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»» saison des idées

Un référendum "dans les circonstances raisonnables", promet Landry

Mario Cloutier
La Presse lundi 9 février 2004

À l'issue du conseil national du Parti québécois, hier, à Laval, Bernard Landry s'est approché le plus qu'il pouvait d'un engagement ferme à tenir un référendum sur la souveraineté si son parti gagne les prochaines élections.

Répondant aux questions des journalistes, le chef du PQ a expliqué que, en raison de plusieurs nouveaux facteurs, il se sentait assuré de tenir un référendum gagnant d'ici 2008 " dans les circonstances raisonnables ".

Sans définir ces circonstances, le chef péquiste a expliqué que des événements exceptionnels comme " des actes terroristes, des inondations et des tremblements de terre ", pourraient toutefois empêcher la tenue d'un référendum sur la souveraineté, qu'il voit " très rapidement ", entre 15 et 18 mois après l'élection d'un gouvernement du Parti québécois.

Dans le vocabulaire péquiste, où tous les mots sont pesés, la nouvelle expression de Bernard Landry vient remplacer l'incontournable " assurance morale " de gagner un référendum, qui était sa marque de commerce durant la dernière campagne électorale, et les obscures " conditions gagnantes " de son prédécesseur, Lucien Bouchard.

" J'ai l'assurance que nous allons gagner le prochain référendum, avertit M. Landry. Nous allons gagner les élections et, à la manière de Jacques Parizeau et à peu près dans les mêmes délais, un peu plus ou un peu moins, nous ferons un référendum et le gagnerons. "

Les jeunes enthousiastes

Il explique son assurance par une alliance intergénérationnelle qui réunira le vote de trois générations de souverainistes. L'enthousiasme des jeunes péquistes relève aussi du " jamais vu ", selon lui. Enfin, les intrusions d'Ottawa dans les champs de compétence du Québec achèveront de convaincre l'électorat, croit-il.

Même s'il a répété que sa décision n'était pas prise, les dernières déclarations de M. Landry tendent à confirmer son désir d'être chef du PQ aux prochaines élections. Ses engagements de la fin de semaine s'avéreraient, en effet, tout à fait vains s'il laissait sa place à la tête du parti souverainiste.

Le chef péquiste s'est fait rassurant, par ailleurs, sur le déficit accumulé de 500 000 $ de son parti. Il croit également être en mesure d'attirer de nouveaux membres dans sa formation, alors que près de la moitié des péquistes hésitent en ce moment à renouveler leur carte de membre.

" L'offensive commence pour augmenter le nombre de membres. J'ai l'intention de continuer à le faire monter ", a-t-il expliqué en faisant valoir que son arrivée à la présidence du PQ avait déjà fait croître le membership à 70 000, soit 20 000 de plus que du temps de Lucien Bouchard. " Le parti, après une défaite, est dans une forme extraordinairement meilleure qu'après les défaites antérieures ", soutient M. Landry.

Et malgré le revers infligé par le chef aux partisans de l'idée d'une élection référendaire, des militants péquistes ont annoncé hier la création d'un Mouvement pour l'élection référendaire.

Avec quelques autres, le député de l'Assomption, Jean-Claude Saint-André, et le vice-président de la région Montréal-Centre, Sasha-Alexandre Gauthier, ont continué de défendre cette idée même si le débat prévu a été reporté aux travaux de la " saison des idées ", qui battra son plein au printemps parmi les membres du PQ.



»» Les militants sont réunis en conseil national à Laval

Le PQ à la recherche de nouveaux sentiers

Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

À la faveur du conseil national qui se déroule toute la fin de semaine à Laval, la réflexion sur la modernisation du Parti québécois devrait prendre son véritable envol avec une concurrence des idées teintée par une course au leadership latente.

Le coordonnateur de la «saison des idées» au Parti québécois, le député Daniel Turp, estime qu'il est temps que son parti emprunte de nouveaux chemins et délaisse ses préoccupations sur la mécanique référendaire.

Selon M. Turp, un des principaux enjeux de ce grand dépoussiérage des structures du parti, de son programme et de son option consiste à proposer un projet de société qui accompagnera le projet souverainiste. «Est-ce qu'on doit définir ce à quoi pourrait ressembler le Québec souverain ? Peut-être faudrait-il dépasser la mécanique référendaire et proposer ce que devraient être les institutions et les grandes orientations politiques», a-t-il expliqué au Devoir.

Mais voilà, le président du Parti québécois, Bernard Landry, n'est vraisemblablement pas de cette école. Plus tôt cette semaine, il a parlé d'une nouvelle date pour mener les troupes souverainistes vers un référendum en 2008. Littéralement porté par la vague d'insatisfaction envers le gouvernement de Jean Charest, M. Landry poursuit sa réflexion sur la possibilité de rester en selle au delà du congrès prévu au printemps 2005.

D'ici là, le PQ continue son introspection pour mieux se renouveler. Et l'idée d'un projet de société annexé à l'option trouve des adeptes, dont le député François Legault, candidat pressenti s'il devait y avoir une course au leadership. M. Legault propose de mettre de côté le programme péquiste pour adopter un «programme de pays».

Dans l'entourage de M. Legault, on souligne qu'il est plus que temps que les péquistes, «perçus comme des pelleteux de nuages», présentent des idées concrètes, ancrées dans la réalité des citoyens. M. Legault et son équipe tablent donc sur les motivations progressistes de la population (sociales et environnementales, entre autres) et souhaitent se montrer pragmatiques.

À l'inverse, l'autre candidate pressentie à l'éventuelle succession de M. Landry, la députée Pauline Marois, mise plutôt sur les principes et la lutte identitaire. Elle estime que les «caractéristiques d'un Québec souverain ne doivent pas être définies seulement par les membres du PQ». Soucieuse de stimuler les débats, Mme Marois a lancé un site Internet au cours des derniers jours.

Le leadership

Dans ce contexte de tiraillements courtois, la «saison des idées» ne risque-t-elle pas de prendre l'allure d'un exercice strictement cosmétique, compte tenu de l'absence d'une course au leadership ? Le vote de confiance à Bernard Landry si celui-ci décidait de demeurer en poste au delà du congrès est encore bien loin.

«Un parti, ce n'est pas juste une tête dirigeante, souligne Daniel Turp. Un parti a beaucoup de leaders à tous les niveaux. Ce sont des militants qui ont donné leur âme à ce parti et qui ont construit un programme qui est peut-être un peu trop illisible maintenant. Mais on peut, avec M. Landry, transformer le parti et offrir un nouveau Parti québécois. On veut un grand remue-méninges qui, je l'espère, sera un grand remue-ménage. [...] Il faut emprunter de nouveaux chemins», croit le député de Mercier.

Il dit croire que la «saison des idées» est un exercice nécessaire qui exige courage et audace. «Ça ne doit pas être une opération de marketing politique. Ça ne le sera pas parce qu'on va faire les débats en profondeur», répète-il.

Chose certaine, les militants réunis toute la fin de semaine en conseil national à Laval prendront connaissance dès aujourd'hui des cahiers qui doivent guider les consultations qui s'amorcent. Ces cahiers -- qui n'orienteront pas les réponses, promet M. Turp -- sont le résultat des travaux des trois chantiers de modernisation. Les péquistes pourront donner leur point de vue sur les changements à faire d'ici la mi-avril. Juste à temps pour que les troupes donnent un coup de main au Bloc québécois, qui sera en campagne électorale.

Quant au mécontentement que les militants péquistes de Montréal ont clairement exprimé contre «l'ingérence» des experts et des politologues dans les affaires du parti, M. Turp assure que c'est chose du passé. Selon lui, les militants seraient maintenant «mieux disposés» à s'investir et à partager la réflexion.

«Je souhaite que les gens démontrent beaucoup d'ouverture par rapport aux idées qui circulent au Québec, dans les milieux intellectuels, dans la société civile, du développement durable jusqu'à la réforme du mode de scrutin. Il faut aussi être curieux, notamment sur ce qui se fait à l'étranger», affirme Daniel Turp, qui soutient qu'il n'y aura aucune question tabou.

Certaines structures pourraient ainsi être remises en question. Par exemple, le président du parti devrait-il assumer cette fonction une fois qu'il est devenu premier ministre ? D'autres questions pourraient également être soulevées, notamment celle de l'engagement du PQ en vue des prochaines élections : s'agira-t-il de tenir un référendum ou des élections référendaires ? Déjà, des militants se montrent pressés de soumettre au débat l'idée d'élections référendaires. Trois associations locales déposeront chacune une proposition en ce sens.

La synthèse des consultations sera connue lors du dépôt du rapport, prévu en juin.



»» La saison des idées

La saison des idées

Denise Bombardier
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

Ce pourrait être une blague, à la condition que les rieurs s'annoncent. Mais en ces temps où le rire s'enregistre en boîte ou est enrégimenté par des fondamentalistes de l'humour qui départagent le peuple entre ceux qui rient de leurs blagues de misère et les autres qui s'en désolent, rien ne surprend plus. Il y aurait donc une saison pour les idées. Dépêchons-nous de la vivre car nous savons que les saisons chez nous font long feu.

La vie politique au Québec -- et ce n'est pas de la nostalgie de le croire -- a connu sa période faste après la Révolution tranquille, laquelle incarnait les quelques idées fondamentales qui l'avaient nourrie. Il faut lire les biographies qui se sont succédé à ce jour, dont les dernières, remarquables, sur Jacques Parizeau et Camille Laurin, pour se rendre compte que ces acteurs de notre histoire politique carburaient, si on nous passe l'expression, à quelques idées claires et concises. De fait, le fédéralisme et le souverainisme ont été les mamelles de la vie intellectuelle pendant plusieurs décennies.

Aujourd'hui, la donne est changée. Les idées ont cédé l'avant-scène aux opinions si chères aux spécialistes des sondages et aux organisateurs électoraux. C'est pourquoi la démarche du Parti québécois, l'inventeur de ce slogan saisonnier, risque fort de tourner court. On ne trouve pas des idées dans des battues comme à la chasse : les idées sont le fruit de la réflexion, d'une vision de l'homme et de la société ainsi que de convictions dont la souplesse d'adaptation n'est pas extensible à volonté.

Si les opinions ont pris le pas sur les idées, c'est que l'électoralisme et le clientélisme se sont substitués à une certaine idée de la politique et surtout de ceux qui l'exercent. Avant que l'exercice de la démocratie ne dégénère en démagogie, les élus se sentaient investis d'une responsabilité, celle de gouverner selon leur conscience et non selon les agitations du moment. À cet égard, Tony Blair commande le respect, lui qui a maintenu sa position contre une opposition à l'intérieur même de son parti. À ses risques et périls, certes, mais personne ne lui reprochera de ne pas se battre pour ses idées. Si gouverner est l'art du possible, c'est également la capacité de définir ce qu'est le bien commun. Or l'électoralisme qui préside à la vie politique aujourd'hui et qui est l'équivalent de la cote d'écoute ou de la liste des best-sellers a des effets désastreux à moyen et à long terme. Cet électoralisme qui adapte sans cesse l'action au feeling populaire, lequel, tel une girouette, évolue selon le dernier show de télé-réalité, ne permet pas d'assurer une stabilité sociale sans laquelle aucun progrès ne peut être réalisé.

On tend à oublier le lien entre le dynamisme de la vie intellectuelle et la vie politique. La panne d'idées entraîne nécessairement une détérioration de la qualité de la démocratie. La gouverne par impulsions, par intuitions ou par coups de gueule mène souvent à l'affrontement social. Car un gouvernement qui défend quelques idées claires a plus de chances d'être compris de l'électorat que celui dont l'objectif est plus défini que les idées mises en avant pour y parvenir. N'est-ce pas ce qui arrive actuellement au gouvernement Charest ? Son apparente incapacité à expliquer sa politique n'est pas indissociable de sa difficulté à la penser.

Quant au Parti québécois, sa position de quêteux d'idées démontre bien son désarroi actuel. Ce parti, à la tradition studieuse, cherche avant tout une identité perdue avec son rêve original. Il est vrai que les idées qui l'animaient ont été battues en brèche. Mais cela n'explique pas la paralysie intellectuelle qui semble s'être emparée de lui. C'est que les idées ne sont pas immuables et ne doivent pas être gardées dans un tabernacle pour l'adoration des fidèles. Les idées, pour survivre, doivent être revisitées, revitalisées, voire bousculées. Cela suppose qu'elles n'appartiennent pas en exclusivité à ces gardiens du temple, ceux-là mêmes qui les ont définies. Pour que les idées triomphent, elles doivent circuler entre les générations. Or les jeunes ont besoin de penser le monde autrement qu'à travers le prisme des parents. Pour les jeunes, le Parti québécois véhicule des idées figées. Le nationalisme de papa n'est plus à l'heure du jour. «Donnez-nous de nouvelles idées, nous vous redonnerons le pouvoir», ont l'air de dire les dirigeants. Erreur. «Avec nos nouvelles idées, nous accéderons nous-mêmes au pouvoir», doivent se dire tous ceux qui piaffent d'impatience. Cela s'appelle le changement de la garde.

Il est rare que ceux qui ont des idées les abandonnent à ceux qui n'en ont guère. Penser le monde est une activité exaltante dont on tire une satisfaction à la mesure de sa capacité à l'incarner. Quelqu'un n'a-t-il pas écrit : «Je pense, donc je suis» ? Il en est des idées comme des hommes : elles peuvent mourir pendant que d'autres en font naître de nouvelles. Dure réalité, nous en convenons. Mais la sagesse oblige à s'incliner devant le fait.



»» Le Québec sur la scène internationale

Notre devoir d'audace

Monique Gagnon-Tremblay
Vice-première ministre du Québec, ministre des Relations internationales du Québec et ministre responsable de la Francophonie
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

Comment Daniel Turp peut-il prétendre, comme il l'a fait dans Le Devoir de jeudi, que l'action du gouvernement du Québec, en matière de politique de relations internationales, constitue une abdication de son rôle sur la scène internationale? [...] Loin d'abdiquer ses responsabilités, le gouvernement Charest a mis la promotion de l'expertise québécoise au centre de ses priorités puisque notre prospérité économique en dépend. [...]

Jamais, par le passé, un premier ministre du Québec ne s'est autant investi dans les dossiers internationaux que M. Charest. Au lendemain même des élections du 14 avril 2003, il se rendait à New York, confirmant ainsi notre volonté de relations étroites avec notre principal partenaire. Fait sans précédent, il s'est entretenu avec le chef de la diplomatie américaine, Colin Powell.

Il y est retourné en octobre dernier à l'invitation de la prestigieuse Foreign Policy Association. Il a profité de l'occasion pour y énoncer les priorités de son gouvernement et réaffirmer sa volonté de mettre l'accent sur l'international pour assurer la prospérité des Québécois. En septembre, il a participé activement à la Conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l'est du Canada. [...] Parallèlement, d'autres membres du gouvernement, à la demande de M. Charest, se sont rendus aux États-Unis pour renforcer notre dialogue avec nos partenaires.

Plus près de nous, en début d'année, M. Charest a effectué une importante mission en Europe. [...] Au programme des rencontres: des chefs d'entreprise, des leaders politiques - est-il besoin de rappeler qu'en Allemagne, il a eu une rencontre avec le chancelier Schröder (une première avec un chancelier allemand depuis M. Bourassa); au Royaume-Uni, le vice-premier ministre John Prescott, de même que des représentants de grands médias internationaux. Autant de contacts établis pour rétablir l'image d'un Québec qui travaille à son avenir plutôt qu'à sa séparation.

Événement hors du commun au Forum économique mondial de Davos, le premier ministre a présenté sa vision des relations transatlantiques, une occasion privilégiée pour souligner toute l'importance que le Québec accorde au dialogue entre l'Europe et les Amériques. Et, à l'inverse du Parti québécois, plutôt que de procéder à des annonces hâtives, risquant de perdre une proportion importante d'investissements en cours de négociation, nous attendons de conclure des ententes avant de les rendre publiques. Les résultats paraissent moins spectaculaires sur le coup, mais on évite ainsi de vivre une situation où seulement 3 % des investissements annoncés en valeur se réalisent après plus d'un an alors que 40 % sont irrémédiablement abandonnés.

Au Québec même

L'action internationale du gouvernement du Québec ne s'est pas limitée à l'étranger. En mai 2003, le Québec accueillait le ministre-président de la Bavière, Edmund Stoiber. Visite réussie puisque, à l'issue de cette mission, Bavarois et Québécois convenaient de mettre le cap sur une coopération à fort potentiel dans le domaine des hautes technologies, notamment grâce au Sommet des régions partenaires qui aura lieu au Québec en décembre prochain.

Par la suite, le premier ministre de la République française, Jean-Pierre Raffarin, a visité le Québec. De l'avis de tous les observateurs, cette visite officielle a marqué un point tournant dans la relation privilégiée entre la France et le Québec. Les deux chefs de gouvernement ont décidé de faire prendre à la relation franco-québécoise un virage significatif. Des projets communs originaux et porteurs - je pense entre autres à une mission conjointe de prospection économique au Mexique, visant les petites et moyennes entreprises - ont été arrêtés. [...]

En juin 2003, le Québec a accueilli le secrétaire général de la Francophonie, Abou Diouf. M. Charest et moi-même avons profité de l'occasion pour proposer officiellement la candidature de Québec pour la tenue du Sommet des chefs d'État et de gouvernement en 2008 dans le but de marquer ainsi de façon exceptionnelle le 400e anniversaire de la fondation de Québec. Sans parler de la rencontre avec le président Chirac, en Estrie, durant la période estivale.

Du terrain plutôt que des structures

Pour ma part, je n'ai eu de cesse de contribuer au rayonnement du Québec à l'étranger et à la promotion de l'expertise québécoise. Au lieu de créer des structures comme avait l'habitude de le faire le Parti québécois, que ce soit l'Observatoire de la mondialisation ou le Centre Québec-Europe - ce qui n'est pas sans conséquence pour les finances publiques -, j'ai pris la décision de travailler sur le terrain en mettant à contribution les acteurs de la société québécoise.

Mon premier engagement, tout comme celui du Parti libéral du Québec, a été de rappeler l'importance de notre réseau à l'étranger et de ne pas procéder à des fermetures improvisées comme l'a fait le PQ au milieu des années 90. Réglons le cas du bureau à Washington: il conservera le statut qu'il a depuis son ouverture, en 1978, et dont le PQ s'est accommodé pendant toutes ces années.

En septembre dernier, j'ai lancé un événement international de premier plan au Mexique, «Voilà Québec en Mexico». Jamais auparavant dans ce pays, partenaire de premier plan du Québec dans les Amériques, le Québec n'avait pu profiter d'une vitrine culturelle et économique d'une envergure qui a été unanimement saluée par les milieux culturels et économiques québécois. Cet événement a connu son point culminant en novembre à l'occasion de la Foire internationale du livre de Guadalajara, où le Québec était l'invité d'honneur. [...]

Cette foire a été le dernier événement dont l'organisation a été confiée au Bureau des événements. Le ministère des Relations internationales possède l'expertise nécessaire pour organiser ce que le PQ appelait pompeusement les «Saisons du Québec». Ce bureau qu'on nous accuse de fermer est un organisme sans but lucratif. Le vérificateur général a dénoncé, dans plusieurs cas, les coûts excessifs liés aux organismes de ce type et le manque de transparence de l'utilisation des fonds publics. Il était temps qu'un gouvernement sérieux et responsable y mette bon ordre.

En novembre, je me suis rendue au Japon, pays qui n'avait pas été visité par un ministre des Relations internationales depuis de très nombreuses années. La mission que je dirigeais regroupait une vingtaine de gens d'affaires et de représentants de six universités québécoises. [...] Et je pourrais longuement évoquer la participation québécoise aux instances de la Francophonie, notamment lors de la Conférence des ministres qui s'est tenue à Paris à la fin de l'année dernière. Dans le cadre de cette conférence, j'ai tenu notamment à exprimer la solidarité des Québécois à l'endroit du peuple haïtien et à fermement rappeler que les droits de la personne doivent y être respectés. Le Québec a ainsi repris la place de leader qui lui revient au sein de cette instance internationale. [...]

Est-il vraiment besoin de revenir également sur ce succès de la diplomatie québécoise que représente la décision de la Conférence générale de l'UNESCO en regard de la diversité culturelle? Grâce à nos initiatives conjuguées à celles du gouvernement canadien, l'idée d'une convention sur la diversité culturelle a été retenue. Il s'agit là d'un enjeu majeur pour la société québécoise, et le gouvernement québécois entend prendre toutes ses responsabilités pour faire valoir son point de vue. [...]

