Actualité





Jean Charest, cet inconnu

Mylène Moisan
Le Soleil samedi 10 avril 2004

Le 14 avril 2003, Jean Charest et le Parti libéral prenaient le pouvoir à Québec en promettant de changer les façons de faire au Québec et de revoir le rôle de l'État. Un an plus tard, où en est le gouvernement libéral ? Nous vous proposons un bilan en trois tableaux : un portrait du chef, un bulletin du réseau de la santé et l'examen systématique des promesses de la dernière campagne. La suite dans le cahier ZOOM.

L'année n'a pas été facile pour le gouvernement Charest. Les derniers sondages parlent d'eux-mêmes : moins de 20 % des francophones lui confieraient aujourd'hui les rênes du Québec. On lui reproche, en un mot comme en mille, d'aller trop vite sans vraiment savoir où.

À peu près tout ce que le Québec compte de groupes d'intérêts a défilé devant le parlement au cours des six premiers mois du mandat, alors que le gouvernement multipliait les projets de loi controversés : modification de l'article 45, fusion des établissements de santé, augmentation à 7 $ des garderies à 5 $. Les éleveurs y ont amené des vaches, on y a brandi des pancartes par milliers. On demandait au gouvernement de reculer ou, au moins, d'écouter.

Jean Charest a répété ad nauseam qu'il avait reçu un mandat clair le 14 avril, qu'il avait un plan et qu'il était déterminé à le mettre en oeuvre. Au retour des Fêtes, exit le mandat clair. Il est devenu un "apôtre de la consultation" - l'expression est de lui - , clamant que les Québécois auraient leur mot à dire sur la modernisation de l'État.

Il y a eu les valses-hésitations aussi, qui ont donné l'image d'un gouvernement qui improvisait. On a donné le feu vert à la centrale au gaz naturel du Suroît, on a fait un pas de côté pour consulter la Régie de l'énergie, on voulait une décision dans 60 jours, on a repoussé l'échéance, convoqué une commission parlementaire, puis une autre. Même chose pour les fameux forums régionaux, passés de 4 à 19, annoncés en février par le premier ministre pendant un conseil général du PLQ, alors que les membres venaient tout juste de battre une proposition qui en faisait la suggestion.

Il y a eu les Pierre Paradis et Marc Bellemare, aussi, qui ont alimenté les médias et créé une diversion dont le gouvernement se serait bien passé.

Il y a eu les bons coups aussi. Le Conseil de la fédération, qui permet aux provinces de se concerter et de prendre à l'occasion des positions communes, notamment. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, qui en a impressionné plus d'un, bien qu'il ait mis de l'avant quelques changements impopulaires. Yves Séguin, aussi, qui est parvenu à calmer le jeu en se présentant en Robin des bois, dans une tournée de consultations prébudgétaires d'où la plupart des participants repartaient avec le sourire.

Certains l'appellent "Patapouf", "John Charrette", "mouton insignifiant". Les syndicats lui promettent que ce sera sa fête, le 14 avril. Mais qui est donc le premier ministre qui gouverne le Québec depuis bientôt un an ?

On le dit chaleureux et fermé, jovial et insaisissable, doué d'une mémoire phénoménale et indiscipliné. Jean Charest, l'homme, ne se laisse pas facilement deviner. D'où ce parfum d'énigme qui ne se dissipe jamais totalement.

D'anciens collaborateurs disent que percer la carapace de l'homme l'amène à prendre ses distances, voire à couper les liens. "Il écarte ceux qui le saisissent, parce qu'il ne veut pas qu'on le découvre, qu'on le connaisse", relatera l'un d'eux. "Quand tu commences à le saisir, tu n'es plus là", dit un autre.

D'aucuns plaideront plutôt qu'il se protège et que "c'est bien ainsi". C'est l'avis de Christian Lessard, directeur des communications, qui côtoie M. Charest depuis une douzaine d'années, quotidiennement depuis deux ans. Il n'achète pas la thèse de l'énigme, qui vient selon lui du fait que "M. Charest ne partage pas ses angoisses, ses états d'âme, ses préoccupations et ses inquiétudes. Je ne lui reprocherai pas. C'est normal".

Pour d'autres, ce nécessaire jardin secret est un véritable champ miné. "Il vit dans sa bulle, ne se confie à personne. Il laisse les problèmes traîner. On ne peut jamais savoir s'il est satisfait ou non, puis, ce qu'on sait, c'est qu'il fait une crise, qu'il nous reproche de lui en donner trop", explique, sous le couvert de l'anonymat, un ancien membre de sa garde rapprochée.

Deux points communs ressortent de la dizaine d'entrevues menées par LE SOLEIL pour tenter de mieux cerner celui qui dirige la destinée du Québec depuis un an. D'abord, son incroyable capacité à assimiler de l'information. "Pendant la campagne, avant un point de presse, M. Charest lisait un document pendant que quelqu'un lui faisait un résumé de l'actualité et qu'une autre personne l'entretenait sur les enjeux. Au point de presse, il a répondu aux questions en reprenant à peu près tout ce qu'il avait lu et entendu en simultané", illustre M. Lessard.

Puis, son côté charmeur, cette capacité qu'il a de "connecter" lorsqu'il rencontre les gens seul à seul ou en petits groupes. "Il est d'une gentillesse et d'une chaleur extraordinaires lorsqu'il rencontre les gens. Il est affable, gentil", commente Ronald Poupart, qui était, jusqu'à ce qu'on le tablette récemment, conseiller spécial auprès du premier ministre.

Conjuguée à sa mémoire, cette facilité à établir des contacts l'amène à se rappeler de détails précis des conversations. Vous lui confiez que vous partez bientôt en voyage ? Il devrait vous en reparler lors de votre prochaine rencontre. "Il soigne ça, il comprend que c'est important", explique M. Poupart.

Mario Lavoie est une de ces rares personnes qui gravitent autour de Jean Charest depuis longtemps. Vingt ans dans son cas, d'abord de loin, toujours en se rapprochant. Il s'occupe aujourd'hui des relations intergouvernementales au bureau de M. Charest. S'il y a tant de roulement dans le cercle très restreint de Jean Charest, c'est d'abord un "truc de générations", croit-il. Le chef libéral a 46 ans, a été élu député conservateur à 26 ans à la Chambre des communes à Ottawa et a fait le saut chez les libéraux, en 1998, à l'Assemblée nationale. Il avait 40 ans.

Parmi les personnes très proches qui n'ont pas survécu à l'élection du 14 avril, Astrid Du Bois, son adjointe administrative pendant les années d'opposition, qu'on a réaffectée au lendemain du scrutin. Elle garde un excellent souvenir de "l'homme extraordinaire" pour qui elle était aux petits oignons. "Je voyais à ce qu'il mange bien, que tout soit correct quand il allait pour la télé, qu'il n'y ait pas une pellicule, une petite graine blanche."

Les jours où il filait un mauvais coton, elle "essayait de l'encourager" avec d'autres proches, entre autres M. Lessard et Christian Barrette, l'attaché de presse de M. Charest jusqu'à la fin janvier. Mme Du Bois garde de son ancien patron le souvenir d'un "homme bon et accessible", dont "la porte du bureau était toujours ouverte". Il était alors chef de l'opposition.

Depuis qu'il est premier ministre, la pression a augmenté sur les épaules de l'homme. Mais, de l'avis presque général, il n'a pas renoncé à ce côté badin, à son sens de l'humour, une autre de ses marques de commerce. "Il ne se prend pas au sérieux, mais il prend la job au sérieux", résume M. Lessard.

Ce dernier raconte aussi les "soupers improvisés de M. Charest, qu'il convoque à la dernière minute, des fois à une heure de préavis. Il invite des gens avec qui il travaille ou avec qui il a travaillé et qui sont toujours ici. On parle de cinéma, de politique. C'est complètement informel", précise-t-il. Le nombre de convives, qui varie chaque fois, oscille habituellement autour de 10.

Michel Crête, son premier chef de cabinet, se rappelle sa première rencontre - de quelques heures - avec M. Charest, quatre jours avant les élections, alors qu'on lui demandait de devenir chef de cabinet. "La chimie était là. J'avais déjà une affinité pour ce bonhomme-là, je trouvais qu'il avait quelque chose d'attachant", note-t-il.

L'ancien pdg de Loto-Québec a dirigé le cabinet de Charest pendant quatre mois, après quoi il a "tiré sa révérence. Le temps était venu". S'il était encore là aujourd'hui, il "lui conseillerait de reprendre le bâton de pèlerin. Il faut qu'il aille voir le monde, qu'il leur explique. C'est ce qui lui a réussi avant les élections. Il doit refaire ça, aller dans les universités, faire une tournée des régions", suggère-t-il.

En entrevue au SOLEIL récemment, M. Charest convenait s'être fait une carapace depuis qu'il a choisi la vie politique, il y a presque 20 ans. Il avouait aussi que, à de rares occasions, elle s'était lézardée. "Je ne suis pas insensible", disait-il. Il faut le croire sur parole, tellement il n'en dit mot. En 20 ans, Mario Lavoie dit l'avoir vu piquer seulement deux vraies colères. Mme Du Bois se rappelle certains jours où il n'était pas dans son assiette, sans plus.

Cette constance d'émotions, mêlée à une passion qui se traduit plus souvent qu'autrement en levant le ton de la voix, pourrait expliquer le fait que la majorité des Québécois n'aient pas succombé au "charme" de leur premier ministre. "Pour une raison que j'ignore, son message ne passe pas. On dirait qu'il veut trop en faire. Ça me rappelle la fois où il avait senti le besoin de dire qu'il avait le Québec dans les tripes. C'est comme s'il en donnait plus que le client en demande", analyse un collègue.

Insaisissable, disions-nous ?

EFFET RATÉ...

Le dimanche avant de présenter ses ministres, Jean Charest a appelé un député qu'il n'avait pas choisi pour s'expliquer. Quelle ne fut pas la déception, à l'autre bout du fil, de celui qui a cru, pendant quelques secondes, qu'il venait d'accéder au Saint des saints...

L'anecdote est racontée par Michel Crête, qui a été chef de cabinet du gouvernement libéral pendant les quatre premiers mois, "le temps de mettre les choses en place". Il se rappelle le désarroi de M. Charest, conscient qu'il y avait beaucoup plus d'appelés que d'élus à son Conseil de ministres.

Pendant que des gens appelaient les 25 élus, le samedi et le dimanche précédant la cérémonie de prestation de serment, pour les convoquer à une rencontre avec M. Charest, celui-ci a eu l'idée d'appeler ceux qu'il n'avait pas retenus. "Je lui ai dit d'attendre au lundi, alors que les gens allaient avoir compris qu'ils n'étaient pas choisis", relate M. Crête.

Qu'à cela ne tienne, M. Charest a pris le téléphone et appelé un député. C'était dimanche, il était 15 h. "La personne au bout du fil, en entendant la voix de M. Charest, était déjà au ciel, convaincue qu'elle était parmi les élus. Et là, M. Charest lui a expliqué combien ce n'était pas facile de faire des choix, que ce serait peut-être pour une autre fois. En une seconde, la personne est passée du septième ciel à six pieds sous terre. Jean Charest a raccroché et réalisé que ce n'était pas une bonne idée. Il n'en a pas fait d'autres."

