
»» lobbyistes québécois
Saints lobbyistes !
Gilbert Lavoie
Le Soleil vendredi 5 mars 2004
Les lobbyistes québécois sont soumis à un tout nouveau code de déontologie, depuis hier. Gracieuseté du gouvernement de Bernard Landry, qui a créé en catastrophe un poste de commissaire au lobbyisme lorsqu'un miniscandale des commandites a forcé la démission du ministre Gilles Baril et du directeur général du PQ, Raymond Bréard, en 2002.
Les lobbyistes n'ont qu'à bien se tenir : ils devront dorénavant exercer leur métier avec "honnêteté et intégrité", ils devront fournir des renseignements exacts et complets aux titulaires des charges publiques qu'ils tentent d'influencer, ils devront respecter le droit du public à une information exacte, et ils devront, croyez-le ou non... tenir compte de l'intérêt public !
Une première lecture de ce code d'éthique porte à sourire. Il est bien difficile d'imaginer qu'un lobbyiste puisse faire passer l'intérêt public avant ou sur le même pied que ceux de son client.
L'angélisme de certains articles de ce code de déontologie n'est toutefois pas une raison suffisante pour le condamner avant d'en faire l'essai. Ce qui apparaît évident, par ailleurs, c'est qu'il y a des lacunes importantes dans les cas de fautes graves. Contrairement au directeur général des élections (DGE), qui a le droit de porter des plaintes au criminel après un constat d'infraction à sa loi, le commissaire au lobbyisme devra s'en remettre au bureau du procureur général, en l'occurrence Marc Bellemare. Ce qui veut dire qu'une plainte contre un lobbyiste n'aura de résultat que si le substitut du procureur décide qu'il y a matière à poursuite. Il y a là une faille majeure : imaginons un peu qu'un ministre influent du gouvernement, ou même le procureur général, soit concerné par la plainte déposée contre le lobbyiste. Le refus de porter des accusations, tout justifié soit-il, serait entaché de suspicion.
Pire encore, le commissaire au lobbyisme ne sera pas en mesure, devant un constat d'infraction grave, de faire connaître ses conclusions tant que le procureur général n'aura pas décidé s'il y a ou non matière à poursuite. C'est une situation intenable dans un cas de scandale, où le public demandera une enquête rapide et indépendante. Il faudra revoir cet aspect de la loi et accorder au commissaire des pouvoirs similaires à ceux du DGE, à tout le moins dans les cas d'infractions impliquant possiblement un politicien ou un fonctionnaire du gouvernement.
Le monde du lobbyisme, tout comme celui de la politique ou du journalisme, est généralement composé de gens honnêtes et professionnels. C'est pour réprimer les abus d'une minorité que les codes de déontologie sont nécessaires.
Dans un univers politique de plus en plus complexe, les lobbyistes peuvent faire une contribution utile au débat des idées et au processus décisionnel en présentant les besoins, les problèmes et les intérêts de leurs clients. Ce ne sont pas tous les groupes ou les entreprises qui ont la connaissance nécessaire des institutions gouvernementales pour se faire entendre adéquatement sur un projet de loi. Un lobby professionnel et honnête est donc nécessaire. Voilà pourquoi il importe d'avoir un encadrement efficace et au-dessus de tout soupçon.
Rappelons par ailleurs que c'est un poste de commissaire à l'éthique que Bernard Landry avait promis de créer dans la foulée des scandales au PQ. Un commissaire qui aurait pu surveiller tout autant les lobbyistes que les politiciens. Jean Charest a promis formellement de corriger cette lacune. Il n'a toujours pas donné suite à sa promesse.

»» la gauche
New party could fill vacuum on left
JOSEE LEGAULT
The Gazette Friday, March 05, 2004
There could be a new player on the political scene in the next Quebec election. This May, feminist and left-wing stalwart Françoise David is poised to publish a manifesto and announce the creation of Option Citoyenne, a socially progressive movement that aims to turn into a full-fledged party by next year.
The former president of the Fédération des femmes du Québec plans next fall to discuss a coalition between Option Citoyenne and the Union des forces progressistes. She outlined this timetable Sunday at the UFP's general council meeting. This could change the political landscape by creating a larger, single left-wing party with a media-savvy leader for a change.
