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Coderre compare le Bloc à un «zoo»

Geneviève Otis-Dionne
Le Devoir lundi 1 mars 2004

Assemblée d'investiture dans Bourassa

Le premier ministre Paul Martin a reçu hier l'appui inconditionnel de son ministre Denis Coderre en ce qui concerne sa gestion du scandale des commandites, lors de l'assemblée d'investiture de celui-ci dans la circonscription de Bourassa. M. Coderre, qui n'avait pas d'opposant dans sa circonscription, a profité de l'occasion pour comparer le Bloc québécois à un «zoo» et dénoncer «la campagne de salissage» contre les libéraux orchestrée par le chef bloquiste, Gilles Duceppe.

«Moi, j'ai le goût de vous parler de respect, de municipalités et de personnes âgées. [...] J'ai le goût de vous parler de diversité culturelle, de sports, de santé. Mais pendant ce temps, il y a un parti qui se vante de poser 440 questions de salissage. En fait, c'est toujours les mêmes maudites [questions] qui reviennent», a affirmé hier M. Coderre.

Sans préciser à quels animaux il faisait référence, le ministre a comparé le parti de Gilles Duceppe à un zoo. Il s'est rendu samedi au Zoo de Granby pour remettre à celui-ci une subvention fédérale. «On m'a dit que le Zoo de Granby, c'était un modèle de gestion, un modèle d'encadrement. [...] Je suis allé à Granby pour chercher des trucs pour gérer le zoo que nous avons nous de l'autre côté», a-t-il expliqué.

Selon le ministre, Paul Martin «gère très bien» la crise qui secoue le PLC à l'heure actuelle. «Le dossier des commandites devait être pris de front et Paul Martin a décidé de prendre le taureau par les cornes. Si on découvre qu'il y a des problèmes, on va faire une commission d'enquête indépendante.» Le Parti libéral souhaite aussi nommer un avocat «pour récupérer les sommes trop payées, si besoin». Et troisièmement, «il y a une enquête policière indépendante qui va faire son travail», explique M. Coderre. Le ministre doit également déposer dans les prochaines semaines un projet de loi qui va protéger les fonctionnaires qui veulent dénoncer des irrégularités dans leur secteur.

Comme le lieutenant politique de Paul Martin au Québec, Jean Lapierre, M. Coderre pense aussi qu'il est maintenant temps «de passer à autre chose». M. Lapierre brillait d'ailleurs par son absence lors de l'assemblée d'investiture de son collègue.

Rappelons qu'il y a quelques années, certaines indiscrétions, attribuées à M. Lapierre, reprochaient à M. Coderre d'avoir habité durant une période de six semaines dans la demeure du président de Groupaction, Charles Boulé. Mais d'après M. Coderre, la relation est excellente entre les deux hommes et celui-ci était absent uniquement pour participer à une assemblés d'investiture dans Drummondville.

Denis Coderre a cependant dénoncé les propos de Jean Pelletier à l'égard de Myriam Bédard, affirmant que «c'est dommage, très dommage, mais, d'un autre côté, M. Pelletier s'est excusé et c'est maintenant à VIA rail de prendre une décision».

Le ministre a convié les partisans libéraux à se présenter nombreux aux prochaines élections pour élire un gouvernement fort. «Avec ce qui se passe présentement en Haïti, avec ce que l'on voit sur la scène internationale, l'homme est fragile. Il est essentiel que l'on puisse préserver cette démocratie. Pour ce faire, il est important que nous ayons un Parti libéral du Canada fort».



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The man who could be king-maker

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette Friday, February 27, 2004

Could Gilles Duceppe and his Bloc MPs decide the next government of Canada?

The morning after the next federal election, the Bloc Québécois could find itself facing the most challenging and profound question it has faced since its creation by Lucien Bouchard.

What if the election ends up as the ultimate freak accident for federalists and sovereignists alike: a Conservative or Liberal minority government with the Bloc holding the balance of power? What if Gilles Duceppe wakes up holding the key that would open the door to 24 Sussex Dr. for either Paul Martin or whoever becomes leader of the new Conservative Party on March 20?

What would the Bloc do? Would it forgo any alliance, or would it enter one to allow either the Liberals or the Conservatives to form a more stable government? In effect, given the Clarity Act, which is a Liberal law that pretends to thwart Quebecers' right to self-determination, the only possible contender for such a coalition with the Bloc is the new Conservative Party.

Politics does make strange bedfellows. But how strange can we expect Canadian politics to get should this scenario unfold? With the complete ineptitude of Paul Martin in the sponsorship scandal, the relative good numbers the Conservatives are getting, the continued free-fall of Jean Charest's Liberals in Quebec, as well as the surge of support for the Bloc, the question is becoming relevant.

And the question isn't exactly new. In the months before the November 2000 election, Stockwell Day, leader of the Canadian Alliance, confessed he had approached the Bloc about a possible alliance in the event of a minority government.

The Bloc acknowledged such talks had been held in private. Although some MPs had shown interest, Duceppe dismissed it, partly because of the unlikelihood of a minority government at the time.

Historically, such alliances between federal right-leaning conservatives and Quebec nationalists are in the cards if there is a chance to boot out the Liberals. John Diefenbaker had Maurice Duplessis to thank in part for his own unseating of the Liberals.

The mother of all such alliances came in 1984. Brian Mulroney's Conservatives got two majority terms with the vital help of Quebec nationalists, including René Lévesque's Parti Québécois in exchange for the "beau risque" and later, the free-trade agreement.

What could be new this time is the possibility of a Conservative minority government being handed power through an alliance with a sovereignist opposition party within the very same Parliament. Given Mulroney is still very active behind the scenes and that he's kept a number of friends within nationalist circles - Bernard Landry even decorated him with the national Order of Quebec when he was premier - could we witness déjà vu all over again?

Motivated by regaining power and figuring sovereignty is no longer a real threat, all three Conservative leadership contenders have shown openness to some form of issue-based alliance with the Bloc, with Stephen Harper refusing, for the moment, what he called a formal coalition with any party. As for Belinda Stronach, backed by Mulroney, she muses about Meech and all that distinct society jazz.

As for the Bloc, it plans to run the next election on a more classic-style nationalist platform with the slogan "because we are different." Last August, Duceppe said it clearly enough: "We all think the main issue of the federal election will be to defend Quebec's interests. It will not be on the holding of a referendum or the accession to sovereignty."

From distinct society to the traditional defence of Quebec's interests, could this facilitate a post-election Bloc-Conservative alliance? In 2000, while Stockwell Day was dreaming of a coalition with the Bloc, deputy premier Landry said "in politics, the question of a coalition is always discussed after an election when the crucial issue of power gets played out."

But this time, the Bloc leader would be wise to make his party's position clear before the election and make sure he sticks by it afterward. Quebec voters, especially sovereignists and social-democrats, might want to know who, in effect, they'll be voting for if they put their X next to the name of a Bloc candidate.

Would that be a vote only for the Bloc? Or would it be an indirect vote for the Conservatives in the event of a possible post-election alliance? Many sovereignists might not want to be part of a federal government, whether left or right-leaning.

Parti Québécois members and MNAs might also want to know what the Bloc will do. Should there be even the tiniest of Conservative-Bloc alliances, the PQ would be going into the next Quebec election forced to justify the contradictory position of promising a referendum while its sister party would be dancing with Belinda or Stephen Harper.

But then again, how many Quebecers would believe Landry or any of the known PQ leadership contenders would actually hold that referendum once back in the comfy seat of power?



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Le bras de fer de Caillé

J - Jacques Samson
Le Soleil vendredi 27 février 2004

Le président d'Hydro-Québec, André Caillé, s'est engagé dans un périlleux, ou à tout le moins bien curieux bras de fer, pour obtenir contre vents et marées la construction de la controversée centrale au gaz naturel du Suroît, à Beauharnois. Le 20 février, à la surprise générale, Hydro-Québec a publié des données sur le faible niveau d'hydraulicité de ses barrages. La société d'État avait toujours refusé de répondre aux demandes répétées sur ses réserves, alléguant la confidentialité de ces informations dans un marché d'exportations devenu très concurrentiel. La semaine dernière, M. Caillé a fait en plus un vibrant plaidoyer devant une assemblée de gens d'affaires à Montréal pour justifier la construction de l'usine du Suroît afin de répondre à la demande en attendant la mise en service de nouvelles centrales hydroélectriques de grande puissance. Le président d'Hydro est ouvertement en croisade.

Or, le 5 février dernier, le gouvernement Charest avait annoncé qu'il battait en retraite devant les vagues d'opposition au projet qui déferlaient avec force, provenant de groupes d'environnementalistes bien sûr mais aussi de diverses autres organisations dans la société. La colère avait gagné les rangs des militants libéraux, qui tenaient la même fin de semaine un conseil général à Québec, et le caucus des députés libéraux. Tous les Québécois ont alors compris que le premier ministre Charest décrétait en quelque sorte un moratoire sur cette question en confiant à la Régie de l'énergie le mandat d'analyser les besoins réels pour les prochaines années et les sources alternatives d'énergie au projet du Suroît. Tous les Québécois ont cru à un moratoire, sauf le président d'Hydro-Québec, André Caillé, semble-t-il.

