
»» "Briller parmi les meilleurs"
Un nouveau plan pour Jean Charest
Denis Lessard; Pascale Breton
La Presse vendredi 12 mars 2004
Québec - Un an après son élection, le gouvernement Charest procède à un changement majeur de stratégie: les priorités comme la santé et les baisses d'impôts sont maintenues, mais les objectifs du programme électoral sont revus, à la baisse.
C'est un plan bien moins contraignant pour le gouvernement qu'a rendu public hier le premier ministre Jean Charest, Briller parmi les meilleurs. Le manifeste de 200 pages servira de toile de fond aux discussions qui animeront 19 forums régionaux qui se tiendront d'ici l'été, sur les thèmes de la santé, de l'éducation, du développement économique et de la famille.
Une surprise, Pierre Shedleur, ancien mandarin de la fonction publique à Québec devenu vice-président de Bell Canada, a accepté la coprésidence de l'opération avec Line Beauchamp, la ministre de la Culture. Cette consultation se terminera par un forum national, à l'automne.
Dès la semaine prochaine, M. Charest entamera une série de discours, sur les " sept millions d'ambitions " par exemple, devant la chambre de commerce de Montréal, jeudi.
" On ne peut pas continuer dans le système actuel, le statu quo est inacceptable ", a affirmé M. Charest, expliquant qu'il n'était plus possible d'augmenter les taxes ou la dette publique. Pas question de revenir en arrière sur les décisions de l'automne dernier. De plus, d'autres choix du gouvernement seront connus dans le prochain budget qui sera déposé le 30 mars.
Mais pour l'avenir, tous les engagements seront soumis à la consultation. Le document promet aussi une série de politiques et de plans d'actions gouvernementaux. D'un " Plan vert " à une " Politique jeunesse ", plus d'une trentaine de ces opérations sont à prévoir dans les prochains mois.
Avec un produit intérieur brut par habitant de 960 $ inférieur à la moyenne canadienne et des dépenses publiques de 715 $ supérieures, le Québec vogue vers une crise, d'autant plus que ses dépenses continuent de croître plus vite que dans le reste du pays - 15 % comparativement à 9 % pour la période 1999-2000 à 2002-2003.
Mais pour Bernard Landry comme pour Mario Dumont, le réalignement d'hier ne vise qu'à sauver les meubles pour un gouvernement " dans une situation désespérée ", qui a décroché un " taux d'insatisfaction historique en une aussi brève période de temps ", a souligné le chef péquiste qui ne voit qu'une " opération de relations publiques " dans l'annonce d'hier.
Mario Dumont s'est moqué d'un Jean Charest qui qualifiait de sans précédent le document de consultation déposé hier. " Un gouvernement qui, au lendemain de l'élection, dépose un nouveau programme pour faire oublier ses promesses, ce n'est pas sans précédent. C'est pour les gens ce qu'il y a de plus plate et moche en politique ", a dit le chef adéquiste.
S'il maintient les priorités de la Santé et des baisses d'impôt, le plan du gouvernement pour le reste du mandat est passablement moins précis sur les cibles que ne l'était le programme du PLQ à l'automne 2002.
Par exemple, plus question d'une baisse d'impôt de 1 milliard par année. Plus un mot sur l'engagement de réduire de 27 % en moyenne l'impôt payé par les contribuables québécois. Plus vague, le nouveau programme se limite à reprendre un des engagements de l'automne 2002 voulant qu'au cours du mandat le fardeau fiscal des Québécois sera ramené à la moyenne canadienne.
En santé, on ne parle plus des services disponibles partout au Québec 24 heures sur 24, sept jours sur sept. La priorité est recentrée sur la réduction de l'attente pour les chirurgies et le désengorgement des urgences. Surtout, deux ans après la commission Clair qui préconisait une "caisse santé", le gouvernement Charest affirme "qu'il faut entamer une réflexion de fond sur le financement de la santé".
En éducation, l'enseignement de l'anglais langue seconde, promis pour la première année avant les élections, passe au premier cycle du primaire - les trois premières années.
Hier, M. Charest a dû expliquer l'absence de l'opposition et des centrales syndicales à la barre de ces forums décrits comme "non partisans". "On est au gouvernement", a-t-il soutenu d'abord, sur la présence de Mme Beauchamp.
Selon Bernard Landry, le but de l'opération "n'est pas d'aider le Québec mais d'aider le Parti libéral à se sortir de sa détresse".
M. Charest a promis un "gouvernement en ligne" et, en acceptant M. Shedleur, on "prend des risques considérables en termes de perception de tous les concurrents électroniques", a souligné M. Landry.
Mario Dumont, toutefois, précise que l'ADQ utilisera cette tribune.

»» "Briller parmi les meilleurs"
Une seule porte reste ouverte: le changement
Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 12 mars 2004
On ne peut pas taxer davantage, on ne peut pas s'endetter davantage, il faut faire les choses autrement, dit Charest
Québec - Le premier ministre Jean Charest a dévoilé, hier, son programme d'action gouvernemental pour les quatre prochaines années, qui servira de document de réflexion pour 19 forums régionaux qui se dérouleront de la mi-avril à la mi-juin.
«Le statu quo est inacceptable au Québec», a lancé hier le premier ministre au cours d'une conférence de presse. Intitulé Briller parmi les meilleurs, le document de 201 pages reprend les grandes lignes du programme électoral libéral de septembre 2002, mais en omettant les engagements chiffrés et en plaçant le tout dans une perspective d'urgence. Les Québécois sont confrontés à deux grands défis: les changements démographiques et des finances publiques mal en point. «S'il y a une chose sur laquelle nous sommes tous très clairs, c'est qu'on ne peut pas continuer dans le système actuel», a-t-il dit.
Dans son discours au Conseil général du Parti libéral au début de février, Jean Charest avait pour la première fois développé ce thème: l'endettement public et le fardeau fiscal plus lourd que partout ailleurs, alliés au vieillissement accéléré de la population, imposaient au gouvernement libéral qu'il «garde le cap» sur le changement.
Le Québec s'est donné les programmes sociaux les plus avancés en Amérique du Nord, «mais il y a un coût associé à ça», a dit hier M. Charest. «Donc, si on est placés devant trois portes, on ne peut pas taxer davantage, ça on le sait. La deuxième porte, c'est la porte de l'endettement, on est encore là parmi les plus endettés en Amérique du Nord, on ne peut pas s'endetter davantage; le deuxième choix, il est fermé. Ça nous amène à la troisième puis à la dernière porte, c'est de faire les choses différemment.»
Au moment où l'idée des forums a surgi au Conseil général, le gouvernement parlait de tenir quatre forums sur autant de thèmes: santé et services sociaux, éducation et formation, développement économique et régional, et, enfin, famille et développement social. On annonce maintenant 19 forums organisés par autant de Conférences régionales des élus, la nouvelle entité d'organisation régionale introduite par le gouvernement libéral. Ces forums dureront une journée et discuteront sur les quatre thèmes, un programme chargé. Une rencontre nationale à Québec coiffera le tout à l'automne.
Deux coprésidents, qui entouraient, hier, M. Charest, dirigeront l'opération: la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, et le premier vice-président, ventes grandes entreprises et secteur public, de Bell Canada, Pierre Shedleur. M. Shedleur est un ami du secrétaire général du conseil exécutif, André Dicaire. Les deux hommes sont d'ailleurs sortis de la conférence de presse ensemble. C'est M. Shedleur qui, en 1989, a remplacé à la tête de la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST) Monique Jérôme-Forget, virée par le ministre du Revenu d'alors, Yves Séguin.
