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»» Fête Nationale

Fête Nationale
Le défilé menacé ?

Cyberpresse et Pascale Breton (La Presse) 5 février 2004

Les organisateurs de la Fête nationale sont inquiets. À quatre mois de l'événement, le gouvernement Charest laisse entendre que leur budget subira des compressions importantes qui pourraient même menacer la tenue du défilé dans la métropole.

L'automne dernier, le gouvernement Charest a fait savoir aux mandataires, le Mouvement national des Québécois (MNQ) et le Comité de la Fête nationale à Montréal, coordonnés par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, que le budget subirait des «compressions symboliques», comme les autres organismes.

À la mi-janvier, les mandataires ont appris du sous-ministre aux Affaires municipales, au Sport et au Loisir qu'il s'agissait de «compressions lourdes», vient d'apprendre La Presse. Depuis, des chiffres de l'ordre de 20 à 25% circulent, même si au cabinet du ministre responsable, Jean-Marc Fournier, on affirme qu'aucune décision n'est encore prise.

«À cette période-ci de l'année, normalement tout est en marche. Actuellement, les choses sont au point mort parce que nous ne savons pas de combien nous allons disposer. Dans le cas du défilé en particulier, c'est très risqué. À lui seul, il englobe la majorité du protocole», explique le président du Comité de la Fête nationale à Montréal, Jean Drouin.



»» Souveraineté
»» «élection référendaire»

Bernard Landry compte sur les jeunes

SRC mercredi 4 février 2004

Selon Bernard Landry, la souveraineté passe nécessairement par un référendum.

Le chef de l'opposition officielle à Québec a été accueilli avec enthousiasme, mercredi, par 500 étudiants de l'Université Laval. Depuis quelques mois, Bernard Landry courtise intensément les jeunes, une clientèle cible sur laquelle il mise pour gagner les prochaines élections.

Le chef péquiste croit la victoire possible lors d'un référendum sur la souveraineté en 2008, l'année où Québec célèbrera le 400e anniversaire de l'arrivée de Samuel de Champlain.

À la veille d'un conseil national où les militants doivent se prononcer sur une proposition d'élection référendaire, le chef du Parti québécois repousse fermement cette idée. «J'ai dit que je ne tuais aucune idée de la saison des idées. C'est un jardin où il pousse toutes sortes de plantes et j'espère que certaines vont mourir sur place, dont l'élection référendaire», a-t-il dit.

Par ailleurs, Bernard Landry refuse de dire s'il sera encore chef du Parti québécois aux prochaines élections.



»» PQ
»» «élection référendaire»

Landry songe à rester jusqu'en 2008

Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 5 février 2004

Québec -- Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, est galvanisé par les sondages favorables à son parti et par le taux d'insatisfaction élevé à l'endroit du gouvernement Charest. À tel point que la possibilité qu'il mène ses troupes jusqu'aux prochaines élections et, s'il l'emporte, à un référendum sur la souveraineté en 2008 est de plus en plus envisagée.

«Les cartes sont sur la table. Je choisirai ce qui est à choisir au bon moment», a lancé hier un Bernard Landry tout sourire à la sortie d'un discours qu'il a prononcé devant plus de 300 étudiants de l'Université Laval afin de relancer la «saison des idées» entamée au PQ au lendemain de la défaite électorale.

Lorsqu'on lui a demandé s'il voulait devenir «président de la République du Québec», il a répondu que «les institutions restent à déterminer». Dans l'entourage de M. Landry, on indique que «sa réflexion se poursuit» alors que des membres du comité national des jeunes souhaitent qu'il reste jusqu'au prochain rendez-vous électoral.

Jusqu'à maintenant, M. Landry a toujours dit qu'il demeurerait président du PQ jusqu'au congrès de 2005 et qu'une décision sera prise au sujet de son avenir dans le cadre de cet événement.

Comme il l'a fait au conseil national d'octobre dernier, Bernard Landry a réitéré hier devant les étudiants de l'Université Laval que son parti souhaitait tenir un référendum sur la souveraineté en 2008, à temps pour le 400e anniversaire de l'implantation du fait français en Amérique. Le PQ devra d'abord remporter les prochaines élections, qui auront lieu entre avril 2007 et avril 2008, selon la volonté du premier ministre Jean Charest.

Le chef péquiste s'est dit en désaccord avec des membres du Cercle Godin-Miron qui ont affirmé dans un texte publié hier par Le Devoir que si le PQ obtient la majorité des sièges aux prochaines élections, il «aura la légitimité pour procéder à l'indépendance» sans tenir de référendum. «J'ai dit que je ne tuais aucune idée de la saison des idées. Il pousse toutes sortes de plantes. J'espère que certaines vont mourir sur place, dont l'élection référendaire. Mais ils ont le droit de la semer et de la cultiver. J'ai choisi une autre voie. Je veux que le Québec accède à l'indépendance quand la majorité de la population aura dit oui», a-t-il dit.

Bernard Landry estime par ailleurs que le premier ministre Paul Martin s'immisce «grossièrement» dans les champs de compétence du Québec en voulant négocier directement avec les municipalités et accorder un «bon d'apprentissage» pour chaque enfant né dans une famille à faible revenu.

«De quoi il se mêle ? La santé, c'est Québec. L'éducation, c'est Québec. Les municipalités, c'est Québec. Comment un premier ministre du Canada peut-il se dire fédéraliste alors qu'il se comporte comme un centralisateur ?», a dit M. Landry.

Selon lui, le gouvernement Martin «est pire» que le gouvernement Chrétien. «Ceux qui pensaient avoir des réformes avec Paul Martin se rendent compte que c'est du pareil au même, sauf qu'au lieu d'être un p'tit gars de Shawinigan, Paul Martin est un p'tit gars de Windsor», a-t-il lancé. Le chef péquiste estime que le Bloc québécois tirera profit de cette situation lors des élections fédérales, qui auront lieu au printemps.



»» le Québec dans la fédération
»» congés parentaux
»» «élection référendaire»

Les fleurs du tapis

Michel David
Le Devoir jeudi 5 février 2004

Quand les libéraux ont repris le pouvoir à Québec, le 14 avril dernier, j'étais de ceux qui croyaient que le Bloc québécois se retrouverait dans une position inconfortable, coincé entre la maison mère péquiste et un gouvernement légitimement élu plus fédéraliste que tout ceux qu'on a connus depuis un demi-siècle.

Jusqu'à présent, il faut cependant reconnaître que le Bloc s'est bien adapté à cette nouvelle situation. Le choix de son slogan pour la prochaine campagne électorale reflète assez bien ce positionnement : «Parce qu'on est différent». Pas nécessairement souverainiste, simplement différent. Qui pourrait le nier ?

Le gouvernement Charest se dit fédéraliste ? Très bien, prenons-le au mot. Il serait un peu gênant pour lui d'être moins pointilleux sur le respect des champs de compétence reconnus au Québec par la Constitution canadienne qu'un des partis qui composent la loyale opposition de Sa Majesté.

Même si les sondages sont encourageants pour le camp souverainiste, comme chaque fois que les libéraux sont au pouvoir, il n'y a pas de référendum à l'horizon, quoi qu'en dise Bernard Landry à la veille de chaque conseil national du PQ. Le Bloc, qui commence à connaître la chanson, semble en avoir pris acte.

Au moment où le PQ semble encore une fois vouloir s'enfoncer dans des débats ésotériques sur les mérites comparatifs d'un référendum et d'une élection référendaire, il faut bien que quelqu'un garde les pieds sur terre.

***

On a souvent reproché au premier ministre Charest d'intervenir à tout bout de champ au lieu de se réserver pour les grandes occasions, mais le premier discours du Trône prononcé sous la gouverne de Paul Martin en était précisément une.

Bien sûr, le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, s'est dit inquiet des intentions d'Ottawa en ce qui concerne les prêts et bourses, comme de la volonté manifeste de M. Martin d'ériger les municipalités en nouvel ordre de gouvernement, qu'il perçoit comme autant de tentatives d'empiétement dans les champs de compétence des provinces.

Il ne fait pas de doute que M. Pelletier est un authentique fédéraliste. Le rapport qui porte son nom est une véritable ode au fédéralisme idéal, comme on l'enseigne à l'université. Ce qui suffit d'ailleurs à le rendre suspect aux yeux de certains, qui le trouvent bien à cheval sur ses principes. Combien de ces crypto-séparatistes ont ainsi fait étalage de leur vertu, n'est-ce pas ? Après tout, on est «Canadien d'abord et avant tout», comme disait Daniel Johnson, ou on ne l'est pas.

M. Charest a eu une phrase bien curieuse la semaine dernière en commentant le jugement de la Cour d'appel sur les congés parentaux. Pour lui, l'important est de négocier une entente avec Ottawa «sans qu'on s'enfarge dans les fleurs du tapis sur les questions que les juristes voudront débattre entre eux».

Ayant appris à mieux le connaître l'automne dernier, on n'aurait pas été surpris d'entendre le ministre du Travail, Michel Després, évoquer en ces termes les modifications apportées à l'article 45 du Code du travail. De la part du premier ministre, pareille désinvolture est plus inquiétante.

Remarquez, cela ne date pas d'hier. Dans son autobiographie, publiée en 1998, il ne cachait pas son agacement face à «ceux qui sont obsédés par les structures constitutionnelles de compétence». Lui-même a toujours considéré la question sous l'angle des besoins à satisfaire. Il suffit de déterminer quel ordre de gouvernement est le plus apte à y répondre.

***

L'histoire des relations fédérales-provinciales canadiennes enseigne pourtant que ces subtilités juridiques, auxquelles le premier ministre semble allergique, ont eu davantage de poids que le principe de subsidiarité dans le partage des pouvoirs au sein de la fédération.

Peut-être M. Charest devrait-il demander à M. Pelletier de lui donner un cours de droit constitutionnel 101. Il découvrirait peut-être que ce qu'il assimile aux fleurs du tapis n'a rien d'imaginaire.

