
»» mode de scrutin
Le mieux et le bien
Michel David
Le Devoir mardi 9 mars 2004
Il y a vingt-cinq ans, René Lévesque souhaitait sincèrement compléter la réforme du financement des partis politiques par celle du mode de scrutin, mais il a vite constaté combien il pouvait être difficile de convaincre des hommes et des femmes, si bien intentionnés soient-ils, de sacrifier leur carrière à la vertu démocratique.
Selon les projections du politologue Louis Massicotte, qui est devenu le gourou du PLQ en cette matière, les libéraux auraient frisé le gouvernement minoritaire, si le nouveau mode de scrutin partiellement proportionnel proposé par le ministre responsable de la Réforme électorale, Jacques Dupuis, avait été appliqué le 14 avril dernier, comme le rapporte mon collègue Tommy Chouinard.
Au train où ils dégringolent dans les sondages, les libéraux pourraient finalement regretter d'en avoir reporté la mise en vigueur après les prochaines élections, mais le ministre responsable de la Réforme électorale, Jacques Dupuis, voulait peut-être s'éviter de gros problèmes en agissant de la sorte.
Les membres de l'Assemblée nationale, qui reprennent le collier aujourd'hui, auraient passé leur temps à se demander lesquels d'entre eux allaient se retrouver le bec à l'eau dans trois ans. À la réflexion, il aurait pu leur apparaître qu'un système assez sophistiqué pour avoir fait élire des gens de leur qualité méritait d'être conservé. Reporter l'échéance à 2011 la rend déjà moins inquiétante.
Dans l'état actuel du projet, le nombre de circonscriptions passerait de 125 à 75. En adoptant intégralement la carte électorale fédérale, on fera l'économie d'interminables discussions sur leur délimitation, mais il demeure que cinquante députés vont devenir orphelins de circonscription. Au PLQ comme au PQ, on va jouer joyeusement du coude, quand viendra le temps de se caser.
Bien entendu, les ministres et les vedettes de l'opposition vont sauver leur mise. Du moins ceux qui figureront encore dans les plans du chef au moment des élections. C'est la piétaille qui risque d'écoper.
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On a fait grief à M. Dupuis de ne pas avoir retenu la formule du scrutin de liste, dans le cas des cinquante circonscriptions qui seront réparties de façon proportionnelle. L'idée qu'un candidat puisse être élu sans avoir à faire campagne déplaisait souverainement aux députés qui ont dû «se mettre la face sur un poteau». Bien sûr, le but d'une réforme du mode de scrutin n'est pas de plaire aux députés, mais ils ne faudrait pas perdre de vue que ce sont eux qui auront à la voter.
La formule proposée, qui s'apparente un peu à celle du «meilleur deuxième», invité à participer aux séries éliminatoires de baseball, évite de créer deux catégories de députés, mais elle introduit tout de même un désagréable élément de suspense. Dans certains secteurs de Montréal, où tous les libéraux seraient réélus avec les règles actuelles, qui devra laisser sa place au «meilleur deuxième» péquiste ? De la même façon, dans le bastion péquiste du Saguenay-Lac-Saint-Jean, quelqu'un devra se retirer au profit d'un libéral ou d'un adéquiste. Qu'une perte subie dans une région soit compensée par un gain dans une autre ne leur fera pas retrouver leur siège.
Le plus sérieux reproche qu'on ait adressé à M. Dupuis est cependant d'avoir concocté un projet qui aura pour effet de consolider le monopole des trois partis représentés à l'Assemblée nationale, au détriment de ceux qui ont déjà du mal à se faire entendre.
Il est vrai que les règles proposées ne faciliteront pas l'accès au Parlement à un parti comme l'Union des forces progressistes (UFP), dont on peut comprendre la déception; jamais il n'a été question d'une réforme susceptible de provoquer une instabilité permanente, où les gouvernements de coalition deviendraient la règle.
Certes, les anomalies criantes du système actuel doivent être éliminées, mais le mieux est l'ennemi du bien. Comme le suggèrent les projections du professeur Massicotte, les changements projetés risquent déjà d'entraîner la formation de gouvernements minoritaires. Pour le moment, cela suffit amplement.
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On s'explique facilement l'enthousiasme de l'ADQ, qui aurait eu droit à une quinzaine de députés de plus le 14 avril, mais le PQ fait preuve d'une mauvaise foi manifeste dans ce débat.
Depuis le début, il est clair que l'actuel mode de scrutin uninominal à un tour, qui confère un poids relatif plus grand au vote francophone, en raison de l'extrême concentration du vote anglophone avantage le PQ.
Sachant cela, il y avait quelque chose d'assez admirable dans la volonté de changement affichée par le gouvernement Landry. L'ancien ministre Jean-Pierre Charbonneau s'était attelé à la réforme comme si sa vie dépendait, allant jusqu'à convoquer des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques.
Il s'agissait peut-être d'une manoeuvre de diversion, mais les lamentations du porte-parole péquiste, Luc Thériault, qui se plaint maintenant d'un manque de consultation, après avoir boycotté celle que M. Dupuis a menée au cours des derniers mois, tiennent de la bouffonnerie.
Il n'y a pas unanimité sur l'opportunité d'une réforme au PQ. Officiellement, le parti y est favorable, mais aussi bien Bernard Landry que les principaux aspirants à sa succession s'y opposent, sans toutefois oser le dire clairement.
Le dernier sondage Crop accordait 39 % des intentions de vote au PQ. Avec le mode de scrutin actuel, ce serait suffisant pour former un gouvernement majoritaire. Avec la réforme Dupuis, cela se traduirait par un gouvernement minoritaire. Dans une telle situation, la tenue d'un référendum deviendrait très problématique. Sauf qu'il aurait fallu y penser avant. Le PQ n'a tout simplement plus la crédibilité pour s'opposer à la réforme.
mdavid@ledevoir.com

»» SCANDALE DES COMMANDITES
Jean Pelletier est intervenu à la demande du Bloc
André Noël
La Presse mardi 9 mars 2004
Quand il était chef de cabinet du premier ministre canadien, Jean Pelletier a débloqué des fonds pour commanditer le 250e anniversaire de Saint-Hyacinthe, a indiqué hier le maire Claude Bernier. Les organisateurs de la fête ont reçu 125 000 $ et la firme Gosselin Communications stratégiques a touché une commission de 96 000 $.
" Une commission comme ça, je trouve ça beaucoup, a dit M. Bernier à La Presse, hier. On l'a appris après coup. Si ça s'était su avant, je ne sais pas si la Ville aurait poursuivi ses démarches. Mais pour nous, ce qui était important, c'était que le gouvernement fédéral se mouille dans les fêtes du 250e. "
Les cérémonies se sont déroulées en 1998. La Ville et le gouvernement provincial ont dégagé des fonds. Les organisateurs ont frappé à toutes les portes du gouvernement fédéral, mais en vain. Ils se sont alors tournés vers leur député, Yvan Loubier, du Bloc québécois.
" Le conseil des gouverneurs (les organisateurs) s'était buté à des refus au ministère des Travaux publics, à celui du Patrimoine, un peu partout, a dit M. Loubier. La directrice de l'événement est venue me voir en catastrophe. J'ai essayé à mon tour dans les ministères, mais sans succès."
" Alors, j'ai appelé au cabinet du premier ministre Jean Chrétien, parce que je croyais que le premier ministre avait un budget discrétionnaire. J'ai rencontré le chef de cabinet, Jean Pelletier."
Il m'a rappelé quelques jours après en me disant qu'il acceptait de commanditer.
