Actualité





»» pauvreté

Un tribunal pourrait forcer Québec à respecter sa loi contre la pauvreté

Tommy Chouinard
Le Devoir mercredi 17 mars 2004

Las d'attendre, les assistés sociaux et le PQ réclament le dépôt du plan d'action promis

Le Parti québécois et le Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ) se tournent vers la Cour supérieure pour forcer le gouvernement Charest à déposer un plan de lutte contre la pauvreté.

Qu'à cela ne tienne, le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, entend toujours présenter un tel plan «dans les semaines qui suivront le dépôt du budget», le 30 mars.

L'opposition péquiste et le FCPASQ ont déposé hier une requête en mandamus au greffe de la Cour supérieure de Québec afin d'obliger le gouvernement à respecter l'article 13 de la loi visant à lutter contre la pauvreté, qui prévoit le dépôt du plan d'action le 3 mai 2003. Depuis son élection, le gouvernement va de report en report dans ce dossier. Une requête en mandamus est un recours extraordinaire ayant pour but d'obtenir une ordonnance lorsqu'une personne refuse d'accomplir un acte auquel la loi l'oblige.

«Nous considérons que le gouvernement Charest est carrément dans l'illégalité. Depuis son arrivée en poste, le ministre Béchard nous promet le dépôt du plan d'action. De fait, il l'a remis à au moins trois reprises. Nous lui avons donné le bénéfice du doute durant tout l'automne, mais là nous ne le croyons plus», a affirmé hier en conférence de presse le critique péquiste en matière de lutte contre la pauvreté, Camil Bouchard. Le recours devant les tribunaux est financé à même les budgets de l'opposition officielle.

«Si on dépose la requête, c'est parce qu'il y a un bris de confiance, a ajouté Jean-Yves Desgagnés, du FCPASQ. Ce n'est pas la première fois que M. Béchard nous annonce une date de dépôt et que c'est reporté. Par la requête, on veut forcer le ministre à ce qu'il y ait une date précise de dépôt et qu'on ne nous dise pas, par exemple, après le budget, qu'on le reporte encore une fois. On a l'impression qu'on laisse traîner volontairement le dépôt du plan d'action pour ne pas annoncer les véritables intentions de ce gouvernement-là en matière de lutte à la pauvreté.»

Le ministre Claude Béchard se dit «un peu surpris» de cette démarche. «Ils savent fort bien que le plan d'action s'en vient», a -t-il dit, tout en rappelant que ce sera seulement après le budget. S'il ne veut pas fixer une date précise dès maintenant, c'est qu'il attend de constater l'ampleur de l'enveloppe budgétaire que le ministre des Finances, Yves Séguin, consentira au plan de lutte contre la pauvreté. «On aurait pu déposer un plan d'action avant, mais il aurait été partiel. Je veux un plan complet, qui contient toutes les mesures dont on a besoin et auxquelles sont attachés des montants importants», a affirmé Claude Béchard.

La Cour supérieure dispose d'un délai de 180 jours pour entendre la requête. Le gouvernement pourrait toutefois invoquer l'article 100 du Code de procédure civile voulant que nul ne peut prendre de recours extraordinaire contre le gouvernement. Le PQ estime que l'obligation contenue dans l'article 13 de la loi permet de poursuivre Québec.



»» union de la gauche

La sage et la politique

Josée Boileau
Le Devoir mercredi 17 mars 2004

Françoise David est une leader-née. Mais ce n'est pas une politicienne. Le simple fait qu'elle veuille créer un parti politique en est la preuve.

Non que la politique n'ait pas besoin de gens intelligents, intègres, rassembleurs, dotés d'une conscience sociale -- toutes qualités de Mme David et de nombre de ceux qui l'entourent. Mais avant d'être affaire de fougue ou de convictions, la politique partisane est une gigantesque machine, et ce n'est pas médire du monde politique que de le constater.

Ce qui est en jeu en politique, c'est le pouvoir. On pense toujours à celui des ministres. Mais il y a aussi le petit, tout bête, qu'ont tous les élus -- dépanner le citoyen dépourvu devant l'appareil étatique ou le groupe de loisirs qui a besoin de sous. Mille réseaux à connaître et qui tissent, aux yeux des électeurs, la crédibilité d'un candidat, a fortiori d'un parti.

C'est pourquoi les partis les plus solides ne naissent pas d'un élan de la foule mais d'une scission de partis établis -- tels le PQ et l'ADQ, engendrés par le Parti libéral. Aux idées neuves se conjuguent dès le départ d'indispensables élus, des militants, de l'argent et une solide organisation de terrain. On a beau s'en moquer, mais la gestion des soupers-spaghettis d'un candidat a autant d'importance que ses positions sur l'accord de Kyoto, et demande bien plus d'énergie !

Le problème de la gauche au Québec, c'est que si elle connaît bien ses principes, si elle sait faire des manifs et parler aux ministres, elle a encore tout à apprendre du souper-spaghetti. Prouver aussi qu'elle est déjà à l'intérieur de l'État, avec des personnages clés à ses côtés qui en connaissent suffisamment les rouages pour envisager de gouverner -- ce qui reste l'objectif, même lointain, de quiconque entend avoir une candidature significative, cas évident de Mme David.

À moins que la gauche unie ne se voie que comme une opposition politique. Auquel cas, qu'elle reste dans la cité ! Ses militants, certains très médiatisés, assument déjà leur rôle avec rigueur et efficacité, taraudant et enquiquinant les ministres, devenant ce faisant des rouages incontournables de nos démocraties.

Les progressistes font plutôt valoir leur déchirement à l'heure des élections : ou ils optent pour la gauche actuelle, éparpillée, qui grappille 2 % du vote, ou ils sont prisonniers du PQ, ou ils restent chez eux. Mais même favorisée par un nouveau mode de scrutin -- et le projet actuel en est loin !, il est clair que la gauche unie ne suscitera qu'un petit vent de sympathie, faute d'assises électoralistes.

Alors que faire ? Investir le PQ, comme viennent de le décider des personnalités du monde syndical et communautaire ? C'est un choix. Il est impensable toutefois que ce soit celui d'une Françoise David, dont la forte présence ne peut trouver de place dans un parti qui cultive l'ambivalence sociale depuis des lustres. Une crise au PQ, le parti qui se scinde, Mme David qui en rattrape des morceaux : voilà un scénario qui aurait été idéal. Mais c'est de la pure fiction, aujourd'hui comme demain.

Donc, pas de salut politique pour les Françoise David du Québec ? Eh non. Juste le rôle d'une sage. Ce qui n'est quand même pas rien.



»» Parc immobilier de la SIQ

Les milieux d'affaires salivent devant la possibilité d'acquérir des édifices publics

Simon Boivin
Le Soleil mercredi 17 mars 2004

La possibilité d'acquérir certains immeubles appartenant à la Société immobilière du Québec (SIQ) en fait saliver plusieurs dans le milieu des affaires.

