
»» L'affaire des commandites
Un ex-employé de Groupaction veut intenter un recours collectif
PC
Le Devoir jeudi 4 mars 2004
Alain Richard dénonce depuis des années les transactions douteuses qu'il a observées, mais sans résultat jusqu'à présent
Ottawa -- Constatant que ses dénonciations répétées des abus des commandites auprès des autorités policières et politiques demeurent lettre morte, l'ex-employé de Groupaction Alain Richard mise maintenant sur le pouvoir des contribuables.
Par l'entremise d'Internet, il lance une campagne visant à recueillir le plus de signatures possible dans le but d'intenter un recours collectif contre le gouvernement fédéral.
«Les amis du gouvernement en place doivent plus de 50 $ à chaque contribuable canadien», peut-on lire sur la page d'accueil du site www.jean-paul.ca.
M. Richard était vice-président aux affaires institutionnelles chez Groupaction jusqu'en 1997. Depuis, il dénonce sur toutes les tribunes les agissements qu'il a pu observer chez son ancien employeur, alertant policiers, médias et politiciens de ce qui s'y passait. Ses dénonciations ont été corroborées par les rapports de la vérificatrice générale sur le programme de commandites et, notamment, par les conclusions sur Groupaction.
Malgré tout, et à son grand dam, rien ne semble donner de résultats.
«Comme contribuable, je suis tanné», lance celui qui n'a pas la langue dans sa poche et qui n'a pas l'intention d'arrêter à ce stade-ci.
«Je veux prouver au monde que le seul outil de démocratie, ce n'est peut-être même pas les journaux, c'est Internet. [...] Si je ne le fais pas, qui va le faire ?», ajoute-t-il, affirmant qu'un «mandat clair» de la population pourrait permettre d'aller plus loin.
En moins de 24 heures, selon M. Richard, «plusieurs milliers» de personnes de diverses régions du Canada auraient signé le formulaire. Une fois l'objectif atteint (M. Richard ne veut pas dévoiler le chiffre visé), il entreprendra les démarches juridiques.
Bien qu'il ne puisse garantir si le recours collectif sera entendu devant un tribunal, l'exercice aura pour résultat d'exercer des pressions sur le gouvernement de Paul Martin à l'aube d'élections générales.
Histoire de voir jusqu'où le premier ministre est prêt à aller pour faire maison nette, Alain Richard lui a fait parvenir une lettre par courrier recommandé. Il espère obtenir une oreille attentive, et ce, même s'il n'a «pas gagné de médailles olympiques», note-t-il, faisant ironiquement référence à la sortie de la biathlète Myriam Bédard.
La semaine dernière, Mme Bédard avait dénoncé des agissements qu'elle avait observés alors qu'elle était employée chez Via Rail. Elle avait décidé d'ouvrir son sac à la suite de l'appel à tous du premier ministre, qui invitait quiconque a pu observer des malversations dans le programme de commandites à se mettre à table, sans crainte de représailles.
M. Richard a fait remarquer, avec ironie, que c'est ce qu'il fait depuis des années. Ses déclarations lui ont valu des menaces et de l'intimidation.
«Est-ce que le premier ministre est plus préoccupé par ses élections que par la vie d'un simple citoyen qui a osé faire ce qu'il a dit de faire ?», s'interroge celui qui est désormais propriétaire d'une boîte de communication. Malgré tout, il demeure sceptique et entretient peu d'espoir d'obtenir plus qu'un accusé de réception du bureau du premier ministre.
Le cabinet de Paul Martin n'a pas voulu confirmer si la lettre de M. Richard lui était bel et bien parvenue.
«Nous apprécions beaucoup que les gens viennent vers nous et voulons leur assurer que toutes les lettres que nous allons recevoir à ce sujet vont être transmises au juge Gomery et aux responsables de l'enquête publique», a indiqué Justin Kingsley, attaché de presse du premier ministre.
M. Richard est catégorique et dit être prêt à témoigner, que ce soit devant l'enquête publique ou devant le comité parlementaire des Comptes publics. «Je n'attends que les invitations», souligne-t-il.

»» L'affaire des commandites
Jean Lapierre saute dans le train de la magouille
Simon Hamel
Le Devoir jeudi 4 mars 2004
Lettres: Le 19 février 2004
Cet après-midi du 15 février 2004, à la télévision d'État, on a donné une place de choix à ce sauveur des valeurs libérales. Même le premier ministre du Québec, Jean Charest, n'a pas encore eu cette chance. Les valeurs libérales seront portées au zénith, d'après M. Lapierre, prochain député d'Outremont: c'est la promotion du Québec par les Québécois. Nous avons une preuve tangible de cette sincérité libérale. Prenons les exemples développés dernièrement.
Le contrôle des armes à feu : la planification des coûts s'élevait à deux millions de dollars. Aujourd'hui, nous en sommes à deux milliards, et ce n'est pas fini.
- Le scandale des commandites : nous en sommes à 260 millions, dont 100 millions sont allés dans les poches d'amis libéraux et peuvent entre autres avoir servi à payer un big party pour Jean Lapierre.
- L'achat de deux avions Bombardier Challenger : au coût de 101 millions, cet achat a été fait en bousillant toute la procédure des Travaux publics et le ministère de la Défense a fait savoir qu'il n'en avait pas besoin.
Faisons le compte de ces magouilles, dont 25 % des fonds proviennent des goussets des citoyens du Québec.
- deux milliards pour le contrôle des armes à feu : 500 millions;
- les magouilles des commandites : 65 millions;
- les avions Challenger : plus de 25 millions.
Nous arrivons à une grosse somme, volée aux Québécois, soit 590,2 millions.
Le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, se démène comme un diable dans l'eau bénite pour répondre aux besoins de la santé et de l'éducation pendant que les amis de Jean Lapierre nous ont dérobé 590,2 millions en magouilles de toute sorte.
Après cela, M. Lapierre viendra à la SRC se poser en sauveur du Québec. Au temps du Christ, on lapidait de tels sauveurs sur la place publique.
J'espère que le peuple québécois enverra ces magouilleurs moralistes dans l'opposition afin qu'ils puissent s'y refaire une virginité. Ils en ont grand besoin, et ça presse. Pour une fois, il faut faire dérailler le train de ces profiteurs au pays du Québec.

»» Jean Lapierre
La politique, c'est pas de la radio, M. Lapierre !
Michel Vastel
Le Soleil jeudi 4 mars 2004
Opinions - Jean Lapierre a trouvé le moyen d'être à l'aise avec ce qu'il appelle ses "cheminements" : les libéraux, ça n'existe plus ! Vive le clan Paul Martin...
Subtilement - mais pas trop tout de même ! - , le lieutenant québécois du premier ministre du Canada nous refait le coup du Bloc. Vous rappelez-vous ? Le Bloc québécois, ce n'était pas vraiment un parti souverainiste, mais une "coalition arc-en-ciel", un rassemblement de gens de bonne volonté qui, au nom des intérêts supérieurs de la Nation - québécoise à ce moment-là - , embarquaient provisoirement dans la chaloupe d'un seul homme, Lucien Bouchard.
Aujourd'hui, c'est toujours au nom des intérêts supérieurs de la Nation - canadienne cette fois ! - que le même Jean Lapierre embarque dans le gros bateau d'un autre homme, Paul Martin. Et au nom du renouveau, du changement - à moins que ce ne soit du printemps, la saison des grands ménages - , l'ancien animateur de radio et de télévision lance les anathèmes et vire par-dessus bord tout ce qui a touché de près ou de loin à un parti "libéral". Provincial et fédéral, cela commence à faire beaucoup de monde !
Il était une fois un secrétaire exécutif de Brian Mulroney, un certain Hugh Segal, qui tentait d'expliquer à une assemblée de militants de Gloucester en Ontario que, contre vents et marées, le Parti progressiste conservateur resterait fidèle aux valeurs sur lesquelles le Canada fut bâti. Segal disait à peu près ceci : les gens opposés au bilinguisme, on n'en a pas besoin dans notre parti ! Les gens opposés à la liberté des femmes de disposer de leur corps, on n'en a pas besoin dans notre parti ! Les gens opposés au partage de la richesse entre les différentes régions du pays, on n'en a pas besoin dans notre parti !
Comme le discours de Segal avait duré une bonne heure, je lui dis, à la fin, qu'après avoir exclu de son parti autant de gens, celui-ci se retrouverait avec 15 % des suffrages lors de l'élection suivante. Effectivement, en 1993, le PC recueillit 16 % des voix et ne fit élire que deux députés.
Jean Lapierre se croit investi du même monopole de la vertu. Après avoir comparé le Parti libéral de Jean Chrétien à un vieux frigidaire dans lequel on aurait oublié un poisson pourri, voilà qu'il dit que le gouvernement de Jean Charest, ce n'est pas bon pour l'image de marque des libéraux.
"C'est la marque Paul Martin qui sera au coeur de la prochaine campagne électorale, a expliqué le nouveau lieutenant de Paul Martin à une journaliste du Canada's National Newspaper. Les Québécois ont du mal à faire la différence entre les libéraux de Jean Chrétien et les libéraux de Paul Martin. (...) Et il y a une réalité provinciale qui affecte aussi la marque libérale..." On appelle cela du branding en anglais : l'image du parti doit changer, tout ce qui est "libéral" doit disparaître, même la nuance de rouge sera changée sur les affiches et le site Internet de l'aile québécoise du PLC est "en (re)construction" !
Voilà qui n'est pas gentil pour Georges Farrah, Liza Frulla, Clifford Lincoln, Serge Marcil, Pierre Pettigrew, Lucienne Robillard, tous des libéraux issus de l'équipe provinciale et qui en sont fiers. Jean Lapierre lui-même n'était-il pas heureux, en 1990, de s'afficher comme "l'homme de Robert Bourassa" pour faire oublier son flirt avec les souverainistes du Bloc ?
