 90, les États-Unis se sont appliqués à répandre partout dans le monde l'idéologie du libre marché, en se souciant avant tout d'ouvrir les marchés étrangers aux firmes américaines.

Dans votre livre, vous démontrez, exemples à l'appui, que la mondialisation est un processus très inéquitable qui marginalise les pays les plus pauvres. Comment?

La mondialisation ne marche pas parce qu'elle ne profite pas à tout le monde, même si elle profite à beaucoup de monde dans certains pays pauvres. Surtout aux membres des classes dirigeantes, souvent très corrompues. Il est vrai que, grâce à la mondialisation, plusieurs pays d'Asie, notamment la Chine, ont accru sensiblement leurs exportations. Mais ailleurs, surtout en Amérique latine, les réformes économiques amorcées au début des années 90 ont eu des incidences délétères: instabilité économique, recrudescence de la pauvreté, hausse vertigineuse des prix des aliments de base, farine, pain, sucre. La libéralisation échevelée du commerce et des marchés des capitaux, imposée par le Fonds monétaire international (FMI) aux pays en voie de développement, a sérieusement affaibli et déstabilisé les économies déjà très vulnérables de ces contrées. Les pays qui ont le mieux réussi pendant et après la crise financière asiatique de 1997 et 1998 ont été ceux qui n'ont pas suivi la recette standard concoctée par le FMI. La mondialisation, telle qu'elle est gérée depuis le début des années 1990 par les principales institutions financières internationales, a instauré, d'une manière autocratique, une dynamique du commerce mondial très asymétrique. Cette libéralisation du commerce qui, en principe, devait amener aux pays les moins riches une prospérité sans précédent, est perçue aujourd'hui dans le monde entier comme une nouvelle méthode d'exploitation des pauvres par les riches.

Selon vous, les dysfonctionnements de la mondialisation sont-ils la résultante des " politiques intégristes et sauvages " prônées par les organisations financières internationales?

Les institutions financières internationales ayant la responsabilité de gérer la mondialisation, notamment le FMI, sont foncièrement antidémocratiques et très peu transparentes. La politique du FMI défend avant tout les intérêts des élites financières et des économies occidentales, en particulier des États-Unis. Hérauts de l'" intégrisme des marchés ", le FMI, la Banque mondiale et le Trésor américain- institution représentant les États-Unis au sein du Conseil des gouverneurs du FMI- n'ont cessé depuis le début des années 90, dans le cadre de ce que l'on a appelé le " consensus de Washington ", d'imposer aux pays les plus pauvres de la planète un ensemble de recettes basées sur l'austérité fiscale, l'élimination des barrières douanières, la libéralisation des marchés des capitaux, la déréglementation des secteurs économiques les plus névralgiques, la privatisation des entreprises publiques... Une vision néolibérale débridée, édictée par les impératifs de Wall Street, qui fait fi des intérêts fondamentaux des pays les plus pauvres. Pour contrer ce phénomène incongru et très pernicieux, il faut absolument réformer les institutions économiques internationales. Actuellement, un seul pays, les États-Unis, a un droit de veto au FMI. Je suggère qu'on modifie le système de votes dans les organisations financières internationales. Mais, je crains que ma proposition ne demeure un voeu pieux car les Américains ne voudront jamais renoncer à leur droit de veto au FMI.

D'après vous, c'est le " fanatisme du marché " nourri par " un capitalisme de la magouille " qui a provoqué ces dernières années la faillite de plusieurs grandes compagnies américaines.

L'éthique capitaliste supposée régir les marchés financiers a désormais cédé sa place à un capitalisme de la magouille et du copinage avide de profits mirobolants. Le système des stock-options (options sur titre) est une des principales causes des scandales de corruption scabreux dans lesquels d'importantes firmes américaines- Enron, WorldCom... et européennes, notamment Vivendi- ont été impliquées. N'étant pas considérées comme des dépenses, les stock-options n'étaient pas comptabilisés. Ce qui a permis de gonfler artificiellement les profits des entreprises. Grâce à ce système pervers, les hauts dirigeants de ces firmes volaient impunément de l'argent aux actionnaires et ils s'en sortaient parce que ces derniers l'ignoraient. Du " vol patronal " à l'état pur! On a ainsi dépouillé sournoisement des centaines de milliers d'actionnaires d'un bien qui leur appartenait. Les victimes ne pouvaient pas être consentantes puisque, pour la grande majorité, elles ne comprenaient pas qu'on leur avait pris quelque chose. Les gains engendrés par les stock-options ne dépendent que de la Bourse. Ainsi, la rémunération, souvent indécente- plusieurs dizaines de millions de dollars par année- des hauts dirigeants de ces entreprises frauduleuses ne dépendait que de la loterie qu'est le marché et non pas de leurs performances de gestionnaire.

