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»» BIOGRAPHIE DE JACQUES PARIZEAU

Claude Béland rectifie ses propos

Louise Leduc
La Presse mercredi 31 mars 2004

L'information voulant que Lucien Bouchard ait cherché, en 1991, à fonder un parti politique provincial mené par Claude Béland, ex-président du Mouvement Desjardins, continue de faire jaser. Le journaliste Pierre Duchesne dit avoir l'enregistrement de son entrevue avec M. Béland qui, lui, nie l'affaire moins formellement qu'au départ.

En entrevue téléphonique hier, M. Béland a laissé entendre qu'il ne s'agissait que de discussions informelles, en coulisses de la commission Bélanger-Campeau, entre diverses personnalités aussi déçues que lui du Parti québécois et du Parti libéral du Québec. " Entre nous, on se disait: comment pourrait-on s'impliquer en politique? Les gens disaient: Béland, tu devrais y aller. Mais il n'était pas question pour moi d'abandonner mon poste au Mouvement Desjardins, que j'adorais. On se demandait comment faire davantage. "

Tout cela n'était que de simples discussions, poursuit M. Béland. " On disait à tout le monde qu'ils devraient y aller, on le disait aussi à Serge Turgeon, à Gérald Larose, mais personne ne voulait le faire. "

Former un parti politique prend des années et beaucoup d'argent, et selon M. Béland, l'idée n'aurait pas fait plus de chemin que cela.

Dans Le Régent, le tome 3 de la biographie de Jacques Parizeau parue lundi, le journaliste Pierre Duchesne cite ainsi M. Béland: " Lucien Bouchard ne cessait de me dire: " Monsieur Béland, il faut que vous donniez le grand coup! Il faut fonder un parti!" "

Le biographe cite aussi Gérald Larose, l'ex-président de la CSN, qui lui aurait dit: " Je ne me souviens pas d'avoir débattu beaucoup sur (la nécessité de) créer un parti. Lucien, oui. "

En entrevue téléphonique, hier, Gérald Larose a déclaré n'avoir " jamais participé à une rencontre où il aurait été question de créer un nouveau parti politique ".

Cette question n'a donc jamais été abordée devant lui? " Je ne me souviens pas de ça ", a répondu M. Larose.

Pierre Duchesne a dit hier détenir l'enregistrement de sa conversation du 16 septembre 2003 avec Claude Béland au cours de laquelle a été évoquée cette rencontre de 1991 avec Lucien Bouchard, qui se serait déroulée en présence de Gérald Larose.

" Ça m'a fait sursauter, j'ai voulu être bien sûr d'avoir bien compris et j'ai même rappelé deux fois M. Béland pour qu'il me confirme ce qu'il m'avait dit et pour qu'il précise certaines choses ", a dit M. Duchesne.

Il n'a pas voulu nous faire écouter la cassette, mais a indiqué qu'il la rendrait publique si ce qui lui a été dit continuait d'être nié.

Par l'entremise de son assistante, Lucien Bouchard a quant à lui fait savoir qu'il ne commenterait pas cette histoire.

Pour sa part, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, était furieux, hier, de ce que The Gazette ait prétendu en manchette, sur la foi du livre de Duchesne, qu'il était fin prêt à appuyer l'ex-premier ministre Jacques Parizeau si le OUI l'avait emporté.

Dans Le Régent, Pierre Duchesne n'a fait que parler d'une liste de personnalités avec lesquels le PQ a songé à prendre contact pour qu'elles l'appuient, en conférence de presse, en cas de victoire au référendum.



»» SGF

SGF: un bilan respectable

Claude Blanchet - PDG de la SGF de 1997 à 2003. Auparavant il avait été président-directeur général du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec de 1980 à 2003.
La Presse samedi 27 mars 2004

Souvent, les observateurs ne retiennent que les échecs qui ont fait la manchette des journaux

Depuis des mois, la SGF est montrée du doigt par les nouveaux dirigeants politiques du gouvernement Charest, mais il n'est pas question dans ce court texte de nous laisser entraîner dans un discours politique: non, nous voulons simplement rappeller que cette société d'État fonctionnait selon des règles connues et bien établies et qu'à moyen et long termes sa rentabilité ne fait pas de doute. Qu'un gouvernement veuille changer la mission de la SGF, c'est son droit le plus strict. Par ailleurs, les jugements sur les actions passées de la SGF ne peuvent s'exercer qu'en fonction du mandat qu'on lui avait confié.

Un court historique

La SGF, fondée en 1962 par Jean Lesage, a vu sa mission évoluer en fonction des besoins du Québec et des tendances de fond de l'économie mondiale. À l'origine, la SGF avait pour but d'appuyer la création d'un véritable capitalisme québécois. Dans les années 70 elle est devenue une institution spécialisée dans le développement de grands projets manufacturiers. Puis l'investissement direct étranger ayant été identifié comme facteur-clé de la croissance économique, sa mission s'est élargie pour attirer des capitaux internationaux au Québec. Enfin, dans les années 90, après que la mission de la SGF fut débattue en commissions parlementaires regroupant des élus de tous les partis, le gouvernement décida que la SGF, d'une part, ne serait plus jamais majoritaire dans ses prises de participation et, d'autre part, qu'elle accentuerait ses investissements dans le développement de nouveaux secteurs porteurs comme les biotechnologies ou la haute technologie.

Forts de cette nouvelle mission, cadres et employés ont travaillé avec passion et acharnement pour le développement de l'économie québécoise. Au vu des résultats globaux, on doit reconnaître qu'ils ont atteint leurs objectifs. En cinq ans, la SGF, avec plus de 150 partenaires privés, dont 65 étrangers, aura investi 11,2 milliards de dollars dans l'économie québécoise, 1,6 milliard de dollars venant de son actionnaire, l'État, le reste provenant entièrement du secteur privé. Ses investissements ont donc été dictés par le risque qu'était prêt à prendre le secteur privé et le rendement qu'il anticipait. Si le partenaire privé réussissait, la SGF aussi; s'il y avait des difficultés pour l'entrepreneur, il y en avait aussi pour son associé minoritaire, la SGF. N'est-ce pas ainsi que fonctionne le capitalisme partout sur la planète? Comment peut-on maintenant reprocher à la SGF d'avoir fonctionné exactement comme le reste du monde et en partenariat?

Avec ses investissements la SGF a créé 56 000 emplois directs et indirects, et l'on parle ici de nouveaux emplois seulement. Elle a été à la base, toujours avec des partenaires privés majoritaires, de 35 % de tous les investissements manufacturiers au Québec. Plus encore, des spécialistes indépendants ont déterminés que les investissements de la SGF et de ses partenaires ont permis au PIB québécois d'augmenter de 1,2 % et au chomage de baisser de 1 %. Ce n'est pas le fruit du hasard si le P.I.B. du Québec a été, en 2002, le plus élevé de tous les pays du G7.

Bien sûr, les observateurs ne retiennent souvent que les échecs qui ont fait la manchette des journaux. Mais personne n'a prétendu que la SGF ne subirait pas d'échecs. Est-il raisonnable de s'attendre d'une société de placement, privée ou étatique, qu'elle fasse toujours et seulement des bons coups? Tous ceux qui possèdent des valeurs mobilières savent de quoi on parle. La SGF n'oeuvrait pas dans un monde à part, mais bien dans une économie ouverte avec les hauts et les bas que cela suppose. Lorsque le marché du bois connaît une baisse, les investissements dans ce secteur sont tous affectés, y compris ceux auxquels participe la SGF. Lorsque la " bulle " des technologies a éclaté en 2001 et 2002, la SGF aussi a écopé.

