Actualité





Des immigrants à la défense de leurs cours de français

Geneviève Otis-Dionne
Le Devoir lundi 19 avril 2004

Des centaines de personnes ont manifesté hier devant le bureau du premier ministre Jean Charest, à Montréal, pour clamer leur mécontentement devant les compressions annoncées récemment par le gouvernement dans l'enveloppe du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI). Les manifestants estiment que la réduction du budget d'aide à l'apprentissage du français diminue de façon importante leurs chances de s'intégrer rapidement dans la société québécoise et de trouver du travail.

Le MRCI a en effet annoncé, au début du mois d'avril, que l'allocation de 150 $ par semaine versée aux immigrants qui étudient le français à temps complet serait remplacée par une allocation de 30 $ par semaine, à compter du 3 mai prochain. L'aide forfaitaire de 4 $ par jour destinée aux étudiants à temps partiel est aussi abolie. Le ministère va également cesser de rembourser le coût du transport en commun des étudiants. Ces mesures s'inscrivent dans la foulée de la compression de 21 % (24 millions de dollars) de l'enveloppe allouée à l'immigration et qui a été annoncée dans le dernier budget.

La manifestation d'hier, organisée par la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) et 140 organismes travaillant à l'accueil et à l'intégration des immigrants avait pour objectif «de rappeler au gouvernement ses responsabilités envers ceux et celles qui résidaient à l'extérieur du pays et qui veulent aujourd'hui participer à notre société. Un moyen pour s'intégrer au peuple québécois, c'est d'apprendre la langue publique du Québec, qui est le français», a déclaré dans son discours le président de la SSJB, Jean Dorion.

Selon le directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées ou immigrantes (TCRI), les compressions annoncées vont avoir comme conséquence de diminuer le taux de francophones parmi les immigrants et d'amoindrir ainsi leurs chances de trouver un travail où le français est privilégié. Le directeur du TCRI, qui regroupe 135 organismes de toutes les régions du Québec, a également déploré devant les manifestants que, de tous les ministères, ce soit le MRCI qui subisse, proportionnellement, les pires compressions dans le budget Séguin.

Selon Jean Dorion, réduire ce budget «c'est aller à contre-courant de l'histoire du Québec. Le Québec a besoin d'une langue commune qui fera de nous un seul peuple, avec moins d'exclusion et plus d'intégration. Couper dans la francisation, c'est diviser. Franciser, c'est unir».

Le discours de M. Dorion a été chaudement applaudi par les manifestants, qui ont été relativement nombreux à répondre à l'appel des organisateurs. M. Dorion était même étonné de voir autant de gens se mobiliser pour la cause qu'il a décidé de défendre. La foule, constituée de gens de tous les milieux, brandissait de nombreuses pancartes, et plusieurs personnes avaient à la main un drapeau du Québec. On pouvait lire sur les pancartes «Pour l'intégration, oui à la francisation», ou encore «I choose french et Québec» [J'ai choisi le français et le Québec]. Une dame espagnole tenait une pancarte où il était inscrit «Quiero apprendre Francés» [Je veux apprendre le français].

Diminuer les listes d'attente

La ministre responsable du MRCI, Michelle Courchesne, soutient de son côté que la majorité des fonds dégagés, soit plus de 6,4 millions, sera utilisée pour réduire les listes d'attente pour les cours de français, qui sont actuellement de cinq à sept mois. L'objectif de la ministre est de ramener les délais à un maximum de trois mois dans la région de Montréal et de les résorber entièrement ailleurs au Québec.

Mme Courchesne souhaite aussi que son plan d'action mise davantage sur l'intégration à l'emploi. Elle avait déclaré au Devoir, lors de l'annonce des compressions, que la diminution des allocations n'allait pas influer réellement sur la participation des immigrants aux cours de français. «D'après nos études, les gens qui sont très motivés, qui veulent trouver de l'emploi, qui veulent s'intégrer, ce n'est pas un problème, ils l'apprennent le français. On avait des cas de gens qui étaient plus ou moins désireux d'apprendre le français, mais qui voulaient la prestation.»

Mais selon Élisabeth Dembil, porte-parole de la Table de concertation des organismes en francisation, regroupant 40 organismes, la diminution des allocations va provoquer une désaffection massive des étudiants dès le 3 mai, soit vers l'aide sociale, soit vers l'apprentissage de l'anglais. Elle a aussi affirmé que l'impact des compressions se faisait déjà sentir dans les cours de français.

