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»» BIOGRAPHIE DE JACQUES PARIZEAU

Si près du but

La Presse jeudi 1 avril 2004

Nous vous présentons ici le texte du discours de la défaite du camp du OUI écrit par Jean-François Lisée, mais qui n'a jamais été lu par le premier ministre Parizeau. En lieu et place, M. Parizeau a prononcé un autre discours, celui où il évoquait «l'argent et le vote ethnique» comme causes de la défaite du camp du OUI. Ce texte est tiré du troisième tome de la biographie de Jacques Parizeau, Le Régent, écrit par Pierre Duchesne, qui vient d'être publié chez Québec Amérique.



«Un extraordinaire événement s'est déroulé aujourd'hui.

Un peuple s'est levé debout (sic). (1) Un peuple a voulu prendre en main sa destinée. Un peuple a touché son avenir, et il lui a manqué un tout petit souffle, un tout petit élan, pour y arriver.

Vous savez, les Québécois n'ont jamais rien fait comme les autres. Et le monde entier nous regarde ce soir, et le monde entier partage notre tristesse. Si proche, et pourtant si loin.

Mes amis, René Lévesque serait fier de nous ce soir. Il serait fier de vous.

Vous avez créé la plus vaste coalition que le Québec ait connue.

Vous avez fait faire à la souveraineté du Québec un énorme pas en avant. UN ÉNORME PAS EN AVANT.

Aujourd'hui, mes amis, la victoire nous échappe, mais tous les espoirs sont permis. Aujourd'hui, mes amis, le peuple du Québec a donné avis : jamais il n'acceptera autre chose que d'être considéré comme un peuple. Jamais il n'acceptera d'être une province égale et normalisée.

La souveraineté du Québec n'est pas tout à fait née aujourd'hui. Mais le statu quo canadien est définitivement mort.

Je n'ai pas reçu aujourd'hui le mandat de modifier le statut du Québec. Mais je n'ai pas reçu aujourd'hui le mandat de me contenter du statut du Québec.

Si près du but, grâce à vous.

A vous les militants du Parti québécois, le navire amiral de la coalition du changement. Sans vous, rien n'aurait été possible. Mme Monique Simard, merci. Merci à vous et à toute votre équipe.

À vous les militants du Bloc québécois et de l'Action démocratique, à vous les partenaires qui avez donnez (sic) du coffre et de la diversité à cette coalition.

À vous les dizaines de milliers de Québécois qui avez participé avec votre coeur et votre tête à la plus grand (sic) campagne de conviction que nous ayons connue.

A vous les membres du caucus québécois, et les membres du Conseil des ministres.

Je devrais les nommer tous, je n'en nommerai que quelques-uns. Camille Laurin, qui était à nos côtés quand personne n'y croyait. Pauline Marois et Guy Chevrette, qui ont donné leur sensibilité et leur fougue à cette campagne.

Et Bernard Landry, qui a fait une campagne exemplaire. Merci.

Merci aussi aux deux autres chefs du camp du changement: M. Lucien Bouchard et M. Mario Dumont, qui ont formé avec nous une équipe sans pareille.

Ce soir, mes amis, plusieurs seront tristes, à bon droit.

Mais si nous n'avons pas emporté la victoire, nous ne pouvons pas parler d'échec.

Nous pouvons parler d'une équipe, l'avant-dernière, sur le chemin de notre indépendance.

M. Lévesque nous avait dit : à la prochaine. Il a fallu attendre quinze ans.

Aujourd'hui, je sais que le temps ne sera pas aussi long. Ce soir, je sais qu'aucun peuple ne mérite davantage un pays que les Québécois.

C'est pourquoi ce soir, je sais que notre avenir est à portée de la main.

Je vous invite à inventer, dès demain, la nouvelle route qui nous mènera à notre pays.

Merci. »

1. Ce texte de M. Lisée a été écrit rapidement dans les minutes qui ont précédé le début du discours du premier ministre. C'est ce qui explique qu'il comporte quelques fautes que l'éditeur a soulignées par la mention «sic».



»» BIOGRAPHIE DE JACQUES PARIZEAU

Les ravages de l'ambition

Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 1 avril 2004

Selon le biographe, Landry «ne cesse de répéter à Parizeau qu'il vient de faire reculer le mouvement souverainiste de vingt ans».

L'ambition. Le désir du pouvoir. Être chef, quitte à détrôner le chef élu. Tuer le père, dirait Freud, pour prendre sa place... Ces puissantes émotions retrouvent une fois de plus leur place dans notre actualité politique.

Voyez Paul Martin, à Ottawa, qu'un « putsch » patiemment fomenté a enfin mené au trône. Voyez ce que raconte Pierre Duchesne, dans le troisième tome de l'excellente biographie qu'il a consacrée à Jacques Parizeau, à propos de Bernard Landry, l'homme qui voulait tant devenir premier ministre.

***

Nous sommes au lendemain du discours dévastateur du premier ministre Parizeau sur l'«argent et les votes ethniques». Accablé par la défaite, M. Parizeau songe à démissionner. Ses conseillers sont divisés sur le sujet.

C'est Bernard Landry qui mènera la charge, avec ce que des témoins qualifient de cruauté inouïe. Il l'appelle dès le mardi matin : «Si vous ne démissionnez pas, je demande votre démission !» Puis l'inonde de reproches au cours d'une réunion du comité des priorités.

«C'est terrible ! Le monde entier va nous regarder et dire que c'est un nationalisme ethnique ! On ne sera plus montrables ! Qu'avez-vous fait là?» Selon le biographe, Landry «ne cesse de répéter à Parizeau qu'il vient de faire reculer le mouvement souverainiste de vingt ans». Parizeau, qui a littéralement donné sa vie à ce mouvement, encaisse le coup sans mot dire.

(Ironiquement, le justicier venait lui-même d'être accusé d'avoir tenu des propos xénophobes le soir du référendum. il aurait apostrophé une réceptioniste qui s'était adressée à lui en anglais en lui demandant agressivement si elle était contente que le « non » ait gagné.)

L'anecdote prend ensuite une tournure presque pathétique. Landry a beau proclamer que Bouchard a le devoir de «rester à Ottawa», il sait bien, comme tout le monde, que c'est le chef du Bloc qui va succéder à Parizeau.

Alors - ici c'est Parizeau qui parle à son biographe - «Landry me fait passer des messages par toutes sortes de canaux et il me supplie de démissionner (tout de suite) pour lui laisser réaliser le rêve de sa vie qui est de devenir premier ministre, ne serait-ce que pour quelques mois à peine, parce qu'il voit bien Lucien Bouchard arriver.»

M. Parizeau assumera lui-même l'intérim jusqu'à l'arrivée de Bouchard.

La supplique de Landry était, comme le signale M. Parizeau, «enfantine et ridicule», mais elle illustre bien jusqu'à quel point le désir du pouvoir peut rendre l'homme semblable à l'enfant.

***

Je n'ai pas eu le temps de lire ce troisième tome au complet, mais au fil des pages, je suis tombée sur d'autres révélations intéressantes. Ainsi sur la scène touchante où Parizeau accepte le sacrifice ultime que lui propose, sondages en mains, son conseiller Jean Royer: pour la seconde moitié de la campagne référendaire, il accepte de s'effacer derrière Lucien Bouchard. On imagine la pièce, au premier étage de la maison de la rue des Braves où les deux hommes ont une conversation courte mais déterminante. L'émotion de Royer, assénant ce coup terrible à l'ego de l'homme à qui il doit tout. La dignité pudique et retenue de Parizeau, qui se contente de dire : «Monsieur Royer, vous dites à Monsieur Bouchard que je l'appelle demain matin pour lui offrir officiellement cette fonction et lui dire que ça va.»

Pierre Duchesne décrit très bien l'euphorie qui s'est emparée des chefs du camp du Oui à la veille du scrutin. Euphorie dangereuse qui expliquera bien des ratés, à commencer par le fait que personne n'avait pensé à recouvrir d'une toile la vitre qui exposait Parizeau et son brain trust à tous les regards des gens (et des caméras) massés au Centre des congrès, durant cette soirée fatidique. Pire, personne, parmi cet aréopage de gens brillants, n'avait prévu la possibilité d'une défaite ! D'où l'impact démesuré du choc, qui allait précipiter Parizeau dans la dérive verbale.

Au hasard des pages, autre anecdote incroyable. Parizeau voulait que Pierre Bourgault, le fougueux tribun indépendantiste, participe à la campagne, dans l'espoir qu'il réussirait à mobiliser les jeunes.

Encore furieux d'avoir été délogé de son poste de conseiller quelques mois auparavant, Bourgault somme Parizeau de venir chez lui. Le premier ministre se prête à la requête, et continue de mettre son orgueuil sous le boisseau - la cause, toujours la cause - en se laissant patiemment accabler de reproches.

La rencontre ne donnera rien car Bourgault posait une exigence inacceptable: il voulait apparaître sur les mêmes tribunes, et sur un pied d'égalité, avec les trois chefs du Non ! Cela, au mépris du fait qu'il ne représentait personne alors que les trois autres étaient des élus et des chefs de parti ! Encore et toujours le désir du pouvoir...



»» Les lendemains du référendum de 1995

Landry nie avoir contraint Parizeau à démissionner

Simon Boivin
Le Soleil jeudi 1 avril 2004

Il n'a fait que conforter l'ex-PM dans sa décision

Bernard Landry assure qu'il n'a fait que conforter Jacques Parizeau dans sa décision de démissionner au lendemain du référendum de 1995 et qu'il l'aurait appuyé s'il avait choisi de rester.

En point de presse, hier, M. Landry a nuancé certains passages du livre Le Régent, le troisième tome d'une biographie non autorisée de Jacques Parizeau écrite par le journaliste Pierre Duchesne.

Ces derniers jours, la version rapportée par les médias voulait que M. Landry ait lancé un ultimatum à M. Parizeau pour qu'il quitte le navire après l'épisode de l'argent et du vote ethnique. Il lui aurait demandé de démissionner sans quoi il en ferait la demande publiquement.

Mais, selon le chef du Parti québécois, lorsque Parizeau a rencontré ses principaux ministres, le jour suivant la victoire du NON, il avait déjà pris sa décision. L'entrevue sous embargo accordée par M. Parizeau à Radio-Canada dans laquelle il annonçait sa démission advenant une défaite référendaire le prouve, croit M. Landry. "À la table, M. Parizeau a dit qu'il s'en allait et nous a demandés ce que nous en pensions, affirme M. Landry. Si je lui avais dit de rester, je l'aurais trahi parce qu'après 25 ans de camaraderie, je ne peux pas lui dire qu'il est bon, qu'il reste, quand je pense le contraire."

D'après le chef de l'opposition officielle, les ministres Guy Chevrette et Jean Campeau étaient aussi en faveur du départ de Monsieur. Louise Harel, elle, aurait préféré qu'il reste après s'être excusé. M. Landry dit avoir ajouté, à l'intention du chef péquiste de l'époque : "Vous êtes maître de la situation, si vous restez, je vous supporte."

Pendant toutes ces années passées aux côtés de M. Parizeau, Bernard Landry estime que la seule chose "vraiment tragique" qui se soit produite a été la fameuse déclaration du 30 octobre1995. Une "catastrophe", souligne-t-il. "Mais, pour le reste, il n'a jamais diminué dans mon estime."

M. Landry assure n'avoir jamais eu vent de la possible création en 1991 d'un nouveau parti politique provincial par un Lucien Bouchard ulcéré par le PQ, tel qu'écrit dans Le Régent. "Je n'avais jamais entendu parler de ça et puis, quand j'en ai entendu parler, j'ai vu le lendemain le démenti", affirme M. Landry.

En effet, plus tôt cette semaine, l'ex-président du Mouvement Desjardins, Claude Béland, a nié avoir affirmé au journaliste Pierre Duchesne que M. Bouchard l'avait approché pour être à la tête de ce nouveau parti. Toutefois, après que M. Duchesne eut menacé de rendre public l'enregistrement de sa conversation avec M. Béland, ce dernier a changé sa version et reconnu à La Presse avoir eu de "simples discussions" sur le sujet.

Bris de contrat

Le chef de l'opposition officielle est revenu sur le budget déposé mardi par le ministre Yves Séguin, rien de moins qu'un "bris de contrat". L'augmentation des tarifs, a-t-il répété, ne sera jamais contrebalancée par les mesures d'aide aux familles ou les réductions d'impôt.

La hausse des frais de garde, d'électricité, de transport, des médicaments coûtera en moyenne 850 $ de plus aux familles québécoises, alors que les mesures d'aide leur retourneront en moyenne 310 $, clame le critique en matière de finances, François Legault.

M. Legault estime également que le Parti libéral nuit à sa position de négociation en réduisant les impôts alors qu'il demande plus d'argent à Ottawa.

SBoivin@lesoleil.com



»» RÉSISTANCE INTESTINE

Élections fédérales au printemps :
Des libéraux craignent la défaite

Joël-Denis Bellavance
La Presse jeudi 1 avril 2004

Ottawa - Le premier ministre Paul Martin souhaite toujours déclencher des élections au printemps malgré des sondages défavorables, mais il fait face à une résistance certaine de plusieurs de ses députés, qui craignent une défaite.

Ces députés ont invité M. Martin à la plus grande prudence hier à l'occasion de la réunion hebdomadaire du caucus libéral au moment même où les dirigeants libéraux dévoilaient une série de messages télévisés qui présentent le premier ministre en train de discuter de certains enjeux importants tels que l'éthique, la santé et l'éducation, autour d'une table en compagnie de gens ordinaires.

Mais selon des informations obtenues par La Presse hier, le premier ministre n'a donné aucun indice à ses troupes qu'il avait l'intention d'attendre à l'automne malgré les craintes de certains députés, notamment ceux qui représentent des circonscriptions rurales du Québec et de l'Ontario.

