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»» Dossier linguistique

La loi 101 devant la Cour suprême

Larocque, Sylvain; Perreault, Laura-Julie
La Presse lundi 22 mars 2004

PC Ottawa - Pour la première fois en plus de 15 ans, la Cour suprême du Canada entendra aujourd'hui une contestation de la Charte québécoise de la langue française, mieux connue sous le nom de loi 101.

L'appel, défendu par l'avocat Brent Tyler, ancien président du groupe de pression anglophone Alliance Québec, est présenté par des parents francophones et allophones qui réclament le droit d'inscrire leurs enfants à l'école anglaise.

Ironiquement, en vertu d'un programme d'aide aux communautés minoritaires, le gouvernement fédéral paie une partie des honoraires de Me Tyler dans la cause des parents allophones alors qu'il défend la position contraire devant le tribunal.

" Si nous avons gain de cause, ça voudra dire que tous les parents québécois, peu importe leur origine linguistique ou ethnique, auront le droit de choisir la langue d'instruction de leurs enfants ", avait déclaré Me Tyler lorsque la haute cour avait accepté de l'entendre, il y a près d'un an.

" Ce serait un changement radical, ce serait un retour au libre choix ", avait-il précisé.

La loi 101, adoptée en 1977 par le premier gouvernement péquiste, interdit l'accès à l'école anglaise aux enfants qui n'ont pas reçu, au Canada, " la majeure partie " de leur instruction primaire et secondaire en anglais. Les francophones et les allophones, dont la langue maternelle n'est ni l'anglais ni le français, sont donc visés au premier chef.

Brent Tyler et ses clients prétendent que cette disposition va à l'encontre de la Charte canadienne des droits et libertés. Cette dernière protège le droit des minorités linguistiques de recevoir l'enseignement dans leur langue, mais ne précise pas que les élèves doivent avoir reçu " la majeure partie " de leur enseignement en anglais au Canada pour être admissibles à l'école anglaise au Québec. Il suffit d'avoir reçu de l'instruction en anglais, peu importe la durée.

Dans le mémoire qu'il a soumis à la haute cour, le gouvernement fédéral reconnaît toutefois aux provinces le droit de déterminer elles-mêmes les critères d'admission à l'école de langue minoritaire, confirmant ainsi la légitimité de l'article 73.2 de la loi 101.

Ouvrir l'école anglaise québécoise à un enfant qui n'aurait reçu, par exemple, que quelques semaines d'éducation en anglais au Canada, brimerait " les principes constitutionnels qui visent à protéger la langue française ", souligne Ottawa dans son mémoire.

Changement de cap

Cette position du gouvernement fédéral contraste avec celle qu'il avait prise dans les années 1980. Ottawa avait alors contraint Québec, par l'adoption de la Charte canadienne, à réduire la portée de la loi 101 en ce qui a trait à l'enseignement en anglais (la " clause Canada ").

Hier, le ministre de la Justice du Canada, Irwin Cotler, a réitéré son soutien à la position du Québec. " Même si nous respectons le principe des droits linguistiques des minorités, nous sommes d'accord avec l'interprétation des provinces quant aux critères requis pour avoir accès à cet enseignement dans la langue de la minorité ", a dit le ministre en jargon juridique.

En d'autres termes, pour qu'un enfant ait accès à l'enseignement en anglais au Québec, il doit avoir déjà reçu la majeure partie de son instruction en anglais et non pas avoir été inscrit pendant quelques semaines seulement dans une école anglophone. Me Tyler représente Edwidge Casimir, la mère de deux enfants qui voudraient aller à l'école anglaise, ce que Québec refuse en invoquant les critères stricts de la loi 101. Pendant deux ans, les élèves ont fréquenté une école anglaise d'Ottawa, où ils ont néanmoins reçu la moitié de leur enseignement en français, dans le cadre d'un programme d'immersion.

Mme Casimir prend le relais de Cesary et Isabelle Solski, un couple d'origine polonaise qui avait entrepris une procédure similaire, mais qui l'a abandonnée.

En décembre 2000, la Cour supérieure du Québec avait donné raison aux Solski. Mais en mai 2002, la Cour d'appel avait renversé la décision. Quant aux huit familles francophones dont la cause se retrouvera aussi devant le plus haut tribunal du pays, aujourd'hui, toutes leurs requêtes juridiques ont échoué jusqu'ici. Dans son jugement de mai 2002, la Cour d'appel soulignait qu'aucune loi ne garantit le droit à l'enseignement en anglais pour tous les citoyens du Québec.

Les dernières contestations de la loi 101 devant la Cour suprême remontent à 1988. Les magistrats avaient alors décrété que l'interdiction des langues autres que le français dans l'affichage commercial contrevenait à la Charte canadienne, ce qui a donné naissance à la fameuse règle, plus souple, de la " nette prédominance " du français sur les panneaux.

La même année, la haute cour validait les articles de la loi 101 qui exigent que les professionnels québécois démontrent leur maîtrise du français.

En décembre 2002, la Cour suprême a refusé d'entendre une autre cause de Brent Tyler, dans laquelle il contestait la règle de la prédominance nette du français dans l'affichage commercial.

Dans l'éventualité d'une victoire de Me Tyler cette fois-ci, il apparaît possible que Québec invoque la clause dérogatoire de la Constitution pour bloquer le verdict. Le premier ministre Jean Charest a en effet déjà affirmé qu'il ne changerait " pas une seule virgule " à la loi 101.

Il est à noter que les représentants des francophones hors Québec et la commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, interviendront aujourd'hui en cour pour s'opposer à la position défendue par Ottawa.



»» Contestation de la loi 101

Le MLNQ prévient des conséquences désastreuses

Raymond Villeneuve, Pierre-Luc Bégin, MLNQ
TRIBUNE LIBRE lundi 22 mars 2004

Le Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ), présidé par l'ex-felquiste Raymond Villeneuve, veut prévenir les autorités des conséquences désastreuses qu'aurait au Québec un autre affaiblissement de la loi 101, alors que s'ouvre aujourd'hui pour la première fois en 15 ans une contestation de la loi 101 devant la Cour Suprême du Canada, charge menée par l'avocat Brent Tyler.

« Comme l'a dit Tyler lui-même, si la Cour Suprême donne raison aux contestataires, ce sera un retour au libre choix de la langue d'enseignement. Or, on sait ce que cela signifie, soit l'anglicisation des immigrants et des jeunes Québécois dès le primaire et la dégringolade du français au Québec», analyse le président du MLNQ.

« Cependant, nous savons qu'un grand nombre de Québécois, dont nous du MLNQ, n'accepteront jamais cela. Il faut prévoir du grabuge si jamais les juges de la Cour Suprême nommés par le gouvernement fédéral devaient donner raison à ceux qui veulent détruire le dernier rempart de protection de notre culture et de notre langue qu'est la loi 101 », prévient-il.

« Démolir la loi 101 quant à la langue d'enseignement, ce serait rompre définitivement la pseudo-paix linguistique et provoquer de front les Québécois qui veulent vivre dans un pays français. Si Tyler et son gouvernement fédéral veulent briser la paix sociale, nous leur disons que nous serons prêts à réagir avec virulence », conclut le fondateur du FLQ.

Nous vaincrons !



»» L'affaire des commandites

«Les Canadiens ne vous croient pas!»

Hélène Buzzetti
Le Devoir samedi 20 et dimanche 21 mars 2004

Les députés traitent Gagliano de menteur et d'incompétent Le plaidoyer d'ignorance d'Alfonso Gagliano ne passe pas. Les députés du comité des Comptes publics ont exprimé leur frustration grandissante hier lors du deuxième jour de témoignage de l'ex-ministre des Travaux publics, lui disant à plusieurs reprises qu'ils ne le croyaient pas et le traitant même d'incompétent. «Plus vous plaidez l'innocence, plus vous paraissez incompétent», lui a lancé le libéral Shawn Murphy.

«Ce comité peut juger que je n’ai pas exercé ma responsabilité ou que je suis incompétent, c’est votre jugement. [...] Je ne m’attends pas à ce que personne croie ma version des faits», a dit Alfonso Gagliano. Agence Reuters

La thèse de l'incompétence a gagné en popularité lorsque Alfonso Gagliano a reconnu n'avoir jamais lu le rapport de vérification interne de 2000 sur le programme de commandites, rapport qu'il avait pourtant lui-même commandé et auquel il s'accroche aujourd'hui pour démontrer qu'il prenait au sérieux les rumeurs de l'époque sur les problèmes du programme.

«Je n'ai pas lu le rapport complet. Je n'ai pas reçu de résumé. J'ai reçu un briefing verbal en présence de mon sous-ministre et du vérificateur interne disant qu'il n'y avait pas matière criminelle, que c'était administratif», a révélé M. Gagliano.

Depuis deux jours, M. Gagliano se targue d'avoir demandé, lors de ce briefing, s'il devait «appeler la police», une preuve selon lui qu'il a fait son travail. S'il croyait que c'était si sérieux, pourquoi alors n'a-t-il pas eu la curiosité de lire ce rapport de 22 pages à peine ? C'était seulement une «question d'usage», a-t-il alors répondu. «Quand on lui fait rapport qu'il y a des problèmes administratifs, la première question qu'un ministre pose, c'est : "Est-ce qu'il y a de la fraude ? Est-ce qu'il faut que j'appelle la police ?"», a-t-il dit aux journalistes.

La libérale Marlene Jennings a en outre rappelé à M. Gagliano qu'il avait l'obligation, selon le manuel du parfait ministre, de vérifier auprès du ministère de la Justice s'il y avait matière à poursuite criminelle, ce qu'il n'a pas fait. «Je n'avais pas de raison de douter du vérificateur interne ou de mon sous-ministre», a-t-il dit pour se justifier.

Si M. Gagliano avait lu le rapport interne de 2000, il aurait découvert que les agences de communication responsables des commandites se faisaient parfois payer en double certains de leurs services, d'abord par l'entremise de la commission de 12 %, puis par la facturation de frais de production.

Les députés n'ont pas cru non plus leur témoin quand celui-ci a prétendu que le vérificateur interne, un certain M. Steinberg, ne lui avait jamais parlé lors de ce briefing d'une autre vérification qu'il avait menée en 1996, toujours sur l'équipe de Chuck Guité. M. Steinberg avait découvert les mêmes problèmes qu'avec les commandites. «Je trouve cela plutôt étrange que le vérificateur interne ne soit pas retourné dans sa mémoire pour dire : "Il s'agit des mêmes fonctionnaires, du même ministère, des mêmes problèmes, rien n'a changé." Ne trouvez-vous pas ?», a demandé, incrédule, le président du comité, John Williams.

