Actualité





»» Centrale Le Suroît

Québec tranchera avant la commission parlementaire

Mylène Moisan
Le Soleil jeudi 11 mars 2004

Ceux qui comptaient profiter de la commission parlementaire de l'automne pour débattre du controversé projet de centrale au gaz Le Suroît doivent en faire leur deuil, le gouvernement prendra sa décision quelque part en juillet.

Le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, a indiqué hier en point de presse qu'il décidera du sort du Suroît "dans les jours ou dans la semaine" suivant la décision de la Régie de l'énergie, attendue le 30 juin. Après avoir soulevé l'ire populaire en donnant le feu vert, en janvier, à la construction de la centrale thermique, le gouvernement libéral s'est ravisé un mois plus tard et a soumis la question à la Régie.

Le mandat confié à l'organisme ne se limitait pas au Suroît, mais à l'ensemble de l'offre et de la demande énergétique au Québec. Toutes les options et projets y sont soumis à l'analyse. "Comme la population nous le dit, dans le fond, c'est beaucoup plus que du Suroît dont il faut parler, a confirmé M. Charest. La situation a évolué après l'annonce du Suroît, mais elle a changé dans un sens qui va nous permettre d'élargir le débat", avait alors dit le ministre.

Une fois qu'il aura l'analyse en main, M. Hamad prendra "quelques jours ou une semaine pour réfléchir". Après quoi il rendra sa décision, au début juillet, de réactiver ou non le dossier. Encore hier, le ministre a laissé entendre qu'il compte bien aller de l'avant, arguant que "Le Suroît viendra répondre à la situation, où la différence entre la demande et l'offre est très serrée", l'objectif de cet exercice étant d'abord et avant tout de "répondre aux questions que se pose la population". À la mi-janvier, il avait présenté le projet comme étant "incontournable".

Mardi, M. Hamad a annoncé la tenue d'une commission parlementaire sur la question de l'énergie, qui, vraisemblablement, ne permettra pas de revenir sur Le Suroît. Le but de cet autre forum sera d'élaborer un "plan énergétique pour le Québec" pour les prochaines années. Pressé de questions sur le bien-fondé de trancher la question du Suroît avant la commission parlementaire, le député de Louis-Hébert ne craint pas que cela vienne miner la crédibilité de la consultation prévue à l'automne.

"Le plan énergétique qu'on veut faire pour le Québec est plus large que Le Suroît, a-t-il expliqué hier. Et, avant de le faire, on veut faire une consultation par une commission parlementaire. C'est tout à fait normal qu'on fasse cette commission-là dans le but de bâtir notre plan stratégique."

En commission parlementaire, André Caillé a défendu le projet du Suroît. À compter de 2007-2008, Hydro-Québec sera "très serrée" pendant quelques années, une période où "on ne sera pas satisfaits de la sécurité d'approvisionnement", a dit M. Caillé. Comme il ne veut pas avoir recours à l'importation de façon régulière, ce qui exposerait la société d'État à des fluctuations de prix et à des risques de hausse de tarif, il faut construire cette centrale de 800 MW, avance-t-il.

En janvier, le pdg d'Hydro-Québec, André Caillé, est venu présenter à l'Assemblée nationale le plan stratégique 2004-2008 de la société d'État où il misait sur l'apport du Suroît, conjugué à plusieurs centrales hydroélectriques. D'ici 2010, il calculait pouvoir dégager une quinzaine de Kwh, soit environ 10 % de la consommation actuelle. Il avait alors rappelé l'urgence d'aller de l'avant avec la controversée centrale de Beauharnois. Selon son plan de match, Hydro compte investir 3,5 milliards $ par an dans la construction de nouvelles centrales.

La commission parlementaire décrétée par M. Hamad devrait aller plus loin et intégrer tous les éléments de production et d'économie d'énergie. La question de la place à réserver aux éoliennes devrait occuper une grande place dans les discussions.

Estimée à 550 millions $, la centrale du Suroît pourrait produire, si elle voit le jour, 800 mégawatts et autant de gaz à effet de serre que 600 000 voitures.

