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Allons, Alfonso !

Franco Nuovo
Journal de Montréal mercredi 17 mars 2004

Tu nous prends pour des imbéciles depuis trop longtemps

Voyons Alfonso, un peu de sérieux! Qu'est-ce que c'est que cette histoire de xénophobie? Crois-tu vraiment que tes malheurs soient imputables à tes origines italiennes? Tu déconnes, Alfonso! Dis-moi que tu dis ça pour rigoler, pour faire suer, mais dis-moi pas que tu penses vraiment ce que t'avances. Si oui, t'es dans le champ, Alfonso!

En déclarant pareille chose, tu fais honte à ta communauté, à tes origines. À moins que tu ne te rendes pas compte ou que ton intelligence ait des ratés ou encore que tu croules sous les complexes du rital mal intégré. Toi, le Sicilien errant qui, en 1958, à 16 ans, a (sic) débarqué à Montréal pour trouver du boulot. Toi l'immigrant qui, bien avant de devenir ministre, déneigeait (sic) les voies de chemins de fer et fabriquait (sic) des matelas pour enfants. Toi qui, déterminé comme pas deux, as appris le français et l'anglais avant de terminer ton secondaire pour te destiner à des études comptables. Toi qui plus tard es devenu ministre. Toi, tu vas nous jouer la grande scène du persécuté?

Alors, n'importe quoi, mais pas ça, Alfonso. Pas de pleurnichage, pas de victimisation. Assume, bordel!

***

Alors, Alfonsito, tu serais la cible toute désignée du scandale des commandites tout bonnement parce que tu es le premier politicien d'origine italienne à avoir été choisi lieutenant politique du Québec? C'est ce que tu affirmes.

Ce n'est pas la première fois, d'ailleurs. Ça devient une habitude, même. Ayant été un des punching bags favoris de l'opposition en Chambre, tu as déjà déclaré «Je suis d'origine italienne, ce qui fait de moi une cible facile. » Pôôôvre petit! Curieux parce qu'à l'époque à Saint-Léonard, à tes débuts en politique, quand tu appelais par milliers tes paesani au vote, tu vivais plutôt bien avec ton héritage génétique. Étrange parce que quand tu jouais l'Italien de service en faisant les spaghettis pour tes collègues du cabinet, le stéréotype ne te gênait pas trop. Bizarre, enfin, parce qu'au temps où tu fus nommé ministre et plus tard ambassadeur, tu ne te préoccupais pas de ton « italianité» et je ne me rappelle pas t'avoir entendu dire que tu devais ces promotions à tes origines.

Eh! non! Regarde, Alfonso, si demain tu comparais devant le Comité des comptes publics, ce n'est pas parce que tu es d'origine italienne, mais parce que tu étais le ministre des Travaux publics responsable du programme des commandites et que les Canadiens veulent savoir où sont allés les 100 millions de dollars volatilisés sous ton règne. Ça n'a rien à voir avec de la xénophobie, ni avec une quelconque forme de persécution, ni même avec une hostilité destinée à l'étranger que tu crois encore être quand ça te sert.

***

Maintenant, Alfonso, c'est bien vrai que cette « italianité» existe. On ne peut la nier. Or, elle existe en toi et en chacun des citoyens d'origine italienne. Qu'on le veuille ou non, ça dure quelques générations et ça finit par s'envoler. C'est dans la culture, dans les gènes peut-être. Je ne sais trop. Mais j'ai constaté effectivement que c'est là, oui, là, au fond de l'âme.

Bref, c'est probablement à cause de cette «italianité» que demain, devant la Commission, même si t'es une cible et que tes maîtres politiques t'ont sacrifié, toi, le vassal qui leur as ciré les bottes, Alfonso, tu te tairas. Tu as d'ailleurs toujours préféré, même petit, écouter que parler. Alors, tu ne diras rien. Au pire, tu accuseras encore les fonctionnaires qui furent tes subalternes. Tu ne donneras pas de nom. Et tu nieras obstinément toute responsabilité dans cette affaire.

Tu veux que je te dise une chose, Alfonso, si t'es une cible dans le scandale des commandites, ce n'est pas parce que tu es d'origine italienne, mais parce que tu nous prends pour des imbéciles depuis trop longtemps.



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L'ancien ministre nie toute participation au scandale

Raymond Giroux
Le Soleil vendredi 19 mars 2004

Ottawa - Alfonso Gagliano ne savait rien ! L'ancien ministre des Travaux publics, qui comparaissait hier devant le Comité des comptes publics, a rejeté toutes les accusations sur sa participation au scandale des commandites.

Qui plus est, celui qui a été congédié de son poste d'ambassadeur au Danemark par le premier ministre Paul Martin et a été la première tête à tomber dans cette affaire a accusé en point de presse "les médias et les partis d'opposition, qui ont tout mis sur mon dos" pour expliquer ses malheurs actuels.

"J'y ai perdu mon honneur et ma dignité, a-t-il dit. Mes droits fondamentaux ont été complètement bafoués par trop de personnes pour les nommer maintenant."

M. Gagliano a de plus contredit ouvertement M. Martin en niant toute interférence politique dans le dossier des commandites. Le premier ministre disait exactement le contraire le 12 février dernier en affirmant que l'affaire n'aurait pu naître sans "une direction politique".

M. Gagliano soutient même que jamais le comité du cabinet sur les communications, qu'il présidait durant ces années, n'a discuté du Programme de commandites même s'il s'agissait là d'une initiative majeure du gouvernement fédéral pour accroître sa visibilité au Québec.

Sur le Programme lui-même, M. Gagliano ne regrette rien. "La réalité, a-t-il dit, c'est que c'était un bon programme d'unité nationale. Cependant, a-t-il reconnu, il y a eu des problèmes administratifs et une mauvaise gestion."

Cet aveu a fait sortir de ses gonds le bloquiste Odina Desrochers, et le président du Comité, le conservateur John Williams, a dû intervenir en rappelant que ce n'était pas le moment pour étaler ses divergences partisanes.

"Je suis fier d'avoir servi le gouvernement canadien et tous les Canadiens, a lancé M. Gagliano. Je me suis battu et j'ai travaillé fort pour garder le pays uni."

"Vous avez volé le référendum, lui a aussitôt répliqué M. Desrochers. Le Programme de commandites était fait pour voler notre pays."

Loin d'assumer le moindre blâme, M. Gagliano s'est dit à l'origine même de la première vérification interne des activités de commandite, réalisée en août 2000, qui a déclenché selon lui le processus de révision du Programme.

Mais l'ex-ministre rejette toute responsabilité directe : "Un ministre ne gère pas son ministère, a-t-il dit, il n'a ni le temps ni la liberté d'agir pour ce faire.

"Je me suis montré à la hauteur de ma tâche, a-t-il précisé. En retour, j'apprends maintenant que je devrais être responsable d'un fiasco pour lequel je n'y suis pour rien."

Selon sa version des faits, tout retombe sur les épaules de l'ancien directeur exécutif à son ministère, Charles Guité, qui vient de rejeter une invitation à comparaître le 25 mars et recevra vraisemblablement un ordre officiel du Comité à cet effet dès la semaine prochaine.

Les deux hommes se voyaient "trois ou quatre fois par année" pour préparer les budgets à présenter au Conseil du Trésor, a affirmé dans un premier temps M. Gagliano, avant d'affirmer que M. Guité lui montrait également les grandes lignes de programmes de commandite prestigieux, comme celui des Jeux olympiques de Nagano.

Invitée à comparaître en après-midi pour préciser au besoin certains points du témoignage de M. Gagliano, la vérificatrice générale Sheila Fraser a assisté impuissante et d'un air parfois découragé à une série d'échanges partisans entre les libéraux et les députés de l'opposition.

Si l'ancien ministre a par la suite affirmé que Mme Fraser confirmait son témoignage, cette dernière n'a fait que reprendre un certain nombre de passages de son désormais célèbre et dévastateur rapport, aux rares moments où elle a pu s'exprimer.

M. Gagliano doit comparaître de nouveau ce matin, alors que les partis d'opposition, qui ne croient pas à sa version des faits, ont-ils dit, tenteront d'aller au fond des choses.

M. Williams, pour sa part, n'en revenait pas d'apprendre que "l'avenir du pays avait été délégué à un certain M. Guité, et que c'était tout. Le cabinet n'avait rien à dire ?" a-t-il demandé. Les libéraux, eux, ont changé leur stratégie et tentent maintenant de dégonfler un scandale qui leur a coûté cher au plan des sondages, en cette période préélectorale.

Ainsi, plusieurs d'entre eux rejettent le chiffre de 100 millions $ - le symbole public de l'affaire - en disant que cet argent n'est pas disparu sans laisser de traces.

Mme Fraser signalait toutefois, le 10 février dernier, que "les dossiers étaient très pauvres et ne contenaient que peu de preuves d'analyses pour justifier des dépenses de plus de 250 millions $", dont 40 % ont été versés à des agences de communication.

RGiroux@lesoleil.com



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C'est pas moi, c'est lui
Commandites Alfonso Gagliano plaide l'ignorance

Vincent Marissal
La Presse vendredi 19 mars 2004

Ottawa - Le mois dernier, une semaine après la publication du rapport de la vérificatrice générale, le successeur d'Alfonso Gagliano dans Saint-Léonard-Saint-Michel, Massimo Pacetti, résumait ainsi le sentiment de certains de ses électeurs dans l'hebdo du quartier: " Il y en a qui m'ont dit qu'il (Alfonso Gagliano) devrait être en prison. D'autres m'ont dit qu'il devrait être mort. "

M. Gagliano n'est ni mort ni emprisonné, mais il avait l'air d'un condamné hier matin quand il est entré, le dos courbé et le regard sombre, dans la grande salle d'audience du comité des comptes publics de la Chambre des communes.

" Je suis ici pour rétablir ma réputation (clear my name) ", a simplement dit Alfonso Gagliano avant le début de la séance.

D'entrée de jeu, il a précisé aux députés qui l'attendaient déjà en salivant qu'il ne leur demandait pas une " sympathie particulière ", précision parfaitement inutile dans les circonstances. Quelques minutes plus tard, quand il a affirmé que son nom avait été faussement associé au scandale des commandites, un sourire narquois est apparu sur presque tous les visages dans la salle.

