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Les mythes

André Pratte
La Presse lundi 29 mars 2004

À en croire les réactions indignées des politiciens provinciaux, le budget Goodale ne contient " rien pour la santé ", " rien pour les provinces ". Le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, a parlé du " musée des horreurs de déséquilibre fiscal ". Des propos aussi caricaturaux entretiennent dans la population une série de mythes lui faisant conclure que le problème du financement du système de santé pourrait être réglé facilement: Ottawa n'a qu'à donner plus d'argent aux provinces. Or, rien n'est plus faux.

MYTHE no 1: Dans le bon vieux temps, le gouvernement fédéral payait 50 % du coût des soins de santé. Aujour'hui, cette proportion a dégringolé à 16 %.

Ces chiffres, qu'on trouve dans la publicité diffusée par les provinces, sont trompeurs et inexacts. En 1977, Ottawa versait aux provinces un peu moins de 50 % des coûts des services hospitaliers et des actes médicaux. Cette année-là, le régime des transferts a été changé: une partie de la contribution fédérale serait désormais versée en points d'impôt. C'est-à-dire qu'Ottawa avait décidé de diminuer ses impôts pour permettre aux provinces d'augmenter les leurs. De ce simple fait, la contribution fédérale EN ESPÈCES est passée d'un seul coup de 47 % des coûts des services de santé à 33 %. Mais en comptant la valeur des points d'impôt, la part du fédéral a AUGMENTÉ à 55 %.

Un quart de siècle plus tard, le 33 % en espèces a glissé à 16 %. La perte est significative, mais beaucoup moins dramatique que ce qu'affirment les gouvernements provinciaux.

MYTHE no 2: Le gouvernement fédéral ne fait rien pour aider les provinces à faire face à la croissance des coûts de la santé.

En vertu des engagements déjà pris par Ottawa, les tranferts fédéraux pour la santé et les programmes sociaux passeront de 21,8 milliards cette année à 27,6 milliards en 2007-2008. Presque six milliards de plus! Or, que recommandait le rapport Romanow, bible des gouvernements provinciaux? Un ajout de 6,5 milliards...

MYTHE no 3: Le gouvernement fédéral jouit de surplus gigantesques.

Cela n'est plus vrai. Le budget Goodale prévoit pour les deux prochaines années des surplus de 4 milliards. Quatre milliards sur des revenus de 187,2 milliards, c'est minuscule. Imaginons un travailleur qui fait son budget en anticipant des revenus de 30 000 $. Dira-t-on qu'il nage dans l'argent si ses revenus dépassent sa prévision par... 641 $?

Vous ne croyez pas les projections de M. Goodale? La Banque TD et l'Institut CD Howe, entre autres, prévoient exactement la même chose: des surplus annuels de 4 milliards. Il suffirait d'une baisse d'un point de la croissance du PIB pour faire fondre cette marge de manoeuvre à 1,5 milliard.

MYTHE no 4: Il n'y a rien pour la santé dans le budget Goodale.

Cela n'a rien d'étonnant, puisqu'Ottawa a déjà annoncé l'an dernier une importante hausse de ses transferts en santé pour les cinq prochaines années. Imaginons qu'un parent vous donne 1000 $ à Noël. Arrive le jour de l'An, pas d'enveloppe. Allez-vous dénoncer sa pingrerie?

MYTHE no 5: Il n'y a rien pour les provinces dans le budget Goodale.

Ottawa a convenu d'une réforme substantielle du régime de péréquation. Cette réforme devrait permettre d'éviter les changements brusques qui désarçonnaient régulièrement les ministres provinciaux des Finances. C'était d'ailleurs l'un de leurs revendications les plus pressantes.

Le gouvernement du Québec se plaint du fait que la réforme, qu'il réclamait à grands cris depuis des années, soit introduite trop progressivement. Il n'en reste pas moins que d'ici cinq ans, Québec recevra 500 millions de plus par an.

Tout cela ne veut pas dire que le déséquilibre fiscal n'existe pas. Il est vrai que les gouvernements provinciaux gèrent à eux seuls le secteur de la santé, où les coûts ont tendance à augmenter rapidement. Il n'y a pas de programme aussi coûteux au niveau fédéral. Au point que, comme s'il n'y avait pas assez à faire dans ses propres champs de compétence, Ottawa se mêle de plus en plus de santé.

En tentant de " fédéraliser " cette juridiction provinciale, le gouvernement du Canada nuit à l'efficacité du système de santé. En s'érigeant en gardien de l'assurance-maladie par le biais de sa Loi canadienne sur la santé, il empêche les provinces d'expérimenter des avenues de gestion et de financement novatrices.

Cela dit, les récriminations des provinces à l'égard d'Ottawa cachent un déséquilibre bien plus grave que celui-là: la croissance toujours plus rapide des sommes consacrées à la santé par rapport à la croissance des revenus des gouvernements fédéral et provinciaux. C'est à ce problème que devraient s'attaquer les politiciens canadiens.



»» le budget Goodale

Le citoyen Charest

Michel David
Le Devoir samedi 27 et dimanche 28 mars 2004

Pendant des mois, Jean Charest n'a pas cessé de répliquer aux opposants à ses projets de «réingénierie» qu'un changement s'était produit au Québec le 14 avril 2003.

Quelqu'un devrait peut-être lui souligner qu'une des choses qui ont changé, c'est qu'il est lui-même devenu premier ministre. Quand une question lui est adressée à l'Assemblée nationale, ce n'est pas l'opinion du «citoyen Charest» qu'on veut connaître mais celle du chef du gouvernement.

Jeudi, le citoyen Charest a dit s'attendre à ce que le gouvernement Martin rende publique la liste des projets financés à même le fonds secret de l'unité nationale, dont l'existence a été révélée de manière inattendue dans le budget Goodale, mais toute cette agitation a semblé laisser le premier ministre parfaitement indifférent.

Sa tentative de diversion consistant à dépoussiérer le plan O de Jacques Parizeau était aussi grossière que l'intervention du leader parlementaire de l'opposition, André Boisclair, qui, dans un rapprochement douteux, a reproché à M. Charest d'avoir brandi le passeport de son ami Claude Lacroix, vice-président du groupe Everest, lors de ses discours référendaires de 1995.

Les cheap shots de M. Boisclair sont toutefois sans grande conséquence, sinon pour sa propre image, tandis qu'il est désolant de voir le premier ministre banaliser la campagne de propagande systématique dont les Québécois ont été l'objet pendant des années et qui, au surplus, a donné lieu à des actes de nature criminelle.

Modèle de stoïcisme, il était également demeuré de marbre, en février dernier, quand des voix s'étaient élevées d'un océan à l'autre pour dénoncer les moeurs politiques dissolues des Québécois, dont le scandale des commandites n'était qu'une illustration de plus.

***

Quand la vérificatrice générale Sheila Fraser a rendu public son rapport sur le scandale des commandites, M. Charest a déclaré d'entrée de jeu qu'il croyait ce que disait Paul Martin, dont la version changeait pourtant quotidiennement.