MMoisan@lesoleil.com



»» immigration

Attirer et retenir les immigrants à Québec :
L'emploi est plus que jamais la clé

Luciano Dorotea
Le Soleil jeudi 11 mars 2004

Opinions - Plus tôt cette semaine, deux chercheurs se penchaient sur la difficulté d'attirer et de retenir des immigrants dans la région de la Capitale-Nationale. Robert Girard et Stéphanie Tailleux écrivaient, le lundi 8 mars 2004, que "ça prendra autre chose que les politiques actuelles pour augmenter le nombre de nouveaux arrivants et améliorer leur intégration dans la région". Poursuivant le débat, Luciano Dorotea croit que c'est essentiellement par l'emploi qu'on pourra atteindre un tel objectif et que, pour ce faire, la Ville de Québec doit refaire ses devoirs !

Le 24 février dernier, la Ville de Québec présentait un mémoire devant la Commission de la culture de l'Assemblée nationale dans le cadre de la consultation sur le document gouvernemental intitulé La planification des niveaux d'immigration 2005-2007.

Dès le début du document, la Ville y affirme qu'elle a assuré un leadership régional en matière d'immigration depuis 2001. Elle a cependant été incapable d'y formuler une proposition chiffrée des futurs niveaux d'immigration pour la région de la Capitale-Nationale. Sa contribution sur ce point se limite à "souhaiter que le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI) définisse des objectifs clairs et réalistes au chapitre de l'attraction et de la rétention des immigrants et immigrantes dans la capitale". Évidemment, si les objectifs ne sont pas atteints, la Ville pourra toujours dire que ce n'est pas elle qui les a fixés, mais le MRCI.

La Ville y énumère aussi les principales actions qu'elle a réalisées en 2001, en 2002 et en 2003 dans le cadre des trois ententes qu'elle a conclues avec le MRCI en matière d'attraction et d'intégration des immigrants. Elle a toutefois omis d'y mentionner les coûts respectifs de l'apport en ressources humaines et techniques, de même que les fonds publics prévus à ces ententes qui totalisent 615 000 $, dont 547 500 $ du MRCI et 67 500 $ de la Ville. Aucune précision non plus sur l'utilisation de ces fonds publics et sur les résultats obtenus : le nombre de nouveaux immigrants qui se sont établis à Québec durant cette période ; leur intégration, particulièrement par l'obtention d'un emploi ; les niveaux annuels de rétention. Les divers documents relatifs à l'immigration produits par la Ville, aussi beaux et bien faits soient-ils, ne peuvent constituer les résultats recherchés dans ce dossier. Ces lacunes sont significatives et il y a, sans doute, matière à s'interroger sur la façon dont la Ville évalue ses actions en immigration et sur les critères à la base de ses choix. Comme citoyens de Québec, on est en droit de s'attendre que les fonds publics qui sont ou seront alloués à ce dossier soient utilisés avec une obligation de résultats significatifs, et pas seulement dans 10 ou 20 ans.

Nouveaux immigrants à Québec

Les données réelles d'établissement des nouveaux immigrants à Québec ne sont ni mentionnées dans le mémoire, ni précisées dans les autres documents publiés par la Ville. Elles existent pourtant à la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ) et la Ville aurait facilement pu les obtenir. Il est tout de même incroyable que, pour pouvoir obtenir ces informations d'intérêt public, les citoyens doivent eux-mêmes faire effectuer les travaux de recherche à la RAMQ et en assumer les coûts.

Selon le fichier de la RAMQ, le nombre de nouveaux immigrants qui se sont établis dans la région de la capitale au cours des années 2001, 2002 et 2003 s'élève à 4173, soit 3,6% du total des immigrants admis au Québec et 46,4 % de l'objectif qui visait à accueillir, pour cette même période, de 9000 à 11 000 nouveaux immigrants. Ce nombre se répartit ainsi : 4062 immigrants arrivés avec le statut de résident permanent, 109 détenteurs d'un permis temporaire ayant obtenu la résidence permanente et deux réfugiés reconnus sur place. Tenant compte de ces faibles résultats par rapport aux attentes et d'une augmentation souhaitée de l'immigration à Québec, le tableau ci-joint présente une proposition sur les futurs niveaux d'immigration pour la région de la Capitale-Nationale. Cette proposition est développée en fonction du scénario de croissance du MRCI pour l'ensemble du Québec.