" Il y a des députés, surtout ceux qui viennent des régions, qui ne veulent pas d'élections au printemps et ils l'ont fait savoir au premier ministre. C'est compréhensible. Ils ont peur de perdre leurs sièges ", a confié hier un député libéral sous le couvert de l'anonymat.

Mesures favorables

Ces députés souhaiteraient que le gouvernement annonce certaines mesures à saveur économique favorisant le développement régional avant que le premier ministre ne convoque les électeurs aux urnes afin d'obtenir son tout premier mandat comme chef du Parti libéral.

" Le scénario d'élections au printemps est celui qui est toujours envisagé ", a confié hier un stratège libéral. En vertu de ce scénario, M. Martin dissoudrait le Parlement le 25 avril en prévision d'un scrutin le 31 mai afin de respecter la durée minimale d'une campagne de 36 jours prévue par la loi.

Le lieutenant de Paul Martin au Québec, Jean Lapierre, qui est candidat dans la circonscription d'Outremont, a d'ailleurs indiqué hier que le premier ministre attendra vraisemblablement après le congé pascal avant de faire son choix de manière définitive. À pied d'oeuvre 18 heures par jour, sept jours sur sept depuis qu'il a confirmé au début de l'année qu'il effectue un retour en politique, M. Lapierre a confié à La Presse hier que sa mission est de s'assurer que la machine électorale du Parti libéral est bien rodée pour un scénario d'élections au printemps.

" En bout de piste, il reviendra au premier ministre de décider de la date des élections. C'est une décision qu'il devra prendre en solitaire au 24, Sussex ", a déclaré M. Lapierre.

Les députés de l'Ontario se sont réunis mardi soir afin de discuter de l'état de préparation des élections. Les députés du Québec en ont fait autant le même jour afin de discuter des principaux enjeux de la campagne dans la province et de trouver des moyens de couper l'herbe sous le pied du Bloc québécois. Enfin, le comité chargé de rédiger le programme électoral doit remettre le fruit de ses efforts à M. Martin au plus tard le 13 avril.

Les libéraux ont perdu 10 points dans les intentions de vote depuis que la vérificatrice générale Sheila Fraser a déposé son rapport dévastateur le 10 février. Si des élections avaient eu lieu la semaine dernière, les libéraux auraient dû se contenter d'un gouvernement minoritaire puisqu'ils n'auraient obtenu que 38 % des voix contre 27 % aux conservateurs, 15 aux néo-démocrates et 10 % au Bloc québécois, selon un sondage Ipsos-Reid.

Désirant renverser la vapeur, M. Martin continuera de sillonner le pays au cours des prochains jours. Aujourd'hui, il entame une tournée de deux jours de certaines régions de la Colombie-Britannique. La semaine prochaine, il visitera les régions rurales de l'Ontario avant de se rendre dans les villes de Matane, Rimouski et Rivière-du-Loup au Québec.

Les ministres du Québec feront également une tournée de la province la semaine prochaine, début d'un congé parlementaire de deux semaines, dans l'espoir de faire remonter les appuis des libéraux dans les sondages.

Messages télévisés

Les messages télévisés mettant en vedette Paul Martin ont aussi commencé à envahir les ondes de la télévision française et anglaise hier pour une durée de deux semaines. En tout, quatre publicités de 30 secondes ont été produites en anglais et cinq en français, dont l'une est une conversation de deux minutes entre M. Martin et des gens ordinaires. L'un des messages aborde de front la question de l'éthique au sein du gouvernement depuis l'éclatement du scandale des commandites.

" Pour qu'un gouvernement ait la confiance de sa population, la transparence est complètement cruciale. C'est pour cela que dans toute la question des commandites, je vais aller au fond des choses et puis on va donner la vérité aux Canadiens et aux Canadiennes ", affirme M. Martin dans cette publicité.

" On va changer la façon de faire à Ottawa. Et ça, ça veut dire restructurer la façon que le gouvernement surveille ses fonctionnaires, ça veut dire donner la liberté aux fonctionnaires de pouvoir dénoncer lorsqu'ils voient des abus et ça veut dire être ouverts ", ajoute-t-il.

Le Parti conservateur a tourné en dérision ce battage publicitaire des libéraux. " Il faudra plus que 30 secondes pour faire oublier les 11 années de compressions sociales, de négligence et de fausses promesses du premier ministre ", a affirmé le chef conservateur Stephen Harper.



»» Le scandale des commandites

Le scandale des commandites fait mal aux libéraux de Paul Martin

Denis Lessard
La Presse jeudi 1 avril 2004

Québec - Congédiements des présidents de société d'État, commission d'enquête et engagements solennels de faire maison nette; rien n'y fait. Les Québécois désapprouvent la façon dont Paul Martin gère la crise des commandites.

Dans sa plus récente enquête faite pour le compte de La Presse, la maison CROP observe que, désormais, 53 % des Québécois se disent insatisfaits " de la façon dont le premier ministre Paul Martin gère la crise engendrée par le scandale des commandites ". Inversement, dans ce sondage mené du 18 au 29 mars auprès de 1004 personnes, seulement 36 % des Québécois s'estiment " très ou plutôt satisfaits " de la réplique que le premier ministre fédéral a offert au scandale. Onze pour cent des répondants étaient sans opinion.

Cette lecture, précise à trois points de pourcentage près, n'est pas une bonne nouvelle pour Paul Martin qui, à la fin de février, avait une meilleure note pour son contrôle du dérapage du programme controversé. À ce moment, 49 % des gens étaient insatisfaits de la réaction de M. Martin à la crise, tandis que 43 % étaient satisfaits de sa gestion.

Le sondage survient pourtant après bien des gestes importants du gouvernement Martin. Le licenciement des présidents Michel Vennat (BDC), Marc LeFrançois et Jean Pelletier (VIA Rail) n'ont pas renversé la vapeur, pas plus que le budget de Ralph Goodale, survenu en pleine période d'enquête. Ce sondage prend aussi la température de la population après la comparution de l'ex-ministre Alfonso Gagliano, et de quelques fonctionnaires qui l'ont contredit, devant le comité des comptes publics à Ottawa.

Le scandale des commandites continue à colorer toutes les données recueillies par CROP sur la politique fédérale. Cette semaine, pas moins de 61 % des Québécois se disaient " plutôt ou très insatisfaits " du gouvernement Martin- 29 % de très insatisfaits- comparativement à 34 % de satisfaits.

" C'est un niveau d'insatisfaction élevé surtout si on tient compte du fait qu'il y a quelques semaines à peine, le gouvernement Martin tenait le haut du pavé ", observe le spécialiste de CROP, le vice-président Claude Gauthier. Chez les 35-54 ans, l'insatisfaction oscille entre 66 et 64 % des répondants.

Même chez ceux qui ne veulent pas déclarer leur intentions de vote, 61 % des gens sont insatisfaits de la performance du gouvernement Martin.

M. Martin fait meilleure figure que son gouvernement avec 45 % d'insatisfaits contre 38 % de répondants satisfaits- 17 % sont sans opinion. " Le blâme paraît jeté surtout sur l'administration libérale, M. Martin s'en tire un petit peu mieux ", observe M. Gauthier. Aussi, on peut faire un lien entre l'insatisfaction à l'endroit de M. Martin et l'ensemble du dossier des commandites.

Inversement, le chef bloquiste Gilles Duceppe obtient un appui très net: 48 % des répondants sont satisfaits de son travail, contre 30 % qui le désapprouvent. Un francophone sur deux approuve M. Duceppe.

Le Bloc québécois obtient un appui impressionnant. Pas moins de 61 % des Québécois estiment que la " présence du Bloc sur la scène fédérale " est " justifiée ", " dans le contexte politique actuel ".

En dépit du problème des commandites, Paul Martin demeure le chef politique fédéral en qui les Québécois font le plus confiance pour diriger le Canada. M. Martin obtient 38 % d'appuis contre 10 % pour le conservateur Stephen Harper et 6 % pour le néo-démocrate Jack Layton. Les aspirants au leadership tory maintenant écartés, Belinda Stronach et Tony Clement, obtenaient respectivement seulement 3 % et 1 % d'appuis.

En revanche, lorsqu'il s'agit de " défendre les intérêts du Québec ", Gilles Duceppe est le premier choix de 40 % des Québécois, contre 26 % pour M. Martin, qui obtient ses meilleurs scores chez les gens de plus de 55 ans et les allophones.

Balayage bloquiste

Aussi, des élections fédérales tenues entre le 18 mars et le 29 mars auraient-elles donné lieu à un balayage du Bloc québécois, un pronostic maintenu sondage après sondage depuis presque deux mois maintenant.

Le PLC bénéficie d'une légère remontée, passant de 32 à 35 % des intentions de vote, après répartition proportionnelle des indécis. La baisse du Bloc québécois est similaire, de 48 % à 45 %. Mais selon M. Gauthier, cette remontée du PLC reste modeste et ne signifie pas que le gouvernement Martin est sorti de son cauchemar des commandites. " La descente semble s'être arrêtée, c'est ce qu'on peut dire ", résume le spécialiste, pour qui M. Martin devra sûrement attendre d'autres sondages avant de décider de lancer ses troupes sur le sentier de la guerre.

Son score de la fin de mars représente la moyenne de sa performance dans l'ensemble des quatre enquêtes CROP tenues depuis le dépôt du rapport accablant de Sheila Fraser. L'avance du Bloc apparaît plus clairement quand on observe l'électorat francophone, qui appuie à 53 % le parti de Gilles Duceppe, contre un maigre 30 % au PLC. " Cela donnerait un balayage du Bloc en dehors des habituels bastions libéraux ", estime M. Gauthier. Même à Montréal, où historiquement les libéraux sont forts, le parti de M. Martin est à égalité avec le Bloc, à 39 %.

Globalement, le Bloc québécois est monté de 33 à 45 % depuis le scandale des commandites tandis que le PLC passait de 51 à 35 % d'appuis.

Aussi, c'est sans surprise qu'on observe que les supporteurs du PLC et des conservateurs ne sont pas pressés d'aller aux urnes. Dans l'ensemble, 45 % des répondants estiment que M. Martin doit attendre l'issue de l'enquête sur les commandites avant d'appeler les Canadiens aux urnes. Huit pour cent croient qu'il devrait le faire dès maintenant et 38 % estiment que le scrutin devrait être tenu avant le 21 juin. Ces données n'ont guère changé depuis le début du scandale des commandites.

Quand on gratte un peu les tableaux statistiques, on observe que les répondants libéraux et conservateurs sont les moins pressés d'aller aux urnes, tandis que les bloquistes souhaiteraient se trouver déjà en campagne. " Les conservateurs veulent avoir le temps de s'organiser, mais les libéraux sentent que la soupe est chaude, et qu'il serait dangereux d'y aller maintenant ", observe M. Gauthier.

Sur la volonté de changement, qui avait scellé le sort du gouvernement Landry l'an dernier, CROP observe que 48 % des répondants voudraient changer de gouvernement tandis que 39 % estiment qu'il vaut mieux continuer avec le gouvernement Martin.



»» Le scandale des commandites

Si ce n'est toi, c'est donc ton frère...

Vincent Marissal
La Presse jeudi 1 avril 2004

Lors des dernières élections fédérales, en 2000, les libéraux de Jean Chrétien avaient profité de la vague d'insatisfaction à l'égard des fusions municipales du gouvernement péquiste pour talonner les bloquistes et même les battre dans au moins trois circonscriptions.

Peu importe que la décision avait été imposée par le gouvernement provincial, les fédéraux n'allaient certainement pas se priver d'un si bel argument pour mettre tous les souverainistes dans le même panier. " Vous ne pouvez pas voter pour les candidats du Bloc québécois, disaient les libéraux aux électeurs, regardez ce que leurs frères péquistes font de la démocratie dans vos villes. "

Évidemment, les bloquistes n'avaient rien à voir dans les fusions, à part le fait d'être les alliés naturels des péquistes sur le front souverainiste. Mais les batailles électorales font généralement peu de place aux nuances et les bloquistes ont payé pour les décisions des péquistes. Bref, comme le dit la fable de La Fontaine, si ce n'est toi, c'est donc ton frère.

Avec ce douloureux épisode encore bien frais à l'esprit, c'est avec un plaisir sadique que les bloquistes rendent aujourd'hui la monnaie de leur pièce aux fédéralistes. À la veille de la campagne électorale, l'occasion est trop belle, surtout après cette terrifiante expérience de mort imminente qu'ils ont vécue dans les sondages l'automne dernier.

Profitant de l'indignation des Québécois contre les libéraux fédéraux et de leur grande insatisfaction à l'égard du gouvernement Charest, les souverainistes font tout ce qu'ils peuvent pour associer systématiquement les libéraux fédéraux et provinciaux en vue de la prochaine campagne électorale.

La stratégie concertée du Bloc et du Parti québécois est particulièrement transparente ces jours-ci. En parcourant les hebdos régionaux, on se rend compte que les députés des deux partis souverainistes utilisent exactement les mêmes citations (au mot près) préparées par les experts en communication de leur parti pour dénoncer les budgets de Ralph Goodale et d'Yves Séguin. La stratégie est évidente: associer Paul Martin et Jean Charest.

" La bataille en règle promise par Jean Charest n'a pas eu lieu. Paul Martin a fait fi des besoins du Québec ", écrivait la semaine dernière le caucus des députés péquistes de la région de Lanaudière, des mots repris textuellement par plusieurs députés bloquistes.

Même offensive concertée entre bloquistes et péquistes depuis 48 heures contre le budget Séguin. Selon les souverainistes, le gouvernement Charest ne peut respecter ses promesses électorales parce qu'il est incapable de convaincre son grand frère fédéral de lui remettre une plus grande partie de ses surplus.