"C'est certain qu'il va y avoir beaucoup de personnes qui vont avoir de l'intérêt, affirme Jules Dallaire, président de Cominar, l'un des plus importants propriétaires immobiliers de la région. Ce qui va faire la valeur de la bâtisse, c'est la valeur de son bail."

Le ministre des Finances, Yves Séguin, a fait part publiquement de ses interrogations quant à la taille du parc immobilier du Québec. La SIQ, bras immobilier du gouvernement du Québec, a commandé une étude à la firme Ernst&Young pour évaluer trois options concernant certains de ses édifices : la vente, le renouvellement d'hypothèque ou le partenariat avec le privé.

Le président de Cominar dit avoir déjà eu des discussions avec la SIQ sur la possibilité d'acheter un édifice gouvernemental. "On déjà fait une offre pour Place Québec, souligne M. Dallaire. C'est un bel actif pour le privé. Le complexe Saint-Amable en est un autre avec une belle valeur. Il y en a plusieurs."

La SIQ assure toutefois qu'aucune décision n'a été prise quant au sort réservé à ses bâtisses. "Le gouvernement a mentionné que, dans le contexte financier actuel, il n'était pas du mandat de la SIQ d'investir dans l'immobilier, souligne Martin Roy, porte-parole de la SIQ. On ne fait que regarder les différentes choses qui pourraient être envisagées."

Parmi les immeubles sous évaluation, l'édifice Marie-Guyart - le "G" - et le ministère des Finances, sur la rue Saint-Louis. "Le gouvernement a acheté des immeubles dans une période où les valeurs étaient basses, il va les vendre à un prix beaucoup plus élevé, souligne M. Dallaire. Il va faire un profit intéressant avec ça."

Pour le porte-parole de l'opposition officielle pour le Conseil du trésor, Sylvain Simard, il est complètement "illogique" que l'État songe à se départir d'édifices qui lui appartiennent. "Je n'arrive pas à comprendre pourquoi un gouvernement, propriétaire de ses immeubles, les céderait au privé pour ensuite les relouer, laisse tomber le député de Richelieu. N'importe quel promoteur immobilier serait content de compter dans son parc des centaines de milliers de mètres carrés loués pour l'éternité au gouvernement."

Si le président de Cominar croit que le gouvernement privilégiera les intérêts québécois dans une éventuelle vente de ses immeubles, M. Simard estime qu'il en sera tout autrement. "S'il va sur le marché, il va devoir respecter les règles internationales, dit-il. On pourrait voir des intérêts français ou américains devenir propriétaires."

Pas moins de 357 immeubles appartiennent à la SIQ qui détient pour 1,5 milliard $ d'actif en immobilier.

SBoivin@lesoleil.com



»» Parc immobilier de la SIQ

La sous-traitance de l'État, une manne de 2,3 G $ pour le privé

Gilbert Leduc
Le Soleil mercredi 17 mars 2004

L'activité gouvernementale constitue une véritable mine d'or pour les entreprises du secteur privé. En 2002-2003, la valeur totale des contrats de sous-traitance accordés par les ministères et les organismes se chiffrait à 2,3 milliards $.

Selon des chiffres obtenus par LE SOLEIL auprès du Secrétariat du Conseil du trésor, les contrats de construction composent la portion la plus importante du gâteau de la sous-traitance. En effet, les ministères et les organismes en ont accordé pour une valeur de 1,1 milliard $ en 2002-2003.

Les contrats de services professionnels, pour leur part, représentent une somme de 833 millions $. Pour ce qui est des contrats de services auxiliaires, notamment pour l'entretien des immeubles gouvernementaux, leur valeur se situait tout juste en deçà de 350 millions $.

Ces données ne tiennent pas compte des contrats accordés par les établissements des réseaux de la santé et de l'éducation.

Il est bien difficile de mesurer la croissance, au fil des ans, de la valeur des contrats de sous-traitance accordés au secteur privé. D'une année à l'autre, la détermination des sommes d'argent qui constituent une dépense de sous-traitance varie.

Par exemple, le Secrétariat du Conseil du trésor et le ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille n'ont commencé qu'en 2002-2003 à tenir compte, dans leurs statistiques annuelles sur la sous-traitance en services professionnels, des 80 millions $ investis dans l'achat de cours pour la clientèle d'Emploi-Québec.

Il n'en demeure pas moins que les données transmises par le Secrétariat du Conseil du trésor montrent qu'au cours des cinq dernières années, la valeur des contrats de sous-traitance en services professionnels dans la fonction publique a doublé, passant de 412 à 833 millions $.

Au ministère des Transports, par exemple, le nombre de contrats accordés entre 1998-1999 et 2002-2003 a grimpé de 403 à 1824 et la facture a fait un bond de 50 à 163 millions $. À la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), les coûts de la sous-traitance sont passés de 26 à 59 millions $ au cours de la même période.

Le ministère des Transports et la SAAQ font partie du top 5 des ministères et des organismes les plus "généreux", en 2002-2003, au chapitre de la sous-traitance avec le ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille (127,7 millions $), le ministère du Revenu (69,2 millions $) et la Commission de la santé et de la sécurité du travail (74,7 millions $).

Selon la compilation effectuée par le Secrétariat du Conseil du trésor auprès de 131 ministères et organismes, près de 30 % des 833 millions $ dépensés en 2002-2003 pour la sous-traitance de services professionnels - soit 306 millions $ - concernaient des services en technologie de l'information. Il y avait aussi 120 millions $ au chapitre du génie et des sciences physiques et 68 millions $ pour les services externes en matière de communication et de publicité.

Des "faux sous-traitants"

Depuis plusieurs années, le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) se fait un devoir de monter aux barricades pour dénoncer le recours à la sous-traitance.

"Pour nos 18 000 membres et pour l'État, cette utilisation souvent abusive des ressources externes signifie une perte d'expertise inestimable. Dans certains ministères et organismes, tous les mandats stratégiques sont dorénavant l'apanage des sous-traitants", a dénoncé la présidente du SPGQ, Carole Roberge. "Les gros projets de développement technologique, ils vont pratiquement tous à l'externe, bien que le dérapage du projet GIRES a allumé des feux rouges un peu partout dans l'administration publique."

Après les faux occasionnels - ces employés non permanents qui ont occupé, pendant des années, des emplois réguliers - , voilà que le SPGQ a débusqué des faux sous-traitants. "Il s'agit de sous-traitants en informatique, surtout, qui sont assis sur la même chaise depuis une décennie", a expliqué Mme Roberge.

Selon cette dernière, les gestionnaires de la fonction publique n'ont pas toujours le choix de faire appel au privé. "Comme ils ne peuvent pas embaucher de nouveaux employés, leur seule porte de sortie pour en arriver à exécuter leur mandat, c'est de faire appel au privé."

Et, selon le SPGQ, l'État ne fait pas toujours une bonne affaire. "À l'interne, un professionnel coûte 250 $ par jour. Pour un sous-traitant, ça va de 650 $ à 2000 $ par jour", a signalé la syndicaliste en ne cachant pas sa déception de constater que la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, n'avait pas appliqué la même médecine à la sous-traitance lorsqu'elle a décrété, le mois dernier, un gel de l'embauche de nouveaux employés dans l'administration gouvernementale.