Vous proposez dans votre livre l'" idéalisme démocratique ", comme solution de rechange au capitalisme maximaliste qui tient aujourd'hui le haut du pavé. N'est-ce pas une vision assez utopique?

Pour éviter que les fâcheux dérapages que nous avons connus ces dernières années se reproduisent, nous devons absolument forger une nouvelle éthique du capitalisme. Il faut que nous changions aussi les valeurs que nous allons transmettre aux futures générations. Dans les années 60, les meilleurs étudiants américains préféraient entamer une carrière dans les domaines de la recherche médicale, scientifique, écologique... ou participer à des projets de coopération dans les pays du tiers-monde. Dans les années 90, attirés par l'appât du profit, les meilleurs étudiants américains ont préféré entreprendre une carrière dans des banques d'investissement et de courtage. Nous payons aujourd'hui le prix de ce changement radical dans nos valeurs humaines et sociales. L'" idéalisme démocratique " que je préconise dans mon livre est une " vision ", un idéal vers lequel nous devons tendre. Ce n'est pas une utopie. Cette perspective intègre l'égoïsme des individus et les imperfections de nos mécanismes sociaux, dont celles de nos institutions publiques. Avec cette " vision " je me situe quelque part entre les partisans d'une économie dominée par l'État et ceux qui préconisent de la cantonner à un rôle minimal.

Mais, aussi, entre les détracteurs du capitalisme qui considèrent celui-ci comme un système pourri jusqu'à la moelle, et les laudateurs de Wall Street qui ne voient aucun défaut à l'économie de marché, à leurs yeux une miraculeuse invention humaine qui apporte à tous une prospérité inouïe. Chose certaine, nous ne pourrons pas survivre dans cette jungle sans un minimum de solidarité humaine.

QUAND LE CAPITALISME PERD LA TÊTE, de Joseph Stiglitz, Fayard 2003, 417 p.



»» Caisse de dépôt et placement du Québec

La barre est haute pour la Caisse

Michel Girard
La Presse samedi 31 janvier 2004

Le rendement en 2003 du gigantesque portefeuille hautement diversifié de la Caisse de dépôt et placement du Québec est attendu avec impatience. Compte tenu de la solide performance des marchés boursiers en 2003, les attentes sont très élevées envers la nouvelle direction de Henri-Paul Rousseau. Il serait toutefois surprenant de voir les gestionnaires de la Caisse réussir à battre le rendement médian (séparant le groupe en deux parties égales) obtenu par l'ensemble des gestionnaires de caisses de retraite canadiennes.

Pourquoi? Un, parce que les gestionnaires de la Caisse ont sans doute joué de grande prudence dans la gestion des multiples portefeuilles. Deux, parce que la barre du rendement médian est placée très haut: la soixantaine de gestionnaires des caisses de retraite canadiennes ont enregistré en 2003 un rendement médian de 13,85 %, selon l'étude réalisée par la firme Morneau Sobeco.

Cette performance dépasse le rendement (13,1 %) du portefeuille diversifié qui sert de référence aux caisses de retraite, lequel renferme les actifs suivants: 5 % de bons du trésor; 40 % d'obligations (indice Univers MCS); 30 % d'actions canadiennes (S&P/TSX 60); 25 % d'actions internationales (indice MSCI-Monde).

Pour vous montrer à quel point il était relativement " facile " de faire de l'argent en 2003 sur les marchés financiers, même les gestionnaires qui se retrouvent à la queue du peloton, voire les derniers 5 %, ont réussi à engranger un rendement de 11,76 % en 2003. Remarquez qu'ils accusent tout un retard par rapport aux gestionnaires arrivant en tête (les premiers 5 %), ceux-ci réussissant à présenter un rendement de l'ordre de 19,3 %. C'est du très très gros rendement quand on pense à un portefeuille diversifié.

En 2002, la Caisse de dépôt et placement du Québec avait bouclé l'année avec une perte de 9,57 %. Cette perte faisait suite à un recul de 4,99 % en 2001. En l'espace de deux ans, soit 2001 et 2002, l'avoir net des déposants de la Caisse avait baissé de 10,6 milliards de dollars, pour atteindre à la fin de 2002 une somme globale de 77,7 milliards.

Les gros déposants de la Caisse sont la Régie des rentes du Québec (16,3 milliards), les régimes de retraite des employés du gouvernement du Québec (31,6 milliards), la Société de l'assurance automobile (5,9 milliards), la Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec (6,7 milliards) et la Commission de la construction du Québec (6,7 milliards).