Bell Canada est un important fournisseur du gouvernement du Québec et a été choisi, notamment, pour fournir le réseau de communication pour l'ensemble de l'appareil étatique, damant le pion à Vidéotron. M. Charest ne trouve aucunement gênante la présence de M. Shedleur à ses côtés pour veiller à cette importante initiative politique.
Parmi les chiffres qui étaient contenus dans le programme libéral de septembre 2002 et qui se sont volatilisés dans le nouveau programme d'action, on note les investissements récurrents en santé et les baisses d'impôt de un milliard par année, ou 27 % de l'impôt des particuliers en cinq ans. M. Charest a indiqué qu'il y aura un budget le 30 mars prochain - le ministre des Finances, Yves Séguin, en avait fait l'annonce à l'Assemblée nationale quelques heures plus tôt. «Le gouvernement est en continuité avec ce qu'on avait annoncé le 12 septembre [2002]», a-t-il soutenu, en soulignant que le nouveau document contenait des références à des baisses d'impôt.
En matière de santé, le gouvernement Charest ouvre cependant la porte à un changement d'orientation. Les libéraux affirmaient que le gouvernement pouvait investir en santé les sommes nécessaires tout en diminuant les impôts. Désormais, il faut «entamer une réflexion de fond sur le financement de la santé au Québec», annonce-t-on. Il faut s'interroger sur la contribution des entreprises et des individus et réfléchir à de nouveaux mécanismes, peut-on lire. L'idée d'une caisse-santé, comme M. Séguin l'évoquait récemment, n'est pas loin.
Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, estime que la tenue des forums est «une opération de relations publiques» pour se sortir d'«une situation désespérée». Le chef péquiste a d'ailleurs souligné que le gouvernement Charest a dit qu'il gardera le cap. De même, le budget aura été déposé. Si cela peut aider le Québec, le Parti québécois participera à l'exercice, a cependant indiqué M. Landry.
Quant à la présence de M. Shedleur, M. Landry estime que «ce n'est pas correct». D'une part, une élue et ministre est placée sur un pied d'égalité avec un homme d'affaires dans un événement gouvernemental. Ensuite, Bell est un des plus gros fournisseurs de l'État québécois.
Pour le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, le Parti libéral s'est sensibilisé sur le tard à la problématique du vieillissement de la population. «Le programme libéral, des trois programmes de parti, était certainement le plus à contre-courant du choc démographique» en proposant des baisses d'impôt irréalistes de 27 % et des investissements «tous azimuts» en santé, a dit M. Dumont, qui se réjouit toutefois de cet emprunt à l'ADQ.

»» "Briller parmi les meilleurs"
Un nouveau départ?
Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 12 mars 2004
ÉDITORIAL - Il y a exactement un an aujourd'hui, Jean Charest entreprenait le parcours électoral au terme duquel les Québécois devaient en faire leur premier ministre. Ce n'est sans doute pas un hasard s'il a choisi cet anniversaire pour tenter de donner à son gouvernement un nouveau départ avec la publication du plan qui guidera son action d'ici la fin de son mandat.
Il n'est pas besoin d'insister sur les difficultés actuelles du gouvernement Charest. L'ornière dans laquelle il s'est enlisé en quelques mois est profonde. En sortir exigera des efforts importants, dont les résultats ne sauraient être immédiats tant le lien de confiance avec la population est devenu ténu.
La volonté de l'équipe libérale de dialoguer doit être accueillie positivement dans la mesure où l'objectif poursuivi est de rechercher sincèrement l'appui des Québécois aux projet gouvernementaux. Même si ce n'est qu'au terme de la série de forums socioéconomiques à avoir lieu ces prochains mois que l'on pourra juger de cette sincérité, il faut au départ présumer de la bonne foi libérale.
Le document Briller parmi les meilleurs publié hier est l'amorce de ce dialogue. Il ne faut pas s'étonner que, pour l'essentiel, il s'agisse du plan d'action rédigé par le Parti libéral avant les élections. Certains seront ravis de voir que le gouvernement «garde le cap». Les autres noteront cependant que les angles ont été quelque peu arrondis, que des nuances ont été apportées et que les références idéologiques ont été évacuées du discours gouvernemental.
L'effort que font les communicateurs libéraux pour donner un ton positif à l'action gouvernementale est patent. Le titre du document, tout ronflant soit-il, est en lui-même un projet de société, tout comme le sous-titre, Construire le Québec que nous voulons. L'objectif est de contrer la perception qui s'était imposée dès les premières semaines d'un gouvernement préoccupé avant tout de défaire ce que le gouvernement précédent avait fait. La vision qu'on présente du Québec de demain se veut rassembleuse et devrait pour l'essentiel obtenir l'appui de tous les Québécois, personne ne pouvant être contre la vertu. Les désaccords, cela est entendu, s'exprimeront plutôt sur les moyens proposés pour réaliser cette vision. Là-dessus, les consensus seront difficiles à réaliser.
Étant premier ministre, il n'est pas anormal que Jean Charest veuille prendre la route pour convaincre ses concitoyens qu'il faut, comme société, faire des choix pour «sortir du piège budgétaire» et «répondre aux changements démographiques» et que ceux mis en avant par le gouvernement sont les bons. Avant de s'engager dans un dialogue, les participants aux forums voudront toutefois savoir si, pour sa part, le gouvernement est disposé à se laisser convaincre que d'autres visions et d'autres choix peuvent être retenus.
À ce stade, il est difficile de juger du degré d'écoute du gouvernement, bien qu'il ait donné cette semaine un indice positif avec la mise à l'écart du projet unanimement décrié de réforme du régime d'assurance automobile. Le discours du budget que présentera le 30 mars le ministre des Finances, Yves Séguin, puis la proposition de modernisation de l'État que publiera plus tard la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, nous diront si on a véritablement mis de côté les attitudes dogmatiques qui ont caractérisé la première année de ce gouvernement et braqué tant de Québécois. Dans un contexte social qui demeure perturbé, il suffira de peu pour que le gouvernement s'enlise de nouveau.
bdescoteaux@ledevoir.ca

»» "Briller parmi les meilleurs"
Risque de sept millions de déceptions
J.-Jacques Samson
Le Soleil vendredi 12 mars 2004
Éditorial - Il ne faut pas confondre orientations stratégiques et plan d'action. Le document rendu public hier par le premier ministre Jean Charest tient donc bien davantage, en beaucoup plus élaboré, d'un ronflant message inaugural livré à l'ouverture de toute nouvelle session à l'Assemblée nationale que d'un catalogue de mesures précises comme les partis en présentent durant une campagne électorale. L'opération est néanmoins tout à fait inusitée pour un gouvernement qui célébrera (?) dans un mois son tout premier anniversaire. Il s'agit même d'une première, très certainement. Le dépôt d'un tel document vise à contrer les nombreux reproches adressés au cours des derniers mois voulant que le gouvernement Charest soit un navire perdu en mer, sans gouvernail et instruments de navigation, dont même l'équipage ne sait trop où il ira s'échouer.
Le premier ministre a voulu prouver qu'il possédait au contraire des cartes et au moins une boussole et fournir autant aux membres de son gouvernement, de son parti, de plus en plus inquiets, qu'aux observateurs, très critiques à son endroit, un cahier de références sur les orientations qui inspirent ses actions sectorielles. L'atterrissage du volumineux document dans l'opinion publique a néanmoins été planifiée de sorte que les comptes-rendus soient publiés aujourd'hui, alors que les députés ne siègent pas au Salon bleu. L'opposition ne pourrait ainsi le passer trop vite à la déchiqueteuse. Des exemplaires avaient aussi été livrés plus tôt cette semaine à des leaders d'opinion et éditorialistes, selon une technique bien éprouvée, visant à les flatter, à les mettre dans le coup, bien plus que de leur permettre de le décortiquer, le soupeser calmement avant de livrer leur analyse. Le premier ministre lui-même s'est impliqué dans ces manoeuvres de conditionnement de l'opinion, ce qui montre bien toute l'importance du repositionnement visé, après une première année au pouvoir fort tumultueuse et avant que toute récupération devienne impossible.