MMoisan@lesoleil.com



Le bateau ivre

Michel David
Le Devoir jeudi 15 avril 2004

Dans son malheur, le gouvernement Charest peut toujours se consoler à l'idée qu'il vaut mieux célébrer son premier anniversaire avec un taux de satisfaction de 30 % que de voir le ciel s'écrouler à trois mois des élections, comme cela est arrivé aux libéraux fédéraux.

Encore faudrait-il qu'il apprenne à tirer profit de ses rares bons coups. Autrement, le PLQ deviendra le premier parti au Québec en plus de 35 ans à être renvoyé dans l'opposition après un seul mandat.

Hier, des milliers de Québécois sont descendus dans la rue pour protester contre... Contre quoi, au juste? M. Charest a décrété qu'il s'agissait simplement d'une tactique syndicale à la veille des négociations dans le secteur public. Bien sûr, il y a de cela, mais l'analyse semble un peu courte. Selon le dernier sondage de Léger Marketing, 59 % des Québécois estiment que l'élection du PLQ a été un «mauvais choix».

Ni le budget Séguin ni la publication du plan de lutte contre la pauvreté n'ont réussi à stopper la dégringolade amorcée au début de l'automne dernier. Pourtant, de l'aveu même de Françoise David, peu suspecte de sympathies libérales, le budget a été avantageux pour les plus démunis. Les mesures annoncées par le ministre de la Famille, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Claude Béchard, allaient également bien au-delà de tout ce que le PQ a fait en huit ans. Peine perdue, les organismes communautaires manifestaient comme les autres, hier.

La porte-parole du réseau Vigilance, Lorraine Guay, expliquait non seulement que le 14 avril marquait l'anniversaire d'une «année de recul» mais qu'on célébrait aussi la «résistance» d'une grande partie de la population, qui aurait forcé le gouvernement Charest à modifier ses plans.

Dans son esprit, les mesures progressistes du budget Séguin ou l'élimination des pénalités à l'aide sociale sont simplement le résultat de cette résistance. Le gouvernement ne peut donc en tirer aucun crédit. Pire encore, ces largesses deviennent en quelque sorte la preuve de sa turpitude puisqu'il ne les dispense que sous la pression de l'opinion publique!

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Il est vrai que les apparences semblent justifier cette analyse. Pourquoi le gouvernement aurait-il fait volte-face par rapport à la version initiale du plan de lutte contre la pauvreté, que Le Devoir avait dévoilée en novembre 2003, sinon en raison du tollé?

Quant au budget, Yves Séguin a habilement réussi à créer l'impression d'avoir lui-même imposé ses priorités, quitte à heurter la susceptibilité de ses collègues. Dès son arrivée, le ministre des Finances s'est appliqué à cultiver son image de Robin des Bois alors que M. Charest s'est laissé enfermer dans le rôle du méchant prince Jean.

Après son expérience de 1998, quand il avait été dépeint comme un disciple de Mike Harris, il est étonnant que le premier ministre n'ait pas mieux compris que le «désir de changement» auquel il attribuait sa victoire ne signifiait d'aucune façon que les Québécois lui donnaient le mandat de tout bouleverser.

Pendant des mois, M. Charest a lui-même accrédité l'idée selon laquelle aucun secteur n'était à l'abri de ce grand nettoyage. Le cadre financier dans lequel il prétendait inscrire son action s'étant révélé irréaliste, son gouvernement a dû se livrer à une série de compressions budgétaires ou d'augmentations de tarifs, qu'on a tout naturellement confondues avec la «réingénierie». Avec le résultat que la confiance n'y est plus.

Bien sûr, quand les sondeurs leur posent la question, les Québécois se disent en faveur d'une réduction de la taille de l'État. Ils aiment aussi la tarte aux pommes. Le problème est que personne ne veut faire les frais de l'opération. La santé et l'éducation étant évidemment exclues, où faut-il couper? Dans les garderies? Dans l'aide sociale? Non, bien sûr. Dans la culture, alors? La protection de l'environnement? L'entretien des routes?

Quand tout le monde se sent menacé, plus rien n'est possible. Au lieu de créer une panique générale en annonçant une refonte complète de l'État, dont M. Charest n'a jamais été capable d'expliquer clairement la nécessité, on aurait pu y aller à la pièce, en se concentrant sur deux ou trois secteurs bien délimités, où un succès aurait eu valeur d'exemple.

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Je ne sais pas dans quelle mesure le nouveau premier ministre a vraiment cru avoir reçu un «mandat clair» le 14 avril 2003. Depuis le début de l'année en cours, son gouvernement ressemble toutefois à un bateau ivre qui tangue au gré des vagues, sans direction précise.

Les forums régionaux, dont on ne sait trop ce que M. Charest attend, illustrent parfaitement ce désarroi. Le programme qui sera soumis aux participants est beaucoup trop chargé pour qu'il s'en dégage quoi que ce soit de concret. Voilà même que la tenue d'un forum à Montréal est remise en question, comme le rapporte ma collègue Kathleen Lévesque.

À l'été 2002, le chef du PLQ, incapable d'assumer un leadership intellectuel au sein de son parti, avait lancé un S.O.S. à Claude Ryan qui, à sa demande, avait écrit un petit ouvrage sur les «valeurs libérales». Aujourd'hui, M. Ryan n'est plus, et M. Charest a chassé de son entourage les anciens adjoints de Robert Bourassa, au profit de communicateurs qui ne peuvent malheureusement pas lui donner ce qui lui manque le plus cruellement: du contenu.

Au bout du compte, le seul exploit dont il peut s'enorgueillir au cours de cette première année de pouvoir est d'avoir prolongé la carrière de Bernard Landry, dont tout le monde prévoyait le départ après la défaite du 14 avril 2003. Sans la dégringolade du PLQ dans les sondages, il serait peut-être déjà parti.

mdavid@ledevoir.com



L'insaisissable premier ministre

Vincent Marissal
La Presse jeudi 15 avril 2004

Il y a tout juste un an ce matin, Jean Charest se réveillait après un gros party encore tout surpris de se retrouver dans la peau du nouveau premier ministre du Québec. Un an? Le mécontentement est tellement généralisé ces temps-ci au Québec que l'on a l'impression que les libéraux en sont plutôt à la dernière année de leur deuxième mandat.

Vous trouvez ce constat exagéré? Considérez alors le nombre de gens qui ont manifesté leur grogne contre ce gouvernement tout neuf, hier dans les rues des grandes villes du Québec. Vous avez déjà vu ça, tant de monde en rogne après si peu de temps?

Et vous avez vu les sondages? C'est d'autant plus inusité que, finalement, ce gouvernement n'a pas fait grand-chose au cours des 12 derniers mois. Les Québécois sont donc en rogne (ou inquiets) de ce que ce M. Charest pourrait faire, et non pas tant de ce qu'il a fait. C'est une colère préventive. En termes politiques, ça s'appelle un avertissement.

Mais y a-t-il quelqu'un au bureau du premier ministre pour entendre cet avertissement? En voyant les manifestants descendre dans la rue hier, on pouvait se demander qui ils essayent de joindre, parce que le premier ministre Charest, après un an au pouvoir, est toujours aux abonnés absents.

Jamais dans l'histoire moderne du Québec, un premier ministre n'aura semblé aussi loin des Québécois. Jean Charest paraît toujours aussi peu passionné pour son job, confirmant l'impression qu'ont bien des Québécois qu'il s'agit en fait pour lui d'un prix de consolation. À peine savait-il marcher que Jean Charest, c'est bien connu, rêvait d'être premier ministre du Canada. Cela ne le disqualifie pas du poste de premier ministre du Québec, mais cela explique en partie le manque d'enthousiasme. Il est venu à Québec par défaut et, quand on se rappelle bien le contexte électoral de l'an dernier (l'usure du pouvoir jouant contre les péquistes et l'ADQ souffrant d'un cruel manque de crédibilité), il a aussi été élu par défaut.

Les Québécois ont toujours démontré une certaine indifférence pour Jean Charest, beaucoup s'en sont toujours méfiés. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les électeurs ne peuvent pas dire après un an de pouvoir libéral qu'ils connaissent mieux leur premier ministre. Toujours la même distance, le même froid.

Les courriels et les questions des lecteurs au sujet de Jean Charest vont le plus souvent ainsi: " C'est quoi le problème de Jean Charest, il semble tellement blasé... " ou encore: " Pensez-vous que Jean Charest rêve toujours de devenir premier ministre du Canada? " Quant aux Canadiens des autres provinces, ils n'en reviennent tout simplement pas: " How come Charest is doing so bad in Québec, he was so good in Ottawa? "

Pensez-y un instant: Y a-t-il une seule citation, une seule déclaration de Jean Charest au cours de la dernière année qui vous ait durablement marqué? Un concept, une formule-choc que vous ayez retenu? Tic, tac, tic, tac... Non, rien? C'est mince, en effet. C'est pour ça sans doute que l'on revient toujours au fameux slogan " Nous sommes prêts ", c'est même devenu un running gag au Québec.

Même sur le front des relations provinciales-fédérales, ce qui devait être une des grandes forces de M. Charest, on a surtout retenu en cette première année le manque de combativité du nouveau premier ministre face à Ottawa. En fait, sous Jean Charest, le Québec est devenu une province comme les autres. Un gros Manitoba en quelque sorte. C'est pas pour dénigrer le Manitoba, mais on était habitué à une plus grande distinction du Québec à la grande table. Les prévisibles séances de déchirage de chemise des péquistes étaient devenues folkloriques, c'est vrai, mais rien ne dit pour le moment que la méthode Charest donne de meilleurs résultats. En santé, c'est même tout le contraire. Pour le moment, Québec n'a rien obtenu de plus de Paul Martin que le plat de lentilles promis par Jean Chrétien en 2003 (pourtant Martin vient de trouver sept milliards pour la Défense nationale en plus des quatre milliards l'an prochain pour la dette).

Jean Charest, il faut le noter, n'a pas fait de gaffe majeure en cette première année (un seul petit écart: la petite madame Carbonneau). Après tout, l'homme a plus de 20 ans de politique dans le corps. Mais pour la substance, pour l'inspiration, pour le charisme du meneur de troupes, il faudra repasser. Les penseurs libéraux sont de plus en plus nombreux à dire que le gouvernement Charest a un problème de communication. Mais le problème, on le voit clairement après un an, est davantage du côté du communicateur lui-même. Le gouvernement du Québec, c'est d'abord son premier ministre. On n'a qu'à penser aux Robert Bourassa, René Lévesque, Jacques Parizeau ou Lucien Bouchard pour constater l'importance d'avoir une personnalité forte aux commandes.

Le talent et l'expérience politique ne nuisent pas, certes, mais c'est d'abord et avant tout une question de passion. Et ça, on l'a ou on l'a pas.