La députée conservatrice Diane Ablonczy a été la plus directe. «Je ne vous crois pas et je vais vous dire autre chose : les Canadiens ne vous croient pas. Qui protégez-vous, M. Gagliano ?» M. Gagliano n'a pas mordu à l'hameçon. Il joue désormais la carte de l'indifférence. «Ce comité peut juger que je n'ai pas exercé ma responsabilité ou que je suis incompétent, c'est votre jugement. [...] Je ne m'attends pas à ce que personne croie ma version des faits.»

La défense d'Alfonso Gagliano consistant à dire qu'il ne savait rien et qu'il ne peut donc pas être tenu responsable a irrité M. Williams, qui y voit une négation du principe fondamental du système parlementaire canadien de responsabilité ministérielle. Selon ce principe, un ministre est responsable de ce qui se passe dans son ministère, qu'il en soit informé ou pas. «Vous me demandez de m'incriminer et je ne le ferai pas», a répondu M. Gagliano.

«Vous échouez absolument et complètement, M. Gagliano, parce que vous ne dirigiez pas votre propriété. Ce n'était pas votre commerce. C'était le bien public que vous administriez et, en tant que ministre de la Couronne, vous êtes responsable devant le Parlement. [...] Vous avez l'obligation, monsieur, de prendre la responsabilité de tout ce qui est arrivé dans votre ministère. Allez-vous faire cela ?»

M. Gagliano a pris quelques instants pour consulter son avocat avant de dire que M. Williams soulevait «une question légale». «J'accepte la responsabilité de mes actions, et mes actions, c'est que j'ai agi quand j'ai su que quelque chose ne tournait pas rond. Voilà ma responsabilité.»

Dès le début de la séance d'hier, le conseiller du comité, Rob Walsh, avait donné le ton. En guise d'introduction, il a rappelé qu'il était du devoir des témoins, «en particulier les sous-ministres et les ministres, incluant les anciens sous-ministres et les anciens ministres», d'offrir volontairement une version des faits complète. «Il ne revient pas au comité de penser à la bonne question qui permettra de soutirer la bonne information. C'est au témoin qu'incombe la charge de la preuve.» M. Walsh a tout de même pris la peine de préciser que son commentaire ne s'adressait pas directement à M. Gagliano... «Je ne voudrais pas sous-entendre que ce témoin est d'aucune manière plus responsable de ne pas être franc avec ce comité qu'aucun autre témoin précédent.»

Le bloquiste Michel Gauthier avait une autre raison de ne pas croire à l'ignorance de M. Gagliano. Il a rappelé que c'est son chef de cabinet, Pierre Tremblay, qui a pris le relais du programme des commandites à Travaux publics lorsque Chuck Guité a pris sa retraite. Or les problèmes se sont poursuivis sous sa gouverne. S'il n'a pas averti son ancien ministre, c'est parce qu'il n'était pas surpris du fonctionnement du programme, croit M. Gauthier. «Il n'y a personne ici capable de croire que votre [ex-] chef de cabinet se soit comporté comme un goujat comme il l'a fait à votre endroit. Je pense plutôt qu'il a continué de fonctionner comme il était habitué de fonctionner avec vous.»



»» Scandales au Canada

Est-ce la fin de la machine à distribuer faveurs et subventions?

Jean-Claude Leclerc
Le Devoir lundi 22 mars 2004

Dans les pays démocratiques comme sous les dictatures, une règle établie depuis longtemps veut que l'opposition accuse le pouvoir de corruption, et que celui-ci, parlant plutôt d'actes «isolés», s'engage à y mettre bon ordre. Quel n'aura donc pas été l'étonnement des capitales étrangères de voir le chef du gouvernement canadien annoncer un changement radical, pour ne pas dire un nettoyage total, dans la gestion des affaires publiques à Ottawa.

Ni Parti conservateur, ni Bloc, ni NPD n'avaient donné à l'administration libérale des coups de boutoir comparables à ceux que Paul Martin, devenu premier ministre, porte aux pratiques de son prédécesseur et de son propre parti. On savait que des banques canadiennes avaient trempé dans des arnaques aux États-Unis. Mais quelle gangrène est si répandue dans l'administration publique que le cabinet doive en entreprendre d'urgence l'amputation ?

L'affaire est sans précédent. Aussi Wesley Cragg, professeur d'éthique des affaires à l'Université York et porte-parole canadien de Transparency International -- l'organisme qui dresse un palmarès annuel des pays les plus corrompus --, s'attend-il à voir le Canada, qui a perdu quelques points l'an passé, dégringoler un peu plus l'an prochain. Si les scandales, en effet, ne touchent pas le seul gouvernement central, ils y sont toutefois très choquants et fort spectaculaires.

Tant que les cas d'abus mis au jour par des journalistes ou des vérificateurs internes ont été des exemples de gaspillage, de mauvaise gestion ou de régalade électorale, la population n'a pas semblé trop réagir. Tous les partis n'ont-ils pas à leur bilan des «horreurs» semblables ? La coupe a toutefois débordé quand le pays, acculé à la pénurie dans les services publics, a découvert un système d'enrichissement de toute une classe de parasites.

La liste des abus recensés n'est pas complète, mais elle promet d'être explosive, à voir le zèle avec lequel les stratèges de Paul Martin s'emploient à le séparer de son propre parti et de l'ère de Jean Chrétien, l'ancien chef dont les amis et protégés ont commencé de tomber. Le nouveau premier ministre a beau plaider l'ignorance, le discours qu'il tient maintenant confirme l'ampleur du malaise et la gravité du favoritisme érigé en système par ce gouvernement.

Dans ce virage, d'aucuns ne verront qu'une autre manifestation de cynisme chez les libéraux, prêts à renier leur chef d'hier et ses agissements pour se maintenir au pouvoir. Voyons-y plutôt, diront d'autres, la fin d'une époque. En tout cas, un constat semble s'imposer à la classe politique : un État moderne ne peut être dirigé comme une république de banane. Il y a toute une différence, en effet, entre un ministère qui commet des bévues et une clique qui érige la magouille en pratique d'État.

Paul Martin ne se limitera pas, faut-il croire, à réformer le Parti libéral, cette antichambre des emplois et des contrats dans l'administration fédérale. C'est la manière de fonctionner d'Ottawa qu'il promet de changer. À vrai dire, pareille réforme éthique vaut pour l'ensemble des administrations publiques au pays. Aucun gouvernement ne peut plus être une machine à distribuer des faveurs et des subventions, surtout quand il prétend manquer de fonds pour les services publics élémentaires.

Laxisme de la justice

Au milieu de cette crise, le professeur Cragg voit quelque raison d'être optimiste dans la solidité foncière des institutions au Canada. D'autres observateurs sont plus circonspects. Si la vérificatrice générale, Sheila Fraser, est devenue si populaire, n'est-ce pas aussi que rares furent les hauts fonctionnaires et les responsables d'organismes publics à désavouer des pratiques qui, pour n'être pas flagrantes, ne leur étaient pas toujours inconnues ? Pire : l'arbitraire régnant au sommet, notent certains, n'a peut-être pas été sans effet sur l'intégrité des institutions et leur efficacité.

Plusieurs s'expliquent mal, par exemple, que la Gendarmerie royale ait recherché jusqu'en Suisse les comptes bancaires inexistants d'un ancien chef conservateur, mais n'ait rien trouvé de louche à Shawinigan, le fief d'un ancien chef libéral. De même, de vrais abus ont proliféré à Ottawa sans que la GRC n'en trouve les auteurs, alors qu'elle traquait impitoyablement un ex-dirigeant de la Banque fédérale de développement, François Beaudoin, coupable de saine gestion.

Ce laxisme du côté de la justice n'est pas exceptionnel, ni réservé aux institutions fédérales. Le public même le plus désabusé s'est fort étonné, par exemple, que l'affaire Cinar, non seulement ait pu se produire, mais n'ait donné lieu à aucune sanction digne de ce nom. Y compris au Québec, où cette affaire a traîné, la surveillance provinciale des moeurs financières ne pèche ni par sa vigilance ni par sa fermeté.

La GRC, il est vrai, a fait enquête à la Commission de l'immigration et du statut de réfugié, et elle a récemment porté des accusations contre plusieurs personnes. Les tribunaux jugeront à son mérite cette affaire de présumée corruption. Depuis longtemps toutefois un pire mal grugeait cet organisme quasi judiciaire. Bien qu'il ait droit de vie et de mort sur les réfugiés, ses membres n'étaient pas tous compétents en droit d'asile ni versés dans les crises à l'étranger. Or, loin d'en finir avec les nominations partisanes du précédent gouvernement, le cabinet Chrétien a continué dans la même ornière.

Il saute aux yeux qu'aucun commissaire à l'éthique, si indépendant soit-il, aucun code de conduite non plus ne saurait, à lui seul, enrayer des pratiques comme celles qui font aujourd'hui la honte de la classe politique. La sélection des personnes qui détiennent des mandats publics compte autant sinon plus que les politiques qu'elles sont chargées d'appliquer. Certes, la population n'a qu'elle-même à blâmer si elle élit des gens parfois ineptes. Mais pourquoi les citoyens auraient-ils à subir l'arrogance d'un président de société d'État ou l'incompétence d'un commissaire qu'ils n'ont aucunement pu choisir ?

Désormais, promettent tant les libéraux que l'opposition, les candidatures à la tête des organismes fédéraux seront examinées par le Parlement. Cet examen est de nature à décourager les personnes qui n'auraient de mérite que partisan. On peut penser également qu'un premier ministre n'osera soumettre l'un de ses amis ou de ses fidèles à une épreuve semblable. Mais ce mécanisme n'est pas pour autant à l'abri de mauvais choix.

Un parti qui dominerait les Communes à la suite d'un balayage électoral aurait le loisir d'en dominer aussi les comités parlementaires. Au demeurant, même l'opposition peut négocier des nominations récompensant ses propres fidèles. Néanmoins, un tel examen permet au public d'exercer d'ordinaire un sain regard critique, pour peu que les médias ne soient pas plongés eux-mêmes dans l'auge gouvernementale.

Entre-temps, ces scandales politiques auront dégonflé quelque peu les prétentions d'Ottawa à donner des leçons de bonne gouvernance, de respect des lois et de comportement démocratique aux petits pays qui se débattent avec la corruption, l'arbitraire et le favoritisme. Le Canada, il est vrai, a écarté la violence de ses moeurs politiques. Le premier ministre Jean Chrétien aura même entrepris d'assainir le financement des partis. Mais pour l'intégrité et la transparence, voire la compétence, il faudra, semble-t-il, repasser l'examen.

redaction@ledevoir.com
Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.