Tant qu'à y être, M. Charest sera sûrement en mesure de confirmer les propos de M. Martin, selon qui le fonds secret sur l'unité nationale a été créé dès 1992 par le gouvernement de Brian Mulroney, dont il faisait partie à l'époque.

Son ancien collègue Joe Clark s'est indigné de voir M. Martin déformer ainsi la vérité. À l'époque, il s'agissait uniquement de financer les vastes consultations publiques qui ont mené à l'entente de Charlottetown, a-t-il expliqué. Cela n'avait rien à voir avec le programme de commandites mis sur pied par le gouvernement Chrétien. M. Charest aurait-il l'amabilité de nous dire quelle version il faut croire ?

Bernard Landry a bien compris que la meilleure façon pour lui de contribuer au succès électoral du Bloc québécois n'est pas de critiquer lui-même le gouvernement Martin mais plutôt de mener M. Charest à le faire.

Celui-ci en est bien conscient. Après que son ministre des Finances, Yves Séguin, a déclaré que le budget Goodale avait sa place au «musée des horreurs du déséquilibre fiscal», M. Charest a senti le besoin de dire qu'il s'agissait simplement d'une partie remise à la rencontre des premiers ministres, prévue pour l'été prochain.

Hier à Winnipeg, M. Martin a en effet confirmé qu'il était disposé à augmenter la participation fédérale au financement des services de santé, disant souhaiter une entente à long terme avec les provinces. Il a cependant ajouté que cela n'irait pas sans une réforme en profondeur. Autrement dit, sans qu'Ottawa ne pose ses conditions.

L'entendre évoquer le rapport Romanow comme point de départ n'a rien de rassurant. Il est vrai que le comité Romanow recommandait au gouvernement de hausser sa contribution de 16 % à 25 % des dépenses de santé, mais, comme l'a déjà souligné M. Martin, «il faut regarder le rapport dans son ensemble».

Lors de sa publication, en décembre 2002, l'Assemblée nationale avait été unanime à dénoncer sa «volonté centralisatrice», mais peut-être était-ce simplement l'opinion du citoyen Charest.

***

Tout cela suppose que les élections fédérales aient lieu au printemps et que le PLC les remporte. Or il est loin d'être certain que le budget Goodale permettra enfin de tourner la page des commandites au Québec, où se trouve la clé de la réélection des libéraux.

Mercredi à la Chambre des communes, M. Martin a félicité son ministre des Finances d'avoir présenté un budget dont les dispositions ne semblaient pas beaucoup inspirer les partis d'opposition. C'est précisément le problème : il aurait mieux valu que ceux-ci se ruent sur le budget. Au lieu de quoi, après quelques questions, ils sont revenus de plus belle aux commandites.

M. Goodale croyait sans doute bien faire en abolissant le fonds secret sur l'unité nationale, mais dans la mesure où le gouvernement avait toujours nié son existence, il a plutôt donné l'impression de vouloir effacer des traces gênantes que de désinfecter la maison.

Les stratèges libéraux espéraient que la population finisse par se lasser de ce scandale qui n'en finit plus de répandre ses odeurs nauséabondes, mais l'atmosphère commence à être à ce point empuantie qu'elle pourrait tout aussi bien en arriver à la conclusion qu'un traitement-choc est devenu indispensable.

La psychologie collective est une chose complexe. Les scandales de nature sexuelle qui font les manchettes ces jours-ci pourraient encore renforcer l'envie de donner un grand coup de pied dans la baraque. Dans ce monde pourri, même les héros olympiques semblent avoir perdu la boule !

Quand l'opinion publique est dans des dispositions de ce genre, ce n'est pas de très bon augure pour un gouvernement sortant, surtout quand il est au pouvoir depuis plus de dix ans.

mdavid@ledevoir.com



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Commandites: menacé de mort, un témoin-clé quitte le pays

Geneviève Otis-Dionne
Le Devoir lundi 29 mars 2004

Un ancien vice-président de Groupaction promet des révélations-chocs

Un ancien vice-président de Groupaction, Alain Richard, a décidé de quitter le pays hier à la suite de menaces de mort qu'il aurait reçues à sa résidence de Saint-Lazare jeudi dernier. M. Richard promet cependant de se présenter devant le Comité des comptes publics des Communes dans la semaine du 5 avril pour faire des révélations-chocs sur le scandale des commandites.

La famille de M. Richard, qui reste au pays, est actuellement protégée par la Sûreté du Québec. Les menaces adressées à M. Richard ont commencé par des courriels et des appels anonymes lui enjoignant d'arrêter de raconter des histoires. Le site Internet de la compagnie de M. Richard, Rebelles.com, aurait également été piraté. «Au début, je portais plus ou moins attention à ces menaces. Mais il y a cinq semaines, j'ai commencé à devenir plus nerveux», a raconté hier au Devoir M. Richard lors d'un entretien téléphonique depuis une voiture, quelques minutes avant son arrivée à l'aéroport, d'où il s'est envolé vers une destination inconnue.

À la sortie d'une entrevue avec Jean-Luc Mongrain, M. Richard a en effet vu «deux taupins» à côté de sa voiture, qui voulaient, disaient-ils, lui «refaire la face».

Dans la nuit du 25 mars, l'ancien cadre de Groupaction recevait des menaces de mort. «Il y a quelqu'un qui a sonné chez moi à 4h15 du matin. J'ai ouvert la porte, j'ai vu le journal et je l'ai ramassé. En me retournant, j'ai vu une feuille dans ma poignée de porte».

Il était écrit sur la feuille en question «If you talk too much you will die [Si tu parles trop, tu vas mourir]». M. Richard était alors seul avec ses deux chiens. Depuis quelques semaines, sa conjointe n'habitait plus avec lui, «pour assurer sa propre sécurité». Malgré la protection de la Sûreté du Québec, M. Richard a décidé hier de s'exiler, jugeant que les menaces étaient devenues trop sérieuses.

Révélations

Avant d'occuper le poste de vice-président à la compagnie Groupaction, de 1996 à 1997, M. Richard a travaillé pendant deux ans à l'agence de publicité BCP. Les noms des deux compagnies sont revenus à diverses reprises depuis le début du scandale des commandites.

«Ça fait sept ans que je vis avec ça et que je le décris. J'ai vu la relation entre la politique et les publicitaires. Les agences de publicité qui sont proches du pouvoir bénéficient d'avantages importants pour l'obtention de contrats au niveau du gouvernement. Groupaction, Everest et BCP sont les agences du Parti libéral qui se partageaient les contrats», affirme-t-il.

Lors de son passage à Groupaction, M. Richard a constaté que «l'obtention des contrats était annoncée d'avance. On savait les contrats qui allaient rentrer. C'est un sacrilège. Ça veut dire qu'il y a des boîtes qui ont répondu à des appels d'offres pour absolument rien».

Selon lui, le processus d'attribution des contrats publicitaires «est loin d'être transparent au Canada». Les importants contrats donnés par Postes Canada, Via Rail, Tourisme Canada, Santé Canada et la Banque de développement du Canada «représentent plusieurs centaines de millions de dollars. Les contrats sont renouvelables aux quatre ans et, depuis 1994, ce sont toujours les mêmes agences qui sont impliquées dans les dossiers. Avant 1994, c'étaient d'autres agences qui étaient proches des conservateurs».