M. Gagliano n'a pas récolté davantage de sympathie autour de la table, au contraire, quand il a raconté qu'il ne peut même plus déambuler en toute quiétude dans un centre commercial. " C'est moi qui paye le gros prix, a-t-il expliqué. Vous n'avez aucune idée de ce que c'est que d'entrer dans un centre commercial et de se faire regarder comme si vous aviez volé 100 millions. C'est même dangereux pour moi de marcher dans un centre commercial. "

L'ancien ministre est effectivement condamné d'avance, quoi qu'il eût dit hier, mais il faut admettre qu'il n'a pas beaucoup aidé sa cause. Alfonso Gagliano affirme n'avoir rien vu, rien entendu, il ne pouvait être au courant des dérapages du programme de commandites tout simplement, affirme-t-il, parce qu'" un ministre n'a ni le temps ni la liberté de diriger son ministère ".

Dans la salle, on a soudain entendu un long murmure: " Hein, pardon? " Si un ministre ne dirige pas son ministère, qui donc alors le fait? Les hauts fonctionnaires, ça va de soi, selon la logique de M. Gagliano. On vient de boucler la boucle. Le gouvernement Martin se décharge de toute responsabilité sur Alfonso Gagliano, qui lui, se décharge de toute responsabilité sur les hauts fonctionnaires de l'époque. C'est parfait, comme ça, c'est de la faute à personne. Il n'y a jamais eu la moindre intervention politique dans le très politique programme de commandites, selon M. Gagliano.

Pourtant, l'ancien bras droit de Jean Chrétien a expliqué au comité que le programme de commandites, né de la grande frousse référendaire de 1995, visait l'objectif le plus noble du gouvernement: " Sauver le pays ". Et vous avez confié à des fonctionnaires le soin de sauver le pays? lui a demandé le président du comité, John Williams. Bonne question.

Alfonso Gagliano ne s'est pas aidé non plus en énumérant la longue liste de ses responsabilités à l'époque où il était l'homme fort de Jean Chrétien. De cette liste, au moins cinq sociétés d'État ou organismes gouvernementaux sont ou ont été au centre d'allégations ou carrément l'objet d'une enquête (la Société canadienne des postes, la Société immobilière du Canada, la Monnaie royale du Canada, le Vieux-Port de Montréal, le Bureau d'information du Canada). Ça ne paraît pas très bien sur un C.V.

Comme cela arrive souvent aux gens qui se sentent coincés, M. Gagliano s'est lancé hier dans une réécriture de l'histoire tout à son avantage. " Comme vous le savez tous, a-t-il dit, le premier ministre m'a confié la tâche d'ambassadeur du Canada au Danemark, confirmant ainsi qu'il croyait que je n'avais pas mal agi. "

Une autre version de la petite histoire qui circule dans les milieux libéraux à Ottawa veut plutôt qu'en cheminant dans sa limousine de ministre vers le 24, Sussex, en janvier 2002, Alfonso Gagliano croyait que Jean Chrétien allait simplement lui confier un autre ministère pour le sortir du bourbier des Travaux publics. Il est plutôt ressorti de chez le premier ministre avec un billet aller seulement vers Copenhague.

L'entourage de Paul Martin attendait impatiemment le témoignage d'Alfonso Gagliano, faisant le pari que les électeurs rejetteraient son plaidoyer d'innocence.

Les stratèges de Paul Martin n'ont pas tort, les Canadiens ne croiront probablement pas l'ancien ministre des Travaux publics. Mais rien ne dit qu'ils croient plus Paul Martin quand il affirme qu'il ne savait rien, lui non plus, de toute cette affaire. Si on en croit les sondages, pour le moment, ils ne le croient toujours pas, malgré tous ses efforts et ses promesses.

Mais, pour aller au fond des choses, il faudra attendre l'enquête publique du juge Gommery parce qu'en cette période préélectorale, les députés des deux côtés de la Chambre sont davantage intéressés à marquer des points pour leur camp qu'à trouver la vérité.



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Gagliano plaide l'ignorance

Hélène Buzzetti
Le Devoir vendredi 19 mars 2004

Le témoignage de l'ex-ministre était truffé de contradictions et allait à l'encontre de celui de témoins précédents

Ottawa - Le témoignage d'Alfonso Gagliano, témoin-vedette de l'enquête parlementaire sur le scandale des commandites, a suscité une grande déception hier: l'ex-ministre des Travaux publics et ambassadeur déchu a réfuté toutes les accusations portées contre lui jusqu'ici.

M. Gagliano a entrepris de déboulonner plusieurs faussetés à son sujet. Non, dit-il, il n'est pas au courant qu'une direction politique ait été donnée au programme de commandites et il en était encore moins l'auteur. Il n'a pas non plus été mis au courant des problèmes qui rongeaient le programme avant le printemps 2000. En outre, Alfonso Gagliano a repris à son compte la défense que privilégiait Jean Chrétien quand il était premier ministre, à savoir que le programme de commandites, même avec tous ses problèmes, était bon parce qu'il garantissait l'unité nationale.

M. Gagliano a aussi tenu à préciser qu'il n'a tiré aucun bénéfice du programme de commandites. «Je n'ai pas profité personnellement de ces programmes. C'était dans mon meilleur intérêt personnel de m'assurer qu'ils étaient administrés correctement.» Lorsque les journalistes lui ont demandé à qui, selon lui, le crime a pu profiter, il a même pointé en direction des agences de publicité.

«Je pense que maintenant, on devrait aller au-delà, c'est-à-dire que les agences de communication ont reçu des sommes d'argent considérables, on parle de 83 millions de dollars en frais de production. On devrait voir exactement c'est quoi qu'on a payé.»

Dans son dernier rapport, la vérificatrice générale Sheila Fraser concluait que le programme de commandites a coûté 250 millions de dollars en cinq ans aux contribuables, dont 100 millions de dollars sont allés à des agences de communication. De ces 100 millions, 83 auraient été versés pour payer leurs «frais de production», qui ne sont justifiés nulle part.

Des contradictions

Le témoignage de M. Gagliano était truffé de contradictions et allait à l'encontre de celui de témoins précédents. «J'aimerais bien croire M. Gagliano, mais je ne sais tout simplement pas laquelle de ses histoires croire!», a lancé le député conservateur Vic Toews.

Par exemple, M. Gagliano a prétendu n'avoir jamais parlé de commandites aux dirigeants des sociétés d'État qui relevaient de lui. «Je n'ai jamais discuté des commandites avec les dirigeants des sociétés de la Couronne, c'est aussi simple que ça.» Mais plus tard, il a reconnu avoir rencontré le président de la Société du Vieux-Port de Montréal pour discuter d'une commandite de 1,5 million afin d'acheter un écran géant. (Il s'agit de l'un des cas douteux impliquant une société d'État que la vérificatrice générale a relevés dans son rapport. Pour ce simple transfert d'argent, les agences de communication ont touché 225 000 $.)

«Le président, M. Lamarre, est venu me voir pour me faire une proposition et je lui ai dit qu'il devrait faire cette présentation à l'équipe des communications [responsable du programme de commandites] parce qu'il pourrait se qualifier», a dit M. Gagliano. «Vous savez, c'est probablement la seule présence fédérale physique à Montréal, et il y a plus de huit millions de touristes qui passent là chaque année. En termes de visibilité, c'était un bon endroit.» Il dit en avoir glissé un mot au responsable du programme à l'époque, soit Pierre Tremblay, son ancien chef de cabinet. «La seule chose que j'ai dite à Pierre Tremblay, à cause de l'importance stratégique de cet écran géant dans le Vieux-Montréal et à cause du montant que M. Lamarre demandait, c'est de s'assurer que [la commandite] n'est pas pour un an mais pour dix, vingt ans.»

Sa version des faits en ce qui concerne ses liens avec le responsable du programme de 1997 à 1999, Chuck Guité, a aussi été jugée contradictoire par l'opposition. Dans sa présentation d'ouverture, M. Gagliano a dit que «les contraintes légales auxquelles fait face le ministre dans ses relations avec la bureaucratie l'empêchent d'exercer un contrôle direct sur les fonctionnaires affectés à son ministère et, de toute façon, ses autres tâches [...] ne lui donnent tout simplement pas le temps ni l'opportunité d'exercer un tel contrôle direct».

Pourtant, le sous-ministre des Travaux publics de l'époque, Ran Quail, a déclaré devant le comité qu'il y avait un «lien très direct» entre M. Guité et M. Gagliano et que ce n'était pas facile pour un sous-ministre d'accepter d'être contourné de la sorte.

M. Gagliano a aussi dit qu'il rencontrait M. Guité trois ou quatre fois par année. «Il venait me voir et me disait: "Voici ce que nous avons. Nous avons beaucoup de demandes, mais nous n'avons que ce montant d'argent. Je pense que nous devrions demander un autre 17 millions de dollars en crédits supplémentaires, et voici les projets que je crois que nous devrions faire avec cet argent." Je regardais les projets et je répondais: "Cela a du bon sens." Parfois, je posais des questions et, ensuite, il procédait, retournant auprès du sous-ministre et préparant une soumission pour le Conseil du trésor.»

Encore une fois, les députés de l'opposition pensent que M. Gagliano ne dit pas toute la vérité. Deux fonctionnaires qui travaillaient près du programme de commandites auraient affirmé à huis clos cette semaine que les rencontres entre MM. Guité et Gagliano avaient lieu une ou deux fois par semaine. «C'est trois témoignages contre un», a résumé le député bloquiste Odina Desrochers.

Alfonso Gagliano a aussi contredit la vérificatrice générale et le premier ministre Paul Martin, qui ont laissé entendre qu'il devait y avoir une directive politique pour que le programme de commandites dérape à ce point.

«Je ne suis pas au courant d'aucune direction politique dans le dossier des commandites», a-t-il dit. M. Gagliano a même reconnu que s'il y avait eu une telle direction, elle serait venue de lui puisqu'il était le ministre responsable. «Je le reconnais. Et je n'ai pas donné de direction politique, donc je ne suis pas au courant d'aucune direction politique.»

En fait, l'ex-ministre des Travaux publics plaide l'ignorance. Ce n'est qu'au printemps 2000 qu'il aurait pris connaissance des problèmes administratifs du programme. Avant, a-t-il répété à de multiples reprises, il ne se doutait de rien. Cette vérification, il dit l'avoir d'ailleurs demandée lui-même dans la foulée d'un autre «scandale», celui des programmes de création d'emploi de un milliard de dollars au Développement des ressources humaines.

M. Gagliano a aussi rappelé que le programme de commandites avait été créé avant son arrivée aux Travaux publics. Il ne pouvait donc pas être le cerveau derrière l'étrange structure qui a permis à une poignée d'agences de communication de toucher de généreuses commissions pour faire peu de travail, et parfois rien du tout. Il prétend surtout n'avoir jamais discuté de ces commissions de 12 % avec M. Guité. «Nous n'avons jamais discuté des commissions. Nous n'avons jamais dit: "Je vais donner ce dossier à cette agence et cet autre dossier à cette autre agence."»