David is a media darling and has always been a general, never a soldier, so it's a safe bet if the UFP accepts her proposal, David will end up the leader of this new party. For one thing, her more mainstream social-democratic stance on social issues could be presented as more sellable to the electorate than the UFP's clearly defined left-wing positions.
More important, the highly visible and popular David could easily rack up more memberships by fall than the 1,800 members the UFP has now. If she does, it could be more of a takeover of the UFP than a coalition.
David is moving to partisan politics to help defeat Jean Charest's Liberals, which also happens to be what the Parti Québécois wants, although the PQ hopes actually to form the next government.
Another group of left-wing activists, unlike David, plans to join the PQ to work against Charest. Pierre Dubuc, director of the left-wing newspaper L'Aut' Journal, wants to form an official faction within the PQ he hopes would be part of a future government.
Dubuc thinks the UFP is going nowhere fast, so he prefers to work on the creation of a "political club" of union activists and social democrats who first would work from outside the PQ, but end up as a faction within it. A possible name for it could be Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre.
Dubuc argues without proportional representation in the National Assembly, left-wing activists should demand a sort of proportional presence in the PQ.
So while David and Dubuc both want to oust Charest, they differ greatly on to how to do it. David wants to stay outside of the PQ, at least for the moment. But Dubuc wants to play with the big boys.
Guess what? Bernard Landry would gladly take in Dubuc's group in at some point. First, it would help him capitalize on the unpopularity of Charest's policies by having a few candidates whose social-democratic credentials appear more credible than his own. Still, the presence of Dubuc and other high-profile activists inside the PQ would be much more profitable for Landry than for Dubuc's ideas.
That's because the PQ leader knows that once they're in, they'll have to toe the party line like everyone else. Dubuc might balk, but Landry has enough experience to understand it's a lot simpler to control dissent within a disciplined party structure than from outside. The PQ, in fact, is quite expert at that. So chances are Dubuc's group, however well intentioned, will end up as a guppy inside the PQ's belly.
David and Dubuc also differ on another major issue: sovereignty. Dubuc believes Landry when he says he'll hold a referendum if elected and says independence remains the only way to create a more progressive society.
Whether or not she believes Landry's promise, sovereignty isn't a priority for David. In an interview, she refused to commit herself: "The national question and the question of sovereignty are two different things. It's one thing to say we're a nation, we have rights and we want to have the means to have a better society. But must we become a sovereign country to do this? It's a good question. But for the moment, I won't answer it."
Should she elect to remain silent on sovereignty and choose not to join Landry in a strategic electoral alliance, David could become a thorn in the sides of both Charest and Landry.
Against Charest, she will project a more popular and credible left-wing voice than the PQ could, with or without Dubuc. As for the PQ, it would be faced by a social-democratic media darling who wouldn't consider independence as a prerequisite to greater social justice.
In a context where Charest's policies are whipping up the kind of dissatisfaction that is an opposition party's dream, and where Landry will use the promise of a referendum as the carrot to get more sovereignists to vote PQ, Françoise David's message is the last thing Landry needs to hear.

»» La Passion du Christ
Nous portons tous en nous
la haine et la cruauté que décrit Gibson
Oscar Fortin
Théologien
Le Devoir vendredi 5 mars 2004
On parlera beaucoup du film de Mel Gibson. D'abord en raison du personnage central, Jésus de Nazareth, fondement de la foi chrétienne, mais aussi en raison de la manière dont le réalisateur raconte la passion du Christ et évoque le mystère qui le conduit jusqu'à la mort sur la croix.
Le professeur Louis Painchaud, de l'Université Laval, dans son article «L'Illusion de Mel Gibson», apporte un éclairage important sur le caractère plus ou moins historique, dans le sens où nous l'entendons aujourd'hui, de certaines références, paroles et attitudes ainsi que de l'importance accordée à certains épisodes de cette Passion. Il confirme toutefois le caractère tout à fait historique de ce Jésus, «un homme sage ayant fait de nombreux disciples parmi les juifs et les non-juifs, condamné à mort par Pilate, à la suggestion des notables». Les historiens et exégètes discuteront sans doute encore longtemps de l'intensité religieuse et politique de l'événement. N'empêche qu'il a mobilisé dès les débuts suffisamment de monde pour donner naissance à ce qui devait par la suite devenir la chrétienté. Ce n'est pas n'importe quel événement qui peut avoir un tel effet. À ce titre, le témoignage des premiers chrétiens doit également s'ajouter au témoignage de l'historien Flavius Josèphe.