Scandale des commandites, propagande antisouverainiste, déséquilibre fiscal, colère des syndicats, sous-financement de la santé, Paul Martin, Jean Charest, allez hop! tous les libéraux dans le même panier. Tout ce qui est fédéraliste est mauvais pour le Québec.

Un peu simpliste, direz-vous avec raison, mais ça fonctionne. Ça fonctionne même très bien si on en croit les sondages au Québec. À preuve, cette surprenante remontée de l'option souverainiste dans le sondage CROP-La Presse publié aujourd'hui. Si on posait aujourd'hui la question référendaire de 1995, un Québécois sur deux, selon CROP, voterait OUI. Bien sûr, il n'y a pas de référendum à l'horizon, ce n'est donc pas très impliquant de dire OUI en ce moment dans un sondage, mais tout de même, l'option souverainiste n'a pas été aussi en vogue depuis le 30 octobre 1995. Ce n'est pas nécessairement une tendance en faveur de la souveraineté, mais c'est certainement un signe de rejet massif des leaders fédéralistes. Curieux, tout de même, quand on pense qu'il y a deux mois à peine, Paul Martin promettait de rapprocher Ottawa de Québec.

À preuve aussi ce surprenant score de 48 % de satisfaction à l'endroit du chef bloquiste Gilles Duceppe. Un résultat qui s'explique davantage par la débâcle de Paul Martin que par une soudaine apparition de charisme chez M. Duceppe.

Ces résultats ne seraient pas si alarmants pour les libéraux fédéraux si leur chef avait réussi à limiter les dégâts causés par le scandale des commandites, mais c'est tout le contraire. Malgré les commissions d'enquête, les congédiements spectaculaires, les réformes, le grand ménage, un budget et l'omniprésence de Paul Martin dans les médias, les libéraux sont toujours en retard d'une dizaine de points sur le Bloc. Pis encore, un plus grand nombre de Québécois se disent aujourd'hui insatisfaits de la façon dont Paul Martin gère la crise des commandites par rapport au mois dernier. Voilà de quoi inquiéter sérieusement les stratèges libéraux qui ont tout misé sur la popularité du chef.

De toute évidence, Paul Martin ne pourra pas compter sur les libéraux de Jean Charest pour remonter la pente puisque plus de deux Québécois sur trois se disent insatisfaits du gouvernement Charest. Malgré quelques rapprochement isolés, les libéraux de Paul Martin disent depuis des semaines déjà qu'il serait trop dangereux pour eux de se coller à leur frères provinciaux.

Les troupes de Paul Martin devront donc faire la guerre seules au Québec. Elles ont lancé hier une campagne publicitaire télévisée de leur chef, après quoi ses principaux lieutenants sillonneront le Québec pour tenter, encore une fois, de faire passer le message.

Dans l'intervalle, Jean Lapierre présentera une brochette de candidats libéraux ayant quitté le mouvement souverainiste pour tenter de démontrer que le Parti libéral de Paul Martin est une maison accueillante pour les Québécois de toute allégeance.

Chez les libéraux, on parle toujours d'élections ce printemps (le 31 mai). Mais sondage après sondage, le temps et les munitions commencent à manquer.



»» Le budget Séguin

Les perdants du budget

Francis Vailles
La Presse jeudi 1 avril 2004

Le budget du ministre des Finances, Yves Séguin, a été relativement généreux pour certains groupes, hier, en particulier les assistés sociaux, les petits salariés et les familles. D'autres ont été laissés pour contre. Voici un aperçu des perdants ou des oubliés du budget Séguin.

Les célibataires

Les célibataires sans enfant sont les éternels oubliés de la saison des budgets, tant au fédéral qu'au provincial. Cette année, aucune mesure directe du budget provincial n'est destinée à ce groupe de contribuables, sauf si le revenu annuel du célibataire est de moins de 14 810 $.

En fait, l'une des mesures pourraient en satisfaire certains, mais en réalité, elle ne vise pas ce groupe, mais davantage une catégorie de travailleurs. Il s'agit de la fusion des régimes d'imposition général et simplifié. Actuellement, les contribuables doivent choisir entre l'une et l'autre des deux déclarations de revenus. Durant la saison des impôts 2006, ils n'auront plus à faire ce choix, puisque les deux déclarations auront été fusionnées (pour 95 % des contribuables).

En vertu du nouveau régime d'imposition unique, tous pourront bénéficier de la somme complémentaire de 2925 $, qui n'est actuellement disponible que dans le régime simplifié. La beauté du nouveau système, c'est que les particuliers pourront en plus bénéficier des crédits d'impôt qui ne sont actuellement disponibles que dans le régime général.

Le régime unique avantagera les professionnels qui paient d'importantes cotisations, comme les avocats et les notaires. Les cotisations syndicales aussi pourront être déductibles. Pour bien des avocats, l'économie d'impôt serait de plus de 200 $. Cela dit, qu'un avocat soit célibataire ou non ne changera rien au gain d'impôt. Et le nouveau régime n'est pas un pactole: en moyenne, on parle d'un gain de 87 $ par contribuable.

Chose certaine, le budget ne change strictement rien au célibataire qui n'a essentiellement que des revenus d'emplois et des revenus d'intérêts à déclarer et qui, par conséquent, utilise actuellement le régime simplifié.

Les retraités

Le budget Séguin ne change pas davantage la santé financière des retraités. " Rien de plus, rien de moins ", dit à ce sujet Stéphane Leblanc, fiscaliste de la firme comptable Ernst & Young. Évidemment, le gouvernement indexe les tables d'impôt au rythme de l'inflation, mais encore une fois, tous bénéficient de cette indexation.

Les investisseurs boursiers

Les investisseurs relativement actifs dans le monde du placement sont touchés par le budget. Désormais, ils ne pourront plus déduire les frais nécessaires pour faire des investissements lorsque ces frais dépasseront les revenus réalisés par les placements. Parmi les frais, mentionnons les intérêts sur les emprunts pour effectuer le placement, les frais de gestion des placements, les honoraires des conseillers en placement, etc.

Le gouvernement permet toutefois de reporter la déduction des frais. Cette mesure lui fera économiser 8 millions de dollas en 2004-2005 et 28 millions l'année suivante.

Les entrepreneurs

Selon Stéphane Leblanc, plusieurs entrepreneurs sont également touchés par ce plafonnement des frais pour réaliser des revenus de placement. En effet, nombre de ces entrepreneurs font un emprunt personnel pour investir dans leur entreprise naissante. Comme cette entreprise ne leur verse pas de dividendes avant plusieurs années, ils ne pourront plus déduire les intérêts de l'emprunt, estime M. Leblanc.

Le fiscaliste fait également valoir que l'abandon du congé fiscal de cinq ans n'aidera pas les entrepreneurs. Avant le budget, les nouvelles entreprises bénéficiaient, pendant cinq ans, d'un congé total d'impôt sur le revenu, de taxe sur le capital et de cotisations au Fonds des services de santé.



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Québec demande encore plus à la SAQ

Hélène Baril
La Presse jeudi 1 avril 2004

La Société des alcools du Québec (SAQ) a augmenté le prix de ses produits la veille du budget Séguin et pourrait bien avoir à le faire encore, parce que c'est à elle que le ministre des Finances demande le plus gros effort cette année.

Québec s'attend à un profit net de 601 millions de dollars pour la SAQ en 2004-2005, ce qui représente une augmentation de 6,7 % par rapport à ses résultats de l'exercice précédent. Les contributions attendues des deux autres vaches à lait, Hydro-Québec et Loto-Québec, sont comparativement plus modestes: moins de 1 % d'augmentation des profits pour Hydro et une hausse de 1,86 % pour Loto-Québec.

Pour l'exercice financier qui commence, les attentes du ministre des Finances sont beaucoup plus modestes que pour celui qui vient de finir. Il faut dire que le ministre a finalement dû se contenter de seulement 513 millions sur les 695 millions qu'il avait demandés à ses trois sociétés d'État pour l'aider à équilibrer son budget de 2003-2004.

Ni la SAQ, ni Loto-Québec, ni même Hydro-Québec n'ont été capables d'atteindre l'objectif fixé l'an dernier par le ministre des Finances, si on se fie aux chiffres publiés dans les documents budgétaires.

Malgré tout ce qu'a pu dire son président André Caillé, Hydro-Québec a " livré " 104 millions de moins que les 600 millions attendus. Les profits d'Hydro pour la période avril 2003 à avril 2004 seront de 2,026 milliards, alors qu'Yves Séguin avait prévu 2,130 milliards.

Ces chiffres incluent le premier trimestre de l'exercice financier d'Hydro-Québec qui se terminait hier et qui n'ont pas été rendus publics. Ils peuvent donc varier un peu mais ils donnent une bonne idée de la réalité, a indiqué hier une porte-parole de la société d'État, Elyse Proulx.

La contribution de Loto-Québec a également été inférieure de 71 millions aux prévisions du budget de l'an dernier. Les profits nets de Loto-Québec ont été de 1,393 milliard, à peine plus que pour l'exercice précédent.

Même la SAQ, qui avait pourtant prévu pouvoir atteindre l'objectif gouvernemental, a raté la cible de 7 millions. Ses profits des 12 derniers mois ont été de 563 millions alors que les attentes étaient de 570 millions. Cette année, par contre, le ministre Séguin attend 601 millions de la SAQ, soit 38 millions de plus.

Vente de Noverco

Au total, le ministre des Finances attend 4,8 milliards des sociétés d'État. C'est 21,4 % de plus que l'an dernier mais l'essentiel de cette augmentation doit provenir de la vente d'éléments d'actif appartenant à ces entreprises.

Il est question qu'Hydro-Québec vende sa participation de 47 % dans Noverco (Gaz Métropolitain), une transaction qui pourrait rapporter gros. Hydro a payé 355 millions pour Noverco en 1997 et cette participation vaut aujourd'hui plus du double au prix du marché.

L'association entre Hydro et Gaz Métro n'a jamais donné les fruits promis par André Caillé et Thierry Vandal, qui voulaient pénétrer le marché américain et devenir un acteur majeur du secteur énergétique.

" Enfin, il y a quelqu'un qui s'est aperçu qu'Hydro-Québec n'avait rien à faire dans le gaz naturel ", a commenté Jean-Marc Pelletier, le représentant du syndicat des chercheurs de l'Institut de recherche d'Hydro-Québec, une filiale de la société d'État. Selon lui, Hydro n'a jamais pu justifier cette transaction.

Hydro avait racheté la part détenue par une autre société d'État, la Soquip, ce qui avait aidé le gouvernement de l'époque à boucler son budget de l'année. Si elle se concrétise, la vente de cette participation servira encore une fois aux mêmes fins.



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Pour la réingénierie, il faudra attendre encore un peu

François Normand
Les Affaires samedi 3 avril 2004

Le budget Séguin s'attarde plus aux mesures sociales qu'à la refonte du rôle de l'État dans l'économie

Voilà, nous y sommes. Après en avoir parlé pendant un an, le gouvernement Charest s'apprête à revoir le rôle de l'État dans l'économie.

Pour l'instant, le premier vrai budget du ministre des Finances, Yves Séguin, s'attarde surtout à des mesures sociales, notamment à l'égard des familles à faible revenu.

Si, pour l'instant, l'exercice ne révolutionne pas les activités du gouvernement, la précarité des finances publiques et la publication au cours des prochaines semaines du Plan d'action 2004-2007 pour moderniser l'État ne laissent guère de doute quant à ses intentions.

"Le gouvernement n'a pas le choix", dit le fiscaliste Yvon Cyrenne. Même son cloche du côté de Clément Gignac, économiste en chef, premier vice-président et stratège à la Financière Banque Nationale. À moins d'une "hausse substantielle" des transferts fédéraux en matière de santé, dit-il, Québec devra réduire la taille de l'appareil gouvernemental pour ne pas tomber en déficit en 2005-2006.

Le ministre des Finances prévoit d'ailleurs à ce moment un manque à gagner de 1,6 milliard de dollars (G$). Pour le présent exercice (2004-2005), M. Séguin présente un budget équilibré.

Dans cette optique, il demande aux sociétés d'État de vendre "certains de leurs actifs" pour une valeur de 880 M$.

Par exemple, la Société immobilière du Québec, qui possède et gère le parc immobilier du gouvernement, pourrait se défaire de certains bâtiments.

On peut aussi penser à la Société générale de financement du Québec (SGF), qui pourrait vendre ses participations dans certaines entreprises, telles Domtar ou Saputo.

Hydro-Québec pourrait aussi être mise à contribution. Une rumeur persistante veut que la société d'État cède sa participation dans Noverco, qui contrôle Gaz Métro. Mais le ministre des Finances a refusé d'infirmer ou de confirmer cette information.

Par ailleurs, comme prévu, la SGF devra recentrer sa mission. "Elle continuera d'appuyer des projets privés d'investissement important au Québec, mais devra réduire le niveau de ses prises de participation", a indiqué M. Séguin. Le gouvernement veut aussi que la SGF, qui dispose d'un portefeuille de placements de 2,9 G$, ait une gestion plus rigoureuse.

Elle pourrait ainsi faire des bénéfices et les réinvestir, ajoute le ministre, "sans que de nouvelles mises de fonds des contribuables soient nécessaires".

Les sociétés Innovatech sont également en transition. Le portefeuille de la société Innovatech du Grand Montréal sera vendu, selon ce qu'a appris le journal LES AFFAIRES. Pour les autres Innovatech, les placements seront transférés dans d'autres fonds.

Précisément, Québec utilisera les mises de fonds des Innovatech comme levier pour attirer des capitaux privés. Les libéraux souhaitent recourir davantage aux formules de partenariats public-privé pour accroître l'offre de capitaux.