Les différents chapitres du document serviront à nourrir les échanges dans 19 forums régionaux au printemps, une formule modifiée des quatre forums annoncés dans un cadre partisan, au conseil général du Parti libéral du début de février, alors que les sondages montraient une chute vertigineuse du taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement. M. Charest avait alors pris tout le monde par surprise en sortant cette initiative de son chapeau. Vérification faite dans les jours suivants, les partenaires traditionnels du gouvernement dans les opérations de concertation, forums ou sommets, n'avaient d'ailleurs pas été consultés préalablement. Des porte-parole patronaux, échaudés lors des derniers sommets appelés par Lucien Bouchard et Bernard Landry, ont même accueilli la nouvelle avec cynisme dans les coulisses.
Le document de travail lancé hier a aussi été préparé en vase clos, ce qui irritera sans doute certains interlocuteurs habituels, comme les centrales syndicales ou les groupes communautaires qui n'auront pas eu la possibilité de négocier leur participation en échange d'un ordre du jour adapté à leurs revendications. Chaque chapitre débute par une énumération de premiers gestes, bien sélectionnés, posés par le gouvernement depuis avril 2003. Suivent des énoncés ou très généraux ou alors qui sont de véritables lapalissades et quelques lignes sur les directions que prendra l'action gouvernementale pendant les trois prochaines années. Mais qu'il s'agisse par exemple de lutte à la pauvreté, de politique familiale, de logement, autant de thèmes chauds depuis un an, la banalité des textes laisse alors perplexe. Le gouvernement Charest dira qu'il veut laisser place aux propositions venant de la population et au dialogue et qu'il s'est gardé de trop de dirigisme. Le premier ministre aura cependant plus de difficultés à convaincre que son gouvernement a un plan d'action clair. Personne ne pourra lui reprocher par contre d'avoir changé de cap par rapport aux discours électoraux. Il demeure bien fidèle aux orientations qu'il traçait et qui sont à l'origine du mandat qu'il a obtenu le 14 avril dernier.
La présentation clinquante de ce nouveau cahier d'orientations prêtera flanc enfin à la dérision. Les formules accroche-coeurs (du type "sept millions d'ambitions") les montages photographiques, le coûteux papier glacé, tiennent plus du matériel de lancement d'une nouvelle bière par une agence de publicité que d'un sérieux document de réflexion d'un gouvernement sur l'avenir d'une collectivité, de ses institutions et de ses principaux instruments sociaux ou économiques.
JJSamson@lesoleil.com

»» Suroît
Volte-face et confusion autour du Suroît
Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 12 mars 2004
Québec - Le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, a fait volte-face hier. Il a affirmé que le gouvernement Charest prendra sa décision sur la construction de la centrale thermique du Suroît après les consultations publiques sur l'avenir énergétique du Québec à l'automne, contrairement à ce qu'il a déclaré mercredi sur plusieurs tribunes publiques.
Mais encore une fois, M. Hamad l'avait tout faux. En fait, le gouvernement prendra sa décision probablement à l'été. La Régie de l'énergie rendra sa recommandation sur l'opportunité de construire ou non la centrale du Suroît le 30 juin. Si l'avis est favorable au projet, le gouvernement tiendra une commission parlementaire sur cette question cet été, probablement en août, après quoi le gouvernement annoncera sa décision.
Avant de se dédire hier, Sam Hamad avait passé la journée de mercredi à expliquer que le projet du Suroît et la consultation publique sur l'avenir énergétique du Québec pour l'automne, qu'il avait sortie de son chapeau mardi lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, était deux choses distinctes. La décision sur le Suroît serait prise «quelques jours ou une semaine» après l'avis de la Régie de l'énergie, avait-il affirmé.
À l'Assemblée nationale, le député de Lac-Saint-Jean, Stéphan Tremblay, a demandé à M. Hamad si oui ou non la décision concernant la centrale du Suroît sera prise après la commission parlementaire de l'automne prochain. «Monsieur le président, la réponse est oui», a répondu M. Hamad.
Mais au cabinet de Jean Charest, la compréhension des choses n'était pas la même. Même l'attaché de presse de M. Hamad, André Ménard, soutenait que la décision sur le Suroît devrait être prise avant la consultation de l'automne. En début de soirée, un communiqué diffusé conjointement par les cabinets de M. Hamad et du ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, tentait de clarifier la position du gouvernement. À la suite de la décision de la Régie de l'énergie le 30 juin, «advenant la nécessité ou l'opportunité de prendre une décision gouvernementale à court terme, une commission parlementaire sera appelée à siéger sur cette question», peut-on lire dans ce communiqué.

»» l'Auberge Grand-Mère
La SQ arrête Yvon Duhaime
Louise-Maude Rioux Soucy
Le Devoir vendredi 12 mars 2004
Le propriétaire de l'Auberge Grand-Mère aurait allumé l'incendie qui a ravagé une partie de son établissement
Yvon Duhaime, le propriétaire de l'Auberge Grand-Mère à l'origine du «Shawinigate», a été arrêté hier par des policiers de la Sûreté du Québec puis conduit au palais de justice de Shawinigan, où il a été formellement accusé d'avoir allumé l'incendie qui a ravagé une partie de son établissement, le 2 février dernier, occasionnant des dommages de deux millions de dollars.
Trois chefs d'accusation ont été retenus contre l'homme de 46 ans. «Avoir intentionnellement, ou sans se soucier des conséquences de son acte, causé par le feu ou une explosion un dommage à un bien, à savoir l'Auberge. Avoir causé de la même manière un dommage à un bien qui lui appartient en tout ou en partie. Et avoir l'intention de frauder sa compagnie d'assurances», a expliqué le responsable de l'unité des communications et des relations avec la communauté à la Sûreté du Québec, Pierre Dubé.
Joint en fin d'après-midi hier, la greffière Linda Fournier a confirmé ces trois chefs, ajoutant que M. Duhaime a été «reconvoqué le 23 avril 2004 pour communication de preuve et libéré sur engagement de 1000 $». Outre les conditions d'usage à observer en matière d'affaire criminelle, M. Duhaime devra respecter l'interdiction qui lui a été faite d'entrer en contact avec une quinzaine de personnes.
Lors du sinistre qui avait pris naissance vers 3h dans l'ancienne partie du complexe hôtelier, le 2 février dernier, certains détecteurs de fumée ne contenaient pas de pile, le système d'alarme n'avait pas fonctionné, il n'y avait aucun employé dans l'auberge et les portes étaient verrouillées. Ces indices ont rapidement soulevé des doutes chez les pompiers de la Ville de Shawinigan, qui ont transféré l'enquête à la Sûreté du Québec dès le lendemain.
Au cours de cette enquête, les policiers ont trouvé deux contenants de méthanol cachés à l'intérieur d'un mur d'où les flammes auraient pris naissance. Ils ont également saisi deux ventilateurs qui se trouvaient juste en haut de l'escalier, tout près du lieu d'origine de l'incendie. Selon le mandat de perquisition, ces ventilateurs auraient pu servir à activer les flammes.
Deux jours plus tard, les policiers ont fait une nouvelle perquisition pour saisir d'autres boîtes de méthanol qui se trouvaient dans un entrepôt adjacent à la cuisine.
Un autre élément était récemment venu étayer la thèse d'un incendie criminel. Quelques heures avant l'incendie, un couple de touristes avait en effet été invité à quitter l'ancienne partie de l'auberge pour être transféré dans la nouvelle aile, épargnée par les flammes.