L'hydroélectricité est un choix mythique au PLQ. Quand Bernard Landry a retenu une première fois le projet de centrale au gaz naturel à Beauharnois, les libéraux ont mené une lutte acharnée dans l'opposition. Le député Claude Béchard, alors critique de son parti en la matière, manquait de mots pour traduire son indignation. Nous avons tout entendu : le PQ reniait la mémoire de René Lévesque, rien de moins. Bernard Landry a reculé après un avis défavorable du Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Après que Jean Charest et le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, l'eurent ramené, peu sensibles à l'identification des militants libéraux à l'hydroélectricité, c'est la mémoire de Robert Bourassa qui était cette fois blasphémée. Le gouvernement Charest, complètement dépassé par l'ampleur de la grogne qu'il soulevait dans ses propres rangs, a donc à son tour effectué un repli et il a donné à la Régie de l'énergie jusqu'au 30 juin pour lui faire rapport sur le mandat spécial qui lui était confié.

La Régie de l'énergie est toutefois une "patente" de l'ex-ministre péquiste Guy Chevrette, créée initialement, rappelons-le, pour établir un prix de base de l'essence à la pompe afin de protéger les distributeurs indépendants, un lobby efficace alors représenté par son ex-chef de cabinet, René Blouin. Les distributeurs indépendants étaient aux prises avec des guerres de prix initiées par les grandes pétrolières qui visaient une diminution du nombre de points de vente au Québec. Et voilà que ce jeune organisme amateur non seulement détient un rôle d'autorité dans la fixation des tarifs domestiques d'électricité, mais il lui appartiendrait de déterminer les besoins futurs en approvisionnement d'électricité, de vérifier les prévisions de demande, sans compter pour ce faire sur l'expertise et les ressources d'Hydro-Québec. Autant dire que la Régie de l'énergie dicterait la politique énergétique du Québec, une abdication dont Jean Charest devra bientôt répondre.

André Caillé a pris les devants ces derniers jours. Que Jean Charest et son ministre Sam Hamad se dépêtrent de leur pétrin politique, que la Régie de l'énergie entende qui elle voudra bien au cours des prochaines semaines et qu'elle conclut ce qui lui plaira sur le Suroît et ses solutions de rechange possibles, lui tentera de son côté de convaincre que la centrale au gaz est absolument indispensable.

Ou André Caillé est un kamikaze qui ira au bout de ses convictions, persuadé qu'il oeuvre dans le sens des intérêts supérieurs des Québécois - et d'Hydro-Québec - au risque d'y laisser sa tête, ou il mène sa présente offensive de mèche avec les autorités gouvernementales pour court-circuiter la Régie. Dans cette dernière hypothèse, tous les Québécois (et au premier chef les militants libéraux) se sont fait bourrer comme des dindes le 5 février par MM. Charest et Hamad. Je préfère la première option, beaucoup plus noble.

JJSamson@lesoleil.com



»» Affaire Myriam Bédard

Affaire Myriam Bédard : Martin pressé par son cabinet de démettre Pelletier

François Cardinal
Le Soleil lundi 1 mars 2004

Les jours de Jean Pelletier à la tête du conseil d'administration de VIA Rail sont comptés. Le cabinet de Paul Martin envisage "très sérieusement" de le congédier en raison de ses attaques personnelles contre la médaillée olympique Myriam Bédard, a appris La Presse.

D'ici demain midi, le sort de M. Pelletier sera connu, ont confirmé trois sources dans l'entourage de Paul Martin. "La recommandation des proches du premier ministre est tombée aujourd'hui (hier) sur le bureau de Martin : Pelletier doit être congédié, a expliqué cette personne très proche du cabinet du premier ministre. Une décision sera prise dans les prochaines heures."

Il a été impossible d'avoir une confirmation officielle de cette information hier, mais nos sources ont affirmé que M. Martin se penchait effectivement sur les sanctions à imposer à M. Pelletier et qu'il "envisageait très sérieusement" le licenciement.

"M. Martin a indiqué, à plusieurs reprises, son intention de changer la culture du gouvernement en termes de transparence, a ajouté l'une d'elles. La réaction de M. Pelletier aux allégations de Mme Bédard montre que le président de VIA a visiblement des problèmes avec ce changement. Comment voulez-vous qu'un citoyen se lève pour dénoncer ce qu'il sait lorsque le président d'une société d'État peut l'attaquer personnellement ?"

Rappelons que Mme Bédard soutient avoir été témoin de "gonflements de factures" impliquant la firme Groupaction Marketing et la société d'État VIA Rail, qui l'a employée en 2001. À La Presse, jeudi, M. Pelletier a répondu que tout cela n'était que "mensonges" et que la biathlète, "une mère monoparentale qui a des responsabilités économiques", profitait du scandale de commandites pour recouvrer son poste. "C'est une pauvre fille qui fait pitié", a-t-il indiqué.

La réaction de M. Pelletier a réellement indigné M. Martin, d'autant plus que la championne olympique répondait à l'appel du premier ministre, qui, le 12 février, avait demandé aux Canadiens qui savent quelque chose sur le scandale de commandites de se manifester.

C'est d'ailleurs ce qui explique que M. Martin a dépêché aujourd'hui même à Montréal le numéro 2 de son cabinet, Francis Fox, pour qu'il rencontre Mme Bédard. Selon nos informations, le témoignage de la biathlète est le dernier élément que M. Martin veut avoir entre les mains avant d'actionner le couperet de la guillotine.

"En soi, les remarques de M. Pelletier ne sont pas suffisantes pour le congédier, a précisé une de nos sources. Mais si vous mettez ensemble les propos de Pelletier, le fait que Mme Bédard répondait à une invitation du premier ministre ainsi que les faits incriminants avancés par cette dernière... C'est autre chose."

Nommée spécialiste des programmes nationaux chez VIA Rail en janvier 2001, Mme Bédard avait le mandat de commander et d'autoriser les publicités en plus d'approuver les factures. Selon son témoignage, elle a été "tassée de son poste" après avoir été témoin de l'envoi à VIA de "factures gonflées" par Groupaction Marketing.

"Les factures ne correspondaient pas au travail fait, a-t-elle expliqué jeudi. Par exemple, si on demandait d'enlever un simple logo sur une publicité puis de la réimprimer, on nous facturait 4000 $. Or, d'autres firmes n'auraient pas demandé plus de 200 ou 300 $ ! Je trouvais ça totalement aberrant."

Par ailleurs, la crainte de M. Martin, c'est que M. Pelletier, après avoir été remercié de ses services, poursuive le gouvernement devant les tribunaux, a expliqué un de nos informateurs. "En accumulant les raisons d'agir, il diminue d'autant les risques d'avoir à payer un boni rétroactif d'un demi-million de dollars, a-t-il ajouté. C'est un peu la même chose que ce qui est arrivé dans le cas des trois dirigeants suspendus (Marc LeFrançois, de VIA Rail, André Ouellet, de Postes Canada, et Michel Vennat, de la Banque de développement du Canada), à qui l'on donne le droit de se défendre pour ne pas être accusé de wrongful dismissal (congédiement injustifié)."



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Lendemains de scandale et mal de Bloc

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 1 mars 2004

Pour avoir été témoin des débordements misogynes de Jean Pelletier du temps où il faisait la pluie et le beau temps comme chef de cabinet de Jean Chrétien, je n'ai pas été surprise de sa sortie contre Myriam Bédard la semaine dernière. À l'occasion d'un souper privé au printemps de 1994, il s'était particulièrement distingué en tenant des propos orduriers sur deux de mes collègues québécoises dont il attribuait l'attitude critique à l'égard de son gouvernement au fait qu'elles étaient mal baisées. Je me souviens de m'être dit qu'à la lumière de mes propres textes, il devait certainement présumer que je menais une vie de religieuse cloîtrée! Qu'il suffise de savoir que la soirée avait assez mal tourné pour que M. Pelletier et moi ne nous croisions plus jamais dans les salons de la capitale fédérale.

Cela dit, le genre de sexisme primaire véhiculé par Jean Pelletier est malheureusement encore assez répandu dans les lieux de pouvoir politiques. Le phénomène n'est pas étranger à la lenteur de l'avancement des femmes. À ce chapitre, Paul Martin se distingue d'ailleurs de contemporains comme Jean Chrétien ou Brian Mulroney pour sa propension à s'entourer de femmes fortes et à affectionner les conseillers susceptibles de lui dire leur façon de penser.

J'ai tout de même retenu de l'épisode Bédard que M. Pelletier devait commencer à trouver que la soupe du scandale des commandites était chaude pour exposer ainsi en public une facette aussi pathétique de sa personnalité. Son réflexe de s'attaquer à la réputation de Mme Bédard s'apparente aux méthodes des Jean Carle et Michel Vennat, deux autres hommes de main de Jean Chrétien dénoncés récemment par la Cour supérieure du Québec pour avoir mené, à titre de cadres supérieurs de la Banque fédérale de développement, une vendetta contre l'ex-président de l'institution, François Beaudoin.

En se rendant aussi indéfendable, le président de Via Rail a fourni au gouvernement Martin une bonne raison de larguer un des personnages les plus identifiés à Jean Chrétien et à l'affaire des commandites à la première occasion. L'opposition, tous partis confondus, le juge désormais indigne de sa fonction de grand commis de l'État. Parions qu'il ne se trouvera pas beaucoup de libéraux pour le défendre, à commencer par Paul Martin lui-même, qui a toujours prôné la tolérance zéro en matière de sexisme. ***

***

Pendant que le monde politique canadien se passionne pour les lendemains empoisonnés pour M. Martin de l'héritage de Jean Chrétien, dans les ambassades outaouaises, on s'intéresse de plus en plus à l'avenir de la politique fédérale sous l'angle de l'avènement d'un éventuel gouvernement minoritaire.

