
Québec, d’abord un projet de pays
Claude Bariteau et André Campeau
anthropologues.
Le Devoir du 15 et du 16 avril 2004
Version intégrale du texte paru dans Le Devoir du 15 et du 16 avril 2004
L’urgence de choisir l’affirmation
Premier de deux textes
Depuis longtemps, l’avenir du Québec se joue tous les jours. Il y a eu toutefois des périodes tranchantes. L’une d’elles se produira dans les douze prochains mois. L’enjeu : le projet d’indépendance que partagent plus de 2,5 millions de Québécois et de Québécoises de toutes origines. Aussi les décisions qu’ont à prendre le PQ et le BQ sont déterminantes. S’ils ne s’affichent pas clairement et prioritairement indépendantistes, il y aura des scissions et naissance d’un nouveau parti avec le mandat de faire le pays du Québec. Voici pourquoi.
Issu d’une alliance entre deux groupes souverainistes et un troisième, indépendantiste, le PQ a rapproché des personnes associées à deux mouvements, l’un national et l’autre social, inspirés des idées progressistes des années 1970. Ce rapprochement eut ses heures de gloire avec la prise du pouvoir en 1976. Après 1980, ce fut différent : jamais assez à gauche, jamais assez indépendantiste, sauf en 1994-1995, ce parti est peu à peu devenu une organisation sous l’égide d’habiles technocrates, image dont il essaie actuellement de se départir.
Quant au BQ, il est né d’une déception : le refus du Canada de reconnaître le Québec comme une entité politique distincte. Fondé par des dissidents libéraux et conservateurs nationalistes, ce parti s’est solidifié par une percée à gauche et devint un calque du PQ. Parti d’opposition, il s’est voulu défenseur des intérêts du Québec à la Chambre des communes et promoteur de sa souveraineté. Sur la scène canadienne, ce parti brouille les cartes autant qu’il alimente le désenchantement des Québécois.
Ces dix dernières années, la chute du mur de Berlin et la dissolution du bloc communiste ont profondément modifié la donne politique partout dans le monde. Des courants conservateurs et néo-libéraux ont essaimé dans un univers où se sont constitués de nouveaux ensembles supranationaux. Il en a découlé une remise en question des politiques nationales et sociales. Cette mouvance, renforcée en Occident par la valorisation du pluralisme identitaire, amena les États à se doter de nouveaux repères pour contrer l’effritement de leurs assises.
Pour les tenants des réformes sociales et les porteurs de revendications nationalitaires, ce nouveau cadre impose des révisions. Face aux coupes, parfois radicales, dans les programmes sociaux, les premiers firent du maintien de ceux-ci leur principale requête. Quant aux seconds, sous attaque principalement dans les États fédéraux, ils durent choisir entre une démarche sécessionniste, qui remet en question l’intégrité du territoire de l’État auquel ils participent, et un repli qui prône la protection des minorités nationales ou non.
Décodant que l’apparition d’ensembles supranationaux est propice à la création de nouveaux pays, les dirigeants canadiens ont redoublé d’effort pour insuffler de nouvelles fondations à leur pays. Entre autres, ils ont institué des programmes générateurs de rapprochement entre les Canadiens. Décriés au Québec, ils s’y propagent et contrecarrent le développement politique de la société québécoise et sa capacité de déploiement dans le monde. Pour faire accepter ses programmes, le gouvernement fédéral a renforcé les contraintes de sortie, serré la vis dans les paiements de transfert et détourné des fonds pour commanditer sa visibilité au Québec.
Ces dernières années, c’est sur cette toile de fond qu’au Québec se sont réalisés et se réalisent encore débats, crises, palabres, critiques et recherches pour dynamiser les problématiques sociales et revoir la question nationale. De multiples avenues furent identifiées et, parfois, des convergences porteuses d’une nouvelle approche ont vu le jour sans pour autant se matérialiser. Tout se passe comme si le cadre provincial, sous contrôle fédéral, est devenu une entrave pour aborder de front nos problèmes d’aujourd’hui.
Si tout cela n’a pas refroidi nos élans nationalitaires et nos visées sociales, nous nous sommes néanmoins recroquevillés « le cul assis su’l statu quo » (Cowboys Fringants). Et, l’hiver à nos portes, toujours indécis, nous piétinons dans l’attente d’un je ne sais quoi. Mais plus nous piétinons, plus nous perdons du temps. Inlassablement, jour après jour, nous nous transformons en un peuple subordonné qui s’agite dans une arène devenue insignifiante parce que provinciale. Une arène coupée du monde et qui nous en coupe. Quasi un hospice, presque un asile.
Tous les jours, nous devenons cependant plus conscients du contresens de notre présence dans le Canada. C’est d’ailleurs ce qui explique l’existence au Québec d’un mouvement sécessionniste d’envergure qui n’a point de cesse de se développer. Près de la moitié des Québécois et Québécoises de toutes origines s’y rallie. Ses adhérents, majoritairement âgés de 20 à 55 ans et actifs sur le marché du travail, sont d’affinités politiques diverses. Plus au centre et à gauche mais aussi à droite. En grand nombre d’origine canadienne française, s’y trouvent de plus en plus de jeunes de l’immigration récente et des membres des communautés linguistiques.
Fer de lance de la nation politique à laquelle ils s’identifient, ces Québécois et Québécoises veulent un pays membre à part entière des Nations Unies. Un pays foncièrement démocratique et fondé, comme tout État de droit, sur la primauté des droits individuels, la liberté d’opinion et d’association, la valorisation des droits sociaux et culturels, le respect des minorités, la protection de l’environnement et le maintien des engagements du Québec en ces domaines. Ils veulent cela pour s’affirmer.
Ce mouvement sécessionniste, qui nous annonce, tourne cependant à vide. Notre piétinement y est pour beaucoup, nos alignements politiques aussi mais, encore plus, notre hésitation à choisir. Or, choisir, c’est avant tout s’assumer. Choisir de faire sécession, c’est choisir de s’affirmer comme nation politique. C’est choisir de quitter le terrain de l’ambiguïté et celui du repli. Dans l’histoire d’un peuple, cette affirmation est un acte de reconnaissance de soi et d’ouverture au monde. Cet acte installe le « nous » et, par des règles politiques, inscrit les contours du vivre ensemble.
Nous en sommes là, à l’aube d’un événement qui, fortifiant notre univers référentiel, modifiera à tout jamais nos façons d’être. Fonder un pays, c’est ça et plus encore. Il y a vraiment urgence de choisir l’affirmation.

Québec, d’abord un projet de pays
Claude Bariteau et André Campeau
anthropologues.
Le Devoir du 15 et du 16 avril 2004
Une coalition pour faire le pays
Dernier de deux textes
Installer le « nous », ça se prépare. Pour savoir ce qu’on veut comme pays, il faut visualiser l’ensemble, en convenir collectivement et se doter d’un cadre politique qui assure autant la participation des citoyens et des citoyennes que l’expression des diverses tendances lorsque des décisions doivent être prises et mises en œuvre.
Avant le dernier référendum, il y avait eu une certaine préparation avec la Commission Bélanger-Campeau. Elle fut complétée par une consultation populaire et la mise au point d’un projet de « souveraineté partenariat ». Il y avait toutefois des flottements sur sa forme. Depuis que le Canada s’est montré récalcitrant à tout partenariat avec le Québec, cette idée, qui battait déjà de l’aile, est aujourd’hui remplacée par un partenariat avec tous les pays en commençant par ceux membres de l’ALÉNA : les États-Unis, le Canada et le Mexique. Ce genre de partenariat s’établit par entente ou traité. C’est ce qui se fera.
Ce point est majeur. Il conduit à voir le Québec comme membre à part entière des Nations unies et de ses organismes subsidiaires, tel l’UNESCO, membre aussi des grands organismes économiques mondiaux, dont l’OMC et la BM, et des organismes militaires auxquels le Canada est associé, l’OTAN et le NORAD, ce qui, dans ce dernier cas, est une pratique reconnue de continuité lorsqu’un pays naît d’une sécession.