Mettons la situation au pire. Supposons que la Caisse, en raison de son repositionnement et du ménage effectués dans ses nombreux portefeuilles, se classe en 2003 à la queue du peloton des gestionnaires de portefeuille diversifié.

Elle devrait tout de même rapporter un rendement minimum de 11,75 %! Sinon, il va falloir que le grand patron de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, ait en mains de solides arguments pour défendre la " contre-performance " de sa première année à la tête du " bas delaine " des Québécois.

Dans l'hypothèse où la Caisse présente un rendement de 11,75 %, cela laisse entendre qu'elle aurait engrangé en 2003 des gains de l'ordre de 9 milliards de dollars. Ce qui lui permettrait d'effacer une grande partie des lourdes pertes subies en 2001 et 2002.

En 2003, qui faisaient partie du clan des meilleurs gestionnaires de portefeuille équilibré de caisse de retraite et de fonds communs?

- MFC Global (Income Trust): 22,04 %
- Natcan (Croissance): 20,69 %
- Industrielle-Alliance: 19,97 %
- AIG Global Investors: 18,99 %
- BLC Edmond De Rochschild: 17,62 %
- Natcan Équilibré: 16,73 %
- Burgundy: 16,33 %
- Beutel Goodman: 16,14 %
- Foyston, Gordon & Payne: 16,01 %
- Scheer Rowlett & Associés: 15,92 %

Du côté des portefeuilles d'actions canadiennes, le rendement médian des gestionnaires a atteint en 2003 les 25,4 %. Après deux années dépressives de suite, il s'agit d'une remarquable performance.

Toutefois, ce rendement médian est inférieur à l'indice de référence de la Bourse canadienne, soit le S&P/TSX. Le rendement global de l'indice canadien, ce qui inclut les dividendes, s'est élevé à 26,72 %.

Vous serez sans doute intéressé de savoir qui, parmi les 72 gestionnaires canadiens sous analyse, ont réussi à se classer parmi les 10 premiers:

- Montrusco Bolton (Momentum): 43,17 %
- AIG Global Investors: 40,77 %
- Burgundy: 33,82 %
- Natcan: 30,83 %
- McLean Budden: 30,76 %
- Desjardins Sécurité Financière: 30,72 %
- Sceptre: 30,38 %
- MFC Global Inv. (grandes sociétés): 29,55 %
- Fidelity Can. Equity Trust: 28,97 %
- SEI Investments: 28,90 %

Si vous détenez des parts de fonds communs d'actions canadiennes et de fonds à portefeuille diversifié gérés par l'un des gestionnaires mentionnés précédemment, grand bien vous fasse. Vous faites partie des heureux investisseurs qui ont récupéré en 2003 une partie importante des pertes des années précédentes.



»» OKA

CRIME GANGS GET FREE ROAM ON CANADA INDIAN RESERVES

Colin Nickerson
The Boston Globe February 1, 2004, Sunday

KANESATAKE, Quebec - The crime-scene tape surrounding the charred ruins of Grand Chief James Gabriel's home snapped and shredded in the frigid wind whipping off Lake of Two Mountains.à

The Jan. 12 arson attack caused the chief and his family to flee for their lives from this Mohawk enclave about 30 miles west of Montreal. And as the flames shot into the night sky, gangs of self-described "warriors" - many with reputed ties to biker gangs that control drug trafficking and other smuggling in Canada - blockaded local roads. Then, for 36 hours they besieged the tribal police chief and more than 50 Indian law officers inside their barracks.

Anywhere else in North America, the incident would have triggered a massive police response, with tactical squads quelling the disturbance and teams of investigators pouring in to determine how law and order could go so horribly awry.

But this is Indian territory, where Canadian elected leaders - as well as federal and provincial police agencies - dare not tread because of political sensitivities, according to police, analysts of Indian policy, and the few Indians willing to risk retaliation by speaking out against the increasing lawlessness on some reserves.

"If they can burn out a chief, they can burn out anyone," said a 46-year-old Mohawk woman in Kanesatake who, with her grown daughter, spoke briefly with a reporter after insisting on anonymity. "People who want a normal life are frightened. But there is nowhere for us to turn. The smugglers, and the pot growers, and the goons for the Hells do whatever they please."

The "Hells" are the Hells Angels, who with other motorcycle gangs have become deeply entrenched on dozens of Indian reserves from Nova Scotia to British Columbia. Several Mohawk settlements in Quebec, including Kanesatake and the Akwesasne reserve, are considered the worst cases by law officials. Police and other specialists say these tribal realms have become critical "safe zones" for large-scale criminal activity, including marijuana production, cigarette bootlegging, and the smuggling of narcotics, guns, and illegal aliens to and from the United States.