»» Parti québécois

Progressistes pour un Québec libre, unissez-vous!

Jean-Roch Villemaire
Le Devoir lundi 22 mars 2004

Lettres: Gatineau, 17 mars 2004 - Pour le mouvement syndical et les autres mouvements sociaux, investir le champ politique veut dire lier la lutte pour la libération nationale à la lutte pour une société égalitaire. C'est ce qu'un nouveau club politique fondé le 23 février dernier se propose de faire. Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre visera par l'action de ses membres l'adoption de mesures progressistes par les instances du Parti québécois.

SPQ Libre répond ainsi à l'appel de Bernard Landry qui, à l'occasion de la saison des idées du Parti québécois, souhaite recréer la grande coalition souverainiste des années 1970. Des syndicalistes et progressistes bien connus dont Monique Richard, Robert Dean, Vivian Barbot, Marc Laviolette et Pierre Dubuc appellent à la création d'une tendance au sein du Parti québécois.

J'appuie cette initiative puisque je suis d'avis que le mouvement social et syndical québécois a été trop longtemps absent de la scène politique et que, dans la conjoncture conditionnée par l'arrivée de Paul Martin et Jean Charest au pouvoir, les progressistes doivent revoir leur stratégie. On doit également tourner la page sur l'échec de mouvements et partis politiques comme le défunt Rassemblement pour une alternative politique et l'Union des forces progressistes qui a récolté un mince 1 % des voix aux élections du 14 avril 2003.

Voilà pourquoi j'invite tous les progressistes du Québec à se joindre à SPQ Libre pour contribuer à défaire le gouvernement libéral-conservateur de Jean Charest lors du prochain scrutin et réaliser, dans les plus brefs délais, notre rêve de faire du Québec un pays libre et progressiste.



»» Économie sociale

Économie sociale et gouvernement Martin, un premier pas franchi

Jean-Marc Fontan; Marguerite Mendell; Nancy Neamtan
Le Devoir lundi 22 mars 2004

Libre opinion: L'actualité politique est présentement monopolisée par le scandale des commandites, laissant dans l'ombre un autre scandale, plus ancien et plus profond, que représentent les processus de reproduction des mécanismes de paupérisation de territoires et de populations.

La reconnaissance de l'économie sociale et du développement économique communautaire dans le discours du Trône du premier ministre Paul Martin représente en ce sens une avancée non négligeable pour contrer ces processus. Dans la mesure où ces engagements se concrétiseront rapidement dans des instruments pertinents de soutien à l'entrepreneuriat collectif, cette reconnaissance pourra être porteuse de changements significatifs dans les façons d'articuler le développement social et le développement économique à l'intérieur d'une économie plurielle.

Au Canada et au Québec, l'existence d'un mode de développement marqué par les taux de profit difficilement acceptables des grandes banques et la montée en puissance de grandes fortunes, côtoie des processus inquiétants de développement de territoires et de populations qui se nourrissent de fermeture d'usines et entraînent la dévitalisation de communautés, tant en milieu rural que dans les quartiers urbains. Concrètement, ce type de développement se traduit par de l'exclusion sociale, du chômage et l'appauvrissement de personnes qui sont en situation de travail.

Plus que jamais, il importe qu'une autre façon d'envisager le développement de notre économie grandisse en importance et puisse être en mesure de mobiliser les ressources qui lui sont indispensables pour promouvoir les valeurs profondément humaines qu'elle défend.

Est-il uniquement question de mobiliser des ressources financières? Pas vraiment. L'expérience du Sommet socio-économique de Québec en 1996 a été riche en enseignements. La première recommandation du rapport Osons la solidarité, présenté par le Chantier de l'économie sociale, portait sur la reconnaissance et l'intégration de l'économie sociale dans l'ensemble des stratégies et des interventions québécoises en matière de développement socio-économique.

Depuis, la mise en oeuvre de cette recommandation s'est traduite par des résultats concrets et probants. En 2001, on dénombrait plus de 6200 entreprises d'économie sociale qui employaient 65 000 personnes et réalisaient un chiffre d'affaires de 4,2 milliards. En 2002, pas moins de neuf politiques publiques québécoises allouaient plus d'un milliard par année en contribution à l'achat de services et programmes de soutien au développement de l'entrepreneuriat collectif (la très grande partie de cette somme allant aux CPE et à l'habitation communautaire). [...]

Une mouvance internationale

Si la reconnaissance du gouvernement québécois a constitué une étape importante pour l'économie sociale, celle du gouvernement canadien permet d'élever d'un cran la capacité de ce secteur à mobiliser de nouvelles ressources. [...]

L'effort et l'engagement du gouvernement canadien en matière d'économie sociale en fait le deuxième État des Amériques, après le Brésil de Lula, à reconnaître tant le caractère pluriel de notre économie que le devoir du gouvernement à soutenir adéquatement l'économie sociale. En France et en Europe, cette reconnaissance remonte en 1981. Par la création de la Délégation interministérielle de l'économie sociale, le gouvernement français s'est doté d'un bras efficace d'intervention. De son côté, l'Union européenne a mis en place différents mécanismes depuis la production d'une première étude sur l'économie sociale conduite par le Comité économique et social européen en 1981. [...]

L'expérience québécoise en économie sociale s'inscrit donc dans une mouvance internationale de recherche d'une façon différente d'être dans l'économie de marché. Les innovations sociales proposées au Québec ont fait de l'expérience québécoise un référent incontournable au plan international. Sur ce point, les collaborations soutenues entre l'économie sociale brésilienne et québécoise confirment que le Québec est non seulement doté d'une expérience unique, mais qu'il occupe un leadership à l'échelle mondiale.

Contrer la pauvreté et l'exclusion

Le premier ministre Martin a déjà admis que si le Canada avait été en mesure de s'attaquer efficacement au problème des finances publiques, il n'arrivait pas à réduire significativement les problèmes de pauvreté avec les politiques actuelles. Il a reconnu l'importance de devoir mettre à contribution autrement les ressources de l'État pour connaître plus de succès sur le front de la lutte contre la pauvreté. Cette recherche de nouveauté l'a conduit à travailler avec des réseaux revendiquant une plus grande démocratisation sociale et économique, dont le Chantier de l'économie sociale au Québec, pour développer un autre regard et s'attaquer de façon plus efficace aux problèmes socio-économiques.

Les retombées de cette sensibilité du gouvernement Martin à l'égard de l'économie sociale et du développement économique communautaire sont devenues apparentes dans le dernier discours du Trône: «Son apport au tissu social et à la vitalité économique de nos municipalités, urbaines et rurales, est réel et grandissant. Les personnes qui consacrent leur vie à ces efforts comprennent le pouvoir de l'économie sociale. Elles-mêmes constituent une ressource sociale puissante. Et il est grand temps que le gouvernement fédéral le reconnaisse aussi. C'est pour cette raison que nous entendons faire de l'économie sociale une composante clé du coffre à outils de la politique sociale canadienne.»

Cette volonté de faire de ces acteurs des intervenants à part entière sur la scène socio-économique canadienne s'inscrit dans une mise en légitimité essentielle pour sortir l'économie sociale de la marginalité dans laquelle le discours néolibéral l'enferme depuis plus de deux siècles. Cette reconnaissance constitue une brèche importante dans le discours classique sur l'économie où cette dernière est maintenant au moins perçue et présentée dans la pluralité de ses composantes, à savoir l'économie libérale, l'économie publique et l'économie sociale.

L'enjeu actuel, pour les représentants de l'économie sociale et du développement économique communautaire, est donc de s'assurer que les retombées de l'engagement du premier ministre Martin aient la portée la plus transversale possible en ce qui a trait aux politiques publiques et de mécanismes d'intervention, dans le prochain budget et dans les stratégies et actions à venir.

Jean-Marc Fontan : Professeur, département de sociologie, Université du Québec à Montréal
Marguerite Mendell : Professeure, École des affaires publiques et communautaires, Université Concordia
Nancy Neamtan : Présidente et directrice générale, Chantier de l'économie sociale



»» Paul Martin

Si la tendance se maintient...

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 22 mars 2004

Si la tendance se maintient, le prochain gouvernement du Canada sera minoritaire et il ne sera pas nécessairement libéral.

Il n'est pas question ici de futurologie, mais bien de l'état actuel des choses. Si des élections avaient lieu demain, il n'est plus évident que Paul Martin serait reconduit comme premier ministre du Canada. Sans faire de miracles en Ontario et sans remporter un seul siège au Québec, le nouveau chef conservateur Stephen Harper pourrait déloger les libéraux du pouvoir.

Pour y arriver, il suffirait au Parti conservateur de remporter une quarantaine des 106 sièges de l'Ontario, une formalité mathématique par comparaison au pari qui consiste pour les libéraux à faire pour la quatrième fois le plein de sièges dans une province dont la tradition politique profonde est tripartite. La remontée du NPD à ce qui avait constitué son niveau naturel d'appuis jusqu'en 1993 et une performance du Bloc québécois à la hauteur des sondages actuels sur les intentions de vote feraient le reste.

Ce résultat potentiel - inimaginable pour les libéraux il y a seulement quelques mois - est l'aboutissement non pas seulement de quelques semaines d'indignation populaire au sujet des commandites, mais également de plusieurs années passées par les libéraux à régler des comptes au plus haut niveau du gouvernement.

À force de mettre toutes son énergie dans une guerre intestine, le clan Martin a finalement passé peu de temps à préparer la paix. Or, la campagne électorale, qu'hier encore il traitait comme une formalité, s'annonce comme la bataille la plus féroce des quinze dernières années, une partie serrée pour laquelle il semble bien mal préparé.

Le gouvernement Martin exhibe depuis trois mois tous les symptômes du genre de fatigue que seul un séjour dans l'opposition a tendance à guérir, à commencer par une indéniable médiocrité sur le plan de l'équipe ministérielle et un manque chronique d'imagination sur le plan des politiques. Ce vide sur le plan des idées explique en partie pourquoi il a tant de difficultés à tourner la page sur l'affaire des commandites.

Dans les circonstances, l'arrivée réussie de Stephen Harper à la tête du Parti conservateur en fin de semaine rend impensable le déclenchement d'une campagne électorale en l'absence d'indices probants de ce que le PLC peut espérer un redressement substantiel de ses appuis au Québec. Mais si les élections sont reportées, il n'y a aucune garantie que la situation libérale ne se détériorera pas davantage. Dans la foulée du budget de demain, la machine parlementaire va tourner à vide avec tous les risques que cela comporte pour une équipe libérale déstabilisée. À l'inverse, chaque semaine de plus avant le déclenchement de la campagne est un cadeau du ciel pour le nouveau chef tory.