Québec crée aussi un nouveau fonds de 300 M$, le Fonds d'intervention économique et régionale. Le gouvernement y injectera 200 M$, alors que le Fonds de solidarité de la FTQ mettra 50 M$, le Fondaction (CSN) 25 M$, et Capital régional et coopératif Desjardins 25 M$ supplémentaires.

Québec abolit aussi FAIRE, un programme de financement de projets d'investissement industriel au Québec. Il le remplace par un nouveau programme d'appui aux investissements stratégiques doté d'une enveloppe de 75 M$ sur trois ans.

francois.normand@transcontinental.ca

Le budget Séguin en bref

> Déficit zéro en 2004-2005;
> Hausse de 5,1 % du budget de la santé à 20,1 milliards de dollars (G$);
> Augmentation de 2,7 % de celui de l'éducation, soit un total de 11,8 G$;
> Majoration de 0,5 % des dépenses des autres ministères;
> Réduction du fardeau fiscal des contribuables de 1 G$, mais à compter de janvier 2005;
> Redéfinition du rôle de la SGF, des sociétés Innovatech et d'Investissement Québec;
> 550 M$ pour le soutien aux enfants, plus abolition de la TVQ sur les couches;
> 240 M$ pour la Prime au travail pour les travailleurs à faible revenu;
> 220 M$ pour l'ensemble des contribuables, tout en simplifiant le régime fiscal;
> 75 % des entreprises ne paieront plus de taxe sur le capital;
> Appui au développement des regions par la création d'un nouveau fonds de 300 M$;
> Aide aux muncipalités par la création de la Corporation de financement des infrastructures locales;
> 329 M$ pour le logement social;
> Respect des engagements à l'égard de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale;
> Resserrement des dépenses fiscales et plan d'action vigoureux pour contrer l'évasion fiscale;
> Levée du moratoire sur le Régime d'investissement coopératif (RIC) et bonification du régime.



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Dommage

Gérard Bérubé
Le Devoir jeudi 1 avril 2004

Perspectives - Le gouvernement Charest a fait son nid. Le développement structurant de l'économie du Québec est laissé au bon soin du secteur privé. Québec n'a plus d'argent à consacrer à un développement économique qui, au demeurant, relègue toute contribution en fonds publics, quelle qu'elle soit, au rang de la dépense. Dommage pour la SGF, dommage pour le rapport Brunet.

Un ménage devait être fait dans ce qui était devenu un dédale de structures et une nébuleuse de programmes. Un repositionnement des engagements de l'État était nécessaire. Le verdict est tombé dans le deuxième budget du ministre Yves Séguin. Et il est glacial. Il n'est plus question de revoir la façon de faire de l'État. Et fini ce rôle d'appui, en partenariat avec le privé. En clair, le développement économique, qu'il soit structurant ou pas, qu'il s'insère dans une opération de démarchage sur la scène internationale ou non, n'est désormais qu'une affaire de bon vouloir du secteur privé. Pour l'État, tout fonds public ainsi engagé est tout sauf un investissement. Il n'est que pure dépense ou perte et doit être inscrit au passif, à la dette. Sans aucune autre nuance.

Sous le titre d'«Engagements coûteux», le ministre des Finances a fait grand état mardi des ratés de l'interventionnisme du gouvernement précédent. Des ratés qui avaient trois lettres (SGF) pour emblème tellement la perte provenant de la Société générale de financement est omniprésente dans les états financiers présentés.

Certes, le gouvernement précédent en était arrivé à viser dans toutes les directions. Cité du multimédia, Cité du commerce électronique, Centres locaux de développement, Zones franches, plan d'accélération des investissements publics, programme FAIRE, Innovatech, SGF... Selon les chiffres officiels, il y en avait pour 13 milliards de dollars d'engagements, dont 2,1 milliards déjà consentis et près de 11 milliards à venir, lorsque les libéraux ont pris le pouvoir. Mais l'essentiel de ces engagements à venir prend plutôt la forme de congés fiscaux. Quant aux sommes versées, le gros - soit 1,7 milliard - a été canalisé vers la SGF et les Innovatech. Et l'on retient que «ces mises de fonds n'ont pas procuré les résultats attendus. Les pertes qui ont dû être inscrites dans les livres du gouvernement de 1997-98 à 2003-04 s'élèvent à 1,03 milliard, soit 60 % des mises de fonds réalisées».

Les chiffres sont gros, sur papier. Et si l'on fait exception de Magnola, ils reflètent, pour l'essentiel, une conjoncture boursière particulièrement difficile entre mars 2000 et mars 2003, qui s'est traduite par la réévaluation à la baisse - parfois plus forte que nécessaire - des placements en portefeuille et par l'inscription de pertes théoriques, sur papier.

Mais la taille des chiffres retenus sert à justifier cette décision de stopper l'interventionnisme et de couper les injections aux Innovatech et à la SGF. Cette dernière devra dorénavant vivre par ses propres moyens, à même le roulement de ses 2,9 milliards de dollars en portefeuille. Et contribuer en même temps aux 880 millions que Québec entend comptabiliser cette année sous la forme de vente d'actifs.

Quant aux premières, 300 des 400 millions de dollars ont été dirigés vers Innovatech Montréal. Il ressort que son portefeuille sera vendu à des intérêts privés et que l'argent ainsi dégagé - entre 150 et 200 millions - viendra appuyer l'offensive régionale de Québec, avec cette mise sur pied du Fonds d'intervention économique régional. Le FIER doit reposer sur une enveloppe de 300 millions, le tiers venant du Fonds de solidarité FTQ, de Fondaction et de Capital régional et coopératif Desjardins.

Voilà pour la comptabilité des choses. Des dépenses, uniquement des dépenses, qui deviennent un passif, qui s'ajoutent à la dette. Quant au volet investissement? Les 300 millions injectés dans Innovatech Montréal entre 1992 et 2002 ont servi à créer 35 000 emplois et 220 entreprises en haute technologie dans la grande région de Montréal.

Pour la SGF, le 1,3 milliard engagé a contribué à la création de 56 000 emplois, directs et indirects, entre l'élargissement du mandat de la société d'État, en 1997-98, et 2002. Tout cela réparti entre 221 projets reposant sur des investissements totaux de 10,6 milliards, ayant donné naissance à deux grandes filières (l'une dans la pétrochimie et l'autre en biotechnologie) et comptant sur un réseau de 65 partenaires internationaux répartis dans 16 pays.

Avec ce poids dans les investissements manufacturiers, dans la création d'emplois et dans la croissance économique du Québec, on peut estimer que cette intervention de la SGF a généré des retombées économiques qui ont permis au gouvernement d'ajouter quelque 1,8 milliard dans ses coffres en cinq ans.

Ce sont 500 millions de plus que sa mise de fonds dans une société qui, par surcroît, dispose présentement d'un portefeuille de 2,9 milliards, constitué de placements dont la valeur est dégonflée sur papier.

Mais on met la hache dans tout cela et on s'en tient aux quelques échecs pour dénoncer cette façon de faire que les concurrents commerciaux du Québec imitent. On ne retient plus cette formule pourtant stratégique et reconnue comme telle, dans ses principales lignes du moins, dans le rapport du groupe de travail présidé par Pierre Brunet. Tout cela pour ne conserver que des interventions ciblées en région, entreprise par entreprise. Là où le capital de risque sous toutes ses formes est pourtant bien présent mais où les bons projets sont peu nombreux.

Nécessaire mais suffisant?



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Un budget imaginatif, mais qui n'est pas sans risques

Jean-Paul Gagné
Les Affaires samedi 3 avril 2004

Éditorial - C'est un budget imaginatif, un brin accrocheur, mais qui n'est pas sans risques, qu'a présenté mardi le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin.

On y voit une volonté de réforme de la gestion de l'administration gouvernementale, mais il faudra attendre quelques semaines avant de connaître le plan d'action du gouvernement sur la modernisation de l'État.

Le budget de l'exercice 2004-2005 est en équilibre, certes, mais le ministre sait déjà qu'il devra résoudre une impasse financière de 1,6 milliard de dollars (G$) pour l'exercice qui suivra. M. Séguin promet néanmoins de respecter l'engagement de son gouvernement de continuer à réduire les impôts des particuliers de 1 G$ par année.

De toute évidence, le ministre compte sur une aide du fédéral (le premier ministre Paul Martin a promis de réinvestir dans la santé) et sur l'impact positif sur les dépenses de la réingénierie du gouvernement, que pilote sa collègue, Monique Jérôme-Forget. Celle-ci devra toutefois mener à bien le renouvellement des conventions collectives des employés de l'État, une opération qui se fait généralement dans la douleur.

Le présent budget en suit deux autres qui se sont soldés par un déficit, soit de 694 M$ en 2002-2003 et de 364 M$ en 2003-2004 malgré la loi qui l'interdit. On explique en partie ces déficits par les mauvais résultats de la Société générale de financement.

L'atteinte de l'équilibre en 2004-2005 sera réalisée grâce à des ventes d'actif de 880 M$ et à une croissance contrôlée de 2,9 % des dépenses budgétaires, ce qui est bien inférieur à la croissance de l'économie (environ 4,5 % en 2004 et en 2005 en termes bruts). Ce taux de croissance des dépenses provient de l'augmentation des budgets de la Santé (+ 5,1%, soit 1 G$), de l'éducation (+ 2,7%) et des autres ministères (+ 0,5%). Une si faible croissance des dépenses de ces derniers ministères signifie que les budgets de plusieurs d'entre eux diminueront sensiblement. L'ensemble des dépenses de programmes représente maintenant 17,3 % du produit intérieur brut, une nette amélioration sur les années précédentes (c'était 22,8 % du PIB en 1992-1993).

Comme c'est le cas depuis plusieurs années, le gouvernement n'a pu, malgré la soi-disant politique du déficit zéro, freiner notablement la croissance de sa dette totale, qui est passée de 111,4 G$, au 31 mars 2003, à 114,8 G$ au 31 mars 2004. Cette dette absorbe 13,7 % des revenus de l'État. L'augmentation de la dette en 2003-2004 en suivait une autre de 4,2 G$ l'année précédente.

Autre difficulté, le ministre des Finances devra bientôt s'attaquer au déficit accumulé des établissements de santé, qui est de l'ordre de 1 G$ et qui ne fait partie ni des dépenses présentées mardi, ni de la dette accumulée à ce jour.

Pour éloigner le risque d'une décote du crédit du gouvernement, le ministre des Finances planifie une croissance moindre de la dette au cours des prochaines années. Celle-ci devrait atteindre 117 G$ au 31 mars 2005 et 119 G$ au 31 mars 2006.

Malgré une situation financière très serrée, le ministre a présenté un ensemble de mesures qui devraient permettre d'atténuer le mécontentement des citoyens à l'endroit du gouvernement.

Une réforme de l'aide fiscale à la famille avec enfants permettra de leur verser 547 M$ nets annuellement à compter du 1er janvier 2005. Toutes les familles en profiteront, mais les versements (on enverra des chèques à chaque trimestre) diminueront avec le niveau des revenus. Ce programme, appelé "soutien aux enfants", remplace les programmes actuels. Des primes au travail sont introduites pour aider le retour au travail des bénéficiaires de l'aide sociale. Le logement social bénéficiera d'une aide de 329 M$.

Des crédits d'impôt sont accordés pour soutenir l'investissement dans certaines régions et pour favoriser le retour des jeunes. On crée également un fonds d'investissement en région de 300 M$, dont 200 M$ viendront du gouvernement, le reste provenant des fonds de travailleurs et de Capital coopératif et régional Desjardins, qui pourra à nouveau vendre des actions au public.

Pour les PME, l'exemption de la taxe sur le capital est portée de 600 000 $ à 1 M$ (75 % des entreprises n'en paieront plus).

Bref, voilà un budget serré financièrement, qui plaira à plusieurs clientèles et qui mise sur des facteurs favorables pour son équilibre.

jean-paul.gagne@transcontinental.ca Éditeur



»» Le déséquilibre fiscal

Vérités et contre-vérités à propos du déséquilibre fiscal

Joseph Facal
Professeur à HEC Montréal et ancien président du Conseil du trésor du Québec
Les Affaires samedi 3 avril 2004

Y avait-il quelque chose de plus tristement prévisible que l'impuissance rageuse d'Yves Séguin dénonçant cette semaine le déséquilibre fiscal entretenu depuis des années par Ottawa ? Toutes les provinces canadiennes, sauf l'Alberta, termineront l'année avec des déficits, alors que le gouvernement central enregistrera son septième surplus consécutif, malgré les scandaleux gaspillages des commandites, du registre des armes à feu et tant d'autres. À moins de supposer que les provinces furent toutes mal gérées en même temps, on ne peut que conclure que les seuls à nier le déséquilibre fiscal sont ceux qui trouvent leur intérêt à le faire.

On se tue à répéter des évidences. Tant que les provinces n'auront pas accès à des sources de revenus à la hauteur de leurs responsabilités, le secteur des soins de santé se financera de plus en plus sur le dos de l'éducation, de l'environnement, des transports, de la culture, sans pour autant fournir de meilleurs soins à nos concitoyens. Quand comprendra-t-on que le déséquilibre fiscal est un engrenage maintenu en place pour faire des gouvernements provinciaux les exécutants dociles des volontés centralisatrices d'Ottawa ?

La stratégie fédérale est d'une simplicité aveuglante. En assumant les dépenses les plus faciles à contrôler, en refilant aux provinces celles qui explosent et en réduisant de façon draconienne ses transferts, Ottawa place ces dernières dans une situation de dépendance chronique. Il a beau jeu de lancer ensuite des programmes dans leurs champs de compétence ou de leur imposer ses conditions en échange d'un réinvestissement au compte-gouttes. Si ce n'est pas du chantage, on se demande ce que c'est.