M. Charest ne semble pas se soucier outre mesure de voir la Cour suprême être saisie du dossier des congés parentaux. Là encore, le passé est riche d'enseignements. En 1981, le gouvernement Lévesque pensait bien faire en demandant aux tribunaux de confirmer le droit de veto que le Québec croyait détenir depuis 1867.

La Cour suprême lui avait administré toute une douche froide en statuant qu'il n'en était rien, ouvrant toute grande la porte au rapatriement unilatéral de la Constitution et à l'enchâssement d'une charte des droits qui diminuait les pouvoirs de l'Assemblée nationale sans son consentement.

Les juristes consultés par mon collègue Robert Dutrisac n'étaient pas très optimistes de voir le Québec obtenir gain de cause en matière de congés parentaux. Le doyen de la faculté de droit de l'Université de Montréal, Jacques Frémont, croit même «inéluctable» que la Cour suprême donne encore une fois raison à Ottawa.

La simple pensée de voir confirmer officiellement le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral dans des secteurs de compétence provinciale doit faire faire des cauchemars à M. Pelletier qui, hier encore, réclamait un droit de retrait avec pleine compensation financière.

Cela n'empêcherait peut-être pas Paul Martin de conclure une entente administrative sur les congés parentaux avec le Québec, mais toute la dynamique des relations fédérales-provinciales s'en trouverait modifiée de façon irréversible.

Et alors ? «Depuis trop longtemps, nos dirigeants traitent leurs domaines de compétence respectifs comme des carrés de sable qui leur appartiennent», écrivait M. Charest dans son autobiographie. Autrement dit, il suffirait de bazarder le tapis pour ne plus s'enfarger dans ses fleurs.

mdavid@ledevoir.com



»» Stéphane Dion

L'ex-ministre Stéphane Dion dit
le fond de sa pensée sur Jean Chrétien

SYLVAIN LAROCQUE
PC jeudi 5 février 2004

OTTAWA (PC) - Libéré de ses obligations ministérielles, le député Stéphane Dion en a profité pour dire le fond de sa pensée sur plusieurs dossiers, mercredi, révélant notamment qu'il avait recommandé à son ex-patron, Jean Chrétien, d'éviter la voie juridique concernant les congés parentaux.

"J'ai mis en garde le gouvernement je ne sais pas combien de fois contre ce qu'on voulait faire avec les congés parentaux", a déclaré M. Dion lors d'un point de presse impromptu où les confessions se sont multipliées.

"On était en terrain glissant au plan constitutionnel sur cette question."

La semaine dernière, la Cour d'appel du Québec a statué que les prestations fédérales destinées aux femmes enceintes et aux parents de nouveaux-nés (congés parentaux), financées à même la caisse de l'assurance-emploi, dépassaient la compétence constitutionnelle du gouvernement fédéral.

Le gouvernement du Québec, tant sous le Parti québécois que sous les libéraux, a toujours réclamé qu'Ottawa lui transfère les sommes de son programme de congés parentaux afin qu'il puisse mettre sur pied son propre régime, plus généreux.

"Le jugement de la Cour d'appel ne m'a pas surpris. (...) Ce que j'avais dit à mon gouvernement, c'est que la vision du gouvernement du Québec avait du sens et qu'on n'était pas certains de gagner. Donc plutôt que d'aller en cour, pourquoi ne pas négocier? Ca aurait été préférable", a soutenu l'ex-ministre des Affaires intergouvernementales, en laissant entendre que le même raisonnement valait pour les nouvelles prestations fédérales de "compassion", contestées par Québec.

Le point de vue fédéral sur la question, à savoir qu'Ottawa a le droit de "moderniser" l'assurance-emploi comme il l'entend afin de l'adapter aux nouveaux besoins des travailleurs, était aussi légitime, prétend Stéphane Dion. Mais il aurait été plus sage de discuter avec le gouvernement du PQ, selon lui.

"On aurait dû la faire depuis longtemps, cette négociation, à mon avis, a-t-il insisté. Ne serait-ce que parce que le gouvernement du Québec a des programmes (sociaux) intégrés."

Le nouveau premier ministre, Paul Martin, entend porter en appel à la Cour suprême le jugement du plus haut tribunal québécois. Entre-temps, il se dit prêt à négocier avec Québec.

Quoi qu'il en soit, M. Dion entrevoit que le projet québécois de congés parentaux, s'il finit par voir le jour, se traduira par un cul-de-sac financier pour Québec.

"Quand on dit qu'il (le projet du Québec) est plus généreux que celui du gouvernement du Canada, n'oublions pas qu'il coûterait, au bas mot, quelque chose comme 200 millions $ de plus par année (à Québec), de façon récurrente, a estimé l'ex-ministre. Je ne sais pas si (Yves) Séguin (ministre québécois des Finances) a rentré ça dans ses chiffres..."

Chrétien

L'ancien professeur d'université a profité de sa liberté de parole retrouvée pour tirer d'autres flèches à l'endroit de l'ancien premier ministre Jean Chrétien, dont on disait pourtant qu'il était son mentor politique.

"M. Chrétien en faisait pas mal à sa tête avec moi, a reconnu M. Dion, et je respectais ça. Il était le premier ministre. Parfois il suivait mes avis, parfois il ne les suivait pas. J'aurais aimé qu'il les suive tout le temps, mais c'était lui le premier ministre et pas moi. J'ai toujours été loyal au premier ministre."

Cette loyauté et les règles de solidarité du cabinet ont pu conduire le député de Saint-Laurent-Cartierville à manquer quelque peu de sincérité, en public, au cours des sept années qu'il a été ministre. Il assure néanmoins qu'il a toujours défendu les positions gouvernementales "d'une façon qui était en accord avec ma conscience".

"Il me semble qu'en politique, c'est comme dans la vie: on ne dit que la vérité, seulement que la vérité, mais on ne peut pas dire toute la vérité, parce qu'on a un travail d'équipe à faire. Alors, il y a des choses que je ne pouvais pas dire."

Il donne l'exemple des controversées bourses d'études du millénaire, qui ont donné lieu à d'interminables négociations avec Québec, en 1999-2000, et auxquelles il s'opposait au sein du cabinet.

"Je ne voulais pas qu'on identifie le changement de siècle à une chicane fédérale-provinciale", a-t-il confié, en ajoutant qu'il avait plutôt proposé un programme d'échanges pour les jeunes Canadiens.

Stéphane Dion se réjouit de pouvoir désormais "discuter de façon beaucoup plus ouverte qu'autrefois" de ses nombreuses idées, puisque qu'il est devenu simple député.

Parmi ces idées, notons celle d'introduire des éléments de proportionnelle dans le mode de scrutin fédéral et celle d'inscrire dans la Constitution la nouvelle façon de voter à la Chambre des communes.

Cette sortie tous azimuts de M. Dion survient au moment où le président de l'aile québécoise du Parti libéral fédéral, Pablo Rodriguez, songe à se présenter contre lui à l'investiture de sa circonscription.



»» Stéphane Dion

Dion dit ce qu'il ne pouvait pas dire

Manon Cornellier
Le Devoir jeudi 5 février 2004

Ottawa -- S'il n'en avait tenu qu'à Stéphane Dion, la négociation des congés parentaux entre Ottawa et Québec serait déjà chose faite et les bourses du millénaire n'auraient jamais vu le jour.

«On aurait dû la faire depuis longtemps, cette négociation, à mon avis. Ne serait-ce que parce que le Québec a des programmes intégrés», a déclaré hier l'ex-ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion.

Il a profité d'un échange avec des journalistes pour remettre les pendules à l'heure et, volontairement ou non, dissiper son image de tenant absolu de la ligne dure face au Québec, une image qui a servi d'argument au clan Martin pour l'écarter du cabinet et pour tenter à l'heure actuelle de le pousser à quitter la vie politique.

«J'ai mis en garde le gouvernement, je ne sais pas combien de fois, contre ce qu'on voulait faire avec les congés parentaux. On était en terrain glissant sur le plan constitutionnel», a-t-il raconté avant d'insister sur son devoir de loyauté à l'époque.

«M. Chrétien en faisait pas mal à sa tête avec moi et je respectais ça, il était premier ministre. Parfois, il suivait mes avis. Parfois, il ne les suivait pas. J'aurais aimé qu'il les suive tout le temps, mais c'était lui, le premier ministre, ce n'était pas moi, et j'étais toujours loyal au premier ministre», a-t-il poursuivi.

Les bourses du millénaire sont un autre dossier où ils se sont opposés. «J'étais contre l'initiative des bourses du millénaire. Je ne voulais pas identifier le changement de siècle à une chicane fédérale-provinciale. J'avais proposé plutôt un grand programme d'échanges pour les jeunes [...]. On ne m'a pas écouté», a-t-il mentionné.

M. Dion a défendu les décisions de son gouvernement, et il en convient, mais toujours dans les limites nécessaires au respect de sa conscience, dit-il. «En politique, c'est comme dans la vie. On ne dit que la vérité, seulement la vérité, mais on ne peut pas dire toute la vérité parce qu'on fait un travail d'équipe. Il y avait des choses que je ne pouvais pas dire.» Son désaccord, entre autres.

Stéphane Dion n'a donc pas été surpris par le jugement de la Cour d'appel du Québec qui, il y a deux semaines, a donné raison au Québec en concluant qu'Ottawa outrepassait ses pouvoirs en utilisant le programme de l'assurance-emploi pour financer des mesures à caractère social comme les congés parentaux.

M. Dion n'est pas plus étonné de l'appel du fédéral car deux visions du rôle de l'assurance-emploi s'affrontent toujours, celle de Québec, pour lequel on ne fait pas des politiques sociales par le biais de l'assurance-chômage, et celle d'Ottawa, qui estime de sa responsabilité d'ajuster le programme aux besoins de la main-d'oeuvre actuelle.

