Actualité





Houleux 1er anniversaire pour Charest

Marie Allard
La Presse mercredi 14 avril 2004

Manifestations partout au Québec et grèves dans les cégeps au programme aujourd'hui

Le premier anniversaire de l'élection de Jean Charest sera souligné, aujourd'hui, par plusieurs manifestations, fermetures de rues et grèves dans les cégeps.

" Nous allons dresser le triste bilan du gouvernement ", a dit hier Lorraine Guay, porte-parole du Réseau de vigilance, qui regroupe une cinquantaine d'organisations syndicales, communautaires et étudiantes du Québec.

Dès ce matin, à Montréal, l'Alliance des professeurs distribuera des tracts aux abords des stations de métro pour dire que ses membres n'ont pas voté pour les " hausses de tarifs de toutes sortes, la restructuration d'un système de santé déjà à bout de souffle, les lois antisociales et la sous-traitance ". En après-midi, des associations de locataires fermeront la rue Saint-Denis pour protester contre une éventuelle modification au mode de calcul des loyers, avant qu'une grande manifestation ne se mette en branle, à partir de 17 h 30, au square Victoria.

À Québec, un barrage symbolique sera érigé en matinée sur le boulevard Charest- choisi en raison de son nom- et sera suivi d'un rassemblement devant le parlement, à midi. Ailleurs dans la province, des manifestations auront lieu devant les bureaux des députés libéraux, tandis que leurs collègues péquistes se verront remettre des... culottes.

" Il va y avoir un crescendo d'actions ", a résumé hier Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui compte elle-même remettre un " cadeau " d'anniversaire au premier ministre. " Plusieurs de nos membres vont tenir des activités funèbres, en portant des dossards noirs et en faisant paraître des avis de décès de la démocratie dans les journaux ", a ajouté Marjolaine Perreault, attachée de presse de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

En fait, tous célébreront la première bougie du gouvernement, sauf les libéraux. " Il n'y a rien de prévu pour fêter ça, a dit Nicolas Rochette, responsable des communications du PLQ pour l'est du Québec. Si cela se fait, ce sera sur une base uniquement locale, au niveau de chaque comté. "

En 1971 et en 1986, soit un an après des victoires de Robert Bourassa, de grandes fêtes avaient pourtant été organisées, la première ayant notamment permis d'annoncer le début des travaux hydroélectriques de la Baie-James.

La situation aurait pu être pire, puisque la CSQ a obtenu de ses membres, il y a deux semaines, un mandat de grève illégale de 24 heures, à déclencher au moment jugé opportun. La FTQ n'a pas fini, quant à elle, de consulter ses membres, si bien que le débrayage ne doit pas avoir lieu aujourd'hui.

Écoles ouvertes, cégeps en grève

En conséquence, les écoles et services de garde seront ouverts toute la journée, contrairement à ce qu'avait d'abord craint la Commission scolaire de Montréal (CSDM). " Même s'il peut y avoir distribution de tracts aux abords des établissements, les syndicats nous ont indiqué que les activités pédagogiques ne seront pas perturbées ", a confirmé Claudette Lechasseur, porte-parole de la CSDM.

Il en va autrement des cégeps, puisque 25 d'entre eux seront en grève. " Nous voulons dénoncer la trahison et les mensonges de Pierre Reid, le ministre de l'Éducation, a dit Geneviève Hardy, présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ). Nous ne pouvons tolérer le fait que le Forum collégial ait lieu en juin, quand l'année scolaire est finie. "

Les étudiants des universités feront aussi valoir leur mécontentement en se joignant aux manifestations. " En déposant son dernier budget, le gouvernement nous a donné des raisons d'être en crisse, puisqu'il a coupé 63 millions dans les bourses ", a indiqué Pier-André Bouchard St-Amand, le nouveau président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Même les étudiants de HEC, peu enclins aux revendications, seront de la partie.

Et ce n'est pas tout, puisqu'un prochain rendez-vous a déjà été fixé au 1er mai, fête des Travailleurs. " Nous n'attendrons pas moins de 50 000 manifestants dans les rues de Montréal à cette occasion, a indiqué Mme Guay. Tant que M. Charest gardera le cap sur la réingénierie, nous n'arrêterons pas la mobilisation! "



"Chers libéraux, c'est votre tour..."

Gilbert Leduc
Le Soleil mercredi 14 avril 2004

Des manifestations partout au Québec pour souligner le 1er anniversaire du gouvernement Charest

Le gouvernement de Jean Charest a un an, aujourd'hui, et ce n'est certainement pas pour lui parler d'amour que des milliers de Québécois descendront dans la rue pour souligner le premier anniversaire de la prise du pouvoir par le Parti libéral du Québec (PLQ).

Sous l'impulsion du Réseau de vigilance - une vaste coalition réunissant des groupes communautaires, des organisations syndicales, des associations étudiantes, des mouvements écologiques et des féministes - le Québec vivra aujourd'hui au rythme de la "Journée nationale de solidarité et d'action contre les politiques antisociales du gouvernement Charest".

Le Réseau de vigilance promet un "feu d'artifice d'actions, d'événements et des gestes symboliques" d'un bout à l'autre du Québec.

Dans l'Outaouais, des manifestants vont tenter de fermer le casino du lac Leamy. Des cortèges funèbres se mettront en route dans l'Abitibi-Témiscamingue. Des messes seront célébrées à Roberval et à Jonquière. La Coalition Je n'ai jamais voté pour ça va organiser une manifestation, en fin d'après-midi, au Square Victoria à Montréal.

À Québec, le Regroupement en éducation populaire de Québec - Chaudière-Appalaches, dans sa volonté de bloquer Jean Charest, va bloquer le boulevard... Charest, à la hauteur du boulevard Langelier, de 10 heures à 11 heures. Sur place, des animateurs feront l'éducation du bon peuple sur les dangers de la réingénierie de l'État proposée par les libéraux.

Le clou de la journée sera certainement le rassemblement qui se tiendra, à l'heure du midi, devant l'édifice de l'Assemblée nationale. Organisé, entre autres, par la Table nationale des corporations de développement communautaire et la Coalition des tables régionales d'organismes communautaires autonomes en santé et services sociaux, l'événement devrait attirer entre 6000 et 8000 personnes dont plus de 4000 étudiants venus de Québec, de Trois-Rivières et du Saguenay - Lac Saint-Jean.

Sur le coup de midi, les manifestants partiront du Musée national des beaux-arts du Québec, sur les plaines d'Abraham, pour marcher jusqu'à l'hôtel du parlement où ils célébreront, à leur façon, le premier anniversaire du gouvernement Charest.

En fin d'après-midi, de 17 heures à 19 heures, le Réseau du forum social Québec - Chaudière-Appalaches tiendra une vigile "festive et engagée" devant l'édifice de l'Assemblée nationale.

Selon le coordonnateur de la Table nationale des corporations de développement communautaire, André Beaudry, la "Journée nationale de solidarité et d'action" se veut avant tout une démonstration du mécontentement du milieu communautaire à l'égard des dirigeants politiques du Québec.

"Jusqu'à maintenant, le vent de protestation est surtout venu du côté des milieux syndicaux. Cette fois, l'opposition provient d'un autre segment de la population, celui des groupes communautaires", a expliqué M. Beaudry en soulignant que le gouvernement ne pourra pas minimiser l'impact de la fronde à son égard en clamant que l'opposition à ses politiques vient exclusivement de syndicats qui sont engagés dans une nouvelle ronde de négociation avec l'État pour le renouvellement des conventions collectives de leurs 450 000 membres.

Ainsi, au coeur des slogans qui seront entonnés aujourd'hui, des thèmes retiendront l'attention : l'appauvrissement, l'effritement des droits des travailleurs, la démolition des programmes sociaux et le démantèlement de l'État.

S'ils se préparent fébrilement pour la manifestation du 1er mai - jour de la fête des Travailleurs - au cours de laquelle plus de 50 000 personnes défileront dans les rues de Montréal, les syndicats seront tout de même de la partie aujourd'hui. Ils seront entre autres présents sur la colline parlementaire à l'heure du midi.

La CSN réunira ses troupes, tôt le matin, devant son édifice, sur le boulevard... Charest, pour une mystérieuse promenade dans les rues de Québec. Elle donnera également le coup d'envoi du deuxième volet de sa campagne de publicité contre le gouvernement Charest. La CSN a acheté de la publicité dans les journaux et prendra d'assaut les ondes radiophoniques pour souhaiter un joyeux anniversaire au gouvernement.

Pour sa part, la CSQ mettra en branle, dès 7 h 30, son opération Chemin de Damasse durant laquelle une centaine de syndiqués se déplaceront d'une station à une autre pour faire le bilan du gouvernement libéral. De leur côté, le Syndicat de la fonction publique du Québec et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec demanderont à leurs membres de faire du piquetage symbolique devant les milieux de travail. Un char allégorique transportant un gâteau géant destiné à l'équipe Charest sillonnera les rues de la capitale.

Des libéraux tranquilles

Pour son premier anniversaire au pouvoir, Jean Charest passera la journée, à Montréal, auprès de sa petite famille.

Selon la Presse canadienne, le PLQ n'a prévu aucune cérémonie particulière pour souligner la victoire du 14 avril 2003 qui lui avait permis de faire élire 76 députés et de récolter 45,9 % des suffrages. "Si cela se fait, ce sera sur une base uniquement locale, au niveau de chaque comté", a déclaré le responsable des communications du PLQ pour l'Est du Québec, Nicolas Rochette.

L'agence de presse fait ressortir le contraste avec le faste qui avait marqué le premier anniversaire de l'élection du PLQ à la tête du Québec, en 1971 et en 1986, chaque fois à la suite d'une victoire électorale de Robert Bourassa.