Voilà qui met la table. Le Québec dans le monde n’aura rien d’une province. Il assumera les pouvoirs qui reviennent aux États souverains et signera des traités en conséquence. Il aura son armée, un ministère des relations internationales, d’autres pour le développement économique, le transport et les communications, la planification, la protection du territoire, les relations avec les citoyens et citoyennes, celles avec les nations autochtones, la protection de l’environnement, etc. Tout cela s’ajoutera aux pouvoirs qu’assume déjà le Québec : santé, éducation, services sociaux, municipalités, voirie, impôt et tout le reste dorénavant sans ingérence canadienne.
Installer le « nous », c’est faire pays en se dotant d’institutions en propre pour y véhiculer nos visées. Il nous revient de l’édifier en introduisant des paramètres à notre mesure. Le lendemain de sa fondation, si le Québec change de statut, les forces sociales qui l’animent ne vont pas s’évanouir. Elles seront au contraire porteuses des orientations qui caractérisent nos façons de faire. Elles s’activeront sur plus de dossiers et seront encore plus parties prenantes des vraies décisions.
Cela introduit à un deuxième point majeur : le cadre politique à l’intérieur duquel nous vivrons ensemble. Le cadre actuel résulte d’aménagements introduits progressivement à l’intérieur d’un système parlementaire, d’origine monarchique, qui faisait sens dans un ordre colonial. Ces aménagements, s’ils en ont bonifié le fonctionnement, n’ont pas changé la nature de ce système. Sa particularité est d’accorder un pouvoir législatif et exécutif trop grand au Premier ministre et au parti qui détient le plus grand nombre de sièges. Un régime qui sépare clairement le pouvoir législatif du pouvoir exécutif favorise mieux la participation à la rédaction des lois et rend plus imputables les membres du gouvernement. Les régimes républicains ont habituellement cette portée. Il nous reviendra d’en instaurer un qui favorise le débat et permet de prendre des décisions qui rejoignent les préoccupations de l’ensemble des citoyens et des citoyennes.
Une telle installation a tout d’un projet de pays. Quand une nation politique en est là, ses priorités changent. Installer le « nous » prime, de loin, sur tout projet de société. Il prime parce que cette installation fonde le pays au sein duquel nous débattrons de projets de société, c’est-à-dire des pratiques sociales, de nos positions dans les grands dossiers, des orientations données à l’armée, etc.
Rendus où nous sommes, lier projet de pays et projet de société conduira à des culs-de-sac, les plus importants étant l’unanimisme et la banalisation des débats. Il importe plutôt de s’entendre sur le projet de pays et les institutions politiques, dont le type de régime, que nous voulons pour assumer notre vivre ensemble dans le monde d’aujourd’hui. Nous en sommes là. Ça se sent. Comment dire? Une nation politique, qui a franchi tout ce chemin, sait, un jour ou l’autre, que c’est là qu’elle voulait se rendre.
Quand une nation politique en est là, il lui revient d’inventer une voie qui conduira au pays. Sur ce point, le recours à un référendum, valable pour refaire le Canada en association ou en partenariat, a le défaut d’obliger à un détour pour aller à l’essentiel. Ce détour est l’élection d’un parti qui en fait la promesse. La réforme annoncée du mode de scrutin le rendra tortueux. De plus, ce détour, parce qu’il ouvre la porte à la gouvernance, peut se transformer en piège ou, les contraintes de la loi C-20 aidant, devenir un cauchemar. Mieux vaut une démarche directe et sans faux-fuyant.
Alors, que faire? Nous n’arriverons pas à fonder le Québec éparpillés dans des partis qui prônent divers projets de société. Nous continuerons de piétiner et, le temps aidant, nous nous automutilerons. La nouvelle voie peut passer par une coalition qui, temporaire mais ô combien importante, réunit des forces sociales, parfois des partis et des personnes, connues et respectées, dans la poursuite d’un intérêt commun. Fonder un pays, c’est mettre à l’œuvre ceux et celles qui partagent ce projet.
La coalition actuellement prônée par le PQ n’a pas cette visée. Au nom d’une certaine souveraineté, elle vise à rassembler des forces de gauche et de droite pour mieux asseoir au centre des idées réformistes. Sa visée est d’accéder au pouvoir et, de là, réaliser un troisième référendum. Cette approche ne tiendra pas la route. Nous sommes à un tournant qui nécessite la création d’un moyen qui assurera le passage au pays. Aussi importe-t-il de créer une coalition indépendantiste.
Le PQ et le BQ pourraient devenir le théâtre de cette coalition en se dotant d’un programme politique de pays et en optant pour une plate-forme qui y conduit. Pour ce faire, ils doivent s’afficher clairement et prioritairement indépendantistes. Cette coalition faite, ses membres devront tenir un discours de fondateurs de pays et dire haut et fort qu’il n’y a rien à gagner à gérer l’hospice que devient la province au sein du Canada, leur seul but étant de faire le pays dès leur élection à la majorité absolue. Si le PQ et le BQ n’empruntent pas cette voie, il y aura des tensions majeures, probablement des scissions.
Sous attaque, les Québécois et les Québécoises doivent aujourd’hui se surpasser. Ils se préparent depuis longtemps à se doter d’un pays, multipliant leurs expertises et leurs savoir-faire dans tous les domaines. Au dernier référendum, ils ont même préparé avec responsabilité le lendemain d’une victoire. À notre connaissance, peu de peuples aussi jeunes ont tant investi, sans armes et sans violence, pour fonder leur pays. Il ne faudrait surtout pas, le moment venu d’agir, s’égarer dans des errances douteuses alors qu’on peut choisir une voie qui rassemble et conduit droit au but.

Un spécialiste critique le fédéralisme de Charest
Norman Delisle
Le Soleil vendredi 16 avril 2004
PC - Le premier ministre du Québec, Jean Charest, agit de façon "imprudente et téméraire" en ne formulant aucune exigence en échange de son travail pour renforcer la fédération canadienne, estime le spécialiste André Burelle.
Cette accusation provient d'un fédéraliste convaincu et militant de longue date. M. Burelle est un ancien conseiller politique fédéral qui a travaillé pour les gouvernements de Pierre Elliott Trudeau et de Brian Mulroney. M. Burelle craint que le Conseil de la fédération, que M. Charest a contribué à mettre sur pied, ne devienne impuissant.
Dans un dossier paru dans le numéro d'avril de la revue Options politiques, publiée par l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), M. Burelle juge que la stratégie de M. Charest de ne pas avoir réclamé de garanties "risque de le perdre". "M. Charest fait preuve d'une ouverture louable, mais imprudente, voire téméraire, en n'exigeant aucune garantie politique qu'on lui accordera l'équivalent de l'Accord de Meech en échange du renforcement de la fédération, écrit M. Burelle. Cela risque de le perdre. Sans cette garantie minimale du reste du Canada, les Québécois refuseront de s'ouvrir au partenariat fédéral-provincial proposé par M. Charest."
Cette négligence du premier ministre québécois risque de "réduire à l'impuissance" le Conseil de la fédération, créé en janvier dernier à l'instigation de M. Charest.
Ottawa risque de plus en plus de considérer en effet le Conseil de la fédération comme "un simple lobby des provinces". Si les efforts fédéraux pour réduire le Conseil portent fruit, "Québec se replierait sur son réflexe traditionnel, celui d'exiger un droit de retrait (des programmes fédéraux) avec pleine compensation".
"C'en serait fini de la logique de négociation (et) du droit à la différence" proposé par les libéraux du Québec pour le renouvellement du fédéralisme, estime le constitutionnaliste fédéraliste. M. Burelle se montre très modérément optimiste dans la situation actuelle. Dans le cadre de la création du Conseil, les provinces devront faire "une véritable reconquête de leur statut de partenaires souverains de la fédération".

Charest, Martin victims of winds of change
JOSEE LEGAULT
The Gazette Friday, April 16, 2004
In politics, the promise of change has a magical ring to it. For most products - that includes parties and leaders - the label "new and improved" usually sells. But for Paul Martin and Jean Charest, the word change has turned into a nightmare.
Ironically, these two leaders, who promised sweeping changes on everything, have delivered precious little. Joined at the hip by killer polls, their support is plummeting - Martin for failing to change anything and Charest for trying to change too much.
In Martin's case, the ultimate irony is that it was his predecessor and arch enemy, Jean Chretien, who made some real changes to federal politics just before he left. By adopting new, more-ethical rules on the financing of political parties and by standing up to President George W. Bush on Iraq, Chretien made the kind of changes Martin probably never would have had the courage, or the beliefs, to impose.