«Dans une fédération civilisée, quand on a un désaccord de ce genre, on va devant les tribunaux. Ce que j'avais dit à mon gouvernement, c'est que la vision du gouvernement du Québec a du sens et on n'est pas certains de gagner. Donc, plutôt que d'aller en cour, pourquoi ne pas négocier ? Ç'aurait été préférable.»

La sortie de M. Dion ne semblait pas planifiée, mais une fois lancé, il n'a pas cherché à esquiver les questions. Au contraire, il semblait prendre plaisir à une discussion sur un dossier de fond. Prêt à tourner les talons quand son avenir politique est arrivé sur le tapis, il est volontiers revenu sur ses pas quand de nouvelles questions sur les congés parentaux ont fusé.

Peu importe qu'il s'agisse d'une tentative délibérée ou non de réhabilitation auprès de l'équipe Martin, M. Dion s'est trouvé, par ses propos, à ouvrir une brèche dans son image d'homme de main de Jean Chrétien, au point d'apparaître aujourd'hui comme un homme puni pour sa loyauté et son esprit d'équipe.

Son image de soldat loyal semble lui peser mais il évite d'en parler, préférant défendre celle de la fédération canadienne. «Il ne faudrait pas que nous, les Québécois, on lie notre adhésion, notre loyauté au Canada au fait qu'on aime ou pas le visage du premier ministre ou du ministre, ou qu'on aime la dernière décision prise ou le dernier résultat des relations fédérales-provinciales.» À son avis, il ne faut ni confondre pays et gouvernement ni blâmer le premier pour les erreurs du second.

M. Dion reste ferme. Il n'est pas question qu'il se laisse écarter de la vie politique par des conseillers ou des hommes de main libéraux. «Seul le premier ministre du Canada pourrait prendre une telle décision, et il ne l'a pas prise», a-t-il insisté hier.

Une rumeur persistante veut que le président de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada, Pablo Rodriguez, souhaiterait être candidat dans la circonscription de Stéphane Dion. Or ce dernier y est populaire et serait difficile à déloger dans le cadre d'une assemblée de mise en nomination. On préférerait donc qu'il parte de son plein gré.



»» Stéphane Dion

Stéphane Dion sera candidat dans Saint-Laurent-Cartierville

SRC jeudi 5 février 2004

Stéphane Dion devra se battre pour être de nouveau candidat dans la circonscription de Saint-Laurent-Cartieville, à Montréal. L'ancien ministre des Affaires intergouvernementales a été écarté du cabinet de Paul Martin.

Le nouveau premier ministre aimerait voir le controversé père de la loi sur la clarté référendaire et parrain du plan B céder sa place. Radio-Canada a appris qu'un autre candidat éventuel à l'investiture dans Saint-Laurent-Cartierville recrutait déjà de nouveaux membres. Pierre Ahmaranian récolterait un grand nombre d'appuis parmi la communauté libanaise.

Un cri du coeur

Stéphane Dion était l'un des piliers du gouvernement Chrétien. Pour redorer son blason au Québec, Stéphane Dion tente de se montrer sous un nouveau jour. Dans un véritable cri du coeur, il affirme avoir tenté de convaincre Jean Chrétien d'adopter une approche plus douce avec les provinces. Au dire de M. Dion, il était par exemple contre les bourses du millénaire et l'intrusion du fédéral dans les congés parentaux, mais Jean Chrétien ne l'écoutait tout simplement pas.

«M. Chrétien en faisait pas mal à sa tête avec moi, reconnaît M. Dion, et je respectais ça. Il était le premier ministre. Parfois il suivait mes avis, parfois il ne les suivait pas. J'aurais aimé qu'il les suive tout le temps, mais c'était lui le premier ministre et pas moi. J'ai toujours été loyal au premier ministre.»

Stéphane Dion se réjouit de pouvoir désormais «discuter de façon beaucoup plus ouverte qu'autrefois» de ses nombreuses idées, puisque qu'il est devenu simple député.

Mardi, M. Dion avait affirmé être prêt à se battre pour remporter l'investiture dans sa circonscription si un autre candidat libéral se présentait contre lui. Stéphane Dion accepterait toutefois de se retirer si Paul Martin le lui demandait. Mais, selon lui, rien n'indiquait que sa candidature n'obtiendrait pas l'appui du nouveau chef libéral.



»» Jean Lapierre

Un paradoxe nommé Jean Lapierre

Karim Benessaieh
La Presse jeudi 5 février 2004

Il a animé des bulletins d'information tout en figurant sur la liste de paie d'entreprises et de groupes de pression. Il a fondé le Bloc québécois, mais affirme avoir toujours été fédéraliste. Et il réintègre aujourd'hui la maison libérale dont il avait bruyamment claqué la porte en 1990.

Les paradoxes affluent dès qu'il est question de Jean Lapierre. Un constat réunit toutefois tous ceux qu'on interroge à son sujet: l'homme a su tisser au fil des années un incroyable réseau d'amitiés. " Et il ne s'agit pas de partenaires de golf, mais de vrais amis ", précise un observateur. De Lucien Bouchard à Mario Dumont en passant par l'ex-ministre fédéral André Ouellet, le président du conseil de la Banque Nationale, André Bérard, et, bien entendu, Paul Martin, Jean Lapierre est au coeur d'une toile pour le moins impressionnante.

" De tous les gens avec qui j'ai travaillé, il est certain que Jean est celui qui a le réseau de contacts le plus étendu, estime Sylvain Chamberland, directeur général de la station de radio CKAC. Il peut rejoindre n'importe qui, n'importe où. "

Chaque année, les membres les plus en vue de cette véritable " tribu Lapierre " sont invités à son célèbre souper au homard. M. Chamberland, un des convives l'an dernier, avoue avoir trouvé la réunion " impressionnante ". " Paul Martin, Lucien Bouchard, Mario Dumont, ils étaient tous là. C'était vraiment une espèce de rendez-vous sans esprit partisan. Les bleus, les rouges, les verts, les gens d'influence dans la société, qu'ils soient en affaires, journalistes, politiciens, se retrouvaient là. "

Au-delà des simples intérêts financiers et d'un certain attrait pour le glamour, l'explication de ce succès tiendrait à un mot: charme. Celui de Jean Lapierre, bien entendu. " Il est immensément sympathique, lance tout de go Thérèse David, vice-présidente aux communications à TQS. Il y a des sympathiques téteux, qui veulent être sympathiques pour la bonne cause, pour être bien vus. Pas du tout dans son cas. On a vraiment du plaisir avec lui. "

Mais n'y a-t-il pas une limite à mêler les genres- et les gens? Il est ainsi de notoriété publique que M. Lapierre agissait fréquemment à titre de " conseiller stratégique " pour des firmes comme ONEX, Imperial Tobacco, Loblaws et l'Association canadienne du médicament générique- qui a reçu sa lettre de démission mardi dernier. À titre de chef d'antenne de TQS et animateur à CKAC, Jean Lapierre n'avait-il pas un devoir d'objectivité journalistique? " Il a toujours été très franc-jeu, répond Mme David. Il n'a jamais fait des choses par en arrière. C'est un animateur, pas un journaliste. "

À CKAC, Sylvain Chamberland est catégorique: " Jean n'a jamais été considéré, d'aucune façon, comme un lecteur de nouvelles ou comme journaliste. Il a été embauché comme animateur. On n'a jamais eu la prétention de dire que Jean était quelqu'un de complètement objectif. "

Impact à démontrer

Pour le politologue Yves Théorêt, ce ne sont pas ces " à-côtés " qui sont inquiétants, mais plutôt les attentes démesurées que semble susciter le retour de M. Lapierre sur la scène politique. " Je trouve qu'on a déroulé le tapis rouge un peu vite. M. Lapierre doit faire ses preuves, selon moi. Il était jeune député, il a quitté, il a fait une belle carrière en communications, maintenant est-ce que ça va faire un politicien redoutable, un ministre compétent et éclairé? "

Élu à quatre reprises entre 1979 et 1988, Jean Lapierre a été ministre pendant un court laps de temps, moins de deux mois, en 1984. " On nous le présente un peu comme LE superministre du Québec, mais il n'a pas d'expérience, note M. Théorêt. Ce n'est pas un président d'entreprise, ce n'est pas quelqu'un qui a géré des projets dans les domaines culturel ou économique, ce n'est pas quelqu'un qui prend position sur la place publique pour des causes sociales. "

Le rôle de Jean Lapierre pourrait plutôt être de séduire quelques nationalistes " mous ", estime Jean-Herman Guay, professeur de sciences politiques à l'Université de Sherbrooke. " Le recrutement de Jean Lapierre, c'est une des façons que l'équipe libérale a trouvé pour aller chercher des fragments plus " mous " de l'électorat souverainiste. Eux peuvent être influencés par quelqu'un qui quitte le Bloc et qui rejoint les libéraux. "

Il estime cependant que l'arrivée de Jean Lapierre n'a rien à voir avec celle d'un Lucien Bouchard, par exemple. " Probablement que dans la campagne, ça va devenir un joueur non négligeable. Mais ce n'est pas un gros joueur, je ne pense pas qu'il soit une figure suprêmement connue, symboliquement chargée pour la plupart des Québécois. C'est une carte intéressante, mais secondaire. "



»» Jean Lapierre

Le retour au bercail

Lapierre, Jean
Ancien député libéral et bloquiste l'auteur annonce aujourd'hui son retour en politique dans l'équipe de Paul Martin.
La Presse jeudi 5 février 2004

"Mon scénario idéal a toujours été et demeure encore un fédéralisme canadien efficace, pragmatique et respectueux de la différence québécoise"

La décision que j'annonce est le fruit d'une longue et difficile réflexion et le reflet de mes valeurs profondes. Je quitte le monde des communications pour revenir à une vie politique active et briguer les suffrages lors de la prochaine élection fédérale. Trois raisons principales ont guidé mon cheminement: j'ai la conviction que le service public est le meilleur moyen de changer les choses et d'améliorer le sort de ses semblables; je le fais par confiance envers le nouveau premier ministre; ainsi que pour promouvoir les intérêts du Québec et du Canada.