Le 29 avril 1971, exactement un an après sa brillante victoire du 29 avril 1970, le premier ministre Bourassa, devant 10 000 libéraux en liesse venus fêter la première année de pouvoir au Colisée de Québec, avait annoncé le "projet du siècle" : les travaux hydroélectriques de la baie James.

GLeduc@lesoleil.com



Jean Charest: Un an après

Denis Dufresne
La Tribune mercredi 14 avril 2004

Charest maintient le cap malgré tout

En dépit des manifestations, de la grogne et de la baisse marquée de la popularité de son parti dans les sondages, le premier ministre Jean Charest est d'avis que la population comprend la nécessité des changements à apporter au "modèle québécois" et affirme que le mécontentement actuel est surtout relié au contexte de la négociation collective avec les grands syndicats.

"Il faut faire la part des choses et ne pas confondre la négociation des conventions collectives et les questions sociales", déclare M. Charest, qui maintient que le Québec doit faire face à ce qu'il appelle "les défis de la mondialisation".

Un an après l'élection du Parti libéral du Québec (PLQ), à qui les Québécois avaient donné leur appui dans une proportion de 45,8 pour cent, Jean Charest reconnaît que son message a passé difficilement auprès de la population, mais assure qu'il poursuivra dans la même voie.

"Si j'avais une chose à changer, c'est que j'aurais parlé plus souvent et avec plus d'insistance des finances publiques et de la démographie. Et c'est pour cela que l'on a créé en janvier les forums régionaux", dit-il.

"Ce sont les deux grands enjeux pour l'avenir du Québec, qui viendront conditionner tous les autres choix que l'on aura à faire", ajoute le premier ministre.

Rhétorique syndicale

Il entrevoit d'ailleurs l'année qui vient comme une période de dialogue avec la population, pour expliquer ces enjeux.

Et les syndicats?

"Dans leur cas, ce sont les négociations pour les conventions collectives", dit M. Charest, qui refuse de voir dans la grogne syndicale une critique du nouveau modèle d'État et de société qu'il propose.

"Franchement non", mentionne-t-il.

"Il faut faire face au défi de la mondialisation, cela veut dire faire des choix difficiles. Il faudra livrer les services autrement", fait valoir M. Charest, qui évoque entre autres des partenariats public/privé, "mais pas à n'importe quelle condition".

"Là-dessus, on est en retard au Québec, le statu quo est insoutenable! On ne peut continuer à dépenser comme on le fait et avoir les mêmes services", affirme-t-il.

Le premier ministre se défend d'autre part de vouloir dilapider l'héritage de la Révolution tranquille et les acquis sociaux.

"Il faut construire un pont entre la Révolution tranquille et la nouvelle ère qui s'ouvre, l'adapter en fonction de nos valeurs! Et si on ne s'adapte pas, on met tout cela en péril", croit-il.

Lorsqu'on lui signale que, pour bien des gens, le PLQ actuel est devenu un parti néo-conservateur qui n'a plus rien à voir avec le parti des Jean Lesage et Robert Bourassa, Jean Charest y voit "une rhétorique à laquelle je n'accorde pas de crédibilité, d'autant plus que c'est fondé sur une négociation collective".

Un bilan somme toute positif

Et malgré tout, il dresse un bilan somme toute positif de la première année de mandat des libéraux.

"La première année a été une année de changement au Québec, même un changement de culture par rapport au rôle de l'État et, sur l'essentiel, on a livré ce à quoi on s'était engagé", soutient le premier ministre.

Et s'il reconnaît que les baisses d'impôts annoncées en campagne électorale ne se sont pas matérialisées, Jean Charest pense néanmoins avoir fait les bons choix dans un contexte budgétaire difficile.

"Ce n'est pas ce que les gens attendaient, mais on a fait les bons choix dans un contexte budgétaire serré en aidant les familles avec enfants et les gens à faible revenu", illustre-t-il.

Et face aux critiques des groupes de défense des droits sociaux, qui reprochent au gouvernement actuel d'être arrogant à leur endroit, M. Charest rétorque que le dernier budget contient "plusieurs mesures progressistes".

"Le dernier budget accorde priorité aux questions sociales. Le programme de lutte à la pauvreté annoncé le 2 avril a été bien reçu, on a fait une place très importante à la prime au travail et j'en suis très fier", mentionne-t-il.

Il ajoute que depuis l'an dernier une somme globale de 2,2 milliards $ a été ajoutée en santé et que pour le logement social "on est en avance".

Lorsqu'on lui demande ce dont il est le plus fier après un an au pouvoir, Jean Charest évoque la prime au travail, "ça rejoint ce en quoi je crois profondément", le "ménage" dans les programmes d'investissement et de crédits d'impôt et l'appui aux familles avec enfants.

Et si les syndicats et groupes de défense des droits sociaux prévoient souligner avec éclat le premier anniversaire de l'arrivée des libéraux au pouvoir à Québec, aujourd'hui, le premier ministre ne prévoit rien de bien particulier.

Outre le match Canadien-Boston, auquel il assistait hier soir au Centre Bell, M. Charest sera au travail à son bureau de Montréal.



Charest un an plus tard

Denis Lessard
La Presse mercredi 14 avril 2004

Même des observateurs libéraux se font critiques

Québec - C'était il y a un an. Jean Charest, propulsé par une victoire sans appel au dé bat télévisé des chefs, remportait facilement les élections générales. Le PQ n'obtenait l'appui que du tiers des électeurs, un score qui le ramenait à ses premières campagnes.

C'était l'époque des promesses; de la réduction de la taille de l'État jusqu'à celle du fardeau fiscal. Une autre façon de gouverner pour laquelle le nouveau premier ministre soutenait avoir un mandat clair de la population.

Un an plus tard, rien ne va plus. Un peu partout au Québec aujourd'hui les grandes centrales syndicales et les groupes sociaux ont organisé des manifestations, en dépit du changement de ton récent de M. Charest, devenu depuis février un " apôtre de la consultation ". L'année 2004, année de négociations du secteur public, risque d'être tout aussi tumultueuse que 2003.

" De mémoire de sondeur, je ne me souviens pas avoir vu un gouvernement nouvellement élu plonger si vite ", résume Claude Gauthier, vice-président de CROP. Chez les sympathisants comme chez les adversaires, le verdict paraît unanime: le gouvernement Charest a raté sa première année, gaspillé sa lune de miel.

" Depuis 15 ou 20 ans, le Québec a toujours fonctionné autour de consensus, des syndicats et des patrons assis autour d'une table ", observe l'ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, John Parisella. Or, pendant des mois, le gouvernement Charest a semblé avoir fait fi de ces ralliements, avec le résultat que l'on sait: en décembre, neuf mois après sa victoire, déjà les deux tiers des électeurs- dont sept francophones sur 10- se disaient insatisfaits du gouvernement. Depuis les Fêtes, le gouvernement est clairement " dans une courbe d'apprentissage ", note M. Parisella.

Cette courbe est un virage en épingle, souvent. Il suffit de se rappeler les cafouillages récents autour du projet du Suroît, et l'improvisation autour des " forums régionaux " annoncés d'abord pour mai, puis repoussés en bonne partie à l'automne.

Cette opération, toute récente, illustre parfaitement la tendance à naviguer à vue, sans planification, du cabinet de Jean Charest. L'idée des forums fut inscrite dans un discours au conseil général 48 heures plus tôt. " Il n'y a pas un ministre qui avait entendu parler de cela avant le discours ", confie un conseiller. Jean Charest n'écoute guère, et ceux qui critiquent trop ouvertement disparaissent mystérieusement de la liste des invités aux réunions, semble-t-il.

Déjà " les syndicats et les groupes de pression fourbissent leurs armes pour profiter de toutes ces tribunes ", observe le communicateur Yves Dupré, perplexe devant les stratégies de communication du gouvernement.

Ce n'est pas faute d'avoir des spécialistes sous la main. À l'interne, Jean Charest s'est entouré de quatre " communicateurs " qui constituent désormais sa garde rapprochée. Les spécialistes du " contenu " n'ont plus le même accès au patron. Pierre Saulnier, celui qui avait écrit la plate-forme libérale de septembre 2002, et Ronald Poupart, des vétérans de l'époque Bourassa, ont été complètement mis de côté.

En même temps, la pression se fait visible sur le premier ministre. Le genre d'urticaire qui l'afflige en temps de stress réapparaît, et il a pris du poids. Ses déclarations vagues, propices à la controverse lors d'entrevues aux journaux la semaine dernière, sont symptomatiques d'un politicien fatigué, explique-t-on.

" Le style du gouvernement est plutôt déroutant, le cabinet de M. Charest ne paraît pas trop fort, on a l'impression d'un groupe emmuré ", explique le sénateur Jean-Claude Rivest, longtemps le plus proche conseiller de Robert Bourassa. Le principal problème selon lui: l'absence cruellement ressentie de conseillers d'expérience, de la pointure d'un Jean-Roch Boivin ou d'un Pierre Bibeau, dans l'entourage du premier ministre. " Des gens qui ont des réseaux, qu'Henri Massé ou Gilles Taillon peuvent appeler directement pour faire leurs mises en garde ", résume-t-il.

" Personne là-dedans n'a ses lettres de créances. Ce n'est pas dans les manuels de communication qu'on apprend à se faire des réseaux ", dit-il.

Avec ses sorties sur la taille de l'État, M. Charest a créé d'énormes attentes qui seront bien difficiles à combler, prédit M. Rivet. Il insiste toutefois pour dire qu'au terme d'une première année, il est trop tôt pour faire un bilan. " La gestion du débat public est cahoteuse, il manque au gouvernement Charest un message structuré. Il n'y a pas assez de pédagogie... On laisse les syndicats occuper beaucoup trop de place " observe-t-il.

Pourquoi? " Parce qu'ils ne savent pas exactement ce qu'ils vont faire avec le gouvernement ", risque-t-il. Des bons coups? M. Rivest retient le dernier budget, qui coupe l'herbe sous le pied à ceux qui accusaient le gouvernement d'être néolibéral.