Les gestionnaires joints par LE SOLEIL ont expliqué la croissance de leurs dépenses de sous-traitance par la réalisation de nouveaux projets. Au ministère des Transports, par exemple, il a fallu recourir à des ressources externes supplémentaires, en 2002-2003, pour en arriver à préparer les plans et les devis techniques et répondre à la commande du gouvernement d'investir 1,4 milliard $ dans le réseau routier.

"Souvent, le travail exigé ne nécessite par l'embauche d'un employé régulier", a expliqué un gestionnaire. "Une fois le mandat terminé, le sous-traitant s'en va."

Sous l'ancien gouvernement, le SPGQ avait réussi à obtenir, en 2001, la création d'un comité de haut niveau pour examiner la problématique du recours à des ressources externes dans les projets d'envergure des technologies de l'information. Or, selon Carole Roberge, les échanges au sein de ce groupe de travail sont pratiquement inexistants depuis avril 2003.

GLeduc@lesoleil.com



»» Mode de scrutin

Mode de scrutin : une réforme dénaturée

Paul Cliche
Le Devoir mercredi 17 mars 2004

Libre opinion - Au directeur du Devoir, Bernard Descôteaux L'éditorial intitulé «Prendre de la hauteur» que vous avez signé dans Le Devoir du mercredi 10 mars contient une erreur factuelle. Vous écrivez: «L'Assemblée nationale compterait 75 élus dans les comtés suivant l'actuel système uninominal à un tour et 50 députés de région élus à la proportionnelle de type compensatoire.»

Or ces 50 députés de région ne seraient pas élus à la proportionnelle. En effet, contrairement à ce qui se passe dans les autres pays dotés d'un tel scrutin mixte, le ministre veut supprimer le deuxième vote se déroulant à l'aide de listes de candidatures présentées par chaque parti, ce qui est la principale caractéristique d'un scrutin proportionnel. S'il ne change pas d'idée, il n'y aurait qu'un seul vote au scrutin majoritaire qui permettrait d'abord d'élire les 75 députés de circonscription. Mais c'est à partir des résultats de ce vote unique que seraient également élus les députés de compensation dans les régions par le truchement d'une formule de repêchage. Ces derniers seraient choisis parmi les candidats défaits ayant obtenu le meilleur score lors du scrutin majoritaire dans les circonscriptions.

Je faisais partie de la délégation de l'Union des forces progressistes qui a rencontré le ministre Jacques Dupuis le 16 février dernier. Il nous a alors informé des contours de la formule qu'il favorise. Nous avons constaté qu'il ne restait plus, dans le projet qu'il avait annoncé en septembre dernier, aucun élément propre à un scrutin proportionnel. Le ministre se livre donc à de la fausse représentation lorsqu'il prétend qu'il s'agirait d'un «mode de scrutin proportionnel mixte de type compensatoire», comme plusieurs journaux l'ont rapporté dernièrement.

La suppression du deuxième vote au scrutin proportionnel et l'élimination des listes de candidats dénatureraient en quelque sorte le scrutin mixte (majoritaire-proportionnel) avec compensation que le ministre prétend instaurer.

Une formule inusitée

Le deuxième vote est essentiel car, si on se fie à l'expérience vécue en Allemagne, en Nouvelle-Zélande et en Écosse, c'est lui qui permet aux petits partis en émergence de faire le plein de leur voix et de faire élire leurs députés. Autrement, le réflexe du «vote utile ou stratégique», qui est induit par le scrutin majoritaire, diminuerait de beaucoup la portée de la compensation visant à réduire les distorsions causées par ce dernier.

Quant aux listes, si on se fie à l'expérience des pays scandinaves, elles sont essentielles pour hausser la représentation des femmes et assurer une représentation à certaines minorités comme les groupes ethnoculturels.

En réalité, si le ministre ne change pas les modalités de son projet, sa réforme instaurera un mode de scrutin majoritaire de type compensatoire, une formule qui, à notre connaissance, n'existe nulle part ailleurs. De plus, la compensation s'effectuerait à partir d'entités régionales ne comptant que trois, quatre et cinq sièges au lieu, par exemple, des sept que comptent les huit régions électorales dont est dotée l'Écosse, où il y a 56 sièges de compensation. Cette amplitude minimale ferait en sorte qu'en pratique, les partis recevant moins de 15 % des suffrages auraient peu de chances de faire élire des députés. À ce moment-là, nous ne serions pas loin du statu quo.

Compte tenu du déséquilibre démographique qui existe entre les régions au Québec, la seule façon d'assurer une proportionnalité satisfaisante avec un bassin relativement réduit de 50 sièges de compensation serait de les attribuer sur une base nationale, comme le ministre l'avait d'abord envisagé. Dans cette éventualité, il faudrait toutefois que la loi oblige les partis à inscrire sur leurs listes des candidats en provenance de toutes les régions.

Nous ne faisons pas cette proposition de gaieté de coeur car le premier choix de l'UFP se porte sur un scrutin proportionnel de type régional où les 125 députés seraient élus selon ce mode sur la base des régions. Nous sommes prêts à accepter comme compromis la formule de scrutin mixte choisie par le gouvernement à la condition qu'il l'applique dans son intégrité [...].

À la suite de ces explications, vous comprendrez pourquoi trois mouvements citoyens fort représentatifs ont récemment dit craindre que la réforme ne se limite à une «opération de ravalement cosmétique». On appréhende qu'elle profite surtout aux libéraux, qui verrait sûrement corrigé, grâce à la compensation, le handicap structurel de 5 à 7 % des votes vis-à-vis du Parti québécois, qui l'a privé du pouvoir en 1998. Mais il n'y aurait rien, sinon des grenailles, pour les partis obtenant un vote inférieur au seuil effectif de 15 %. L'instauration de l'équité se limiterait aux partis déjà établis. Faudra-il une autre saga de 30 ans pour obtenir une vraie réforme avec une véritable proportionnelle?

Paul Cliche : Responsable du dossier de la réforme des institutions démocratiques, Union des forces progressistes



»» Négos avec les Innus

Plusieurs organismes s'excluent de la table

Steeve Paradis
Le Soleil mercredi 17 mars 2004

Baie-Comeau - Un regroupement d'organismes de la Haute-Côte-Nord et de la Manicouagan a décidé de ne plus parler avec les représentants du gouvernement québécois dans le dossier des négociations territoriales avec les Innus, tant que des juristes indépendants n'auront pas précisé la portée de l'entente de principe, qui reste à être signée par Québec, Ottawa et quatre communautés montagnaises.

"Les organismes tiennent le gouvernement responsable d'avoir pris des initiatives unilatéralement en ne consultant pas, en bafouant les principes fondamentaux de la démocratie et surtout en manquant de respect à la population nord-côtière", a lancé le porte-parole du groupe, Gaston Lessard, qui n'a cependant pas précisé quelles actions le groupe compte prendre, maintenant qu'il s'exclut lui-même du processus mis en place.