Un exemple sectoriel

À travers toutes les fluctuations qui caractérisent notre économie, la globalité des résultats n'est-elle pas plus pertinente que le détail passager? Prenons un exemple parmi les centaines d'investissements de la SGF: la reconstruction de la pétrochimie québécoise.

Dans les années 1990, le Québec était quasiment rayé de la carte de la production pétrochimique nord-américaine pour des raisons trop longues à expliquer ici. Or la pétrochimie est aussi à la base de nouveaux produits performants allant des polymères aux textiles géotechniques. Il a fallu à la SGF une persévérance à toute épreuve pour réussir à rebâtir, dans l'Est de Montréal et en Montérégie, une chaîne pétrochimique concurrentielle, créatrice d'emplois à haut savoir et plus propre qu'aucune autre en Amérique du Nord. Tout cela avec le concours d'investisseurs américains, espagnols et anglais qui y ont investi près de deux milliards de dollars.

Tout le milieu des affaires sait que des investissements aussi intensifs en capital ne produisent guère de bénéfices dans leurs premières années. En fait, il faut de cinq à sept ans avant que de tels projets atteignent leur pleine rentabilité. Dès l'an prochain par contre, la SGF devrait commencer à récolter les fruits de son acharnement. Quand le bénéfice annuel de la SGF s'enrichira des contributions des investissements qui seront passés du démarrage à la pleine production, va-t-on se rappeller des efforts passés et de la planification intelligente qui fut faite?

La prospection d'entreprises

La vision, le courage et l'acharnement, bien qu'essentiels, ne sont pas suffisants pour développer une économie. Il faut aussi trouver des investisseurs qui, de tous les endroits propices sur la planète, décideront d'investir au Québec. Or pour démarcher un investisseur, les étapes sont connues. On doit aller le chercher car il ne viendra pas tout seul. Il faut n'avoir jamais fait de prospection pour croire que le Québec dispose d'avantages comparés absolus qui généreront spontanément des investissements. Il faut donc aussi convaincre. Pour cela, il faut faire toutes les analyses requises avec l'investisseur, situer tous les avantages du Québec et monter un projet dans lequel il sera prêt à investir la majorité des capitaux à risque.

Dans le jargon de l'investissement, cette démarche est encadrée par ce que l'on appelle un MOU (memorandun of understanding). En concluant un MOU, l'entreprise privée et la SGF s'engagent, à frais partagés, à faire les analyses de marché, à fouiller la faisabilité du projet et à créer l'entité juridique par laquelle l'investissement pourra se faire. Une fois ses étapes accomplies, la vraie question se pose: faisons-nous cet investissement? Dans la négative, souvent pour des raisons liées aux fluctuations du marché mondial ou à des risques jugés trop élevés par rapport au rendement escompté, il est évident que l'argent investi ne sera pas récupéré. Dans l'affirmative, les frais initiaux dans le MOU permettent d'accélérer la réalisation de l'investissement. Dans un cas comme dans l'autre, le MOU est essentiel pour tout investisseur et particulièrement important pour faire valoir les avantages du Québec.

C'est également pour ce travail que les employés de la SGF (tous les employés, pas seulement les cadres supérieurs) se sont vu accorder une bonification. Je persiste à croire qu'attirer au Québec des milliards de dollars, avec toutes les retombées positives qui y sont associées, méritait reconnaissance. En fait, 50 % de la bonification dépendait des résultats de prospection et de développement des affaires, l'autre 50 % était lié à la rentabilité. La SGF étant toujours minoritaire, il faut aussi comprendre que c'était à ses partenaires capitalistes à qui incombaient, en premier chef, la direction et la rentabilité des entreprises qu'ils contrôlaient. Bien entendu, aucun système de bonification n'est parfait. Mais avant de sacrifier les cadres et les employés de la SGF à l'autel de la rentabilité absolue, j'ose espérer qu'à la lumière des Enron, Parmalat et autres trop nombreux scandales financiers de ce monde, on se rapellera que la rentabilité comme seul objectif n'est pas un gage de bonne gestion.

Dynamiser l'économie des régions

Les efforts de la SGF ont permis de dynamiser et moderniser plusieurs secteurs industriels dans toutes les régions du Québec. En fait, plus de 70 % des investissements de la SGF et de ses partenaires se sont faits en-dehors de Montréal et de Québec. Les régions du Québec connaissent les retombées positives dont elles ont bénéficié durant cinq ans grâce à la SGF. Les statistiques démontrent que toutes les régions, même la Gaspésie, ont progressé dans la création de richesses collectives. Alouette sur la Côte-Nord, Wyagamak en Mauricie, CFL en Estrie, DSM Biologics à Montréal et tous les autres sont des preuves vivantes de la réussite de la SGF.

D'abord et avant tout, la mission confiée par l'État à la SGF en était une de développement et de levier sur l'économie et l'emploi. Le récent Rapport Brunet, commandé par l'actuel gouvernement, ne semble d'ailleurs pas remettre en question cette orientation fondamentale. Ce rapport parle plutôt d'autofinancer les investissements de la SGF à même ses propres revenus. Bien que cela nous semble impossible, à court terme, si nous voulons continuer de développer plusieurs secteurs porteurs, notamment en régions, il est curieux de constater que cette recommandation était inscrite dans le nouveau plan de développement présenté par l'ancienne administration de la SGF à l'ancien gouvernement en février 2003. Cette recommandation avait également été soumise à l'actuel ministre du Développement économique et régional alors qu'il était président de la Chambre de commerce du Québec.

L'avenir économique des Québécois doit primer à tout prix. Le Québec a besoin de tous ses outils de développement économique, dussent-ils être ajustés de temps à autre selon les volontés politiques. L'inaction est nuisible à l'organisation. Elle peut ruiner cinq ans d'efforts de développement de réseaux et de présence internationale et envoyer un très mauvais message à la communauté économique mondiale.



»» Scandale des commandites

La caisse secrète était connue au sein du gouvernement

Alexander Panetta
Le Devoir samedi 27 mars 2004

PC Ottawa - Paul Martin a affirmé hier que l'existence de la réserve pour l'unité nationale, qui a notamment servi à financer les deux premières années du programme de commandites, était connue au sein du gouvernement libéral.

Cette déclaration du premier ministre semble contredire les propos de certains membres de sa propre équipe et de l'opposition.

La réserve pour l'unité nationale, dont on a officiellement appris l'existence le jour de son abolition, mardi, lors du dépôt du budget, aurait consacré quelque 500 millions de dollars à la promotion du fédéralisme canadien au cours de la dernière décennie.

«Tout le monde connaissait son existence mais, pour autant que je sache, de toute évidence, nous cherchions des endroits où couper», a déclaré le premier ministre Martin, à Winnipeg, au cours d'une conférence de presse.

«La raison pour laquelle nous l'avons abolie est simplement parce que nous cherchions des secteurs où couper. Il y avait un certain nombre de secteurs où il nous fallait appliquer des restrictions pour respecter le budget, et c'est un des choix qui ont été faits.»

Plus tôt cette semaine, un représentant gouvernemental a décrit la réserve comme «un pot de miel» dont M. Martin a récemment appris l'existence et qu'il a aboli sur-le-champ - après être devenu premier ministre en décembre.

L'abolition de la réserve a créé une certaine confusion parmi les représentants du gouvernement, qui se sont montrés incapables de donner des détails sur la nature de ce fonds ou une liste des projets qu'il a financés.

À propos de sa date de création, des porte-parole du gouvernement ont parlé de 1995, de 1996 et de 1997. Aux Communes, mercredi, le premier ministre a finalement dit que la réserve datait de 1992, du temps du premier ministre Brian Mulroney.

Jeudi, Eddie Goldenberg, un des proches de Jean Chrétien, a affirmé que M. Martin, en tant que ministre des Finances, a été mis au courant chaque année de l'existence du fonds.

