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»» «l'argent et des votes ethniques»

Brutus

Michel David
Le Devoir mardi 30 mars 2004

Huit ans après le fait, plusieurs souverainistes croient toujours qu'on a injustement condamné Jacques Parizeau pour avoir montré du doigt «l'argent et des votes ethniques», le soir du référendum de 1995.

Ils seront sans doute surpris d'apprendre que Bernard Landry a été le premier à accabler son chef, déjà très abattu par la défaite. «Si vous ne démissionnez pas, je demande votre démission.» Le coup de pied de l'âne, en quelque sorte.

À la lecture du troisième et dernier tome de la remarquable biographie que Pierre Duchesne a consacrée à l'ancien premier ministre, on n'a aucun mal à imaginer M. Landry, «le feu aux joues», engueuler M. Parizeau devant tous ses collègues du comité des priorités : «C'est terrible, le monde entier va nous regarder et dire que c'est un nationalisme ethnique. On ne sera plus montrables ! Vous savez que l'on va traîner cela comme un boulet. Qu'avez-vous fait là ?»

Pauline Marois, qui dit avoir trouvé cette intervention d'une «cruauté incroyable», est sortie de la pièce dégoûtée. M. Parizeau lui-même, qui n'en était pourtant pas à un coup de poignard près, a été profondément blessé. Son épouse, Lisette Lapointe, laisse même entendre que, sans cet ultimatum, il aurait pu envisager de demeurer en poste. Cela paraît douteux, mais dans la perspective d'un congrès où M. Landry devra solliciter la confiance de gens qui vénèrent toujours l'ancien premier ministre, ces révélations tombent plutôt mal.

Sur le fond, M. Landry avait pourtant raison. La malheureuse déclaration de M. Parizeau allait devenir un boulet. À preuve, elle est revenue hanter le chef du PQ et contribuer puissamment à sa défaite durant la dernière campagne électorale, comme s'il y avait une justice immanente.

Ce qui est désolant, pour ne pas dire franchement pathétique, c'est d'apprendre que, même après l'annonce de sa démission, M. Landry a vainement tenté de convaincre M. Parizeau de précipiter son départ «pour lui laisser réaliser le rêve de sa vie, qui est de devenir premier ministre, ne serait-ce que quelques mois», avant que Lucien Bouchard ne débarque. «C'est enfantin, c'est ridicule ! Et ça, je ne le veux pas», a-t-il confié à son biographe.

***

Si les relations acrimonieuses entre Jacques Parizeau et Lucien Bouchard étaient déjà bien documentées, le livre de Pierre Duchesne révèle également l'existence de rapports souvent très tendus entre MM. Parizeau et Landry, qui n'aurait pas digéré de voir le ministère des Finances lui échapper après la victoire péquiste de 1994.

Tout le monde se souvient de la sortie que M. Landry avait faite, au printemps 1995, sur le thème de la Brigade légère qui avait été écrasée durant la guerre de Crimée. Ce qu'on ignorait, c'est qu'à la fin de septembre, à cinq semaines du 30 octobre, il essayait encore de convaincre son chef de le retarder, parce que les sondages laissaient prévoir une défaite aussi cuisante que celle du 20 mai 1980.

Aujourd'hui, M. Landry promet de tenir un référendum le plus rapidement possible après l'élection d'un gouvernement péquiste, pour peu que les circonstances soient «raisonnables». De toute évidence, en 1995, il estimait qu'elles ne l'étaient pas. La prochaine fois, se laissera-t-il encore guider par les sondages ? D'un autre côté, comment demander à un homme responsable de conduire sciemment les siens à l'abattoir ?

Il n'était d'ailleurs pas le seul à ne pas croire aux chances du Oui. À la fin de l'été, le propre chef de cabinet de M. Parizeau, Jean Royer, le fidèle d'entre les fidèles, ne croyait pas qu'il puisse faire mieux que 45 %. Sauf qu'il ne voyait pas comment l'opération pourrait être annulée sans provoquer la démission de son patron. Était-ce ce qu'envisageait déjà Bernard Landry ?

***

À le lecture du livre de Pierre Duchesne, on ne peut qu'admirer la détermination -- ou l'entêtement, c'est selon -- de M. Parizeau à tenir son référendum envers et contre tous. Si seulement il avait accepté de lire le discours nettement plus serein que Jean-François Lisée lui avait préparé en catastrophe, le soir du 30 octobre, on lui aurait presque pardonné de l'avoir perdu.

Même Louis Bernard, à qui M. Parizeau avait confié le soin de préparer les négociations avec le reste du Canada, jugeait qu'une défaite honorable était préférable à une victoire serrée, qui n'aurait donné aucun rapport de force favorable au Québec.

À ce jour, le rapport de quelque 700 pages préparé par le Secrétariat temporaire pour l'examen des relations économiques après la souveraineté (STERES) est demeuré «top secret». Si Jean Charest voulait faire oeuvre de transparence utile, il devrait le rendre public en même temps que le plan O.

Pierre Duchesne, qui y a eu accès, fait cependant état d'un différend majeur entre MM. Parizeau et Bernard. Le rapport du STERES prévoyait bien que le Québec réclamerait un siège à l'ONU, mais pas à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), où le Québec et le Canada parleraient d'une seule voix.

M. Parizeau a trouvé qu'il y avait tellement de mise en commun avec le reste du Canada dans ce rapport que, à ses yeux, ce n'était plus de la souveraineté, mais du fédéralisme renouvelé. «Tablettez-moi ça. Débandez le comité, ce n'est pas ce que je veux !», a-t-il rugi.

Il n'est pas difficile d'imaginer les débats épiques qui l'auraient opposé à Lucien Bouchard, le jour où le négociateur en chef aurait pris connaissance du rapport du STERES. Au lendemain d'un Oui, qui aurait réellement été le patron ?

mdavid@ledevoir.com



»» Nouvelles révélations sur la défaite référendaire de 1995

LANDRY A EXIGÉ LA DÉMISSION DE PARIZEAU

Karim Benessaieh
La Presse mardi 30 mars 2004

Au lendemain de la défaite référendaire de 1995, Bernard Landry a carrément adressé un ultimatum à celui qui était alors son chef, Jacques Parizeau, pour le contraindre à démissionner. Si le chef péquiste n'avait pas quitté ses fonctions, M. Landry, à titre de vice-premier ministre, le lui aurait demandé publiquement.

" Ça a déstabilisé complètement Jacques Parizeau, il en a été profondément blessé et il n'en avait jamais parlé à qui que ce soit ", précise Pierre Duchesne, auteur de la

biographie non autorisée de l'ex-premier ministre dont le troisième tome arrivera en librairie demain.

On y apprend en outre que Lucien Bouchard détestait le Parti québécois au point d'avoir songé à créer un nouveau parti politique provincial en 1991. Cette " troisième voie " aurait été dirigée par le président du Mouvement Desjardins de l'époque, Claude Béland.

" Lucien Bouchard est incapable d'imaginer qu'il va s'insérer de quelque façon que ce soit à l'intérieur du PQ, analyse M. Duchesne."

Il n'a pas aimé la façon dont les militants se sont comportés à l'égard de Lévesque, de Pierre Marc Johnson... et il a de la difficulté avec Jacques Parizeau. " Cette troisième voie tombe à l'eau avec le refus de Claude Béland d'y participer.

L'auteur revient sur le fameux plan " O " du gouvernement Parizeau et ses préparatifs financiers qui lui auraient permis de disposer de 17 milliards advenant une fuite massive des capitaux- somme à laquelle se seraient ajoutés 20 milliards de liquidités provenant des principales institutions financières.

Anecdote plutôt cocasse, Jacques Parizeau lui-même révèle que Brian Mulroney lui avait proposé un poste de sénateur " indépendant ", sans lien avec un parti fédéral, en 1987. La manoeuvre, selon Parizeau, visait surtout à empêcher son retour en politique. " Alors il y avait la possibilité qu'on se retrouve avec Jacques Parizeau comme sénateur indépendant... indépendantiste, note le biographe. Évidemment, il a refusé. "

Landry et le " feu aux joues "

Mais ce troisième volet de la biographie de Parizeau, baptisé Le Régent, fait surtout la lumière sur les circonstances troubles qui ont entouré la fameuse déclaration sur l'argent et le vote ethnique. Le 30 octobre au soir, peu de temps après la victoire du NON, Jean-François Lisée rédige à la sauvette un discours de défaite qu'il veut " positif et gracieux ". Étrangement, l'équipe péquiste n'avait rien prévu en cas de défaite.

Le texte du discours, publié pour la première fois dans Le Régent, commence par " Un extraordinaire événement s'est déroulé aujourd'hui ". Le ton déplaît au premier ministre. " Jacques Parizeau le reçoit quelques instants avant de monter sur scène, le regarde, le plie, le remet dans sa poche, a raconté M. Duchesne en point de presse. Il ne veut pas le faire, il est en colère, il est déçu, il est totalement déstabilisé par le vote. "

L'entourage du premier ministre est préoccupé par son état d'esprit. " C'est vraiment pour Jacques Parizeau la fin de sa vie, il me l'a dit: c'était une perte aussi douloureuse que la mort d'Alice (devenue sa femme en 1956, elle a succombé au cancer en 1989) ", dit le biographe.