Priorité à l'emploi

Comme le soulignaient à juste titre Robert Girard et Stéphanie Tailleux dans une analyse publiée par le quotidien LE SOLEIL du 8 mars dernier, l'emploi ne suffit pas à bien intégrer les immigrants, mais une intégration réussie passe nécessairement par l'accès à l'emploi. Le maire L'Allier a également raison quand il dit et répète, depuis trois ans, que la clé de l'immigration à Québec, c'est l'emploi. Pourquoi alors ne pas avoir fait de l'emploi l'élément clé des trois ententes que la Ville a conclues avec le MRCI au cours des années 2001-2003 ? Le mot "emploi" n'y est même pas mentionné une seule fois. Il y est vaguement question, et de façon marginale, d'intégration économique et professionnelle. Pourquoi alors certains organismes liés à l'emploi et aux entreprises n'y ont-ils pas été associés comme partenaires de ces ententes ?

On constate de plus que les trois programmations issues de ces ententes ont été "municipalisées" plutôt que centrées sur l'emploi. La production de documents d'information et de promotion faisant connaître la ville de Québec comme site d'établissement, c'est bien ; mais recruter et attirer des immigrants à Québec en leur offrant des emplois réels, et non des emplois virtuels, c'est mieux. Le guide que vient de publier la Ville à l'intention des immigrants à la recherche d'un logement, c'est bien ; mais l'obtention d'un emploi pour les immigrants à la recherche d'un logement, c'est mieux. Les charmes et la qualité de vie à Québec pour y retenir les immigrants, c'est bien ; mais des emplois qui correspondent à leur formation et aux besoins des familles immigrantes, c'est mieux.

Dans une suite logique avec les propos de M. L'Allier et d'un grand nombre d'intervenants dans le dossier, le nouveau gouvernement et la nouvelle ministre, Mme Michelle Courchesne, pourraient-ils, pour la région de la Capitale-Nationale, prendre en considération les deux recommandations suivantes :

Que la prochaine entente avec le MRCI ( l'actuelle est prévue jusqu'au 31 mars 2004 ), en matière d'attraction, d'intégration et de rétention des immigrants, présente un plan d'action et des ressources centrées sur l'emploi et qu'elle couvre la période 2005-2007. Les divers projets de stages en emploi, dont il a récemment été question dans les médias, ne constitueraient qu'un des volets de ce plan.

Qu'en plus de la Ville de Québec, le MRCI associe à l'élaboration et à la mise en oeuvre de cette entente les partenaires suivants liés à l'emploi et aux entreprises : Emploi Québec, la Chambre de commerce de Québec, le Pôle Québec Chaudière-Appalaches, le CLD ainsi que les organismes communautaires de Québec qui offrent des services d'aide aux immigrants dans la recherche d'un emploi comme le Service d'orientation et d'intégration des immigrants au travail de Québec ( SOIIT ), le Centre RIRE 2000, le Groupe intégration-travail et le Centre de formation option-travail.

Les résultats décevants dans ce dossier stratégique pour l'avenir de notre région de la Capitale-Nationale, ne trouvent-ils pas une certaine explication dans ce vieil adage "qui trop embrasse, mal étreint" : des priorités trop nombreuses et une dispersion des énergies ! Pourquoi, au cours des années 2005-2007, ne pas faire de l'emploi la grande priorité de l'immigration à Québec ?

L'auteur a été président de la Confédération des associations linguistiques et culturelles de Québec (CALCQ)



»» immigration

Québec rajuste son tir

Kathleen Lévesque
Le Devoir jeudi 11 mars 2004

Le gouvernement souhaite accueillir moins d'universitaires et plus de manoeuvres

Dans une perspective économique, le gouvernement du Québec entend réviser la grille de sélection des candidats à l'immigration afin de miser moins sur les universitaires et d'accueillir davantage de techniciens et de manoeuvres.