Que s'est-il passé pour que les promesses disparaissent une à une. Les garderies à 5 $ passées à 7 $, la baisse d'impôt de 1 milliard volatilisée. Le fameux " cadre financier " du PLQ, en septembre 2002, " fut élaboré sur des informations incomplètes ", résume aujourd'hui l'économiste Yves Rabaud, l'un des quatre spécialistes qui avaient cautionné le document.

On ne pouvait prédire la hausse de la devise canadienne, qui a ralenti les exportations et la croissance économique. Surtout, on ne savait pas exactement ce qui se passait dans des sociétés d'État comme la SGF, explique-t-il aujourd'hui. " La mauvaise surprise, c'était l'état lamentable des finances publiques ", résume aujourd'hui Raymond Garneau, responsable de la transition il y a un an.

Pour Claude Gauthier de CROP, l'absence d'explication, de " pédagogie " autour des décisions du gouvernement, sont probablement la source de ses déboires. " Les objectifs n'étaient pas clairs, l'automne dernier. Le gouvernement a ouvert de nombreux fronts. À l'époque de Lucien Bouchard, il y avait un seul clou, le déficit zéro ", résume M. Gauthier.

Surtout, insiste-t-il, il ne faut jamais oublier que depuis son arrivée sur la scène provinciale, Jean Charest n'a jamais été la coqueluche des électeurs, " sauf à deux moments, tout de suite après son arrivée au PLQ et après le débat télévisé des chefs ".

Il y a bien sûr l'inexpérience du gouvernement, dont seulement deux membres avaient déjà fait partie d'un cabinet ministériel. L'un d'eux, Yves Séguin, est probablement celui qui a le plus démontré de savoir-faire, avec une consultation qui a permis de mettre en valeur le gouvernement et un budget qui, tout au moins, a répondu aux attentes d'une partie des électeurs. Il y aussi Philippe Couillard, à la Santé, qui a fait oublier l'époque où le titulaire de ce portefeuille devait répondre publiquement aux crises qui secouaient son réseau. Or, M. Séguin, et même M. Couillard confie-t-on, ne se cachent pas pour dire qu'ils ne sont pas venus en politique pour se contenter d'être ministres. La seconde année du gouvernement Charest promet d'être intéressante.



Ils n'étaient pas prêts

André Pratte
La Presse mercredi 14 avril 2004

Éditorial - "Nous sommes prêts ": les libéraux de Jean Charest avaient choisi ce slogan pour se démarquer de la jeune ADQ. En ce premier anniversaire de l'élection du gouvernement Charest, c'est à se demander si vraiment un gouvernement adéquiste aurait été aussi maladroit que celui-ci. Le bilan de cette première année nous amène forcément à la conclusion suivante: les libéraux n'étaient pas prêts du tout à gouverner.

Même dans des circonstances idéales, les changements mis de l'avant par le Parti libéral auraient été difficiles à réaliser. Ces changements- repenser le rôle de l'État, réduire le fardeau fiscal, remettre le système de santé sur pied- allaient heurter de front les vieux réflexes et les corporatismes. Il fallait donc procéder de manière ordonnée et cohérente, en s'assurant à chaque étape d'obtenir l'appui de la majorité silencieuse. Au contraire, le gouvernement Charest a procédé dans la précipitation et le désordre, de sorte qu'il a aujourd'hui gaspillé tout le capital politique amassé pendant la campagne électorale.

Ce constat d'impréparation est assez étonnant, quand on sait que le PLQ a publié sa plate-forme électorale plusieurs mois avant le début de la campagne. Les libéraux avaient tout le temps pour songer à la façon dont ce programme serait mis en oeuvre dans l'éventualité d'une victoire. C'est avec stupéfaction que nous avons constaté qu'au contraire, dans plusieurs domaines, le nouveau gouvernement naviguait à vue.

Le cas le plus flagrant est celui des fusions municipales. Le Parti libéral a décidé de permettre les défusions deux ans et demi avant le scrutin du 14 avril. Pourtant, quand Jean-Marc Fournier a pris le dossier en main, il est parti à zéro. Pressé par le temps, aux prises avec un dossier d'une grande complexité, déchiré entre deux engagements contradictoires - permettre aux citoyens de se prononcer et favoriser la réussite des nouvelles villes -, M. Fournier a fait de son mieux. Ce mieux aboutit à une structure bâtarde - le conseil d'agglomération - dont M. Charest lui-même ne semble pas comprendre le fonctionnement.

La réingénierie non plus n'était pas prête. Monique Jérôme-Forget, qui connaît bien ce dossier, avait peut-être une idée de la manière dont elle voulait procéder. Pourtant, l'accouchement se fait attendre. Et tout indique que les premiers éléments de son plan, qui seront dévoilés prochainement, auront tout de la souris sortie du ventre de l'éléphant.

En formant son Conseil des ministres, M. Charest a voulu s'entourer de gens dont la loyauté ne faisait pas de doute. Il a donc écarté des vétérans de l'époque Bourassa, au profit de gens qu'il avait lui-même recrutés. Surprise! les recrues ont commis des erreurs de recrues. Annonces précoces, déclarations contradictoires, la succession de gaffes a créé une impression d'incompétence et de confusion. L'un des seuls ministres d'expérience, Yves Séguin, n'a fait qu'empirer les choses en se mêlant sans cesse des dossiers de ses collègues. Le seul qui a su éviter les faux pas est le ministre de la Santé, Philippe Couillard. Dès sa prestation de serment, M. Couillard a su où il allait. Lui était prêt.

Dans le bilan de cette annus horribilis, il y a quand même une belle réussite: la création par les premiers ministres provinciaux, à l'initiative de M. Charest, du Conseil de la fédération. Dépendant de ce qu'en feront les provinces, le Conseil pourrait devenir un puissant instrument de rééquilibrage de la fédération canadienne.

La plus grave erreur du premier ministre et de son entourage, c'est d'avoir surestimé la force du mandat que lui avaient confié les Québécois. M. Charest a cru que le vote du 14 avril lui donnait le feu vert pour " réinventer le Québec "; en réalité, les Québécois voulaient changer DE gouvernement, pas nécessairement changer LE gouvernement. Pour mettre en oeuvre son programme sans heurts, le nouveau gouvernement devait d'abord en faire la pédagogie. Au contraire, il a décidé de foncer tête baissée.

Le premier ministre voulait faire preuve de détermination, cela a été perçu comme de l'obstination. Il voulait dégager la fermeté, il a paru insensible. Les centrales syndicales, accompagnées de tous les groupes qui doivent leur existence à la machine étatique, tous des gens proches du Parti québécois, ont eu beau jeu de monter aux barricades.

Un mot sur ce mouvement de protestation. En employant un langage nettement excessif, les adversaires du gouvernement ont réussi à faire croire à la population que les libéraux étaient en train de " détruire le Québec ". La CSN a lancé il y a deux semaines une grande campagne visant à rappeler " les politiques antisyndicales, antisociales et anti-classe moyenne mises de l'avant par le gouvernement libéral depuis un an ". Pourtant, à l'exception de la modification de l'article 45 du Code du travail- à laquelle nous nous sommes opposé- on cherche en vain ce que le gouvernement libéral a fait d'antisyndical, antisocial et anti-classe moyenne. Augmenter les tarifs des garderies à 7 $? Franchement! Le gouvernement continue de payer plus de 80 % des coûts. Le regroupement des accréditations syndicales dans le réseau de la santé? Un passage obligé pour une gestion plus intelligente des établissements de santé.

Au lendemain du budget " social-démocrate " déposé par Yves Séguin, les protestations syndicales sonnent particulièrement creux. Le jupon dépasse: ce n'est pas pour la justice sociale que se battent les centrales, mais pour leurs prochaines conventions collectives.

Pour presque tous les nouveaux gouvernements, la première année est difficile. La tâche est herculéenne, les contraintes innombrables. Il n'est donc pas étonnant que Jean Charest et son équipe ne maîtrisent pas encore parfaitement les leviers du pouvoir.

Ce qui est plus inquiétant, c'est de voir le gouvernement freiner aussi brusquement qu'il l'a fait l'hiver dernier, et donner l'impression que la nécessaire réinvention de l'État québécois cédera le pas à une gouverne à courte vue. On se désole de voir les libéraux adopter aussi tôt dans leur mandat des trucs de gouvernement usé à la corde: un budget irresponsable, des consultations bidons.

Le Québec fait face à d'immenses défis démographiques et économiques. L'orientation proposée l'an dernier par le PLQ nous semble, parmi celles qui sont proposées, la plus apte à mener aux changements que nécessitent ces défis. Il faut donc souhaiter que le gouvernement Charest reprenne pied. Il ne s'agit pas de devenir populaire. Il s'agit de faire comprendre aux citoyens qu'à défaut d'un virage, le Québec risque d'entrer dans une phase de lent et pénible déclin.

apratte@lapresse.ca



Une année perdue

Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 14 avril 2004

Il y a un an aujourd'hui, le Parti libéral du Québec était porté au pouvoir. Rapidement, Jean Charest a voulu mettre en oeuvre le programme de changement qui lui avait servi de plate-forme électorale. Mal préparées, parfois improvisées, les réformes de cette première année auront fait se braquer syndicats et groupes communautaires ainsi qu'une majorité de l'électorat. Bilan: une année de perdue.

Le premier ministre Charest n'a cessé, ces derniers mois, de rappeler à ceux qui contestaient ses politiques qu'ayant été élu pour changer les choses, personne n'avait à être surpris qu'il le fasse. Si cela est vrai, les Québécois auront eu raison toutefois d'être surpris, sinon choqués, par la façon dont ce gouvernement s'y prenait en agissant envers et contre tous. Ce n'est pas ce qu'on attendait des libéraux.