À 23 h 11, il monte sur la scène du Palais des congrès. " Les trois cinquièmes de ce que nous sommes ont voté OUI ", lance-t-il d'emblée avant d'ajouter: " On a été battus au fond par quoi? Par l'argent puis des votes ethniques, essentiellement. "

La déclaration suscitera un tollé dont on ressent encore l'onde de choc, plus de huit ans plus tard. Le 31 octobre 1995 au matin, Bernard Landry appelle son chef et le menace sans détour. " Il lui dit: vous devez démissionner sinon j'en fais la demande publiquement ", rapporte Pierre Duchesne. Quelques heures plus tard, Jacques Parizeau préside une réunion du comité des priorités qui regroupe ses principaux ministres. Bernard Landry a " le feu aux joues " et réclame encore, avec Guy Chevrette, le départ de Parizeau. " Ç'a été un comité des priorités très difficile ", note M. Duchesne. Au moins trois ministres- Louise Harel, Pauline Marois et Jean Campeau- se rangent cependant du côté de leur chef et lui conseillent de ne pas démissionner.

Le soir même, au Salon rouge de l'Assemblée nationale, il annonce son départ.

Au bureau de M. Landry, à Québec, on se refusait hier à tout commentaire. " On va bien le lire d'abord ", a expliqué l'attachée de presse, Annick Bélanger. Mêmes précautions du côté de M. Parizeau; sa femme, Lisette Lapointe, a déclaré que l'ex-premier ministre n'entendait pas faire de commentaires avant plusieurs jours.



»» «l'argent et des votes ethniques»

Après «le vote ethnique», Landry a exigé de Parizeau sa démission

Kathleen Lévesque
Le Devoir mardi 30 mars 2004

Pierre Duchesne publie le troisième tome de la biographie non autorisée de Jacques Parizeau

Quelques heures après le discours de Jacques Parizeau sur l'argent et le vote ethnique, le soir de la défaite référendaire de 1995, Bernard Landry téléphone au premier ministre et exige sa démission. Cet ultimatum blesse profondément M. Parizeau, qui ne donnera aucune chance à M. Landry de lui succéder.

Ce fait inédit a été révélé par le journaliste Pierre Duchesne, qui lançait hier le troisième tome de la biographie non autorisée de Jacques Parizeau, publiée aux Éditions Québec-Amérique. Après Le Croisé et Le Baron, Le Régent couvre la période de 1985 à 1995, soit de l'arrivée de M. Parizeau à la tête du Parti québécois jusqu'à l'aventure référendaire. Pierre Duchesne jette un nouvel éclairage sur les relations houleuses entre Bernard Landry et Jacques Parizeau.

Le lendemain matin de la défaite référendaire de 1995, le téléphone sonne à la résidence du premier ministre. Jacques Parizeau se souvient: «Si vous ne démissionnez pas, je demande votre démission», lui lance alors Bernard Landry. L'épouse de M. Parizeau, Lisette Lapointe, est en colère et soutient que cet appel a peut-être influencé la rapidité de la décision de son mari, qui est «assommé», confie-t-elle.

Puis, M. Parizeau préside une réunion du comité des priorités vers 9h30, ce matin-là. Dès l'arrivée de M. Parizeau, Bernard Landry s'enflamme; il a «le feu aux joues et il est extrêmement agressif», raconte le biographe. «C'est terrible!, lui reproche Bernard Landry, le monde entier va nous regarder et dire que c'est un nationalisme ethnique. On ne sera plus montrables! Vous savez que l'on va traîner cela comme un boulet. Qu'avez-vous fait là?».

Bernard Landry réclame de nouveau sa démission, ainsi que Guy Chevrette. En présence de Jacques Parizeau, on discute alors de la succession; Bernard Landry va jusqu'à proposer de prendre la relève. Pierre Duchesne, dont le travail s'est étalé sur sept ans et qui s'appuie sur de nombreux documents ainsi que sur des entrevues réalisées auprès de 170 personnes, a expliqué hier à quel point Pauline Marois était choquée par de tels propos.

«Pauline Marois trouve ça tout à fait odieux et déplacé. Elle a une autre attitude. Elle n'a pas la même dureté que Bernard Landry peut avoir. Elle aussi aimerait succéder à M. Parizeau, mais elle n'est pas pressée de l'exprimer. Et, sur le vote ethnique, elle ne condamne pas M. Parizeau», a-t-il souligné.

Ce dernier a également rappelé que la démarche de Bernard Landry ne s'arrête pas là. En coulisses, il tentera de pousser son chef vers la porte de sortie, comme le révèle M. Parizeau au biographe lors d'un des très nombreux entretiens que les deux hommes ont eus. «Landry me fait passer des messages par Royer [chef de cabinet] et par toutes sortes de canaux et il me supplie de démissionner pour lui laisser réaliser le rêve de sa vie, qui est de devenir premier ministre, ne serait-ce que pour quelques mois à peine, parce qu'il voit bien Lucien Bouchard arriver. C'est enfantin, c'est ridicule! Et ça, je ne le veux pas», raconte Jacques Parizeau.

M. Parizeau ne quittera son poste qu'en janvier 1996 et procédera même à un remaniement ministériel dans les mois précédents, pour confier à Pauline Marois l'important ministère des Finances, qui lui donnera une grande visibilité.

Le livre de plus de 600 pages recèle bien d'autres faits sur les «intrigues» entourant le référendum. Ainsi, le biographie raconte comment Jacques Parizeau avait préparé dans le détail les lendemains du référendum.

Dans l'éventualité d'une victoire, le gouvernement Parizeau avait un plan d'action élaboré dans le plus grand secret. On avait prévu que 180 personnalités, des fédéralistes, des gens d'affaires, feraient dans les jours suivants un appel au ralliement. Sur cette liste, que le biographe n'a pas vue mais dont de nombreux témoins confirment l'existence, apparaissaient les noms de l'actuel ministre libéral des Finances, Yves Séguin, et du maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Aussi, le ministre des Finances d'alors, Jean Campeau, avait rencontré son homologue fédéral, Paul Martin, aujourd'hui premier ministre du Canada, pour discuter de la turbulence économique qu'aurait pu engendrer une victoire du Oui. Selon le témoignage de M. Campeau, les deux hommes avaient convenu de se rencontrer rapidement au lendemain du référendum.

Par ailleurs, pour contrer un refus du premier ministre Jean Chrétien de reconnaître une majorité en faveur de la souveraineté, l'équipe Parizeau avait envoyé un émissaire, Rodrigue Biron, auprès du chef du Parti réformiste, Preston Manning. Ce dernier s'est dit prêt à accepter les résultats. M. Manning a précisé au biographe qu'il entendait demander la démission de Jean Chrétien et qu'il avait préparé une motion à cette fin, qu'il aurait présentée rapidement à la Chambre des communes.

Il semble que Lucien Bouchard, à qui le camp du Oui avait confié le rôle de négociateur, n'était pas au courant de toutes ces démarches: les relations entre MM. Bouchard et Parizeau étaient très tendues. En fait, Lucien Bouchard détestait tellement le Parti québécois qu'il a songé à créer un parti politique pour concurrencer la formation de Jacques Parizeau. Pierre Duchesne dévoile que, en 1991, M. Bouchard, qui était alors chef du Bloc québécois, avait demandé au président du Mouvement Desjardins de l'époque, Claude Béland, de prendre la tête d'un nouveau parti politique. L'ancien président de la CSN, Gérald Larose, était présent à cette rencontre. Jacques Parizeau n'en savait rien, mais il craignait la naissance d'une troisième voie.

Lucien Bouchard n'a jamais accepté de collaborer à la biographie de Pierre Duchesne et ne voulait pas être mis en opposition ouverte avec Jacques Parizeau. M. Duchesne a expliqué hier que M. Parizeau haussait le ton lorsqu'il abordait les événements touchant Lucien Bouchard. L'intervention de M. Bouchard durant la campagne référendaire aurait exacerbé cette vieille incompatibilité. M. Parizeau a toujours refusé l'interprétation selon laquelle il avait été forcé de modifier sa stratégie.

Ces événements délicats, qui soulèvent beaucoup d'émotions, ont d'ailleurs failli faire dérailler le projet d'écriture de Pierre Duchesne. Avant la publication du premier tome, M. Parizeau avait menacé de mettre fin à sa collaboration. Il y a environ trois semaines, MM. Duchesne et Parizeau ont discuté de la publication du Régent. «M. Parizeau est très nerveux au sujet de comment tout cela sera reçu», a affirmé M. Duchesne.

Ce troisième tome de la biographie de Jacques Parizeau retrace également les conditions de l'accession de celui que l'on surnomme Monsieur à la présidence du Parti québécois. Les trois premiers chapitres du Régent sont une démonstration de sabotage du leadership d'un chef que l'on veut remplacer. Les opérations souterraines menées par l'entourage de M. Parizeau auront d'ailleurs entraîné le départ de Pierre Marc Johnson.

Pierre Duchesne conclut son livre en rappelant que, lorsque «le coeur de cet homme aura cessé de battre, le Québec aura indiscutablement perdu le plus tenace et le plus dérangeant porte-étendard de l'idée d'indépendance». À la veille d'une élection fédérale, l'acharnement de Jacques Parizeau pourrait bien se poursuivre, lui qui a donné l'assurance qu'il sera de toutes les campagnes.



»» Discours controversé de 1995

Landry a exigé la démission de Parizeau

Lia Lévesque
PC Le Soleil mardi 30 mars 2004

Montréal - Le dernier tome de la biographie non autorisée de Jacques Parizeau, écrite par le journaliste Pierre Duchesne, lève le voile sur des faits inédits, comme la demande de démission de M. Parizeau faite par Bernard Landry, quelques heures après son discours controversé du soir du référendum de 1995.