Au-delà des lectures historiques que nous pouvons faire du récit de La Passion du Christ, il y a la lecture politique, théologique et mystique de l'événement. Si nous sommes choqués par la violence de la flagellation et de la crucifixion, il ne faudrait pas oublier que nous portons tous, quelque part en nous, la haine et l'acharnement de cruauté dont nous sommes témoins. L'histoire des peuples et des Églises de tous les temps et de tous les continents regorge de ces horreurs. Si nous pouvions, par la magie d'un laser spirituel, voir ce qui se passe dans les prisons de chacun de nos pays, dans les chambres de torture et dans les lieux secrets de l'anonymat de forces qui s'affrontent, les images projetées dans le film n'en seraient qu'un pâle reflet.
Tout en visionnant le film, je voyais Victor Jara, un chanteur chilien, que les militaires ont frappé et torturé au vu et au su de milliers de prisonniers retenus au Stade national de Santiago du Chili au lendemain du coup d'État militaire du 11 septembre 1973. On lui a coupé les doigts morceau par morceau en lui demandant de continuer à jouer de la guitare et à chanter. Je voyais également cet Uruguayen fait prisonnier en Argentine sous les militaires. Il s'appelait Miguel Angel Estrella et était un grand joueur de piano. On lui a mis des épingles sous les ongles et on lui a demandé de jouer du piano sur le dessin d'un clavier placé sur une table.
Combien d'autres ont passé par la même école de la torture et de la mort, dont les formes n'ont d'égales que l'atrocité dont l'imagination humaine peut être capable ? Un tortionnaire chilien s'est livré à une journaliste, racontant les diverses tortures dont il a été l'auteur. Son récit se retrouve dans un livre intitulé Romo - Confessions d'un tortionnaire. Des histoires d'horreur comme ce n'est pas possible, commises avec la bénédiction des bien-pensants de nos sociétés, de nos Églises et de la masse des gens plus ou moins informés de ces horreurs. Nous ne sommes pas différents des gens qui ont conduit Jésus à la flagellation, à la croix et à la mort. Notre responsabilité est peut-être encore plus grande : en effet, après 2000 ans de foi chrétienne, nous savons ou devrions savoir.
Au-delà de cette fresque de la souffrance humaine, le Christ de la Passion nous indique la voie à suivre pour sortir de ce cercle vicieux de la violence. Le film ne laisse subsister aucune ambiguïté sur la nature de cette voie. Pierre doit rengainer son épée; le royaume de Jésus n'est pas de ce monde. S'il l'était, son Père lui aurait envoyé depuis longtemps des anges pour assurer sa sécurité. Il nous dit qu'il faut aimer ses ennemis, ce qui est tout le contraire de les persécuter, de les torturer et de les tuer. Il nous invite à nous ouvrir à la vérité, ce qui est loin du mensonge systématique, de la tromperie et de l'hypocrisie. À ce titre, je ne partage pas la conclusion du professeur Painchaud, qui craint que ce film ne vienne renforcer les croisés de la guerre pour le bien, comme pourrait le souhaiter «une certaine Amérique de l'après-11 septembre». Bien au contraire, aucune guerre ne peut être menée sous la bannière du Christ que nous présente La Passion de Gibson. Ce Christ est tout à l'opposé de ceux qui cherchent à bâtir un royaume terrestre, un empire enveloppé de valeurs chrétiennes, mais sans justice, sans partage, sans pardon, sans oubli de soi, sans universalité de valeurs partagées. Ce Jésus va chercher l'irrationnel de l'amour qui transcende les contradictions de la haine, de la cruauté, des ambitions de pouvoir pour en faire la loi de la nouvelle humanité appelée à vivre dans le royaume du Père. Nous sommes loin de la course aux armements, des guerres préventives ou de conquête, des jugements sommaires noyés dans la manipulation de l'opinion publique. L'humanité révélée dans le Christ est tout à l'opposé de l'humanité révélée dans le pouvoir de la domination et de la manipulation.