Jusqu'à présent, ce sont les malheurs de M. Martin qui ont fait le bonheur du Parti conservateur. Mais en choisissant le seul des trois candidats au leadership susceptible d'être tout de suite à l'aise dans les chaussures d'un chef fédéral, les conservateurs ont envoyé le signal qu'ils n'ont pas l'intention de laisser une occasion inespérée leur filer entre les doigts.

Au cours des prochaines semaines, les électeurs qui ont reporté leur choix sur le Parti conservateur dans la foulée du scandale des commandites vont devoir adapter la réalité de Stephen Harper à leurs rêves de changement. Ce sont pour l'essentiel des conservateurs modérés puisqu'ils étaient à l'origine enclins à préférer un PLC dirigé par Paul Martin au parti issu de l'ancien PC et de l'Alliance. Sur papier, Stephen Harper, à cause de ses antécédents alliancistes, devrait être le chef le moins susceptible de les retenir.

Mais dans les faits, il faut remonter à Lucien Bouchard pour trouver un personnage politique qui grandit aussi vite que M. Harper. Ce dernier est équipé d'un des meilleurs cerveaux stratégiques en politique canadienne. Ce talent est arrimé à des convictions profondes et à des capacités intellectuelles indéniables.

L'évolution de son discours sur le Québec - il a parlé vendredi du caractère unique de la société québécoise et samedi du français comme de la langue fondatrice du Canada - font état de ce qu'il n'est pas devenu le chef d'une formation élargie pour la cantonner dans les plates-bandes étroites de l'ancien parti réformiste. Pour mémoire, son discours de victoire faisait une plus grande place au Québec que celui de Paul Martin en novembre dernier. Dans sa foulée, les libéraux vont avoir de la difficulté à mobiliser les électeurs québécois contre une victoire appréhendée du Parti conservateur.

Trois fois en deux ans, M. Harper a confondu tous les sceptiques. Il a défait du revers de la main Stockwell Day. II a fait la paix avec le PC. Il a remporté la victoire samedi sur la base d'appuis que personne ne lui aurait accordés au début de la campagne au leadership.

Le mariage entre les deux formations de droite est loin d'être complètement consommé. La pente à remonter au Québec est trop à pic pour que M. Harper trouve là les éléments d'une prochaine victoire électorale. Mais l'odeur presque oubliée par les conservateurs d'un succès électoral possible a pour effet de colmater bien des brèches.

Et puis, à voir combien l'équipe Martin se creuse la tête ces jours-ci pour trouver la manière de l'emporter contre Gilles Duceppe - un adversaire archi-connu à la tête d'une formation qui emballait de moins en moins de Québécois depuis le dernier scrutin fédéral - on peut se demander comment elle viendra à bout d'un jeune loup qui a tous les attributs d'un premier ministre en puissance.

chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.



»» Demandes d'immigration

19 000 Maghrébins attendent pendant que l'État encaisse des millions de dollars

Mylène Moisan
Le Soleil lundi 22 mars 2004

Les candidats pourraient devoir patienter de cinq à sept ans

Quand le Québec reçoit une demande d'immigration du Maghreb, il encaisse le chèque et dépose le formulaire à traiter sous les 19 000 qui attendent. Résultat : au moins 5,7 millions $ pour l'État et des délais de cinq à sept ans pour les candidats du Maroc, d'Algérie et de Tunisie.

Chaque fois qu'un étranger entame une démarche pour venir au Québec, il doit accompagner sa demande d'un chèque de 300 $ pour lui, plus 100 $ pour chaque membre de sa famille immédiate l'accompagnant. Pierre Brunet, président de l'Association québécoise des avocats en droit de l'immigration, calcule que chaque candidature coûte en moyenne entre 500 $ ou 600 $.

Selon les données transmises par le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI), 19 000 dossiers attendent d'être traités. Une quantité équivalente de chèques de 300 $ se traduirait par une contribution de 5,7 millions $. Si les chèques sont en moyenne de 500 $, ce sont presque 10 millions $ qui ont été encaissés.

Selon M. Brunet, le fossé est tel entre le nombre de demandes reçues et celles qui sont traitées que 10 000 formulaires de plus devraient être déposés sur la pile cette année. Ce qui représente au moins 3 millions $ de plus pour l'État québécois.

Depuis 2001, le nombre de demandes d'immigration en provenance du Maghreb a explosé et les délais de traitement n'ont cessé de s'étirer. Les Maghrébins qui adressent aujourd'hui une demande au MRCI pour venir au Québec reçoivent comme accusé de réception une lettre les avisant que leur "dossier est en attente de traitement. (...) Le délai entre la réception d'une demande de Certificat de sélection est présentement de l'ordre de cinq ans pour les demandes en provenance du Maroc et de sept ans pour celles de l'Algérie et de la Tunisie".

Avant de remercier les demandeurs de leur "intérêt pour le Québec", le Service d'immigration les avise que, "compte tenu du volume important de demandes qui nous sont soumises, nous ne répondrons pas aux demandes concernant l'état ou le statut du dossier".

Le gouvernement du Québec explique l'augmentation des délais de traitement par cette explosion soudaine de la demande, qu'on attribue principalement aux démarches particulièrement actives des consultants en immigration.

Quant à la durée du délai, Claude Fradette, conseiller en communication au MRCI, précise "le cinq à sept ans, ça n'existe pas. C'est du virtuel pour l'instant. Personne n'a encore attendu ça", mais convient que ceux qui envoient leur demande maintenant, "vont attendre cinq ou sept ans si aucune mesure n'est prise". À l'heure actuelle, ceux qui reçoivent leur Certificat de sélection du Québec (CSQ) ont attendu en moyenne deux ans.

En 2003, les fonctionnaires du MRCI ont reçu 7882 demandes en provenance du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie et en ont traité 3911. Durant cette période, 4513 demandes sont parvenues de France et 4589 ont été traitées. À Hong-Kong, 4471 demandes ont été acheminées, 4225 ont été examinées.

Sur une période de quatre ans, de 2000 à 2003, le Maghreb a généré plus de 36 000 demandes, contre quelque 13 000 pour la France. Alors qu'il faut entre un et trois mois pour traiter une demande à Paris, le délai est de deux ans pour le nord de l'Afrique. Comment expliquer que trois fois plus de demandes entraînent des délais au mieux 12 fois plus longs avant d'obtenir une entrevue ? "C'est l'effet cascade, ça s'accumule", explique M. Fradette.

Michelle Courchesne

Me Brunet craint d'ailleurs que "l'effet cascade" s'empire au fil des années et que les délais dépassent bientôt sept ans, "au rythme où les demandes arrivent". À ce sujet, la ministre de l'Immigration, Michelle Courchesne, a affirmé le mois dernier en commission parlementaire sa ferme intention d'adresser le problème sans toutefois avancer de proposition concrète.

En point de presse, elle avait tenté une piste de solution, "rapatrier à Montréal une partie des dossiers du Maghreb, qui sont actuellement traités à Paris." Vérification faite, tous les dossiers ont été rapatriés à Montréal en 2001, justement pour augmenter la vitesse de traitement. L'équipe du Service d'immigration du Québec (SIQ) responsable des demandes en provenance de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc est composée d'une douzaine d'employés. Une équipe de 10 employés, basée aussi à Montréal, traite les demandes reçues par le SIQ New York.

Demandes en 1995

En 1995, le Québec avait été confronté à une explosion de demandes d'Algériens fuyant la guerre civile. Le gouvernement avait alors mis en place une équipe spéciale pour pallier le surplus. En un an, 10 000 demandes avaient été traitées, et ce, uniquement pour l'Algérie. À cette époque, les avocats spécialisés en immigration déploraient les délais du gouvernement fédéral, qui, contrairement au Québec, ne fournissait pas à la demande. La situation est aujourd'hui inversée, Ottawa prend en moyenne huit mois pour traiter les demandes provenant du Maghreb.

Pour juguler le flot de demandes de cette région du monde, l'Association des avocats spécialisés en droit de l'immigration propose au gouvernement d'accepter un nombre limite de demandes légèrement supérieur aux objectifs fixés par le gouvernement. Ainsi, pour 2003, Québec comptait accepter 4300 immigrants du Maghreb, contre 7125 de Chine et 7250 de France.

Selon la proposition adressée par Me Brunet en commission parlementaire, les demandeurs dont la requête serait reçue au-delà de la limite établie seraient avisés du non-traitement de leur dossier et invités à se reprendre l'année suivante. Leur chèque ne serait bien sûr pas encaissé.

MMoisan@lesoleil.com


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Un référendum en 2008, pas si vite M. Landry

Denis Gaumond, denis.gaumond@internet.uqam.ca
Ex professeur chargé de cours, ÉNAP et UdeM
Directeur de service à l’UQAM
Péquiste de la première heure.
TRIBUNE LIBRE 22 mars 2004

Audi Alteram Partem SVP. Sur la même patinoire, il faut respecter les mêmes règles du jeu.

Bonjour monsieur Landry. Depuis que vous avez inauguré la « saison des idées », les médias sont devenus un instrument privilégié véhiculant de nouvelles propositions stratégiques permettant aux souverainistes d’atteindre enfin leur objectif : la souveraineté du Québec. Dans ce débat, que la contre-performance du gouvernement Charest vient également attiser, la question référendaire est de loin celle la plus évoquée. On y trouve, dans le confort que donne l’habitude, les tenants du référendum classique, comme vous le préconisez… pour le moment. J’ose espérer que votre annonce, pour le moins prématurée, d’un référendum en 2008 ne met pas fin à votre appel d’idées nouvelles à cet égard !

Suicidaire !

Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a en face, et ma foi, fort bien armés, les tenants de l’élection dite référendaire qui décide de tout, peu importe le pourcentage obtenu par le Parti québécois, s’il est élu. Il est dangereux pour la démocratie québécoise de mettre trop rapidement de côté une troisième voie prometteuse et davantage démocratique. Je vous demande, à mon tour, un « audi alteram partem ». Je vous propose donc la démarche de la double élection : une première élection, la prochaine, pour réaliser le mandat de préparer l’indépendance du Québec et proposer une constitution, avec ou sans budget de l’An 1. Et une seconde élection, pour valider la constitution proposée et confirmer par le fait même l’indépendance du Québec. Fini les référendums dénaturés. Sur la patinoire canadienne, il faut jouer selon les règles politiques des Canadiens. Le mythe c’est de continuer de croire que le processus d’accès à la souveraineté du Québec se passe entre Québécois seulement. Suicidaire !