" Il m'a dit qu'une agence de communication contacterait le conseil des gouverneurs et établirait le plan de visibilité du gouvernement fédéral. Plus tard, on a appris que Gosselin Communications avait obtenu 96 000 $ pour verser une subvention de 125 000 $. "
M. Pelletier n'a pas répondu à l'appel fait par La Presse. Mais il a dit au quotidien Le Soleil qu'il avait servi de relais à la demande du député du Bloc québécois. " Je savais que le programme de commandites existait, mais pas de la façon dont il était administré, a-t-il dit. Je suis très heureux d'avoir aidé les gens de Saint-Hyacinthe. "
M. Pelletier a quitté le cabinet de M. Chrétien et a été nommé président du conseil d'administration de VIA Rail en 2001. Il vient d'être congédié en raison de commentaires controversés à l'endroit de l'athlète Myriam Bédard.
Après avoir transité par son bureau, la demande de commandite pour le 250e anniversaire de Saint-Hyacinthe a atterri sur celui de Charles (Chuck) Guité, alors responsable du programme au ministère des Travaux publics.
Le Courrier de Saint-Hyacinthe a pris connaissance du montant de la commission versée à Gosselin Communications grâce à la loi d'accès à l'information et l'a révélé en novembre 2002.
La commission n'avait aucune commune mesure avec le travail effectué, a dit M. Loubier. " Le plan de visibilité du gouvernement fédéral était à peu près le même pour tous les événements: le nombre de pages dans le programme, le fonds de scène, la présence des drapeaux canadiens, les pancartes sur la contribution du gouvernement fédéral. Ça n'a aucun sens que ça ait coûté 96 000 $ pour transférer 125 000 $. "
M. Loubier n'a-t-il pas constaté, à l'époque, que quelque chose ne tournait pas rond dans le programme? " Je ne savais même pas que les fonds provenaient d'un tel programme, a-t-il répondu. J'étais persuadé qu'ils venaient du fonds discrétionnaire du premier ministre. "
Le fondateur de Gosselin Communications stratégiques, Gilles-André Gosselin a vendu sa firme en 1998 à Groupaction Marketing. Cette firme a été une des principales compagnies à profiter du programme fédéral.

»» SCANDALE DES COMMANDITES
350 000 $ disparus entre Ottawa et Québec
Mylène Moisan
Le Soleil mardi 9 mars 2004
Le Jam des neiges n'a reçu que 250 000 $ des 600 000 $ du fédéral
Sur les 600 000 $ qui ont quitté Ottawa pour le Jam des neiges de Québec, les organisateurs de l'événement n'ont touché en bout de ligne que 250 000 $.
La subvention accordée en 1999-2000 par l'entremise du Programme de commandites a été confiée à Groupaction Gosselin Communications stratégiques. Selon la liste officielle transmise par Travaux publics Canada, le Jamboree des neiges, qui a réuni, pendant 10 jours, 3000 scouts à Québec pour défoncer le millénaire, a obtenu 600 000 $. Le secrétaire et directeur général des Scouts du Québec, Robert Nowlan, affirme avoir reçu 350 000 $ de moins.
" Selon nos livres et les données que j'ai examinés, qui sont appuyés par une entente de commandites avec le gouvernement du Canada représenté par Groupaction Gosselin Communications stratégiques, nous avons reçu une somme de 250 000 $ ", informe-t-il par courriel.
Dans le plan initial, le gouvernement s'est engagé à verser 200 000 $ par l'entremise du programme devenu scandale. Selon un document officiel, l'entente a été négociée entre le directeur général du Jam, Claude Despatie, et le représentant de Gosselin à Québec, Bernard Thiboutot. M. Nowlan indique que le Jam a reçu 50 000 $ en plus, " pour deux événements non chiffrés dans l'entente ", sans donner la nature de ces événements.
Impossible pour l'instant de savoir où sont passés les 350 000 $ qui se sont perdus entre les coffres du gouvernement fédéral et Québec. Gilles-André Gosselin, qui a dirigé Gosselin Communications stratégiques, Jean Brault, président de Groupaction, et Bernard Thiboutot, qui gérait le bureau de Gosselin à Québec, n'ont pu être joints afin de discuter de ce dossier particulier.
En entrevue téléphonique hier, l'ex-directeur général de l'événement, Claude Despatie, a confirmé avoir reçu 200 000 $ en commandites, plus 50 000 $ " avec deux autres projets ", en échange d'un peu de visibilité. " Il n'y avait pas beaucoup d'exigences. Presque rien ", se souvient-il, ajoutant qu'il n'avait " rien à redire " sur le travail de la firme mandatée par Ottawa. Et les 350 000 $ manquants ? " Aucune idée. J'ai demandé 250 000 $, j'ai eu 250 000 $. "
Des appels ont été faits auprès de Jude Bergeron, alors porte-parole de la Fédération des scouts du Québec, et d'Yvan Caron, ex-président de l'événement. Ils sont restés sans réponse.
Doté d'un budget de 4 millions $, le Jam des neiges a reçu une autre enveloppe du gouvernement fédéral, contenant, selon M. Nowlan, 800 000 $ du Programme du millénaire. Aucune agence de communications n'a été impliquée dans le versement de cette somme, qui a servi notamment à financer le lancement du dernier d'une série de timbres conçus pour souligner le passage à l'an 2000. Lors de la clôture de l'événement, le ministre Herb Gray a prononcé un discours faisant état de cette contribution de 800 000 $ d'Ottawa, ce qui n'incluait pas la part des commandites.
Le Jam des neiges n'ayant jamais déposé de bilan financier, le mystère plane toujours sur l'utilisation de l'argent. Hier, M. Despatie n'a pas voulu revenir sur le sujet, arguant que " tout ça, c'est de l'histoire. Une belle histoire, mais derrière moi ".
À l'époque, il avait été question d'un comité de financement, mais plusieurs des membres ignoraient en faire partie. C'est le cas de Maurice Tanguay, président-fondateur d'Ameublements Tanguay, et de Gabriel Savard, alors vp exécutif du Fonds de solidarité des travailleurs, qui ont expliqué en 2000 n'avoir jamais vu les chiffres du Jam. Même chose pour Marcel Bédard, un comptable dont le nom figurait sur la liste, qui n'aurait été contacté qu'une seule fois, au début du projet.
Ce " comité fantôme ", dont avait fait état LE SOLEIL, contenait des membres de marque, dont Claude Béland, ex-président du Mouvement Desjardins, Ross Gaudreault, pdg du Port de Québec, Jean-Guy Paquet, pdg de l'Institut national d'optique, Marcel Bédard, et un certain... Marc LeFrançois, président de VIA Rail jusqu'à la semaine dernière, alors que Paul Martin lui montrait la porte.
L'événement avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque, notamment en raison de problèmes d'organisation. Les tentes louées étaient mal adaptées à l'hiver, causant ainsi de nombreux cas d'hypothermie. M. Despatie s'était d'abord adressé à l'armée canadienne, qui n'était pas en mesure de répondre à sa demande, d'autant plus que la plupart des tentes n'étaient pas ignifuges tel que l'exige la Ville.
Dans Internet, des scouts s'en sont donné à coeur joie pour dénoncer les ratés de l'organisation. Des participants français ont créé le site anti-Jam des neiges, dans lequel on retrouve quelques récits de l'intérieur. Revenant sur les problèmes de distribution de nourriture, un participant fait état qu'" il y a eu plusieurs évanouissements " de jeunes pendant qu'ils attendaient en file pour obtenir leur ration. La quantité et la qualité des repas laissaient à désirer, déplore-t-on également dans le site.