Au-delà du 14 avril

Gilbert Lavoie
Le Soleil jeudi 15 avril 2004

"Confrontation, dégradation, désillusion, avis de décès de la démocratie, mur de la honte..." : on aurait pu se croire en situation de crise hier, à la lecture de certains communiqués de presse des groupes impliqués dans les manifestations contre le gouvernement Charest. Difficile à expliquer, pour le ministre Yves Séguin, en visite aujourd'hui et demain chez les financiers new-yorkais. Mais la réalité sur le terrain est parfois bien différente des slogans des leaders, ou des images véhiculées par les médias. Il y avait un air de fête hier, sur la colline parlementaire: la pluie avait cessé, le temps était doux et l'équipement sonore inadéquat, ce qui fait que l'on discutait de tout et de rien dans la foule. Même d'une recette au chocolat maison qui ne semblait pas piquée des vers... Voilà pour l'atmosphère.

Il serait faux d'y voir une indifférence aux politiques gouvernementales. Mais la fête dont on avait "menacé" Jean Charest n'avait rien de dramatique. Les Terre-Neuviens, aux prises avec une grève des employés de l'État depuis deux semaines, doivent nous envier un peu.

Cela dit, le gouvernement libéral a tout de même raté sa première année de pouvoir. Au lendemain de ce constat, qui a fait consensus hier chez tous les observateurs, c'est d'avenir qu'il faut discuter. Le Québec mérite une gouvernance plus efficace. Pour y parvenir, le premier ministre doit apporter des correctifs. L'exercice doit commencer avec son entourage immédiat, et son Conseil des ministres.

La valse-hésitation autour du Suroît, le cafouillage sur les défusions ou la réingénierie, et l'improvisation dans le lancement des forums de consultation sont symptomatiques d'une équipe mal dirigée. Brian Mulroney avait connu les mêmes problèmes au début de son premier mandat. Il a fallu l'arrivée d'un Derek Burney, bien rodé aux complexités de l'appareil gouvernemental, pour mettre de l'ordre au bureau du premier ministre et amener tout le monde à travailler dans la même direction. Jean Pelletier a eu le même effet lorsque Jean Chrétien en a fait son chef de cabinet. Il faut, à ces postes, des gens qui commandent le respect et qui n'ont pas besoin de sortir le fouet pour imposer la discipline.

La composition du Conseil des ministres a également montré des faiblesses. M. Charest devra bien se résoudre à réviser certaines décisions. Finalement, il doit faire le ménage dans ses propres objectifs.

Le gouvernement Charest a manqué sa rentrée parce qu'il avait surestimé sa marge de manoeuvre budgétaire, et mal évalué la portée du mandat que lui ont confié les Québécois. À la veille des négociations avec les fonctionnaires, son plus grand défi est de rétablir sa crédibilité.

GLavoie@lesoleil.com



Un "party" au purgatoire

J -Jacques Samson
Le Soleil vendredi 9 avril 2004

Chronique politique - 9 avril 2003. Après un départ sur les chapeaux de roues, la campagne de Bernard Landry a dérapé le soir du débat des chefs, quand Jean Charest a utilisé des propos de Jacques Parizeau (toujours lui...) pour le placer dans l'embarras. À cinq jours des élections, la victoire libérale est maintenant assurée. Le chef du Parti québécois est aigri, il tient la presse responsable de sa dégringolade, mais il garde l'accélérateur au plancher pour sauver un maximum de sièges à l'Assemblée nationale. La défaite sera finalement honorable, moins écrasante qu'en 1985 et en 1989.

Une année s'est écoulée. L'heure est aussi au bilan pour le Parti québécois.

Les ratés qu'a connus le gouvernement Charest ont bien servi Bernard Landry. À son premier anniversaire comme chef de l'opposition, le président du Parti québécois n'est pas la cible de tentatives de renversement ou de pressions inélégantes pour qu'il parte, sous prétexte qu'il serait dépassé, ce qui est très exceptionnel en politique. Pauline Marois trouve peut-être le temps long, mais elle n'a pas manoeuvré en vue de précipiter les choses. L'étoile de François Legault a même un peu pâli. Des noms de vedettes de l'extérieur du Parti québécois sont parfois évoqués, comme celui du président de la Caisse de dépôt et placement, Henri-Paul Rousseau, ou du président de la FTQ, Henri Massé, pour apporter un souffle nouveau au Parti québécois, mais ces spéculations ne débordent pas des cercles de discussions où fleurit la politique- fiction. Le banquier Rousseau est inconnu des militants et de l'ensemble de la population, alors que le syndicaliste braquerait contre le PQ un fort pourcentage d'électeurs. Bernard Landry n'est donc pas menacé et il décidera lui-même dans quelques mois, en toute liberté, de rester ou de céder la place. Les sondages lui donnent ce précieux privilège.

La saison des idées, un large brassage d'idées sur la souveraineté et la social-démocratie, fut lente à démarrer au Parti québécois. Les textes diffusés depuis l'automne dernier tournent en rond, sans qu'apparaissent de véritables remises en question des politiques sociales ou économiques préconisées par le PQ ou que son interventionnisme à tout crin fasse l'objet de débats. La taille de l'appareil étatique, qui inquiétait par exemple un Joseph Facal à la fin du dernier mandat, est aussi esquivée.

L'impopularité galopante du Parti libéral et de Jean Charest n'est pas de nature à favoriser une révision du programme du Parti québécois. Élus et militants sont au contraire portés à s'asseoir sur des orientations qui les ont bien servis et dont la population est en apparence nostalgique, du moins si l'on se fie aux sondages d'opinion. La direction du PQ veut en même temps bloquer le passage sur sa gauche aux groupes qui songent à la création d'un autre parti dans les prochains mois. Cet immobilisme pourrait cependant jouer un très mauvais tour aux péquistes à la veille des prochaines élections. C'est courir un gros risque.

Les idées neuves sont rarissimes, mais le Parti est néanmoins en très bonne santé, si on le compare à l'état qu'il présentait sous Pierre Marc Johnson en 1985, au terme de son premier passage au pouvoir, ou que le Parti libéral présentait en 1994 avec Daniel Johnson. Dans les deux cas, il a fallu une longue convalescence et un douloureux changement de chef pour les guérir. Après un an, ils étaient en loques.

Or, le Parti québécois comptait 70 000 membres en avril 2003 ; ils seront 75 000 à la fin avril 2004 et des opérations spéciales de recrutement seront lancées en plus. La dette du parti n'est que de 500 000 $, remboursable sur quatre ans, ce qui n'est pas une préoccupation. Un nouveau directeur général est en place depuis janvier, Pierre Châteauvert, et la nomination d'un nouveau directeur des communications sera annoncée dans quelques jours. Une restructuration de l'organisation du côté des régions est entreprise.

Le PQ est aussi d'humeur guerrière. Il ira tenir son conseil national de juin à... Sherbrooke, dans la cour du premier ministre Jean Charest. La question du leadership sera alors en toile de fond, en prévision de la réunion suivante du conseil, en septembre, qui servira à arrêter les règles du congrès national du PQ au printemps 2005. Certains veulent d'abord connaître la décision du chef pour s'ajuster en conséquence en vue du congrès, ce que Bernard Landry admet être très légitime.

Cela est très inusité, mais le 14 avril, ce sont les perdants qui auront le plus le coeur à la fête. Il y aura un party au purgatoire.

JJSamson@lesoleil.com



Panique au village :
on parle de partenariat avec le diable

Jean-Paul Gagné
Les Affaires samedi 17 avril 2004

Éditorial - Grosse panique au Québec la semaine dernière : le chef du gouvernement, Jean Charest, a osé dire qu'il était ouvert à une formule de partenariat public-privé (PPP) pour "la construction et la gestion" des deux hôpitaux universitaires projetés à Montréal.

Alors que des médias cherchaient à le mettre en contradiction avec son ministre de la Santé, Philippe Couillard, sur l'étendue des partenariats, la critique de l'opposition, Louise Harel, accusait le premier ministre de jouer avec des concepts qu'il ne maîtrisait pas et le qualifiait d'"apprenti sorcier".

Pour sa part, face à l'énorme danger que semblent représenter les PPP, la Centrale des syndicats du Québec a averti la population des risques qu'elle court et a ainsi résumé la profondeur de sa pensée : "Les trois P du partenariat public-privé égalent patronage, partisanerie et petits amis." Impressionnant !

Quelques semaines auparavant, des milices de l'orthodoxie étatique arborant des pancartes de la CSN, de la FTQ et du Syndicat canadien de la fonction publique avaient montré leur sens démocratique en bloquant l'accès à un immeuble où devait se tenir un colloque sur les partenariats public-privé dans la santé, auquel voulaient participer des gestionnaires d'établissements de santé, des universitaires, des ingénieurs et même des syndiqués.

Vous vous demandez peut-être d'où vient cet intérêt incommensurable pour les PPP. D'un petit mot de cinq lettres qui paraît inoffensif au commun des mortels, mais qui constituerait une menace énorme à en juger par les attaques en règle qu'il soulève dans plusieurs milieux syndicaux et sociaux. Ce mot abject, c'est "privé", comme dans garderie privée, école privée, hôpitaux privés, cliniques privées, transport en commun privé, gestion privée de l'eau, etc...

Selon les gardiens de l'orthodoxie étatique, toutes les garderies devraient être des centres de la petite enfance financés à 100 % par l'État et 100 % de leurs employés devraient être syndiqués, toutes les écoles devraient être publiques, la gratuité devrait être universelle dans les universités et le système de santé devrait être public à 100 %.

L'immense danger dont on veut protéger la population malgré elle, c'est de croire au succès des PPP réalisés dans d'autres pays.

Même l'ancien paradis de la social-démocratie, la Suède, qui nous servait de modèle dans les années 1970, aurait abandonné ses valeurs traditionnelles et aurait succombé à l'attrait des PPP. Stockholm, la capitale, a privatisé un hôpital et l'a même vendu à une société privée. Ses listes d'attente ont raccourci, on y réalise plus rapidement les interventions facultatives, on y a réduit les coûts d'exploitation, on y a accru l'efficacité et, comble de malheur pour nos ayatollahs, les infirmières y sont mieux payées que dans le secteur public et ne veulent plus retourner dans les hôpitaux de l'État.

Autre égarement grave, le premier ministre travailliste Tony Blair, qui avait pourtant combattu avec courage la politique de la Dame de fer, Margaret Thatcher, a autorisé des centaines de PPP, qui représentent aujourd'hui 11 % des investissements totaux faits dans les services publics britanniques, dont la santé.

Au lieu de refaire lui-même son vieux réseau d'hôpitaux (en 1997, la moitié des établissements étaient vieux de 50 ans et plus), le gouvernement britannique a eu recours aux PPP pour rajeunir son parc de centres de premiers soins et d'hôpitaux (en 2010, 40 % des immeubles consacrés à la santé auront 15 ans ou moins). Depuis 1997, plus de 60 projets d'envergure ont été autorisés; tous les hôpitaux dont la construction est terminée ont été livrés à la date prévue ou même avant, ce qui n'arrivait jamais quand le gouvernement construisait ou gérait lui-même les projets, selon John Hutton, ministre britannique de la Santé. Résultats : le nombre de lits a augmenté et les listes d'attente ont diminué, si bien que le système traite plus de patients. Et puisque le financement des projets est fait par le privé, la dette de l'État n'en n'est pas grevée.