Le 14 avril 2003, le désir de changement était un sentiment largement partagé par les électeurs qui, redoutant l'approche trop radicale de l'ADQ et l'inexpérience de ses dirigeants, avaient opté pour le Parti libéral que l'on a cru lorsqu'il affirmait être prêt. Dans un cas comme dans l'autre, il n'en était rien.

Prêt, ce gouvernement ne l'était pas. Sauf de rares exceptions, les ministres étaient sans expérience, ce qui a entravé le travail du gouvernement d'autant plus que le premier ministre était résolu à agir vite. Dans son esprit, plus il tarderait à engager ses réformes, plus elles seraient difficiles à réaliser. Il ne fallait donc pas s'arrêter aux résistances des groupes d'intérêt.

Résultat: des changements comme l'augmentation des frais de garde dans les centres de la petite enfance suscitèrent une levée de boucliers rarement vue. S'est installée dès lors une méfiance dont on aurait pu faire l'économie si on avait inscrit la hausse des frais de 5 $ à 7 $ dans le cadre d'une politique de la famille. Les exemples où on a ainsi inversé les processus sont nombreux. Modifiant dès son entrée en fonction les règles de réinsertion en emploi pour les assistés sociaux, le ministre Claude Béchard dut ainsi tout revoir tant l'approche coercitive se révéla improductive. Il lui aura fallu presque un an de travail pour corriger une erreur inspirée par le désir d'agir rapidement.

Radical, le gouvernement Charest l'aura été tout autant qu'aurait pu l'être l'ADQ. La volonté de rompre avec les politiques du gouvernement précédent était manifeste. À la social-démocratie des péquistes, il voulait substituer une approche individualiste. D'où les projets de réduction de la taille de l'État pour en diminuer les coûts et réduire les impôts. Ce gouvernement allait être au service des individus et non des groupes. Question de bien se faire comprendre, le premier ministre fut d'une rare intransigeance au moment d'adopter des changements controversés au Code du travail.

Cette première année fut plus ardue que Jean Charest l'avait imaginé. Gouverner était plus difficile que cela paraissait des banquettes de l'opposition. La chute rapide de popularité de son gouvernement le convainquit qu'il devait changer d'attitude. D'où l'idée des forums pour instaurer un dialogue avec ses concitoyens, d'où l'idée d'un budget plutôt social-démocrate pour renouer avec les familles, d'où aussi le discours plus modéré pour présenter ses projets de réforme.

Changer d'attitude ne signifie pas changer de cap. Les grandes orientations gouvernementales demeurent, M. Charest ne cesse de le réitérer. Le défi pour lui sera de convaincre ses concitoyens que les changements proposés sont nécessaires et ne relèvent d'aucun dogmatisme.

C'est autour du vaste chantier de la modernisation de l'État que l'avenir du gouvernement Charest se jouera. Ce projet est celui auquel le premier ministre tient le plus. La tentation de vouloir forcer la mesure pourra être forte. Ici, le mieux serait l'ennemi du bien. Vouloir tout changer pourrait conduire à un refus de tout changement alors même qu'il y a des façons de faire et des structures à remettre en question au sein de l'appareil étatique. Ce serait perdre du temps que de faire des réformes mal acceptées qu'un prochain gouvernement se hâterait d'annuler. C'est là une chose que les libéraux devraient savoir, eux qui n'ont pas hésité à remettre en cause les fusions municipales.

bdescoteaux@ledevoir.ca



Promesses libérales non remplies intégralement

Michel Corbeil
Le Soleil mercredi 14 avril 2004

"C'est la faute du fédéral !"
Le cadre financier préélectoral du PLQ est respecté, estiment des experts qui l'avaient cautionné


Ottawa a en quelque sorte piégé le Parti libéral du Québec par rapport à certaines de ses promesses, suggèrent deux des experts qui avaient cautionné les prévisions financières des libéraux avant le scrutin du 14 avril. La formation de Jean Charest maintient cependant toujours le cap avec le cadre financier qu'elle proposait en campagne électorale, affirment-ils.

Au moment où le PLQ fête le premier anniversaire de son accession au pouvoir, les universitaires Pierre Lefebvre et Philip Merrigan expriment cet avis. En septembre 2002, ils ont endossé le cadre financier libéral en compagnie de deux autres experts, le fiscaliste Robert Hogan et le professeur Yves Rabeau que LE SOLEIL n'a pu joindre.

Contacté hier au département de sciences économiques de l'Université du Québec à Montréal, M. Merrigan donne une bonne note au PLQ de Jean Charest. Par rapport à ce qu'il préconisait, accorder "un B, ce n'est pas pire, non ?

"Au niveau des dépenses, il (le gouvernement de Jean Charest) semble tenir le cap. C'est au chapitre des revenus (que tout ne se déroule pas comme annoncé). Ils sont plus bas qu'anticipés." La croissance économique a été un peu moins soutenue que prévu, dit-il, mais la différence se fait surtout sentir au chapitre de la péréquation provenant d'Ottawa, souligne M. Merrigan.

Son collègue à l'UQAM, Pierre Lefebvre, reprend la même observation. "Ce que je retiens pour l'essentiel, c'est la réduction très importante des transferts du fédéral. Dans le cadre financier, on supposait que ceux-ci ne changeaient pas."

Or, poursuit-il, la légère hausse accordée en transferts pour la santé et les baisses dans les autres secteurs laissent la province avec un trou dans ses coffres de 900 millions $. "De façon générale, la croissance économique est à peu près là (où les pronostics libéraux la situaient). Ce sont les transferts fédéraux qui ont handicapé le gouvernement."

Les deux experts refusent de reprendre l'opinion des critiques qui ont accusé le ministre des Finances, Yves Séguin, de n'avoir consenti que 200 millions $ en baisses directes d'impôts sur le milliard de dollars promis. À leur avis, il faut prendre en compte les 550 millions $ qu'offre le programme Soutien aux familles et les 240 millions $ de Prime au travail.

Engagement quasi rempli

Philip Merrigan estime que l'engagement de baisse des impôts est rempli à 60 %, soit une baisse des revenus autonomes de l'État de 1,2 milliard en deux ans, plutôt qu'un recul de 2 milliards $. Demander si le milliard $ de baisse, qu'énonce le budget, est une vraie baisse d'impôt, "pour un économiste, l'idée est que les revenus autonomes de l'État seront un milliard de dollars de moins en 2005. Ce sont des revenus que l'État devait avoir et qui sont dans les poches des contribuables".

"C'est un bon choix de cibler la baisse d'impôt, plaide Pierre Lefebvre. Je considère que c'est une baisse d'impôt, dirigée vers les familles. C'est intéressant." M. Lefebvre indique que ce choix n'a jamais été "présenté comme tel" à la population. Mais il signale que durant la préparation du programme, un scénario a été échafaudé "qui n'a jamais été dévoilé. C'était la baisse des impôts et on la ciblait sur les familles", hypothèse fignolée par Alain Paquet, actuel député de Laval-des-Rapides et président de la Commission sur la fiscalité.

"On a choisi un instrument différent (les programmes contenus dans le budget Séguin), reprend M. Lefebvre. Mais cela revient à la même chose." Surtout que cela aurait été politiquement difficile "de dire, nous allons baisser les impôts d'un seul groupe, de ne pas traiter tout le monde de la même façon. Les gens auraient perçu cela comme injuste si on avait dit : on baisse les impôts uniquement de ceux qui ont des enfants entre 0 et 17 ans ."

À son avis, la même démarche s'applique pour la Prime au travail. "C'est aussi un instrument important de lutte contre la pauvreté, pour les familles notamment."

MM. Lefebvre et Merrigan s'accordent aussi pour dire que le gouvernement Charest agit de la bonne façon dans le dossier de la santé. Si le ministre Philippe Couillard n'obtient que la moitié des sommes promises, c'est, somme toute, une bonne chose, ont-ils dit, chacun de leur côté.

"En termes de stratégie, explique M. Lefebvre, c'est une bonne idée de ne pas avoir investi 2 milliards $ en santé. Le fédéral aurait dit autrement : il est où, votre problème ?"

Les experts tombent aussi d'accord pour noter que le gouvernement Charest a tenu sa parole en matière de dépenses. La Santé et l'Éducation ont eu droit à un peu plus, mais la plupart des autres ministères ont hérité d'un gel ou d'une diminution de leur budget. "Ils (les libéraux) ont suivi, grosso modo, leur plan", commente M. Lefebvre. Par rapport au document du PLQ de septembre 2002, le Conseil des ministres de Jean Charest semble se comporter "de façon assez serrée", indique M. Merrigan.

MCorbeil@lesoleil.com



Il n'était pas prêt

J- Jacques Samson
Le Soleil mercredi 14 avril 2004

Chronique politique - Signe prémonitoire peut-être, ce soir du 14 avril 2003, pendant que les militants libéraux suivaient le déroulement sans surprise des résultats des élections au Métropolis, à Montréal, confirmant la victoire de Jean Charest, le ciel s'est ouvert, le tonnerre a claqué et un violent orage s'est abattu sur la ville. Le chef libéral a même été forcé de faire le trajet Sherbrooke-Montréal en voiture plutôt qu'en hélicoptère en raison de la violence de l'orage et ce n'est que très tard en soirée qu'il s'est joint à une fête qui n'a jamais levé, en compagnie de son chef de cabinet d'alors, Ronald Poupart. Les militants se sont aussitôt emparés de leur ami Ronald pour le porter en triomphe. Ils voyaient dans ce vétéran l'artisan de cette victoire si longtemps attendue, encore bien incertaine six mois plus tôt.