Interrogé à ce sujet, M. Duhaime avait qualifié ce déplacement de «procédure normale», arguant que le couple de l'île de la Réunion était le seul à avoir choisi l'ancienne partie alors que tous ses autres clients avaient opté pour la nouvelle. Voulant économiser le salaire d'un gardien de sécurité pour la nuit, M. Duhaime avait offert à ce couple de bénéficier de la section studio sans en assumer le tarif plus élevé, ce qu'il avait accepté.
C'était la troisième fois qu'une propriété appartenant à Yvon Duhaime était frappée par un incendie. En 1992, l'Hôtel des Chutes avait été détruit. La cause exacte n'a jamais été établie. En 2001, l'Auberge Grand-Mère avait été légèrement endommagée par un incendie d'origine électrique.
La négligence constatée au lendemain de l'incendie n'était pas nouvelle. Le 9 mai 2002, une perquisition-surprise avait déjà permis de constater des manquements aux règles de sécurité en matière de prévention des incendies. Une quinzaine d'accusations avaient été portées contre le propriétaire de l'Auberge Grand-Mère, au nombre desquelles des avertisseurs de fumée qui ne fonctionnaient pas et des alarmes manuelles dont le dispositif était défectueux.
M. Duhaime doit comparaître en cour le 5 avril à ce sujet. S'il est reconnu coupable, des amendes totalisant 10 000 $ pourraient lui être imposées. Rappelons qu'il avait déjà été condamné à plus de 3000 $ d'amende pour des infractions similaires, en 1999.
À Ottawa, l'arrestation d'Yvon Duhaime a fait remonter à la surface les éléments du «Shawinigate» qui avait ébranlé le gouvernement libéral. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe a commenté l'affaire en prenant soin de préciser qu'il faudra d'abord voir si M. Duhaime est coupable avant de sauter aux conclusions. Ce qui ne l'a pas empêché d'exprimer certaines craintes.
«Je me rappelle que durant la campagne 2000, on avait soulevé des problèmes avec l'Auberge Grand-Mère. On nous disait qu'il n'y en avait pas. M. Wilson disait que tout était correct, a soulevé M. Duceppe. On a vu récemment, avec le jugement Beaudoin-BDC, qu'il y avait des problèmes. Le danger, actuellement, est que les libéraux tentent de faire la même chose, se lancent en campagne sans qu'on sache tout.»
Pour sa part, le député conservateur et ancien chef du Parti progressiste-conservateur Peter MacKay s'est s'interrogé sur le jugement de l'ex-premier ministre Chrétien pour être intervenu dans une affaire semblable. «Ce n'est pas la première fois que M. Duhaime est dans l'eau chaude. Ce n'est pas la première fois qu'il fait l'objet d'une enquête dans un cas d'incendie», a rappelé M. MacKay.
«Cela nous mène à poser une question plus large: quelles étaient les motivations du premier ministre? Pourquoi était-il si déterminé à obtenir des fonds de la BDC pour M. Duhaime? Il devait connaître les difficultés antérieures de M. Duhaime. Mais maintenant, les contribuables se retrouvent les mains vides, l'hôtel a brûlé, l'argent a brûlé et le premier ministre, lui, lève les épaules», a-t-il dénoncé, rappelant que M. Duhaime reste innocent jusqu'à preuve du contraire.
Avec Manon Cornellier et la Presse canadienne

»» Scandale des commandites
Les malversations ont commencé avant le référendum de 1995
Gilles Toupin
La Presse vendredi 12 mars 2004
Ottawa - Les malversations au sein du programme de commandites n'ont pas commencé après le référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec, comme l'ont toujours soutenu les libéraux fédéraux et l'ancien premier ministre Jean Chrétien, mais près d'une année avant cette date, soit vers novembre 1994.
Cette révélation a été faite hier, preuves à l'appui, au comité des comptes publics de la Chambre des communes par un ancien fonctionnaire assigné aux commandites au ministère des Travaux publics, Allan Cutler. M. Cutler est un fonctionnaire proche de la retraite, qui a été mis à l'écart et a subi maintes représailles de la part de ses supérieurs pour avoir dénoncé, dès 1996, les pratiques contractuelles incorrectes qui avaient cours à partir de 1994 dans ce secteur du Ministère.
Un processus juste et équitable
Dans un témoignage troublant, il a raconté comment il a dirigé, du milieu des années 80 jusqu'en 1994, une section du ministère chargée de négocier les contrats individuels (les tarifs et les conditions) avec les agences de communication choisies au préalable par une autre section, celle du groupe de gestion des commandites.
M. Cutler a expliqué que ce système fonctionnait parfaitement bien et que les deux groupes n'avaient pratiquement pas de liens, ce qui garantissait un processus juste et équitable selon les règles en vigueur.
Or, a-t-il poursuivi, en 1990, Charles (Chuck) Guité a été nommé à la tête du groupe de gestion des commandites.
" En 1994, a affirmé le témoin, M. Guité a commencé à se mêler du processus contractuel en autorisant des agences à faire certains travaux sans qu'il y ait eu de contrat négocié à l'avance. Le 17 novembre 1994, une réunion était organisée entre M. Guité et mon groupe. J'étais présent. Lors de cette réunion, M. Guité nous a dit que les règles normales ne devraient plus s'appliquer aux commandites. Il a dit qu'il parlerait au ministre pour que ces règles soient changées. "
Une semaine plus tard, M. Cutler et deux de ses employés étaient prévenus qu'ils étaient mutés à la section de M. Guité et qu'ils relevaient de lui. Les responsabilités de Charles Guité avaient été accrues au point qu'il contrôlait non seulement le choix des agences de publicité, mais aussi la négociation et l'octroi des contrats à ces agences.
Peu de temps après son transfert, M. Cutler a constaté plusieurs irrégularités au sein du groupe de M. Guité. Des contrats étaient notamment prédatés, des commissions étaient payées pour des travaux non réalisés, des avances de fonds inappropriées étaient faites, on passait outre aux autorisations requises du ministre ou du Conseil du Trésor et les contrats étaient donnés sans autorisation financière préalable.
Emploi menacé
" Lorsque j'ai soulevé des objections face à ces pratiques, a affirmé M. Cutler, M. Guité s'est fâché. Il était clair que mon emploi était menacé. "
C'est alors que M. Cutler a commencé à tenir un petit journal de bord informatisé des événements louches et des " sévères irrégularités " qu'il a constatés de février 1995 à février 1996. À plusieurs reprises, le fonctionnaire a refusé de signer des contrats qu'il considérait douteux. Son supérieur immédiat, Mario Parent, lui a indiqué en avril 1996 qu'il devrait " payer un prix " pour ces refus. C'est alors que M. Cutler a demandé le secours de son syndicat, l'Institut professionnel de la fonction publique. De fil en aiguille, le Ministère a commandé une vérification interne qui, a-t-il appris plusieurs années plus tard, concluait que les allégations de M. Cutler étaient fondées. En juin 1996, M. Guité a retiré tous les dossiers de commandites à M. Cutler. En août 1996, sur l'insistance du syndicat, M. Cutler était muté ailleurs aux Travaux publics.
Le témoin a affirmé hier que les problèmes qu'il avait repérés dans le groupe de M. Guité étaient identiques à ceux identifiés par la vérificatrice générale dans son rapport sur le scandale des commandites, donnant même plusieurs exemples à l'appui.
