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»» union de la gauche

Françoise David lancera un parti à l'automne

Robert Dutrisac
Le Devoir mardi 16 mars 2004

Québec -- L'ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec, Françoise David, se prépare à fonder un nouveau parti d'union de la gauche cet automne.

La militante, qui, officiellement, se dit toujours en réflexion mais qui a fini de tergiverser depuis plusieurs semaines, est à la tête d'un groupe d'une centaine de militants réunis sous le vocable Option citoyenne. Les comités de coordination, d'organisation, de financement et de recrutement du mouvement sont déjà en marche. François Saillant, du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), et Jean-Yves Desgagnés, du Front commun des assistés sociaux et candidat indépendant, appuyé par l'Union des forces progressistes (UFP) et le Parti vert aux dernières élections québécoises, font partie de la garde rapprochée de Françoise David. Cette dernière n'a pas rappelé Le Devoir hier.

Pour 2004, l'échéancier d'action d'Option citoyenne est bien arrêté. Le mouvement publiera un manifeste, que François Saillant préfère appeler une «plaquette», en mai. «Ce n'est pas un programme politique. C'est un appel si on peut dire, mais avec des propositions et des questions aussi. On ne fera pas juste donner des réponses parce qu'on veut dialoguer avec la population», a expliqué, hier, M. Saillant.

La publication de ce manifeste sera suivie par une tournée du Québec par Mme David cet été. En octobre, Option citoyenne tiendra un congrès. Par la suite, le mouvement entamera des négociations avec l'UFP et le Parti vert afin de former un nouveau parti d'union de la gauche.

«La gauche est beaucoup plus large que la gauche qui s'est regroupée présentement» au sein de l'UFP, a souligné M. Saillant.

L'UFP s'est constituée en parti politique en juin 2002. Elle est issue du regroupement de trois partis : le Rassemblement pour l'alternative politique, le Parti de la démocratie socialiste, de Paul Rose, et le Parti communiste du Québec. Aux élections générales d'avril 2003, l'UFP n'a recueilli que 40 422 votes, soit 1,06 % des suffrages exprimés. Le meilleur score de la gauche réunie, c'est le candidat Paul Cliche qui l'a obtenu avec 24 % des voix lors de l'élection partielle d'avril 2001 dans Mercier. L'UFP compte présentement moins de 2000 membres, mais ce nombre s'est déjà élevé à 2700 durant la campagne électorale de 2003. «La différence [avec Option citoyenne], c'est que l'UFP, c'est une coalition de petits partis politiques de gauche. Mais, dans la gauche, il y a la mouvance sociale, et nous sommes de cette mouvance», a fait valoir Jean-Yves Desgagnés. Les membres d'Option citoyenne proviennent des réseaux féministes et des groupes communautaires et populaires.

«La démarche de Mme David, c'est vraiment de rejoindre Monsieur et Madame Tout-le-monde. C'est une démarche qui veut ratisser très large, sortir des sentiers battus, des groupuscules et des petits partis», a expliqué M. Desgagnés.

Option Citoyenne est en communication constante avec l'UFP et le Parti vert. L'initiative de Françoise David y est bien perçue. «On voit ça d'un très bon oeil», a dit Pierre Dostie, porte-parole de l'UFP. «Nous avons beaucoup de points en commun avec Françoise David. Et tout le monde est d'accord sur l'importance de construire un véritable parti progressiste.»

Certains membres de l'UFP ne sont pas du même avis. «Il y a des susceptibilités qui sont à fleur de peau», a fait remarquer Paul Cliche. «Il y a en qui disent que Françoise David, c'est une personnalité qui fait tourner les choses autour d'elle.» Paul Cliche n'a rien contre une forte personnalité : il estime qu'il a trop de chefs à l'UFP, soit un président, deux vice-présidents et un secrétaire général. «Je trouve ça un peu imbécile; je leur ai dit», a confié M. Cliche.

Pour lui, un nouveau parti d'union de la gauche verra le jour à l'automne. «C'est destiné à se faire s'ils [les membres de l'UFP] veulent vraiment former un parti. S'ils veulent rester un groupuscule et un groupe de pression, bien là ...» a lancé M. Cliche.

Françoise David devra toutefois préciser sa position sur la question nationale, estime M. Cliche. «La question nationale n'est pas une priorité pour elle. À l'UFP, on est souverainiste; nous autres, on est indépendantistes», a-t-il rappelé. Pendant que Françoise David se prépare à fonder un parti, le Parti québécois accueille en son sein une coalition de gauche appelée le SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), comme le confirmait la porte-parole du mouvement et ex-présidente de la CSQ, Monique Richard, dimanche en conférence de presse. Le directeur du magazine L'Aut' Journal, Pierre Dubuc, qui estime que l'UFP ne va nulle part, est l'instigateur de cette coalition, le meilleur moyen pour la gauche, selon lui, de combattre la droite et Jean Charest.

François Saillant est sceptique. «C'est quelque chose qui a été tenté plusieurs fois avec plus ou moins de succès», a-t-il dit, en rappelant l'aile gauche du PQ, dénommée Ça urge, au début des années 70. «Il faudra se demander si cette gauche-là peut coexister avec la direction actuelle du Parti québécois. Ce n'est pas évident.»



»» union de la gauche

Le vent du centre

Michel David
Le Devoir mardi 16 mars 2004

À l'automne 2002, l'ancien président du Conseil du trésor, Joseph Facal, avait fait bondir Françoise David, en déclarant qu'à force d'avoir dénigré le gouvernement péquiste, les groupes de pression de gauche étaient responsables de la soudaine ascension de l'ADQ.

Leur désenchantement était compréhensible. Depuis plus d'un quart de siècle, le PQ avait été le véhicule privilégié du «projet de société» que caressaient les socio-démocrates québécois. Les dures compressions budgétaires qui ont permis d'atteindre le déficit zéro leur ont semblé une trahison. Jamais ils n'auraient cru entendre un ministre péquiste, toujours Joseph Facal, dénoncer le «lobby misérabiliste de la pauvreté».

Finalement, ils ont fait le jeu des libéraux qui ont su profiter de leur dépit. Il y avait un petit acte de contrition dans les propos que l'ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec, Vivian Barbot, a tenus en fin de semaine dernière, à l'occasion de la réunion du nouveau collectif SPQ Libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), qui se propose d'investir le PQ.

«Aux dernières élections, les gens ne voyaient pas la différence entre le PQ et le PLQ, a expliqué Mme Barbot. C'était bonnet blanc, blanc bonnet. Ils ont voté contre le PQ pour protester, en croyant que c'était du pareil au même. Aujourd'hui les gens voient que c'est faux, mais il faut marquer plus les différences et être plus progressiste.»

Le PQ ne peut voir que d'un bon oeil le retour au bercail de gens qui auraient pu se tourner vers l'Union des forces progressistes (UFP) ou encore se joindre à Françoise David, qui doit lancer, en mai prochain, un manifeste qui se veut le premier pas vers la création d'un nouveau parti. Dans la perspective d'un mode de scrutin qui introduirait un élément de proportionnelle, l'éparpillement des voix progressistes ne pourrait évidemment que nuire au PQ.

***

Il ne fait aucun doute que l'ancienne présidente de la CSQ, Monique Richard, ou l'ex-président de la CSN, Marc Laviolette, sans oublier l'ancien ministre péquiste, Robert Dean, sont capables de mettre beaucoup d'animation dans une «saison des idées» qui s'annonçait jusqu'à présent très calme.

Il ne faudrait toutefois pas s'imaginer qu'un vent de gauche souffle présentement sur le Québec. Il serait plus juste de parler d'un fort vent du centre. La première année de règne libéral a sans aucun doute provoqué beaucoup de mécontentement, mais cela ne signifie pas que la population souhaite voir le PQ se transformer en porte-parole des centrales syndicales.

Personne ne s'étonnera qu'il s'engage à revenir aux dispositions antérieures de l'article 45 du code du travail, que le gouvernement Charest a amendées pour faciliter la sous-traitance, mais il n'y a pas grand-monde au Québec qui lui reproche d'avoir été «trop rigide avec le monde syndical», comme le croit le SPQ Libre.

Dans son édition d'hier, La Presse rapportait que le gouvernement Landry avait élaboré, lui aussi, un projet de «réingénierie», qui devait générer des économies annuelles de 300 millions, mais qu'il a préféré «tabletter» à l'approche des élections du 14 avril.

Le rapport sur l'allégement et la simplification des structures gouvernementales, rédigé par M. Facal, devait en principe faire suite au «plan d'action pour un Québec meilleur», que le premier ministre Landry avait publié à l'automne 2002, mais on n'en a jamais vu la couleur. Sans le crier sur les toits, d'autres anciens membres du gouvernement Landry sont en réalité très heureux de voir les libéraux faire le ménage à leur place.

Ce qui est perçu comme une dérive à droite du PLQ offre au PQ une magnifique occasion d'occuper le centre de l'échiquier politique. Ce n'est pas en radicalisant son discours que le PQ va recréer la coalition arc-en-ciel sur laquelle M. Landry compte pour tenir et gagner un prochain référendum. Certes, ce ne serait pas une mauvaise chose que le PQ soit vivifié par un débat entre divers courants, à la condition expresse qu'ils ne se transforment pas en autant de chapelles qui s'empresseront de s'entre-déchirer.

Pour l'heure, M. Landry a surtout pris acte des propos de Marc Laviolette, selon lequel «l'important reste de se débarrasser des libéraux aux prochaines élections et de mettre en avant l'idée de la souveraineté rapidement». Lui-même n'aurait pas su mieux dire.

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Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, qui était de passage au Devoir, hier, dit compter sur le vote progressiste qui a fait la popularité du Bloc québécois pour effectuer une percée au Québec, tout en reconnaissant qu'il n'est pas en position de faire valoir les avantages du pouvoir.

En réalité, la bonne fortune politique du Bloc n'a jamais été le fait de ses orientations progressistes. Il est né en réaction à l'échec de l'accord du Lac Meech, et les Québécois ont continué à l'appuyer, de moins en moins fortement, en réaction à l'intransigeance du gouvernement Chrétien. N'eût été du scandale des commandites, il se battrait peut-être pour sa survie.

D'ailleurs, M. Layton a beau s'en défendre, lui-même semble avoir entrepris de recentrer le NPD. Il reste encore des séquelles de l'aventure ontarienne de Bob Rae, reconnaît-il. Elle est finie l'époque où un budget équilibré passait pour un accroc à la social-démocratie. Comme le PQ, M. Layton est arrivé à la conclusion qu'un déficit profitait surtout aux banques.

mdavid@ledevoir.com



»» PQ

Le PQ applaudit à l'idée d'une aile gauche

Mario Cloutier
La Presse mardi 16 mars 2004

Québec - Les principaux leaders du Parti québécois accueillent favorablement l'idée d'une nouvelle aile gauche au sein de leur formation politique.

Formés notamment d'anciens chefs syndicaux comme Monique Richard et Marc Laviolette, le club politique SPQ (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre) souhaite former une aile progressiste au sein du PQ.

La députée de Taillon, Pauline Marois, qualifie de " très motivante " l'idée de retrouver au PQ des gens qui vont " nous stimuler et nous pousser à aller plus loin ". " C'est un cadeau pour les souverainistes. Je souhaite toujours qu'on redevienne cette large coalition que le PQ a toujours été ", souligne Mme Marois..

Cette candidate déclarée à une éventuelle course à la direction au PQ pimente déjà le débat en ajoutant que la coalition péquiste doit toutefois rester très large et inclure, par exemple, des gens " plus conservateurs ".

" La souveraineté n'est pas le propre d'un parti de gauche ou de droite, c'est le projet d'un peuple. Si on peut trouver une façon de camper cela dans le parti en faisant en sorte que ces courants apparaissent, je suis tout à fait disponible pour y réfléchir ", souligne-t-elle.

Son opposant à la succession éventuelle de Bernard Landry, François Legault, est d'accord pour dire que la création du SPQ est " une très bonne nouvelle ". Le député de Rousseau estime que le gouvernement péquiste a eu mal à sa gauche en travaillant à l'atteinte du déficit zéro.

" C'est plus important que jamais, dit-il, qu'on aille rechercher les progressistes et les sociaux-démocrates. "



»» Le 20 mars, Journée internationale de la Francophonie

Le multilatéralisme: un autre nom de la solidarité

Abdou Diouf
Secrétaire général, Organisation internationale de la Francophonie
Le Devoir mardi 16 mars 2004

Nous vivons une époque paradoxale, scandée par les pulsions contradictoires de la globalisation et de l'unilatéralisme. Dans le même temps, nous sommes les spectateurs d'une mondialisation accélérée et les témoins de volontés hégémoniques. Ce paradoxe a un nom: la crise de la gouvernance mondiale. Mais il a aussi un remède: le réveil du multilatéralisme.

À l'occasion du 20 mars où nous célébrerons la Journée internationale de la Francophonie, je tiens à rappeler que l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a toujours veillé à ce que sa diplomatie multilatérale puisse être, à la fois, une réalité et un exemple. Nous sentons bien, en effet, que l'organisation mondiale, née dans les années 1945, vieillit et s'essouffle. Le Secrétaire général des Nations unies y est, plus que tout autre, attentif. Le temps de la réforme est donc venu. Et, dans cette perspective, la Francophonie a sans doute quelque chose à dire au monde parce qu'elle est, tout à la fois, porteuse de nouvelles solidarités, de nouveaux acteurs et de nouvelles valeurs.

De nouvelles solidarités

Plus de 30 ans après sa création, la Francophonie étonne encore. Il est, en effet, peu banal que des États et des gouvernements rêvent ensemble que le partage d'une langue puisse créer une solidarité de fait susceptible de se transformer en solidarité de droit. Et pourtant, l'OIF existe aujourd'hui et ne cesse de s'élargir, puisque 56 États et gouvernements la composent désormais.

Au sein de cet espace francophone, coexistent des États et des gouvernements qui transcendent les clivages Nord-Sud et qui, sur les grands problèmes du monde, pratiquent la concertation, la règle du consensus dans le respect de l'égalité et de la différence. Je pense tout spécialement au Sommet mondial sur la société de l'information tenu à Genève en décembre dernier ou à la Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun en septembre 2003, où les pays francophones, malgré leurs évidentes disparités économiques, ont tenu des concertations dans un esprit de parfaite solidarité.