Que ce gouvernement fasse les choses différemment s'inscrit dans la nature des choses. Le premier ministre nous a demandé de faire preuve d'audace. Aucun effort n'a été ni ne sera ménagé. Audacieux, nous l'avons encore été lors de la dernière Conférence annuelle des premiers ministres alors que le premier ministre du Québec et celui du Canada se sont entendus pour conclure une entente par laquelle le Québec aura plus d'occasions de se faire entendre sur la scène internationale.

Si c'est là abdiquer nos responsabilités en matière de relations internationales, les mots n'ont pas la même signification selon que nous soyons péquistes ou libéraux. L'action convient mieux à un gouvernement libéral que les effets de toge d'une opposition péquiste.



»» Claude Ryan

Former Quebec Liberal leader Claude Ryan dies of stomach cancer

National Post Monday, February 09, 2004

QUEBEC (CP) - Claude Ryan, the former Quebec Liberal leader who was the intellectual heart of the federalist side in the first sovereignty vote, died Monday from cancer. He was 79.

Ryan slipped into a coma on Saturday after battling the disease for months.

Ryan was best known across Canada as the leader of the provincial federalist forces that defeated Rene Levesque in the 1980 referendum.

He was remembered in Quebec as an austere intellectual who treasured the strength of his ideas more than the considerable political power he attained.

"He was a great man of influence who was not in love with power," said Jean-Claude Rivest, a Conservative senator, longtime adviser and friend.

"There are very few true gurus left in the world, and he was one of them."

After his federalists won the 1980 vote, Ryan did not reach out in conciliation to defeated sovereigntists, about 40 per cent of Quebec's population.

Instead he continued to preach about the importance of the federalist victory. One year later, Ryan lost a provincial election he was expected to win in a landslide. He never became premier.

"Some people say Ryan was a good loser but a lousy winner," said Rivest.

Ryan gave up the leadership in 1982 and went on to become a provincial cabinet minister for nearly a decade starting in 1985 before retiring from politics in 1994. He was at the right hand of former premier Robert Bourassa for most of that time.

Despite his successes, friends say Ryan never got the hang of being a politician. Ryan had common-man tastes, frequently dining at Dunkin' Donuts for one example, but he was perceived as aloof. Friends and rivals sometimes referred to him as the Pope or the Ayatollah, depending on their level of admiration for him.

"Mr. Ryan had no instincts as a politician," said John Parisella, who was a chief of staff to Bourassa.

"He put more credence in the people who put content into politics and was suspicious of the professional politician. He was a much better cabinet minister than he was a leader."

Ryan's style was a sharp contrast to the other federalist leader in the 1980 referendum, former prime minister Pierre Trudeau, who delivered a fiery speech on the eve of the vote.

The two men never got along. Their quarrel began as an intellectual spat in the 1950s on a topic that few seem to recall today.

Ryan held a steady hand on crises apart from the sovereignty issue. He was credited by some as the moderating influence that prevented massive bloodshed in the 78-day Oka standoff west of Montreal in 1990.

"He was a good link between the hardliners and those who appeared to be too soft in the process," Parisella said.

"There were no heroes in this event, but Mr. Ryan made sure the balanced approach was there."

Ryan was born on January 26, 1925. He grew up in the heart of the Great Depression. He was one of three sons of a seamstress who was abandoned by her husband. The family survived on welfare.

One of Ryan's brothers went on to become a judge while the other was a successful municipal politician.

Ryan's wife, Madeleine Guay, died in 1986. They are survived by five children.

Ryan's inoperable stomach cancer was announced on Dec. 19, when doctors said he had up to a year to live.

Ryan had many friends but few who were very close to him.

"He had an austere appearance but he was a very funny man in private," said Rivest. "People don't know that aspect. He was a lovely man in private, but in public he was a bit more old fashioned."

Ryan was a deeply religious Roman Catholic who received an education in Montreal and Rome. He was leader of a catholic youth organization through the 1950s.

In Quebec, Ryan was well known long before his political career as the influential writer and editor with Montreal Le Devoir.

Ryan dispensed wisdom to both sides of any debate and wielded his pen like a sword. Politicians who dared ignore him felt his wrath in the pages of the newspaper.

"He was influential on all sides of any issue, among sovereigntists or federalists, business or union leaders," said Bernard Descoteaux who was hired by Ryan at Le Devoir and later became publisher.

"He had a moral authority, his opinions were well founded, his analysis was thorough."

Important people listened.

"The great men of the 1960s and 70s in Canada and Quebec passed through his office," said Rivest, citing a list including prime ministers past and present like Jean Chretien, Joe Clark, Brian Mulroney and Paul Martin.

As rich as his ideas were on personal freedom, government responsibility for the poor and the value of Canadian reconciliation, Ryan was known in his newspaper days as a frugal boss who stayed at YMCAs when he travelled for work. He encouraged his employees to do likewise.

Ryan caused an uproar in 1978 when he abandoned the non-partisan world of journalism and became Liberal leader.

"He took the Liberals into respectability overnight when he took over the leadership in 1978," Parisella said.

Ryan returned to writing in retirement. With sovereignty out of the spotlight recently, he wrote essays on his view of Liberal values and the need for conciliation in Quebec society amid labour unrest.



»» Jean Lapierre

Le joueur

Michel David
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

Chacun a les défauts de ses qualités. Tout le monde reconnaît que Jean Lapierre est un communicateur d'une redoutable efficacité, qui peut faire un tabac pendant une campagne électorale. L'envers de la médaille, c'est que le nouveau lieutenant politique de Paul Martin au Québec est aussi une grande gueule.

Que ce soit à la Chambre des communes ou devant un micro, M. Lapierre a toujours eu le goût de la provocation. Jeudi matin, il trouvait manifestement jouissif de lancer à une journaliste anglophone que la Loi sur la clarté, vénérée presque autant que la Charte des droits au Canada anglais, était une astuce parfaitement inutile. Loin de se défendre de son flirt avec la souveraineté, il en semblait presque fier.

Son style gavroche va certainement plaire à un grand nombre de Québécois, qui seront ravis de le voir passer pour le bonhomme Sept-Heures dans le reste du pays. «Ils vont être obligés de m'accepter comme je suis», a-t-il crâné. L'éditorial du National Post, horrifié de voir M. Martin recruter un ancien séparatiste, a dû le ravir.

À terme, il risque d'avoir un problème de crédibilité. M. Martin, chez qui l'esquive est comme une seconde nature, a préféré ne pas commenter lui-même son appréciation de la Loi sur la clarté, mais le bureau du premier ministre s'est empressé de dire tout le bien qu'il en pense. Il ne faudrait pas que se multiplient les écarts entre ce que dit M. Lapierre et ce que fait son gouvernement. Autrement, on finira par croire qu'il dit n'importe quoi.

En juin 1992, Jean Lapierre avait dû remplacer Lucien Bouchard à pied levé lors d'une assemblée à Trois-Rivières. «S'il vous plaît, sonnons la fin de la récréation pour ceux qui croient encore au fédéralisme renouvelé», avait-il lancé.

Pourtant, depuis 12 ans, lui-même brûlait de retourner dans la cour de récréation. Faut-il vraiment s'en surprendre ? L'échec de l'accord du Lac-Meech l'a sans doute indigné sincèrement, comme bien des Québécois, mais personne ne l'a jamais tenu pour un souverainiste «pur et dur». Encore aujourd'hui, il se flatte d'avoir voté en faveur de l'enchâssement de la Charte des droits, en 1982.

Si vraiment il a décidé de lâcher le Bloc québécois parce que l'entente de Charlottetown lui paraissait satisfaisante, malgré des imperfections criantes, c'est qu'il était déjà prêt à accepter n'importe quoi afin de pouvoir tourner la page.

Jeudi, M. Lapierre a parlé de mission et de destin. Il a dit vouloir «rebâtir la force du Québec». En réalité, comme son mentor, Robert Bourassa, c'est d'abord et avant tout un joueur. Très doué, il faut le reconnaître. En 1983, M. Bourassa n'était pas revenu à la politique pour accomplir quoi que ce soit en particulier mais simplement parce qu'il s'ennuyait du jeu. Il était tout à fait approprié que M. Lapierre annonce son propre retour dans une bibliothèque qui porte le nom de l'ancien premier ministre.

Il a eu une formule on ne peut plus bourassienne quand on lui a demandé ce qu'il entendait faire pour mettre un terme aux empiétements fédéraux dans les champs de compétence des provinces, auxquels le gouvernement Martin ne semble pas près de renoncer à en juger par le dernier discours du Trône. «Il y a moyen de moyenner», a-t-il dit. C'est en effet ce que M. Bourassa a essayé de faire pendant toute sa carrière. Avec le succès que l'on sait.

M. Lapierre en a retenu qu'il ne fallait pas rouvrir la «can de vers» constitutionnelle, mais il y a tout de même des limites à «moyenner» avec la reconnaissance de la spécificité québécoise. Il en va de même du déséquilibre fiscal : ou bien il s'agit d'une réalité, comme presque tout le monde au Québec le croit, ou bien c'est une invention, comme Paul Martin l'affirme.

La politique est un lieu de passage plus ou moins long. La longévité y est affaire de goût, d'habileté, de détermination ou simplement de chance. Même si on rate son entrée, il y a généralement moyen de se reprendre, mais une sortie manquée est irrémédiable.

À cet égard, la semaine qui s'achève a offert l'exemple du meilleur et du pire. Se retrouver sur la touche au moment où sa carrière prend véritablement son envol n'est pas chose facile. Dans les circonstances, l'ex-ministre de la Justice, Martin Cauchon, a fait montre d'une classe qui l'a grandi. Tellement que s'il veut éventuellement faire carrière à Québec, on pourrait lui pardonner d'avoir fait partie du gouvernement de Jean Chrétien.

À l'opposé, il devient franchement pathétique de voir Stéphane Dion s'accrocher à son siège sans se rendre compte que ce triste spectacle le rend encore moins désirable. Après s'être autoproclamé sauveur du Canada, voilà maintenant qu'il se présente comme un modéré victime de sa loyauté envers son maître.

Qui cherche-t-il à convaincre ? En admettant qu'il était opposé aux bourses du millénaire, cela n'émouvra pas ceux qui ne lui ont pas pardonné le plan B et la Loi sur la clarté. Inversement, ceux qui voyaient en lui le champion de l'unité canadienne ne comprendront pas qu'il cherche aujourd'hui à s'en excuser. M. Dion a choisi en toute lucidité de jouer un rôle qui n'est pas très édifiant dans l'histoire récente du Québec. Qu'il ait maintenant le courage de l'assumer.



»» PLQ - La saison de la consultation

Malmené dans les derniers sondages à cause de son approche "bulldozer" : Charest veut renouer le dialogue avec les Québécois

Pascale Breton
La Presse lundi 9 février 2004

Québec - Vivement critiqué depuis des semaines pour ses mesures controversées passées à toute vapeur malgré l'opposition de plusieurs groupes, le gouvernement Charest se ravise et souhaite maintenant renouer le dialogue avec la population.

Au terme du conseil général du Parti libéral du Québec, le premier ministre Jean Charest a convié les Québécois à quatre forums qui auront lieu au printemps et qui culmineront avec un grand rendez-vous national, dont la date n'a cependant pas encore été fixée, probablement en juin ou au début de l'automne.

La trame de fond de ces rencontres sera le choc démographique et les finances publiques précaires, les deux défis majeurs auxquels devra faire face le Québec au cours des prochaines années.

" Il est très important que nous puissions créer un endroit où ce dialogue va avoir lieu, où nous pourrons faire le constat ensemble et, lucidement, regarder les choix qui se présentent à nous pour ensuite franchir les prochaines étapes ", a expliqué M. Charest.

Au programme de ces forums, on trouve la santé et les services sociaux, l'éducation, la formation et l'emploi, la famille et le développement social, et enfin le développement économique, régional et durable. Un document de consultation devant alimenter les débats est actuellement en préparation.

Cette nouvelle initiative n'est pas sans rappeler une formule très prisée par le Parti québécois. L'ancien premier ministre Lucien Bouchard avait en effet organisé en 1996 deux sommets portant sur l'économie et l'emploi, avant de récidiver en 2000 avec le Sommet du Québec et de la jeunesse. Bernard Landry a ensuite organisé, en novembre 2002, le Rendez-vous national des régions.

Pas question de ralentir le rythme

Le premier ministre Charest, qui a invité vendredi soir les militants libéraux à garder le cap, s'est bien défendu hier de vouloir maintenant ralentir la cadence parce que les décisions libérales en ont braqué plusieurs: " À ceux qui nous reprochent d'aller trop vite, je réponds aujourd'hui que le Québec ne peut plus attendre. Nous sommes à l'heure des décisions ", a lancé M. Charest devant les militants libéraux.

" Nous sommes en train de mettre en oeuvre les priorités pour lesquelles nous avons obtenu un appui. Les changements que nous proposons - nous sommes les premiers à le reconnaître -, ce sont des changements qui vont déranger certaines personnes, mais ça fait partie de la réalité du changement. "

Les lois adoptées l'automne dernier répondent aux priorités libérales entérinées par les électeurs, notamment en ce qui a trait à l'allégement des structures en santé pour permettre plus de services, a rappelé M. Charest.

Le gouvernement veut maintenant passer à une deuxième étape, dans le contexte du vieillissement de la population. En ce sens, il souhaite obtenir le pouls de la population. Alors qu'elle compte actuellement cinq travailleurs pour chaque retraité, la province n'en aura plus que deux en 2030, d'où l'urgence d'agir.

" D'ici sept ou huit ans, nous allons atteindre le point de bascule. Le nombre de travailleurs va commencer à diminuer et le nombre de retraités va commencer à monter en flèche très rapidement ", a prévenu M. Charest.

Ironiquement, l'annonce des forums survient au lendemain d'une résolution similaire présentée par la commission jeunesse du PLQ, qui a été battue à plate couture par l'assemblée des militants.

Les jeunes ont en effet proposé la tenue d'un forum sur la modernisation de l'État, mais les libéraux l'ont rejetée parce qu'ils craignaient de laisser trop de terrain aux syndicats, déjà dérangeants pour le gouvernement.

De Laval, où il clôturait quant à lui le conseil national du Parti québécois hier, le chef de l'opposition, Bernard Landry, a par ailleurs offert sa collaboration aux libéraux: " Cela a l'air vague et improvisé, mais nous voulons l'intérêt du Québec. Nous serons donc présents et y participerons consciencieusement ", a fait savoir M. Landry, disant vouloir par la même occasion réparer la " catastrophe " engendrée au cours des 10 derniers mois par le gouvernement libéral.

Vers une politique familiale

Les familles seront au coeur de l'un des forums. Hier, le ministre responsable, Claude Béchard, a promis que 2004 serait leur année, avec la mise en place d'une véritable politique familiale qui permettra une meilleure conciliation entre le boulot et les marmots.

Comme il l'avait déjà confié à La Presse peu avant les Fêtes, cette politique pourrait comprendre des mesures visant à inciter les employeurs à encourager la conciliation travail-famille ainsi que des mesures fiscales dans le prochain budget, a déclaré hier M. Béchard en présentant l'ébauche de cette politique aux militants libéraux.

C'est cependant le ministre des Finances, Yves Séguin, qui détient le fin mot de l'histoire, tant en ce qui a trait à l'aide aux familles qu'en matière de lutte contre la pauvreté.

" Certains de mes collègues parlent beaucoup de politique sociale ces temps-ci; nous allons voir si ça va se traduire par des gestes concrets dans le prochain budget ", a d'ailleurs déclaré le ministre Béchard en faisant référence à la " justice fiscale " dont parle beaucoup M. Séguin depuis quelques jours.



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Charest mise sur quatre forums et un sommet pour calmer le jeu

Mylène Moisan et Michel Corbeil
Le Soleil lundi 9 février 2004

Confronté à un mécontentement populaire sans précédent, le gouvernement a sorti hier l'artillerie lourde pour rétablir les ponts avec les Québécois. Le premier ministre a annoncé hier la tenue de quatre forums et d'un sommet national, dont les contours sont encore flous.

Saluée par le chef péquiste Bernard Landry, l'initiative du gouvernement Charest arrive alors que les sondages traduisent un taux d'insatisfaction atteignant les 60 %, le tout sur fond d'une contestation populaire qui ne s'essouffle pas.

Le premier ministre Charest a annoncé son intention de tenir cette nouvelle tournée de consultations lors de son discours de clôture du conseil général du Parti libéral qui se tenait à Québec en fin de semaine. "Quatre forums, qui se dérouleront dans différentes régions, déboucheront sur une rencontre nationale, qui permettra de tirer des conclusions", a-t-il lancé devant quelque 400 militants venus écouter leur chef.

La formule n'est pas sans rappeler celle retenue par Lucien Bouchard en 1996, lorsqu'il avait tenu un sommet socioéconomique. À l'époque, le gouvernement péquiste avait procédé de cette façon pour que les Québécois l'accompagnent sans trop rechigner vers l'atteinte du déficit zéro. "Les intentions de M. Bouchard étaient nobles, mais elles n'ont pas donné les résultats escomptés", a dit M. Charest, qui a qualifié les budgets équilibrés des dernières années de "fumisterie comptable" en raison de la dette qui ne cesse d'augmenter depuis.

Seule certitude pour l'instant pour la version 2004, quatre thèmes sont à l'ordre du jour : "santé et services sociaux", "éducation, formation, emploi", "famille et développement social" et "développement économique, régional et durable". Québec rendra public dans quelques semaines un "document qui servira de base au dialogue". La consultation culminera au printemps par un sommet national, prévu à Québec avant la fin juin.

En point de presse, M. Charest s'est défendu d'avoir mis la charrue devant les boeufs en procédant aussi rapidement aux changements faits avant les Fêtes. "Il y a un passage inévitable quand on procède à des changements et il est de notre responsabilité morale de consulter", a-t-il expliqué, tout en rappelant que son gouvernement "gardait le cap" sur le contenu du programme électoral des libéraux.

Interrogé à savoir s'il aurait dû procéder à ces consultations avant, le premier ministre a, une fois de plus, rappelé sa tournée des régions du Québec menée pendant les cinq ans où il était chef de l'opposition. Chose certaine, il ressent maintenant le besoin d'écouter une nouvelle fois "pour faire ensemble, avec la population, des constats et des choix lucides" avec, "en toile de fond, le choc démographique imminent et le défi des finances publiques".

Les régions qui accueilleront un des quatre forums n'ont pas été choisies, ni la forme exacte que prendra l'exercice. Selon les scénarios à l'étude, les consultations dureront plus d'une journée, mais moins d'une semaine. Pour chaque forum, des mécanismes parallèles pourraient être mis en place pour permettre aux gens de s'exprimer sur les trois autres thèmes.

La formule du forum itinérant est exclue, mais pas celle d'en tenir un à Québec ou à Montréal. Si les quatre rendez-vous étaient fixés à l'extérieur de la capitale et de la métropole, le gouvernement est à étudier des façons de venir y entendre la population.

À la clôture du congrès qui réunissait ses partisans, à Laval, au nord de Montréal, le chef du Parti québécois s'est fait un plaisir d'offrir sa collaboration à Jean Charest. "L'imitation est le meilleur des compliments", a dit Bernard Landry en faisant allusion au fait que la tenue de sommets a souvent été un exercice associé à la façon de faire du PQ.

Bernard Landry a affirmé sans hésitation que "nous allons appuyer une telle initiative. Cela a l'air un peu improvisé, un peu vague et il n'a pas été élu pour ça. Mais nous ne sommes pas élus pour être une opposition destructrice".

Est-ce le résultat d'un gouvernement qui agit sans mandat ?, s'est fait demander le meneur péquiste. "Jean Charest doit se rendre compte de quelque chose", a répondu M. Landry, en suggérant que les libéraux ont créé nombre de "petites catastrophes". "Il essaie de réparer les dégâts. Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas constater ce qu'ils (les libéraux) ont généré par leur incompétence et leur arrogance.

"Tout le monde sait que la population est hérissée par ce que fait ce gouvernement, a repris le chef de l'opposition. Le premier ministre s'interroge et je le comprends. Quand ce ne sont pas les scientifiques qui sont dans la rue, ce sont les parents. Quand ce ne sont pas les parents, ce sont les syndiqués."