" Les huit dernières années ont été extrêmement pénibles pour ma famille et moi, a-t-il conclu. J'espère qu'aucun autre fonctionnaire n'aura à affronter une situation semblable. Je me sens soulagé d'avoir pu vous faire part de ces choses. Je considère que c'était mon devoir de fonctionnaire de le faire. "
Le président du comité des comptes publics, John Williams, a souligné aux journalistes l'importance du témoignage de M. Cutler, puisqu'il ramène le scandale des commandites plus loin en arrière, bien avant " la crise causée lors du référendum ".
" Opération de camouflage "
" Je pense, a dit M. Williams, que toute cette histoire de sauver le Canada et de vendre le Canada au Québec n'était qu'une opération de camouflage. Il s'agissait en fait d'une conspiration de corruption, d'une opération de blanchiment d'argent classique, avec des facturations multiples, des contrats prédatés, plusieurs compagnies impliquées et avec de l'argent qui passe par les sociétés de la Couronne. "
La député néo-démocrate Judy Wasylycia-Leis a qualifié M. Cutler de " héros ", lui affirmant que son histoire pourrait faire l'objet d'un film. Le bloquiste Odina Desrochers a déclaré pour sa part que le témoignage du fonctionnaire démontrait clairement que l'ancien premier ministre Jean Chrétien avait décidé, dès l'élection du PQ en septembre 1994, de lancer le processus de la campagne référendaire. " C'est la preuve, a-t-il dit, que M. Guité avait un contact privilégié avec le ministre en poste des Travaux publics. Et ce contact, il l'a maintenu tout au long de ce programme de visibilité canadienne et par la suite avec le programme de commandites qui a été créé en 1997. "

»» Scandale des commandites
Commandites: la thèse de Chrétien a du plomb dans l'aile
Hélène Buzzetti
Le Devoir vendredi 12 mars 2004
Un fonctionnaire témoigne des libertés que prenaient les libéraux avec l'argent des contribuables dès 1994, bien avant le référendum
Était-ce vraiment pour sauver le Canada que des libertés administratives ont été prises avec le programme de commandites et que des millions de dollars ont été dilapidés? Le témoignage d'un dénonciateur est venu jeter un peu plus de doute sur cette thèse que l'ex-premier ministre Jean Chrétien lui-même défendait.
Ottawa - Allan Cutler, un fonctionnaire aujourd'hui près de la retraite, a fait un témoignage percutant sur les irrégularités auxquelles il a été obligé de participer alors qu'il travaillait au sein de la petite équipe de publicité de Chuck Guité, irrégularités qui remontent à 1994. C'est cette équipe dont les responsabilités ont été élargies en 1997 pour comprendre les commandites.
«Je suis d'avis que plusieurs des problèmes relevés dans le programme de commandites ont pris naissance bien avant», a témoigné M. Cutler hier devant le comité des Comptes publics. «Ma préoccupation, c'est que des commissions [aux agences de communication] étaient versées sans que du travail soit fait en contrepartie.»
Par exemple, en 1995, le gouvernement avait accordé un contrat de publicité postale à la firme Pinnacle Advertising. Par la suite, Chuck Guité a toutefois demandé que l'argent transite par le Groupe Everest, qui a touché une commission d'environ 160 000 $... pour rien.
M. Cutler a sonné l'alarme à propos de ces pratiques en 1996. La firme Ernst & Young a été appelée pour enquêter. Mais lui-même en a pâti: il a été muté ailleurs et sa carrière a plafonné.
Selon M. Cutler, tout a commencé le 17 novembre 1994. Ce jour-là, lui et Chuck Guité participent à une rencontre au cours de laquelle ce dernier se plaint du fait que le processus d'attribution de contrats de publicité est fastidieux. À ce moment, M. Guité n'a pas tous les pouvoirs et doit s'en remettre à l'équipe de M. Cutler.
«Aux yeux de M. Guité, cela ne devrait pas prendre plus de deux jours à [l'équipe] pour boucler un contrat. Les règles normales ne devraient pas s'appliquer à la publicité. Il en parlera avec le ministre pour faire changer cela», écrit alors M. Cutler dans des notes qu'il a soigneusement conservées jusqu'à aujourd'hui. M. Guité aura convaincu le ministre des Travaux publics, soit David Dingwall à ce moment-là: en effet, une semaine plus tard, Allan Cutler est transféré dans son équipe. M. Guité concentre donc tous les pouvoirs entre ses mains: il peut à la fois autoriser les dépenses, choisir les agences de communication, approuver les contrats, vérifier si le travail a bel et bien été fait et autoriser le paiement par la suite.
«On ne m'a jamais dit que c'était un changement fait en réponse au référendum. On m'a dit que c'était un changement avec lequel je devais vivre! Je n'étais pas à un niveau où on explique pourquoi les changements sont faites», a raconté M. Cutler.
L'opposition, elle, n'a pas manqué de souligner l'incohérence entre cette chronologie et celle qu'avait défendue Jean Chrétien. «Il n'y avait pas de crise en 1994. Si le gouvernement voulait vendre le Canada au Québec, il n'avait aucune raison de contrevenir à toutes les règles, comme dans une situation de crise», a conclu le président du comité, le conservateur John Williams. «Tout a commencé dès qu'ils [les libéraux] sont arrivés au pouvoir. Ils savaient ce qu'ils voulaient faire, et ils l'ont fait!»
La néo-démocrate Judy Wasylycia-Leis est du même avis. «Il est absolument clair que le gouvernement conspirait bien avant le référendum afin de prendre le contrôle de la machine gouvernementale pour des motifs politiques.» Quelles raisons? La députée ne peut pas le dire avec certitude mais croit qu'il s'agissait entre autres «de rembourser certains amis dans le monde des affaires».
On se rappellera qu'en 2002, quelque temps après le dépôt du rapport de la vérificatrice générale sur trois contrats de commandite accordés à Groupaction, Jean Chrétien avait expliqué que l'argent avait été perdu pour une bonne cause: l'unité nationale. «Peut-être que quelques millions de dollars ont été volés dans le processus. C'est possible. Mais combien de millions et de millions avons-nous sauvés parce que nous avons rétabli la stabilité du Canada en tant que pays uni?», avait-il demandé à une foule de militants à Winnipeg.
Du côté du Bloc québécois, on croit au contraire que le témoignage d'Allan Cutler hier vient étayer davantage la thèse de la contre-attaque fédéraliste. «Chuck Guité l'a dit lui-même lorsqu'il a comparu, en juillet 2002. "Nous étions en guerre, il fallait battre les séparatistes!"», a raconté Odina Desrochers. «Ç'a été planifié longtemps d'avance de façon à ce que le Québec perde son référendum.»
L'opposition ne fait pas beaucoup de différence entre le programme de publicité et celui des commandites. Le témoignage d'Allan Cutler a confirmé qu'elle a raison de ne pas le faire. M. Cutler prétend que dès mai 1996, soit un an et demi avant la création officielle du programme de commandites, Chuck Guité avait donné le feu vert à sept projets de commandite d'une valeur de 645 000 $. Ceux-ci ont été gérés par le programme de publicité.
Des dossiers purgés
M. Cutler n'est pas d'accord avec la façon de procéder de Chuck Guité, son nouveau patron. Ainsi, il refuse systématiquement de signer les contrats qu'on lui demande de préparer lorsqu'il est obligé, par exemple, de trafiquer les dates. On lui dit alors qu'il «payera» pour ce refus. De plus, M. Cutler décide de toujours écrire une petite note indiquant toutes les irrégularités commises, et ce, pour chaque dossier.
Il s'étonne aujourd'hui que les enquêteurs d'Ernst & Young n'aient pas vu ces notes. «Je serais porté à croire qu'on a procédé à une purge des dossiers avant l'arrivée des enquêteurs... »

»» Santé
Le procès de la santé
André Pratte
La Presse vendredi 12 mars 2004
Fatigués d'attendre des mois avant d'être examinés ou traités, des Canadiens se tournent vers les tribunaux pour forcer le système de santé à leur offrir des soins dans des délais raisonnables. Cette stratégie a ses mérites. Elle comporte aussi des risques d'effets pervers importants.