M. Richard soutient aussi avoir vu «des fonctionnaires se faire graisser la patte. J'ai aussi vu des sommes astronomiques passer dans les mains d'individus plutôt louches. J'ai vu, de mes yeux vu, et je vais témoigner.» Lors de son témoignage, M. Richard compte présenter «36 faits et gestes vérifiables. Pendant son témoignage, Myriam Bédard a dit ''j'ai entendu dire''. Moi, je peux vous confirmer qu'il n'y aura pas de ouï-dire. J'ai des documents et des listes pour le prouver».

M. Richard est aussi outré par le témoignage de l'ancien ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, devant le comité. «[Alfonso] Gagliano a décidé de faire comme s'il n'avait rien vu. Mais le M. Gagliano que j'ai vu à quelques reprises dans les bureaux de Groupaction, il était pas mal plus confiant et pas mal plus arrogant que lors de cette journée-là».

«J'ai vu plusieurs politiciens être très près de l'agence de publicité. Normalement, entre le gouvernement et le ministre, il y a un fonctionnaire. Qu'est-ce que le ministre venait faire à l'agence? J'ai travaillé dans deux agences proches des libéraux. Comment se fait-il que nous avions accès aux deux endroits aux coordonnées personnelles de certains ministres?», ajoute-t-il.

M. Richard craint que certains politiciens fassent des pressions pour ne pas qu'il témoigne devant le Comité. «Je suis sûr qu'ils vont trouver un moyen pour ne pas que je témoigne le 6 ou le 7 avril et je suis sûr qu'ils vont trouver un moyen pour faire avorter la commission d'enquête. C'est certain, M. [Paul] Martin ne paraîtra pas très bien lors de mon témoignage. [...] il est un ami de Claude Boulay [ancien président du Groupe Everest]. M. Martin ne peut pas ne pas être au courant. La population du Canada a le droit de poser des questions et a le droit de savoir.»

«Je vis dans une démocratie. Si ces gens-là veulent m'actionner, qu'ils m'actionnent. Moi je sais que c'est vrai et je vais aller au bout de mes convictions, promet M. Richard. Ce qui est important pour moi, c'est de savoir où est passé l'argent. Je veux aussi savoir si mon entreprise de publicité a les mêmes chances que les grosses boîtes d'obtenir des contrats payants du gouvernement. Pour le moment, on n'arrive pas à percer le mur, parce que nous ne donnons pas d'argent au parti au pouvoir. Combien je dois donner au Parti libéral pour obtenir des contrats?» s'interroge M. Richard.



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La chasse aux sorcières

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 29 mars 2004

Si Myriam Bédard avait raconté au comité parlementaire des comptes publics, mercredi dernier, que ses anciens patrons de Via Rail enfourchaient régulièrement des balais pour se balader dans le ciel, je crois bien que ses interlocuteurs députés auraient levé en coeur la tête vers le plafond pour voir si Jean Pelletier - déguisé en sorcier - ne s'y trouvait pas collé quelque part.

Du témoignage de la double médaillée olympique, on ne retiendra finalement pas autant les énormités dont il a été parsemé que la propension des élus qui examinent l'affaire des commandites à encaisser sans broncher les affirmations les plus gratuites.

Dans le cadre d'une enquête digne de ce nom, les interlocuteurs de Mme Bédard auraient au moins tenté de départager les rumeurs des faits, ne serait-ce qu'au nom du respect élémentaire des réputations en cause. Un interrogatoire le moindrement sérieux aurait cerné certaines des contradictions évidentes du témoignage et il n'est pas seulement question ici des révélations les plus étonnantes dont la témoin a fait état.

Apparemment imperméables au doute, les députés, toutes formations confondues, se sont plutôt bousculés pour féliciter Mme Bédard pour son courage. Questionné le lendemain sur la complaisance ambiante qui régnait dans la salle, le président de la commission, le député conservateur John Williams, a affirmé (sans rire) que le simple fait de témoigner devant son groupe constituait un gage de crédibilité.

***

Dans les faits, le travail du comité des comptes publics n'a rien d'une enquête et tout d'une chasse aux sorcières, laquelle fait large place à la politique-spectacle. Sur toile de fond d'élections générales imminentes, la recherche de la vérité a largement cédé le pas à l'intérêt politique.

Ainsi, à moins d'avoir perdu complètement l'instinct de survie électorale, aucun député n'aurait voulu mercredi dernier se retrouver du mauvais côté d'une discussion publique avec une héroïne olympique et encore moins donner l'impression de lui donner du fil à retordre. Surtout que la semaine précédente, les rares députés libéraux qui s'étaient risqués à poser des questions critiques à la vérificatrice-générale Sheila Fraser ont été exhibés dans les médias comme autant de pièces à conviction d'une conspiration gouvernementale pour étouffer un scandale.

Dans cet esprit, le comité ne se soucie guère de sauver les apparences d'une certaine impartialité, ou, à défaut, d'un minimum de professionnalisme. Par exemple, selon qu'ils sont fonctionnaires ou identifiés politiquement au gouvernement, ceux qui ont trempé directement dans l'affaire des commandites ont droit à un accueil radicalement différent. À l'occasion de ses deux jours de comparution, l'ancien ministre des Travaux publics Alfonso Gagliano a été houspillé sans relâche par ses collègues. Pour certains députés, le simple fait de hausser le ton suffit, semble-t-il, à rendre un argument percutant. Une semaine plus tard, la fonctionnaire Huguette Tremblay a eu droit a un tout autre accueil. Pour l'essentiel, le comité lui a mangé dans la main.

Pour mémoire, Mme Tremblay est une amie et une ancienne proche collaboratrice de Charles (Chuck) Guité, un fonctionnaire au sujet duquel la vérificatrice-générale a écrit qu'il tournait les coins ronds lorsqu'il dirigeait le programme des commandites. Selon d'autres témoignages, M. Guité n'aurait pas attendu d'avoir Alfonso Gagliano comme patron pour adopter des méthodes peu orthodoxes.

Il a toujours été évident que l'affaire des commandites allait confronter deux versions: celle des politiciens, qui avaient la responsabilité politique du programme, et celles des fonctionnaires, qui ont brisé toutes les règles comptables du gouvernement pour l'administrer. Dans son rapport et dans ses témoignages subséquents, Sheila Fraser a expliqué qu'elle n'avait pas été en mesure de trancher dans un sens ou dans l'autre. Mais le comité, lui, a déjà largement fait son nid. À choisir entre des proches de Jean Chrétien, dont un ex-ministre, ou d'obscurs fonctionnaires, l'opposition préfère naturellement faire campagne sur le dos des premiers et oublier les seconds. Et le gouvernement Martin, dans sa sagesse, a choisi de ne pas lever le petit doigt pour défendre le régime précédent.

***

La vérité, pour une fois, ne sera pas nécessairement la première victime de cette sale guerre. L'enquête judiciaire qui se penchera sur l'affaire des commandites finira sans doute par départager les deux versions. En attendant, c'est la réputation des institutions parlementaires et de ceux qui les animent que l'exercice amoche au premier titre.