Bernard Landry a tenu à corriger son adversaire libéral sur un point. Ce n'est pas Lucien Bouchard qui a inauguré l'ère des sommets en tenant celui de Montréal, en 1996, qui a mené à l'atteinte du déficit zéro, a insisté le président du PQ.

Celui qui l'a fait se nommait René Lévesque, a-t-il précisé. La toute première rencontre du genre s'était déroulée, en 1977, au Manoir Richelieu, à La Malbaie. "M. Charest pourrait en tenir compte pour réussir le sien."

MMoisan@lesoleil.com et MCorbeil@lesoleil.com



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Charest signals he'll stick to agenda

KEVIN DOUGHERTY
The Montréal Gazette Monday, February 09, 2004

Quebec at 'hour of decision'. Regional forums to look at health, education, family policy, economic development

"To those who reproach us for going too fast, my answer is Quebec can't wait any longer," Jean Charest tells fellow Liberals.

Quebec is at "the hour of decision," Premier Jean Charest said yesterday, announcing a four-pronged consultation this spring on crucial changes in how the government spends your money.

Ministerial aides appeared to be caught off guard by his announcement.

But Charest signalled he is sticking to his agenda of downsizing government and striking partnerships with the private sector. He said a discussion paper for the forums would be released "soon."

Recent polls indicate a high level of dissatisfaction with Charest's government.

"To those who reproach us for going too fast, my answer to them today is that Quebec can't wait any longer," the premier said. "We are at the hour of decision.

"There have been too many promises of change in Quebec that have disappeared in debating the details and the fear of facing the music."

Before Christmas, when the government used closure to force passage of eight controversial laws - among them a bill on demerger referendums, a change in the labour code to allow more contracting out and a shakeup of the health-care system - Charest dismissed critics and demonstrators, saying his government was acting on the mandate it won in last year's election.

"The dialogue did not end on April 14," Charest said yesterday. "It continues.

"The change we propose, we are the first to admit it, bothers some people. But that is part of the reality of change."

Yesterday, Charest revealed to members of his party at the end of a weekend meeting that regional forums would be held across Quebec to look at:

-Health and social services.
-Education, training and jobs.
-Family and social development.
-Regional and sustainable economic development.

One theme running through all four forums will be how to deal with the aging of the province's population, which means in future fewer Quebecers will be working to support growing numbers of retired people.

The second theme is the precarious state of Quebec's public finances. The province's per capita debt is $15,000, Charest said, double that of Ontario. And the annual interest on that debt is approaching $8 billion.

"If we don't act now, we will have less money and fewer services," Charest told about 400 delegates and observers at the meeting of his party's general council.

"We cannot tax more," he told reporters later. "We cannot go deeper into debt. In Quebec, we have social programs that are very advanced - with the costs that come with them.

"We have to change the way we do things."

As an example, Charest noted the Quebec transport department has an annual budget of $1.5 billion. But the interest on its debt is $800 million, leaving less than half its budget for fixing roads.

Transport Minister Yvon Marcoux has floated the idea of public-private partnerships to build roads. Private contractors would finance projects, and tolls would be implemented to repay them.

In Laval, where the Parti Québécois wrapped up its own weekend convention, opposition leader Bernard Landry said Charest's announcement "seems a little improvised and a little vague," but said the PQ would participate if invited.

ALLISON HANES of the gazette quebec bureau contributed to this report

kdougherty@thegazette.canwest.com



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Charest moves to appease angry voters

RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Monday, February 09, 2004

Premier will hold four public forums

Quebec PQ - The message sent by angry Quebeckers in recent public opinion polls has been received loud and clear by Premier Jean Charest, who will hold public forums this spring before moving forward with his controversial plans.

After less than 10 months in office, voter dissatisfaction with his Liberal government is between 60 and 70 per cent, as measured by public opinion polls taken over the past month.

Despite these results, Mr. Charest said his government "will face the music." It move forward on its agenda of cutting taxes, reducing the debt and downsizing government services, the Premier said in his closing speech at a Liberal Party meeting yesterday. But not before allowing Quebeckers to take part in a "dialogue."

The government will hold four regional forums this spring on health, education, family policy and economic development that will culminate in a major gathering to define a consensus on these issues in late spring or in September.

The government is gambling heavily on the federal Liberals winning the next election, so that it can tap into Ottawa's surpluses to help redefine a new family policy as well anti-poverty measures.

Claude Béchard, Minister of Employment, Family and Social Solidarity, estimates Quebec could receive as much as $900-million from Ottawa's proposed or existing daycare, parental-leave and compassionate-leave programs.

The money will be needed for Quebec to proceed with $1-billion in tax cuts this spring. In the meantime, Mr. Charest contends that Quebeckers do not fully understand the urgency to move rapidly on two crucial issues: the province's heavy debt load and the aging population that will further stretch government finances.

After stating repeatedly that he received a clear mandate in last April's election to fulfill his agenda, Mr. Charest has been persuaded by last fall's social unrest to change party strategy. The new plan seeks to build public support for contentious policies and to help improve a hostile social climate.

Labour organizations are debating whether to call a general strike over the contracting-out of government services. Community groups fear the dismantling of social services and warn of a major housing crisis. Students are fighting a Liberal youth-wing proposal to lift the freeze on university tuition fees. Combined with increases in hydro, daycare and auto insurance rates, Quebeckers have become highly irritable.

"We are the first to admit that the changes we propose disturb some people," Mr. Charest said at a news conference. "But we are not slowing down. We are not stopping anything. We want to open up more to have a wide participation so that many citizens get involved in the dialogue . . ."

Recent public protest persuaded the government to suspend construction of a thermal generating station near Montreal. Yesterday, union leaders said they hope the public forums generate enough criticism to persuade Mr. Charest to back down on other controversial policies.



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Le PQ sera aux sommets de Charest

PC
Le Droit lundi 9 février 2004

Laval - L'opposition péquiste participera aux différents sommets que convoquera au printemps le premier ministre Jean Charest, a annoncé, hier, Bernard Landry.

"Cela a l'air vague et improvisé. Mais on veut l'intérêt du Québec. Nous serons donc présents et y participerons consciencieusement", a déclaré M. Landry à l'issue d'une réunion du Conseil national du Parti québécois.

Pour M. Landry, convoquer de tels sommets est un hommage que les libéraux rendent au gouvernement péquiste qui, le premier, avait inauguré la tenue de sommets socio-économiques.

"L'imitation est le meilleur des compliments", a dit M. Landry.

Le chef péquiste a voulu corriger M. Charest qui croit que c'est Lucien Bouchard qui a organisé le premier sommet. C'est une "erreur historique", et les sommets socio-économiques ont été inaugurés par René Lévesque, et le premier a eu lieu à La Malbaie en 1977, a noté M. Landry en invitant M. Charest à "étudier l'histoire des sommets pour réussir le sien".

Malgré "la catastrophe engendrée au cours des 10 derniers mois par le gouvernement Charest", le Parti québécois participera donc à l'exercice "dans l'intérêt du Québec, pour réparer les choses", a expliqué le leader péquiste.

M. Landry a aussi invité les groupes et les syndicats mécontents du gouvernement Charest à participer à l'événement, afin de contribuer au rétablissement d'un climat d'apaisement.

"Si c'est bien préparé et si c'est fait consciencieusement, je ne vois pas pourquoi on s'abstiendrait", a soutenu le leader péquiste.

M. Landry a noté que le sommet devrait réunir "ceux qui se sont fait mettre à la porte des structures régionales" par le gouvernement Charest, et les centrales syndicales, égratignées par l'adoption de plusieurs mesures gouvernementales avant les Fêtes.

Circonstances raisonnables

D'autre part, M. Landry a rappelé qu'un référendum sur l'indépendance du Québec sera tenu "très rapidement" à la suite de la reprise du pouvoir par le Parti québécois.

Il s'est dit assuré de l'emporter, notamment parce que les circonstances ont changé depuis le référendum de 1995.

Ce référendum sera tenu "dans des circonstances raisonnables" et seuls des événements comme des actes terroristes, des catastrophes naturelles du genre inondations ou tremblements de terre pourraient en retarder la tenue, a expliqué le chef péquiste.

"C'est le combat de ma vie et celui de mon parti. C'est l'engagement politique de ma vie et je m'engage à amener le Québec vers l'indépendance", a dit M. Landry.

Entre-temps, le leader du Parti québécois a plusieurs tâches concrètes sur les bras, notamment reconstruire un parti politique qui a obtenu le 14 avril dernier l'appui de seulement 33 pour cent des électeurs québécois.

Le parti est aux prises avec un déficit de 500 000 $ et ne compte que 70 000 membres, indiquent les documents qui ont circulé en fin de semaine.

La députée de Champlain, Noëlla Champagne, présidera la prochaine campagne de financement, qui doit rapporter 1,9 million $.

Des discussions internes secouent également le parti, notamment sur la façon dont le Québec devra accéder à la souveraineté.

Certains, regroupés autour du député de L'Assomption, Jean-Claude Saint-André, prône la tenue d'une élection référendaire qui enclencherait aussitôt le processus d'accession à la souveraineté. La majorité croient toutefois que la stratégie actuelle du parti, soit un référendum qui suit l'élection de quelques mois, est préférable.



»» Le PLQ écorche le français

Le site Internet du parti est truffé de fautes

Mylène Moisan
Le Soleil lundi 9 février 2004

Alors que d'aucuns suggèrent au gouvernement Charest de soigner son image, le Parti libéral devrait porter une attention toute spéciale à son site Internet, où il dresse un bilan multipliant les éloges et les... entorses à la langue française.

Découpé en sept sections, le "bilan des réalisations" gouvernementales présenté au www.plq.org contient une bonne cinquantaine de fautes, écorchant au passage les règles les plus élémentaires de la langue de Molière. L'internaute doit ainsi souffrir des participes passés mal accordés, des conjugaisons bâclées, sans compter les formulations pour le moins boiteuses.

Des exemples ? "Nous développeront une politique familiale", "nous nous somme engager", "nous avons collaborer", "nous avons régler", "nous avons conclue une entente", "en intervenants rapidement", "dès notre arrivé au pouvoir", "des taux de participation minimals", "ce projet de loi costituent", "aux citoyen", "la mines", "les premier ministres", "l'asistance-emploi", "les ressources humaine", "recontitué" au lieu de "reconstitué", "déjè" au lieu de "déjà". Voilà qui donne un petit aperçu.

Si la plume des rédacteurs trébuche souvent sur les règles de grammaire, elle s'égare aussi dans des tournures confuses. Ainsi, il est écrit que "le Premier ministre a rencontré plusieurs de ses collègues bilatéralement", que le gouvernement allait renégocier les "ententes de coopération avec le Nouveau-Brunswick et celle d'avec l'Ontario" et qu'il comptait accélérer "la réalisation de projets, incluant ceux énergétiques"...

Les phrases alambiquées sont particulièrement nombreuses dans la Foire aux questions (FAQ) du PLQ. Voici un passage particulièrement éloquent sur les avantages d'exiger que l'appui pour la défusion soit supérieur à 35 % du nombre d'électeurs inscrits : "L'adhésion des citoyens aux résultats et aux conséquences qui en découlent est renforcée car l'introduction de ce critère confère une légitimité certaine au résultat, l'interprétation sera évidente, l'issue du scrutin, elle ne suscitera aucun doute et aucun débat."

C'est tout juste avant d'apprendre les "conséquences d'une scission (...) ont des effets à long terme" et que "le territoire défusionné, peu importe à l'intérieur de la ville fusionnée, sera géré par un conseil d'agglomération".

Quant à la version anglaise, un bref survol a permis de relever une erreur de fait, au sujet de l'indexation des tables d'impôt. Alors que les francophones lisent que le gouvernement leur redonne 250 millions $, les anglophones, eux, apprennent que la mesure a permis à Québec d'économiser cette somme...

MMoisan@lesoleil.com



»» CONSEIL GÉNÉRAL DU PLQ

La thérapie de groupe

Denis Lessard
La Presse lundi 9 février 2004

Québec - Six travaux, cinq comités et finalement, hier... quatre forums.

Certains politiciens ont l'air de sortir des lapins de leur chapeau. Jean Charest, lui, se spécialise dans les chaînes de mouchoirs colorés, qu'il multiplie devant son auditoire.

Le message inaugural du printemps 2003 proposait déjà " six grands travaux ", autant de réflexions dans des champs comme la santé, l'éducation et le développement économique. L'opération de restructuration de l'État, l'automne dernier, permettait la mise en place de cinq " comités de pilotage " dans les mêmes domaines. Voilà qu'on nous annonce quatre " forums ", toujours sur la santé, l'éducation, la famille et le développement économique...

Pour clore le tout, à la fin du printemps ou tôt à l'automne, Québec convoquera une " rencontre nationale " pour tirer des conclusions sur ce " dialogue " rétabli avec la population.

L'annonce de Jean Charest, hier, avait surtout l'air d'un aveu: le gouvernement n'a pas paru suffisamment à l'écoute de la population, et cette " ouverture au dialogue " était nécessaire pour faire baisser la tension.

Depuis des mois, Jean Charest martèle qu'il a le mandat de procéder aux réformes aussi importantes que controversées qui ont mobilisé tout le débat politique à l'automne.

L'article 45 a été modifié, les régies de la santé abolies, les tarifs de garderie augmentés et voilà que, tout à coup le premier ministre " invite les Québécois à se préparer à participer au renouveau du Québec ". Ces forums veulent " permettre à la population d'entrer en action avec nous pour les défis de la démographie et des finances publiques ". Mais curieusement, ils surviendront après le dépôt des crédits budgétaires et du budget à l'Assemblée nationale. Ironiquement, en fin de semaine, les libéraux ont mis de côté sans ménagement la proposition des jeunes du PLQ visant la tenue d'un forum sur la " réingénierie ", pardon, la modernisation de l'État.

Quand on y regarde de près, la nouvelle brochette de forums apparaît clairement comme une stratégie de communications, probablement utile mais bien peu engageante pour Jean Charest.

Convoqués en région, où la cote du PLQ est au plus bas, ces forums n'attireront guère les médias de Québec ou de Montréal, d'autant moins que ses stratèges indiquent à l'avance que le premier ministre n'y participera pas et que les ministres y joueront un rôle discret.

Souvent, ces " sommets " servent de soupape permettant aux politiciens de repousser les attentes- la parole est libératrice, et les thérapies de groupe servent depuis longtemps d'exutoire aux impatients: coincé, Robert Bourassa avait convoqué la commission Bélanger Campeau; pour faire attendre ses kamikazes, Jacques Parizeau avait déclenché des " commissions régionales sur la souveraineté ". Dans l'opposition, Bernard Landry a la même recette avec sa " saison des idées ".

Comme Bouchard?

Mais hier, M. Charest a préféré rappeler les sommets convoqués par Lucien Bouchard en mars et en novembre 1996 sur l'économie du Québec. " Le Québec doit rejoindre le camp des fonceurs ", disait hier M. Charest, dont les conseillers ont probablement retrouvé le " il faut oser " de Lucien Bouchard, que lui-même avait emprunté à... Sénèque (on a clairement changé de génération de leader).

En 1996, M. Bouchard appelait à un " renouveau de l'État québécois ", à une " redéfinition de nos priorités ", s'est souvenu hier Jean Charest, insistant toutefois sur le fait que ces objectifs louables avaient été contrecarrés par Bernard Landry, le titulaire des Finances, qui, lui, " a remplacé le déficit chronique par l'endettement accéléré ".

Séduisante au premier coup d'oeil, la comparaison entre les sommets d'il y a huit ans et les forums à venir ne tient cependant pas la route. D'abord, Lucien Bouchard, premier ministre non élu, avait entamé cette démarche au tout début de son mandat- quelques semaines après avoir formé son gouvernement. Il avait même annoncé ces sommets avant les Fêtes, après le départ de Jacques Parizeau.

Mais surtout, ces " grand-messes " de la société civile québécoise visaient avant tout à ce que le gouvernement établisse des consensus autour de ses orientations. Bien avant le sommet de mars 1996, M. Bouchard avait travaillé dans les coulisses pour en ressortir avec un appui sur le virage des finances publiques et le déficit zéro.

Pas d'orientations

Au sommet de l'automne, le gouvernement avait déposé une politique déjà toute ficelée créant les garderies à 5 $, qui remplaçaient une longue listes de programmes et de crédits d'impôt destinés aux familles.

Cette fois, le gouvernement sera bien moins directif, et probablement moins préparé. Comme base de discussion, M. Charest rendra public dans quelques semaines, un document aussi volumineux qu'incolore, son " plan de gouvernement " d'ici la fin de son mandat.

Les propositions du gouvernement resteront donc passablement générales.

Hier, tout en se disant à l'écoute, M. Charest tirait nettement une ligne: il n'est pas question, au terme de ce " dialogue " avec la population, de remettre en question les réformes controversées de l'automne dernier.

Dans les coulisses du conseil général, ce week-end, bien des militants avouaient avoir constaté l'ampleur des dégâts lors des réunions de famille de la période des Fêtes.

" J'avais mes parents et mes beaux-parents sur le dos... et ce sont tous des libéraux ", a dit, parmi bien d'autres militants, un membre de la direction du PLQ. Jamais on n'a prévu que le mouvement de protestation dans la population prendrait une telle ampleur, ont dit à l'unisson des dirigeants libéraux. Mais ces derniers sont habitués aux montagnes russes: " Six mois avant les élections, on était au plus bas dans les sondages. "

" Les gens en étaient rendus à parler de trahison ", a confié un sondeur québécois au sujet des " groupes cibles " que sa maison avait organisés avant les Fêtes.

Rien n'est irréversible toutefois, selon lui. Mais il est urgent que la perception d'un premier ministre " qui n'écoute pas " soit évacuée du débat public.



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Charest entend garder le cap

Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

À l'ouverture du Conseil général du Parti libéral du Québec, Jean Charest a exhorté ses militants à «garder le cap», en assurant que son gouvernement arrivera à destination bien que le périple vers «le vrai changement» ne sera pas facile.

«Garder le cap, ça veut dire accepter le fait que le changement n'est pas facile», a lancé Jean Charest à la fin de son allocution d'une demi-heure hier soir à ce Conseil général dont le thème est : «Engagés vers la réussite». Ce vrai changement commande de l'effort, de la persévérance et de la détermination. «Le vrai changement commande que nous puissions ensemble garder le cap sur cette destination ultime de faire grandir le Québec et de lui permettre d'occuper toute la place qui lui revient», a livré le premier ministre.

À l'extérieur de l'hôtel où se déroule le Conseil général, la mer était quelque peu agitée : quelques manifestants parmi la centaine qui se sont présentés ont eu maille à partir avec les forces de l'ordre. Des policiers furent légèrement blessés et quelques manifestants ont été écroués.

Jean Charest a commencé son discours en dressant un sombre portrait du Québec qu'il a vu quand il est arrivé au pouvoir. Le Québec avait cessé d'avancer et les programmes sociaux étaient en péril. Ces programmes issus de la Révolution tranquille connaissaient «une dégradation constante». Les Québécois étaient les plus taxés en Amérique du Nord et l'économie québécoise ne tournait pas à la mesure de ses possibilités. «Les Québécois ont fait le choix» de faire «un pont entre la Révolution tranquille et le nouveau siècle», une Révolution tranquille dont les libéraux sont les signataires et les héritiers, a dit le chef libéral.

Jean Charest a fait l'énumération des réalisations de son gouvernement dont l'investissement de 1,3 milliards en santé et les changements dans l'organisation du travail dans le réseau. Les résultats ne sont toutefois pas immédiats. «Ça demande un effort constant. On ne peut pas faire ça du jour au lendemain», a-t-il reconnu. Il cité les 400 millions de plus qui ont consacrés à l'éducation et il a répété son engagement de geler les frais de scolarité pour la durée du mandat.

Sur le plan des relations avec le reste du Canada, M. Charest a souligné la création du Conseil de la fédération qui devrait permettre au Québec de tirer le maximum du système fédéral et de «sa flexibilité». Il a évoqué la place du Québec sur la scène internationale, la doctrine Gérin-Lajoie et la diversité culturelle.

En matière économique, Jean Charest a dit que son gouvernement a tourné le dos à cette «façon de développer le Québec à coup de subventions et de crédits d'impôt» chère aux péquistes. «De toute évidence, il fallait faire le ménage là-dedans», a-t-il dit. Revoir le rôle de l'État est aussi une nécessité puisque le Québec est parvenu à la limite de la taxation et de l'endettement, a soutenu Jean Charest.