Le groupement dit mal s'expliquer l'empressement de Québec à vouloir signer rapidement l'entente, surtout qu'à leur avis, il y a trop de zones grises dans le document actuel. "Il y a certainement anguille sous roche pour vouloir signer aussi vite."

M. Lessard est aussi revenu sur la nomination de Pierre Rousseau comme délégué de la Côte-Nord, déjà dénoncée parce qu'elle s'était faite sans consultation de la population visée. Pour lui, il s'agit d'un figurant sans connaissance du dossier et non responsable face à la population.



»» Commandites

Martin nie avoir condamné qui que ce soit d'avance

Lia Lévesque
Le Soleil mercredi 17 mars 2004

PC Sherbrooke - Le premier ministre canadien, Paul Martin, nie avoir condamné qui que ce soit d'avance dans le dossier du scandale des commandites, pas même l'ancien ministre et ambassadeur Alfonso Gagliano.

"On n'a certainement pas condamné qui que ce soit. On n'a pas passé de jugement sur qui que ce soit", a-t-il dit hier alors qu'il était interrogé à ce sujet à l'occasion d'une rencontre avec la presse, à Sherbrooke.

M. Martin était alors invité à répondre aux commentaires de M. Gagliano qui a multiplié les entrevues en soutenant qu'il n'était qu'un bouc émissaire dans ce dossier et qu'il n'avait rien à se reprocher.

L'ancien ambassadeur, rapatrié du Danemark, doit d'ailleurs témoigner demain devant le Comité des comptes publics de la Chambre des communes.

Le premier ministre a affirmé qu'il n'avait "aucune idée du témoignage de M. Gagliano" et qu'il faudrait attendre de l'entendre pour se faire une idée.

Il a aussi nié que les origines italiennes de M. Gagliano y soient pour quelque chose. "Non, pas du tout", a-t-il répliqué à une question d'un journaliste.

Dans une entrevue publiée dans l'hebdomadaire Hill Times, et reprise par La Presse, hier matin, l'ancien ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, affirme qu'il est victime de xénophobie. M. Gagliano estime qu'il a été ciblé dans le scandale des commandites parce qu'il a été le premier politicien d'origine italienne à devenir lieutenant du Québec.

M. Martin, qui a déjà promis que les Canadiens auront suffisamment de réponses, dans cette controverse, pour pouvoir se faire une opinion avant l'élection générale, a répété qu'il avait déjà "mis en place un processus qui va nous permettre d'aller au fond des choses", notamment grâce au comité parlementaire qui étudie l'affaire et à une commission d'enquête qui va bientôt débuter.

"On va avoir les réponses et ceux qui ont fait des pratiques inappropriées vont subir les conséquences", a-t-il assuré.

Le premier ministre du Canada a poursuivi à Sherbrooke sa tournée du Québec, lui qui était de passage à Rouyn-Noranda la veille et qui sera à Québec aujourd'hui.

À Sherbrooke, il a rencontré notamment des représentants de l'Université pour parler de recherche, de soutien fédéral à cette recherche et des débouchés commerciaux de la recherche. Il a longuement loué l'Université de Sherbrooke, l'université au Canada qui touche les plus importantes redevances sur ses inventions.

M. Martin a par ailleurs nié que sa tournée des derniers jours au Québec vise à tenter d'y remonter la pente, alors que les sondages démontrent que le Parti libéral du Canada y a piqué du nez depuis le scandale des commandites, au profit du Bloc québécois.

Il a assuré qu'il se trouvait au Québec parce qu'il s'y plaît, simplement. "C'est un reflet (du fait) que je suis Québécois. Je suis chez moi et j'aime bien ça."



»» fédérations

Deux nations comparables

David Malouf
La Presse mercredi 17 mars 2004

Les fédérations canadienne et australienne sont parmi les plus anciens systèmes de gouvernement au monde

La semaine dernière l'éminent auteur australien David Malouf a prononcé la cinquième Conférence annuelle LaFontaine-Baldwin un projet conjoint de S.E. John Ralston Saul et de l'Institut du Dominion. Cette conférence et le symposium qui l'accompagne dont le nom commémore deux leaders antérieurs à la Confédération ont pour but de promouvoir une meilleure compréhension des origines de la démocratie canadienne. En prévision de cette conférence M. Malouf a préparé la version qui suit pour La Presse.

On se pose des questions fascinantes quand on compare nos deux nations. Comment sont-elles devenues ce qu'elles sont? Il est certain que la stabilité et la surabondance de possibilités qu'elles offrent dans un monde instable laissent supposer qu'une extraordinaire qualité d'imagination, une sorte d'esprit d'invention inspiré, ont fait d'elles ce qu'elles sont.

Les conditions spécifiques d'où elles sont issues sont bien sûr très distinctes. Le Canada a commencé comme un éparpillement d'établissements isolés et de postes de traite qui sont devenus, avec le temps et par volonté commune, une nation tripartite, britannique, française et autochtone. L'Australie a commencé près de 300 ans plus tard, le résultat de l'Enlightenment, soit la philosophie anglaise et écossaise des Lumières. Malgré ces différences, nous sommes, à ce stade, remarquablement semblables.

Nos fédérations, qui se consacrent au bien public, représentent deux des plus anciens systèmes de gouvernement au monde et nos systèmes juridiques sont si rapprochés que les décisions de vos cours constituent souvent une source de jurisprudence chez nous. Nous avons aussi une perception similaire de notre place dans le monde, notamment de nos responsabilités de nations de taille moyenne, mais riches, envers celles qui, sur la planète, peuvent avoir besoin de notre aide et de notre protection. La plupart d'entre elles, en ce qui touche l'Australie, sont de proches voisins.

Alors quelle sorte de nation et de pays avons-nous- car nation et pays ne sont pas exactement la même chose- et comment se sont-ils formés?

D'abord, nous avons tous deux des lieux qui nous donnent du fil à retordre pour parvenir à les comprendre- c'est-à-dire à les imaginer comme territoires que nous occupons, puis à les intégrer dans notre imaginaire, premièrement en tant qu'étendues terrestres dont une grande partie- chez nous c'est le désert, chez vous c'est la glace- est presque complètement vide, quoique elle ne le soit pas dans l'esprit des autochtones; deuxièmement cet espace doit trouver sa place dans notre conscience collective comme endroit si pleinement occupé et habité que tous les événements et aléas qui composent l'expérience que nous y avons vécue, perdurent et forment un acquis qui s'est élaboré progressivement en strates et qui enrichit le présent. Voilà notre type d'histoire. Non pas une histoire de grands hommes et de héros, mais plutôt de travail accompli, de foyers et de villes construits, une accumulation de petites vies qui ont laissé leur propre petite marque. Un pays imaginé, mais aussi conservé dans la mémoire, auquel on a recours en l'amenant jusqu'à la réalité présente à laquelle on fait face et dont on tire des ressources. (...)