On y dévoile également un discours de défaite, que M. Parizeau avait choisi d'ignorer, pour plutôt livrer le controversé discours attribuant la défaite référendaire à "l'argent puis des votes ethniques, essentiellement".

Le discours rédigé, le soir même, par Jean-François Lisée pour M. Parizeau s'inspirait plutôt d'une acceptation de la défaite. M. Lisée suggérait à M. Parizeau de dire aux militants souverainistes réunis que "René Lévesque serait fier de nous ce soir" et que "vous avez fait faire à la souveraineté du Québec un énorme pas en avant". M. Parizeau aurait dû y faire référence à la poursuite du combat pour la souveraineté du Québec, en affirmant "je vous invite à inventer, dès demain, la nouvelle route qui nous mènera à notre pays".

Celui qui était alors vice-premier ministre, Bernard Landry, a été outré d'entendre ce discours de M. Parizeau, relate le journaliste et auteur. Dès le lendemain matin, lors d'une réunion, M. Landry réclame la démission de M. Parizeau. "Le vice-premier ministre ne cesse de répéter à Jacques Parizeau que, par ses propos, il a fait reculer le mouvement souverainiste de 20 ans", rapporte l'auteur. M. Landry confirme qu'il a demandé la démission de M. Parizeau. "Je le lui dis d'ailleurs très franchement", admet-il.

En conférence de presse, l'auteur Duchesne signale toutefois que M. Parizeau a déjà affirmé à son frère et à son épouse, bien avant cette soirée référendaire, que s'il perdait le référendum, il démissionnerait dès le lendemain. Il n'était, semble-t-il, pas intéressé à diriger une simple province, à gérer une défaite.

L'ouvrage nous apprend également qu'en décembre 1991, alors qu'il était chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard avait déjà songé à instituer un troisième parti politique au Québec, ne se sentant pas à l'aise de s'"unir" et de s'"insérer dans le Parti québécois". "C'est un parti trop militant. Ils n'ont pas de coeur ces gens-là", aurait lancé M. Bouchard lors d'une réunion.

M. Bouchard cherchait d'ailleurs à convaincre l'ancien président du Mouvement Desjardins, Claude Béland, de diriger ce futur parti politique qu'il espérait voir naître. M. Béland, nouvellement souverainiste, refusa.

L'existence de cette rencontre aux bureaux du Bloc québécois à Montréal et de la conversation est confirmée dans l'ouvrage par MM. Béland et Gérald Larose, l'ancien président de la CSN, qui y assistait.

Le sénateur Parizeau

L'ouvrage regorge d'anecdotes intéressantes. En conférence de presse, l'auteur a lui-même souligné qu'à l'automne 1987, le premier ministre du Canada d'alors, Brian Mulroney, aurait offert un poste de sénateur à Jacques Parizeau, un poste de sénateur indépendant, peu de temps avant que celui-ci devienne chef du Parti québécois.

L'auteur fait également référence aux actions préparatoires d'avant le référendum de 1995, dont l'élaboration d'"une liste de 180 noms de gens qui étaient prêts, après coup, pas avant, à dire '' il y a eu un vote, rallions-nous ''". Il s'agirait de personnalités influentes, de tous horizons, prêtes à inviter tous les Québécois au ralliement, à la solidarité.

Le troisième tome, qui compte plus de 600 pages, est basé notamment sur des entrevues avec 170 personnes, dont M. Parizeau lui-même, mais pas Lucien Bouchard, qui s'y est toujours refusé, a précisé M. Duchesne. "J'ai tout essayé. Il a toujours refusé, disant qu'il ne voulait pas être en opposition avec M. Parizeau."

L'ouvrage est intitulé Jacques Parizeau tome III, Le Régent, 1985-1995 et a été lancé hier à Montréal par l'auteur et les Éditions Québec Amérique.



»» «l'argent et des votes ethniques»

New bombshell book on Parizeau sears Landry, Gérald Tremblay

DON MACPHERSON
The Montréal Gazette Tuesday, March 30, 2004

Unauthorized bio. Mayor lined up in '95 to back ex-premier

Jacques Parizeau giving his infamous "money and ethnic votes" speech on referendum night 1995.

Author Pierre Duchesne says Jacques Parizeau has been "passably nervous" about the publication yesterday of Le Régent (The Regent), the third and final volume of Duchesne's unauthorized biography of him. Other politicians should be even more nervous.

Duchesne has dropped a 604-page bombshell on Quebec politics. The flying shrapnel won't help the careers of active politicians such as Bernard Landry and Gérald Tremblay. And it endangers the reputations of retired ones such as Lucien Bouchard, Brian Mulroney and Preston Manning.

In the book, Duchesne reports:

Parizeau's wife blames Landry for forcing Parizeau to step down as premier after his "money and ethnic votes" speech on referendum night in 1995, by threatening the morning after to demand Parizeau's resignation publicly, though Parizeau himself insists he'd already made up his mind to go. (Parizeau meant "money and anglophone votes," he told journalist Francine Pelletier for the English version of her recent television documentary on him.)

Even so, Landry then had the nerve to plead with Parizeau the same morning to let him be interim premier for just a few months until Bouchard took over permanently, to the disgust of some other ministers.

- Montreal Mayor Tremblay, as well as his predecessor Pierre Bourque and the present Liberal finance minister Yves Séguin were among 180 Quebec personalities, federalists as well as sovereignists, whom Parizeau had lined up to back his bid for a unilateral declaration of independence after even the narrowest of victories in the referendum.

- Bouchard so detested the Parti Québécois, its members and Parizeau that five years before he replaced Parizeau as its leader in 1996, he tried to persuade businessperson Claude Béland to join him in forming a rival nationalist party.

- Mulroney offered Parizeau an appointment as Canada's first secessionist senator. This was in 1987 while Parizeau was out of active politics. Parizeau suspects the offer was an attempt to prevent his hard-liner takeover of the PQ.

Duchesne's disclosures may alienate the Parizeau cult within the sovereignist movement from Landry, whose leadership of the PQ is already wobbly. On the weekend, party vice-president Marie Malavoy called on Landry to say by fall whether he intends to continue as leader after next year's PQ convention.

And Pauline Marois, who is already campaigning more or less openly for Landry's job, may receive a boost among Parizeau's admirers from Duchesne's reporting that she was Parizeau's choice to succeed him, and that she was among those who tried to persuade him not to resign after the referendum.

Tremblay's already shaky credibility in the federalist former suburbs considering demerging this year could be further damaged by the disclosure that he would have supported Parizeau's bid for a UDI, either knowingly or as a dupe, after a referendum that could have been decided by the No votes stolen by sovereignist scrutineers.

Parizeau's "10-day plan" to sustain the momentum toward sovereignty in the days immediately following a Yes vote in the referendum included a monster rally at the Olympic Stadium. He also counted on English Canada forcing the Quebecer Jean Chrétien to resign as prime minister for losing the referendum, and on the financial community to press for a quick agreement on the terms of political separation. And he knew that Manning, then leader of the Reform Party, the second most important federal party in English Canada, would accept a simple majority in favour of sovereignty.

The book describes the personal ambitions and rivalries within the sovereignty movement between René Lévesque's resignation in 1985 and Parizeau's 10 years later. It begins with Parizeau overthrowing Bouchard's friend Pierre Marc Johnson as leader, one reason Bouchard considered the PQ "too militant" and its members "heartless." After Bouchard in turn took over from Parizeau, he unsuccessfully tried to get rid of his predecessor and his frequent public criticism by offering to appoint him Quebec's representative in London. Parizeau declined.

And it presents a detailed, behind-the-scenes description of Parizeau's meltdown on referendum night, as excruciating and fascinating to read as it would be to watch a train wreck developing in slow motion.

Le Régent, published by Québec Amérique in French only, is to go on sale tomorrow.

dmacpher@thegazette.canwest.com



»» «l'argent et des votes ethniques»

Parizeau felt betrayed, book says

RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Tuesday, March 30, 2004

Landry demanded Parti Québécois premier resign after 1995 referendum

Montreal PQ - Quebec deputy premier Bernard Landry demanded that Jacques Parizeau resign immediately after the defeat of the 1995 referendum on sovereignty, a move the premier saw as a betrayal at his most vulnerable moment, says a biography released yesterday.

"And Landry begged me to resign after [the] Oct. 30 [referendum] to allow him to realize the dream of his life, which was to become premier if only for a few months since Lucien Bouchard was about to arrive [as Parti Québécois leader]. It is childish, it's ridiculous," Mr. Parizeau said in an interview published in the third volume of author Pierre Duchesne's unauthorized biography, Jacques Parizeau 1985-1995: Le Régent.

Although Mr. Parizeau had often indicated he would resign in the event of a referendum defeat, Mr. Landry's intervention probably helped tip the scale. Mr. Landry had the support of key players such as senior PQ cabinet minister Guy Chevrette and Mr. Parizeau's chief of staff, Jean Royer.

They were all upset over Mr. Parizeau's comments on the night of the referendum blaming the defeat "on money and ethnic votes."

According to the author, Mr. Landry threatened to resign from the government if Mr. Parizeau had chosen not to announce his resignation. "If you don't resign, I will demand that you resign," Mr. Landry is reported to have told Mr. Parizeau.

The only character missing from the drama that followed the referendum defeat was Mr. Bouchard, who refused numerous attempts by the author to discuss the matter.