Et le Parti libéral de Jean Charest, c'est aussi celui de Robert Bourassa et de Jean Lesage. Il n'y a pas moyen de sortir de cela, même si Jean Lapierre n'a jamais beaucoup aimé Jean Charest. Et le Parti libéral de Paul Martin, c'est aussi celui de Pierre Trudeau et de Jean Chrétien. "A liberal is a liberal is a liberal", dit-on à Rome.
On savait que tout n'allait pas pour le mieux dans l'aile québécoise du Parti libéral du Canada. Les anciens se sentent bousculés, se font imposer des candidats, se font dire de rester chez eux. Ils aiment d'autant moins que cela vient d'un Jean Lapierre qu'ils n'ont pas souvent vu coller des enveloppes, accrocher des affiches ni cogner aux portes depuis 15 ans.
Voilà maintenant que ce sont les libéraux de Jean Charest qui se font dire de se cacher comme des parias ! À Québec, on a froncé les sourcils, hier matin, en lisant les propos de Lapierre sur ses "frères" libéraux dans un journal de Toronto. Avec un rictus en coin, on rappelle que les sondages ne sont guère meilleurs pour "le PLC dirigé par Paul Martin" que pour "le PLQ dirigé par Jean Charest" !
On ajoute que le scandale des commandites affecte tout autant les libéraux provinciaux, qui n'y sont pourtant pour rien ! Et surtout, Lapierre veut-il dire aux 125 000 membres du PLQ de rester chez eux pendant la prochaine campagne électorale fédérale ? On rappelle que le Parti libéral fédéral, lui, n'a que 55 000 membres, qu'il n'arrivait même pas à payer ses dettes après avoir été 10 ans au pouvoir et que bon nombre des militants ont été "des libéraux de Jean Chrétien" avant d'êtres enrôlés de force dans "le parti de Paul Martin".
On a un peu assisté à la même guerre fratricide dans le Parti progressiste conservateur de Kim Campbell. L'espace de quelques mois, c'est tout juste si Brian Mulroney et ses amis n'étaient pas devenus, eux aussi, des parias. On a vu le résultat...
Sourire en coin, les vieux de la vieille se demandent si Paul Martin n'a pas conservé Denis Coderre pour ses qualités d'organisateur. On a beau murmurer dans son dos, l'homme est aimé par les militants de la base, ceux qui colleront les affiches et manieront le téléphone le jour du prochain scrutin fédéral. Et les plus cyniques se demandent si leur nouveau chef n'aurait pas dû conserver deux ministres organisateurs - Coderre et Martin Cauchon - pour compenser la double ration de gaffes que fait quotidiennement Jean Lapierre...

»» ADQ
Entre l'insensibilité péquiste et l'irresponsabilité libérale
Marc Picard
Porte-parole de l'Action démocratique du Québec en matière de finances publiques et député de Chutes-de-la-Chaudière
Le Devoir jeudi 4 mars 2004
Libre opinion: À la veille d'un nouvel exercice budgétaire, il est intéressant de se rappeler les grandes orientations du Parti libéral du Québec et du Parti québécois lors de la campagne électorale du printemps 2003. Le Parti québécois, fidèle à sa vision, maintient la voie d'un État interventionniste et une philosophie selon laquelle plus un gouvernement perçoit d'argent, plus il doit en dépenser. Le plan Facal, dont les propositions avaient pourtant été jugées «fascinantes» par le premier ministre de l'époque, Bernard Landry, est ainsi mis au rancart. [...]
Les libéraux, de leur côté, s'engagent à un réinvestissement massif de plusieurs milliards de dollars en santé, à une augmentation des dépenses en éducation et à d'importantes baisses d'impôt, soit un milliard par année, à l'ensemble des contribuables. Insensibles aux enjeux du vieillissement et ne reconnaissant pas la gravité de la situation en matière de soins de santé, ils rejettent systématiquement toute solution sortant du cadre habituel. Pourtant, plusieurs experts concluent que le réinvestissement massif ne réglera pas le problème de fond. Est donc rejetée toute proposition qui permettrait un accès accru aux soins de santé dans le secteur privé à ceux qui en assumeraient les coûts. Est également hors de question toute réévaluation du panier de services. [...]
En matière de finances publiques, la plate-forme électorale de l'Action démocratique du Québec se situait entre «l'insensibilité péquiste» et «l'irresponsabilité libérale» : insensibilité péquiste envers le fardeau fiscal des Québécois, irresponsabilité libérale envers les contribuables de demain. Compte tenu d'une dette par habitant deux fois plus élevée au Québec qu'en Ontario, l'ADQ optait pour la prévoyance et choisissait de s'attaquer d'abord à la source des problèmes : un meilleur contrôle des dépenses de l'État, qui libérerait une marge de manoeuvre d'au moins cinq milliards de dollars d'ici la fin 2008-09. Pour parvenir à dégager cette marge de manoeuvre, l'ADQ proposait certes un ensemble de mesures audacieuses mais, en contrepartie, un gouvernement qui s'engagerait d'abord à faire ses devoirs avant d'en exiger davantage de la part des contribuables, que cette contribution prenne la forme d'impôts sur le revenu, de tarifs ou de taxes.
Reconnaissant à la fois l'effet dynamique d'une baisse d'impôt sur la croissance économique, le besoin de soulager la classe moyenne et les familles ainsi que l'importance d'inclure dans l'équation les contribuables de demain, l'ADQ accompagnait son programme de réductions d'impôt d'un plan de remboursement de la dette qui, à terme, permettrait une économie sur le service de la dette de plus de 700 millions de dollars par année. De là provient l'orientation d'affecter la moitié de la marge de manoeuvre financière au bien-être futur (réduction de la dette) et l'autre moitié au bien-être présent (réductions d'impôt, programmes d'aide à la famille). Enfin, le cadre financier de l'ADQ était le seul qui prévoyait une réserve de 600 millions pour les «squelettes dans le placard».
Depuis ce temps...
Depuis ce temps, le Parti québécois renoue avec ses vieux démons, s'enterre de nouveau dans les discussions byzantines constitutionnelles dont il a le secret et proclame que la source de tous les maux réside encore et toujours dans le déséquilibre fiscal. Bien que nous reconnaissions qu'il existe là un enjeu sérieux à régler, cette attitude du «c'est pas moi, c'est eux autres» ne fait que dévier le débat, nuit à l'établissement d'un constat lucide et retarde une véritable prise en charge de notre part de responsabilités.
Prétextant réaliser ses promesses, le gouvernement libéral, quant à lui, a adopté la doctrine péquiste. Retardant le moment où il devra jouer sur la colonne des dépenses, il conclut qu'il y a place à augmenter les revenus de l'État, cette fois-ci par l'augmentation des tarifs et autres astuces. Digne de ce qu'aurait pu dire un ministre des Finances péquiste, on tente de nous faire croire que toute personne gagnant plus de 50 000 ou 60 000 $ par année est riche.
Aussi, bien que l'ADQ ne rejette pas d'emblée le concept de la tarification de certains services, la simple substitution d'un mode de perception par un autre n'allège en rien le fardeau fiscal des Québécois. Aussi, il appartient d'abord à l'État de démontrer de façon claire et non équivoque sa volonté et sa capacité à gérer décemment et prudemment le Québec avec autant de rigueur que le font l'ensemble des foyers québécois. En ce sens, nous encourageons le gouvernement à poursuivre la révision des modes de livraison des services aux citoyens, élément important du programme de l'ADQ. [...]
Il est anormal et, disons-le, indécent qu'il faille compter sur le principe de l'alternance et sur l'élection d'un nouveau gouvernement pour que les Québécois apprennent les dessous et les travers de la comptabilité interne de l'État. Aussi, pourquoi ne pas privilégier un mode de révision systématique et continuelle des dépenses de l'État plutôt que d'attendre l'inévitable macro-réingénierie ? [...]
Consensus sur le besoin d'une perspective à long terme
À l'approche de la nouvelle année budgétaire, des échos de plus en plus favorables aux éléments forts du programme de l'ADQ se font entendre et il semble maintenant exister un consensus sur le besoin d'agir dans une perspective à plus long terme et de s'ouvrir à de nouvelles solutions. [...]
Un récent sondage révélait que plus de sept Québécois sur dix (71,7 %) accepteraient que l'État permette un accès à des soins de santé à ceux qui souhaitent payer pour ces soins dans le secteur privé tout en maintenant le système actuel de santé gratuit et universel. Le gouvernement doit entamer dès maintenant une recherche de nouvelles avenues, d'autant plus que de récentes études démontrent que l'accroissement des coûts en santé jusqu'à présent n'est que très peu imputable au vieillissement et que les impacts du changement démographique seront plus sévères dans les provinces «pauvres», soit celles à l'est de l'Ontario... Faute de nouvelles solutions, le Québec n'aura d'autre choix que d'en venir à réviser radicalement le panier de services, mesure qui sera beaucoup plus inéquitable que celle qui consiste à permettre à ceux qui le désirent d'avoir accès à un service payant.
Au Québec, un consensus se dégage. Lors des consultations prébudgétaires, le Mouvement Desjardins propose au ministre des Finances «de ne pas réduire les impôts des particuliers avant d'abaisser la dette de l'État». L'institution propose que le Québec se dote d'une réserve pour éventualités qui serait versée en réduction de la dette. [...] Chez tous ces intervenants, de sérieuses mises en garde sont faites au gouvernement s'il poursuit son objectif de réduire massivement les impôts.
Reconnaissant le besoin de faire redémarrer l'engin de prospérité et de soulager les familles du Québec, il est recommandé qu'une partie de la marge de manoeuvre soit affectée au bien-être immédiat. Par ailleurs, l'ADQ, qui se préoccupe depuis toujours du legs aux générations suivantes, maintient le cap sur le besoin de doter le Québec d'un plan de réduction de la dette.