Le malade en attente de traitement est impuissant, complètement soumis aux décisions (rarement justifiées) de la bureaucratie hospitalière. Le système est insensible aux plaintes. Le malade qui bagarre, cependant, sera vite pris en grippe.
Le recours aux tribunaux rétablit un certain équilibre entre les patients et le système. Ainsi en est-il dans le cas de milliers de Québécoises souffrant d'un cancer du sein, et qui ont dû attendre plus longtemps que les huit semaines recommandées pour obternir un traitement de radiothérapie. La Cour supérieure a autorisé mercredi l'audition d'un recours collectif au nom de ces femmes. Si les tribunaux décidaient en leur faveur, 12 hôpitaux québécois devraient leur verser une compensation pour les dommages qu'elles ont subis.
La requérante initiale dans ce dossier a choisi de se faire traiter à ses frais dans son pays natal, la Turquie, après avoir appris qu'il lui faudrait attendre jusqu'à cinq mois avant de bénéficier d'une radiothérapie à Montréal. Les hôpitaux concernés par le recours ont allégué, entre autres arguments, qu'ils ne peuvent être tenus responsables des délais excessifs, étant victimes des compressions budgétaires imposées par le gouvernement.
Cela nous amène à une cause d'importance qui sera entendue en Cour suprême en juin, celle du docteur Jacques Chaoulli. Le docteur Chaoulli soutient que la Loi sur l'assurance-maladie ne devrait pas empêcher les Québécois de souscrire à une assurance privée, assurance qui leur donnerait les moyens de s'offrir des soins hors du système public. Selon lui, comme le système public est incapable de fournir des soins en temps opportun, cette restriction viole le droit à la vie et à la sécurité de la personne garanti par la Charte des droits. M. Chaoulli a perdu en Cour supérieure et en Cour d'appel, mais si d'aventure la Cour suprême lui donnait raison, l'économie du système canadien de santé serait littéralement bouleversée, une éventualité à laquelle personne n'est préparé.
Jusqu'ici, les tribunaux s'étaient montrés réticents à imposer aux gouvernements des obligations précises en matière de soins de santé. Mais des décisions récentes indiquent que cette attitude pourrait changer. C'est le risque de la judiciarisation de la santé: les tribunaux pourraient imposer, de jugement en jugement, une réforme précipitée et désordonnée du système de santé.
Les décideurs de la santé peuvent éviter cela. Notamment, ils doivent mettre un terme à la fuite en avant qu'ils pratiquent depuis trop d'années. C'est-à-dire qu'ils doivent enfin admettre que l'État ne pourra pas tout payer tout le temps, et que la solution aux problèmes actuels n'est pas aussi simple qu'une injection de fonds venant d'Ottawa ou qu'un changement de gouvernement à Québec. Les Québécois devront avoir le courage et la lucidité de remettre en question certains des principes qui sous-tendent le système actuel.

»» cinéma
Où est passé le sens critique?
Michel Rioux
Syndicaliste
Le Devoir vendredi 12 mars 2004
Libre opinion: Jamais de ma vie n'aurais-je cru me retrouver sur la même longueur d'onde que Léon Courville. Un fossé, un mur, pour ne pas dire un monde, nous séparent. Mais voilà que la chose est arrivée à l'occasion d'un texte qu'il signait dans Le Devoir du 4 mars. Depuis des mois, flagorneurs de service, faiseurs de courbettes, flatteurs en tout genre, thuriféraires de l'ordre établi n'ont de cesse d'encenser Denys Arcand et ses Invasions barbares. Mais où se terrent-ils, les autres qui ne partagent pas cette lecture cynique de notre société? Je me le demande depuis des mois.
Or voilà que M. Courville en fait exactement la même lecture que moi, ce qui m'étonne. Moi aussi, comme M. Courville, je me demande où est passé le sens critique de nos concitoyens. «Grossièrement antisyndical [...] réactionnaire par sa critique impitoyable de notre système de santé [...] instrument de mondialisation néolibéral [...].» Ce sont là des termes utilisés par M. Courville. Et dire que même Michel Chartrand m'a amicalement reproché d'avoir dit du mal de ce film dans le journal satirique Le Couac !
L'ambiguïté et l'intelligence
L'été dernier, chez Marie-France Bazzo, l'éditorialiste de La Presse, Mario Roy, commentait : «Intelligent. Arcand est un cinéaste intelligent, contrairement par exemple à Falardeau, qui se sent obligé de faire flasher une lumière rouge pour dire qu'il est séparatiste. Arcand est plus subtil. Avec lui subsiste toujours une certaine forme d'ambiguïté.» Voilà, c'est dit. L'ambiguïté est désormais l'étalon de l'intelligence.
On dit de Denys Arcand qu'il est un scénariste rigoureux et que les comédiens qu'il dirige n'ont pas droit à l'improvisation; avec lui, on ne sort pas du texte. Il faut donc aller au scénario lui-même pour que l'excellent jeu des comédiens n'agisse pas comme un prisme déformant. C'est alors seulement qu'on comprend le sens profond de la démarche. On comprend que les laudateurs de Denys Arcand prennent pour de la lucidité ce qui est plutôt du cynisme. On comprend qu'ils prennent pour une certaine distanciation ce qui n'est pas autre chose que de l'indifférence. Qu'ils prennent pour de la hauteur ce qui n'est rien d'autre que du mépris.
Nous sommes précisément en présence d'un cinéma d'auteur. En effet, on ne peut comprendre Les Invasions barbares et en saisir tout le sens qu'en analysant la trajectoire personnelle de l'auteur. Une trajectoire classique, presque banale, ici comme ailleurs. Une trajectoire empruntée par des dizaines d'autres, qui gauchisaient à fond de train dans leur jeunesse pour mieux renier aujourd'hui leurs illusions perdues. Combien de marxistes-léninistes de la stricte observance, combien de lutteurs et de trotskistes ont défroqué depuis pour mieux suivre leurs actions en Bourse ? Victor Hugo demeure une exception, lui qui a commencé sa carrière comme sénateur d'extrême droite pour la finir député d'extrême gauche après la Commune de Paris.
Question de trajectoire
On ne peut pas comprendre le dernier film de Denys Arcand si on oublie qu'avec Gérald Godin, il a réalisé le film On est au coton, portant sur les conditions de vie des employés de l'industrie du textile, un film que la direction de l'Office national du film a refusé de diffuser pendant des années. Si on ne se souvient plus de Réjane Padovani, une critique caustique des relations troubles entre le monde de la politique et le monde des affaires. Si on ne se rappelle pas qu'il a réalisé pour la CSN un film dénonçant les piètres conditions de travail des employés d'hôpitaux. (Trente ans plus tard, c'est comme si ces employés syndiqués dirigeaient l'hôpital et se faisaient une spécialité de piquer les ordinateurs dans les chambres des patients... ) Si, surtout, on passe sous silence Le Confort et l'Indifférence, ce documentaire désabusé réalisé après le référendum de 1980.
«L'histoire de l'humanité, ma soeur, c'est une histoire d'horreur», dit Rémi dans le film après avoir lu à voix haute une réflexion de Saint-Simon : «[...] Écrire l'histoire de son pays et de son temps, c'est se conter à soi-même le néant du monde... »
Arcand ne croit plus à rien. Arcand est revenu de tout. Mais Arcand demeure capable de jouer avec les émotions des spectateurs. En entendant les commentaires des critiques et des spectateurs, on pense à Rabelais disant de Gargantua qu'il pleurait comme une vache mais tout soudain riait comme un veau. Malheureusement, le sujet et l'objet de ces rires et de ces pleurs, c'est nous, peuple à ses yeux dégénéré, qui n'a pas su se montrer à la hauteur, et que l'auteur regarde froidement, comme un marquis dégénéré regardant une tache de vin sur son jabot.