Au nom de l'unité nationale

M. Gagliano a soutenu que le programme de commandites était jugé «important» parce que «le futur de notre pays était en jeu». Toutefois, il a ajouté du même souffle qu'il n'en discutait pas avec Jean Chrétien. «Je n'ai jamais discuté du dossier des commandites avec le premier ministre.»

Le témoignage de M. Gagliano a d'ailleurs viré à la foire d'empoigne constitutionnelle lorsque l'ex-ministre a été interrogé par le bloquiste Odina Desrochers. Dans une longue tirade portant sur les années de service de l'ex-ministre, M. Desrochers a demandé à Alfonso Gagliano s'il trouvait qu'il s'était «rendu serviable à l'endroit de la population canadienne» en laissant ce programme évoluer comme il l'a fait.

M. Gagliano a sèchement répliqué: «Je suis fier d'avoir servi le gouvernement canadien et tous les Canadiens. Définitivement, je me suis battu et j'ai travaillé fort pour garder le pays uni. Tandis que ce monsieur-là a fait tout son possible pour séparer le pays.»

Tandis que le député bloquiste lançait ses accusations («Vous avez volé le référendum!»; «Le programme des commandites, c'était fait pour voler notre pays!»; «Vous avez violé les lois référendaires!»), M. Gagliano s'est enflammé en faisant l'apologie du programme.

«On s'est battus pendant quatre, cinq ans. J'aimerais maintenant remercier le député parce qu'il va me donner l'occasion de répéter ce que ses acolytes séparatistes nous faisaient pour empêcher la présence fédérale au Québec et le drapeau canadien d'apparaître au Québec.»

M. Gagliano poursuivra son témoignage ce matin. La semaine prochaine, le comité entendra Myriam Bédard, celle qui a tiré la sonnette au sujet des commandites à Via Rail.



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He didn't see, didn't ask

Daniel Leblanc
The Globe and Mail Friday, March 19, 2004

The sponsorship scandal: Facing MPs at last, Alfonso Gagliano says he bears no responsibility

Ottawa ONT - Alfonso Gagliano finally went before Parliament yesterday to talk about his role in the sponsorship scandal, but through 3½hours of testimony, he said little beyond stating he knew nothing and bore no responsibility.

Speaking under oath, the former minister of public works refused to take the blame "for a fiasco that was not of my doing."

Participants in the inquiry started the day with cordial handshakes but quickly moved into partisan confrontation, with Mr. Gagliano ridiculed by opposition MPs for his insistence that he had no knowledge of the brewing scandal during his tenure at Public Works from 1997 to 2002.

Mr. Gagliano said he did not know that Liberal-friendly advertising firms were raking in millions of dollars in commissions and fees for their role in the program, often with no value to taxpayers. The former minister said he relied on a senior civil servant, Chuck Guité, to follow all the rules in place.

"I assumed all the paperwork . . . was in the file," Mr. Gagliano said. "I didn't see it; I didn't ask for it."

The inquiry chairman, Conservative MP John Williams, countered that it does not make sense that a program designed to plaster the province of Quebec with Canadian flags was run without any political supervision.

"So the future of the country was delegated to one Mr. Guité?" Mr. Williams asked in disbelief.

New Democrat MP Judy Wasylycia-Leis wondered why Mr. Gagliano was unaware of the details of a program designed to protect Canada from the threat posed by Quebec separatists.

"If it was so important in terms of saving Canada, how is it that you know so little?" she asked.

Mr. Gagliano was testifying in a packed room in Parliament's Centre Block, returning to the political home that he had left under a cloud of patronage in 2002.

He said he was the biggest victim of the scandal.

"I feel that I am the one who has paid the greatest price for this scandal so far.

"I have paid the price politically. . . . I have paid the price financially as I have now been dismissed from my position as the ambassador to Denmark. . . . But most of all, I have paid the price in my honour and my dignity."

Because of unfair media coverage, he said, people are giving him suspicious looks in public places like shopping malls and it could be dangerous for him to go out. "I look like the guy who ran with $100-million," he said.

It was the advertising firms that had the most to gain from the mismanagement of the program, Mr. Gagliano said.

"When we say that $100-million is gone or has been stolen, that's not true. We issued cheques to specific people, and these amounts are known. . . . Now we need to go to the advertising firms that received considerable amounts of money," he told reporters, after being asked who benefited from the scandal.

"If someone was responsible, let them pay the price," Mr. Gagliano declared. But "if your question is: 'Do you take responsibility for what [Auditor-General Sheila Fraser] says in the report,' my answer is no."

Mr. Gagliano will appear before the committee again this morning, when MPs can ask questions that were left unanswered yesterday: Was the office of former prime minister Jean Chrétien involved in the sponsorship program? Were other people in Mr. Gagliano's office involved in sponsorship decisions? Why did one company with Liberal ties, Le Groupe Polygone Editeurs, receive $40-million in sponsorship funds for its events? And why did Mr. Gagliano's former chief of staff, Pierre Tremblay, replace Mr. Guité in 1999?

In his testimony so far, Mr. Gagliano is the latest senior government official to claim no knowledge and no responsibility for the scandal.

The next big witness the inquiry has called is Mr. Guité, who is vacationing in the United States. The inquiry served him yesterday with a summons -- the parliamentary equivalent of a subpoena -- requesting his presence before the end of the month.

According to Mr. Gagliano, it was Mr. Guité who broke rules and regulations in his handling of sponsorship contracts.

Mr. Gagliano said he was shown lists of events that were to receive sponsorships, but he did not know that the paperwork and the contracts were being mishandled.

He said he met with Mr. Guité "once in a while," about three or four times a year, when the civil servant requested a meeting. During the program's existence, $150-million went to the organizers of the events, and $100-million to the agencies that managed the deals on Ottawa's behalf.

"We never discussed commissions [to advertising firms] or, 'I will give this file to this agency,' " Mr. Gagliano said of his dealings with Mr. Guité.

Mr. Gagliano said the sponsorship program was necessary, but unfortunately mishandled by the civil service. "I did not give political direction," he said, adding that he never discussed the program with Mr. Chrétien.

In contrast, Prime Minister Paul Martin recently said the program had to have been run under some sort of political direction, given the amounts spent and the role of Public Works and a number of Crown corporations.

Interpreting Alfonso Gagliano

"A minister does not run his department: He has neither the time nor the freedom to do so."

Privy Council guidelines say ministers are responsible to Parliament and the Prime Minister for their own actions and those of their department, including the actions of all officials under their management and direction, whether or not the ministers had prior knowledge.

"I have paid the price financially as I have now been dismissed from my position as the ambassador to Denmark, despite earning the best evaluation possible in that function."

Mr. Gagliano's annual pension, as calculated by the Canadian Taxpayers Federation, is $90,665.

"I never talked about sponsorships with the heads of the Crown corporations. It's as simple as that."

Later in his testimony, Mr. Gagliano said he talked about the installation of a $1.5-million giant video screen with the head of the Old Port of Montreal corporation, paid out of sponsorship funding.

"I'm not aware of any political direction on the sponsorship file. I did not give any political direction."

Former deputy minister of public works Ran Quail has said Mr. Gagliano wanted 'a very dirct relationship' with Chuck Guité, the top bureaucrat on the sponsorship file.

"Starting in 1994, when I was named a cabinet minister, I sought advice from the ethics counsellor and I decided to remove myself from (Liberal) fundraising activities."

As the senor Liberal organizer in Quebec, Mr. Gagliano was present throughout his tenure at large party fundraisers.



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Paul Martin ne savait pas

La Presse vendredi 19 mars 2004

Nous vous présentons ici un extrait de l'échange qui a eu lieu hier entre l'ancien ministre Alfonso Gagliano et la députée bloquiste Pauline Picard.

P. PICARD: Monsieur Gagliano, lors de votre entrevue à RDI le 7 mars 2004, vous dites: " J'ai appris qu'il y avait des problèmes administratifs sérieux seulement qu'au printemps 2000. " Qu'avez-vous appris, Monsieur Gagliano? Quelle était la nature de ces problèmes?

A. GAGLIANO: La nature, c'était un rapport intérimaire que j'avais reçu du vérificateur interne en présence du sous-ministre et d'autres personnes. C'était un rapport verbal, donc, je n'avais pas le rapport comme tel. Ils m'ont dit qu'il y avait des documents qui manquaient dans les dossiers, les dossiers n'étaient pas bien gardés, que la façon dont les contrats étaient donnés n'était pas claire. Alors tous ces problèmes-là ont été signalés, et c'est à ce moment-là que j'ai demandé au vérificateur interne: " Est-ce que je dois appeler la police? " Il m'a dit: " Non, il n'y a pas de matière criminelle, ce sont seulement des problèmes administratifs. "

Et là, j'ai exigé un plan d'action pour corriger la situation immédiatement. Les fonctionnaires m'ont soumis un plan d'action de 37 points. J'ai gelé le programme des commandites à ce moment-là, et on a fait une nouvelle compétition des agences de communications. J'ai ensuite demandé une vérification interne des suivis pour m'assurer que toutes les corrections qu'on avait accepté de faire avaient été mise en place.

P. PICARD: Dans cette discussion que vous avez eue avant que vous demandiez le rapport de vérification, est-ce qu'il était question de favoritisme, de fabrication de fausses factures, d'argent qui ne se rendait pas aux événements?

A. GAGLIANO: Non, il n'était pas question de ça. Comme je vous dis, s'il y avait eu des choses mentionnées... Le vérificateur ne m'a pas mentionné qu'il y avait de l'argent qui manquait, ou de l'argent employé à d'autres fins. (...)

P. PICARD: Alors, monsieur Gagliano, le premier ministre actuel affirme qu'il a compris qu'il y avait un problème seulement en prenant connaissance du rapport de la vérificatrice générale en novembre 2002. Est-ce que c'est crédible à votre avis, alors qu'il était membre du Conseil du Trésor?

A. GAGLIANO: Écoutez, ce que je sais, moi, comme ministre responsable du programme, c'est que j'ai été mis au courant qu'il y avait des problèmes sérieux, administratifs en, je crois, avril 2000. Les rapports de vérification interne ont été mis sur l'Internet, donc tout le monde était au courant, je crois, au mois d'août 2000. Alors ce rapport-là a été envoyé au Conseil du Trésor et aussi au Conseil privé, et donc j'imagine qu'à l'interne du fonctionnement du gouvernement, le ministère des Finances aurait pu être mis au courant en même temps que le Conseil du Trésor, donc au printemps 2000. Alors si moi je n'étais pas au courant avant, comment lui aurait-il pu être au courant avant le printemps 2000?