In another revelation, the book said former prime minister Brian Mulroney tried to lure Mr. Parizeau away from taking over the PQ in 1987 by offering him a seat as an "independent" member of the Senate. "Brian Mulroney saw I was making a political comeback," Mr. Parizeau said. "It was then that he offered me a Senate seat just before I ran [for the PQ leadership]. It was during the free-trade debate in the fall of 1987," when the two men were on the same side of the issue.

The biography confirms the deep rift within the sovereignty movement between those led by Mr. Parizeau, who wanted outright political independence, and the so-called "soft sovereigntists" such as Mr. Landry and Mr. Bouchard, who wanted a new political arrangement for Quebec within Canada.

"Mr. Parizeau's determination to hold the referendum was the only reason why it was ever held," Mr. Duchesne said yesterday, adding that many people such as Mr. Royer, Mr. Landry and Mr. Bouchard tried to discourage it.

Mr. Landry was unavailable for comment yesterday.

Two accounts in the book illustrate the ideological battle that confronted Mr. Parizeau throughout his tenure as party leader.

First there was the attempt by Bloc Québécois leader Bouchard to create a third political party in Quebec to confront the reigning Liberals and Mr. Parizeau's PQ.

Mr. Bouchard was never comfortable with Mr. Parizeau's drive for political independence. According to the author, Mr. Bouchard and former union leader Gérald Larose met the president of the Mouvement Desjardins, Claude Béland, to invite him to head the new party. Mr. Béland refused and the idea was dropped. The book does not mention that Mr. Bouchard first attempted to create this party in 1988, when he was a federal Conservative cabinet minister. Mr. Bouchard was convinced that Mr. Parizeau's decision to promote a hard-line, pro-independence platform in the 1989 provincial election would lead the PQ to disaster. Instead, the PQ received 40 per cent of the popular vote, a far more respectable showing than Mr. Bouchard had anticipated, and the idea of forming a third party was put on hold.

The second illustration of Mr. Parizeau's determination to break all ties with Canada following a referendum victory can be found in a key document obtained by Mr. Duchesne outlining the Quebec government's negotiating strategy in the event of a referendum victory.

The negotiating committee proposed that Quebec request a seat at the United Nations but not at the World Trade Organization, arguing that Quebec's trade interests would be better served as part of a "Canadian union" team. An enraged Mr. Parizeau rejected the idea, saying Quebec would not form a country simply to allow Canada to negotiate trade issues on its behalf.

Mr. Parizeau refused a request to comment directly on the book. However, in an interview he did venture one observation: "It is better to avoid losing. It comes down to that. Don't lose."



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Ce Monsieur qui valait bien 1800 pages...

Michel Vastel
Le Soleil mardi 30 mars 2004

Chronique politique - Je n'ai jamais aimé Jacques Parizeau, mais je l'admirais beaucoup. Après le troisième Tome de la biographie de Pierre Duchesne - Le Régent (1985-1995), Éditions Québec Amérique - , je le déteste encore plus, mais je l'admire davantage. Ni "croisé", ni "baron", ni "régent", il est un dangereux manipulateur doublé d'un homme de pouvoir. Son seul mérite est d'avoir voulu mettre ce pouvoir au service d'un peuple...

Quel souffle ce Duchesne ! Et quel courage ! Cent cinquante heures d'entrevues avec Jacques Parizeau, je ne l'aurais point supporté. Mais grâce à lui, nous avançons encore un peu plus dans l'histoire du mouvement indépendantiste. Et c'est truffé de révélations saugrenues comme cette idée qu'eut le couple Parizeau d'aller coucher au Ritz-Carlton le soir du référendum du 30 octobre 1995. Se croyait-il déjà chef d'État ?

Le livre donnera des frissons au Canada anglais. Face à un Jean Chrétien qui, jusqu'à la dernière minute, refusa d'envisager le pire, Jacques Parizeau et une cohorte de conseillers avaient tout prévu : les conséquences financières, les pressions diplomatiques, l'enthousiasme du peuple qu'il fallait continuer de nourrir... S'il est une conclusion qu'il faut retenir de ce document d'archives assemblé par Duchesne c'est que le Québec était prêt à devenir un État tant son équipe dirigeante - analystes financiers, diplomates, leaders politiques - étaient prêts à assumer une victoire du OUI. Allons, le Québec n'aurait pas eu l'air d'une république de bananes au Fonds monétaire, aux Nations unies, ou à... Ottawa !

Il n'est pas sans intérêt d'apprendre - ce que j'ai longtemps soupçonné ! - qu'un grand nombre de personnalités québécoises, fédéralistes pour un grand nombre, se fussent ralliées au verdict populaire : quelle belle leçon de démocratie pour les Québécois au pouvoir à Ottawa et leurs mandarins qui préparèrent à la hâte un plan B ! Et comme j'ai toujours pensé que les Canadiens de l'Ouest sont de grands démocrates, je suis certain qu'eux aussi eussent fait pression sur Ottawa pour qu'il accepte le résultat, aussi serré fut-il.

Ceci dit, c'est le NON qui a gagné, auquel Jacques Parizeau n'était pas davantage préparé que Jean Chrétien au OUI! Il y a quelque chose de tragique à voir "Monsieur" "se renfermer dans lui-même" au lieu d'assumer sa défaite. Peut-on suggérer que s'il avait continué à diriger le gouvernement du Québec, l'histoire eût pris un autre cours.

Il y aurait certainement eu un autre référendum - canadien ou québécois d'ailleurs - qui eût une fois pour toutes clarifié la question. D'ailleurs, soudain pris de remords, il confiait en novembre 2003 à son biographe : "Si j'avais su que Bouchard s'efouarrerait comme ça, je n'aurais jamais démissionné..." Trop tard, Monsieur ! (En passant, Pierre Duchesne ayant rencontré l'ancien premier ministre à 61 reprises entre 1997 et 2003, les notes de bas de page, qui accompagnent les réflexions de Jacques Parizeau, dûment datées, jettent un éclairage important sur l'évolution de la pensée du Monsieur...)

Pour dire le moins, la défaite ne grandit pas les chefs indépendantistes. Lucien Bouchard d'abord, qui ne m'avait jamais caché son aversion pour Jacques Parizeau du temps où nous étions ensemble à Ottawa, ne paraît pas sous un très bon jour dans ce livre. "Jamais je ne vais m'unir puis m'insérer dans le Parti québécois, lui fait-on dire. C'est un parti trop militant. Ils n'ont pas de coeur ces gens-là !"

Holà monsieur Bouchard. Pourquoi donc avez-vous accepté de participer à la campagne référendaire au point de reléguer dans l'ombre son vrai chef ? Étaient-ce les feux de la rampe qui, tel un papillon, vous y attiraient ? Et pourquoi donc avez-vous accepté de diriger ce parti ? L'attrait du pouvoir, peut-être ?

Jacques Parizeau n'a pas davantage joué franc-jeu avec ses partenaires du référendum - Bouchard et Mario Dumont. On soupçonnait qu'il existait un Plan O pour sauver les titres financiers de la débâcle. On se doutait qu'en chef de gouvernement responsable, Jacques Parizeau avait prévu toutes les suites à donner à la victoire du OUI, ce que fit le Secrétariat temporaire pour l'examen des relations économiques après la souveraineté (STERES). Mais la description du "Plan des 10 jours" (qui devaient suivre le référendum) confirme ce que les propres Mémoires de Jacques Parizeau, en 1997, laissaient deviner : les homards, une fois entrés dans la cage, n'en seraient pas sortis facilement !

Cela ne fait pas partie du livre de Duchesne puisque celui-ci s'achève avec l'année 1995, mais la révélation du "Grand jeu" de Jacques Parizeau, en mai 1997, avait déclenché toute une tempête à Québec. Bernard Landry y avait vu la fin d'une amitié vieille de 20 ans. Et Lucien Bouchard assura qu'il aurait dénoncé cette tentative de proclamer la souveraineté du Québec avant la fin des négociations prévues avec Ottawa. "Cause toujours !", serait-on tenté d'ajouter. S'il est un mérite que les trois livres de Pierre Duchesne ont en commun, c'est de démontrer que Jacques Parizeau n'est pas homme à s'en laisser imposer...

Enfin, Jean-François Lisée s'est arrangé pour que l'on connaisse le mot à mot du vrai discours que Jacques Parizeau aurait dû prononcer le soir du 30 octobre 1995. Rédigé à la hâte, littéralement "sur un coin de table", ce texte offre de fort jolies formules. "La souveraineté du Québec n'est pas tout à fait née aujourd'hui, aurait dû dire Parizeau. Mais le statu quo canadien est définitivement mort...". Lisée est dans l'erreur : il n'y a jamais de statu quo dans un régime politique. On avance ou on recule, et le Québec n'a cessé de reculer depuis lors.

Manifestement inspiré, Jean-François Lisée écrit encore, pour Jacques Parizeau : "Je n'ai pas reçu le mandat de me contenter du statut du Québec..." Soit ! Mais alors, pourquoi Lisée s'est-il aussitôt mis au service d'un premier ministre, Lucien Bouchard, qui n'a rien fait d'autre pendant cinq ans ?

MVastel@lesoleil.com



»» Le scandale des commandites

Un deuxième témoin contredit Gagliano

Gilles Toupin
La Presse mardi 30 mars 2004

Ottawa - Encore une fois, un témoin clé dans l'affaire du scandale des commandites a contredit hier devant le comité des comptes publics l'ancien ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano.

Celui-ci a affirmé lors de sa comparution, le 18 mars dernier, que le vérificateur interne du Ministère l'avait informé en septembre 2000 que les ratés du programme n'étaient que de nature administrative.