En premier lieu, je connais Paul Martin depuis 25 ans. En 1990, j'ai coprésidé sa campagne nationale à la chefferie parce que je croyais en ses qualités humaines, en sa conscience sociale, en sa rigueur fiscale et en sa compétence en économie. Il a toujours fait preuve de grandes qualités de leadership, d'une attitude respectueuse envers ses interlocuteurs et de ses dons de rassembleur. Sa passion et son ouverture envers le Québec moderne ont suscité mon adhésion à l'époque. Quatorze années plus tard, il est toujours le même homme, mais avec encore plus d'expérience et de maturité. Je lui voue toujours le même respect et la même loyauté.

Deuxièmement, je partage les valeurs libérales de tolérance, de partage de la richesse, de compassion et d'égalité des chances. J'ai porté avec succès les couleurs du Parti libéral du Canada, aux élections de 1979, 1980, 1984 et 1988. Depuis mon départ en 1990, je me suis d'ailleurs toujours considéré comme un libéral en exil.

Après l'échec des accords du lac Meech, j'étais déçu, je me suis senti frustré et désillusionné. Comme un grand nombre de Québécois, par dépit, j'ai exploré le concept de la souveraineté-association. À titre de député indépendant et avec l'appui du premier ministre Robert Bourassa, j'ai joint la coalition arc-en-ciel, temporaire et ponctuelle qu'était alors le Bloc québécois. J'ai quitté la politique 24 mois plus tard, sans avoir brigué les suffrages sous la bannière du Bloc québécois et je n'ai pas participé aux campagnes référendaires subséquentes.

Mon scénario idéal a cependant toujours été et demeure encore un fédéralisme canadien efficace, pragmatique et respectueux de la différence québécoise. C'est ce que prône Paul Martin et c'est pourquoi, aujourd'hui, je réintègre la famille libérale avec beaucoup d'enthousiasme.

À partir de 1992, mon rôle public dans les médias m'a permis d'élargir ma vision des choses et de travailler quotidiennement au coeur des enjeux majeurs auxquels est confrontée notre société. Ces enjeux, ce sont notamment l'accès aux soins de santé et à l'éducation, le sécurité économique et le droit à la différence.

Troisièmement, j'appuie la vision de Paul Martin. Je veux participer aux grands chantiers qui viendront renforcer nos fondations sociales, qui nous aideront à construire une économie innovatrice et qui donneront une voix forte et pertinente au Canada dans le concert des nations.

Les Québécois ne doivent plus se contenter de l'opposition éternelle sur la scène nationale en votant pour le Bloc. Il faut participer au vrai pouvoir en prenant toute la place et l'influence qui nous reviennent. Nous avons notre mot à dire et notre façon de faire en matière de santé et de vieillissement de la population. Nous avons nos priorités économiques ainsi que nos priorités en matière de renouvellement des infrastructures et de qualité de vie. Il faut les exprimer dans l'action plutôt que dans l'opposition. Je crois qu'il est possible de réaliser tout ça à l'intérieur du système canadien.

Dans de telles circonstances, mon retour en politique est dans l'ordre des choses. Les conditions sont réunies et m'offrent le grand privilège de servir la cause de mes concitoyens au sein d'une équipe libérale renouvelée, dirigée par un chef qui a tout mon respect.



»» Paul Martin

L'opposition remet en question l'intégrité de Paul Martin

SRC jeudi 5 février 2004

Les partis d'opposition ont placé Paul Martin sur la défensive à sa première période de questions, mardi, comme premier ministre. Paul Martin a été bousculé par l'opposition sur la santé, mais surtout sur les contrats accordés à son ancienne compagnie, Canadian Steamship Lines.

L'opposition est maintenant convaincue que tous les contrats accordés à l'ancienne compagnie de Paul Martin n'ont pas été dévoilés et qu'il y en a plus que pour les 161 millions de dollars annoncés. Selon les conservateurs, il y aurait toujours une somme de plus de 20 000$ que le gouvernement aurait versée à une filiale de CSL, Canartic Shipping Company, et omis de rapporter.

Évitant de répondre à la question, Paul Martin a proposé de faire appel à la vérificatrice générale. L'opposition officielle a rapidement refusé l'offre du premier ministre, craignant que le gouvernement puisse se cacher derrière le prétexte d'une enquête pour éviter de donner des réponses pendant la campagne électorale.

Premier discours en Chambre pour Paul Martin

Mardi matin, Paul Martin a prononcé son premier discours à la Chambre des communes à titre de premier ministre. Il a apporté des précisions sur certaines orientations mentionnées dans le discours du Trône, lundi.

Le premier ministre a précisé que le congé total de TPS pour les villes, promis dans le discours du Trône, s'appliquait depuis le 1er février. Il s'est félicité de cette mesure, qui privera le gouvernement de 580 millions de dollars par année, en affirmant qu'elle constitue un premier pas vers un nouveau pacte avec les villes.

Il a également rappelé ses engagements dans le secteur de l'éducation, soit d'améliorer le régime d'épargne-études et de créer des bourses pour les familles à faibles revenus.

Paul Martin s'est présenté comme le gardien de l'héritage libéral, en soulignant les mesures annoncées en santé et en environnement.

Il a également lancé une fleur à Jean Chrétien, annonçant qu'il baptiserait «Loi Chrétien» la loi qui permettra de vendre des médicaments génériques dans les pays en développement, afin de mieux lutter contre le sida.



»» le Québec dans la fédération

Pelletier défendra le droit de retrait avec compensation

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 5 février 2004

Québec -- Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, estime que le gouvernement Charest est capable de faire montre de fermeté pour défendre les compétences du Québec contre les assauts du gouvernement fédéral en dépit de la grande ouverture qu'il manifeste à l'endroit d'Ottawa.

«Les voies de communication sont tout à fait ouvertes avec le gouvernement du Canada», a fait valoir M. Pelletier au cours d'un point de presse. «Mais ça ne nous empêche pas de faire preuve de fermeté lorsque besoin est.»

Comme Le Journal de Québec le rapportait hier, la nouvelle ministre du Patrimoine, Hélène Scherrer, est d'avis que l'intention d'Ottawa de financer les municipalités et d'investir en santé et en éducation est bien reçue à Québec, du moins en privé. «Quand nous sommes face à face, les libéraux [provinciaux] abondent dans le même sens que nous. Leur ouverture d'esprit est tout à fait exceptionnelle», a dit la ministre Scherrer, qui estime que «pour les gens, c'est le résultat qui compte» au delà des compétences respectives des deux gouvernements.

M. Pelletier a indiqué que son gouvernement, que ce soit en public ou en privé, réitère que ses «principes fondamentaux tiennent au fait qu'on veut défendre la compétence du Québec». Il existe des «domaines sacrés», a dit le ministre, qu'il s'agisse des affaires municipales, de la santé ou de l'éducation. Dans les domaines où le Québec a mis ses propres programmes en oeuvre, le gouvernement exigera d'Ottawa un droit de retrait avec pleine compensation financière, comme c'est le cas pour les prêts et bourses et les services de garde, a-t-il dit.

La Commission des institutions s'est réunie à huis clos hier pour entendre M. Pelletier au sujet du Conseil de la fédération. À la fin de l'année dernière, l'opposition officielle avait voulu que cette commission parlementaire, en se dotant d'un mandat d'initiative, se tienne en public. Mais les députés libéraux avaient refusé. Le député de Mercier et porte-parole en matière d'affaires intergouvernementales canadiennes, Daniel Turp, a déploré ce huis clos. Même le ministre, qui s'est enthousiasmé pour la qualité de la discussion dont il compte pour une large part, aurait souhaité que «la population en bénéficie».

À l'issue de la commission, M. Turp s'est dit déçu parce qu'il ne sait toujours pas où le gouvernement s'en va dans ses relations intergouvernementales. Le Conseil de la fédération ne semble être pas un moyen d'exercer des pressions sur Ottawa, croit le député. «Le gouvernement actuel ne veut pas se donner de rapport de force alors que le gouvernement fédéral s'en vient à grande vitesse, dans son train, dans le domaine de nos compétences.»

M. Pelletier a expliqué que le Conseil de fédération, en plus d'améliorer la collaboration des provinces entre elles, renforcera leurs positions communes face à Ottawa. Toutefois, «on ne veut pas entrer dans une dynamique de "federal bashing", blâmer le fédéral rien que pour le plaisir de le blâmer. Il faut avoir une contribution positive».



»» le Québec dans la fédération

L'intrus ambigu

André Pratte
La Presse jeudi 5 février 2004

Éditorial - Le discours du Trône dévoilant les grandes lignes du programme du gouvernement Martin a suscité l'inquiétude, voire l'indignation à l'Assemblée nationale. L'agacement aurait été une émotion plus appropriée, car il est franchement difficile de discerner, à travers ce fatras de phrases creuses et d'énoncés ambigus, quelles sont les intentions réelles du nouveau premier ministre.

Une chose est sûre, un grand nombre des priorités du gouvernement fédéral portent sur des domaines qui sont d'abord de compétence provinciale. Cela n'a rien d'étonnant: la santé, l'éducation, la petite enfance, la vie urbaine sont les principales préoccupations des Canadiens. Les élus fédéraux paieraient un prix politique élevé s'ils n'y répondaient pas.

De plus, si les domaines en question sont de juridiction provinciale, les provinces n'en ont généralement pas l'exclusivité, ni en droit ni dans les faits. En santé, par exemple, le gouvernement fédéral est fort actif depuis des décennies, et les tribunaux ont reconnu la constitutionnalité de ses interventions. Il est donc excessif de crier au meurtre chaque fois qu'un premier ministre fédéral prononce les mots " santé " ou " ville ".