P. PICARD: Mais vous étiez ministre des Travaux publics...

A. GAGLIANO: Oui, mais...

P. PICARD:... vous étiez membre du Conseil du Trésor...

A. GAGLIANO: Oui, oui, mais je vous dis, j'étais pas, moi, j'ai été mis au courant lors du rapport de la vérification interne que moi-même j'ai commandé. Je crois que le ministre des Finances a été mis au courant de ces problèmes à ce moment-là.



»» Scandale des commandites

Les commandites, était-ce vraiment un scandale ?

Guy Lecavalier
Le Droit vendredi 19 mars 2004

Les libéraux fédéraux ont moins la cote d'amour du grand public depuis la sortie du scandale des commandites. Vous connaissez ce scandale qui orne les pages de nos journaux depuis que la vérificatrice générale Sheila Fraser en a fait ses choux gras peu après le départ de Jean Chrétien pour de longues vacances bien méritées?

Le député de Hull-Aylmer, Marcel Proulx, se demandait lors d'une entrevue télévisée si c'était réellement un scandale ou quelque chose d'autre. C'est bel et bien ce qu'il a déclaré, je n'ai pas rêvé! Quand la vérificatrice générale démontre que des millions de dollars ont servi à engraisser, entre autres choses, les comptes de banque d'amis du pouvoir, on peut appeler ça un scandale! Le mot est peut être même trop doux aux oreilles de la majorité des Canadiens.

Ceci ne veut pas dire que nos députés locaux ont trempé dans la magouille et qu'ils étaient même au courant que des choses pas trop catholiques se passaient dans les officines gouvernementales. Ils devront cependant peut-être en subir les conséquences et les Canadiens, loin d'avoir digéré cette dernière frasque, pourraient amincir leurs marges victorieuses.

Les libéraux de la circonscription de Gatineau ont couronné leur nouvelle reine samedi dernier en permettant à Françoise Boivin de succéder à Mark Assad comme candidate aux prochaines élections. Au moins six conseillers de la Ville de Gatineau étaient présents à cette investiture. Il n'est pas rare de voir un politicien donner un coup de main à un collègue qui tente de faire le saut dans une nouvelle arène.

Faut-il être surpris cependant de voir six élus de l'échiquier municipal s'afficher publiquement dans une période trouble d'un parti politique qui se maintiendra probablement au pouvoir à cause de la faiblesse de l'opposition? Après tout, les politiciens pensent souvent à leur image avant de poser un geste public. Dans ce cas-ci, pas vraiment si l'on se fie aux réponses de quatre d'entre eux.

Unanimes sur un point

Ils ont été unanimes sur un point : Pas un seul n'était là pour défendre les intérêts du Parti libéral du Canada. Ils étaient là uniquement pour appuyer l'un ou l'autre des candidats qui voulaient succéder à Mark Assad. En fait, deux d'entre eux, Joseph De Sylva et Aurèle Desjardins participaient à leur première investiture politique

Yvon Boucher, nationaliste bien connu et fier de l'être, était de la partie pour appuyer Françoise Boivin.

"J'ai dû marcher sur mon orgueil et certains libéraux convaincus me regardaient de travers. J'ai quelques projets qui me tiennent à coeur, dont l'avancement du Parc floral de Gatineau. J'aurai besoin de partenaires pour les réaliser et Françoise Boivin m'a confirmé qu'elle voulait être un de ces partenaires. Lorsqu'elle s'est présentée dans mon salon, je ne pouvais lui refuser mon appui" d'expliquer le conseiller soulignant que peu importe le parti du politicien, tous les élus du même environnement travaillent pour le bien-être du citoyen. Malheureusement, ce n'est pas toujours ainsi!...

Richard Côté est un autre conseiller qui a participé activement à cette investiture. Arborant fièrement le chandail rouge du candidat Ted Beauparlant, Côté a déjà joué dans le camp adverse. En 1997, il s'est présenté comme candidat progressiste-conservateur dans cette même circonscription contre le député sortant Mark Assad. Qui était son chef? Nul autre que le premier ministre actuel du Québec, Jean Charest.

"Je suis Charest. Il était dans le camp des bleus, j'étais un bleu. Il est maintenant un rouge, je suis un rouge" me lance-t-il. Je ne suis pas convaincu que Jean Charest ait adopté la couleur rouge à Ottawa. Ce serait trop lui demander! Même à Québec, il lui a fallu un certain temps pour s'adapter à son nouveau style de vie.

Tout comme Boucher, Côté a participé à cette campagne dans un but bien précis: donner un coup de pouce au candidat qu'il avait choisi, un homme intègre qui s'était beaucoup impliqué dans son comté. Il va même plus loin en ne croyant pas que les nombreuses bourdes des libéraux depuis leur accession au pouvoir deviendront un facteur important lors du prochain scrutin.

"Qui parle aujourd'hui du dernier scandale des programmes de subventions au ministère du Développement des ressources humaines sous Jane Stewart? Qui parle du programme de contrôle des armes à feu dont les coûts ont dépassé largement toutes les prévisions? En politique, tout est rapidement oublié. Ce sera la même chose pour le programme des commandites" de clamer Côté.

Si j'étais à la place des candidats libéraux lors de la prochaine élection, je ne parierais pas ma dernière chemise que l'électeur aura oublié ce dernier tripotage politique. Vaudra peut-être mieux se vendre que de s'associer à l'image du parti. On adoptera alors le même jeu que les conseillers gatinois et la victoire pourrait être acquise plus facilement.

glecavalier@ledroit.com



»» La gauche

La gauche cannibale

J -Jacques Samson
Le Soleil vendredi 19 mars 2004

Éditorial - Placez deux militants de gauche dans un abribus et l'engueulade se terminera à coup sûr par la création de deux cellules rivales. Les deux chefs se bitcheront par la suite sur la place publique avec plus d'acharnement que deux collégiennes, jusqu'à neutraliser mutuellement l'action politique de leurs groupes.

La gauche québécoise est très agitée par les temps qui courent. On peut donc observer une multiplication rapide des cellules.

L'Union des forces progressistes avait beaucoup fait parler d'elle depuis deux ans, notamment à la suite de la solide performance de l'ex-journaliste et syndicaliste Paul Cliche à l'élection partielle dans l'atypique circonscription de Mercier, dans le centre-sud de Montréal, l'ancien bastion du député-poète Gérald Godin. Paul Cliche avait obtenu 24 % des votes à la partielle d'avril 2001. La cristallisation du débat électoral en avril 2003 a vite ramené sur terre les animateurs de la coalition de gauche formée dans cette foulée. L'UFP a récolté moins de 1 % des votes en avril 2003, même si elle présentait quelques candidats de haute qualité qui ont profité d'un certain rayonnement dans les médias. Ses animateurs ont néanmoins poursuivi avec détermination leur travail de structuration du jeune parti.

La réforme du mode de scrutin enclenchée par le leader parlementaire du PLQ, Jacques Dupuis, visant l'introduction d'un élément de représentation proportionnelle à l'Assemblée nationale motive et fait saliver maintenant les militants de groupements marginaux qui n'avaient aucune chance de siéger un jour au Salon bleu, en vertu de notre actuel modèle électoral uninominal à un tour. Paul Cliche de l'UFP a d'ailleurs été l'un de ceux qui ont plaidé avec le plus de constance pour cette réforme.

Deux branches se sont manifestées en deux jours au début de la semaine. La première, les Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre, réunit des "vedettes" d'une gauche institutionnelle qui voudraient investir le Parti québécois. On retrouve les Monique Richard (CSQ), Marc Laviolette (CSN), Viviane Barbot (Fédération des femmes), Luc Desnoyers (Travailleurs canadiens de l'auto), Michel Parent (cols bleus de Montréal), Pierre Dubuc (l'Aut'journal). Ce club est né le 23 février avec pour objectif que le mouvement syndical soit représenté à l'Assemblée nationale. Assurés de n'être pas élus sous une étiquette ouvertement syndicaliste, ses animateurs ont choisi le Parti québécois pour véhicule ; ils chercheront à en diriger des prises de position et à se réserver des sièges en Chambre, en échange de leurs appuis. Leur démarche dégage de forts relents d'opportunisme.

La naissance du SPQ était à peine connue que l'UFP s'est chargée de le dénoncer en termes virulents. Bernard Landry est un pionnier de l'option néolibérale et tous les anciens et actuels leaders syndicaux qui veulent investir le PQ ne sont que des "progressistes pressés de retourner au pouvoir qui risquent de faire perdre une autre décennie à la mouvance souverainiste progressiste", selon Paul Cliche.

L'ancienne présidente de la Fédération des femmes, Françoise David, a de son côté longtemps menacé de lancer un parti politique. Elle s'est toujours abstenue toutefois pendant que le PQ était au pouvoir, sans doute consciente qu'elle détenait plus de pouvoir en s'en tenant à cette forme de chantage sans permettre à tous de mesurer ses réels appuis.

Elle est maintenant à la tête d'un groupe de militants, associés à des organisations de gauche comme le FRAPRU et le Front commun des assistés sociaux, qui prépare le lancement d'un parti à l'automne sous l'étiquette Option citoyenne et... envisage déjà une fusion avec l'UFP ! Son initiative laisse plusieurs perplexes. Mme David prend trop de place au goût de puristes de la doctrine communiste, alors que d'autres rêvent d'un élargissement rapide de la base d'une nouvelle union de la gauche avec son entrée en scène.

Tout ce monde se définit toujours par rapport au Parti québécois : à la marge, à l'intérieur ou juste à l'extérieur... selon que le groupe est plus ou moins pressé par rapport à la souveraineté ou la lutte des classes. La gauche s'est repositionnée dans plusieurs autres sociétés, en Europe surtout, où elle a modernisé son option et réuni ses forces. Au Québec, cette mouvance se fragmente comme dans les années 60 et au début des années 70, alors qu'il y avait autant de phalanges socialistes et communistes que de militants et elle se cannibalise déjà. Cette parcellisation ne peut que nuire au Parti québécois, qui ralliait depuis trois décennies des militants de tous les tons de la gauche dans un parti social-démocrate modéré.