L'objectif gouvernemental est «d'assurer une meilleure adéquation entre la sélection des travailleurs et les besoins prévisibles du marché du travail du Québec», comme on peut le lire dans une version datant de la mi-février du plan d'action du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI), dont Le Devoir a obtenu copie. La ministre Michelle Courchesne doit présenter ce plan d'action, intitulé Des valeurs partagées, des intérêts communs, d'ici quelques semaines.

Il est donc question d'ouvrir plus grand les portes aux graphistes, infirmières et techniciens de laboratoire (formation collégiale) ou encore aux plombiers, bouchers et charpentiers (formation professionnelle au secondaire), de même qu'aux travailleurs qui ont l'équivalent d'un secondaire III, IV ou V pour occuper, par exemple, des postes de commis de bureau, de conducteur de véhicule ou de travailleur des services d'entretien.

Depuis la refonte, en 1996, des critères de sélection des travailleurs qualifiés, la majorité des immigrants sélectionnés sont très scolarisés. Selon les statistiques du MRCI, entre 1998 et 2002, 53 % des immigrants admis au Québec avaient plus de 14 années de scolarité (25 % en comptaient plus de 17). Or ces universitaires étrangers font face à beaucoup de résistance pour faire reconnaître leurs compétences auprès des ordres professionnels et ainsi intégrer le marché du travail.

«On note [...] une concentration des immigrants sélectionnés dans certains groupes professionnels, alors que les besoins sont nombreux et variés, et un écart entre le profil d'une majorité des candidats sélectionnés - très scolarisés - et les perspectives professionnelles annoncées par Emploi-Québec, qui prévoient que près des deux tiers des emplois qui seront créés au Québec, entre 2002 et 2006, seront de niveaux de compétence technique et intermédiaire», lit-on dans le document.

Dès avril, on entend revoir la pondération des critères pour «accroître l'efficacité de la sélection des travailleurs». Les candidats à l'immigration devront donc présenter un potentiel élevé pour s'intégrer au marché du travail ou avoir un niveau de scolarité un peu moins élevé mais, en contrepartie, occuper une profession qui réponde aux besoins du marché du travail.

S'il entend modifier l'importance accordée au diplôme, Québec maintiendra le niveau de connaissance du français comme élément d'analyse des demandes d'immigration. Il est toutefois question, dans le document, de «standardiser l'évaluation des compétences linguistiques», sans plus de précisions.

En outre, on prévoit de réviser le barème d'autonomie financière des travailleurs sélectionnés afin de diminuer les coûts que représentent les délais entre le moment de leur arrivée et celui où ils commencent à travailler. L'engagement des candidats à subvenir à leurs besoins au cours des premiers mois de leur arrivée sera renforcé. Rien n'indique toutefois les sommes qui pourraient être exigées.

Le plan d'action propose aussi d'offrir un accompagnement personnalisé aux nouveaux arrivants, qui auront un «carnet de route» dans lequel seront définis les engagements et les responsabilités des deux parties. Aussi, il est suggéré d'instaurer un nouveau programme d'aide financière aux organismes communautaires qui assureront ce suivi (intégration économique, sociale, linguistique et culturelle). Ce programme remplacera ceux déjà existants en matière d'accueil et de soutien à l'insertion en emploi. L'accompagnement commencera outre-mer.

Cette forme de partenariat n'est pas sans rappeler l'entente entre le MRCI et la Fédération CJA (Appel juif unifié), qui permet à l'organisme de faire, en Argentine, en Uruguay ainsi qu'au Brésil, la «promotion à l'étranger, le recrutement et la référence de candidats, les démarches d'intégration réalisées dès l'étranger, en particulier l'apprentissage du français, et les services d'accueil et d'intégration au Québec».

Dès son entrée en fonctions, au printemps dernier, la ministre Courchesne n'avait pas caché son intention d'orienter l'immigration en fonction de la pénurie de travailleurs au Québec. Le plan d'action note d'ailleurs que des besoins de main-d'oeuvre se font particulièrement sentir dans les régions autres que celles de Montréal, de Québec et de l'Outaouais. Le gouvernement estime que d'ici 2006, 60 % des emplois créés seront concentrés dans les régions.