Au-delà de cette fresque de la souffrance humaine, le Christ de la Passion nous indique la voie à suivre pour sortir de ce cercle vicieux de la violence. Le film ne laisse subsister aucune ambiguïté sur la nature de cette voie. Pierre doit rengainer son épée; le royaume de Jésus n'est pas de ce monde. S'il l'était, son Père lui aurait envoyé depuis longtemps des anges pour assurer sa sécurité. Il nous dit qu'il faut aimer ses ennemis, ce qui est tout le contraire de les persécuter, de les torturer et de les tuer. Il nous invite à nous ouvrir à la vérité, ce qui est loin du mensonge systématique, de la tromperie et de l'hypocrisie. À ce titre, je ne partage pas la conclusion du professeur Painchaud, qui craint que ce film ne vienne renforcer les croisés de la guerre pour le bien, comme pourrait le souhaiter «une certaine Amérique de l'après-11 septembre». Bien au contraire, aucune guerre ne peut être menée sous la bannière du Christ que nous présente La Passion de Gibson. Ce Christ est tout à l'opposé de ceux qui cherchent à bâtir un royaume terrestre, un empire enveloppé de valeurs chrétiennes, mais sans justice, sans partage, sans pardon, sans oubli de soi, sans universalité de valeurs partagées. Ce Jésus va chercher l'irrationnel de l'amour qui transcende les contradictions de la haine, de la cruauté, des ambitions de pouvoir pour en faire la loi de la nouvelle humanité appelée à vivre dans le royaume du Père. Nous sommes loin de la course aux armements, des guerres préventives ou de conquête, des jugements sommaires noyés dans la manipulation de l'opinion publique. L'humanité révélée dans le Christ est tout à l'opposé de l'humanité révélée dans le pouvoir de la domination et de la manipulation.

»» La Passion du Christ
La violence ne doit pas occulter le véritable propos du film de Mel Gibson
- Je suis innocent du sang de cet homme
Daniel Baril
Vice-président du Mouvement laïque québécois
Le Devoir vendredi 5 mars 2004
Les critiques de cinéma sont unanimes à considérer le film de Mel Gibson, La Passion du Christ, comme une orgie de violence aussi insoutenable qu'inutile. À une ou deux exceptions près, la critique s'arrête là. Si Gibson avait fait l'économie de quelques litres de sang, réduit le temps de la flagellation et présenté moins de gros plans sur les plaies sanguinolentes, les critiques n'auraient rien trouvé à redire de ce film.
Cette attention portée au nombre de coups de fouet occulte le véritable propos du film. Pour Mel Gibson, il s'agit de montrer que ce Galiléen du nom de Jésus, crucifié comme des centaines d'autres il y a 2000 ans, a souffert et est mort «pour nos péchés». Cette interprétation donnée par les premiers disciples de Jésus est encore défendue par les autorités chrétiennes d'aujourd'hui.
Le site de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) présente les commentaires d'une série de «collaborateurs du Vatican» qui ont visionné le film. Tous ces représentants de l'Église catholique se montrent favorables au film et en font même l'éloge. À commencer par Jean-Paul II lui-même, qui a déclaré à son secrétaire particulier, l'archevêque Stanislaw Dziwisz, «It is as it was» [«Ça s'est passé comme ça»], soutenant ainsi les propos et la thèse du film, comme si nous possédions des documents historiques fiables ou comme s'il avait lui-même assisté aux événements [...].
Augustin Di Noia, sous-secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi (ex-Inquisition), soutient qu'«il n'y a pas de violence gratuite» dans ce document qui montre que «le Christ accepte de porter les péchés du monde entier». Le cardinal Castrillon Hoyas, responsable de la catéchèse à l'échelle mondiale, estime qu'il s'agit d'un «triomphe d'art et de foi» qui «engendre amour et compassion».
Plus près de nous, le prêtre et bibliste Thomas Rosica, p.-d.g. de la télévision catholique canadienne Sel et lumière, affirme qu'il a été «émerveillé». «Plus les scènes sont brutales, dit-il, plus puissants se font les retours sur l'enseignement de Jésus.»
En appui au film, Marcel Gervais, archevêque d'Ottawa, cite Thomas d'Aquin, pour qui «Jésus a souffert pour nous parce que c'est un remède à nos péchés». Bertrand Ouellet, directeur général de Communication et Société (affilié à la CECC), rappelle à sa façon que Jésus «a souffert pour le péché du monde». Il estime que «le film peut s'inscrire dans une vie spirituelle qui fait place au chemin de croix ou à la méditation des mystères douloureux du rosaire».