Un an plus tard, Ronald Poupart a été brutalement écarté du cercle restreint des collaborateurs du premier ministre. Jean Charest en est d'ailleurs à son deuxième chef de cabinet depuis le 14 avril 2003. Le comité de transition, présidé par Raymond Garneau, avait aussi préparé une sorte de cahier de charges pour chaque ministre, m'avait-on expliqué au cours de la dernière campagne électorale, dans lequel ceux-ci trouveraient les grandes lignes du mandat qui leur était confié. Or certains procèdent encore par essais et erreurs comme si le Québec était un laboratoire et les Québécois leurs cobayes, au point qu'un remaniement s'impose déjà.

Jean Charest a en plus eu la témérité d'écarter de son Conseil des ministres des députés expérimentés comme Pierre Paradis ou Christos Sirros qui auraient donné de la profondeur à son équipe ministérielle. Le cadre financier qu'il nous avait présenté avant les élections s'est aussi révélé un exercice superficiel : une fois au pouvoir, les libéraux ont été incapables de tenir leurs engagements à l'endroit des contribuables.

Dans presque tous les secteurs, cette première année du mandat s'est écoulée en tâtonnements. La loi sur les défusions est un labyrinthe pour perdre des citoyens floués par la promesse libérale. Le plan d'action sur la pauvreté et la politique familiale viennent tout juste d'être déposés, dans un recyclage fiscal qui ne donnera des petits fruits que dans plusieurs mois. Les engagements en éducation sont reportés, tout comme la modification au no-fault dans l'assurance automobile dont les conséquences n'avaient pas été calculées. La décentralisation des pouvoirs - et des budgets - vers les régions piétine. Les pertes d'emplois par contre s'additionnent.

Mais surtout, les Québécois ignorent encore tout du grand projet libéral de réingénierie de l'État québécois. Nous devrions connaître dans les prochaines semaines les pistes dégagées par les différents comités chargés d'examiner les programmes gouvernementaux et de restructurer l'appareil public.

Il n'y a à peu près que dans le champ du développement économique où l'action ne s'est pas fait attendre. Le ministre Michel Audet a traduit sans attendre la philosophie libérale dans une révision des missions de la Société générale de financement, d'Investissement Québec et autres bras gouvernementaux.

Bref, Jean Charest n'était pas prêt du tout, contrairement à la prétention de son slogan électoral. L'équipe n'était pas prête, le plan d'action était à peine esquissé à gros traits, ce qui fait que la stratégie de mise en place n'avait pas été élaborée. Le chef libéral semblait ignorer que celui qui propose des réformes majeures a le fardeau de la preuve sur leur nécessité et les bénéfices que la collectivité en retirera. Qu'il n'y a pas de place pour l'improvisation sur la place publique, les contradictions entre ministres, les ballons politiques, en somme pour tout ce qui crée de l'insécurité chez les citoyens par rapport à la démarche et à l'égard de ceux qui la pilotent. Que les communications avec tous les acteurs dans la société, y compris et peut-être même surtout avec les adversaires appréhendés, sont primordiales.

Le diagnostic libéral des maux qui affligent le Québec était correct ; l'application malhabile de la thérapie par des chirurgiens amateurs a mené au désastre.

Jean Charest est maintenant détenteur du record de la pire dégringolade au cours de la première année d'un premier mandat pour un nouveau gouvernement au Québec. Il a certes réalisé cet hiver l'ampleur des dégâts et il a tenté un virage, avec l'annonce des forums régionaux suivis d'un sommet à l'automne. Cette initiative laisse encore froid, montrent les sondages. D'autres changements sont aussi à venir autour du premier ministre. (Le coprésident de l'opération forums, Pierre Schedleur, un ancien sous-ministre et patron de la CSST, qui était passé chez Bell, ne serait pas que prêté. Il serait appelé à jouer un rôle de premier plan.)

D'autre part, les organisations syndicales et leurs satellites refusent cependant toujours de reconnaître la légitimité du gouvernement et ils nourrissent une agitation sociale constante qui empoisonne le climat social. Ces alliés du Parti québécois ont un double intérêt à miner la capacité du gouvernement de changer les choses dans le sens qu'il préconise. Ils ne relâcheront pas la pression.

Tout n'est certainement pas perdu pour Jean Charest. Mais il a gaspillé un précieux capital de confiance, avant même d'avoir amorcé une réingénierie dont la nécessité demeure pourtant indéniable.

JJSamson@lesoleil.com



Let Charest be Charest

DON MACPHERSON
The Montréal Gazette 14.4.2004

The premier is at his best while campaigning, so the Liberals should put him on the road to sell the restructuring program

Near the end of his hour-long interview with The Gazette yesterday, Premier Jean Charest magnanimously offered his Parti Quebecois adversaries the benefit of his considerable experience at rebuilding political parties after defeat.

"I've done it in federal politics," he said, referring to his previous incarnation as leader of the now defunct Progressive Conservative Party, "and I've done it here," after the first of his two elections as head of the Quebec Liberal Party.

"And the only way to do it is to hit the road and talk to people. There's no other way to do it."

Maybe the premier, who describes his election victory a year ago today as the payoff for his tireless crisscrossing of the regions in the preceding years, should heed his own advice.

That's because a government that has a satisfaction rating of 30 per cent and the support of only one francophone in six after a year in office is in need of something like rebuilding.

In a round of election-anniversary interviews, Charest has talked of the need to effect nothing less than "cultural change" in Quebec. What he means is that Quebecers must learn to accept less from their government.

It's an admission the change hasn't taken place yet, a realization the Liberals, with their program to reduce the size and especially the cost of government, are dangerously out in front of public opinion.

Charest admitted "the one thing I should have done differently" in his first year as premier was "to take more time to explain" his government's intentions. So now his government has three years until the next election instead of four in which to change habits that have developed over four decades of constant government expansion.

So far, it has set aside 19 days. That's one day for each of the regional forums it will hold in the spring and fall, a consciousness-raising exercise disguised as a consultation in which participants from the general public will be chosen at random.

The real purpose of these forums, immediately mocked as "loto-consultations," is to teach local opinion leaders that the government has been living beyond Quebec's means, past and especially future.

But while Charest called the need for change "urgent," he and his government are going about their task of education at a sporadic, unhurried pace.

After the government released its "shiny paper" describing the financial and demographic problems facing Quebec, there was no follow-up for a week, until Charest delivered a speech to an audience of the businesspeople who appear to be the Liberals' only friends. Then nothing happened for another couple of weeks, until the government announced details of the forums.

People learn by repetition. But the government isn't repeating its message it needs to get across. And it can't count on the media to do it in its place, since repetition is by definition not news.

Charest could also take advice from a television program. In an early episode of The West Wing, when the administration was politically adrift, an aide scrawled a few words of advice on a notepad and showed it to President Bartlet. It said: "Let Bartlet be Bartlet."

Maybe Charest needs to be Charest. Since he's best at campaigning, let him campaign.

Extraordinary circumstances call for extraordinary measures. If "cultural change" is as important as Charest says it is (and his shiny paper makes a strong case), then let him campaign for it as if he was campaigning for re-election, with similar techniques, including advertising.

And let his party pay for it; more than enough public funds have already been squandered on partisan full-page newspaper ads, by this administration as well as previous ones. And because in a sense, he will also be campaigning for re-election.

There are some lessons from his first year in office that Charest has apparently yet to learn. After being criticized last fall for refusing to listen to his critics and for needlessly provoking his opponents, yesterday he dismissed today's planned marking of the first anniversary of his election as being "all about the renegotiation of the labour contracts (for government employees), period."

But he said he's learned he needs to explain himself better. So let him explain himself. Let Charest be Charest.

dmacpher@thegazette.canwest.com



SCANDALE DES COMMANDITES
Ouellet et le concours des timbres: "Ce n'était pas une commandite"

Gilles Toupin
La Presse mercredi 14 avril 2004

Ottawa - Après avoir affirmé aux membres du comité des comptes publics que sa vie était " un enfer " depuis un mois, André Ouellet s'en est pris hier à la vérificatrice générale, Sheila Fraser, qualifiant d'inacceptables certaines conclusions de son rapport sur le scandale des commandites.

Le président-directeur général de Postes Canada, suspendu avec salaire de ses fonctions en raison des conclusions de ce rapport, a aussi défendu au cours de son témoignage le bilan de sa société à ce chapitre tout en faisant porter le blâme, pour les problèmes soulevés par la vérificatrice générale, sur le gouvernement.

" Vous pouvez blâmer les Travaux publics d'avoir agi de la sorte, a-t-il lancé en réponse à une question du libéral Robert Thibault. Vous avez parfaitement raison de le faire. Mais ne blâmez pas Postes Canada! "

Hier, plusieurs membres du comité, dont des libéraux, ont trouvé louche une transaction de commandite de 1998-1999 destinée à organiser un concours de conception de timbres pour les enfants, alors que l'argent issu du programme de commandites a circulé aller-retour entre Postes Canada et des agences de communication proches des libéraux. Le député libéral Sean Shawn Murphy a même déclaré que cette transaction ne passait pas " le détecteur d'odeur ".

Selon la vérificatrice générale, Travaux publics a en effet acheminé 521 000 $ à Postes Canada pour financer la compétition. Mais l'argent est passé par des intermédiaires- Lafleur Communication et Media I.D.A. Vision- qui ont pris une commission combinée de 78 000 $. Mme Fraser a aussi rapporté que Postes Canada a payé plus tard à Lafleur Communication 516 000 $, sans contrat et sans appel d'offre, pour gérer le programme de conception des timbres.

M. Ouellet a répété plusieurs fois hier qu'il ne savait pas à l'époque que ce concours de timbres était lié au programme de commandites. Il croyait plutôt qu'il était lié au programme des partenariats du millénaire du gouvernement du Canada. Ce n'est qu'en février dernier, lors de la sortie du rapport de Mme Fraser, qu'il a appris, a-t-il assuré, que le concours était en fait lié au programme de commandites. Dans son esprit, a-t-il ajouté, ce projet n'avait rien à voir avec les commandites. " Ce n'était pas un programme de commandites, c'était un programme de timbres ", a-t-il insisté.