"Because aboriginal issues are such a hot potato, no politician wants to push for normal policing [of reserves]," said Staff Sergeant Jean-Pierre Levesque of the Criminal Intelligence Service of Canada.

"So organized crime, mainly biker gangs, has moved onto reserves where they can operate without interference. They have outdoor pot plantations and hydroponic labs" for growing marijuana indoors. "They do a big business in smuggling - people, cigarettes, weapons, drugs. In some cases, the criminals are controlling reserves through intimidation."

A Royal Canadian Mounted Police intelligence study last year described the Akwesasne Mohawk territory straddling Quebec and Ontario along the upstate New York border as "a primary portal for illegal goods moving in and out of Canada, including narcotics, firearms, illegal migrants, alcohol, and tobacco."

Some analysts say Canada's "hands-off" policy toward Indians is largely to blame. While the government funnels about $4 billion a year to chiefs and tribal bureaucrats representing about 400,000 aboriginal people on hundreds of tiny reserves scattered across the country, there is nearly no oversight of tribal governments (Canada's population of Indians and Inuit is 811,000, but more than half live away from the crime- and poverty-racked reserves).

"Canada has a deliberate 'blind eye' policy to all controversial matters on Indian reserves," said Gordon Gibson, senior fellow in Canadian studies at the Fraser Institute, a think tank in British Columbia. "There are progressive reserves where Indians are trying hard to break the grip of poverty. But there are too many Indian communities where the ordinary writ of law doesn't run, where democracy is subverted, and where power is concentrated in the hands of Indian elites answerable to no one."

Kanesatake abuts the Quebec town of Oka, scene in 1990 of a violent 78-day standoff between the Canadian military and Mohawk militants protesting plans to expand a golf course by bulldozing land that Indians said held an ancestral graveyard.

"Oka traumatized the government to the point where no one today really dares interfere on the reserves, even when there is [criminal] activity that would never be tolerated anywhere else," said Gibson, who writes regularly on government policy regarding Indians.

According to specialists on organized crime, the Hells Angels and subsidiary biker gangs that dominate drug trafficking and other Canadian crime sectors have muscled their way onto reserves in recent years, operating through disaffected members of "warrior societies," which were once organizations of political activists, but today often are little more than strong-arm outfits for tribal bosses. In western provinces, the traffickers operate through aboriginal youth gangs.

Kanesatake residents and federal police say marijuana is cultivated openly in clearings during summer months in year-round indoor hydroponic operations. Biker gangs smuggle much of the potent and hugely profitable hydroponic product to the United States.

Meanwhile, Indians working with outlaw bikers obtain tax-free cigarettes - under the law, natives are exempt from paying taxes for "personal use" tobacco. The cigarettes are peddled to bargain-seeking Canadians at illegal shacks operating openly on reserves or under the counter at biker-controlled bars from Halifax to Vancouver, a trade worth tens of millions of dollars.

The criminal connection exploded into controversy earlier last month when Kanesatake's Chief Gabriel, a tough-talking advocate of law and order, fired the community's incumbent police chief for being "soft on crime," then enlisted dozens of tribal law officers from 18 other reserves in what was thought to be a prelude to raids on pot production labs and cigarette bootleggers.

The reaction from self-described tribal dissidents was swift.

Within hours, Gabriel's house was in flames; the chief and his family barely escaped. The mob, wielding baseball bats and axe handles, then surged on to the police station, affixing the banner of the Mohawk Warrior Society to the perimeter fence, hurling stones, and trapping the new police chief, Terry Isaacs, and more than 50 officers inside.

Rather than rush to the rescue, Quebec authorities cut a deal with the besiegers - making no arrests, in exchange for the release of the tribal officers. Control of Kanesatake was turned over to Gabriel's opponents, who stripped the elected chief (Gabriel was serving his third term) of membership in the Mohawk band on the grounds that he had "abandoned the community."

Premier Jean Charest of Quebec boasted of defusing a crisis. The Montreal Gazette, usually a champion of Charest's government, denounced the province for ducking issues of crime and justice in favor of "a cowardly solution."

The chief's opponents, meanwhile, sought to portray the violence in Kanesatake as "political protest," saying Gabriel had become obssessed with crime. "It's wrong that his house was burned down, but he was too fixated on drugs," said Steven Bonspille, a member of the dissident faction. "We are no different than any other community when it comes to social problems."

Analysts say the unrest at Kanesatake was not about politics, but about protecting multimillion-dollar operations for growing marijuana and smuggling cigarettes. "It's about [keeping] a safe place for organized crime," said Guy Ouellete, a former Quebec provincial police investigator and leading specialist on North American biker gangs.