Si le témoignage de Myriam Bédard devait devenir le cas type de la délation dans l'arène fédérale, tous ceux - qu'ils soient élus ou pas - qui devront faire des choix de gestion publique difficiles à l'avenir devraient avoir des frissons. C'est une chose de protéger ceux qui veulent dénoncer les abus. C'en est une autre d'accepter leur version des faits comme de l'argent comptant.

Et puis, le premier ministre Paul Martin a déjà indiqué qu'il entendait soumettre toutes les nominations importantes de son gouvernement à une revision parlementaire. Cela pourrait aller jusqu'aux futurs membres de la Cour suprême. À voir le chassé-croisé partisan du comité des comptes publics, on peut se demander en quoi subir une telle initiation va rehausser le calibre des nominations.

En attendant, c'est Jean Pelletier qui a dû se dire qu'il aurait bien dû se mordre la langue quand La Presse lui a demandé de commenter les allégations de Mme Bédard le mois dernier. S'il s'était tu, s'il avait attendu la suite des choses, l'ex-P.d.g. de Via Rail aurait remporté par défaut la première manche qui s'est jouée sur le terrain de la crédibilité mercredi dernier.

chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.



»» le scandale de la propagande canadian

Ne pas dénoncer à tort

Bernard Descôteaux
Le Devoir lundi 29 mars 2004

Le scandale des commandites n'a pas que des effets pervers, il en a aussi des vertueux, à preuve ce projet de loi C-25 déposé la semaine dernière instituant un mécanisme de dénonciation des actes répréhensibles dans le secteur public. Le gouvernement a enfin été convaincu de la nécessité d'une telle loi réclamée en vain depuis des années.

Vue souvent comme un geste de traîtrise, la dénonciation est parfois le seul moyen permettant de mettre à jour des pratiques illégales, des fraudes et des crimes dans des entreprises et des organisations. Dans plusieurs pays anglo-saxons et tout particulièrement aux États-Unis, la dénonciation, ou whistleblowing, est encadrée légalement de telle sorte que les dénonciateurs soient protégés contre des mesures de représailles. La police protège bien ses indicateurs et ses délateurs.

Au Canada, seul le Nouveau-Brunswick avait déjà une loi pour protéger les employés du secteur public voulant se faire dénonciateurs. Ailleurs, ceux qui étaient témoins de pratiques qu'ils estimaient inacceptables n'avaient d'autre choix que de prendre le risque de subir des représailles de la part de leurs supérieurs, ce qui s'est avéré très souvent, ou d'alerter sous le couvert de l'anonymat les médias. Le projet de loi C-25 encadrera l'acte de dénonciation et offrira une protection à ses auteurs.

Dès son dépôt, ce projet de loi a été qualifié de timide. Le reproche apparaît tout particulièrement fondé à la lumière du scandale des commandites. Le poste de Commissaire à l'intégrité, qui sera créé pour veiller à l'application de la loi, relèvera de l'autorité d'un ministre et sera donc redevable au pouvoir politique. Ce commissaire aurait-il pu agir avec toute l'indépendance nécessaire s'il avait eu à se pencher sur l'administration du programme des commandites? Ce poste doit relever de la seule autorité du parlement, tout comme le Vérificateur général, pour pouvoir accomplir en toute liberté son mandat.

Une telle loi ne doit pas par contre ériger la dénonciation en système. On ne peut laisser tout un chacun dénoncer sur la base de ses propres valeurs morales. Le témoignage de Myriam Bédard devant le comité des comptes publics mercredi dernier montre à quel point il peut être dangereux de laisser dire n'importe quoi à n'importe qui.

L'élément essentiel de ce projet de loi sera donc le Code de conduite auquel seront soumis les fonctionnaires. Ce code, dont la rédaction est à venir, devrait être l'outil définissant les limites de l'inacceptable et de l'acceptable, de telle sorte qu'on ne puisse dénoncer abusivement. Si tout est affirmé clairement, peut-être y aura-t-il tout simplement moins d'abus à dénoncer.

bdescoteaux@ledevoir.ca



»» plan O

Parizeau had $17-billion to fund sovereignty bonds

RHÉAL SÉGUIN
The Globe and Mail Monday, March 29, 2004

QUEBEC -- The Quebec government is expected to reveal this week one of the most guarded documents of the 1995 Quebec referendum campaign on sovereignty.

The document was branded Plan O by the media. It outlines, in detail, how then-premier Jacques Parizeau's Parti Québécois government had set aside $17-billion to buy up Quebec bonds it anticipated would be dumped on the market by nervous investors after a referendum victory by the sovereigntists.

Plan O included two columns: One listed the various institutions, that would have contributed to the reserve fund; the other column listed the amount each institution had available for the operation.

The investment list included institutions such as the Caisse de dépôt et placement du Québec, the Hydro-Quebec pension fund or the province's workers compensation board.

"It was the normal thing to do in order to protect against those who may be tempted to create panic on the financial markets," Mr. Parizeau said in an interview.

"We would have let the bonds drop to a certain value and we would have intervened on the market to buy them at a lower price and then sell them later. We would have made a lot of money."

Mr. Parizeau explained that the financial markets at the time had already factored in a possible Yes vote for sovereignty in the referendum.

It was generally recognized that the bonds would have returned to their original value shortly after the vote, allowing the government to resell them and reap huge profits.

The operation appeared so attractive that the Laurentian Bank, the National Bank and the Mouvement Desjardins were all prepared to intervene on the bond market with an almost equal amount in reserves.

Other financial corporations, such as Merrill-Lynch, were also prepared to piggyback on the operation with several billion of their own dollars.

Financial experts, including the C.D. Howe Institute in a 1998 study, said that the PQ government acted responsibly in creating the reserve. In fact, it has also been reported that the Bank of Canada and the Quebec government exchanged information throughout the months leading up to the referendum to prepare for any major disruptions with Canadian currency in the event of a sovereigntist victory.

Mr. Parizeau reiterated that Plan O should be made public and would serve as an important tool in the preparation of any future referendum.

However Plan O also contains sensitive and confidential information about the Quebec government's strategy on the financial market.

While in opposition, the Liberals failed in their bid to have the Access to Information Commission release Plan O in 1998, largely because the Finance Ministry feared speculators could use the information against the Quebec government in future transactions.

"It must remain confidential," Justin Paquet, vice-president of international markets at the brokerage firm Lévesque, Beaubien, Geoffrion, said at the time.

"It would be like having the best paint manufacturer indicate on its labels the recipe that describes how the paint is produced."

But last week, Premier Jean Charest ended up with little choice but to release Plan O.

During a heated exchange in the National Assembly last Thursday, PQ Leader Bernard Landry demanded that Mr. Charest strongly condemn Ottawa's use of a multimillion dollar fund to promote national unity.

Federal Finance Minister Ralph Goodale abolished the fund last week when he tabled his budget.

Mr. Charest responded by arguing that Plan O was as reprehensible as the federal national unity fund, since both were a waste of public funds for political purposes. He said Mr. Landry would be more credible if he also asked that Plan O be made public.