Dans ce contexte, le gouvernement libéral poursuivra le travail de régionalisation amorcé sous son prédécesseur. Jusqu'à maintenant, la régionalisation n'a pas été un succès, les immigrants continuant de s'installer majoritairement dans la région de Montréal.

Le plan d'action propose l'implantation de mécanismes d'arrimage entre les postes vacants au Québec et les candidats à l'immigration alors que ceux-ci sont encore à l'étranger. Quand la main-d'oeuvre du Québec ne peut pas répondre aux besoins des employeurs, ces derniers pourraient faire du recrutement à l'étranger. Ils obtiendraient un soutien gouvernemental pour réaliser des activités de recrutement (missions ou entrevues par visioconférence, par exemple).

On entend «favoriser la formulation par les employeurs d'offres d'emploi fermes aux candidats au profil recherché et faire une sélection accélérée de ces candidats». De plus, le site Internet d'Emploi-Québec, Placement en ligne, serait mis à contribution pour diffuser des appels de candidatures à l'étranger.

Le plan d'action en immigration n'est pas le seul élément avec lequel Michelle Courchesne doit jongler à l'heure actuelle. Elle doit rendre publics les niveaux d'immigration 2005-07 qui ont récemment fait l'objet de débats en commission parlementaire. De plus, le MRCI fait l'objet d'analyses dans le cadre de la «réingénierie» de l'État; les secteurs de l'immigration et des relations avec les citoyens pourraient être séparés, l'immigration devenant une agence gouvernementale autonome.



»» commandites

Une opération visibilité de 800 millions $

Pierre Couture
Le Soleil jeudi 11 mars 2004

La note de la promotion de l'unité canadienne depuis 1995, selon une compilation du Bloc

Depuis le référendum de 1995, le gouvernement fédéral a dépensé au moins 800 millions $ - dont une large proportion au Québec - pour faire la promotion de l'unité canadienne.

Dans un document intitulé Propagande canadienne, le Bloc québécois soutient avoir recensé depuis 1995 une vingtaine de programmes et d'organismes de toutes sortes qui ont servi de relais au "nationalisme fédéral".

"Disons que ça coûte cher du drapeau", lance le député bloquiste de Charlesbourg-Jacques-Cartier, Richard Marceau.

Parmi les activités répertoriées par le service de recherche du Bloc, on note le controversé Programme de commandites, le Programme du millénaire, les Fêtes du Canada, l'Opération Unité, le Bureau de l'information du Canada ou encore le Jubilé de la reine.

"Pendant que l'on disait aux contribuables de se serrer la ceinture pour ne pas retomber en déficit et que l'on niait le déséquilibre fiscal, les libéraux gaspillaient les dollars allègrement, poursuit le député Marceau. Alors pour moi, c'est clair, on a préféré acheter des drapeaux canadiens et de l'espace publicitaire plutôt que d'investir dans la santé et dans l'éducation des Québécois."

"Aujourd'hui, peut-on notamment lire dans le document, l'opération du gouvernement s'est raffinée au point où la propagande se retrouve maintenant dans toutes les activités fédérales."

Scandale

Le Bloc n'hésite d'ailleurs pas à lier le scandale des commandites à l'ancien député libéral Alfonso Gagliano. Selon le parti, l'ancien ministre responsable du Québec au Parti libéral du Canada (PLC) contrôlait, à titre de ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, l'ensemble des placements publicitaires et des sondages d'opinion commandés pour tous les ministères et organismes du gouvernement fédéral.

Le Bloc soutient avoir compilé ces dépenses à partir des traditionnelles sources d'information comme les médias, les documents budgétaires et les annonces gouvernementales, entre autres.

D'après le député Marceau, le fédéral a tout simplement remis en scène une stratégie développée par Pierre Elliott Trudeau lors de son passage à Ottawa. L'ancien premier ministre du pays soutenait qu'"un des moyens de contrebalancer l'attrait du séparatisme, c'est d'employer un temps, une énergie et des sommes énormes au service du nationalisme fédéral".

PCouture@lesoleil.com



»» à l'Assemblée nationale

Les temps morts

Michel David
Le Devoir jeudi 11 mars 2004

Mardi à l'Assemblée nationale, le premier ministre Jean Charest a déclaré le plus sérieusement du monde que la démission du député de Nelligan, Russell Williams, aura été un «temps fort» de la 37e législature.