Gabriel, still in hiding late last month, was stunned by the turn of events.

"It's disgusting that the people who burned down my house are portrayed as victors and that the ministry of public security handed them that victory on a silver platter," he told the Canadian Press news agency.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

LES MOTS QUI CONVIENNENT

René-Marcel Sauvé, géographe
TRIBUNE LIBRE 4 février 2004

Introduction

Beaucoup de Québécois parlent du Pays du Québec mais comme géographe spécialisé en géopolitique, qui est l'étude des États comme tels, parler du Québec comme un pays est très bien mais ne sert pas à grand-chose lorsqu'il s'agira bientôt de faire reconnaître le Québec comme Nation et État.

Je comprends les puissants sentiments qui animent beaucoup de Québécois anxieux de voir leur «province» reconnue comme un pays. Cependant, je dois vous informer que le mot «pays» rime avec paysages et comme tel, ne constitue pas l'élément de base d'une reconnaissance de droit comme de fait (par fait accompli), ou, si on préfère, de jure comme de facto du Québec pour ce qu'il est réellement : le foyer national d'un peuple et l'assise de son État naturel.

Chacun des mots employés dans ce langage est pesé afin d'apporter du poids à la question de la reconnaissance du Québec. Remarquez que le terme «revendication de droits» n'appartient ni au vocabulaire de la stratégie ni à celui de la géopolitique qui lui fournit sa base intellectuelle.

Une population inféodée et habituée à la soumission servile revendique des droits. Un peuple qui possède son foyer national et les assises de son propre État naturel doit se reconnaître comme tel d'abord, puis se faire reconnaître. La politique est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité, non d'affectivité et encore moins de faveurs. Nous devons en prendre conscience, nous défaire de nos représentations étriquées et attaquer en force avec les mots qui conviennent.

Les Mots

Aux Nations Unies, ce sont les États reconnus qui sont représentés, peu importe la taille, pourvu qu'il s'agisse d'un État reconnu. Un seul «pays» puisque vous insistez sur ce mot est représenté sans État: La Palestine. On pourrait dire une nation sans État, encore que le terme ne rend pas toute la situation ni le contexte à l'intérieur duquel la Palestine s'est retrouvée avec un représentant aux Nations Unies. (...)

Dans son ancienne acception française, un pays est un ensemble de paysages qu'on peut admirer à la ronde. On dirait une «région» maintenant mais le terme ne sied pas parce qu'une région est un ensemble géographique généralement regroupé autour d'une bureaucratie locale ou «régionale» si on veut.

Remarquez que, discipline du géographe impose, je ne prends pas ces mots à la lettre parce qu'il n'existe presque pas de certitude quant à leur acception d'un temps à l'autre. Les gens qu'on rencontre dans la rue tous les jours ont beaucoup plus de certitudes que nous en avons.

Ceci parce que, suivant notre mentalité toute orientée en fonction du réel, nous sommes continuellement confrontés au problème de la perception et du langage pour représenter, d'une part le réel et de l'autre, le virtuel issu de différentes perceptions.

Donc, on associe généralement dans le grand public les termes pays, nation et État, alors que pour nous, les distinctions sont importantes, à des fins de relations internationales, surtout diplomatiques.

Car la géographie est le premier outil du diplomate, suivie immédiatement de la relation Je et Tu. La géographie est également le premier outil du gros commerce international. J'ai remarqué dans les classes d'élèves qui viennent de familles impliquées dans le gros commerce étaient les plus studieux en matière de géographie.

Plus difficiles à définir sont l'État et la nation, avec un petit n et un grand N. Le peuple aussi est plus difficile à définir, parce que ces concepts ne sont pas que des idées pour la littérature mais des réalités reliées aux pouvoirs qui dominent le monde. Par exemple, si nous, Québécois, pouvions être un peuple réellement sans pouvoir ni statuts reconnus, alors on nous appellerait un peuple (a people).

Mais nous appeler peuple, c'est reconnaître que nous sommes une entité capable d'agir collectivement et effectivement agissante, donc capable de remettre en question les pouvoirs établis qui, dans notre cas, sont des pouvoirs impériaux et post-impériaux, construits par arbitraire.

Même Stéphane Dion a admis devant le prestigieux London School of Economics que nous sommes un peuple, ce qui est énorme sur le plan international.

D'ailleurs, Lester B Pearson l'a également admis alors qu'il était premier ministre du Canada, quand il a dit: «Quebec is more than a province; it is the home of a people».