Les relations canado-américaines seraient bouleversées au premier titre par un tel changement de la donne fédérale. Dans l'hypothèse d'un gouvernement minoritaire libéral par exemple, la nécessité de composer avec le NPD et le Bloc québécois pour faire passer les lois au Parlement forcerait Ottawa à revoir son approche au projet américain de bouclier anti-missile. La semaine dernière, un vote a démontré combien la décision d'engager des négociations à ce sujet ne faisait pas consensus au sein du gouvernement. Parmi les 31 députés libéraux qui ont voté avec le Bloc contre l'approche gouvernementale, on retrouve une partie du caucus québécois de Paul Martin et plusieurs autres députés libéraux qui s'attendent à devoir défendre chèrement leurs sièges contre le NPD aux prochaines élections.

La reconnaissance du mariage gai et la décriminalisation de la marijuana, deux initiatives qui déplaisent souverainement à l'administration américaine actuelle, font également davantage consensus au Bloc et au NPD qu'au sein des propres rangs du gouvernement.

À l'inverse, un gouvernement conservateur, quel que soit son chef, serait porteur d'une culture beaucoup plus pro-américaine que celle véhiculée par le PLC. L'an dernier, Stephen Harper était le partisan parlementaire le plus éloquent de la participation du Canada à la guerre à l'Irak. Sa principale rivale Belinda Stronach a souvent dit qu'elle n'assouplirait pas les lois sur la marijuana, notamment pour ne pas indisposer les États-Unis et compromettre le commerce entre les deux pays.

Mais un gouvernement conservateur, encore plus certainement minoritaire que son éventuel pendant libéral, serait mal placé pour mettre en oeuvre sa vision des relations avec Washington puisque aucun des trois autres partis ne la partage. Au minimum, il y aurait là les ingrédients d'une certaine paralysie sur le front des relations étrangères.

***

Vue de l'extérieur, toute analyse du paysage canadien fait toujours une large place à la question nationale. En général, à ce chapitre, l'hypothèse de l'élection d'un gouvernement conservateur, vraisemblablement dénué de représentation québécoise, est considérée comme de mauvais augure pour l'unité canadienne.

La remontée du Bloc québécois dans les intentions de vote suscite également beaucoup de questions chez les observateurs étrangers.

Cette résurrection aurait beau se fonder sur les malheurs des libéraux fédéraux plutôt que sur une forte poussée de fièvre nationaliste, son résultat net consisterait à faire du gouvernement Charest la seule force fédéraliste digne de ce nom sur l'échiquier québécois.

Dans l'état d'impopularité ambiante du gouvernement québécois, c'est le genre de renversement stratégique qui amène bien des diplomates à douter des affirmations péremptoires des ténors libéraux fédéraux voulant que la question québécoise soit réglée.

Par pure coïncidence (?), M. Martin s'est résolu la semaine dernière à mettre l'ex-ministre Stéphane Dion à l'abri des contestations qui auraient pu lui coûter son investiture comme candidat libéral aux prochaines élections. chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.



»» commandites

Alerte aux commandites dès 1996 : Un rapport d'Ernst et Young avait déjà énuméré toutes les anomalies décrites par Sheila Fraser

Hélène Buzzetti
Le Devoir vendredi 27 février 2004

Ottawa - Depuis quand, au juste, le gouvernement fédéral est-il au courant que quelque chose ne tournait pas rond dans le programme de commandites? La question est revenue hanter les troupes libérales hier alors qu'un haut fonctionnaire a révélé qu'une enquête avait dû être ouverte dès 1996 à la suite de la dénonciation de pratiques douteuses par un employé.

Cet employé, qui n'a pas été identifié, travaillait aux Travaux publics dans la petite équipe placée sous la direction générale de Chuck Guité, cette équipe montrée du doigt dans le rapport de la vérificatrice générale déposé il y a deux semaines. Cet employé dénonçait les activités de son unité, appelée «Secteur de la publicité et de la recherche sur l'opinion publique». En 1997, c'est cette même équipe qui, toujours sous la responsabilité de M. Guité, a été rebaptisée et a accouché en catimini du programme de commandites. «Nous avons découvert que la vérification avait été enclenchée à la suite d'une plainte d'un employé à l'intérieur du groupe de M. Guité, soulevant des préoccupations quant à la gestion des questions de publicité», a déclaré le sous-ministre des Travaux publics, David Marshall, devant le comité des Comptes publics hier. «Les vérificateurs internes ont révisé cette plainte et ont par la suite demandé à la firme Ernst & Young de faire une vérification plus complète.»

La vérification de la firme privée, datée de novembre 1996, concluait que le service des approvisionnements devrait être retiré de la responsabilité de l'équipe de M. Guité, qui fonctionnait en vase clos, pour être intégré aux services réguliers du ministère des Travaux publics. La firme appuyait sa conclusion sur le fait que l'équipe de M. Guité n'avait pas l'«expertise» nécessaire pour accomplir cette tâche et que, à preuve, plusieurs règles de base avaient été bafouées dans le processus d'attribution de contrats à des agences de publicité. Là encore, les écarts de conduite reprochés ressemblent à tout ce que la vérificatrice générale Sheila Fraser a dénoncé depuis qu'elle s'est penchée sur le programme de commandites.

Aucun document rendu public jusqu'à présent ne démontre que des correctifs ont été apportés ou que M. Guité et son équipe ont été rappelés à l'ordre. Au contraire, leur mandat a été élargi de façon informelle pour comporter des commandites. L'opposition à la Chambre des communes se demande comment le gouvernement peut aujourd'hui prétendre qu'il ne savait pas que les choses n'allaient pas bien dans ce secteur.

«Le gouvernement doit expliquer pourquoi il n'a rien fait en six ou sept ans», a lancé le député conservateur John Williams, qui préside le comité des Comptes publics. «Nous nous sommes fait dire que ce n'est qu'en 2000, avec la vérification interne, qu'ils se sont rendu compte qu'il y avait un problème. Je crois qu'ils savaient quatre ans avant cela qu'il y avait des problèmes d'envergure!»

Tant M. Williams que le bloquiste Odina Desrochers se sont dits surpris d'apprendre l'existence de cette enquête de 1996. «C'est une information qui est tout à fait nouvelle ce matin», a dit M. Desrochers.

Le président du Conseil du trésor, Reg Alcock, était bien en mal de fournir une explication hier. Il s'est réfugié derrière la chronologie en rappelant que «le programme de commandites a été approuvé le 20 novembre 1997». M. Alcock ne mentionne toutefois pas que le secteur de la publicité mis en cause dans le rapport de 1996 a été le germe du programme de commandites. Les liens entre les deux sont d'autant plus difficiles à démêler que même Sheila Fraser a écrit dans son rapport qu'elle n'arrivait pas à «établir clairement comment la décision de créer le programme a été prise, ni par qui».

D'ailleurs, les procès-verbaux des rencontres du cabinet dévoilés cette semaine laissent croire qu'il n'y a jamais eu de discussion sur la création de ce programme. Devant un sous-comité du cabinet, Jean Chrétien et ses ministres des Travaux publics ont simplement déposé des demandes de crédits supplémentaires vaguement justifiées par le besoin «d'appuyer les priorités du gouvernement du Canada en matière de communication». La première demande remonte au 21 novembre 1996, soit à la même époque que le rapport d'Ernst & Young.

Le rapport de 1996 d'Ernst & Young consulté par Le Devoir met en lumière l'arbitraire qui présidait à la sélection d'une agence de publicité pour un contrat. Ainsi, écrit-on dans le rapport, il n'y a aucune preuve que toutes les soumissions reçues avaient été évaluées. Il n'y avait d'ailleurs aucune grille d'évaluation des soumissions. De plus, certaines agences qui avaient manifesté de l'intérêt pour un contrat n'avaient pas reçu la documentation nécessaire pour déposer une soumission. «Il est important que toutes les agences soient traitées également et qu'il n'y ait pas d'apparence de favoritisme», écrivent les vérificateurs.

Gagliano a «très» hâte

Par ailleurs, une représentante de l'avocat de l'ex-ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, s'est présentée devant le comité des Comptes publics hier. Lorsque les journalistes lui ont demandé si M. Gagliano avait hâte de comparaître, elle a répondu: «Oui, très.»

Dans une lettre envoyée au comité des Comptes publics, l'avocat de M. Gagliano, Pierre Fournier, écrit que son client désire collaborer à l'enquête. «Il est d'ailleurs de son intérêt qu'il fasse au plus tôt la lumière sur le rôle qu'il a joué et, surtout, qu'il n'a pas joué dans l'affaire des commandites.»



»» Affaire Myriam Bédard

Commandites : Myriam Bédard se dit victime du scandale

François Cardinal
La Presse vendredi 27 février 2004

À titre d'ex-employée de VIA Rail, la médaillée olympique Myriam Bédard se dit " victime du scandale des commandites ". Elle soutient avoir été forcée de démissionner en janvier 2002, soit quatre mois avant que l'affaire éclate, parce qu'elle a refusé d'être mutée chez Groupaction par la haute direction de VIA.

Dans une lettre envoyée au premier ministre Paul Martin le 13 février, l'ex-biathlète dénonce " l'ambiance pas catholique " qui régnait dans le département marketing de VIA Rail qui l'employait depuis janvier 2001. Affirmant n'être ni " une voleuse " ni " une criminelle ", elle dit " avoir creusé sa tombe " en travaillant de façon honnête au sein de la société ferroviaire.