L'OIF a su étendre cette solidarité en l'ouvrant à un dialogue avec les autres aires linguistiques. Très tôt, la Francophonie a mené des actions communes avec le Commonwealth dont plusieurs pays francophones sont également membres, avec les Organisations lusophones, hispanophones, avec la Ligue arabe, avec la russophonie. Cette nouvelle coopération prélude, sans doute, aux grandes solidarités de demain et esquisse une réponse multilatérale et rationnelle à la grande peur fantasmatique des chocs de civilisations.

Nouveaux acteurs, nouvelles valeurs

Mais la Francophonie a su aussi valoriser et mettre en scène de nouveaux acteurs de la vie internationale. Aux côtés de son opérateur principal, l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, l'OIF a voulu intégrer les universitaires (AUF), les maires (AIMF), les parlementaires (APF), les médias (TV5), les milieux d'affaires (FFA), créant ainsi une organisation multilatérale d'un nouveau type. Plus encore, elle diffuse aujourd'hui sa pensée et son action grâce à un tissu associatif qu'elle ne cesse d'enrichir.

Je voudrais aussi mentionner l'impulsion que nous donnons aux réseaux institutionnels en faveur des droits de l'Homme (associations de magistrats et d'avocats francophones, de présidents de cours constitutionnelles, de médiateurs, commissions nationales des droits de l'Homme et instances de régulation de communication, structures gouvernementales chargées des droits de l'Homme dans l'espace francophone), qui irriguent notre espace.

La Francophonie a voulu résolument inscrire l'impératif démocratique dans le droit positif international. Dans sa Déclaration, adoptée à Bamako en novembre 2000, notre organisation a non seulement affirmé que «Francophonie et démocratie sont indissociables», mais elle a fortement posé que le respect de la démocratie devait être l'objet d'une observation constante et assortie de règles juridiques contraignantes.

Il en va de même, aujourd'hui, en ce qui concerne la diversité culturelle. Ce combat, la Francophonie le mène, sur le plan opérationnel, par sa programmation et ses actions de coopération, et, sur le plan normatif, au sein de l'UNESCO dans sa mobilisation en faveur d'un instrument juridique international sur la diversité culturelle. Car c'est une autre manière de défendre le multilatéralisme que d'affirmer l'universalité de la culture et de refuser sa soumission aux lois égoïstes du marché.

Je voudrais dire aussi, dans la perspective du multilatéralisme, l'importance que nous attachons à la notion de «droit au développement», qui n'est pas seulement un objectif de la communauté internationale, mais est d'abord un droit pour les individus et pour les peuples et donc un devoir pour les États et les gouvernements les plus prospères et les mieux nantis. C'est dans ce contexte que la Francophonie appuie les efforts de tous ses membres, tout particulièrement les pays les moins avancés, pour la relance des négociations commerciales multilatérales au sein de l'OMC afin que les objectifs du programme de Doha pour le développement puissent, enfin, se traduire par une participation effective de ces pays dans l'économie mondiale.

Je souhaite donc fortement que les États et les gouvernements de l'OIF puissent se concerter pour concrétiser cette idée, au moment où va s'ouvrir, à Genève, la 60e session de la Commission des droits de l'Homme. C'est également l'un des messages que j'adresserai aux 56 chefs d'États et de gouvernements qui se réuniront pour le Xe Sommet de la Francophonie à Ouagadougou en novembre prochain sur le thème «La Francophonie, espace solidaire pour un développement durable». Ce sera, pour nous, une manière de dire que le multilatéralisme est un autre nom de la solidarité ! Car c'est bien cette diplomatie multilatérale solidaire qui caractérise et légitime la Francophonie et que nous voulons offrir à l'ensemble des États et des peuples du monde.



»» Le 20 mars, Journée internationale de la Francophonie

La Francophonie à l'avant-garde de la lutte pour la culture

Louise Beaudoin
Chercheuse associée au Centre Études internationales et mondialisation (CEIM) et professeure associée, département d'histoire, Université du Québec à Montréal
Le Devoir mardi 16 mars 2004

La Francophonie à l'avant-garde de la lutte pour la culture - Marchandisation et diversité culturelle

Les États-Unis appliquent une stratégie évidente de multiplication de négociations commerciales bilatérales pour contourner la convention en préparation


Le bulletin des Coalitions pour la diversité culturelle, publié en ligne depuis Montréal par le Secrétariat du comité de liaison internationale des Coalitions pour la diversité culturelle, daté du 5 décembre 2003, nous apprend que les États-Unis appliquent, pour «[...] atteindre leur objectif ultime d'obtenir la libéralisation complète du secteur culturel -- c'est-à-dire de traiter les biens et services culturels sur le même pied que le bois d'oeuvre ou le secteur automobile --, une stratégie évidente de multiplication de négociations commerciales bilatérales». Au total, il y a plus d'une vingtaine de négociations conclues, en cours ou annoncées.

Des accords de libre-échange sont déjà conclus avec le Chili, Singapour, l'Australie, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica et avec un premier pays membre de la Francophonie, le Maroc. Des négociations sont en cours avec le Botswana, le Lesotho, la Namibie, le Swaziland et l'Afrique du Sud et d'autres sont annoncées avec, notamment, les pays du Pacte andin. Notons au passage que la vaste majorité de ces pays ne sont pas richissimes et en quête presque désespérés d'investissements étrangers, ayant un rapport de force inexistant quand il s'agit des États-Unis et de leur carnet de chèques.

Stratégie américaine

Les États-Unis sont redevenus membre de l'UNESCO quelques mois avant que ne s'ouvre la 32e session de la Conférence générale (29 septembre-17 octobre 2003). Le gouvernement américain avait quitté l'UNESCO, rappelons-le, au moment où celle-ci discutait d'un nouvel ordre mondial de l'information et de la communication (NOMIC), en 1984, sous la présidence de Ronald Reagan, le NOMIC ne faisant leur affaire ni sur le fond ni sur la forme.

Presque 20 ans plus tard, en juin 2003, le sous-secrétaire d'État américain responsable des organisations internationales, Kim R. Holmes, dans une lettre à Koïchiro Matsuura, directeur général de l'UNESCO, écrivait à propos du projet d'une éventuelle convention sur la diversité culturelle : «it seems to us both unnecessary and unlikely to have any practical effect». Malgré cette mise en garde, la conférence générale s'est prononcée en faveur d'une résolution invitant le directeur général de l'UNESCO à soumettre à la prochaine réunion en 2005 «[...] un rapport préliminaire sur la situation devant faire l'objet d'une réglementation, ainsi que sur l'étendue possible de cette réglementation, accompagné d'un avant-projet de convention internationale sur la protection des contenus culturels et des expressions artistiques...».

Le représentant américain se rendant compte qu'une vaste majorité de pays présents appuyait fermement cette proposition ne s'est pas opposé à son adoption, de sorte qu'elle fut adoptée par consensus. Les Américains, constatant leur échec, se sont-ils alors ralliés à l'élaboration d'une convention internationale ? S'agissait-il plutôt d'un recul tactique leur permettant de tenter de libéraliser la culture autrement, par d'autres méthodes et par d'autres moyens ? Par exemple, en laissant l'UNESCO travailler de son côté pendant qu'eux se prépareraient à rendre caduque cette convention avant même qu'elle n'ait vu le jour ? La question tombe sous le sens lorsque l'on voit le gouvernement américain signer, semaine après semaine, des accords de libre-échange bilatéraux incluant, notamment, le secteur de la culture.

L'approche privilégiée, en ce qui concerne la culture, est celle du statu quo, c'est-à-dire que les négociateurs américains acceptent, en général, le maintien des politiques culturelles existantes, donc le maintien des mesures déjà en place mais en les gelant à leur niveau actuel. Autrement dit, les pays qui concluent des accords de ce type avec les États-Unis renoncent à leur capacité d'améliorer ou de renforcer les systèmes de promotion de leur culture. Les Américains remettent donc directement en cause le premier objectif d'un futur traité, c'est-à-dire le droit des États de déterminer librement, pour le présent et le futur, leurs propres politiques culturelles.

Par conséquent, que se passera-t-il en 2005 à l'UNESCO au moment où le directeur général présentera à la conférence générale le projet de convention si une trentaine de pays ont signé des accords bilatéraux avec les États-Unis ? Ces accords auront-ils préséance sur ce nouveau traité multilatéral ? Quelle articulation, quel lien établir entre ces accords et la convention ? Le nouveau droit culturel primera-t-il le droit commercial existant ? C'est à toutes ces questions que l'on doit répondre rapidement, car le temps presse.

Le rôle de la Francophonie

Que peut faire un organisme comme l'Organisation internationale de la Francophonie ? Il faut d'abord rappeler que la Francophonie a été à l'avant-garde de ce combat en devenant la première organisation internationale à voter une résolution en faveur de la diversité culturelle au Sommet de Moncton en 1999. Décision réitérée et bonifiée par une demande à l'UNESCO de se saisir du dossier lors du Sommet de Beyrouth en 2002.

La Francophonie a aussi compris qu'elle ne devait pas en faire une question uniquement francophone, mais qu'il fallait lui donner une dimension universelle en s'associant à d'autres aires linguistiques, plus particulièrement hispanophone, lusophone et arabophone.

Concrètement, la Francophonie doit continuer à sensibiliser, à expliquer et à convaincre le plus de pays possible. Les pays membres de la Francophonie d'abord, pour qu'ils n'oublient pas qu'ils ont tous signé de multiples procès-verbaux et voté de nombreuses résolutions dans lesquelles et par lesquelles ils acceptent de ne pas libéraliser leur secteur culturel, que ce soit dans un cadre bilatéral, régional ou multilatéral. Ils doivent se souvenir aussi qu'ils ont décidé de soutenir à l'UNESCO l'adoption d'un traité juridiquement contraignant.

Les autres pays ensuite, en leur fournissant un argumentaire implacable en faveur d'un tel traité. Ces arguments se résument ainsi :

- les diverses cultures doivent continuer à exister;
- les identités culturelles doivent être respectées;
- les échanges à ce chapitre doivent être mieux équilibrés;
- la domination d'une seule culture, d'une seule langue sur toutes les autres n'est pas une option valable;
- les oeuvres culturelles des pays en développement doivent mieux circuler sur leur propre territoire et hors de leurs frontières;
- la coexistence pacifique des différentes cultures doit devenir une réalité et les marchés culturels mieux partagés.

La seule conclusion possible à cet argumentaire est que les États souhaitant soutenir financièrement leurs secteurs culturels doivent impérativement disposer d'un droit absolu de le faire.

La Francophonie s'est déjà beaucoup investie dans ce dossier. Elle l'a fait parce que sa composition même l'y a amenée. Sa raison d'être, dès sa fondation au début des années 1970, a été de réunir autour du partage de la langue française des pays et des gouvernements venant de tous les continents, dont l'histoire, les cultures, les langues sont on ne peut plus diverses. La Francophonie a donc vocation, comme l'écrit le sociologue français Dominique Wolton, à «être pionnière pour construire la diversité culturelle dans la mondialisation».

Pour nous Québécois, l'issue de ce combat est existentiel, comme pour beaucoup d'autres pays qui ont la même conscience de leur précarité. Si nous voulons continuer à vivre en français et à nous donner des politiques culturelles qui permettent à notre littérature, à notre chanson, à notre télévision et à notre cinéma d'occuper, ici et ailleurs, un espace réel, la convention sur la diversité culturelle doit non seulement voir le jour, mais aussi être un outil juridique ayant valeur normative universelle au-delà des accords commerciaux. Après avoir accepté le principe de la protection de la diversité culturelle, comme le monde semble l'avoir fait à l'UNESCO, l'enjeu réel et concret est là.

Pour y arriver tous ensemble, milieu culturel, universitaires, intellectuels, partis politiques et gouvernement doivent donner l'exemple d'une détermination sans faille. Sans cette volonté, la nôtre et celle de tous nos alliés, il y a grand risque que les Américains, rejetant le multilatéralisme comme ils l'ont fait pour Kyoto et pour le Tribunal pénal international, imposent unilatéralement leur vision uniquement marchande de la mondialisation.



»» Bloc québécois

Ottawa dépense de manière illégitime, selon le Bloc

PC
Le Devoir mardi 16 mars 2004

Ottawa -- Près de la moitié des dépenses du gouvernement fédéral constituent des «intrusions» dans les champs de compétence des provinces, a soutenu hier le Bloc québécois, qui réclame qu'Ottawa transfère 10 milliards en recettes fiscales au Québec.

Avec l'accumulation de surplus budgétaires à Ottawa, le rythme de croissance des «dépenses intrusives» s'est même accéléré au cours des cinq dernières années, conclut une étude menée par l'ancien ministre péquiste Jacques Léonard, à la demande du Bloc.

«À partir de 1994-95, le gouvernement fédéral a dépensé plus dans les champs de compétence du Québec et des provinces que dans ses propres champs de compétence», a déclaré M. Léonard, lors d'une conférence de presse à Ottawa.

Pour recenser les «intrusions fédérales», le comité Léonard s'est appuyé sur une large définition, puisant à la fois dans le dictionnaire (action de s'introduire sans être invité), dans un sondage téléphonique et dans la position traditionnelle du gouvernement du Québec.

«Au Québec, il y a un consensus politique sur la question et c'est la définition que nous avons retenue», a expliqué Jacques Léonard.

À la lumière de cette vaste définition, pas moins de 98 % des dépenses des ministères fédéraux des Ressources humaines et du Développement social (pensions de vieillesse, prestation pour enfants, etc.) constituent des «intrusions» aux yeux du Bloc. Selon le même calcul, plus de la moitié des dépenses des ministères fédéraux de l'Agriculture, de l'Industrie, des Ressources naturelles, de l'Environnement et des Transports empiètent sur les champs de compétence provinciaux.

Globalement, pour l'année budgétaire 2002-03, le comité Léonard estime que 44 % de toutes les dépenses fédérales, en excluant le service de la dette, seraient des «intrusions».