C'est sur cette admission que j'ai pu écrire que le Québec est le foyer national d'un peuple sans que personne ne puisse protester. Un pays s'identifie par ses paysages, un foyer national est déjà un statut à reconnaître.

Reconnaître par qui? PAR NOUS D'ABORD.

Si nous persistons à nous déclarer un pays, et à parler du pays du Québec, on pourra conclure que le Québec est un beau pays mais non qu'il est le foyer national d'un peuple, ce qui n'est pas la même chose, absolument pas.

Mais si nous disons et répétons que le Québec est notre foyer national, alors les autres vont le dire et le répéter et c'est ainsi que nous serons finalement reconnus car tel est notre but.

La deuxième difficulté tient au concept de nation, avec minuscule, et Nation avec majuscule.

Dans le monde anglo-saxon, la nation est indissociable de l'État. Aux États Unis, c'est l'État, le pouvoir politique et sa capacité de faire la guerre, qui a créé le US Nation, avec majuscule.

Le Canada, ou Amérique Britannique du Nord, si on veut, a repris le même concept à son compte. Lorsque John George Diefenbaker a déclaré : «There is only ONE NATION IN Canada», il sous-entendait qu'une seule nation était soumise à une seule autorité, en conformité avec la volonté orangiste et loyaliste.

Les mots créent les choses. Le Canada anglais ne voit qu'une seule nation au Canada et est convaincu qu'il ne pourrait en être autrement. Donc, au Canada, la Nation est indissociable de l'État, qui l'aurait créée, je dis bien l'aurait créée.

Lorsque le pouvoir centralisateur et arbitraire d'Ottawa reconnaît les «nations autochtone», il ne se sent pas menacé parce que ces nations ne possèdent pas les assises de l'État, de leur propre État et n'ont pas les moyens de les acquérir.

Pour justifier sa décision et se donner bonne conscience à rabais, Ottawa a trouvé un prétexte simple, exploité cyniquement: les droits ancestraux, ce qui n'oblige personne à rien, comme par exemple, le fait d'accorder aux Acadiens une sorte de mesure d'apaisement sans reconnaissance véritable de statut, soit comme peuple ou nation, au moins avec la minuscule.

Mais les Acadiens pourraient avoir la possibilité de constituer leur propre État, au Nouveau Brunswick, et pour cette raison, il faut se montrer très «prudent» envers eux. Regardez le texte ludique qu'Ottawa a pondu pour amadouer les Acadiens sans choquer les «Canadians». Si vous ne le trouvez pas cynique, c'est que vous êtes plus naïfs que naïfs.

En géopolitique, la nation, sans majuscule, se classe parmi les sociétés territoriales. au même titre que les tribus et les clans, avec cette différence que la nation avec minuscule n'a pas les assises de son propre pouvoir d'État. Donc, on peut définir la nation comme société territoriale de grande envergure, mais sans État. Comme les nations autochtones.

La Nation, avec majuscule, exige les assises d'un État qui en supporte le statut.

Dans beaucoup de cas, notamment en France, en Allemagne et en Angleterre, comme presque partout ailleurs en Europe, l'État a précédé la Nation, qu'il a fait reconnaître grâce à son poids politique, son pouvoir et son influence, surtout en matière de communication.

Tapez pendant cent ans dans la tête des gens «la nation française, anglaise, allemande, etc, et ils finiront par ne plus croire rien d'autre. Les populations sont faciles à conditionner et tant pis pour les intellos trop exigeants qui refusent de faire le jeu des pouvoirs en place. Tout ceci pour dire comment les mots sont piégés et potentiellement chargés de subversité.

Quant au statut du Québec, je l'ai défini suivant deux volets : la nation, construite par le peuple Québécois et l'État du Québec, construit en même temps.

L'un et l'autre existent de plein droit mais ne sont pas reconnus. Ce travail, c'est à nous de le faire et seulement à nous. PERSONNE NE LE FERA POUR NOUS ET CE SERAIT DE L'ENFANTILLAGE QUE DE S'EN OFFUSQUER.

Comme je l'explique dans Géopolitique et avenir du Québec, nous sommes une nation, par fait accompli, ce qui veut dire, par le fait d'une osmose territoriale accomplie dans une terra nullia, suivie par une symbiose territoriale accomplie entre la région oékoumène défrichée, développée et mise en valeur la première et les régions adjacentes.

Les défrichements, développements et mises en valeur ont été réalisés par NOUS et nous n'avons dépossédé personne en le faisant puisque la terre ne nous appartenait pas. Elle appartenait en partie à des peuplades amérindiennes, en partie à la France qui avait pris possession des zones les plus oékoumènes et ensuite de l'Angleterre, qui a poursuivi le même programme de prise de possession arbitraire. Nous voyons donc ici un conflit entre les statuts de fait (de facto) des populations de squatters, comme nous, Québécois, confrontés aux statuts de jure (de plein droit) des possédants par arbitraire.