Bagnards de la Première Flotte

Nous savons quand l'Australie a commencé: le 26 janvier 1788, alors que des bagnards de la Première Flotte et leurs gardes débarquèrent dans la baie de Sydney. Dire précisément quand le Canada a commencé, ce serait comme de décider où la source de tous les petits affluents d'une rivière se rassemblent en un seul flot. L'un de ces moments, c'est celui où les deux hommes qui donnent leur nom à cette série de conférences, LaFontaine et Baldwin, amenant avec eux leur peuple, leur groupe linguistique et leur expérience réciproque, ont fait cause commune afin d'obtenir un gouvernement responsable. Un autre moment fut la réaction de leur administration quand le parlement fut incendié en 1849 .

L'année précédente, en 1848, il y eut une douzaine d'exemples à travers l'Europe de la façon dont ce genre de violence aurait pu être traitée. Vos dirigeants décidèrent plutôt de refuser la pratique conventionnelle et d'établir une nouvelle loi: ici, on ne répondra pas à la violence par la violence, car ici l'autorité s'appuiera sur quelque chose d'autre que la force. Ce qu'on était en train d'établir, c'était le tempérament d'un nouveau monde, non seulement différent de l'Europe mais aussi, comme on allait le découvrir bientôt, des États-Unis.

En tant que fils de l'Empire, ma vision du Canada - " Notre-Dame-des-Neiges " comme l'appelait Kipling dans l'une des ses odes impériales - provenait d'histoires de la vie dans la nature sauvage que je lisais dans Boys Own Annuals et d'une publicité que j'avais entendue à la radio australienne. Du milieu d'un blizzard tonitruant surgissait une voix qui lançait: " contre la toux et le rhume, faites comme les Mounties dans les étendues glacées du nord canadien. Prenez la mixture Canadiol de Buckley ".

Mais mis à part les mythes et les stéréotypes, notre expérience de l'espace a profondément affecté, et de manières qui sont essentiellement non-européennes, notre vision de la nature en tant que lieu qui finalement n'a pas besoin de nous et sur lequel nous n'exerçons qu'un contrôle limité. En Australie, tout comme ici, la nature n'offre pas de tranquille assurance que l'humain joue un rôle et détient un pouvoir prépondérants, ce qui en Europe fait partie inhérente du soi. (...)

Il faut un tempérament particulier pour qu'un peuple crée une fédération réussie; il faut une volonté d'abandonner la centralisation du pouvoir en un seul lieu et reconnaître qu'il puisse y avoir, sans risque d'explosion de l'ensemble, de la place pour plusieurs centres qui dialoguent entre eux, mais qui argumentent également. Une fédération exige une certaine tournure d'esprit et, plus important encore, elle l'encourage. Nous découvrons les vertus de la diversité et nous la sollicitons, nous trouvons intéressante la différence, nous apprécions la curiosité qu'elle fait sourdre en nous, les surprises qu'elle nous donne, l'originalité dans laquelle elle nous pousse à nous engager.

L'Australie n'est guère unie par des sentiments nationaux. Sauf pour les affaires de sport ou de guerre, nous nous considérons encore comme des Queenslanders, des Australiens méridionaux, d'indéfectibles Sydneyites. Nous ne faisons que très peu flotter le drapeau, pas plus que nous ne chantons l'hymne national. Nous formons le genre de nation où les liens internes sont souples et c'est ce qui convient bien aux Australiens. Nous percevons cela le plus clairement non pas lors d'occasions officielles comme le jour national, mais plutôt à des moments où nous nous trouvons à regarder autour de nous, voyons ceux qui sont là et disons: " Ah, ça alors, voici bien qui nous sommes. " Les jours d'élection comptent parmi ces moments-là. Comme le vote est obligatoire et qu'il a toujours lieu un samedi, toute la population sort de chez elle et on se sent dans une atmosphère de fête nationale. (...)

Voilà que cela me ramène à l'administration LaFontaine-Baldwin et à ce moment déjà évoqué de 1849. Le refus de répondre à la violence par la violence a représenté alors une tentative de s'approprier le futur en créant, dans l'effervescence du présent, ce qui pourrait avec le temps constituer un passé sobre et auquel on pourrait recourir. C'était agir d'une manière à laquelle les gens reconnaîtraient à la fois des qualités pratiques et le don de refléter leur propre tempérament. C'est ce tempérament, plus que toute forme de gouvernement, qui détermine finalement le genre de société que l'on crée, à quel point elle s'identifie au bien commun, et comment, siècle après siècle, on peut s'y référer et maintenir une certaine fidélité à ce qu'il y a de meilleur en elle.



»» Passion du Christ

La sublime Passion de Mel Gibson

Louis Cornellier
Le Devoir mercredi 17 mars 2004

Aurait-il fallu réinventer les Évangiles ?
Beaucoup de choses ont été dites sur cette oeuvre puissante, sauf l'essentiel...


Je ne sais pas, même si j'ai ma petite idée là-dessus, où Mel Gibson, dont l'ensemble de l'oeuvre avait été plutôt minable jusque-là, a puisé l'inspiration pour réaliser sa Passion du Christ. Je sais toutefois que cette oeuvre, commentée à tort et à travers depuis sa sortie, touche au sublime.

On a dit, souvent même sans l'avoir vu, que ce film flirtait avec l'antisémitisme, relevait du fanatisme catholique, était trop violent, prenait des libertés avec l'histoire et professait une théologie dépassée de la faute. On a dit, en d'autres termes, à peu près n'importe quoi, sauf l'essentiel: cette oeuvre puissante, dérangeante, est, par son intensité même, à la hauteur de son sublime sujet.

Aurait-il fallu que le cinéaste réinvente les Évangiles pour ne pas donner le mauvais rôle aux leaders juifs de l'époque? En Matthieu, par exemple, la chose est claire: «Alors les chefs des prêtres et les anciens du peuple juif se réunirent dans le palais de Caïphe, le grand-prêtre; ils prirent ensemble la décision d'arrêter Jésus en cachette et de le mettre à mort.» Mais Jésus aussi était juif, de même que sa mère, Marie-Madeleine et les apôtres. Gibson illustre cela avec clarté par des retours en arrière d'une rare beauté, et si cette fidélité aux textes et aux faits est susceptible d'exciter l'antisémitisme chez quelques-uns, la faute n'en revient alors qu'à ceux-là qui n'ont pas besoin de raisons pour s'adonner à leur délire, officiellement condamné par l'Église.

Une violence humaine

Quant à l'extrême violence du film, qu'on ne saurait nier, on se surprend un peu qu'elle engendre des cris de vierges offensées. C'est le Christ, l'agneau de Dieu lui-même, celui qui enlève le péché du monde, que l'on a, j'insiste, crucifié, et l'on voudrait que cela soit regardable, supportable? Il s'agit là d'un non-sens que seule notre inconscience de petites natures postmodernes peut expliquer.

Quoi, cette violence nous heurte et dérange notre indifférence? C'est là le génie de ce film que de redire la gravité de cette Passion que, dans notre confort, nous ne reconnaissons plus.