La Suède et l'Angleterre ne sont pas des exceptions, plusieurs types de partenariats public-privé existant dans les autres pays européens. Le succès que les PPP connaissent en Europe et ailleurs devraient nous inciter à examiner certaines pistes, qui pourraient nous permettre de réduire les coûts d'exploitation, trouver une plus grande flexibilité dans l'organisation et la gestion du système de santé et réaliser des gains d'efficacité. Les premiers à en bénéficier seraient les malades, ceux-là même pour qui le système existe et pour lesquels il faut envisager toutes les solutions susceptibles d'améliorer son fonctionnement.

jean-paul.gagne@transcontinental.ca



La ferme, Pékin!

Claude Picher
La Presse jeudi 15 avril 2004

La vie économique - Si on compare avec ce qui se passe au Proche-Orient, au Rwanda ou ailleurs dans le monde, les médias occidentaux accordent assez peu d'importance à la tragédie qui se déroule au Tibet depuis 50 ans.

Brutalement occupé par la Chine communiste en 1951, le Tibet fait l'objet depuis ce temps d'un véritable étranglement démographique, culturel et économique. Dès le début de l'occupation, le gouvernement de Pékin a organisé un important courant d'immigration chinoise au Tibet. Lors de l'invasion chinoise, la population du Tibet se situait aux alentours de 1,1 million d'habitants; elle frise aujourd'hui les 2,7 millions, selon les chiffres officiels chinois, qu'il faut lire avec circonspection; en réalité, la population est dans doute plus élevée que cela. Cette explosion démographique ne s'explique évidemment pas par une hausse subite du taux de fécondité des femmes tibétaines, mais par l'occupation systématique du territoire par de nouveaux arrivants chinois.

La santé, l'éducation, les services publics et, bien sûr, tous les leviers de développement économique, sont entre les mains des Chinois. Le gouvernement de Pékin essaie même d'effacer de la carte le nom même du Tibet; à la place, il tente d'imposer le nom chinois de " Xizang ". Même si on ne dispose pas de chiffres officiels à ce sujet, on peut évaluer sans risque d'erreur, et de façon prudente, que le revenu moyen des Tibétains atteint à peine le tiers de celui des Chinois. Autrement dit, les Tibétains sont devenus des mendiants dans leur propre pays. Je ne suis jamais allé au Tibet, mais j'ai une amie qui est allée souvent en Chine, et à qui il est arrivé de passer plusieurs semaines au Tibet. " Être au Tibet, m'a-t-elle dit un jour, c'est comme assister aux premières loges à l'extinction d'un peuple. "

Contrairement à d'autres, qui ont répondu à la violence par la violence, les Tibétains, inspirés par ce personnage remarquable qu'est le dalaï-lama, leur leader spirituel et politique, réagissent en parlant de paix.

Prix Nobel de la paix, infatigable voyageur, le dalaï-lama plaide doucement sa cause partout dans le monde. Il a visité plus de 50 pays, s'est entretenu avec le pape Jean-Paul II, avec les présidents américains Bill Clinton et George W. Bush, avec la plupart des dirigeants politiques européens. Lundi prochain, il visitera le Canada pour la quatrième fois. À son programme figure un entretien avec le premier ministre Paul Martin.

Le gouvernement chinois a très mal réagi à ce projet d'entrevue. Selon Pékin, aucun représentant du gouvernement canadien, à plus forte raison le premier ministre, ne devrait rencontrer le dalaï-lama durant son séjour au Canada, sans risquer de compromettre les relations commerciales entre les deux pays, dont le volume frise les 20 milliards par année.

Cette semaine, l'ambassade de Chine à Ottawa en rajoutait en faisant un lien entre le Tibet et le Québec. En acceptant de recevoir le dalaï-lama, selon l'ambassade, Ottawa encouragerait les séparatistes québécois, puisque le dalaï-lama n'est rien d'autre, finalement, qu'un dangereux séparatiste lui-même. Passons rapidement sur le caractère hautement farfelu de ce raisonnement. La situation du Tibet n'a rien, mais absolument rien de comparable à celle du Québec. D'autre part, le Canada a déjà reçu avec tous les égards des chefs d'État passablement plus dangereux que le pacifique dalaï-lama. Tout au plus cette intervention nous donne-t-elle l'occasion de constater à quel point les diplomates chinois à Ottawa peuvent être déconnectés de la réalité.

L'argument économique semble plus sérieux. Il est vrai que le commerce canado-chinois est en forte expansion. En 10 ans, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays est passé de 4,6 à 19,5 milliards. Ces chiffres excluent le commerce avec Hong Kong, considéré comme une entité économique séparée. En outre, à mesure qu'il s'ouvre vers l'extérieur, le fabuleux marché chinois de 1,3 milliard de consommateurs offre de prodigieuses perspectives d'affaires.

Dans ces conditions, faut-il croire, comme l'écrivait le Globe & Mail hier matin, que la cause du Tibet est une cause perdue, et qu'aucun pays ne peut compromettre l'avenir de ses relations avec l'économie la plus dynamique de la planète en soutenant le " donquichottisme rêveur d'un moine souriant "?

La réponse est non, pour plusieurs raisons.

Jetons d'abord un coup d'oeil sur le commerce canado-chinois, que l'ambassade a remis directement en cause. Garroché comme cela, le chiffre de 20 milliards peut effectivement paraître énorme, mais il ne représente finalement que 2,7 % des échanges internationaux du Canada. Marginal. Uniquement avec les États-Unis, le commerce canadien atteint en 16 jours le même volume que les échanges avec la Chine en une année complète.

Ce n'est pas tout. Le volume de 20 milliards comprend quatre milliards d'exportations et 16 milliards d'importations. Autrement dit, les Chinois vendent quatre fois plus de biens qu'ils n'en achètent aux Canadiens. Il est clair qu'advenant une détérioration des relations commerciales entre les deux pays, c'est la Chine qui sera, de loin, la principale victime.

Il serait peut-être également utile de rappeler que l'" économie la plus dynamique de la planète " repose sur des bases extrêmement fragiles. Les banques chinoises croulent sous les mauvaises créances. La corruption et la double comptabilité demeurent omniprésentes. La forte croissance de l'économie est essentiellement soutenue par des capitaux étrangers, et leur présence en Chine s'explique surtout par les faibles coûts de main-d'oeuvre, ce qui n'est pas un modèle économique particulièrement prometteur. Les lenteurs bureaucratiques et les disparités régionales demeurent des obstacles considérables au développement. Dans ces conditions, le gouvernement de Pékin est très mal placé pour brandir l'argument économique.

Enfin et surtout, il serait peut-être pertinent de rappeler que Paul Martin est le chef de gouvernement d'un pays souverain et qu'à ce titre, il a parfaitement le droit d'inviter qui il veut, quand il veut et comme il veut.

Le Canada a vécu des précédents autrement plus dramatiques. Dans les années 60, quand Ottawa a reconnu le gouvernement de Fidel Castro, il a déclenché une véritable flambée de fureur de la part de son voisin américain; pour les mêmes raisons, le Mexique a essuyé les mêmes concerts d'insultes, à l'époque. Pourtant, pour le Canada comme pour le Mexique, les États-Unis sont un partenaire infiniment plus important que le Chine. Et la reconnaissance d'un gouvernement comme celui de Castro porte autrement plus à conséquence qu'un entretien avec un paisible moine tibétain. Compte tenu de tout cela, il me semble bien que l'ambassade chinoise aurait intérêt à se calmer le pompon...



Charest to minorities : You don't count

DON MacPHERSON
The Montréal Gazette April 15, 2004

After the swearing-in last April of the Charest cabinet, of whose 25 members only three were nonfrancophones, none of them representing either Montreal's "cultural communities" or the West Island, I remarked to a francophone journalist on the under-representation of the Liberal Party's most loyal supporters.

"It's because you don't count," he said with a frankness verging on brutality, referring to the 19 per cent of Quebecers with mother tongues other than French who form a captive electorate for the Liberals.

It's a blunt message the Charest government has repeated often. Although it has been less hostile toward nonfrancophones than its Parti Quebecois predecessor, the current government's overall record on issues of particular concern to minorities in its first year in office is captured in the phrase "benign neglect."

That's not counting the government's rigging of the municipal-demerger process to favour the status quo, a perversion of its election promise to allow demergers. Demergers are an issue for former suburbanites across the province, not just for the West Island.

And nobody expected the Liberals to change the language legislation, because they promised not to during the campaign.

But on jobs and public services - the issues that are most important for the minorities - the government's record is poor.

The government did revive the committee that advises the health and social services department on access to services in English, two years after the previous committee resigned en masse to protest against the restriction of services by the former PQ administration.

But the Liberals were merely complying with a law, and one adopted by a previous Liberal administration at that, requiring the government to have such a committee.

At the same time, the minister of health and social services, Philippe Couillard, created a secretariat on access to English services in his department, with offices in Montreal, headed by a "fluently bilingual" francophone.

This raises the issue of jobs. It says something about the under-representation of minorities in the public service that the department appeared unable to find a qualified anglophone candidate for a job in Montreal supervising services in English.

For years, successive governments have promised to do something to increase the proportion of public-service jobs that go to members of North America's most highly taxed minorities.

And for years, the proportion of jobs in the civil service held by minorities has hovered around 3 per cent.

It's unrealistic to expect the current government to show a significant improvement after only a year in office, especially since it has frozen hiring for the civil service to save money.

But there's been no evidence the Liberals are even trying. A spokesperson for Treasury Board President Monique Jerome-Forget said policies related to minority recruiting are under review, and the minister "might" address the situation in her initial proposal for the "modernization" of the government later this month.

One quick way to bring minorities into the government is through the hundreds of appointments made by the cabinet each year to positions in the senior civil service, government corporations and agencies.

But of the more than 750 names appearing in the announcements of such appointments since the Liberals took office, I counted fewer than 50 who, judging by their names and CVs, appeared to be other than old-stock French-Canadians.

Sometimes, Charest seems to try to distance himself from the anglophone community in particular by snubbing it.

A spokesperson for Alliance Quebec said the premier's office has not even acknowledged a request for a meeting in a letter from the English-rights organization shortly after the election of the new government and several follow-up phone calls.

But even a more "reasonable" anglophone organization, the Quebec Community Groups Network, has also yet to meet with the premier, because of what its president, Martin Murphy, said were scheduling conflicts.

And when Charest granted The Gazette an interview this week, it was as an afterthought, the last in a round of interviews on the occasion of the first anniversary of his election, a week after he'd spoken to this newspaper's French-language competitors.

The message to the readers of this newspaper in his scheduling is the same as it was the day he unveiled his cabinet: You don't count.

dmacpher@thegazette.canwest.com



Les Écossais à Québec

Guy Morisset
Capitaine et officier commandant
Le Soleil samedi 10 avril 2004

Le mardi 6 avril, Journée du tartan, un drapeau écossais flottait au mât d'honneur de l'hôtel de ville de Québec. Voici un extrait du discours prononcé par l'officier commandant le régiment commémoratif 78th Frasers Highlanders, Olde Fort St-Andrew's, pour l'occasion.

Les Écossais de Québec furent des militaires, des marchands ; ils construisirent des bateaux, ils furent politiciens. Joseph Morrin fut un des premiers maires élus de la ville. Aujourd'hui, Journée du tartan, c'est la reconnaissance de l'apport des Écossais à l'histoire du Québec et nous sommes heureux de partager notre fierté d'aujourd'hui avec tous les résidants de la capitale. Et notre ville nous le rend bien : la toponymie, l'Îlôt écossais et la réfection à venir du Morrin College en sont des exemples.