Ces militants, très engagés et de bonne foi, il n'en fait aucun doute (plusieurs sont de vieilles barbes), s'éloignent ainsi inconsciemment des résultats visés par leur action politique soutenue et que le Parti québécois serait le plus susceptible de rencontrer, tout au moins partiellement. Cet éparpillement contre-productif et le marchandage de sièges à l'Assemblée entre alliés circonstantiels, au-dessus de la tête des électeurs, sont les volets les plus inquiétants de l'adoption d'un mode de scrutin proportionnel. Nous en avons un aperçu avant même d'avoir goûté à un nouveau mode de scrutin.

JJSamson@lesoleil.com



»» Réforme du mode de scrutin

L'Assemblée nationale restera-t-elle un club privé ?

Paul Cliche
L'auteur est responsable du dossier de la réforme des institutions démocratiques à l'Union des forces progressistes (UFP)
Le Soleil vendredi 19 mars 2004

Opinions - Dans le discours inaugural de la session, en juin dernier, le gouvernement Charest a confirmé qu'il respecterait l'engagement du Parti libéral de procéder, "dans les deux ans", à une réforme du mode de scrutin majoritaire actuel afin d'y "introduire des modalités de représentation proportionnelle". Il a annoncé qu'il présenterait un projet de loi au printemps 2004, soit d'ici juin.

Quelques semaines plus tard, le ministre Jacques Dupuis, chargé de cette réforme, a précisé que la révision du mode de scrutin aurait comme objectif "d'assurer une meilleure représentation de la volonté des électeurs parce que le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour n'assure pas que l'Assemblée nationale soit aussi représentative qu'elle devrait l'être".

Faisant état de l'établissement d'un consensus social et politique important à la suite d'un débat public qui dure depuis plus de 30 ans sur cette question, le ministre a précisé par la suite qu'il voulait instaurer un scrutin mixte compensatoire à finalité proportionnelle. Selon le conseiller du ministre, le politicologue Louis Massicotte, ce dernier devait s'inspirer du modèle allemand où la répartition des sièges parlementaires entre les partis respecte fidèlement la volonté des électeurs.

Mais la délégation de l'Union des forces progressistes, qui a rencontré le ministre Dupuis le 16 février dernier, a déchanté lorsqu'il l'a informée des contours de la formule qu'il favorise. Il ne restait plus dans le projet aucun élément propre à un scrutin proportionnel.

En effet, contrairement à ce qui se passe dans les autres pays dotés d'un tel scrutin mixte, le ministre veut supprimer le deuxième vote se déroulant à l'aide de listes de candidatures présentées par chaque parti ; ce qui est la principale caractéristique d'un scrutin proportionnel. S'il ne change pas d'idée, il n'y aurait qu'un seul vote au scrutin majoritaire qui permettrait d'abord d'élire les 75 députés de circonscription. Mais c'est à partir des résultats de ce vote unique que seraient également élus les 50 députés de compensation dans les régions par le truchement d'une formule de repêchage. Ces derniers seraient choisis parmi les candidats défaits ayant obtenu le meilleur score lors du scrutin majoritaire dans les circonscriptions.

La suppression du deuxième vote au scrutin proportionnel et l'élimination des listes de candidats dénatureraient en quelque sorte le scrutin mixte (majoritaire-proportionnel) avec compensation que le ministre prétend instaurer. Le deuxième vote est essentiel car, si l'on se fie à l'expérience vécue en Allemagne, en Nouvelle-Zélande et en Écosse, c'est lui qui permet aux nouveaux courants de pensée représentés par des petits partis en émergence de faire le plein de leurs voix et de faire élire leurs députés. Autrement, le réflexe du "vote utile ou stratégique", qui est induit par le scrutin majoritaire, diminuerait de beaucoup la portée de la compensation visant à réduire les distorsions causées par ce dernier. Quant aux listes, si l'on se fie à l'expérience des pays scandinaves, elles sont essentielles pour hausser la représentation des femmes et pour assurer une représentation à certaines minorités comme les groupes ethno-culturels.

En réalité, si le ministre ne change pas les modalités de son projet, sa réforme instaurera un mode de scrutin majoritaire de type compensatoire, une formule qui, à notre connaissance, n'existe nulle part ailleurs. De plus, la compensation s'effectuerait à partir d'entités régionales ne comptant que trois, quatre et cinq sièges de compensation ; au lieu, par exemple, des sept que comptent les huit régions électorales dont est dotée l'Écosse où il y a 56 sièges de compensation. Cette amplitude minimale ferait en sorte qu'en pratique, les partis recevant moins de 15 % des suffrages auraient beaucoup de difficultés faire élire des députés. À ce moment-là, nous ne serions pas loin du statu quo.

Compte tenu du déséquilibre démographique existant entre les régions au Québec, la seule façon d'assurer une proportionnalité satisfaisante avec un bassin relativement réduit de 50 sièges de compensation serait de les attribuer sur une base nationale comme le ministre l'avait d'abord envisagé. Dans cette éventualité, il faudrait toutefois que la loi oblige les partis à inscrire sur leurs listes des candidats en provenance de toutes les régions.

À la suite de ces explications, vous comprendrez pourquoi trois mouvements citoyens fort représentatifs ont dit craindre dernièrement que la réforme se limite à une "opération de ravalement cosmétique". L'instauration de l'équité se limiterait aux partis déjà établis : libéral, péquiste et adéquiste. Faudra-t-il une autre saga de 30 ans pour obtenir une vraie réforme avec une véritable proportionnelle ?



»» déficit

Les baisses d'impôt impossibles sans déficit, dit la TD

Mylène Moisan
Le Soleil vendredi 19 mars 2004

Les économistes de la Toronto Dominion calculent que les baisses d'impôt promises par les libéraux non seulement priveront le Québec de surplus anticipés, mais ramèneront les finances au déficit. Le gouvernement devra donc choisir entre sortir l'encrier rouge ou décevoir les contribuables, prévient-on.

Dans un document publié cette semaine en prévision du budget fédéral, les analystes de la TD se penchent brièvement sur la situation financière des provinces. En fait, les prévisionnistes ont une bonne et une mauvaise nouvelle pour le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin : Québec renouera avec les surplus dès 2005-2006, mais pas suffisamment pour remplir la promesse de diminuer les impôts d'un milliard de dollars par an.

"Alors que le solde budgétaire du Québec redevient positif en 2005-2006, la marge de manoeuvre demeure insuffisante pour financer les baisses d'impôt promises de 4 ou 5 milliards $, à moins qu'il n'enregistre un déficit, qu'il augmente les taxes et autres frais ou qu'il dégage des économies du côté des dépenses", peut-on lire dans le document de 46 pages.

En déficit depuis 2001-2002

Selon cette analyse, le Québec est en déficit depuis 2001-2002, ayant un solde négatif de 928 millions $, puis de 528 millions $ l'année suivante. Pour le budget que déposera M. Séguin le 30 mars, on calcule un manque à gagner de 731 millions $. Le ministre des Finances du Québec disait récemment compter sur une entente avec Ottawa pour essuyer cette impasse, faute de quoi il ne fermait pas la porte à ressortir l'encre rouge.

À la TD, on explique que les déficits inscrits aux années 2001-2002 résultent de l'harmonisation des méthodes comptables visant à produire des données comparables entre les provinces et le gouvernement fédéral. Au cours de ses six dernières années au pouvoir, le Parti québécois s'est targué d'avoir produit six budgets équilibrés de suite. M. Séguin avait déjà inscrit un déficit au budget 2002 de Pauline Marois, en raison des pertes plus importantes que prévu de différentes sociétés d'État.

Pour 2004-2005, la TD prévoit un dernier déficit de 241 millions $, suivi l'année d'après par un surplus de 303 millions $. Les économistes expliquent ce revirement par une reprise escomptée de l'économie et l'augmentation prévue des paiements de péréquation, ce qui permettra au Québec de voir ses revenus augmenter plus rapidement que ses dépenses.

Derek Burleton et Mimi Curtis-Irving, les deux auteurs de l'analyse, voient un surplus de 583 millions $ pour 2006-2007, de 841 millions $ pour 2007-2008 et de 1,4 milliard $ pour 2008-2009. Au total, de 2005 à 2009, Québec pourrait se retrouver avec un excédent de plus de 3 milliards $.

"Ces prévisions sont basées sur le statu quo. Autrement dit, si rien ne change, si le gouvernement n'introduit pas de nouvelles mesures, les déficits vont se changer automatiquement en surplus", explique Marc Lévesque, économiste en chef à la Toronto Dominion. Étant donné que ces surplus anticipés dégagent 3 milliards $ d'ici 2009, il devient "mathématiquement" impossible de financer les baisses d'impôt uniquement de cette façon.

Ainsi, la TD ne voit d'autres solutions pour Jean Charest que d'augmenter ses revenus, par l'entremise de taxes et de frais, ou de réduire ses dépenses de façon significative. Quant à cette volonté de "faire les choses différemment" prônée par le premier ministre, elle n'est, aux yeux de M. Lévesque, qu'une "autre façon de dire qu'il va couper".

MMoisan@lesoleil.com



»» déséquilibre fiscal

Séguin veut mobiliser les citoyens contre le déséquilibre fiscal

Ouellet Martin
Le Devoir vendredi 19 mars 2004

PC Québec - Le gouvernement du Québec entend être plus «agressif» et mobiliser la population pour forcer Ottawa à reconnaître l'existence du déséquilibre fiscal et à le corriger, a dit le ministre des Finances, Yves Séguin, hier.

«Tous les jours, on va se battre», a dit le ministre Séguin lorsqu'on l'a interrogé à ce sujet au cours de la période de questions à l'Assemblée nationale. «Je vais souhaiter que tous ceux qui veulent se joindre à ce débat-là viennent, parce qu'on va interpeller très prochainement la population.»

Le ministre n'a pas voulu fournir plus de détails sur ses intentions.

Le gouvernement fédéral fait la sourde oreille aux récriminations du Québec malgré l'adoption d'une motion unanime de l'Assemblée nationale exigeant qu'Ottawa reconnaisse le déséquilibre fiscal et mette en place des mesures «correctives» dans son budget du 23 mars.

Non seulement le premier ministre du Canada, Paul Martin, refuse toujours de se commettre dans ce dossier, il a aussi prévenu les provinces mercredi de ne pas espérer un sou de plus cette année pour le financement du système de santé.

Qui plus est, M. Martin a fait savoir que les discussions avec les provinces dans le dossier des transferts fédéraux n'auront lieu que l'été prochain.