Le Bloc québécois a affirmé que la réserve était clairement secrète parce que autrement il l'aurait vivement dénoncée après le référendum de 1995.

«[Paul Martin] ment, a dit le député bloquiste Michel Gauthier. Personne ne savait qu'elle existait. Peut-être que le gouvernement le savait, mais personne d'autre. Elle n'a pas été mentionnée dans les comptes publics, nous n'avons absolument pas été informés, alors il est faux de dire ce qu'il dit. Si nous avions su que la réserve existait en 1995, nous l'aurions dénoncée.»

Le député conservateur Charlie Penson a dit de son côté que «le gouvernement est hors de contrôle et que la réserve pour l'unité nationale en est le plus récent exemple».



»» Scandale des commandites

Les Canadiens iront voter sans savoir

Gilles Toupin
La Presse samedi 27 mars 2004

L'opposition s'insurge: les audiences publiques de la commission commenceront à l'automne

Ottawa - L'opposition officielle a mal réagi hier à l'annonce par le commissaire responsable de l'enquête publique sur le scandale des commandites, le juge John H. Gomery, que les audiences publiques de la commission ne commenceront pas avant le 7 septembre.

" Je ne sais pas pourquoi ils attendent aussi longtemps! " a lancé hier le député conservateur Jason Kenney.

La Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires a en effet annoncé que le juge Gomery fera sa déclaration préliminaire le vendredi 7 mai prochain à Ottawa. M. Gomery passera alors en revue le mandat de la commission indépendante, l'ébauche d'horaire, les règles de procédure et le processus utilisé pour obtenir un financement permanent et de l'aide financière pour les participants.

La Commission tiendra par la suite une audience du 21 au 23 juin 2004 à Ottawa afin de recevoir les déclarations orales des particuliers ou des organisations qui ont soumis des demandes écrites pour témoigner à l'enquête.

Ce n'est que le 7 septembre que les auditions de témoins pourront ensuite commencer à Ottawa. Après les Fêtes, ces auditions reprendront vers le 8 février 2005, mais cette fois à Montréal.

L'opposition souhaitait vivement que cette enquête commence au printemps, non pas à l'automne.

" Je peux comprendre, a commenté Jason Kenney, qu'il faut un peu de temps pour mettre tout en place, du point de vue administratif, mais franchement le premier ministre a dit qu'il voulait que les Canadiens aient des réponses avant de déclencher des élections... De toute évidence, ils envisagent des élections au printemps.

Les audiences ne commenceront pas avant septembre prochain. Cela veut vraiment dire que les Canadiens n'auront pas de réponses à propos de cette affaire lorsqu'ils iront voter. "

L'opposition officielle estime qu'il s'agit là d'un plan prémédité de Paul Martin. " Les libéraux nous disent, affirme M. Kenney, de leur faire confiance et qu'ils iront au fond des choses alors que c'est eux qui ont créé le problème. Je m'excuse, je ne peux pas croire cela. "



»» Scandale des commandites

L'opposition tire à boulets rouges sur Coderre

Gilles Toupin
La Presse samedi 27 mars 2004

Le député Kenney: "Il semble qu'il faisait du lobby afin que des contrats soient donnés au groupe Everest"

Ottawa - Le Bloc québécois et le Parti conservateur ont accusé hier aux Communes le ministre Denis Coderre, à la lumière du témoignage la veille de la fonctionnaire Huguette Tremblay devant le comité des comptes publics, de s'être immiscé dans le processus d'attribution d'un contrat de commandite de 500 000 $ à l'agence Everest, dirigée par Claude Boulay, un ami de M. Coderre.

Ces accusations ne sont pas nouvelles puisqu'elles avaient été lancées par le Bloc québécois pour la première fois à l'été 2002. M. Coderre avait alors catégoriquement nié être intervenu personnellement dans le dossier des commandites. Mais, selon la députée bloquiste Caroline Saint-Hilaire et le député conservateur Jason Kenney, les déclarations faites jeudi par Huguette Tremblay, l'assistante de Charles Guité et de Pierre Tremblay au programme de commandites, ont révélé que le ministre Coderre communiquait régulièrement par téléphone avec Pierre Tremblay " pour nous demander de commanditer certains événements sportifs ".

Mme Saint-Hilaire a soulevé aux Communes hier, en présence de M. Coderre, le président du Conseil privé, la contradiction entre la dénégation du ministre à l'époque où il était secrétaire d'État au Sport amateur (du 3 août 1999 au 14 janvier 2002) et le témoignage de Mme Tremblay. Elle a notamment relu un courriel daté du 17 mars 2000 et rédigé par le directeur du groupe de travail sur la politique du sport, Roger Farley. Celui-ci travaillait sous les ordres de M. Coderre pour préparer une série de consultations sur l'avenir du sport amateur au Canada. " La firme que veut embaucher le secrétaire d'État est Everest ", peut-on lire dans ce courriel.

" C'est écrit noir sur blanc, a lancé Mme Saint-Hilaire aux Communes. Le président du Conseil privé s'est bel et bien immiscé dans le processus d'octroi de contrats en faveur d'Everest. " Le Bloc et le PCC ont affirmé que le ministre Coderre n'a plus aucune crédibilité lorsqu'il affirme n'être jamais intervenu dans le choix des agences de communication.

Le leader en Chambre du gouvernement, Jacques Saada, et le ministre de l'Environnement, David Anderson, se sont portés tour à tour à la défense de leur collègue, qui ne s'est pas levé pour répondre aux attaques de l'opposition. M. Anderson a qualifié les interventions de l'opposition de " mélange habile de faits et de fiction fait dans une tentative de salir la réputation d'un honorable membre des Communes ". À l'été 2002, M. Coderre avait affirmé qu'il n'avait " jamais dit à qui que ce soit " de choisir la firme Everest. Le 1er novembre 2002, Roger Farley maintenait, dans un article du quotidien Ottawa Sun, que Denis Coderre voulait qu'Everest s'occupe du contrat.

" Denis Coderre est dans le trouble, ici, a commenté hier le député conservateur Jason Kenney. C'est le gars qui a nié avoir résidé chez Claude Boulay et qui plus tard a été forcé d'admettre qu'il l'avait fait. C'est un gars qui a nié toute implication dans les commandites et qui maintenant a été obligé d'admettre le contraire. Il faisait clairement du lobby pour des contrats. Et maintenant, il semble qu'il faisait du lobby afin que des contrats soient donnés au groupe Everest, qui est une des agences impliquées dans le scandale des commandites. "

M. Kenney et Mme Saint-Hilaire ont estimé hier que le premier ministre Martin devait convoquer M. Coderre afin de savoir pourquoi il s'est immiscé dans le choix d'une firme de communication. M. Martin a affirmé à plusieurs reprises qu'il avait demandé à ses ministres, avant de les nommer, de lui révéler s'ils avaient été mêlés de près ou de loin au scandale.



»» garderies à 7 $

Le prix de la performance

Katia Gagnon
La Presse dimanche 28 mars 2004

Éditorial - Le Québec engloutit des sommes folles dans un réseau de services de garde totalement inefficace, estime une récente étude de l'Institut Fraser. Pour en arriver à cette conclusion choc, l'économiste Peter Shawn Taylor compare le prix d'une place en garderie au Québec et ailleurs au Canada: nous y faisons piètre figure par rapport à des provinces comme le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Mais quel est exactement le prix de cette belle performance de leur part?

Les chiffres de M. Taylor ont fait les délices de tous les opposants au réseau des garderies à 7 $. Pour chaque 1000 $ investi dans les services de garde, le Québec crée le quart d'une place en garderie. Le Nouveau-Brunswick, avec la même somme, crée une belle place toute ronde. Quelle scandaleuse inefficacité de la part du Québec! La conclusion va de soi: nous avons eu tort de mettre sur pied ce réseau, qui s'est transformé en un gouffre financier.