Il y a eu des Écossais à Québec au tout début de la colonie. Ainsi, le Don de Dieu de Champlain avait un Stuart comme membre d'équipage. Il est décédé à Québec en 1609. Un autre Stuart, Guillaume, arriva à Québec en 1618 pour quelques années. Abraham Martin, dit l'Écossais, est venu à Québec en 1617 pour revenir fonder une des premières familles de Québec deux ans plus tard. Il y a du vieux sang écossais à Québec...

La plupart des Écossais sont cependant arrivés lors de la guerre de Sept Ans. Après la prise de Québec, James Murray, un Écossais, fut le premier vrai gouverneur des forces britanniques. Sans doute parce que Murray avait vécu les difficultés de l'Écosse avant son arrivée à Québec, il fit en sorte que les Canadiens, comme ils s'appelaient alors, conservent leur langue, leurs lois, leurs coutumes et leur religion.

A l'origine de plusieurs familles québécoises

Que Murray demeure le plus haut gradé après la courte bataille du 13 septembre 1759 est un accident, mais un accident qui a grandement influencé toute l'histoire de Québec et du Québec.

Le 78e régiment des Frasers Highlanders, appelé à combattre sur le sol de la Nouvelle-France lors de la guerre de Sept Ans, fut démantelé, ici, en 1763. Ces hommes sont à l'origine de plusieurs grandes famille québécoises : les Fraser, les Ross, les Forbes, les Blackburn, les MacKay, les MacCartney. Ils se sont installés à Québec, d'autres sur la Rive-Sud, entre ici et Fraserville (Rivière-du-Loup), d'autres encore à Murray Bay (La Malbaie).

Les Frasers Highlanders d'aujourd'hui se sont donné la mission de commémorer l'histoire de jeunes hommes qui choisirent une terre d'espoir, et de faire connaître cette importante partie de l'histoire militaire de Québec. Ce patrimoine historique et militaire de Québec est un atout important pour la région. Nous savons que les filles d'Abraham Martin, dit l'Écossais, furent prolifiques. Plusieurs grandes lignées familiales remontent jusqu'à elles. D'autres lignées sont liées aux militaires du 78e.

Le sang écossais coule dans les veines de Québec depuis près de 400 ans.



Bye-bye mondialisation

Mathieu Perreault
La Presse dimanche 11 avril 2004

La mondialisation agonise, affirme le philosophe John Saul dans un pamphlet qui lui a valu une pluie de critiques d'un océan à l'autre. Mais le mari de la gouverneure générale du Canada ne craint pas de ramer à contre-courant.

Les lignes aériennes font faillite les unes après les autres. Enron, Parmalat et consorts minent la confiance des investisseurs. Le nationalisme resurgit partout dans le monde. Les États-Unis brandissent la menace du protectionnisme. En Asie, des pays comme la Nouvelle-Zélande, l'Australie ou la Malaisie se convertissent aux vertus de la réglementation. Les manifs antimondialisation s'accompagnent d'une remise en question de l'agriculture industrielle.

Tous ces indices font dire à John Ralston Saul que la mondialisation est bel et bien morte. Dans un essai publié en mars par la revue américaine de gauche Harper, le philosophe canadien pourfend la confiance quasi religieuse dans les lois du marché qui aveugle l'Occident depuis près de 30 ans, selon lui. Et il applaudit ce qu'il considère comme le retour de la complexité et des nuances.

" Je pense que le monde est complexe et qu'on ne peut avoir une seule solution pour tous les problèmes ", explique, en entrevue téléphonique, le mari de la gouverneure générale Adrienne Clarkson. " Depuis le début des années 70, les économistes ont affiché une foi aveugle en la mondialisation. Ils ont oublié les leçons du passé. Maintenant, certaines personnes remettent cette théologie en question. Quand on présente une approche comme inévitable, ça diminue ses chances de succès. "

D'accord, méfions nous des solutions simplistes. Mais le ton de son essai est beaucoup plus critique, voire même méprisant par endroits. Il évoque la " cour frivole de Davos ", les " forces économiques mondiales " qui étaient supposées " nous protéger contre la superbe locale ", " la certitude religieuse " des économistes néolibéraux, qui " promouvaient la méthode plutôt que l'opinion, la forme au lieu du contenu ". " La mondialisation est devenue une excuse pour ne pas s'occuper des questions difficiles. "

Du vent

Au Canada anglais, le ton revanchard de l'essai de M. Saul a suscité beaucoup d'irritation. Les grands journaux, de toute tendance politique, ont été en général très critiques. " Du vent et des convolutions ", a annoncé le Toronto Star. " Infondé et insupportable ", a dit le National Post. " Il devrait revoir son histoire du 20e siècle ", a tranché le Globe and Mail. Le Winnipeg Free Press a conclu que le " monstre " dont M. Saul annonce la mort est en fait l'idée fausse d'une mondialisation démoniaque et toute-puissante qui ne correspond pas à la réalité.

" Je suis déçu que tout le monde dise la même chose ", a dit M. Saul, quand La Presse a évoqué ces critiques. " Aux États-Unis, la réaction a été beaucoup plus variée. Par exemple, Lou Dobbs de CNN, qui a déjà été très " noir et blanc " sur la question, a été très intéressé par les nuances que j'apporte. " Des partisans du candidat défait à l'investiture démocrate, Howard Dean, ont cité une phrase de M. Saul: " L'éthique est la mesure du bien public; la morale est l'arme de la rectitude religieuse et sociale. "

Sa réflexion sur la religion constitue d'ailleurs un des volets les plus élégants de son essai. " Si la globalisation a tant séduit les sociétés bâties sur les mythes grecs et judéo-chrétiens, peut-être est-ce à cause d'une confusion bizarre entre salvation, fatalisme et punition. Transférés à l'économie, ces systèmes de croyances sont presque irrésistibles pour nous. "

La religion lui permet aussi de mélanger mondialisation et nationalisme. Pour M. Saul, les sursauts sanglants du nationalisme dans les Balkans et au Rwanda, et le retour de l'antisémitisme en Occident (pas seulement en Europe, selon lui) constituent autant de signes permettant de conclure que la mondialisation est moribonde.

Ancien Testament

Reste que M. Saul s'emporte parfois. La mondialisation " est curieusement juxtaposée à ce que l'on appelle les valeurs familiales, et une vision du bien et du mal inspirée de l'Ancien Testament ", affirme-t-il. Pourtant, MM. Clinton, Blair ou Chrétien, qui se sont tous attaqués aux déficits ou à la surréglementation, peuvent difficilement être considérés comme des représentants de la droite religieuse.

La mondialisation a dû son succès à l'essoufflement des " réformateurs sociaux " de l'après-guerre, croit M. Saul. " Ils ont perdu de vue le but de leurs réformes et se sont attardés à la montagne de mesures qui étaient nées de ces réformes, dit M. Saul en entrevue. À un certain moment, il y a des gens qui ont senti la nécessité de prendre la montagne, et de la rendre claire. Les réformateurs avaient perdu la vision et l'équilibre émotionnel nécessaire. "

La " nouvelle gauche " qui a assaini les finances des gouvernements occidentaux pendant les années 90- Jospin en France, Prodi en Italie, Chrétien au Canada, Clinton aux États-Unis, Blair en Grande-Bretagne, Schröder en Allemagne- est-elle l'héritière des " réformateurs sociaux " de l'après-guerre? " Non, je ne crois pas. On ne peut pas mettre Jospin à côté de Blair. " Par ailleurs, M. Saul considère que la proportion de jeunes engagés dans le processus démocratique est plus élevée que jamais, grâce au foisonnement des organismes non gouvernementaux.

L'essai parle assez peu d'une composante importante de la mondialisation, la guerre contre le protectionnisme. " Je ne suis pas en faveur du protectionnisme, commente M. Saul en entrevue. On voit en ce moment qu'aux États-Unis, c'est lié au populisme. Je suis simplement contre les solutions simplistes comme l'application de la déréglementation à tous les problèmes. "

Le philosophe n'a pas voulu donner son avis sur des cas précis, par exemple un possible affaiblissement des lois environnementales canadiennes à cause de l'ALENA, ou les décisions de l'OMC face aux subventions à Bombardier. " Dans le vrai monde, les gouvernements sont pris dans des débats binaires. Mais le débat réel est beaucoup plus large. Dans le cas de Bombardier, par exemple, on peut inclure dans le débat les investissements militaires américains dans l'aéronautique: constituent-ils des subventions? "

M. Saul reprend toutefois une analyse détaillée de l'industrie aérienne, qu'il avait déjà faite dans son livre The Doubter's Companion. En gros, il affirme que la déréglementation a diminué la concurrence dans le transport aérien, que les voyages sont plus difficiles à planifier, et que les prix sont plus élevés qu'avant. Une affirmation surprenante, compte tenu de la montée des lignes aériennes à rabais.

John Ralston Saul n'a jamais eu peur de ramer à contre-courant.



La pdg de Télé-Québec craint les vautours de la privatisation

Richard Therrien
Le Soleil samedi 10 avril 2004

Tous les ans, l'idée de privatiser Télé-Québec, ou même de fermer la boîte, refait surface. Chaque fois, on en rit jusqu'à ce que l'idée retourne dans l'oubli. Mais voici que la menace s'annonce plus sérieuse, parce que l'actuel gouvernement a le mot réingénierie estampé dans le front.

Il a fallu que le ministre des Finances, au lendemain d'un budget sévère pour Télé-Québec, relance l'idée de privatisation auprès de Jeff Fillion pour qu'on appuie sur le bouton panique. Les grands ténors de la radio, tous prêts à vendre jusqu'à leur mère au privé, ont saisi l'occasion pour liquider Télé-Québec sur la place publique. Et on a assisté à un grand cafouillage du cabinet de Jean Charest, alors qu'un ministre et l'autre se sont tour à tour contredits.

La présidente-directrice générale de Télé-Québec, Paule Beaugrand-Champagne, prend la menace de privatisation au sérieux et la sent bien réelle. "Des vautours planent au-dessus de Télé-Québec depuis plusieurs mois, dit-elle. Des individus et des groupes font du lobby à Québec, de toute évidence. Certains sont venus nous le dire, sans utiliser l'expression privatisation."

Inquiète de la situation, Paule Beaugrand-Champagne est convaincue que l'avenir de la boîte ne passe pas par la privatisation. "Quand on détient un permis d'exister du CRTC, on ne peut pas faire d'une télévision publique une télévision privée. Le CRTC va retirer le permis et ce sera terminé. Le Québec est particulièrement chanceux d'avoir sa télé publique. C'est encore plus important ici à cause de la langue. Une télé publique est obligée d'offrir à ses citoyens une programmation distincte des autres télévisions."

La pdg ne comprend pas cet empressement à vouloir privatiser, considérant que Télé-Québec a été bien gérée ces dernières années, qu'elle symbolise un enviable partenariat public-privé, et que ses cotes d'écoute se comparent avantageusement avec celles des autres télévisions éducatives dans le monde. "Depuis 1997, la présente année est la seule où Télé-Québec est en déficit. Nous avons toujours eu un excédent sur les dépenses, allant de 43 000 $ à 2,8 millions $. Je pense que c'est une entreprise bien gérée, contrairement à ce qui est répété à satiété."