Alors que le président du conseil d'administration de VIA, Jean Pelletier, qualifie le tout de " mensonge ", le cabinet du premier ministre, Paul Martin, dit prendre les allégations " très au sérieux ". Puisque Mme Bédard demande d'être réembauchée par VIA Rail, le dossier a été transmis au contentieux pour " voir ce qui peut être fait ".

Marc LeFrançois, président et chef de la direction de VIA, qui a été suspendu par M. Martin cette semaine dans la foulée du scandale des commandites, a également nié les faits avancés par Mme Bédard. " Ça dépasse tout l'entendement ", a-t-il dit, hier, lors d'un entretien téléphonique.

Lorsque La Presse a rencontré la médaillée olympique dans les bureaux de sa compagnie, hier, celle-ci a raconté que le 11 janvier 2002, elle a reçu un appel de Marc LeFrançois lui enjoignant de quitter la société d'État. " Il m'a dit: Myriam, tu dois quitter VIA aujourd'hui, sinon c'est Jean Pelletier qui va te transférer de force chez Groupaction ( la firme de communication embauchée par VIA ). Aucune raison ne m'était donnée. "

Nommée spécialiste des programmes nationaux en janvier 2001, Mme Bédard soutient avoir " été tassée de son poste " après avoir été témoin de l'envoi à VIA de " factures gonflées " par Groupaction.

" Les factures ne correspondaient pas au travail fait, soutient-elle. Par exemple, si on demandait d'enlever un simple logo sur une publicité puis de la réimprimer, on nous facturait 4000 $. Or d'autres firmes n'auraient pas chargé plus de 200 ou 300 $! Je trouvais ça totalement aberrant. "

Aussi, Mme Bédard s'est-elle proposée pour faire personnellement ce simple travail de graphisme. " On m'a répondu non, que c'était le travail de Groupaction et qu'on ne pouvait rien changer dans cette façon de travailler ", a-t-elle dit.

Peu après, ajoute-t-elle, au courant du mois de septembre 2001, Jean Pelletier lui a demandé d'élaborer le plan de communication et de publicité de VIA Rail. " Lorsque je l'ai déposé sur son bureau, un mois plus tard, il m'a dit de le donner à Marc LeFrançois qui, à son tour, m'a dit que le projet était très bien, soutient-elle. Le lendemain, ce dernier m'envoyait chez Groupaction pour faire les pubs de VIA. "

Ainsi, durant les mois de novembre et de décembre 2001, Myriam Bédard travaillait dans les locaux de la firme Groupaction, qui est une des principales agences impliquées dans le scandale des commandites. Pourtant, Mme Bédard soutient qu'elle continuait alors à être payée par VIA Rail.

" C'était bien d'avoir une expérience en agence, se remémore- t-elle. Mais dès le départ, il y a quelque chose que je n'ai pas aimé. " Bien qu'elle ait toujours été une employée de VIA Rail, Groupaction faisait publier le 26 novembre 2001 une note dans le Grenier aux nouvelles, bulletin d'information destiné aux membres de l'industrie des communications. Sans avertir la principale intéressé, le président, Jean Brault, s'y félicitait d'avoir embauché Mme Bédard à titre de " stagiaire aux communications intégrées ".

C'est par la suite, en janvier 2002, que le président de VIA, M. LeFrançois, a téléphoné à Mme Bédard pour exiger sa démission, selon la version des faits de la médaillée olympique. Le jour même, elle a donc signé sa lettre de démission puis elle a vidé son bureau. " Toute cette histoire a été très humiliante, a-t-elle confié. Ça été très difficile d'avaler ça. Aujourd'hui, je veux simplement récupérer mon emploi. "

Jean Pelletier, ex-chef de cabinet du premier ministre Jean Chrétien, a soutenu, hier, lors d'un entretien téléphonique, ne pas savoir si des employés de VIA avaient travaillé pour Groupaction aux frais de la société d'État, affirmant ne pas être au courant. " Il y a 3000 employés chez VIA Rail, le président du conseil n'est pas au courant du quotidien de chacun. Elle a peut-être travaillé là comme elle vous le dit, mais honnêtement je ne sais pas. "

Marc LeFrançois, pour sa part, a catégoriquement nié ses allégations. " À ma connaissance, ce n'est jamais arrivé ", a-t-il dit.

Tant M. Pelletier que M. LeFrançois ont soutenu que Myriam Bédard profitait du scandale pour tenter d'en tirer un profit personnel. " Elle veut profiter d'un canot qui a l'air de voguer comme il faut, a indiqué M. Pelletier. (... ) Elle ment de façon effrontée. "

" Je ne veux pas être méchant pour elle, a-t-il ajouté. Mais c'est une pauvre fille qui fait pitié, une fille qui n'a pas de conjoint, que je sache. Elle a la tension d'une mère monoparentale qui a des responsabilités économiques. Dans le fond, je trouve qu'elle fait pitié. "

" C'est incroyable! Je ne comprends pas ces gens-là, a renchéri M. LeFrançois en faisant référence à Mme Bédard. Est-ce qu'ils rêvent la nuit? Est-ce qu'ils prennent des pilules? Je ne sais pas. "

M. LeFrançois a refusé de dire pour quelle raison Mme Bédard ne travaillait plus chez VIA Rail. Mais selon la version des faits de Jean Pelletier, elle n'était tout simplement pas appréciée par ses patrons.

" Ce qu'on me dit, c'est que cette personne ne cadrait pas avec l'équipe, a-t-il indiqué. Ça ne marchait pas, d'aucune façon. Elle critiquait ce que son patron faisait. Elle avait ses propres idées. On lui a dit que si elle n'était pas contente, peut-être serait-elle plus à l'aise dans une agence de publicité. "

" Mais vous savez, a-t-il poursuivi, ( les médaillés olympiques ) ce sont des gens qui ont de la misère, après avoir été célébrés, à revenir sur le plancher des vaches. Redevenir un simple pékin, c'est pas facile pour ces gens qui ont été dans la lumière. "

Le 19 février dernier, soit six jours après que Myriam Bédard a envoyé sa lettre à Paul Martin, le cabinet du premier ministre lui a fait parvenir cette réponse: " Nous avons pris connaissance de vos propos avec grand intérêt ", écrit un adjoint spécial du cabinet. Il précise que la missive a été transmise aux ministres Reg Alcock ( Conseil du Trésor ) et Tony Valeri ( Transports ). " Soyez assurée qu'ils sauront y accorder toute l'attention voulue ", poursuit-il.

Une source au Cabinet a précisé hier que les avocats ont été informés des allégations de Myriam Bédard et que ceux-ci allaient bientôt tenter de lui parler pour approfondir cette histoire. " Des explications pourraient être demandées à VIA Rail ", dit-on.

En mai 2002, la vérificatrice générale, Sheila Fraser, jetait un blâme sur le gouvernement fédéral relativement à l'octroi de trois contrats identiques à la firme Groupaction. Elle demandait alors à la GRC d'entamer une enquête.

Enfin, dans le plus récent rapport de Mme Fraser, VIA Rail est citée pour avoir signé un " contrat fictif " avec Lafleur Communication ( avalée peu après par Groupaction ) dans le cadre du financement d'une série télévisée sur Maurice Richard.



»» Alcoa

Alcoa : le mal est fait

J - Jacques Samson
Le Soleil lundi 1 mars 2004

J'ai demandé il y a déjà quelques semaines à un visiteur bien au fait de la dimension économique des relations internationales quels étaient selon lui les principaux handicaps du Québec pour recevoir une si faible part des investissements étrangers au Canada. Du tac au tac, il a répondu le faible "sens de l'État" de nos dirigeants politiques. Pas les lacunes dans la formation de notre main-d'oeuvre ou les problèmes liés à la langue ou aux réseaux de transport. Plutôt le niveau de fiabilité de nos politiciens. Et voilà cet Européen lancé dans des commentaires épicés sur la volte-face du gouvernement Charest au nez du numéro un mondial de l'aluminium, Alcoa (Aluminium company of America) une entreprise fondée il y a 110 ans chez nos voisins immédiats et plus gros partenaires, les États-Unis. Cette désinvolture le laissait pantois.

Mon interlocuteur s'est vite rallié à mon argument qu'il était tout aussi irresponsable de la part de Bernard Landry d'avoir promis à Alcoa, en pleine campagne électorale, 175 mégawatts additionnels à bas prix pour son projet de Baie-Comeau et 500 mégawatts pour celui de Deschambault, dans Portneuf, un congé fiscal de 10 ans et un prêt sans intérêt de 10 ans, qu'il était peu fairplay de la part de Jean Charest d'avoir renié l'engagement de son prédécesseur à tête de l'État. Les manquements au "sens de l'État" se sont déroulés en deux temps ; la turpitude du premier justifiant dans ce cas celle du second.

Le gouvernement du Parti québécois était si pressé d'annoncer des méga-projets dans ses tentatives pour arracher sa réélection qu'il a vendu à bon marché de l'électricité qu'il n'avait pas et subventionné à tour de bras le plus gros géant mondial de l'aluminium pour faire miroiter du travail pour 12 000 travailleurs pendant la période de construction des usines, étalée jusqu'en 2010. Les projets de transformation secondaire et tertiaire de l'aluminium au Québec par la suite générant des emplois permanents restent toujours aussi vagues.