Contrairement à celle des niaiseries hollywoodiennes pétaradantes, c'est parce qu'elle est profondément humaine, acharnée, et qu'elle s'applique à l'innocent par excellence que cette violence est si violente et si... douloureusement vraie. La cacher, comme on tente encore de le faire aujourd'hui avec ses manifestations contemporaines, ne l'enraye pas, bien au contraire. Ne pas voir le péché du monde, s'enfermer dans la douillette douceur des bonnes âmes, c'est encore la plus belle façon de dormir sur nos deux oreilles et de rester sourds au cri du et des suppliciés.

Le tourment de Pilate

Les atermoiements de Pilate sur lesquels insiste ce film, a-t-on encore dit, trahissent la crédibilité de l'histoire. Les textes, pourtant, là encore, sont clairs. En Jean, Pilate déclare: «Je ne trouve aucune raison de condamner cet homme.» Quand il entend la foule réclamer la mort de Jésus, selon l'évangéliste, «il eut encore plus peur». En Luc, on lit: «Comme Pilate désirait libérer Jésus [...].» En Marc et Matthieu, on insiste sur le fait qu'«il savait bien que les chefs des prêtres lui avaient livré Jésus parce qu'ils étaient jaloux». Mieux encore, en Matthieu, on trouve une explication aux réserves du gouverneur: «Pendant que Pilate siégeait au tribunal, sa femme lui envoya ce message: "N'aie rien à faire avec cet homme innocent car, cette nuit, j'ai beaucoup souffert en rêve à cause de lui."»

Exactement, donc, ce que Gibson met en scène, fidèle en cela à un épisode clé de cette Passion qui insiste sur la puissance de conversion qui tiraille instamment, par l'entremise de sa femme, un homme dur et calculateur que rien ne prédisposait à une telle expérience. L'écrivain Éric-Emmanuel Schmitt a d'ailleurs tiré une oeuvre magistrale, L'Évangile selon Pilate, de cet extrait évangélique brillamment évoqué par Gibson mais que les sourds, évidemment, ne peuvent pas entendre comme il se doit.

Fidélité aux Écritures

Fidèle aux Écritures, donc, cette Passion brille aussi par sa grande beauté esthétique, par sa puissance d'évocation de la souffrance de Gethsémani, rendue par un point de vue à hauteur d'homme, par sa représentation du démon comme un être à la fois fascinant et horrifiant, par son traitement profondément humain du drame de Judas et par l'offrande qu'il nous fait d'une Marie habitée par un amour dont la transcendance ne peut que saisir le spectateur au coeur. Quand elle dit, à son Jésus enfant et, plus tard, au Christ du chemin de la croix, «mon fils», on saisit, sans nul besoin d'y réfléchir, à quel amour nous convie la parole de Dieu.

On a parlé, encore pour discréditer le message de cette troublante Passion, d'une théologie du Dieu vengeur. Ne croyez pas cela. Quand le Christ ensanglanté et en croix de Mel Gibson continue d'implorer son Père de pardonner à ses bourreaux, on comprend plus que jamais que ce sont les hommes, et non Dieu, qui sont vengeurs. Et, trop souvent encore, aveugles.

Louis Cornellier : Chroniqueur au Devoir



»» La Grande Séduction

Dis-moi que tu as vu l'Irlande...

Rosemarie Bélisle
Le Devoir mercredi 17 mars 2004

Le film La Grande Séduction se passe-t-il vraiment au Québec ?

J'ai vu La Grande Séduction lorsque le film a repris l'affiche après avoir gagné le prix du festival de Sundance. Je suis restée sidérée. Quel salmigondis! Où se passe l'action de ce film? Qui en sont les protagonistes? Des Québécois? Voyons donc!

On ne manque pas de petits villages perdus au Québec, alors pourquoi avoir choisi Harrington Harbour, un village anglophone et protestant, fondé par des Terre-Neuviens, pour y installer une brochette de comédiens québécois bien connus et tourner un film en français?

L'église, elle, est manifestement protestante, comme en témoignent les rangées de chaises là où, dans une église catholique, on aurait des bancs. Les petites églises protestantes servent aux assemblées publiques autant qu'aux services religieux, d'où leur appellation de meeting hall, devenu «mitaine» dans la langue populaire. Or, dans ce film, on tient en effet des assemblées publiques dans l'église, mais ça ne semble pas être la norme puisque, au début, le personnage joué par Raymond Bouchard doit expliquer aux villageois que la cloche qui sonne est une convocation à laquelle ils doivent répondre. Par contre, dans la scène où, ainsi assemblés, ils sont surpris par le docteur Lewis, le même Raymond Bouchard se met à dire des prières en latin pour faire croire à un service religieux. Encore une fois, où se déroule l'action de ce film? Dans un village québécois type? Dans ce cas, il devrait être catholique; pourquoi une église protestante?

Quant au criquet, c'est un sport archi anglais qui a réussi à s'implanter dans certaines anciennes colonies, notamment en Inde et au Pakistan, où il est devenu un sport national. Toutefois, il ne s'est pas implanté au Québec. Cependant, on constate à Montréal que sous l'effet de l'immigration récente, un nouveau sport commence à susciter l'enthousiasme: le soccer, ou foot. On aurait pu, dans le film, arriver aux mêmes effets comiques en recourant au foot.

Passons maintenant au restaurant du village de Sainte-Marie-la-Mauderne. Dans une scène où le docteur Lewis se saoule un soir de déprime avec le gérant de banque (Benoît Brière), on les voit se verser des bières pression en manipulant une élégante poignée de faïence bien galbée. Il n'y a pas, dans les petits casse-croûtes du Québec profond, de telles machines à servir la bière. Par contre, il y en a dans les moindres petits pubs d'Irlande. Détail: pour que les verres se remplissent ainsi de broue, il faut que la bière soit chaude. Or, c'est bien connu, en Grande-Bretagne, on sert de la «cervoise tiède». Où donc se déroule l'action de ce film? En Irlande?

Voilà un filon intéressant! Car il y a un aspect de notre histoire qui semble nous échapper complètement: dans le Canada anglais, le Québec est assimilé à l'Irlande. Le Canadien anglais moyen plaque sur nous les préjugés méprisants dans lesquels l'Angleterre protestante s'entretient au sujet de l'Irlande depuis le début des années 1600, quand l'Irlande est devenue la première colonie de ce qui allait devenir l'Empire britannique: «Paddy», l'Irlandais catholique, est un cul-terreux inculte et stupide, qui s'accroche à son lopin de terre et à son île par ignorance et par bêtise, qui vit aux crochets de l'État et passe sa vie à se soûler la gueule et à se battre. Le Québec est l'Irlande du Canada.

Deux peuples

On constate depuis quelque temps l'avènement chez nous d'une nouvelle idéologie. Des anglophones qui vivent au Québec et s'y plaisent essaient de trouver une solution au dilemme que cette situation leur crée. Comment concilier l'amour du Québec qui les anime avec les préjugés qui contribuent depuis si longtemps à la définition de leur identité? Il suffit de refouler Paddy dans les campagnes et de faire de Montréal un haut lieu de culture où il est possible de vivre entre gens civilisés. [...] Autrement dit, s'il est vrai qu'on peut définir le Québec par le concept de peuple, on a alors affaire à une province qui abrite deux peuples et non un seul; aussi, la ligne qui les divise se définit autant par le raffinement urbain que par la langue. [...]