Aucun des arguments de ceux qui nient le déséquilibre fiscal ne tient la route. On dit que si les provinces manquent de revenus, elles n'ont qu'à augmenter l'impôt sur le revenu. Mais il faudrait pour cela que le gouvernement central baisse son impôt d'un montant égal aux besoins des provinces pour ne pas alourdir un fardeau fiscal global déjà à la limite du supportable.

Il est vrai que les revenus totaux des provinces sont supérieurs à ceux du gouvernement central. On oublie d'ajouter que leurs dépenses sont aussi plus élevées parce que leurs responsabilités sont beaucoup plus lourdes. En 2000-2001, les provinces recevaient 56 % des revenus perçus par les deux ordres de gouvernement contre 44 % pour le gouvernement central. Mais les provinces devaient aussi assumer 63 % des dépenses de programmes totales des deux niveaux contre 37 % pour Ottawa. Comme la santé est à la charge des provinces, cet écart est condamné à se creuser.

Dans un régime qui serait authentiquement fédéral, les responsabilités de chaque gouvernement seraient clairement définies dans la Constitution. Chacun serait autonome dans ses champs de juridiction et disposerait des sources de revenus lui permettant d'exercer ses compétences. Rien de tout cela n'existe au Canada, qui fonctionne depuis des années comme un État unitaire sans constitution.

Le plus triste est que pendant que notre ministre des Finances se débat dans la fosse aux lions, ses collègues prêtent main-forte aux libéraux fédéraux, et Jean Charest essaie de nous faire croire que Paul Martin sera plus accommodant cet été. À tort, nos concitoyens ne voient dans tout cela qu'une querelle de chiffres sans intérêt, ce qui fait parfaitement l'affaire d'Ottawa, qui profite de cette indifférence pour avancer ses pions. Quand le Québec n'aura plus les moyens de la moindre autonomie, il sera trop tard pour s'en plaindre et regretter de n'avoir rien fait.

lesaffaires.redaction@transcontinental.ca



»» représentation proportionnelle

Le Canada doit réformer son mode de scrutin

Manon Cornellier
Le Devoir jeudi 1 avril 2004

La Commission du droit plaide pour l'intégration d'une forme de représentation proportionnelle

L'adoption d'un mode de scrutin proportionnel mixte représente une étape essentielle vers une véritable réforme démocratique et le gouvernement fédéral devrait envisager de l'adopter, soutient la Commission du droit du Canada dans un rapport rendu public hier.

«La réforme du système électoral devrait constituer une priorité sur la scène politique. Bien qu'elle ne soit pas une panacée qui permettrait de remédier à tous les maux politiques du pays et de redonner toute sa vigueur à notre démocratie, la réforme électorale est une étape nécessaire et essentielle à l'amélioration de la démocratie au Canada», écrit cette commission.

Le premier ministre Paul Martin a fait de la réforme démocratique un thème central de sa campagne au leadership et du discours du Trône, mais son projet se limite à la revalorisation du rôle des députés. La réforme du mode de scrutin n'en fait pas partie.

«La réforme parlementaire est une bonne chose, mais ce n'est pas suffisant. Il ne faut pas seulement changer la façon de fonctionner de la Chambre mais aussi qui peut s'y retrouver», a noté en entrevue la présidente de la Commission du droit du Canada (CDC), Nathalie Des Rosiers.

La CDC estime que la représentation proportionnelle mixte représente une solution pour corriger autant que possible les distorsions du système uninominal à un tour actuellement en vigueur. Depuis dix ans, le taux de participation aux élections ne cesse de diminuer. Plus inquiétant aux yeux de Mme Des Rosiers est la déconnexion entre les citoyens et les élus, le sentiment que les votes n'ont pas le même poids et que plusieurs sont carrément perdus. Les minorités, les femmes, les jeunes et les autochtones ne s'y reconnaissent pas et ont peu de moyens d'améliorer leur représentation.

Le système actuel fait aussi en sorte qu'un parti peut obtenir une solide majorité parlementaire avec une minorité de votes. Un parti à forte concentration régionale se retrouve récompensé alors qu'un autre comptant des appuis à travers tout le pays peut être pénalisé. Les petits partis n'apparaissent nulle part.

En 1993, par exemple, le Parti conservateur n'a récolté que deux sièges avec 16 % des voix alors que le Bloc et le Reform ont respectivement fait élire 54 et 52 députés avec 13,5 et 18,7 % des votes. Les libéraux, eux, ont formé un gouvernement majoritaire avec 41 % des voix.

Le système que la CDC aimerait voir en mettre en place pour les élections de 2007 ou 2008 est inspiré des modèles écossais et néo-zélandais. Il prévoit un nombre de sièges à peu près équivalent au nombre actuel mais les divise en deux catégories. Les électeurs auraient donc deux choix à faire: d'abord celui de leur député local, au moyen d'un système uninominal à un tour, comme à l'heure actuelle, puis celui d'un parti auquel serait attribué, en fonction du pourcentage de votes obtenu et du nombre de comtés remportés dans une province, un nombre particulier de sièges supplémentaires. Les députés ainsi choisis devraient figurer sur une liste établie avant le scrutin.

Un parti qui aurait par exemple récolté 40 % des voix dans une province mais arraché un nombre de comtés inférieur à 40 % du total des sièges disponibles recevrait le nombre de sièges supplémentaires à même le bassin de sièges accordés sur une base proportionnelle. Presque tous les partis pourraient avoir des députés de toutes les régions.

Le rapport reconnaît que la représentation proportionnelle mixte pourrait fortement accroître les possibilités de gouvernement minoritaire. Cela aurait par exemple été le cas en 2000. Avec seulement 41 % des voix exprimées, le Parti libéral aurait obtenu 144 sièges au lieu de 172, comparativement à 71 pour l'Alliance au lieu de 66, 33 pour le PC au lieu de 12, 32 pour le Bloc au lieu de 38 et 24 pour le NPD au lieu de 13.

Les auteurs relèvent qu'il y a certains avantages à un gouvernement minoritaire et que ceci n'est pas toujours synonyme d'instabilité politique: à preuve, les cas de l'Allemagne et la Nouvelle-Zélande. De plus, notent-ils, les atouts du système proposé l'emportent largement sur les inconvénients. On obtiendrait, disent-ils, un reflet plus fidèle de la volonté de la population, une diversification des points de vue représentés au Parlement, une diminution des clivages régionaux, une meilleure représentation des minorités grâce au système de listes...



»» Le budget Séguin

Plus d'attention pour la techno à Ottawa qu'à Québec

Jérôme Plantevin
Les Affaires samedi 3 avril 2004

Budget pour budget, celui du gouvernement fédéral se montre plus généreux pour la R-D et la technologie en général. Pour aider à décortiquer ces énoncés complexes, les AFFAIRES dressent ici le portrait des principales mesures prévues pour les secteurs de la recherche, de l'innovation, de la biotechnologie et des technologies de l'information par les ministres des Finances du Canada et du Québec, Ralph Goodale et Yves Séguin.

Les interventions d'Ottawa en 2004

> 565 M$ pour la nouvelle Agence de la santé publique du Canada.
> 250 M$ pour la Banque de développement du Canada (BDC), dont 100 M$ en investissements directs dans les nouvelles technologies, 100 M$ pour la création de fonds spécialisés dans des technologies de pointe et 50 M$ en capital de risque pour les compagnies innovatrices en démarrage. De plus, 20 M$ sur deux ans sont aussi prévus pour soutenir les sociétés prometteuses dans les secteurs de l'agriculture et de l'agroalimentaire.
> 200 M$ pour Technologies du développement durable du Canada, une fondation indépendante qui appuiera la mise au point de technologies environnementales, dans le cadre des politiques de réduction des gaz à effet de serre.
> 90 M$ de plus aux Instituts de recherche en santé du Canada, au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et au Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
> 60 M$ de plus pour Génome Canada pour renforcer entre autres la recherche sur l'étude du code génétique humain.
> 25 M$ sur cinq ans pour les ministères et les organismes fédéraux à vocation scientifique qui cherchent à améliorer leurs activités de commercialisation de la recherche.
> 20 M$ de plus pour les hôpitaux et les universités pour financer leurs frais indirects de recherche. Ces derniers se voient également confier 50 M$ sur cinq ans pour accroître leur capacité de commercialisation.
> 5 M$ par année au Programme d'aide à la recherche industrielle.
> Mise en place d'un système électronique d'appels d'offres du gouvernement pour les entreprises qui font une demande de marché public.
> Augmentation de 30 à 45 % du taux de la déduction pour amortissement applicable aux ordinateurs et au matériel connexe. Le taux pour le matériel d'infrastructure pour réseaux de données passera quant à lui à 30 % par rapport à 20 % auparavant.

Les interventions de Québec EN 2004

> Maintien du crédit d'impôt R-D, qui sera dorénavant à l'abri de tout nouveau resserrement.
> Amortissement sur cinq ans plutôt que sur sept ans pour les ordinateurs, les technologies Internet et le matériel d'infrastructure pour réseaux de données.
> Octroi de crédit d'impôt de 40 % sur les salaires versés dans la mariculture et les biotechnologies marines dans les régions.
> Possibilité de réclamer 50 % des dépenses engagées auprès des centres collégiaux de transfert technologique.
> Bonification et simplification de l'aide fiscale relative à la réalisation d'activités dans un Centre de développement des biotechnologies (CDB). Toutes les sociétés qui réaliseront des activités dans le domaine des biotechnologies dans un CDB pourront désormais bénéficier des trois crédits d'impôt remboursables, soit celui sur les salaires, celui relatif à l'acquisition ou à la location du matériel spécialisé admissible et celui relatif à la location ponctuelle d'installations spécialisées admissibles.
> Hausse à 50 % du taux du crédit d'impôt remboursable pour services d'adaptation technologique. Ces crédits servent à appuyer les petites entreprises dans la collecte et le traitement de l'information stratégique, ainsi que dans leurs démarches de collaboration de recherche et d'innovation. Le volet du crédit d'impôt remboursable pour services d'adaptation technologique visant l'information concurrentielle est toutefois aboli.
> Modification de la taxe payée par les exploitants d'un réseau de télécommunications. À partir de 2005, cette taxe ne sera plus calculée en fonction du revenu qui provient de l'exploitation de ce réseau, mais en fonction de la valeur nette des actifs faisant partie du réseau. Cette taxe variera de 0,70 % à 18 % selon la valeur des actifs.
> Abolition du congé fiscal de 5 ans des nouvelles sociétés.
> Augmentation du plafond du capital de risque : le Fonds de solidarité de la FTQ pourra collecter 100 M$ de plusque l'an dernier, soit 700 M$; le plafond du Fondaction de la CSN passe de 80 à 100 M$; et celui de Capital régional coopératif Desjardins est porté de 75 à 100 M$.
> Création d'un fonds d'intervention économique régional de 300 M$ pour soutenir le démarrage et le développement d'entreprises en région. Le Fonds de solidarité FTQ contribuera 50 M$, Fondaction 25 M$ et Capital régional coopératif Desjardins 25 M$.
> Création d'un Programme d'appui stratégique à l'investissement de 75 M$ qui remplacera le programme FAIRE.

SOURCES : Ministères des Finances du Canada et du Québec

jerome.plantevin@transcontinental.ca



»» Le budget Séguin

Le docteur devenu politicien

Michel David
Le Devoir jeudi 1 avril 2004

Dans les jours qui suivent la présentation du budget et des prévisions de dépenses du gouvernement, on assiste à une série de conférences de presse qui permettent aux divers ministres d'expliquer comment ils comptent utiliser l'enveloppe budgétaire qui leur a été accordée.

Ce n'est évidemment pas un hasard si le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a été le premier à le faire. Bien sûr, il s'agit du plus gros poste budgétaire, mais, plus encore, c'est sur sa performance dans ce domaine que Jean Charest entend être jugé à la fin de son mandat.

La mission de M. Couillard était donc de dissiper autant que faire se peut la désagréable impression selon laquelle le gouvernement a déjà manqué à son engagement le plus important en n'ajoutant au budget de la santé que la moitié des sommes promises avant les élections du 14 avril dernier.

Hier matin, M. Couillard a déclaré qu'«en son âme et conscience», il avait le sentiment d'avoir tenu parole. À défaut de le jurer sur une bible, c'est la plus forte assurance qu'il pouvait donner.

M. Couillard a joué gros. La crédibilité est ce qu'un homme politique possède de plus précieux. Une fois perdue, on la retrouve très rarement. Celle de M. Couillard est également un des rares atouts que les libéraux détiennent encore. Si les Québécois pensent qu'il leur a menti, l'opprobre rejaillira sur tout le gouvernement.

Personne n'avait cru M. Couillard en décembre dernier quand il avait prétendu bonifier la promesse faite par le PLQ en présentant un projet de loi qui créait un poste de commissaire à la santé et au bien-être, qui relèvera directement de lui plutôt que de l'Assemblée nationale. Heureusement, le sujet semblait d'un intérêt secondaire pour la grande majorité des électeurs.

***

Cette fois-ci, la question est au coeur des préoccupations de l'opinion publique. Tout le monde, sauf apparemment M. Couillard, avait interprété le programme libéral comme un engagement à investir 2,2 milliards en 2004-05. Jamais il n'avait été question de comptabiliser les sommes investies l'an dernier.

Il s'agit d'ailleurs d'une interprétation toute récente du ministre. Après le budget de juin 2003, il avait expliqué que le gouvernement ne commencerait à tenir ses engagements qu'à compter de 2004-05. Sa vis-à-vis péquiste, Louise Harel, qu'il avait vivement impressionnée à son arrivée, a bien vu la faille dans l'armure. Qui faut-il croire, lui a-t-elle demandé hier: le bon docteur qui débarquait à l'Assemblée nationale ou le politicien libéral qu'il est devenu depuis?