"Not only do I authorize you to do it, but I am also asking you to do it," Mr. Landry told Mr. Charest.

The document could have been released the same day.

Yet the Premier hesitated, perhaps having second thoughts about making public all the information in Plan O because, like the PQ, the Liberals may fear this could harm the government's dealings on the financial markets.

More important, it appeared odd that Mr. Charest, who has the power to release whatever document he desires, would ask the leader of the opposition permission to reveal a plan that the Liberals have wanted to make public for so long.

"Why is he asking the opposition? They aren't the ones who can make it public," Mr. Parizeau said.

"When it comes to public finances, Mr. Charest doesn't yet seem convinced that he is now Premier."



»» Le goût de l'avenir - 9

Le goût de la démocratie

Michel Venne
Le Devoir lundi 29 mars 2004

À l'échelle du malheur des peuples, comme disait Robert Bourassa, la démocratie québécoise se porte bien. Le Québec dispose d'institutions solides. Son système judiciaire est crédible. De nouveaux partis politiques sont nés, à droite comme à gauche, au cours des dernières années. À 70 %, le taux de participation aux élections provinciales reste enviable par rapport à d'autres pays. Nous disposons d'une fonction publique professionnelle, d'une charte des droits, d'une presse libre et d'un foisonnement d'organismes sociaux et culturels, de syndicats et d'organisations patronales fortes.

Le Québec fut également le terreau de plusieurs initiatives civiques innovatrices: les conseils de quartier à Québec, le Bureau de consultation de Montréal, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), les sommets socio-économiques, la Commission Bélanger-Campeau, les Centres locaux de développement, les coops, ont favorisé la participation des citoyens à la gouverne de la société.

Mais on ressent une détérioration de notre système démocratique. Les séries télévisées Bunker, le cirque et Les Bougon, c'est aussi ça la vie, en sont des symptômes. Les citoyens boudent les institutions politiques. Les partis ont plus de mal qu'autrefois à recruter des membres. Aux dernières élections, le dernier né des partis de gauche, l'UFP, malgré une bonne campagne et des porte-parole crédibles, n'a su recueillir qu'un petit pour cent des voix. À 70 %, le taux de participation a atteint un plancher historique, une chute de plus de dix points depuis 1994. Au fédéral, à peine six électeurs sur dix se sont prévalus de leur droit de vote en 2000. C'est sans parler des élections municipales et scolaires.

Les syndicats sont décriés. Les réseaux communautaires sont fragiles. Leur financement est précaire. La presse est libre des entraves de l'État mais prisonnière de la logique marchande. La concentration de la propriété de la presse rend illusoire la naissance de nouveaux médias de masse. Les émissions d'affaires publiques se raréfient à la télévision privée et une épée de Damoclès plane sur Télé-Québec. L'information se meurt à la radio privée lorsque celle-ci n'est pas kidnappée par des jappeurs à sensation.

La société civile vient de perdre du pouvoir au sein des instances de développement régional et les citoyens auront moins de voix au sein du système de santé. L'Observatoire de la mondialisation (une initiative pourtant copiée par la France) a été aboli comme, bientôt, le Conseil de la santé et du bien-être, deux forums civiques destinés à bien informer les élus, l'État et la population sur les enjeux pour le Québec des transformations du monde et de la société québécoise dans des domaines névralgiques.

Le gouvernement a mis sur les tablettes, sans que l'opposition péquiste ne s'en formalise guère, le rapport des états généraux sur la réforme des institutions démocratiques, résultat d'une démarche de consultation à laquelle ont participé des milliers de Québécois. En lieu et place, il promet de soumettre à la population un projet de loi instituant un nouveau mode de scrutin, alors que la réforme devrait être beaucoup plus étendue.

M. Charest propose une conception élitiste de la démocratie lorsqu'il prétend qu'une fois élu, il dispose du mandat pour agir à sa guise. La même conception prévaut même lorsrqu'il s'agit de réformer les institutions. En Colombie-Britannique, le gouvernement a confié à un forum civique indépendant le soin de proposer un nouveau modèle. Le gouvernement considérait qu'il était en conflit d'intérêts : comment des élus peuvent-ils être les proposeurs d'une réforme du mode de scrutin qui leur a donné le pouvoir?

Il y a pourtant un appétit au sein de la population pour un rajeunissement de nos institutions et la création de mécanismes de participation des citoyens. On ne se satisfait plus de voter une fois aux quatre ans. Spontanément, dans dix régions du Québec, des comités Citoyenneté et Démocratie sont nés des suites des états généraux sur la réforme des institutions démocratiques. Le mouvement D'abord solidaires fait des petits. La réaction de citoyens contre des projets de sites d'enfouissement ou de centrales électriques est un autre signe d'impatience ainsi que les mouvements défusionnistes à Montréal et ailleurs.

Devant ces réclamations en faveur de nouvelles formes de gouverne démocratique, adaptées à une société moderne, scolarisée et responsable, la réponse des dirigeants est décevante. Les puissants ont toujours tendance à protéger leur pouvoir. Ils ont peur du peuple dont ils sont issus. Dans ce domaine comme dans bien d'autres, on sent confusément que la société québécoise est bloquée, qu'elle a du mal à favoriser l'innovation et d'assumer le risque calculé d'un changement véritable.

La poussée pour un renouveau ne pourra venir que des citoyens eux-mêmes.

J'ai perdu votre trace...

Je sais que j'aurai l'air «techno-twit». J'assume. Un virus, je crois, s'est emparé de mon ordinateur la semaine dernière. D'un coup, j'ai perdu une bonne partie des messages que m'ont fait parvenir ceux et celles d'entre vous qui manifestiez votre intérêt pour la création d'un institut voué au renouvellement des idées et à l'animation du débat public au Québec.

Je vous demande donc de m'écrire à nouveau, que je puisse vous transmettre, en primeur, d'ici quinze jours, des informations sur ce projet avant qu'il ne soit lancé publiquement plus tard en avril, afin que vous puissiez faire partie des fondateurs. Vous pourriez aussi, si cela est possible, me renvoyer votre message original. Plusieurs d'entre vous m'avez fait parvenir non seulement vos coordonnées, mais une foule de suggestions, des textes de réflexion, et des idées dont je voudrais tenir compte. Vous étiez plus de 750. Je ne veux pas perdre votre trace. Écrivez-moi à une nouvelle adresse: michel.venne@inm.qc.ca.



»» La Passion du Christ selon Mel Gibson

Quelle fidélité à l'Évangile?

Jean Duhaime
Professeur, Faculté de théologie et sciences des religions, Université de Montréal
Le Devoir lundi 29 mars 2004

Je lis toujours avec beaucoup d'intérêt les chroniques de Louis Cornellier dans Le Devoir et j'apprécie en général son jugement équilibré et son ouverture aux questions religieuses. Aussi est-ce avec étonnement que j'ai pris connaissance de ses propos enthousiastes et un peu naïfs à l'égard du film La Passion du Christ de Mel Gibson dans l'édition du 17 mars. J'en retiens, pour les discuter, deux affirmations pricipales.