Une telle cosmologie, fondée sur une violence extrême et qui vise à développer une culpabilité exacerbée, maladive, morbide et sans aucun lien avec la réalité, est une offense à l'intelligence. Les libres penseurs auraient tort de demeurer silencieux ou de se contenter de sourire puisque ces propos nous rangent parmi les coupables. Ces accusations sont assimilables à de la propagande haineuse à l'endroit des incroyants, coupables de «péché contre le premier commandement de Dieu».
Désolé, mais je suis innocent du sang de cet homme. En vérité, nous sommes tous innocents du sang de cet homme, que nous soyons athées ou croyants, et, dans ce dernier cas, de quelque religion que ce soit. Il faut le dire haut et fort dans un contexte où une culture religieuse publique de glorification de la souffrance cherche à transformer un masochisme sordide en culpabilité collective. Il faut dire à tous les Mel Gibson du Vatican et de la CECC qu'il y a des limites à vouloir faire avaler des couleuvres à tout un chacun.
Révisionnisme fleur bleue
Certains théologiens, dont Alain Gignac, de la faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal, rejettent la théologie sacrificielle et tentent de faire passer un autre message. Le nouveau message serait que Jésus a souffert le martyre et la torture pour nous montrer le chemin de l'amour ! Pincez-moi ! Pour Raymond St-Gelais, évêque de Nicolet, Jésus a, par la torture, «assumé la condition humaine jusqu'au bout» et nous a montré «l'amour d'un Dieu qui va jusqu'au don total de lui-même».
La théologie de la morbidité étant devenue difficile à vendre, il faut la réactualiser, même au risque de défendre des positions qui, autrefois, auraient conduit au bûcher. Mais à quoi rime ce révisionnisme fleur bleue ? À quoi bon cet exercice de rationalisation partielle, subordonnée à la foi ? En quoi l'expérience du plus abject dont l'être humain soit capable serait-elle le summum de la condition humaine ? Comment les théologiens justifient-ils l'acception, par Dieu, de comportements aussi sadiques de la part de sa créature ? Pourquoi faudrait-il passer par là plutôt que par l'expérience de l'amour charnel ?
Jésus aurait maudit ses bourreaux qu'il aurait fait oeuvre d'humanisme en refusant la violence inutile et dégradante tout en exprimant un sentiment tout aussi humain que le pardon.
Les théologiens chrétiens ont un sérieux problème à résoudre. On croira au virage lorsque l'Église catholique adoptera un symbole moins violent et moins offensant que celui du corps nu d'un supplicié pendu à son instrument de torture et exposé en public. Les dépouilles méritent plus de respect.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Pelleter des nuages
Patrice Boileau
patriceboileau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 5 mars 2004
C’est ce qui ressort de l’article rédigé par Benoît Pelletier, ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, publié dans Le Devoir du jeudi 4 mars dernier. Le député de Chapleau ne dévoile effectivement rien de neuf dans son texte, depuis la création de son Conseil de la fédération en décembre 2003.
Disons plutôt que cela ne surprend pas puisqu’il est impossible de faire évoluer la fédération canadienne de manière à respecter les compétences du Québec. Monsieur Pelletier gaspille donc notre temps et nos deniers publics à se pavaner avec des gens qui n’ont aucune intention de poser des gestes qui permettront au Québec de mieux protéger sa différence dans le Canada anglais.
Candidement, le ministre Pelletier affirme pourtant en début de texte que la forme actuelle que présente le fédéralisme canadien nuit au développement du Québec : le gouvernement canadien empiète allègrement dans ses champs de compétence, l’affaiblit en lui confisquant une part importante de ses recettes fiscales et lui impose unilatéralement des législations qui rendent inefficaces celles qu’il adopte.
Après ce soupçon de lucidité, le ministre récite paradoxalement ses insanités sur les vertus de sa nouvelle instance qui, visiblement, ne peut pourtant renouveler le fédéralisme canadien. Pendant ce temps; Ottawa agit. Et il agit promptement. Le Premier ministre Paul Martin rencontre depuis quelques mois les maires des 22 principales villes canadiennes en vue de leur distribuer une part des surplus qu’il a accumulés sur le dos du Québec. Ottawa compte d’ailleurs bientôt inviter ces magistrats municipaux à s’asseoir à la même table que les provinces et territoires afin de banaliser davantage la différence québécoise dans le melting pot canadien. Le ministre Pelletier n’en souffle mot.