Qu'elles soient exprimées en pourcentages ou en chiffres absolus, il est également faux de prétendre que les sommes additionnelles accordées au secteur de la santé constituent un «effort inégalé», comme le ministre l'a soutenu.

On peut le comprendre de ne pas avoir claironné que l'argent promis n'était pas au rendez-vous, mais à partir du moment où on lui posait la question, il aurait mieux valu jouer franc jeu. Sauf qu'il aurait été difficile de justifier que le ministre des Finances maintienne la fiction des baisses d'impôt.

C'est le même problème avec le projet d'une caisse-santé, que M. Séguin n'a fait qu'effleurer dans son budget, renvoyant la discussion aux forums régionaux qui se tiendront au cours des prochains mois. Peu importe ses modalités, la création d'une caisse particulière pour financer les services de santé se traduira par un alourdissement du fardeau fiscal. Or les libéraux ont promis des baisses d'impôt à chaque année de leur mandat. Qu'elles soient réelles ou imaginaires, il serait assez curieux d'annoncer une baisse et une hausse d'impôt dans le même budget.

***

Certains ont noté que la belle sérénité, pour ne pas dire la jovialité, qu'avait affichée M. Couillard au cours des mois suivant les élections du 14 avril est plus fréquemment assombrie par des mouvements d'impatience ou des attaques partisanes qu'il semblait trouver superflues auparavant.

Faut-il y voir les premiers symptômes du syndrome de Rochon? Très rapidement, l'ancien ministre péquiste avait perdu son bel enthousiasme en découvrant que, parallèlement à sa réforme, son gouvernement s'était lancé dans une vaste opération de rationalisation budgétaire qui lui avait coupé les ailes.

Hier, M. Couillard se disait toutefois très satisfait de la part du budget qui lui a échu. À l'époque, M. Rochon aussi en était venu à nier l'existence d'un sous-investissement chronique dans le système de santé, qui était pourtant criant aux yeux de tous.

Personne ne demandait à M. Couillard de blâmer son collègue des Finances. Au contraire, le ministre de la Santé aurait pu devenir son plus sûr allié dans sa croisade pour mettre fin au déséquilibre fiscal. Un sondage de Léger Marketing réalisé en janvier dernier révélait que l'un et l'autre jouissaient d'une plus grande popularité que Jean Charest auprès des Québécois.

Le problème est que c'est M. Charest qui est premier ministre et que l'indignation que suscite chez lui la pingrerie d'Ottawa semble assez limitée. Chaque fois que M. Séguin pique une crise, son chef s'empresse de mettre un bémol.

Il y avait un passage un peu curieux dans le discours sur le budget de mardi. Le ministre des Finances y annonçait que «notre premier ministre participera activement aux discussions avec ses homologues sur le financement de la santé».

C'est sans doute une excellente nouvelle d'apprendre que M. Charest va faire son travail, mais c'est un peu comme si M. Séguin cherchait lui-même à s'en convaincre.

mdavid@ledevoir.com



»» Le budget Séguin

Une fédération bancale

Michel Vastel
Le Soleil jeudi 1 avril 2004

Chronique politique - Il y a quelque chose de révoltant à voir les ministres provinciaux des Finances racler les fonds de tiroir pendant qu'à Ottawa on jette l'argent par les fenêtres. Et s'il faut en plus supporter les sarcasmes de Jean Chrétien sur les "erreurs administratives" de son gouvernement...

Le hasard a voulu que cinq provinces présentent leur budget. Plus que jamais, c'est le temps de dire : "Quand je me regarde, je me désole, et quand je me compare, je me console..."

D'est en ouest en effet - et une demie-heure plus tôt à Terre-Neuve ! - , l'effet domino du déséquilibre fiscal a fait tomber les mauvaises nouvelles. À Terre-Neuve, où, en passant, le taux de chômage est de 16,4 %, le gouvernement conservateur n'a pu éviter le déficit, même après avoir annoncé l'élimination de 4000 postes de fonctionnaire, ou 13 % de sa fonction publique. Pour mettre cela en perspective, disons que cela représenterait près de 10 000 mises à pied au Québec.

À l'Île-du-Prince-Édouard aussi on retourne au déficit, malgré une hausse d'à peu près toutes les taxes sur l'essence, les cigarettes, et même les parties de golf ! Au Nouveau-Brunswick, le gouvernement de Bernard Lord a évité de justesse un retour au déficit, mais en déclenchant la guerre aux fonctionnaires : leurs salaires sont gelés ! Et en Saskatchewan, il a fallu hausser d'un point, à 7 %, la taxe de vente.

Et ce n'est pas fini : on prévoit un déficit de l'ordre de cinq à six milliards de dollars en Ontario. En Colombie-Britannique, la situation est tellement catastrophique que la province commence à dépendre de la péréquation.

Il doit bien y avoir quelque chose de mal foutu dans cette fédération où 8 provinces sur 10 dépendent de la richesse de deux autres pour boucler leurs budgets ou limiter les déficits ! Paul Martin a beau nier l'existence d'un déséquilibre fiscal, il n'est guère plus crédible que lorsqu'il assure qu'il n'était pas au courant des sommes fabuleuses que Jean Chrétien consacrait à la sauvegarde de l'unité nationale.

Meanwhile in Ottawa... Chaque rapport de la vérificatrice générale souligne, en plus de malversations comme celles qui ont eu cours au Programme de commandites, que ce ne sont pas seulement les fonds qui débordent du Trésor fédéral, mais aussi la façon inappropriée dont ils sont dépensés. Dans certains cas, il s'agit même de fonds consacrés à des secteurs, de compétence provinciale, où le gouvernement fédéral n'a pas lieu de se trouver... Et en plus, il dépense mal ou il gaspille !

Le milliard de dollars volatilisés dans les livres du ministère du Développement des ressources humaines, le milliard et demi de dollars engouffrés dans un Registre national des armes à feu, ce sont des sommes qui auraient dû être remises aux provinces. Plus proches des clientèles concernées, elles s'en seraient certainement mieux tirées que les bureaucrates d'Ottawa.

Pierre Elliott Trudeau, dont il faut toujours saluer la mémoire lorsqu'on s'empêtre dans les arcanes des relations fédérales-provinciales, définissait ainsi le vrai fédéralisme fiscal : "La somme des richesses du fisc canadien doit être divisée entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux de telle manière que chacun puisse s'occuper, comme il l'entend (c'est Trudeau qui souligne !), de la partie du bien commun qui relève de lui..."

Un sain fédéralisme nous épargnerait de voir un premier ministre du Canada faire campagne sur l'intégrité ou la survie du régime de santé publique. Ou de voir un premier ministre provincial déchirer sa chemise sur les effets pervers des traités de commerce international. Cette théorie du "chacun chez soi" rendrait les choix électoraux beaucoup plus simples.

Tout cela est d'autant plus navrant que, niant à son habitude tout problème, Jean Chrétien s'en va - à l'ombre de ce parlement de Westminster qui lui a permis d'imposer une Constitution au Québec ! - banaliser des problèmes sérieux de détournement de fonds publics et de gaspillage.

Le rapport de la vérificatrice générale du Canada ? Les révélations des témoins qui comparaissent devant le Comité des comptes publics ? Il n'y a "rien de nouveau", selon lui. Et, de toute manière, c'était pour une bonne cause, "l'unité nationale" ! J'imagine ce qu'on dirait à Ottawa, et dans les médias de Toronto, s'il s'avérait que Jacques Parizeau s'était constitué une petite cagnotte pour distribuer des fleurdelisés un peu partout dans la province.

On semble, à Ottawa, avoir perdu toute notion de la valeur de l'argent, surtout lorsque cet argent serait bien utile aux provinces. Une cagnotte secrète de 50 millions $ dans le budget personnel du premier ministre, ce n'est rien en effet, 0,0002686 % du budget fédéral, une poussière ! Mais avec ces 50 millions, une province pourrait construire 3000 logements à loyer modique. Même que François Saillant du FRAPRU accepterait volontiers de coller une feuille d'érable sur la porte de chacun des appartements s'il le fallait. (Dito avec les 4 millions $ que la ministre du Patrimoine, Hélène Scherrer, défend jalousement pour continuer à financer les activités du Centre de recherche et d'information sur le Canada. Ça aussi, puisque nous avons un gouvernement fédéraliste à Québec, c'est de l'argent qui devrait être transféré à Yves Séguin. Il aurait alors le choix entre financer des sondages ou construire 250 logements de plus...)

Dehors les lobbyistes

Le huis clos qui permet aux journalistes de prendre connaissance du budget avant qu'il ne soit lu à l'Assemblée nationale est devenu un cirque. Il est littéralement pollué par la présence de lobbyistes qui sont payés - parfois à même des subventions de l'État ! - pour critiquer.

Les journalistes n'ont même pas le temps de lire le discours du ministre des Finances que ces parasites de la contestation viennent leur dire quoi en penser. Certains arborent même des cartes de presse, on se demande bien comment !

Un conseil à Yves Séguin pour l'an prochain : interdire le huis clos à ces grincheux ! Ils attendront, comme tout le monde, la lecture du budget pour s'exprimer. C'est une question de respect pour le Parlement... Et pour la liberté de la presse !

MVastel@lesoleil.com



»» Approche commune

Encore trois ans avant la conclusion d'un traité final avec les Innus

Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 1 avril 2004

L'entente de principe signée hier n'empêchera pas les opposants d'exprimer leurs réserves

Québec, Ottawa et les chefs de quatre communautés innues ont peut-être ratifiée hier, après des mois de valse-hésitation, l'entente de principe intervenue à l'été 2002, mais le chemin menant à un traité final est parsemé d'embûches, à commencer par la résistance de quelques groupes non autochtones de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

«Le processus est loin d'être terminé, mais il est bien entamé», a lancé le ministre délégué aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier, dans le cadre de la cérémonie officielle de ratification, hier. «On procède aujourd'hui à la signature de l'entente mais, demain, nous aurons encore beaucoup de travail à accomplir», a renchéri le ministre fédéral des Affaires indiennes, Andy Mitchell.

Les négociations menant à un traité final dureront deux ans. À ce délai s'ajoute tout le processus législatif à la Chambre des communes et à l'Assemblée nationale. Il faudra donc attendre environ trois ans avant d'assister à la signature officielle du traité final avec la nation innue.

Les chefs des quatre communautés innues concernées par l'entente - Raphaël Picard (Betsiamites), Denis Ross (Essipit), Richard Malec (Nutashkuan) et Gilbert Dominique (Mashteuiatsh) - étaient également présents pour cette ratification qui survient après plus de 20 ans de laborieuses négociations. «C'est un moment historique. On trace la voie vers une nouvelle forme de relation avec le peuple québécois et la nation canadienne. Les Innus comme les Québécois cherchent à défendre leur culture. Notre combat est de même nature», a dit le chef Dominique.

Or des groupes non autochtones du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord s'opposent toujours à l'entente. Il s'agit notamment des autorités de la ville de Saguenay. Les drapeaux de la ville ont même été mis en berne hier.

Qui plus est, un groupe d'Innus est venu perturber la cérémonie de ratification afin de déplorer le manque de transparence du processus de négociation, une lacune également déplorée par des non-autochtones.

«C'est normal qu'une entente innovatrice comme celle-là ne plaise pas à tout le monde. Je m'attends à ce que, éventuellement, lorsqu'on signera un traité, des gens soient déçus. Mais le but, c'est qu'il y ait le moins de gens déçus possible, qu'on obtienne le plus large consensus social. Mais je suis confiant que la population va appuyer un traité avec les Innus», a affirmé Benoît Pelletier. Au cours des derniers mois, il a mis en place un nouveau processus de consultation afin de prendre en compte le point de vue des régions à la table de négociation.

Le chef Raphaël Picard a indiqué qu'un tel processus de consultation a aussi été créé dans les communautés innues. Selon lui, le traité final devra être accepté par les membres des communautés à la suite d'un référendum. Le ministre Pelletier ne souhaite cependant pas organiser un tel référendum auprès des populations régionales. «On se base sur le principe selon lequel on ne peut pas accepter que le sort d'un groupe minoritaire soit laissé à la discrétion d'une majorité», a-t-il expliqué.

Québec et Ottawa souhaitent conclure un traité final avec l'ensemble de la nation innue, qui comprend neuf communautés. Si l'entente de principe ratifiée hier concerne quatre communautés innues, le processus de négociation implique aussi quatre autres communautés. Seule celle de Matimekosh (Schefferville) refuse de se joindre au mouvement pour le moment.

L'entente de principe, qui avait soulevé la controverse lors de son dévoilement, à l'été 2002, accorde en pleine propriété aux Innus une zone deux fois plus grande que leurs réserves actuelles, un territoire de 522 km2 appelé Innu Assi, «terre en propre» en langue innue, où ils pourront notamment adopter des lois dans des champs précis. La communauté de Nutashkuan dispose quant à elle d'un innu assi de 2500 km2. Pour le territoire plus vaste du Nitassinan («terre de nos ancêtres» en langue innue), les Innus se font reconnaître des droits ancestraux de chasse, de pêche, de trappe et de cueillette. Québec accorde également aux Innus au moins 3 % des redevances tirées de l'exploitation des ressources naturelles qui se trouvent sur une partie du territoire de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ces mesures ne seront cependant en vigueur qu'à la signature d'un traité final.



»» sondage

Charest serait retourné dans l'opposition

Denis Lessard
La Presse jeudi 1 avril 2004

Québec - C'est la débâcle pour le gouvernement de Jean Charest, qui aurait été ramené sur les banquettes de l'opposition si des élections avaient eu lieu cette semaine.