Un autre porte-parole de cet organisme, Mustapha Kachani, s'est demandé «si le gouvernement, avec ces compressions, ne relègue pas les immigrants dans la dépendance de l'État plutôt que de leur offrir un milieu de vie qui leur facilite l'intégration». Il a souligné que, sans le français, il n'y avait pas d'intégration véritable. «Ce n'est pas l'intégration au marché du travail qui permettra la francisation, comme l'affirme le gouvernement, mais bien la francisation qui permettra l'intégration au marché du travail.»

Le président de la SSJB estime «qu'il n'est pas facile de trouver du travail au Québec quand on ne parle pas le français». D'après lui, «le Québec est une société de langue française, mais aussi une société fraternelle et conviviale qui favorise l'intégration. Et un moyen pour favoriser l'intégration, c'est partager une langue commune, et les Québécois ont choisi de parler le français». M. Dorion prévient le gouvernement Charest que les pressions vont continuer jusqu'à l'annonce de l'annulation des compressions.



Un peu de sérieux

Michel David
Le Devoir samedi 17 et dimanche 18 avril 2004

Jean Charest ne semble pas avoir le coeur à l'ouvrage ces jours-ci. On pourrait très bien comprendre qu'il ait eu un coup de cafard à voir le bilan unanimement négatif qu'on a fait de sa première année de pouvoir, mais ce n'était pas très glorieux de se terrer chez lui en ce jour anniversaire de l'élection du 14 avril 2003.

De toute évidence, au moment où plane la menace des défusions, M. Charest n'avait pas davantage envie de faire face aux maires qui l'avaient invité au congrès de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) hier, mais prétexter un horaire trop chargé alors qu'il avait simplement décidé de prendre congé n'était guère plus édifiant que sa dérobade de la veille. Tout le monde convient que sa fonction est extrêmement exigeante. S'il avait besoin de repos, il n'avait qu'à le dire franchement.

Le premier ministre doit compter les jours qui le séparent de son prochain départ pour la France, où il pourra temporairement oublier ses problèmes auprès de son ami Jean-Pierre Raffarin, dont les affaires ne vont pas beaucoup mieux que les siennes. Comme dit le proverbe : quand on se compare...

Le chef du gouvernement s'étant défilé, c'est donc le ministre de la Famille, de l'Emploi et de la Solidarité, Claude Béchard, qui a dû faire la tournée des médias électroniques mercredi pour répliquer à ceux qui manifestaient dans les rues des principales villes du Québec contre les politiques libérales.

Il est vrai qu'avec son plan d'action de lutte contre la pauvreté, M. Béchard est l'auteur d'un des rares bons coups réalisés par le gouvernement au cours des derniers mois. Il est aussi un des rares membres du cabinet qui soient dotés d'un certain sens politique et capables de livrer sans bafouiller trois ou quatre clips susceptibles de faire les bulletins de nouvelles.

Ses collègues des Finances, Yves Séguin, et de la Santé, Philippe Couillard, sont sans doute des figures plus populaires, mais le premier est trop imprévisible et le second aurait été bien fou d'investir une partie de son capital de crédibilité dans une entreprise aussi risquée. Quant à Jean-Marc Fournier, il était déjà conscrit pour remplacer son chef à l'UMQ. M. Béchard n'a sûrement pas réclamé cette assignation, mais il n'avait pas le choix de se comporter en bon soldat.

***

Soit, la situation économique au Québec n'a rien de catastrophique, comme l'a souligné M. Béchard, qui devait bien trouver quelque chose de positif à raconter, mais il faut être vraiment culotté ou avoir un sens de l'humour très particulier pour établir un parallèle entre le climat actuel au Québec et celui qui régnait à la veille de la Révolution tranquille.

Toutes proportions gardées, cela paraît aussi loufoque que la comparaison entre le Québec et le Tibet que le gouvernement chinois a servie à Paul Martin pour tenter de le dissuader de rencontrer le dalaï lama.

Doit-on aussi comprendre des propos de M. Béchard que le Québec est actuellement plongé dans une «grande noirceur» ? Ou que le cabinet Charest, dont l'inexpérience crève les yeux, peut être comparé à l'«équipe du tonnerre» de Jean Lesage ? Un peu de sérieux, M. le ministre !