Comme nous tous, Mme Beaugrand-Champagne a dû démêler les discours contradictoires des politiciens depuis la semaine dernière, qu'elle attribue à une incompréhension de la façon de gérer une boîte de télévision. "On ignore les coûts réels d'opération d'un diffuseur. Les gens s'imaginent depuis 100 ans qu'il y a trop de monde à Télé-Québec, et on traite ça à la manière de la fonction publique."

Y a-t-il donc trop de monde à Télé-Québec ? La société, qui avait 731 employés en 1996, n'a plus que 307 permanents aujourd'hui, en plus d'une soixantaine de contractuels, qui ne savent pas ce qui les attend à la fin juin. "Pour faire marcher TQS, ça prend 650 employés, comprenant les pigistes. À TVA, c'est 1250 permanents. Et à RDS, une chaîne spécialisée, ce sont entre 170 et 180 employés, plus 80 pigistes. Finalement, on se compare très bien", invoque la pdg.

Paule Beaugrand-Champagne a bien hâte que la ministre Monique Jérôme-Forget clarifie son idée de faire de Télé-Québec un outil qui servirait le concept de gouvernement en ligne. Parce que, pour l'instant, l'idée reste bien abstraite.

Quant à la question de la ministre Line Beauchamp, qui se demande s'il revient à Télé-Québec de gérer un stationnement, Mme Beaugrand-Champagne répond que la télé qu'elle dirige n'a jamais été propriétaire ou gestionnaire d'un stationnement, et que la ministre a été mal informée. "Je ne sais pas d'où ça sort, mais c'est totalement hors champ. Nous louons d'entreprises privées les édifices que nous occupons, et les stationnements."

Couper, mais où ?

Mise à part les menaces de privatisation, la pdg aura à conjuguer avec 5 millions $ en moins durant la prochaine année, qui s'ajoutent à 5,9 autres millions $ retranchés du budget en juin dernier. Et elle ignore encore où elle coupera en premier. "La plupart des employés dont les contrats arrivent à échéance à la fin juin travaillent aux services éducatifs et aux nouveaux médias. Si je devais mettre un terme à leur contrat, je devrais littéralement fermer ces deux services majeurs", craint-elle.

Couper dans la programmation ? Ce serait dangereux pour l'avenir. Restent les locaux et les studios, qu'elle compte mettre davantage à la disposition de producteurs privés. Elle évoque la possibilité de ne conserver qu'une équipe de production interne plutôt que deux, comme c'est le cas en ce moment.

On sait que Québec et les régions n'ont jamais été aussi peu présentes dans notre écran de télévision. Paule Beaugrand-Champagne assure vouloir garder les garder loin des compressions. "Nous sommes au minimum avec trois personnes dans chaque bureau régional, excluant le bureau de Québec. Je ne fermerai jamais les bureaux régionaux, il n'en est pas question."

Télé-Québec songe à la possibilité de convertir son magazine culturel quotidien (Diabolo menthe), où les régions sont très présentes, en une émission hebdomadaire. "C'est la forte présence des régions dans cette émission qui nous fait beaucoup hésiter dans notre décision", affirme la pdg.

Cependant, oubliez de nouvelles séries lourdes à Télé-Québec, comme Jean Duceppe ou Simonne et Chartrand. Dans le domaine de la fiction, le réseau se concentrera sur les émissions jeunesse. Et pour le reste, les producteurs indépendants savent déjà que le mot d'ordre est "la qualité à moindres coûts".

Dans ce contexte difficile, Paule Beaugrand-Champagne garde espoir d'éveiller le gouvernement à la situation critique que vit Télé-Québec en ce moment. "Ils se rendent compte à quel point on est extrêmement serrés. Il y a des coupures qu'on peut envisager théoriquement, mais qui sont infaisables en pratique."

"Si la modernisation passe par la privatisation, qu'on soit clair et qu'on le dise. La ministre de la Culture et des Communications dit non. Et c'est avec elle que je travaille. Je la crois."

RTherrien@lesoleil.com



Bénéfice record pour Hydro:
1,93 milliard 965 millions ont été versés au gouvernement

Claude Turcotte
Le Devoir vendredi 9 avril 2004

En 2003, Hydro-Québec a enregistré un bénéfice net de 1,93 milliards, dont la moitié, soit 965 millions, a été versée à son seul et unique actionnaire, le gouvernement du Québec. Ce fut à la fois le plus important bénéfice net (en hausse de 26,5 %) et le plus important dividende dans l'histoire de la société d'État. «Une bonne année», a simplement déclaré en conférence de presse Daniel Leclair, vice-président et chef des services financiers.

Évidemment, avec la hausse des tarifs de 3 % en vigueur depuis le 1er janvier dernier, à laquelle s'est ajoutée une autre augmentation de 1,41 % au début de ce mois, les journalistes ont tout de suite demandé quelles étaient les prévisions de M. Leclair pour l'exercice 2004. «J'ai eu assez de misère à faire les résultats de 2003, ne me demandez pas de prédire ce que sera 2004», a répondu le vice-président, qui demeure néanmoins confiant qu'Hydro-Québec connaîtra une autre bonne année. On lui avait en effet demandé si la société pourrait atteindre l'objectif mentionné par le ministre des Finances d'un bénéfice de 2,1 milliards entre avril 2003 et mars 2004.

Les résultats de 2003 sont en fait attribuables à une importante diminution de 324 millions des frais financiers par suite d'un remboursement net de la dette à long terme mais aussi à cause de faibles taux d'intérêt et de l'appréciation du dollar canadien. «C'était la première fois que je voyais un changement aussi rapide dans le taux de change», a mentionné M. Leclair. La baisse à long terme de 3,7 milliards est aussi attribuable à un remboursement net de 730 millions.

Le vice-président a toutefois prévenu que les taux d'intérêt ont sans doute atteint leur point le plus bas et qu'il faut s'attendre à une remonté des taux par suite des dépenses accrues des gouvernements, en tout premier lieu celui des États-Unis, qui augmentent leurs dettes. Quoi qu'il en soit, le vice-président pense qu'il sera possible, même si cela représente «un gros défi», de contenir les charges d'exploitation à leur niveau de 2003, en hausse de 1,7 % par rapport à 2002.

Hydro-Québec a par ailleurs obtenu des produits de 11,4 milliards, en baisse de 12,1 % sur ceux de 2002. Cette réduction de 1,57 milliard découle d'une diminution du volume des ventes sur les marchés hors Québec, mais il y a aussi eu une baisse du volume des achats hors Québec de 1,7 milliard. En revanche, il y a eu une forte croissance de la demande au Québec, de l'ordre de 8,5 TWh, qui a généré des revenus additionnels de 466 millions. Il y a notamment eu, l'an dernier, environ 42 000 unités additionnelles de logement au Québec, ce qui signifie autant de clients additionnels pour Hydro.

Par secteur, Hydro-Québec Production a déclaré un bénéfice net de 1,74 milliard, en hausse de 178 millions sur 2002. La division TransÉnergie a enregistré un bénéfice net de 397 millions, en hausse de huit millions, et la division Distribution a subi une perte de 133 millions, en comparaison d'une perte de 276 millions un an plus tôt. Les travaux de construction ont coûté 1,6 milliard, en hausse de 42,2 %.

Les investissements de la société d'État ont totalisé 3,2 milliards, pour un grand total de 13,2 milliards depuis 1999. «Hydro-Québec a ainsi repris le rôle de levier économique qu'elle jouait dans les années 80», a souligné M. Leclair en insistant tout au long de sa présentation sur l'importance de maintenir la société d'État très compétitive et par conséquent rentable. «Une compagnie qui ne fait pas d'argent ne pourra pas garder sa compétitivité», a-t-il soutenu. De 2002 à 2003, le rendement de l'avoir propre est passé de 11 à 13,2 % alors que le taux moyen du coût de la dette a légèrement régressé, de 8,4 à 8,3 %.

Depuis 1997, Hydro-Québec a versé 3,9 milliards en dividendes à son actionnaire. Cet actionnaire, comme on a pu le constater dans le discours du budget du ministre Yves Séguin, compte encore sur les dividendes d'Hydro-Québec pour boucler son propre budget à l'avenir, en plus d'imposer une taxe sur les services publics qui va coûter au moins 150 millions à Hydro-Québec, et ultimement, à ses clients consommateurs d'électricité.

Depuis 1997, en vertu d'une entente conclue entre le gouvernement et Hydro, le dividende doit atteindre 50 % du bénéfice net à la condition que le taux de capitalisation soit d'au moins 25 %. Le taux de capitalisation est le capital-action divisé par la dette plus le capital-action. Ce taux est passé de 26,2 % en 2002 à 29,9 % en 2003. Cette remontée est souhaitée afin de satisfaire les agences de notation de crédit, qui trouvent qu'un niveau de 25 % est trop bas. «Comme Hydro envisage de dépenser 19 milliards au cours des prochaines années, il faut que la capitalisation suive», a affirmé le vice-président. Et cela signifie bien sûr que les tarifs doivent également suivre.

M. Leclair a évidemment un tableau bien clair qui montre que même avec les hausses tarifaires de 2004, Hydro-Québec offre encore les tarifs parmi les plus bas au monde. L'électricité est 60 % moins chère à Montréal qu'à Toronto et cinq fois moins chère qu'à New York. Dans le rapport annuel, André Caillé, président-directeur général, rappelle que sur le marché québécois, la consommation a atteint en 2003 la quasi-totalité du volume d'électricité patrimoniale. Il ajoute que la demande devrait croître de 1,3 % par année en moyenne jusqu'en 2008, ce qui portera les besoins à 1777,5 TWh. Il répète ce qu'il a souvent dit depuis un certain temps, à savoir que des approvisionnements additionnels sont requis pour combler les besoins à court terme du marché québécois.

En ce qui concerne le dividende, qui équivaut à 50 % des bénéfices, M. Leclair a souligné que ce n'est pas une norme inhabituelle dans les entreprises, mais il trouverait néanmoins normal que le taux évolue vers les 40 %, bien que la loi actuelle permette au gouvernement d'exiger jusqu'à 75 % des bénéfices, à la condition que le taux de capitalisation de 25 % soit respecté.



Plus de 845 millions pour le Québec

Alec Castonguay
Le Devoir jeudi 15 avril 2004

Investissement Québec a connu en 2003-04 sa meilleure récolte depuis quatre ans

Investissement Québec, l'un des bras financiers du gouvernement, vient de connaître son meilleur exercice depuis quatre ans sur le plan des investissements étrangers effectués dans la province, a confirmé au Devoir Dominique Bonifacio, vice-président à la prospection des investissements étrangers pour l'organisme.

Pour l'exercice 2003-04 se terminant le 31 mars dernier, Investissement Québec (IQ) a attiré dans la province 846,2 millions de dollars répartis sur 45 projets de compagnies étrangères. Les emplois créés ou maintenus sont au nombre de 6974. Sur le plan des sommes recueillies, c'est la meilleure performance depuis 1999-2000, alors que 1,2 milliard de dollars avaient été récoltés. L'an dernier, l'organisme avait déniché 725,6 millions de dollars en investissement étranger, dispersés dans 37 projets.