La stratégie d'un gouvernement " à l'écoute " de la population et du renouvellement du programme du PLQ n'ont pas porté leurs fruits; les libéraux continuent leur chute libre dans les intentions de vote. Chez les francophones, le parti de Jean Charest ne fait désormais guère mieux que l'ADQ de Mario Dumont.

" Chez les francophones, c'est la débâcle pour les libéraux ", tranche Claude Gauthier, le spécialiste de la maison de sondage. La satisfaction à l'endroit du gouvernement est aussi au plus bas, à 30 %- le niveau plancher atteint le mois dernier par le gouvernement libéral. Il faut remonter à juin 2002, au moment où le gouvernement Landry, en fin de second mandat, se faisait administrer une raclée dans des élections complémentaires, pour retrouver un tel niveau d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement du Québec.

C'est ce qui ressort du sondage mené par la maison CROP pour La Presse du 18 au 29 mars, soit avant le dépôt du budget par Yves Séguin, ce qui ne change pas grand-chose au résultat, selon l'analyste de CROP. Le sondage a été mené auprès de 1004 personnes et est précis à trois points de pourcentage près, 19 fois sur 20.

L'analyste estime qu'il faut désormais se demander si le scandale des commandites qui frappe les libéraux fédéraux n'a pas accéléré la descente aux enfers des troupes de Jean Charest, déclenchée l'automne dernier avec la cascade des manifestations syndicales.

Liée à l'insatisfaction à l'endroit du PLQ et au scandale des commandites qui éclabousse les libéraux à Ottawa, mais aussi un peu à Québec, croit M. Gauthier, la souveraineté du Québec fait un bond surprenant dans la faveur populaire. Un référendum tenu cette semaine à partir de la question de 1995 sur la souveraineté assortie d'un partenariat politique et économique aurait donné exactement le même résultat qu'il y a neuf ans; 49 % de souverainistes et 51 % de fédéralistes après répartition des indécis. Avant répartition, le OUI est à 46 %, le NON à 45 % et les discrets à 9 %. Il s'agit d'un gain subit de six points de la souveraineté, un niveau inégalé depuis les enquêtes de 1996 et 1997 quand le gouvernement Bouchard croisait le fer avec Jean Chrétien et le plan B contre la sécession.

Selon Maurice Pinard, spécialiste de McGill qui scrute cette statistique mois après mois, on observe constamment que la souveraineté obtient des scores plus élevés quand le Parti québécois est dans l'opposition. Cette fois s'ajoute le cycle d'environ huit ans qui avait permis d'assister, huit ans après le 20 mai 1980, à une remontée de la ferveur nationaliste. " C'est comme un changement de génération. Les gens ont oublié le débat de 1995 ", explique-t-il.

Le PQ élu

Si des élections avaient eu lieu entre le 19 et le 28 mars, le PLQ aurait obtenu 33 % des voix contre 45 % au PQ et 21 % à l'ADQ.

Par rapport au sondage de la fin février, les libéraux encaissent un nouveau recul de trois points, un cinquième depuis l'automne dernier. En revanche, le Parti québécois monte de six points, à 45 %, tandis que l'ADQ baisse de deux points, à 21 %, après répartition des 19 % d'indécis selon leur réponse sur la question référendaire. Au brut, le PLQ récolte 25 % des intentions de vote, contre 38 % au Parti québécois et 17 % à l'ADQ.

Chez les francophones, la performance des libéraux est embarrassante pour Jean Charest. " C'est frappant: les libéraux sont au pouvoir, forment le gouvernement, le Parti québécois n'a rien fait de marquant au cours des dernières semaines, et pourtant le PLQ se retrouve au même niveau que l'ADQ ", constate Claude Gauthier.

Ainsi, avant répartition des 17 % d'indécis, le PQ récolte 45 % d'appuis chez les francophones contre seulement 18 % à l'ADQ et 17 % au PLQ. Toute une glissade si on considère qu'aux élections, il y a un an, les libéraux avaient obtenu l'appui de 30 % des francophones, seulement cinq points derrière le PQ dans cette couche de l'électorat.

Désormais, l'avance du PQ sur le PLQ chez les francophones passe à 28 points, neuf de plus que le mois précédent. Mince consolation pour Jean Charest: son parti faisait des scores comparables à la veille du déclenchement des dernières élections générales il y a un an. À trois ans d'élections générales, les questions sur l'intention de vote restent bien théoriques. Un tout petit peu de baume encore pour Jean Charest: quand on gratte les statistiques sur la satisfaction, on observe que dans les 65 % de personnes qui se disent insatisfaites du gouvernement Charest, on trouve 33 % de " très insatisfaites " comparativement à 40 % il y a un mois. Mais pas moins de sept francophones sur 10 sont mécontents de la performance du gouvernement du Québec, un an après les élections.

Même chez les allophones, un appui naturel pour les libéraux, seulement 53 % sont satisfaits du gouverment.



»» Le port du Kirpan

Le port du Kirpan à l'école par les Sikhs devant Cour suprême

AFP
Belga (Belgique) 5 mars 2004

(AFP) = Le droit pour les jeunes garçons sikhs d'aller à l'école avec leur kirpan, un petit poignard ayant valeur de symbole dans leur religion, sera porté devant la Cour suprême du Canada, a déclaré vendredi aux médias l'avocat Julius Grey.

L'avocat a décidé de demander à la plus haute juridiction du pays de statuer après que la Cour d'appel du Québec a interdit jeudi le kirpan dans les établissements scolaires pour raison de sécurité.

La cour renversait un jugement en première instance rendu en mai 2002, qui avait autorisé le jeune Gurbaj Multani à porter ce poignard à lame recourbé à son école.

A l'époque, le conflit entre cet élève alors âgé de douze ans et les autorités scolaires, qui s'opposaient au port d'une arme blanche à l'école, avait fait grand bruit dans un pays très attaché au respect des libertés individuelles.

Le garçon de Montréal s'était retrouvé durant des mois au centre d'une vive controverse, après avoir laissé échapper son poignard dans la cour de récréation.

Après maintes tractations avec la famille, la direction de l'établissement avait décidé en mars de suspendre le garçon, plaidant que le port d'une arme en classe était contraire aux consignes de sécurité.

Elle avait proposé aux parents de l'enfant qu'il vienne à l'école avec une représentation du kirpan, en plastique ou sous forme d'un pendentif, une formule qui a été acceptée par d'autres familles sikhs de Montréal.

Mais les parents très orthodoxes avaient refusé cet arrangement, contraire selon eux aux principes de leur religion, et porté l'affaire en justice.

En mai 2002, la Cour supérieure avait autorisé le port du kirpan, à condition que la lame soit scellée dans un étui en bois, et le poignard attaché à une ceinture en bandouillère, caché en tout temps sous la chemise.

Près de deux ans plus tard, la Cour d'appel a donc invalidé jeudi ce jugement et interdit l'arme dans les écoles.

"La décision appartient maintenant à la Cour suprême du Canada", a affirmé vendredi l'avocat de la famille, Julius Grey, selon qui "la cause est loin d'être terminée".

Il a notamment souligné que la Cour d'appel du Québec était "seule" à estimer que le port du kirpan présentait un danger, alors que d'autres juridictions au Canada ou aux Etats-Unis ont toutes autorisé ce petit poignard.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

CLAUDE DUPLAIN PERSISTE ET SIGNE

Guy Côté, cotguy@globetrotter.net
Candidat à l’investiture du Bloc Québecois
Circonscription électorale fédérale de Portneuf
TRIBUNE LIBRE 1er avril 2004

Deux gendarmes en uniforme de la GRC ont participé à l'assemblée d'investiture du Parti libéral fédéral dans Portneuf, et ce même si cet événement, de leur propre aveu, ne s'inscrit dans aucune des priorités d'action du corps policier fédéral. Claude Duplain a lui-même demandé la présence d'agents de la GRC à cette activité partisane, défrayant la facture de sa poche pour un peu de couleur rouge à cette soirée, précise-t-il. Le pouvoir politique ne devrait jamais utiliser l’image du pouvoir judiciaire et policier ! Trop d’abus ont été commis à travers le monde lorsque cette ligne a été franchie. On croit rêver, mais ça c’est arrivé.

Pendant ce temps, certains dossiers qu'il aurait pu faire avancer, voire régler dans notre intérêt, sont restés sur la tablette. C'est le cas de la remise à niveau d'une infrastructure importante pour l'économie de la région, le quai de Portneuf. C'est le cas également de toute la problématique des frais interurbains dans Portneuf. Autre exemple, la contamination de la nappe phréatique à Shannon, héritage on ne peut plus canadien de la base de Valcartier. Alors que la population est inquiète, il est allé à Shannon avec son ministre proposé de nouvelles études ! Remarquez que depuis le témoignage de Gagliano, tous savent que les ministres libéraux ne dirigent pas leur ministère…

Pendant qu’il y a des besoins criants au Québec en matière d’éducation, de voirie, de culture, de développement économique et surtout de santé, le gouvernement fédéral nie ces problèmes et refuse d’aider le gouvernement québécois à assumer ces importantes responsabilités. Il refuse de transférer des points d’impôt pour qu’on puisse gouverner le Québec de façon juste et moderne. Il préfère garder l’assiette au beurre pour ses amis. Assiette au beurre que nous lui payons grassement à même le trop-perçu de nos impôts. "C'est décevant et je pèse mes mots. C'est décevant parce qu'il n'y a rien pour les provinces, rien pour le Québec, rien à la santé surtout, rien à la péréquation". Ce n’est pas un méchant séparatiste qui a fait cette déclaration sur le budget mais le très libéral ministre des Finances du Québec, Yves Séguin.

Les libéraux veulent que nous parlions d’autres choses que le scandale des commandites. Je les comprends et nous le ferons ! Le candidat libéral a cautionné l’utilisation de 45 MILLIARDS $ provenant des surplus de la caisse de l’assurance-emploi pour rembourser la dette canadienne. Dans la crise du bois-d’œuvre, son parti veut s’entendre à rabais sur des concessions aux Américains. Les producteurs du Québec sont les laissés-pour-compte dans le plan d’aide aux producteurs bovins puisque celui-ci ne touchera aucunement les vaches de réforme.

L’immobilisme du gouvernement libéral et le silence de Claude Duplain nuisent au comté de Portneuf comme à l’ensemble du Québec. Paul Martin prétend vouloir faire le ménage. Aidons-le ! Donnons congé au candidat du parti des commandites et élisons un député qui s’occupera des vrais dossiers : un député du Bloc Québécois.



TRIBUNE LIBRE

Qu'auraient fait les groupes criminels organisés ?

Robert Bertrand, Québec, robert.bertrand.que@sympatico.ca
TRIBUNE LIBRE 1er avril 2004

N'est-ce pas un peu avec cet esprit qu'il nous faut analyser les stratèges du Parti libéral de Martin, Chrétien, Coderre, Cauchon, Petitgrew, Dion, Rémillard, Gagliano et Cie ? N'invitent-ils pas d'autres Québécois à se joindre à toute la gang pour mieux paraître ? Et ces autres Québécois de récentes couvées ne demandent-ils pas mieux que d'être complices dans toutes les fraudes, les tricheries, les tromperies pour pouvoir profiter de toute la manne ?. Peuvent-ils agir de la sorte sans garantie de retours ?

Qu'est-ce que cette galère ? Et ils nous annoncent qu'ils combattent les terroristes de par le monde ! Ils combattent les criminels ? Quelle foutaise ! La poutre est grosse, très grosse, ne trouvez-vous pas ?

Dans leurs bouches, c'est bien de tricher pour le Canada. C'est bien d'investir des millions, des centaines de millions et pourquoi pas des milliards de dollars pour sauver le Canada ? Quelle belle vache à lait que le Québec pour ce Canada ! Combien de milliards de dollars rapportons-nous à ce Canada pour que ce Canada veuille bien investir autant d'énergies, autant de fraudes, autant de tricheries ? autant de sommes d'argent ? Pour voir autant de personnes qui se prostituent politiquement sur la place publique ? Et ces gens combattent le crime organisé ! Ils combattent le terrorisme !

La démocratie du référendum où les Québécois et les Québécoises se seraient prononcés n'aura jamais été une option valable aux yeux des Libéraux du Canada, aux yeux des financiers du Canada, aux yeux des Québécois Libéraux du Canada. Il fallait pervertir tout le modèle démocratique que René Lévesque avait mis en place. Comment le pervertir, il a fallu se référer aux modèles des groupes criminels organisés pour contrecarrer le système démocratique du Québec.

En effet, ne faut-il pas désigner un homme de paille qui devra assumer toutes les responsabilités ? Bon nombre d'entre eux sont avocats. Ils connaissent les trucs de leurs clients. On n'a pas à leur faire des démonstrations pour leur dire comment s'y prendre. Ils le savent. Ils n'ont qu'à s'exécuter ! L'homme de paille va se lever et va assumer toutes les responsabilités du Parti politique Libéral, des financiers profiteurs des paradis fiscaux, des banques à charte du Canada avec toutes leurs succursales dans les paradis fiscaux, au même titre que les groupes de mafiosi, les mêmes groupes de criminels qu'on amène en cours parce qu'ils seraient actifs pour défendre des activités jugées criminelles.

Les Chefs de file de la politique Canadian ont mandaté un responsable pour les basses oeuvres. Rien de moins. Et tout le troupeau du Parti d'applaudir leurs chefs, leurs ministres, leur parrain ! La pègre organisée, est-ce que je ferais honte à ces personnes, en soulignant qu'elle serait aux gouvernes du parlement d'Ottawa ?



TRIBUNE LIBRE

C'est avec la plus grande tristesse...