So far, Martin has failed to deliver the same kind of deep changes. Since he became prime minister, Martin chose instead to play old-style politics: refusing any responsibility in the sponsorship scandal, throwing out Chretienites with the arrogance and vengefulness usually found in old, tired politicians, touring frantically in the remotest of places while denying this has anything to do with the next election, and so on.
If Martin continues to make such an anachronistic spectacle of himself, even Conservative leader Stephen Harper will start to look fresh in comparison. Give him enough time and Harper will represent change. And time could be exactly what Martin gives him if he postpones the election. But if he does, he'll also have to withstand the ugly fallout that's sure to come from the publication of Sheila Copps's tell-all book in September.
No wonder Martin wants to meet with the Dalai Lama, surely hoping for some wise advice and solace. It seems to me he should also schedule a much-needed visit to the famous sanctuary of St. Jude in Montreal, the patron-saint of desperate causes.
So while Martin suffers for failing to bring on any real change, Charest gets punished for wanting to bring in too much of it. Charest's own ultimate irony is that for all his re-engineering rhetoric, he has actually changed very little in the governance of Quebec.
Other than the modification of Article 45 of the Labour Code which allows for more contracting out of public services and his reported intention of reducing the job security of government employees, Charest falls desperately short of his ambition to turn the page on the Quiet Revolution.
He did increase the price of day care to $7 a day, but even the previous Parti Quebecois government knew it would have had to do the same eventually. Given how obedient our premiers have become to Andre Caille, president of Hydro-Quebec, any PQ premier would have been just as tempted to hand him the increases in rates he demanded and received recently.
Charest's Finance Minister, Yves Seguin, didn't rock the boat much, either, even managing to deliver somewhat of a socially progressive budget that included some imaginative anti-poverty measures, the return of family allowances and a sizeable investment in social housing. Even renowned social activist Francoise David applauded these measures.
In health care, as hard as Charest tries to push for more privatization, even in the sensitive area of hospital administration, he had to face the wrath of his health minister, Philippe Couillard, who rushed to deny any such change would be made under his direction.
As for the two superhospitals, you can bet even though Charest tried to sideline his minister by handing this crucial file to Brian Mulroney and Daniel Johnson - two old, ideologically aligned friends - Couillard will fight to keep the tightest grip possible on la suite des choses.
If this continues, Charest stands to deliver only a fraction of the changes he advocated. One reason might be bad polls. But another, which partly explains the polls, is that many Quebecers, for all their talk of wanting to boot the behinds of civil servants, resist changes that can weaken the state too much.
When you add to this a level of 40-per-cent unionization and the pro-PQ component that is also part of the unions' resistance to Charest, you end up with a mix that could bring Charest to retreat from a number of changes he intended to implement.
Still, communications are also a problem for Charest. So here's one change he should make pronto: Bring back special adviser Ronald Poupart, his highly competent, Bourassa-style former chief of staff who's just been ousted from the bunker. And ditch Monique Jerome-Forget, the most disastrous president of the Treasury Board in decades.
That could help the premier delay his much-needed visit to the St. Jude sanctuary.

Charest deserves better
The Globe and Mail Friday, April 16, 2004
Editorial - Few Quebec politicians have had as short a honeymoon with voters as Premier Jean Charest. His popularity has plumbed new depths by the week and his first anniversary in office Wednesday was greeted with widespread street protests led by labour unions, students and social activists.
The opposition was predictable, because Mr. Charest has vowed to reduce the size and scope of government and has pushed through legislation that weakens the power of the unions by making it easier for public services and private companies to contract out part of their operations. Raising the public daycare rate to $7 a day from the $5 level set by the previous Parti Québécois government and delaying promised tax cuts (because of a bare cupboard) have also hurt Mr. Charest's popularity.
But the dissatisfaction runs much deeper than that. His government's approval rating among all voters has plummeted to about 35 per cent and his support among francophones has dwindled to less than 17 per cent. That's what happens when you set out an ambitious agenda of reform designed to clean up Quebec's fiscal mess, fix its chronic health-care problems, reduce the bloated bureaucracy and make the province more efficient and competitive. Such drastic change, which would reverse decades of state expansion and intervention, is never going to be popular -- at least not initially. It requires a degree of sacrifice and pain that will not sit well with public service unions or anyone else affected by it.
But the reforms are no less vital for all that. Only when its house is in order will the government have the flexibility it needs to boost spending significantly for health care and other essential services and to give up the province's unwanted title as Canada's most heavily taxed jurisdiction. If anything, Mr. Charest has not been bold enough in executing his plan and has done a poor job of selling it to the electorate. What he has mapped out would change the very nature of the government's role in Quebec society, and he must move quickly to implement the full range of policies needed to make that happen.
If the Premier and his cabinet colleagues have the stomach to stay the course, Quebeckers will reap the benefits down the road and will suitably reward Mr. Charest's Liberals for their efforts. Maintaining the status quo may be a preferable political choice for those panicking at the poll numbers. But it is no option for a true leader.

Commandites
Au tour des dirigeants des agences Groupaction et Everest de témoigner
Le Soleil vendredi 16 avril 2004
PC Ottawa - Après une pause de quelques jours, le scandale des commandites risque d'attirer, la semaine prochaine, tous les regards alors que trois dirigeants d'agences de publicité défileront devant le comité parlementaire qui enquête sur l'affaire.
Claude Boulay du Groupe Everest, Jean Brault de Groupaction et Gilles-André Gosselin de Gosselin Communications témoigneront lundi, a confirmé le Comité des comptes publics en fin de journée, hier.
C'est la première fois, depuis l'éclatement du scandale en février dernier, que des dirigeants d'agences de publicité citées dans le rapport de la vérificatrice générale s'exprimeront publiquement sur le Programme de commandites. Pourtant, leur ombre est continuellement présente lors des séances du Comité, étant donné le rôle des agences dans cette controverse.
Entre 1997 et 2001, une poignée d'agences de publicité entretenant des liens étroits avec le Parti libéral du Canada a empoché près de 100 millions $ en généreuses commissions et honoraires. Dans son rapport, la vérificatrice générale souligne plusieurs cas de facturations douteuses, de contrats modifiés, et d'absence flagrante de respect des règles et politiques.
Selon le député bloquiste Odina Desrochers, qui siège au Comité, les trois dirigeants devront se mettre à table et expliquer "comment ça se fait qu'ils ont touché des commissions" généreuses. Ils devront répondre, pendant au moins quatre heures, aux questions des députés qui pourraient, au terme de la journée de lundi, les inviter à comparaître également le lendemain.
M. Desrochers espère de plus que la comparution de ces témoins permettra au Comité de faire la lumière sur les "liens politiques" entre les agences et le gouvernement libéral, d'autant plus que le Comité a déjà entendu des témoignages de sous-ministres, de fonctionnaires des Travaux publics et d'anciens ministres et de dirigeants de sociétés d'État.
Charles Guité
Les travaux du Comité attireront aussi tous les regards, jeudi et vendredi prochains, lorsque ce sera au tour de Charles Guité à témoigner. Cet ex-gestionnaire du défunt programme, perçu par plusieurs comme l'un des témoins clés, s'expliquera aussi pour la première fois en public.
"Après le témoignage de M. Guité, on va avoir fait le tour du portrait pour une première fois", a expliqué Odina Desrochers, qui croit que le Comité pourrait être en mesure alors d'assembler plus facilement le casse-tête.
En 2002, M. Guité avait répondu, à huis clos, aux questions du Comité dans l'affaire des trois rapports identiques de Groupaction. Son témoignage, qui a depuis été rendu public, nous apprend que l'ex-fonctionnaire avait refusé de répondre à plusieurs questions justifiant cette attitude par le principe de confidentialité envers le ministre duquel il relevait.
Cette fois-ci, il ne pourra se réfugier derrière cette excuse puisque le gouvernement a suspendu ce devoir de réserve pour la période étudiée par le Comité.

L'autre Suroît
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi 16 avril 2004
On a beaucoup critiqué le projet de centrale thermique du Suroît, à tel point que le gouvernement a dû confier l'analyse du dossier à la Régie de l'énergie, qui doit rendre un rapport en juin. Or un autre projet du même type vient de rater l'examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), qui recommande de n'avoir recours au thermique qu'en dernier ressort. Que fera le gouvernement?