Ses propos partaient d'un bon naturel, mais il ne faudrait pas exagérer. Si le départ d'un député d'arrière-banc, si méritant soit-il, constitue vraiment un temps fort d'une législature qui dure en principe quatre ans, on frissonne à la pensée des nombreux temps morts qui nous guettent.

En entendant son chef vanter ses qualités et sa «contribution exceptionnelle», M. Williams a d'ailleurs dû se dire qu'il aurait pu lui manifester son appréciation de façon un peu plus concrète au printemps dernier.

Son collègue et ami de Jacques-Cartier, Geoffrey Kelley, confiait à quel point il avait été un député modèle, consacrant toutes ses énergies au mieux-être de ses commettants pendant près de 15 ans. On le croit volontiers, mais c'est généralement ce qu'on dit d'un député qui n'a jamais réussi à entrer au conseil des ministres.

Tout le monde a souligné l'engagement social de M. Williams, très bien illustré par ses efforts soutenus pour que les victimes du sang contaminé obtiennent réparation. Bernard Landry a parlé d'un progressiste qui, n'eût été de la question constitutionnelle, se serait senti plus à l'aise au PQ.

Malgré la passion qu'il dit avoir développée pour la chose pharmaceutique, au point de se transformer en lobbyiste de l'industrie et de faire un assez curieux éloge de ses nouveaux patrons dans son discours d'adieux à l'Assemblée nationale, il est clair que M. Williams ne serait pas parti si M. Charest l'avait invité à faire partie de son cabinet.

Son départ a néanmoins quelque chose de symbolique dans la mesure où les orientations prises par le gouvernement semblent bien éloignées des préoccupations que lui-même affichait. La rumeur veut qu'un autre progressiste laissé pour compte lors de la formation du cabinet, Christos Sirros, songe aussi à quitter la politique. Autre ancien disciple de Claude Ryan, Geoffrey Kelley dit vouloir compléter son mandat, mais l'enthousiasme n'y est manifestement pas.

***

Maintenant que ce temps fort est derrière nous, il devient urgent pour M. Charest de penser à meubler les temps morts qui s'annoncent, ne serait-ce que pour détourner les projecteurs de certains de ses ministres pour lesquels la session parlementaire s'annonce déjà très longue.

Si Jacques Chagnon espérait que le temps ferait oublier le pitoyable cafouillage de Kanesatake, il se trompait lourdement. Le ministre de la Sécurité publique s'embourbe un peu plus chaque jour, au point de devenir un excellent candidat à un éventuel remaniement.

Le bonnet d'âne revient toutefois à son collègue des Ressources naturelles, Sam Hamad, qui n'en finit plus de déraper. La suspension temporaire du projet du Suroît, en attendant la décision de la Régie de l'énergie, visait à calmer le jeu, mais voilà qu'il annonce qu'une décision sera prise avant la tenue de la commission parlementaire chargée de revoir l'ensemble de la politique énergétique québécoise.

Mardi, le premier ministre s'est lui-même présenté comme «un apôtre de la consultation publique», mais le modèle retenu par M. Hamad, qui s'apparente au drap rouge qu'on agite devant le taureau, est d'assez mauvais augure pour la série de forums annoncés.

Pour mettre un peu d'ordre dans cette pagaille et donner l'impression que son gouvernement a au moins une vague idée d'où il va, M. Charest publiera cet après-midi une mise à jour du plan d'action dévoilé en septembre 2002, qui avait servi de base au programme électoral du PLQ.

La démarche ne manque pas d'originalité. Après avoir vainement tenté d'expliquer son programme à la population, plusieurs mois après les élections, M. Charest a tout bonnement décidé de le récrire. Un mandat clair, qu'il disait.

***

Cet exercice de marketing ne compensera toutefois pas la minceur famélique du menu législatif. Le report aux calendes grecques, ou presque, du projet de loi visant à modifier le régime d'indemnisation sans égard à la faute de l'assurance-automobile signifie que les députés n'auront presque rien à se mettre sous la dent d'ici l'ajournement de juin.