Ce pourcentage comprend toutefois l'assurance-emploi, qui est pourtant de compétence exclusivement fédérale depuis les années 1940.

«C'est étonnant parce qu'il s'agit là d'un changement radical par rapport [...] à la Constitution d'origine, a martelé M. Léonard. On est devant une transformation, pour ne pas dire une perversion, du fédéralisme, et c'est une orientation vers un gouvernement unitaire plutôt que fédéral, actuellement.»

Le comité a recensé au moins une dizaine de nouveaux programmes fédéraux qui ont vu le jour au cours des cinq dernières années et qui constituent, selon lui, des «intrusions fédérales» dans les champs de compétences des provinces.

Il cite notamment les Chaires de recherches universitaires (900 millions), le Système canadien d'information sur la santé (50 millions) et la Stratégie emploi jeunesse (315 millions).

Pré-campagne

En fait, le comité prétend ne pas avoir trouvé un seul champ de compétence exclusive du Québec exempt de «dépenses intrusives» du gouvernement fédéral.

En pleine pré-campagne électorale, le Bloc n'a évidemment pas manqué d'attribuer ces «intrusions» au premier ministre Paul Martin, qui a été responsable des Finances fédérales de 1993 à 2002.

«En clair, ce que ça dit, c'est que, d'un côté, M. Martin a transféré ses problèmes de déficit sur le dos des provinces, il a assoiffé les provinces, il a créé le déséquilibre fiscal qui lui permet d'engranger chaque année des surplus considérables, et à partir de ces surplus-là, il a accéléré ses intrusions dans les champs de juridiction des provinces, du Québec en particulier», a dit le député Yvan Loubier, membre du comité Léonard avec trois autres parlementaires du Bloc québécois.

M. Loubier en a rajouté : «M. Martin s'attaque sciemment, de cette façon-là et depuis le début de son premier mandat, à la différence québécoise, a-t-il lancé. Les Québécois perdent peu à peu leur capacité de décider eux-mêmes de leur avenir. C'est la démocratie québécoise qui est attaquée de plein front par ces intrusions.»

Pour corriger le tir, le Bloc demande à Ottawa de transférer au Québec pas moins de 10 milliards, au cours des cinq prochaines années, au moyen des recettes de la taxe sur les produits et services (TPS) et de points d'impôts.



»» Bloc québécois

Le Bloc chiffre les intrusions d'Ottawa à 81,3 milliards

Nathaëlle Morissette
La Presse mardi 16 mars 2004

55 % des dépenses fédérales empiéteraient sur les champs de compétence des provinces

Ottawa - Depuis les cinq dernières années, les dépenses du gouvernement fédéral dans les champs de compétence des provinces se sont accrues à un point tel qu'elles surpassent même les sommes allouées à ses propres champs de juridiction, accuse le Bloc québécois.

Dans le deuxième volet d'une vaste étude portant sur les dépenses du gouvernement fédéral, le comité de révision des programmes fédéraux du Bloc québécois rapportait hier que les dépenses d'Ottawa dans les champs de compétence des provinces se sont mises à augmenter considérablement à partir de 1997. Et, au cours des cinq dernières années, les intrusions du gouvernement fédéral ont augmenté plus rapidement qu'au cours de toute autre période de l'histoire canadienne, passant de 62,6 milliards à 81,3 milliards, indique le document.

Pas moins de 55 % des sommes dont dispose le gouvernement fédéral sont dépensées en empiétant sur les champs de compétence des provinces, déplore le Bloc. L'augmentation de ces " dépenses intrusives " est survenue en grande partie sous le règne de Paul Martin, à l'époque où il était ministre des Finances, et tout porte à croire qu'en tant que premier ministre, M. Martin souhaite continuer dans la même voie, craint le Bloc québécois.

Depuis son arrivée à la tête du Parti libéral du Canada, il n'a pas caché son intention d'investir dans les secteurs de la santé, de l'éducation et des municipalités, des champs de compétence provinciale, fait valoir la formation souverainiste. Il a même discuté directement avec les maires de la Communauté métropolitaine de Montréal, un geste peu apprécié du Bloc.

" S'il y a un champ qui est du ressort des provinces, ce sont les municipalités, a plaidé hier Jacques Léonard, président du comité de révision, lors de la présentation du second volet de l'étude. Au lieu de bâtir des programmes qui s'adressent aux municipalités, il faudrait transférer les fonds aux provinces qui en disposeraient. "

Le porte-parole du Bloc québécois en matière d'affaires intergouvernementales, Yvan Loubier, accuse pour sa part le premier ministre de tenir un double discours. " Comment M. Martin peut-il dire, par l'entremise du discours du Trône par exemple, qu'il faut respecter les champs de juridiction des provinces " alors " qu'il parle de l'autre côté en étant l'instigateur de la plus grosse croissance au chapitre des intrusions fédérales dans les champs de juridiction des provinces? "

Pour corriger cette situation qu'il juge scandaleuse, le comité de révision demande au gouvernement fédéral de se retirer de certains champs de compétence du Québec: la santé, l'éducation, la famille, la formation et le travail, le développement régional, le tourisme et l'agriculture. Ainsi, le fédéral pourrait compenser ce retrait par un transfert fiscal de 10 milliards, composé des recettes de la TPS et de points d'impôt, a mentionné M. Léonard.

" Dans la foulée du rapport sur le déséquilibre fiscal, nous pensons que le gouvernement fédéral doit transférer des ressources plutôt que de faire de transferts budgétaires purs et simples, dit-il. Au fond, c'est cela qui serait le véritable rééquilibrage de la fédération canadienne. Je pense que c'est une chose possible avec de la volonté politique. Mais nous savons que ce n'est pas l'orientation qui est prise, compte tenu de l'accélération des intrusions fédérales dans les champs de compétence du Québec et des provinces. "

Selon M. Léonard, le gouvernement Charest n'apprécie guère lui non plus cette ingérence du gouvernement fédéral. " Au Québec, on dit la même chose, quels que soient les gouvernements qui se sont succédé (à l'Assemblée nationale). "

Étude contestée

Pour sa part, Sébastien Théberge, porte-parole du ministre des Affaires intergouvernementales, Pierre Pettigrew, qualifie l'étude du comité " d'analyse purement partisane ".

" Chaque parti politique peut faire l'analyse qu'il veut de la manière qui lui plaît, souligne-t-il. Les provinces sont des gouvernements autonomes qui disposent de la marge de manoeuvre voulue pour gérer leur propre budget ", tient-il à préciser.



»» Bloc québécois

A chip off the old Bouchard Bloc

DON MACPHERSON
The Montréal Gazette Tuesday, March 16, 2004

Liberals aren't laughing at Duceppe now.

Go ahead; keep laughing at Gilles Duceppe's shower cap from seven years ago. Keep telling yourself the only reason for the survival of the unsmiling former Marxist-Leninist at the head of the Bloc Québécois is nobody else wants the job.

And don't look now, because Groucho the Marxist has the Bloc poised to reverse a two-election downward trend in its number of members of Parliament by capturing an overwhelming majority of Quebec's seats in the House of Commons.

Based on recent poll results, the Laurier Institute for the Study of Public Opinion and Policy at Wilfrid Laurier University in Waterloo, Ont., projects the Bloc would have taken 53 of the 75 ridings in this province.

That's an increase of 15 seats from the 2000 election and 20 from the current number of Bloc MPs. Also, it's only one fewer riding than the record number the Bloc captured in 1993 in its first election and its only one under its founding leader, the legendary Lucien Bouchard.

The Laurier Institute, which says its model has proved accurate within an average of four seats per party Canada-wide since 1963, projects the election of a Liberal minority government, with seven fewer than the 155 seats it needs for a majority.

Of course, the election hasn't been called yet. It remains to be seen whether Prime Minister Paul Martin's strategy of running against his Liberal predecessor will succeed.

Still, less than a year after some Bloc MPs abandoned what looked like a sinking ship to run in the provincial election, a Bloc nomination is once again worth fighting over.

Last week, Bloc MP Jocelyne Girard-Bujold complained she lost the nomination in Saguenay-Alma because of irregularities at the nominating convention and because the party leadership and the local Parti Québécois ganged up on her.

So what's the secret of Duceppe's success? What did he do to turn around the fortunes of his party?

Well, nothing, really. The Bloc is the passive beneficiary of the misfortunes of its adversaries - and its friends.

Politics as well as nature abhors a vacuum. Although it had no hope of forming a government, the Bloc remained the only federal party that had all the requisites to be a viable alternative to the Liberals in the eyes of Quebec's francophone majority.

It could draw on a history of representation and a broad base of past support in French Quebec, capturing a majority of the province's seats in all three elections it contested. It has the organizational support of a strong provincial ally, the PQ. And it has a strong Quebec francophone identity (in its case, an all but exclusive one), including its leader.

So it was positioned to reap some benefits when the Liberals lost popularity. The Liberal decline has been attributed to the sponsorship scandal. But in Quebec, even before the scandal broke, the Bloc had caught up with the Liberals in support among francophone voters.

That was a spill-over from provincial politics. In the minds of the voters, the two Liberal parties, federal and provincial, are linked. And so are the two "Québécois" parties, the Bloc and the PQ, which, unlike the Liberals, officially campaign for each other.

If the government in Quebec City is unpopular, but its ally has to face the electorate first, the voters sometimes send a message to the former by taking out their dissatisfaction on the latter as a surrogate.

So, as dissatisfaction with the Charest government reached what is believed to be an unprecedented level in the first year of a new administration, the federal Liberals began to lose support.

At the same time, the Bloc no longer has to pay for the sins of a PQ government, as it did in the last two federal elections. The only election in which the Bloc took more than 50 seats was in 1993, when the PQ was in opposition. Now, with the voters having punished the PQ in last year's provincial elections, the Bloc is projected to win more than 50 seats again. Maybe that's not just a coincidence.

And maybe Duceppe is showing in politics, sometimes the best thing to do is nothing.

dmacpher@thegazette.canwest.com



»» commandites

Gagliano impute ses déboires à la xénophobie

Gilles Toupin
La Presse mardi 16 mars 2004

Ottawa - Alfonso Gagliano affirme qu'il a été désigné comme cible dans le scandale des commandites tout simplement parce qu'il est le premier politicien d'origine italienne à avoir été choisi lieutenant politique du Québec.

Pour l'ancien bras droit de Jean Chrétien, la xénophobie serait donc à la source de la campagne de dénigrement tous azimuts menée contre lui.

" Certainement. Je le crois et ce n'est pas la première fois ", a déclaré l'ancien ministre des Travaux publics de Jean Chrétien dans une entrevue à l'hebdomadaire The Hill Times publiée hier.

M. Gagliano, qui doit témoigner jeudi devant le comité des comptes publics de la Chambre des communes dans le cadre de son enquête sur le scandale des commandites, a également déclaré qu'il avait reçu un coup de téléphone de l'ancien premier ministre, Jean Chrétien, le 6 mars dernier. " Il m'a dit qu'il venait de voir mes déclarations à la télévision, a-t-il affirmé, et qu'il n'a jamais pensé une minute que j'avais fait quelque chose de mal. "

" Il n'y a plus de place sur mon corps pour d'autres cicatrices, a également confié celui qui fut ministre des Travaux publics de juin 1997 à janvier 2002. Pour la première fois, un lieutenant politique du Québec était d'origine italienne. Il est clair que cela a dérangé certaines personnes. "

John Williams, le président du comité des comptes publics, a éclaté de rire lorsqu'il a pris connaissance des accusations de xénophobie de M. Gagliano. " J'ai ri! J'ai ri! a-t-il dit. Je peux assurer M. Gagliano que ce ne sont pas ses origines qui l'amènent devant le comité des comptes publics. Ce sont les réponses dont nous avons besoin pour savoir où sont allés les 100 millions de dollars qui ont disparu sous son règne. C'est pourquoi il est convoqué devant le comité. Nous espérons qu'il aura quelques réponses. "

Michel Gauthier, le leader en Chambre du Bloc québécois, n'en croyait pas non plus ses oreilles hier lorsqu'il a pris connaissance des propos de l'ancien ministre. " Franchement! Franchement! s'est-il exclamé. Don Boudria n'était pas italien et quand il a succédé à M. Gagliano, il a goûté à notre médecine parce qu'on n'était pas contents. Ce n'est pas nous qui avons nommé M. Gagliano aux Travaux publics. Nous, on l'a pris aux Travaux publics comme ministre responsable des commandites. Qu'il soit italien ou de descendance asiatique ou québécois ou de la Colombie-Britannique, on s'en fout royalement. "

M. Gauthier a ajouté qu'il s'attendait à peu du témoignage d'Alfonso Gagliano jeudi devant le comité des comptes publics. " Depuis que je l'ai écouté à la télévision l'autre jour, a dit le député de Roberval, je n'ai plus de grosse attente. Le comble du ridicule en politique, on l'a vu! Le ministre qui est responsable, identifié, qui avait des contacts privilégiés avec un groupe de fonctionnaires, comme l'a confirmé son sous-ministre, ce ministre-là a trouvé le moyen de nous dire avec un sourire béat qu'il n'était pas responsable, qu'il n'avait rien vu passer? (...) Un peu plus, il nous disait qu'il n'a jamais été ministre des Travaux publics. Je trouve ça d'un ridicule consommé. "

L'entrevue publiée dans l'hebdomadaire de la colline parlementaire donne un avant-goût de la défense qu'entend servir Alfonso Gagliano jeudi au comité des comptes publics. L'ancien ministre estime en effet qu'il ne savait rien de la façon dont le programme de commandites était géré. " Le système en soi empêchait le ministre, dit-il, de faire de la microgestion. Si quelqu'un avait voulu essayer de faire de la microgestion, il aurait été accusé de favoriser ses amis. C'est comme ça que le système canadien fonctionne. Les gens qui ne savent pas cela ne peuvent pas comprendre. "

M. Gagliano insiste également sur le fait que le ministère des Travaux publics compte 14 000 employés, que son budget est de 10 milliards et que quelque 50 000 contrats sont gérés par année. Il affirme qu'il n'était pas au courant des malversations même s'il était informé des projets.