En effet, le Parti québécois devra enfin apprendre à reconnaître la patinoire sur laquelle il joue et de là, à respecter les mêmes règles appliquées par ses adversaires.

Cette patinoire, c’est d’abord et avant tout celle de la politique canadienne fédérale et provinciale. Les règles sont celles des élections courantes et des votes aux assemblées législatives fédérale et provinciales. Le Canada s’est construit sur ces règles : 1865, création du pays ; 1931, indépendance externe ; 1947, indépendance juridique et éjection du Conseil privé de Londres, celui-là même qui a donné le Labrador à Terre-Neuve comme le prétendent plusieurs historiens ; 1949, acceptation de Terre-Neuve dans le Canada ; 1982, rapatriement unilatéral de la constitution et mise en place de la Charte canadienne des droits et libertés ; 1987, 1997 et 1998 « the Newfoundland Act » sur les écoles ; sur l'égalité des communautés linguistiques françaises et anglaises du Nouveau-Brunswick ; 1997, loi réorganisant les commissions scolaires selon des divisions linguistiques au Québec, et autres.

Tous ces changements, sauf quelques rares exceptions, pour la plupart extrêmement importants, se sont faits sur simple vote à l’assemblée législative d’Ottawa. Jamais Ottawa ne s’est enfargé d’une élection et encore moins d’un référendum pour confirmer ces changements. Surtout depuis la catastrophe de Charlottetown de 1992 ! Bien au contraire, le Parti libéral du Canada a connu une de ses plus grandes défaites électorales après le rapatriement unilatéral de 1982. Était-ce là un désaveu de ses agir politiques ? Personne ne remet en cause cet aspect des choses, car les règles du jeu sont ainsi faites. Le Parti québécois a voulu changer ces règles en utilisant des référendums. Il s’est mis lui-même à « scorer » dans ses propres filets, car ses adversaires ont refusé de jouer selon ces nouvelles règles démocratiques. Les défaites n’en ont été que plus amères. Et vous nous proposez de recommencer en 2008 M. Landry ? Il vous faudra davantage de formules latines pour que je puisse vous suivre.

Rappelez-vous, M. Landry, que la mise en place d’une démarche référendaire, essentiellement basée sur une pseudo vision dite davantage démocratique par les stratèges péquistes s’est avérée, à l’usage et en bout de piste, complètement contraire à la démocratie. Non pas à cause des souverainistes, mais plutôt par les actions de désinformation et de conditionnement sans scrupule, basées sur la peur et la tromperie, efficacement orchestrées par les troupes fédéralistes.

C’est ainsi que le référendum de 1980 fut saboté par un comité du « non » grossi et démesurément enrichi financièrement par Ottawa. Souvenons-nous également des promesses trompeuses du premier ministre canadien d’alors, Pierre Elliott Trudeau lequel, dramatiquement, « mettait sa tête et celle de ses députés et ministres sur le billot » pour faire croire en ses promesses de changement dans le « sens des désirs » des Québécois. « Un oui voulait dire non et un non voulait dire oui ». On connaît le résultat désastreux affaiblissant pour toujours le Québec resté dans le Canada. Et je ne parle pas des coups fourrés tout au long de la campagne rappelant sans cesse les impacts du «coup de la Brink’s»!

Quant au référendum de 1995, rappelons-nous des insondables sommes fédérales mises en jeu encore une fois et de leurs effets contrôlant sur les médias et de là sur les consciences. Je ne parlerai pas des électeurs illégaux du camp du « non » dont plusieurs furent condamnés, des menaces du fédéral à ses employés au Québec, des manipulations partisanes et menaces aux employés de certaines entreprises, dont Bombardier entre autres, des accointances entre Ottawa et Washington pour diminuer davantage le rôle du Québec à l’étranger. Et que dire de ces grandes marches de l’amour qu’on nous manifestait sans retenue. Quelqu’un, me dit-on, avait même reconnu la présence de Don Cherry dans la foule, qui, fou d’amour, balançait dangereusement un drapeau québécois aux dessus de centaines de têtes imprudemment grisées par tant d’affection. Les masques étaient tombés. C’était de toute beauté. Vous vous rappelez, M. Landry ?

Il est temps de revoir sa stratégie

C’est ainsi que les référendums québécois, surdramatisés et noyautés par les finances et les actions subversives fédérales, sont devenus canadiens et même panaméricains. Raison de plus pour jouer les règles mises en place et appliquées par ces joueurs. Fini les référendums. Il est clair qu’ils ne peuvent désormais servir la démocratie québécoise. Hélas!

Un autre événement majeur est venu ternir la démarche démocratique référendaire dans ce pays. La loi fédérale sur « la clarté » annonce, à qui veut bien l’entendre, que le gouvernement centralisateur canadien ne reconnaîtra jamais un référendum dont il jugera la question ambiguë et, si d’aventure il considère la question acceptable, il pourra alors rejeter tout résultat qu’il déclarera non assez explicite ou non conforme au pourcentage qu’il est prêt à reconnaître.

Abrité derrière une telle loi, est bien crédule et fort naïf celui ou celle qui croira qu’Ottawa recevra comme acceptable quelque question ou quelque résultat favorable aux souverainistes que ce soit. Il est donc absolument certain, renforcé par cette loi, que le processus référendaire est alambiqué et contaminé à jamais dans ce pays. Donc inutilisable au Québec. Quand le référendum dessert et pénalise la démocratie, il est temps de revoir sa stratégie. Il est temps de revenir aux mêmes règles que ses adversaires. Après tout, la démocratie c’est l’expression de la volonté populaire selon les regroupements et les caractéristiques des populations concernées. C’est cette volonté qui s’exprime dans les comtés, milieux de solidarité et de responsabilisation. C’est là que se font élire députés, ministres et premiers ministres. C’est là que se joue la démocratie dans ce pays. C’est là que se jouera la souveraineté des Québécois.

Vous devez en tenir compte, Monsieur Landry. Considérez donc ma proposition de double élection comme très valable dans le contexte actuel créé et entretenu par Ottawa et ses complices. Sinon, ne croyez-vous pas qu’il serait temps pour vous de vous questionner sur votre capacité à être encore dans la « game »? Nous ne voulons pas d’un référendum gagnant, qu’Ottawa s’empressera de rejeter aussitôt, M. Landry. Nous voulons un leader gagnant. Nous voulons nous faire un pays. Nous le ferons avec les règles démocratiques imposées par nos adversaires canadiens. En tout respect de la marche historique de notre peuple.

Aussi, à la prochaine élection, le Parti québécois devra présenter dans ses engagements, s’il est élu, la promesse solennelle de préparer l’indépendance du Québec, à sa façon. Cette démarche obligera le nouveau gouvernement péquiste à rédiger, entre autres, selon un processus fortement consultatif, une constitution québécoise. Cette constitution entrera en vigueur s’il y a réélection du Parti québécois lors d’une élection subséquente. Le soir même donc de cette réélection, le Québec sera un pays indépendant membre de la grande société des nations libres et responsables. Après tout, M. Landry, deux élections honnêtes valent bien un référendum trafiqué par un adversaire sans scrupule et sans probité qui s’est déjà engagé, par sa propre loi, à agir à nouveau ainsi !

Je vous le répète, M. Landry, les souverainistes ont besoin d’un coach gagnant. Vous pouvez être celui-là si vous êtes capable de trouver la bonne patinoire et les règles qui s’y appliquent.

Puisse la « saison des idées » vous y mener.



TRIBUNE LIBRE

Charest et le peuple

Raymond Villeneuve
Président du MLNQ, mlnq@hotmail.com
TRIBUNE LIBRE 22 mars 2004

Charest a inauguré sa gouvernance en plaçant le peuple québécois devant le fait accompli, imposant d’urgence plusieurs lois qui auront pour effet de servir les intérêts du patronat et des bien nantis au détriment des travailleurs/es et des démunis/es.

Pourtant lorsqu’il était dans l’opposition, il critiquait vertement les pratiques soi-disant antidémocratiques du PQ. Parallèlement et avec un manque flagrant de cohérence dans ses propos, il dénonçait ce qu’il appelait la « consultite aiguë ». Mais, aujourd’hui, comment réagit-il devant le mécontentement généralisé de population québécoise ? Il consulte ! Il crée des forums de consultation, tels que ceux qu’il dénonçait jadis.

Cela démontre de sa part une méconnaissance totale de la mentalité politique des Québécois et d’une identité nationale, distincte de celle des Canadiens.

Mais comment, avec ces forums qui ne dureront que quelques heures, croit-il pouvoir réconcilier sa vision avec celle d’un peuple dont-il ignore la nature profonde ? Si, jusqu’aujourd’hui, il n’a pas réussi à traduire sa vision en un discours cohérent et compréhensible pour la majorité, c’est sans doute que cette « vision » est aussi floue ou inexistante que ses paroles. Pour imprimer une direction à toute une société, il faut avoir une vision nette de la dite société et la capacité de lui démontrer la validité de son projet social. Or, Jean Charest est totalement dépourvu des qualités nécessaires pour ce faire. Jean Charest n’a pas la carrure d’un véritable homme d’État. Après dix mois de pouvoir, la seule réalisation concrète de ce gouvernement est d’avoir suscité la colère du peuple en cherchant à « changer » la société québécoise et en

Dans l’opposition, il reprochait au PQ de « gouverner par sondages ». Maintenant, au vu des sondages désastreux pour lui, il tente un semblant de virage démocratique.

Les promesses de baisses d’impôt, c’est bien tentant, mais les « sondages » les plus récents montrent que les Québécois ne veulent pas que ces baisses se fassent au détriment des services publics. On pourrait suggérer à M.Charest des solutions pratiques pour « économiser ». Il pourrait, par exemple, cesser de financer les écoles privées et transférer l’argent ainsi épargné au secteur public, qui en a un besoin criant, ou encore abandonner des organismes tels qu'Alliance Québec déjà grassement subventionnés par le fédéral et se servir de ces fonds pour la santé.

Il pourra toujours essayer de rétablir le dialogue avec la population, mais quel dialogue ? Et qui a encore envie d’écouter la vacuité de son discours ? De plus, le printemps verra un point chaud pour son gouvernement : la période des consultations sur les défusions. Avec quelles nouvelles « astuces » pourra-t-il se tirer de ce piège qu’il s’est lui-même tendu ? Les défusionnistes qui se sentent trahis vont faire campagne pour amener les citoyens à signer les registres et les partisans des grandes villes y trouveront une raison supplémentaire pour rager contre ce gouvernement qui a promis ces défusions dans le seul but de se faire élire.