Jacques Bergeron, Président section Ludger-Duvernay
jacberger@yahoo.fr
TRIBUNE LIBRE 1er avril 2004

Madame, Monsieur,

C'est avec la plus grande tristesse que nous avons assisté à la signature de la «fameuse entente avec les Innus», entente qui vient déposséder notre peuple de ses terres et de ses droits. J'ajouterai, une entente qui a été conclue et signée sous le couvert d'une constitution (1982) qu'aucun gouvernement du Québec n'a voulu reconnaître avant que le Gouvernement dirigé par M. Landry (Parti Québécois) et appuyé par l'opposition d'alors (PLQ) de Jean Charest et signée par ce dernier hier 31 mars envers et contre toute logique en «cédant les droits des Canadiens-français de cette région», et le territoire du Québec (1/4 du Québec) à une minorité de quelques 8000 personnes n'y ayant aucun droit, tout ça pour de l'hydro-électricité.

N'oublions pas que le Bloc Québécois, dirigé par Gilles Duceppe, avec l'accord du Gouvernement du Québec, toujours dirigé par M. Landry, a accepté de reconnaître le Labrador comme partie intégrante de Terre-neuve devenue ainsi «Terre-neuve et Labrador». Par cette reconnaissance, nos partis indépendantistes ont cédé un autre «1/4» du territoire du Québec sans avoir consulté le «peuple du Québec» qu'ils sont supposés représenter.

Après ce 2ème acte d'assujettissement, que nous reste-t-il à faire et que devons-nous faire de nos politiques indépendantistes et autres? Certains défaitistes, généralement des terroristes intellectuels, tous gens de la rectitude politique, voudront nous inciter à ne rien faire, ce qui serait suicidaire, bien sûr, parce qu'ils craignent de se faire rabrouer par l'opinion mondiale, elle-même assujettie aux terroristes et autres gens du même acabit, pour qui les autochtones et autres Amérindiens ont tous les droits pourvu qu'ils aillent pleurer sur les tribunes de New-York et de Paris en disant qu'ils sont maltraités par leurs concitoyens. Et ces gens, intellectuels généralement, de droite ou de gauche ou de leurs extrêmes, prônant une société multi-culturelle et anti-ethnique, ne se rendent pas compte qu'en appuyant un traité comme celui signé avec les «Innus» , appuient un traité raciste, dans le vrai sens du mot, et ethnique avec tout ce que ce mot peut signifier.

Allons-nous laisser aller cette affaire comme si elle ne nous touchait pas et ne touchait pas les Canadiens-français québécois du Saguenay/lac/Saint/Jean ou allons-nous réagir en essayant de contrer cette entente en utilisant les moyens légaux mis à notre disposition et en acceptant d'investir quelques deniers pour soutenir devant les cours ceux et celles s'engageant devant elles pour contrer cette entente qui nous touche toutes et tous?

La section Ludger-Duvernay, de concert avec l'historien «Métis» Russel Bouchard et plusieurs autres personnes, souhaitent connaître vos opinions et vos engagements devant cette démarche à «entreprendre dans les prochaines semaines», sinon les prochains jours. La réponse vous appartient. Nous comptons sur vous pour qu'elle nous soit un encouragement à aller de l'avant, sans les problèmes pécunaires que nous vivons dans ce genre d'action à entreprendre en vos noms et en celui de la démocratie.

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer mes salutations les plus «patriotiques».

Jacques Bergeron, Président section Ludger-Duvernay
jacberger@yahoo.fr



TRIBUNE LIBRE

Signature officielle de l’Approche commune :
L’ACTE DE DÉCÈS DE NOTRE COLLECTIVITÉ !

Russel Bouchard
TRIBUNE LIBRE 1er avril 2004

Depuis une semaine maintenant, depuis que les deux gouvernements provincial et fédéral ont annoncé qu'ils allaient entériner le protocole de l'Approche commune, mercredi 31 mars, une clameur populaire inhabituelle et bien tardive, ébranle la proverbiale quiétude du Saguenay. Les gens demandent un roi, un Sauveur, qui viendra changer le cours de l'histoire qui s'écrit dans le plus grand mépris de la volonté populaire de cette région, notre « pays ». Malgré tous les efforts qui ont été déployés, depuis le 14 juillet 2000, par quelques-uns d'entre-nous pour éveiller les consciences endormies et faire enrayer cette négociation qui signe l'acte de décès de notre collectivité, rien n'a pu faire dévier de sa trajectoire le rouleau compresseur stalinien chargé de nous casser les reins avant de nous faire prendre notre trou.

Le fait est que, pour une raison et pour une autre qu'on se garde bien de nous révéler, nos deux Parlements, tant à Québec qu'à Ottawa, se sont entendus comme jamais auparavant, malgré les refus exprimés, pour transférer les titres de propriété du territoire à trois ou quatre chefs de bandes qui, malgré toutes les maladresses dont ils ont fait preuve dans leurs sorties en public, ont réussi à avoir gain de cause d'un bout à l'autre du processus de cette mascarade parlementaire devant amener les deux paliers de gouvernements à signer le document. Même les oppositions officielles et les tiers partis, sur cette question de droits fondamentaux, ont parlé à l'unisson et se sont appliqué à ravir au peuple sa voix. Et ceux qui ont exprimé un avis contraire, comme M. Lebel et Mme Venne, ont dû quitter les rangs de leur parti, le Bloc québécois, pour ne pas avoir voulu participer à cette trahison nationale.

Jamais, dans toute l'histoire de ce pays, aura-t-on vu une telle unanimité parlementaire pour dépouiller une collectivité de ses derniers attributs et de son territoire, après lui avoir ravi ses ressources naturelles et ses enfants, jamais n'aura-t-on vu une telle médiocrité, une te1le duplicité de la presse écrite et de la télévision nationales et régionales eu égard aux tenants des pouvoirs tant politiques qu'économiques. De sorte que si le Canada et le Québec ont déjà été des modèles de démocratie, ce qui reste à prouver dans les faits, ils en sont aujourd'hui, l'un et l'autre, le tombeau et le fossoyeur. Aidés par notre propre députation, sans exception aucune, ils sont en train de réaliser ce que la Conquête anglaise n'avait su accomplir en deux siècles et demi. Les Wolfe, les Craig, les Colborne, les Durham ont fait des petits dans nos propres rangs, et ils les ont placés à la tête de nos institutions pour accomplir ce qu'ils savaient ne pouvoir accomplir, seuls; en nommer dix, vingt, trente, serait en épargner cent autres qui ne méritent pas le linceul de l'oubli.

Cela dit et cela étant, les médias, les politiques et les hauts fonctionnaires de ce pays ne sont pas seuls à porter ce blâme. J'ai beau creuser, fouil1er, questionner l'histoire, je n'ai pu trouver aucune situation où il est question d'un peuple qui accepte aussi bonassement de se faire qualifier d'étrangers (« allochtones ») dans le pays» où il est né, où il a grandi et fait famille, et où il entend mourir. Sauf chez les peuples nés dans l'esclavage, je ne connais aucune expérience d'un peuple qui a permis à son gouvernement, à ses propres représentants territoriaux élus, de le dépouiller de son territoire; de l'asservir envers une collectivité privilégiée parce qu'on la range à un niveau supérieur pour la qualité de son sang; de l'assujettir envers un troisième palier de gouvernement en transgressant les règles établies dans sa propre Constitution (voir l'article 52 de la Loi constitutionnelle de 1982),

La signature de ce document, qui est devenu un fait accompli le 31 mars, est le moment le plus sombre de l'histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le plus triste de ma vie. Être nié d'existence par l'autorité suprême et à l'encontre de la Loi dont elle est la gardienne, m'est plus atroce à souffrir que le fait d'avoir été conquis, soumis, bafoué, humilié, dépouillé par des forces étrangères.

On me demande d'un ton pressant: Est-il possible d'arrêter le cours des événements auxquels nous sommes radicalement soumis par des Parlements totalitaires? À cela je ne puis répondre que par d'autres questions: Quelle est notre capacité à nous réunir pour contrer une menace commune qui est le fait de la trahison d'un État confédéral, d'un État provincial et de nos députés? Quelle est notre capacité à faire naître une liberté de presse, qui n'existe pas chez nous?

Quelle est notre capacité à réveiller les intellectuels, les politiciens, les chefs syndicaux, et les leaders de toutes qualités, et à les amener à mettre de côté leurs intérêts individuels ou corporatistes pour refouler un ennemi commun aux portes de la Cité? Quelle est notre capacité à quitter le confort de l'ignorance et de l'indifférence pour ressusciter le corps social que nous avons laissé mourir au point où une collectivité reconstituée de quelque 8 000 individus éparpillés à travers notre « pays », a pu s'assurer l'adhésion de tous les gouvernements supérieurs et de toutes les factions politiques qui y grouillent, de faire rentrer dans le rang toutes les institutions, pour ravir, à quelque 380 000 citoyens, leur territoire, la base même de leur existence?

La réponse à ces questions qui nous hantent ne relève que de Nous; que de notre volonté à refuser l'injustice élevée au rang de vertu d'État; que de notre détermination à remettre en vie cette société tétanisée par une succession de gouvernements qui, depuis 1970, l'ont acculée au rôle de colonie intérieure. Et si nous n'avons plus cette capacité collective, il reste à chacun de nous, avec tout ce que cela implique comme conséquences, à ne pas être complice de ce crime de haute trahison, à assumer individuellement nos propres refus. Il nous reste à protéger chacun de nos acquis, chacun de nos biens, à l'encontre d'un système qui ne fonctionne pas en notre faveur. Il nous reste à refouler hors les murs de nos propriétés privées, celui à qui on a donné le droit de l'envahir, de nous voler, de nous mépriser. Car sans reconnaissance collective devant celle de l'autre, nous n'avons plus aucun droit collectif devant ceux de l'autre; et sans droits collectifs, nous sommes à la merci de la collectivité à qui ont les a reconnus, à la merci de ceux et celles qui la couvent, la protègent, la gavent pour leur seul profit et à notre détriment...

Russel Bouchard 31 mars 2004



TRIBUNE LIBRE

Les ravages de l'ambition...

André Mainguy, retraité, Longueuil
anmainguy@videotron.ca
TRIBUNE LIBRE 1er avril 2004

Les ravages de l'ambition.... La Presse, 1er avril 2004

Madame Gagnon,

Lorsque j'ai débuté la lecture de votre papier du 1er avril 2004, paru dans La Presse en page A 15, dont le titre est: « Le ravage de l'ambition », j'étais loin de me douter que vous retourneriez l'arme contre vous en écrivant ce texte et je m'explique..

Parlant du 3ième livre de Pierre Duchesne portant sur la vie de Jacques Parizeau, vous vouliez démontrer que Bernard Landry était dévoré par l'ambition et que, pour ce faire, il pouvait tuer le père, en l'occurrence, monsieur Parizeau. Je dois dire qu'au premier abord, je trouvais votre argument plausible. Toutefois, à trop vouloir en ajouter, vous avez débordé et avez voulu repoignarder Jacques Parizeau en écrivant ceci: Nous sommes au lendemain du discours dévastateur du premier ministre Parizeau sur l'«argent et les votes ethniques». Voilà votre faute, madame Gagnon, puisque Jacques Parizeau a bel en bien dit (DES et non LES votes ethniques) comme vous voudriez bien lui faire dire ! Récapitulons, Parizeau déclare: « l'argent (on le sait aujourd'hui, l'état fédéral utilisait les commandites depuis le mandat Mulroney, dixit Paul Martin) et des (ceux-là même qui devenaient rapidement des Canadiens, situation que l'on ne verra plus de sitôt) votes ethniques ».

La langue française, madame Gagnon, est on ne peut plus précise, il n'y a rien de flou dans cette langue et c'est pour cela qu'elle est utilisée pour la rédaction des traités internationaux. Comme j'accepte que vous n'ayez pas encore compris le sens des paroles prononcées par Parizeau, je vous explique ce que veut dire DES votes ethniques, dans les circonstances.

Toute personne bien informée de l'époque, on est au début de l'automne 1995, sait que Montréal regorge de commissaires à l'assermentation des immigrants, ces derniers n'auront jamais eu pareille chance dans l'avenir, parlez-en à madame Boivin, l'épouse de Mohamed Cherfi, lequel fut déporté d'un Temple de Québec vers les USA, récemment.

Je disais, les Commissaires à l'assermentation qui viennent d'un peu partout au pays travaillent jour et nuit à assermenter des dizaines de milliers d'immigrants, ils seront 35.000 à pouvoir exercer leur droit de vote le jour du référendum. Jacques Parizeau parle de cette démonstration des autorités fédérales à l'endroit du Québec, écraser par tous les moyens l'expression des demandes répétées d'un peuple, on noiera cette expression dans la joie de l'accueil de l'immigrant. J'ouvre une paranthèse, madame Gagnon, pour vous mentionner que la situation de la recherche scientifique fédérale entre les rives de l'Outaouais ne mérite pas pareille attention. Si la Ville d'Ottawa compte 36 laboratoires de recherche du fédéral, Gatineau n'en a aucun, vous avez bien lu... Est-ce que l'on mobilise la fonction publique fédérale pour corriger pareille injustice, non ! Même si l'Outaouais ne compte que des joueurs libéraux sur la glace, être du côté du pouvoir, mais quel pouvoir..., je déborde...

En conclusion, à force de vouloir salir constamment monsieur Parizeau, même après 10 ans, on est en train de le réhabiliter. Si j'avais un message à laisser aux fédéralistes, je leur dirais ceci: Travaillez à structurer l'économie du Québec avec des politiques et des investissements visibles en permanence, puisque les commandites, c'est toujours à recommencer et dans le ROC, on passe pour des voleurs...

Merci, madame Gagnon de m'avoir permis de réagir à votre papier « Les ravages de l'ambition ».





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Les grands textes indépendantistes


COMMUNIQUÉS 1 avril 2004