Depuis la création du Conseil de la fédération en décembre 2003, Ottawa a accéléré l’adoption de mesures qui ont affaibli l’autonomie de l’Assemblée nationale donc du Québec en entier. La contestation fédérale devant les tribunaux du principe des congés parentaux du Québec, le refus d’Ottawa de partager ses surplus qui dépassent cette année les sept milliards de dollars, la baisse fédérale du montant de péréquation accordé au Québec, l’intention de Paul Martin d’intervenir directement dans le domaine municipal, de la santé et de l’éducation représentent des attaques en règle qui devraient éveiller le ministre québécois délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes. Quiconque a les intérêts du Québec à cœur serait indigné par des gestes pareils. Que diable faut-il à ces Québécois fédéralistes pour réaliser qu’on se rit d’eux, et de leur nouvelle création?
Le député libéral de Chapleau souffre sûrement de cécité grave pour oser, malgré tout, voir « qu’avec le Conseil de la fédération, le Québec dispose tout simplement d’un nouvel outil pour mieux faire valoir sa spécificité et son identité propre. » Pelleter ainsi des nuages pendant qu’il y a péril en la demeure prouve que Benoît Pelletier, ainsi que l’ensemble des membres de son parti, sont prêts à accepter les pires manœuvres canadiennes au nom de leur conviction fédéraliste, même un déficit budgétaire.

TRIBUNE LIBRE
La souveraineté tranquille
Patrice Boileau
patriceboileau@videotron.ca
Délégué de la circonscription de Chambly au Conseil national péquiste de Laval en février dernier. Collaborateur et porte-parole de la proposition de la Montérégie.
Propos personnel.
TRIBUNE LIBRE 5 mars 2004
La défaite péquiste du 14 avril 2003 prouve hors de tout doute que le principe « du bon gouvernement » n’est plus possible depuis 1995. Le bilan reluisant qu’a présenté aux Québécois le gouvernement de Bernard Landry n’est pas parvenu à lui faire obtenir un troisième mandat. 30% de l’électorat, majoritairement souverainiste, a boudé le dernier scrutin, faute de proposition d’un projet emballant. Ce fort taux d’abstention, le pire depuis 1927, élimine « la règle des deux mandats » pour expliquer la victoire libérale.
Malgré une création d’emplois tous azimuts, une baisse significative du taux de chômage et l’instauration de mesures progressistes, aucun surplus garnit les coffres de l’État, maintenant la précarité dans les finances publiques du Québec. Le fédéralisme punitif établi depuis la frousse référendaire de 1995 rend donc inefficace l’Assemblée nationale. Le Parti québécois ne peut ainsi espérer enclencher une démarche référendaire victorieuse à la tête d’un État provincial piégé, tout en tentant de colmater les brèches béantes, fruits du déséquilibre fiscal imposé par le gouvernement canadien. De toute évidence; il est suicidaire pour les souverainistes de se relancer, tête baissée, dans ce traquenard tendu par Ottawa. Laissons les libéraux de Jean Charest s’y casser la gueule.
Le Parti québécois doit maintenant songer à s’installer aux commandes d’un État national, fort de tous ses pouvoirs et de toutes ses recettes fiscales. C’est donc dans la quiétude qu’offre l’opposition qu’il faut construire le programme de pays afin de l’appliquer une fois élu, en 2007. Abattre cette besogne tout en exerçant l’intendance étatique rendra vulnérable une fois de plus un gouvernement péquiste. On l’accusera de négliger les affaires d’État car trop occupé à préparer un référendum, et condamnera son intention de dépenser des fonds publics pour mousser la cause souverainiste, au lieu d’envoyer l’argent en santé.
Avec raison, les Québécois, après avoir subi des compressions budgétaires majeures pour obtenir le déficit zéro en 1999, sont soucieux de l’équilibre de leurs finances publiques. 70% d’entre eux rejettent d’ailleurs l’intention des libéraux à Québec d’imposer un autre un cauchemar financier, au travers de leur réingénierie, à cause d’Ottawa. Ils refusent de sacrifier des groupes de la société québécoise pour financer le dogme fédéraliste du gouvernement Charest, responsable du risque de déficit annoncé par Yves Séguin. Nombreux seront les Québécois à le manifester dans les rues en 2004 : ils en ont marre de voir des surplus qui leurs échappent, à coups de milliards, à chaque année.