On voit là tout le manque de consistance de la « vision » libérale.

Si vraiment cet homme veut écouter et réaliser les souhaits des Québécois, il ne lui restera bientôt qu’une seule solution : démissionner !



TRIBUNE LIBRE

Peut-il y avoir meilleure preuve?

Denys Barbeau, denysbarbeau@hotmail.com
Saint-Hubert
TRIBUNE LIBRE 22 mars 2004

Peut-il y avoir meilleure preuve que le PQ n'est plus qu'un parti comme les autres en voyant un de leurs députés assister à la fête donnée en l'honneur de Jean Chrétien pour ses 40 années de vie politique?

Quarante ans à combattre le Québec souverain. Quarante ans à vouloir assimiler les francophones. Quarante ans, pendant lesquels les gouvernements, dont il était, ont envahi le Québec et emprisonné des personnes qui n'avaient comme seuls torts que d'être progressistes et indépendantistes.

Quarante ans, dont la principale fierté de Jean Chrétien est d'être allé chercher la constitution du Canada en Grande-Bretagne lors du rapatriement unilatéral de Pierre-Elliot Trudeau.

La présence de ce député péquiste nous démontre clairement que ce parti n'est plus porteur de la volonté de l'indépendance du Québec. Si cela avait été le cas, il ne serait même pas venue à l'idée de seulement penser être présent à cette veillée funèbre pour le Québec.

Je n'ose même pas le nommer ce fédéraliste / péquiste de peur de me salir les doigts. Ce que j'ai hâte de voir, par contre c'est quel éventuel candidat ou candidate à la chefferie du PQ qui va oser l'avoir dans son équipe.

Peut-il y avoir meilleure preuve que ce parti est devenu trop vieux et qu'on doit le remplacer?

'' Ci-git un peuple mort d'imbécillité'' Gaston Miron



TRIBUNE LIBRE

Les « saintes-nitouches! »

Daniel Lévesque, danlevesque797@hotmail.com
Québec arrondissement Beauport 17 mars 2004
TRIBUNE LIBRE 22 mars 2004

Comme tout le reste de la gauche du Québec, Françoise David pelte des nuages!

Comme il est surprenant de voir tous ces syndicats monter aux barricades. Comme si ces gens-là ne savaient pas ce qui les attendait avant le 14 avril 2003. En ce « jour mémorable », le gouvernement Charest a été élu. Depuis lors, des dizaines d’organismes et de syndicats de toutes provenances pestent contre ce gouvernement qui, prétendent-ils, n’a pas été élu pour réaliser les réformes qu’il a l’intention de mettre de l’avant.

Leur slogan : J’ai pas voté pour ça!

Or, le Québec, lui, a voté pour ça! Quiconque, suivait un temps soit peu la politique, quiconque connaissait Jean Charest et son passé était au courant que celui-ci allait mettre en marche un rouleau compresseur et imposer des politiques conservatrices. Jean Charest a annoncé sa marchandise quatre ans avant l’élection d’avril 2003. En 1998, il avait fait part à tous de son admiration pour le modèle ontarien de Mike Harris.

Les syndicats font les innocents mais ils passent pour des idiots. Ils prennent leurs membres pour des cons. Ils ne peuvent plus cacher que leurs stratégies sont paresseuses et passives. Quant à leurs vieux réflexes réactionnaires, ils sont dépassés. Aujourd’hui, ils paient le prix fort. Le peu d’éducation politique et d’engagement de leurs membres a des conséquences qui risquent à terme d’être dramatiques. Avec cette faible mobilisation, il y a fort à parier qu’ils ne feront pas le poids quand ça chauffera. Le discours de grève générale que l’on entend ces temps-ci n’est donc rien d’autre que de la poudre aux yeux.

Entendons-nous d’abord! La gauche au Québec, ce sont les syndicats et les mouvements de gauche. Ça regroupe des gens instruits qui, une fois sortis de l’université, s’attèlent à la création de leur propre job à quarante mille piastres par an en formant des groupes tous plus compliqués les uns que les autres. Groupe de défense de ci pis de ça, Union des je-ne-sais-quoi, Regroupement des exploités de Saint-glin-glin, etc. Bref, vous savez de qui je parle! Ceux qui se payent avec Centraide et des subventions pour organiser les pauvres et les gagne-petits. Ceux qui ne s’intéressent que de façon secondaire à la lutte pour la liberté du peuple québécois parce que leurs problèmes à eux sont, disent-ils, plus importants… Ils recherchent inlassablement ce mieux qui est l’ennemi juré du bien et ils ont critiqué sans relâche le Parti québécois… Avec le résultat que l’on a maintenant!

MOI, J’ai LA solution!

Le problème de cette gauche réside essentiellement dans son obsession de pureté ainsi que sa vision idyllique et passéiste de la lutte des classes. C’est ce qui fait, par exemple, que chez les syndicats, on entretient la perception que seul un syndiqué peut en défendre un autre. Or cela vaut des clous. C’est plutôt le contraire qui se passe. Le syndiqué d’aujourd’hui est peu préoccupé de l’autre. Il paie pour être défendu. Le syndicat n’est pour lui qu’un donneur de services et rien d’autre. Le taux de fréquentation des réunions syndicales tenues en temps de paix en fait foi. C’est d’ailleurs cela qu’il faut regarder et non pas seulement le taux de syndicalisation.

Parallèlement, la conscience sociale des années 70 est révolue. Cela parce que nous n’avons pas su entretenir les fondations de cette conscience. Les syndicats n’ont pas seulement scié la branche sur laquelle ils étaient assis, mais ils ont tronçonné l’arbre au complet. L’acharnement avec lequel la laïcité a été défendue par les syndicats a contribué au je-m’en-foutisme généralisé des individus les uns par rapport aux autres. Les religions judéo-chrétiennes auront beau être pointées du doigt, elles étaient pourtant les chiens de garde de cette conscience populaire que l’on voudrait bien revoir aujourd’hui. Elle ont été effacées pour d’occultes raisons politiquement correctes et pour se soumettre aux impératifs de pseudo-égalité multiculturelle. Or la réalité a horreur du vide et cette démarche ne fut donc en fin de compte qu’une dissolution de notre culture commune au profit d’une autre. Le grand capital ne pouvait espérer mieux! Il a donc remplacé celles-ci par de nouvelles religions que sont la consommation, l’individualisme et le bien-être personnel.

La gauche entretient aussi l’idée saugrenue que l’ordre et les tendances sociales actuelles sont cycliques. Elle ne perçoit pas que les forces qui entretiennent ces tendances sont bien en place et là pour rester. Elle n’a jamais analysé les stratégies de ses adversaires. Conséquemment, elle ne comprend pas non plus que la confiance se gagne aussi et surtout par la séduction. Or, la séduction passe aujourd’hui par les médias. Malheureusement, les mouvements de gauche n’ont développé aucune habileté en ce sens. La gauche nous présente des tas de gens convaincus de détenir la vérité mais inhabiles ou incapables de la communiquer.

Avant de penser à faire des gains progressistes au Québec, il faut d’abord regarder les choses en face et les appeler par leurs vrais noms. Comment mondialiser une solidarité lorsque nous n’arrivons même pas à l’exercer entre nous? Les mouvements de gauche du Québec s’évertuent depuis des années à conserver leurs chasses-gardées et cela au détriment même du bien commun dont ils prétendent être les défenseurs. Ces chasses-gardées ne sont pas tant les conditions de travail que les chantres néo-libéraux nous présentent faussement comme étant dorées. Non! Ce qui tue l’initiative chez la gauche, c’est plutôt cette fâcheuse habitude de n’accepter aucune autre vérité que celle que l’on prétend détenir. Celle qui écarte ceux qui ne pensent pas dans le même sens. Nous aurions tort de l’oublier mais ce sont les même mouvements qui ont porté le Parti québécois au pouvoir et qui aujourd’hui, le rejettent avec mépris. Cette gauche ne veut plus s’approcher du PQ même avec un bâton de 20 pieds; et cela pour la raison infantile que les idées dont elle était la porteuse ont été rejetées par ce parti. Les péquistes sont aujourd’hui traités comme des pestiférés par ces bien-pensants. (voir la page internet adhésion individuelle du site de L’UFP) Une attitude hautaine de sainte-nitouche entretenue par une autre langue de bois et une rectitude méconnue du grand public. C’est le langage de ces universifiés qui forme la gauche au Québec.

Pourtant, rien n’est plus dur que d’être militant au sein d’un parti comme le Parti québécois. Faire une porte après l’autre pour aller chercher 5 dollars, organiser des soupers spaghetti, dialoguer avec ceux qui ne croient pas à la cause, faire face à de nombreux antagonismes, tout cela est très dur! C’est loin d’être la grand-messe que l’on décrit. Aussi, je suis fier de ce que j’ai fait comme militant du Parti québécois, et j’estime n’avoir aucune leçon à recevoir venant de gens qui sont incapables de faire face à l’adversité car rien n’est plus facile que de convaincre des gens qui croient déjà à votre cause.

Ces intellectuelles de la gauche qui trouvent nos démarches insignifiantes devraient prendre le temps de se regarder. Q’ils prennent la peine de sortir de leurs bureaux et qu’ils aillent convaincre les gens les uns après les autres, ensuite, on en reparlera! Jusqu’ici, force est d’admettre que leurs efforts vers la politique partisane sont révélateurs. C’est comme si chacun était à créer son propre petit parti politique qui fait son affaire. Au train où vont les choses nous aurons bientôt autant de partis politiques qu’il y a de militants de gauche.

Mais quelles nouvelles idées?

En dépit de leur entêtement, les leaders de gauche ne réécriront pas l’histoire des années 70. À l’heure actuelle, ils ne font que repartir à zéro une énième fois avec un parti nouveau mais de vieilles idées. Une idée nouvelle serait plutôt de réussir là où la gauche a toujours échoué. Regrouper ses forces, faire l’unité, Mettre sur pied un journal quotidien plutôt que d’avoir des centaines de petits périodiques que l’on ne voit ou ne lit presque pas. Lancer une station de radio ou de télé pour propager ses idées. Reprendre le contrôle du Parti québécois plutôt que de tenter de créer un autre parti. La réalité de la politique partisane fait en sorte qu’elle contraint à l’adversité, à la collectivité et à la représentativité. Quand vous prétendez être le porte-parole d’un groupe représentant des dizaines de milliers de personnes mais que vous vivotez avec un membership de quelques dizaines de personnes, eh bien je regrette, mais vous n’êtes pas représentatifs!