Par ailleurs, demande The Hill Times, si M. Chrétien est persuadé de l'innocence de M. Gagliano, pourquoi l'a-t-il congédié de son poste de ministre pour lui donner la charge d'ambassadeur au Danemark?

M. Gagliano répond que son congédiement est un mythe, qu'il avait averti M. Chrétien après les élections de 2000 de son intention de quitter le Parlement en même temps que lui. " Il m'a demandé ce que j'aimerais faire, a dit M. Gagliano. Je lui ai dit que, si l'occasion se présentait, j'aimerais terminer ma carrière dans un poste d'ambassadeur. Notre conversation a pris fin là-dessus. "

Le gouvernement Martin n'est cependant pas aussi convaincu que Jean Chrétien de l'innocence de l'ancien ministre des Travaux publics. Hier, à Vancouver au cours d'une conférence de presse, l'actuel ministre des Travaux publics, Steven Owen, a assuré que M. Gagliano a été démis de ses fonctions d'ambassadeur du Canada au Danemark parce qu'il était intervenu directement dans le programme de commandites.

" Dans son rapport, a dit le ministre Owen, la vérificatrice générale indique au moins à une vingtaine de reprises que M. Gagliano est intervenu. C'est pour cela que nous avons mis fin à son travail d'ambassadeur au Danemark. "



»» NÉGOCIATIONS AVEC LES INNUS

Le ministre Pelletier se questionne toujours sur l'entente

Mario Cloutier
La Presse mardi 16 mars 2004

Québec - Le gouvernement québécois ratifiera l'entente de principe avec les Innus, mais le ministre Benoît Pelletier remet toujours en cause certains principes de base de l'accord historique qui touchent les droits et l'autonomie gouvernementale de cette Première Nation.

Dans une lettre qu'il a fait parvenir aux chef innus en décembre, et dont La Presse a obtenu copie, le ministre délégué aux Affaires autochtones décrit en quatre pages ce qui devra, selon lui, être " modifié " et " amélioré " avant d'en arriver à signer un tout premier traité avec les Innus.

" Le gouvernement du Québec n'est prêt à reconnaître le droit inhérent à l'autonomie gouvernementale que dans la seule mesure où celui-ci est compris dans les droits ancestraux et où tous ses effets et modalités sont prévus dans une entente ", précise notamment M. Pelletier.

Il ajoute que " le droit inhérent à l'autonomie gouvernementale, compte tenu de son caractère novateur, continuera d'être analysé par le Québec d'ici la conclusion de l'entente ", qui devrait survenir d'ici quelques années.

Joints par La Presse, les quatre chefs signataires de l'entente ont refusé de commenter publiquement la lettre de M. Pelletier, prétextant vouloir ratifier l'accord au plus vite avec Québec et Ottawa. Leur mécontentement était toutefois bien palpable face aux restrictions que semble vouloir imposer Québec.

" Si ce sont des positions qui guident la négociation future, elles sont complètement opposées à ce qu'on souhaite. Sur cette base-là, c'est sûr que ce sera très difficile à finaliser ", a indiqué à La Presse l'un des chefs.

Un autre croit que la lettre du ministre Pelletier démontre qu'il cherche surtout à créer sa " zone de confort " avec les régions et les communautés non autochtones, car " il ne veut pas qu'à la signature il y ait de gros brouhaha ".

En entrevue, Benoît Pelletier ne s'étonne guère de la réaction des chefs innus. Il explique que sa lettre énumère les " objectifs légitimes que poursuit le gouvernement dans la négociation ". Il s'attendait donc à quelques réticences.

" J'ai toujours dit qu'on souhaitait jeter un éclairage sur la suite des négociations tout en sachant que, c'est vrai, il y a des gens qui disent ne pas aimer ça. C'est le propre d'une négociation. Moi, j'accepte qu'il y ait dans ce dossier une certaine turbulence. "

Le ministre responsable des Affaires autochtones avait écrit une lettre semblable l'été dernier au premier ministre Charest, faisant état des mêmes inquiétudes au sujet de l'intégrité du territoire québécois, ainsi que des restrictions qu'il voudrait imposer à l'autonomie gouvernementale et aux droits ancestraux innus. M. Pelletier avait toutefois rebroussé chemin devant la grogne soulevée.

Reprenant les mêmes arguments, le ministre souligne la " priorité de lois québécoises d'intérêt supérieur " sur le territoire partagé. Quant à celui appartenant en propre aux Innus, il affirme que c'est là uniquement que le titre aborigène " sera réputé posséder tous les attributs de la propriété ".

Il ajoute que la participation réelle des Innus à la gestion du territoire, leur autonomie gouvernementale et le partage des redevances seront tous soumis à l'intégrité territoriale du Québec. En outre, l'entité gouvernementale innue " ne devra toutefois pas constituer un troisième ordre de gouvernement ".

" Il n'y a rien là-dedans d'inacceptable ou de déraisonnable, pense le ministre Pelletier. Ce sont des choses que je dis depuis longtemps. Ils ont leurs objectifs, nous avons les nôtres. Et nous continuons de négocier. "

Les trois parties disent viser une ratification avant la fin du mois et le déclenchement potentiel d'élections fédérales. Une première date, le 22 mars, a circulé cette semaine, mais n'a pas été confirmée par le bureau du ministre fédéral Andy Mitchell.



»» Entente sur l'Approche commune

André Harvey demande à Ottawa de ne pas signer

Normand Boivin
Le Quotidien mardi 16 mars 2004

Le député André Harvey demande à son gouvernement de ne pas signer l'entente sur l'Approche commune avant le 31 mars, comme le souhaite le ministre québécois délégué aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier.

"Notre région a besoin d'un temps de réflexion et l'entente avec les Innus ne doit pas être quelque chose d'imposé par le gouvernement du Québec, mais plutôt une occasion d'unir nos deux communautés vers des objectifs communs", a confié le député de Chicoutimi/Le Fjord au journaliste du Quotidien.

André Harvey réclâme une quatrième place à la table des négociations occupée déjà par les gouvernements fédéral et provincial et les représentants des Innus: une pour la population du Saguenay/Lac-Saint-Jean.

"Il y a encore trop de questions et d'inquiétudes car on ne saisit pas tous les enjeux. Dans un tel contexte, ce n'est pas moi qui va recommander à mon gouvernement de signer cette entente."

Convaincu qu'un délais s'impose, le député Harvey en donne comme preuve les hésitations du ministre Pelletier lui-même.

Faisant référence à un article publié samedi dans La Presse révélant le contenu d'une lettre que Benoît Pelletier a envoyé aux chefs innus en décembre, André Harvey dit que tant qu'à changer certaines choses, aussi bien prendre son temps et tout réviser avec la population blanche concernée pour que tout le monde soit à l'aise avec le projet d'entente, et que celui-ci donne le signal d'un nouveau départ entre nos deux peuples.

Dans l'article signé par le journaliste Mario Cloutier, on apprend que le ministre québécois veut s'assurer que les droits ancestraux, le titre d'aborigène et l'autonomie gouvernementale des Innus ne menaceront pas l'intégrité du territoire québécois ni la primauté des lois québécoises.

Mais malgré ses interrogations, le ministre Benoît Pelletier veut signer l'entente sur l'Approche commune avant le 31 mars, et presse son homologue fédéral Andy Mitchell de trouver au plus vite un date de signature dans son agenda.

Dans un mouvement d'impatience rapporté par le quotidien Le Soleil mercredi dernier, le ministre Pelletier menaçait même de signer l'entente sans Ottawa. Il est convaincu qu'une fois l'entente cadre signée, on pourra corriger ses imperfections lors des négociations sur le traité à venir qui s'échelonneront sur plusieurs années.

"Le ministre lui-même convient que l'entente doit être révisée. Pourquoi se presser? Asseyons-nous tous ensembles et prenons un temps de réflexion. Ça fait deux cents ans que nous cohabitons avec les Autochtones. Nous pouvons bien patienter encore un peu", plaide André Harvey, ajoutant qu'il croit le ministre assez intelligent pour comprendre la population du Saguenay/Lac-Saint-Jean.

Selon le député, un autre dossier est plus urgent, soit la route à quatre voies divisées dans le parc pour laquelle la région a déjà versé sa quote-part par les redevances issues de l'exploitation de ses richesses naturelles qui ont profité à tout le Québec.



»» PLQ

Les reculs de Jean Charest

Denis Lessard
La Presse dimanche 14 mars 2004

Analyse - Le 12 mars 2003, les libéraux de Jean Charest partaient en campagne électorale avec un programme clair et précis, qu'ils se disaient prêts à adopter coûte que coûte. Un an plus tard, ils battent en retraite dans le désordre. Autopsie d'une volte-face.

" La population nous a donné un mandat très clair de changement... ", a affirmé tout l'automne le premier ministre Charest. Mais de jour en jour, devant l'Assemblée nationale, les centrales syndicales le brûlaient en effigie et multipliaient les manifestations.

Aujourd'hui, les sondages sont impitoyables. Un an après les élections, sept francophones sur 10 sont insatisfaits d'un gouvernement qui, en début de mandat, devrait profiter d'une lune de miel avec l'électorat.

Et le premier ministre Charest vient d'appliquer frénétiquement les freins.

Son nouveau leitmotiv? Le gouvernement est " à l'écoute " et veut " maintenir le dialogue avec la population ". M. Charest qui, avant les Fêtes, disait avoir le mandat faire des changements même controversés, se décrit désormais comme un " apôtre de la consultation ".

La stratégie n'est pas nouvelle. Coincé par l'échec de Meech, Robert Bourassa avait lancé la commission Bélanger-Campeau. Embêté par une échéance référendaire trop rapide, Jacques Parizeau avait envoyé tout le Québec discuter d'un " projet de société ".

Le gouvernement Bouchard multiplia les états généraux et Bernard Landry gagne aussi du temps avec son projet de " saison des idées ". Comme d'autres politiciens, Jean Charest demande lui aussi aux autres de parler pendant qu'il reprend son souffle.

En février, comme un magicien, Jean Charest avait sorti de son chapeau quatre sommets " thématiques ". L'opération consultation était si improvisée qu'aucun conseiller ne pouvait alors fournir de détails sur ces événements.

Depuis, ces quatre réunions sont passées à 19. Personne ne pouvait, cette semaine, expliquer avec précision l'opération, pas plus que le rôle que joueraient ses co-présidents, Line Beauchamp, ministre passablement influente, dit-on, et Pierre Shedleur.

Ce dernier, vice-président chez Bell Canada, n'a accepté que cette semaine de tenir la barre de ce navire, cédant à l'insistance de son copain, André Dicaire, le premier fonctionnaire du gouvernement.

Et, sous le couvert de donner des pistes aux débats du printemps, le gouvernement Charest y va du slogan " Briller parmi les meilleurs ", qui tient davantage de la devise d'une polyvalente que d'un objectif gouvernemental.

Cette opération apparaît vite cousue de fil blanc. Les engagements les plus coûteux du Parti libéral pris à l'automne 2002 sont disparus comme par enchantement. Plus de mention de réduire les impôts de 1 milliard par année, pour chacune des cinq prochaines années. Plus question non plus de réduire les impôts de 27 % en moyenne pour l'ensemble des contribuables. On s'engage plutôt à viser la moyenne canadienne - une réduction de 13 % des impôts.

Pour éviter l'affrontement, on passera par dessus bord tous les projets litigieux. Les directeurs de contentieux du gouvernement constataient, perplexes, qu'il n'y aurait aucun projet de loi important débattu à la session parlementaire qui a débuté mardi. Le principal iceberg en vue, l'engagement d'abolir le no-fault dans l'assurance auto, a été reporté jusqu'à la fin de l'année 2004, au moins.

Autre source de controverse, la décision du gouvernement sur le Suroît a été repoussée d'abord de 60 jours, puis de cinq mois, peut-être même davantage.

Pourquoi ce changement d'attitude? Parce que les signes négatifs se multiplient, et pas seulement dans les sondages.

Dans l'économie d'abord. Cette semaine, Henri Massé, président de la FTQ, rencontrait M. Charest pour faire le point sur les négociations dans le secteur de la construction. On appréhende une grève pour l'été prochain.

Depuis des mois déjà, les chantiers marchent au ralenti. La flambée de la facture pour la Gaspésia a défrayé la manchette, mais beaucoup d'autres travaux majeurs, celui du métro de Laval par exemple, sont déjà frappés par des dépassements de coût importants.

Du côté des gens d'affaires, on est passablement agacé par les déclarations d'un Yves Séguin qui stigmatise les hauts salariés en promettant la lune aux moins nantis.

On ne parle plus guère de la " réingénérie " du gouvernement. Les centrales ont compris que rien ne bougerait de sitôt, que toute l'opération confiée à la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, était stoppée aussi, le temps de " consulter " davantage.

La grogne

La grogne empoisonne depuis longtemps le caucus libéral. Bien des députés se demandent pourquoi ils ont été laissés de côté quand ils observent les gaffes des ministres néophytes. M. Charest a, déjà, essuyé une première fronde. Des députés mécontents de ne pas avoir été consultés, ont haussé le ton pour qu'on retarde le projet du Suroît. Un coup de semonce important pour M. Charest.

Un premier départ - Russell Williams - sera probablement suivi d'autres.

Dans l'équipe ministérielle les ratés s'accumulent. Quand les ministres ne se contredisent pas entre eux... ils se contredisent eux-mêmes. Dans une série de pirouettes navrantes, le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad n'est pas parvenu, en trois jours, à expliquer clairement le cheminement du projet Suroît, lorsqu'en juin prochain la Régie de l'énergie remettra son rapport.

Habituellement prudent, Michel Audet, titulaire du Développement économique, annonçait prématurément cette semaine une enquête sur les dépassements de coûts de la Gaspésia. Pourtant, la question n'est pas tranchée encore par le gouvernement.

Pour une première semaine de session à l'Assemblée nationale, M. Charest a dû composer avec les menaces de démission de son ministre de la Justice, Marc Bellemare. En Chambre, c'était la fête pour le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, qui en a arraché avec la crise de Kanesatake.