Qu'Ottawa s'intéresse à ces secteurs d'activité n'est pas nécessairement néfaste, et peut être salutaire. Tout est dans la manière. Dans le discours du Trône, on trouve le mot " collaboration " chaque fois qu'il est question d'un domaine où les provinces sont impliquées. " Les champs de compétence seront respectés ", est-il clairement affirmé. S'agit-il seulement de mots?

" Ce n'est pas parce qu'il parle de temps en temps de faire les choses avec les provinces que c'est ce qui va arriver dans les faits ", soulignait mardi le député péquiste Daniel Turp. C'est un fait. Mais en politique, les mots ne sont pas vains. Si M. Martin insiste tant sur la collaboration - comme il l'a fait tout le long de sa carrière politique - c'est qu'il y croit. Au sujet du nouveau projet de bourses universitaires annoncé dans le discours, le secrétaire général du gouvernement Francis Fox a tout de suite fait savoir que s'il ne pouvait y avoir entente avec Québec, Ottawa verserait tout simplement les sommes prévues au gouvernement québécois, qui pourra s'en servir pour enrichir son propre programme de prêts et bourses. On est loin du " TGV fédéral qui vient envahir nos compétences " dont parlait M. Turp.

Cela dit, en particulier en ce qui a trait à la santé, les intentions du gouvernement canadien devront être clarifiées. Cette semaine, il a annoncé que sa priorité était de réduire les temps d'attente. " Cela exigera, énonce le discours du Trône, une réforme et une amélioration fondamentales des installations et des procédures de tout le système de soin. " Ici, Ottawa frôle l'ingérence dans la gestion du système de santé, ce qui constituerait non seulement une intrusion dans une compétence très clairement provinciale, mais surtout une source évidente d'inefficacité.

Le ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, fait bien d'annoncer qu'il sera vigilant. Il ne s'agit pas de dénoncer, par réflexe, tout ce qu'Ottawa dit ou fait. Il s'agit de s'assurer que dans ces domaines si étroitement mêlés aux valeurs et à la culture, la spécificité du Québec sera respectée.

apratte@lapresse.ca



»» Le Québec sur la scène internationale

La diplomatie québécoise depuis le 14 avril 2003
- Québec abdique-t-il sur la scène internationale?

Daniel Turp
Député de Mercier et porte-parole en matières de relations internationales et d'affaires canadiennes
Le Devoir jeudi 5 février 2004

Jean Charest a une vision provinciale de l'État québécois

Après neuf mois au pouvoir et le récent voyage de Jean Charest en Europe, force est de constater que le dossier des relations internationales du Québec ne fait pas exception à la mauvaise gestion du gouvernement libéral. L'annonce d'une perte de plus de 550 emplois pendant le Forum de Davos traduit bien le manque de préparation de la mission internationale du premier ministre et augure mal pour l'avenir. Mais au delà du drame pour les gens du Saguenay, n'assistons-nous pas à une véritable abdication du gouvernement du Québec sur la scène internationale?

Dans un contexte de mondialisation accélérée, une telle abdication est particulièrement désolante et résulte d'une vision provinciale de l'État québécois, d'un intérêt manifestement limité pour la chose internationale et de l'amateurisme de Jean Charest et de son cabinet. Une analyse des faits et gestes du gouvernement de Jean Charest le démontre.

D'abord, les occasions ratées. L'absence inexplicable de Line Beauchamp au Festival de Cannes alors que le cinéma québécois, primé de surcroît, y occupait une place remarquée. La moisson de misère de Jean Charest à Davos, d'autant plus incompréhensible qu'une certaine presse tend à donner aux libéraux du Québec un sens inné pour tisser des liens d'affaires. Et une absence remarquée et injustifiée du gouvernement du Québec au IIIe Forum social mondial à Mumbai, en Inde.

Ensuite, les maladresses. En mai 2003, Jean Charest reçoit la visite d'Edmund Stoiber, ministre-président de l'État libre de la Bavière. Cette entité fédérée partage avec le Québec la rarissime particularité de ne pas avoir signé la Constitution de son État fédéral. Or on remarque que même dans les interpellations protocolaires du premier ministre, le mot «libre» est omis de l'expression correcte, comme s'il pouvait être porteur du moindre équivoque.

Le premier ministre reçoit ensuite son homologue français, Jean-Pierre Raffarin. Cette visite se fait dans le cadre des visites alternées de premiers ministres français et québécois, un précieux acquis diplomatique légué par René Lévesque et Raymond Barre. Très peu de nations cultivent des relations aussi suivies, a fortiori deux nations séparées par un océan. Or le gouvernement du Québec ne fait rien pour dissiper un dangereux glissement sémantique de la «visite au Canada» de Jean-Pierre Raffarin.

Après ces figures imposées prévues à l'agenda diplomatique, la première décision du gouvernement actuel est de tuer dans l'oeuf l'Observatoire québécois de la mondialisation, dont la création faisait consensus. Jean Charest avait pourtant déclaré, le 23 mai 2003, que «le Québec, comme la France, croit que la mondialisation doit être observée, comprise et balisée». Dorénavant, c'est la France seule qui observera, comprendra et balisera. En effet, ironie du sort, la France envisage aujourd'hui de créer, sur le modèle québécois, un observatoire national des effets de la mondialisation, dont la création est proposée dans le rapport Lepeltier et auquel le premier ministre Jean-Pierre Raffarin s'est engagé à donner suite favorablement.

Recentrer l'action

Pour le gouvernement Charest, on doit recentrer son action sur les «vraies» affaires, les affaires internationales plutôt que les relations internationales, et sur le «vrai» partenaire, les États-Unis d'Amérique. Or, là aussi, c'est l'abdication. En novembre 2003, Monique Gagnon-Tremblay accepte sans broncher le fait que le Québec n'ait pas de représentation politique à Washington et se contente de son actuel «bureau du tourisme». Elle abandonne ainsi une revendication chère à Robert Bourassa. C'est pourtant dans la capitale américaine que plusieurs décisions importantes se prennent et affectent les Québécois dans leur vie quotidienne. Le gouvernement ne se soucie guère davantage de l'ensemble des Amériques : l'incapacité de Michel Audet de présenter la position québécoise sur les négociations relatives à la ZLEA est symptomatique d'un manque de vision économique troublant.

Mais c'est la diplomatie culturelle de Line Beauchamp et de Monique Gagnon-Tremblay qui aura été la grande déception de la rentrée d'automne. Que le gouvernement canadien s'attribue le mérite de la décision de la 32e session de la Conférence générale de l'UNESCO, qui lançait les négociations sur la diversité culturelle, c'est une chose. Et tant mieux si une convention voit le jour. Mais le fait d'avoir vu la ministre Line Beauchamp se faire bâillonner le 13 octobre dernier par la ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps, c'est inadmissible. Encore plus inadmissible lorsqu'on apprend que le discours du Québec est jugé «caduc» par l'ambassadeur du Canada à l'UNESCO, Louis Hamel. Dans la diversité culturelle, le Québec troque son rôle de pionnier dans la Francophonie pour celui de valet du Canada. Mais pour Monique Gagnon-Tremblay, se taire renforce la position du Québec. C'est ce qu'elle a affirmé à l'Assemblée nationale.

La diplomatie culturelle du Québec n'en était hélas pas à ses premiers reculs. À l'heure où le Centre culturel canadien fait flèche de tout bois à Paris, à l'heure où les artistes québécois et les gens d'affaires s'affirment de plus en plus dans le marché européen, l'abandon du projet du Centre Québec-Europe, en juin dernier, est un véritable geste d'automutilation non seulement culturel mais aussi économique. Jean Charest, dans l'opposition, avait pourtant qualifié le projet -- qui devait héberger une librairie, une médiathèque, une salle de spectacles -- de «très valable».

L'événement «Voilà Québec en Mexico» s'avère un succès. Qu'à cela ne tienne : la fin des Saisons du Québec est confirmée par la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp. Les quelque 20 employés du Bureau des événements seront sans emploi sous peu. Ce gouvernement croit que des événements tels les Saisons du Québec s'improvisent à la petite semaine. Hélas, la réalité est autre. La diplomatie politique, culturelle ou économique ne s'improvise pas. Les acquis diplomatiques, toujours fragiles, s'accumulent par sédimentation.

Au Québec, les gouvernements sont rarement élus ou défaits en fonction de leurs réalisations internationales. Personne ne se souviendra des voyages de Jean Charest à New York ou à Davos. Cela n'en rend pas moins pernicieuse l'abdication du gouvernement de Jean Charest sur la scène internationale au cours des derniers mois et l'affaiblissement de la diplomatie québécoise, qui s'inscrit dans une réingénierie qu'il faut dénoncer et contre laquelle il importe de lutter.



»» Suroît

Suroît: des écologistes demandent à Mulcair
d'analyser la filière des économies d'énergie

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir jeudi 5 février 2004

Le ministre québécois de l'Environnement, Thomas Mulcair, a été invité hier à faire vérifier par une commission indépendante si la filière des économies d'énergie ne constituerait pas à court terme une réponse plus rapide, plus économique et plus acceptable d'un point de vue social et environnemental au projet du Suroît.

Cette requête lui a été adressée par Héritage Saint-Bernard, un groupe environnemental de la région de Beauharnois, où sera implanté le projet du Suroît. Le groupe en question a d'ailleurs demandé au ministre Mulcair, qui s'opposait depuis des mois à ce projet avant d'en parrainer l'adoption par le cabinet, en décembre dernier, s'il l'aiderait à déposer à l'Assemblée nationale la «première tranche» d'une pétition électronique signée par 17 000 personnes opposées au Suroît en raison, justement, du potentiel mal exploité de l'efficacité énergétique du Québec. La pétition se poursuit au rythme de quatre à cinq signatures à la minute sur le site Internet du groupe.