Le conseil général de l'ADQ de novembre 2003 créait des «corvées» de réflexion visant à réactualiser les éléments du programme adéquiste en fonction de l'évolution du contexte économique et social du Québec. Un nouveau contrat social et fiscal s'en dégagera, lequel sera proposé aux Québécois reposera sur les valeurs chères à l'ADQ : liberté de choix, responsabilité et intégrité. D'ici là, l'ADQ continuera d'agir comme un agent de changement, de «parler des vraies choses» et de recommander des avenues de solutions dans l'intérêt de l'ensemble des Québécois. Dans ce cas-ci, on ne peut que rappeler les éléments forts de la vision adéquiste.

»» L'affaire des commandites
Le tribalisme
Pierre Foglia
La Presse mardi 24 février 2004
J'ai été bien aise d'apprendre que M. Paul Martin n'était pas d'accord avec l'esprit même du programme de commandites qui visait, je vous le rappelle, à planter des petits drapeaux canadiens partout sur le Québec. Je n'avais encore entendu personne du Parti libéral remettre en question le programme lui-même. Au contraire, j'ai entendu M. Cauchon, ex-ministre de la Justice et député d'Outremont, dire que c'était un bon programme. Madame Robillard est allée dans le même sens. Et un matin de bonne heure, j'ai entendu, sans surprise, M. Coderre faire l'apologie de la chose, avec sa candeur habituelle.
Rappelons que le programme de commandites est né dans un esprit de reconquête du Québec au lendemain d'une courte victoire référendaire. On pense à un alpiniste qui tient une montagne pour acquise, entreprend d'en refaire l'ascension pour la vingtième fois, a walk in the park comme on dit. Mais l'ascension ne passe pas comme il l'espérait; trop sûr de lui, il passe tout près de se faire emporter par une avalanche. Rendu au sommet de peine et de misère, dans un accès de frayeur rétrospective, il se met à planter des drapeaux partout sur cette montagne qu'il a failli perdre, c'est à moi, c'est à moi, c'est à moi.
C'est le contexte. Cette campagne de commandites en était une de " marquage ". Affirmer la présence du Canada au Québec à la faveur d'événements culturels, sportifs, sociaux. Planter des petits drapeaux partout. Je suis bien aise d'apprendre que M. Paul Martin n'était pas d'accord. On me dit que M. Dion non plus n'était pas d'accord. Mais qu'ils se seraient tus par solidarité ministérielle.
C'est bien là le scandale. Le seul. Que personne n'ait rien dit. Le reste n'est que pratiques commerciales presque normales. Quand on laisse marketer un pays comme du savon, ou de la bière, ou une automobile, il ne faut pas venir s'étonner après que des intermédiaires aient pris leurs petites commissions.
Et contrairement à ce que prétend le reste du Canada, ce programme de commandites ne tient pas à une manière québécoise de faire de la politique. Mais participe au contraire d'un nationalisme spécifiquement canadien. Le Canada de M. Chrétien - mais cela avait commencé insidieusement avec M. Trudeau - a inventé un nationalisme assez unique qui ne se crispe pas comme les autres nationalismes sur ses traditions, mais se propose au monde comme un nouveau produit défendu par une équipe dynamique: Team Canada. Sauf que sous cette appellation aérobique l'on retrouve le message des nationalismes les plus chauvins: on est les plus beaux, on est les plus fins, on est les plus riches, on est l'avenir, youppi.
C'est comme ça que le Canada s'est vendu au Québec dans l'affaire des commandites. Mais c'est comme ça aussi que le Canada se vend " mondialement ": dans les grandes foires commerciales, dans les expositions, dans tous les championnats sportifs, le Canada s'annonce comme le peuple nouveau, choisi par la providence pour accomplir... la modernité. Rappelez-vous les discours patriotiques de M. Chrétien: être Canadien c'est incarner l'Homme nouveau, le citoyen du monde de demain. Et Mme Sheila Copps, toute drapée qu'elle est dans ses grands principes gogauches universalistes s'est fait aller le patrimoine pendant des années sans s'interroger une seule fois, publiquement du moins, sur cette exaltation qui s'incarne du côté de Flin Flon tout aussi bien qu'à Calgary et Ottawa dans un tribalisme à l'opposé de l'ouverture dont se réclame ce pays.
Le reste, je le répète, n'est que commerce.
(...)

»» L'affaire des commandites
Le salissage
André Pratte
La Presse mardi 24 février 2004
Éditorial - Ce n'est pas parce que l'affaire des commandites est un énorme scandale que l'opposition peut se permettre de couvrir de boue tous les libéraux vivants. C'est malheureusement ce que semble décidé à faire le Bloc québécois.
La dernière trouvaille des bloquistes, ce sont les prétendues " caisses occultes " du Parti libéral. En consultant le site Internet d'Élections Canada (quelle cachette!), le Bloc a remarqué que plusieurs députés libéraux avaient reçu des fonds provenant du " Parti libéral, fonds 2 " et de la " Corporation de service (PLCQ) ". Il s'agit, tout simplement, de comptes distincts dans lesquels puise le Parti libéral lorsque vient le temps de financer les campagnes de ses candidats. Il n'y a rien là d'occulte ou d'inusité: tous les partis transfèrent de l'argent à leurs candidats. Seulement, pour des raisons administratives, le Parti libéral gardait l'argent dans plusieurs comptes plutôt que dans un seul.
L'argent provenait des activités de financement organisées par les députés. Des reçus d'impôt étant émis par le parti, l'identité des donateurs a été publiée dès que le don dépassait 200 $.
Il existe une troisième sorte de fiducies, celles qu'un candidat ou une association de comté pouvait mettre sur pied avant les plus récentes modifications des règles. En vertu de l'ancienne loi électorale, l'identité des gens qui contribuaient à ces fonds n'avait pas à être dévoilée. La nouvelle loi, entrée en vigueur le premier janvier dernier, a permis que les sommes accumulées dans ces fiducies soient versées au parti. On saura, lors de la publication des rapports financiers des partis fédéraux, combien d'argent il y avait dans ces fiducies. Sur ce point, les bloquistes expriment une préoccupation légitime. Mais on voit mal comment on pourrait retracer, des années plus tard, ceux qui ont contribué confidentiellement à ces fiducies, comme le réclame le Bloc.
Cela dit, M. Duceppe et ses troupes dérapent complètement lorsqu'ils laissent entendre qu'il y a un lien entre tous ces fonds et le scandale des commandites. Non seulement n'existe-t-il pas de preuve à cet égard, il n'y a même pas d'indice! Les députés du Bloc cherchent simplement à gonfler l'indignation provoquée par le scandale sans se préoccuper de la véracité de ce qu'ils avancent, et encore moins du dommage qu'ils pourraient faire à la réputation des gens concernés.
Ce n'est pas nouveau, les partis d'opposition- les libéraux ne s'en sont pas gênés à l'époque- hésitent rarement à recourir à la démagogie. Ainsi, le Bloc a convaincu beaucoup de Québécois que Paul Martin avait modifié la loi sur l'impôt afin de permettre à la compagnie dont il est propriétaire de s'installer dans le " paradis fiscal " de la Barbade. Or, la réalité est toute autre. Malheureusement, elle s'explique difficilement, parce que pour la saisir, il faut s'aventurer dans les méandres des lois et des traités fiscaux. Les démagogues ont la partie facile.
Revenons sur un aspect précis de cette controverse. La Barbade n'est pas un paradis fiscal. Le gouvernement de l'île a signé des traités fiscaux avec plusieurs pays. Les entreprises installées là-bas doivent payer un impôt de 37,5 % sur leurs revenus. Comme paradis, on a déjà vu mieux!
Il est vrai que certaines entreprises étrangères, les International Business Compagnies, paient un impôt minuscule. Mais il s'agit là d'un système d'exception, visant à attirer certains types de compagnies sur l'île. On peut comparer cela aux nombreux programmes d'aide mis sur pied par le gouvernement du Québec pour séduire les investisseurs étrangers; ceux-là font-ils du Québec un paradis fiscal? L'Irlande, dont tant d'observateurs québécois vantent l'éveil économique, devrait-elle être dénoncée comme un paradis fiscal, elle dont le taux d'imposition des entreprises est trois fois moins élevé que celui du Canada?
L'affaire des commandites est grave, non seulement pour le Parti libéral, mais pour la démocratie canadienne. La situation impose des responsabilités au gouvernement, mais aussi aux partis d'opposition. La démagogie leur permettra sans doute d'embarrasser les libéraux; elle ne contribuera en rien au renforcement de la démocratie.

»» L'affaire des commandites
La maison de verre
Lysiane Gagnon
La Presse mardi 24 février 2004
Bernard Landry n'ayant pas le triomphe modeste, il n'est jamais aussi arrogant que lorsqu'il plane dans les sondages.
C'est le cas ces jours-ci, à la faveur de la grogne généralisée contre le gouvernement Charest. Aussi est-ce avec une morgue imprudente que M. Landry a tenté d'exploiter jusqu'à la lie le scandale des commandites. Hélas! une fois de plus il s'est mordu la langue faute de l'avoir tournée sept fois dans sa bouche.
Pour ce champion de l'hyperbole, le détournement de fonds qui s'est produit sous le gouvernement Chrétien n'est rien de moins que le scandale du siècle, voire de l'histoire de l'Occident.
" Je n'ai jamais rien vu de tel dans l'histoire du Canada et du Québec et je n'en ai pas vu beaucoup dans l'histoire occidentale! " s'écrie-t-il.