Tous les témoins des événements qui ont transformé le Québec il y a une quarantaine d'années ont évoqué cette espèce d'effervescence qui s'était emparée d'une société remplie d'espoir, se sentant à l'aube d'une ère nouvelle. À l'exception de ceux qui salivent à la perpective des plantureux contrats qu'ils pourraient décrocher, qui la «réingénierie» excite-t-elle ?

Où diable M. Béchard voit-il le moindre signe d'enthousiasme rappelant, ne serait-ce que de loin, le climat du début des années 60 ? C'est plutôt un mélange de déception, d'inquiétude et de colère qu'il y a dans l'air.

***

Comme le premier ministre l'avait fait en début de semaine, M. Béchard a dit ne voir dans les manifestations de mercredi qu'une stratégie syndicale en prévision des négociations dans le secteur public.

Autrement dit, les groupes non syndiqués qui sont descendus dans la rue ne seraient que les complices ou les dupes des centrales syndicales. Comme l'ADQ l'an dernier, le gouvernement serait donc victime d'un vaste complot visant à saboter son grand projet au profit d'intérêts corporatistes.

Le pire est que le gouvernement le croit sans doute sincèrement. Il ne semble pas lui venir à l'esprit que des gens puissent être véritablement inquiets, même à tort, pour leur emploi, leurs conditions de travail ou encore leur accès aux études. Qu'il y ait une forte proportion de syndiqués parmi eux ne devrait pas surprendre. Après tout, 44 % des travailleurs québécois le sont.

Hier encore, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, s'est empressée de minimiser, sous prétexte que le conseil des ministres n'en a pas été saisi, l'importance d'un document émanant de la Direction des relations professionnelles de son propre ministère, qui prévoit de sérieuses limitations à la sécurité d'emploi. Le gouvernement n'envisage rien de tel, a assuré Mme Jérôme-Forget.

C'est tout de même curieux de voir circuler, au Conseil du trésor, tous ces documents que personne n'a commandés et que personne n'a vus. Les gens qui y travaillent font preuve d'un remarquable esprit d'initiative.

Un des grands handicaps des souverainistes a toujours été leur manque de respect pour les craintes légitimes de ceux à qui la souveraineté fait peur. En assimilant l'opposition à ses projets de «réingénierie» à une manifestation purement égoïste, le gouvernement Charest commet exactement la même erreur. Sans respect, il ne peut y avoir d'adhésion.

mdavid@ledevoir.com



Une année longue, très longue

Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 17 et dimanche 18 avril 2004

L'insatisfaction des Québécois a marqué le début du mandat de Jean Charest

Charlebois chantait «Cent ans, c'est long, cent ans», en référence à la Constitution de 1867 et à la présence centenaire du Québec dans l'ensemble canadien. Pour le gouvernement Charest, un an, c'est long, très long, tellement qu'il semble avoir vieilli de façon accélérée, comme s'il avait pris place dans une machine à voyager dans le temps pour se retrouver, après avoir appuyé sur les mauvais boutons, affligé d'un taux d'insatisfaction digne d'une fin de règne. «Cent ans sans se plaindre», se lamentait Charlebois. Plus des deux tiers des Québécois estiment, eux, qu'ils ont bien des raisons de se plaindre de leur nouveau gouvernement.

Depuis le 14 avril 2003, le gouvernement Charest a rompu avec plusieurs engagements contenus dans le programme électoral des libéraux. Parmi les principales promesses reniées, on note l'engagement de baisser les impôts de un milliard pour la classe moyenne à compter de 2004-05. La première priorité du gouvernement, la santé, ne dispose pas de toutes les ressources financières que les libéraux promettaient d'y consacrer. Le tarif des garderies a été majoré de 2 $ par jour malgré un engagement formel de ne pas y toucher. En éducation, la hausse de l'enveloppe budgétaire couvre à peine les coûts de système. Le gel des droits de scolarité est garanti pendant la durée du premier mandat, mais le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a décidé de passer par la porte arrière en augmentant de 63 millions l'endettement des étudiants les plus pauvres.

Quand, d'aventure, une promesse libérale est respectée, comme la modification de l'article 45 du Code du travail pour favoriser la sous-traitance, la mesure qui faisait l'objet de l'engagement soulève parfois la grogne ou suscite de l'inquiétude.

La vérité...

La plupart du temps, Jean Charest et ses ministres, au lieu d'expliquer que l'état des finances publiques n'était pas celui sur lequel était échafaudé le cadre financier du programme libéral, ont tenté de convaincre la population que les promesses, malgré les apparences, étaient tenues. Quand on prend des libertés avec la vérité, c'est la crédibilité qui s'effiloche.