Les dérapages ont été si nombreux cette semaine qu'ils ont jeté de l'ombre sur ceux, devenus monnaie courante, du titulaire des Finances, Yves Séguin. Il a annoncé que son prochain budget rétablirait une forme d'allocation familiale, une bonne nouvelle que rêvait d'annoncer son collègue à l'Emploi, Claude Béchard, malmené plus souvent qu'à son tour par les groupes de pressions.

Mais plus rien n'étonne dans les sorties imprévisibles du titulaire des Finances.

Pour l'heure, M. Charest doit ronger son frein en observant ses troupes, désordonnées au début de la bataille. Tout sera en place, en juin pour un imposant remaniement.



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Les libéraux à la recherche d'idées

Matthieu Boivin
Le Droit mardi 16 mars 2004

Les libéraux de Jean Charest veulent maintenant connaître l'opinion de la population sur l'avenir du Québec, près de quatre mois après avoir refusé de faire de même quand ils ont adopté plusieurs projets de loi qui ne faisaient vraiment pas l'unanimité dans le milieu syndical de la province.

Hier matin, dans le secteur Aylmer, quatre des cinq députés libéraux de l'Outaouais, Benoît Pelletier, Roch Cholette, Réjean Lafrenière et Charlotte L'Écuyer, ont présenté ce projet de consultations panquébécois, qui débuteront au mois d'avril pour se terminer avec un grand forum national, à l'automne 2004.

Sous le thème "Briller parmi les meilleurs", ces forums ont comme objectifs de trouver des solutions aux problèmes de fiscalité et de démographie du Québec. Les idées novatrices des citoyens provenant de partout au Québec sont sollicitées dans le cadre de ces consultations, surtout pour le domaine de la santé. Chaque année, le gouvernement provincial dépense quelque 20 milliards $ dans ce domaine.

"Nous utilisons encore des façons de faire qui datent d'une cinquantaine d'années", a avoué le ministre responsable de l'Outaouais, Benoît Pelletier. "Au Québec, il en coûte 715 $ per capita pour offrir des services publics à la population, a ajouté le député de Hull, Roch Cholette. Cette moyenne est de loin la plus élevée au pays. (...) Le Québec a une dette cumulée de 111 milliards $ et nous payons quelque 28 millions $ d'intérêts sur cette dette, chaque jour."

M. Cholette a aussi indiqué que les naissances ont baissé de 50 % dans la Belle Province au cours des 40 dernières années. Le vieillissement de la population cause bien sûr son lot de problèmes. "Aujourd'hui, nous avons cinq travailleurs pour chaque personne de 65 ans et plus, a signalé M. Cholette. En 2030, le Québec pourra fournir deux travailleurs pour chaque aîné."

Les Conférences régionales des élus (CRÉ) de tout le Québec seront à la tête de ces forums locaux de consultations. Les élus qui forment les CRÉ décideront donc de l'allure que prendront ces forums. La ministre de la Culture et des Communications du Québec, Line Beauchamp, et un cadre supérieur chez Bell Canada, Pierre Shedleur, présideront ces consultations au niveau provincial.

Les députés présents à la conférence de presse ont été très clairs. Il ne servira à rien aux citoyens de se pointer à ces consultations avec une liste d'épicerie pour la région. Les députés veulent des idées pour faire avancer le Québec et l'Outaouais "au cours des 15-20 prochaines années."

mboivin@ledroit.com



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Reculer pour mieux sauter

Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 13 mars 2004

Des commissions, des enquêtes et des forums
Le gouvernement mise sur le deuxième budget Séguin pour se réconcilier avec la population

Pour le gouvernement Charest, la session parlementaire s'est ouverte sur des reculs, des atermoiements et de la temporisation. L'heure n'est pas à la controverse mais au dialogue et aux gestes positifs. On table surtout sur un budget qui sera bien reçu. Mission: se raccommoder avec l'électorat.

La minceur du menu législatif témoigne éloquemment de cette stratégie. Le seul projet de loi marquant qui devait être déposé lors de cette session du printemps, le projet de loi abolissant le régime d'assurance automobile sans égard à la responsabilité (no fault) pour les responsables d'accidents, a été remis à plus tard. Le ministre des Transports, Yvon Marcoux, a annoncé qu'il rendra public en juin un document de consultation dont on ne parlera pas maintenant, sans plus.

Il ne faut pas croire que le gouvernement Charest a abandonné l'idée: Marc Bellemare n'a pas eu à démissionner, après tout. «Une société qui empêche les victimes de poursuivre les criminels est une société malade», a déclaré jeudi le ministre qui est en voyage à Paris. Le premier ministre Jean Charest pense comme lui. «Un système qui indemnise des gens qui utilisent un véhicule pour commettre des crimes est inacceptable», a-t-il dit le même jour. Bref, la société québécoise est malade, mais, pour la soigner, il faut repasser: il y a une liste d'attente.

Le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a annoncé hier un autre report d'une promesse électorale: l'ajout d'une heure et demie par semaine au temps d'enseignement du primaire. Ce faisant, le ministre se rend aux arguments du milieu qui jugeait les délais trop courts et évite de créer de l'insatisfaction. Il économise ainsi 70 millions qu'Yves Séguin, dans son budget du 30 mars, pourrait utiliser à d'autres fins.

De son côté, Sam Hamad s'est montré résolu et catégorique en affirmant mercredi que le gouvernement n'attendrait pas une semaine - et surtout pas la conclusion d'une consultation publique à l'automne - avant de lancer le projet de centrale thermique du Suroît advenant un avis favorable de la Régie de l'énergie le 30 juin. Le lendemain, le ministre revenait sur ses dires: on attendra à l'automne avant de prendre une décision. Il en avait trop mis: la décision sera prise à l'été après la tenue d'une commission parlementaire (une de plus).

Comme un apôtre...

Si la semaine de la rentrée parlementaire a été pauvre en projets de loi - seul un projet de loi de nature technique sur la forêt a été déposé et un autre a été annoncé, un projet de loi encore plus pointu relatif au code de procédure civile -, elle a été fertile en annonces de consultations publiques.

«Je suis l'apôtre de la consultation», a dit Jean Charest à l'entrée du caucus de ses députés mardi, quelques heures avant que la session s'amorce. L'apôtre a lancé 19 forums régionaux, une multiplication des pains, puisqu'au départ, quand cette initiative a été annoncée au Conseil général du Parti libéral, on parlait de quatre forums itinérants. Le premier ministre, qui répétait avoir obtenu un mandat clair, sent maintenant le besoin de dialoguer.

Même s'il a semblé se comporter comme une poule sans tête cette semaine, Sam Hamad a tout de même contribué à cette vague de consultations publiques en annonçant la tenue de deux commissions parlementaires: une consultation sur l'avenir énergétique du Québec à l'automne et une autre à l'été sur la décision de la Régie de l'énergie concernant la centrale du Suroît.

Le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, n'est pas en reste: il a annoncé cette semaine la tenue d'une enquête, rien de moins. Une enquête sur les dépassements de coût au chantier de Gaspésia, ce qui apparaît comme une ambitieuse tâche. Le p.-d.g des Manufacturiers et exportateurs du Québec, Paul-Arthur Huot, proposait d'ailleurs au ministre d'étendre cette enquête à l'ensemble des grands chantiers pour scruter à la loupe les pratiques syndicales en ce domaine. Une enquête sur la Gaspésia pourrait aussi non seulement donner un éclairage sur les actions du gouvernement précédent, comme le souhaite M. Audet, mais aussi jeter une lumière crue sur la gestion de la Société générale de financement (SGF) et d'Investissement Québec dans ce dossier depuis l'arrivée des libéraux au pouvoir le 14 avril 2003. L'enquête permettrait également de déterminer où était le ministre responsable, c'est-à-dire M. Audet, pendant que la situation se détériorait sur le chantier. L'ampleur de la tâche explique peut-être pourquoi M. Audet, une fois qu'il a annoncé la tenue de l'enquête à l'Assemblée nationale jeudi, est resté avare de détails depuis.

Éviter la controverse

Le gouvernement Charest ne veut donc pas de controverse. Comme celle que semble vouloir s'attirer le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon. Après avoir affirmé que la Sûreté du Québec ne faisait par le poids devant les milices mohawks formées aux États-Unis, M. Chagnon a dit cette semaine en chambre qu'il trouvait «comique» que la commission de police de Kanesatake ait nommé Tracy Ross comme chef de la police, celui-là même dont voulait se débarrasser le grand chef James Gabriel.

Aucune réforme, aucun projet de loi ne compte, le gouvernement mise sur le deuxième budget Séguin du 30 mars qui sera, en fait, le premier véritable budget de l'ère Charest. Mais déjà, on sait qu'il ne correspondra pas à la vision idyllique que faisait miroiter le cadre financier du programme électoral des libéraux, soit deux milliards de plus en santé et un milliard en baisses d'impôt pour 2004-05. Mais M. Séguin a sorti de sa besace le retour aux allocations familiales, ces chèques qu'on envoie aux familles. En rognant dans l'aide aux entreprises, en économisant ici et là (il a déjà récupéré 70 millions en éducation et 140 millions sur l'indexation des tables d'impôt), en remplaçant les crédits d'impôt aux familles pour des versements en espèces, le ministre des Finances pourra sans doute atteindre le chiffre fatidique du milliard. Et faire un budget populaire, sinon populiste.

Le gouvernement Charest ne veut pas de controverse. Mais il est toujours prévu que la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, présente ce printemps ses «pistes de solution pour la modernisation de l'État», le nouveau vocable soft pour la «réingénierie», assure-t-on à son cabinet.

Enfin, il y a la perspective d'élections fédérales en mai ou en juin. Déjà, si on en croit les analyses qui circulent, le scandale des commandites, qui a tant nui au Parti libéral du Canada et à Paul Martin, davantage au Québec d'ailleurs que dans le reste du Canada, a aussi éclaboussé le Parti libéral du Québec. À l'inverse, il ne faudrait donc pas ajouter aux munitions du Bloc québécois, déjà en avance dans les sondages, un sentiment anti-Charest.



»» PLQ

La troisième enveloppe

Michel David
Le Devoir samedi 13 mars 2004

Jean Charest aime la plaisanterie. Au lendemain des élections du 14 avril dernier, il trouvait particulièrement amusante l'histoire des trois enveloppes portant la mention «à n'ouvrir qu'en cas de crise» qu'un nouveau ministre avait trouvées sur son bureau, gracieuseté de son prédécesseur. Dans la première, il était écrit: «Déclenchez une enquête.» Dans la deuxième: «Remaniez votre cabinet.» Dans la troisième: «Préparez trois enveloppes.»

À l'époque, le nouveau premier ministre ne se doutait sûrement pas qu'il devrait lui-même épuiser ses munitions aussi rapidement. Si les cas les plus urgents peuvent attendre jusque-là, le remaniement ne devrait venir qu'en juin, mais la pluie de forums annoncée jeudi témoigne déjà d'un degré d'usure inquiétant pour un gouvernement qui n'a même pas un an.

M. Charest a raison de parler d'une opération «sans précédent». Jamais on n'a vu un gouvernement récrire son programme électoral pour en retirer les engagements qu'il n'est pas en mesure de tenir et imaginer une pareille mise en scène pour donner l'impression que la population y consent.

De toute manière, au moment de tenir les forums, les choix décisifs auront déjà été faits à l'occasion du budget et du dépôt des prévisions de dépenses du gouvernement. Comme le disait Daniel Johnson, qui avait crié au cynisme lorsque Lucien Bouchard avait convoqué le sommet du déficit zéro, en mars 1996, «quand les décisions sont déjà prises, la moindre des choses qu'on puisse faire, c'est de ne pas faire croire aux gens qu'on va les consulter. Il aurait fallu le faire avant plutôt qu'après».

***

La formule retenue est presque une insulte à l'intelligence de ceux qui participeront à ces forums. Comment imaginer qu'en une seule journée, on puisse faire autrement que survoler à très haute altitude des sujets aussi variés et complexes que la santé et les services sociaux, l'éducation, la formation et l'emploi, le développement économique et régional, la famille et le développement durable?

Commenter le slogan qui coiffe l'opération - «Briller parmi les meilleurs» - risquerait d'être offensant pour son auteur. Franchement! En novembre dernier, le ministre de la Famille, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Claude Béchard, avait crié son indignation quand la CSN avait utilisé la photographie d'une fillette dans une publicité dénonçant les politiques gouvernementales.

Le pauvre a dû bondir en voyant l'enfant à l'oeil brillant - subtil, n'est-ce pas? - sur la page couverture du nouveau «programme d'action» du gouvernement. Autrement dit, on peut utiliser des enfants pour faire la promotion des politiques gouvernementales mais pas pour les dénoncer.

Une qui devrait se poser des questions, c'est la ministre déléguée au Développement régional, Nathalie Normandeau. À défaut du ministre en titre, Michel Audet, dont les communications ne sont vraiment pas le point fort, pourquoi ne pas lui avoir confié la coprésidence des forums en région? Line Beauchamp a sans doute une belle élocution, mais est-elle à ce point désoeuvrée à la Culture?

La nomination du vice-président de Bell, Pierre Shedleur, paraît encore plus étrange. Qu'aurait-on dit, à l'époque, si un chef syndical avait été invité à coprésider un sommet péquiste? Cela reflète une conception de l'État pour ainsi dire bancale. À l'heure de la «réingénierie», M. Charest semble trouver parfaitement normal de confier la coprésidence d'un exercice comme celui-là à un haut dirigeant de l'un des plus gros fournisseurs du gouvernement.

En revanche, s'il s'agissait de trouver un patron acceptable aux yeux des syndicats, auxquels cette «consultation» n'inspire qu'une confiance limitée, le gouvernement a fait le bon choix. Le passage de M. Shedleur à la présidence de la CSST leur a généralement laissé de bons souvenirs.

***

Le principal problème réside cependant dans l'objectif poursuivi par le gouvernement. Si les engagements pris avant le scrutin du 14 avril sont passablement dilués, l'orientation générale qu'il soumet à la discussion demeure essentiellement la même.

Personne ne s'attend sérieusement à ce qu'il revienne sur ce qui a été fait l'automne dernier, qu'il s'agisse de la hausse du tarif des garderies ou encore des modifications apportées à l'article 45 du Code du travail.