Dans la région d'accueil du Suroît, l'opposition au projet s'intensifie : la municipalité de Sainte-Martine s'est opposée par résolution au projet. Elle fait partie de la MRC qui recevra un million de dollars en échange d'une modification à son schéma d'aménagement pour rendre possible la construction de la centrale thermique.

D'autre part, la coalition Québec-Vert-Kyoto, qui a organisé l'importante manifestation de la fin de semaine dernière à Montréal, récidive elle aussi, notamment grâce à son site Internet, avec une nouvelle manifestation à Québec, samedi à 13h, devant le Palais des congrès où se tiendra le conseil général du Parti libéral. La coalition espère que les militants libéraux demanderont des comptes aux ministériels sur le non-respect des engagements électoraux du parti, officiellement engagé contre la production thermique d'électricité...

Dans sa lettre au ministre Mulcair, le directeur général d'Héritage Saint-Bernard lui demande d'intervenir en vertu de ses pouvoirs généraux d'enquête pour faire examiner avec rigueur les solutions alternatives au Suroît et pour vérifier les «allégations d'Hydro-Québec et du ministère des Richesses naturelles» en ce qui a trait aux besoins énergétiques anticipés pour le Québec entre 2007 et 2010.

De leur côté, deux procureurs spécialisés en droit environnemental, Franklin Gertler et Évelyne Fecteau, qui avaient fait déclarer illégale la ligne Hertel-des Cantons, précisaient hier dans une entrevue au Devoir qu'en vertu de la loi sur la Régie de l'énergie, il appartient à Hydro-Québec Distribution et non à Hydro-Québec Production, la marraine du Suroît, d'établir l'existence et l'ampleur des besoins en électricité du Québec. Par voie de conséquence, se sont demandé les deux procureurs, serait-il possible que le ministre de l'Environnement, son collègue de l'Énergie et le gouvernement se soient substitués à la Régie de l'énergie, qui doit statuer sur ces besoins, en acceptant un projet justifié publiquement par des besoins internes que cette instance régulatrice n'a jamais validés ?

Pour Philippe Bourque, du Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement, Québec a escamoté à tous les niveaux le débat sur la véritable solution de rechange au Suroît : l'efficacité énergétique. La Colombie-Britannique, dont la situation énergétique s'apparente beaucoup à celle du Québec, dit-il, vient de publier une étude qui démontre que son programme Power Smart pourra répondre au tiers de l'augmentation de la demande en électricité au cours de la prochaine décennie.



»» Suroît - Réplique au président d'Hydro-Québec Production

La transparence doit primer dans le dossier du Suroît

Sylvain Castonguay, Ingénieur
Le Devoir jeudi 5 février 2004

Lettre à Thierry Vandal, président d'Hydro-Québec Production

La présente est une réponse à votre lettre parue dans Le Devoir du mardi 3 février 2004. Vous trouverez ci-dessous certains arguments qui témoignent de l'intérêt du public face au projet de centrale thermique du Suroît. Il est certain que nous attendons de vous rien de moins qu'une extrême transparence face à ce sujet: il en va de l'intérêt de tous de savoir pourquoi vous tenez tant à faire d'Hydro-Québec la seule entreprise au monde qui réduise son ratio de production d'énergie renouvelable.

Quels sont les chiffres ? Quelle quantité d'énergie risquerait d'être importée ou ne pourrait pas être garantie par Hydro-Québec si la centrale n'était pas construite ? Combien cette importation coûterait-elle ? Pour combien de temps ? Quels sont les risques véritables que cela implique (délestage des usines, etc.) ? Ces chiffres sont-ils de nature publique ? Croyez-vous vraiment être les seuls à avoir les compétences qui permettent de comprendre ce qui distingue énergie et puissance ?

Il est impossible que cette économie d'énergie soit aussi chère que vous le prétendez. Il existe des centaines de façons de réduire la consommation, notamment le changement de la tête des pommeaux de douche, la gestion intelligente de la température des bâtisses, l'ajustement des normes du Code du bâtiment en ce qui a trait aux matériaux isolants pour les nouvelles constructions, etc. À ce titre, toutes les instances sont appelées à réagir face à cette situation. Par exemple, quel serait l'effet sur la demande si le gouvernement et les municipalités coupaient l'éclairage des rues dès 6h le matin ?

La centrale thermique du Suroît s'inscrit dans une perspective de développement non durable. Elle n'est pas à sa place dans un plan de développement qui tient compte des changements climatiques et qui oriente les décisions visant les générations actuelles et à venir. Bien sûr, cette centrale est moins polluante que celles au charbon qui sont exploitées en Ontario ou aux États-Unis; seulement, elle servirait à fournir davantage d'énergie aux gens qui ne sont pas aptes à prendre soin de leur planète et à gérer leur consommation. Il n'est pas concevable de polluer davantage pour suivre la croissance, qui suit une tendance accélérée. Toute notion d'économie indique que le prix doit suivre la demande afin d'équilibrer l'offre parapport celle-ci. Le fait de payer plus cher l'énergie que l'on consomme impunément ne peut que sensibiliser les usagers à la valeur qu'a l'énergie dans notre société.

Hydro-Québec

Qu'Hydro-Québec ait décidé de se scinder en plusieurs entreprises pour faciliter sa gestion et ses orientations, cela va de soi. Mais qu'une division ne soit pas en mesure d'en approvisionner une autre, qu'une division soit déficitaire ou qu'elle suive une autre tendance qu'une filiale soeur, cela devient ridicule. Qu'il existe davantage de présidents, de vice-présidents et de gestionnaires, cela ne devrait pas empêcher l'entreprise qu'est Hydro-Québec d'offrir le meilleur service possible à la population. Ce service, la population l'a demandé dimanche : c'est de l'énergie propre. Jamais, à ce que je me souvienne, un projet avec un impact environnemental comme celui de la centrale du Suroît n'a attiré autant de gens dans les rues de Montréal. Comme je suis plutôt jeune et que j'ai grandi avec l'idée qu'Hydro-Québec était une société responsable et respectable, j'avais bon espoir que la société d'État poursuive sur sa lancée et que mes enfants puissent éprouver ce sentiment de fierté face à Hydro-Québec.

L'énergie, l'environnement et les ressources naturelles font partie de ce qui s'appelle le bien commun. Celui-ci doit être géré de façon à permettre une équité entre les générations actuelles et à venir. Ce bien commun doit être défendu par tous et ne peut être administré de façon à maximiser les profits d'un gouvernement quel qu'il soit, et ce, seulement pour un mandat. Déroger à cette responsabilité de décider conséquemment de la bonne gestion du bien commun est un geste qui va à l'encontre de la Loi sur l'environnement. Peut-être l'aviez-vous oublié, mais malgré la reconnaissance de la croissance de la demande énergétique, le BAPE, que vous citez, a rejeté le projet de la centrale du Suroît.

L'énergie, la pollution, les conséquences écologiques et notre niveau de vie représentent une multitude de facteurs qu'il nous faut prendre en compte afin de décider adéquatement. Seulement, personne n'est là pour défendre les droits des personnes qui ne sont pas encore nées, celles qui subiront les conséquences des changements climatiques. On a déjà vu plusieurs exemples de ces conséquences et de ce qui risque de se produire :

- 1994 et 2004 : records de froid en janvier;
- 1996 : inondations au Saguenay;
- 1998 : crise du verglas au Québec;
- 2003 : apparition du virus du Nil.

Par ailleurs, de nombreuses sécheresses et inondations sont attribuables aux changements climatiques. Le groupe d'experts intergouvernemental (http ://www.ipcc.ch/pub/un/giecgt1.pdf) sur l'évolution du climat stipule que l'essentiel des changements climatiques des 50 dernières années est imputable à l'activité humaine.

En moyenne, entre 1950 et 1993, les températures journalières minimum de l'air relevées de nuit à la surface des sols ont augmenté d'environ 0,2 °C tous les dix ans. Cela représente environ le double du taux d'augmentation des températures journalières maximum de l'air relevées pendant la journée (0,1 °C tous les dix ans). Dans de nombreuses régions situées sous des latitudes moyennes ou élevées, ce phénomène a prolongé la saison sans gel. L'augmentation de la température à la surface de la mer au cours de cette période est égale à environ la moitié de l'augmentation moyenne de la température de l'air à la surface du sol.

On dort au gaz

La solution facile n'est pas toujours la meilleure, surtout lorsqu'il s'agit de fournir 800 MW d'électricité aux Québécois. Seulement, il est impératif que ces décisions soient prises en toute transparence et que chacun prenne conscience des enjeux qui y sont rattachés. Il est absolument faux de dire que la centrale thermique du Suroît permettra de réduire le bilan québécois d'émissions : en effet, vous le dites vous-même, elle produira 2,25 millions de tonnes d'émissions par année. Cette augmentation provoquera une hausse des émissions de la province de 2,6 % à 3 %, ce qui sera bien loin de réduire les émissions provinciales en deçà de celles de 1990.

Il existe un autre facteur très sérieux en ce qui a trait aux conséquences de l'exploitation d'une centrale au gaz naturel. Celle-ci brûlera environ 881,5 millions de kilos de ce gaz non renouvelable chaque année. Ceci implique une demande croissante pour le gaz naturel, ce qui provoquera probablement une hausse du prix. Et comme les réserves actuelles s'écouleront probablement plus vite, on sera sérieusement tenté d'aller exploiter les réserves potentielles du fleuve Saint-Laurent. Or il s'agit d'un des derniers habitats naturels pour les bélugas et autres mammifères marins, qui ont été largement affectés par les activités humaines. Est-il possible de croire qu'en plus de participer directement à la perte des pingouins, des manchots, des ours polaires et de toutes les autres espèces animales affectées par les changements climatiques, vous participerez directement à l'élimination de l'habitat des dernières baleines qui y survivent ? Si tel est le cas, au nom de quoi et de qui ? Pour le bien de tous ?