Le film La Grande Séduction me semble être la parfaite illustration de cette idéologie. Il met en scène des «francophones de l'arrière-pays, non encore intégrés dans le monde postindustriel», et les situe dans un milieu qui n'a rien à voir avec le Québec véritable mais tout à voir avec la représentation caricaturale d'une Irlande fictive et honnie. [...]

Dans La Grande Séduction, l'opposition entre Montréal et l'arrière-pays est flagrante. Le maire, qui décide de quitter le village pour se faire policier, s'en va à Montréal; le docteur Lewis vient forcément de Montréal; et il y a cette conversation entre Raymond Bouchard et Pierre Collin, dans laquelle Bouchard, découvrant que Collin n'est jamais allé en ville, précise: «Jamais allé à Montréal.» Étrange! Pour quelqu'un de la Basse-Côte-Nord, aller en ville, ça pourrait fort bien vouloir dire aller à Sept-Îles, à la rigueur à Québec. Mais dans l'univers idéologique où se déroule ce film, il n'y a que deux pôles: Montréal et l'arrière-pays. [...]

Comment un film aussi incohérent et qui prend appui sur une idéologie aussi méprisante et aussi dévastatrice peut-il connaître autant de succès au Québec même? Peut-être cette assimilation à l'Irlande, si caricaturale soit-elle, réveille-t-elle en nous quelque chose de profondément enfoui?

Nous aurions avantage à nous intéresser un peu plus à l'histoire de l'Irlande. Mieux encore, à l'histoire de la Grande-Bretagne dans son ensemble et aux rapports de domination qui caractérisent depuis des siècles les relations entre l'Angleterre et ses nations voisines que sont l'Écosse, le pays de Galles et l'Irlande. [...] Peut-être même serions-nous amenés à constater que nous avons plus en commun avec les Irlandais, les Écossais, les Gallois et les Anglo-Normands qu'avec les Français de l'Île-de-France. Rosemarie Bélisle : Société d'histoire d'Oka



»» Fête nationale

Un air de jeunesse pour la Fête nationale

Kathleen Lavoie
Le Soleil mercredi 17 mars 2004

Louis-José Houde et Patrick Groulx animeront le spectacle du 23 juin sur les plaines d'Abraham

Ils sont drôles, jeunes, plutôt beaux garçons, et sont l'incarnation du vent de jeunesse que les nouveaux producteurs Michel Brazeau et Zone 3 veulent faire souffler sur le spectacle de la Fête nationale dans la capitale. Reconnus pour leur sens du punch, les humoristes Louis-José Houde et Patrick Groulx, qui vont prendre la relève de l'animateur Normand Brathwaite le 23 juin, désirent néanmoins garder le cap de la célébration musicale.

"Normand a fait une belle job depuis de nombreuses années, mais je pense qu'on avait besoin de renouveau dans la ville de Québec. On était prêts pour le défi", a fait savoir en conférence de presse, hier, le promoteur Michel Brazeau, qui est sorti gagnant, avec le producteur Zone 3, du premier appel d'offres en six ans pour l'organisation de la fête.

Comme par les années précédentes, le spectacle, dont la programmation sera dévoilée à la mi-mai, commencera vers 20 h pour se poursuivre tard dans la nuit. TQS en assurera la diffusion en direct, en plus d'en présenter un montage le lendemain. Le spécial télévisé réalisé par Pierre Gagnon sera également retransmis sur les ondes des stations du nouveau réseau radiophonique Rythme FM, qui aura quatre antennes dans la province à partir du 21 juin (Trois-Rivières et Sherbrooke s'ajouteront à Montréal et à Québec).

Objet de nombreuses spéculations au cours des dernières semaines, l'avenir de l'événement dans la capitale a été reconfirmé hier par le producteur Michel Brazeau.

"Ce n'est pas parce que Normand est parti que la fête tombe à l'eau", a-t-il assuré.

De leur côté, Patrick Groulx et Louis-José Houde se sont dits heureux de participer à ce nouveau chapitre de l'histoire de la fête dans la capitale.

"On commence à être nerveux", a admis le duo d'animateurs, figures incontournables de la scène humoristique au Québec et récipiendaires d'Olivier cette année.

Conscients de la nature particulière de l'événement, les deux boute-en-train entendent lui conserver son caractère musical.

"On ne fera certainement pas de longs monologues. Ce sera plus des petits bouts de textes comiques entre les prestations des musiciens et des chanteurs. On est là pour aider le spectacle à garder son rythme. On est là-dedans pour que ce soit coloré", a expliqué Louis-José Houde.

Le défi sera grand. Le public du spectacle de la Fête national n'est pas reconnu comme étant très attentif...

"Tous les deux, on a fait beaucoup de clubs. On est rendus pas si pire pour dealer avec les gars chauds ! (...) De toute façon, le show, c'est une excuse pour avoir un party, pour se rassembler autour de la musique. C'est comme un party de famille dans lequel il y a toujours un mononcle pour chanter tout croche !" a illustré Louis-José Houde.

Outre la responsabilité de l'animation qui leur incombe, les deux humoristes auront leur mot à dire quant au choix des artistes qui prendront part à la soirée. Si aucun nom n'est encore confirmé, Houde et Groulx ont exprimé leur préférence pour des artistes de la jeune génération tels que les Respectables, les Denis Drolet, Andrée Watters, Ariane Moffatt, Yann Perreau et Stefie Shock.

"C'est certain qu'on n'a pas le dernier mot, mais on va sûrement suggérer des affaires. On nous fait confiance là-dessus. Comme on va animer ça, on veut que ça marche avec notre personnalité", ont expliqué de concert les deux hommes. Ces derniers seront appuyés dans leur tâche par leur metteur en scène Joseph Saint-Gelais.

Indice de ce qui attend la population de Québec, le prochain spectacle de la Fête nationale ne tombera pas dans la nostalgie, affirme Michel Brazeau.

"Le folklore, ça fait partie de nos racines, mais ça occupera une place moins importante. Je pense qu'il y a moyen d'intégrer ça de manière différente", a-t-il commenté.

Question de bien cadrer avec le programme de la soirée, Houde et Groulx n'ont posé qu'une seule condition à leur participation, soit de pouvoir y démontrer leurs talents musicaux respectifs ! Tous ne le savent pas, mais Louis-José Houde se défend à la batterie, alors que Patrick Groulx peut effectuer quelques accords à la guitare. "On pense aussi faire un duo de pipeau !" ont-ils rigolé.

Quant à savoir si les deux humoristes interpréteront la pièce Dans les bois, rendue populaire par Patrick Groulx dans l'hebdomadaire de Musique Plus, Le Groulx luxe... c'est n'importe quoi !, ça reste à voir !

"Ce n'est pas impossible qu'on essaie de la passer subtilement lors d'une medley de tounes", s'est risqué Louis-José Houde. À suivre !