Des négociations intensives se sont poursuivies ces derniers jours pour sauver les projets d'Alcoa. Il y avait une volonté politique certaine d'en arriver à une entente après une révision des modalités convenues sous le gouvernement Landry, assurait-on au ministère des Ressources naturelles, même si le ministre Sam Hamad était en vacances à l'étranger la semaine dernière pendant que des discussions étaient dans une phase cruciale à la fois dans le dossier Alcoa et celui de la Gaspésia. La date butoir du 29 février avait été fixée avec les autorités d'Alcoa. Cette dernière a aussi besoin de ces deux développements, des investissements de 2,2 milliards $, pour consolider sa position dans le marché. Il y avait donc tout lieu de croire qu'un compromis pourrait être trouvé.

Des dommages auront néanmoins été causés à la réputation du Québec comme terre d'accueil des grands investisseurs. Alcoa est une multinationale présente dans 42 pays. Ses administrateurs proviennent de tous les horizons, comme dans toutes ces grandes multinationales, afin de refléter les diverses régions du globe où elles sont présentes. Chacun d'eux a un réseau tentaculaire de partenaires d'affaires et de connaissances parmi les plus grands de la finance. Des personnages d'un tel niveau siègent généralement au sein de plusieurs conseils d'administration simultanément. Le bouche à oreille est important dans ces milieux. Que dira-t-on des façons de faire au Québec-Canada où la parole donnée, pas même une signature, n'est garante d'un engagement ferme de l'État ?

Il ne faut pas s'étonner dans ce contexte des façons de faire cavalières de la direction d'Alcan, pourtant une concurrente, qui n'a pas prévenu préalablement le premier ministre du Québec de l'annonce d'une fermeture d'usine au Saguenay. À cowboy, cowboy et demi. Nos politiciens fédéraux n'ont d'ailleurs pas beaucoup plus de respect pour la signature de leurs prédécesseurs. Les libéraux à Ottawa ont déjà promis de déchirer le premier traité de libre-échange avec les États-Unis et Jean Chrétien a annulé par pure partisanerie le contrat d'achat d'hélicoptères pourtant indispensables conclu par son prédécesseur, Brian Mulroney.

Si nos dirigeants politiques ne développent pas davantage ce "sens de l'État", gage de stabilité et de continuité, et qui caractérise les dirigeants d'État gardiens d'un héritage universellement respecté, le Québec restera dans les ligues mineures dans l'attraction d'investissements étrangers.



»» Conseil de la fédération

La parole de Paul Martin

Gilbert Lavoie
Le Soleil lundi 1 mars 2004

Le premier ministre Paul Martin a 23 jours pour démontrer que sa promesse de collaboration avec les provinces prendra une forme concrète au cours de la prochaine année. Et ses homologues provinciaux, notamment Jean Charest, ont le même délai pour faire la preuve que le Conseil de la fédération a une influence réelle. Le budget fédéral du 23 mars sera un test important.

M. Martin avait charmé ses homologues provinciaux au dîner du 30 janvier au 24, Sussex. Depuis, ils ont l'impression d'avoir été trompés.

Au cours de la rencontre, le premier ministre avait confirmé le versement du 2 milliards $ pour la santé, promis par Jean Chrétien, mais il avait allégué que le surplus fédéral pour l'année ne serait que de 2,5 milliards $. Or deux semaines plus tard, le ministère fédéral des Finances a annoncé que son surplus serait de 5,2 milliards $ pour les neuf premiers mois de l'année financière ! Comment expliquer un tel écart ? Est-il plausible que M. Martin, ait ignoré, le 30 janvier, que son surplus dépassait de très loin les 2,5 milliards $ annoncés ? C'est difficile à croire.

Cette affaire a entaché gravement le climat de confiance que M. Martin cherchait à instaurer avec les provinces. La semaine dernière, à Vancouver, les premiers ministres provinciaux ont haussé le ton et exigé que le budget fédéral du 23 mars allonge un autre 2 milliards $ pour la santé au cours du prochain exercice budgétaire. Dans les circonstances, leur démarche est raisonnable, d'autant plus que les surplus annoncés par Ottawa ne tiennent même pas compte de l'économie de quelques milliards $ réalisée par le fédéral dans le dernier calcul de la péréquation. Au 31 mars, c'est un surplus de 10 ou 11 milliards $ dont disposera M. Martin.

Les 2 milliards $ versés au dîner du 24, Sussex, avaient été consentis par Jean Chrétien. L'apport du nouveau premier ministre reste donc encore à démontrer. Comme on dit en anglais, Put your money where your mouth is.

Le rapport Romanov, commandé par Ottawa, demandait que la participation financière du gouvernement fédéral à la santé, soit progressivement portée à 25 % de la facture totale. Selon les provinces, cette participation baissera de 17 à 16 % au cours de la prochaine année.

La révision à la hausse des surplus fédéraux pour l'année 2003-2004, marquée par la guerre en Irak, le SRAS, la vache folle, le conflit sur le bois d'oeuvre, la grande panne d'électricité et la hausse du dollar, permet de croire que les revenus du gouvernement central seront bien meilleurs en 2004-2005.

S'il veut restaurer la confiance, M. Martin doit faire un geste, tout comme il a su le faire avec les villes. Le premier ministre a promis de mettre plus d'argent dans la santé, et doit rencontrer ses homologues à l'été pour discuter de solutions permanentes au sous-financement des réseaux. On peut comprendre son hésitation à engager le gouvernement dans de nouveaux versements récurrents aux provinces. Mais dans l'attente de solutions à long terme, et surtout s'il se dirige vers un surplus d'une dizaine de milliards $ cette année et encore plus en 2004-2005, il peut, à tout le moins, renouveler l'aide que M. Chrétien avait accordée l'an dernier.

Le gouvernement central a parfaitement le droit de contester l'existence d'un déséquilibre fiscal. Mais personne ne peut nier la situation budgétaire difficile des provinces. M. Martin ne ferait que respecter la parole donnée en s'y montrant sensible dès son premier budget. S'il le fait, il lui sera beaucoup plus facile d'obtenir ensuite la collaboration de ses homologues. Une collaboration dont il aura besoin en campagne électorale et durant son premier mandat. S'il est réélu.



»» Le goût de l’avenir – 6

Une éthique commune

Michel Venne
Le Devoir lundi 1 mars 2004

Le premier ministre Paul Martin apprend à ses dépens que l’on ne manipule pas aisément les questions d’éthique. Il ne suffit pas de créer une commission d’enquête ou de limoger quelque apparatchik pour blanchir la réputation d’un gouvernement. La classe politique canadienne ne se relèvera pas de sitôt du scandale des commandites.

Les grandes entreprises ne sont pas en reste, dans le sillage des scandales à la Enron ou des fraudes à la Cinar, entre la hausse vertigineuse des profits des banques, la stagnation des revenus des particuliers, les pertes subies par les petits investisseurs et les mises à pied massives effectuées par des managers multimillionnaires qui s’en tirent toujours, de leur côté, accrochés à des parachutes dorés.

Pourquoi Paul Martin a-t-il tant de difficultés à se dépêtrer du scandale ? C’est parce que tout le monde sait bien qu’il était là, puissant, numéro 2 du gouvernement de Jean Chrétien, contrôlant la moitié du cabinet et les deux tiers du caucus libéral, frileux devant la controverse, tranquille en attendant son heure, avec les autres ministres qui n’ont rien dit et qui n’ont rien fait devant des manchettes dévastatrices nourries par des rapports accablants. Tout le monde sait aussi que le parti de Paul Martin est le même que celui de Jean Chrétien, s’abreuvant aux mêmes réseaux de financement.

Que reproche-t-on à Paul Martin ? On lui reproche de ne pas s’être tenu debout.

***

Jacques Grand’Maison l’a dit déjà : de quoi avons-nous besoin aujourd’hui pour retrouver un sens à la vie en société ? De quoi les jeunes ont-ils envie aujourd’hui ? Ils ont envie et nous avons besoin d’adultes, de chefs, de leaders qui se tiennent debout. Une élite qui sait lire les aspirations de la population et reconnaître les valeurs qui doivent présider aux choix. Les chefs d’aujourd’hui confondent l’éthique avec la loi. Là où ils devraient chercher le sens des valeurs, ils trouvent un règlement, créent un poste de commissaire ou adoptent un code, dont plus personne n’est dupe. Dans ces circonstances, il arrive que ceux qui parlent le plus d’éthique soient ceux qui l’ont pratiquée le moins.

Divers phénomènes se sont conjugués pour rendre plus difficile l’énonciation des valeurs communes, des règles qui façonnent les choix de société. Les individus sont plus autonomes qu’autrefois grâce entre autres à l’État providence. En voulant nous libérer du joug des religions, nous avons évacué toute notion de morale. Les valeurs sont devenues individuelles. Une personne parle de «ses» valeurs. On n’a pas bien compris le sens des chartes des droits, croyant que la démocratie est le droit de chacun de faire ce qu’il veut.

Les gouvernements ont pour leur part cédé à cet appétit. Les hommes et les femmes politiques ont abdiqué leur rôle aux tribunaux. Les campagnes électorales sont devenues des concours pour désigner celui ou celle qui saura le mieux équilibrer les comptes. On a oublié que l’État avait d’autres fonctions que celle de livrer des services de santé. Et les médias n’ont rien fait pour contrer cette dérive. Au contraire, ils l’ont encouragée.