Il n’est pas question ici de chercher à ranimer un débat vieux de 30 ans. En 1974, lorsque fut adoptée la stratégie étapiste par les membres du Parti québécois, les souverainistes n’avaient jamais encore été victimes de l’actuelle asphyxie fiscale qui paralyse l’Assemblée nationale, ni de la victoire souverainiste usurpée en 1995. Ottawa a chambardé la donne politique : aux souverainistes de s’ajuster. D’autant plus qu’il est certain que le gouvernement canadien redoublera d’efforts afin de mettre au point d’autres façons de truquer l’issue du prochain plébiscite : la dilapidation de nos impôts gaspillés en propagandes fédérales qu’a révélé le scandale des commandites, prouve qu’Ottawa fait tout pour diviser et affaiblir les Québécois. Une troisième défaite référendaire porterait ainsi un dur coup aux souverainistes. Il serait alors très difficile de penser à en organiser un quatrième. Inéluctablement, un autre échec entraînera probablement la mise à mort de l’option souverainiste : un cul-de-sac politique qui condamnera les générations à venir à demeurer minoritaires en Amérique, avec toutes les conséquences lugubres que cela suppose.
Reconduire la stratégie référendaire s’avère donc très risqué. Elle braque dorénavant inutilement les projecteurs sur l’idée de la souveraineté. Chercher à isoler ainsi cet enjeu longuement mûri au travers de ce mécanisme démocratique est futile : tous l’associent au Parti québécois et à l’ensemble de ses réalisations. Impossible pour les Québécois, en conséquence, de ne pas analyser un tas de choses au moment de s’exprimer dans l’isoloir. Le débat concernant la question nationale s’inscrit dans une démarche historique et est donc influencé par les événements survenus avant. Il est illusoire de croire qu’un référendum puisse mettre exclusivement l’emphase sur la souveraineté : il ne fait au contraire que l’affaiblir exagérément, s’il y a défaite.
Reste alors une élection souverainiste à 50% plus une voix pour réparer la fraude de 1995 et éviter l’impasse politique puisqu’il se tient des scrutins aux quatre ans. En modifiant son programme politique au Congrès national de 2005, le Parti québécois proclamerait publiquement que l’obtention de la majorité absolue, lors de la prochaine élection générale, lui permettrait de déclarer l’indépendance du Québec. Il pourrait inviter du même souffle toutes autres formations politiques à doter leur plate-forme de cette même caractéristique souverainiste afin de converger vers la majorité absolue en 2007, et chasser enfin la grisaille politique instaurée par Ottawa depuis près de dix ans. Approuvée à 50% plus une voix, un scrutin décisionnel en 2007 appliquera le consensus souverainiste obtenu lors du dernier référendum. Exit donc, la tenue d’un autre cirque médiatique référendaire comme celui de 1995, même s’il fut très bon. Les Québécois, après la Révolution tranquille et la victoire de 1995, veulent la souveraineté tranquille.
L’absence d’une majorité de voix et non de sièges devrait se solder par l’établissement d’un gouvernement fédéraliste minoritaire. Les souverainistes, majoritaire à l’Assemblée nationale, attendraient un ras-le-bol général des Québécois face à une impasse fédérale qui ne se règle pas, avant de déclencher une nouvelle élection, non sans avoir préalablement prévenu qu’une autre victoire les autorisera cette fois à poser les gestes nécessaires pour y mettre un terme.
Cette démarche s’inspire de l’élection de 1962. « l’Équipe du tonnerre » de Jean Lesage avait alors sollicité l’accord des Québécois pour procéder à la nationalisation des centrales électriques du Québec, deux ans seulement après sa victoire initiale. L’urgence de détenir cet important levier de développement avait été soulevée de façon éclatante, grâce à ce scrutin précipité. Cette fois-ci, de la même manière; le Parti québécois et ses partenaires souverainistes désireront, au nom du progrès, l’appui des Québécois à la « nationalisation politique! »

TRIBUNE LIBRE
LE JOURNAL LA PRESSE À LA RESCOUSSE DES FÉDÉRALISTES
Patrice Boileau
patriceboileau@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 5 mars 2004
Au Québec, le monde des médias écrits, à part peut-être le quotidien Le Devoir, est à la solde du Canada anglais. Le journal La Presse est probablement le plus militant d’entre eux. Avec André Pratte en tête, ce quotidien trompe les Québécois, jour après jour, afin qu’ils croient fermement au privilège que leur confère la chance d’habiter le Canada.