Norman Steinberg, le directeur général de la vérification et de l'éthique à Travaux publics, a rejeté catégoriquement cette version des faits. " Je suis profondément perturbé, a déclaré M. Steinberg, par le fait que certains ont cru que nous avions caractérisé les problèmes comme des problèmes administratifs. Je suis d'avis qu'il s'agissait de fautes importantes et inacceptables. "

M. Steinberg a raconté que lors d'une rencontre avec M. Gagliano le 25 septembre 2000, pour lui faire part du contenu du rapport de vérification interne sur le programme de commandites, il avait fourni une copie du rapport au ministre ainsi qu'un document d'information qui résumait les principales conclusions de l'enquête.

M. Steinberg a affirmé que les problèmes énumérés dans sa vérification interne de 2000 étaient beaucoup plus que de simples problèmes " administratifs "- contrairement à ce qu'a soutenu M. Gagliano- et que le processus de sélection pour choisir les agences de communication ne respectait ni l'esprit ni la lettre des règles établies par le Conseil du Trésor. Le rapport qualifiait le processus d'approbation et de prise de décision des commandites de " subjectif ", ajoutant que le cadre de gestion du programme était " inadéquat " et qu'il ne garantissait pas que le gouvernement obtienne le meilleur rapport qualité-prix possible. Pour démontrer la gravité des malversations constatées dans son rapport et qui ont été corroborées en février dernier par la vérificatrice générale Sheila Fraser, M. Steinberg a déclaré que les problèmes qu'il a soulignés au ministre touchaient le moteur du programme, " le volant et les freins du programme, pas la climatisation ou la radio du programme ".

Le témoin a de plus contredit M. Gagliano sur un autre point. Selon M. Steinberg, l'ancien ministre ne lui a jamais demandé, comme ce dernier l'a prétendu le 18 mars, si le contenu du rapport de vérification du mois d'août 2000 contenait des révélations de nature criminelle qui auraient nécessité " d'appeler la police ". " Je n'ai aucun souvenir qu'il ait dit cela ", a témoigné le fonctionnaire.

Par ailleurs, M. Steinberg a précisé que ses experts en fraude au Ministère, des anciens policiers de la GRC, l'avaient assuré à l'époque qu'il n'y avait pas eu d'actes criminels dans la gestion du programme de commandites.

Le président du comité des comptes publics, le conservateur John Williams, a réagi à cette affirmation en disant qu'il " doit y avoir eu beaucoup d'erreurs et beaucoup de mauvaises conclusions tirées par un nombre affreux de personnes pour conclure cela. Nous savons que cela n'a pas été le cas. Il y a eu de sérieuses irrégularités que je croirais de nature criminelle. Nous avons d'ailleurs, à l'heure actuelle, un certain nombre d'enquêtes policières en marche. "

M. Williams s'est déclaré " préoccupé " par le fait qu'une vérification interne comme celle d'août 2000 sur le programme de commandites ait été traitée de manière aussi routinière.

" Quand ils ont identifié que l'environnement du programme de commandites était à haut risque, a-t-il dit, ils ne sont pas retournés pour faire le suivi de cet environnement à haut risque. Il l'ont laissé aller encore quatre ans. "

M. Steinberg a aussi révélé au comité des comptes publics qu'il y a tenu des séances d'information sur le contenu de sa vérification pour le Conseil du Trésor, le Conseil privé ainsi que pour le cabinet du premier ministre. M. Steinberg a affirmé également que Mario Laguë, l'actuel directeur des communications de Paul Martin, et Françoise Ducros, l'ancienne directrice des communications de Jean Chrétien, ont assisté à la séance d'information destinée au cabinet du premier ministre.

M. Williams ne comprend pas qu'une vérification comme celle-là soit montée jusqu'au cabinet du premier ministre et non pas la trentaine d'autres faites par M. Steinberg cette année-là. " Il faudra que l'on réponde à ces questions ", a-t-il conclu.



»» Destituons Patapouf

Derrière la satire

Jean-Marc Salvet
Le Soleil mardi 30 mars 2004

Éditorial - La satire et la dérision sont des armes redoutables. Ce sont elles qui ont attiré l'attention sur la coalition Destituons Patapouf, qui tente de recueillir plus de 400 000 signatures pour démontrer, selon ses organisateurs, l'insatisfaction à l'égard du premier ministre Jean Charest. Mais ce n'est pas parce qu'on rit que c'est drôle, pourrait-on ajouter en reprenant un slogan du défunt magazine Croc. L'idée d'une destitution - il faut parler d'une idée puisque la destitution à proprement parler n'existe pas au Québec - relève en effet beaucoup plus d'un détournement de démocratie que d'un gain.

Avouons-le franchement, Destituons Patapouf ne pouvait rêver mieux que du tapage produit autour de la mise au placard, la semaine dernière, par Télé-Québec, d'un reportage consacré à ce mouvement satirique et de la décision du même télédiffuseur de reprogrammer l'émission...

Depuis que cette pétition a été lancée, bien des gens ont compris qu'elle vise à dénoncer, même si c'est avec un humour caustique, le gouvernement libéral. Mais d'autres, bien au-delà de ce groupe, rêvent de plus en plus ouvertement du jour où la révocation d'hommes ou de femmes politiques sera possible - un peu comme en Californie où l'on a pu montrer la porte au gouverneur démocrate Gray Davis pour lui préférer le républicain Arnold Schwarzenegger.

Disons-le avec force : ce genre de détournement organisé sera toujours une régression. Il n'est pas question ici de droite ou de gauche, mais de populisme. Qu'y a-t-il de plus démocratique ? Une élection en bonne et due forme tous les quatre ou cinq ans ou des campagnes de signatures à répétition organisées par des adversaires politiques ?

Avec une épée de Damoclès nommée "destitution" au-dessus de la tête, quel responsable politique oserait prendre une décision impopulaire mais indispensable ? Pas besoin de pousser l'argument très loin pour réaliser qu'on pourrait se retrouver avec un nouveau gouvernement tous les 12 mois. Ne vaudrait-il pas mieux, alors, carrément voter pour une firme de sondages... ?

Chez nous, aux États-Unis, en France, en Allemagne et ailleurs, nos démocraties représentatives ne sont pas au meilleur de leur forme. L'art de gouverner, qui a toujours été un art du possible, ressemble de plus en plus à un art de l'impossible. Nos démocraties doivent composer avec des exigences diverses, alors que leurs marges de manoeuvre sont de plus en plus réduites. Elles doivent s'ajuster à cette nouvelle donne, c'est certain. Mais ces difficultés ne doivent pas nous amener à jeter le bébé avec l'eau du bain et à privilégier de fausses solutions.

JMSalvet@lesoleil.com



»» Retour de la chanson engagée au Québec

«Quelque chose se passe»

Danick Trottier; Audrée Descheneaux
Le Devoir mardi 30 mars 2004

IDÉES - On assiste dans la chanson d'ici à une dénonciation de l'à-plat-ventrisme de la société québécoise

Quelque chose se passe: c'est le titre que l'ethnomusicologue français Jean During donna à son ouvrage de 1994 en observant la transmission de la tradition musicale au Moyen-Orient. À plus grande échelle, cette idée d'une culture musicale en mutation est ressentie par tout musicologue attentif aux événements musicaux de son temps. C'est aussi le sentiment que nous avons face au nouveau discours politique porté à travers les musiques de notre génération.

En effet, des groupes tels que Les Cowboys Fringants, Capitaine Révolte et Vulgaires Machins ou des chanteurs comme Thomas Jensen ou Daniel Boucher offrent en ce moment un renouveau de la chanson engagée au Québec. Conjugué aux événements politiques des derniers mois au Québec, ce nouveau discours prend tout son sens et sa pleine mesure. Il est le signe de revendications exprimées haut et fort en concomitance avec un renouveau du langage musical québécois, notamment par la réintégration d'éléments de folklore. Cette nouvelle chanson québécoise, porte-étendard de la génération montante, marque une scission avec la scène musicale populaire des années 80 et 90.

Depuis quelques années, on assiste dans la chanson d'ici à une dénonciation de l'à-plat-ventrisme de la société québécoise. Fortement répandue chez la génération montante, cette dénonciation s'attaque aux injustices sociales et politiques connues au Québec et dans le monde. Alors que la rumeur prétendait qu'il en était fini de la chanson engagée au Québec, du moins en regard des grandes années d'engagement que le Québec avait connues durant la décennie 70, voilà que ces dernières années marquent le retour d'une conscientisation dans la chanson québécoise.

Cette conscientisation appartient en propre à la génération montante, que nous pourrions identifier globalement comme les enfants des baby-boomers. Née dans les années 70 et 80, cette génération à laquelle nous appartenons a grandi et pris conscience d'elle-même durant les années 80 et 90. Autant dire qu'au niveau musical elle fut fortement influencée par les musiques rocks anglo-saxonnes et par les musiciens québécois de la génération X: les Jean Leloup, Éric Lapointe, Daniel Bélanger, Linda Lemay, etc.

Alors que ces musiciens proposent bien souvent un discours individualiste et tourné vers les expériences de la vie quotidienne, notamment en rendant compte des déboires de leur génération, les jeunes groupes actuels de la musique québécoise se distinguent par un discours plus collectif et à même de prendre position face aux enjeux actuels, comme la mondialisation.