L'ancien ministre libéral a lancé quelques flèches à Mme Fraser qui ont fait sursauter l'opposition. " Je ne dis pas qu'elle ne sait pas ce qu'elle dit, je dis que certaines de ses conclusions ne sont pas correctes. " Le député Michel Guimond, du Bloc québécois, a alors accusé M. Ouellet de " cracher " son " venin " sur la vérificatrice générale, des paroles qu'il a dû retirer à la demande du président du comité, John Williams.

Quant à la commission de 78 000 $ versée aux agences de communication, M. Ouellet a soutenu que Postes Canada n'avait rien à voir là-dedans, que l'argent avait été versé par le gouvernement du Canada à Lafleur Communication et à Media I.D.A. Vision.

Le comité a voulu savoir également pourquoi Postes Canada avait accepté de participer à la série télévisée sur Maurice Richard en versant 1,6 million à la maison de production L'Information essentielle. L'argent, a précisé André Ouellet, a entièrement été déboursé par la Société sans passer par des intermédiaires. Mme Fraser s'est inquiétée dans son rapport du versement de cet argent sans contrat et sans documents justificatifs.

M. Ouellet s'en est encore pris à la vérificatrice générale dans ce dossier. Il a trouvé " regrettable " que les employés de cette dernière, qui ont enquêté quatre mois à Postes Canada, n'aient pas tenu compte des informations que leur a remises la Société et qui insistaient sur le caractère commercial de la décision prise par Postes Canada de participer en tant que partenaire à la série. " On n'a pas suivi les procédures normales d'une commandite, a dit M. Ouellet, parce que ce n'était pas une commandite. "

M. Ouellet a déclaré qu'il avait l'impression que Postes Canada " était coupable par association " dans toute cette affaire. " On aurait pas dû être dans ce chapitre " du rapport de la vérificatrice générale, a-t-il ajouté.

John Williams, le président du comité, a affirmé aux journalistes à la fin de la séance qu'il gardait son entière confiance en Mme Fraser. Il a estimé que le comité n'avait pas fait beaucoup de progrès avec le témoignage de M. Ouellet. " À chaque fois que nous avons une personne de haute responsabilité devant le comité, a-t-il dit, elle semble toujours avoir une justification mineure pour dire que tout va bien. Ce n'est pas ce qui s'est passé. La vérificatrice générale l'a dit. Cent millions ont été dépensés pour très peu ou rien en retour. Le président du Conseil du Trésor le reconnaît. Il nous faut aller au fond des choses. "



Pékin fait un lien entre le " séparatisme tibétain " et la question du Québec

PC
La Presse mercredi 14 avril 2004

Ottawa - Ottawa, qui connaît ses propres problèmes d'unité nationale avec la question de l'indépendance du Québec, devrait s'abstenir d'encourager le dalaï-lama, qui est un séparatiste asiatique, a soutenu le gouvernement chinois, hier.

Des représentants de l'ambassade chinoise à Ottawa ont condamné la décision du premier ministre Paul Martin de rencontrer le leader spirituel tibétain, une première pour un premier ministre canadien.

Le personnel du premier ministre a annoncé lundi que M. Martin aura un entretien avec le dirigeant spirituel lorsque celui-ci sera de passage au Canada.

Le dalaï-lama doit arriver au pays lundi prochain, et sera à Ottawa du 21 au 24 avril.

Le lien que les représentants chinois font avec les problèmes d'unité nationale canadienne illustre à quel point Pékin est irrité par cette visite.

Selon l'ambassade, en accordant une audience au dalaï-lama, le gouvernement canadien s'éloignera de sa politique actuelle sur la question du Tibet, et ce sera interprété par les partisans du chef spirituel tibétain en exil comme un encouragement à ses activités séparatistes. " Nous espérons que le Canada, qui a son propre problème avec le Québec, comprendra notre position ", a fait savoir l'ambassade dans un communiqué.

Les représentants du premier ministre ont tenu à dire que M. Martin rencontrera le dalaï-lama en tant que leader religieux, et non en tant qu'homme politique. Mais cela ne suffit pas pour Pékin, selon qui " la question du Tibet n'est pas d'ordre religieux, ni de droits de la personne, mais plutôt une question de principe concernant la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Chine ".

Le dalaï-lama fait campagne pacifiquement pour l'autonomie du Tibet depuis son exil en 1959. Les troupes chinoises ont envahi et annexé le Tibet en 1951.



La croisade de Tony Blair

Jocelyn Coulon
La Presse mercredi 14 avril 2004

La croisade de Tony Blair : Aujourd'hui, le pyromane Tony Blair nous demande d'entretenir le feu qu'il a contribué à allumer en Irak

Le premier ministre britannique, Tony Blair, sera aux États-Unis demain et vendredi pour discuter du fiasco irakien avec le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et George W. Bush. Il est porteur d'un seul message qu'il vient d'exprimer dans un article publié dimanche par The Observer: il faut poursuivre la lutte, car la victoire du " terrorisme " en Irak scellerait la défaite de la civilisation et de la démocratie dans le monde. Rien de moins.

En Irak, écrit Tony Blair, " nous sommes pris dans un combat historique. Si nous devions échouer, ce qui ne sera pas le cas, c'est bien plus que la " puissance de l'Amérique " qui serait mise en échec. Les espoirs de liberté et de tolérance religieuse en Irak seraient anéantis. " Blair ne s'arrête pas là. Pour lui, l'Irak n'est qu'une étape dans la bataille que livrent les terroristes islamistes pour conquérir le monde. Prédicateur, il monte en chaire et pronostique la fin des temps comme, avant lui, le pape Urbain II le fit en 1095 lorsqu'il appela l'Occident à joindre la première croisade pour terrasser l'infidèle qui venait d'envahir la Terre sainte, sinon " les fidèles de Dieu seraient encore plus largement victimes de cette invasion ".

Voici la version moderne de l'appel à la croisade. " Les terroristes savent que leur victoire représenterait beaucoup plus qu'une défaite pour les États-Unis ou la Grande-Bretagne, écrit le leader politique britannique. Leur victoire symboliserait la défaite de la civilisation et de la démocratie partout dans le monde. Ils le savent, mais nous, le savons-nous? En vérité, confrontée à ce combat dont dépend notre propre destinée, une bonne part de l'opinion occidentale se contente de nous observer et espère presque nous voir perdre la face, éprouvant un malin plaisir devant les difficultés qui se dressent sur notre chemin. (...) Plus l'Occident est faible, plus les terroristes seront après nous. " C'est l'Apocalypse selon Saint-Blair.

Terrorisme intellectuel

Cette rengaine sur l'air de " ce combat dont dépend le sort de la civilisation et de la démocratie " est une vieille ficelle du terrorisme intellectuel constamment utilisée par des dirigeants politiques pour couvrir leurs erreurs. Le Vietnam en est un exemple probant. Robert McNamara, alors secrétaire à la Défense, de 1961 à 1968, au plus fort de la guerre du Vietnam, ne cessait de répéter qu'une défaite américaine en Indochine provoquerait la chute de l'Asie aux mains des communistes, menacerait la sécurité de l'Occident et détruirait l'influence américaine dans le monde. Dans ses Mémoires publiés il y a 10 ans, il avoue avoir été dans l'erreur: l'Occident a parfaitement résisté et les États-Unis n'ont jamais été aussi puissants.

Et il dresse la liste des 11 raisons expliquant " notre désastre au Vietnam ", dont celles d'avoir sous-estimé le nationalisme du peuple vietnamien et les intérêts des acteurs étrangers dans le conflit et d'avoir été incapables d'adapter les tactiques militaires à la nécessité de gagner les esprits et les coeurs. Si les Américains ont si mal jugé la situation au Vietnam, écrit-il, " c'est parce que nous ignorions profondément l'histoire, la culture et la vie politique de la population de cette région ". En savent-ils plus sur l'Irak?

L'aveu de McNamara, la sérénité et la profondeur de son analyse en disent plus sur la complexité du monde et sur les agissements des Américains en Irak que les inepties d'un premier ministre britannique aux abois. Après avoir menti sur les armes de destruction massive, après avoir saboté le processus d'inspection en Irak et ridiculisé les pays opposés à la guerre, après avoir autorisé la mise sur écoute des conversations de Kofi Annan et de délégations au Conseil de sécurité, Blair a perdu toute crédibilité pour appeler au rassemblement.

Aujourd'hui, le pyromane Blair nous demande d'entretenir le feu qu'il a contribué à allumer en Irak. Il nous demande d'appuyer sa stratégie: nous risquons, sinon, de périr. Il nous exhorte à nous ranger et non à réfléchir. " Lorsque les talons claquent, les esprits se referment ", disait le général de Gaulle. Non, ni notre démocratie, ni notre civilisation ne seront menacées par une défaite anglo-américaine en Irak. Tony Blair et George W. Bush, oui. Ne nous laissons pas entraîner dans leur naufrage.

L'auteur est chercheur indépendant. Il vient de publier L'Agression. Les États-Unis, l'Irak et le monde chez Athéna Éditions.

jcoulon@peaceoperations.org



Fiscalité
Le Québec doit-il favoriser les riches ?

Marc-André Gagnon
Université York à Toronto et chargé de cours en économie à l'Université de Montréal
Le Devoir mercredi 14 avril 2004

IDÉES - L'Institut économique de Montréal base son argumentation sur des dogmes rétrogrades

Il n'y a pas assez de riches au Québec! Si on ne baisse pas rapidement les impôts des plus riches, «il n'y aura plus de richesse à redistribuer d'ici cinq ans»! Le 27 mars dernier, l'Institut économique de Montréal (IEDM), sous la plume de Norma Kozhaya, frappait de nouveau dans les pages du Devoir afin de défendre la vision d'un libéralisme rétrograde en faveur des élites financières: un plus grand enrichissement des riches serait nécessaire pour soutenir la croissance économique.