Allons un tout petit peu plus loin que l'Institut Fraser. Pourquoi les places québécoises coûtent-elles plus cher qu'ailleurs? Un minimum de recherche aurait amené M. Taylor à découvrir le facteur central qui explique cette différence: les salaires des éducatrices. Combien sont payées les éducatrices dans les garderies ultra-performantes du Nouveau-Brunswick? La plantureuse somme de 7,45 $ l'heure. En d'autres termes, à peu près autant qu'un employé de chez McDo au Québec. Même scénario en Nouvelle-Écosse, où ces dames sont payées 7,87 $ l'heure. Comparativement à 16,24 $ au Québec. Ce qui n'est quand même pas le pactole: combien sont payés les électriciens et les mécaniciens au Québec? Bien plus que 16,24 $ l'heure.

Pourquoi le Québec a-t-il choisi de payer davantage ses éducatrices? Pour que ses garderies soient autre chose qu'un parking pour enfants. À cet égard, de récents propos du ministre des Services familiaux et communautaires du Nouveau-Brunswick, Tony Huntjens, nous en disent long sur sa conception des services de garde: " Les garderies sont un endroit où on dépose ses enfants au début de la journée et où on les reprend à la fin. " Il s'agit là d'une vision extrêmement réductrice du rôle des services de garde. Rappelons simplement qu'une partie importante du développement intellectuel d'un enfant se fait entre 0 et 6 ans. Chez les enfants de milieux défavorisés, particulièrement, la fréquentation d'une garderie éducative peut faire la différence entre la réussite et l'échec scolaire.

Mais revenons à nos éducatrices. Si elles sont mieux payées, on pourra exiger d'elles une meilleure formation, ce qui est, selon tous les chercheurs, le critère numéro un de qualité des services. Au Québec, d'ici quelques années, deux employés de garderie sur trois détiendront une formation. Quelle est la situation au pays de la performance, le Nouveau-Brunswick? Actuellement, aucune norme n'est imposée. Dans deux ans, une éducatrice sur quatre devra avoir reçu une formation. Évidemment, ces salaires de misère n'entraînent pas une énorme motivation à poursuivre des études. Sans parler du taux de roulement qu'ils entraînent: chaque année, la moitié du personnel change dans les garderies du Nouveau-Brunswick. Quand on connaît l'importance de la stabilité du personnel pour les enfants...

Oui, le Québec a choisi de dépenser plus pour se doter de services de garde de qualité, dotés d'un programme éducatif, où oeuvrent des gens formés. Malheureusement, ces éléments de réalité n'entrent pas dans la grille purement économiste, et théorique, de l'Institut Fraser. C'est bien dommage, car ces prémisses tronquées conduisent à des conclusions erronées.



»» la génération X

Que sont les X devenus?

Mathieu-Robert Sauvé
La Presse dimanche 28 mars 2004

Les ingénieurs au chômage et décrocheurs professionnels d'hier sont aujourd'hui pères de famille et propriétaires de condos

Des membres de la génération X, on disait naguère qu'ils formaient la génération la plus scolarisée de l'histoire. C'était aussi la première à récolter moins que la précédente. Indiscutablement, le solde était négatif: ta Volvo contre mon B.S., disait le sous-titre du premier brûlot intergénérationnel, L'acceptation globale (François Benoit et Philippe Chauveau, Boréal, 1986). Les diplômes eux-mêmes étaient dévalués tant les emplois spécialisés étaient rares.

Mais il ne faut pas croire que tous arboraient un T-shirt " No Future ". Bien au contraire. Il y a 10 ans, la jeune génération semblait même se préparer à s'assimiler avec joie à la majorité silencieuse. Dans notre groupe d'âge, il y avait probablement autant de nihilistes que d'abonnés Bell Mobilité. Pour 1000 jeunes qui se croyaient arrivés à la fin du monde, on aurait pu trouver autant d'entrepreneurs ravis de cette époque formidable. C'est pourquoi on a vu grandir parmi nous Jean Charest et Lynda Lemay, Pierre-Karl Péladeau et Amir Khadir, Marie Grégoire et Mario Lemieux. Sans compter tous ces heureux obscurs et les autres, les décrocheurs intégraux, les suicidés.

Aujourd'hui, qu'en est-il?

Les choses ont changé, manifestement. La situation économique s'est améliorée, les emplois sont apparus. Bref, les X se sont placé les pieds. Les ingénieurs au chômage et décrocheurs professionnels d'hier sont aujourd'hui pères de famille et propriétaires de condos. Certains ont hérité. Jobboom révélait récemment que 55 000 emplois se libéreront d'ici trois ans. Il ne s'agit pas ici de McJobs, mais de ce qu'on appelait autrefois des " positions ". La plupart de ces emplois sont libérés par la retraite des baby-boomers.

Dans les organisations, cette relève occupe et préoccupe les gestionnaires. Pierre Gauthier, un psychologue industriel de Montréal, visite les entreprises pour expliquer comment négocier les rapports entre les générations sur le marché du travail. Les X qui entrent à pleines portes dans les départements de ressources humaines, explique-t-il, ont un rapport beaucoup plus léger avec le travail que leurs prédécesseurs. Mais alors que, hier encore, les employeurs avaient le beau rôle au moment de l'embauche, ils doivent désormais se faire plus conciliants car les bons candidats se font rares. Pour les attirer, le psychologue suggère d'adopter avec eux un vocabulaire plus ludique, insister sur les défis à relever et l'ambiance dans le bureau plutôt que sur le plan de carrière et le régime de retraite.

En ce qui me concerne, je l'avoue, je m'en suis plutôt bien sorti. Sur la couverture arrière de mon livre Le Québec à l'âge ingrat (Boréal, 1993), on me présentait comme un " jeune sans condo ni assurance-vie ". Hé bien! ce n'est plus vrai. Je ne suis plus jeune, j'ai un condo, une assurance-vie, une auto neuve, un testament et des REER.

Comme moi, les membres de la génération X se retrouvent globalement plutôt avantagés par les circonstances. Plusieurs continuent de vivre dans la précarité, mais un bon nombre ont acquis des propriétés avant la flambée des prix, paient des hypothèques à bas taux; même les éternels étudiants, partis faire des postdoctorats à l'étranger, se voient offrir des chaires de recherche pour ramener leur cerveau à Montréal, à Sherbrooke ou à Québec... On les accueille à bras ouvert avec des fonds de départs généreux pour lancer leur laboratoire.

Si ça continue (et ça n'a pas de raison de s'arrêter), la génération X obtiendra tous les avantages de la génération précédente qu'elle a tant dénoncée! D'ici quelques années, elle sera irrémédiablement pantouflarde... C'est grave. L'identité X s'étant essentiellement construite sur l'opposition à la génération " lyrique ", elle va se dissoudre à mesure que les disparités s'amenuiseront. Si cette génération ne peut plus dire qu'elle est déshéritée, qu'en restera-t-il?

Crise d'identité en vue

Cette réflexion m'a conduit à un questionnement troublant: à quoi cette génération a-t-elle servi? Que retiendra-t-on du passage de la génération X dans trois ou quatre décennies? Tous ces trentenaires et quarantenaires que nous apercevons soir et matin dans les bouchons de circulation (chacun vissé à son volant, incapable d'adhérer à des services de covoiturage ou de prendre le métro), ont-ils vraiment abandonné leurs idéaux de jeunesse?