Au cours des dernières décennies des choix sociaux, moraux, éthiques ont été faits sans que la communauté politique que nous formons se soit vraiment saisie des problèmes à résoudre, que ceux-ci concernent la reproduction humaine, les règles de filiation, l’aménagement du territoire ou la protection sociale.

L’éthique ne naît pas dans un bureau d’avocat spécialisé dans la rédaction de codes de conduite. L’éthique, un ensemble de normes, naît de la délibération permanente entre concitoyens. Comment la Charte de la langue française a-t-elle fini par s’imposer comme une norme acceptable ? Par le débat constant mené à son sujet, au fil des controverses, des procès et des amendements législatifs qui ont permis au peuple de se l’approprier.

Il est difficile de se pencher sur l’avenir d’une société si celle-ci a perdu ses points de repère sans les remplacer par d’autres. Il faut une éthique commune pour déterminer les choix. D’autres, au lieu de parler d’éthique, parleront de culture commune, une expression peut-être encore plus appropriée. Il s’agit de la culture, au sens où l’entendaient Fernand Dumont et Camille Laurin, comme une manière de vivre ensemble.

La culture préside au reste, comme l’exprimait si bien Lise Bissonnette, lors du forum sur le modèle québécois de février 2003 : «Le projet culturel devrait porter le projet social et économique, car c’est une idée de la beauté qui soutient le souci de l’environnement. Car c’est une réflexion éthique qui donne le souci de l’égalité. Car ce sont des références historiques qui portent l’aspiration démocratique. Car c’est l’accès au roman, au théâtre, aux musiques qui permet aux cultures différentes, aux civilisations éloignées, de s’apprivoiser plutôt que de s’affronter.»

***

Je veux mentionner deux initiatives porteuses d’un renouvellement de l’éthique commune au Québec et qui passent en ce moment presque inaperçues. À Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a lancé, en novembre, une réflexion sur le renouvellement de la Charte québécoise des droits de la personne, 25 ans après son adoption (voir à ce sujet : www.cdpdj.qc.ca). À Montréal, le maire Gérald Tremblay a demandé la tenue d’une consultation publique sur un projet de Charte des droits et des responsabilités (pour information : www2.ville.montreal.qc.ca).

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides. vennem@fides.qc.ca



»» Le goût de l’avenir – 5

Vaste pays

Michel Venne
Le Devoir lundi 23 février 2004

Avant d'être politique, un pays est un territoire, une lande, un terroir, un ancrage naturel, un écosystème. C'est un lieu que l'on habite et qui nous fait, nous forge. Par les rigueurs ou la clémence de son climat. Par la densité de son occupation. Par la distance à parcourir. Par l'histoire de sa conquête. Par les formes de son aménagement. Un vaste pays devrait ouvrir les horizons. Inspirer l'exploration, la découverte. Et la redécouverte d'un patrimoine et d'une mémoire. Un territoire est un repaire. Le pays réel est d'abord une terre.

Parmi les grandes questions à la fois concrètes et symboliques auxquelles les Québécois doivent répondre pour définir leur avenir est celle de l'occupation de cet espace, prenant la forme d'une main, comme disait René Lévesque, dont la péninsule gaspésienne tient lieu de pouce. Voulons-nous, oui ou non, continuer à occuper l'ensemble de ce territoire d'apparence hostile, mais que nous avions apprivoisé ?

Répondre non à cette question serait renoncer à une partie de ce que nous sommes. Mais répondre par l'affirmative comporte des conséquences : les lois du marché ne suffiront jamais à soutenir des économies locales suffisamment dynamiques pour contenir l'exode des populations vers les grandes villes. Rien n'arrivera sans une volonté politique, un effort financier constant et beaucoup d'imagination.

Les réformes en cours ou qui font l'objet de débat sur le financement des universités, notamment du réseau de l'UQ, l'existence des cégeps, la fusion des établissements de santé, ou la décentralisation, auront des impacts sur l'occupation du territoire. Nous ne sauverons pas la Gaspésie ou la Côte-Nord si nous échouons à procurer à ceux qui vont y travailler un milieu de vie attrayant, des écoles, des services de santé adéquats, un centre culturel et tous ces services de proximité indispensables pour la vie quotidienne.

Pour développer les régions et occuper l'espace, il faut à la fois voir petit et voir grand. Petit, en stimulant partout les projets de développement à hauteur d'homme, en économie sociale ou par l'exploitation par créneaux des produits du terroir. Grand, en dotant les régions d'infrastructures de transport et de communication afin de les désenclaver et de les ouvrir sur les marchés extérieurs.

L'agriculture reste l'une des fonctions économiques dominantes des régions rurales bien que les agriculteurs ne représentent plus que 10 % des ruraux. Mais leurs revenus ont chuté dramatiquement à cause de la concurrence d'agriculteurs d'Amérique latine ou d'Asie payés 1 $ l'heure. La production spécialisée, bio ou autre, ne suffira pas à sauver les grandes fermes qui font la richesse d'un chef-lieu, si l'on ne remet pas en cause l'ouverture non contrôlée des marchés agricoles à une concurrence intenable.

Les tendances actuelles mènent au dépeuplement de plusieurs régions du Québec. Six d'entre elles, celles qui composent la périphérie, ont déjà amorcé leur déclin démographique, au profit de la conurbation qui relie Montréal à Québec, de part et d'autre de la 20 et de la 40. Les capitales régionales restent relativement dynamiques. Mais de vastes portions de la province sont progressivement abandonnées. Peut-on empêcher la décroissance ? Doit-on plutôt gérer le déclin ?

Au début de la Confédération, il a fallu un chemin de fer pour développer l'Ouest canadien. Au début des années 1970, c'est en lançant un vaste chantier de développement hydro-électrique que le gouvernement du Québec a pris possession de cette portion du territoire qui, avec ses habitants, était laissé à lui-même. Cette conquête territoriale avait une portée économique. Elle avait aussi une signification politique et symbolique : le Québec décidait ainsi d'occuper l'ensemble de son territoire et d'y exercer sa souveraineté.

L'occupation du Grand Nord a eu d'autres effets que l'on mesure encore mal aujourd'hui, dont celui de reconnaître la présence sur cette terre d'autres nations, d'amorcer une décolonisation intérieure qui est en voie de transformer ce que l'on appelait des bandes indiennes, en partenaires du développement local et régional. Le boum hydro-électrique n'est pas non plus étranger à l'émergence d'une nouvelle conscience écologique.

À quoi bon, en effet, occuper et développer un territoire, si c'est pour le détruire, épuiser ses ressources puis le laisser en friche avec toutes les conséquences sociales que cela peut avoir pour ses habitants ? Le choix hydraulique était, en 1970, l'option écologiste par rapport au nucléaire. Aujourd'hui, la question se pose autrement. Voulons-nous répondre à la demande de nos voisins américains et mettre à profit le potentiel énergétique du Québec pour le développement économique de la nation ? Et si oui, comment ? Quelles filières faut-il développer ? Les manifestations contre le projet du Suroît témoignent d'un rejet des solutions qui accroîtraient la contribution québécoise à l'effet de serre. Les succès de l'Allemagne avec la filière éolienne ne devraient-ils pas nous inspirer davantage ?

Les mêmes questions se posent pour la forêt.

Voulons-nous continuer d'occuper le vaste pays qui est le nôtre, si oui à quelles conditions économiques, sociales et environnementales et sommes-nous prêts, ruraux comme citadins, à faire les efforts politiques, humains et financiers, pour maintenir ouverts tous nos horizons, ceux du Nord comme ceux de la mer ?

***

Cette série sur le goût de l'avenir se terminera fin mars et est un prélude à la fondation d'un institut voué au renouvellement des idées et à la participation des citoyens aux débats publics. Si ce projet vous intéresse, laissez-moi vos coordonnées à vennem@fides.qc.ca. Vous serez parmi les premiers informés.



»» La Passion du Christ

La Passion du Christ: Comment se sauver d’une nouvelle vague de haine mondiale?

Jean-Claude Leclerc
Le Devoir lundi 1 mars 2004

Avant même de paraître sur les écrans, La Passion du Christ suscitait la controverse dans les milieux religieux. Depuis, comme les médias en parlent abondamment, le débat s’est étendu au grand public. La plupart des gens, surtout dans la jeune génération, auront de la difficulté à s’y retrouver. Une question surtout soulève craintes et passions, mais elle est fort compliquée: l’antisémitisme.

Après des siècles de ségrégation et de persécution en Europe, la nouvelle représentation de l’agonie de Jésus aux mains du pouvoir romain, il y a 2000 ans en Palestine, va-t-elle raviver la haine envers «les Juifs» à qui les Évangiles chrétiens imputent un déicide ? Le film de Mel Gibson, tombe, en tout cas, à un très mauvais moment, alors que le conflit israélo-palestinien met plusieurs communautés juives sur la défensive.

Pour Frank Diman, de l’organisation des droits de la personne B’Nai Brith, ce film marque un recul dans les rapports avec les juifs. La grande majorité des chrétiens, estime-t-il, y verront «une conspiration juive pour faire tuer Jésus». Le B’Nai Brith croit que les autorités chrétiennes doivent «condamner le film» et dire clairement que «les choses ne se sont pas passées ainsi».

Le directeur du Congrès juif canadien, Manuel Prutchi, y voit un film puissant, que juifs et chrétiens percevront différemment, mais n’y décèle pas d’antisémitisme. L’intention de l’auteur, croit-il, est d’émouvoir les chrétiens dans leurs propres croyances.