On ne choisit pas ses frères et ses soeurs. On choisit par contre les parrains et marraines de ses enfants. Arcand et madame ont pris la présidente du Conseil du trésor pour marraine de leur petite. Cela en dit long, pour ne pas dire tout. Il y a longtemps que Denys Arcand ne demeure plus dans le bas de la ville. Falardeau y reste encore. Sans doute ceci explique-t-il cela.

»» cinéma
Invasions barbares « dans » la sensibilité nationale
Hélène Pisier
Le Devoir 2 mars 2004
Réf : Mature, mais fragile - Je me réjouis grandement du succès de M. Denys Arcand, de son épouse, Mme Denise Robert, et de leurs équipes de production et de mise en marché visiblement bien huilées. Je me réjouis aussi d'un succès qui rejaillit d'emblée sur l'ensemble des artisans du film, l'excellente brochette de comédiens (dont l'ineffable Rémy Girard) en particulier.
Les hommages et les éloges se déversant actuellement depuis les quatre - coins de la ronde - Planète sur ces personnes et ces organisations, avec raison, on me permettra par conséquent un léger point d'orgue dans l'euphorie de ce dopaminant concert.
M. Arcand, vous aviez pour vous une authentique tribune planétaire ce dimanche de votre fameux Oscar - à l'instar, quoique dans une moindre mesure, de celles de Cannes ou d'ailleurs où on a salué également votre talent dans la dernière année. Tribune où vous pouviez incidemment, et ce en moins de quinze secondes, promouvoir une noble Cause - celle de votre propre Patrie rompue et «occupée» par la mesquine et fort argentée politique canadienne d'inanition, de dénigrement et de propagande à l'égard de ce fier peuple français d'Amérique que sont les Québécois.
Certes, personne n'attendait de votre part - compte tenu notamment du «cynisme» que vous affichez sur le Sujet depuis assez longtemps, désormais - la reconduction du discours d'un certain Général sur un Balcon d'illustre mémoire de la métropole du Québec, en 1967, mais tout de même...
Pour ma part, je m'attendais à un «contre-hommage» à la chair de la chair de vos appartenances. Qui sait, peut-être pareille déclaration d'attachement aurait-elle charrié avec elle les 0,06% manquant au pays-à-bâtir - déjà repérable au bout des doigts, au reste, sinon au bout de la langue...
Et du même élan, faire comprendre aux Étatsuniens (à tous les Conan O'Brien à tout le moins) que le monde tout entier ne se réduit pas à un pays, un seul: le leur - anglo-saxon, autocrate et militarisant.
Une admiratrice sincère mais critique.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
"BRILLER PARMI LES MEILLEURS"
Patrice Boileau, patriceboileau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 12 mars 2004
Consulter en politique constitue une noble vertu. Elle démontre une certaine souplesse de la part des élus et une capacité d’écoute envers les citoyens. Les 19 forums que lance le gouvernement libéral de Jean Charest devraient donc nous réjouir. Pourtant; il n’en est rien…
C’est que les Québécois sont plus que sceptiques face à cette annonce. Les bâillons de la dernière session qui ont permis au gouvernement libéral d’imposer unilatéralement ses politiques rétrogrades donnent l’impression qu’il est trop tard. Tout a été fait : les changements à la sauce néo-libérale sont adoptés, à la grande fierté de Jean Charest qui déplorait, durant la dernière campagne électorale, l’inaction péquiste car trop empêtrée dans de nombreuses consultations. Il était prêt, comme le disait son slogan, a agir, contrairement aux péquistes. Comment alors le Premier ministre peut-il être crédible en déclarant maintenant chercher le changement à l’aide des forums publics qu’il propose!
Des modifications réelles sont-elles encore possibles, suite aux gestes dévastateurs commis à l’automne dernier? Il était cocasse d’ailleurs d’entendre le ministre de Ressources naturelles Sam Hamad déclarer à l’Assemblée nationale le mercredi 10 mars dernier que son gouvernement trancherait au sujet du projet du Suroît en juillet prochain, alors que les consultations à ce sujet doivent se tenir cet automne… Voilà un réflexe bien ancré chez ce gouvernement que le député de Louis-Hébert vient de trahir encore une fois! Que dire alors de plus sur la pertinence des forums qui se préparent?
Visiblement, Jean Charest constate les limites de sa réingénierie dans le cadre canadien et n’a pas le courage de le réaliser. Le changement qu’il implore relève plutôt d’une terrible détresse que lui impose son dogme fédéraliste. L’impasse qu’il découvre est telle que la seule issue actuellement est de gagner du temps au travers de ses forums bidons. Un peu à l’image de la pensée magique, le Premier ministre souhaite que cette période d’accalmie qu’il cherche fera germer une façon d’annoncer aux Québécois qu’il n’y a pas de solution : qu’il faudra donc continuer d’appliquer la bonne vieille recette des compressions budgétaires, des hausses tarifaires et des gels de salaires, tout en poursuivant le démantèlement de l’État. Pelleter la neige en avant, pour plaire à son gouvernement canadien, n’a rien de brillant, monsieur Charest…

TRIBUNE LIBRE
Un nouveau son de cloche:
Le scrutin majoritaire affaiblit
les francophones; mais la proportionnelle les renforcerait
Paul Cliche, membre de l'UFP
TRIBUNE LIBRE 12 mars 2004
La présentation prévue pour ce printemps d'un projet de loi à l'Assemblée nationale afin de réformer le mode de scrutin semble avoir mis dans tous ses états le député Luc Thériault, porte-parole de l'opposition péquiste dans ce dossier. Il est même allé jusqu'à contredire le fondateur de son parti, René Lévesque, qui, lui, avait qualifié de "démocratiquement infect" le scrutin majoritaire. Disant trouver plusieurs qualités à ce dernier, il a même mis en doute l'évidence du déficit démocratique qu'il engendre.
Plus prudent, son chef, Bernard Landry, a remis ses commentaires à plus tard On se souvient que ce dernier avait déclaré durant la dernière campagne électorale que, s'il était réélu, on vivait les "dernières élections avec le scrutin actuel". C'était suite à la décision prise au congrès d'orientation de son parti, tenu quelques jours avant la dissolution du Parlement, de redonner priorité à cet engagement inscrit au programme de la formation souverainiste dès 1969 mais pas encore respecté après plus de 17 ans d'exercice du pouvoir.
On sait qu'a priori le système actuel favorise le Parti québécois de façon aussi aberrante qu'il l'avait fait dans le cas de l'Union nationale pendant 25 ans. Ainsi, en 1998, il avait été réélu avec une forte majorité parlementaire même s'il avait obtenu moins de votes que le Parti libéral structurellement handicapé par la concentration de ses votes dans les comtés à forte composante anglophone. Quand les libéraux de Jean Lesage avaient subi la même mésaventure en 1966 aux mains de l'Union nationale, René Lévesque, ministre sortant, avait déclaré qu'il s'agissait là "d'un sabotage officiel et extrêmement pernicieux des fondements de la démocratie politique". Mais ce renversement de la volonté populaire n'avait pas empêché le gouvernement Bouchard-Landry, malgré sa légitimité affaiblie, de renvoyer la réforme du mode de scrutin aux calendes grecques alors que la plus élémentaire décence démocratique commandait qu'il lui accorde priorité.