Une question s'impose: qui pourrait être identifié comme l'instigateur de ce mouvement? Plusieurs choix s'offrent à nous, mais nous croyons qu'il en est un qui mérite d'être souligné: Les Colocs. En effet, durant les années 90, la génération qui est maintenant dans la vingtaine a été fortement influencée par les discours engagés de Dédé Fortin.

En fait, ce n'est pas tant l'engagement, au sens commun, qu'une manière de dépeindre les affres et les vicissitudes connues par cette génération à travers l'expérience de la drogue, de la communauté ou des désillusions politiques. Par exemple, dans Tassez-vous de d'là, La Rue principale ou Bon 'Yeu, les Colocs ont peint des portraits tragiques de situations créées par un système économique sans pitié et sans respect pour la communauté comme pour les gens qui y vivent. Les Colocs ont donné la parole aux plus défavorisés et aux laissés-pour-compte de la société québécoise.

Aujourd'hui, le discours a davantage changé en ceci qu'il se fait plus pamphlétaire et revendicatif. La prise de parole au nom des plus démunis a fait place à un discours hypercritique sur les injustices sociales et politiques du Québec moderne. Cette prise de parole se reflète à travers un «nous», manière d'accentuer davantage la revendication collective et d'enclencher le soulèvement social désiré.

La chanson En berne, des Cowboys Fringants, apparaît comme le manifeste de l'engagement sociopolitique de la nouvelle génération. La première strophe ne peut être plus claire: «Chu né dins années soixante-dix/ Dans un Québec en plein changement/ Où l'emblème de la fleur de lys/ Donnait un peu d'espoir aux gens/ Mais quand je r'garde ça aujourd'hui/ Chu donc pas fier de ma patrie/ Ça dort au gaz dins bungalows/ Le cul assis su'l statu quo.» Dès le premier vers, le ton est donné par l'affirmation d'un enracinement générationnel et de la différence que cela entraîne. Par cette prise de distance, la table est mise pour pouvoir critiquer les résultats politiques dans le Québec des 40 dernières années.

Les fondements du nouveau discours

Chez Les Cowboys Fringants comme chez Capitaine Révolte, le Québec dont il est question concerne surtout celui de la Révolution tranquille à aujourd'hui. C'est en jetant un regard sur le passé québécois des dernières années que ces groupes prennent la parole et sentent le besoin de supputer les réalisations sociopolitiques encourues. Le temps des constats a sonné, aux yeux de la nouvelle génération: qu'est-ce que le Québec a accompli durant ces 40 ans de bouleversements sociaux, culturels, économiques et politiques?

Nous identifierons trois principales caractéristiques du discours porté par la nouvelle génération musicale. Premièrement, il se nourrit à même une critique exacerbée. Des syndicats aux institutions politiques, des hommes d'affaires aux vedettes québécoises, les différents acteurs de la vie sociopolitique québécoise et leurs antagonistes sont dénoncés tous autant les uns que les autres.

Ce qui pourrait apparaître aux yeux de certains comme un défoulement générationnel ou des invectives à l'emporte-pièce est plutôt à nos yeux le signe d'une intransigeante distanciation, comme en atteste le refrain d'En berne, des Cowboys Fringants: «Si c'est ça l'Québec moderne/ Ben moi j'mets mon drapeau en berne/ Et j'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent!/ Si tu rêves d'avoir un pays/ Ben moi j'te dis qu't'es mal parti/ T'as ben plus de chances de gagner à loterie.»

Deuxièmement, ce discours ne saurait être associé à des ferraillements sans lendemain. Il est plutôt un appel à la mobilisation, à la possibilité de provoquer des situations et de changer le cours des choses, comme dans la chanson J'ai oublié, de Capitaine Révolte: «Pays à vendre, qui veut le prendre?/ Bonus en plus 8 millions de pieds-tendres/ Colonisés, assimilés/ Venez ils se laissent même marcher sur les pieds/ Gens du pays, où êtes-vous?/ Donnez signe de vie et réveillez-vous/ Gens du pays, ce n'est plus notre tour/ De nous laisser manger par les vautours.» C'est l'immobilisme des Québécois qui est vertement dénoncé, notamment en montrant du doigt les projets collectifs non aboutis.

Ainsi, une partie de cette nouvelle génération prend nettement position en faveur du retour d'un Québec en tant que projet collectif, qui prend conscience de son identité et des moyens pour la préserver. S'agit-il de nationalisme? Certainement, mais modifié par des préoccupations actuelles, tels que l'environnement, la mondialisation, etc. En fait, tous ces discours se consolident autour de l'idée d'une identité québécoise vulnérable et de l'urgence de la préserver pour le futur.

Troisièmement, ce discours fait aussi une place importante aux réalités de notre génération. Sur un ton plus comique, par exemple, la chanson Heavy metal, des Cowboys Fringants, évoque l'influence de la musique rock américaine sur les adolescents des années 80 et 90. Dans la Toune d'automne, du même groupe, c'est la soeur partie voyager au Canada, ainsi que sa crise existentielle, qui fait l'objet d'une attention particulière. On pourrait donner aussi en exemple Mon chum Rémi, où les problèmes de la jeunesse actuelle sont thématisés à travers les questions du suicide, de la dépression et de la drogue. Bref, ce discours crée aussi une familiarité par le choix des situations décrites et vécues par toute une génération.

Le folklore comme inspiration

Sur le plan musical, et c'est un des attraits majeurs de cette nouvelle chanson, le son rock puise à même le folklore musical québécois. Fait étonnant, chez Les Cowboys Fringants comme chez Capitaine Révolte, le violon (parfois l'accordéon) vient s'amalgamer à l'ensemble rock traditionnel (chanteur, guitariste, bassiste, batteur), manière de renouer avec le passé musical québécois, ce qui confère ainsi à cette musique une couleur folklorique et un ton lyrique. Sous le déferlement du violon, l'ensemble du groupe entre dans un ton endiablé qui rappelle les reels d'antan et les rigaudons. Le corollaire en est une musique festive, où le «climax» de la fin prend toute sa raison d'être en étant associé au sentiment de révolte.

Dans les concerts auxquels nous avons assisté, l'emportement et l'adhésion sont instantanés chez les auditeurs. La chimie est totale et les messages semblent se réverbérer sur toute l'assistance. Il n'est pas étonnant pour nous de voir croître la popularité de ces groupes à l'heure actuelle.

Il faut ajouter aussi que le choix des rythmes y est pour beaucoup quant à l'effet sur le public. Si on revient à la chanson En berne, par exemple, le ton incisif des paroles est martelé par des rythmes aux allures militaires. Le cri de révolte exprimé par cette génération doit être assuré par une musique qui permet de déclamer le discours avec rage. Il n'est pas étonnant en fait d'y voir la rencontre parfaite entre l'agressivité de la musique rock et l'aspect festif du folklore québécois.

Les paradoxes d'une génération

Nous aurions tort cependant de ne pas mentionner les paradoxes de ce discours. Cette génération hypercritique est le fruit de cette société qu'elle se permet de critiquer à tout rompre. L'intelligence et la conscience historique exprimées à travers ce discours attestent bien que le Québec moderne ne saurait être associé à un constat d'échec total. Si notre génération peut se permettre de critiquer autant, c'est aussi parce qu'elle a reçu l'éducation pour ce faire.

Mais toute l'énigme de ce discours est de savoir quelles seront ses suites et comment il se concrétisera au niveau politique. Aux dernières nouvelles, aucun parti politique ne l'a encore pris en charge. Comme le PLQ et l'ADQ ont décidé de loger définitivement à droite, il reste à poser la question du côté du PQ en raison de l'engagement nationaliste de ces groupes. Sera-ce le PQ qui réalisera les aspirations de cette génération montante en rajeunissant son discours?

Dans tous les cas, les médias qui ont dénigré l'idéalisme de l'engagement politique et du souverainisme auraient tout intérêt à prendre en considération la nouvelle réalité exprimée à travers les musiques de la génération montante, qui ne reçoit guère toute l'attention méritée.

Il y a une contrepartie à tous les phénomènes sociaux tels que Star Académie et Loft Story. On aurait tort de n'identifier notre génération qu'à ces seuls événements médiatiques créés de toute pièce par et pour la télévision. Si l'on veut supputer la force du discours de notre génération et sa portée sémantique, ce n'est certainement pas du côté de Wilfred ou de Mathieu Gaudet, de Loft Story, qu'on en trouvera le contenu.

Chez Les Cowboys Fringants et chez Capitaine Révolte, pour ne nommer qu'eux, l'horizon de sens exprimé par leur discours se situe nettement du côté d'une prise de conscience sociopolitique et générationnelle.

Pour nous, musicologues en devenir, la chanson actuelle exprimée par les groupes rock québécois s'offre comme un miroir des aspirations sociales et politiques de notre génération. Quelque chose se passe pour qui veut bien l'entendre.

Danick Trottier : Doctorant en musicologie, Université de Montréal

Audrée Descheneaux : Étudiante à la maîtrise en musicologie, Université de Montréal



»» la scène internationale

Québec à Washington

Jean-Marc Salvet
Le Soleil lundi 29 mars 2004

Pour le Québec, il existe actuellement deux objectifs incontournables sur la scène internationale : se tailler une place dans les forums internationaux où l'on planche sur des sujets touchant à ses compétences - pensons à l'UNESCO ou à l'OMC - et obtenir une représentation officielle à Washington.

Depuis peu, à la surprise générale, le gouvernement canadien se montre disposé à lui donner satisfaction sur ces deux plans. On verra si ces ambitions, qui collent parfaitement à l'idée de " fédéralisme coopératif ", seront déçues, comme l'ont été d'autres espoirs censés correspondre à cette " nouvelle ère de coopération ". Mais profitons de l'occasion pour rappeler l'importance qu'il y a à concrétiser ces objectifs.