Par ailleurs, le pouvoir semble réussir aux finances du Parti libéral. La présidente de la campagne de financement de 2003 du parti, la ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Michelle Courchesne, a dévoilé, hier, les résultats de sa récolte : un peu plus de 8,8 millions.



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L'esthéticienne

J - Jacques Samson
Le Soleil lundi 9 février 2004

Éditorial - Les rires enjoués dont elle assaisonne la conversation font vite oublier la sévérité que d'épais sourcils noirs donnent à son regard. Marie-Claude Champoux refuse de poser un diagnostic sur les problèmes de communication du gouvernement Charest au cours des derniers mois. Elle ne veut pas regarder dans le rétroviseur.

Son collègue, Christian Lessard, directeur des communications au bureau de Jean Charest, confesse par contre humblement que "l'environnement médiatique a été mal évalué" le printemps dernier par les conseillers du premier ministre. Ceux-ci ont misé sur la notion de changement, la plus difficile de toutes à communiquer probablement. Le gouvernement s'est par la suite trouvé enfermé dans un climat d'affrontement, habilement développé par les centrales syndicales. Il donnait toujours l'impression d'être systématiquement en opposition avec des groupes sociaux, ce qui déplait à la population. La coordination a aussi été défaillante entre le bureau du premier ministre et les cabinets ministériels. Des décisions ont en plus été annoncées sans que tous les fils aient été attachés, sans plan de communication pour les faire partager dans la population et les communications internes sur les changements visés ont été négligées. L'appareil bureaucratique s'est alors défendu en multipliant les fuites dévastatrices.

Un important redressement s'imposait dans les communications.

Le premier ministre et ses lieutenants se sont tout naturellement tournés vers Marie-Claude Champoux pour prendre la relève, le 2 février, de Christian Barrette, l'attaché de presse de Jean Charest ces dernières années.

Marie-Claude Champoux, une fille de Beauport, diplômée en communications de l'Université Laval (une élève de l'ancien journaliste indépendantiste Jacques Guay ! ! !), était là sous la main, bien préparée pour ce poste stratégique, comme une athlète qui s'est entraînée pendant 15 ans en vue d'une compétition olympique. En 1989, à 21 ans, elle obtient un emploi d'été auprès de Ronald Poupart, attaché de presse de Robert Bourassa. Difficile de tomber sur meilleur mentor. Un véritable coup de chance ; elle n'était même pas militante libérale. Elle est ensuite assignée à l'aile parlementaire libérale, puis occupe un premier poste dans un cabinet, auprès de la ministre Violette Trépanier, jusqu'à la défaite de 1994. Elle reprend le collier pour le référendum de 1995 et retourne ensuite au service des députés libéraux pour le long et ingrat chemin de croix de l'opposition jusqu'aux élections d'avril 2003. De Montréal, elle coordonnait pendant la campagne électorale toutes les relations avec les médias pour Jean Charest et les vedettes libérales. Elle a alors joué un rôle-clé au comité de direction de la campagne. Tous vantaient son efficacité et son exceptionnelle capacité de travail. Ces neuf derniers mois, apparatchik de confiance, elle était directrice du cabinet du néophyte ministre de l'Éducation, Pierre Reid.

Marie-Claude Champoux n'a eu qu'une passion pendant ces 15 ans : son travail, à un rythme endiablé. Au point d'en oublier d'avoir des enfants, rigole-t-elle, mi-figue mi-raisin. Et le poste d'attachée de presse de premier ministre, l'un des plus exigeants qui soient en termes de disponibilité, ne sera pas propice à un rattrapage...

Marie-Claude Champoux rebâtira en premier lieu de meilleures relations avec les journalistes. Quant aux contenus, elle conçoit toujours les communications sur la base d'objectifs précis à atteindre, en suivant un calendrier vérifié régulièrement. Elle ne laisse pas de place à l'improvisation. Les libéraux ont mis cinq ans à se préparer à gouverner, la compréhension des changements en cours ne peut se faire instantanément, explique-t-elle. Elle viendra de communications soutenues et plus directes avec la population, autant sur le fond que sur la démarche suivie. Dans toute la mesure du possible, les opposants seront amenés autour de la table, comme le ministre Yves Séguin l'a initié des derniers jours.

Mme Champoux répète à satiété qu'elle est une femme d'équipe. Le premier ministre doit être plus vu, mais les membres de l'équipe ministérielle tout autant. Les relations de presse seront coordonnées à trois, avec Christian Lessard et un conseiller spécial entré en fonction également le 2 février, Michel Guitard. Les lignes de presse seront aussi développées en équipe, avec la participation des attachés de presse des ministres concernés. Des réunions régulières seront en plus tenues avec tous les attachés de presse des ministres. Une telle coordination a beaucoup fait défaut.

L'action du gouvernement a été mal comprise dans la population ; les changements entrepris sèment des inquiétudes, y compris dans les rangs libéraux ; le message est trop confus, convenait-on en fin de semaine en marge du conseil général du PLQ. Il n'est pas question de reculer pour autant, le bien-fondé du programme libéral n'est aucunement remis en question, a pour sa part plaidé Jean Charest. Les responsables des communications ont donc beaucoup porté le bonnet depuis l'automne. Les messagers devront mieux travailler certes, mais il faudrait surtout que le gouvernement cesse de procéder par essais et erreurs. Leur tâche serait de beaucoup facilitée.

JJSamson@lesoleil.com



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Les centrales syndicales perplexes

Tristan Péloquin
La Presse lundi 9 février 2004

Sans aller jusqu'à accuser le gouvernement de tenter de redorer son blason par une campagne stérile de relations publiques, la CSN et la CSQ font peu de cas des quatre grands forums annoncés par le premier ministre Jean Charest.

" Nous ne pouvons pas reprocher à M. Charest de faire enfin ce que nous réclamons depuis son arrivée au pouvoir, mais, en même temps, force est de constater qu'il est un peu tard pour mettre en place une telle initiative ", a déclaré hier la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

" En imposant, comme il l'a fait en décembre, le bâillon sur ses huit projets de loi controversés, le gouvernement a déjà prouvé qu'il n'est pas intéressé à écouter la population et les différents groupes de pression qui composent la société. Mais nous allons tout de même laisser la chance au coureur. Si M. Charest se montre ouvert à un véritable dialogue avec la population, ce sera un grand pas en avant ", estime Mme Carbonneau.

De son côté, le président de la CSQ, Réjean Parent, s'est dit perplexe quant aux intentions réelles du premier ministre. " Je trouve curieux que M. Charest ait annoncé en grande pompe, lors de son discours de vendredi, qu'il maintiendra coûte que coûte le cap sur sa réingénierie et que là, deux jours plus tard, il se dise prêt à écouter la population. Je me questionne sur ses intentions profondes ", a affirmé M. Parent.

Les deux centrales syndicales n'ont d'ailleurs pas l'intention de mettre un frein à leur plan d'action respectif. " Nous allons continuer de mettre de la pression sur le gouvernement en organisant des comités d'accueil qui talonneront les ministres de très près durant leurs sorties publiques ", a indiqué M. Parent. La CSN, quant à elle, entend notamment poursuivre ses démarches pour faire déclarer inconstitutionnelle la fusion des accréditations syndicales dans les hôpitaux (loi 30).



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Un mandat douteux

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

La Régie risque de se retrouver en contradiction avec ses propres décisions

Le renvoi du projet du Suroît devant la Régie de l'énergie devrait convaincre le gouvernement Charest de la nécessité d'abolir les dispositions de la loi 116, véritable cause de la crise sociale et environnementale suscitée par ce projet. La loi 50 qui a créé la Régie devait permettre de contrôler les appétits du monopole hydro-québécois, de justifier et de hiérarchiser les projets énergétiques en fonction non plus de leurs simples coûts économiques mais aussi de leurs coûts sociaux et environnementaux, ce qu'on appelle la planification intégrée des ressources (PIR).

La loi 116, décriée par les libéraux qui oublient maintenant de l'abroger, a justement retiré à la Régie le pouvoir d'examiner le bien-fondé des projets de production et de les hiérarchiser en fonction des besoins de la société et des générations futures. Hier, le gouvernement Charest s'est donc plié au minimum de logique qu'il pouvait encore imprimer au dossier en confiant un mandat ponctuel à la Régie émasculée d'aujourd'hui. Celle-ci écope au fond de l'évaluation douteuse réalisée par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) dans ce dossier, qui a en quelque sorte permis au ministère et au ministre de l'Environnement de compter dans leur propre filet en proposant au gouvernement d'autoriser ce projet.

Le ministère de l'Environnement est en grande partie responsable de l'imbroglio actuel. Dans sa directive au promoteur du Suroît, il a évité d'exiger, comme la loi le permet au Québec et l'exige au fédéral, un portrait chiffré de toutes les solutions alternatives que la Régie devra évaluer en deux mois... Si l'étude d'impacts incomplète mais pourtant acceptée par l'Environnement avait précisé le potentiel de la gestion de la demande en électricité dans les secteurs résidentiel, commercial et industriel, le potentiel d'économies d'énergie chez toutes les clientèles d'Hydro ainsi qu'une étude solide des options éoliennes optimales, le BAPE aurait pu statuer sur la justification de ce projet autrement qu'avec des faux-fuyants. Devant un dossier aussi manifestement orienté vers une approbation parce qu'il ne chiffrait vraiment qu'une option, celle du thermique, le BAPE a au moins soulevé l'incohérence d'ouvrir la porte au Suroît sans une politique affirmée sur Kyoto. Mais il a frileusement évité de qualifier d'inacceptable le fait de combler des besoins temporaires, le déficit 2007-10, avec un équipement de production qui devait polluer pendant 30 ans. Il a aussi évité de juger l'amorce d'une politique publique qui justifie la recherche de dividendes par des investissements dans une filière polluante et dans un marché boulimique, les États-Unis, pays coupable d'un gaspillage énergétique que ses propres citoyens commencent à qualifier de crime contre l'humanité en raison de ses impacts sur le climat planétaire.

On peut aussi se demander quelle est la valeur et la sincérité de l'examen commandé par Québec alors qu'il ne met pas dans la balance, avec le Suroît, le projet de Bécancour, une autre centrale thermique de 500 MW tout aussi dommageable pour le climat et contestable au chapitre du développement durable.

On demande maintenant à la Régie de valider le déficit allégué par Hydro-Québec, «d'examiner toutes les options possibles» en matière d'économies d'énergie et toutes les options de production plus compatibles avec le développement durable et le protocole de Kyoto. C'est certainement courageux de la part du premier ministre Jean Charest de faire ainsi marche arrière, et il fait preuve de dignité en se rendant au jugement des deux tiers de la population du Québec, opposée au Suroît. Mais l'examen enclenché hier risque fort de déboucher sur une décision favorable de la Régie à l'égard du Suroît. Québec n'aura plus qu'à dire : «s'ils le disent... »

Comment cet organisme, en effet, pourra-t-il examiner objectivement la gestion des pics de la demande sans ouvrir au public le dossier des barrages, qu'elle gère en secret avec Hydro-Québec par décision formelle ? Comment la Régie pourra-t-elle proposer de remplacer par des économies d'énergie en trois ans les 6,5 TWh du Suroît après avoir statué l'an dernier que la société d'État ne pouvait pas économiser plus de 0,75 TWh en trois ans ? Comment, enfin, la Régie pourra-t-elle, sans renier son propre verdict sur le potentiel éolien à moyen terme (1000 MW autorisés en dix ans), statuer que les producteurs éoliens pourraient fournir en trois ans 800 MW en énergie de base avec des parcs éoliens d'une puissance installée de 1600 MW ? Comment la Régie pourra-t-elle décréter que l'éolien peut fournir autant de mégawatts que l'hydroélectricité si on l'accouple à des réservoirs hydrauliques, qui peuvent servir d'accumulateurs, après avoir accepté dans les faits de séparer les deux filières pour affaiblir le potentiel éolien ? Comment, enfin, la Régie, à laquelle on demande de définir l'équivalent d'une politique de production énergétique durable, pourra-t-elle y arriver en deux mois après avoir été empêchée de développer son expertise en planification intégrée des ressources par la loi 116 ?

La Régie va se retrouver «à la pêche» dans ce dossier. Et sans filet. D'un côté, elle aura les arguments et les dossiers bien chiffrés à l'appui du Suroît. Mais elle sera incapable de leur opposer des calculs aussi solides qui chiffreraient le potentiel de la gestion de la demande en électricité. Elle n'aura pas à sa disposition des évaluations indépendantes sur le potentiel de la biénergie dans les secteurs résidentiel, commercial, industriel et institutionnel. Rien non plus sur le potentiel de réduction des pointes avec des thermostats électroniques programmables ou des interrupteurs de chauffe-eau qu'on pourrait actionner à distance. Où puisera-t-elle des données indépendantes sur le potentiel d'interruptibilité dans le secteur industriel, où Hydro-Québec semble intéressée à réduire son potentiel de récupération des mégawatts ?

Les groupes environnementaux, qui ont forcé Québec à reculer dans le dossier du Suroît, n'ont pas la capacité de valider en seulement deux mois le dossier des solutions alternatives chiffrées. La Régie de l'énergie prend souvent presque deux mois uniquement pour choisir les intervenants et leur budget ! La superficialité de l'exercice qui s'annonce confère dès le départ un avantage insurmontable aux détenteurs de chiffres, d'expertise et d'influence : Hydro-Québec.

La société d'État cherchera aussi à se prémunir contre l'électrochoc que certains lui promettent. Devant l'épaisseur du mur dressé par le public devant le Suroît, la société d'État aura tendance à le contourner plutôt que de le défoncer. Et elle est équipée pour le faire. La cabine de pilotage d'Hydro-Québec est actuellement remplie d'anciens managers de Gaz Métropolitain, qui croient tous à l'émergence de cette filière qui permet aux prix du gaz et de l'électricité de s'épauler plutôt que de se concurrencer. Un double monopole en liberté a succédé à l'ancien qu'on voulait en principe contrôler par la loi 50.

L'équipe de Gaz Métro greffée chez Hydro est de taille à résister au choc et à décrocher le Suroît en jouant sur le temps : André Caillé, président d'Hydro, Thierry Vandal, président d'Hydro Production et d'Hydro Pétrole et Gaz, André Boulanger, président d'Hydro Distribution, et Michel Gourdeau, vérificateur général d'Hydro-Québec, sont tous d'anciens présidents ou vice-présidents de Gaz Métropolitain. Ils comptent au gouvernement un allié de poids, leur ami et ancien collègue Stéphane Bertrand, aujourd'hui chef de cabinet du premier ministre Charest ! M. Bertrand était leur porte-parole à Gaz Métro à titre de vice-président aux communications.

La présidente de la Régie de l'énergie, Lise Lambert, joue la crédibilité de son organisme dans ce dossier, le plus visible de tous ceux qui lui auront été soumis. Il ne lui sera pas facile de nommer un groupe de régisseurs au-dessus de tout soupçon et aussi versés en développement durable qu'en électrons.

Devant toutes ces contraintes et résistances, la logique environnementale et le pouvoir populaire feront-ils le poids ? On peut en douter, et ce n'est certainement pas le forum étroit de la Régie qui permettra au Parti libéral de dire qu'il a respecté ses engagements électoraux d'un grand débat public sur l'énergie et d'une mise en échec de la filière thermique.



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Hydro-Québec peut éviter la filière thermique en misant sur l'interconnexion

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

Les chercheurs de l'Institut de recherche en électricité (IREQ) d'Hydro-Québec estiment que la capacité des interconnexions actuelles avec les provinces et États voisins ainsi qu'avec les grands réseaux privés du Québec est amplement suffisante pour combler un éventuel «déficit» énergétique entre 2007 et 2010, une solution temporaire, moins coûteuse et moins néfaste pour l'environnement que la construction de la centrale thermique du Suroît.

L'étude publiée hier par le Syndicat professionnel des scientifiques de l'IREQ (SPSI) a été rendue publique hier deux heures avant l'annonce du report du projet du Suroît jusqu'à son examen par la Régie de l'énergie. Ses conclusions rejoignent celles du BAPE et du ministère de l'Environnement, lequel affirmait le 8 décembre dernier, dans le rapport d'analyse derrière l'approbation du Suroît, que le fameux déficit appréhendé par Hydro n'avait pas été démontré. De toute façon, ajoutait ce rapport, la capacité des interconnexions avec les réseaux voisins permet de répondre aux besoins temporaires qui ont justifié le projet thermique.

«L'importation d'électricité, en complément avec l'utilisation de nos réservoirs hydroélectriques, s'avère une potion financièrement intéressante afin de combler les besoins en énergie du Québec, explique le président du SPSI, Jean-Marc Pelletier. Alors que les producteurs extérieurs au Québec disposent de capacités de production largement inutilisées à certaines périodes de la journée ou à certaines périodes de l'année, Hydro-Québec serait en mesure de se procurer l'électricité à bon prix» et de combler le déficit temporaire appréhendé au lieu d'y répondre par une centrale qui polluera pendant 30 ans.

Selon le SPSI, les interconnexions permettent d'importer plus de 4000 MW des réseaux voisins. Hydro soutient que sa capacité d'importation ne dépasse pas les 3325 MW. La différence entre ces deux évaluations est d'environ 700 MW, soit assez près de la puissance installée du Suroît. Le SPSI ajoute que 1200 MW sont aussi disponibles au Québec grâce aux interconnexions avec les réseaux de production d'Alcan et de Brascan, qui ont des barrages au Lac-Saint-Jean et sur la Lièvre. Ceci porterait la possibilité des achats possibles à 5152 MW, en sus des 38 000 MW produits par Hydro-Québec et les chutes Churchill.

Au plus fort de la récente vague de froid, la consommation interne a atteint 39 000 MW, ce qui laisserait une marge de sécurité de 2000 à 4000 MW, si on se réfère aux chiffres publiés par les chercheurs.

Au sommet de la même vague de froid, Hydro-Québec affirmait que sa capacité réelle d'importations des provinces et États voisins ne dépassait pas les 1600 MW. Le Nouveau-Brunswick et l'Ontario étaient aussi gelés que le Québec et gardaient tous leurs mégawatts, affirmait-on au Devoir. La ligne Nicolet-Radisson-Des Cantons ne pouvait pas fournir plus que la production de la Baie-James, soutenait la société d'État, parce que le poste de Radisson était occupé à transformer les mégawatts de ces barrages pour la métropole.

«Faux», affirme le président du SPSI, Jean-Marc Pelletier, car lorsque l'électricité de la Baie-James est transformée à Nicolet (courant continu en courant alternatif) au profit de Montréal, le poste Des Cantons est totalement isolé de celui de Nicolet. Il peut donc importer à pleine puissance des États-Unis, soit plus de 1600 MW selon les documents officiels d'Hydro-Québec. Le problème, dit M. Pelletier, c'est que les Américains -- que nous alimentons à raison de 2000 MW par jour, soir et matin -- refuseraient de nous vendre des mégawatts à d'autres moments, de crainte notamment de déstabiliser leur réseau.



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Les conditions de la crédibilité

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

À cause du manque de transparence qui en fait sa marque de commerce, Hydro-Québec devient la première victime d'un gouvernement qui doit renouer avec un électorat désenchanté. En confiant à la Régie de l'énergie le mandat ad hoc d'évaluer les besoins et les projets de développement en matière d'énergie pour les prochaines années, le premier ministre Charest fait un premier pas... qui devra être suivi de quelques autres.

Le projet de construction d'une centrale thermique à Beauharnois sera retardé, peut-être même abandonné, à la plus grande satisfaction d'une majorité de Québécois. Le seul motif sérieux qui justifiait une telle précipitation à prendre le virage thermique tenait à l'argument selon lequel nous nous dirigions vers une pénurie d'électricité à l'horizon 2008. Mais tous ne partagent pas cette prévision, qu'aucune étude indépendante n'est venue corroborer.

Depuis que le gouvernement du Parti québécois a autorisé l'achat de Gaz Métropolitain par Hydro-Québec, les membres de la direction de cette dernière qui ont été recrutés chez Gaz Métropolitain n'ont eu de cesse de vouloir élargir le mandat de la société d'État à la production d'énergie thermique, à l'exploration du sous-sol et au transport de cette forme d'énergie. De plus, Hydro-Québec a sciemment négligé d'investir du côté des économies d'énergie, jugeant que son rôle n'était pas différent de celui de n'importe quelle autre entreprise qui doit accroître ses ventes et ses profits pour satisfaire ses actionnaires.