Le Tribunal International de La Haye tente de démêler ces échevaux.

NOUS n'avons pas pris possession du territoire par arbitraire mais par défrichements, développements, mises en valeur, constructions, aménagements d'infrastructures et partant, d'une économie territoriale.

Dans le Saint-Laurent, les développeurs, ce n'était pas la France, ni l'Angleterre, ni les Amérindiens, mais NOUS, Québécois, qui ne sommes ni Français, ni Anglais, ni Amérindiens, mais quelque chose d'autre. (Autre veut dire altérité).

Quand est-ce que nous allons nous le mettre dans la tête et nous défaire de nos complexes de culpabilité et d'infériorité? Non mais, ça ne va pas dans nos têtes?

Nous n'avons fait de mal à personne et on nous déteste comme si nous avions commis tous les crimes du monde...

Ce n'est pas tout.

NOUS avons ensuite constitué un pécule, des sommes d'argent accumulées par le travail acharné des admirables générations précédentes, et avec ce pécule, NOUS avons acheté les domaines, propriétés, fermes, entreprises et terrroirs entiers des Anglais, Écossais, Irlandais, et autres immigrants installés au Québec. NOUS avons acheté et payé au gros prix.

En même temps, nous avons contribué à la construction des canaux et chemins de fer de l'Ontario, et surtout du gouvernement centralisateur, unitaire et arbitraire d'Ottawa. C'est ce qu'on appelle de l'entropie, car nous avons armé nos ennemis, qui s'en servent contre nous maintenant.

Regardez sur la grande carte géomorphologique du Québec la vallée du Saint- Laurent, minuscule par rapport à l'immensité du territoire, d'où nous sommes partis de zéro parmi les zéros, pour agrandir petit à petit l'espace développé et mis en valeur par nous.

Cela s'appelle une prise de possession par osmoses, symbioses et achats successifs de terres, terroirs, etc.

Non mais, est-ce qu'on va comprendre? Nos grands héros, ce ne sont pas ceux qu'on nomme dans les cahiers de notre histoire, mais les gens ordinaires comme ceux qu'on rencontre tous les jours. Et on ne comprend toujours pas en vertu de quels principes nous sommes une nation?

C'est notre vraie histoire à nous. Mais les historiens racontent notre histoire suivant une perspective nominaliste, faisant graviter l'histoire autour des «grands noms» de gens qui étaient forts en gueule mais n'ont rien accompli.

Vous tous, qui me lisez, que pensez-vous de quelqu'un qui achète une propriété, en paie le prix pendant 40 ans, s'en occupe assidûment, en augmente la valeur et au bout de 40 ans, se fait dire: «T'étais pas là le premier et maintenant va-t- en».

Alors le possédant, par le travail et la mise en valeur, quitte le domaine en demandant pardon pour avoir mal agi, sans même demander son reste? Non mais qu'en pensez-vous?

C'EST NOTRE COMPORTEMENT À NOUS, ÇA.

Ce n'est pas 40 ans mais 400 ans que NOUS avons investi dans ce territoire devenu notre foyer national et ce qui est encore plus important, nous en avons fait le siège et l'assise de notre propre État naturel.

LE NOUS, ce sont tous ceux et toutes celles qui se sont établis(es) dans la vallée du Saint-Laurent et qui ont contribué à la mettre en valeur.

Et voilà que maintenant, quelqu'un qui nous dit: «Vous étiez pas là les premiers, alors, vous n'avez aucune prétention au statut de nation et d'État, ce qui dans ce cas, voudrait dire la Nation avec la majuscule».

Et nous, terrorisés de culpabilité, nous nous jetons à genoux et demandons pardon pour nos fautes graves, alors que nous n'avons rien fait de mal? C'est ce qu'on appelle de l'entropie.

Certes, l'État confirme la nation dans son statut de société territoriale. Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'État ne se construit pas en un jour. Les États européens, comme la France, sont venus au monde après 1200 ans de travail, le plus souvent davantage.

La période formative de l'Allemagne est de 1800 ans. De même celle de la Finlande et la Norvège.

Dans les Amériques, la formation des États était plus rapide parce que les colons apportaient avec eux l'écriture, les techniques et les connaissances de l'organisation et des pouvoirs publics. Le reste dépendait de la géographie, ce qui est particulièrement le cas pour le Québec.