Supposons, par exemple, qu'un éditeur imprime la 25e réédition de Brève histoire du Québec en 2050, que gardera-t-on des années 1980 à 2010? Rien. Peut-être moins que rien: défaite référendaire de 1980; réforme (avortée) Rochon du système de santé; défaite référendaire de 1995; réforme (inachevée) Couillard du système de santé.

L'apport de la génération X dans l'évolution du Québec moderne est jusqu'à maintenant négligeable. L'Histoire aurait bien pu s'en passer; elle ne s'en serait pas aperçue...

Pourtant, depuis le milieu du 20e siècle, l'évolution du Québec a été jalonnée d'innovations à saveur sociale: nationalisation de l'électricité, démocratisation de l'enseignement, création d'un système de santé universel et gratuit, adoption de la loi 101, création d'institutions économiques innovatrices et audacieuses comme la Caisse de dépôt et de placement, le Fonds de solidarité des travailleurs. Le Québec s'est aussi illustré par un taux de syndicalisation massive sans équivalent en Amérique.

Qu'y a-t-il eu de majeur depuis 1980? Soyons honnête, il faut se torturer les méninges pour trouver une seule idée forte. L'assurance-médicaments pourrait être considérée comme une des rares politiques sociales des années 1990. Mais il est trop tôt pour dire si celle-ci aura été une véritable opération de redistribution de la richesse ou simplement... un bon coup de l'industrie pharmaceutique. Il faut aussi mentionner les garderies à 5 $ par jour du gouvernement péquiste. Mais cet élément de la politique familiale n'a pas survécu au premier mandat du gouvernement de Jean Charest, malgré ses promesses électorales.

Il est vrai, en toute justice, que les commis de l'État ont été très occupés durant cette période. Ce furent donc les grandes années de la Gestion publique. Et des commandites fédérales...

" Il faut nous laisser le temps d'arriver au pouvoir, dit François Rebello, un ancien militant étudiant aujourd'hui engagé dans l'investissement responsable (et qui devient aujourd'hui même candidat du Bloc québécois dans Outremont). Ce sera bientôt le tour des jeunes de passer aux actes. Les artisans de la Révolution tranquille n'avaient pas 20 ans lorsqu'ils ont fait leurs principales contributions. "

Rebello ne se considère pas comme un " X " intégral (il a un emploi stable et un condo lui aussi). Mais plusieurs de ses proches ont connu les cheminements typiques de cette génération: précarité, pauvreté, endettement. Homme de gauche et souverainiste, cet économiste social a mené plusieurs combats, et il assure qu'il n'abdiquera pas.

À l'argument du " laissez-nous le temps ", j'oppose certains doutes. N'est-ce pas quand on est jeune et rempli d'énergie qu'on a envie de brasser la cabane? N'est-ce pas à 20 ou 25 ans qu'on a des idées et de l'énergie? Peut-on raisonnablement croire que les membres de la génération X garderont leur idéal révolutionnaire dans leur manche jusqu'au moment d'accéder à la colline parlementaire?

Malheureusement, les grands combats sont comme les premières amours: ils appartiennent aux jeunes années.

Objectif: conformité

Dans un livre paru en 1997, Avant, pendant et après le boom (éditions Les Fous du roi), le politologue Jean-Herman Guay, de l'Université de Sherbrooke, a analysé la culture politique de trois générations de Québécois. On sent dans ce petit ouvrage très instructif la sensibilité de l'auteur pour les jeunes souvent dénoncés pour leur apolitisme. " Tout participe à cet effacement du monde, écrit-il: leur poids démographique, la chute des idéologies, l'impuissance de l'État. Ils se retrouvent avec eux-mêmes, coincés entre les quatre murs de leur individualité, convaincus que leur itinéraire est d'abord individuel et non pas collectif. Entourés de peu de frères et soeurs, n'ayant pas eu à se confronter à une autorité parentale rigide, ils n'ont pas acquis une mentalité qui les pousse à s'organiser et à contester. Et ils en paient le prix. "

Cela peut changer rapidement, prévient le politologue. En 1968, on était nombreux à soulever l'apathie des jeunes, leur léthargie. Puis, au printemps, tout a éclaté.

Si un auteur récrivait Le Québec à l'âge ingrat aujourd'hui, il chercherait à comprendre le fondamentalisme religieux, critiquerait la concentration des médias, attaquerait les projets de privatisation de l'eau. Et il frapperait encore sur la montée du néolibéralisme. Il y aurait de multiples champs de bataille. Sur la génération X, toutefois, il serait plus réaliste. Je crois que mes contemporains n'avaient qu'une envie, après tout: vivre une vie normale. Leur plus grande frustration est d'avoir été freinés dans leur élan par un groupe démographique imposant qui avait eu pour objectif de s'amuser le plus longtemps possible.

À la fin de mon livre, on peut lire la phrase suivante: " Dans 10 ou 15 ans, la majorité des gens qui habitent notre environnement immédiat, des professeurs d'université aux politiciens, en passant par les animateurs de télévision, les fonctionnaires et les journalistes, auront pris leur retraite et siroteront leur Pina Colada les pieds pendants au bout du quai. Ceux qui les remplaceront auront alors les sept défis du Québec à relever. "

Nous y sommes donc, 10 ans plus tard. La génération X continue de bien porter son nom: elle est passée sans bruit dans la petite histoire; ses membres se sont intégrés ou sont disparus; on les a déjà oubliés. Cette génération est peut-être la plus scolarisée, elle est aussi la plus effacée. Mais elle a aussi la responsabilité d'exister. Si elle veut trouver une place dans la mémoire collective, elle doit se définir pour ce qu'elle est, non pour ce qu'elle n'a pas été.

M. Sauvé est journaliste et auteur. Nous publions ici un extrait d'un texte à paraître dans le numéro du printemps 2004 de la revue Argument en kiosque dans les prochains jours.



»» Irak

Bush, vicaire de Dieu

Gil Courtemanche
Le Devoir samedi 27 mars 2004

Depuis quelques mois, les preuves s'accumulent démontrant que l'invasion de l'Irak est une des plus grandes supercheries de l'histoire. C'est un mensonge planétaire qui a provoqué et provoque encore la mort de milliers de personnes, Irakiens autant qu'envahisseurs. Les immenses stocks d'armes de destruction massive se sont évanouis par magie, comme autant de mirages dans le désert irakien, et les liens de Saddam Hussein avec le réseau al-Qaïda semblent être le fruit d'un analyste de la CIA qui aurait fumé trop d'herbe.

Il y a quelques semaines, l'ancien secrétaire au Trésor de George Bush écrivait que même avant le 11 septembre 2001, l'administration Bush était obsédée par l'Irak. Cette semaine, l'ex-directeur de la lutte antiterroriste en a rajouté. Il a déclaré sous serment devant une commission d'enquête que quelques heures seulement après l'attentat du World Trade Center, le président lui avait demandé de trouver des liens entre les kamikazes et le régime de Saddam Hussein.

Dans toute société politiquement évoluée, de telles révélations entraîneraient une chute radicale et spectaculaire de la popularité du président. En France, quelques mois de grogne sociale ont accouché d'une victoire spectaculaire de la gauche lors du premier tour des élections régionales. En Grande-Bretagne, la popularité de Tony Blair a chuté de façon spectaculaire. Chez nous, le scandale des commandites, une grosse affaire, bien sûr, mais quand même pas une guerre qui coûte 80 milliards de dollars par année, met en question la réélection du gouvernement libéral. Pourtant, chez nos voisins, une majorité d'Américains croit encore que l'invasion de l'Irak a été une bonne décision et approuve la performance de Bush comme président. Dans toute autre société occidentale, le président se cacherait pour éviter des volées de tomates et d'oeufs pourris. Pas aux États-Unis, qui échappent aux analyses politiques traditionnelles des démocraties classiques.