Aucun gouvernement du Québec n'est jamais parvenu à avoir une idée juste et précise de la situation en matière énergétique. Hydro-Québec est une société si grosse et si puissante que seuls les premiers ministres ont pu influencer ses orientations. Et encore, tous et chacun ont dû prendre leurs décisions à partir des seuls renseignements fournis par l'influente direction de la société d'État, sans contre-expertises.

À la suite des recommandations unanimes d'une table de concertation créée par le gouvernement péquiste au milieu des années 90, le ministre Guy Chevrette avait produit une politique de l'énergie dont la cheville ouvrière devait être la Régie de l'énergie, à laquelle on entendait confier le mandat de fixer le prix de l'électricité et, surtout, d'adopter le plan de ressources d'Hydro-Québec, soit l'ensemble de ses projets de production, de transport et de distribution dans une perspective de développement durable.

Or la loi venait à peine d'être d'adoptée, en 2000, que la direction d'Hydro-Québec avait convaincu le premier ministre Lucien Bouchard d'y apporter des amendements pour retirer du mandat de la Régie la responsabilité fondamentale d'évaluer la pertinence des projets. Même dans la fixation des prix, la Régie ne pourrait désormais plus s'informer des coûts de production justifiant les demandes d'augmentations, le gouvernement fixant lui-même un coût de base théorique à partir duquel la Régie devrait fixer le prix de vente en tenant compte des seules données fournies par la filiale de distribution de la société d'État.

Ironie du sort, c'est pour se sortir d'une mauvaise passe que le gouvernement Charest redonne aujourd'hui à la Régie le mandat qui devait être le sien à l'origine.

Malheureusement, la Régie n'a que deux mois pour répondre à des questions aussi complexes. Et comme elle n'a jamais eu le droit de s'intéresser à la production d'électricité, le risque est grand qu'elle en soit réduite à utiliser les analyses qu'Hydro-Québec elle-même voudra bien lui fournir.

Pour la Régie, le défi est donc gargantuesque. Sa crédibilité est en jeu. Alors que la loi lui interdit de poser des questions à propos des coûts de production, des réserves en eau et autres données confidentielles jalousement tenues secrètes par la direction d'Hydro-Québec, voilà qu'on lui demande d'analyser les besoins futurs du Québec en énergie et de proposer les moyens de production qui permettront d'y répondre le plus efficacement possible, dans une perspective de développement durable et dans le respect des engagements de Kyoto.

Devant une telle tâche, la Régie doit donc, d'entrée de jeu, exiger du gouvernement les choses suivantes : d'abord, qu'il lui fournisse les ressources nécessaires pour effectuer ses propres études; ensuite, qu'on l'assure d'un accès illimité aux spécialistes et aux études confidentielles menées par toutes les filiales d'Hydro-Québec; enfin, que le mandat puisse être prolongé au besoin, ce qui paraît inévitable. Si ces conditions ne sont pas remplies, il sera difficile de croire que l'opération qui s'amorce soit autre chose qu'une astuce destinée à distraire le bon peuple.



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Suroît: haro sur le délai de 60 jours

Laura-Julie Perreault
La Presse lundi 9 février 2004

Après s'être réjouis de la décision du premier ministre Jean Charest de mandater la Régie de l'énergie pour revoir le projet de centrale thermique du Suroît, les groupes environnementalistes s'inquiètent maintenant des conditions imposées par le gouvernement. Ils invitent la Régie à refuser le délai de 60 jours qui lui a été accordé pour émettre un avis et à demander la tenue d'audiences publiques.

Selon l'avocat Dominique Neuman, qui a fait parvenir hier à la Régie une lettre signée par l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et l'organisme Stratégies énergétiques, " la loi stipule que le gouvernement ne peut pas imposer de délai limite à la Régie quand il demande un avis consultatif. La Régie doit prendre tout le temps nécessaire pour analyser les données et entendre les intervenants ", a noté hier M. Neuman en entrevue avec La Presse.

" Le gouvernement a pris une bonne décision en donnant un mandat complet à la Régie, mais il semble qu'il y a eu des pressions pour réduire le délai qui permet à la Régie de remplir son mandat de manière adéquate ", continue M. Neuman.

L'avocat rappelait hier que la Régie de l'énergie n'a jamais mis moins de 6 mois pour fournir un avis consultatif au gouvernement. En 1999, le tribunal administratif a consacré 18 mois à l'étude de l'apport des petites centrales hydrauliques dans l'ensemble des activités d'Hydro-Québec.

" Cette fois-ci, il s'agit d'établir quels seront les besoins énergétiques du Québec dans les années à venir. C'est un des mandats les plus importants que la Régie a reçus et c'est le délai le plus court ", s'insurgeait M. Neuman.

Selon lui, il est impensable que la Régie puisse s'acquitter de son mandat sans tenir d'audiences publiques. " La mission de la Régie est de pondérer les intérêts des consommateurs, du public et du distributeur d'énergie. Ça ne peut pas se faire sans audiences publiques ", continue M. Neuman, au nom des deux organismes écologistes qui appartiennent à la coalition Québec Vert Kyoto.

Pas d'audiences publique

Cependant, lors d'une conférence de presse qui a eu lieu samedi, le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, a précisé qu'il n'y aurait pas d'audiences publiques.

Joint par La Presse hier, le bureau du ministre a précisé qu'il avait donné le mandat à la Régie en conformité avec la loi. L'attaché de presse du ministre, André Ménard, a aussi précisé que pour son analyse, la Régie pourra se plonger le nez dans les documents d'Hydro-Québec production, une des filiales de la Société d'État sur laquelle la Régie n'a plus juridiction depuis l'adoption de la loi 116 par le Parti québécois en 2000.

Les environnementalistes ont maintes fois décrié cette loi qui, selon eux, ampute la Régie d'une partie importante de son pouvoir. " Nous comptons demander au gouvernement d'abroger cette loi ", a dit hier à La Presse le porte-parole québécois de Greenpeace, Steven Guilbeault.

Un tribunal indépendant

Créée en 1997 par le gouvernement du Parti québécois, la Régie de l'énergie est un tribunal administratif spécialisé en matière de régulation économique. La Régie fait le pont entre les distributeurs et les transporteurs d'énergie d'un côté et les intérêts des consommateurs de l'autre. Ce tribunal peut notamment fixer ou modifier les tarifs de l'électricité vendue par Hydro-Québec.

La Régie peut aussi émettre des avis consultatifs quand le ministre en fait la requête, comme c'est cas dans le dossier du Suroît. Ces avis n'ont pas force de loi.

Lise Lambert, une avocate originaire de Lévis, préside la Régie depuis l'été dernier. Originaire de Lévis, elle a siégé à la Commission du transport avant de se joindre au tribunal administratif à sa création. Elle a remplacé Jean A. Guérin à la présidence de l'organisme.

Les 10 membres de la Régie sont tous nommés par décret ministériel. Ces régisseurs sont issus du droit, du milieu des affaires, de l'industrie de l'énergie ou des organismes environnementalistes.



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Susciter l'adhésion

Jean-Marc Salvet
Le Soleil lundi 9 février 2004

Éditorial - Le recul gouvernemental dans le dossier Suroît a-t-il marqué une rupture entre une méthode de gouvernement et une autre ? On était déjà tenté de répondre oui, vendredi, lorsque la Régie de l'énergie a reçu le mandat de vérifier la solidité des fondations sur lesquelles repose le projet de centrale thermique. Hier, lorsque Jean Charest a annoncé la création de forums nationaux de discussions, on pouvait ajouter sans se tromper que le gouvernement libéral vient de tirer les leçons de ses déboires.

La nouvelle méthode proposée, fondée sur la consultation, a d'abord été esquissée lors de la conférence de presse au cours de laquelle Jean Charest et les ministres Mulcair et Hamad ont révélé que le projet Suroît serait réévalué par la Régie de l'énergie. Devant les journalistes, le chef du gouvernement n'a eu de cesse de référer aux "inquiétudes de la population" pour expliquer sa soudaine volte-face. Il a soutenu que son gouvernement se devait d'être "à l'écoute" des citoyens. Il a illustré son propos en affirmant 10 fois plutôt qu'une que "la population nous dit que...".

"Écouter". Si les mots ont un sens, voilà l'ossature de la nouvelle méthode que le gouvernement Charest a décidé de mettre en place dans l'espoir de regagner la confiance d'une majorité de Québécois. Écouter, c'est l'antithèse de cette phrase trop souvent rabâchée par les ténors libéraux l'automne dernier, laquelle postulait que le mandat reçu le 14 avril autorisait à foncer un peu n'importe comment. C'était une erreur d'appréciation.

L'art de gouverner a toujours été un art du possible. Mais d'année en année, il ressemble de plus en plus à un art de l'impossible. C'est vrai ici, comme dans toutes les démocraties avancées. Cet art exige un doigté extraordinaire et se bâtit sur le dialogue.

Il ne suffit plus aujourd'hui d'imposer. Il faut - pour reprendre une expression chère au ministre des Affaires municipales - être capable de "susciter l'adhésion". Voilà ce que Jean-Marc Fournier a prescrit le printemps dernier aux nouvelles villes fusionnées, mais que son gouvernement a été incapable de faire jusqu'ici. Voilà peut-être ce qu'on commence à mieux comprendre chez les libéraux et voilà pourquoi Jean Charest a annoncé la création de forums de discussions sur la santé, l'éducation, la famille et le développement économique.

Il est évident que le gouvernement libéral cherche depuis quelque temps à déminer le terrain pour l'avenir. Pour l'immédiat, il savait qu'il y avait urgence à donner de nouveaux gages à la veille du conseil général de son parti - d'où le seau d'eau jeté sur l'incendie Suroît. Il fallait chasser la déprime des députés et des militants.

La nouvelle méthode proposée s'accompagne d'un recentrage sur les questions sociales. C'est ainsi qu'on a vu Yves Séguin se transformer en Robin des bois et déclarer, la main sur le coeur, qu'il voulait davantage soutenir les plus pauvres. C'est ainsi qu'on a vu la présidente du Conseil du trésor inviter les syndicats à une reprise des pourparlers sur l'équité salariale. Et qu'on a entendu Carole Théberge s'attirer de bons mots du réseau des CPE avec son plan de développement de nouvelles places dans les garderies.

Pour le gouvernement Charest, le défi sera de convaincre son électorat désenchanté que ce n'est pas seulement par opportunisme, mais aussi par conviction qu'il entend faire plus de place à l'écoute et aux débats. Ses adversaires douteront de sa sincérité, mais ils auraient tort de bouder les exercices à venir ou de jouer les scandalisés chaque fois qu'ils entendront le premier ministre déclarer qu'il est déterminé à aller de l'avant avec ses réformes. A-t-on déjà entendu un chef de gouvernement dire le contraire ?

Susciter l'adhésion, ce n'est pas renoncer à être ce que l'on est. Mais c'est, assurément, tenir compte de la complexité de la société.

JMSalvet@lesoleil.com



»» relations fédérales-provinciales

Tout est dans le ton

Manon Cornellier
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

«Paul Martin m'a demandé d'incarner ce nouveau partenariat, cette nouvelle façon de faire axée sur la collaboration»

Ottawa -- Le ministre fédéral Pierre Pettigrew en a plein les bras. En plus d'être responsable du délicat dossier de la santé, il est aussi chargé d'établir ce «nouveau ton» promis par Paul Martin en matière de relations fédérales-provinciales. Mais même s'il est déjà à l'oeuvre, il refuse de présumer des résultats concrets qui en découleront, que ce soit sur le front de la santé ou des villes.

«Ce qui est important pour l'instant est le ton, le ton différent que nous voulons donner aux relations fédérales-provinciales, avec une nouvelle ouverture», a-t-il confié au cours d'une très brève entrevue avec Le Devoir hier. «Quand Paul Martin m'a donné ces responsabilités, le 12 décembre, il m'a demandé d'incarner ce nouveau partenariat, cette nouvelle façon de faire axée sur la collaboration plutôt que sur la confrontation.»

Peu importe le sujet, M. Pettigrew insiste : pas question d'empiéter dans les domaines de compétence des provinces. Cependant, les tests ne manqueront pas. Le premier ministre a ouvert ou s'apprête à ouvrir plusieurs fronts avec les provinces : négociation d'un pacte avec les municipalités, négociations sur la «viabilité» du système de santé, négociations avec Québec au sujet des congés parentaux et du rôle des provinces sur la scène internationale. L'amélioration du programme de prêts et bourses en vigueur dans le reste du pays suscitera aussi des discussions de nature financière avec Québec.

En matière de santé, M. Pettigrew se montre prudent. Il reconnaît qu'il faut un financement prévisible mais refuse de lever le voile sur les intentions fédérales à ce chapitre. Les ministres de la Santé et des Finances se rencontreront au printemps pour discuter de la viabilité du système et donc, dit le ministre, de financement et de réformes éventuelles. Le résultat de leurs travaux servira de base à la conférence des premiers ministres, l'été prochain.

Tant le discours du Trône que la réplique de M. Martin insistaient sur la nécessité de s'attaquer aux listes d'attente et notaient la contribution que pourrait faire le Conseil national de la santé, dont le Québec ne fait pas partie et qui vient tout juste d'amorcer ses travaux.

Ottawa veut-il en faire plus ? M. Pettigrew répond en soulignant l'utilité d'information plus précise sur le sujet. «Il y a beaucoup de mythes autour des listes d'attente. Il n'y en a pas lorsque c'est une question de vie ou de mort. Il serait donc à propos d'avoir un portrait de la situation pour prendre ensuite les bonnes décisions.»

«Le problème, en fait, c'est l'accès, poursuit-il. La situation dans les urgences et la question des listes d'attente en sont les symptômes. C'est donc le problème d'accès qu'il faut résoudre, et on veut travailler avec les provinces sur ça.»

La proposition faite à maintes reprises par Paul Martin de créer un système national de gestion des listes d'attente, avec la possibilité pour un patient de se faire soigner dans une province plus expéditive, semble avoir disparu des écrans-radars. M. Pettigrew n'en a pas parlé à ses homologues provinciaux au cours de sa récente tournée et il cache mal son étonnement quand on l'interroge à ce sujet.

En matière de prêts et bourses, Pierre Pettigrew est catégorique. Le Québec, qui a son propre programme depuis environ 35 ans, aura sa part des fonds fédéraux, comme par le passé, dit-il. «Nous devons nous assurer que le Québec ait sa juste part, en fonction de son système à lui. On n'ira pas lui imposer de choses par-dessus sa tête.»

Il soutient que la même philosophie doit guider Ottawa dans le dossier des congés parentaux. «Il y a au Québec une politique familiale très intégrée qui est en avance sur le reste du pays et c'est normal que le gouvernement canadien essaie de les accommoder», dit-il, même si c'est le ministre des Ressources humaines, Joe Volpe, qui dirigera les négociations.

C'est Pierre Pettigrew, par contre, qui discutera avec les provinces de leurs contributions aux négociations et forums internationaux, mettant ainsi à profit l'approche qu'il avait adoptée au ministère du Commerce international. «On veut faire pénétrer dans la culture à Ottawa une méthode de travail où les provinces sont capables de s'exprimer, de faire valoir leurs intérêts et de contribuer, par exemple, à la relation canado-américaine. On veut de cette manière renforcer notre politique étrangère. Et le premier ministre ne veut pas que ce soit le fait d'un ministre particulier mais que ça fasse partie du système et de la culture à Ottawa. Autrement dit, [nous voulons] que les provinces ne soient pas soumises à l'arbitraire d'un ministre capricieux qui, tout à coup, ne ferait pas les négociations de la même manière.»



»» Budget

Le ministre Séguin doit faire preuve de courage

Paul-Arthur Huot
Président-directeur général des Manufacturiers et exportateurs du Québec
Le Soleil lundi 9 février 2004

Yves Séguin est à préparer son premier "vrai" budget. En juin dernier, quelques semaines après son entrée en poste, il n'avait certainement pas eu le temps d'analyser rigoureusement la situation budgétaire et économique de la province. Cela ne l'avait cependant pas empêché d'adopter des mesures dont les conséquences auraient mérité une analyse plus sérieuse. Plusieurs de ces mesures ont en effet affecté négativement la compétitivité du régime fiscal des entreprises manufacturières et exportatrices à un moment où elles n'en avaient assurément pas besoin !

Un dollar qui prend plus de 20 % de valeur en moins d'un an, un voisin américain protectionniste et obsédé par la sécurité, des maladies humaines et animales qui ralentissent les voyages et le commerce, une panne d'électricité courte mais généralisée sur nos plus importants marchés mettent inévitablement en lumière une vague de fond, sérieuse et durable celle-là : l'arrivée sur nos marchés domestiques et étrangers d'une concurrence de plus en plus vive venant de Chine et d'ailleurs.

En un peu plus de 10 ans, entre 1991 et 2002, la Chine quadruplait ou presque sa part de marché aux États-Unis, notre principal client, alors que sur la même période, le Québec n'arrivait pas à maintenir la sienne. Le recul de notre positionnement, aux États-Unis, a coûté au moins 5 milliards $ en entrée d'argent frais dans notre économie en 2003 seulement, soit l'équivalent de plus de 2 % de notre PIB. Rappelons que chaque milliard de dollars d'exportations supplémentaires entraîne la création chez-nous de plus de 7000 nouveaux emplois, ou leur disparition dans le cas contraire...

De plus, selon les barèmes du ministère des Finances, chaque 1 % de croissance du PIB supplémentaire rapporte 400 millions en revenus supplémentaires à l'État. Ainsi, le calcul est simple : cela correspond à près d'un milliard de dollars, une somme qui soulagerait certainement le ministre de certains maux de tête...

Même avec une hausse de la demande de certains produits d'exportation vers les États-Unis, les entreprises produiront peut-être davantage mais elles encaisseront des revenus moindres malgré tout. Malheureusement, les coûts de main-d'oeuvre sont les premiers à en souffrir comme en témoignent les 44 000 emplois manufacturiers perdus au Québec depuis novembre 2002. L'hémorragie risque de se reproduire cette année avec les annonces de fermeture d'usines qui se sont succédé ces derniers mois : Inglis à Montmagny (550 emplois), Bas Iris à Montréal (1800 emplois menacés), Magnola à Asbestos (380 emplois), Au dragon forgé à Terrebonne (400 emplois), Denim Swift à Drummondville (600 emplois), Abitibi-Consolidated à Port-Alfred (500 emplois), Alcan à Jonquière (560 emplois), Kamik à Contrecoeur (180 emplois) et Cavalier textiles à Saint-Georges de Beauce (130 emplois) pour ne nommer que ceux-là.

Peut-on conserver au Québec une industrie forte qui constitue le moteur de nos exportations ? La réponse est simple : on ne peut pas se permettre de la perdre et de la laisser partir vers des pays qui nous dépasseront encore davantage dans cette course aux parts de marché.

Vendre à l'étranger

Dans son budget, M. Séguin a une occasion de montrer qu'il comprend et qu'il est sensible aux grands défis que vit l'industrie et ses travailleurs en redonnant un climat d'affaires propice à l'investissement et à la croissance des entreprises. Rappelons que le secteur manufacturier au Québec est responsable à plus de 85 % de nos exportations qui contribuent à la hauteur de 40 % de notre niveau de vie. N'oublions pas que 1,1 million de Québécois dépendent de nos exportations pour assurer leur emploi.

Pour répondre à ces défis et assurer notre prospérité de demain, la fiscalité québécoise devra stimuler l'attraction et la rétention d'investissements productifs et encourager la croissance de nos ventes à l'étranger. Une condition préalable à tout investissement et au développement économique en général est la confiance. Cette confiance est malheureusement mise à l'épreuve par un discours récurrent qui dévalorise le rôle des entreprises dans le développement et la croissance de notre économie et dans leur apport aux revenus de l'État.

Les entreprises manufacturières sont en quelque sorte mises au banc des accusés et traitées comme "trop gâtées". Or, plusieurs mesures décriées servent justement à compenser la lourdeur réglementaire et fiscale imposée aux entreprises. Le gouvernement martèle que le taux d'imposition sur les profits appliqué aux entreprises est l'un des plus bas en Amérique du Nord. Or, les recettes fiscales prélevées via cet impôt ne représentent que le quart des montants perçus par l'État chez les entreprises manufacturières. Ce sont les prélèvements fixes - taxe sur le capital et taxes sur la masse salariales - qui sont lourds et qui nuisent à l'investissement et à la création d'emplois. Là, le Québec est loin d'être compétitif.