»» mode de scrutin
Réforme du scrutin: le PQ aurait été battu en 1998
Tommy Chouinard
Le Devoir mardi 9 mars 2004
La victoire libérale aurait été très mince en 2003, selon une simulation
Québec - Le paysage politique québécois ne serait pas du tout le même si le nouveau mode de scrutin envisagé par Québec avait été en mis en application lors des deux dernières élections générales. Le Parti québécois aurait subi un revers aux élections de 1998, puisque c'est plutôt un gouvernement libéral minoritaire qui aurait été porté au pouvoir. Et le 14 avril 2003, le Parti libéral aurait obtenu une bien mince majorité à l'Assemblée nationale en récoltant une dizaine de sièges en moins, tous au profit de l'Action démocratique du Québec.
Selon ce mode de scrutin proportionnel mixte de type compensatoire, dont Le Devoir a fait état le mois dernier, le Parti québécois rencontrerait plus de difficulté à se faire élire. Il perdrait l'avantage structurel de 5 % à 7,5 % dont il bénéficie avec le système actuel, en raison de la concentration géographique du vote des libéraux.
C'est ce qu'a révélé au Devoir, hier, le professeur au département de science politique de l'Université de Montréal, Louis Massicotte, l'expert qui conseille le ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques, Jacques Dupuis, dans sa révision du mode de scrutin.
Louis Massicotte a réalisé diverses simulations à partir de résultats électoraux afin de déterminer l'impact du mode de scrutin privilégié par le ministre Dupuis sur la représentation des partis politiques à l'Assemblée nationale. En entrevue au Devoir, le professeur s'est toutefois contenté d'indiquer quelques grandes lignes, refusant de dévoiler l'ensemble de ses conclusions et des données. «Le ministre déterminera si ça doit être rendu public. Je pense bien que ça devrait l'être quand il présentera son projet», a-t-il répondu.
Chose certaine, le mode de scrutin envisagé provoque un impact majeur. Aux élections de 1998, un gouvernement libéral minoritaire aurait été élu, alors que c'est un gouvernement péquiste majoritaire qui l'avait emporté. Louis Massicotte a précisé que le Parti québécois et le Parti libéral auraient pu se retrouver avec un nombre presque équivalent de sièges, en fonction du découpage de la carte électorale. «Le résultat aurait été radicalement différent. Un petit avantage serait allé au PLQ, mais aucun parti n'aurait eu une majorité absolue des sièges. C'est l'ADQ qui aurait été l'arbitre de la situation. La compensation lui aurait donné un certain nombre de sièges. Ça aurait pu être 6, 7, 8 ou 12 selon les hypothèses de découpage régional. L'ADQ aurait pu choisir de s'allier avec le PLQ [pour former un gouvernement de coalition], de s'allier avec le PQ, ou de ne rien faire du tout», a expliqué Louis Massicotte.
Moin de sièges pour Charest
Les élections de 1998 ont montré avec éloquence les distorsions de l'actuel mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour. Le Parti libéral avait récolté 27 000 voix de plus que le PQ - 43,55 % contre 42,87 % -, mais avait obtenu seulement 48 sièges, comparativement à 76 pour le PQ. L'ADQ n'avait obtenu qu'un seul siège avec 11,8 % des voix.
Le gouvernement Charest jouirait actuellement d'un pouvoir beaucoup plus faible si le nouveau mode de scrutin - qu'il suggère lui-même - avait été mis en application le 14 avril 2003. Les libéraux auraient obtenu une dizaine de sièges en moins. L'ADQ aurait récolté ces sièges, alors que le PQ aurait récolté un nombre de circonscriptions identiques à la situation actuelle. Le 14 avril dernier, le PLQ a obtenu 46 % des suffrages et 76 sièges; le PQ, 33,24 % et 45 sièges; et l'ADQ, 18,2 % et 4 sièges. «On aurait un résultat plus proportionnel. L'ADQ aurait une représentation nettement plus importante», a affirmé le professeur. Ce faisant, dans le meilleur des scénarios, le gouvernement Charest bénéficierait d'une majorité d'à peine sept sièges à l'Assemblée nationale. Dans d'autres scénarios, il pourrait s'agir d'une majorité de cinq sièges ou moins, selon le découpage de la carte électorale.
D'après Louis Massicotte, le nouveau mode de scrutin «égaliserait les chances de succès» du PLQ et du PQ. À l'heure actuelle, le PQ jouit d'un avantage dû à la concentration géographique du vote des libéraux, particulièrement dans l'ouest de Montréal. «Le système majoritaire permet au Parti québécois de gagner même s'il traîne de l'arrière dans le vote populaire», a-t-il dit. Selon les calculs du professeur, avec le mode de scrutin actuel, le PLQ pourrait avoir une avance de 7,5 % des voix sur le PQ, mais obtenir le même nombre de sièges que son adversaire. «C'est un bonus de 300 000 votes pour le PQ. C'est un avantage indu qui serait éliminé» avec le nouveau mode de scrutin, a-t-il précisé. Le professeur a ajouté que le Parti québécois ne «partirait plus dans la course électorale avec une marge de sécurité, un coussin», qui lui permet de gagner l'élection tout en ayant moins de suffrages que le PLQ.
Cet impact du nouveau mode de scrutin risque bien de déchirer le Parti québécois «entre son idéalisme et son intérêt», a reconnu M. Massicotte.
Gouvernements minoritaires
Autre changement majeur dans les moeurs politiques québécoises, les gouvernements minoritaires seraient plus fréquents. «À partir du moment où on applique le principe de compensation, ce n'est plus garanti qu'avec une mince avance en termes de votes populaires, un parti va réussir à obtenir plus de 50 % des sièges», a expliqué Louis Massicotte.
C'est pourquoi le professeur estime que le monde de scrutin envisagé «va changer bien des choses». «Et ceux qui disent que ce sera une réformette, c'est parler un peu vite», a-t-il ajouté. En fait, selon ses simulations, la représentation des partis à l'Assemblée nationale deviendrait plus proportionnelle au pourcentage des voix exprimées pour chacun d'eux. Le tripartisme (PLQ-PQ-ADQ) deviendrait ainsi le véritable paysage politique québécois.
Louis Massicotte prévient cependant que le choix d'un mode de scrutin ne peut reposer uniquement sur des simulations. «Il ne faut pas penser un choix de mode de scrutin en fonction des deux dernières élections, car c'est un choix qui est fait pour plusieurs élections à venir. Plusieurs cas de figure peuvent arriver lors d'élections, et on ne peut pas faire un système sur mesure en fonction de telle ou telle élection. Si vous le faites, vous pouvez avoir des surprises, car les gens ne votent pas toujours de la même façon», a-t-il expliqué.
Le mode de scrutin envisagé par le ministre Dupuis, qui fera l'objet d'un projet de loi dont le dépôt est attendu ce printemps, correspond en bonne partie au modèle que Louis Massicotte a conçu au fil des ans. En vertu de ce scrutin proportionnel mixte de type compensatoire, il y aurait toujours 125 députés à l'Assemblée nationale mais le nombre de circonscriptions électorales serait réduit à 75. Les députés de ces circonscriptions seraient élus selon le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour actuellement en vigueur. Les 50 autres sièges seraient compensatoires et répartis dans une dizaine d'entités régionales. Une région pourrait regrouper de cinq à sept circonscriptions et comprendre entre trois et cinq sièges compensatoires. Pour chacune de ces régions, les sièges compensatoires seraient attribués à la proportionnelle, selon le pourcentage des voix obtenues par chaque parti sur l'ensemble du territoire.
De nouvelles règles
La compensation régionale vise à donner des sièges aux partis qui ont remporté peu de circonscriptions, mais qui ont obtenu un bon résultat dans la région. Par exemple, un parti X remporte les trois circonscriptions d'une région avec 45 % des voix. Le parti Y obtient 40 % des suffrages et le parti Z, 15 %. Si deux sièges compensatoires sont en jeu dans cette région, ils vont tous deux au parti Y. Et si le parti X remporte les trois circonscriptions avec 80 % des suffrages au lieu de 45 %, et que les partis Y et Z obtiennent 10 % des voix chacun, il reçoit les deux sièges compensatoires en raison de l'appui populaire exprimé. Les députés qui occuperaient ces sièges compensatoires seraient choisis parmi les candidats défaits qui ont obtenu les meilleurs résultats.