Diable! La déportation des Acadiens, l'internement des citoyens d'origine japonaise, l'ère duplessiste, l'achat des votes et le patronage ouvert et éhonté qui se pratiquaient naguère à tous les échelons de la politique, tout cela ne serait que de la p'tite bière?
J'aime particulièrement la référence à l'Occident. Les tractations des rois, des seigneurs, de la papauté? Les guerres de religion, les exactions, pogroms, les dictatures? La mafia russe? La corruption dans l'Italie contemporaine, avec assassinats à la clé? À peu près rien de cela n'arriverait, dans l'échelle de l'horreur, à la hauteur du scandale des commandites libérales?
En réalité, ce scandale bien canadien, tout nauséabond soit-il, pèse assez peu lourd à comparer avec ce qui se passe dans d'autres pays démocratiques. Pour ne prendre qu'un exemple, le système frauduleux de financement des partis, en France (un scandale pour lequel Alain Juppé vient de payer, et qui remonte jusqu'au président Chirac) a été beaucoup plus pervers et étendu.
Si le gouvernement naguère dirigé par M. Landry était sans tache, tout cela ne serait qu'élucubrations ridicules de la part d'un homme à qui l'esprit partisan a fait perdre le sens des perspectives.
Mais en se lançant dans cette diatribe, M. Landry aura commis, en plus, une grosse gaffe politique. Son intervention a rafraîchi la mémoire de ceux qui auraient oublié qu'au printemps 2002, au moment même où le scandale des commandites libérales a atterri pour la première fois dans l'opinion publique, une affaire analogue éclatait à Québec.
D'anciens collaborateurs de M. Landry avaient mis sur pied, avec la bienveillante complicité du gouvernement péquiste, un système fort rémunérateur de commandites bidon: des intermédiaires inutiles (mais péquistes) faisaient transiter des subventions qui auraient pu être obtenues directement en se graissant la patte au passage.
Exemple: Oxygène 9 a reçu une commission de 200 000 $ pour acheminer un chèque gouvernemental au Fonds de lutte antitabac... et une commission de 400 000 $ pour distribuer des subventions à des festivals! Même la compagnie " Juste pour rire ", elle-même fort bien équipée en lobbyistes de tous poils, passait par les portes tournantes de firmes péquistes pour empocher des subventions!
Quand on lui a fait remarquer la poutre qu'il avait dans l'oeil, M. Landry s'est défendu en disant qu'au Québec, il n'y avait pas eu de " loi violée " ni de " milliards " en jeu.
Primo, ce sont non pas des milliards mais des millions que les libéraux ont détournés. Secundo, s'il n'y avait pas quelque chose de croche dans le système péquiste, pourquoi le gouvernement Landry a-t-il ensuite passé une loi rendant ces mêmes comportements illégaux?
Enfin, contrairement aux libéraux, Bernard Landry a toujours refusé de faire la lumière sur ce qui se passait dans sa cour en refusant obstinément, malgré les requêtes de l'opposition, de confier au vérificateur général ou à une commission d'enquête le mandat d'aller au fond des choses.
Encore la paille et la poutre: M. Landry condamne le " principe corrompu " à la racine des commandites libérales, par lesquelles on utilisait les fonds publics pour " vendre " le fédéralisme... A-t-il déjà oublié que les gouvernements péquistes ont eux aussi utilisé des fonds publics pour financer des événements ou des campagne de publicité qui promouvaient subliminalement la souveraineté?
Sur la même lancée, M. Landry a essayé sans trop de subtilité d'associer Jean Charest au scandale fédéral, en lui reprochant sa " mollesse et sa complaisance " envers ses amis libéraux.
Pourtant, M. Charest n'a fait que donner le bénéfice du doute à Paul Martin, tout en se dissociant d'une affaire ne concernant que le fédéral et ce, sans monter sur ses grands chevaux (ce n'est pas son genre). Il aurait été irresponsable que le premier ministre québécois parte en guerre, sur la foi de simples supputations, contre son principal interlocuteur.
Il ne faut certes pas sous-estimer la gravité de l'affaire des commandites fédérales, qui, mesurée à l'aune des moeurs politiques canadiennes, constitue un énorme scandale. Mais quand on vit dans une maison de verre, on ne lance pas de roches au voisin.

»» L'affaire des commandites
Patronizing Quebec
National Post February 24, 2004
Alone among Canadian provinces, Quebec has the power to unhinge federal politicians. A few weeks ago, recall, Ottawa worked itself into a collective tizzy over perceived anti-Quebec comments from hockey commentator Don Cherry. Then, days later, politicians from all parties worried that the anti-Francophone epithets uttered by an obnoxious late-night American hand puppet would kick-start a new surge in the sovereignty movement. So delicate and tenuous is Canada's national identity, apparently, that every sling and arrow must be ritualistically denounced as despicable hatred.
The self-censoring manner in which senior Liberals have responded to Adscam is a less trivial symptom of this overly solicitous posture. Even before Sheila Fraser's bombshell report was released to the public on Feb. 10, the government's Quebec ministers were reportedly campaigning en masse against a public inquiry. Along with other Cabinet members, they fretted it would paint all Quebec politicians with a single brush. And throughout the scandal, Mr. Martin and others on both sides of Parliament have repeatedly been cautioned to avoid alienating the province by portraying Adscam as a "Quebec issue."
Now comes word that government ministers have responded in similar fashion to the Prime Minister's plans to punish the heads of VIA Rail, Canada Post and the Business Development Bank of Canada. Because the three crown corporation executives all hail from Quebec, there is concern that their firings or suspensions could somehow be seen as scapegoating La Belle Province.
It's true, of course, that blaming the entire province of Quebec for Adscam would be wrong. As polls show, most of the province's general population (and probably most of its politicians) share the general Canadian disgust with the frittering away of $100-million through Grit-connected ad firms. But everyone already knows this. AdScam is not a blight on Quebec -- it's a blight on the Quebec wing of the ruling federal party. Canadians are not so naive, nor Quebecers so hyper-sensitive, that they can't separate one from the other. In perpetrating this scandal, the governing party and its friends did their best to reinforce the stereotype of Quebec as a pork-addled throwback to the Duplessis era. But the solution is hardly to further reinforce the stereotype by suggesting that any effort to root out those responsible will be seen in Quebec as an attack on the French-Canadian way of life.
In many North American cities, a small number of violent criminals have ruined entire communities' reputations. But because they fear the racist label more than they do the underlying crime, politicians have ignored the problem entirely. With their misguided display of sensitivity, Liberals risk subjecting Quebec to similar treatment. To the extent that anti-Quebec stereotypes are a problem in this country, the best way to fight them is to treat the province as a full partner in the effort to get to the bottom of Adscam -- and that means weeding out the bad apples who threaten to give all Quebecers a bad name.

»» sondages
Le poids du passé
Michel David
Le Devoir jeudi 4 mars 2004
Il est encore un peu tôt pour paniquer, mais les stratèges du PLQ doivent commencer à se demander quoi faire pour retrouver la faveur populaire.
Après le train de mesures impopulaires imposées l'automne dernier, les libéraux comptaient sur l'annonce de bonnes nouvelles pour entreprendre l'année 2004 du bon pied. Cependant, pas plus l'ajout de 12 000 places en garderie que la suspension du projet de centrale thermique du Suroît n'ont réussi à améliorer l'humeur de l'électorat.
La maison de sondages CROP situe maintenant à 66 % le taux d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest, soit six points de plus qu'en décembre dernier, alors que l'Assemblée nationale était prise d'assaut par la foule des mécontents.
Il est vrai que l'ouverture de ces 12 000 places en garderie s'échelonnera jusqu'en mars 2006 tandis que les bénéficiaires des 160 000 places déjà existantes ont eu le désagrément de subir une hausse de tarif de 2 $ par jour le 1er janvier dernier. En ce qui a trait au Suroît, le gouvernement et Hydro-Québec ont plutôt donné l'impression d'avoir reculé pour mieux sauter. La façon désastreuse dont le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, a géré la crise autochtone n'a évidemment pas aidé.
Si étrange que cela puisse paraître, le PQ devrait lui aussi s'inquiéter du sondage CROP. Avec 39 % des intentions de vote, soit trois points de plus que les libéraux, il aurait sans doute formé un gouvernement majoritaire si des élections générales avaient eu lieu à la mi-février. Pourtant, alors que le PLQ atteint un sommet d'impopularité, le PQ a perdu quatre points en un mois, essentiellement au profit de l'ADQ, qu'on tenait pour moribonde.
***
Après sa déconfiture du 14 avril dernier, tout est à reconstruire à l'ADQ. On ne sait plus trop quel est son programme, sinon que Mario Dumont entend renouer avec son passé nationaliste, qu'il avait eu le malheur de renier lors de son discours devant le Canadian Club de Toronto.
À l'exception de M. Dumont lui-même, le moins qu'on puisse dire est que la maigre députation adéquiste n'est pas très inspirante. Normalement, le PQ devrait faire le plein des intentions de vote auprès de ceux que la «réingénierie» du gouvernement inquiète. D'autant plus que l'ADQ promettait pire encore.
Si 23 % des Québécois continuent malgré tout de se tourner vers le parti de Mario Dumont, c'est que le PQ ne réussit toujours pas à répondre à ce «désir de changement» qui était devenu le thème central de la dernière campagne électorale. L'ADQ ne retrouvera sans doute pas les 40 % dont les sondages la créditaient au printemps 2003, mais pour peu que le gouvernement Charest se ressaisisse, le PQ pourrait se retrouver en position aussi précaire qu'en avril dernier.
Il est vrai que la «saison des idées» n'en est qu'à ses premiers balbutiements, mais il ne faut pas s'attendre à une métamorphose du PQ. Même avec la meilleure volonté du monde, il ne peut envisager que des retouches mineures.