KLavoie@lesoleil.com



»» SGF

La perte de la SGF s'élève à 511 millions

Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 17 mars 2004

Dévoilement sans surprise d'un bilan à l'encre rouge
Le p.-d.g. Henri A. Roy juge irréaliste l'objectif de rentabilité pour 2004

Lors de sa synthèse des opérations financières, en décembre dernier, le ministre des Finances Yves Séguin disait s'attendre à des pertes nettes de 500 millions de dollars à la Société générale de financement (SGF) pour 2003. Il n'aura eu aucune surprise hier, alors que la SGF dévoilait un bilan écrit à l'encre rouge. Pour l'exercice se terminant le 31 décembre dernier, la perte nette s'élève à 511 millions, comparativement à une perte de 172 millions en 2002. Et il n'y a rien de bien réjouissant à l'horizon, puisque le p.-d.g. par intérim, Henri A. Roy, juge «irréaliste» l'objectif d'être rentable en 2004.

La moitié des pertes est attribuable à une réévaluation à la baisse de plusieurs placements qui battent de l'aile ou à des investissements dans des entreprises aujourd'hui en faillites. Magnola (73 millions de dollars), Papiers Gaspésia (37 millions), Mines McWatters (32 millions) et Groupe ADF (19 millions), ont entre autres vu la valeur de leur placement être ajustée à la baisse ou carrément rayée des livres. Le compteur de Magnola et de Gaspésia est d'ailleurs remis à zéro. Les provisions pour pertes et dévaluations d'immobilisations s'établissent donc à 272 millions en 2003, contre 259 millions en 2002.

Gros projets

Autre poids dans le bilan: le démarrage de gros projets comme l'usine d'Interquisa, dans l'est de Montréal, ou la papetière Kruger Wayagamack, qui ont entraîné l'an dernier des pertes d'exploitation importantes. Des investissements de la SGF dans Domtar, Pétromont, Olymel et la société de biotechnologie DMS Biologics ont aussi perdu de la valeur au cours des derniers mois en raison d'un marché plus faible que prévu.

Au total, les pertes des filiales et des coentreprises ont totalisé 179 millions en 2003, par rapport à 67 millions l'année précédente. Les pertes provenant de participations dans des sociétés satellites se sont par ailleurs établies à 82 millions. En 2002, ces investissements avaient plutôt permis un léger gain de 700 000 $. À cela s'ajoutent des pertes et dévaluations d'immobilisations de l'ordre de 93 millions sur les placements en capital de risque, principalement dans le secteur technologique. En 2002, les pertes à ce chapitre s'élevaient à 63 millions.

Ce tableau, passablement plus noir que l'an dernier, est en partie le résultat d'une décision de la SGF, qui a préféré conserver les placements de grande valeur plutôt que de les vendre et ainsi toucher un intéressant profit. En 2003, la société a réalisé un timide gain de 38 millions à la suite de ses ventes d'actions ou d'entreprises, comparativement à 220 millions en 2002.

«Il y a toujours des placements qui peuvent être vendus, mais on n'avait pas besoin de fonds qui nous obligeait à vendre en 2003, a expliqué Henri A. Roy. Nos liquidités étaient telles qu'on pouvait faire face aux demandes d'investissements. Et quand on regarde ces placements-là aujourd'hui, leur valeur a encore augmenté, donc on a gagné en ne les vendant pas.»

Le p.-d.g. se défend bien d'avoir multiplié les radiations et volontairement assombri le bilan, question de justifier la décision du gouvernement de sabrer dans le financement de la société d'État, comme le ministre Michel Audet le confirmait au Devoir en janvier. «Les résultats reflètent l'analyse systématique de tous les placements complétés au semestre dernier, a-t-il dit. C'est un constat de la situation aujourd'hui. Si vous regardez la liste des provisions prises, elles concernent essentiellement des projets fermés, en faillite ou en redressement majeur. Il n'y a pas de jugement là-dedans.»

2004 dans le même sens

Si Henri A. Roy vise une embellie en 2004, il n'entrevoit toutefois pas le retour des beaux jours pour autant. «C'est une année de transition, ce n'est pas réaliste de penser qu'on peut redevenir rentable en 2004, a-t-il prévenu. Juste avec les pertes d'exploitation et nos frais d'exploitation, on part avec 200 millions [de déficit] à aller chercher. On va faire des efforts, mais ce n'est pas très réaliste.»

Le p.-d.g. souligne que 70 % du portefeuille de la SGF «doit être suivi de très près», parce que la grande majorité des 115 entreprises que la société appuie sont en démarrage ou en redressement, ce qui retarde le retour aux rendements positifs, dit Henri A. Roy. Au 31 décembre, son actif total s'élevait à 2,9 milliards et ses capitaux propres totalisaient 1,8 milliard.

Le gouvernement tarde par contre à confirmer le mandat de la SGF pour 2004. Selon Henri A. Roy, une décision est attendue «dans les prochaines semaines». Et cet automne, la société compte présenter un nouveau plan quinquennal d'investissement.

Une orientation et une mission qu'Henri A. Roy voudrait centrer sur les grands projets stratégiques, comme proposé dans le rapport Brunet sur le capital de risque, actuellement à l'étude en commission parlementaire. Si le gouvernement veut concentrer la SGF dans l'aide aux PME en région, comme il le laissait entendre il y a un an, le

p.-d.g. par intérim quittera son poste «pour laisser la place à une autre expertise». Mais si le gouvernement suit les recommandations de la SGF, Henri A. Roy se dit intéressé à garder la tête de la société. «J'ai déjà signifié mon intérêt et ça va bien sur ce plan», a-t-il confié au Devoir.

Reste que sans les 200 millions supplémentaires que la SGF avait demandés au gouvernement pour une dernière recapitalisation, montant qui lui a été refusé par le ministre Audet, la tâche de développement risque d'être plus ardue. «200 millions, c'est le montant défini cet automne, explique-t-il. Je ne peux pas révéler notre plan 2004 car il n'est pas encore approuvé, mais les perspectives de besoins financiers pourraient avoir changé depuis six mois.» Laissant entendre qu'un montant de moins grande ampleur pourrait tout de même venir en renfort.

La SGF se dit d'ailleurs très active depuis le début de l'année, sans toutefois préciser les montants investis. En 2003, 386 millions ont été injectés dans différents projets, dont la grande majorité (225 millions) l'ont été au premier semestre, soit avant l'entrée en poste d'Henri A. Roy et le début du ménage. «C'est vrai que nous étions concentrés à régler des problèmes et que les efforts pour dénicher des projets ont été réduits», a-t-il concédé.

La priorité est allée et va toujours au support des projets en place, dit-il. D'ailleurs, la SGF ne fait plus aucun démarchage à l'étranger pour attirer des compagnies au Québec, préférant se fier à l'expertise d'Investissement Québec dans le domaine. La dizaine de démarcheurs que comptait la société font partie des 75 employés qui ont été remerciés de leur service depuis juin dernier. Il reste actuellement 145 personnes à l'emploi de la SGF.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE


TRIBUNE LIBRE 17 mars 2004





COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS


COMMUNIQUÉS 17 mars 2004