Encore une fois, le BAPE remet les pendules à l'heure. Dans un rapport d'une limpidité remarquable, les commissaires du BAPE qui ont tenu des consultations à Bécancour, ville hôte du projet de centrale thermique de la société albertaine TransCanada Energy, en arrivent à la conclusion que le Québec devrait choisir d'autres filières que celle du gaz naturel pour répondre à la croissance prévisible de la demande en électricité. Le BAPE rappelle que la réalisation de cet autre projet de centrale thermique dérogerait, comme le Suroît, à deux grandes orientations adoptées par le gouvernement du Québec, soit la Politique de l'énergie, qui demande de tenir compte des critères du développement durable dans le choix des filières énergétiques, et le protocole de Kyoto, qui exige la réduction des émissions de gaz à effet de serre sous le niveau de 1990.
Rappelons que le projet de cogénération présenté par TransCanada Energy consiste à brûler du gaz naturel importé pour produire de l'électricité et de la vapeur qui serait vendue à l'usine de magnésium Norsk Hydro située tout près. Comme le souligne le BAPE, l'usine fonctionnerait sur une base permanente au cours des 30 prochaines années avec un taux d'efficacité énergétique d'à peine 60 %. À elle seule, elle ferait augmenter les émissions de gaz à effet de serre du Québec de 1,8 %, soit l'équivalent de 400 000 véhicules, et accentuerait du tiers l'effort auquel le Québec s'est engagé en adhérant au protocole de Kyoto.
Aux vues du BAPE, le Québec peut satisfaire à «la plus grande partie» de la croissance de la demande au cours des prochaines années en menant à terme les projets d'équipements hydroélectriques déjà envisagés. Pour le reste, le BAPE suggère d'aller beaucoup plus loin en matière de production d'énergie éolienne mais surtout d'exploiter le fort potentiel d'économies d'énergie laissé pour compte jusqu'à ce jour malgré les engagements de la politique énergétique du gouvernement.
Par ailleurs, le BAPE constate à son tour que les prévisions de croissance de la demande avancées par Hydro-Québec sont intimement liées aux décisions du précédent gouvernement de concéder des blocs très importants d'électricité aux alumineries pour l'agrandissement de leurs installations. Or, contrairement aux nouvelles alumineries, ces projets d'agrandissement ne sont pas soumis aux mêmes exigences en matière d'études environnementales, notamment en ce qui touche au bilan énergétique. Ainsi, lorsque le gouvernement du Parti québécois avait donné son accord à l'agrandissement de l'aluminerie Alouette, il avait de facto autorisé Hydro-Québec à lancer un appel d'offres deux fois plus imposant que prévu pour combler les besoins. De là est né le projet de TransCanada Energy, dont la production équivaudrait précisément aux besoins de l'aluminerie Alouette.
En somme, à l'instar du Suroît, le projet de Bécancour ne répond pas aux critères du développement durable, pas plus qu'il ne serait nécessaire si Québec décidait d'être plus sélectif en matière de politique d'aide à des industries très énergivores qui ne créent pas d'emplois et nuisent de façon significative au bilan environnemental. Devant tant d'évidences, le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, a promis d'attendre les conclusions de la Régie de l'énergie, à laquelle le gouvernement a récemment confié le mandat ad hoc d'étudier la question des choix en matière énergétique pour les prochaines années.
Malheureusement, en lisant le rapport du BAPE, on constate que la Régie ne s'est pas beaucoup souciée elle non plus de développement durable jusqu'ici. À tel point qu'on est en droit de se demander si on pourra se fier aux conclusions de cette instance qui, jusqu'à présent, s'est montrée plus facilement complice d'Hydro-Québec et du gouvernement que des consommateurs québécois.

La situation est maîtrisée à Kanesatake, dit Chagnon
La Presse vendredi 16 avril 2004
PC Québec - La situation est maîtrisée à Kanesatake, a soutenu hier le ministre québécois de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, qualifiant de " ragots " les vives tensions entre les factions dont ont fait état les médias.
" Mon job de ministre n'est certainement pas de commenter les rumeurs et les ragots ", a dit M. Chagnon, tout juste de retour de vacances, au cours d'une interview avec la Presse Canadienne.
En outre, le ministre a fait valoir que les reportages faisant état de la mise à sac du poste de police lundi par des individus proches des chefs opposés au grand chef James Gabriel étaient " grandement exagérés ".
" Ils (les médias) ont prétendu que des armes avaient été volées. Ce n'est pas vrai. Les armes et les munitions sont en sécurité au poste de police de Kahnawake depuis la fin mars. C'est triste à dire, mais c'est de la désinformation, un grossier mensonge ", a-t-il dit, sur un ton irrité.
De même, le chef de police Ed Thompson est toujours bien en selle, a insisté le ministre, selon qui les 14 mandats d'arrestation et les 10 sommations à comparaître émis contre les individus suspectés d'avoir pris part à la séquestration des peacekeepers en janvier dernier seront exécutés, comme il se doit.
" Des gens vont être arrêtés ", a-t-il dit, ajoutant que la Sûreté du Québec est tout à fait disposée à prêter assistance aux policiers mohawks pour l'exécution des mandats.
Quoi qu'il en soit, aucune des personnes visées par les mandats et sommations n'est recherchée relativement à l'incendie de la maison du grand chef Gabriel, survenu le 12 janvier, au plus fort de la crise.

La loi du Far West
J - Jacques Samson
Le Soleil vendredi 16 avril 2004
Éditorial - Ce n'est pas parce qu'un problème est complexe qu'on peut l'ignorer. Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, et la direction de la Sûreté du Québec, notre police nationale, feignent pourtant de ne rien voir et de ne rien entendre de ce qui se passe à Kanesatake.
La Presse nous apprenait bien, hier, que 24 personnes étaient maintenant recherchées à la suite des événements du 12 janvier dernier, alors qu'une soixantaine de policiers autochtones avaient été séquestrés à l'intérieur du poste de police. Quatorze personnes pourraient être arrêtées et des sommations à comparaître seront remises à 10 autres mais, tenez-vous bien, seulement lorsque les policiers autochtones les croiseront à l'extérieur du territoire mohawk de Kanesatake ! Aucune arrestation n'a par ailleurs encore été effectuée relativement à l'incendie criminel de la résidence du chef James Gabriel, au cours de cette même soirée du 12 janvier, même si les policiers détiennent des bandes vidéo du grave méfait.
Le grand chef James Gabriel n'a toujours pas repris ses activités régulières à Kanesatake. Le poste de police de l'endroit a été envahi par des activistes adversaires du chef Gabriel cette semaine et des pièces d'équipement, même des dossiers, auraient été volées. Le territoire mohawk est sans véritable couverture policière.
Kanesatake est une poudrière et la seule initiative du gouvernement Charest au cours des derniers mois a été la nomination à la fin de janvier d'un observateur spécial, Me Jean Bazin, un pilier du Parti conservateur au Québec et proche de Jean Charest. Le ministre délégué aux affaires autochtones, Benoît Pelletier, est resté passif ou sinon il travaille si discrètement qu'il a réussi à nous convaincre qu'il ne fait rien.
Le même attentisme prévaut du côté du gouvernement fédéral, gardien pour sa part du respect de la démocratie à l'intérieur des communautés autochtones. Or, le chef élu, James Gabriel, a dû fuir Kanesatake en janvier en raison des menaces qu'il sentait peser sur lui et sa famille. Le chef Gabriel avait entrepris de nettoyer la place des activités criminelles qui y proliféraient et il s'est ainsi attiré les représailles que l'on sait.
La communauté mohawk de Kanesatake est profondément divisée. James Gabriel a été élu à trois reprises depuis 1996, mais il ne compte actuellement que sur l'appui de trois petits chefs sur six au conseil de bande. La commission de police locale est aussi partagée à 50-50 entre pro et anti-Gabriel.
De nouvelles élections étaient initialement prévues pour cet été. Les opposants à James Gabriel ont tenté de les faire devancer pour prendre le total contrôle des lieux. Les forts remous qui secouent encore Kanesatake ne permettent certainement pas la tenue d'élections à court terme dans un cadre et dans un climat vraiment démocratiques.