Pas un mot sur l’évidente assimilation qui guette la minorité francophone de cette fédération anglophone. Silence complet sur cet inéluctable destin qui a frappé toutes les minorités depuis l’histoire de l’humanité. Parfois, les sophismes rédigés par l’équipe d’éditorialistes du journal La Presse frappent l’imagination! Que dire de l’affirmation de monsieur Pratte qui tente de discréditer ceux qui dénoncent le déséquilibre fiscal en déclarant que l’argent confisqué à Québec ne l’est finalement pas puisqu’il appartient en premier lieu aux contribuables! Que penser de cet homme lorsqu’il cherche à convaincre que le Bloc québécois s’acharne trop pour faire la lumière sur le scandale des commandites, au détriment d’autres dossiers, afin de protéger ses amis libéraux à Ottawa?
Voilà maintenant qu’apparaît à la une de cet organe fédéraliste la dernière trouvaille des collaborateurs afin de détourner l’attention sur les magouilles du gouvernement canadien. Le cinéaste engagé Pierre Falardeau a écrit un brûlot sur l’ancien chef du Parti libéral du Québec monsieur Claude Ryan, décédé récemment. Vrai que le propos détonne, suite à tous ceux qui ont unanimement fait l’éloge du défunt éditorialiste du Devoir. Exact que l’article de monsieur Falardeau n’a pas fait dans la dentelle pour dénoncer la conviction fédéraliste de Claude Ryan qui a parfois été carrément dogmatique. Le chef du camp du NON, lors du référendum de 1980, ne s’était pas gêné pour lancer à hue et à dia des arguments plus que fallacieux pour salir l’adversaire indépendantiste.
Le coloré cinéaste, dont l’image n’est pas sans rappeler celle que se donnait Serge Gainsbourg, est un personnage qui ne laisse personne indifférent au Québec. Son franc parler est connu de tous. Ses frasques également. Que dire de celle-ci? Probablement rien, compte tenu de l’auteur pamphlétaire. Peut-être était-il le seul finalement à pouvoir faire entendre une voix discordante dans ce concert d’éloges adressés à Claude Ryan. Un concert tellement parfait qu’il en sonnait effectivement faux. Cet homme politique, comme tous les autres qui furent étroitement liés au débat concernant l’avenir du Québec au sein de la fédération canadienne, a cherché parfois à discréditer ses adversaires à l’aide de moyens pas toujours élégants. D’où probablement l’envi profond de monsieur Falardeau de refuser de rester coi face au déluge de compliments attribués à Claude Ryan. Certes, la règle non-écrite qui veut que la censure domine lors d’un décès d’un homme politique, n’a pas été respectée. Elle a même été ici solidement bafouée! Sûrement qu’un peu de retenu, dans la dénonciation rédigée par Pierre Falardeau, eut été de mise. Ce dernier en aura décidé autrement : à lui d’en assumer les conséquences.
L’article paru dans le journal « Le Québécois », il y a près de trois semaines, n’a fait aucune vague au Québec. Le remous que tente de créer au Québec le quotidien La Presse en consacrant soudainement sa une au texte de Falardeau s’avère un geste encore plus grossier que l’indignation qu’il tente de soulever. Essayer ainsi d’aider les escrocs libéraux à Ottawa qui gaspillent notre argent pour financer de la propagande fédéraliste qui ne cherche qu’à nous diviser, est un scandale tout aussi dégueulasse. Décidément, ce journal au service du Canada anglais ne mérite qu’un boycotte total en vue de lui infliger une faillite bien méritée. Ce quotidien qui a incité ouvertement les Québécois à se piéger en appuyant l’Accord de Charlottetown en 1992, mérite le même sort qu’il cherche à nous réserver au travers de ces actions nauséabondes.
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
COMMUNIQUÉS 4 mars 2004