M. Charest a accueilli très favorablement la suggestion de l'ADQ, qui consiste à faire le procès du gouvernement Landry pour le fiasco de la Gaspésia, mais il y a tout de même des limites à la diversion.

La bonne ou la mauvaise fortune du gouvernement au cours de la session parlementaire est plus que jamais liée au budget que présentera Yves Séguin, mais la façon dont l'ineffable ministre des Finances a cultivé les attentes au cours des dernières semaines a rendu l'exercice particulièrement périlleux.

Il faut néanmoins reconnaître que M. Séguin n'a pas son pareil pour meubler un temps mort. Encore une fois, il a dû surprendre plus d'un de ses collègues en déclarant mardi soir sur les ondes de RDI qu'il n'excluait pas la tenue d'un référendum sur le rapatriement de points d'impôt, dont le PLQ a toujours plaidé l'inutilité.

M. Charest doit vivement souhaiter qu'en dépit des sondages, Paul Martin persiste à vouloir déclencher des élections dès ce printemps, de manière à distraire l'opinion. Tant qu'à y être, on pourrait en profiter pour tenir les référendums sur les défusions. Le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, estime que la coïncidence avec les élections fédérales ne pose pas de problème. Hier, il disait même que la probabilité de référendums en juin avait un peu augmenté ces derniers temps.

mdavid@ledevoir.com



»» politique familiale

Le chèque de M. Séguin

Katia Gagnon
La Presse jeudi 11 mars 2004

Éditorial - Le ministre des Finances québécois, Yves Séguin, parle beaucoup. Au cours des dernières semaines, il a donné un aperçu de plusieurs mesures budgétaires, dont la plus spectaculaire est sans contredit le retour du chèque universel d'allocation familiale. Voilà une bien mauvaise idée, à laquelle le ministre devrait renoncer sans plus tarder.

Visiblement, Yves Séguin est ravi à l'idée d'envoyer un beau chèque aux familles québécoises. L'idée semble être la suivante: sacrifier le crédit d'impôt accordé aux parents, y joindre d'autres mesures de soutien aux familles, et rassembler le tout dans un chèque mensuel non imposable. Politiquement, le gouvernement Charest y voit l'occasion de se faire valoir auprès des familles, tout en remplissant, en apparence, sa promesse de réduire le fardeau fiscal d'une partie des Québécois.

Ce projet entre cependant en collision directe avec la logique de la politique familiale élaborée sous le gouvernement péquiste. Pauline Marois avait alors choisi de cibler les allocations familiales uniquement vers les familles à faible revenu pour financer les services de garde. Résultat: les enfants qui occupent les 170 000 places de garderie profitent désormais de subventions extrêmement généreuses de la part de l'État. Les années de garde d'un enfant qui entre à la garderie à neuf mois coûteront à l'État québécois entre 41 000 $ et 51 000 $. Il s'agit là d'un investissement parfaitement justifiable. Il est néanmoins considérable et il serait totalement illogique, dans le contexte actuel des finances publiques, d'ajouter à ces sommes un chèque d'allocation familiale.

De notre point de vue, les allocations familiales devraient continuer d'être réservées à deux clientèles. D'abord aux familles à faible revenu, qui ont besoin de ce support de l'État. Ensuite, aux familles qui n'utilisent pas les services de garde. Lorsque le réseau des garderies sera complété au Québec, il sera fréquenté par environ 250 000 enfants. Près de 100 000 autres ne profiteront donc pas de ces places à contribution réduite. La politique familiale a créé une iniquité pour ces familles, qui doit être réparée.

Curieux tout de même qu'un ministre des Finances qui ne cesse de clamer sur tous les toits à quel point l'équilibre financier est précaire songe soudainement à envoyer un chèque à tous les Québécois, quel que soit leur revenu et quelle que soit l'aide gouvernementale qu'ils reçoivent déjà. En cette matière comme en d'autres, il faut faire des choix. Et le chèque de M. Séguin ne devrait pas en faire partie.

kgagnon@lapresse.ca


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE


TRIBUNE LIBRE 11 mars 2004





COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS 11 mars 2004