Ce pays possède une culture politique totalement unique dans le monde, qui explique en partie la méfiance et l'ignorance des Américains à l'endroit du reste de la planète et notre perplexité à leur endroit. L'Amérique, puisqu'elle se désigne pompeusement ainsi, est la dernière nation où on cultive le patriotisme primaire. Chaque matin, la main sur le coeur, tous les écoliers américains vouent allégeance au drapeau de leur nation protégée et choisie par Dieu. Dans ce serment existe implicitement une forme d'allégeance et de soutien à l'incarnation de la nation, soit le président. Une fois élu, celui-ci cesse d'être un homme politique normal pour une majorité d'Américains. Commandant en chef des armées, maître du monde, il se mue en une sorte d'empereur dépositaire du destin et de l'intégrité de la nation. S'opposer au président dans des situations précaires, quand la nation se sent menacée ou inquiète, constitue presque une forme de trahison, de rejet de la nation. Malgré tous ses mensonges et ses aventures, Bill Clinton a été le président le plus populaire des 40 dernières années. Il a fallu plus d'un an de révélations sur le scandale du Watergate pour que la cote de popularité de Nixon soit négative. Et, dans ce cas, il s'agissait de crimes graves: vol, espionnage, fabrication de faux, etc.

***

Une autre caractéristique fondamentale de la société américaine est sa profonde adhésion à la croyance religieuse comme valeur intrinsèque et politique. La nation est dépositaire des principes divins du christianisme. Dans sa symbiose avec la nation, le président en devient le croisé en chef, un peu comme dans un État musulman. Le président qui avouera ne pas aller à l'office religieux le dimanche et qui n'invoquera pas le nom de Dieu dans ses principaux discours sera battu même si l'économie atteint un taux de croissance annuel de 20 %. En 1960, le principal obstacle à l'élection du sénateur Kennedy n'était ni sa jeunesse ni son discours résolument progressiste mais son catholicisme dans un pays majoritairement protestant.

Finalement, parce que nous vivons dans des sociétés aux paysages politiques complexes où les notions de gauche et de droite ont encore un sens, nous sommes souvent tentés de projeter cette grille d'analyse sur la politique américaine. C'est une erreur. La société américaine est politiquement inculte et monolithique. Les choix politiques y relèvent de deux facteurs principaux: la recherche du bonheur individuel, qui se fond avec la vision qu'on entretient de la prospérité nationale, et l'adhésion religieuse à la mission chrétienne et civilisatrice de la nation. Nous ne sommes plus dans le domaine de la politique mais de la croyance, de la foi. Une grande partie de l'appui à George Bush ne tient aucunement à un projet politique républicain mais à la croyance viscérale qu'il est un soldat de Dieu qui défend la nation de Dieu. Pour la très grande majorité des Américains qui appuient Bush, ce sentiment s'apparente à celui des catholiques fervents qui ne sont pas d'accord avec toutes les positions du pape mais qui le soutiennent parce qu'il est le représentant de Dieu sur Terre. Ce genre d'adhésion aveugle quasi mystique est imperméable à toute forme de débat rationnel et factuel puisque les voix de Dieu sont impénétrables et indiscutables. Voilà à qui s'attaque John Kerry: au vicaire de Dieu.



»» bouclier antimissile

Le bouclier antimissile verra le jour... avec ou sans le Canada

Laura-Julie Perreault
La Presse samedi 27 mars 2004

Le bouclier antimissile, promis aux Américains par George W. Bush au lendemain du 11 septembre, verra le jour avec ou sans l'appui du Canada, estime un spécialiste de la défense américaine, de passage à Montréal hier. Selon Charles Pena, du Cato Institute, le Canada a un peu plus à gagner qu'à perdre en appuyant le projet de Washington.

D'entrée de jeu, M. Pena a affirmé hier, en s'adressant à un groupe de diplomates et de spécialistes des relations internationales à l'hôtel Delta centre-ville, que le controversé programme antimissile américain est là pour rester.

" Toutes les études montrent que la priorité numéro 1 des Américains, depuis les attentats terroristes du 11 septembre, est la sécurité. Si John Kerry est élu aux prochaines élections, il ne pourra pas mettre le programme aux poubelles. Les Américains ne veulent pas se faire dire que leur gouvernement ne fait pas tout ce qu'ils peuvent pour les défendre ", a expliqué l'analyste hier.

George W. Bush a ressuscité le projet de bouclier en 2001, mais ce n'est qu'en octobre prochain, soit un mois avant les élections présidentielles, que les premiers intercepteurs de missiles seront mis en place en Alaska et en Californie. " Ces installations seront surtout un symbole. Si jamais le président de la Corée du Nord était de mauvaise humeur et appuyait sur le bouton rouge, les intercepteurs de missiles ne fonctionneraient pas ", explique M. Pena, qui a travaillé avec différentes agences du gouvernement américain sur la question de la défense antimissile.

S'il juge qu'il est impossible que le gouvernement américain revienne sur ses positions, M. Pena croit que le Canada a encore le temps de réfléchir avant de se rallier définitivement au projet, et ce, même si l'administration Bush demande à Paul Martin de statuer dans les prochains mois sur ses intentions dans ce dossier.

Les négociations entre Ottawa et Washington n'ont pas encore débuté, mais la première lettre échangée entre le nouveau ministre de la Défense, David Pratt, et son homologue américain, Donald Rumsfeld, le 15 janvier dernier, donnait presque le feu vert au bouclier antimissile.

" Il n'y aura pas de conséquences très graves si le Canada décide de ne pas participer au programme antimissile, mais il y en aura, convient M. Pena. L'administration Bush est déterminée à aller de l'avant. Si le Canada embarque, les coûts seront minimes. Le Canada bénéficiera du bouclier, ça renforcera la place du Canada dans le commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) et les compagnies canadiennes de l'industrie militaire pourront obtenir des contrats ", précise M. Pena, qui dirige le département des études en défense du laboratoire d'idées libertaires de Washington D.C.

Chercheur en sciences politiques à l'Université Carleton, Philippe Lagassé, qui participait hier au même panel que M. Pena dans le cadre d'une conférence portant sur les choix du Canada en matière de sécurité nord-américaine, a rappelé que le plus grand coût pour le gouvernement Martin est essentiellement politique.

Le Nouveau Parti démocratique, le Bloc québécois et l'aile gauche du Parti libéral s'opposent farouchement à la participation du Canada au projet antimissile, craignant qu'en donnant le feu vert à ce projet, le Canada ne donne aussi son aval à la résurrection du programme de la guerre des étoiles, qui permettrait aux États-Unis de détruire des missiles dans l'espace à l'aide de lasers ultrapuissants.

M. Lagassé a noté hier que les Américains cherchent surtout un appui symbolique du Canada et ne s'attendent pas à ce que les Canadiens financent une partie du programme. Il n'est pas non plus question pour le moment que des intercepteurs soient installés en sol canadien.



»» la "saison des idées"

La première étape de la "saison des idées"

Michel Corbeil
Le Soleil samedi 27 mars 2004

La tournée de réflexion des partisans péquistes débute aujourd'hui à Québec

La "saison des idées", décrétée par le chef du Parti québécois, Bernard Landry, part en tournée. Première étape : aujourd'hui, à Québec, où quelque 250 partisans sont attendus pour se pencher notamment sur le comportement - souvent froid - des électeurs de la région par rapport à la formation qui prône la souveraineté.

Rencontré récemment, le président du PQ de la Capitale, Roger Bertrand, a précisé au SOLEIL que le débat qui aura lieu débordera le cadre imposé ailleurs à travers la province. Au questionnement sur le parti, le programme et le pays s'ajoutera une réflexion sur les relations entre la région et la formation politique péquiste.