L’actrice Maia Morgenstern y joue le rôle de Marie «mère de Jésus». Elle est juive et ses grands-parents ont péri dans l’Holocauste. Pour elle, le film n’est pas antisémite. Ce n’est pas non plus un documentaire historique. Il reflète la vision personnelle d’un artiste. Elle a vu le film deux fois et l’a trouvé, dit-elle, «beau, poétique, allégorique et métaphorique». Des nouvelles à la télé sont, à son avis, «plus dures à regarder». Le message interpelle plutôt les consciences. Quand vous êtes affamé ou pauvre, des chefs politiques ou religieux peuvent vous manipuler aisément, en indiquant «voilà où est le mal».

Gibson est reconnu pour la violence qu’il a exploitée dans d’autres films. Si Mad Max et Lethal Weapon, note le Globe and Mail, étaient des produits de divertissement, différente est ici la portée du film. L’auteur fait œuvre d’art autant qu’acte de foi, mais il a surtout forgé un instrument de persuasion religieuse. La provocation qu’il y a introduite s’y trouve à dessein — tout comme le lancement controversé, fait de concert avec des groupes traditionalistes.

À ses talents de cinéaste, Gibson joint des habiletés de marketing dignes de Hollywood. Son site Web offre aux Églises une occasion — «peut-être la meilleure en 2000 ans» — d’étendre leur audience. Un coffret d’outils missionnaires a même été prévu pour les pasteurs en quête de sermons, de posters, de publipostage ou de voisinages propices à la sollicitation.

Une société religieuse entend lancer plus d’un million de dépliants sur La Passion. Une autre imprime à 175 000 exemplaires une édition spéciale du Nouveau Testament comprenant des illustrations tirées du film. Un groupe de Dallas incite à la télé les cinéphiles à composer sans délai un numéro de téléphone où trouver des réponses à leurs questions. Des églises ont loué des salles pour le lancement. Et tout un matériel commercial doit bientôt suivre dans les villes qui affichent La Passion.

D’après une enquête du journaliste Michael Volpy, la controverse qui a précédé le film n’est pas étrangère au succès qu’il connaît. Gibson et ses conseillers en communications y auraient même donné un coup de pouce avec ce débat sur l’antisémitisme. Ils ont aussi recherché l’approbation de groupes intégristes. Même le pape aurait, dit-on, aimé le film, ce que le Vatican a démenti. (Au Canada, en tout cas, des Églises étaient invitées aux premiers visionnements, mais des organisations juives, tenues à l’écart.)

Le danger antisémite du film est-il réel ?

Aux siècles passés, il est vrai, l’agonie de Jésus, racontée aux foules durant la Semaine Sainte par un clergé parfois exalté, incitait des gens vulnérables à s’adonner dans les quartiers juifs aux pires dévastations. Les temps ont changé. Si la destruction des Juifs d’Europe a résulté tant du nationalisme raciste que de l’antisémitisme religieux, pareille démence collective ne pourrait guère se reproduire de nos jours.

D’abord, des masses déchristianisées ne sauraient plus s’indigner de la mort d’un Jésus qu’elles ne connaissent pas. Certes, une peur, voire une haine de l’autre subsiste dans la culture léguée par le christianisme. Mais, en Occident, cet autre n’est plus d’abord le juif, dont les ancêtres auraient dit, en réclamant la mort de Jésus : «Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants.» Désormais, c’est l’Arabe ou le musulman qui fait office d’étranger dangereux à tenir à l’écart.

Ces temps-ci, il est vrai, Israël est de plus en plus considéré par les Européens comme «une menace pour la paix» ou un peu partout comme un État «oppresseur». Mais c’est là un problème qu’il faut aborder suivant ses données propres. Les milieux chrétiens ne prônent plus de théologie négative envers les juifs. Au contraire, des milieux intégristes, surtout américains, se découvrant des affinités avec le judaïsme, vont jusqu’à appuyer aveuglément les politiques de l’État hébreu.

Pour sa part, l’Église catholique tient maintenant le peuple juif comme un authentique témoin de la révélation et du destin religieux de l’humanité. Si Rome n’a pas encore pleinement accepté sa responsabilité dans la persécution des juifs dans le passé, on n’y tient plus, toutefois, le discours qui en était le fondement.

Par contre, les Écritures saintes et leur interprétation n’ont pas encore été expurgées des narrations et des idées qui ont valu aux juifs des siècles de culpabilité collective. Tout un courant religieux en fait encore une lecture servile et ignare, qui prête aux pires aberrations. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si le film de Gibson est né aux États-Unis, un pays dont le gouvernement actuel divise le monde en deux camps irréductibles.

Cette tendance malsaine, on la retrouve ailleurs, chez des musulmans extrémistes, mais aussi chez des juifs. «Tout comme la Chrétienté a fait du récit de la crucifixion une justification pour faire du mal aux juifs, ainsi, de nos jours, il se trouve des juifs pour tirer de la Torah des citations justifiant l’occupation de la Cisjordanie et l’oppression du peuple palestinien», écrit Michael Lerner.

Pour ce rabbin de la synagogue Beyt Tikkun de San Francisco, ces extrémismes religieux et politiques, ainsi que leur vision négative, dégradante et oppressives d’autrui, posent un réel défi aux progrès des dernières décennies. À une telle menace comme à l’antisémitisme que d’aucuns appréhendent, il faut répondre, selon lui, non en s’opposant au film de Gibson ou aux Évangiles, mais en s’alliant aux forces de renouveau chez les chrétiens.

Une ancienne conception juive de Jésus voit en lui le triomphe de l’amour et de la générosité sur l’argent et le pouvoir. «Seule cette résurrection d’espérance, conclut Lerner, peut nous sauver d’une nouvelle vague de haine mondiale.»

redaction@ledevoir.com

Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.



»» La Passion du Christ

The Passion's porn

The Globe and Mail Friday, February 27, 2004

Editorial - The most striking thing about Mel Gibson's controversial new movie, The Passion of the Christ, is not its religious theme, its devotion to the Gospels or the fact its characters speak in ancient tongues. It is the unrelenting brutality and gore, as the beatings, torture and execution of Jesus are portrayed in graphic, excruciating detail. It is but the latest example of how the pornography of violence has come to rule so much of popular culture.

No matter what kind of film Mr. Gibson ultimately produced, any depiction of the condemnation, torture and death of Jesus was bound to ignite strong passions and considerable debate on all sides. Historians were sure to question its authenticity, old fears of anti-Semitism were bound to resurface, and religious fanatics were guaranteed to wrap it in their own beliefs and prejudices.

Mr. Gibson, as actor, producer and director, has made violent and bloody movies before, although nothing approaching the minutely detailed flagellation and the buckets of blood that flow in The Passion of the Christ. His Mad Max and Lethal Weapon series featured considerable violence, but there was never any doubt that these were meant as pieces of cartoonish entertainment.

His latest movie is something quite different. Mr. Gibson, a staunch, traditionalist Catholic who opposes the reforms of Vatican II, has ascribed divine purpose to his effort, modestly describing his own task as that of a traffic cop. Regardless of the inspiration, his professed goal is to transform strong religious conviction into a work of art that will both inspire and inform. The problem is that he turns almost solely to violent, ugly imagery to convey his message.

Globe and Mail film critic Rick Groen, like many others, roundly panned the movie: "Looking to heaven, Mel Gibson has made a movie about the God of Love, and produced two hours of non-stop violence." When asked about the gore, Mr. Gibson acknowledged in a television interview: "I wanted it to be shocking. And I also wanted it to be extreme. I wanted it to push the viewer over the edge . . . so that they see the enormity -- the enormity of that sacrifice -- to see that someone could endure that and still come back with love and forgiveness, even through extreme pain and suffering and ridicule."

It's hard to fault Mr. Gibson's skilled marketing of his self-financed, $30-million (U.S.) epic, including a direct pitch to Christian groups, which were given advance screenings. Evangelical organizations have big plans to use it as a recruiting vehicle.

As an artist, Mr. Gibson is free to interpret and present the story any way he wishes. But the biblical authors understood something he and his evangelical supporters do not. The manner of Jesus's torment and death is not the point. The real point, for Christians, is that Jesus willingly sacrificed his life for everyone else's sins. It is a beautiful story that transcends earthbound concerns, and it is one that is mostly missing from Mr. Gibson's graphic staging.

There are many aspects to the story that could have made this film truly uplifting. Instead, even devout Christians will need a strong constitution to get through the gore unsickened, and no children should see it at all. If Mr. Gibson's purpose was to shock -- and he says it is -- he has certainly achieved his goal. But to what end?



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The Passion of the Christ and George Bush's America

Rick Salutin
The Globe and Mail Friday, February 27, 2004

ON THE OTHER HAND - Mel Gibson's The Passion of the Christ is essentially, not just incidentally, a moment in the life of George W. Bush's America.

The film is brutal and pornographic. I can think of nothing like it since Marlon Brando's beating in The Chase (1966), which seemed endless, but lasted about 10 minutes in a film more than two hours long. No other film compares remotely. Sam Peckinpah's bursts of killing were, by contrast, distant and aestheticized, interspersed with elements of character, action, camaraderie and plot. The notorious ending of Bonnie and Clyde is two minutes, max -- distanced -- and we don't see bullets rip out flesh or organs. Even the unforgettable shower scene in Psycho shows blood, knife, water, but no lacerated skin; Hollywood was often gruesomest by indirection.