Par ailleurs, dès janvier dernier, le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations, Ghislain Picard, donnait un appui non équivoque à James Gabriel dans sa lutte contre la criminalité et il se disait favorable à une large enquête policière sur les activités illégales qui se sont développées à Kanesatake. Le nouveau chef de police, Ed Thompson, qui ne peut même pas circuler sur le territoire de peur des dissidents, ne sera sûrement pas celui qui pourra faire le grand ménage nécessaire avant de penser à des élections qui répondraient aux règles de l'art. Et la seule chose sur laquelle les deux factions rivales à Kanesatake s'entendent, c'est pour ne pas vouloir de la SQ. Il ne demandera donc pas son aide.
La mise en tutelle de Kanesatake apparaissait dès janvier à plusieurs experts des questions autochtones comme la seule avenue pour dénouer cette crise sans violence. Une telle décision appartient à Ottawa. Du côté de Québec, responsable de la sécurité publique et de l'administration de la justice, les ministres Chagnon, Bellemare et Pelletier devront bien se sortir la tête du sable. Leur présente attitude ancre la perception qu'il y a deux systèmes de justice, l'un pour les Blancs et un autre pour les autochtones.

Hélène la combattante
Louis Cornellier
Le Devoir samedi 10 et dimanche 11 avril 2004
Plus généreuse que rigoureuse, Hélène Pedneault n'en reste pas moins l'une des voix féministes québécoises les plus stimulantes
Titre VO : Mon enfance et autres tragédies politiques
Description : Hélène Pedneault Lanctôt éditeur Montréal, 2004, 448 pages
Hélène Pedneault est une combattante. La lire, c'est accepter de se laisser porter par un mouvement d'indignation qui passe par l'humour pour mieux atteindre ses cibles. «Non, écrit-elle, je ne suis pas une reprise de justice, même si j'en ai l'air. Je suis plutôt une éprise de justice.»
Féministe vibrante, indépendantiste résolue et femme de culture convaincue que la lettre est plus essentielle à l'humain que le chiffre, elle a fait de l'écriture le lieu de tous ses combats. Chroniqueuse plutôt qu'essayiste, elle s'adonne moins à l'argumentation serrée qu'au texte d'humeur engagé, ce qui lui permet une liberté de ton à la fois réjouissante et déroutante.
Il y en a, du texte, dans Mon enfance et autres tragédies politiques, sous-titré «Nouvelles chroniques 1984-2003», mais il n'est pas toujours de la plus belle eau.
Sans cesse tentée par le cabotinage humoristique, réfractaire aux contraintes de la démonstration qui exigent que l'on fasse passer la clarté avant les effets, Hélène Pedneault donne souvent l'impression de rédiger à la va comme je te pousse afin, faut-il croire, de ne pas brider le bouillonnant mouvement qui l'anime. Se dégage donc, de ses textes, une rafraîchissante énergie contestataire qui, malheureusement, s'incarne trop souvent dans un fouillis intellectuel. Par exemple, ses chroniques «zen», d'abord publiées dans le magazine Guide Ressources en 1990-91, constituent un sommet dans le genre verbiage embrouillé.
Plus généreuse que rigoureuse, ce qui est loin d'être toujours un défaut, Hélène Pedneault n'en reste pas moins l'une des voix féministes québécoises les plus stimulantes. Depuis plus de vingt ans maintenant, elle poursuit une «chronique informelle sur les femmes» unique en son genre et plusieurs textes de Mon enfance et autres tragédies politiques en témoignent bellement.
«La condition féminine, écrit-elle, est une calamité épouvantable si on se laisse mettre sur le dos des robes à pois ou des idées qui ne nous conviennent pas.» La chroniqueuse délinquante n'entend pas se laisser faire.
Critique féroce du sexisme qui sévit un peu partout et particulièrement, selon elle, dans le monde de la création («S'il était une femme, [Michel] Tremblay se ferait traiter de féministe et n'apparaîtrait pas sur la liste des cinquante plus grands dramaturges de tous les temps»), plaidoyer en faveur d'un changement des règles de la langue française afin qu'elles respectent les femmes et ne leur donnent plus «mal au ventre», ce livre contient aussi des hommages dans lesquels la chroniqueuse donne le meilleur d'elle-même.
Elle salue, entre autres, son père, qui a été «l'homme de sa vie», et invite les femmes à parler du leur, ce qu'elles ne font pas assez souvent. La chanteuse Barbara a aussi droit à ses éloges, de même que Simone de Beauvoir («J'avais l'impression de ne pas avoir assez d'imagination, pas assez de cerveau pour saisir toute l'ampleur de son esprit. J'enviais Jean-Paul Sartre, parce qu'il la voyait tous les jours. J'allais même jusqu'à le trouver beau, parce qu'elle était amoureuse de lui !») et Françoise David («C'est une couturière qui raccommode l'Histoire pour empêcher que les femmes disparaissent à nouveau dans ses trous noirs»).
Hélène Pedneault, c'est aussi l'ennemie du culte néolibéral de l'excellence qui écrase au lieu de libérer; c'est la femme de parole engagée dans la lutte contre l'analphabétisme et qui refuse les faux débats linguistiques («D'après moi, écrit-elle, le vide créé par l'absence de pensée est beaucoup plus grave et inquiétant que le fait d'entendre un animateur dire qu'il a eu du fun la veille et qu'il a tapé le show»); c'est, enfin, et peut-être surtout, la militante indépendantiste impénitente et la fière «porteuse d'eau» qui, parce qu'elle sait que «l'eau est indissociable de la chair même de notre culture», s'écrie devant les requins de la privatisation de cette ultime ressource de vie : «Les vampires de l'eau n'auront jamais mon aval... ni mon amont !» Pour Hélène Pedneault, la seule vraie tragédie, c'est la démission face à l'injustice. Elle a bien raison.

La longue mémoire du Moyen-Orient
- Des louvoiements américains qui renforcent les extrémistes
Houchang Hassan-Yari
Professeur et spécialiste des questions du Moyen-Orient au Collège militaire royal du Canada
Le Devoir vendredi 16 avril 2004
Washington a commis certaines erreurs dans le dossier irakien, dont celle d'envahir l'Irak sur la foi de fausses informations
La guerre d'Irak n'a pas eu lieu en 2003; elle vient de commencer. La campagne de mars-avril 2003 était une manoeuvre militaire d'envergure si on fait abstraction de quelques escarmouches limitées. Aucune force conventionnelle, même pas celle des «grandes puissances», n'est en mesure de faire face à la puissante machine militaire des États-Unis.
Le déficit militaire des pays faibles est récompensé par la conviction profonde de leurs citoyens que leur cause est juste et que l'occupation est injuste. Une fois que le résistant est convaincu, le reste suit. Les armes rudimentaires rendent possible la livraison d'une guerre de basse intensité, où on harcèle les soldats de la superpuissance.
Les États-Unis ont commis certaines erreurs fatales dans le dossier irakien. Outre celle, fondamentale, d'envahir l'Irak sur la foi de fausses informations, Jay Garner et Paul Bremer, responsables civils de l'Irak, ont fait les erreurs suivantes :
- démanteler les forces armées et la police;
- sous-estimer les autorités religieuses dans un pays profondément croyant;
- avoir une confiance aveugle dans les exilés irakiens installés en Europe et aux États-Unis;
- encourager le pillage des institutions publiques en n'intervenant pas pour les empêcher;
- dissoudre l'appareil étatique, ce qui a eu des impacts sur l'ordre social.
Résultats prévisibles
Ces erreurs ont conduit à la perte du capital politique que la chute de Saddam Hussein avait réussi à créer. Le reste était prévisible : l'installation d'une culture de violence et d'insécurité où le viol, l'enlèvement, le vol qualifié, l'assassinat et le désordre généralisé deviennent monnaie courante.
Plongé dans une position de négation sur les causes profondes du malaise irakien, le gouverneur américain de l'Irak attribuait la résistance à l'occupation aux «terroristes du triangle sunnite». La ville de Fallouja se trouve au coeur de la bataille antiaméricaine dans cette région. La ville est le centre du nationalisme arabe et de la résistance islamiste.
Contrairement à l'affirmation américaine, Fallouja a une longue histoire de résistance : contre l'occupation des forces coloniales britanniques (qui ont perdu 400 soldats en Irak en 1920), face à la répression du général Qassem en 1958, lors de la guerre contre le parti Baas en 1968 et lors de la révolte de 1979 (réprimée dans le sang par les forces de Saddam Hussein, qui avaient alors exécuté 58 personnes).