Redéploiement des effectifs

Une bonne nouvelle qui ne fait qu'encourager l'équipe de prospecteurs d'IQ. Ces derniers, toujours à la recherche de compagnies étrangères intéressées à injecter de l'argent dans la province, sont passablement bousculés depuis quelques mois, en plein redéploiement des effectifs.

L'automne dernier, la décision avait été prise de «raffiner» le démarchage à l'étranger et d'être «plus efficace et plus précis» dans les campagnes de séduction qu'IQ doit mettre en avant. «Il faut être plus pointu et beaucoup plus présent sur le terrain, explique Dominique Bonifacio, lui-même un ancien démarcheur en poste durant plusieurs années en Asie. Avant, on faisait tout à partir de deux bureaux, Montréal et Paris. Nos gens voyageaient tout le temps. Maintenant, nous serons plus près de nos marchés cibles.»

Le bureau d'IQ à Paris perd deux de ses quatre démarcheurs au profit de Londres et Munich. Et les deux hommes dans la capitale française déménageront dans les locaux de la délégation du Québec, économisant du même coup sur les frais fixes. «On a choisi Londres parce qu'on a beaucoup de filières anglaises au Québec, comme Rolls-Royce ou AstraZeneca, mais aussi parce que c'est un marché très actif, dit Dominique Bonifacio. Pour Munich, cela aurait pu être Francfort ou une autre ville, mais le Québec a déjà un bureau en Bavière, c'est donc moins coûteux.»

Pour les États-Unis, le plus important partenaire commercial de la province, IQ ne travaillera plus à partir de Montréal. «65 % des 1800 filières étrangères présentes au Québec proviennent des États-Unis, mentionne-t-il. Il faut être plus présent et leur rappeler de continuer d'investir dans la province. C'est un travail constant. Et pendant qu'un démarcheur était à Montréal, il ne pouvait pas manger avec un banquier de New York susceptible de lui amener de la clientèle.»

Un démarcheur sera donc employé dans la Grosse Pomme, un autre à Los Angeles et un troisième à Chicago, toujours dans des bureaux du Québec déjà en place. Cinq personnes additionnelles continueront à faire la navette entre Montréal et les clients potentiels.

En ajoutant le démarcheur qui s'occupe de l'Amérique du Sud, plus spécialement du Chili et du Mexique, et celui qui oeuvre pour l'Asie, avec des cibles en Chine et au Japon, l'équipe de démarcheurs d'IQ est composée de 14 personnes. Un nombre stable depuis plusieurs années.

Avec la SGF qui ne déploie plus de démarcheurs étrangers depuis quelques mois, il ne reste qu'IQ et Montréal International pour vendre le Québec à l'étranger, soit une vingtaine de personnes environ.

Les efforts d'efficacité d'IQ sont nécessaires en raison de la forte concurrence qui règne entre les villes, les régions et les pays pour attirer les précieux dollars étrangers. Plus de 5000 organismes dans le monde se battent pour séduire les compagnies et les convaincre d'investir dans leur coin. «Mais notre gros avantage, c'est que nous sommes aussi un bras financier, alors que presque toutes ces institutions ne font que de la promotion», soutient Dominique Bonifacio.

Les plus énergiques et les plus imaginatifs? La France, la Grande-Bretagne et les deux Caroline, aux États-Unis. «Les Américains trouvent toujours de nouvelles mesures pour attirer des investissements, ils sont très forts», estime-t-il. Et dans certains secteurs, notamment l'aéronautique (Toulouse, France) et les biotechnologies (Boston, États-Unis), différentes régions se tirent très bien d'affaire.



Quel vote ethnique?

par Claude Collin
http://pages.infinit.net/philoman/pays/ethnique.htm

Cet empressement de beaucoup de gens à condamner la déclaration de M. Parizeau, au soir du 30 octobre, n'est pas tellement surprenant. Il y a si longtemps déjà que l'on entretient la confusion et l'ambiguïté autour du problème canadien! M.Parizeau est allé au fond des choses en ramenant tout d'un coup le problème canadien à ses vraies dimensions: celles des rapports entre deux nations.

Ce sont les contraintes historiques qui ont réduit la nation française du Canada aux limites d'une province. Placés sur la défensive par l' argumentation de M.Trudeau (depuis 1966), accusant les souverainistes de nationalisme ethnique, les stratèges de la souveraineté ont peu à peu fait prévaloir l'idée que la nation québécoise était territoriale. Cela est vrai. Mais il ne faut pas, suite à cela, faire trop bon marché de toute notre histoire, vieille de 450 ans. En insistant sur cet aspect territorial, on rend notre position difficilement compréhensible par les immigrants ne partageant pas notre culture et notre langue; en épousant la culture anglaise du Québec, comment pourraient-ils penser autrement qu'en termes de "provinciaux"? D'où l'exploitation de l'idée de séparation par les adversaires de la souveraineté.

Le vrai problème, nul ne l'exprima mieux que Diefenbaker (un siècle après Lord Durham) lorsqu'il s'écria: "One Canada, one nation". Ces paroles sont, à l'égard des québécois francophones, beaucoup plus offensantes que celles de M.Parizeau à l'égard des allophones du Québec. Car elles nient notre existence comme l'une des deux nations fondatrices du Canada de 1867. En niant notre existence comme peuple, elles nient aussi nos droits. Les termes d'"unité canadienne" ne font que perpétuer cette négation.

Le vote négatif du 30 octobre est perçu par plusieurs comme une confirmation de cette négation de la part de nos concitoyens québécois allophones. Suite à cela, M.Parizeau prend acte que les allophones d'ici préfèrent faire partie de la nation anglaise du Canada, l'une des deux nations fondatrices. On ne peut nier ce fait. C'est leur droit et malgré tous les efforts, nous n'avons pu les gagner à notre cause.

En disant les choses comme elles sont en réalité, M.Parizeau nous invite tous à la réflexion...

Nous sommes quand même loin des déclarations de P.E. Trudeau qualifiant le vote des québécois francophones de tribal. Ceux qui, aujourd'hui, tombent à bras raccourcis sur M.Parizeau, étaient alors bien silencieux, il me semble...

Que le premier ministre nous ait rappelé cela, au soir du référendum, ne scandalisera que ceux qui craignent les accusations frivoles de racisme. Nous devrions pourtant être immunisés contre ces accusations gratuites, dont la source est intarissable et unidimensionnelle. Au fond, M.Parizeau n'a rien dit d'autre que ce que tout le monde savait déjà.

Aujourd'hui, (mars 2004) huit ans après cet événement, le premier ministre canadien d'alors (M.Jean Chrétien)vient confirmer les dire de M. Parizeau.

En effet, au sujet du "scandale des commandites" il affirme que (il s'agit de quelques centaines de millions) c'était "payer peu pour faire perdre le referendum au Québec!"

Remarquons qu'il a dit :"pour faire perdre son referendum au Québec", parce que c'est le Québec qui a perdu, comme la victoire aurait été celle du Québec. C'est une question existentielle!

M. Parizeau était donc en droit de parler au nom du Québec et de dire: ce qui "nous" a battus.

Ajoutons à cela qu'un grand nombre de personnes ont reçu dans les dernières semaines de la période référendaire un certificat de citoyenneté afin de pouvoir voter. Certains de mes élèves, au pays depuis peu, m'ont affirmé qu'ils en étaient eux-mêmes surpris. Or ces gens se croyaient obligés de voter non.

Tout cela mis ensemble, pouvons-nous croire que le referendum fut un exercice vraiment démocratique? Dans un tel contexte, on peut donc comprendre les paroles de M.Parizeau. Il faudrait bien que chacun assume ses choix...si tant est qu'on en soit fier. Quant aux lieutenants de M. Parizeau qui furent les premiers à le blâmer, je pense que la moindre des choses aurait été de se taire. Ils ont préféré avoir peur "de ne plus être montrables" et rejeter avec mépris celui qui avait su conduire son peuple tout près de sa pleine réalisation.

Le vrai gagnant aux yeux de l'histoire

La vraie bataille, pour un chef d'État, est celle de l'honneur. Celle-là, Jacques Parizeau l'a gagnée haut la main, par sa dignité, sa noblesse et son idéalisme.

Peu d'hommes d'État, dans notre histoire pourtant fertile en grands hommes, ont atteint à cette stature. Lui , et sans doute Honoré Mercier ainsi que René Lévesque , se détachent de ce groupe d'hommes remarquables, parce que plus que tout autre, ils ont façonné l'avenir de leur peuple dans l'honneur et la dignité; et plus que tout autre, ils ont été victimes d'adversaires peu scrupuleux, qui n'ont reculé devant aucun mensonge pour les abattre. Heureusement, l'histoire oubliera rapidement ces gens; mais elle retiendra l'oeuvre de cet homme d'Etat génial.

En l'espace de quelques années, M. Parizeau a fait franchir à notre peuple des pas de géants. L'histoire reconnaîtra sans doute qu'il fut le véritable bâtisseur du Québec moderne. Les instruments actuels de notre développement économique sont le fruit d'une compétence extraordinaire, qu'il a toujours su mettre au service de la communauté.

Les grandes oeuvres, celles qui résistent au temps, sont toujours le fruit d'une grande passion. La passion du Québec de M.Parizeau ne s'est jamais démentie, jusqu'à maintenant. Mais son oeuvre n'est peut-être pas terminée. Accepterait-il alors de continuer encore un peu de temps, jusqu'à la réussite totale? J'imagine que beaucoup de nos concitoyens le souhaitent ardemment.

Tout se vaut car tout est pareil

Il y a pourtant une autre dimension à ce constat de Jacques Parizeau, quand il affirme que ce qui nous a battus "c'est l'argent et le vote ethnique essentiellement". On a peur des mots au point où notre société et davantage nos media, sont affectés par le syndrome des vierges offensées et celui de Pinocchio. En politique surtout,il ne faut jamais parler de la vraie question et surtout ne jamais nommer les choses par leur nom. Le mensonge est courant comme on dit eau courante.Seule l'image compte, une image uniforme, qui ne dérange personne et qui nivelle de toute part.

Allan Bloom (in L'âme désarmée, essai sur le déclin de la culture générale ) a déjà mis en lumière ce principe de base de l'éducation américaine, qui s'enracine dans la conception démocratique de nos voisins du Sud: tout se vaut parce que tout est pareil. Dans cette perspective, tout conflit issu des différences économiques, culturelles ou autres, est injustifié, parce que les citoyens constituent des atomes identiques, ayant tous les mêmes droits individuels.

L'Amérique a donc trouvé depuis longtemps un moyen d'étouffer sa conscience: il s'agit de ne pas nommer les choses dont il faudrait tenir compte et, à la rigueur, utiliser des termes insignifiants.

Chacun devrait savoir qu'on ne peut plus dire de quelqu'un qu'il est menteur, mais "politically correct"; il n'est pas sourd, mais malentendant; il n'est pas un sans-abri, mais un itinérant; il n'y a pas des riches et des pauvres, mais des bien nantis et des moins bien nantis, non pas des malades mais des bénéficiaires, etc.