Ce n'est pas la première fois que le sujet est abordé. Des membres de la formation politique et des analystes ont encore frais à la mémoire le résultat mitigé de la capitale, lors du référendum de 1995. Certains estiment que le clan du OUI a perdu le plébiscite ici même.

Le document qui sera proposé aux participants, aujourd'hui, aborde directement le problème. "Considérant le résultat des dernières élections, il semble que la population était loin de faire le lien entre, d'une part, les réalisations du Parti québécois et ce qu'il proposait et, d'autre part, les meilleurs intérêts de la Capitale-Nationale."

Le document rappelle la situation économique plus qu'encourageante dans le domaine de l'emploi. Malgré cela, "la performance décevante (du PQ) de la Capitale-Nationale aux élections de 2003 nécessite tout un brassage d'idées sur le parti, le programme et le pays, moult questionnements, tout un réveil, toute une mobilisation, toute une série de mesures pour retrouver rapidement son espace".

Selon l'exposé, le militantisme, l'organisation et le financement doivent être revus. Il faut "savoir dénoncer, certes, mais aussi proposer", écrit-on. À la veille d'élections à Ottawa, le document suggère de travailler plus étroitement avec le Bloc québécois.

Il insiste lourdement sur l'option fondamentale du PQ. "Comment expliquer l'intérêt encore mitigé de l'électorat de la région face à la position pourtant hautement stratégique et avantageuse économiquement que la capitale occuperait dans un pays souverain ?, demandent les auteurs. Comment répondre aux craintes et aux doutes de certains milieux quant aux impacts d'un Québec souverain (entreprises, administration publique, certaines catégories de citoyens) ?"

En entrevue, l'ex-député péquiste de Portneuf a apporté des nuances. Le PQ "a été à court (de votes et d'arguments) dans la région, lors du référendum, a-t-il concédé. Il faut mieux expliquer l'impact que notre option y apporterait".

La vigueur de sa formation politique le préoccupe moins que l'impression qu'en donne le document de réflexion. "Il y a une légère baisse (du nombre d'adhérents). Mais c'est loin d'être une catastrophe." En outre, contrairement à 1985, le PQ n'a pas été balayé du paysage, lors du dernier scrutin, a-t-il mentionné.

Roger Bertrand s'est félicité du nombre de personnes attendues à la rencontre à laquelle assistera le chef Bernard Landry. Selon M. Bertrand, des gens des milieux altermondialistes et artistiques et du monde des affaires y seront sans être membres en règle du PQ. "La seule condition, c'est de ne pas être contre notre option fondamentale."

Le président régional péquiste a insisté sur le fait qu'en y lançant la tournée de régions, qui durera tout le mois d'avril, "la capitale nationale voulait marquer le pas".

Des cahiers de réflexion ont été lancés, il y a quelques mois. Au "chantier sur le pays", le cahier propose, entre autres, de discuter de l'idée de tenir une élection référendaire.

Dans un parti qui s'est toujours targué de faire une large place à ses militants de la base, la discussion sera animée autour du cahier de consultation sur le parti, a fait remarquer Marie Malavoy, la vice-présidente du PQ. Une des pistes de réflexion suggère d'accorder un pouvoir exceptionnel au chef pour nommer des candidats.

"C'est déjà chaudement débattu, a glissé avec un sourire Mme Malavoy. Ce n'est pas dans la culture du Parti québécois. Mais c'est peut-être quelque chose qu'on doit revoir."


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Le gavage éhonté des dirigeants de sociétés cotées en bourse

YVES MICHAUD
TRIBUNE LIBRE 31 mars 2004

M. Robert Gratton, n’y va pas avec le dos de cuiller avec l’argent des actionnaires de Corporation financière Power dont il est le chef de la direction. Il a exercé récemment 3,88 millions d’options qui lui ont été gracieusement votées par le conseil d’administration pour une modeste somme de 170 millions de dollars. Cet employé modèle, tant s’en faut, contrôle possède actuellement 5,28 millions d’actions ordinaires de la compagnie pour une valeur de 290 millions. Le jour où il exercera les 3 millions d’options qui lui restent, il aura vraisemblablement en poche une misérable somme frisant ou dépassant les 500 millions de dollars.

Quittons la stratosphère des rémunérations démentielles des dirigeants de sociétés cotées en bourse alimentées, soit dit en passant, par les épargnes des citoyens via leurs caisses de retraite, et revenons sur terre. Pour gagner 500 millions, un journaliste de La Presse devra travailler pendant 1000 ans et un employé de soutien 2000 ans, soit du début de la naissance du Christ à nos jours!

Pudeur obligeante, l’exercice des options de M. Gratton qui devient le champion toutes catégories de l’enrichissement facile n’a pas été commenté par les médias du groupe Gesca, dont le propriétaire est la famille Desmarais. Mais il y a pire. Le système pourri jusqu’à la moelle des rémunérations révoltantes repose sur l’hypocrisie, le laxisme et la complicité des gouvernements, au premier chef le ministère des Finances du Canada. Dans le cas des options octroyées, par quel raisonnement tordu peut-on justifier qu’il y a « gain de capital » alors qu’aucun investissement n’a été fait par les dirigeants, les options leur étant attribuées gratuitement ? Le prélèvement fiscal sur les options est de 25 % au titre de gain de capital soit la moitié de l’impôt de 50 % d’une importante catégorie de contribuables. À l’encaissement, six joueurs vedettes de la ligue canadienne des « stock options », ont touché ou toucheront la somme d’un milliard de dollars : Robert Gratton, (Financière Power 500 M), Joseph Strauss (JDS Uniphase 200M), John Roth (Nortel 135 M), Laurent Beaudoin, (Bombardier 90 M), Jean Monty (BCE 30 M), Pierre H.Lessard (Metro 28 M). J’allais oublier la passe de 23 millions du fils Chagnon dans la ténébreuse affaire Videotron-Rodgers et Québecor.

Au bénéfice de six privilégiés, les gouvernements fédéral et provinciaux seront ainsi privés au bas mot de 250 millions d’impôts! De quoi faire saliver les ministres des finances qui raclent les fonds de tiroirs pour la santé, l’éducation, la solidarité sociale et autres besoins pressants d’une société dont des milliers d’enfants ne mangent pas à leur faim. Et encore, ce manque à gagner ne s’applique qu’à une mince brochette d’heureux prébendés de notre merveilleux système financier. De combien seraient garnis les trésors publics si l’on ajoutait les centaines ou les milliers de profiteurs inscrits au palmarès des cadeaux princiers accordés à des dirigeants financièrement replets et obèses? Que dire des 12 milliards de dollars d’évasion fiscale dans les paradis fiscaux et les entourloupettes comptables, estimés par le vérificateur général du Canada, cités par Brigitte Alepin dans son livre « Ces riches qui ne paient pas d’impôt »? Sous ce chapitre, il serait injuste de ne pas rendre à César ce qui est à César. Dans son dernier budget le ministre Séguin a haussé le prélèvement fiscal sur l’encaissement des options de 12% à 18% soit 75% de l’impôt payé par les honnêtes citoyens du Québec sur leur revenus. Le ministre québécois des finances est le premier au Canada à s’attaquer à l’iniquité fiscale du scandaleux régime des options. Reste à souhaiter qu’il continue dans la bonne voie et que son exemple soit suivi à l’échelle canadienne.

Une solution simple mise de l’avant par l’Association de protection des épargnants et investisseurs du Québec (APÉIQ) serait l’abolition pure et simple du régime des options. Un trait de plume dans un texte de loi et ce cancer qui défigure le capitalisme et provoque l’indignation est éradiqué du jour au lendemain. Si l’on veut le maintenir à tout prix, la moindre des mesures serait l’application du barème d’impôt des rémunérations imposables à tous les contribuables. Quitte à décréter au bénéfice des petits et moyens salariés, une exemption de base de même nature que celle applicable aux entreprises non cotées en bourse.