Paradoxalement, le projet souverainiste, pourtant le plus grand changement imaginable, est perçu par une partie de la population comme la manifestation d'un refus d'évoluer de la part du PQ. D'autant plus que le souci de former une coalition la plus large possible exclut la définition d'un «projet de société» trop audacieux.
***
La plupart du temps, c'est en se donnant un nouveau chef qu'un parti réussit à projeter une image de changement alors que le programme demeure essentiellement le même. En réalité, les Québécois sont peut-être plus attachés au passé qu'ils veulent bien le reconnaître, mais ils aiment aussi se donner l'impression de s'en affranchir.
L'imminence des élections fédérales interdit pour l'instant toute remise en question du leadership de Bernard Landry. Rien ne doit perturber la campagne du Bloc québécois, dont le succès ne peut qu'augurer un meilleur avenir pour le PQ, mais il faudra bien finir par se demander qui incarne le mieux cet avenir.
M. Landry, qui n'entretient aucun doute à ce sujet, traîne toujours dans sa poche le dernier sondage interne du PQ, qui indique invariablement qu'il est perçu comme un chef plus compétent que les principaux aspirants à sa succession. Cela tient en partie à sa plus grande notoriété, mais M. Landry possède également ce que Robert Bourassa, lui aussi aux prises avec des prétendants plus jeunes en 1983, appelait la «force de l'expérience».
L'envers de la médaille est qu'il doit porter le poids de son long passé. M. Bourassa a eu près de dix ans pour faire oublier le sien avant de faire de nouveau face à l'électorat. À son âge, M. Landry n'a pas ce loisir.
Quand le chef du PQ a voulu dénoncer le scandale des commandites à Ottawa, on lui a remis sous le nez les affaires de lobbying qui avaient entaché l'intégrité de son propre gouvernement. Il a paru surpris qu'on puisse établir un tel parallèle. Depuis le temps qu'il est en politique, il devrait savoir que l'opinion publique ne fait pas dans la nuance. Les médias non plus, d'ailleurs.
La prochaine campagne fédérale devrait l'inciter à réfléchir au poids du passé. Les récents sondages démontrent quelle formidable aubaine le scandale des commandites représente pour le Bloc québécois. Si ce n'était que de promouvoir la souveraineté ou même d'assurer la défense des intérêts du Québec, le Bloc se battrait peut-être pour sa survie alors qu'il se prend maintenant à espérer des résultats semblables à ceux de 1993. Le chef du PQ prévoyait de s'impliquer comme jamais dans la campagne du Bloc. Dans les circonstances, est-ce vraiment une bonne idée ?
mdavid@ledevoir.com

»» Le Conseil de la fédération
Une instance au service du renouvellement du fédéralisme canadien
Benoît Pelletier
Ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones et ministre responsable de la région de l'Outaouais
Le Devoir jeudi 4 mars 2004
Lundi et mardi derniers à Vancouver s'est tenue la première réunion du Conseil de la fédération, dont la création remonte au 5 décembre 2003. Dans ce texte, l'auteur discute de la vocation de cette nouvelle institution, des règles qui régissent son fonctionnement et de son plan de travail.
La formule fédérale, dans ce qu'elle a d'universel, implique l'existence de deux ordres de gouvernement, chacun étant souverain dans l'exercice des compétences que lui attribue la Constitution. Cependant, certaines conditions doivent être remplies afin qu'une fédération, quelle qu'elle soit, puisse évoluer sainement.
1. Il doit y avoir une recherche d'équilibre dans le partage et l'interprétation des pouvoirs législatifs entre les deux ordres de gouvernement.
2. Chaque ordre de gouvernement doit disposer des ressources fiscales lui permettant d'assumer pleinement et adéquatement ses responsabilités de sorte qu'aucun ne se trouve en position de dépendance financière par rapport à l'autre.
3. Les provinces doivent avoir la possibilité de s'exprimer dans les institutions centrales, par exemple au sein d'une seconde chambre du Parlement fédéral dans laquelle elles peuvent faire valoir leur point de vue et grâce à laquelle elles peuvent avoir une certaine influence sur le processus législatif fédéral et la gouverne de l'État.
4. Des mécanismes efficaces doivent être instaurés afin de favoriser la concertation intergouvernementale dans des secteurs où la convergence s'impose entre des intérêts a priori divergents.
Le fédéralisme canadien, dans son état actuel, ne répond à aucune de ces quatre conditions. En effet, au Canada, l'équilibre n'existe pas entre les compétences provinciales et fédérales puisque ces dernières couvrent entre autres des champs aussi importants que la dimension nationale, l'urgence, les pouvoirs résiduels, le pouvoir déclaratoire et d'importants pouvoirs de nomination. Du reste, il existe un déséquilibre fiscal entre les deux ordres de gouvernement, le Sénat n'a jamais vraiment joué le rôle de Chambre des régions ou des provinces -- particulièrement parce que les sénateurs sont nommés exclusivement par le gouvernement canadien en fonction principalement de leur allégeance à des partis fédéraux plutôt que par les provinces elles-mêmes -- et enfin, en ce qui concerne la mise sur pied d'instances intergouvernementales, le Canada fait figure d'enfant pauvre par rapport aux autres fédérations du monde, de sorte qu'il est moins bien outillé que celles-ci pour faire face au défi contemporain de l'interdépendance.
Le nouveau Conseil de la fédération, en tant qu'instance favorisant le resserrement des relations intergouvernementales, vise précisément à pallier cette dernière lacune.
Le conseil permettra ainsi aux provinces et aux territoires d'être plus efficaces dans leur lutte contre le déséquilibre fiscal et les diverses tentatives centralisatrices fédérales, de même qu'il leur permettra éventuellement d'avoir davantage leur mot à dire par rapport aux grandes questions nationales. Cela répond indéniablement à un besoin maintes fois constaté dans notre histoire. Par exemple, dès 1956, la commission Tremblay avait proposé la création d'un conseil permanent des provinces, modelé sur le Council of State Governments américain, afin d'assurer une coordination des politiques provinciales, sans l'intervention du gouvernement fédéral.
Voilà pourquoi, lorsque, en décembre dernier à Charlottetown, les premiers ministres des provinces et des territoires ont signé l'entente fondatrice du Conseil de la fédération, ils ont alors fait un geste historique. Ils se sont donné, pour la première fois depuis la création de la conférence annuelle des premiers ministres, en 1960, une instance formelle par laquelle ils entendent reprendre le rôle de leadership qui leur revient à titre de partenaires de la fédération, et ce, conformément à l'esprit qui a présidé à la création du Canada il y a 137 ans. Rappelons que cet esprit est basé sur un certain nombre de valeurs et de principes, dont le respect de la Constitution, en particulier le partage des compétences, le respect des différences et de la diversité ainsi que celui du rôle constitutionnel de chaque ordre de gouvernement.
Le Conseil de la fédération est essentiellement composé des premiers ministres des provinces et des trois territoires, lesquels en assument à tour de rôle la présidence annuelle. Les décisions du conseil sont prises par voie de consensus, comme cela a été le cas jusqu'à maintenant dans les conférences annuelles des premiers ministres. Le conseil se réunit au moins deux fois par année. Tout en étant une institution strictement provinciale-territoriale, le conseil peut décider de tenir des réunions spéciales auxquelles il peut inviter le gouvernement fédéral.
Le Conseil de la fédération est doté d'un secrétariat permanent qui a pour fonction d'appuyer les provinces et territoires dans le suivi et la réalisation de leurs objectifs. Ce secrétariat est situé à Ottawa. Également, le Conseil des premiers ministres pour sensibiliser les Canadiens à la santé et le nouveau Secrétariat d'information et de coopération sur le déséquilibre fiscal agissent sous la responsabilité du conseil. Le conseil est par ailleurs tenu de prendre toutes les mesures requises pour que ses objectifs et son mandat soient réalisés en français et en anglais.
Le Conseil de la fédération se veut d'abord et avant tout un instrument de consensus et de solidarité visant à redonner un nouveau dynamisme aux relations fédérales-provinciales-territoriales en général et à mettre en place un système fédératif beaucoup plus constructif. Il est un lieu de discussions, de dialogue permanent, qui vise à permettre l'approfondissement de la collaboration. Sa nature est administrative plutôt que constitutionnelle et il se loge dans la branche exécutive plutôt que législative des provinces et territoires.
À l'instar du gouvernement fédéral, le Conseil de la fédération contribuera aux grandes orientations qui forgeront l'avenir du Canada dans son ensemble. Il pourra se pencher sur un grand nombre de questions, autant celles qui relèvent de la compétence exclusive des provinces que celles dont la responsabilité est partagée avec le gouvernement canadien. Ainsi, les travaux du conseil porteront sur des sujets tels que la santé, l'éducation, le déséquilibre fiscal, le commerce intérieur, l'environnement, les relations internationales et un certain nombre de questions liées aux défis de la mondialisation. De surcroît, le conseil a la responsabilité d'analyser toute action ou mesure du gouvernement fédéral qui est susceptible d'avoir un impact majeur sur les provinces et les territoires. Cette analyse peut aussi porter sur des projets de loi ainsi que sur des lois du Parlement du Canada qui peuvent avoir pareil impact.
Les objectifs, le mandat et l'organisation du conseil feront l'objet d'un examen au plus tard cinq ans après la date d'entrée en vigueur de l'entente fondatrice.
Dès la première réunion du Conseil de la fédération, soit celle des 23 et 24 février 2004, à Vancouver, les premiers ministres des provinces et des territoires ont procédé à la création du Secrétariat du Conseil et à celle du Secrétariat d'information et de coopération sur le déséquilibre fiscal, ils ont adopté un plan de travail très élaboré pour le conseil en 2004 (portant notamment sur la viabilité et la réforme des systèmes de santé, les relations avec les États-Unis, le déséquilibre fiscal, la péréquation, les évaluations environnementales, les nominations au Sénat et à la Cour suprême du Canada, la participation des provinces et territoires aux négociations internationales et aux accords qui touchent leurs domaines de compétence) et ils sont passés à l'attaque en ce qui concerne le renforcement des échanges commerciaux à l'intérieur du Canada et le financement adéquat des soins de santé. Tout ce programme est extrêmement ambitieux.