La nécessité d'élargir la marge de manoeuvre du Québec à l'étranger ne fait aucun doute. Les questions internationales concernent de plus en plus des secteurs comme l'éducation, la culture ou l'environnement, des domaines qui relèvent en tout ou en partie des provinces. Il serait normal que le gouvernement québécois ait voix au chapitre dans les instances concernées et qu'il puisse même participer à la négociation de certains traités. D'autres entités fédérées ailleurs dans le monde ont acquis cette capacité.

Mais s'il y a un dossier qui peut et doit être débloqué rapidement, c'est celui de la présence du Québec à Washington. Jusqu'ici, Ottawa a toujours refusé que le gouvernement québécois soit représenté officiellement dans la capitale américaine. Québec a contourné l'obstacle en y ouvrant, il y a plusieurs années, un " bureau du tourisme ", qui sert de pied-à-terre à un responsable de la délégation générale de New York. Ce jeu du chat et de la souris a assez duré. Il paraît même carrément loufoque depuis que l'Alberta a annoncé qu'elle allait ouvrir une représentation à Washington !

Les dossiers pouvant intéresser le Québec au Congrès américain sont si nombreux que les Québécois doivent y avoir des " yeux et des oreilles ". L'essentiel n'est pas, comme on le croit souvent, d'y avoir une " voix " pour passer des messages, mais d'y posséder des outils pour cueillir et relayer des informations stratégiques. Il n'y a aucune raison qu'une éventuelle délégation générale à Washington ne puisse travailler en toute harmonie avec l'ambassade canadienne, comme les délégations et les ambassades ont appris à le faire à Paris, à Bruxelles, à Londres, à Tokyo ou Mexico.

JMSalvet@lesoleil.com


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Du Bloc temporaire au Bloc… stationnaire !

Nestor Turcotte, Matane
aristote@ma.cgocable.ca
TRIBUNE LIBRE 30 mars 2004

Avertissement :
Cette opinion du lecteur a été rédigée la veille de la sortie du troisième tome de Pierre Duchesne portant sur la vie politique de Parizeau. L’auteur croit plus que jamais que la vie d’un parti confédéraliste à Ottawa n’est pas plus viable que l’existence d’un parti confédéraliste à Québec. La regroupement des forces indépendantistes, sur le territoire du Québec, est plus que jamais nécessaire. La création d’un véritable parti indépendantiste sortira les Québécois de ce flou politique qui mène nulle part. Il est encore temps d’y penser!

Fondé en 1993 par l’ex-premier ministre du Québec Lucien Bouchard et ancien ministre conservateur de Bryan Mulroney, le Bloc québécois, dans l’esprit du père fondateur, devait être un parti temporaire, éphémère, transitoire, intérimaire. Il ne devait rester qu’un seul mandat à la Chambre des Communes, en attendant autre chose, (le futur référendum), en exerçant une fonction pour un temps bien déterminé.

Onze ans plus tard, à la veille d’une élection générale canadienne, le Bloc temporaire, éphémère, transitoire, intérimaire s’est installé dans ce qui devait être… le provisoire, l’éphémère, l’intérimaire et le transitoire. Et il semble même s’y complaire, puisque, sans honte et sans le moindre des remords, il s’apprête à se présenter une quatrième fois devant l’électorat canadien. Il n’est plus là pour préparer le référendum à venir, puisque rien n’assure que le Parti québécois sera réélu au prochain scrutin et, même s’il l’était, rien ne garantit que le parti confédéraliste péquiste, mené par Bernard Landry, le tiendra après une hypothétique réélection en 2007. Alors, le Bloc est à Ottawa pourquoi ? Pour défendre les intérêts du Québec? Réponse trop facile !

Lucien Bouchard mena la première bataille du Bloc québécois. Déçu de la tournure des événements suite à l’échec constitutionnel de 1990, il arriva, avec plus de cinquante députés, à former l’Opposition officielle à Ottawa. Le slogan de la campagne fut à l’époque: «On se donne le vrai pouvoir». Slogan creux, s’il en est. Comment, un parti, dit souverainiste, a-t-il pu arriver à siéger dans un parlement fédéral qu’il voulait éliminer, former l’Opposition officielle et dire à ses électeurs que, sur les banquettes de l’opposition, il pouvait leur donner le vrai pouvoir? Il fallait y penser!

En juin 1997, les Bloquistes, sous l’égide de Gilles Duceppe, député de Laurier/Sainte-Marie, firent élire quarante-quatre députés dont le but avoué était de défendre les intérêts du Québec à Ottawa. Le 27 novembre 2000, le Bloc québécois réussit à faire élire trente-huit députés afin de toujours poursuivre la défense des intérêts du Québec, au parlement fédéral. En 2004, toujours sous la direction de Gilles Duceppe, les députés du Bloc entendent toujours retourner à Ottawa, et cela pour un quatrième mandat, afin de défendre les intérêts du Québec à Ottawa.

Il y a peine trois mois, les sondages prédisaient la disparition du Bloc québécois à Ottawa, avec l’arrivée de Paul Martin à la tête des libéraux. Les Québécois, toujours très émotifs lorsque vient le temps de voter, avaient décidé, qu’il était temps d’arrêter le carrousel de ceux qui se prétendaient les défenseurs uniques des intérêts du Québec dans le gouvernement central, et de donner «le vrai pouvoir» à ceux qui peuvent l’exercer.

Mais, houps! Dans le ciel calme et tranquille des rouges déjà portés au pouvoir, le scandale des commandites est venu changé la donne. En moins de cent jours, les électeurs de la belle province, comme ça, ont décidé de virer capot et de redonner au Bloc québécois, possiblement, si on se fie aux sondages, le même nombre de députés qu’en 1993. Sir Wilfrid Laurier avait bien raison lorsqu’il affirmait que «les Québécois n’avaient pas d’idées en politique : ils n’avaient que des émotions».

L’an dernier, en plein cœur de la campagne électorale, le Parti québécois, parti officiellement souverainiste, mais dans les faits, parti confédéraliste (fédéralisme renouvelé) a perdu près de 500,000 électeurs, à cause de l’ambiguïté de sa position constitutionnelle. Les indépendantistes ont refusé de donner leur vote à un parti qui ne répondait plus à leurs attentes et qui mettait la souveraineté au vingt-cinquième rang de ses priorités. La plate-forme électorale de la campagne 2003 l’indique formellement. Je n’ai donc pas voté pour le Parti québécois.

Pour les mêmes raisons, il me sera difficile de voter, en 2004, pour un parti qui se dit souverainiste, mais qui, dans les faits ne l’est pas puisqu’il ne parle jamais de l’indépendance du Québec sur la colline parlementaire, à Ottawa. Il n’est pas nécessaire, de toute évidence, d’être souverainiste pour défendre les intérêts du Québec dans le gouvernement central. N’importe quel député, peu importe son allégeance, peut le faire ou ne pas le faire. Pierre de Banné, ancien ministre libéral, a très bien défendu les intérêts du comté de Matapédia-Matane. Et il était fédéraliste. Je me demande, si l’actuel député (un bloquiste) fait pour défendre présentement les intérêts de ce même comté. Il semble ne pas avoir défendu grand-chose depuis quatre ans. Sa visibilité n’a pas été bien éclatante.

De plus, il m’est impossible d’approuver le geste du Bloc québécois, qui, à partir de la nouvelle loi sur le financement des partis politiques, recevra, pour la prochaine élection, l’équivalent de 2,4 millions de dollars, pigés dans les poches des contribuables canadiens, et cela pour se battre contre un régime politique dont il veut se défaire. Qu’en penserait René Lévesque, dont certains péquistes et bloquistes se réclament encore dans leurs discours délavés, lui qui avait tant à cœur, que les indépendantistes paient pour défendre leur cause?

Après onze ans dans l’opposition, la députation bloquiste, en plus de se garantir une pension plantureuse venant d’un système qu’elle condamne, a aussi goûté les plaisirs d’une rémunération plus que substantielle. Avec une moyenne de plus de 120,000.00 $ par année, (faites le compte en multipliant par 11 ans !) ces hommes et ces femmes, voués à la destruction du fédéralisme canadien, auront engrangé près d’un million et demie de dollars dans leur compte de banque. La morale, toute naturelle, m’invite à dénoncer une telle situation. Elle me fait pencher vers l’indécence, le rejet et pourquoi pas, la condamnation pure et simple. Le cheval de Troie valait pour une bataille : il n’est pas nécessaire de le garder pour continuer la guerre. Il perd ici tout son sens, après onze ans sur les banquettes de l’opposition. La preuve en est, qu’après toutes ces années, la cause souverainiste stagne. Le P.Q. n’a récolté que 33 % du vote l’an dernier. Les bloquistes en récolteront davantage sans doute lors du prochain scrutin, mais un bon nombre de ces votes seront des gestes de rejet et de dépit face au scandale des commandites.

Le slogan du Bloc québécois, pour la prochaine campagne est le suivant : «On est différents». La différence ne doit pas nous faire verser dans la complaisance. Ce n’est pas en territoire étranger, ni dans le parlement du pays voisin que se décidera le sort politique des Québécois. Si les bloquistes croient au Québec, qu’ils reviennent et envahissent leur territoire, et se battent pour le libérer. Avec les désavantages que cela comportent. Certains, et j’en suis, sont fatigués de payer de leur vie, de leurs sous, et de leur temps pour faire avancer une cause qui ne profitent qu’à une petite élite bien campée.