Le dernier budget Séguin a bel et bien épargné la santé et l'éducation. Les autres missions font face à un gel des crédits, ou presque (0,5 % de hausse, l'équivalent d'une baisse de 2 % compte tenu de l'inflation), conformément au programme libéral. Mais il s'agit d'une moyenne : certains ministères ont vu leurs crédits augmenter, d'autres ont écopé. Certaines compressions font mentir le discours du gouvernement : on veut augmenter le nombre d'immigrants, on coupe dans l'immigration; on veut encourager les assistés sociaux à se trouver un emploi, on coupe chez Emploi-Québec; on parle de développement durable, on coupe au ministère de l'Environnement et à celui des Ressources naturelles.

D'entrée de jeu, «on a fait peur au monde», souligne Jean-Marc Léger, de la maison de sondage Léger Marketing. On a brandi le spectre d'une impasse de 4,3 milliards découlant des calculs de l'ancien vérificateur général, Guy Breton. Jean Charest dresse un portrait sombre du Québec : les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord, les plus endettés, ils sont au 52e rang des 60 États et provinces en Amérique du Nord en ce qui a trait au niveau de vie. Le rôle de l'État doit être revu et sa taille réduite, répète-t-il.

Après que le ministre des Finances, Yves Séguin, a réduit les crédits d'impôt aux entreprises, le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, s'attaque à l'interventionnisme d'État en brandissant les pertes de la Société générale de financement et des sociétés Innovatech. Le ménage est tellement intense que le gouvernement n'a pas pu respecter son engagement d'atteindre le déficit zéro, terminant l'année 2003-04 avec un déficit de 364 millions. Même le Conseil du patronat, pourtant favorable aux politiques de réduction de l'État du gouvernement Charest, est mécontent parce que la taxe sur le capital n'a pas été réduite pour l'ensemble des entreprises, une autre promesse libérale bafouée.

La « réingénierie » à venir

Alors qu'on ne connaît rien de ses détails, la «réingénierie» ne cesse d'inquiéter. Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, n'a pas tort de souligner que le gouvernement Charest a menacé bien des gens mais n'a rien accompli à cet égard. Les recours de sous-traitance, que permettent les amendements à l'article 45, ne sont pas encore matérialisés. La «réingénierie» est toujours à l'état de projet aux contours vagues.

Certains aspects de cette «réingénierie» ne passeront pas comme une lettre à la poste. La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, jurait la main sur le coeur que jamais la «réingénierie» ne remettrait en cause la sécurité d'emploi des employés de l'État. Mais voilà qu'on apprend que le gouvernement étudie l'hypothèse de restreindre cette sécurité d'emploi, notamment en cas de cession de certaines activités à la sous-traitance. La ministre dit aujourd'hui que la sécurité d'emploi n'est pas remise en cause, seulement ses modalités. Ne prendrait-on pas les employés de l'État pour des attardés ?

On n'a toujours rien vu de la «réingénierie» -- Mme Jérôme-Forget lèvera le voile sur les intentions du gouvernement à la fin d'avril -- mais elle fait parler, notamment au sein du cabinet Charest. Yves Séguin n'en attend rien à court terme, et ses effets ne font pas partie de son plan budgétaire à moyen terme. Quant au ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, il n'y voit qu'un «phénomène marginal» dans le réseau de la santé, qui accapare pourtant plus de 40 % du budget de l'État. Il faut dire cependant que M. Couillard, embourbé dans les changements de structures et le démantèlement des grands syndicats généraux des hôpitaux, a d'autres chats à fouetter : il n'a guère le temps ni le goût de parler chiffons avec les employés d'entretien des CLSC ou des vertus des plats congelés avec les préposés aux cuisines.

À la fin de l'an dernier, les voyants rouges se sont mis à clignoter sur l'écran du paquebot que dirige Jean Charest. «Nous gardons le cap», a-t-il répété tout en soulignant qu'il voulait faire virer de bord le lourd navire. Au début de cette année, le premier ministre a résolument changé de ton en se présentant comme «l'apôtre de la consultation» et en improvisant une opération de forums régionaux. «Consultons la population pour mieux garder notre plan de match» semble être le message.