La récente exécution de quatre agents de sécurité américains dans des circonstances extrêmement graves a conduit au meurtre de 15 jeunes habitants de Fallouja par les soldats américains. Ces derniers ont imposé un régime de punition collective, tuant près de 700 personnes; ils ont perdu plus de 80 des leurs en deux semaines d'affrontements particulièrement meurtriers.
Il n'y a pas de doute que ces deux premières semaines du mois d'avril 2004 resteront gravées dans la mémoire collective irakienne, de la même façon que les événements de Deir Yassine demeurent vivants à jamais dans le coeur palestinien depuis la création d'Israël, en 1948. L'occupation provoque la résistance qui, à son tour, invite l'extrême réaction de l'occupant et la continuation du cycle de violence. Le résultat est le désastre et surtout l'escalade.
Comme si un Fallouja ne suffisait pas, les Américains ouvrent un deuxième front contre Moqtada al-Sadr. Devenu un vrai casse-tête pour les GI's, al-Sadr refuse d'accepter l'occupation et demande le départ des forces de coalition de l'Irak. Il faut rappeler que le jeune mollah et sa milice al-Mahdi n'ont jamais affronté militairement la présence américaine en dépit de la rhétorique de celle-ci. Les Américains ont réussi un grand coup en rapprochant les chiites et les sunnites grâce à leurs politiques inconsistantes !
Nul doute que les groupes terroristes et combattants en Irak ont beaucoup d'imagination. L'enlèvement et le meurtre des otages étrangers a fait entrer la crise irakienne dans une nouvelle phase, qui démontre l'insécurité criante qui règne en Irak et qui, surtout, remet en question les projets de reconstruction.
La prise d'otages aveugle oblige plusieurs pays à rapatrier leurs ressortissants. Il paraît donc que la tactique des ravisseurs porte fruits et que la stratégie qui consiste à paralyser l'occupation avance dans la direction voulue par les ravisseurs. L'insécurité crée un environnement favorable pour des actes terroristes, menaçant ainsi la pax americana.
Signaux contradictoires
Le projet imprécis de démocratisation du Moyen-Orient que le président Bush cherche à imposer à la région n'est qu'une tentative de diversion. Champion des projets incomplets, de l'Afghanistan à l'Irak, le président américain propose un projet dont la fondation réside sur le respect de la loi.
Or le président vient de violer plusieurs résolutions de l'ONU (notamment les résolutions nos 181, 149, 242 et 338) dans le contexte du conflit israélo-arabe en appuyant le projet d'Ariel Sharon, premier ministre d'Israël, sur la question du droit de retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers et l'occupation des territoires arabes par Israël.
Le président Bush a aussi violé le principe annoncé par son père à la suite de l'occupation du Koweït par les forces irakiennes sous Saddam Hussein. L'ancien président avait refusé d'accepter le principe du fait accompli en expulsant les soldats irakiens du Koweït : pour lui, la communauté internationale n'aurait jamais accepté un tel fait. Recevant Ariel Sharon le 14 avril 2004, son fils appuie l'occupation et entérine au contraire le principe du fait accompli.
Un revirement si capital dans la politique étrangère américaine ne peut que renforcer la position des extrémistes dans les pays arabo-musulmans et affaiblira l'argument démocratique et humaniste du président Bush face à l'Irak et au Moyen-Orient. Dans cette région vieille de plusieurs millénaires, la mémoire historique est très longue. Habituée aux invasions étrangères, elle est aussi très patiente. Proposer un nouvel ordre pour le Moyen-Orient n'est pas attirant lorsque le messager envoie des signaux si contradictoires.

Irak : l'ordre américain ou... le chaos !
Sami Aoun
Le Soleil vendredi 16 avril 2004
Analyse - Les nuances du nouveau grand jeu au Moyen-Orient
L'Irak est le théâtre de prédilection du grand jeu américain dans tout le Moyen-Orient. Le président Bush maintient le cap malgré les revers que son armée et sa diplomatie ont subis jusqu'ici. Pour ses alliés et ses partisans, c'est plus rassurant que la politique de frappe et de repli au moindre danger ! Dès le 11 septembre, les stratèges de l'administration Bush étaient otages de leur logique guerrière contre le terrorisme afin de consolider leur emprise sur la région-clé que représente le grand Moyen-Orient. C'est le grand jeu américain qui ne veut pas se laisser intimider par ben Laden ni par le rejet des réformes politiques de ses alliés arabes ou le désamour des alliés européens.
Au-delà de la guerre contre le terrorisme, l'intervention américaine en Irak s'inscrit dans un dessein stratégique plus vaste et ambitieux : briser le statu quo hérité de la dislocation de l'empire ottoman à la suite de la Première Guerre mondiale et remodeler le Moyen-Orient. Les intérêts stratégiques de la présence des États-Unis en Irak sont évidents. En déplaçant ses forces militaires (leur redéploiement d'Arabie Saoudite vers le Qatar notamment a débuté en août 2002), ils privent les fondamentalistes islamistes de leurs diatribes contre la présence "d'infidèles" sur le territoire des lieux saints. Les États-Unis accroissent leur implantation dans une région névralgique pour l'approvisionnement pétrolier, lequel s'étend du Moyen-Orient à l'Afghanistan en passant par la mer Caspienne. L'Irak est la plateforme idéale de cette ambition impériale !
Cette ambition revêt également une dimension messianique majeure, non religieuse, mais politique et idéologique. Elle consiste à mettre un terme à "l'exception démocratique" qui caractérise le Moyen-Orient arabe. En effet, c'est la seule région au monde qui ne se soit pas ouverte au courant de la démocratisation et de la libéralisation initié avec la fin de la guerre froide et l'effondrement de l'empire soviétique.
Pourquoi les américains se battent-ils en Irak ?
L'Irak, sous Saddam ou sous l'occupation, représente l'échec politique du monde arabo-musulman. Cette faillite a connu son dernier épisode avec l'ajournement du sommet de la Ligue des États arabes à Tunis, fin mars. La tentative de la "sage-femme américaine" de provoquer l'accouchement de la démocratie, son rôle incontournable dans la résolution des conflits régionaux (en Palestine, surtout), révèlent l'incapacité de l'ordre politique arabe à se réformer de l'intérieur et à adopter une position claire face conflit israélo-palestinien. La rencontre Bush - Sharon, il y a deux jours, était un autre revers amer pour la diplomatie arabe : les Américains soutiennent un retrait unilatéral de Gaza et acceptent qu'Israël garde des espaces des territoires occupés en 1967, et cela à l'encontre des principes de base de la conférence de Madrid 1991 et des accords d'Oslo de 1993 et de la Feuille de route !
Dans une telle situation de faiblesse et de marginalisation des courants de la réforme démocratique, le Moyen-Orient arabe devient à la merci de pressions externes ; hier, celles des puissances coloniales européennes, aujourd'hui, celles de l'empire américain. L'Irak devrait donc devenir le modèle américain de gouvernance démocratique pour ce nouveau Moyen- Orient. Tout échec américain serait interprété comme une victoire de l'adage de Saddam : après Moi le Chaos ! Après la dictature, la guerre civile !
L'Irak n'est pas le Viêtnam, mais...
L'attitude des pays arabes concernés, la Syrie, et l'Iran voisin, est symbolisée par la "résistance irakienne". On fait son éloge compte tenu de son effet déstabilisateur et comme moyen de plus en plus efficace d'entraver l'offensive américaine, lequel réclame des réformes dans ces pays. À vrai dire, celle-ci n'est en aucun cas l'expression d'un mouvement national de résistance face à l'oppression étrangère : elle émane plutôt des frustrations de la communauté arabo-sunnite, laquelle se sent évincée du nouveau pouvoir après avoir dominé l'Irak depuis au moins 1921. Minorité menaçante par ses privilèges, elle devient menaçante par sa résistance, mais sans porter de projet de réforme pour l'Irak ; nostalgique à l'ère Saddam, elle sympathise avec l'arabisme islamisé de ben Laden.
Du côté chiite, le jeune religieux rebelle Moqtada Sadr se cherche un rôle, lui aussi, car on l'a ignoré. Les Américains traitent en effet avec ses rivaux religieux : les Hakim et les Bahr Al-Ouloum, et surtout avec l'autorité la plus prestigieuse du chiisme : l'ayotallah Sistani. Écarté par les Américains, le jeune Moqtada balance entre les mains des iraniens. Il déclare imprudemment qu'il est l'allié des ennemis jurés de Washington, les dirigeants du Hezbollah libanais fortement soutenus par Téhéran !