Compte tenu du mécontentement que ses initiatives ont créé dans presque tous les groupes de la société, on aurait cependant pu s'attendre à ce qu'il corrige quelque peu le tir. Or il maintient résolument le cap sur la «réingénierie» tout en reportant à plus tard les dividendes que les contribuables pouvaient en espérer.

La grande différence par rapport à la première version du plan d'action libéral, publié en septembre 2002 puis transposé dans la plate-forme électorale, c'est qu'il y a maintenant un «passage obligé» avant d'atteindre la terre promise. Il faut d'abord «sortir du piège budgétaire».

Dans le document rendu public jeudi, on ne trouve plus trace de l'engagement de baisser de 27 % en moyenne l'impôt sur le revenu au cours du présent mandat. Alors que le PLQ s'était engagé à «réduire les taux d'imposition de tous les Québécois», on vise maintenant «la réduction du fardeau fiscal des familles».

Envolée, la promesse de «donner accès à des soins 24 heures par jour et sept jours par semaine partout au Québec». Il faudra d'abord se livrer à «une réflexion de fond sur le financement de la santé». L'ajout d'une heure et demie d'enseignement par semaine à l'école primaire est également retardé.

Heureusement, «le gouvernement compte sur le nouvel esprit qui anime les relations fédérales-provinciales pour apporter des réponses satisfaisantes à la question du déséquilibre fiscal». Sinon, il restera toujours la troisième enveloppe.

mdavid@ledevoir.com



»» déséquilibre fiscal

La fin de la lune de miel

Vincent Marissal
La Presse dimanche 14 mars 2004

Pendant les années du gouvernement péquiste, le pèlerinage annuel des ministres provinciaux des Finances chez leur homologue fédéral, Paul Martin, promettait toujours d'être un bon moment pour les journalistes de la colline parlementaires, qui profitaient de l'occasion pour renouveler leur stock de citations indignées de Bernard Landry.

À la sortie de l'une de ces infructueuses rencontres, M. Landry avait bien fait rire la galerie en affirmant que le repas que leur avait offert Paul Martin était plutôt quelconque, mais que les vins ontariens, par contre, surtout les blancs, ne cessaient de s'améliorer avec les années...

Visiblement, on ne peut pas en dire autant des relations fédérales-provinciales, malgré des débuts encourageants de l'ère Martin et les promesses d'instituer un " nouveau ton " plus constructif. La première rencontre des ministres des Finances des provinces avec leur nouvel homologue, Ralph Goodale, fin février, est passée pratiquement inaperçue à cause du scandale des commandites qui prend toute la place dans l'actualité nationale. Tant mieux pour le gouvernement Martin parce qu'on ne peut pas dire que ce fut un grand succès pour le renouveau des relations. En sortant des bureaux de Ralph Goodale, le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, n'avait pas lA tête à parler de vin.

" On s'est fait confirmer une baisse de plus de 1,5 milliard de dollars pour l'an prochain, on s'est fait confirmer qu'il n'y aura pas plus d'argent pour la Santé dans le budget et puis, après huit mois de négociations avec Ottawa, des fonctionnaires, même pas le ministre, nous ont donné trois feuilles dans une enveloppe qui résumaient la nouvelle formule de péréquation. On nous a dit: ça va être ça, la nouvelle formule. Ça m'a mis en colère et je l'ai dit à M. Goodale ", racontait récemment M. Séguin.

Sa réaction, raconte-t-on à Ottawa, a surpris Ralph Goodale, qui s'est senti bousculé par son confrère du Québec. Devant les médias, Yves Séguin a même lâché le mot maudit: "Le Québec pourrait retomber en déficit", a-t-il dit, une sombre perspective rapidement écartée par le premier ministre Jean Charest.

Quelques jours plus tard, en entrevue, Yves Séguin précisait: "Je n'annonce pas de déficit, mais ce que j'ai dit à Ottawa, je ne l'ai pas improvisé, c'était bien ressenti. On ne parle pas ici de 100 millions de différence, mais bien d'une somme colossale."

Donc, Yves Séguin n'annoncera pas de déficit dans son budget du 30 mars, mais l'équilibre budgétaire exigera de lui et de ses fonctionnaires une grande créativité et probablement aussi quelques acrobaties comptables.

Il est venu cette semaine à Ottawa plaider à nouveau sa cause avec en main une étude du Conference Board disant que le fédéral nage et continuera de nager dans les surplus. Sans plus de succès. Le gouvernement fédéral est embourbé en ce moment dans le scandale des commandites et, par conséquent, le ministre Goodale, prépare un budget " sobre et responsable " pour la semaine prochaine. M. Séguin et ses collègues des autres provinces ne trouveront pas beaucoup d'oreilles attentives ces jours-ci dans la capitale fédérale. Ils ont même tenté d'ameuter l'opinion en lançant une vaste campagne publicitaire pancanadienne, mais l'initiative est passée relativement inaperçue sur la scène nationale, happée elle aussi par le grand trou noir du scandale des commandites.

Si le ton du ministre Goodale n'est finalement pas très différent de celui de son illustre prédécesseur, Paul Martin, les déclarations d'Yves Séguin, par contre, étaient cette semaine aux antipodes de celles de l'ancien ministre des Finances péquiste, Bernard Landry.

Ce dernier a maintes fois déchiré sa chemise dans le hall de l'édifice de la rue O'Connor en sortant de chez Paul Martin. M. Séguin, lui, n'a même plus de chemise à déchirer. Franchement, il avait l'air d'un quêteux cette semaine en implorant le fédéral de " l'aider " à boucler son budget.

Un ministre des Finances péquiste aurait dit: On exige d'Ottawa le remboursement immédiat et inconditionnel des impôts des Québécois détournés par le gouvernement fédéral. M. Séguin, c'est d'ailleurs ce que lui reprochent les partis de l'opposition à Québec, a choisi cette fois une approche plus conciliante. À moins de deux semaines du premier budget Goodale, il espère encore quelques heureuses surprises.

On peut débattre des mérites des deux approches, mais le problème fondamental reste le même: Ottawa, avec Jean Chrétien ou Paul Martin, ne reconnaît toujours pas l'existence d'un déséquilibre fiscal, ce qui fait pourtant l'unanimité parmi les provinces. Yves Séguin est mieux placé que n'importe qui pour le savoir lui qui déposait, il y a tout juste deux ans, un rapport touffu sur le sujet.

Pas étonnant, dans les circonstances, que les provinces voient d'un très mauvais oeil cette soudaine affection du gouvernement fédéral pour les municipalités. " D'un côté, Ottawa nous dit ne pas avoir d'argent pour augmenter les transferts aux provinces, mais de l'autre, ils sont même prêts à revoir la loi sur la TPS pour accorder un financement stable et à long terme aux municipalités, s'indigne Yves Séguin. Quand j'ai déposé le rapport sur le déséquilibre fiscal, j'ai proposé que le fédéral donne aux provinces les revenus de la TPS et ils avaient répondu que c'était impossible. "

Il y a déjà deux ans qu'Yves Séguin traîne le rapport du déséquilibre dans sa mallette. De toute évidence, il reviendra le printemps prochain à Ottawa avec les mêmes arguments. Les démarches de cette année auront été, finalement, un grand coup d'épée dans l'eau. Entre le scandale des commandites et la préparation de la campagne électorale, les revendications des provinces figurent bien loin sur la liste des priorités du gouvernement fédéral.



»» justice sociale

Les 25 ans de la Charte des droits et libertés

Hugo Lépine
Directeur général de la Maison de Lauberivière
Le Soleil mardi 16 mars 2004

Le minimum vital dans un esprit de justice sociale

La Commission des droits et libertés de la personne et de la jeunesse a publié, en novembre, un document de réflexion sur les 25 ans d'application de la Charte québécoise des droits et libertés ainsi que des recommandations concrètes pour améliorer ce texte de loi qui fut une des plus importantes pièces législatives adoptées par notre Assemblée nationale.

La Charte a jeté des bases solides pour appliquer au Québec des principes essentiels pour une société libre et démocratique. Elle permettait la mise sur pied de la Commission et instituait des recours pour les individus qui s'estimaient lésés par une autorité publique, des individus ou une personne morale. Toute loi de l'Assemblée nationale devait dorénavant respecter les articles 1 à 38, soit les droits et libertés fondamentaux, le droit à l'égalité dans la reconnaissance et l'exercice des droits, les droits politiques et les droits judiciaires.

Toutefois, les articles 39 à 48 furent écartés de ce statut spécial et se retrouvaient ainsi à ne faire figure que d'énoncés de principes, sans possibilité réelle pour quiconque de faire valoir son droit. Nous parlons ici des droits économiques et sociaux, inclus dans notre Charte en conformité avec la Déclaration universelle des droits de l'homme ainsi qu'avec le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels qui s'en est suivi. Quelques années plus tard, l'Assemblée nationale amenda la Charte afin de créer le Tribunal des droits de la personne qui plaçait, encore une fois, le Québec à l'avant-garde canadienne et des pays de l'OCDE.

Dans son bilan, la Commission fait plusieurs recommandations pour raffermir ces droits économiques et sociaux, allant même jusqu'à proposer de leur accorder le statut légal des articles 1 à 38, soit celui de droits et libertés fondamentaux, exigeant que toute loi s'y conforme désormais. La Commission fait également d'intéressantes propositions pour assurer une éventuelle transition dans l'ordre, sans que cela ne déstabilise le gouvernement ni la structure législative de la province. Nous sommes d'accord avec l'ensemble des recommandations qui préconisent le renforcement des droits économiques et sociaux. Ainsi, la société assurerait, de façon plus efficace qu'à l'intérieur d'une simple loi de principe, un niveau de vie décent pour chacun et chacune, en instituant, entre autre, le droit au logement, base fondamentale sur laquelle reposent l'atteinte du bonheur et l'épanouissement des individus.

Nous estimons qu'il est impératif que le gouvernement propose à l'Assemblée nationale les modifications législatives afférentes à la Charte afin d'assurer à tous le minimum vital dans une optique de justice sociale.

Cela dit, nous nous trouvons présentement dans une conjoncture particulière où convergent une série de facteurs qui ne sont pas de nature à favoriser la pleine jouissance des droits et libertés de la personne. L'accroissement de la pauvreté est une réalité qui ne tend aucunement à diminuer. Il est d'ailleurs préoccupant de constater que nos autorités gouvernementales semblent moins se soucier du problème et de ses conséquences, surtout depuis l'adoption de la loi 112 visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Dans le mémoire déposé à l'Assemblée nationale à l'occasion de la commission parlementaire des affaires sociales se penchant sur celle-ci, nous avions fait état d'inquiétudes à ce sujet, face à la possibilité que l'effet secondaire de l'adoption de la loi pourrait être celui d'une impression de "dossier réglé". Pourtant, cette loi jette les bases de l'application d'une stratégie concertée qui, avec des solutions concrètes, pourrait répondre à plusieurs objectifs collectifs.

Depuis lors, les mauvaises nouvelles semblent s'accumuler. Des gens se retrouvent dans la rue. À Québec et à Montréal, des refuges d'urgence sont nécessaires depuis juillet dernier.

La loi 112 est en vigueur et certaines dispositions doivent s'appliquer, à commencer par la clause d'évaluation d'impact sur les démunis contenue à l'article 20.

À cela, nous pourrions ajouter la question de l'exercice de la liberté d'expression, particulièrement pour les exclus qui, en elle-même, pourrait faire l'objet d'un intéressant débat.

La pauvreté est une entrave à l'exercice des droits et libertés de la personne. La liberté, c'est aussi le pouvoir de choisir. Pour les exclus, ce pouvoir est de plus en plus restreint. Il ne leur reste que la possibilité de s'exprimer, elle-même considérablement diminuée par la situation des démunis. Ces personnes ne disposent pas toujours des moyens et des ressources nécessaires pour pouvoir exercer pleinement leurs droits et libertés dans cette société que nous disons libre et démocratique. Les démunis se placent en mode de survie, se préoccupant d'abord et avant tout de répondre à leurs besoins primaires, y sacrifiant très souvent leur dignité.

Que reste-t-il à la société pour faire face à tout cela ? Il reste l'espoir d'un avenir meilleur. Il reste aussi la possibilité de s'exprimer à travers divers moyens respectueux des valeurs que nous chérissons. J'aurais tendance à ajouter qu'il reste le recours à la justice. Toutefois, il va nous falloir également nous questionner sur le système judiciaire pour lequel la collectivité perd de plus en plus confiance, malheureusement. De fait, il est bon de se rappeler tous nos grands principes qui constituent la base fondamentale du contrat social canadien. Si nous sommes incapables de bâtir un système de justice qui assure le respect de nos textes fondamentaux comme la Constitution et nos chartes de droits et libertés, la cohésion sociale sera, à terme, menacée. Mais tout cela pose le problème criant de l'accessibilité à la justice. Les plus démunis et même la classe moyenne sont incapables de faire valoir dûment leurs droits parce que le système est devenu trop coûteux, long et périlleux. La majorité préfère maintenant abandonner l'exercice de ces droits, n'ayant pas les ressources financières pour les faire valoir.

Plusieurs me diront que l'aide juridique existe au Québec. Bien sûr, elle existe mais atteint-elle vraiment les objectifs visés ? La question est d'ailleurs tellement pertinente depuis la réforme de 1996 de la loi sur l'aide juridique. Les coûts du système sont tout simplement trop élevés, ce qui provoque la conséquence que les gens abdiquent et abandonnent devant une institution aussi éloignée de leurs préoccupations. D'ailleurs, la Commission des services juridiques, responsable de l'administration du régime, se pose de semblables questions. Son rapport annuel 2002-2003 en fait état en mentionnant que les administrateurs régionaux ont rencontré le ministre de la Justice "...afin de le sensibiliser aux difficultés de plus en plus fréquentes pour les personnes incapables d'être représentées par un avocat à cause des critères d'admissibilité financière trop bas et de leur impossibilité d'acquitter les honoraires d'avocats de pratique privée. Force est aussi de constater que l'admissibilité avec volet contributif ne constitue pas une solution puisque les montants à payer semblent trop élevés à chacun des seuils de revenus".