M.Parizeau, heureusement, est allergique à cette dimension de la vie politique.

site d'intérêt à ce sujet: l'homo ethneticus canadien
http://pages.infinit.net/philoman/pays/ethnique.htm

Mise à jour 13 avril 2004
Faites parvenir vos requêtes ou commentaires à
Claude COLLIN - phyloman@hotmail.com


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

L'usurpateur

Jean-Luc Gouin
TRIBUNE LIBRE 15 avril 2004
ce texte a été publié dans Le Soleil
(http://www.cyberpresse.ca/soleil/) du 6 mai 2004.

Un homme attente à sa fonction


Dans la biographie du premier ministre du Québec publiée dans les pages du site cybernéen de Radio-Canada, nous pouvons lire cette déclaration de M. Jean Charest:

«
Peu importe ce que je ferai dans ma carrière politique, si je ne peux donner le Canada à mes enfants, j'aurai failli à la tâche.» (Décembre 1998, in: http://www.radio-canada.ca/util/urlJs.html?/nouvelles/elections/qc2003/biocharest/)

Plus qu'une allégeance fédéraliste (ce qui était parfaitement connu des citoyens, il est vrai, avant l'élection du parti libéral il y a un an aujourd'hui même), cette position idéologique signifie d¹emblée, clairement et hors de tout doute que les intérêts du Canada conservent aux yeux de M. Charest absolue priorité sur ceux du Québec. Ce qui en toute logique signifie qu'en cas de litige - et qui pourrait affirmer qu'ils ne sont pas d'ores et déjà nombreux, tenaces et fondamentaux ces contentieux entre les deux États gigognes? - le Premier ministre actuel du Québec s'accorde d'office et unilatéralement le mandat, si nécessaire ou approprié en vertu de son propre entendement, de désavouer ou de s'inscrire en faux contre ce qu'il représente lui-même, en sa personne, dans sa fonction de chef d'État.

Par voie de conséquence et par définition, citoyen Charest, vous attentez à votre fonction.

Il s'ensuit, monsieur le Premier ministre, que je ne puis plus à titre de citoyen québécois vous reconnaître comme dépositaire du destin de la nation dont je suis l'un des fils.

M. le Premier ministre, vous êtes un usurpateur.


Jean-Luc Gouin
LePeregrin@yahoo.ca
Capitale nationale, 14 avril 2004




TRIBUNE LIBRE

IL Y A UN AN : L’ORAGE

Patrice Boileau
Directeur des communication du conseil exécutif péquiste de la circonscription de Chambly
Propos personnel
TRIBUNE LIBRE 15 avril 2004

Tous les Québécois s’en souviennent. Peu de temps après avoir entendu les médias télévisés confirmer la victoire du Parti libéral de Jean Charest; la portion sud du Québec subissait la colère de Taranis. Ne manquait plus qu’une voix perçant le ciel courroucé pour faire entendre : « Pardonnez-leur Père, car ils ne savent ce qu’ils font !!!» L’entrée en scène des libéraux ne pouvait être davantage diabolisée!

Que retenir après une année d’administration libérale? Encore le tonnerre! Celui-ci émane cette fois de la grogne des Québécois. Le dernier sondage de la maison Léger-Marketing pour le compte du journal de Montréal dévoile que 60% d’entre eux concèdent avoir fait un mauvais choix au moment de voter le 14 avril 2003. Peut-être ont-ils plutôt été dupés par les promesses de Jean Charest…

Il faut également répéter que la victoire du Parti libéral est le fruit de « frappes ciblées » d’Ottawa. Le fédéral a effectivement réussi à fourvoyer les Québécois sur les qualités de l’ancienne administration en détournant les surplus générés par la prospérité. Le discours étatique péquiste est donc demeuré à forte saveur d’austérité budgétaire. Ce qui en a convaincu plusieurs que le principe du « bon gouvernement » n’est plus possible au Québec sans la souveraineté. Or, comme celle-ci ne fut pas au rendez-vous il y a un an, 30% de l’électorat a boudé le scrutin. Était-ce cela aussi : l’orage?

D’autres, attirés par des promesses de baisses d’impôt, constatent aujourd’hui amèrement qu’elles ne viendront pas à cause du déséquilibre fiscal, et non pas parce-que les souverainistes étaient au pouvoir et empêchaient toutes collaborations avec le gouvernement du Canada. Même John Parisella admettait, sur les ondes de Radio-Canada le 14 avril dernier, difficilement supporter de voir le ministre des Finances Yves Séguin vendre des actifs québécois pour boucler son budget, à cause de l’étranglement fiscal. Malheureusement; l’ancien chef de cabinet du premier ministre Robert Bourassa manque de courage et ne fait pas le choix du Québec.

Heureusement, des milliers d’autres ont maintenant compris et comptent participer activement, durant les prochains mois, à des manifestations pacifiques contre Jean Charest et les millions de dollars gaspillés en propagande canadienne par Ottawa. Il ne faudra pas se surprendre d’ailleurs de voir l’appui à la solution souverainiste pulvériser la barre des 50%, lui qui atteint actuellement 49%. L’annonce d’un rendez-vous électoral souverainiste, vers 2007, pourrait propulser cet appui vers les mêmes sommets atteints lors de l’échec du Lac Meech en 1990. Un fort sentiment de résistance domine au Québec depuis les derniers événements politiques. En 2007, à 50% plus une voix, pourquoi ne pas offrir l’occasion aux Québécois d’appliquer l’adage: après la pluie, le beau temps.



TRIBUNE LIBRE

Radio-Canada - Télévision publique ou Télévision d'État ?

Jean Dunois, Matane
TRIBUNE LIBRE 15 avril 2004



Je désire porter à votre attention la publication des deux critiques suivantes sur internet:


http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/4-14.html#tlhp et
http://www.lequebecois.org/CourrierLecteurs.aspx?id=177&page=0


Je suis au regret de vous informer être rigoureusement d'accord avec le contenu de ces textes portant sur la société publique Radio-Canada.

Je crois qu'il y a encore de la qualité chez vous, et que tout n'y est pas mauvais en dépit du fait que vous soyez devenue une télévision très commerciale qui s'apparente largement (et je le regrette beaucoup) à TVA et à Quatre Saisons. Je regrette amèrement aussi la publicité qui dépasse la saturation du raisonnable (souvent je «débarque» d'un film ou d'une émission véritablement apprécié(e) par dégoût de me voir ainsi interrompu, constamment, par cette publicité). Ça devient rien moins que de l'agression tout à la fois de l'art, de l'intelligence et de l'auditeur de manière plus générale.

Et pourtant, une partie de mes impôts vont à votre chaîne, alors que ces antennes dites privées ne vivent que de sources de revenus émanant des "commandites" (connotation «neutre» du terme....). Cela dit, si la programmation de celles-ci s'avérait moins vaine, je pourrais essayer de regarder de ce côté-là de temps à autre; mais jusqu'à nouvel ordre ce m'est devenu tout à fait impossible. Mais revenons à vous, SRC.

Ce qui me fait sans doute le plus mal, Radio-Canada, c'est que vous avez perdu ma confiance autrefois quasi totale. Vous étiez fiable et crédible sur les dossiers chauds: vous ne l'êtes plus indistinctement. L'approche de la Question politique québécoise, par exemple, est chez vous souvent biaisée; ce fut particulièrement remarquable à compter du milieu des années quatre-vingt dix (référendum de 1995 sur la Souveraineté). Dans ce contexte, la SRC a littéralement accepté de devenir «instrument d'État» (c'est ma lecture des choses, en tout cas) au service de l'«unité canadienne»: métamorphose de télévision publique en télévision d'État, en quelque sorte.

Or est-ce ainsi que l'on soigne, entretient et chérit une Démocratie ???
*

Je crois qu'il y a encore des gens compétents à Radio-Canada, et investis d'un haut sens professionnel; mais ce n'est plus généralisé et on sent que ces personnes n'ont pas forcément les coudées franches. Aussi j'incline fort à penser que le problème ne réside pas vraiment - ou enfin, pas d'abord - chez le personnel ou les «exécutants» (comme ce M. Alexandre Deschêne, par exemple, à qui je serais prêt à accorder le bénéfice du doute si, bien sûr, il... ne prend pas l'habitude de répéter des reportages tendancieux comme celui dont parlent Mme Pisier et M. Gélinas). Je crois en effet que le réseau de Radio-Canada ne peut avoir tourné si mal qu'avec l'aval - pis: avec la volonté claire et affirmée - de la haute direction. Elle-même relevant directement des instances gouvernementales fédérales.

Aussi, il est certain que la SRC ne retrouvera jamais sa crédibilité (si tant est qu'elle y parvienne un jour) tant que: 1) les «maîtres» des lieux n'auront été limogés, et 2) le gouvernement canadien ne garantira pas, hors de tout doute, la totale indépendance éditoriale du réseau public. Soit dit en passant, il en sera de même, quant à moi, concernant le gouvernement du Canada. Nonobstant mes propres «couleurs», qui importent peu ici, il m'apparaît qu'un gouvernement libéral à Ottawa ne recouvrera jamais, non plus, la confiance de la population si ce sont toujours les mêmes Pierre Pettigrew, les mêmes Denis Coderre, les mêmes Lucienne Robillard et... les mêmes Paul Martin «bouseux» des onze dernières années qui nous répéteront ad nauseam, la main sur le coeur, qu'ils laveront désormais plus blanc que blanc...

La télévision de Radio-Canada s'était construite patiemment une formidable et solide réputation d'excellence tout au long de ses premières quarante années d'existence, et depuis plus longtemps encore pour ce qui a trait à son réseau radiophonique. Or en quelques années à peine, elle est parvenue de ses propres mains à mener au gouffre cet extraordinaire respect qu'elle inspirait.
**

Quel gâchis. Quel gâchis. Comment voulez-vous en ces conditions, je réitère ma complainte, que je vous accorde à nouveau ma confiance - et de citoyen et d'auditeur...? Et je ne m'étendrai même pas ici sur la détérioration, voire la dégénérescence de la qualité linguistique. Sinon, je ne saurais présumer si je terminerai ce billet ou dans le courroux ou dans les larmes...

J'ai le sentiment d'avoir été trahi par Radio-Canada.
Et ça, c'est impardonnable. Parce que blessant jusque dans le coeur de l'esprit.


Jean Dunois
JeanDunois@sympatico.ca

Matane, Québec
15 avril 2004


*  En guise de complément sur cette présumée démocratie - car la SRC, ultimement, on le sait, relève de «plus haut» qu'elle - je renverrai à cet éditorial récent aux allures bellement «bissonnettiennes»: http://ledevoir.com/2004/04/08/51704.html

**  Et puis plutôt que de plonger tête première, bien remplie et bien formée, dans ce créneau de la qualité et de la crédibilité, ainsi laissé en déshérence sinon en vacance, voilà que notre bien nommé gouvernement «provincial» cherche de son côté à affaiblir Télé-Québec, l'unique télévision publique proprement québécoise. À croire que la vision, l'intelligence et un authentique sens de l'État constituent des qualités formellement interdites au sein de cette administration. Mais voilà déjà autre chose.





COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

14 avril 2004