En ce début d'année, Jean Charest n'a pas modéré les élans sociaux-démocrates de son ministre des Finances. Le budget Séguin, même si ses mesures les plus importantes n'entreront en vigueur qu'en 2005, sera généreux envers les familles à faible revenu. De plus, le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, a pu présenter un plan de lutte contre la pauvreté qui cadre avec les engagements libéraux.

C'est un second départ pour le gouvernement Charest. On peut se demander ce qu'il reste de sa force politique pour passer des vagues intentions aux actes afin de changer le Québec en profondeur. Après tout, c'est ça, le programme de Jean Charest. À moins que l'éléphant n'accouche d'une souris. Mais ce serait là condamner son gouvernement à l'immobilisme, à la gestion à la petite semaine et à la morosité jusqu'à la fin de son mandat. Trois ans, c'est long, trois ans.



Que reste-t-il des promesses ?

Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 17 et dimanche 18 avril 2004

Les principales promesses que le gouvernement Charest n'a pas tenues.

- La santé : le réseau de la santé a eu droit à une hausse de ses crédits d'un peu moins de un milliard pour 2004-05 alors que les libéraux avaient promis 2,2 milliards. Même en tenant compte de l'effort exceptionnel de 1,3 milliard l'an dernier, le ministre Philippe Couillard est à court de 800 millions. Les investissements dans les soins à domicile, dans l'informatisation du réseau et dans les groupes de médecine familiale devront être retardés. L'objectif de fournir des services de santé 24 heures sur 24, sept jours sur sept, est encore loin. Pour les chirurgies, les listes d'attente subsistent mais la situation s'est sensiblement améliorée. Pour l'an prochain, les ressources financières sont limitées : le budget Séguin ne prévoit qu'une hausse de 2,6 % des dépenses pour l'ensemble des ministères, soit 1,25 milliard. Or le programme libéral a promis une hausse de 2,77 milliards du budget de la santé en 2005-06. C'est dire à quel point le gouvernement Charest compte sur Ottawa.

- L'éducation : le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a reporté d'un an le respect de deux engagements : l'augmentation du temps d'enseignement de 23,5 à 25 heures par semaine et l'enseignement de l'anglais en première année. Les budgets des universités ont été relevés d'un peu plus de 200 millions alors que l'objectif était de 240 millions en cinq ans. Le gel des droits de scolarité a été maintenu mais l'endettement des étudiants a été haussé de 63 millions.

- La fiscalité et les finances publiques : les vraies baisses d'impôt, c'est-à-dire celles qui touchent les contribuables qui paient de l'impôt, ne seront au rendez-vous qu'en 2005 et ne s'élèveront qu'à 220 millions, moins les 140 millions que M. Séguin récupérera avec la modification de la formule d'indexation de la table d'impôt. Quant à la baisse d'impôt de un milliard en 2005-06, suivi d'un autre milliard l'année suivante et d'un autre milliard l'année d'après, elle semble bien aléatoires Le budget Séguin prévoit déjà une impasse budgétaire de 1,6 milliard en 2005-06.

- La famille : finies, les garderies à 5 $. À compter du 1er janvier 2004, il a fallu parler de garderies à 7 $ par jour (ou à contribution réduite). C'est une ponction de 170 millions au total et de 880 $ par année pour une famille avec deux enfants. Conformément à la promesse libérale, on a créé plus de 3000 places en septembre 2003 et l'objectif est maintenu d'ouvrir 22 000 places d'ici 2006. À compter de 2005, Québec versera 550 millions de plus aux familles sous forme de chèques trimestriels, surtout aux familles à faible revenu. Pour une famille avec deux enfants et gagnant 50 000 $, il s'agit d'un gain de 660 $ par année.

- La lutte contre la pauvreté : le plan de lutte contre la pauvreté, dévoilé au début du mois, prévoit le rétablissement du barème plancher. À compter de 2005, le gouvernement consacrera 240 millions à une prime au travail versée à 500 000 bas salariés, surtout aux familles, ce qui est encore mieux que l'engagement contenu dans le programme libéral. L'objectif en matière de logement social a été haussé de 13 000 unités en cinq ans à 16 000 d'ici 2007.

- Le développement économique et régional : la taxe sur le capital a été éliminée pour les petites entreprises dont la masse salariale est inférieure à un million. Mais l'essentiel de cette promesse de un milliard n'a pas été respecté. Le gouvernement a fait le ménage dans les crédits d'impôt, comme promis. Il a modifié l'article 45 du Code du travail pour faciliter la sous-traitance. Michel Audet a coupé les vivres à la SGF et aux sociétés Innovatech en invitant le secteur privé à s'engager dans le capital de risque. Pour les régions, le gouvernement est en voie d'abolir les conseils régionaux de développement (CRD) pour les remplacer par des conférences régionales des élus (CRE). La véritable décentralisation est à faire.