Comment donc se sortir de cet imbroglio ? Il nous reste la parole, le rappel à l'ordre de nos représentants élus. Nos gouvernements doivent être représentatifs de ce que nous voulons comme société. Il faut absolument que la lutte à la pauvreté redevienne un sujet d'importance, un enjeu majeur sans quoi, collectivement, nous devrons en porter les conséquences. Il faut appliquer avec plus d'acuité les dispositions de la loi 112. Il faut aussi que notre Parlement se penche rapidement sur les recommandations de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, lesquels demeurent, à notre avis, notre rempart contre toute déviance que pourraient prendre nos gouvernements dans l'exercice du pouvoir et la gestion du bien commun. Il faut aussi se pencher sur la question de l'accessibilité de la justice et revoir le régime d'aide juridique ou, à défaut, les coûts du système judiciaire lui-même.

De cette façon, nous pourrons rétablir l'équilibre qui assure une cohésion sociale et rendre possible l'atteinte, pour tous, du bonheur auquel nous aspirons.



»» racisme

Le Canada doit reconnaître ses problèmes de racisme, selon l'ONU

Mario Cloutier
La Presse mardi 16 mars 2004

Québec - La discrimination raciale au Canada est encore une " réalité tangible, subtile et systémique ". L'Organisation des nations unies recommande donc au gouvernement fédéral de reconnaître l'existence du problème et d'élaborer un programme national de lutte contre le racisme.

L'ONU pense que, malgré les efforts accomplis, le Canada doit, au " niveau le plus élevé ", convenir de la persistance de ces " fléaux " que sont le racisme, la discrimination et la xénophobie. Notamment, le gouvernement fédéral devrait procéder à un " réexamen urgent et global " de la situation des autochtones au pays.

Ces recommandations figurent, avec une dizaine d'autres, dans le rapport que le rapporteur spécial des Nations unies, Doudou Diène, a déposé à la Commission des droits de l'homme de l'ONU le 1er mars.

Commentant ce rapport à La Presse, la ministre d'État au multiculturalisme, Jean Augustine, a indiqué qu'un plan d'action national de lutte contre le racisme devrait être lancé avant la campagne électorale. Amorcé avant la visite de M. Diène en septembre dernier, ce plan n'est toutefois pas passé au cabinet Martin.

" M. Diène nous décrit une situation que nous connaissons déjà. Maintenant, il faut passer à l'action et le discours du trône a été clair sur le fait qu'aucun Canadien ne sera laissé à l'abandon ", affirme Mme Augustine. La ministre fédérale se dit consciente qu'elle devra convaincre ses collègues ministériels de l'importance de ce combat. " On ne peut nier qu'il y ait du racisme dans la société canadienne, ni des disparités vécues par certaines minorités visibles et membres des communautés autochtones. Il faut impliquer tous les ministères dans ce plan de lutte ", croit-elle.

Dans son rapport, M. Diène explique que la première chose à faire pour le Canada est de reconnaître que le racisme existe. Il dit avoir noté une " certaine frilosité, sinon une hésitation certaine " des représentants gouvernementaux à Ottawa à admettre cette réalité. M. Diène explique que cette reconnaissance lui a semblé " plus directe et spontanée de la part des institutions provinciales ".

Selon lui, le Canada a trop longtemps misé sur la Charte des droits et libertés et de la Loi sur le multiculturalisme comme seul plan de lutte. Désormais, dit-il, " la stratégie juridique canadienne ne doit donc pas souffrir de l'autosatisfaction ni de l'immobilisme, mais pouvoir évoluer et se transformer ".

L'ancien diplomate sénégalais parle d'incompréhension entre les communautés, de préjugés et de violence. Il s'inquiète de pratiques comme le " profilage racial "- fait pour des raisons de sécurité et reposant sur des stéréotypes raciaux-, ainsi que les cas de violence policière et la criminalisation de certains groupes ethniques.

Quant aux nations autochtones, il constate qu'elles subissent une politique canadienne qui vise toujours " l'extinction progressive de leurs droits fonciers ".

L'envoyé spécial de l'ONU pense que le Canada doit aussi porter une attention particulière à la lutte contre le terrorisme qui se traduit par " un renforcement du racisme ". Il a constaté une recrudescence de l'antisémitisme et de l'islamophobie au Canada depuis le 11 septembre 2001.



»» Irak

Une triple agression

Jocelyn Coulon
La Presse dimanche 14 mars 2004

En déclenchant la guerre contre l'Irak, les États-Unis et la Grande-Bretagne se sont rendus coupables d'agression contre un régime, contre le monde et contre l'ONU

La Presse publie aujourd'hui un extrait du livre "L'agression. Les États-Unis l'Irak et le monde" publié chez Athéna Éditions il y a quelques jours.

L'affaire irakienne n'est pas terminée. Elle suit son cours et, de tragédies en révélations, jette ainsi une lumière crue sur la duplicité des gouvernements américain et britannique dans la campagne de mobilisation mondiale qu'ils ont menée en 2002-2003 pour faire accréditer l'idée de la dangerosité grandissante du régime irakien. (...) À la fin de janvier 2004, au moment d'écrire ces lignes, la violence se déchaînait en Irak où, entre autres événements du genre, un double attentat-suicide tuait plus de 100 personnes à Erbil, dans le Kurdistan irakien.

À Washington, le chef des inspecteurs américains, David Kay, chargé par le président Bush de découvrir les armes de destruction massive, démissionnait en affirmant que celles-ci n'existaient plus au moment de l'invasion de mars 2003. Toutes les preuves avancées avec arrogance et certitude par les dirigeants américains et britanniques - l'uranium du Niger, les tubes d'aluminium haute résistance pour construire des armes nucléaires, les avions sans pilote sensés pulvériser des agents chimiques et biologiques sur les États-Unis, les laboratoires mobiles, les liens avec Al Qaeda - toutes ces preuves se sont envolées en fumée.

Certains à Washington et à Londres voudraient faire croire au monde à un dysfonctionnement des services de renseignements. Intoxiqués par les dissimulations du régime irakien et les mensonges de ses scientifiques et officiels, les services de renseignements anglo-américains auraient surévalué la menace irakienne, croyant " honnêtement " à la présence d'armes de destruction massive, dont Donald Rumsfeld disait avec assurance que Saddam Hussein les déplaçait à travers le pays toutes les douze à vingt-quatre heures. Cette explication ne tient pas.

Programme nucléaire

Les inspecteurs de l'ONU avaient, dès 1998, conclu à l'élimination complète du programme nucléaire. Quant aux armes chimiques et biologiques, les zones d'ombre identifiées par les inspecteurs ne portaient que sur de petites quantités de stock. Et encore, pour Hans Blix, l'Irak avait détruit unilatéralement une bonne partie de ces stocks manquants, et ce qui manquait ne justifiait par une guerre. Pour leur part, avant l'été 2002, au moment où le vice-président Dick Cheney visitait personnellement les agents de la CIA responsables du dossier irakien pour leur suggérer d'analyser " correctement " les données sur l'Irak, les services de renseignements américains présentaient avec rigueur et prudence leurs dossiers.

Donc, ces importants stocks d'armes n'ont jamais existé et tous ceux qui devaient savoir, savaient. Ce qui pose la question de l'inévitabilité de la guerre. Elle était nécessaire, affirmaient Bush et Blair. Eh bien non, avoue aujourd'hui un de ses architectes, Richard N. Haass, ancien directeur de la planification des politiques au département d'État et, à ce titre, principal conseiller de Colin Powell. " Nous n'étions pas tenus d'aller en guerre contre l'Irak, à tout le moins pas au moment où nous avons choisi de le faire. Nous avions d'autres choix: nous fier à d'autres outils de décision politique, reporter l'attaque, ou les deux. "... " mais au fond, il s'agissait d'une guerre par choix ", écrit-il en novembre 2003 après avoir quitté ses fonctions. Merci de cette honnêteté un peu tardive.

On aurait aimé savoir plus tôt, avant la guerre, avant même le bras de fer diplomatique au Conseil de sécurité, que le danger n'était pas imminent. Cela aurait sans doute permis, aux États-Unis comme ailleurs, un véritable débat sur la menace irakienne, sur les coûts de l'intervention, sur l'efficacité ou non des autres moyens envisagés pour forcer l'Irak à désarmer et, par le fait même, un véritable choix fondé sur la raison et non sur un mensonge. Cela, bien entendu, aurait été un pari risqué pour les États-Unis et la Grande-Bretagne aux prises avec une opinion publique démontée et des gouvernements réticents, sinon carrément hostiles. Un débat de cette nature est un exercice dangereux. Il sème le doute. Il remet en cause les certitudes. Il risque même d'enrayer la machine guerrière au moment où tous ses engrenages sont si parfaitement huilés.

Les États-Unis et la Grande-Bretagne devaient donc attiser les braises de la peur, trafiquer les preuves, enrégimenter les esprits, stigmatiser les opposants et intimider les dissidents, même au sein de leur gouvernement, avec le risque parfois de se contredire ou d'être tournés en ridicule par les révélations soudaines de plagiat ou de faux. (...)

Triple agression

En déclenchant la guerre, les deux puissances anglo-saxonnes se sont rendues coupables d'une triple agression: contre un régime, dont on ne regrettera nullement la disparition; contre le monde, où les deux comparses, multipliant insultes et menaces, se sont aliénés leurs plus anciens et sérieux alliés; enfin, contre l'ONU, dont Washington et Londres ont saboté le travail et perverti les finalités.

La guerre est venue, illégale et illégitime. Elle a balayé le régime tyrannique de Saddam Hussein. On s'en félicite. Mais quel est le bilan, provisoire, de cette agression sur le terrain?

Premièrement, la sécurité. Certes, les Irakiens ne vivent plus dans une prison, mais l'Irak est devenu aujourd'hui un aimant pour tous les terroristes islamistes, là où le renversement de Saddam Hussein était censé les annihiler. Contrairement à la belle prédiction de Fouad Ajami, les soldats américains n'ont pas été accueillis avec des cerfs-volants et de la musique. Au contraire. Les bombes, les attentats et les attaques rythment leur vie quotidienne et celle, faut-il le rappeler, de millions d'Irakiens dont plusieurs milliers ont déjà péri.

Deuxièmement, la reconstruction. Tous les témoignages concordent: l'après-guerre n'a jamais été sérieusement planifié par l'administration Bush. Les soldats devaient rester sur place tout au plus trois à six mois et les Irakiens, heureux de leur libération, allaient, comme par magie, tout prendre en charge. Le pétrole coulerait à flots et financerait la reconstruction. La réalité est moins jolie. (...)

Troisièmement, la politique. L'Irak est une mosaïque ethnique et religieuse sur laquelle les colonisateurs et envahisseurs d'hier se sont cassé les dents en tentant de la façonner et où ceux d'aujourd'hui n'auront pas plus de succès. En fait, une terrible lutte pour le pouvoir se déroule à l'heure actuelle et elle s'exacerbera au fur et à mesure qu'on se rapprochera de la date du transfert du pouvoir. Déjà, les chiites, qui représentent 60 % de la population, n'ont pas l'intention d'être privés de gouverner directement le pays comme ce fut le cas pendant le règne de Saddam Hussein. Ils réclament des élections immédiatement et remettent en question les beaux plans de l'administrateur Paul Bremer pour une transition ordonnée. Au pouvoir, ils pourraient bien être tentés de s'emparer du pays tout en maintenant une démocratie de façade. (...)

L'afflux de terroristes, les attentats, le chaos économique, la violence politique qui pointe à l'horizon, l'absence d'armes de destruction massive, tout cela avait été pronostiqué et clairement décrit par les amis et les alliés des États-Unis et de la Grande-Bretagne. On ne parle pas ici de l'Iran, de la Libye ou de la Corée du Nord, mais du Canada, du Mexique, de la Suède, de la Turquie, de la Jordanie, de l'Allemagne ou de la France. (...) Ni Washington ni Londres ne l'ont entendu de cette manière. Ils préféraient des alliés soumis, comme la Pologne, à des amis rebelles mais sincères. Ils se sont donc livrés à une agression, la deuxième, contre eux. Les amis et les alliés ont été copieusement insultés, intimidés, sinon menacés pour avoir osé douter du bien-fondé d'une attaque contre l'Irak et exigé plus de respect envers le travail du Conseil de sécurité.

La troisième agression menée par les deux puissances anglo-saxonnes a visé les deux mécanismes de l'ONU mis à contribution pour gérer l'affaire irakienne: le processus d'inspection et le Conseil de sécurité. À Washington, et peut-être un peu moins à Londres, les dirigeants n'ont jamais caché tout le mépris qu'ils avaient pour le processus d'inspection. " Nous n'hésiterons pas à vous discréditer ", avait dit le vice-président Dick Cheney à Hans Blix avant que celui-ci entame ses travaux en Irak à l'automne 2002.

Et pour cause. Il était difficile de manipuler tous les inspecteurs comme Cheney l'avait fait avec les agents de la CIA. Les États-Unis ont donc utilisé d'autres tactiques: campagne de presse visant à miner la crédibilité de Blix et de son collègue de l'Agence internationale de l'énergie atomique, El Baradei; ridiculiser les inspecteurs en présentant des preuves qu'ils n'auraient soi-disant pas découvertes lors de leurs travaux en Irak; truffer la commission d'inspection d'espions américains chargés de provoquer des incidents avec les Irakiens. Tout cela a échoué. Blix et ses inspecteurs ont défendu leur travail jusqu'à la fin et, ainsi, préservé leur dignité et celle de l'ONU.

Les membres du Conseil de sécurité ont eux aussi dû subir pressions et intimidations. Dès l'adoption de la résolution 1441 et lors de tous les débats sur l'Irak entre janvier et mars 2003, onze des quinze membres du Conseil ont toutefois refusé de se laisser intimider et bousculer par les États-Unis et la Grande-Bretagne. Toutes les pressions - économiques, politiques et diplomatiques - ont été exercées pour faire changer d'avis plusieurs pays, particulièrement les six membres non permanents dont le vote était crucial pour Washington et Londres: Cameroun, Guinée, Angola, Pakistan, Chili et Mexique. Washington et Londres, si prompts à brandir la morale pour défendre leur position, n'ont pas hésité à placer sur écoute téléphonique les délégués de ces six pays, chez eux, à leur bureau de New York, et à intercepter leur courrier électronique. (...)