Selon Louis Massicotte, ce modèle corrige les distorsions du scrutin majoritaire. «Le système actuel, c'est pile, je gagne; face, tu perds. Ce système fonctionne de façon totalement faussé», a-t-il lancé.
D'après ses simulations, basées sur les élections antérieures, si les petits partis seraient mieux servis avec le mode de scrutin envisagé, ils émergeaient peu en raison d'un appui populaire insuffisant. Une compensation nationale plutôt que régionale permettrait de favoriser davantage leur essor, a reconnu M. Massicotte.

»» PLQ et le fédéral
Dumont dénonce l'approche de Québec face à Ottawa
Mario Cloutier
La Presse mardi 9 mars 2004
Québec - Mario Dumont affirme que le gouvernement Charest a échoué dans sa tentative de refaire le rapport de force entre le Québec et le gouvernement fédéral.
Le chef de l'ADQ estime que le premier ministre québécois n'a pas rempli ses promesses électorales sur le déséquilibre fiscal et le financement de la santé.
" Quand il veut parler à Ottawa, il faut qu'il leur parle par le biais de la TV ", a-t-il déclaré au sujet de Jean Charest et de la campagne publicitaire des provinces sur le fait qu'Ottawa n'assume plus que 16 % des dépenses en santé au Canada.
Les gouvernements provinciaux ont entrepris hier une campagne de 1,5 million de dollars pour encourager Ottawa à augmenter sa contribution en matière de soins de santé. Une étude du Conference Board prédit que les surplus fédéraux pourraient atteindre 80 milliards dans 15 ans.
À la veille de la rentrée parlementaire à Québec, Mario Dumont a prétendu que le gouvernement libéral s'apprête, de son côté, à reculer sur d'autres promesses électorales en raison d'un cadre financier qui se révèle de plus en plus " irréaliste ".
" M. Charest a fait campagne en disant: Moi j'ai des bonnes relations à Ottawa, puis je vais arranger les affaires avec le gouvernement fédéral, puis l'argent va arriver ", a ironisé M. Dumont. Non seulement, le déséquilibre fiscal reste entier, souligne le chef de l'ADQ, mais la restructuration de l'État entreprise par le gouvernement Charest n'a pas non plus offert des économies qui pourraient aider le ministre des Finances, Yves Séguin, à préparer son budget d'ici quelques semaines.

»» déséquilibre fiscal
Séguin veut l'argent tout de suite
Raymond Giroux
Le Soleil mardi 9 mars 2004
Le S.O.S. du ministre des Finances du Québec n'a pas ému le ministre Goodale
Ottawa - Yves Séguin veut de l'argent " tout de suite, et ça presse ", a-t-il lancé lors d'une conférence de presse à Ottawa, hier, à deux semaines du premier budget de Ralph Goodale.
" C'est le temps de voir de l'action, c'est-à-dire de l'argent, a-t-il insisté. La situation est dramatique et le temps file ", car le Québec attend les décisions du fédéral pour attacher les dernières ficelles d'un budget difficile.
Mais le ministre des Finances, venu présenter avec trois de ses homologues provinciaux une mise à jour de l'étude du Conference Board sur le déséquilibre fiscal, a fait chou blanc.
Ottawa veut d'abord renchausser ses réserves de prudence, rembourser sa propre dette et, comme l'a dit le ministre canadien des Finances, " faire quelque contribution importante à la qualité de la vie au Canada ", dans son budget du 23 de ce mois.
M. Goodale, peu impressionné par ce rapport qui prévoit un surplus budgétaire de 78 milliards $ pour le gouvernement fédéral, en 2019-2020, a immédiatement rejeté cette demande.
Les pressions des provinces, qui lançaient au même moment une campagne de publicité sur la santé, ont eu pour effet de braquer le ministre fédéral des Finances qui a accusé ces dernières de pratiquer une politique de confrontation." Les Canadiens ne sont pas intéressés à des guerres et des duels de publicité, de conférences de presse ou de statistiques ", a-t-il dit en impromptu de presse.
" Ils veulent des résultats permanents ", ce que permettra d'atteindre selon lui la série de rencontres des ministres des Finances et de la Santé ainsi que des premiers ministres prévues au cours des prochains mois.
Comme son prédécesseur Paul Martin, aujourd'hui premier ministre, M. Goodale rejette l'idée même d'un déséquilibre entre les ressources financières des provinces et celles de son gouvernement.
L'étude du Conference Board, a-t-il dit aux Communes, " est déjà dépassée " parce que ses fondements ne sont plus à jour. " Il s'agit d'une projection statique linéaire " qui ne tient pas compte des dernières ententes sur la santé et de l'aide promise aux municipalités.
" Les excédents sont grossièrement exagérés et de fait, nous affrontons un contexte fiscal très serré ", a ajouté le ministre. M. Goodale devait ajouter que l'analyse est " artificielle " car elle assume que ni le Ottawa ni les provinces ne changeront leurs politiques d'un iota au cours des 10, 15 ou 20 prochaines années ou ne signeront aucun nouvel accord sur la santé. " Une seule variation de 1 % des revenus et des dépenses sur cette période transformera l'excédent de 80 milliards $ en un déficit de 10 milliards $ ", a-t-il dit.
Le ministre se dit toujours " ouvert aux discussions " avec les provinces, mais considère qu'elles demandent beaucoup, même s'il est prêt à ajouter au moins 1,3 milliard $ pour la péréquation. " Elles veulent intégrer les deux derniers milliards $ pour la santé au transfert permanent, soutient-il sur un ton impatient. Elles demandent trois autres milliards $ sur une base permanente, pour la santé, puis quatre milliards $ de plus pour la péréquation et du financement pour l'innovation, les infrastructures, les municipalités, l'éducation et les services sociaux ".
Aucun déblocage
" Père " du concept de déséquilibre fiscal, M. Séguin maintient que le fédéral jouit de surplus imposants malgré les dénégations ministérielles. " Il a une marge de manoeuvre ", a-t-il dit avant de décrire la proposition d'Ottawa sur la péréquation comme inadéquate, incomplète et inacceptable.
La mise à jour d'hier, selon lui, " rend presque indiscutable " l'existence de ce déséquilibre à long terme. En 15 ans, maintient le Conference Board, la dette fédérale aura fondu de 620 à 128 milliards $, si tous les excédents budgétaires y sont affectés et si le gouvernement ne se lance dans aucun nouveau programme.
À l'inverse, dans les mêmes conditions, les dettes accumulées des provinces passeront de 280 à 432 milliards de dollars, dans une situation de statu quo. Le ministre québécois ne voit toujours aucun déblocage dans les dossiers de la péréquation et de la santé, mais espère toujours une réponse favorable car, selon lui, " Paul Martin a de bonnes intentions ".
RGiroux@lesoleil.com

»» déséquilibre fiscal
Les surplus anticipés du fédéral
Claude Picher
La Presse mardi 9 mars 2004
Les premiers ministres provinciaux ont décidé de lancer une vaste campagne publicitaire pour convaincre leurs commettants que la contribution fédérale au financement des soins de santé est insuffisante.
Il est un fait que les administrations provinciales sont les premières concernées par l'explosion des dépenses de santé. Dans toutes les provinces, la santé représente maintenant le principal poste de dépenses; au Québec, le budget de la santé est responsable à lui seul de 40 % des dépenses d'opérations. C'est trois fois plus que le service de la dette, 12 fois plus le budget du ministère des Transports, 100 fois plus que le budget de l'Environnement. Et tous les spécialistes sont d'accord pour dire que le mouvement à la hausse n'est pas près de ralentir.