- L'environnement et les ressources naturelles : comme promis, le gouvernement a lancé une commission d'enquête sur l'état de la forêt publique. Mais il ne parle pas de créer de poste de vérificateur des forêts. L'engagement de respecter le protocole de Kyoto pourrait être menacé par la mise en service de la centrale thermique du Suroît, mais ce sera à la Régie de l'énergie de trancher, le 30 juin. En juin, le ministre Thomas Mulcair doit déposer un plan vert qui faisait partie des engagements des libéraux.

- Les autres engagements : le projet de loi sur les défusions n'a guère plu aux défusionnistes. Les citoyens des villes défusionnées risquent de voir leur compte de taxes augmenter tout en perdant le pouvoir politique sur des dépenses d'agglomération représentant 70 % des taxes foncières qu'ils débourseront. L'abolition du no fault chère au ministre Marc Bellemare est retardée. Son collègue Yvon Marcoux déposera un document de consultation en juin, ce qui sera suivi par la tenue d'une commission parlementaire à l'été. Le premier ministre Jean Charest a promis d'augmenter le rayonnement du Québec à l'étranger mais le budget du ministère des Relations internationales a été amputé de 11 %.



Calimero 1er

Jean-Simon Gagné
Le Soleil lundi 19 avril 2004

Vous souvenez-vous d'un personnage de dessins animés qui s'appelait Calimero, un petit poussin noir avec une éternelle coquille sur la tête ?

Le petit Caliméro essayait d'aider le monde entier, mais il ne recevait jamais le moindre témoignage de gratitude. Même ses amis Lapinou et Cochonnet passaient leur temps à se payer sa tête. Toutes les aventures du poussin se terminaient de la même façon. Par un vibrant cri du coeur. À la fin, révolté par l'ingratitude de ce monde cruel et sans pitié, Calimero finissait toujours par s'écrier : "c'est vraiment trop injuste" !

Bon. Pourquoi suis-je en train de vous parler de Calimero, déjà ? Ah oui, ça me revient. Parce que ces jours-ci, le premier ministre Jean Charest ressemble à s'y méprendre au célèbre poussin dépité.

Pauvre Jean Charest. On dirait un poisson hors de l'eau, une maison abandonnée, un tapis étendu sur la corde à linge, dans l'attente d'être battu. Non, non, attendez. Ce n'est pas tout à fait cela. Jean Charest semble résigné à jouer le rôle du souffre-douleur de la classe. Vous savez ? Celui qui se promène toujours avec un petit nuage noir au-dessus de la tête. Celui qui ne se donne même plus la peine de détacher les dizaines de casseroles qu'il traîne derrière lui.

"Si vous n'avez pas assez d'opinions politiques, nous sommes faits pour nous entendre, gémit Jean Charest, avec toute la conviction du colporteur sachant qu'il ne parviendra jamais à vendre toutes ses balayeuses.

Au moment de former l'un de ses cabinets, le premier ministre britannique Winston Churchill a déjà parlé d'un autre grand malchanceux politique en ces termes:

"Nous pourrions lui donner le ministère de la Guerre et nous serions sûrs d'avoir la paix. Pendant la guerre, il était ministre du Charbon et nous n'avons jamais eu de charbon."

Pauvre Jean Charest. C'est vraiment trop injuste.

Et voilà que le petit monde des commentateurs politiques se met de la partie. La plupart en sont réduits à ausculter le premier ministre, comme s'il s'agissait d'un enfant malade.

Est-il déprimé ? A-t-il pris du poids ? Est-il déçu ? A-t-il le coeur noué par un gros chagrin sincère ? Pourquoi est-il incompris ?

Il y a, derrière cette fausse sollicitude, une condescendance qui devrait effrayer le premier ministre lui-même. Un politicien peut susciter bien des sentiments peu charitables, à commencer par la défiance. Mais jamais la pitié.

La pitié est à la politique ce que l'insecticide est au moustique. D'ailleurs, au vu des malheurs de Jean Charest, on pourrait résumer la dernière décennie politique au Québec de la manière suivante.