Selon le chroniqueur, «on a dit souvent, même sans l'avoir vu, que ce film flirtait avec l'antisémitisme». Je préside le Dialogue judéo-chrétien de Montréal, un organisme à but non lucratif composé d'une trentaine de représentants de plusieurs Églises chrétiennes et d'organisations juives qui se réunissent régulièrement. Plusieurs membres de notre groupe ont assisté à un prévisionnement du film en janvier. Après en avoir discuté au cours de deux rencontres, nous avons adopté une déclaration qui affirme que ce film «peut créer l'illusion qu'il reproduit fidèlement le moindre détail de la passion de Jésus, avec toute sa toute cruauté et sa violence» et que «les spectateurs pourraient rester sous l'impression que tout cela ne serait jamais arrivé sans les Juifs». Notre déclaration exprime la crainte qu'«une telle interprétation de la Passion ne contribue à entretenir des malentendus entre Chrétiens et Juifs et à alimenter l'antisémitisme». [...]

Le film de Gibson ne se veut probablement pas antisémite. Les membres de notre groupe de dialogue n'en sont pas moins estomaqués de voir les prêtres juifs omniprésents dans ce film, habillés de vêtements d'apparats qu'ils ne portaient vraisemblablement pas ailleurs qu'au Temple. Ils assistent par exemple, avec un contentement non dissimulé, à la flagellation de Jésus, un détail qu'on ne trouve pas dans les Évangiles. De même, l'épisode de la bande d'enfants juifs qualifiés par Judas de «petits satans» et qui le pourchassent de leurs malédictions en a offensé plusieurs. Pure invention, absente des Évangiles.

La fidélité aux Évangiles

Pourtant, Louis Cornellier soutient, citations à l'appui, que ce film est «fidèle à l'Évangile». Quelle fidélité ? Est-ce parce qu'on reprend quelques versets de Matthieu, Marc, ou Jean qu'on est fidèle à l'Évangile ? Pas du tout. En fait, Gibson manipule constamment les textes bibliques. Il emprunte indistinctement à plusieurs Évangiles qui présentent chacun un point de vue théologique particulier sur Jésus et sur la passion et qui, sur le plan historique, ne sont pas totalement compatibles.

Le Jésus de Matthieu et de Marc exprime une détresse extrême sur la croix : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?» (Mt 27,46; Mc 15,34); cette parole est omise par Luc et Jean. Chez Matthieu et Marc, Jésus pousse ensuite un grand cri et expire. Chez Luc, il dit «Père, en tes mains je remets mon esprit» (Lc 23,46). Chez Jean, qui aime les jeux de mots à portée théologique, Jésus dit plutôt «Tout est accompli» avant de «rendre l'esprit» (Jn 19,30). Qui dit vrai ? Auquel des Évangiles Gibson est-il fidèle ? En fait, le film de Gibson est un collage de citations bibliques dont la cohérence n'est pas respectée.

Mais il y a davantage. Le film de Gibson enrichit les Évangiles en y ajoutant des traits qui n'y figurent pas. Le plus frappant, c'est le rôle de corédemptrice attribuée à Marie. Son action est parallèle à celle de Jésus, qu'elle supporte et encourage avec une détermination imperturbable. Constamment à l'arrière-plan, son personnage semble avoir été amplifié de manière à faire ressortir la lutte qu'elle et Satan se livrent pour accompagner Jésus dans sa Passion. Ce genre de trait appartient à une forme de dévotion mariale respectable mais absente des Évangiles. Où est la fidélité ici ? [...]

Il est couramment admis aujourd'hui, chez les historiens et exégètes des origines chrétiennes, que les Évangiles ont été rédigés au moins une trentaine d'années après les événements, et reflètent les préoccupations de différentes communautés chrétiennes de cette époque. En noircissant les autorités juives et en présentant le gouverneur romain sous un jour favorable, la jeune Église chrétienne veut sans doute se démarquer du judaïsme, dont elle est issue et avec lequel elle entre en conflit ouvert au moment de la Grande révolte de 66-70, tout en cherchant à se faire accepter comme religion légitime et politiquement inoffensive dans l'empire romain.

La fidélité à l'Évangile ne consiste pas simplement à reproduire intégralement quelques extraits tirés de leur contexte. Elle consiste plutôt en une rencontre dialogique avec un texte dont on s'approprie le sens de manière créatrice dans un nouveau contexte. Dans le titre de son article, Cornellier se demande s'il aurait fallu réinventer les Évangiles. En fait oui et Gibson le fait à sa façon, quoi qu'il en dise. Mais, en la matière, il n'arrive pas à la cheville de Denys Arcand et de son Jésus de Montréal, un excellent antidote à ce film «littéralement dégoûtant», comme dit un de mes collègues.



»» La Passion du Christ selon Mel Gibson

Jésus n'est pas un super héros

Jean-Claude Ravet
Montréal
Le Devoir lundi 29 mars 2004

La théologie sous-jacente à La Passion du Christ semble avoir aveuglé Louis Cornellier. A-t-il regardé le film à genoux comme nous y convie son réalisateur, Mel Gibson? Un peu plus de sens critique de la part d'un chroniqueur exercé pourtant à l'interprétation aurait été de mise à l'égard d'un film qui s'inspire davantage des visions quasi cinématographiques, à saveur doloriste, d'une mystique allemande du XIXe siècle que des récits évangéliques.

Quel contraste avec la sobriété des Évangiles dans la description des supplices humiliants et atroces qu'a subis Jésus. Là, rien ne le présente comme le super héros de la souffrance -- Jésus recordman dans l'épreuve d'endurance sous la torture ! -- comme s'efforce de le faire ce film. Il faut voir la scène de Jésus baisant sa croix comme d'autres son trophée ! [...]

Cet instrument de supplice n'est pas un instrument quelconque, il est réservé, selon le droit romain, aux insurgés contre l'Empire, aux séditieux et aux esclaves révoltés. C'est dire qu'il est impossible de comprendre ce châtiment éminemment politique sans s'attarder sur la vie de Jésus, sa pratique émancipatrice et son annonce de la bonne nouvelle aux pauvres et aux opprimés qui la caractérise. Ce que ne fait évidemment pas Gibson obsédé par le sang divin de Jésus [...].

À lire le récit de la vie de Jésus, on ne peut que se rendre compte que sa condamnation à mort comme subversif ne fut pas une méprise, tant sur le plan religieux que politique : il sabordait les fondements religieux de la domination et de l'exploitation en subordonnant le culte aux pratiques de justice et de partage, il contestait radicalement la divinisation du pouvoir tant juif que romain, qui légitimait l'oppression. En bref, ni la théocratie, ni le refuge dans le culte, ni la soumission à l'empire romain ne trouvait grâce à ses yeux.