Pendant ce temps, Ottawa accumule les surplus. Une étude de Conference Board, préparée pour les premiers ministres provinciaux et publiée hier, prévoit déjà un surplus fédéral de 10 milliards pour l'exercice 2004-2005.
Dans ces conditions, on peut comprendre les provinces de s'élever contre ce déséquilibre fiscal, et de réclamer plus d'argent d'Ottawa. Pourtant, il est loin d'être certain que le gouvernement fédéral est aussi riche que ne le prétendent les provinces.
De toutes les provinces, c'est le Québec qui a le mieux fait ses devoirs dans le dossier du déséquilibre fiscal. À l'époque, le gouvernement de Bernard Landry a mandaté Yves Séguin, qui était alors un ex-ministre libéral, pour faire le tour de la question. Au début de 2002, la commission Séguin a produit un rapport volumineux (en comptant ses trois annexes, le rapport Séguin fait 650 pages bien tassées) et solidement étoffé. Le document a été lu et étudié avec beaucoup d'intérêt dans les autres provinces, qui l'ont abondamment utilisé pour développer leur propre argumentaire. Depuis ce temps, M. Séguin est devenu ministre des Finances dans le gouvernement de Jean Charest, et il possède sans doute mieux ce dossier que n'importe lequel de ses homologues provinciaux.
La pièce maîtresse de ce rapport est une étude du Conference Board. L'organisme y effectue une projection des revenus et des dépenses totaux du gouvernement fédéral et du gouvernement québécois, pour la période allant de 2001 à 2020. La croissance annuelle moyenne des revenus sera très semblable dans les deux administrations; pendant ces 20 années, elle atteindra 3,2 % au fédéral contre 3,1 % au Québec. En revanche, le portrait devient beaucoup plus inquiétant si on regarde les dépenses; toujours entre 2001 et 2020, les dépenses du fédéral augmenteront en rythme annuel moyen de 2,1 %, alors que le chiffre correspondant, pour le Québec, est de 3,6 %.
Autrement dit, les recettes du fédéral seront amplement suffisantes pour financer toutes ses dépenses, et il en restera encore assez pour dégager d'énormes surplus, qui grossiront avec le temps. Pendant ce temps, au Québec, les recettes seront insuffisantes pour répondre aux besoins, ce qui condamne les finances publiques à renouer avec le cercle vicieux des déficits et de l'endettement.
C'est ainsi qu'en 2020, le surplus fédéral frisera les 90 milliards, tandis que le Québec enregistrera son 18e déficit annuel consécutif, chacun oscillant entre 3 et 4 milliards. Les auteurs de l'étude présument que les surplus sont automatiquement canalisés vers le remboursement de la dette, comme cela a été le cas depuis que le gouvernement fédéral a rétabli son équilibre financier. Selon ce scénario, la dette fédérale, entre 2001 et 2020, passera ainsi de 589 à 28 milliards; autant dire qu'elle sera pratiquement éliminée. De son côté, le Québec, à force d'accumuler les déficits, verra passer sa dette de 103 à 161 milliards. La situation n'est guère plus brillante dans les autres provinces.
La projection a été menée avec toute la rigueur nécessaire pour ce genre d'exercice, et ses auteurs, c'est-à-dire les spécialistes du Conference Board, ont une solide réputation de crédibilité.
Pourtant, il faut toujours considérer les prévisions à long terme avec prudence. Les auteurs eux-mêmes, au début de leur document, prennent la peine de préciser que leurs projections reposent sur un scénario de statu quo fiscal et budgétaire. Autrement dit, rien ne bougera, ni au fédéral ni au provincial, pendant 20 ans. C'est évidemment impossible. Chaque budget apporte son lot de changements dans de nombreux domaines: politique fiscale, transferts, dépenses publiques, nouveaux programmes, etc. D'autre part, on ne peut pas prévoir l'évolution de la conjoncture économique pour une aussi longue période. Les auteurs ont donc fait de leur mieux, avec les éléments d'information dont ils disposaient au moment de leur étude; dans ces conditions, rien de garantit que leurs prévisions se réaliseront.
Il existe, dans l'histoire récente, des exemples de projections à long terme, basées sur des scénarios crédibles, mais qui ressortent comme hautement fantaisistes avec le recul du temps. Ainsi, dans son budget de 1990, le ministre Michael Wilson s'attendait à ce que le déficit, quatre ans plus tard, c'est-à-dire pour l'exercice 1994-1995, atteigne 14 milliards; or, cette année-là, le déficit est ressorti à... 42 milliards! Et nous ne parlons pas ici de projections étirées sur 20 ans, mais uniquement sur quatre ans.
Dans le document présenté par les ministres provinciaux des Finances, le Conference Board revoit à la baisse sa projection pour l'exercice 2019-2020; à cause de la conjoncture économique, le surplus fédéral ne sera plus de 90 milliards, mais tournerait plutôt aux alentours de 80 milliards. C'est, comme on vient de le voir, un chiffre qui vaut ce qu'il vaut.
D'autre part, l'organisme s'attendrait, pour 2004-2005, à un surplus fédéral de 10 milliards. Ce chiffre est suspect; dans son étude réalisée pour la Commission Séguin, le même organisme évaluait le surplus de 2003-2004 à 2,3 milliards. L'ampleur du changement peut s'expliquer par le fait que les surplus fédéraux, depuis quelques années, sont nettement plus élevés que les prévisions.
Ce n'est pas tout. Le budget 2004-2005 n'est pas encore connu. Il sera déposé le 23 mars et on ne sait pas encore quelles mesures il contiendra, et jusqu'à quel point ces mesures auront un impact sur les finances publiques. Dans ces conditions, les prévisions comportent un important élément de risque.
Faute de mieux, on peut considérer les chiffres les plus récents. Nous connaissons déjà les résultats financiers des neuf premiers mois de l'exercice. Pour la période, le gouvernement dégage un surplus de 5,2 milliards. Ce montant peut sembler énorme, mais il appelle un certain nombre de réserves:
Le montant de 5,2 milliards peut sembler impressionnant; en réalité, il arrive assez loin derrière les 7,1 milliards observés pour la même période l'an dernier; il y a donc réelle détérioration.
Uniquement pour le mois de décembre, le surplus atteint 4,4 milliards, surtout à cause des paiements finals de l'impôt des sociétés dont l'exercice se termine le 31 octobre. Il s'agit surtout d'institutions financières, qui ont connu une très bonne année. Sans cela, le surplus n'aurait même pas atteint le milliard. Le surplus de 5,2 milliards doit donc être vu en grande partie comme un apport ponctuel, qui ne se renouvellera pas à chaque année.
Les ajustements de fin d'exercice retranchent habituellement entre 2 et 3 milliards au surplus; il s'agit surtout de comptabiliser des engagements pris en cours d'exercice, mais dont le paiement sera effectué après le 31 mars, comme le recommande d'ailleurs la vérificatrice générale.
Le surplus de 2003-2004 pourrait en fin de compte ressortir aux alentours de 3 ou 4 milliards, mais ce montant s'entend avant le versement de 2 milliards aux provinces comme contribution additionnelle au financement des soins de santé. C'est donc dire qu'il ne restera pas grand-chose dans les fonds de tiroirs à la fin de l'année.
Compte tenu de tout cela, le surplus " anticipé " de 10 milliards pour l'exercice 2004-2005 risque de n'être que cela: anticipé.