L'absence d'ouverture manifestée par le gouvernement fédéral irrite de plus en plus le ministre Séguin, qui ne sait plus à quel saint se vouer pour parvenir à boucler son propre budget le 30 mars.

«Je pense qu'il va être impératif que le Québec soit beaucoup plus agressif dans ses demandes vis-à-vis du gouvernement fédéral pour qu'Ottawa nous entende et nous comprenne», a-t-il dit.

L'opposition péquiste n'a eu de cesse de rappeler au ministre que Paul Martin avait déjà dit non en envoyant «paître» le Québec.

«Est-ce qu'il réalise que le premier ministre du Canada n'a aucun respect pour le nouveau gouvernement du Québec? Est-ce que quelqu'un de l'autre côté [de la Chambre] va enfin se lever pour défendre les intérêts des Québécois?», a lancé le porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances, François Legault.

«Je vais militer pour une seule chose, et ce sera mon combat de tous les jours, c'est défendre les intérêts du Québec», a dit M. Séguin, invitant son vis-à-vis péquiste à «s'élever au-delà des débats qui nous animent ici dans le quotidien et unir nos forces pour amener le gouvernement fédéral à accepter de nous redonner ce qui revient aux Québécois».

Les formations politiques doivent instamment mettre la partisanerie de côté pour forcer Ottawa à cesser «de venir piger dans nos poches, dans les poches des contribuables du Québec, pour se faire des surplus», a fait valoir le ministre.



»» scène internationale

Charest confie à Pelletier la négociation de la représentation internationale

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 19 mars 2004

Québec - Le gouvernement Charest entame aujourd'hui des pourparlers avec Ottawa pour assurer au Québec une plus grande place sur la scène internationale. Mais la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, brillera par son absence.

C'est le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, qui a été chargé du dossier par Jean Charest. Il rencontre aujourd'hui à Montréal le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, Pierre Pettigrew. De son côté, Mme Gagnon-Tremblay sera dans son comté, a-t-on indiqué à son cabinet.

M. Pettigrew a obtenu le mandat du premier ministre Paul Martin de jeter du lest afin de permettre aux provinces de jouir d'une plus grande présence dans les forums internationaux et de prendre une part plus active aux négociations de traités de libre-échange ou à l'OMC.

«C'est ça, le fédéralisme auquel nous, nous croyons. Et c'est pour ça que nous voulons que le Québec fasse des gains, des gains qui sont concrets dans le contexte fédératif canadien, et nous faisons tout pour y parvenir», a dit M. Pelletier à l'Assemblée nationale hier à la suite d'une question du porte-parole de l'opposition officielle en matière d'affaires intergouvernementales canadiennes et de relations internationales, Daniel Turp.

Dans la foulée de son ouverture, Ottawa se montre maintenant ouvert à ce que les provinces puissent assurer leur propre représentation à Washington pour influer sur les décideurs politiques américains. À cet égard, l'Alberta a annoncé l'ouverture, cette année, d'un bureau à Washington pour promouvoir ses intérêts économiques.

Ottawa a toujours empêché le Québec d'avoir une délégation, un bureau ou simplement un diplomate à demeure à Washington. À la fin de l'année dernière, Mme Gagnon-Tremblay avait indiqué qu'elle abandonnait cette revendication, qui était celle du gouvernement québécois depuis Robert Bourassa. Pour l'heure, un membre de la délégation de New York, sous le couvert d'une fonction reliée au tourisme, est autorisé par Ottawa à faire de courts séjours à Washington pour y établir des contacts.

En octobre dernier, la ministre fédérale du Patrimoine, Sheila Copps, avait fait en sorte que la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, ne puisse faire une intervention à l'UNESCO sur la diversité culturelle malgré une entente conclue avec le ministère canadien des Affaires étrangères. Ottawa souhaite maintenant «que les provinces ne soient pas soumises à l'arbitraire d'un ministre capricieux qui, tout à coup, ne ferait pas les négociations de la même manière», a indiqué M. Pettigrew au Devoir au début de février.



»» DÉFENSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

La France devrait suivre l'exemple du Québec, selon Le Figaro

Michel Dolbec
La Presse vendredi 19 mars 2004

PC Paris - Jugeant la langue française menacée par " l'absolutisme anglo-saxon ", le journal Le Figaro invite les Français à s'inspirer pour la défendre de l'exemple québécois.

" Il convient d'admirer et d'imiter nos cousins du Québec qui ont refusé la noyade dans l'océan anglophone ", a affirmé hier le quotidien, qui a consacré sa " une " et tout son supplément littéraire à l'avenir de la francophonie, cet " empire menacé ".

Les médias parisiens se soucient peu en général du déclin du français. Le Figaro, journal conservateur défendant, comme on dit, une certaine idée de la France, est le seul à avoir enfourché ce cheval de bataille. Et jamais jusqu'ici, il ne l'avait fait de manière aussi démonstrative.

Profitant de l'ouverture du Salon du livre de Paris, Le Figaro, en l'espace d'une douzaine de pages, évoque une " nouvelle trahison des clercs ", dénonce une " jargonnante et infantile bourgeoisie bobo " qui " ne discute plus la prééminence " du modèle anglo-saxon et lance un mot d'ordre: " Levons l'étendard! "

Mais que faire? Pour le journal, la réponse se trouve au Québec. " Il n'y pas de plus ferme et plus efficace riposte que celle de nos cousins du Québec ", peut-on lire en première page. " Les Français ne peuvent que s'inspirer du courage de leurs cousins de la Belle Province, écrit plus loin Charles Lambroschini. Île francophone dans un océan anglophone, le Québec n'a-t-il pas réussi à sauver son identité? Et donc notre langue. "

Interviewé par Le Figaro, le réalisateur Denys Arcand, vanté pour sa " lucidité à toute épreuve ", tempère un peu l'enthousiasme du quotidien.

Appelé à expliquer les secrets de " la vaillante résistance à l'anglais " des Québécois, Denys Arcand reconnaît " qu'on peut parler de modèle québécois en matière de langue française ". Mais il ne va pas jusqu'à dire que tout va pour le mieux, comme le suggère plus ou moins le journal.

" Au Québec, les emprunts à l'anglais sont plus pernicieux qu'en France, souligne-t-il. Ce n'est pas juste un mot qui en remplace un autre. C'est la syntaxe même de la phrase qui, souvent, s'en trouve modifiée. "

Pour le reste, le réalisateur se montre plutôt fataliste. " Je suis assez pessimiste sur la pérennité de la langue française, explique Arcand. On ne peut lutter contre la suprématie d'une langue telle que l'anglais. Il faut se rendre à l'évidence: l'anglais est devenu le véhicule second de la communication dans le monde. C'est le latin d'il y a 20 siècles! (...) La seule chose qu'on peut faire, c'est d'être lucide. "

Cela ne veut pas dire que l'on doive " céder tout de suite ", ajoute toutefois le réalisateur. Pour " bloquer les invasions barbares anglo-saxonnes " (la formule est du Figaro), le réalisateur croit qu'il faut promouvoir le français à l'étranger et " stimuler la culture française de la manière la plus vibrante possible ".

" Même si je crois que la culture se défend toute seule, il faut lui fournir les conditions d'assurer sa survie, dit-il. Au reste, sur ce plan, j'ai le sentiment que la France ne se débrouille pas mal du tout. Sur ce terrain, vous savez faire et c'est très bien. "



»» DÉFENSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Le trésor des vocabulaires français à la portée de tous

Louis-Guy Lemieux
Le Soleil vendredi 19 mars 2004

Ouverture de la Base de données lexicographiques panfrancophone

La langue française écrite et parlée est devenue concrètement, hier, au Musée de la civilisation, le patrimoine de tous les francophones de la planète et non plus celui des seuls Français.

Profitant de la Semaine internationale de la francophonie, l'Agence universitaire de la francophonie (AUF) a ouvert officiellement à la consultation publique la Base de données lexicographiques panfrancophone (BDLP). La rectrice de l'AUF, Michèle Gendreau-Massaloux, a qualifié cet événement "d'historique" et la nouvelle base de données, de "travail exemplaire".

La BDLP est un projet d'envergure internationale qui s'inscrit dans l'entreprise du Trésor des vocabulaires français, lancée par le professeur Bernard Quemada dans les années 1980. Elle est dirigée, depuis 1995, à partir de l'Université Laval, à Québec, par le professeur Claude Poirier, en collaboration étroite avec le professeur Michel Francard, de l'Université catholique de Louvain, Belgique.

La BDLP a pour objectif de décrire et d'illustrer par des définitions, des citations, des images, des séquences sonores ou vidéo, les mots et les sens qui sont particuliers aux divers pays et régions de la francophonie. Pour chaque mot, l'utilisateur peut parcourir des rubriques qui le renseignent en outre sur l'histoire et sur la réalité qu'il sert à désigner, ce que la consultation des dictionnaires usuels ne permet pas.

En présentant sa nouvelle base de données, le professeur Poirier avance que "ce concept, qui a demandé 25 ans de recherche, renouvelle en profondeur la perception que les francophones ont de leur langue". Le projet comptera bientôt 100 000 fiches. Huit pays en incluant la Louisiane y participent déjà. D'ici peu, l'ensemble de la francophonie y jouera un rôle.

La base de données est conçue de façon à pouvoir être consultée dans Internet et à servir de complément au Trésor de la langue française informatisé, implanté au centre Analyses et traitements informatiques du lexique français, de Nancy.

La BDLP est un projet du réseau de chercheurs Étude du français en francophonie de l'AUF. Cette agence, dont le siège est à Montréal, rassemble 493 établissements d'enseignement supérieur et de recherche à travers le monde.

Pour avoir accès à cette base unique de données, il faut se rendre à http://www.tlfq.ulaval.ca/bdlp



»» comme des humoristes

Contre les stand-ups politiques

Antoine Robitaille
Chroniqueur au Devoir et éditorialiste à la revue Argument
Le Devoir mercredi 19 mars 2003

Libre opinion: Pourquoi de plus en plus de politiciens se présentent-ils à nous comme des humoristes? La campagne actuelle consacre l'avènement au Québec d'une politique où le slogan implicite est «une joke, un vote». Avant-hier, nous avons tous vu le pitre douteux qu'est devenu Jean Charest avec sa bande de candidats-clowns s'esclaffer en troupeau après une blague du chef à propos de poulets et du colonel Sanders ou quelque niaiserie du genre. Mario Dumont, laborieusement, tous les jours, nous cisèle une géniale petite phrase du type one liner pour passer aux nouvelles. Il a récemment poussé l'audace jusqu'à mimer une publicité de pharmacie pour railler un adversaire. Les reporters des téléjournaux se bousculent pour capter ces perles d'hilarité, se disant qu'ils ne sont quand même pas pour les laisser à leurs concurrents. Devant la surenchère humoristique, ils devront bientôt ponctuer leur topo de bruits de tambour et d'un coup de cymbale pour souligner les punchs.