Mel Gibson fait oeuvre de restauration d'un sacré hors de l'histoire, indifférent à la condition humaine; ne l'intéresse que le salut de l'âme et le culte. Et ce n'est pas la quantité phénoménale de sang ni l'intérêt obsessionnel pour la chair mutilée qui y changera quoi que ce soit. Étrange sort réservé à cet homme qui fut solidaire toute sa vie durant des pauvres et des opprimés, des humiliés et des exclus. La souffrance de Jésus est le lot d'une cohorte de torturés, d'humiliés, de crucifiés, de son temps, de tout temps. Sa mise à mort telle qu'exposée dans le film l'en éloigne scandaleusement. En faire un exploit surhumain le défigure encore plus.

Solitaire, Jésus l'a bien été, comme tous les torturés dans leur geôle obscure, mais, comme eux, solidaire -- non comme un dieu. «Lui de condition divine, s'est anéanti prenant la condition d'esclave, devenant semblable aux hommes», comme le chante un des plus anciens hymnes liturgiques chrétiens.

Saisir la signification politique de ce châtiment, c'est aussi comprendre une des raisons pourquoi la croix est devenue symbole central du christianisme. L'annonce de la résurrection par Dieu de Jésus [...] avait quelque chose d'incroyablement scandaleux et d'inouï. Celui qui sur la croix était montré comme un rebelle châtié par l'empire et par les chefs religieux comme un «méprisé» de Dieu, rejeté au sein de la lie humaine, condamné à l'oubli, voilà qu'il est déclaré le plus haut pour Dieu. Quoi de plus subversif et porteur d'espérance que ce symbole ! Contre toute espérance, le cortège des damnés de la terre se met en marche, force les portes des palais, investissent les places publiques et les temples, sortent de l'ombre et font la fête. Il y a une vie avant la mort, il faut la conquérir.

Ce film ne fait que reproduire une théologie complaisante envers les pouvoirs politiques et spiritualisante à l'excès. [...] Ce n'est pas là ce que j'appelle sublime.



»» La Passion du Christ selon Mel Gibson

La réalité fait mal

Jean-Pierre Le Page
Saint-Bruno
Le Devoir lundi 29 mars 2004

Bravo monsieur Cornellier pour vos propos saluant le film de Mel Gibson dans Le Devoir du 17 mars 2004. Comme le dit la chanson, «tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir». Beaucoup sont pour la guerre, à condition qu'il n'y ait pas de morts! On veut bien que quelqu'un produise un film sur Jésus à condition que les scènes décrivent le sermon sur les Béatitudes, les noces de Cana ou la scène bucolique où Jésus dit: «Laissez-venir à moi les petits enfants.» On se lance dans la télé-réalité, à condition que l'environnement soit fictif!

Gibson a opté pour la réalité. Alors, ce n'est pas vraiment beau à voir ! Ceux qui ne peuvent, ou ne veulent, voir ces scènes d'horreur n'auront qu'à en faire la lecture dans le Tome III des Visions d'Anne Catherine Emmerich sur la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ et de la Très Sainte Vierge - La douloureuse Passion et l'établissement de l'Église par les Apôtres (P. Tequi Éditeur).

Cette oeuvre de Anne Catherine Emmerich a été une des sources d'inspiration de Gibson. Nulle part dans les Évangiles (ou ailleurs, à ma connaissance) n'est mentionnée cette scène que l'on trouve à la page 273 : «Au moment où Jésus, après la flagellation, tomba au pied de la colonne, je vis Claudia Procle [la femme de Pilate] envoyer à la mère de Dieu un paquet de linge. [...] Revenue à elle-même, Marie vit passer devant elle son fils, tout déchiré et traîné par les bourreaux; il essuya avec sa robe ses yeux pleins de sang pour regarder sa mère. Elle étendit les mains vers lui, et suivit d'un regard douloureux la trace sanglante de ses pas. Ensuite, le peuple s'étant porté d'un autre côté, Marie et Madeleine s'approchèrent du lieu de la flagellation. Cachées par les autres saintes femmes et par quelques personnes pieuses qui les environnaient, elles se jetèrent par terre auprès de la colonne, et essuyèrent partout le sang sacré de Jésus avec le linge envoyé par Claudia. Je les vis ensuite entrer avec leur linge sanglant dans une maison peu éloignée.»

Gibson a réalisé une oeuvre magnifique, même en deça de la vérité. Quel spectateur aurait supporté une scène où «[les bourreaux] prirent un clou plus long que celui des mains, et l'enfoncèrent, à travers les deux pieds et le support, jusque dans le bois de la croix. À cause de la distension du corps, le Seigneur souffrit plus cruellement encore quand on lui cloua les pieds que lorsqu'on lui avait cloué les mains. Je comptai jusqu'à trente-six coups de marteau» (page 313). Tous les spectateurs auraient crié au scandale, au voyeurisme, etc. Que la vérité fait mal !


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

UNE ASSEMBLÉE NATIONALE MORIBONDE

Patrice Boileau, patriceboileau@videotron.ca

TRIBUNE LIBRE 29 mars 2004

C’est ce qu’a pensé 30% de l’électorat québécois le 14 avril 2003, en ne votant pas. Fortement souverainistes, ces gens ne croient tout simplement plus à la possibilité de voir un bon gouvernement résister au piège fiscal d’Ottawa. D’autres, tout aussi démoralisés par l’impasse qui perdure depuis le référendum de 1995, augmenteront ce taux d’absentéisme lors de la prochaine élection générale vers 2007, s’il n’y a toujours pas de solution concrète de proposée.

Cette malsaine désaffectation des Québécois face aux affaires politiques de leur nation est le résultat d’actions ciblées du gouvernement canadien. En neutralisant la capacité financière de l’Assemblée nationale, Ottawa accumule des surplus et vient les dépenser au Québec, semant le doute chez de nombreux Québécois quant à l’efficacité de leur Parlement. L’absence de surplus dans les coffres à Québec, malgré une période de croissance économique relativement soutenue depuis 1998, amplifie ce doute. Comment peut-il y avoir de « piège budgétaire », comme l’affirme maintenant Jean Charest, alors que l’activité économique est favorable? Qu’est-ce que cette détresse du pauvre ministre des Finances Yves Séguin, qui a peine à boucler son budget qu’il rendra public le 30 mars prochain?

La contradiction en amène plusieurs à conclure à l’incompétence des élus québécois, surtout qu’Ottawa soutient que la théorie du déséquilibre fiscal est une fabulation. De toute façon; ce cadre financier vicié va demeurer en place pour longtemps grâce au faux prétexte que brandit constamment le gouvernement du Canada pour ne pas remettre au Québec sa juste part de revenus: soit la nécessité de rembourser d’abord la dette.

Curieusement; ce règlement devient arbitrairement moins prioritaire à l’occasion. À preuve; Ottawa ne se gêne pas pour venir chez-nous dépenser nos recettes fiscales lorsque le gouvernement du Québec n’a pas l’argent : cela est vrai dans le domaine de la santé, de l’éducation et des affaires municipales. Les milliards sont-ils ainsi réellement voués à réduire la dette, face à toutes ces intrusions? Visiblement, la réponse est non : il y a bel et bien un traquenard fédéral qui empoisonne depuis près de dix ans l’Assemblée nationale du Québec dans le but de miner la confiance des Québécois envers celle-ci. Le plan canadien a porté fruits le 14 avril 2003, bien qu’en 1998; l’effet se faisait déjà sentir.