" L'Histoire nous donnera raison ", ne cessent de claironner le président américain et le premier ministre britannique. Justement, s'il est une leçon à tirer de la crise irakienne, c'est que son histoire ne doit pas être écrite seulement par des individus comme Bush et Blair.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Un pauvre petit minable

Jacques Lanctôt
TRIBUNE LIBRE 16 mars 2004

Il n’en rate pas une, Robert Lévesque, de Pauline Julien à Raymond Lévesque. Qu’est-ce qui le fait tant courir? Loin de pourfendre la bêtise, il en est l’exemple même. On croirait voir Trudeau avec son petit livre de citations sous le bras. Ridicule et minable. À l’époque des collèges classiques, on disait : «Doctus cum libro» pour persifler celui qui citait à tour de bras les grands auteurs pour faire ostentation de sa culture d’apparat. Il y est resté accroché, y allant à chacun de ses articles d’un Anatole France à Péguy, son éventail n’ayant pas de limites, comme celui du dictionnaire.

Il y a quelques années, Lise Bissonnette, la directrice au Devoir, me disait : Je ne peux rien contre lui, Jacques, c’est le journaliste qui a le plus de culture dans ma salle de rédaction. Jusqu’à ce que je lui fasse découvrir le pot aux roses. En mars 1994, Charles Bukowski meurt. Il s’en souvient sûrement, le petit plagiaire minable? J’avais lu, dans Le Monde des livres, un long article retraçant la carrière tumultueuse de cet écrivain américain. Étions-nous à ce point si peu nombreux à lire ce journal, croyait-il, pour qu’il s’aventure, quelques jours plus tard, dans le Devoir où il sévissait, à reprendre, sous sa propre signature, le même article, sans guillemets ni source. Textuel! Lui qui avait dénoncé quelques mois auparavant Robert Lepage pris en flagrant délit de plagiat à propos d’un texte sur Shakespeare, paru dans le programme du TNM, il tentait de nous en mettre plein la vue en copiant sans vergogne un article paru dans un autre journal. Lorsque je me suis aperçu en le lisant que j’avais lu, quelques jours auparavant, le même article dans le journal Le Monde, j’ai aussitôt alerté la direction du Devoir, qui a tenté de camoufler l’incident. Nous étions maintenant deux ou trois à savoir qu’il était un minable plagiaire.

Quelques mois plus tard, il a trouvé l’occasion de se venger. Lorsque le Devoir a accepté de publier un extrait du premier ouvrage que je publiais dans ma nouvelle maison d’édition, il a trafiqué le texte de Claude Corbo, le faisant passer pour raciste, et du coup, m’éclaboussant moi aussi. Ce n’était pas la première fois qu’il trafiquait ainsi des textes, Josée Blanchette et Daniel Pinard avaient aussi goûté à son fiel. Alors, lorsqu’il a dû quitter Devoir, à la suite de sa saloperie non avouée, il a tenté d’expliquer à l’émission Christiane Charette en direct que sa démission de ce journal n’était aucunement liée à sa tricherie honteuse. Deuxième acte de sa médiocre comédie : il était un plagiaire, il devenait maintenant un fieffé menteur, un hypocrite de la plus belle espèce. Et nous étions un peu plus nombreux à le savoir.

Maintenant, j’espère que nous serons encore plus nombreux à savoir qu’il est et un plagiaire et un menteur. Et que ses éructions n’émanent pas d’une quelconque intelligence, mais bien d’un profond ressentiment envers tout ce qui représente le combat pour un Québec indépendant, libre, démocratique et débarrassé des crosseurs de tout acabit, fussent-ils déguisés en commanditaires angéliques ou en journalistes plagiaires et menteurs. Car il n’est qu'un petit raton caudataire de la culture de soumission et je suggère à Chapleau de l’immortaliser aux côtés de Stéphane Dion. Si nous étions au dix-neuvième siècle, à l’époque où le culte de l’honneur avait une quelconque signification, je n’hésiterais pas à le provoquer en duel. Et c’est aux poings que je le ferais, le fleuret ou le pistolet m’apparaissant trop nobles pour des crétins de son espèce.



TRIBUNE LIBRE

L’EXEMPLE ESPAGNOL

Patrice Boileau patriceboileau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 16 mars 2004

Quel superbe geste de solidarité qu’a posé le peuple d’Espagne le dimanche 14 mars dernier. En réponse à des dirigeants peu enclins à écouter la volonté citoyenne, l’électorat espagnol a sanctionné le Parti populaire en l’envoyant dans l’opposition après huit années au pouvoir. Les conservateurs de cette formation politique avaient appuyé l’invasion américaine en Irak, malgré un refus musclé manifesté par la population hispanique. Des troupes espagnoles ont donc quand même été dépêchées là-bas par Madrid, entraînant malheureusement la terrible riposte terroriste de jeudi dernier.

L’entêtement du gouvernement sortant à privilégier la piste ETA après l’attentat, a donné l’impression d’essayer de camoufler la vérité à la population à des fins électoralistes. Le Parti socialiste espagnol (PSOE), nullement favori pour remporter la victoire, a donc obtenu la confiance populaire. Parfois, une élection peut produire des résultats qui redonnent confiance en ce mécanisme démocratique. Les peuples qui jouissent de ce moyen de s’exprimer ne doivent jamais oublier qu’ils demeurent les principaux acteurs qui déterminent la suite des événements.

Le nouveau chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a immédiatement invité Tony Blair et Georges W. Bush à réfléchir sur les motifs qu’ils ont allégués pour justifier le déclenchement d’une guerre en Irak. Il sera intéressant d’observer le comportement de l’électorat étasunien en novembre prochain, au moment de choisir un président, suite au puissant message que vient d’émettre l’Espagne.

Le Québec aussi est en proie à des élus politiques qui tentent par tous les moyens de dissimuler la vérité. Le scandale des commandites que découvrent les Québécois leur a permis d’apprendre que le gouvernement fédéral gaspille leur argent à des fins de propagande qui vise à les diviser. De plus, ce même État canadien se livre à un terrorisme économique aux conséquences insidieuses : il vise à paralyser l’Assemblée nationale afin de la rendre moribonde aux yeux des Québécois. Rappelons que 30% de l’électorat québécois a boudé l’élection du 14 avril 2003, guidé par un cynisme malsain qu’Ottawa cherche justement à amplifier par ses agissements. C’est tout un peuple qu’on veut ainsi faire disparaître. À ces malversations s’ajoute la fraude fédérale lors du référendum de 1995. Le gouvernement canadien répète depuis à satiété que les Québécois « se sont dits NON deux fois » au sujet de leur indépendance politique. Ce discours mensonger essouffle profondément la confiance du seul peuple francophone d’Amérique du Nord..

Le gouvernement fédéral de Paul Martin pense que les Québécois sont affaiblis grâce à ses magouilles qui perdurent depuis près de dix ans, puisqu’il y a eu victoire du Parti libéral de Jean Charest à Québec lors du dernier scrutin en 2003. Il compte maintenant déclencher une élection générale fédérale dès le printemps prochain, malgré les récentes divulgations de la vérificatrice générale. Ottawa est convaincu que l’électorat québécois s’écrasera et n’offrira aucune résistance.

Les récents sondages donnent pourtant l’impression que cette fois-ci, une fierté nouvelle anime les Québécois. Qu’il serait bon de les voir suivre l’exemple espagnol et éliminer tous les pièges du fédéralisme canadien en expulsant la bande à Paul Martin du territoire québécois! Resterait ensuite à régler le cas de l’équipe de Jean Charest, assignée à l’entretient de ces écueils. Un pays pacifique, progressiste et francophone représente l’unique rempart capable de permettre aux Québécois de façonner librement un avenir à leur image.



TRIBUNE LIBRE

CONSTITUTIONS : POUVOIRS MANIPULÉS

René Marcel Sauvé, géographe, jmfc@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 16 mars 2004

Le Devoir du 10 mars publie un éditorial de Serge Truffaut au sujet de la Constitution provisoire préparée par les dirigeants Irakiens du Conseil Intérimaire du Gouvernement(CIG). Entre autres, il rapporte le commentaire de Noah Feldman, juriste, professeur à l’Université de New York et conseillère dans la préparation de cette Constitution. Parmi ses conclusions, elle fait la remarque suivante : Avec cette Constitution, les Kurdes auront davantage de droits que les Québécois (sic).

Cependant, la Constitution proposée pour l’Irak aurait pu reconnaître les Kurdes comme un peuple et un État, mais elle ne le fait pas. Le régime de Saddam Hussein était centralisateur et unitaire. Le régime « démocratique » proposé par la Constitution, un amalgame de plusieurs systèmes, accorde une légitimité à un pouvoir aussi centralisateur et unitaire que le précédent, en ce sens que les « droits » garantis par la Constitution ne sont pas des pouvoirs. Mais comme une majorité de gens, elle ne fait pas la différence entre droits et pouvoirs et ignore le fait que la véritable liberté est complètement dans l’aptitude et la capacité d’agir, et par conséquent, exige une multitude de pouvoirs qui dépassent les droits des sociétés inféodées. À moins que de nouvelles prises de conscience leur fassent obstacle, les organisateurs du nouveau régime à Bagdad ont les coudées franches, du moins pour le moment.

Or, ce que veulent Kurdes et Québécois, ce sont des pouvoirs, tous les pouvoirs d’un État, lesquels leur ont toujours été refusés, même au risque d’interminables guerres civiles. Les oligarques, lobbies du pétrole et autres, s’y opposent. Eux favorisent les grosses centralisations qu’ils peuvent aisément manipuler dans le sens de leurs intérêts. Comme les dirigeants d’Ottawa, les dirigeants de Bagdad savent à quoi ils veulent en venir et n’en démordent pas, peu importe les conséquences. Pour qu’un véritable changement se produise, il aurait fallu que Bagdad tombe définitivement, ce qui n’est pas à la veille d’arriver. En fait, il est possible maintenant que ce soit Ottawa qui tombe avant Bagdad. Le scandale des commandites, les abus de pouvoirs et la corruption généralisée vont inciter non seulement le Québec mais aussi les autres provinces à se doter d’un gouvernement d’État et à laisser tomber Ottawa.

Préparer une Constitution écrite n’est facile pour personne et oppose les avatars du langage aux réalités non écrites de l’existence et de la vie. Le langage se veut rationnel alors que le réel, relationnel, est difficilement représentable par des mots et des phrases. C’est dans et par le réel que la conscience prend forme. Les Constitutions écrites donnent bonne conscience et c’est autre chose. Entre conscience et bonne conscience, il existe souvent un fossé infranchissable. La réalité est relation en acte et en puissance. Elle n’est pas une projection commode de ses idéaux et encore moins des intérêts qu’ils servent. Toute Constitution écrite est donc suspecte, surtout lorsqu’un droit reconnu, comme par exemple le droit de veto, n’est qu’une mesure d’apaisement parmi beaucoup d’autres.

À Bagdad, derrière les coulisses, les lobbies du pétrole se profilent pour manipuler à leur guise un pouvoir hors de surveillance et de contrôle par la population. Comme à Ottawa, la stratégie des centralisateurs est toujours en place et s’active à augmenter les prérogatives de l’État central unitaire, toujours au service des oligarchies qui en tirent les ficelles. Rien n’a changé et rien ne changera, mais les apparences seront sauves.

Même si la Constitution de l’Irak, adoptée par les vingt-cinq membres du Conseil Intérimaire de Gouvernement(CIG), représente une sorte d’alchimie entre plusieurs systèmes, dont le « fédéralisme » canadien, un tel document sera perçu dans beaucoup de milieux comme potentiellement arbitraire et provoque déjà des craintes et des réactions. D’autres, comme la Turquie, y verront une reconnaissance de jure des communautés Kurdes, ce qu’elle a toujours refusé.

Ce n’est pas pour rien que l’ayatollah Ali Sistani a pris soin de préciser que cette Constitution a été formulée par une autorité non élue, sous-entendu : imbue d’idéaux, de rationalités et de modèles, comme on vient de le voir. Par conséquent, quiconque est plongé à fond dans le contexte et connaît l’état des relations entre ces peuples, groupements et pouvoirs en place, peut appréhender ce qui va se produire après que cette Constitution sera devenue officielle.

Ce qui préoccupe les pouvoirs en place, comme celui d’Istanbul, de Bagdad ou d’Ottawa, ce n’est pas tellement la reconnaissance officielle de droits, comme par exemple la langue française, que le fait qu’une telle reconnaissance constitue un précédent qui peut ouvrir la voie vers des pouvoirs réels à reconnaître, de jure comme de facto. Cette crainte est plus grande lorsque le statut de peuple, de nation et d’État existe bel et bien dans les faits, par fait accompli, au terme d’une démarche de plusieurs siècles, qu’il n’est plus possible de nier, comme c’est le cas du Québec notamment. (Cf. Géopolitique et avenir du Québec. Guérin. 1994).

Je ne connais pas les statuts de fait des peuples, nations et États du Proche Orient, n’y ayant pas séjourné assez longtemps et ne les ayant pas étudiés suffisamment non plus. La question centrale demeure cependant la même qu’au Québec confronté à Ottawa : Est-ce que la Constitution tient compte des statuts de faits du Québec et des autres provinces, faute de quoi elle ne peut être qu’arbitraire? Dans tous les cas, d’où viennent les certitudes de Noah Feldman à ce sujet?

Le Book of Facts de la Central Intelligence Agency parle du Canada comme d’une « confédération » et les propositions constitutionnelles faites à l’Irak en parlent comme d’un « fédéralisme ». Suivant notre perspective, le Canada est un État unitaire qui piège continuellement le pouvoir vers le centre. Si décentralisme il y a, il ne peut être que le fait des provinces en passe de devenir des États, suivant un processus naturel sui generis inscrit dans la géographie de l’espace continental canadien, non par la volonté du pouvoir central. La référence au Canada comme modèle de « fédéralisme » pour donner une Constitution à l’Irak