»» E-gouvernement
Des "cartes postales" virtuelles de Charest
Denis Lessard
La Presse mardi 9 mars 2004
Québec - Dans le torrent des courriels qui vous invitent à perdre du poids ou à vous procurer du Viagra, vous risquez prochainement de trouver un message inattendu: une " carte postale " de votre premier ministre, Jean Charest.
Pour joindre davantage d'électeurs, les stratèges du Parti libéral du Québec ont convenu de mettre en ligne, chaque semaine, un bref message personnel de M. Charest.
" Dans cette carte postale hebdomadaire, je vous dirai en quelques mots quels sont les dossiers prioritaires sur mon bureau et de quelle façon leur règlement participera à l'avancement du Québec ", affirme M. Charest dans cette première missive, mise en ligne hier.
" On veut garder un ton intimiste, c'est vraiment M. Charest qui écrit aux gens, explique Bruno-Serge Boucher, directeur des communications du PLQ. C'est la première fois qu'on le fait, on a environ 4000 noms, adresses de courriels dans notre banque initiale ", a précisé M. Boucher, qui est responsable de la trouvaille. Ces adresses venaient d'abord de gens qui volontairement avaient demandé des informations en se promenant sur le site Internet du Parti libéral du Québec. " Ce n'est pas un spam (un courriel non désiré) ", insiste M. Boucher. Mais ajoute-t-il, députés et permanents du PLQ seront invités à alimenter la banque d'adresses qui recevront la lettre hebdomadaire du premier ministre.
Pour cette première communication, le premier ministre avait choisi comme sujet la Journée internationale des femmes, le 8 mars.
" Je salue l'immense contribution des Québécoises à notre histoire, notre présent et notre avenir, et je réitère l'engagement de notre gouvernement en faveur d'une société toujours plus juste et plus égalitaire ", écrit M. Charest.
Et il poursuit: " Ce jour qui en est un de justice et d'humanisme, coïncide de belle façon avec l'inauguration de cette page que je vous inviterai à consulter chaque semaine. "
Et M. Charest précise en conclusion: cette carte postale " n'est pas un lieu d'analyse et de grands discours, mais simplement un lieu ou la fonction que j'occupe apparaît sous un jour un peu plus personnel. À bientôt. "
La page Web invite aussi les cyberlecteurs à faire part de leurs commentaires directement au premier ministre à l'adresse
jean.charest@plq.org. Par la suite on offre la possibilité d'inscrire jusqu'à cinq autres internautes à la " carte postale " hebdomadaire.
" On va demander aux députés d'inscrire le plus de gens possible ", explique M. Boucher. Les gens peuvent sans complications se désabonner de la liste d'envoi, note-t-il.
" C'est un peu dans le style des blogues, ces journaux personnels que les gens mettent sur le Net ", dit M. Boucher. Bon nombre de politiciens américains ont adopté une telle formule. C'était au centre de la stratégie Internet d'Howard Dean, candidat malheureux à l'investiture démocrate, rappelle M. Boucher.

»» e-gouvernement
Quel e-gouvernement?
Michel Cartier
Professeur au département des communications de l'Université du Québec à Montréal
Le Devoir mardi 9 mars 2004
Libre-opinion: On discute abondamment ces jours-ci de e-gouvernement en ignorant qu'on parle en fait de trois concepts différents: la e-administration, le e-gouvernement et la e-démocratie. Ce sont là trois degrés d'implication des citoyens dans les décisions qui les concernent et qui doivent s'articuler dans un plan de société que le gouvernement prépare en ce moment. Ce plan doit intégrer les acteurs et les ressources dans un espace-temps défini, le Québec d'ici 2005; un tel plan redéfinira les rapports de la société à l'État.
Ce type d'administration utilise les nouvelles technologies de l'information et des communications (NTIC) afin d'offrir aux citoyens des services interactifs en prétendant que cela coûtera moins cher. Le mythe de ce modèle : un processus qui épargne aux citoyens bien des tracasseries administratives. Ce mythe se développe autour de l'aspect transactionnel du système utilisé. C'est le courant de la simple «réingénierie» gouvernementale, des télé-votes, du télé-renouvellement des permis, etc., où le citoyen n'est qu'un simple client.
Les défis du Québec : créer une administration qui intégrerait les activités des 26 ministères (qui fonctionnent en silo) et les interfaces adaptées aux cultures des utilisateurs de ces services. À ce jour, ce modèle a connu plusieurs échecs : GIRES, santé, éducation, etc.
E-gouvernement
Un gouvernement en ligne gère les affaires de l'État en demandant l'avis des citoyens. Il le fait grâce à des campagnes d'information ou des opérations de consultation (à propos du prochain budget du ministre Yves Séguin, par exemple). C'est un gouvernement qui se veut «à l'écoute des gens», des électeurs en fait, mais qui, à cause de son approche communicationnelle descendante (top-down), décide seul en dernier ressort.
Le mythe de ce modèle : on met tous les services à la disposition de tous les citoyens partout où ils se trouvent. Ce mythe se construit autour de la notion de participation, mais les avis demandés sont surtout destinés à améliorer les relations gouvernants-gouvernés. C'est le courant actuel des sociétés ingénieuses (smart societies), des electronic town meetings, etc.
Les défis au Québec : un tel plan ne peut être développé à partir d'un calendrier de 24 mois, c'est-à-dire entre deux élections, et d'un réseau de communication inégalement distribué, c'est-à-dire favorisant les grandes villes au détriment des régions. Cela exige la création d'un plan d'ensemble à plus long terme, associant peut-être les secteurs public et privé, mais dont l'architecte principal demeure le gouvernement, celui-ci ayant été élu dans ce dessein.
E-démocratie
L'être humain vit dans une démocratie quand tous les citoyens tracent eux-mêmes les contours de leur avenir en participant aux décisions qui les touchent.
Le mythe de ce modèle : c'est un projet réfléchi collectivement, capable de développer une société en harmonie avec elle-même, grâce à l'échange de données devenant connaissances (d'où l'importance grandissante d'Internet). Ce mythe est construit autour d'un dialogue qui permettrait aux participants de s'approprier socialement un territoire; il doit donc utiliser une approche décentralisatrice. C'est le mouvement actuel de la gouverne locale, de la démocratie participative, de l'économie solidaire, des community networks, des smart mobs, des meetup et des moveon.
Les défis au Québec : la démocratie peut difficilement s'épanouir dans un monde où le profit est la seule mesure et où la télévision et la publicité sont contrôlées par les mêmes forces des marchés qui isolent l'être humain, l'empêchant d'entreprendre des activités collectives. L'atomisation actuelle du tissu social par les médias est antidémocratique. Au Québec, la démocratie devra se développer par le truchement de groupes de toutes sortes (collectivités, communautés, villes, quartiers, régions) qui servent d'interface entre les citoyens et l'État. Ces lieux de conscientisation et d'influence de l'opinion publique empêchent les gens de devenir une majorité silencieuse.
Des mythes tenaces
Perdus dans nos batailles quotidiennes, nous nous apercevons peu que ces trois mythes ont existé, sous différents noms, depuis fort longtemps :
* années 50 : la cybernétique et la machine à gouverner (Norbert Wiener);
* années 70 : les réseaux locaux et la télédémocratie (Amitaï Etzioni et Benjamin Barker);
* années 90 : l'Internet et la cyberdémocratie (Alvin Toffler et Howard Reingold).
Lors de la naissance du télégraphe, de la radio et de la télévision, on a imaginé que ces NTIC mettraient tout le savoir à la portée de tous les citoyens et réorganiseraient ainsi l'espace démocratique. Il n'en fut rien par le passé, mais aujourd'hui, qu'en est-il ? [...] Internet servira-t-il de nouvelle pensée magique pour les décideurs ou deviendra-t-il une locomotive pour la transformation de l'État ? [...]