Il ne fait pas de doute que le désistement des Québécois ira en grandissant si rien ne change. Les interventions fédérales, de plus en plus nombreuses afin de « venir en aide » à Québec, le tout généreusement arrosé de propagande canadienne à coups de millions de dollars, n’amélioreront pas l’image de quéteux qui afflige déjà les membres du gouvernement Charest. Pas étonnant, dans ce contexte, de voir tant de Québécois faire preuve de sarcasme envers leurs élus.

Comment est-il possible, à la tête d’une Assemblée nationale qui inspire la risée des gens, d’entreprendre éventuellement une démarche référendaire victorieuse? L’entreprise sans lendemain paraît tout simplement suicidaire face aux écueils qu’a soigneusement placés le fédéral. Est-il nécessaire de répéter qu’une troisième défaite porterait probablement le coup de grâce à l’avenir de tout un peuple? La prudence des ténors péquistes découle d’ailleurs de ce péril. L’attentisme risque toutefois de reporter aux calendres grecques le rendez-vous avec l’histoire, aux yeux de plusieurs. Ces indépendantistes seront alors tentés d’aller rejoindre les milliers d’autres déjà installés sur la touche, démoralisés par l’absence d’espoir de se débarrasser un jour de l’obstacle fédéral.

Une élection souverainiste apparaît donc comme la seule alternative valable pour les ramener rapidement aux urnes : l’annonce qu’un appui majoritaire à la souveraineté, soit 50 % plus une voix, mettrait un terme à l’asphyxie d’Ottawa en 2007, soulèverait l’enthousiasme de ces gens! C’est donc maintenant, dans l’opposition, que les souverainistes doivent organiser une offensive efficace et proposer aux Québécois qu’ils soient imputables à l’élection de 2007, pour redonner à l’Assemblée nationale sa dignité. Le Conseil de la souveraineté peut-il ajuster son mandat et s’offrir comme agora non-partisan afin de préparer 2007? Il pourrait, par ses travaux, parvenir à influencer les principaux acteurs politiques afin qu’ils acceptent de proposer un vrai changement en 2007.



TRIBUNE LIBRE

Les fourmis et les exterminateurs

LINDA NADEAU, Laval
biseric@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 29 mars 2004

Les fourmis sont de petites bêtes activement laborieuses, encore méconnues par une certaine indifférence. Elles sont séculairement perçues comme des êtres très encombrants et embarrassants.

Pour contrer cette vertu prééminente, les exterminateurs pratiquent, d'un air condescendant, la destruction de leurs hameaux. Et cela, sans jamais obtenir satisfaction.

Confrontés à ces rebelles fourmis, les bellicismes exterminateurs, armés de leur fumigateurs, propagent une généreuse et haineuse substance ethnocide. Et cela, sans jamais obtenir satisfaction.

Elles sont coriaces ces fourmis! Se sentant en perpétuelles menaces, les xénophobes et vindicatifs exterminateurs complotent entre eux des combines d'un machiavélisme démoniaque qu'ils exécutent furtivement. Et cela, sans jamais obtenir satisfaction.

Les frivoles exterminateurs ont finalement abouti à une arbitraire imprécation, la leur. Orgueilleux, ils occultent et recusent leur impuissance. Et cela, sans jamais obtenir satisfaction.

A vouloir anéantir ces indubitables et invincibles fourmis, les exterminateurs, déphasés par leur entêtement, en sont venus à se détacher de la sémantique morale. Et cela, sans jamais obtenir satisfaction.

Ce trouble de comportement introverti n'apporte que l'incompréhension et l'aversion. Il pourait être rectifié par l'écoute des autres, l'acceptation des différences et la symbiotique amitié. Et cela, ...



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

Colère et tintamarre - 5e tintamarre: Lisa Frulla ce 29 mars

«On veut notre argent !»

La Ligue québécoise contre la propagande
canadienne et la corruption politique
Service des Communications
COMMUNIQUÉS 29 mars 2004

«Le scandale des commandites horripile les Québécois, affirme Gilles Rhéaume, et la convention de Mme Frulla est une occasion privilégiée de faire entendre la colère de tout un peuple. Voilà pourquoi nous serons présents ce lundi, de 18:15 à 19h., au coin des rues Wellington et de l'église à Verdun (à moins de 100 pas de la sortie Wellington du métro de l'église.»

«Mme Frulla doit répondre, continue le porte-parole de la Ligue, de son association à un gouvernement et à un parti qui a diliapidé près d'un milliard de dollars, depuis 1994, en pure propagande au Québec.»

«Les participants à la convention libérale dans Verdun, termine-t-il, doivent savoir que ces magouilles, qui ont enrichi, avec la complicité du gouvernement canadien, les amis des Libéraux, ne passent pas ! Les Libéraux nous donnent la nausée.»

(...)

Les personnes qui ont participé à nos tintamarres savent bien que les expressions employées par les gens qui passent sur la rue devant les manifestants emploient des termes beaucoup plus forts que ceux qui nous sont ici reprochés.

Quoiqu'il en soit nous recevons avec ouverture ces remarques amicales et nous les transmettrons aux membres de la Ligue.

La force du mouvement québécois c'est sa diversité. Il y a plusieurs demeures dans la maison souverainiste. Chacun y a sa place et a le droit de sentir à l'aise et d'être lui-même.

Je crois sincèrement que la colère du peuple québécois dans le dossier des commandites est gigantesque. Des journalistes de renom, comme Pierre Nadeau, affirment même qu'ils n'ont jamais vu une telle réprobation populaire. Plus de 80% des Francophones du Québec ne veulent pas ou plus voter pour le PLC. Les lignes ouvertes, sans arrêt, depuis 2 mois, sont truffées de commentaires très sévères au sujet des Libéraux.

Et puis franchement, les Hell's Angels qui font campagne, les agences de pub libérales qui se sont mis des millions dans les poches, les mensonges de Gagliano, de Coderre, de Martin et de Pettigrew, le cirque d'un Comité public qui distrait de l'essentiel du scandale, la Commission royale qui ne remettra son rapport que dans 2 ans selon Jean Lapierre, etc., n'est-ce pas horripilant ?

Si on était dans un autre pays, tout ce beau monde aurait dû démissionner, il serait déjà devant les tribunaux.

Et la GRC qui enquête depuis des années sans résultats ?

Et Jean Charest qui ne dit rien ?

Il y a 250,000 enfants dans la misère au Québec. Des milliers de patients dans le hôpitaux n'ont pas reçu les soins au moment où ils en avaient besoin.

Après tout, ce scandale n'est-il pas le plus grand de toute l'histoire canadienne ?

Et les 2 milliards de Ressources humaines perdus dans le décor ! Et le 160 millions de la défense nationale ? Et le milliard pour le registre des armes à feu ?

En tout respect pour l'opinion contraire, je suis de celles et ceux qui sont écoeurés de toutes ces bavures !

Je suis incapable d'adoucir ma réaction devant cette sale propagande qui pollue l'espace public québécois depuis plus de 10 ans.