Mais avant d'envoyer vos dons charitables à Pierre-Karl Péladeau ou Laurent Beaudoin, un regard un peu plus éclairé s'impose sur quelques dogmes libéraux.

Le premier dogme est que les contribuables québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord. Si les Québécois avaient la même structure fiscale qu'en Ontario, ils paieraient cinq milliards de dollars de moins par année en impôt provincial sur le revenu.

Avant de tous déménager en Ontario, il faudrait comprendre les raisons de cette «surimposition» au Québec. Selon le ministère québécois des Finances, la différence avec l'Ontario est de 4,2 milliards, mais on oublie de mentionner que les entreprises québécoises (modèle québécois oblige) paient 1,4 milliard de moins qu'en Ontario. La différence est donc de 2,8 milliards.

Mais où va cette différence? Mauvaise gestion? Gaspillage? Ce prélèvement fiscal supplémentaire sert à financer différents services et programmes que l'on trouve au Québec mais pas en Ontario: garderies à 7 $ par jour, prestations pour enfants, assurance-médicaments, bourses aux étudiants, subventions à l'enseignement privé, développement local et régional. Ces dépenses supplémentaires pour des services publics qui n'existent qu'au Québec et qui profitent surtout à la classe moyenne, telles que compilées par Jean-François Lisée en comparant les comptes du Québec et ceux des autres provinces, se chiffrent à 3,984 milliards alors que le prélèvement supplémentaire n'est que de 2,8 milliards.

De plus, si Hydro-Québec exigeait les mêmes tarifs d'électricité que ceux en vigueur à Toronto, les Québécois devraient débourser 2,5 milliards supplémentaires, ce qui permettrait au gouvernement québécois de diminuer d'autant les prélèvement fiscaux.

Moins riches?

Un autre dogme est celui selon lequel les Québécois sont moins riches que les Ontariens: seuls 14 % des Québécois gagnent 50 000 $ ou plus, alors qu'en Ontario, vous devez fixer la barre à 60 000 $ pour obtenir la même proportion.

Si les chiffres sont clairs, la réalité l'est moins lorsqu'on compare le coût de la vie. La firme KPMG avait produit une étude en 2001 pour comparer le coût de la vie dans les grandes métropoles. Les résultats entre Montréal et Toronto étaient clairs: par exemple, le coût de la vie d'un ménage avec deux enfants, gagnant 100 000 $ par année, était 12 % moins cher à Montréal qu'à Toronto. Même si on considère que les revenus à Montréal sont en moyenne plus faibles de 14,4 % (sans prendre en compte que les Montréalais se donnent une heure de loisir supplémentaire par semaine), le même ménage avec un revenu de 85 000 $ à Montréal jouit d'un niveau de vie de 4 % supérieur à celui d'un ménage torontois gagnant 100 000 $.

Un troisième dogme est que la mauvaise gestion fiscale et le prétendu modèle québécois ont conduit à l'appauvrissement du Québec. Toutefois, si on compare le Québec aux 30 pays de l'OCDE, on constate que le Québec progresse beaucoup plus rapidement que la moyenne. En 1992, le Québec se classait 17e sur 31 pour ce qui est de son PIB (en parité de pouvoir d'achat) alors qu'en 2002, il se classait dixième sur 31. La croissance économique au Québec a donc dépassé de loin la moyenne des autres pays de l'OCDE (seule l'Irlande a fait mieux). Malgré toutes ses imperfections, le modèle québécois semble tenir la route.

Le modèle américain

Finalement, l'exemple à suivre pour l'IEDM ne serait pas l'Ontario mais bien les États-Unis. Le dogme du modèle américain est encore plus dangereux: sous Reagan, la baisse du taux marginal d'imposition des plus riches a fait en sorte que ceux-ci ont fourni davantage de recettes fiscales. Ainsi, les 1 % les plus riches aux États-Unis payaient 17,6 % de tout l'impôt en 1981. Après des baisses draconiennes des taux d'imposition de 70 à 28 %, ils payaient 27,5 % de tout l'impôt en 1988.

Mais l'ère Reagan a aussi signifié un assaut sans précédent sur les organisations ouvrières et une attaque dévastatrice contre les programmes sociaux, produisant des conditions de vie misérables pour les plus pauvres et recréant les grandes inégalités sociales oubliées depuis l'époque des barons-voleurs et du capitalisme sauvage.

D'après les études de Piketty et Saez sur l'évolution des inégalités, les politiques de Reagan en faveur des riches ont fait en sorte que si les 1 % les plus riches recevait 8 % de l'ensemble des revenus en 1981 (ils gagnaient 800 % de plus que la moyenne), ce taux a monté à 13,2 % en 1988 [...] et ils ont fait une contribution relativement moindre à l'assiette fiscale. [...] Il faut noter qu'en 2004, les 1 % les plus riches s'approprient 16 % du revenu national et contrôlent plus de 40 % des richesses du pays, soit le double qu'en 1981.

Au-delà des chiffres, c'est une réalité sociale dangereuse qui s'est mise en place aux États-Unis, où la richesse est concentrée entre les mains d'une oligarchie financière au détriment du reste de la société. L'IEDM tient pour acquis qu'une augmentation de la croissance économique, en permettant aux riches d'en accumuler toujours plus, va nécessairement bénéficier à l'ensemble de la société. Toutefois, l'exemple américain nous prouve le contraire.

Le salaire annuel moyen d'un ménage (en dollars américains constants) est passé de 32 522 $ en 1970 à 35 864 $ en 1999 (une augmentation d'environ 10 %). Toutefois, le nombre d'heures travaillées annuellement par un ménage pour obtenir ce salaire moyen est passé de 3250 à 3800, une augmentation de 17 %. [...]

Pourtant, la productivité horaire a connu une croissance de 1,4 % en moyenne annuellement. Qui a donc accaparé cette croissance? À 90 %, elle a été accaparée par les 5 % les plus riches - dont 60 % par le 1 % des plus riches. Le magazine Fortune montre ainsi que les revenus annuels moyens des 100 plus grands p.-d.g. américains sont passés de 1,3 million de dollars en 1970 (40 fois le salaire moyen) à 37,5 millions en 1998 (1070 fois le salaire moyen). Alors que les revenus horaires réels des travailleurs ont baissé au cours des 30 dernières années, les revenus des p.-d.g. ont augmenté de 2900 %.

Le libéralisme dogmatique de l'IEDM conduit à des effets pervers. Au nom de la liberté économique et d'une croissance économique qui ne servirait que les riches, ils sont prêts à sacrifier les fondements de notre paix sociale et nous ramener 100 ans en arrière, où le luxe fastueux des gens de l'élite côtoyait l'appauvrissement des travailleurs. [...]

La liberté économique réclamée par l'IEDM, qui suit le modèle américain, est la liberté du loup dans le poulailler. La liberté économique qu'offre le modèle québécois, aussi imparfait soit-il, est celle d'assurer aux Québécois une plus grande égalité de chances, une croissance économique somme toute impressionnante et une meilleure répartition des bénéfices de cette croissance à l'ensemble de la société. Il est parfois bon de le rappeler.




TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Assommer par assomption

Jean-Luc Gouin
TRIBUNE LIBRE 14 avril 2004

Assommer par assomption

Autour de Robert Laplante et Louis Cornellier



Objet : « Robert Laplante contre l'enfermement » http://www.ledevoir.com/2004/04/10/51920.html?217



« Le recueil de Robert Laplante suscite chez le lecteur une sensation
d'épuisement. [...] Cette stratégie, toutefois, s'avère à double
tranchant dans la mesure où elle assomme autant qu'elle stimule.
»
LC


Bonjour Louis,

Je n'ai pas l'habitude, comme tu sais, d'émettre de commentaires sur tes recensions - que je lis par ailleurs toutes les fins de semaine dans LeDevoir, et dans un véritable agrément. Mais je t'avoue qu'en cette occasion j'ai trouvé ton propos un peu court.

Je pense quant à moi que Robert Laplante cisèle actuellement l'un des discours les plus incisifs et les plus lucides que l'on puisse lire, depuis quelques années, en regard au contentieux Québec-Canada.

Il manie le radar de la chauve-souris dans son travail de débusquement des petits rongeurs du système canadian - individus, politiques ou événements indifféremment. Il démonte ensuite les ressorts des mouvements (mécaniques?) de ceux-ci par le biais d'une intelligence finement aiguisée. Enfin, sa solide maîtrise de la langue «achève» littéralement le lecteur (en effet) en forçant chez lui l'assentiment face à la rigueur de la démonstration discursive.

Il est vrai que cette littérature peut sembler lourde pour plus d'un. Non pas toutefois à la manière d'une écriture plus ou moins empesée (comme la mienne...), qui trop souvent terrasse plus qu'elle ne convainc. Mais plutôt à la façon d'une gifle cathartique, et d'autant plus nécessaire qu'on la redoute.

Un peu dans la couleur de Jean-François Lisée, par exemple, quoique le phénomène se profilât chez lui quelque peu différemment (je pense en particulier au diptyque Le Tricheur / Le Naufrageur et à Sortie de Secours
[1]), le grand pouvoir de la plume de Laplante - et c'est à mon avis ce qui explique précisément ce que je nommerai pour ma part l'«assommation» (assomption [de soi], sommation [à l'autre] et assommement consécutif inhérent au défi d'une pareille entreprise collective) - est qu'il devient fort difficile (et donc contraignant, comme si on... forçait la main) de contrer l'argumentation autrement qu'en empruntant, ou bien:

a) le chemin de l'imbécillité (dont Elvis Gratton constitue la caricature, encore que nous connaissions tous des personnes bien réelles et en rien fictives qui sauraient sans difficulté disputer le titre de corniaud au héros falardien), ou bien

b) celui de ...la mauvaise foi (ici - l'intérêt particulier présenté comme intérêt national - les Alain Dubuc et autres André Pratte de bobonne Gesca fusent de toutes parts), ou sinon

c) celui de la neurasthénie (qui, de mon sens, affecte encore à ce jour une majorité de Québécois: «J'entends, j'acquiesce du bonnet de la raison, mais j'impuissance devant l'action»).