Faut-il rappeler que la mise en place du Conseil de la fédération est le résultat d'une démarche active de l'actuel gouvernement libéral du Québec, lequel est désireux de contribuer à l'évolution de la fédération canadienne ? Nous nous réjouissons d'ailleurs de l'esprit de collaboration partagé avec nos partenaires fédératifs depuis l'élection de ce gouvernement. Nous croyons fermement que ce nouvel esprit, concrétisé notamment par le Conseil de la fédération, permettra de faire avancer des dossiers majeurs pour les Québécois.
Il est toutefois important de noter que le Conseil de la fédération ne porte aucunement atteinte aux pouvoirs, droits et privilèges du Québec. Il n'affecte pas non plus sa capacité de demeurer maître de ses choix, de ses politiques et de ses stratégies. Avec le Conseil de la fédération, le Québec dispose tout simplement d'un nouvel outil pour mieux faire valoir sa spécificité et son identité propre.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Pourquoi faut-il revenir à l’élection référendaire?
Nestor Turcotte
Matane
TRIBUNE LIBRE 4 mars 2004
L’auteur a été en 1968 l’un des principaux fondateurs du Parti québécois en Gaspésie. Il fut candidat à l’élection de 1970 et 1973 dans la circonscription de Matane.
«Le préalable de toute indépendance est le refus de toute négociation».
(Albert Camus)
Réné Lévesque affirmait que l’existence d’un parti politique ne devait pas dépasser trente ans, et que, si celui-ci n’avait pas pu pendant ce laps de temps réaliser son objectif, il devait se saborder. Dans cette perspective, le parti qu’il avait fondé en 1968, ne devrait plus exister à l’aube de 2004.
Pourtant, quelque trente-quatre ans plus tard, le parti de Lévesque, né de la fusion du RIN de Bourgault, des membres du RN, et du mouvement souveraineté-association fondé par lui, existe toujours. Le parti reflète encore les tiraillements de son enfantement difficile : certains membres prônent une souveraineté partenariat (qui n’est que du fédéralisme renouvelé) alors que d’autres se dissocient de cette démarche et visent l’indépendance de la nation québécoise. D’une part, certains, qui se disent souverainistes, s’agrippent à un réaménagement de la fédération sous le couvert d’une souveraineté qui maintient un lien politique avec le reste du pays actuel, pendant que d’autres, moins nombreux, mais plus décidés que ces derniers, souhaitent que le Québec devienne un État totalement indépendant, avec toutes les prérogatives que cela comporte.
La fracture
Les élections de 1970 et de 1973, auxquelles j’ai participé en tant que candidat dans la circonscription de Matane, m’avaient permis, à l’époque, de constater de visu, cette ambiguïté péquiste. Pendant que je m’époumonais à faire des dizaines de discours sur le bienfaits de l’indépendance du Québec, d’autres, dans des comtés limitrophes, ou ailleurs dans le Québec, affichaient des positions plus modérées, voire contradictoires. Ce discours, que d’aucuns appellent aujourd’hui radical, à peine cinq ans après la fondation du P.Q., m’avait permis, à l’élection de 1973, de recueillir, dans l’enthousiasme et l’honneur, 38 % du suffrage populaire.
Mon discours était limpide comme le ruisseau qui traversait les terres de mon enfance : un vote pour P.Q. était un vote pour l’indépendance du Québec. Trente ans plus tard, lors du scrutin du 14 avril 2003, le P.Q. atteignait à peine la barre des 36 % du vote exprimé. La circonscription de Matane n’échappait pas à ce score désolant. Le candidat péquiste ne dépassait pas plus la courbe nationale et voyait fondre, devant lui, la majorité de 5000 voix acquises à l’élection précédente.
Le discours de René Lévesque, avant la prise du pouvoir en 1976, était pourtant fort simple. Le fédéralisme était, selon lui, une maison de fous. Aucun gouvernement québécois ne pouvait être un bon gouvernement dans le régime fédéral. Sa dénonciation devenait impérieuse sur toutes les tribunes politiques. L’apparition de Claude Morin et de certains gérants d’estrade qui l’accompagnèrent et qui souhaitaient douillettement siéger à l’Assemblée nationale suite aux combats farouches des premiers soldats de l’indépendance déjà oubliés, allaient modifier toute la donne. L’intrusion, dans le programme officiel du parti, d’un référendum sur quelque chose qui n’était pas clairement défini, allait chambarder l’objectif politique des indépendantistes et les faire entrer dans une très longue saison (saison hivernale ?) où le piétinement et le tournage en rond, paralyseraient les plus ardents de la cause indépendantiste.
La contradiction s’installa immédiatement dans le cœur même de ce parti. Elle persiste toujours, sous les apparences d’un nouveau vocabulaire peaufiné par des apparatchiks payés par les officines du pouvoir et que les meilleurs spécialistes n’arrivent pas toujours à décrypter. Les deux premières élections (1970 et 1973) avaient servi à faire le procès du fédéralisme et à affirmer que les Québécois ne pouvaient pas avoir un bon gouvernement dans un régime qui les condamnait à l’inaction, la frustration et l’inefficacité.
Le Parti affirmait aussi sa volonté ferme de réaliser l’indépendance du Québec, s’il arrivait à prendre la pouvoir avec une majorité de sièges et une majorité du vote populaire. En d’autres termes, l’élection, dans l’esprit de ceux qui militaient au sein du P.Q., était toujours une élection référendaire et il ne pouvait pas en être autrement. Voter pour le P.Q., c’était être conscient d’un geste politique éminemment important. Bref : la seule raison qui pouvait faire voter un citoyen pour ce parti, c’était la conviction qu’il allait réaliser l’indépendance du Québec lors de son accession au pouvoir.
En 1974, au Patro Roc Amadour de Québec, Claude Morin, en pleine heure du lunch, - beaucoup de militants s’étant absentés pour aller dîner – fit inscrire dans le programme de ce parti un élément qui allait mettre un terme aux efforts des premiers fervents du mouvement indépendantiste. Ce jour-là, les péquistes, sous la férule de Lévesque et de sa troupe qui voulaient prendre, coûte que coûte, le pouvoir au prochain scrutin, firent voter la plus grande contradiction de notre histoire politique moderne. Il serait possible, à l’avenir, d’être un bon gouvernement dans le régime fédéral, dissociant ainsi la gouvernance de l’État de la question nationale. La raison même du parti, à savoir l’indépendance du Québec, serait discutée, un peu plus tard, à une date indéterminée. La veille du scrutin, le 14 novembre 1976, tous les foyers du Québec reçurent, par le courrier, un petit carton sur lequel on pouvait lire ceci : Demain, je vote pour un bon gouvernement. La contradiction était à son comble : jusqu’ici, le Parti avait prôné qu’il ne pouvait pas être un bon gouvernement dans le régime fédéral actuel. Maintenant, noir sur plan, il invitait les électeurs à le suivre dans une direction tout à fait opposée.
Balayés par l’enthousiasme suscité par la formule étapiste et rassurante de Morin, les indépendantistes rentrèrent à la maison pour ne plus jamais en sortir. Le P.Q. fut élu le 15 novembre 1976. Pour la majorité, cette date avait semblé, à l’époque, le début de notre libération nationale. Pour d’autres, et j’en suis, c’était le début d’une foule de contradictions qui allaient sucer les meilleures énergies des nationalistes et des fervents de la cause qui ne s’en sont jamais relevés. Cette date, loin de signifier l’accélération de la libération du peuple québécois, devint, par la suite, le sabot de Denver qui bloqua pour toujours le véhicule que les militants s’était donné, au début du regroupement des forces indépendantistes. Il devint, de plus en plus évident, avec l’exercice du pouvoir, que la cause indépendantiste deviendrait la seconde ou dernière préoccupation des dirigeants péquistes et que ce parti serait par la suite, le corbillard de leur propre idéologie politique.
Les Québécois tirèrent eux-mêmes la conclusion lors du référendum de 1980. Le gouvernement qui était devant eux, était effectivement le meilleur gouvernement qu’ils n’avaient jamais eu depuis la Confédération. Et, grosso modo, les choses semblaient fonctionner à merveille, même dans un régime qui, antérieurement, semblait les desservir. Pourquoi alors quitter une fédération qui permettait autant d’excellence ? Ils votèrent massivement, lors du référendum de mai 1980, en faveur du maintien du lien confédératif. René Lévesque et les siens récoltaient le pouvoir et ses bienfaits, mais le peuple lui refusait le semblant de pays, aux contours imprécis et mal définis, qu’il leur proposait.
La question posée lors du plébiscite fut fricotée par un comité ministériel, que désavoua publiquement Parizeau, quelques jours avant sa sortie. René Lévesque et ses troupes, officiellement unies mais dans les faits fort divisées, conviaient le peuple québécois à se prononcer sur le maintien du lien confédéral à partir d’une formule tout aussi imprécise que bâtarde, et donnaient ainsi, aux opposants, l’arme qu’il leur fallait pour tirer à boulets rouges sur l’arc-en-ciel souverainiste. Trudeau mis son siège en jeu pendant la campagne référendaire et rassura ainsi les plus fragiles dans la population. Il rapatria ensuite, en un geste spectaculaire, et cela unilatéralement, la Constitution en exil à Londres, excluant le Québec du processus, malgré la volonté unanime de l’Assemblée nationale et condamna Québec, depuis ce temps-là, à vivre dans un pays où la majorité des citoyens d’une province n’adhèrent pas à la première loi du pays. Quel gâchis!