Et quel humour ? D'une vacuité absolue, sans esprit, sans imagination, faisant invariablement référence aux conneries publicitaires ou médiatiques. Bref, ce qui, selon les conseillers en jokes qui entourent les chefs, constitue le «quotidien normal du monde ordinaire». Autrefois, les journalistes et les hommes politiques élitistes étaient animés d'un mépris pour les petites gens. Contrairement à la fable autoglorificatrice qui a cours aujourd'hui, notre époque n'en a pas fini avec ce mépris. La classe médiatico-politique est toujours autant pétrie de préjugés, que les BBM ou autres sondages politiques semblent leur confirmer, selon lesquels «les cochons sont bien dans la merde». Le mot d'ordre, comme l'expose la fabuleuse chanson de Martin Léon, est : «C'est ça qui est ça.» On n'y peut rien, et comme un personnage d'un roman de Beigbedder, ces politiciens bientôt en nomination aux Olivier concluent : «Ne prenez pas les gens pour des cons, mais n'oubliez pas qu'ils le sont.» Autrement dit, nul besoin d'argumenter, de faire des rappels historiques, d'en appeler à l'intelligence : les gens ne comprendront pas. Nul besoin non plus -- il faut le souligner -- de «bien s'exprimer». Non, il faut avoir l'air accessible, chum, «authentique». Et quoi de mieux qu'une «petite blague» pour asseoir cette impression ? Ne nous surprenons pas que Stéphane Laporte devienne alors l'horizon indépassable de notre pensée politique. Et, comme Croc le disait, «ce n'est pas parce qu'on rit que c'est drôle».

Exagération ? Un rédacteur de discours m'a certifié qu'un politicien lui a un jour demandé expressément de faire commencer toutes ses allocutions par une petite joke : «Comme ça, les gens vont voir que je ne me prends pas au sérieux.» «Ne pas se prendre au sérieux» : telle est la maxime de la «petite noirceur» de notre politique Juste pour rire imprégnée de l'esprit «une fois c't'un gars, comprends-tu ?».

L'arrogance, jadis, portait un collet monté et s'accompagnait d'airs supérieurs; aujourd'hui, elle prend des masques cool et ricaneurs. Elle croit rendre la politique moins «plate», voire divertissante. Récemment, au début d'un cours, à la question «qu'avez-vous pensé du texte de la résolution 1441 ?», une cégépienne m'a répondu, candidement : «Ils auraient pu écrire ça pour que ça soit plus intéressant à lire. C'est franchement répétitif.» Nul doute que Charest ou Dumont, s'ils s'étaient trouvés au Conseil de sécurité, auraient proposé d'intégrer à la résolution 1441 deux ou trois petites jokes ! Quoi, c'est bien au Québec qu'est née l'organisation «Clown sans frontières» !


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

L'ÂNE ET LE BOEUF

Marianne Vaucouleurs, Lévis, Québec
Vaucouleurs@Q-bec.com
TRIBUNE LIBRE 19 mars 2004

Alfonso Gagliano et Pierre Pettigrew comme larrons en foir...és.

Visiblement, M. Gagliano a fait son lit :

«Ou bien je déballe tout et le pays constatera au grand jour quel individu ignoble je suis. Ou bien je nie tout et je conserve un mince espoir de m'en tirer indemne. Aux autres la responsabilité de mes actes!»

Manifestement, Alfonso Gagliano n'est pas de ces hommes qui ont l'envergure et la capacité d'assumer leurs actes. Il est plutôt de ces hommes qui recouvrent pudiquement leur abjection de leur lâcheté.

Comme si l'on pouvait dissimuler les odeurs de pourriture sous un jet d'urine...

Pendant ce temps, son collègue et actuel ministre fédéral Pierre Pettigrew proclame, et je cite : «Les gens se déresponsabilisent en votant pour le Bloc». Il est vrai que la démonstration est faite désormais, hors de tout doute, que le Parti libéral protège bec et ongles - et ce tout à la fois dans la vertu, un grand sens de l'économie et avec grande efficacité - les intérêts supérieurs du Québec...

M. l'ex-ministre et ex-ambassadeur canadien déchu, veuillez recevoir mon mépris citoyen le plus entier. Sentiment que du même élan vous vous empresserez de transmettre à votre mentor et patron d'hier, ex-premier ministre du Canada, M. Jean Chrétien.

Quant à vous, M. Pettigrew, que diriez-vous de retourner terminer (enfin) votre douzième année au High School de votre adolescence? Histoire de rappeler à votre mémoire les quelques notions élémentaires de logique que, patiemment, vous vous êtes fait fort d'oublier aussitôt conclue votre entrée dans la so very federal Chambre des Communes d'Ottawa.

Merci.

Marianne Vaucouleurs,
Lévis, le 19 mars 2004



TRIBUNE LIBRE

CLAUDE RYAN OU DE L'ABSOLUITÉ DU CANADA

Marie Lacroix
MarieLacroix@moncanoe.com
TRIBUNE LIBRE 19 mars 2004



CLAUDE RYAN OU DE L'ABSOLUITÉ DU CANADA
L'absolutisation du Canada comme prémices formelles à la dissolution inéluctable du Québec



Présentation : Consécutivement à un premier texte publié dans Le Devoir du 17 février dernier (http://www.ledevoir.com/2004/02/17/47612.html?304), je reçus quelques commentaires de collègues qui m'ont amenée à préciser ma réflexion. Pour l'essentiel ces remarques portent sur l'idée selon laquelle, en regard à la Question dite nationale, l'«option Canada» ne se révélerait pas plus «irrationnelle» que l'«option Québec». En complément, et outre l'opinion parue en http://www.cyberpresse.ca/opinions/reaction_2.php?idd=NTgwMDE2&id=MTIwMDM, je renvoie le lecteur aux riches sections cybernéennes de Vigile (http://www.vigile.net/auteurs/r/ryanc.html) et du Devoir (http://www.ledevoir.com/dossiers/351/articles.html) dévolues à Claude Ryan -- spécialement les articles de Mme Lise Bissonnette, de M. Michel Venne et de M. Jean Dunois. Suggestion adjuvante: http://www.ledevoir.com/dossiers/272/47361.html?272



Stricto sensu, toutes sphères de l'existence confondues, les positions de base ne sont pas «justifiables» rationnellement. En ultime ressort, nous sommes renvoyés à des convictions et à des valeurs (familiales, sociétales, axiologiques, religieuses, philosophiques...) -- à des Weltanschauungen en un mot. Pour le dire à la manière de Husserl dans ses Méditations cartésiennes (sur ce point en synchronie avec la cogitation freudienne): «Ça pense bien avant que Je ne pense». Il n'y a pas transparence ou identité totale, ni surtout immédiate, entre moi et... moi. Nous sommes en quelque sorte constamment déphasés de nous-mêmes, toujours de quelque façon dans les eaux troubles de la schizophrénie («esprit fendu»). Ce qui soudainement dévoile un Soi-but consubstantiel et distinct à la fois d'un Soi-origine. Aussi la vie, enchaînera de suite le barde Vigneault (On met beaucoup de temps, 1971), est-elle ce long et tortueux voyage que l'on entreprend pour -- finalement -- «revenir apprendre qu'on s'en allait chez soi»
*. La grande leçon en tout ceci réside dans le constat selon lequel la pensée -- comme tout le reste -- relève également du pulsionnel. Or le «travail» de rationalité proprement dit (appropriation ou postconscience de ce fonds dans le fond) surgit à partir du moment où l'on interroge avec honnêteté ces positions-là -- cardinales, racinaires -- à la lumière (car il fait fort sombre en ces contrées) d'un maximum d'informations, de discussions, de débats et de réflexion.

Or si des éléments de cet enrichissement continu (car l'entreprise est sans fin: l'information et les arguments s'entassent sans cesse, le travail de compréhension et de réflexion se poursuit inlassablement) sont susceptibles d'entraîner une remise en question de nos convictions (en vertu de cette honnêteté intellectuelle même, clé de voûte de l'«intelligeance» des choses), et que par ailleurs on s'y refuse, c'est qu'il y a au passage des noeuds que l'on dédaigne affronter. Et dénouer. On opte alors, selon le cas, pour le contournement (éviter le problème, faire diversion, «noyer le poisson», etc.), la sophistique (fausses solutions présentées sous le couvert d'une maîtrise solide et articulée du dossier), voire la mauvaise foi (la fuite en avant de la sophistique, alors pleinement consciente de sa faiblesse de disputation mais qui répugne d'en assumer les conséquences), laquelle fuite s'entête à espérer, sur de désormais bancales assises, gagner tout de même l'assentiment du plus grand nombre par le biais, par exemple, de l'émotion, de la séduction du verbe ou de l'argument d'autorité.

(Je mettrai ici de côté l'«Hypothèse Dieu» [pour reprendre la formulation de M. Dunois, en http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/3-8.html#tljd], qui relève d'un ordre plus personnel. Laquelle peut cheminer d'elle-même, dans la mesure où elle n'entraîne personne dans son sillon contre la volonté des (non-) intéressé/es. Ce qui d'emblée ne saurait être le cas lorsqu'il s'agit d'idées franchement politiques. C'est pourquoi je m'en tiendrai céans à l'«Hypothèse Canada»)


De la rigueur intellectuelle à l'arraisonnement religieux

Théoriquement, quant à la QQ (question québécoise), le «fédéralisme» constitue une thèse qui en vaut bien d'autres, et notamment celle du projet d'«Indépendance» du peuple québécois. Or si j'insiste sur l'aspect non rationnel de l'argumentaire de Claude Ryan, c'est qu'au fil du temps, des événements, de l'évolution de l'histoire nationale enfin (en particulier, et surtout, sous l'angle du rapport Québec-Canada), il est resté imperméable à tout ce qui affaiblissait, démontait, invalidait, progressivement mais infailliblement, son idée du Québec «in» Canada. Comme si pour lui le pays du castor et de la feuille d'érable restait indubitablement, envers et contre tout, une «fin en soi».