Une des solutions proposées pour arriver à répondre à cette demande croissante, solution qui serait temporaire et sans impact sur l'environnement, serait de planifier l'entretien des centrales de façon à diminuer le nombre de groupes qui seront en réfection lors des périodes au cours desquelles on peut prévoir des crises de production. En effet, si le fait de reporter la réfection de quelques groupes pouvait permettre de gagner quelques mégawatts, ce serait tout de même un bon début. Aussi serait-il possible de négocier des périodes de délestage avec compensation pour les entreprises. Bref, il existe plusieurs façons autres que le projet de centrale du Suroît pour parvenir à assurer le niveau de la production jusqu'à ce que les ouvrages hydrauliques entrent en service.

Il est possible de demander aux clients d'Hydro-Québec, c'est-à-dire nous-mêmes, de faire un effort : il y a deux semaines, nous avons réduit notre consommation de 600 MW afin d'éviter le délestage. Demandez aux gens de participer à cet effort, demandez-leur de changer : il le faut absolument. Chacun peut faire un effort et nous pouvons éviter de construire cette centrale. Nos enfants vous en remercieront.

Parce qu'on n'en sait jamais assez. Parce que, lorsqu'on sait, on ne peut plus ignorer.



»» Suroît

22 CONGRÉGATIONS OPPOSÉES AU SUROÎT

Charles Côté et Denis Lessard
La Presse jeudi 5 février 2004

Un groupe de 22 congrégations religieuses québécoises, détentrices d'obligations d'Hydro-Québec, veut rencontrer André Caillé, le président de la société d'État, pour lui demander de mettre de côté le projet de centrale thermique du Suroît.

" Il y a des alternatives plus économiques et plus écologiques au projet du Suroît ", affirme soeur Esther Champagne, de la congrégation de Notre-Dame.

Pendant ce temps à Québec, le gouvernement Charest va se heurter à une opposition inattendue de ses députés sur le controversé projet du Suroît, la centrale au gaz qu'Hydro-Québec compte construire à Beauharnois.

Le projet de 550 millions émettra autant de gaz à effet de serre que 600 000 automobiles, ce qui fera augmenter les émissions totales du Québec de 2,5 %. Pour respecter le protocole de Kyoto, le Québec devrait plutôt réduire ses émissions de 6 %.

Hydro-Québec affirme avoir besoin de la centrale pour répondre à une augmentation inattendue de la demande d'électricité.

Mais la controverse fait rage depuis l'annonce du projet, il y a trois semaines, par le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad.

Les congrégations, dont les Soeurs grises, la congrégation de Notre-Dame, les Capucins et les Oblats, craignent autant pour les finances que pour l'image d'Hydro-Québec. Agissant au sein du Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises, elles ajoutent leur grain de sel dans le débat, un peu à la manière de certaines Églises américaines qui avaient posé la question: " What would Jesus drive? " (Que conduirait Jésus?) dans une campagne contre la mode des véhicules utilitaires sport.

Soeur Esther Champagne considère qu'Hydro-Québec et le gouvernement n'ont pas convenablement informé la population et les investisseurs au sujet du Suroît. " On entend des parcelles de vérité tellement incomplètes que la réalité de ce projet est ambiguë ", dit-elle.

" De plus en plus, des personnes compétentes nous expliquent les discordances entre le projet du Suroît et les engagements du protocole de Kyoto, dit soeur Esther. Nous intervenons par conviction sociale. Nous sommes convaincus qu'il y a d'autres façons de pourvoir aux besoins électriques de notre société que le projet du Suroît. "

Selon Diane Boudreault, coordonnatrice du Regroupement, la démarche est exceptionnelle mais justifiée. " En tant que créancier, lorsqu'il y a des risques, on a le droit d'émettre notre opinion ", affirme-t-elle.

François Rebello, directeur du Groupe investissement responsable, est conseiller auprès des communautés religieuses. " Du point de vue de ces investisseurs, il est important qu'Hydro-Québec garde le cap sur le développement durable, dit-il. Une orientation en faveur d'une centrale au gaz naturel me semble difficilement compatible avec cette vision. "

Dans sa lettre, le Regroupement affirme représenter des " corporations religieuses qui détiennent des obligations d'Hydro-Québec pour un montant significatif ". Mme Boudreault a refusé de donner des précisions sur ce montant.

La stratégie d'Hydro-Québec envers les changements climatiques et sa participation au marché des crédits de CO2 ne nous semblent pas claire, affirme-t-on dans la lettre. De plus, nous croyons que la controverse soulevée par le Suroît pourrait nuire à la réputation d'Hydro-Québec auprès des investisseurs, tant au Canada qu'à l'étranger. "

Hydro-Québec n'a pas voulu commenter l'affaire hier.

Libéraux exaspérés

Cette nouvelle contestation fera sans doute monter la pression sur les élus libéraux. Exaspérés de n'être jamais consultés, bon nombre d'entre eux attendent de pied ferme le ministre Hamad. Ils l'ont sommé de donner, vendredi matin, des explications sur le projet unanimement décrié par les groupes environnementalistes.

Des députés déplorent n'avoir jamais été consultés sur ce projet depuis les élections. Ils relèvent que, quand ils étaient dans l'opposition, le chef du parti, Jean Charest, avait tenu à ce qu'ils se prononcent sur le projet, annoncé à l'origine en 2001. Au début de 2002, le caucus libéral s'était opposé au projet aujourd'hui béni par le gouvernement.

Se défendant d'être un des leaders de la fronde, le député de Verdun, Henri-François Gautrin, souligne toutefois " qu'il y a beaucoup de questions auxquelles Hydro-Québec n'a pas répondu ".

" Je ne suis pas fâché... mais vous pouvez me décrire comme quelqu'un qui se pose des questions ", dit-il. Les réponses existent peut-être, mais il importe qu'on les expose aux élus, selon lui.

Dans l'opposition, avec Claude Béchard devenu ministre et Robert Benoît, qui a quitté depuis la politique, M. Gautrin avait mené une guerre musclée à ce même projet de centrale proposé, puis retiré, par le gouvernement Landry.

Il remet aujourd'hui en question les prévisions de croissance d'Hydro-Québec. " On peut se demander si les besoins que prétend entrevoir Hydro-Québec sont réels ", dit-il.

Le député de Verdun est loin d'être seul à se poser des questions.

Sous le couvert de l'anonymat, un vétéran libéral se dit même perplexe devant un projet qui fera grimper subitement de 20 % le chiffre d'affaire de Gaz Métropolitain, propriété d'Hydro-Québec. " Quand on sait qu'il n'y a pas si longtemps, le chef de cabinet de M. Charest, Stéphane Bertrand, était à Gaz Métropolitain! " M. Bertrand, devenu bras droit de Jean Charest l'été dernier, fut pendant plusieurs années responsable des communications chez Gaz Métro.

Un autre député souligne que bien des libéraux en ont carrément soupé de ne pas être consultés sur des questions importantes. " On apprend les choses dans les journaux... je ne pense pas qu'on ait été élus pour ça ", laisse-t-il tomber.

Pour André Ménard, le porte-parole du ministre des Ressources naturelles Sam Hamad, il n'est pas question pour le gouvernement de changer d'orientation.



»» réseau universitaire québécois

Quand le corporatisme se déguise en progressisme

Joseph Facal
Professeur à HEC Montréal et ancien président du Conseil du trésor du Québec
Les Affaires samedi 7 février 2004

Seul niveau d'enseignement à devoir affronter la concurrence mondiale, le réseau universitaire québécois souffre d'un sous-financement aussi incontestable que celui du système de santé. À la veille d'un nouveau débat public sur la question, les associations étudiantes viennent de faire savoir qu'il était hors de question de compter sur elles pour accepter que les étudiants déboursent davantage pour leur propre éducation. Elles ont aussi cherché à discréditer une étude récente de l'économiste Norma Kozhaya, qui liquidait quelques mythes sur le sujet. Mais les faits, eux, ont la tête dure, et les conclusions qu'en tire l'auteure semblent irréfutables.

Les droits de scolarité au premier cycle universitaire au Québec sont de 1 862 $ par an, alors qu'ils sont de 4 923 $ en Ontario et de 4 025 $ en moyenne au Canada. Cette contribution étudiante compte pour 9,2 % des revenus des universités québécoises, comparativement à 25,3 % pour les universités ontariennes et 19,2 % pour la moyenne canadienne. Les étudiants québécois sont aussi les seuls, au Canada, à avoir accès à des bourses selon les besoins et pas seulement au mérite.

L'argument central des associations étudiantes est que toute hausse des droits réduirait l'accessibilité. Personne n'a cependant pu établir ce lien. La Nouvelle-Écosse a les droits les plus élevés en même temps que le plus haut taux de fréquentation universitaire. L'Ontario a augmenté ces droits de 137 % en 10 ans et son taux de fréquentation est plus élevé que celui du Québec. La très forte hausse des droits au Québec en 1991-1992 n'a pas empêché le taux de fréquentation d'augmenter. Plusieurs études font ressortir que la valorisation de l'éducation dans le foyer familial et la réussite scolaire au niveau secondaire sont des facteurs explicatifs plus importants.

Nous savons aussi que les enfants issus de milieux aisés ont beaucoup plus de chances de fréquenter l'université que ceux issus de familles moins bien nanties. Non seulement des droits de scolarité très bas ne modifient pas substantiellement la composition de la clientèle universitaire, mais ils reviennent à faire subventionner l'éducation de jeunes venant surtout de milieux favorisés par des contribuables dont les enfants n'ont pas leurs avantages sociaux de départ. Est-ce que c'est cela le progressisme ?