Jacques Parizeau, c'était le moustique qui allait se jeter contre le pare-brise d'une automobile roulant à toute vitesse, avec la certitude de pouvoir passer à travers.

Lucien Bouchard, c'était le moustique qui refusait de se jeter sur le pare-brise d'une automobile, sous prétexte que la couleur de cette dernière ne lui convenait pas.

Bernard Landry, c'était le moustique qui se vantait à tout le monde qu'il allait se jeter contre le pare-brise d'une automobile roulant à toute vitesse, mais qui ne se résolvait jamais à passer à l'action.

Jean Charest, c'est le moustique qui n'aime pas ces idées dangereuses de foncer sur un pare-brise et qui a acquis la certitude qu'il ne passerait pas à travers. Mais lorsque ses collègues moustiques viennent le féliciter pour sa grande sagesse et pour son intelligence, il leur demande, le plus sérieusement du monde : "À propos, c'est quoi une automobile" ?

Trêve de méchancetés. Saisi par le doute, voilà donc que le gouvernement Charest décide de lancer une vaste consultation.

De Londres à Berlin, de Paris à Washington, d'Ottawa à Madrid, les gouvernements en perte de vitesse tiennent tous le même langage. Plutôt que reconnaître leurs erreurs, ils prétendent que leur message a été mal compris.

On change quelques conseillers en communication, on enrobe le discours différemment, on lance de coûteuses consultations. Pour reprendre une expression chère aux Américains : il y a deux éléphants dans la pièce, tout le monde les aperçoit, mais chacun continue de faire semblant de rien.

Notre Conseil des ministres comprend 25 membres, qui, de leur côté, essaient désespérément de comprendre ce qu'on leur dit.

Mais ne nous éloignons pas du sujet. Dans chaque région, en plus de quelques dizaines de notables, 65 personnes tirées au hasard auront l'occasion de participer aux échanges. En moyenne, si mes calculs sont exacts, ces représentants de la population disposeront d'un grand total d'une minute pour aborder des sujets aussi complexes que le vieillissement de la population, le développement durable, les finances publiques, l'augmentation des coûts de soins de santé et j'en passe.

Ouille ! À ce rythme, on ne saurait trop leur conseiller de déposer un document écrit. Une minute, ce n'est même pas suffisant pour énumérer toutes les promesses électorales que le gouvernement Charest a reniées depuis un an. Faut-il rappeler le virage à 180 degrés à propos du projet de centrale thermique du Suroît ? Ou les 2,2 milliards $ promis en santé, dont près de la moitié ne se sont pas matérialisés ? Ou les engagements de maintenir les garderies à cinq dollars ?

Pauvre Calimero Charest. Arrivera-t-il seulement à croire à son propre plan de sauvetage ?

Vous connaissez la dernière blague au sein de la fonction publique ?

Elle explique, par l'absurde, pourquoi le début de la vaste consultation a dû être reportée de quelques semaines, voire de quelques mois.

Simple, répondent les blagueurs. C'est parce que le gouvernement craignait de ne pas avoir fini de rédiger les conclusions finales avant que la consultation ne débute...

JSGagne@lesoleil.com



La poule sans tête

Yves Beauchemin
Le Devoir lundi 19 avril 2004

Le Parti québécois a lancé un chantier de réflexion, la Saison des idées. Il veut moderniser ses structures, son programme et son option. Toutes sortes d'idées y sont apparues, certaines assez folles. C'est bien normal. L'homme n'est pas que sagesse. Et puis comme, par définition, tout le monde ne peut être exceptionnel, il y a des gens qui se montrent plus fertiles en bêtises qu'en éclairs de génie.

Ainsi, «les jeunes au sein du PQ» viennent d'accoucher d'une idée pour le moins révolutionnaire, nous apprenait le 27 mars dernier madame Marie Malavoy, première vice-présidente, dans une entrevue au Devoir.

De quoi s'agit-il? Plusieurs militants avaient souhaité que le programme du parti subisse une cure minceur et se borne à une déclaration de principes: souveraineté, social-démocratie et affirmation du français comme langue commune. Est-ce bon? Est-ce mauvais? En tout cas, on peut en discuter.

Mais «les jeunes du PQ» veulent aller plus loin et qu'on laisse tomber, comme ça, tout simplement, la social-démocratie et le français, pour ne garder que la souveraineté. Le but? Élargir la coalition.