Le développement du Québec 2005 pourrait connaître un échec s'il ne tenait pas compte de la combinaison de trois facteurs : la marginalité des citoyens, l'absence du palier essentiel au développement des consensus (groupes, quartiers, régions) et le peu de transparence actuelle du jeu politique.
Il faut donc cerner les bonnes questions à la base du nouveau type de gouvernement et de l'utilisation des NTIC :
* Quel pourrait être le coût de la non-participation des citoyens ?
* Quels seront les efforts requis en éducation pour harmoniser nos efforts ?
* De quoi sera constitué le Québec multiculturel et multigénérationnel après 2005 ?
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Le bonhomme carnaval n’est pas mort!
Il se promène avec un micro et une caméra!
Daniel Lévesque, Arrondissement Beauport
danlevesque797@hotmail.com
TRIBUNE LIBRE 9 mars 2004
Ça y est! C’est parti! La folle du logis frappe encore. Elle a pris une fois de plus le contrôle des médias. Le scandale? C’est celui par qui le péché arrive, bien sûr! Ce salopard de souverainiste que l’on n'a pas lynché assez haut. Ses pieds touchent le sol. Il respire encore, ce sale écoeurant! La victime? Claude Ryan. Le coupable? Pierre Falardeau.
Farce à part, les mots sont impuissants à décrire tout le dégoût que j’ai eu en lisant ces dépêches fustigeant le coloré cinéaste. Toute la clique des canadiens français de service de TVA pis de Radio-Canada qui ne donnent la parole qu’aux intellectuels, aux universifiés et autre sous-fifres et fédérastes en tout genre dénonçant unanimement. Il s’étaient émus des vers de Péloquin sur la murale de Jordi Bonet au Grand théâtre de Québec dans les années 70, et des jurons de Michel Chartrand. Aujourd’hui, ils s’étonnent et se scandalisent qu’on leur chie la vérité qu’ils doivent maintenant sentir parce que trop cons pour ouvrir les yeux et la voir depuis tout ce temps. C’est vrai qu’ils sont payés cher pour nous geler, ceux-là. Ils ont le mandat de nous enfoncer le Canada dans la gorge ou dans le cul à grand coup de Star Académie insignifiant pis de Bougon de merde. C’est d’ailleurs comme ça qu’on se fait fourrer, mais ça, c’est une autre histoire.
Revenons sur cette puanteur qui émane encore de ces crottés endimanchés qui siphonnent l’argent des contribuables pour mieux les endormir avec... Car c’est précisément de cela dont il est question. D’une vérité que les médias méprisent avec leur air hautain de bien pensant. Petit chien à sa maman! Tout doux! Tout doux! Ils sont les lèches-bottes de cette bande des suceux de graines puant le parfum cher payé à nos frais. Ils ne sont pas riches et beaux pour rien, ces minables vers de terre, ces asticots de luxe. Ils ont été engraissés par ceux pour qui ils parlent. Ce Québec qui paie la facture sans rien dire est le paradis perdu de ces quémandeurs à tous les râteliers. Et c’est cette maudite bande de faux-culs qui veulent aujourd’hui nous faire la leçon? Allez donc tous vous faire voir! Pis le Bloc Québécois avec. Ces ti-clins, politiciens de mes deux, bouffeurs de foie gras, obéissant au curé médiatique. Ils s’étouffent avec la langue qu’ils essaient de défendre en se dissociant de ceux qui rejettent… la langue de bois. Non mais faut-il être assez jaune à votre goût? Bande de minables!
J’aurais bien voulu qu’on me demande mon avis sur les propos de Falardeau! Je vous jure que j’aurais fait passer un mauvais quart d’heure à ces scribouilleurs de calembredaines. J’aurais envoyé paître ces tontons et ces tartares. Non mais quelle hypocrisie! Quand on pense que depuis des années, les souverainistes sont victimes de toutes les saletés les plus immondes dans la région de Québec! Ici, on a tout vu! D’ex-ministres ont même été menacés parce que leur réputation a été irrémédiablement salie par des rumeurs lancées sur la place publique par André Arthur et Jeff Filion. Pourtant, jamais rien de cela n’a fait les manchettes. Contrairement à Claude Ryan, les gens qu’on a salis sont encore en vie et en subissent les conséquences à tous les jours. Quel média s’en émeut? Non! Surveillez bien! Ils iront plutôt courir après Bernard Landry pour savoir s’il se dissocie des propos de Falardeau lui aussi. Ces charognards de la pire espèce sont passés maîtres dans l’art de nier, de dire la moitié de la vérité, de nous mentir, de nous ratatiner et nous culpabiliser. À la fin, on n'aura plus besoin d’eux. On se crachera dessus tous seuls. C’est ça, leur sale job, mettre le bordel chez ceux qui veulent se tenir debout.
Falardeau, c’est Falardeau. L’homme n’a jamais fait dans la dentelle. C’est connu. Il est déjà dans la cave où les fédéralistes nous entraînent petit à petit. Et ça pue là-dedans! Falardeau n’a rien inventé. Et puis après tout, force est d’admettre que tous les goûts sont dans la nature.
Falardeau a une vision manichéenne du combat national. Pour lui vous êtes ami ou ennemi. C’est curieux mais après le vol de la caisse d’assurance chômage et le scandale des commandites, j’aurais tendance à penser qu’au fond, il a peut-être raison. Je ne suis plus tout à fait sûr que les gens qui veulent nous vendre le Canada sont de simples et naïfs adversaires politiques qui nous veulent du bien. Un adversaire politique, ça respecte les contribuables. Tandis qu’eux, ils nous ont volés! Y a pas à dire! C’est notre bien qu’ils veulent...
Je n’aurais pas été jusqu’où Falardeau est allé. Son tempérament nous ferait craindre le pire s’il était le chef de notre police nationale. Mais il en est autrement et tous ceux qui le connaissent savent qu’il n’est pas un mauvais bougre. Au fond il est un peu capitaine Hadock à ses heures. Vous le savez et nous le savons tous. Seuls les journalistes n’étaient pas au courant. Mais entre vous et moi? Si vous aviez à choisir entre sa prose, l’écoeurante hypocrisie des médias et ces fédéralistes voleurs de grand chemin, qui devrait être le premier à être cloué au pilori?

TRIBUNE LIBRE
BANDE DE CAVES !
Bruno Deshaies
bd@rond-point.qc.ca
TRIBUNE LIBRE 9 mars 2004
Le venin de Pierre Falardeau, les états d'âme de Lise Bissonnette et le fond et la forme d'Yves Rocheleau ne sont que des discours. La personnalité de Claude Ryan a peu d'importance en ce qui concerne l'indépendance du Québec. Il est inutile de s'attaquer au messager, si ce dernier est en plus inconscient de son assimilation. Hector Fabre avant lui n'en menait pas plus large. Il était lui aussi un bon CANADIEN. Dans cette lignée, le premier " bon " canadien a été LaFontaine en 1840 et, après lui, le fondateur du journal Le Devoir, Henri Bourassa.
Tout comme ses prédécesseurs, Claude Ryan a des problèmes avec le Canada. Il en sera de même pour ses successeurs, c'est-à-dire pour tous les tenants de "l'inévitable diplomatie à paliers multiples". Une autre trouvaille de nos intellos. Il faut faire table rase de tout cela. La sortie de secours ne viendra pas dans l'ordre du discours qui règne en ce moment au journal Le Devoir. Une ex-ministre péquiste dans une Chaire de recherche du Canada, de quelle façon doit-on la qualifier ? De traître ? D'assimilée ? Ou de... Et une Chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec qui va faire l'étude, entre autres, des " Canadiens français/Québécois face aux guerres ", on dit quoi ?