Vice fondamental. Au coeur d'une cogitation par ailleurs minutieuse, précise, impérieuse. Nonobstant les préférences idéologiques, qui importent peu au stade initial de l'analyse, le ver se voit introduit dans la pomme. Si on me permet de me citer, je dirai que nous naviguons d'entrée de jeu dans les méandres funestes d'«une pensée libre dans un cadre aliéné [...car] au plan de la Question nationale, il faut bien admettre [en effet] qu'aucun recul du Québec -- jamais et en aucun temps -- ne se révélait suffisant à ses yeux pour revoir ou remettre en cause le lien fédératif avec le Canada. Ce qui, ce me semble, constitue non pas une position réfléchie, nuancée -- et rigoureuse -- mais bien une position doctrinale sinon doctrinaire.»

Le fossoyeur inhérent à la méditation politique de Claude Ryan réside dans la saisie du Canada (si nous revenons à nouveau au verbe de M. Dunois) non comme une voie, une avenue, une hypothèse ou le choix d'une alternative (fût-il privilégié au départ), mais comme un «absolu». À ce stade, on quitte le réflexif pour «entrer en religion». Sans même en passer véritablement par le politique. On n'analyse pas, on ne réfléchit plus: on prêche, on pontifie, on exhorte. D'aucuns diraient: on évangélise. Encensoir à la main.


Du goupillon à la démission (collective)

Un esprit à la fois «éclairé» et préoccupé sincèrement par l'avenir du Québec doit, en toute rigueur, examiner l'ensemble des hypothèses possibles en ce sens. Or non seulement M. Ryan a-t-il refusé «constitutivement» (d'office, a priori) d'aborder avec intelligence l'hypothèse de l'Indépendance, mais il a fini par s'embourber dans une vision Québec-Canada qui n'a plus aucune prise dans le réel de ces deux entités -- celle du Canada au premier chef (car en Québec il n'est pas totalement interdit de spéculer, il est vrai, qu'il eût pu parvenir à convaincre une majorité du bien-fondé de ses idées). Or comme le Canada ne s'est jamais montré ouvert à son «programme» (le Livre beige et ses suites) -- d'aucune manière et quel que soit le pouvoir ponctuel en place et de la multiplicité des interlocuteurs, réels ou potentiels --, s'entêter à considérer qu'il n'y avait pas d'avenir vraiment honorable pour un Québec hors Canada signifiait, et signifie toujours d'ailleurs, se livrer pieds et poings liés à cette instance canadienne tout en un juge et partie (ou, si l'on veut, arbitraire parce que joueur et arbitre).

L'argumentation de Claude Ryan est demeurée foncièrement prisonnière du Canada, quelle que soit la réponse de celui-ci aux besoins, réclamations et aspirations québécois. Une dialectique conceptuelle embringuée en pareille logique -- et le Canada (des Pierre Elliott Trudeau et Marc Lalonde aux Jean Chrétien et Stéphane Dion par détour, quoique moins brutal, des Brian Mulroney) l'a de tout temps fort bien compris -- ne pouvait donner sur nul autre résultat que l'intransigeance indiscutable, dogmatique, péremptoire, cassante même (et «impérialiste», pour tout dire) de l'interlocuteur canadien. Pourquoi celui-ci s'interdirait-il l'utilisation de la massue, en effet, si on la lui met nous-mêmes dans la main...?

En faisant du Canada un «absolu», Ryan condamnait dans l'oeuf le Québec à la banalisation, à l'insignifiance, à l'aliénation progressive, irréversible. Voire à la disparition. Or c'est bien -- «logiquement», puis fatalement -- ce qui se produit depuis une quinzaine d'années: 1990 (répudiation de l'accord du Lac Meech), 1991 (Commission Bélanger-Campeau, Loi 150, Rapport Allaire ...en vain), 1992 (référendum pancanadien sur les accords invraisemblables de Charlottetown: échec complet), 1993 (mainmise du PLC et de Jean Chrétien sur le pouvoir fédéral) et... 1995 (référendum québécois sur la Souveraineté échappé par un cheveu, recul inexorable du Québec sur tous les fronts depuis lors). L'arrivée du premier ministre fédéral Paul Martin (décembre 2003, et jusque-là influent ministre des Finances à compter de 1993) ne modifie pas d'un iota le climat général et moins encore cette puissante lame de fond (cf. entre autres le Discours du trône du 2 février dernier et les camouflets répétés -- rappels: http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/3-16.html#lpvm ou http://ledevoir.com/2004/03/18/50083.html -- à l'endroit des premiers ministres des États de la Fédération
par le ministre fédéral des Finances en titre, Ralph Goodale).


De la rationalité à la rationalisation

Certes, le fédéralisme canadien n'est pas une idée moins rationnelle que l'Indépendance du Québec. En revanche, l'«a-rationalité» ryanesque s'emballe à partir du moment où son hypothèse privilégiée nie tout ce qui la nie sans jamais envisager d'alternatives. Ainsi, la pensée politique du chef du NON de 1980 fut contrée aussi bien: 1) par la volonté claire et les faits butés de la politique canadienne, que 2) par les implications méthodiques de sa présupposition radicale, à savoir, il faut y insister, ce caractère intouchable de l'idée du Québec comme entité indéfectible du Canada. Claude Ryan s'est empoisonné avec l'encre cyane de sa propre plume fontaine.

Et dans les faits, et compte tenu qu'il ne s'agissait pas d'un sot, on en conviendra aisément, il ne lui restait bien souvent que la sophistique (et même la mauvaise foi, il ne faut pas craindre de le signaler) -- surtout depuis l'échec de la «Mésentente» du Lac Meech -- comme argumentaire à un projet impuissant à franchir le mur de la Réalité. Dès lors, «par entêtement sinon par amaurose», comme déjà dit, M. Ryan est passé explicitement d'un honnête travail de rationalité à un douteux travail de rationalisation. Il ne s'agissait plus pour lui d'explorer au maximum une idée, mais de la justifier à tout prix contre vents et marées. C'est ce que pour ma part je nomme une pensée-pensement
qui, pour reprendre la formule du Hegel de la Phénoménologie de l'Esprit, n'ose «regarder le négatif en face / dem Negativen ins Angesicht schaut»...**

Une hypothèse recevable au départ s'est métamorphosée graduellement en un absolu catégorique. Cheminement qui d'évidence s'oppose diamétralement à cette présumée rigueur à laquelle, m'est d'avis, on associe par trop rapidement l'ex-directeur du Devoir. Car enfin, par-delà un certain art de la casuistique se voit nécessité tôt ou tard un véritable contenu qui tienne la route. Or ce contenu, on l'attend toujours. Un toujours qui exhale désormais des odeurs d'éternité.


*  *  *

Si le Canada s'avère en quelque manière un «absolu», c'est dans le caractère non négociable du désaveu de la personnalité québécoise qu'il se loge. Une absoluité, pour ce qui me concerne, qui se rapproche de l'égarement militaire de type Bushien plus que de l'absolu métaphysique de type platonicien ou hégélien...



Marie-Louise Lacroix
Québec, 19 mars 2004



*  Et quelle superbe répercussion filiale, sinon percussion en ré, dans le poignant Escalier de Paul Piché, quelque dix ans plus tard: «[...] Quand ceux qu'on aime veulent pas marcher / J'les ai boudés, y ont pas mordu / J'les ai quittés, y ont pas bougé / J'me sus fait peur, j'me sus tordu / Quand j'ai compris ben chu r'venu / Quand j'ai compris que j'faisais / Un très très grand détour / Pour aboutir seul dans un escalier...».

**  À quoi en dernière analyse j'opposerais la repartie que l'on a déjà rétorquée à un intellectuel québécois de texture analogue, soit Jocelyn Létourneau: «Je dis qu'il faut -- également -- une argumentation intellectuellement crédible pour... ne pas être souverainiste.» (http://www.vigile.net/00-1/jlgwords.html). Pour l'anecdote, je préciserai que selon certains lexicographes le vocable «pensement» serait devenu «pansement» à compter de 1763 très exactement -- millésime de la signature du Traité de Paris, qui devait consacrer officiellement l'abandon de la Nouvelle-France aux mains des Anglais. Comme quoi, il est de ces blessures qui ne se cicatrisent point à simple renfort de cataplasmes...





COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

Le Liban, regards vers l'avenir

Charles Saint-Prot
COMMUNIQUÉS 19 mars 2004

Le Liban, regards vers l'avenir. Document
Quotidien / Réaliste

Publié dans la collection "Etudes Géopolitiques", axée sur la géopolitique et l'étude des relations internationales contemporaines, Le Liban, regards vers l’avenir analyse tous les aspects historiques, politiques, socioculturels, géopolitiques et économiques d'un pays qui est "infiniment plus grand que lui-même" et joue un rôle important dans la géopolitique d'une région qui est l'un des points chauds de la planète.

Passeur entre les civilisations, le Liban, qui a contribué à rapprocher durant des millénaires les pays riverains de la Méditerranée, offre un sujet de réflexion privilégié sur des questions essentielles relatives à l'étude du phénomène communauriste ou au dialogue des cultures.

Loin des clichés habituels, les personnalités qui ont contribué à cette publication s'emploient, chacune dans son domaine, à expliquer la réalité de l'exception libanaise et à porter un regard vers l'avenir de ce pays clé du Proche-Orient.

Sous la direction du professeur Edmond Jouve, directeur de l'ORIDEF (Université Paris-V) , Charles Saint-Prot et Walid el Tibi, Le Liban, regards vers l'avenir réunit des articles du général Emile Lahoud, président du Liban, Pierre Messmer de l'Académie française, Salah Stétié, écrivain et poète, Marwan Farès, universitaire et député au Parlement libanais, le ministre Jean-Louis Cardahi, Elie Assaf, Président directeur général de l'ENA-Liban, le professeur Jacques Beauchard (Paris-XII), Melhem Karam, président de l'Ordre des journalistes, le doyen Anis Moussallem, écrivain, poète, Georges Corm, Economiste, universitaire, Serge Boidevaix, Ambassadeur de France, Président de la Chambre de commerce franco-arabe, le professeur Georges Dib, Adrien Gouteyron, vice-président du Sénat, Florence Kuntz, Député français au parlement européen, Zeina el Tibi, grand reporteur à l'hebdomadaire La Revue du Liban, le professeur Antoine Courban.

Editée par iDLivre, Etudes géopolitiques est dirigée par Charles Saint-Prot et Zeina el Tibi en coopération avec l'Observatoire d’études géopolitiques (etudesgeo@yahoo.com )

Sortie 1er mars 2004
Format 225x155 , 325 pages Prix public 18 Euros

Etudes géopolitiques :
Le Yémen, (À paraître)
Géopolitique de l’eau. (À paraître)
Pour commander à la FNAC