This film starts with five minutes of overdrawn angst, and from there on is nothing but a man battered into a hunk of flesh from which strips are flayed, an eye nearly knocked out, a mouth bloody and gashed -- for two hours. This Christ has no character and almost no dialogue, certainly none that reveals anything of his life or ours. If you did not know the back-story, as it were -- the nativity, sermon on the mount, Resurrection -- you would see only ceaseless infliction of pain on an unresisting body, a suppurating mass with a name, full stop, and you'd wonder why anyone would sit through it. It was as depressing an experience as I can recall having -- outside of real life, that is -- in the precincts of art and representation.

Note that the film's stress is not on inflicting relentless pain; it is on passive, unresisting endurance of it. That is the sense in which I think the film is also a moment in the life of Mr. Bush's America. It is the companion film to Michael Moore's Bowling for Columbine, in which he captures the deep tension, fear and anxiety in the lives of many Americans, especially since 9/11, but also before: their endless expectation of danger and the lash about to fall. You see it in myriad small ways: when people are on family holidays at theme parks, looking warily around for terrorists, or drawing too frequently on the hose from the water bottle strapped to mom's waist, lest they all dehydrate. Then it happened -- 9/11 -- everything they anticipated and more. It swiftly became The Passion of America. It had meaning. It was not a disaster akin to other disasters that strike humans all the time, and always will. Rather, as the authorities constantly intoned: The world has changed forever. Not just the United States, the world. You could say exactly that about the passion a la Gibson. In his film, one of the few things Jesus says, in contrast to the endless abuse he suffers, is, "I make all things new."

These are generalizations about America, and subject to the usual qualifications. But the people most likely to make such links, in a conscious or instinctual way, happen to also be the crucial nucleus of the Bush constituency: born-again, fundamentalist Christians. What many of us forget, whether we admire or abhor that regime, is its deep anchorage in fundamentalism. They are the voters he must keep onside, as shown in his proposal this week of a constitutional amendment on marriage. Their support is what he brings to the table. All the rest -- policies, strategy, money -- comes from others. But he brings those believers as the core of his vote, and they recognize him as one of them. Three days after 9/11, speaking basically to them, he said, "Our responsibility before history is already clear: to answer these attacks and rid the world of evil."

Christian fundamentalists are also the core audience for this movie. They focus on the rewards of the Rapture and Second Coming, which will only occur due to the awful grimness of the passion of Christ. Since, in this world view, Christ took on the burden of your sin, i.e. your essence, by his death, there is little to do but wait, in unbearable tension, for his return, while gratefully recalling his sacrifice. A passion play embodies this state, and this film is a cinematic passion play.

Grief and rage mount during such a performance until they seek an outlet, which often, in the past, meant pogroms against Jews, villains of the drama. Similarly the passion of 9/11 was endlessly retold, and urgently needed an outlet. If you are the global superpower, outlets are many and prodigious. The deeper the sense as victim, the more justified and excessive the reaction. "God led me to strike at Saddam, which I did," George Bush told Palestinian premier Mahmoud Abbas.

Is the film anti-Semitic? I'd say so, based on the portrayals. But the question is moot unless you accept the preposterous notion of collective historical guilt (leaving aside the small matter of original sin). What Jews did or did not do back then should not be laid on Jews today, any more than Mel Gibson needs to apologize for the Holocaust-querying comments of his dad.

rsalutin@globeandmail.ca



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Le nationalisme et ses avatars

Laurent Laplante
http://cyberie.qc.ca/dixit/20040301.html

Paris, le 1er mars 2004

Même maquillés, déformés et tordus, les mots révèlent quelque chose. Il arrive aussi, en raison peut-être d'une justice immanente, que l'effort de maquillage révèle la véritable intention du messager. Parler d'économiquement faibles plutôt que de pauvres, c'est recourir à la dissimulation, mais révéler du même coup qu'on préconise la dureté de coeur. Le nationalisme n'échappe pas aux tricheries de la rectitude politique, mais ces tricheries elles-mêmes en disent peut-être long sur le système de valeurs de ceux qui jettent dans le même sac tous les nationalismes. Toutes les fiertés nationales ne sont pourtant pas fascisme et compagnie.

***

À propos du nationalisme, je serais tenté, dès le départ, de m'approprier le vers classique et d'affirmer qu'il ne mérite en lui-même « ni cet excès d'amour ni cet excès de haine ». Sans l'ombre d'un doute, le national-socialisme dont Hitler s'est fait un levier pour précipiter son pays dans la guerre et l'épuration ethnique portait en lui les pires potentialités de l'excès nationaliste. Quand Milosevic, bien qu'emprisonné et confronté à un tribunal pénal international, continue à professer un nationalisme exacerbé et obtient l'appui d'un important segment de la population serbe, oui, encore une fois, l'inquiétude est de mise. Quand le nationalisme s'égare au point de dresser un peuple contre ses minorités ou contre ses voisins, n'importe quel démocrate doit s'interroger : est-il Allemand, Serbe ou Québécois au point d'oublier qu'il est aussi le frère des autres humains?

Cette toute simple concession comporte des risques. Admettre que certains nationalismes s'enracinent dans des préjugés glauques et empoisonnés et produisent les fruits prévisibles, c'est donner l'occasion aux esprits trop systémiques de sauter à la condamnation générale : le nationalisme est intrinsèquement vicieux. Partout, selon ceux que visait Pascal en parlant de « l'esprit de géométrie », le nationalisme devrait céder la place à une forme plus pure et plus éthérée de citoyenneté.

***

Préconisée par beaucoup de beaux esprits, cette orientation n'est pas observable aujourd'hui en tous lieux. Il suffit que les Bleus (dans le vocabulaire français) s'octroient une victoire dans un tournoi de ballon rond ou ovale pour que le coq gaulois cocoricote jusqu'à l'Élysée inclusivement. Qu'un séisme cause 30 000 morts en Iran et les médias de chaque pays vérifieront d'abord combien de ressortissants nationaux, Canadiens ou Brésiliens, ont péri dans la catastrophe. N'en trouverait-on qu'un qu'il faudrait lui consacrer plus d'importance qu'à mille anonymes Iraniens. Quand l'Europe se heurte aux objections de pays qui veulent monter à bord du train de l'Union sans avoir travaillé à la construction du rail, quelque chose subsiste assurément de la fierté nationale dans les deux camps, peut-être aussi sent-on un relent de chauvinisme viscéral. Quant aux nationalismes américain ou israélien, ils donnent chaque jour de nouveaux exemples de leurs prétentions. Il n'y a pas de consensus international qui puisse leur donner tort, pas de tribunal qui offre des garanties de sérénité et d'équité comparables à la justice militaire appliquée aux Palestiniens ou à l'absence de justice infligée aux morts-vivants de Guantanamo. Non seulement le nationalisme n'est pas mort, mais il n'a même pas éliminé ses pires manifestations. Ceux qui aiment généraliser trouveront là de quoi fonder leurs condamnations tout azimut.

Le nationalisme subit des assauts particulièrement vifs et englobants de la part des milieux qui ont, paraît-il, dépassé le stade adolescent des « crispations identitaires » et qui pressent les nationalismes pubertaires de consentir en accéléré aux mutations souhaitables. Qu'il s'agisse de l'Écosse ou de la Tchétchénie, du Québec ou du Chiapas, l'affirmation nationale a mauvaise presse auprès des États qui ont édifié des empires et ont exploité les colonies au profit de la métropole, qui ont construit leur identité nationale au cours des siècles grâce à l'école, à l'armée et aux institutions linguistiques ou qui, aujourd'hui encore, peuvent tabler sur leur poids démographique pour obtenir considération. Certains nationalismes sont nés à temps, d'autres, enfantés trop tard, auraient raté le coche. Sur cette lancée, on oublie, par exemple, que l'Europe du xxe siècle a subi non pas un fléau, mais deux : le nationalisme raciste des nazis, mais aussi l'antinationalisme d'un Staline. Aujourd'hui encore, dans l'imaginaire de beaucoup d'intellectuels, il faudrait redouter davantage la répétition du premier fléau qu'un retour du second.

***

Et pourtant! Tous les nationalismes ne carburent pas au mépris des autres, au désir de frontières sélectives et étanches, à la glorification pointue des seules gloires locales ou régionales. Aimer sa famille, ce n'est pas détester le voisin. La fierté du résultat obtenu n'engendre pas forcément la morgue du gladiateur gagnant. Préférer l'authenticité des contes d'Andersen ou des frères Grimm à ce que s'efforce d'en faire une industrie cinématographique désincarnée et niveleuse, est-ce succomber à l'esprit de clocher? Un peuple peut-il danser lors de sa fête nationale sans qu'on l'accuse de racisme?

Une fois encore, gare aux mots. Ceux qui détestent la décentralisation la décrivent comme une balkanisation; ceux qui lui attribuent des qualités y voient le respect des différences. Ceux qui aiment les pouvoirs centraux forts les remercient d'assurer la « coordination »; ceux qui valorisent plutôt la souplesse accusent d'autoritarisme les capitales qui tranchent sans état d'âme. Des termes différents peuvent recouvrir le même concept; un mot unique peut devenir le cheval de Troie de plusieurs invasions.

Pour ma part, le nationalisme me fait peur et me répugne s'il confond différence et supériorité, s'il construit sa force sur une infériorisation de l'autre, s'il laisse la fierté devenir un rejet, s'il assimile l'une à l'autre la légitime aspiration à la différence culturelle et l'hermétisme hautain des anciens Rhodésiens blancs. Cela ne se produit pas dans tous les cas.


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