La compétitivité et l'essor économique de nos entreprises sont garantes de la bonne santé économique de tous les travailleurs qu'elles emploient et conséquemment des revenus que perçoit l'État. Des entreprises en mesure de produire et de vendre davantage assureront durablement le maintien et la création d'emplois ainsi que la croissance des conditions de travail et de notre niveau de vie. Leurs revenus financent les salaires de centaines de milliers de travailleurs et permettent des investissements qui assureront les emplois de demain.

Rétablir la confiance

Pour rétablir la confiance qui stimulera l'investissement et aider les entreprises à relever le défi de fabriquer ici, au Québec, il est impératif que le ministre des Finances fasse preuve lui aussi de sagesse et d'habileté politique. S'il veut freiner le mouvement de fermeture d'entreprises et conserver au Québec une industrie forte, ce courage devra se manifester en un budget qui met le cap sur la confiance, l'investissement et la compétitivité internationale de nos entreprises. Là-dessus, les industriels du Québec ont des suggestions qu'ils feront connaître lors des consultations prébudgétaires.

Une certaine dose de courage sera nécessaire pour faire aujourd'hui ce qui permettra de préparer l'avenir, tant du point de vue des finances publiques que de l'économie. On ne pourra indéfiniment marcher sur la précarité d'un équilibre budgétaire qui n'en est pas vraiment un et une approche du développement économique qui fasse fi des tendances internationales et qui tende à montrer du doigt les entreprises qui génèrent l'activité et l'emploi. Autrement, nos problèmes d'aujourd'hui ne sont rien si on les compare à ceux qui nous guettent.

Tout n'est pas sombre, au contraire. Le Québec est assis sur un immense potentiel d'accroissement de productivité et de prospérité. Il faut permettre à ce potentiel de se déployer de rattraper le retard accumulé face à nos principaux concurrents.



»» Jean Lapierre

Homme de convictions ou caméléon ?

Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

Le retour en politique de Jean Lapierre ne laisse pas indifférent

Girouette, caméléon, homme aux multiples visages: dans les médias, on n'a eu de cesse, depuis lundi, de présenter Jean Lapierre, candidat à l'investiture libérale dans Outremont, en soulignant le caractère erratique de son parcours. Est-ce à dire qu'il n'a pas de convictions et qu'il ne cherche qu'à faire avancer sa carrière ou à suivre les méandres des sentiments des Québécois?

Jean Lapierre va rejoindre à Ottawa non seulement Paul Martin mais aussi Liza Frulla, Pierre Pettigrew, Lucienne Robillard et son ami, le Madelinot George Farrah. Jacques Nadeau Le Devoir Jacques Nadeau

Pour le seul élu libéral fédéral québécois à avoir voté contre le rapatriement de la Constitution, Louis Duclos, tout est clair : «Jean Lapierre est un arriviste qui était prêt à tout pour devenir ministre.» Il prétend même qu'en 1982, son jeune collègue savait pertinemment quelles conséquences la nouvelle Constitution allait entraîner pour le Québec, mais qu'il a tout de même voté avec les autres. «Son poste de ministre, il l'a finalement eu en 1984 sous Turner. Et que pensez-vous qu'il ira chercher dans quelques mois ?» Comme Lapierre, au début des années 90, Duclos est entré au Bloc. Mais «moi, j'y suis resté», insiste-t-il. «Me verriez-vous maintenant revenir comme candidat de Paul Martin ?»

Pourtant, d'autres voient chez l'ancien animateur de TQS un homme de convictions. Il y a dix ans, c'est du moins ainsi que Jean-François Lisée le présentait dans Le Naufrageur (Boréal, 1994). En démissionnant lors du retour de Chrétien, Lapierre «abandonnait du même coup, écrivait Lisée, tout espoir de revenir au conseil des ministres à Ottawa, objectif normal de tout jeune politicien ambitieux. Il fait le saut, sans parachute, pour des raisons de conviction politique». Lisée consacrait même un long passage (p. 188) au dilemme qui a tant fait souffrir d'élus à l'époque : «carrière ou conviction ?», et présentait Lapierre comme un des rares qui avaient fait prévaloir les convictions sur la carrière. Lisée interprétait même la démission de Lapierre, en 1992, comme un acte de conviction. Cette fois, devant la mollesse de Robert Bourassa. «Au printemps 1992, lorsque Robert Bourassa amorce son virage public vers le "Canada à tout prix", Lapierre refuse de le suivre. Une fois de plus, c'est par conviction qu'il débarque», écrivait Lisée.

Carriérisme ?

Est-ce par conviction qu'il revient aujourd'hui en politique ? Jean-François Lisée, qui a depuis été conseiller de deux premiers ministres souverainistes, a offert un «no comment» au Devoir. Mais dans le reste du Canada, on y voit surtout du carriérisme. Dans le National Post, le journaliste Graeme Hamilton insistait cette semaine sur les retournements de veste de Jean Lapierre. Il rappelait par exemple que, le 6 octobre 1980, le jeune député de Shefford déclarait au Parlement que, «dans les journaux, le premier ministre du Québec [René Lévesque] osait presque qualifier [les députés libéraux fédéraux] de traîtres. J'avoue franchement que je me demande qui est le véritable traître en ce qui a trait aux intérêts des Canadiens français. Je pense que [...] dans ce débat-ci, c'est certainement le premier ministre du Québec, qui se réfugie derrière le paravent des droits collectifs pour ignorer toutes les améliorations qu'on apporte aux droits individuels». Contraste frappant : le 4 juin 1992, toujours au Parlement, Jean Lapierre maintenant bloquiste posait une question à Brian Mulroney : «Suite à ses récentes déclarations, il est évident que le premier ministre du Canada mijote une escroquerie référendaire unilatérale, malgré l'opposition formelle de l'Assemblée nationale et du premier ministre du Québec. Ma question au très honorable premier ministre est celle-ci : pourquoi le premier ministre se prépare-t-il à devenir un traître du Québec ?» Et maintenant, Hamilton souligne à gros traits que Paul Martin embauche Lapierre pour écraser le parti qu'il a lui-même contribué à fonder. Selon le journaliste du Post, le nouveau premier ministre doit se «croiser les doigts pour que ce soit le dernier des nombreux revirements» de l'ancien animateur de CKAC.

Pour Pierre Bibeau, ex-conseiller de Robert Bourassa et ami de longue date de Jean Lapierre, l'ancien député de Shefford est un «passionné». Quand il pense quelque chose, explique Bibeau, «il le dit sans arrière-pensée, directement, ne se demande pas comment ça va être interprété dans deux ou dix ans». Dans les éditoriaux du Devoir au tournant des années 90, d'ailleurs, c'était presque devenu un cliché que de qualifier Jean Lapierre «d'impétueux». Ainsi, lorsqu'il épouse une cause, «il va jusqu'au bout de ce qu'il peut dire», affirme Bibeau, et sa maîtrise de la répartie est légendaire. (On a même déjà écrit qu'il pratiquait cet art dans sa douche.)

Impétueux

Pierre Bibeau refuse du reste catégoriquement le terme de vire-capot pour qualifier son ami Lapierre. Selon lui, il a un parcours «très cohérent», marqué par «des convictions profondes à l'égard du Québec». Son appui au rapatriement, il l'a regretté. Et sa conversion à l'autonomisme québécois n'a pas été soudaine. En effet, en 1986, il a fait adopter une proposition par le Parti libéral fédéral selon laquelle le Québec est une société distincte. En 1989, par une lettre ouverte au premier ministre Mulroney, il propose de former un front commun transcendant les politiques partisanes. Il y écrivait : «Dieu sait que je me laisse parfois aller à une pointe de partisanerie, mais dans ce cas-ci, j'estime que l'enjeu est si grand et les conséquences d'un éventuel échec si irréversibles que je suis disposé à participer à un front commun pour la défense de l'entente du lac Meech.»

On ne mesure pas, insiste Bibeau, à quel point Jean Lapierre est proche des libéraux provinciaux. (C'est d'ailleurs au moment où il s'occupait des jeunes libéraux, à Granby, que Bibeau a rencontré Lapierre.) Après Meech, tant que la souveraineté apparaissait intéressante aux libéraux provinciaux, il a cru qu'elle était la voie à suivre. Et dès qu'elle est apparue comme une propriété du Parti québécois, il a cherché à s'en éloigner. Lapierre, qui était la courroie de transmission entre le Bloc et les libéraux provinciaux, a quitté le Bloc principalement parce qu'il en était venu à la conclusion, comme Bourassa, «qu'il n'était pas sage de faire la souveraineté sur un coup de frustration». «Sa culture politique était profondément libérale», insiste Éric Grenier, collaborateur de Lapierre en 1990 et qui par la suite a travaillé avec Gilles Duceppe et Lucien Bouchard.

Aujourd'hui, qui va-t-il rejoindre à Ottawa ? «Pas seulement Paul Martin», s'exclame Bibeau, mais aussi Liza Frulla, Pierre Pettigrew («qui a commencé sa carrière avec Claude Ryan», note Bibeau), Lucienne Robillard, de même que son ami le Madelinot George Farrah, un libéral bourassien très nationaliste. Ce sont des gens qui «connaissent très bien la dynamique au Québec», dit Bibeau, qui s'en réjouit.

Alain G. Gagnon, de l'UQAM, fait ce commentaire : «Ça suggère que les nationalistes mous sont potentiellement récupérables.» Ce groupe de nationalistes pro-Meech, selon le politologue, a complètement perdu la partie au tournant des années 90. «Quand ils se sont fait planter, ils sont rentrés chez eux, les uns après les autres. Les purs et durs des deux bords se sont entre temps épuisés à la gouverne. Et voilà que les gens qui sont disposés à l'échange et à la délibération reviennent.» Autrement dit, avec l'arrivée de Jean Lapierre, on assiste à «un retour à 1990, on reprend le fil brisé, ce n'est pas inintéressant».

Gagnon apporte une nuance cependant en faisant remarquer que «le système fédéral est tellement fort, la dynamique institutionnelle pèse tellement que, malgré ce que promet Jean Lapierre, rien ne dit qu'ils vont agir différemment une fois à Ottawa».

Après tout, comme le dit Gagnon, «même une personne comme Lucien Bouchard, lorsqu'il était le ministre de l'Environnement, mais aussi lorsqu'il était ambassadeur à Paris, s'est employé à planter le Québec et a été centralisateur».

Autrement dit, il n'est pas exclu, selon Alain G.Gagnon, que même avec ce groupe de libéraux provinciaux, le gouvernement Martin prépare de «grandes intrusions tranquilles dans les compétences provinciales, comme celles qui s'annoncent dans le domaine des municipalités».

C'est ici que Louis Duclos se dit «carrément outré». «Lapierre a voté pour le rapatriement. Quatre ans plus tard, il dit qu'il se sent coupable et appuie Meech à un point tel que, lorsque Chrétien utilise son opposition à Meech pour battre Paul Martin, il trouve que c'est assez grave pour démissionner. Ça veut donc dire qu'il déplore que l'injustice de 1982 n'ait pas été réparée à cause de Chrétien et qu'il y a encore des changements à faire. Or aujourd'hui, il vient dire que le dossier constitutionnel n'a pas d'importance et qu'il est fier d'avoir fait avancer les droits individuels au pays.»

En attendant le prochain pas de côté ?



»» Jean Lapierre

Jean Lapierre needed Martin to cross 'the damn river'

L. IAN MacDONALD
The Montréal Gazette Monday, February 09, 2004

Jean Lapierre's return to the federal Liberal fold illustrates the different perspectives that inform political choices on either side of the Ottawa River.

On the Quebec side, he is largely viewed as a prodigal son of the Liberal Party, who has found his way home after a flirtation with sovereignty. On the Ontario side, and elsewhere in English-speaking Canada, he is regarded as a separatist, a turncoat who co-founded the Bloc Québécois with Lucien Bouchard.

Naturally, that was then, this is now. As Lapierre tells it now, he was a disappointed federalist then, "frustrated and disillusioned" by the failure of the Meech Lake Accord and Jean Chrétien's role in killing it in the days leading to the 1990 Liberal leadership convention.

An MP and co-chair of Paul Martin's first leadership campaign, Lapierre angrily bolted and joined Bouchard in forming the Bloc, with behind-the-scenes support from Robert Bourassa, then premier of Quebec. (Lapierre merrily calls Bourassa "the real founding father of the Bloc,'' but that's another story.)

Subsequently, Lapierre declined to run in the 1993 election, and left politics to begin a new career as a talk-radio host and political consultant in Montreal. Over the last decade, in the closely connected political and business milieu of Montreal, Lapierre became the village gossip. He had the skinny on everyone, including Liberal ministers taking free ski weekends in the Eastern Townships.

Bouchard, as premier, would call him from the car on his way to work in the morning. Lapierre became a close friend of such business leaders as Pierre Michaud, chairman of the Provigo grocery chain, and encouraged their fundraising on behalf of Mario Dumont's Action democratique du Québec. Even Chrétien came and sat in Lapierre's radio studio, where he was treated with respect rather than contempt.

Through it all, it was clear to anyone who ever had dinner with Lapierre that he hadn't lost the political bug. His problem, as Bouchard once put it when contemplating a career in Ottawa, was "how to cross the damn river" from the sovereignist to the federalist camp.

Lapierre always thought of Martin as his way back. "I would like to give Paul a hand," he would say. He also wanted to make enough money in broadcasting and consulting so that he would never again be financially insecure in politics.

With Martin's accession to the leadership and Lapierre's financial security assured, it then became a matter of time, and of timing, in finding him a seat.

Outremont, citadel of the Liberal bourgeoisie, became a convenient choice when the former justice minister, Martin Cauchon, jumped after being pushed.

It's a completely safe riding, usually reserved for a "ministrable.'' Lapierre, even without a seat, has already been designated Martin's Quebec lieutenant and political boss for Quebec. His role, along with another former broadcaster, and one-time Bourassa-era cabinet minister Liza Frulla, will be to bring over soft-nationalist voters from the Bloc. "That's their job," says a top source in the PM's office.

But the announcement of Lapierre's candidacy last week was far from seamless. For one thing, Lapierre and Martin had to field the inevitable questions across the Canadian political divide. While Martin, in Ottawa, welcomed him to his team as evidence of a new and open attitude to Quebec, the PM was pushed hard by English-speaking reporters, as one of them unambiguously put it, on whether he'd asked Lapierre "if he was still a separatist."

And Lapierre, in Montreal, apparently forgot that he was no longer a radio commentator paid for his opinions, when he offered one on the Clarity Act, suggesting it was "useless." This went far beyond his brief that was unlikely to be a referendum in Quebec anytime soon.

"Useless?" asked an incredulous Stéphane Dion. "I think, on the contrary, it's the most important thing we've done for the future of the country."

Dion, as the father of the Clarity Act, would hardly think otherwise. But it happens that most English-speaking Canadians agree with him, and regard him as a hero for drawing a hard federal line on Quebec independence. Unhappily for Dion, he is a prophet without honour in his own land. Dumped from cabinet by Martin, and invited to consider a future outside politics, he is determined to stay on.

The cleavage between Lapierre and Dion makes the point that there are two camps in the federal Liberal Party in Quebec, the pro-Meech wing led by Martin and supported by Lapierre, and the anti-Meech Trudeau faction represented by Chrétien. The former are in the ascendancy, but the latter refuse to disappear. The party was nearly torn apart on this issue in 1990 and 14 years later, it remains a basic test of Liberal intentions in Quebec.

Which is why Martin had to step in the same day as Lapierre's comments, affirming his support for the Clarity Act, but doubting it would be ever be used, because he hopes to build a Canada Quebecers would rather join than leave. "Lapierre quickly disavowed," blared the next day's headline in La Presse.

As ever, the Ottawa River is the national fault line.

imacdonald@irpp.org



»» Kanesatake

Je pleure

Wanda Gabriel
Soeur de James Gabriel et résidante de Kanesatake
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

Pourrez-vous jamais oublier la vue d'une maison qui brûle jusqu'au sol à cause d'un geste délibéré? Sentirez-vous un jour la souffrance de ce que vous avez causé? Laisserez-vous jamais couler vos larmes de chagrin? Parce que, comme vous le savez, on nous a enseigné que nous sommes tous parents et étroitement liés.

Quand je regarde autour de moi, je vois des visages glacés par la peur et la souffrance. Lorsque je prête l'oreille, j'entends des paroles de dénégation, de blâme et de rationalisation. Au fur et à mesure, mon coeur devient de plus en plus lourd et mes larmes débordent et je pleure...

Je pleure pour toi, mon frère, toi qui as mis tant de labeur pour créer un foyer pour tes enfants et ta femme.

Je pleure pour toi, ma belle-soeur, qui a perdu tous ces précieux souvenirs de tes enfants et de ta grand-mère.

Je pleure pour vous, mes petits neveux, qui avez perdu vos jouets favoris, mais surtout, je pleure parce que vous avez perdu votre sécurité, votre innocence et votre confiance dans les gens.

Je pleure pour vous, vous les enfants et les jeunes, qui avez dû regarder, impuissants, la maison de vos amis qui brûlait. Je ne peux m'empêcher de pleurer... Comprendrez-vous un jour qu'il n'est pas permis de brûler la maison d'autrui ?

Je pleure pour vous, vous qui avez versé l'essence et mis le feu à la maison parce que vous avez tellement de rage et de haine en vous.

Je pleure pour vous, vous dont l'esprit a été tordu et qui êtes maintenant devenus des marionnettes pour les motards et les membres du milieu truand, assimilés à la mentalité de gang.

Je pleure pour vous, vous les hommes qui ont été manipulés à croire que le fait de brûler une maison est ce que font les guerriers (warriors); on m'a enseigné que les vrais guerriers (warriors) sont ceux qui protègent la paix.

Je pleure pour vous, vous qui vous cachez tout honteux derrière des masques. Avez-vous honte de ce que vous êtes ? Lorsqu'on est fier de ce qu'on est, on montre son visage avec fierté.

Je pleure pour vous, vous qui voyez seulement ce que vous voulez voir.

Je pleure pour vous, vous que la peur paralyse et qui ne pouvez parler ouvertement contre cette violence.

Je pleure pour vous, vous qui ne prenez pas parti parce que vous vous dites que c'est de la politique. Ce n'est pas de la politique, c'est de la violence latérale, pure et laide, résultat de la haine de soi et de l'assimilation.

Je pleure pour vous, vous qui avez perdu votre esprit sain parce que vous faites usage de calmants, de drogues et d'alcool.

Je pleure pour vous, vous qui continuez à exploiter nos droits inhérents pour votre usage personnel.

Je pleure pour vous, vous dont le coeur se glace et qui éprouvez de la haine et qui planifiez le moment de la vengeance.

Je pleure pour vous, vous qui croyez que les larmes sont un signe de faiblesse. Les aînés de Turtle Island m'ont enseigné que les larmes sont un cadeau de notre créateur et que lorsqu'on les relâche, c'est un vrai signe de force.

Peut-être, lorsque justice sera rendue et que ces personnes se réformeront, que la sécurité sera restaurée et que vous, vous-mêmes, pourrez pleurer ces larmes de chagrin. Peut-être pourrons-nous alors nous parler de nouveau avec respect et entente mutuelle et se dire que c'est correct de ne pas avoir la même opinion. À ce moment-là seulement, peut-être aurai-je de l'espoir et de la confiance pour ma communauté.



»» Scandale des commandites

Martin songe à une enquête publique

Joël-Denis Bellavance
La Presse lundi 9 février 2004

Ottawa - Désirant rompre avec l'héritage de l'ancien premier ministre Jean Chrétien, le gouvernement Martin songe sérieusement à mettre sur pied une enquête publique afin de faire toute la lumière sur le scandale des commandites qui éclabousse les libéraux fédéraux depuis deux ans, a appris La Presse.

La vérificatrice générale, Sheila Fraser, déposera demain son rapport tant attendu sur la gestion du controversé programme de commandites mis sur pied par le gouvernement de Jean Chrétien afin d'augmenter la visibilité du gouvernement fédéral au Québec dans la foulée de la mince victoire du non au référendum de 1995.