Ne pouvant tolérer ce défi à leur propagande à l'effet que les chiites sont des alliés de fait, les américains ripostent vigoureusement : Moqtada devrait être ou bien capturé ou bien exécuté.
Pour l'instant, il est endigué et négocie en situation de faiblesse. Son seul "succès" pourrait être qu'il donne un rôle plus visible à l'Iran dans la stabilisation de l'Irak ! Ce qui permettrait de renouer un dialogue interrompu entre le Grand Satan et les grands mollahs !
Les Américains : les gains stratégiques et les pertes tactiques !
L'administration Bush est en difficulté certaine en Irak. Son offensive a perdu son élan de la première heure. Mais le point de presse du président Bush, le mardi 13 avril, a souligné l'évidence : Washington n'a d'autre choix que de poursuivre la bataille. Toute défaite est impensable. Elle n'est pas envisageable. Les gains stratégiques sont ultimes : une position de force inédite entre la mer Caspienne et le golfe Arabo-persique, un contrôle des régions pétrolières les abondantes de l'univers, une pression exercée sur les deux grands rivaux chinois et russes, et une autre maintenue contre l'Union européenne et le Japon. Une situation privilégiée pour un empire ! Aussi et surtout, une position avantageuse de poursuivre dans la guerre contre le terrorisme bien loin du sol américain.
Dans cette perspective, les pertes américaines, selon le jargon de la géopolitique, restent sous le seuil de la tolérance. C'est inhumain mais c'est l'horreur du réalisme des stratèges !
Des portes de sortie toujours ouvertes
Le président Bush a maintenu au 30 juin prochain la date de transfert de la souveraineté aux Irakiens. Il n'a pas d'autre choix ! Il sait pertinemment que les pays avoisinants peuvent perturber son "ordre" mais ils seront incapables d'en imposer un de rechange ! La Syrie et l'Iran sont, eux aussi, incapables de gérer un chaos en Irak. Il en est de même des autres pays arabes qui ne peuvent tolérer l'occupation américaine, mais qui craignent le feu irakien, comme c'est le cas pour la Jordanie et l'Arabie Saoudite. C'est pourquoi l'intérêt national du peuple irakien et celui des peuples arabes résident dans un transfert serein de la souveraineté irakienne et la fin de l'occupation américaine le 1er juillet prochain sans un recours à la violence généralisée.
Le rôle de l'ONU, par son médiateur réputé, le vétéran diplomate algérien Lakhdar Brahimi, est crucial : former un gouvernement irakien élargi (arc en ciel) avec un fort appui international, régional et interne qui prendrait le pouvoir de la coalition, adopter une nouvelle résolution du Conseil de sécurité qui met fin au mandat d'occupation du pays, mettre un échéancier pour l'approbation populaire de la nouvelle constitution irakienne. Ce scénario positif mettrait fin à l'occupation la plus brève dans l'histoire de l'Irak, celle des Britanniques ayant duré de 1917 à 1932 (en Égypte, elle a duré de 1882 à 1952 !)
La nécessité d'un engagement durable
Sans stabilisation, l'Irak pourrait sombrer dans une "libanisation" de sa vie politique qui se traduirait par une guerre civile entre ses différentes composantes communautaires. En plus du spectre de ces conflits intestinaux, surtout entre chiites, face à ces impasses internes et régionales, l'unique solution viable réside dans un engagement durable des États-Unis, et de l'ensemble de la communauté internationale. Pour les premiers, l'intérêt est dans un ordre qui profite à leurs intérêts stratégiques et économiques ; pour les Irakiens, un répit des aventures coûteuses de leurs dictateurs sanguinaires ; pour les Arabes et les musulmans, une occasion de considérer les avantages de la culture démocratique, de la résistance non violente et les exigences de la modernisation de leurs structures sociales et économiques. Pour la communauté internationale, il s'agit de favoriser l'ouverture économique et politique qui permettrait une intégration, dans les courants de la mondialisation, d'une région dont le potentiel de nuisance, en termes de sécurité, est avéré.
Sami Aoun
Professeur de science politique à l'Université de Sherbrooke et chercheur associé à la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM*
*L'auteur tiendra, le 29 avril 2004, un colloque intitulé "Irak - Nouvelle légitimité, nouveaux enjeux" : www.dandurand.uqam.ca
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Comment l'État canadian poursuit son objectif de Minorisation-fossilisation des Québécois
TRIBUNE LIBRE 17 avril 2004
le principe
Pendant que l'angélique Landry vante l'éthique capitaliste et que l'imposteur Charest (la culture canadienne-française, sauvée par nos "amis canadiens"...) réduit les ressources de Télé-Québec...
... l'État canadian poursuit son objectif de Minorisation-fossilisation des Québécois
"Les autres mesures, tout aussi délétères, poursuivent le même objet : nous convaincre que nous ne sommes rien, « nés pour un petit pain », et « chanceux » d'avoir été placés sous tutelle par de «si bons maîtres » envers lesquels nous devons nous montrer émus de reconnaissance. L'inconscience et l'ignorance feront le reste." - René Marcel Sauvé
la pratique
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Pour : Michel Lamarche
Émission "Lamarche le matin"
Radio-Canada (Québec)
Bonjour M. Michel Lamarche,
Sur le site internet de Radio-Canada, on peut lire ce matin (samedi le 17 avril): "Le Canadien Fadi Fadel et trois journalistes tchèques sont finalement libérés..." - Or, dans votre émission, je viens d'entendre une commentatrice qualifier Fadi Fadel de "Lavallois" (?) - Notre belle Ville de Laval jouit-elle d'une personnalité internationale ?
Pourquoi ce Canadien devient-il un "Lavallois" dans votre émission ? En effet, si un Havrais, un Londonien, un Romain ou un Torontois sont pris comme otages en Irak, on dira: voilà un Français, un Anglais, un Italien ou un Canadien pris en otage.
Si Fadi Fadel n'est pas Canadien, se pourrait-il que, avant d'être "Lavallois", il soit tout simplement Québécois ?
Enfer et damnation ! (...)
Léonce Naud, Québec
c.c. - M. Gilles Vaillancourt, Maire, Ville de Laval
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Bonjour,
Sujet : le mot de Léonce Naud dans www.Vigile.net, ce matin du 17 avril, concernant l'émission de M. Lamarche à la radio de la SRC (Chaîne I).
J'invite en complément à la lecture d'un texte de Mme Hélène Pisier, publié également chez Vigile il y a quelques jours:
M. Lamarche serait donc - aussi - un «pur» produit de «CBC»-Radio-Canada...? Décidément, Radio-Canada ne semble pas se rendre compte - réseau autrefois de grande qualité - combien elle a perdu (presque) toute crédibilité depuis les années quatre-vingt-dix.
Je ne suis même pas capable de m'en réjouir tellement c'est triste et plutôt pitoyable.
Marianne Vaucouleurs
Lévis, Québec
Corollaires : http://radio-canada.ca/url.asp?/ regions/quebec/Horaires/grille_pc.shtml + lamarchelematin@radio-canada.ca + CBV@radio-canada.ca + auditoire@radio-canada.ca
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ANYTHING BUT QUÉBÉCOIS ?
Rebonjour,
Sujet : le mot de Léonce Naud dans www.Vigile.net, ce matin du 17 avril...
C'est vraiment, mais vraiment phénoménal ! Dans le court texte de quelques lignes publié aujourd'hui même sur le site des Nouvelles de Radio-Canada, on répertorie ceci:
- 4 X le vocable « Canada » (et dérivés)
- 3 X le vocable « Laval » (et dérivés)
- 2 X le vocable « Ottawa »
- 1 X le syntagme « origine syrienne »
« Québec » (et/ou dérivés) ???
Néant, Zéro, Rien... !!!
M. Fadel est donc :
Un Canadien Lavallois d'origine syrienne, c'est-à-dire, bien sûr, un Canadien de Laval en ...Canada dont la capitale est Ottawa. Bref, Vive la Laval du Canada, dont la capitale, je vous le dis en mille, est Ottawa...
Comme l'écrivait Mme Pisier : « Québécois ? Pouah ! »
Merci Radio-Pravda !