Le boomerang
Le référendum de 1995, dans l’esprit de Jacques Parizeau, devait donner la chance à la nation québécoise de se prononcer sur l’indépendance du Québec. La détermination de celui-ci, un an avant la consultation populaire, laissait clairement entendre que la question posée cette fois-ci, allait être simple et toucherait le fond des choses. L’arrivée du bloquiste conservateur Lucien Bouchard, flanqué de l’adéquiste Mario Dumont qui n’arriva même pas à dire, une seule fois, durant la période référendaire, s’il était ou non souverainiste, fit déraper le scénario élaboré par le premier ministre. Non seulement Parizeau n’arriva pas à poser SA question référendaire, mais il dût se résigner à reposer celle qu’il avait tant décriée en 1980. Une deuxième fois, les Québécois se prononcèrent sur un mandat de négociation de partenariat ou d’association, mais pas sur la souveraineté politique du Québec.
Le Parti québécois a maintenant épuisé toutes les options. Il a montré que la prise du pouvoir (2 fois depuis 1976) n’a pas fait avancer la cause de l’indépendance. Il a montré que l’envoi de souverainistes, de toutes tendances, à Ottawa n’a pas fait avancer les Québécois vers la libération nationale. Il a définitivement démontré que l’autre façon de gouverner, la thèse du bon gouvernement, le déficit zéro (mais camouflé dans la dette commune), n’a pas fait bouger d’un pouce l’électorat favorable à la thèse indépendantiste. Tout au contraire, le résultat électoral du 14 avril a, non seulement dramatisé la crise vécue par les indépendantistes, mais a donné au P.Q. le plus bas niveau d’appui obtenu depuis 1976. A force de courtiser les mous souverainistes, les dirigeants du P.Q. en sont venus à délaisser leurs plus fervents adhérents. Avec les conséquences qui se profilent dans le ciel bleu politique du Québec : les gens de la première heure, abandonnés, oubliés, parfois méprisés se sont retirés du débat politique québécois et attendent, quelque part, impatiemment, un nouveau leader qui les fera renouer avec les prémisses des premières heures de combat.
Le discours des dirigeants actuels est toujours ambigu, sans visée précise, alambiqué, parfois tordu. Les scandales et les aléas de la gouvernance ont fait en sorte que le projet national reste toujours dans la pénombre, un décor de scène de théâtre, tout au plus une référence sporadique pour alimenter le discours final des Conseils nationaux. Les acteurs sont à l’avant-scène, soit! Mais le cœur n’y est plus, on le sent bien. Et alors, que faut-il faire ?
Élection référendaire ?
Bernard Landry a lancé la saison des idées. Elle sera courte et se terminera au début des premières chaleurs d’été. Au rythme où vont les choses, celle-ci risque de devenir «sa» saison et la saison d’une seule idée, la saison d’une idée fixe : le credo confédéraliste dont il est le seul grand-prêtre annoncé dans le vieux temple qui s’écroule, continue de semer la confusion dans les esprits. La faiblesse de la gouvernance libérale lui permet d’espérer reprendre le pouvoir dans un laps de temps très court, et éviter ainsi de préparer les esprits de ses concitoyens, à reprendre la lutte finale.
Les jeunes militants, un peu partout au Québec, prônent de plus en plus le retour à l’élection référendaire, option rejetée par le Congrès de 1974, piloté par Lévesque et Morin. La proposition est pleine de bon sens, dans la conjoncture actuelle. Et voici pourquoi.
L’élection référendaire présuppose la mise au rancart des deux cents pages du programme politique actuel et la mise en place, non pas d’un programme de gouvernement provincial qui veut remplacer celui qui est là présentement, mais la feuille de route d’un premier gouvernement du futur pays souverain. Il présuppose aussi l’engagement électoral de personnes qui ne sont pas des carriéristes mais des fervents d’une cause qu’ils défendent, peu importe les conséquences sur leur vie personnelle. Il présuppose aussi que les futurs députés indépendantistes s’engagent à ne jamais former le gouvernement tant et aussi longtemps qu’ils n’auront pas atteint la majorité des sièges en même temps que la pluralité des voix. Il présuppose, qu’en attendant ce jour, ils siègeront dans l’Opposition officielle, laissant les fédéralistes, de quelque allégeance qu’ils soient, former le gouvernement. Ce chemin, plus difficile, demande abnégation et renoncement. Il requiert, de la part des participants, le refus systématique de la soif du pouvoir pour le pouvoir, le don de soi et la solidarité inébranlable face à une cause qui mobilise tous les instants.
Une telle démarche aurait pour effet, inévitablement, d’engendrer une crise politique majeure sur le territoire québécois. La perspective, par exemple, d’un gouvernement libéral, ayant obtenu entre quarante et cinquante députés, dont une large majorité viendrait du monde anglophone de l’île de Montréal, essayant de diriger une province, avec un opposition largement majoritaire, mais n’ayant pas obtenu la pluralité des voix, donnerait une vitalité et une instabilité telle à la vie politique québécoise que tous les regards du monde et du Québec se tourneraient vers notre Assemblée nationale.
Le jour où le parti indépendantiste obtiendrait, à la fois la pluralité des voix (50 % +1) et la majorité parlementaire, les Québécois, en donnant ce verdict électoral, conviendraient que ce gouvernement élu démocratiquement, a la mission de réaliser le ce pourquoi il a été mis au pouvoir. La loi de la clarté référendaire du tandem Chrétien-Dion ne pourrait rien contre le fait.
Il va de soi qu’une telle démarche stipule la disparition immédiate des crypto-souverainistes (B.Q.) qui siègent dans un parlement étranger. Il va de soi que ces ressortissants, ne pouvant plus, après quatre élections justifier leur présence au Parlement canadien, viendraient rejoindre, dans un geste spectaculaire de démission collective, les forces indépendantistes qui oeuvrent en territoire québécois.
Les fidèles soldats de la libération nationale, dans une telle démarche, auraient donc avantage à se regrouper sous l’égide d’un seul chef, dont les idées, la pensée, seraient totalement et entièrement vouées à l’indépendance nationale. Le Parti québécois peut commencer à chanter son «libera» s’il ne prend pas la voie proposée par les jeunes loups qui s’activent de plus en plus au sein des organisations locales. Il risque même de s’éteindre et de reprendre, lentement mais sûrement, les couleurs de l’ancienne union nationale qu’il a si souvent décrié.
Les courageux ont repris le combat où il a été laissé avant 1976. Certains n’ont pas vu, tout comme les Laurin, les Bourgault, les Mirons, les Lussier, etc., et ne verront pas cette terre de liberté. Il faut continuer, le cœur joyeux, malgré les revers et les incompréhensions antérieures et futures, à faire naître ce pays qu’il reste à nommer et qui est au fond de chacun de soi. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.
Il est urgent de renouer avec les couleurs des membres fondateurs du parti indépendantiste. Il est urgent de reprendre le flambeau tel qu’il était à ses débuts. Ne pas le faire, c’est laisser le chemin à d’autres opportunistes politiques de la nouvelle génération, qui n’attendent que l’effondrement de l’idéologie libérale, pour s’emparer du pouvoir. L’attentisme ne peut être la solution pour ceux qui croient faire le pays. La libération nationale a toujours été un rapport de forces. L’élection référendaire permet de le créer et de le maintenir jusqu’à la réalisation de l’œuvre entreprise. Les indépendantistes entendront-ils l’appel à renouer avec ce passé oublié?
Il est minuit moins cinq… Monsieur Landry!

TRIBUNE LIBRE
Le Québec n’a que ce qu’il mérite!
Daniel Lévesque, Beauport
daniel.levesque@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 4 mars 2004
Vous aimez payer? Alors payez!
Depuis quelques semaines les gorges chaudes n’ont aucun répit. L’actualité brûle d’histoires scabreuses et de scandales tous plus révoltant les uns les autres. Le dernier en lice, celui des commandites, bat des records historiques de malversations et de magouillage. Or, ce qui étonne, c’est que lorsque l’on fait un sondage sur l’appui à la souveraineté, les répondants en faveur du oui ne dépassent pas 50%. Plus étonnant encore, presque quatre québécois sur dix ont toujours l’intention de voter pour les escrocs du Parti Libéral à la prochaine élection.
Qu’est-ce qu’il faudra pour que les Québécois comprennent que le Canada n’est au fond rien d’autre qu’une machine à les faire payer? Se pourrait-il que nous aimions cela! Au fond, peut-être que l’immoralité dont font preuve nos dirigeants n’est en fin de compte rien d’autre que le reflet de notre propre décadence. C’est quoi un peuple qui se laisse fourrer et insulter sans rien dire? En plus, comment expliquez-vous que malgré tous les Don Cherry, Dyane Francis, Connor O’brian et autres connards en tout genre, nous soyons encore des Canadiens? Ce n’est pas encore assez évident que l’on nous haïs en ce pays? Mais faites bien attention! Avant de pointer du doigt qui que ce soit, il faut avant tout se demander pourquoi les Québécois ne s’aiment pas eux-mêmes. Le respect, ça s’impose d’abord quand on SE respecte.
Nous sommes là, à faire notre introspection. Nous nous surveillons le Parizeau les uns les autres en quête du moindre indice de racisme alors que les anglais du Canada se bidonnent des insultes que l’on nous adresse. Comment expliquer que nous n’ayons pas assez d’amour propre pour répondre à cela par des sondages qui annonceraient notre intention de mettre un terme à ces saletés en devenant un État souverain?