Mais les Québécois sont nominalistes. Ils ne s'instruisent que par ce qui est écrit, sans se méfier du piège des mots. Ma soeur cadette me disait récemment : Ousséqusétécrit ça c'que du dis-là? C'est écrit nulle part. Et je n'avais aucun moyen de la convaincre, parce que pour elle, si c'est écrit, alors ça existe et si c'est pas écrit, ça n'existe pas.

D'où l'extrême difficulté de définir et expliquer ce que veut dire statut de facto, accompli par un agir collectif de plusieurs siècles. Les Chinois ont des annales pour définir les statuts et dans les annales chinoises, on raconte ce qui est arrivé pendant l'année, ce qui a été fait, par quel groupe, dans quel but et dans quelles conditions.

Nous sommes trop «intellectuels» pour cela et la seule institution qui tient des annales à ma connaissance est l'Université Laval. Je le sais pour avoir assisté au banquet annuel avec lecture du rapport général. Voilà ce qui s'appelle maintenir son statut.

Un chemin n'est rien qu'un chemin mais si les Anglais disent que le chemin a été construit par les Anglais, alors quelles preuves aurons-nous pour dire que c'est NOUS qui l'avons construit? C'est ça le statut mais les Québécois sont trop pognés par les mots et les belles phrases pour comprendre des choses aussi simples et aussi fondamentales.

Le terme «projet de société» ne veut absolument rien dire, rien, rien et rien et moins que rien.

En face de la perspective de plus en plus probable de la souveraineté dans un avenir rapproché, non par le fait de la détermination québécoise mais parce qu'Ottawa est appelé à tomber, nous parlons de plus en plus de la «sorte de société» qui sera la nôtre.

Merde. Nous deviendrons ce que nous sommes déjà, une nation et son État reconnus, donc une Nation, et nous nous comporterons en conséquence, ce que nous faisons déjà. Nous ne pouvons devenir que ce que nous sommes déjà, c'est une loi naturelle, une loi de l'existence, c'est ontologique, trop simple pour beaucoup de monde.

Donc, il faut proposer des «projets de société», sur des idées, pour les idées, pour les idées et encore pour les idées, sans connaissance des principes qui gouvernent la vie des États? Les idées pour les idées sont déjà de l'arbitraire qui génère les guerres, civiles et étrangères. J'ai été impliqué dans des guerres et je vous assure que ce ne sont pas les fusils qui font les guerres mais les idées tyranniques des uns imposées aux autres comme des absolus, alors que les principes ne sont pas des absolus mais des certitudes opératives.

Ce qui compte, ce ne sont pas les «beaux projets», mais les faits et les principes qui gouvernent l'action et nous rendent aptes à vivre en toutes circonstances.

NOUS SOMMES UNE NATION ET UN ÉTAT ET TOUT CE QUE NOUS AVONS À FAIRE, C'EST D'AGIR COMME TEL ET NOUS FAIRE RECONNAÎTRE, CE QUI SERA IMPOSSIBLE SI NOUS NE NOUS RECONNAISSONS PAS EN PREMIER LIEU POUR CE QUE NOUS SOMMES.



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

Une soirée ''Un 15 février pour la liberté !''


COMMUNIQUÉS 4 février 2004

Tant que l’indépendance n’est pas faite, elle reste à faire
Gaston Miron

Vigile le 15 février 2004 de 7h à 19h

Au Pied-du-Courant
DeLorimier et Notre-Dame
Victor Charbonneau 514-328-9398
apportez vos percussions, drapeaux et vos ami-e-s!

Debout et fiers d'être Québécois!
Debout pour notre histoire et avenir,
notre culture, notre langue, nos arts.
Debout pour nos ruisseaux rivières et forêts.
Québécois debout!
Vigile pour les gens qui se sont battus et pour ceux qui
sont toujours debout pour la liberté!

Soirée un 15 février pour la liberté! 20h00

La Place à Coté
www.laplaceacote.com
4571 Papineau / Mt.royal 514-522-4571

Dominique Richard.com 514-490-0563 artistedoe@hotmail.com

Une soirée indépendantiste importante, motivante et mémorable...
Une soirée qui nous donnera de l'énergie pour continuer le combat!

prix d'entrée 12 $

En collaboration avec fondation-rivières
Commandité berNard Bigras et par Boréal

Raôul Duguay Pierre Falardeau
René Boulanger Marcel Tessier Bernard Bigras
Sylvie Legault Nadia Walsh Rêvolik René-Marcel Sauvé
Chiendent Armand Vaillancourt Jeteurs de Sorts ETC ….
avec la projection
du Film de Frédéric Back Le fleuve aux grandes eaux 19h00
du court métrage sur L'œuvre de René Derouin Migration 21h20 et 22h35