Comme le Bloc québécois, Le Devoir et nos universitaires restent fidèles à Henri Bourassa sur un point ou sur un autre. Le journal fait le même combat encore aujourd'hui. Il y a des jours où je me rappelle Gérard Filion. Ce n'est pas si mauvais, mais c'est JAMAIS ASSEZ ! Quand parviendrons-nous à dépasser le discours nationaliste subliminal fédéraliste des Québécois ?
Il faut plus qu'un scandale politique pour faire l'indépendance d'un pays. Le programme des commandites, c'est de la petite bière. Chers membres du BQ, attendez de vous attaquer au gros morceau de l'agir-par-soi du Québec et de sa présence au monde sans nation(s) interposée(s) et on en reparlera de la souveraineté. L'expression : " L'indépendance, à défaut de la réforme " comporte une ambiguïté. Cette ambiguïté réside sur la locution prépositive "à défaut de". N'est-ce pas tout le discours des péquistes, partisans inconscients de la " réforme " ? Alors, Claude Ryan dans tout cela ? Un grain de sable !
Tous nos nationalistes souverainistes qui s'éprennent de toutes les causes sociales, humanitaires et ethniques d'ici comme ailleurs ne nous conduiront jamais à l'indépendance du Québec. Que des Lucien Bouchard ou des Bernard Landry assistent aux funérailles de Claude Ryan, ne faudrait-il pas retenir un message de ce geste insensé ? En ces jours d’écoeurement politique, une lecture stimulante comme le livre d’Hélène Carrère d'Encausse, La gloire des nations ou la fin de l'Empire soviétique, pourrait être requinquante pour les souteneurs de l’indépendance du Québec. Elle pourrait même servir de détonateur à des révisions déchirantes. Une telle lecture risque de leur faire voir autre chose que les mythes canadians et les " rêves bleus " des Québécois-Français.
Avez-vous fini de rêver bande de caves ?

TRIBUNE LIBRE
La pourriture de Falardeau
Nestor Turcotte
aristote@ma.cgocable.ca
TRIBUNE LIBRE 9 mars 2004
"Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations : Judas, par exemple, avait des amis irréprochables."
La lecture du «panégyrique» écrit par Pierre Falardeau, suite au décès de Claude Ryan, a fait sursauter bien des indépendantistes, enrager la plupart des fédéralistes, embêté les petits bourgeois bloquistes qui siègent, bien rémunérés, dans le pays qu’ils veulent abandonner, copieusement pensionnés, médusé les péquistes confédéralistes dirigés par Bernard Landry, laissé indifférents la grande majorité des Québécois s’esclaffant devant «Les Bougon», s’éclatant devant les nouvelles vedettes instantanées de Star Académie.
Pourquoi faut-il, diantre, que, dans cette société délabrée, décousue, balafrée, démantibulée, un cinéaste, aussi génial que Falardeau, grassement subventionné par le gouvernement fédéral sur lequel il vomit à gros coups de gueule sur nos écrans de télé, s’en prenne à une personne récemment décédée, contestée et sûrement contestable comme toutes les personnes humaines, et qui dort maintenant, six pieds sous terre, vouée, comme nous tous, et cela très prochainement, à la pourriture et qui, par la force des choses, ne peut pas se défendre devant les diatribes de ses adversaires?
Toute société civilisée s’est vite interrogée à savoir quoi faire avec les morts? Après les avoir inhumés, dans la prière, le chant et parfois la danse, on s’est, unanimement, entendus pour les laisser ensuite «dormir» tranquilles. La plupart des morts partent dans l’indifférence, entrent vite dans l’oubli de quelques personnes qui les ont aimés, parfois adulés. Quelquefois, selon la richesse des héritiers engraissés par le compte de banque du défunt, une stèle indique le passage de cet être humain disparu à tout jamais de ce monde temporel, marque la date de son arrivée sur cette terre, son départ pour le néant ou un monde meilleur.
La logique exige un certain silence devant la mort. La logique veut aussi que l’on ne traîne pas dans la boue, le cadavre de quelqu’un qui vient de quitter cette terre de larmes. La logique veut aussi qu’on n’applaudisse pas le cadavre de quelqu’un que l’on porte en terre, – pourquoi applaudir quelqu’un qui n’est plus là ? – pas plus qu’on le déchire, en mordant à belles dents sur sa dépouille. Le faire, manifeste un manque de civisme profond, un retour à une forme de cannibalisme primitif, à une sorte d’abaissement du cœur de l’homme que je me garderai bien d’étiqueter.
Ainsi donc, Pierre Falardeau, toujours très en colère, poursuit Claude Ryan jusqu’au cimetière. Il lui en veut, parce qu’il a dirigé les forces du NON en 1980 et qu’il a sans doute aidé à la deuxième défaite des souverainistes-confédéralistes de 1995. La colère ou la haine ne poursuit généralement pas ses victimes au-delà du tombeau, car la mort est une épreuve plus grande que celle que la colère ou la haine peut leur réserver. C’est pourquoi, dit le philosophe Aristote, notre colère s’éteint quand ceux que nous voulions châtier ont subi par ailleurs (ce peut être une autre épreuve que la mort) plus de mal que ne leur en eût fait notre colère (Rhétorique, II, ch.3, paragraphe 4).
La mort, disaient les gens du Moyen Âge, est le maximus defectus, la plus grande perte qu’un être humain peut subir. Quand une personne a subi la plus grande perte qui soit, il ne convient pas qu’on cherche à lui en faire subir davantage en s’attaquant à sa personne, à sa mémoire. La colère, cum ratione, empreinte de raison, ne s’élève ni contre les choses – meubles ou portes – ni contre les morts. Il faut laisser ces derniers bien tranquilles. La colère sine ratione, sans raison, dépourvue de raison peut le faire. Mais elle le fait inutilement. Le mort n’étant plus là, il ne peut se défendre. C’est pourquoi, peu importe la qualité du personnage disparu, les humains doivent être sobres dans les commentaires faits sur quelqu’un qui vient de mourir. Il faut éviter, à la fois les éloges démesurées, les condamnations ex cathedra.
Pierre Falardeau affirme que Monsieur Ryan est une «pourriture». Il n’a jamais si bien dit. Il en est une lui aussi. Et chacun de nous en sera une, dans un avenir plus ou moins lointain. La Bible, plus matérialiste, utilisant souvent un langage plus raffiné, même poétique, affirme que chacun est poussière et retournera en poussière. C’est moins vulgaire, moins choquant, mais c’est tout aussi vrai !
Certains croient que la pourriture s’évanouira dans le temps. D’autres espèrent, par leur propre force, renaître dans une corporéité qu’ils se donneront; quelques-uns pensent qu’ils se métamorphoseront par une grâce du Créateur, et cela pour l’Éternité.
Les propos de Falardeau me font penser que chez beaucoup d'hommes, la parole précède la pensée. Ils savent seulement ce qu'ils pensent après avoir entendu ce qu'ils disent. Maintenant que tous ont entendu ce que vous avez dit et que vous avez entendu ce que certains ont dit de vos propos, j’ose croire, cher monsieur, que vous comprendrez que la pourriture n’est pas uniquement dans les autres et qu’il y en a quelque peu dans l’être que vous êtes, dans l’être que je suis. Le combat des purs et des impurs n’est jamais fini et la tentation du manichéisme vous guette comme elle guette ma pauvre personne.
Laissez donc dormir en paix Claude Ryan. La haine que vous avez contre lui vous détruit et détruit la cause que vous défendez. On est en droit d’attendre plus de classe d’un homme qui rêve de faire du Québec un pays libéré de ses chaînes. Un Québec tolérant, accueillant et… libre!
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
COMMUNIQUÉS 9 mars 2004