L’UFP et le groupe de Françoise David sont dans cette situation. Ils forment d’ailleurs le portrait type de cette gauche qui rejette ou pire, détourne des idées collectives pour s’enfermer dans des solutions individuelles et corporatives. Or nous savons qu’une solution progressiste doit être collective. Elle doit englober des partis et des tiers qui ne sont pas nécessairement parties prenantes à ladite solution mais qui auront fait l’effort de s’y rallier. On ne peut faire l’économie de cet exercice. Le ralliement c’est vital!

La gauche du Québec manque d’amour propre et se punit en se retirant des débats. Elle se marginalise par sa politique de chaise vide. Sa stratégie attentiste la met constamment sur les talons et elle ne se mobilise que lorsqu’elle est attaquée. Cette façon de faire a miné sa crédibilité. C’est pourtant l’attaque qui est la meilleure défensive. Si la gauche ne se revoit pas ses façons de faire, elle sera balayée par cette tempête que l’on appelle la mondialisation.



TRIBUNE LIBRE

La France contre la Francité
Sont-ils vraiment fous ces Gaulois...?

Marie-Louise Lacroix, MarieLacroix@moncanoe.com
Québec
TRIBUNE LIBRE 22 mars 2004

Att : Les équipes de TV5-Québec (http://www.tv5.ca/commentaires/) et de TV5-Monde (http://www.tv5.org/TV5Site/contact/contact1.php)

Objet : Commentaire critique de M. Étienne LaHire, en: http://ledevoir.com/2004/03/13/commentaires/0403151730885.html?353 (en suite à l'article de M. Christian Lévesque, en: http://ledevoir.com/2004/03/13/49662.html?353)

Je partage sans réserve l'avis de M. LaHire. D'autant plus que je connais bien les différentes antennes de TV5 à travers le monde, la télévision «républicaine» aussi.

J'ai été longtemps une véritable « fan » de TV5, mais cette déliquescence (inéluctable?) dans la «variété», dont nous entretient M. LaHire, me déçoit beaucoup également. D'où mon éloignement marqué depuis quelques années.

Il est étonnant en outre de constater combien la France offre souvent des émissions de catégorie fort douteuse pour l'international, via TV5, alors que de superbes productions du Québec, par exemple -- mais aussi d'ailleurs: Suisse, Belgique... --, restent totalement inconnues hors-Québec (je fais en cela référence à TV5-Monde, en particulier).

La télévision européo-française, l'hexagonale au premier chef, est saturée littéralement de produits étatsuniens (films, téléséries, téléromans, etc., et du reste, rarement choisis parmi les émissions de qualité supérieure). Or si «ces gens-là» avait un peu plus le sens de la Francité, permettez-moi de l'affirmer sans détour, eh bien ils se procureraient des créations de qualité depuis toute la Francophonie plutôt que de se «goinfrer» d'américanités comme on se bourre de «macdos».

Ainsi que le fait le Québec d'ailleurs, faut-il dire et rappeler, alors que les productions de France et d'Europe (de tous ordres: films, séries...) sont en effet massivement achetées par les diffuseurs québécois (ce dont je me réjouis, d'autant que nous procédons la plupart du temps à un choix judicieux parmi les produits de bonne et haute gamme). Si la France regardait un peu plus loin que le bout de sa lorgnette localo-locale, elle constaterait qu'elle serait la première gagnante d'une authentique réciprocité entre les «nous» de la Francophonie. Et ce, aux plans aussi bien économique, culturel, linguistique que (conséquence logique) proprement politique. Il est quand même aberrant, admettons-le -- les chiffres le démontrent --, que l'on diffuse plus de films français sur les chaînes québécoises que sur les chaînes françaises...

En un mot, de manière générale le Québec travaille plus solidement à la promotion et à la diffusion de la culture francienne que la France elle-même. Laquelle, sauf errance ou inintelligence de ma part, mine sa propre culture et sa propre langue en donnant priorité absolue à elle-même stricto sensu et... aux produits américains. En clair, si nous voulons nous montrer concret, ceci signifie qu'une ganacherie sans intérêt issue du pays de l'Uncle Sam (comme on en voit sans cesse sur TF1 et M6, par exemple) semble toujours, pour la France, véhiculer plus de valeur qu'un authentique et original joyau issu de l'imagination québécoise.

Et je vous rassure, s'il en est nécessaire : le chauvinisme n'a rien à voir là-dedans. Bien au contraire. Il y a longtemps que je me vois convaincue d'aimer la France plus qu'elle ne s'aime elle-même...

Bref, je suis rien moins qu'apostrophée de constater combien, et ce depuis de longues années, la France se tire froidement dans le pied:

=> 1 - en exportant un grand nombre de productions «locales» de mauvaise qualité (sinon carrément de mauvais goût à l'occasion);
=> 2 - en «filtrant» à vitesse grand V tout ce qui, en amont, se donne comme étant français ...non franco-français;
=> 3 - en procédant sciemment à l'invasion anglo-étatsunienne de sa propre culture télévisuelle.

Le Québec, avec son sept millions de Franciens, fait figure de village gaulois en regard des cinquante-neuf millions d'Hexagonaux -- bien que son territoire, il est vrai, soit trois fois et demi plus vaste. Mais rien à faire pour m'éradiquer de l'esprit ce constat pénible, et cruel, pour l'amante de la Francophonie que je reste obstinément: «Ils sont [vraiment] fous ces [vrais] Gaulois!».

La France ne comprend pas qu'elle n'ira nulle part en marge de la Francité. À moins bien sûr qu'elle ne soit habitée en quelque manière par le désir secret (Oh! à peine... secret) de se fondre totalement dans la culture franglo-américaine.



TRIBUNE LIBRE

Pour un Québec souverain

Simon Girard, quebeclibre67@hotmail.com
TRIBUNE LIBRE 22 mars 2004

Je voulais lire La Guerre des Gaules de Jules César et Le portrait du colonisé d’Albert Memmi, pour m’aider à mieux comprendre le contexte québécois et, éventuellement, faire part de mes réflexions à ceux qui militent pour un Québec libre, mais il y a plus de deux mois que j’attends ces bouquins de la librairie et ils ne sont pas encore arrivés. Rupture de stock, paraît-il. Je me suis donc rabattu sur le livre de Jacques Parizeau Pour un Québec souverain, un livre admirable qui regroupe des réflexions et des discours d’un de nos grands Québécois des 40 dernières années.

« Un raciste, xénophobe, ethnocentriste… »

On a craché sans bon sens sur cet homme à cause de sa « fameuse » déclaration sur le… enfin, vous savez quoi ! On l’a démoli allégrement parce qu’il a osé dire ce qu’il pensait, ce qui semble devenu criminel dans ce pays où on est censés être libres de nos opinions mais où on s’impose des bornes à notre liberté de pensée pour ne pas heurter la majorité bien-pensante. Et ceux qui ont traité Falardeau comme un voyou à cause de son texte sur Claude Ryan avaient auparavant utilisé le même sale procédé dans le cas de Parizeau (mais aussi d’Yves Michaud, autre victime des apôtres de la bonne conscience) : extraire d’un texte ou d’un discours un passage bien précis et créer un faux scandale dans l’opinion publique naïve et peu déniaisée, tout en négligeant le reste. Parizeau a dit bien d’autres choses dans son discours de défaite du 30 octobre mais ce n’était pas important pour nos chers médias neutres et objectifs ; l’important était de frapper l’adversaire pendant qu’il avait un genou à terre et continuer jusqu’à ce qu’il soit écrasé totalement. C’est ainsi qu’on l’a marqué au fer rouge pour le démoniser, le faire passer pour un raciste et un xénophobe.

Pourtant, je ne pense pas que Parizeau avait une arrière-pensée xénophobe ou raciste en parlant du NON massif des communautés ethniques… euh, je veux dire « culturelles ». Il a fait une constatation, c’est tout. J’ai bien entendu John Parisella, l’expert patenté en politique US d’à peu près toutes les stations TV, parler du « vote noir » aux USA, à l’émission de Marie-France Bazzo, et personne n’a déchiré ses vêtements sur la place publique. Il y a là une certaine hypocrisie chez les bien-pensants : quand c’est un bloke qui parle du vote ethnique, pas de problème, mais quand c’est un Québécois, indépendantiste en plus, qui le dit, ça devient du racisme ? Et si on parlait des communautés juive, grecque et italienne qui ont appelées leurs membres à voter NON ? Et que dire des endroits à Montréal où il n’y a eu aucun OUI ! Il n’y a rien d’ethnique là-dedans ? Mais ça, il faut pas en parler, oh non ! Il faut plutôt dénoncer Parizeau, cet abominable fasciste, et les ethnocentristes qui veulent bâtir un Québec français avec une « police de la langue » pour brimer les droits des minorités.

Si ces morons qui se scandalisent pour un rien avaient un peu d’intelligence, ils auraient fait la même lecture du référendum ; les Québécois (les « francophones ») ont voté OUI à 61% et il aurait fallu quelques dizaines de milliers de votes français de plus pour que ça passe. Qu’y a-t-il de mal à le dire ? Est-ce qu’on est contre les minorités parce qu’on déplore leur hostilité à l’indépendance de notre pays ? Un bon nombre ont voté OUI en 95 et c’est très bien. Ils ont choisi le Québec comme patrie et il faut voir cela comme un signe d’ouverture envers leurs nouveaux compatriotes. Ne reste qu’à convaincre ceux qui votent libéral qu’on se sert d’eux pour défendre un système que les Québécois n’ont pas ratifié, ni en 1867, ni en 1982 ; un système où notre poids démographique et politique régresse d’année en année ; un système conçu au départ, comme l’Union de 1840, pour garder notre peuple minoritaire et assurer la majorité anglaise au Parlement.

Et même si Parizeau reconnaît que ses propos du 30 octobre auraient pu être mieux choisis, il a au moins eu l’élégance de ne pas s’excuser bêtement, juste pour faire plaisir à ceux qui l’avaient crucifié, comme l’a fait Bernard Landry, qui avait honteusement reculé après qu’il eut blessé ces pauvres fédéralistes chéris en parlant de leur « chiffon rouge ». Est-ce là l’attitude d’un chef qui veut conduire ses troupes à la victoire ? Quand on s’engage dans une lutte politique, il faut être capable d’assumer ses actes et ses paroles et non pas faiblir chaque fois que l’ennemi veut nous déstabiliser sinon, il est préférable de réorienter sa carrière ailleurs.