D'aucuns s'attendent à ce qu'elle décrive ce programme comme l'un des pires fouillis administratifs jamais examinés et qu'elle montre du doigt certains de ses principaux acteurs, tel l'ancien ministre des Travaux publics Alfonso Gagliano, aujourd'hui ambassadeur du Canada au Danemark. M. Gagliano a d'ailleurs été interrogé dans le cadre de l'enquête de la vérificatrice générale.

Mais le rapport de Mme Fraser n'examinera pas les liens étroits qu'entretenait le Parti libéral du Canada avec les agences de publicité de Montréal qui, d'une part, ont obtenu la majorité des contrats totalisant des dizaines de millions de dollars dans le cadre de ce programme entre 1997 et 2002 et qui, d'autre part, ont versé des dizaines de milliers de dollars au parti durant cette période.

Une enquête publique permettrait de crever complètement cet abcès et donnerait aussi au gouvernement libéral la possibilité de neutraliser les attaques soutenues des partis d'opposition à la Chambre des communes d'ici le déclenchement probable des élections, attendues en mai, calcule-t-on.

" Nous avons des discussions là-dessus. C'est assez délicat. Il y a toutes sortes d'angles à regarder avant de prendre une telle décision ", a déclaré un stratège libéral sous le couvert de l'anonymat.

Avant d'aller de l'avant, le gouvernement Martin attendra le dépôt du rapport de Mme Fraser, décrit comme " une bombe à retardement " par certains libéraux. Il devra évaluer si une telle enquête risque de compromettre les enquêtes policières déjà en cours sur l'attribution d'une quinzaine de contrats.

" Nous n'avons pas l'intention de protéger qui que ce soit qui aurait agi de manière inappropriée dans cette affaire. Nous voulons nous assurer que nous ne nuisons pas aux enquêtes policières en cours. Nous voulons aussi nous assurer qu'une affaire comme celle-là ne se reproduira jamais ", a ajouté le stratège libéral.

Les partis d'opposition aux Communes, le Bloc québécois en tête, réclament une enquête publique depuis 18 mois. Mais le gouvernement Chrétien avait toujours opposé une fin de non-recevoir à une telle requête, affirmant que la GRC mène les enquêtes nécessaires et que les fautifs, quels qu'ils soient, seront traduits devant les tribunaux.

Chose certaine, M. Martin a d'ores et déjà décidé de mettre fin à la carrière diplomatique d'Alfonso Gagliano. En tant qu'ancien ministre des Travaux publics, c'est lui qui avait veillé à la mise sur pied du programme des commandites, doté d'un budget annuel de 40 millions de dollars. Il a été nommé ambassadeur au Danemark par l'ancien premier ministre Jean Chrétien après que des allégations de favoritisme et de conflit d'intérêts eurent été formulées contre lui.

Selon des informations obtenues par La Presse, M. Martin jongle avec l'idée de rappeler M. Gagliano au pays au moins depuis le congrès libéral de la mi-novembre à Toronto qui l'a confirmé chef du Parti libéral.

L'une des premières décisions de M. Martin dans les heures qui ont suivi son assermentation comme premier ministre a d'ailleurs été de mettre la hache dans le programme des commandites et d'abolir Communications Canada, l'organisme fédéral qui en était responsable depuis quelques années.

Les proches conseillers de Paul Martin sont pleinement conscients que les partis d'opposition tenteront de lier le premier ministre au scandale des commandites s'il ne ramène pas rapidement M. Gagliano au pays.

Au moins une quinzaine de contrats font l'objet d'une enquête de la GRC, et le président de la firme Coffin Communications, Paul Coffin, a été accusé en septembre d'une fraude totalisant 2 millions de dollars. Lors de sa première comparution, il a plaidé non coupable aux 18 chefs d'accusation portés contre lui.

Coffin Communications a obtenu pour quelque 3,5 millions de dollars en contrats de commandite d'Ottawa entre 1997 et 2002 et a versé plus de 20 000 $ à la caisse électorale du Parti libéral durant cette période.

Mais l'un des cas les plus spectaculaires met en cause la firme Groupaction, qui, entre 1997 et 1999, a produit trois rapports quasi identiques après avoir décroché trois contrats différents de plus de 500 000 $ chacun pour recommander au fédéral des moyens d'augmenter sa visibilité au Québec. L'enquête de la GRC dure maintenant depuis 20 mois.

Jean Chrétien a toujours défendu ce programme en affirmant qu'il avait permis de combattre efficacement le mouvement souverainiste au Québec. " Peut-être qu'il y a eu quelques millions de dollars qui ont été volés en cours de route, mais combien de millions de dollars avons-nous épargnés parce que nous avons rétabli la stabilité du Canada en gardant le pays uni? " avait déclaré M. Chrétien lors d'un discours à Winnipeg il y a deux ans.



»» CONTRATS GOUVERNEMENTAUX

Une firme proche de Martin a empoché plus de 6 millions depuis 1993

PC
La Presse lundi 9 février 2004

Ottawa - Une firme d'experts-conseils proche de Paul Martin a obtenu des contrats d'une valeur de plus de 800 000 $ avec le gouvernement fédéral pendant la campagne pour l'investiture du Parti libéral, révèlent des documents obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information.

Cela porte à près de 6 millions $ la valeur totale des contrats fédéraux qu'a décrochés Earnscliffe Strategy Group, qui s'apprête à se séparer en deux entités distinctes, depuis que M. Martin est entré au gouvernement en tant que ministre des Finances, en 1993.

Les plus récents chiffres, dont certains sont affichés sur un site Internet du gouvernement, semblent indiquer que la firme a obtenu de nombreux contrats malgré l'exil de M. Martin du cabinet libéral en juin 2002. Il était alors redevenu simple député. Pendant cette période, Earnscliffe a aussi aidé M. Martin à organiser sa campagne victorieuse à la direction du PLC.

Plus de la moitié du total de 808 683 $ en contrats accordés entre 2001 et 2003- 508 067 $ exactement- a été accordée après le départ de M. Martin du cabinet, en juin 2002.

John Manley, qui a succédé à M. Martin au ministère des Finances, a par la suite mis fin à un lucratif contrat entre Earnscliffe et le Ministère, qui rapportait entre 180 000 $ et 200 000 $ par an en moyenne, a indiqué Elly Alboim, une des directeurs de la firme et l'ex-chef du bureau d'Ottawa de CBC.

En 2003, Earnscliffe a obtenu pour 404 099 $ de contrats gouvernementaux; 176 193 $ en 2002 et 228 391 $ en 2001.

Santé Canada a été le principal client gouvernemental de la maison d'experts-conseils pendant cette période. Industrie Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, l'Agence de promotion économique du Canada atlantique et le ministère de la Justice ont également été des clients d'Earnscliffe.

Au moins deux des ministères - ceux de l'Industrie et de la Santé - qui ont accordé des contrats faisaient également l'objet de lobbyisme de la part d'Earnscliffe au même moment, selon le site Internet d'un lobbyiste fédéral, Michael Robinson.

Pour Duff Conacher, coordonnateur de Démocratie en surveillance, un organisme indépendant qui surveille les agissements du gouvernement, les récents contrats montrent qu'Earnscliffe était en position de conflit d'intérêts même après le départ de M. Martin du ministère des Finances.

Pour sa part, M. Alboim nie que son entreprise ait obtenu les contrats à cause de ses relations avec M. Martin, mais il reconnaît que la perception du public a amené le groupe à scinder en deux entités légales ses sections " lobbyisme " et " recherche ".

Earnscliffe a remporté ses contrats grâce à sa compétence, et non pas sur la base de ses contacts politiques, assure-t-il. Il ajoute que sous le prédécesseur de M. Martin, Jean Chrétien, la firme était désavantagée à cause des " tensions " de longue date qui existaient entre les deux hommes.



»» Don Cherry

Sept secondes plus tard... mais toujours avec Don Cherry

PC
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

Tandis qu'à Ottawa, on s'offusque des propos du controversé analyste de hockey, CBC s'inspire de l'incident Janet Jackson pour éviter de choquer une partie de son public

Ottawa -- Le gouvernement fédéral ne veut pas demander le congédiement de Don Cherry, le controversé commentateur de hockey de la CBC, ce qui n'empêche toutefois pas des ministres comme Denis Coderre de condamner fermement ses propos sur les francophones.

Le diffuseur public a annoncé vendredi qu'il entendait désormais diffuser la chronique de M. Cherry, 'Coach's Corner', avec un délai de sept secondes, afin de pouvoir éventuellement censurer ses écarts de langage. CBC s'est aussi dissocié des propos de M. Cherry.

Plus tôt cette semaine, les organisateurs des Oscars annonçaient une décision semblable à la suite du dévoilement du sein de la chanteuse Janet Jackson au Super Bowl.

«Je trouve que Don Cherry va beaucoup trop loin», a lancé le ministre responsable de la Francophonie à sa sortie de la Chambre des communes hier.

«Sa manière caricaturale me touche profondément, a-t-il ajouté. Je trouve ça abject et puis, moi, je suis blessé. Il faut arrêter de continuellement entrer dans ce genre de stéréotypes.»

M. Coderre a déclaré qu'il en avait «ras le bol» des «sottises» proférées par l'animateur de la chronique télévisée Coach's Corner, le 24 janvier à Toronto. M. Cherry avait alors soutenu que la plupart des infractions pour bâton élevé dans la Ligue nationale de hockey étaient commises par des joueurs qui portent la visière, qui seraient «en majorité des Européens et des francophones». En décembre, il avait prétendu que le problème de drogue dans le hockey junior se limitait au Québec.

«Est-ce parce que Jacques Plante s'est fait casser le nez et qu'il a inventé le masque de gardien de but que c'est pour autant un "wimp" [une mauviette] ?, a demandé le ministre. Je veux dire, un moment donné, il faut arrêter.»

Dans un communiqué émis plus d'une semaine après l'incident, le vice-président principal de CBC Television, Harold Redekopp, a reconnu hier que M. Cherry avait «outrepassé de façon inacceptable les limites de son rôle en émettant des opinions personnelles inappropriées et répréhensible».

«CBC Television se dissocie complètement des propos de M. Cherry et les réfute catégoriquement, a affirmé M. Redekopp. Des propos de cette nature ne pourront être répétés, ni tolérés, à l'avenir.»

Dans le communiqué, CBC laisse entendre que Don Cherry s'en est «toujours» tenu à son rôle d'«analyste du hockey». Cela fait pourtant des années que Don Cherry suscite la controverse. Quoi qu'il en soit, il se serait engagé à ne plus exprimer «de propos de cette nature à l'avenir».

Plus tôt cette semaine, la commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, a ouvert une enquête sur l'affaire.

Aux Communes, le Bloc québécois n'a pas manqué de soulever la question hier.

«Le ministre responsable des langues officielles [Pierre Pettigrew] ne croit-il pas qu'il devrait s'assurer auprès des dirigeants de la CBC que le controversé analyste soit suspendu, au moins pendant la durée de l'enquête [de Mme Adam] ?», a réclamé le député bloquiste Benoît Sauvageau.

C'est la ministre d'État au Multiculturalisme, Jean Augustine, qui s'est levée pour répondre. Elle s'est réfugiée derrière le fait que la CBC est une institution gouvernementale indépendante et qu'elle est responsable de la gestion de ses ressources humaines. Quant à M. Pettigrew, il s'est contenté de dire que «la minorité linguistique [aura] toujours [le] gouvernement de son côté pour se faire respecter».

Mais Denis Coderre est allé un peu plus loin. «C'est un problème dont la CBC devrait s'occuper», a-t-il estimé, prenant toutefois bien soin de préciser que «c'est à la CBC de prendre ses décision, pas à moi».

«Comme citoyen, puis comme Canadien français et comme Québécois, eh bien, à force d'entendre Don Cherry, il va falloir penser à autre chose que de simplement changer de poste, a-t-il martelé. Mais ce n'est pas à moi de le faire.»

Des sanctions ?

En entrevue à un quotidien torontois jeudi, la commissaire Adam a reconnu que son rôle ne consiste pas vraiment à recommander le congédiement de M. Cherry et qu'une telle décision revient plutôt à son employeur.

Il a été impossible de savoir hier si la CBC compte imposer des sanctions au commentateur.

Hier, un quotidien montréalais révélait que les directions anglaise et française divergeaient radicalement d'opinion sur les mesures à prendre pour régler l'affaire.

«Il y a là un problème sérieux qui divise la direction de manière profonde», a écrit le vice-président principal à la télévision française de Radio-Canada, Daniel Gourd, dans un document envoyé mercredi aux cadres de la société d'État.

Le comité supérieur de direction de Radio-Canada se serait prononcé en faveur de «mesures visant à mettre fin aux commentaires méprisants de ce monsieur à l'endroit des francophones», mais la réaction des cadres de la CBC à cette conclusion aurait été «plutôt tiède».

Selon la missive de M. Gourd, la CBC craindrait «une réaction très négative du Canada anglais» dans l'éventualité où on imposerait des sanctions à Don Cherry.

«Il est certain qu'ils ne comprennent pas notre exaspération», conclut Daniel Gourd.



»» Don Cherry

L'urgence d'attendre

Jean Dion
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 février 2004

Selon mes sources stratégiquement disposées à l'intérieur du col de chemise de Don Cherry -- d'après une récente enquête réalisée par Statistics Canada, les cols de chemise de Don Cherry sont si ridiculement amples qu'ils peuvent contenir jusqu'à 47 sources différentes --, celui-ci flageole de trouille au moment où l'on se parle. Enfin, on ne se parle pas, on s'écrit plutôt, enfin pas vraiment, j'écris et vous lisez, mais ce n'est pas au même moment, si vous voyez le topo, mais mettons que Cherry flageole assez longtemps pour que ce qui est vrai au moment d'être écrit le soit itou au moment d'être lu, OK?

Imaginez juste un peu : le monsieur fait l'objet d'une enquête de la part du Commissariat aux langues officielles du Canada, le CLOC. Dans mon temps, quand j'eus le plaisir de servir journalistiquement à Ottawa, le commissaire aux langues officielles était Victor Goldbloom. Chaque année, M. Goldbloom se présentait devant la presse -- les représentants des médias de langue française plus la Gazette, à cause de son lectorat de communauté de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM), c'est le terme officiel qu'il faut employer, les autres journalistes se balançant de tout ça comme de la misère sur le pauvre monde, genre -- et disait essentiellement que ça n'allait pas jojo côté assimilation et que le gouvernement devait faire quelque chose.

N'ensuite de quoi, le gouvernement répondait qu'il allait faire quelque chose, c'est-à-dire rien, en vertu de la devise immémoriale de tout gouvernement, j'ai nommé l'urgence d'attendre.

Rien que de plus normal, susurrerez-vous dans votre fjord intérieur, dans ce pays où les premiers ministres eux-mêmes en personne te me nous tarabustent la langue officielle, l'autre là, avec une régularité soutenue (un problème qu'il faudrait adresser, d'ailleurs, et si vous le faites en fin de semaine, n'oubliez pas d'inscrire le code postal, il paraît que ça va plus vite). Si vous avez écouté M. Paul Martin répondre à côté de toutes les questions dans un français qui n'est pas sans rappeler des ongles qui se baladent sur un tableau noir de 5e année B, jeudi soir au Point, vous savez vous aussi que M. Grevisse a encore des croûtes à faire manger.

Pour ceux et celles d'entre vous qui préférez consacrer votre samedi soir à jaser de votre couple et de son avenir à moyen terme devant un feu de foyer aux chandelles ou à regarder un film de monsses sur le câble, précisons que Don Cherry est un genre de chaînon manquant anthropopithéquoïde qui gagnerait à continuer de manquer. Chaque semaine, au premier entracte de Hockey Night In Canada, sur les ondes de CBC, il fait une chronique, Coach's Corner, dans laquelle il raconte vraiment n'importe quoi, mais comme il parle fort, il y a plein de gens qui l'écoutent dans les silos de la Saskatchewan et sur les rives enchanteresses du lac Winnipegosis.

Selon mon psy à qui j'ai soumis le dossier, Cherry, un ancien coach des Bruins de Boston qui n'a jamais rien gagné nulle part, serait par ailleurs aux prises avec une vieille frustration anti-Québec qui remonte à 1979. Cette année-là, vous en souvient-il, le Boston menait 4-3 dans le septième match de la série demi-finale contre le Montréal au Forum lorsque, avec deux minutes à jouer, Cherry s'était fait prendre avec un joueur de trop sur la patinoire. Résultat : punition aux Bruins, Guy Guy Guy en profite pour la faufiler dedans, 4-4, puis Yvon Lambert tranche en prolongation. Le gars ne s'en est jamais remis, et il a même blâmé le Forum où, a-t-il dit, l'entraîneur est placé trop bas et voit mal l'action.

Don Cherry, soulignons-le en passant, s'habille tellement mal qu'il ferait passer Liberace pour une carte de mode.

Enfin bref, toujours est-il que Cherry affectionne particulièrement de dégobiller sur un éventail considérable de choses, dont les joueurs européens qu'il taxe de sournoiserie et les Canadiens français, réputés moumounes, la preuve, ils arrêtent pas de parler de se séparer mais ne foutent jamais rien. Or, samedi en moins quinze, le 24 janvier pour être rigoureux, l'ami Donald s'est mis en frais de se prononcer contre une éventuelle obligation de porter la visière dans la NHL, laissant du même coup entendre que l'accessoire était fait pour les hommes à l'appareil reproducteur moins qu'épanoui, à savoir : the Europeans and the French guys.

Le propos a entraîné le dépôt d'une plainte à la CBC par la section britanno-colombo-yukonnaise de l'organisme Canadian Parents for French, dont personne n'avait jamais entendu parler avant, et, dix jours plus tard -- ce qui tend à montrer qu'ils ne l'avaient pas écouté sur le coup --, tout ce que Montréal compte de penseurs sportifs a réclamé le congédiement de Cherry. Comme, toujours d'après Statistics Canada, c'était la 1541e fois que Cherry énonçait des inanités de cet acabit, la direction de CBC, pour sa part, a fait comme les 1540 autres fois : elle a invoqué l'urgence d'attendre, lui a donné une petite bine sur son veston jaune serin à carreaux et lui a dit de s'en tenir au hockey dans ses commentaires. Jeudi, le CLOC s'est mis de la partie.

Il faut dire aussi que Cherry, qui est payé 700 000 $ par année avec votre argent, le mien et celui de mon psy, adorerait sans doute se faire foutre à la porte. Il pourrait ainsi jouer les persécutés avant de se trouver une autre niche, à TSN ou ailleurs, où il pourrait en mettre encore plus.

Le plus drôle, c'est que, sur un élément fondamental, Cherry a raison : jouer avec une visière, ça ne fait pas très testo. Je sais d'ailleurs que vous êtes d'accord avec moi et que si nous présidions aux destinées du hockey professionnel, les joueurs joueraient avec pas de casque, les gardiens avec pas de masque et le pilote de la Zamboni devrait chauffer à 100 à l'heure avec pas de ceinture de sécurité. Prenez Eric Lindros, par exemple : il porte un casque et il en est rendu à sa huitième commotion cérébrale. Ce n'est pas un hasard.

Cela étant, demeurons conscients qu'il faut protéger le fait français et la réputation de ceux et celles qui le font essaimer. Comme le mentionnait un gars d'Edmonton dans un reportage aux nouvelles de la SRC, et ce sera notre citation de la semaine : Don Cherry est nuisible parce qu'il ne fait que «propaguer des attitudes stéréotypiques». Texto. Amen.

jdion@ledevoir.com



»» géopolitique

La gouvernance de l'Amérique-monde

Mario Roy
La Presse lundi 9 février 2004

Éditorial - Si la démocratie, dont le premier principe veut que tout citoyen puisse se prononcer sur la façon dont il est gouverné, atteignait la perfection, la planète entière voterait à la présidentielle de novembre aux États-Unis! Car il existe un gouvernement mondial de facto. Et il loge à Washington. Pour le meilleur et pour le pire - surtout pour le pire sous l'administration Bush -, il s'agit bel et bien de l'" Amérique-monde ". Celle-là même qu'annonçait l'essayiste Alfredo Valladao, en 1993, dans Le XXIe siècle sera américain.

Il ne s'agit pas d'un empire au sens historique du terme, bien que l'Amérique-monde en possède certaines caractéristiques. C'est Robert Kagan qui, dans Foreign Policy, a inventé l'expression d'" empire bienveillant " pour désigner la domination américaine. Il ajoutait alors que cette hégémonie " représente certainement un meilleur état de choses international que toutes les autres hypothèses réalistes ".