Marianne Vaucouleurs
Lévis, Québec, 17 avril 2004

TRIBUNE LIBRE
LA MANIPULATION
René Marcel Sauvé, géographe
TRIBUNE LIBRE 16 avril 2004
Les opérations d'ingérence culturelle (manipulations) conduites au Québec par Ottawa et le Canada anglais datent du dernier siècle. Le scandale actuel des commandites n'est que la pointe de l'iceberg de mesures répétées et qui ont toutes le même objet: nous inféoder, nous réduire à l'inconscience et nous fossiliser. Comme il n'est pas possible de nous détruire physiquement, de nous génocider, alors il reste les mesures délétères visant à nous dégrader mentalement et intellectuellement vers le niveau le plus bas de la conscience, celui qui frise l'inconscience. Plus nous serons ignorants et dépourvus de jugement critique, plus nous serons aisément manipulables.
Ce que les Américains ont tenté de faire en France après l'occupation, les Anglais et les Orangistes le font avec nous depuis déjà deux siècles. Les générations qui nous ont précédés s'en sont rendu compte et ont réagi comme elles ont pu. Nous sommes en mesure de mieux nous défendre. La question que se pose est alors celle-ci: avons-nous la détermination nécessaire pour poursuivre la tâche entreprise par toutes les générations qui nous ont précédés? Nous leur devons beaucoup.
L'inconscience et l'ignorance feront le reste
Un des éléments mis de l'avant insiste sur la bataille des plaines d'Abraham pour nous convaincre que nous sommes un peuple de «vaincus», et par conséquent, il ne nous reste qu'à nous laisser inféoder et soumettre de la manière la plus servile.
Les autres mesures, tout aussi délétères, poursuivent le même objet : nous convaincre que nous ne sommes rien, « nés pour un petit pain », et « chanceux » d'avoir été placés sous tutelle par de «si bons maîtres » envers lesquels nous devons nous montrer émus de reconnaissance. L'inconscience et l'ignorance feront le reste.
Pendant toutes les années au cours desquelles j'ai servi dans l'armée, on m'a rabâché cette histoire ad nauseam. Les Anglais ne manquaient jamais une occasion de faire sentir aux Québécois en service dans l'armée « l'infériorité » de notre statut collectif et nous répétaient : « Mon Dieu, que nous avons été bons pour vous et comme vous êtes ingrats envers nous, vos « maîtres » qui vous ont traités avec tant de sollicitude ».
Déjà, en 1815, Joseph Bouchette, ingénieur de Sa Majesté britannique, dans son ouvrage magistral: Topographical description of Lower Canada, (réimprimé en novembre 1973 par Payette et Simms. Saint Lambert. 640 pages auxquelles s'ajoutent des annexes). Dans son travail, Bouchette se répand en éloges aplaventristes sur les bienfaits de la Couronne britannique envers les pauvres bougres que nous sommes. Dans le fond et la forme, ce travail me semble inspiré du Domesday Book, entrepris en Angleterre sous domination normande et qui avait pour objet de prendre solidement possession du pays en faveur des nouveaux « maîtres » qui, rappelons-le, étaient nos ancêtres à nous, Québécois.
Ce que nous pouvons avoir été ingrats après avoir bénéficié de tels « bienfaits », selon Bouchette et tous les autres, dont les maîtres actuels de la commandite. Des naïfs se sont laissés prendre à ce jeu et ont abondé dans le même sens. Personne ne leur avait montré que la politique est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité, non de faveurs.
C'est à force de vivre au Canada anglais, de fonctionner dans ses forces armées et ses institutions que j'ai fini par comprendre les aléas de cette manipulation (propagande) et à y chercher remède.
Nous avons construit au Québec notre foyer national
Chez nous au Québec, la vie intellectuelle était trop conditionnée pour qu'on se rende compte de ce qui se passait au juste, surtout de prendre conscience du fait que, non seulement nous avons survécu, envers et contre la volonté orangiste de nous fossiliser, mais nous avons construit au Québec notre foyer national, que personne ne peut plus ignorer et ce qui est aussi important: nous avons construit les assises de notre propre État naturel et optimal, qui existe bel et bien de fait (de facto) et de droit (de jure) mais qu'Ottawa et le Canada anglais s'obstinent à ne pas reconnaître, ce qui ne peut durer qu'un temps maintenant.
Les réponses à ces questions fondamentales, c'est au Canada anglais que je les ai trouvées, là où on espérait que personne au Québec ne les trouverait jamais. En fait, personne n'aurait pu trouver ces réponses au Québec, où l'argumentaire national demeurait fondé sur des revendications de droits et des représentations étriquées.
De là les recherches que j'ai entreprises au sujet du canal Érié (que les Anglais connaissent très bien en Ontario et que nous ne connaissons pas), des déplacements migratoires de grande envergure des Loyalistes du Québec vers l'Ontario et l'Ouest et le dégagement progressif de leur présence au Québec. Tout cela s'est produit pendant le siècle de l'histoire des premiers chemins de fer, qu'on peut convenablement situer entre 1860 et 1960.
Ces dégagements ont été accompagnés par notre conquête territoriale par développements et achats de domaines et propriétés appartenant aux anglais, par l'aménagement systématique du Québec par nous, par la réussite de notre osmose territoriale et de nos conquêtes des régions adjacentes au Saint Laurent par symbioses progressives, avec le développement des communications.
Tout cela constitue l'élément essentiel de la définition d'un statut territorial et je l'ai appris au Canada anglais, non au Québec, où on aurait insisté sur les injustices qu'on nous a faites et pas suffisamment sur nos réussites paradoxales, extraordinaires en somme, et sur lesquelles il ne fallait attirer nulle attention.
Ces recherches et découvertes étaient possibles au Canada anglais parce qu'on ne se méfie pas des Québécois qui y vivent. Au Québec, tout ce qui est dit et écrit est surveillé et la propagande à la mainmise sur tout, comme on peut le voir avec le scandale des commandites.
De là également la prise de conscience du fait que la dernière bataille n'était pas celle des plaines d'Abraham mais celle de Sainte Foy le 18 avril 1760. Cette bataille a bel et bien été gagnée par nous. Elle marquait le commencement de notre histoire à nous, comme la bataille des Plaines d'Abraham marquait la fin de la Nouvelle France, confirmée par le traité de Paris du 10 février 1763.
Une intellectualité manipulée
Les Anglais connaissent et craignent nos aptitudes militaires. Nous avons fait nos preuves de nouveau lors de l'invasion américaine de 1775 et pendant la guerre de 1812, puis, plus tard à la guerre 1914-18 et à celle de 1939-1945. C'est aussi la raison pour laquelle ils ont entrepris de nous désarmer après la guerre de 1812 et se sont toujours inquiétés de nous voir acquérir des aptitudes et une certaine capacité de faire la guerre s'il le fallait depuis ce temps-là. Cette inquiétude était visible dans l'armée où j'ai servi pendant 28 ans, comme officier d'infanterie, parachutiste et officier sur les états-majors.
Le livre Géopolitique et avenir du Québec, par lequel je tente de renverser une perspective historique défaitiste pour nous faire prendre conscience du fait que nous sommes un peuple, une Nation et un État, a été rédigé à Toronto, non à Montréal ni à Québec.
C'est à Toronto que j'ai trouvé la clé des réponses concernant notre statut véritable.
La vie intellectuelle québécoise est encore, soit trop aplaventriste, soit trop contestataire. Elle ne colle pas suffisamment au réel. Il y a du travail à faire pour nous remettre sur les rails. Notre perspective historique et géopolitique doit être froide, objective et fondée sur le principe de réalité, car le réel nous a toujours servis.
En France, l'historienne Annie Lacroix-Riz dénonce la dérive de sa discipline et de ses chercheurs soudoyés pour fausser le sens du réel chez les Français.
Nous avons souffert du même mal et nous commençons nous aussi à nous défendre contre les faussetés d'une intellectualité manipulée. Mais nous devons également nous défaire des séquelles de cette manipulation systématique, qui nous porte à tenir des discours étriqués sur notre statut, alors que le discours de la réalité est plus simple mais également plus exigeant.
La nature humaine est faible mais le temps de se lever debout arrive. Comme le dit Pierre Falardeau : les boeufs sont lents mais la terre est patiente.
COMMUNIQUÉS

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16 avril 2004