Robert Laplante assomme, il est vrai. Mais par assommation. Activité intellectuelle et pratique à la fois qui commande le mouvement conséquent que l'on pourrait décrire comme suit: comprendre (intelligence des événements) => assumer (tirer les conclusions, ce qui en outre implique vaincre ses peurs mentales, se dégluer de ses états d'âme et se dépêtrer du confort de l'inertie) => agir (tirer le vin: casser le moule asphyxiant, modifier le rapport de force avec l'autre, s'approprier soi-même, maîtriser notre destin, instituer notre propre Histoire enfin).

En un mot, libérer la nation québécoise de son enfermement chronique dans la logique de l'Autre
[2]. Car en effet, tu l'écris avec justesse, les «constats [de RL], c'est le moins qu'on puisse dire, sont accablants pour la logique fédérale.»

D'aucuns diraient, plus concisément encore, que Robert Laplante fustige notre légendaire désoeuvrement («oui et non et ou ni oui ni non») en «épuisant» un à un tous nos faux-fuyants.

Et c'est bien épuisant, je te l'accorde, pour un peuple de louvoyants.

Amicalement à toi,



Jean-Luc Gouin
LePeregrin@yahoo.ca
Québec,
10 avril 2004


[1]  À tout hasard, bien que tu connaisses sûrement déjà : «Le Lys dans le lisier» (http://www.vigile.net/00-5/jlg-lisee.html).

[2]  Sous cet angle spécifique de la mercuriale, je renverrais notamment aux pistes de réflexion développées chez Marie-Louise Lacroix dans «Claude Ryan ou de l'absoluité du Canada», toujours chez Vigile (http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/3-19.html#tlml).





TRIBUNE LIBRE

«Un Québécois ? Pouah !!!»
Christiane, Alexis et Radio-Canada en trois poings...

Hélène Pisier
TRIBUNE LIBRE 14 avril 2004


Préambule : Le texte de M. Gélinas paru en http://www.lequebecois.org/CourrierLecteurs.aspx?id=177&page=0 dans les dernières heures m'a disposée de manière analogue - sans doute par épuisement de porter la croix de Radio-Canada - à porter à mon tour l'épaule à la roue.



1.  « Je suis une Canadienne qui habite le Canada dans une ville canadienne »
Je n'avais pas écouté Christiane Charette en direct depuis certainement trois ans.* Ça remonte à son entrevue avec Bernard Landry, alors Premier ministre du Québec. L'arrogance et le mépris démontrés par madame à cette occasion étaient parvenus en quelques minutes à lui faire perdre toute crédibilité à mes yeux. D'autant plus que nous avions été témoins, à peine quelques semaines plus tôt, de l'entrevue de même nature (mais point de même atmosphère, cela non) avec le vis-à-vis de celui-ci à l'Assemblée nationale, j'ai nommé Jean Charest. Fiou! Passer aussi aisément de la complaisance à l'agression mâtinée de mauvaise foi, faut être vraiment doué, M'dame...
     Or, par mégarde, j'ai ouvert le poste l'après-midi des Pâques sur la chaîne de Radio-Canada. Eh bien malgré tout, c'est-à-dire en dépit de cette feuille de déroute déjà connue, je n'en crus point mes oreilles: en quelques minutes, la dame a trouvé moyen - et ce dans un cadre général qui n'avait rien à voir spécifiquement avec cette «entité» - de répéter «Canada» et autres termes dérivés («canadien», etc.) au moins à trois ou quatre reprises. En trois minutes...  Pour dériver, certes ça dérivait (Mazette! qu'aurais-je donc entendu si je m'étais tapé les 90 minutes de l'émission?). Décidément, un Serbe nostalgique de sa patrie d'avant 1914 n'aurait pas offert meilleur spectacle. Dites, Mme Charette, avez-vous eu droit pour ce faire à quelque redevance des Commandites du gouvernement «canadien»?

2.  Des Chênes et un Peupleplié
Ce «portrait» de CC en direct a rapatrié aussitôt dans ma mémoire encore vive quelques «détails» des dernières heures, toujours butinés sur les ondes de la SRC. Par exemple, pas plus tard que la veille (soit samedi le 10 courant, et nonobstant M. Gélinas qui en a fait mention avec justesse dans son propos, il me faut revenir sur ce «poing» au visage car j'ai été moi-même outrée de la chose), au Téléjournal de 22h, le reporter Alexis Deschênes nous informe que le Bloc québécois «cherche à tirer profit» (!) de ce que l'un des députés de ce parti politique considère comme étant l'immoralité de Paul Martin et de sa famille (lesquels en l'occurrence pavoisaient à nouveau un navire de leur flotte marchande du drapeau de complaisance de la Barbade). Résultat objectif et factuel de l'événement: évasion fiscale supplémentaire aux plus hauts échelons du pays (quel exemple!) et mise à pied de marins locaux à la faveur de l'embauche de travailleurs étrangers largement sous-payés (méthodes de gestion apprises à l'école du Ministère des Finances du Canada, peut-être). Or le professionnel de Radio-Canada s'est plutôt employé à nous faire comprendre - grotesques ignorants que nous sommes, auditeurs de la chaîne d'État canadienne - que fustiger l'immoralité c'est forcément chercher à tirer profit... Chapeau! M. Deschênes.
     Par conséquent, pensez-vous l'encaisser bientôt, vous, M. Deschênes, votre chèque des Commandites des fils spirituels de MM. Jean Pelletier, Alfonso Gagliano ou autres Charles Guité...? Ce sera édifiant à n'en pas douter, M. Alexis, lorsque éventuellement (car de toute évidence vous avez saisi comment vous faire remarquer avantageusement par vos supérieurs de la SRC) vous nous offrirez un reportage sur le sens de la démocratie - et de la moralité - au sein des troupes des Pierre Pettigrew, des Lucienne Robillard, des Jean Lapierre, des Liza Frulla et des Denis Coderre. Je trépigne déjà d'impatience.

3.  « Pouah ! Un Québécois... »
À la même édition du Téléjournal, on nous entretient d'un homme en otage aux mains d'insurgés irakiens. Il s'agit de M. Fadi Ihsan Fadel, Québécois d'origine syrienne (à qui d'ailleurs je souhaite sincèrement une issue heureuse à ce pénible incident). Eh bien on saura et saura encore qu'il s'agit d'un Canadien et/ou... d'un Lavallois. Mais comme il est souvent de circonstance depuis que le PLC de M. Paul Martin a pris le pouvoir il y a onze ans, au sein de la société d'État fédérale on procède quasi systématiquement au hiatus - sinon à l'«éradication» - du caractère québécois des personnes et des événements (comme on le fit également - est-ce dieu possible...? - sur mon propre passeport...).** Ainsi en sera-t-il, fort probablement, si le passé reste garant de l'avenir, lors des tout prochains Jeux olympiques (et tant pis pour les «Lys d'or» de TVA). On aura des Canadiens, beaucoup de Canadiens au petit écran de Radio-Canada. Et encore des Canadiens. Et parmi lesquels figureront à l'occasion un Saguenéen, une Trifluvienne ou un Rimouskois. Mais de Québécois? Pouah!...

1.2.3.  Telle est en substance, prenons acte, la Radio-Canada de M. Robert Rabinovitch.***

* * *

Ah ! Fichtre ! ce qu'on en a vu depuis dix ans des scénarios de cet acabit à la télévision de Radio-Canada. Sauf que je croyais que M. Martin procédait à une grande lessive depuis quelque temps.**** Aurais-je mal entendu, ou mésinterprété les paroles du nouvel ancien rouge de Lasalle-Émard? À moins bien sûr que l'on tentât d'abuser encore de la crédulité publique. Après tout, ces serfs citoyens (prononcez «chers») en ont tout de même pris plein la margoulette - et le portefeuille - tout ce temps.

Sans jamais d'ailleurs vraiment se plaindre. Ou si peu. C'est qu'on a compris, avec M. Deschênes, qu'il valait mieux ne pas passer pour des bloquistes de «profiteurs», n'est-ce pas. Aussi a-t-on préféré les félixiennes manières de Fatalité:


Quand on a vu l'cousin
Fouiller dans nos tiroirs
Voler notre butin
Pis enjamber l'trottoir
On l'a laissé passer
Parce qu'on veut pas d'histoires
On lui a même crié
S'il r'viendrait pour souper...

Hélène Pisier
Québec, lundi de Pâques 2004


*  Références -
- Courriels : auditoire@radio-canada.ca, telejournal@radio-canada.ca, rdi_developpement@radio-canada.ca
- Site du « Téléjournal » : http://radio-canada.ca/actualite/lepoint/
- Site de « Christiane Charette en direct » : http://radio-canada.ca/television/charette/courrier/index.html

**  Et quoi encore : le Québec bientôt la Tchétchénie du Canada ? Quant à la canadianisation, il en sera de même - mais qui s'en étonnera chez un journal de Gesca /Power corp. en collaboration plus qu'étroite avec la SRC - dans LaPresse d'André Pratte: http://www.cyberpresse.ca/actualites/article/1,63,0,042004,642695.shtml. Cela dit, c'est pour bientôt le troc du S pour le G dans le sigle...?

***  http://www.cbc.radio-canada.ca/htmfr/administration/index.htm  

****  Alors n'oubliez pas ceci tout de même, et du même, M. Martin : http://www.ledevoir.com/dossiers/272/48198.html?272





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