Convaincus en effet de leur nature intrinsèquement bonne, les Américains nient de façon véhémente leur nature quasi impériale. Ce qui fait d'eux les premiers métropolitains de l'Histoire à refuser de considérer à sa juste valeur la portée de leur propre puissance!

De fait, ce n'est pas simple.

Par le passé, les grands empires ont en général fondé leur hégémonie sur la puissance militaire absolue. Sur la gérance directe et coercitive des colonies. Sur la ponction économique lourde. Sur l'imposition, par la force ou la loi, de la langue et de la culture impériales. Et sur l'assimilation.

Dans le cas des États-Unis, le thème rebattu d'" empire américain ", historiquement, ne s'applique pas. " L'impérialisme est le nom que le rival ou les spectateurs donnent à la diplomatie d'une grande puissance ", remarquait déjà Raymond Aron, en 1959, dans ses Études politiques.

Car les États-Unis présentent:

Un mélange inusité de puissance et de faiblesse au point de vue militaire. Ils possèdent une stupéfiante force de frappe: leur budget de la Défense (402 milliards US en 2004) est trois fois supérieur à celui de l'ensemble des pays européens. Malgré cela, ils ont été défaits au Vietnam. Mortellement attaqués sur leur propre territoire. Et sont aujourd'hui en position difficile à Bagdad et à Kaboul, des capitales totalement dénuées de capacité militaire. De plus, le peuple américain est devenu incapable d'encaisser la mort au combat de ses boys.

Une étonnante incapacité à obtenir ce qu'ils veulent de nations qui, en un autre temps, auraient été considérées comme leurs colonies. Le plus bel exemple est celui du Canada. Il a gravement froissé Washington en refusant l'aventure irakienne. Et ce, alors que la géographie, la défense, la realpolitik, la consommation culturelle et surtout l'économie (80 % de nos exportations vont chez nos voisins du Sud) font de nous des vassaux, littéralement, des États-Unis.

Une balance commerciale négative et un déficit étatique frôlant l'un et l'autre les 500 milliards. Cette boulimie d'achats (70 % de leur PIB de 10 000 milliards est généré par la consommation privée) et de dépenses les met en situation de très grande interdépendance avec le reste de la planète. Ainsi, 46 % de la dette fédérale est détenue par des étrangers, dont la... République populaire de Chine! On se trouve fort loin d'une situation impériale au sens classique.

Une culture qui, peu importe l'opinion qu'on en a, ne s'est imposée que par sa puissance intrinsèque et une commercialisation efficace. Il s'agit de leur plus importante exportation. Or, de façon exactement contraire aux circonstances passées, la force et la loi sont employées... par les autres nations, y compris les alliées de l'Amérique, pour bloquer la diffusion- ou l'" impérialisme ", au choix- de cette culture.

Une grande habileté, non pas à assimiler, mais à accepter et gérer la diversité. " Cela sera leur principal atout dans les années à venir ", estime Valladao. Contrairement, encore une fois, à la situation impériale classique, les cultures et les langues étrangères, en particulier l'espagnol, squattent le territoire américain même- au point de causer de profonds malaises dans certaines régions du pays.

Composant depuis un demi-siècle avec ce statut ambigu, l'Amérique est graduellement devenue une sorte de supra-gouvernement improvisé et informel. Et elle a ainsi géré de plus en plus la circulation culturelle, les flux économiques, les crises diplomatiques et la police planétaire.

Elle l'a fait souvent avec brutalité et cynisme. Mais pas toujours de son plein gré.

" C'est essentiellement à travers une suite d'actions défensives ou entreprises à l'invitation d'alliés en détresse que la primauté américaine s'est affirmée au XXe siècle ", écrivent Pierre Hassner et Justin Vaïsse dans Washington et le monde. Robert Kagan ajoute: " Aucune nation ne s'est montrée le moins du monde disposée à prendre sur elle une responsabilité équitable dans la gestion des crises de la planète ". Bref, les États-Unis ont souvent suppléé à l'ineptie des autres pays.

(Anecdote: en juillet 2002, il aura fallu l'intervention du secrétaire d'État américain, Colin Powell, pour régler in extremis une querelle Espagne-Maroc qui menaçait de dégénérer en guerre ouverte. Elle avait pour objet un îlot rocheux de la Méditerranée, inhabité, grand comme deux terrains de football!)

Ce subtil jeu d'équilibre auto-généré et de pouvoir occulte a été rompu par deux événements. Le 11 septembre 2001. L'entrée de George W. Bush à la Maison-Blanche.

Sur le massacre de New York et Washington, à peu près tout a été dit. Sur Bush, beaucoup reste encore à dire. Mais une chose est certaine: il est le président de la rupture.

La " doctrine Bush ", faite d'actions unilatérales tant en diplomatie qu'en économie, d'une nouvelle stratégie de défense fondée sur la frappe préventive, de l'irruption lourde du religieux dans le politique, présente une spectaculaire réorientation de la politique et de la psyché américaines. Bien qu'un empire ne se construise pas en trois ou quatre ans, Bush, mis en selle par le 11 septembre, peut en effet être vu comme se dirigeant dans cette direction, celle de l'impérialisme carré et militant.

Si la planète entière votait, il est clair qu'il ne serait pas réélu en novembre prochain.

Des nations entières le renieraient pour de mauvaises raisons. Soit parce qu'elles estiment que Bush incarne à la perfection toutes les malédictions qu'impose le Grand Satan - ce qui, précisément, est faux.

D'autres voteraient contre lui pour le bon motif. Parce que, en exagérant à peine, on peut en effet soutenir que George W. Bush a trahi le peuple américain dans sa continuité historique. Dans ses valeurs. Dans sa " bienveillance ".


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Y aura-t-il un après-Claude Ryan ?

Christian Gagnon
Montréal
TRIBUNE LIBRE 9 février 2004

Pendant des décennies, Claude Ryan aura incarné ce qu’on n’ose même plus appeler le «fédéralisme renouvelé». De l’échec de la Charte de Victoria à ceux des accords de Meech et Charlottetown, il aura personnifié la quête du Québec pour un statut particulier. Ce 9 février, M. Ryan nous a quittés mais son rêve d’une constitution canadienne reconnaissant le Québec pour ce qu’il est l’a depuis longtemps précédé dans la mort. Le décès de cet homme aux valeurs authentiquement libérales est une occasion de constater à quel point son actuel successeur à la tête du PLQ n’a absolument rien en commun avec lui.

Tout autant, les premiers gestes de Paul Martin à titre de premier ministre du Canada nous obligent à faire face à une autre exaspérante réalité : Claude Ryan a eu beau passer sa vie à condamner les ingérences fédérales dans les champs de compétence du Québec, rien ne semble avoir changé, en cette matière non plus.

Se pourrait-il que nous soyons passés maîtres dans l’art de radoter sans jamais rien régler ?


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

QUAND DORT LE GÉANT FRANÇOYS

William Morris
TRIBUNE LIBRE 9 février 2004

Le géant Françoys dort. Pendant qu’il dort, une infiltration d’eau se répand tranquillement, progressivement, dans le domaine ancestral.

Cette eau qui s’infiltre arrive à l’hôtel de ville de Montréal, par de petits canaux souterrains, en provenance du Lac Saint Louis, dans le West Island.

Partout où elle touche, ce qui était en langue française devient bilingue, ou anglais. L’infiltration se répand partout sur l’île de Montréal, dans tous les commerces, dans tous les cabinets professionnels, sur tous les répondeurs téléphoniques, dans toutes les musiques avec chansons que l’on entend dans les magasins, dans les ascenseurs, sur les lignes téléphoniques, quand une personne qui appelle, est mise en attente. Ce que l’on entend est généralement en anglais. Ne fabrique-t-on pas de chansons de langue française au Québec ? Depuis longtemps, les ministres québécois et le maire de Montréal répondent en anglais aux questions des journalistes de langue anglaise. Au Conseil de ville de Montréal, certains conseillers débattent en anglais et de nombreux citoyens font un barrage de questions en anglais, dans Montréal «ville de langue française». Où est fierté disparue ? dirait François Villon : là où damnés sont boulus (bouillis).

Quand on appelle, on parle généralement à un répondeur électronique. Il est bilingue à presque cent pour cent. Non seulement cela, mais, très souvent ce que l’on entend est tout d’abord de l’anglais, pour ne pas apeurer la clientèle éventuelle de langue anglaise : «For service in English, please press ONE». Quand vous atteignez la boîte vocale de la personne à qui vous désirez parler, ne soyez pas surpris d’entendre tout d’abord un message en anglais. L’infiltration anglophone atteint les ministères et les sociétés paragouvernementales du Québec. La même chose à la Ville de Montréal, où viennent des gens originaires de toutes les parties du monde et qui exigent d’être servies en anglais, comme une question de droit ! Belle leçon d’intégration ! Certains journaux de langue française reçoivent des articles écrits en anglais, qui sont traduits en français par le journal ! Nous ne vivons pas en français, mais dans une culture de traduction.

Pourquoi le géant Françoys dort-il ? Parce qu’on a adopté une loi dite loi 101, qui protègerait tous ses droits comme citoyen de langue française. Sauf que cette loi n’est pas toujours appliquée… Aussi parce que la Commission des États Généraux de la langue française, dite commission Larose, lui a dit que tout était pour le mieux concernant la langue française au Québec et à Montréal, et qu’il a cru tout cela.

Pendant que dort doucement le géant Françoys, l’eau est montée à hauteur de son lit et menace de le noyer. Le géant Françoys se réveillera-t-il à temps ?


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Suroît: le gouvernement recule mais ce cède pas encore !

Pierre Dostie, V-P et porte-parole de l'UFP
pierre.dostie@ufp.qc.ca
TRIBUNE LIBRE 9 février 2004

Pas de centrale au gaz et pleins pouvoirs à Régie de l'énergie

Saguenay, le 9 février 2004. À peine Hydro-Québec avait-elle fait connaître ses intentions concernant le projet de construire une centrale électrique au gaz dans le Suroît et aussitôt, en quelques heures, le mouvement citoyen de protestation fait boule de neige. À l'initiative du Parti vert et de plusieurs organisations écologistes, on a formé une très large coalition, à laquelle adhère l'UFP, qui a réussi à faire ralentir le gouvernement Charest sur cette question. Mais le problème de fond n'est pas réglé.

Pour Pierre Dostie, porte-parole de l'UFP, l'ampleur de cette mobilisation révèle, bien sûr, une sensibilité écologiste croissante mais aussi un net refus de voir Hydro Québec magouiller avec une multinationale comme General Electric. «Quand le peuple est dans la rue pour dénoncer des projets aussi inacceptables que celui-là, c'est un exercice démocratique exemplaire» de lancer le porte-parole de l'UFP.

Cependant, d'ajouter Monsieur Dostie, il faut rester vigilantEs. Les déclarations du premier ministre et du ministre responsable laissent croire que le gouvernement recule pour mieux sauter. Avec cette tranquille arrogance, on laisse entendre que c'est la population qui n'a pas compris l'ampleur des besoins énergétiques du Québec.

Un mandat ambigu

Par ailleurs, ce n'est pas en donnant un mandat partiel d'une durée de 60 jours à la Régie de l'énergie qui va régler le problème. En plus de renoncer définitivement à ce projet de centrale au gaz, il faut abroger la loi 116 qui retirait à la Régie sa véritable raison d'être, soit la planification intégrée des ressources. Tous les projets énergétiques et spécialement ceux de l'Hydro, doivent être examinés par la Régie en tenant compte non seulement des coûts économiques mais aussi de leurs coûts sociaux et environnementaux. Or Hydro-Québec a été soustraite de l'examen de ses projets par la Régie. «Cette amputation majeure du mandat de la Régie est une autre réalisation péquiste qu'avait dénoncée les libéraux, alors dans l'opposition. La population peut bien avoir marre des politiciens traditionnels» de lancer le porte-parole de l¹UFP.

Si Jean Charest pense que la population ne comprend pas les enjeux, il se trompe. «On a très bien compris qu'on sera beaucoup plus pollué pour vendre de l'électricité aux américains sous les bons auspices de la General Electric, de l'électricité fabriquée à grand frais avec du gaz acheté aux amis du président de l'Hydro». Non merci, de conclure M. Dostie.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

La saison des idées: un référendum après l'élection... Quelle idée neuve, ironise l'UFP

Pierre Dostie, V-P et porte-parole de l'UFP
pierre.dostie@ufp.qc.ca
TRIBUNE LIBRE 9 février 2004

Saguenay, le 9 février 2004. On nous annonçait un grand barrage d'idées au PQ, suivi d'un grand brassage organisationnel. Certains parlaient même de refondation. Le résultat ? Bernard Landry reste le patron et on fera un référendum après les élections, sans plus. Certes un courant propose que la prochaine élection soit référendaire, mais coté nouveauté, on repassera. Il y aurait pourtant matière à débat.

«Actuellement, ce qui agite les dirigeants du PQ, c'est davantage cette sourde lutte pour le leadership que le brassage d'idées nouvelles», de souligner Pierre Dostie, porte-parole de l'UFP.

Même petite routine sur le plan de la mobilisation. Alors que les travailleuses et travailleurs parlent de grève pour défendre leurs acquis, du coté de la direction péquiste on préfère faire rouler le tambour pour soutenir les amis du Bloc Québécois.

«Cette tâche est d'autant plus urgente que le Bloc a connu plusieurs défections cette dernière année, qui sont allés surtout du côté de l'ADQ, voire du PLC» de rappeler M. Dostie.

A tout le moins, un vrai débat de fond aurait soulevé les grandes questions telles l'orientation néolibérale et pro-Davos de l'élite péquiste.

Et le référendum ? On aimerait bien savoir sur quoi! Un autre vague mandat de négocier une souveraineté qui n'est pas définie? Pour l'UFP, il doit être clair qu'un gouvernement souverainiste élu à Québec convoquerait une Assemblée constituante chargée de rédiger un projet de Constitution démocratique et républicaine. C'est ce point de départ d'un projet de pays, cette esquisse de société, donnant un contenu et un sens réel à la souveraineté, qui devrait être soumis à un référendum.

La réédition des scénarios de 1980 et de 1995 serait carrément irresponsable, de conclure le porte-parole de l'UFP, qui rappelle que si le PQ et le Bloc sont en crise, c'est en partie dû à l'échec de leur stratégie. Persister dans cette voie sans issue banalise le référendum et nuit finalement à la cause souverainiste.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Quel Québec souhaitez-vous ?

Raymond Villeneuve
Président du MLNQ
TRIBUNE LIBRE 9 février 2004

Charest vous a proposé du changement ! Cependant, celui qu’il nous impose prépare-t-il le Québec que vous souhaitez, le Québec dont nous avons tous besoin pour que s’épanouisse notre peuple dans le respect de son identité ? Manifestement non !

C’est pourquoi le désenchantement touche toutes les classes de notre société que ces changements affectent. Les Québécois désavouent maintenant le gouvernement Charest. Ils ne veulent pas que leur État devienne satellitaire des Etats-Unis. Ils ne veulent pas d’un Québec néolibéral ni d’un État policier.

Mais c’est pourtant ce que leur offre ce gouvernement, par des lois imposées dans la hâte. Des lois qui défient la volonté du peuple et qui ouvrent toutes grandes les portes au néolibéralisme sauvage.

Qu’en est-il exactement de ces lois ? En voici quelques exemples :

1. La loi 31, qui révise le Code du travail pour faciliter la sous-traitance, ce qui augure des baisses de salaire, compromet la sécurité d’emploi et révise à la baisse les conditions de travail. C’est un recul de plusieurs décennies d’acquis sociaux et l’instauration d’un système à l’américaine.

2. La loi 25 sur les fusions d’établissements dans le réseau de la santé, ce qui augure le danger pour les CLSC et CHSLD de perdre du financement, la baisse des services aux patients, encore une baisse des conditions de travail, le tout prétendument pour réaliser des économies (mais les libéraux s’obstinent à ne pas divulguer la source de ces économies). Encore un système à l’américaine

3. La loi 30, qui fusionne des syndicats des employés d'hôpitaux en réduisant leur nombre de 80 syndicats à 4; ce qui équivaut à moins de représentation et à l’augmentation des pouvoirs des patrons, donc baisse des salaires et des conditions de travail. Toujours le système à l’américaine.

4. La loi 32, qui permettra la hausse des tarifs de 5 $ à 7 $ dans les garderies; ce qui représente deux semaines de travail pour une famille monoparentale à salaire minimum, écarte les démunis du système, empêche le développement psychomoteur des enfants pauvres, augmente les écarts entre classes sociales, prépare la fermeture de CEPs et ouvre la porte à des enquêtes illégales sur les revenus et la situation des parents: donc, la prise en otage des enfants par le système. Un recul de quarante ans.

5. La loi 9 qui permet les défusions des villes constituées en 2001. Bien sûr, il s’agit là d’une promesse électorale destinée uniquement à tromper les électeurs puisque, avec les conditions énoncées dans cette loi, la défusion est pratiquement impossible. Sans compter que cette promesse a été faite sans qu'on ait étudié les problèmes et coûts réels rattachés à ce projet.

De plus, plusieurs autres projets du gouvernement suscitent la colère des Québécois. Par exemple, l’idée de créer un ordre professionnel des enseignants, les atermoiements dans la mise en place du plan de lutte contre la pauvreté et une «réingénierie» de l’État qui pourrait amener la privatisation de plusieurs pans du secteur public.

Le retour des députés n’aura lieu qu’en mars, sans doute pour permettre à ce gouvernement de poursuivre plus aisément sa gérance dictatoriale. Souvenez-vous de cette déclaration historique (et très démocratique) : «Toé, tais-toé», que Maurice Duplessis lançait jadis à son attaché politique de même qu’à tous ceux qui s’opposaient à ses idées. M. Charest est de la même trempe que cet homme du passé, et la colère de la population atteint des niveaux records depuis la grande noirceur. Malgré tout, M. Charest continue à prétendre : «Nous avons reçu un mandat clair et nous ne faisons que ce que la population désire. Nous croyons avoir son appui ».

Puisqu’il semble incapable de réaliser à quel point il se trompe, il faudra vraisemblablement le lui faire comprendre par tous les moyens.

De plus, nous avons là un gouvernement qui s’incline devant des criminels incendiaires qui bafouent la démocratie, sous prétexte que ce sont des Mohawks, mais, parallèlement, envoie en prison de simples graffiteurs québécois, sous prétexte qu’ils sont indépendantistes. Devrions-nous en conclure que la violence extrême est un système qui rapporte si on est suffisamment armés et organisés ?

Mais, en attendant qu’il ne nous reste que ce choix extrême, il y a encore de l’espoir pour la voie démocratique. Pour que l’indépendance du Québec advienne enfin il faudra tout d’abord une prise du pouvoir par un parti réellement souverainiste qui aura le mandat de mettre en place l’appareil législatif et administratif pour réaliser la souveraineté. Un tel parti devrait élaborer une constitution provisoire qui comprendrait, entre autres, la création d’une citoyenneté québécoise visant à définir les conditions de participation à un nouveau référendum. Ce qui écarterait d’emblée du processus tous les néo-naturalisés-canadiens-d’urgence-pour-fausser-les-résultats, tels que ceux utilisés par Ottawa au référendum de 1995.

Le Québec ne doit plus être une colonie dominée par l’empire néolibéral canadien. Les politiques déstructurantes du gouvernement fédéral et de son valet de Québec, Jean Charest, menacent non seulement nos acquis, elles compromettent notre capacité de conduire nos propres affaires car elles sont les vecteurs d’un profond clivage dans la cohésion sociale et nationale. L’accession à l’indépendance devient donc urgente, voire vitale.

Lors des prochaines élections les Québécois ne doivent pas laisser la voie ouverte aux ennemis jurés du peuple québécois. Au moment où les libéraux de Jean Charest auront conduit le Québec à la résignation et à la soumission sans nuances, totalement à la merci d’un Canada résolument déterminé à nier l’identité québécoise, ce ne sera plus le temps de parler de gérance de l’État, d’étapisme ou de compromissions.

Ce sera le temps d’aller de l’avant par la voie démocratique, ou sinon nous devrons suivre l’exemple Mohawks, qui semble porter fruit.



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COMMUNIQUÉS 6 février 2004