L’engagement public

Mais il serait injuste de réduire Jacques Parizeau à une « malheureuse » phrase, dite dans un contexte particulier et sous le coup de l’émotion, alors que sa contribution à la chose publique depuis 40 ans est remarquable. Les deux de piques qui l’ont traîné dans la boue devraient avoir l’intelligence de le reconnaître sinon, ou bien ils souffrent de malhonnêteté intellectuelle, ou bien leur intelligence n’est pas plus développée que celle d’un melon d’eau. Des hommes comme lui, à la fois grands intellectuels et militants d’une noble cause, ça ne court pas les rues. Après qu’il ait quitté le pouvoir, on aurait voulu qu’il se taise parce qu’on trouvait qu’il s’ouvrait trop souvent la trappe, comme si un homme politique redevenu simple citoyen n’avait plus à donner son opinion, comme si son engagement politique prenait fin dès qu’il rentrait dans ses terres.

Sauf durant la dernière campagne référendaire, pour ne pas nuire aux chances de ses amis fédéralistes, PET est-il resté muet comme une carpe ? S’est-il contenté d’observer son « devoir de réserve », comme le font les ex-premiers ministres ? Au contraire ! Pendant 50 ans, et même après sa carrière politique, il a eu droit à toutes les tribunes pour chier sur le Québec et les Québécois, au grand plaisir de ses disciples et successeurs. Et ceux qui nous racontent conneries après conneries occupent une bonne place dans les médias vendus et complices du néo-colonialisme canadien. Donc, si nos ennemis ont droit d’avoir de l’espace dans leurs journaux et leurs postes de TV pour parler de leur pays qui n’est pas le nôtre, peut-on faire une petite place à un des chefs historiques de la lutte pour l’indépendance afin qu’il parle de ce pays qu’il a contribué à bâtir et à mettre au monde ? Un pays qui nous ressemble, dans lequel on se reconnaît, qu’il n’est pas nécessaire de tapisser de drapeaux ou de donner des commandites à ses petits amis pour décrire. Les fédéralistes se trompent s’ils pensent qu’on va aimer leur Canada avec leurs saloperies de drapeaux et de banderoles CANADA à nous en donner l’envie de vomir.

Le missionnaire de l’indépendance

On peut comparer le parcours de Jacques Parizeau depuis 35 ans à celui d’un missionnaire qui, après avoir embrassé la « foi » nouvelle, prend son bâton de pèlerin et cherche à « convertir » le plus grand nombre à ce grand idéal qu’est la liberté politique. Au fil des pages de Pour un Québec souverain, Parizeau raconte comment l’idée d’indépendance s’est imposée à lui et aborde tous les aspects de la question, de l’économie et de la monnaie dans un Québec souverain à la reconnaissance internationale de notre indépendance en passant par le statut des minorités et la campagne référendaire de 1995. Dans son introduction générale, il raconte comment les fédéralistes ont tenté, par le passé, de nous faire peur avec, entre autres, la prétendue fuite des capitaux organisée par quelques barons de la finance pour faire reculer Daniel Johnson père, qui parlait « d’égalité ou indépendance », le coup de la Brinks en 1970 pour effrayer les Québécois avant les élections, la déformation du cas de la Slovaquie avant le dernier référendum pour, encore là, brandir des épouvantails à moineaux. Et on peut ajouter à ça les menaces de partition, d’envoi de l’armée, de chômage massif (1 million de chômeurs, selon l’actuel PM du Canada). La désinformation et le terrorisme psychologique au service de l’unité canadienne. Et malgré les magouilles, le non-respect de la loi québécoise (quand le pays est en danger, on se fiche ben des p’tites lois québécoises), la manifestation « d’amour » des Canadiens, on a voté OUI à 61% ! Les Québécois ne sont pas si caves que ça, n’est-ce pas chers défenseurs des montagnes Rocheuses ?

Je ne suis pas d’accord avec Parizeau quand il dit, en conclusion, que le premier chapitre de la marche vers l’indépendance a été écrit par René Lévesque et que Pierre Bourgault et le Rassemblement pour l’indépendance nationale en ont constitués l’introduction. Loin de moi l’idée de nier l’importance de Lévesque et du Parti québécois mais il faudrait plutôt dire le contraire ; que c’est le RIN qui a propulsé l’élan du mouvement indépendantiste, que Lévesque et le PQ ont pris le relais jusqu’au référendum de 1980 et enfin, Parizeau qui remet le train en marche jusqu’au référendum de 1995. N’eut été du RIN et d’un chef charismatique comme Bourgault, tout ça aurait-il pu s’accomplir ? Y aurait-il même eu un PQ s’il n’avait pas été précédé du RIN ? Même si le PQ a fait faire de grands progrès à l’idée d’indépendance, la conduisant presque à la victoire, le RIN a joué un rôle primordial en lui donnant ses lettres de noblesse.

Le refus de gérer la dépendance

Tout au long de l’Histoire, les peuples ayant acquis la liberté politique ont toujours eu des chefs avec une vision claire, qui savaient ce qu’ils voulaient et qui ont su entraîner les autres dans leur sillage. Des chefs qui mettaient la cause qu’ils défendaient devant leur intérêt personnel. Ainsi, Jacques Parizeau a démissionné après le référendum parce qu’il n’avait pas réussi à atteindre l’objectif qu’il s’était fixé et qu’il refusait d’être un premier ministre « provincial », à la manière de notre actuel gérant de centre d’achats, et se mettre à gérer la dépendance de son peuple. Ça montre à quel point cet homme est de la trempe de ceux qui sont conscients de l’importance et du caractère historique de leur mission. Ses prédécesseurs à la tête du PQ ont trop pris au sérieux leur rôle de premier ministre « provincial » et pas assez leur mission première de conduire notre peuple vers sa destinée, ce qui a entraîné des reculs par le passé, comme le « beau risque », qui en a été un de trop, et les « conditions gagnantes », ou encore le « on-ne-fera-un-référendum-que-si-on-a-l’assurance-morale-de-le-gagner », comme si le déficit 0 ou l’assainissement des finances publiques allaient provoquer une effervescence patriotique. Un calcul politique aussi mauvais que celui de Bush, qui croyait que la chute de Saddam Hussein allait rendre l’Amérique et le monde plus sécuritaires ! Et c’est le président des USA, l’homme le plus puissant du monde, qui a émis une opinion aussi bête! Les habitants de Madrid en ont fait la tragique expérience récemment…

Les conditions gagnantes, c’est pas compliqué, c’est de parler d’indépendance « avant, pendant et après les élections. » Mais après le 30 octobre 1995, le PQ a cessé de parler d’indépendance, sauf lors de conseils nationaux, pour entretenir le rêve chez les militants, et qu’on se dépêchait de revenir à la gestion « provinciale » à la petite semaine parce qu’on avait été élus aussi pour gouverner et qu’on allait se le faire rappeler par l’opposition et les scribouillons de Power Corporation. C’est ce qui est dangereux pour notre projet : un parti dont l’objectif no.1 est l’indépendance qui s’enferme dans une stratégie électoraliste et une routine du pouvoir. Les indépendantistes ne doivent pas chercher le pouvoir pour le pouvoir mais se servir du pouvoir comme tremplin vers un référendum ou une élection référendaire. Gouverner pendant deux mandats n’est peut-être pas néfaste pour un parti fédéraliste qui n’est là que pour gérer la dépendance, mais les années d’après-référendum, soit le deuxième mandat de René Lévesque, soit l’ère Bouchard-Landry, montrent qu’être trop longtemps au pouvoir et laisser la flamme vaciller peut entraîner la démobilisation et le découragement. D’où l’importance de la lutte extraparlementaire. Il ne faut pas hésiter à défendre notre idéal sur toutes les tribunes, multiplier les occasions de visibilité afin de ne pas laisser toute la place à nos ennemis et leur donner la réplique à la moindre occasion. Nos moyens sont peut-être limités comparé aux leurs mais si nous avons la volonté et la détermination suffisantes, nous pourrons vaincre.

Parmi les grands de notre histoire

Les grandes batailles, les grandes luttes sont gagnées par des gens convaincus, courageux, déterminés et dirigés par de grands chefs. Dans la lutte pour la liberté, on a eu des chefs qui nous ont fait rêver, qui nous ont donnés le goût de ce pays, qui nous ont convaincus qu’on était capables. L’Irlande a eu Michael Collins, l’Inde a eu Gandhi, la France a eu De Gaulle, le Québec a eu Papineau, De Lorimier, Chénier. Et depuis 40 ans, on a eu Bourgault, Lévesque, Parizeau. En lisant Pour un Québec souverain, j’ai réalisé que Jacques Parizeau était un grand homme. On lui a fait du tort en le faisant passer pour ce qu’il n’est pas et il ne faudrait pas attendre qu’il ne soit plus avec nous pour réparer les pots cassés, pour qu’on le reconnaisse comme étant un des pères de la nation québécoise. Je lui laisse le mot de la fin :

« Quand une société cherche pendant aussi longtemps le moyen de se réaliser et le trouve finalement au-dedans d’elle-même, il m’apparaît bien peu probable qu’on puisse la détourner de son but. »



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

DE CONCERT AVEC L’HISTOIRE (1)


COMMUNIQUÉS 22 mars 2004

DE CONCERT AVEC L’HISTOIRE (1)
Une série de concerts-conférences unique à Québec


Date : Dimanche, 4 avril 2004 à 14 h.
Lieu : Chapelle de la Congrégation de l’Église Saint-Charles-Borromé
du Trait-Carré de Charlesbourg. (2)

Première partie du programme

L’ensemble Stadaconé, musique en Nouvelle-France.

Deuxième partie du programme

Conférencier : Bruno Deshaies, D. ès L. (histoire), auteur et analyste politique.
Titre de la conférence : « LE PASSÉ DEVIENT NOTRE PRÉSENT »

Cette affirmation soulève de nombreuses interrogations qui peuvent se rapporter au patrimoine, à la mémoire, à l’histoire.

La dynamique de l’histoire ne nous épargne aucune incertitude. Elle vise autant le passé, le présent que l’avenir. Par exemple, quelle tangente la société québécoise peut-elle prendre, sise où elle est dans son évolution historique?

Bienvenue à tous et à toutes. Entrée gratuite.

(1) Présentation de la Ville de Québec (Arr. Charlesbourg) et de la Société historique de Charlesbourg.
(2) Intersection de la 1re Avenue et de la 80e Rue, Charlesbourg.