En cette province comme les autres, les habitants sont si inférieurement complexés, qu’ils n’osent même plus pour aborder des questions aussi cruciales telle que celle concernant l’intégration des immigrants par exemple. Émettre un commentaire à ce sujet, même véridique, c’est faire montre de racisme… On préfère balayer le problème sous le tapis. Eh bien je regrette! Mais ce problème est bien réel et nul n’est besoin de faire le tour des chaumières pour comprendre que bien des gens se sentent exclus dans leur propre pays. Dois-je vous dire ce que j’entends ces temps-ci sur les Mohawks? Et ça, c’est de la semence de guerre messieurs les politiciens!
Mais allons donc! J’exagère! Il n’y a aucun risque avec cette société sans colonne vertébrale. De toute façon, pour canaliser nos frustrations, nous préférons nous taper dessus entre nous. D’ailleurs, tout ce dont nous entendons parler par les temps qui courent, c’est des Bougon! Sûr que ce sont des escrocs eux! Comme si toute la richesse du Québec se trouvait précisément dans les poches des assistés sociaux. Et pourquoi pas tant qu’à y être dans les poches des étudiants à qui on veut dégeler les frais de scolarités. Prétexte à ce nivellement vers le bas, vers où l’on a aussi entraîné les travailleurs syndiqués en modifiant l’article 45 du code du travail? « L’alignement du Québec sur les autres provinces pour le rendre plus compétitif. » C’est notre auguste ministre du travail qui le dit! C’est ce dogme à la mode qui est maintenant notre projet de société. Notre destin collectif devra dorénavant s’aligner sur celui de nos voisin et notre herbe se devra d’être aussi jaune et aride que la sienne. C’est une chance que nous soyons loin de la Chine…
Nous sommes une société molle, sans orgueil ni fierté. Tenue en laisse. Contrôlé par de minables petits bourgeois, technocrates ou banquiers. La clique des canadiens français de service pour qui tous les courbettes sont possible. À ce titre, les propos de Jean Charest sur le scandale des commandites sont digne d’un pantin n’en déplaise à tous les Jean-Robert Sanfaçon de notre intelligentia de mangeurs de hors-d’oeuvres. Et tient, soit dit en passant! Que dire de la tiédeur des médias qui, il y a quelques semaines à peine, ne tarissaient pas de reportages élogieux sur Paul Martin et ses complices? Les médias sont le reflet par excellence de la naïveté, quand il ne s’agit pas de collaborateurs en bonne et dû forme. Un exemple? Allez voir le journal Le Devoir du 7 février en page B1. Le beau reportage d’Antoine Robitaille. Le gars sur la belle photo couleur n’est pas le président des États-Unies, mais plutôt l’ineffable Jean Lapierre, ce champion toutes catégories de la malhonnêteté de l’opportunisme et des esprits tordus. Ce dernier fier comme un coq de s’allier aux vainqueurs, comme si quoi que ce soit avait changé en ce pays depuis la mort de l’accord du Lac Meech. Risible!
On en rirait si ce n’était du fait que tout cela se fait au détriment et au mépris de la vérité la plus simple et la plus évidente. Comment expliquer autant de malhonnêtetés intellectuelles quand toutes les preuves donnent raison à la thèse de la souveraineté? Jamais les peuples juif, tchéchène ou kurde ne toléreraient pareille humiliation. Chez eux, il y’aurait longtemps que la question aurait été réglé. Un vote sur L’indépendance et vous avez un résultat de 90% de oui alors qu’ici…
Pour revenir au scandale des commandites, le minimum serait au moins que le Premier Ministre qui était au courrant de la situation démissionne. En France par exemple, il y a longtemps que des têtes auraient roulé. Ici, pas du tout! Nous vivons chez nous à l’ère de l’impunité totale. Vous pouvez faire des jobs de cochons, construire un viaduc sans permis et à la botch. Il s’effondre sur la tête de quelqu’un? Pas de problème! Vous pouvez faire rouler un autobus dangereux bondé d’êtres humains et voir ceux-ci se tuer dans un ravin. Vous pouvez tuer des gens par votre irresponsabilité en laissant circuler des fioles de sang contaminés. Vous pouvez fourrer les contribuables de 250 millions de dollars sans aucune crainte. Croyez moi! Personne n’ira en prison! Vous voulez parier? Il n’y a qu’ici que l’on voit ça! Parce qu’«on aime ça d’même!»

TRIBUNE LIBRE
"Ma gang de malades"
François Perrier
TRIBUNE LIBRE 4 mars 2004
"Ma gang de malades" oh HO HO, HO HO ho -- à chanter sur un air connu d'un des membre du Conseil de la souveraineté. Se réfère aux deux communiqués émis par son président Larose, le 23 février dernier, à propos des exactions que le Canada-anglais fait subir présentement aux Québécois.
Ô phénix des hôtes du Conseil de la pseudo-souveraineté, Gérald Larose vous êtes de cette race des 'tombeurs' de notre pauvre nation française du Québec. Et un bien petit boy-à-tout-faire des CanadiAns sur notre territoire national. Sans mentir, votre ramage "faire semblant" et mensonger, se rapportant à votre plumage pseudo-souveraineux, affaiblit toujours plus le pauvre peuple québécois français, devenu l'ombre de lui-même depuis que l'aile néolibérale, civique et pluraliste du PQ, s'est accaparée du pouvoir au sein de ce parti depuis 1978.
Par voie de communiqués M Larose, vous avez fustigé le gouvernement canadiAn pour son centralisme unitaire. Puis, commentant le décès de Claude Ryan, vous avez qualifié (SIC !) "D'HONNÊTES" ses tentatives 'autonomistes' de décentraliser le Canada. Faut dire, que tel que cité par la Presse canadienne le 19 mars 2001, M. Larose avait déjà affirmé que "Le français" (au Québec) "est admis par tous comme langue commune". SIC !! Quand on peut dire de telles inanités, on peut ensuite prétendre n'importe quoi, n'est-ce pas !!
M. Larose, en tant que président du Conseil de la pseudo-souveraineté, ce dont vous accusez les Claude Ryan de notre petit monde, VOUS VOUS ÊTES RENDU COUPABLE EN L'AN 2000, alors que président des États généraux de la langue française, et COMMENSAL du PQ civico-pluraliste, VOUS déteniez le pouvoir de corriger la situation précaire de la langue française au Québec. Et alors, aujourd'hui vos accusations gratuites et sournoises à l'endroit des CanadiAns -- du genre, "ON-n'a-pas-fait-ceci," et, "ON-n'a-pas-fait-cela" -- suintent d'hypocrisie !
Bien concrètement, je peux témoigner de vos veuleries en l'an 2000 M. Larose. J'étais présent dans la salle d'audience à la Maison du citoyen à Hull, le 6 décembre de cette année, quand votre Commission y a siégé. Un groupe de francophones du Pontiac québécois, étaient alors venus témoigner de toutes les exactions assimilatrices qu'ils ont subies, génération après génération, sous l'égide de l'Église catholique et ses enseignants anglos dans cette région frontalière pourtant québécoise. Exactions ensuite reprises et perpétuées sous la gouverne et l'oeil indifférent du PQ néolibéral de Pierre-Marc Johnson, de Parizeau, d'un Lucien Bouchard et d'un Laundry.
Le français de certains de ces pauvres intervenants était tellement chancelant, qu'ils avaient cru bon de se faire accompagner par MM. Gilbert Dupuis et Luc Bouvier, du Comité d'action francophone au Pontiac, afin de corroborer ce qu'ils avaient de la difficulté à formuler -- de toutes ces exactions subies par les francophones du Pontiac. M. Bouvier est l'auteur de "Les sacrifiés de la bonne entente" relatant des faits tellement troublants à ce sujet, que seule la revue l'Action nationale avait voulu les publier, aucun éditeur ne voulant le faire.
Suite à ces témoignages accablants à l'endroit de l'Église ET DU PQ, il y avait eu bien des yeux humides dans la salle d'audience. Je prends à témoins Jean-Paul Perreault, le don Quichotte d'Impératif français en Outaouais (en ce qu'il préconise la survivance de la langue française plutôt que son épanouissement), et son acolyte le mathématicien impuissant de notre assimilation collective grandissante, le professeur Charles Castonguay, d'Ottawa University, (Il était une fois une université bilingue canadienne-française au Canada). Tous deux étaient alors présents dans la salle d'audience de la Commission Larose.
Feignant "être surpris", M. Larose avait alors tonitrué : "DORÉNAVANT ça ne se passera pas comme ça dans MON Québec". Pour ensuite se multiplier en courbettes, prostré et obséquieux devant Dyane Adam, la commissaire aux langues officielles canadiAn, ayant reçu le mandat d'Ottawa de consolider la langue anglaise au Québec, tout en gérant la disparition tranquille du français dans le ROC. Ce jour là, Mme Adam était venue à Hull pour s'assurer que l'ordre canadiAn régnait dans la Commission Larose.
Seuls résultats concrets de la Commission Larose ? La fusion en une seule, des quatre entités chargées alors de défendre la langue française au Québec, ET, l'enseignement de l'anglais dans les toutes premières années scolaires au Québec. Alors même que nos jeunes n'ont pas encore intériorisé le 'franco-franglais standord' de certains de leurs enseignants (eux-mêmes victimes du joual de nos zélites), patois qui passe pour du français dans plusieurs de nos écoles.
Larose a prétendu par voie de presse en 2003, que ses intentions d'alors avaient mal été interprétées par le PQ-à-Landry. Mais c'est un secret de Polichinelle que Larose aimerait bien succéder à Landry comme premier ministre PROVINCIAL, si ce dernier trébuchait dans les fleurs du tapis souverainiste.
Bande de pharisiens hypocrites, et de philistins de la médiocratie à ce Conseil de la pseudo-souveraineté ! Visages à deux faces -- ayez au moins le courage d'assumer vos veuleries civico-pluralistes canadiAns !!
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
COMMUNIQUÉS 4 mars 2004