Il est vrai que les étudiants universitaires vivent modestement pour la plupart. Mais, contrairement aux vrais pauvres, ils ne sont pas prisonniers de leur situation, qui dure le temps de leur investissement dans une formation qui leur vaudra plus tard des revenus incomparablement plus élevés que ceux des non-diplômés. Les associations étudiantes pressent toujours les gouvernements de considérer les dépenses publiques en éducation comme un investissement. Pourquoi refusent-elles d'admettre que cette logique devrait aussi s'appliquer à la contribution des étudiants à leur propre formation ?

On ferait plus pour l'égalité des chances en accordant davantage d'aide financière aux les étudiants issus des milieux vraiment défavorisés plutôt qu'en la saupoudrant. Pourquoi ne pas moduler les droits de scolarité selon les disciplines, en fonction des revenus futurs estimés et des taux de placement sur le marché du travail ? Tony Blair, qui n'est pas un homme de droite, vient de mettre sa tête en jeu sur cette question.

Dans une économie du savoir où la qualité des diplômés deviendra aussi importante que leur quantité, les associations étudiantes, prisonnières d'une conception corporatiste de leur rôle, ne rendent service à personne en refusant de faire leur part dans une relance de nos universités qui devrait nous concerner tous.

lesaffaires.redaction@transcontinental.ca



»» congés parentaux

Les oubliés du débat sur les congés parentaux

Ginette Charest
Directrice générale de Leucan
Le Devoir jeudi 5 février 2004

Libre opinion: La décision de la Cour d'appel du Québec sur la compétence provinciale en matière de congés parentaux relance le débat au sujet de la Loi sur l'assurance parentale du Québec. Des négociations portant sur des transferts fédéraux de quelque 700 millions de dollars seront, du moins nous l'espérons, amorcées sous peu entre les deux ordres de gouvernement. Ces fonds permettraient l'entrée en vigueur de la Loi sur l'assurance parentale du Québec, adoptée le 25 mai 2001 par l'Assemblée nationale, accordant aux travailleurs, dans les cas d'adoption d'enfants mineurs, une allocation parentale d'une durée de 37 semaines.

Leucan demande que cette loi soit amendée pour inclure les cas de parents d'enfants atteints d'une maladie grave potentiellement mortelle, telle le cancer. Ces parents pourraient bénéficier, comme dans les cas d'adoption, d'une allocation parentale de 37 semaines. Une analyse des coûts liés à ces allocations pour présence parentale a été effectuée à notre demande par la firme Samson Bélair Deloitte & Touche. Cette analyse est basée sur des données et des postulats fournis par notre institution et facilement vérifiables.

Il ressort de cette étude que les coûts annuels liés à une telle assurance, pour les parents d'enfants atteints du cancer, seraient de l'ordre de 900 000 $ à 2,7 millions. Nous pouvons en déduire que 1,5 million serait le chiffre le plus probable. Cette somme représente un très faible pourcentage des 700 millions attendus et permettrait aux familles de se prévaloir du congé de 104 semaines déjà accordé par la Loi sur les normes du travail du Québec depuis juin dernier.

En fait, la demande de Leucan porte sur la cohérence des décisions gouvernementales. Si une loi provinciale, en l'occurrence la Loi sur les normes du travail, reconnaît aux parents d'enfants atteints d'une maladie grave potentiellement mortelle le droit à un congé parental similaire à celui accordé dans les cas de naissance et d'adoption, elle reconnaît d'office l'obligation d'une présence parentale au chevet de l'enfant malade. De ce fait, la Loi portant sur les allocations de présence parentale doit inclure ces travailleurs pour leur permettre de remplir les devoirs parentaux reconnus dans les congés accordés par la Loi sur les normes du travail.

De plus, nous sommes convaincus qu'une allocation de présence parentale pour les enfants malades, gérée adéquatement, serait socialement et économiquement moins onéreuse que les déstabilisations familiales, psychologiques et professionnelles générées par une loi inadéquate qui n'offre pas au travailleur la possibilité financière de s'absenter du travail pour fournir les soins requis à son enfant.

L'amendement de la Loi sur l'assurance parentale permettrait au Québec de se doter d'une véritable politique parentale pour soins à apporter aux enfants mineurs et serait, à maints égards, un exemple à suivre pour l'ensemble du Canada. Le gouvernement du Québec a ici une occasion unique de reconnaître, pour la première fois, la valeur de la vie d'un enfant et le besoin de présence parentale qui s'y rattache.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

FAITES GAFFE MONSIEUR LAPIERRE

Patrice Boileau, patriceboileau@videotron.ca
Directeur des communications au Conseil exécutif de la circonscription de Chambly.
TRIBUNE LIBRE 5 février 2004

Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée, dit-on. Il faut toutefois éviter de devenir une girouette qu’Éole bouscule au gré de ses humeurs, monsieur Lapierre. Car le programme politique qu’offre le Premier ministre désigné Paul Martin aux Québécois est bel et bien du vent. Rien à voir avec une brise agréable, au contraire. C’est un vent de tempête qui cherche à renverser l’autonomie du Québec.

Paul Martin compte rabaisser l’Assemblée nationale du Québec au rang d’une municipalité en conviant dorénavant les maires des grandes villes aux conférences fédérales-provinciales. Cela compliquera des relations avec Ottawa déjà plus que difficiles. Mais, surtout, cela confirmera l’objectif du gouvernement du Canada de porter le coup de grâce à la nation québécoise en la privant de ses recettes fiscales pour protéger sa différence. Est-ce cela que vous cautionnez, monsieur Lapierre?

Vous qui avez été à la barre d’émissions d’information, qui avez eu le souci de bien informer les Québécois pour en faire des citoyens éclairés, décidez dorénavant de changer de camp et d’œuvrer avec des gens qui ne cherchent qu’à nous tromper? Que faites-vous du devoir de mémoire que vos fonctions encourageaient?

Chaque fois qu’un gouvernement fédéral a compté plusieurs francophones dans ses rangs, le Québec a subi les pires attaques visant à banaliser sa différence. Le Parti libéral avec qui vous renouez n’a fait que travailler à torpiller les efforts du Québec d’éviter l’assimilation en s’affublant d’un statut de majorité à l’intérieur d’un territoire national. Vous savez très bien que notre titre actuel de minorité nous fera disparaître. Avez-vous hâte de retrouver ce triste sentiment à Ottawa, où les francophones, citoyens de deuxième classe, sont des emmerdeurs publics pour avoir provoqué l’adoption de la Loi sur les langues officielles? Elle qui fait tant pester des parlementaires anglophones?

Normale, cette réaction. En démocratie, on gouverne pour les majorités. Toute tentative d’imposer à celle-ci les valeurs de la minorité constitue un geste antidémocratique. Paul Martin, en s’affichant d’abord Canadien et ensuite Québécois, a choisi son camp. C’est un choix légitime que personne ne condamne : le Premier ministre du Canada veut servir sereinement ce pays anglophone à près de 80%. La canadianisation du Québec n’intéresse pas cependant des millions de Québécois dont vous sembliez faire partie : votre condamnation de l’échec du Lac Meech l’a laissé croire, du moins. Cet événement qui proclamait avec justesse que toutes les provinces doivent être égales au Canada, semblait avoir éveillé en vous à l’époque le fait qu’il condamne les vôtres à l’assimilation.

Très triste donc de vous voir trouver en Paul Martin une quelconque inspiration alors qu’il s’apprête à museler l’Assemblée nationale du Québec en la reléguant au rang de municipalité. Votre présence au sein du Parti libéral fédéral ne changera absolument rien à cette démarche canadienne. Vous désirez réellement y apporter votre contribution?



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

Que le CRTC débarrasse les ondes publiques de cette calamité

Gilles Rhéaume
Réseau contre la francophobie au Canada
Bureau du porte parole
59006-6595, rue Saint-Hubert
Montréal État du Québec H2S 3P5
COMMUNIQUÉS 5 février 2004

Le 5 février 2004
Conseil de la radiodiffusion
et des télécommunications canadiennes
Gouvernement du Canada


Madame, Monsieur,

Encore une fois le commentateur sportif de la CBC, DON CHERRY, fait des siennes…

Nous avons déjà dans le passé porté plainte auprès de vous contre cet individu et la CBC. Le Conseil de presse du Québec a aussi, en 1995, condamné ses propos.

Voilà que monsieur Cherry recommence ou plutôt continue son manège et qu’il lance des injures à toute la communauté française du Canada, dans le cadre son Coach Corner à la soirée du hockey de la CBC. Cette fois il a méprisé les joueurs de hockey francophones en affirmant que ces derniers et les Européens étaient les seuls à porter la visière pour se protéger le visage durant les joutes. Cela suffit. Ce que nous estimons être du racisme doit cesser d’être encouragé par la CBC qui se fait la complice de cette francophobie car elle paie ce monsieur plus de 700,000$ par année pour ses commentaires qui trop souvent sont truffés d’insultes et d’invectives contre tout un peuple, le peuple de langue française du Canada et du Québec.

Il faut que cet individu soit retiré IMMÉDIATEMENT des ondes publiques et que la CBC s’excuse pour ses propos francophobes.

Cela est contraire aux droits naturels des francophones de ce pays. Si DON CHERRY attaquait constamment les Juifs et les Autochtones, par exemple, il serait sanctionné, et le tout serait parfaitement justifié. Or il s’agit des Francophones dont le Canada se targue pourtant de souligner le 400ième anniversaire de l’installation en Amérique du Nord…

Nous vous demandons d’agir dans ce dossier avec toute la diligence possible. Plus de 7 millions de personnes sont l’objet de ses éructations hebdomadaires. Est-ce suffisant pour intervenir ? Monsieur Cherry a dépassé et depuis longtemps la mesure. Que le CRTC débarrasse les ondes publiques de cette calamité. Il ne doit pas, il ne doit plus avoir de place au Canada, notamment à la CBC, pour la francophobie et le racisme.

Merci,

Gilles Rhéaume