Je ne m’explique pas le silence et la pudeur maladive des investisseurs institutionnels et des responsables des caisses de retraite sur le gavage éhonté des gérants salariés des entreprises qui font appel à l’épargne publique. Le plus important d’entre eux est la Caisse de dépôt du Québec. Dans ses principes directeurs de gouvernement d’entreprise, la Caisse prêche la modération (sic) en matière de rémunération des dirigeants. Forte de son portefeuille dépassant la centaine de milliards de dollars, qu’est-ce qu’elle attend pour intervenir au grand jour et donner le signal d’une salutaire corvée de nettoyage des écuries d’Augias?

Il ne faut rien attendre des membres des conseils d’administration qui ont partie et poings liés avec la direction, eux-mêmes paralysés par la surcharge pondérable des jetons de présence aux allures de provocation. Force est de constater que les vertueux principes de bonne « gouvernance », comités de rémunération, de vérification, composés d’administrateurs en théorie indépendants, ne sont souvent qu’illusion et poudre aux yeux pour épater la galerie et endormir les actionnaires. Les rémunérations ne cessent d’atteindre des sommets vertigineux. Les assemblés générales sont des parodies de démocratie actionnariale en raison des lois vicieuses sur les procurations qui accordent tous les pouvoirs à la direction et aucun aux simples actionnaires ou leurs représentants. Quiconque aura la patience de lire la Loi sur les banques et la Loi canadienne des sociétés se rendra vite compte qu’elles confortent d’abord et avant tout les intérêts des banquiers et des dirigeants d’entreprises qui ont leurs coudées franches et leurs entrées privilégiées dans coulisses du parlement canadien.

C’est au parlement fédéral que la vraie partie se joue. Avant toute chose, il est urgent d’arrêter l’hémorragie de nos impôts par la résiliation des conventions fiscales dans les paradis fiscaux. Il y là des milliards qui se prélassent au soleil alors que les besoins en santé et en éducation sont hurlants. Des lois draconiennes s’imposent sur le plafonnement salarial des dirigeants des sociétés ouvertes et de la rémunération de leurs administrateurs. D’autres sont attendues, plus musclées et sévères sur les transactions et délits d’initiés, assorties de pouvoirs réels aux actionnaires pour briser la franc-maçonnerie des « copains d’abord » et le recrutement incestueux des membres des conseils d’administration. Voilà la feuille de route des associations d’actionnaires, des coalitions d’investisseurs institutionnels et des responsables de fonds de pension. Autrement l’on risque de parler dans le vide et de perdre notre temps.

Dans l’état actuel de la furieuse incandescence de l’enrichissement sans cause et du pourrissement du capitalisme financier il faut opposer aux libertés dépravées des lois correctrices, et surtout leur stricte application sans états d’âme et sans égard à l’endroit de ceux qui les enfreignent. Il y là un passage obligé pour rétablir la confiance des investisseurs dans le marché et mettre fin aux abus qui révoltent les honnêtes gens et empestent les institutions financières.

Montréal, le 31 mars 2004



TRIBUNE LIBRE

DÉRIVE FÉDÉRALISTE

Patrice Boileau
patriceboileau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 31 mars 2004

Cela devient inquiétant. Faudrait-il appeler « Info-secte! » À voir réagir le gouvernement de Jean Charest à Québec; il serait tentant de répondre oui! Comment ces fédéralistes peuvent-ils encore manifester de l’espoir face à un possible dénouement de l’impasse fiscale imposée par Ottawa? Le Budget du ministre fédéral des Finances Ralph Goodale, à l’aube d’une élection générale, n’a même pas donné le moindre signe de souplesse en ce sens. Pendant ce temps, Paul Martin poursuit son travail de banalisation de notre Assemblée nationale en l’affaiblissant au profit des villes, dont les maires siégeront bientôt à la même table que les provinces, à l’invitation d’Ottawa.

Parvenir à conserver ses convictions fédéralistes dans un contexte politique aussi difficile relève du délire. Ainsi, comment continuer à attribuer aux membres du gouvernement Charest une quelconque rigueur intellectuelle puisqu’ils justifient toujours les bienfaits du maintien du lien fédéral? Ironiquement; ce sont plutôt les souverainistes qui furent traditionnellement accusés d’appuyer leur option uniquement sur des motifs émotionnels. Force est d’admettre que ce sont dorénavant les fédéralistes qui ne peuvent plus prétendre que leur choix constitutionnel découle d’une démarche intellectuelle pragmatique, exempte d’errance sentimentale. Qui peut consentir effectivement à Jean Charest et à Yves Séguin un soupçon de crédibilité lorsqu’ils déclarent croire que la rencontre annoncée par Paul Martin l’été prochain solutionnera le sous-financement récurrent qui afflige Québec, sans devoir en retour abandonner des compétences à Ottawa?

La société québécoise est l’otage d’un gouvernement aveuglée par sa foi fédéraliste. Le Québec ressemble à un navire en perdition parce que les membres d’équipage refusent de donner un coup de barre pour éviter le naufrage. Les passagers que nous sommes doivent-ils écoper pour cette soumission incompréhensible, que seules des croyances qui s’apparentent à de l’adulation dogmatique peuvent expliquer? L’option fédéraliste qu’appui Jean Charest a un coût qui est responsable de la situation budgétaire pitoyable du Québec. Devons-nous continuer de l’assumer, au risque de voir des pans entiers de nos actifs collectifs liquidés, comme le souhaitent des intégristes fédéralistes du gouvernement libéral?



TRIBUNE LIBRE

Myriam Bédard a-t-elle fait mouche ?

Christian Gagnon, Montréal
TRIBUNE LIBRE 31 mars 2004

Bien des gens ont mis en doute la crédibilité du témoignage de Myriam Bédard devant le comité des Communes sur le scandale des commandites. On a notamment déploré que l’affirmation de la médaillée d’or olympique selon qui l’ancien pilote Jacques Villeneuve aurait reçu 12 millions de dollars américains en 1997 pour porter le logo du Canada sur sa combinaison ne soit fondée que sur des ouï-dires.

Dès que l’allégation a été lancée, toute la gent journalistique s’est ruée sur les images d’archives, à la recherche du mot «Canada» sur les vêtements de l’ancien pilote. Ne le trouvant nulle part, on en a déduit à la vitesse d’une Formule 1 que madame Bédard était dans l’erreur.

Par contre, bien peu d’attention a été portée sur les explications invraisemblables et contradictoires du ministère des Travaux publics et de l’agent de M. Villeneuve, Craig Pollock. Ce dernier a protesté en répliquant : «Le Canada n'a jamais aidé Jacques Villeneuve d’aucune façon. […] S’il porte un drapeau canadien sur sa combinaison, c’est seulement pour indiquer sa nationalité».

Par contre, un porte-parole du ministère, Alastair Mullin, a plutôt indiqué qu’en 1997, Jacques Villeneuve n’avait touché «que 4500$» du programme de commandites pour arborer les couleurs du Canada.

Était-ce un logo ? Un drapeau ? Douze millions $ US constitue une somme colossale. Mais à l’inverse, personne n’ira croire qu’on peut acquérir un espace publicitaire sur la combinaison de l’ex-champion du monde des pilotes pour la somme dérisoire de 4500$ canadiens.

Quiconque connaît les tarifs exhorbitants en usage en cette matière ne peut que penser qu’il manque quelques zéros au bout du montant dévoilé par les Travaux publics.

... Et le tir de la biathlète Myriam Bédard a peut-être encore fait mouche.



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COMMUNIQUÉS 29 mars 2004