Heureusement que les bloquistes ont reçu le gros os des commandites, offert sur un plateau d’argent par le parti libéral du Canada, pour lancer une campagne qui aurait eu toutes les difficultés du monde à lever. Le Bloc, a été, pendant quelques années, un élément de réaction indispensable dans le contexte politique du moment. Le temps des réactions passées, il faudrait sans doute passer à l’action. Et si action il doit y avoir, c’est sur le terrain du Québec que la prochaine manche doit se jouer.

Le Bloc devait être temporaire. Il est devenu stationnaire. La rengaine a assez tourné. Je n’ai pas plus le goût de me faire tourner encore la même ritournelle pendant quatre autres années en sol canadien. Le confédéralisme à Ottawa n’est guère mieux que le confédéralisme à Québec. Il est temps de le dire et de l’écrire. Et de publier un lexique politique pour décaper les mots, leur rendre leur signification première. On ne libère pas un peuple dans la confusion et l’astuce. Sinon, que le page soit tournée et qu’on n’en parle plus pour des générations!



TRIBUNE LIBRE

CLAUDE RYAN - 20 MAI 1980

Le 20 mai 1980, suite à la victoire du NON référendaire, Claude Ryan, devant une foule survoltée, à l’auditorium de Verdun, fit ce soir-là le discours suivant

« Mes bien chers amis, la cause d'un Québec résolu à continuer de se développer librement dans un fédéralisme canadien renouvelé, vient de remporter ce soir une très grande victoire. J'en remercie tous ceux qui ont collaboré aux résultats dont nous nous réjouissons présentement. Le peuple du Québec a refusé au gouvernement actuel du Québec le mandat que celui-ci demandait pour négocier la souveraineté association avec le reste du Canada. Il a du même coup dit non au mandat de négociation, il a dit non à la souveraineté association, il a aussi dit non à la méthode qu’on avait employée pour lui extorquer un consentement qu'il ne voulait pas donner.

Le peuple du Québec a du même coup indiqué avec une clarté remarquable qu'il entend continuer à chercher son avenir dans la voie du fédéralisme canadien. Le référendum portait essentiellement et c’est l’un des seuls points sur lequel les deux camps étaient d’accord, sur le choix de la direction fondamentale que nous Québécois entendons imprimer à notre avenir politique. Or, nous avons clairement répondu au gouvernement qui nous interrogeait à ce sujet que nous voulons continuer à chercher notre avenir dans la voie du fédéralisme canadien. Le peuple a répondu clairement.

En plus d’indiquer très nettement la volonté collective des Québécois, la campagne référendaire aura permis de mieux vérifier la profondeur des racines de notre fierté canadienne. On aurait voulu ces dernières années que notre fierté collective se limite à des objets et à des thèmes exclusivement québécois. Nous sommes fiers d’être Québécois, nous le sommes entièrement, nous le sommes autant que quiconque. Nos états de service, notre contribution au développement de cette société n’ont rien à envier à la contribution de qui que ce soit d'autre. Mais nous considérons qu’il est possible d’être fier d’être Québécois et en même temps d’être fier d’être Canadien de naissance.

On avait pensé qu’on pourrait facilement effacer les racines innombrables que nous possédons dans le sol canadien, dans l’histoire canadienne, dans les institutions canadiennes et dans la réalité économique et sociale canadienne. Nous venons de dire ce soir, que ces racines, nous y tenons encore et que nous entendons les développer davantage au cours des années à venir.

Je tiens à souligner le caractère pratiquement universel de la réponse apportée par le peuple du Québec à la question que lui posait le gouvernement. Pendant de nombreuses semaines, on s’est interrogé sur la possibilité pour l’un des deux camps d’obtenir une majorité significative dans tous les secteurs de la population et dans toutes les régions du Québec. Les résultats de ce soir établissent clairement que le camp du non, que le camp de l’option fédérale canadienne, a remporté une victoire éclatante. A remporté une victoire éclatante dans pratiquement toutes les régions du Québec et dans tous les secteurs de la population.

Il ne sera plus possible à partir de ce soir de se livrer au genre de distinction subtile que certains voulaient instituer entre diverses catégories de citoyens au Québec. Nous redevenons tous des citoyens à part entière, des citoyens égaux. Et le vote de chacun comptait autant dans le résultat de ce soir que celui de n’importe lequel de ses concitoyens. A nos concitoyens du Québec, qui nous on apporté cette réponse vaste, nombreuse, diverse, ramifiée à travers toutes les sections du territoire, j’adresse ce soir des remerciements émus; comme vous nous faites plaisir, mes chers concitoyens, et comme nous contractons à votre endroit des obligations lourdes de conséquences que nous entendons assumer dans toutes leur plénitude au cours des années à venir.

Mes chers amis, le verdict de ce soir, est également un verdict rendu en faveur du type de campagne que nous avons menée pour la défense du fédéralisme canadien. Notre campagne s'est d’abord faite sous le signe de l’unité et de la collaboration. Pour cette campagne nous avions réuni sous un même parapluie les partis politiques qui œuvrent sur la scène québécoise, les partis politiques qui œuvrent sur la scène fédérale et de nombreux autres organismes. Il me fait plaisir de vous dire ce soir que nous avons travaillé pendant ces semaines dans un esprit de collaboration remarquable. Et je voudrais ce soir rendre un hommage spécial aux dirigeants et aux militants de l’Union nationale et des démocrates créditistes qui nous ont appuyé loyalement pendant cette campagne.

Je voudrais également rendre hommage aux deux grands partis politiques fédéraux qui ont participé activement à cette campagne avec nous c’est-à-dire au Parti Progressiste Conservateur et au Parti Libéral du Canada et en particulier à son chef Pierre Elliott Trudeau. À son représentant au sein de l’exécutif du comité des Québécois pour le NON, M. Jean Chrétien, ainsi qu'à tous les autres ministres et députés fédéraux, qui ont joué un rôle actif et très efficace dans cette campagne, merci à tous, merci à tous de cette victoire que nous avons remportée ensemble.

Vous me permettrez d’ajouter les remerciements particulièrement chaleureux à l’endroit de mes collègues, le Parti Libéral du Québec, qui ont joué dans cette campagne un rôle absolument remarquable et qui a été la clef du succès de notre victoire avec l’aide des autres partis. Je tiens à souligner de manière spéciale : partout à travers le Québec, partout à travers le Québec.

Je me permets aussi de rappeler que notre campagne a porté essentiellement sur la mise en valeur des aspects positifs et dynamiques du fédéralisme canadien. Quand nos adversaires prétendent que nous avons mené une campagne de peur, ils se trompent et ils trompent la population. Nous avons mené une campagne centrée essentiellement sur la mise en valeur et la signification positive du fédéralisme canadien.

Nous avons aussi centré notre campagne sur le rôle personnel, sur le rôle direct, auprès des citoyens de milliers et de milliers de travailleurs bénévoles, qui sont la riche et la grande source de fierté de notre organisation. À ces milliers de travailleurs, nous en comptions des dizaines et des dizaines de milliers au travail aujourd’hui, j’adresse ce soir des remerciements tout à fait spéciaux, c’est vous, mes chers amis, qui avez remporté cette victoire. Et je tiens à souligner pour ceux qui l’ignoreraient ou ne voudraient pas le voir que vous venez de toutes les couches de la population, du groupe des personnes âgées, des personnes d’âge mur, des jeunes, des femmes, des hommes, des milliers d’ouvriers, des milieux agricoles, des milieux professionnels.

Et vous me pardonnerez, vous me comprendrez, de dire un mot spécial de gratitude à l’endroit des femmes qui ont manifesté un leadership sensationnel pendant cette campagne. Mais, mes remerciements s’adressent d’abord, vous le comprendrez, à mes deux collègues de l’Assemblée nationale, Thérèse Lavoie Roux et Solange Chaput Rolland, ainsi qu'à ma femme Madeleine, qui nous ont donné l’exemple d’un dévouement inlassable et désintéressé au service de notre cause. À vous toutes mesdames, qui avez pris l’initiative dans vos comtés respectifs, de regrouper vos concitoyennes dans des réunions où il leur était possible de discuter de leurs implications dans cette grande décision regardant notre avenir collectif, je dis merci du fond du cœur, vous avez pris vos responsabilités et je vous en remercie.

Et ceux qui pensent que vous vous faites manipuler par quelque puissance que ce soit feraient bien de s’informer. Ils verraient que la plupart des réunions de femmes qui ont eu lieu au travers le Québec au cours des dernières semaines furent organisées spontanément, à votre initiative à vous, femmes de Gaspé, de Rimouski, de Sept-Îles, de Québec, de Chicoutimi, de Valleyfield, de Joliette, de Trois-Rivières, de Shawinigan, de Sherbrooke, de Saint-Jean, de Saint-Hyacinthe, de partout au travers le Québec. Merci ».

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Ce texte a été extrait par mes soins, sa version intégrale sur vidéo (AVI) est conservée sur le site Internet de Radio Canada

Le texte de Claude Ryan mérite d’être dénoncé. J’apporte ma contribution à cette dénonciation et mon soutien à Pierre Falardeau qui n’a pas ménagé ses efforts dans le même sens.

Michel Faubert, jmfc@videotron.ca
Trois mandats comme conseiller du Parti Québécois
Saint-Henri Sainte-Anne



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COMMUNIQUÉS 30 mars 2004