On peut comprendre le dilemme dans lequel se trouvent les péquistes coincés entre l'intérêt général et l'intérêt partisan. Ils craignent que l'instauration d'un scrutin proportionnel signifie pour eux un interminable séjour dans l'opposition. Mais le dernier numéro de la revue L'Action nationale, bien connue pour son engagement souverainiste, devrait leur redonner espoir.
Un article signé par le politicologue Pierre Serré, qui a fait sa thèse de doctorat sur le sujet, y détruit le mythe de la nocivité d'un éventuel scrutin proportionnel envers la formation souverainiste. Au contraire, c'est "le scrutin majoritaire (qui) minorise les francophones, empêche la constitution d'une coalition gagnante et condamne à des stratégies fondées sur la victimisation", affirme-t-il d'emblée.
Sa thèse s'appuie sur la constatation qu'avec le scrutin majoritaire des majorités péquistes suffisantes pour surmonter le vote en bloc des non-francophones ne se dégagent que lorsque les effectifs francophones sont au moins quatre fois plus nombreux que ceux des non-francophones dans le Montréal métro et au moins huit fois plus nombreux dans le reste du Québec. Ainsi, l'expérience prouve que les circonscriptions montréalaises qui n'ont pas 79% de francophones et celles qui, hors Montréal, n'en comptent pas plus de 90% n'élisent que des députés libéraux.
Par contre, poursuit M. Serré, un scrutin proportionnel traduisant parfaitement les voix en sièges pourrait permettre aux francophones de prendre une place dans l'arène politique qui soit conforme à leur poids démographique. Dans ce but, il préconise un scrutin de type régional à la scandinave qui est aussi le choix de l'Union des forces progressistes (UFP) . À ses yeux, un système mixte à l'allemande ne comportant qu'une quarantaine de sièges de compensation serait beaucoup moins intéressant à ce point de vue.
Voilà de quoi nourrir la réflexion des députés péquistes en espérant que, cette fois-ci, ils ne bloqueront pas cette réforme essentielle pour réduire le déficit démocratique, comme l'avaient fait leurs prédécesseurs en 1984 en se mutinant contre le premier ministre Lévesque. N'en déplaise au député Thériault…

TRIBUNE LIBRE
Refus total
GHISLAIN LEBEL
Député fédéral
Comté de Chambly-Borduas, LebelG1@parl.gc.ca
TRIBUNE LIBRE 12 mars 2004
Richelieu, le 9 mars, 2004
Madame Monique Depocas
Beloeil, Québec
OBJET : Refus total.
Madame,
J’accuse réception de la vôtre du 23 janvier 2004 ainsi que connaissance de son extrait conforme publié dans le journal L’œil Régional du samedi 6 mars courant. Vous commentez le choix que je fais de solliciter un quatrième mandat à titre de député fédéral du comté de Chambly-Borduas lors de la prochaine campagne électorale, prévue pour ce printemps.
Voyez moi agréablement surpris de l’effet bœuf que provoque mon intention. Pour un marginal, le désarroi qui s’empare des troupes adverses serait-il prémonitoire?
Loin de produire les effets escomptés, votre lettre m’incite au contraire à aller de l’avant. Je dois admettre que ma détermination est en partie due à ces professionnels du militantisme rentable dont vous et votre entourage êtes les champions! La critique me vient en effet de ceux que je n’ai pas eu le plaisir de croiser sur la rue au cours des centaines d’heures de porte-à-porte que j’ai effectuées lors de la dernière campagne référendaire d’octobre 1995. Elle me vient aussi de ceux, alors moins scrupuleux à se servir de fausses accusations pour se défaire d’une députée en poste, Mme Luce Dupuis, ça vous dit quelque chose?
Bourgault, que vous respectez tant, a sabordé son parti à la faveur du Parti Québécois en 1968, geste qu’il a regretté toute sa vie. S’il ne l’eut point fait alors, il y a de fortes chances que nous fussions maintenant indépendants.
Ces gardiens de la semence de Zoroastre, Mme Depocas, ont conduit le Parti Québécois à choisir l’ombre plutôt que la proie, la gouverne provinciale plutôt que l’indépendance, option pour laquelle certains parmi vous étaient prêts semble-t-il à mourir, oui, mais de mort lente, très lente même. Et pour ce sacré pouvoir, vient la recherche du plus petit dénominateur commun qui fait office de programme, tant chez le Bloc Québécois que chez les Péquistes: le nationalisme civique. La langue publique commune (réduit le français au simple outil de communication entre les composantes multiethniques) et l’histoire publique commune sont des notions que l’aveuglement volontaire, partisan et débridé commande; notions issues directement de l’E.N.A.P. (École Nationale d’Administration Publique) – nationalisme territorial, administratif, d’ethnicité zéro et aussi de rêves bafoués et méprisés.
C’est le nationalisme de la discrimination positive (toujours négative envers celui qui en fait les frais), c’est le nationalisme de la motion de blâme et la négation de l’identité culturelle de ce qui constitue encore l’essentiel de la clientèle souverainiste quand ce n’est pas celui de la définition syndicale de nos aspirations (j’ai besoin, donc je suis).
Notre nationalisme civique et inclusif, c’est le multiculturalisme provincial, c’est le renoncement au territoire ancestral, c’est le jet au feu de la St-Jean de nos racines canadiennes françaises (dixit Gérard Bouchard, le frère de l’autre!).
La gestion provinciale, c’est aussi Mme Depocas, la fuite des renseignements personnels, Oxygène-9 et les parjures canonnés devant les commissions d’enquête (rappelez-vous l’Enquête Moisan sur les fuites de mes rapports d’impôt). Le nationalisme civique c’est aussi l’oubli des régions et de leurs citoyens.
C’est encore la discrimination basée sur l’origine ethnique, l’attribution de privilèges en fonction de la race (ne parle-t-on pas des premières nations lorsqu’il s’agit des autochtones, ce qui suppose qu’après elles, suivent les autres), c’est l’abandon définitif du Labrador et surtout, l’aveu qu’il nous fut légalement et justement soutiré.
On connaît pour les 20 prochaines années et dans l’ordre, les trois prochains chefs aux idées taries du Parti Québécois et celui non moins vide, nommé à vie, du Bloc Québécois pendant qu’en pleine fleur de l’âge, quittent les Facal, Paillé, Boisclair et autres. Captivant le projet souverainiste, dites-vous? Avec ceux qui restent, ceux qui partent, ceux qu’on expulse et ceux qui meurent, le combat cessera, faute de combattants.
Soyez cependant assurée, Mme Depocas, que je suis et demeure toujours, envers et malgré vous et les basses besognes dont vous êtes chargée, un ardent souverainiste.
c.c. Journal l’Œil Régional
c.c. Journal de Chambly
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
INVITATION - dîner spaghetti
COMMUNIQUÉS 12 mars 2004
En vue de l'élection fédérale prochaine, le Bloc Québécois d'Anjou et Rivière-des-Prairies convie la population à son dîner spaghetti.
Les députées Francine Lalonde (Bloc Québécois, Mercier) et Nicole Léger (Parti Québécois, Pointe-aux-Trembles) prendront part à l'événement.
Quand: Dimanche le 28 mars 2004, 11h30
Où: Sous-sol de l'Église St-Conrad
6956 avenue desOrmeaux (Anjou)
Coût: 15.00$
Pour information, contactez Richard Leboeuf: richardleboeuf2000@yahoo.fr
***
Richard Leboeuf McGregor
Représentant jeunes
Parti Québécois de Pointe-aux-Trembles
Courriel: richardleboeuf2000@yahoo.fr
MSN: rleboeuf14@hotmail.com
Ils sont grands car nous sommes à genoux: levons-nous et faisons du Québec notre pays!