Je me suis longtemps frotté les yeux après avoir lu ces propos. Ensuite les questions ont afflué à mon esprit. Si on laisse tomber le français et la social-démocratie, alors pourquoi faire la souveraineté? Pour améliorer notre réseau routier? Perfectionner nos dépotoirs? Désintoxiquer le Saint-Laurent? Intensifier l'enseignement de l'anglais au primaire?

Puis je me suis posé une question à caractère historique. Si personne n'avait parlé français au Québec, existerait-il chez nous un mouvement souverainiste? Ceux qui pensent que oui devraient consulter un médecin; la science a fait tellement de progrès.

La proposition de ces «jeunes du PQ» est remarquable par son originalité. Mais il serait difficile de lui trouver d'autres qualités. C'est un peu comme si, pour simplifier la gestion d'une pouponnière, on proposait d'en éliminer les bébés!

La langue et la culture constituent la raison d'être du projet souverainiste. Enlevez-les, et le projet devient une poule sans tête. Croyez-moi, il ne courra pas loin! Mais certains esprits ne sont pas sensibles aux évidences.

***

Une autre question a surgi dans ma pauvre tête chamboulée. Qui sont ces fameux «jeunes du PQ»? Et que font-ils dans cette galère? Si ce n'est pour assurer la pérennité de notre langue et bâtir une société plus humaine, ne serait-ce pas, par hasard, pour... faire carrière?

C'est la motivation principale de la plupart des Québécois fédéralistes qui politicaillent à Ottawa. Ils ont toujours mis les intérêts de notre nation au service de leur curriculum vitæ, sinon de leur fanatisme. Ne serait-ce pas aussi la motivation de nos jeunes péquistes style Oxygène 9? La poursuite de la souveraineté (le plus longtemps possible) ne serait-elle pas plus importante à leurs yeux que sa réalisation, à cause des nombreuses occasions qu'elle présente?

Je trouve ces jeunes bien vieux et bien ratoureux et je doute fort qu'ils représentent la jeunesse au sein du parti. Leur cynisme - ou leur myopie - doit réjouir grandement nos adversaires, dont ils sont en train de devenir les sosies. J'ai une idée à leur proposer. N'est-ce pas la saison pour le faire?

Tout le monde conviendra qu'on ne pourra jamais arriver à la souveraineté sans se gagner de nouvelles clientèles. Alors pourquoi le PQ ne demanderait-il pas à notre bon Alfonso Gagliano de présider sa prochaine campagne de financement? Le pauvre homme doit sûrement être à la recherche d'une carrière moins agitée et d'une image plus aguichante. Avec la disparition de ces irritants dont les «jeunes du PQ» veulent débarrasser le programme, je ne serais pas surpris qu'il accepte.

Yves Beauchemin : Écrivain



L'Institut du Nouveau Monde

Michel Venne
Le Devoir lundi 19 avril 2004

Le goût de l'avenir - 10 - Depuis le début de l'année, je vous ai conviés à une réflexion sur les enjeux du Québec en devenir. J'arrive au terme de cette série de dix chroniques avec une proposition: créer un institut indépendant, non partisan, voué au renouvellement des idées et à l'animation des débats publics au Québec.

Il s'agit d'une «boîte à idées» originale, axée sur le Québec, fondée sur la participation des citoyens, qui agit dans une perspective de justice sociale, dans le respect des valeurs démocratiques et dans un esprit d'ouverture et d'innovation.

L'Institut du Nouveau Monde sera officiellement lancé jeudi, 22 avril, à Montréal. Vous pourrez, dès lors, en savoir plus sur l'INM par l'entremise des médias et du site Internet de l'Institut, mis en ligne le jour même (www.inm.qc.ca). Quiconque se sent à l'aise avec l'énoncé de mission et avec la vision de l'organisme peut en devenir membre.

L'INM n'est pas une création spontanée. Il n'est en rien une réaction aux événements politiques récents. Il ne s'inscrit pas dans l'axe de la contestation et de l'opposition, mais dans celui de la réflexion, de l'évaluation et de la construction de la société en marche.

***

C'est un projet mûri, qui répond à des besoins profonds si j'en crois le succès de l'appel lancé dans cette chronique depuis le 12 janvier.

Je vous avais demandé de me laisser votre adresse si l'idée de former un lieu consacré aux débats d'idées et à la participation civique suscitait chez vous quelque intérêt. J'ai reçu plus de 800 messages de lecteurs et de lectrices enthousiastes.

Des étudiants de 17 ou de 25 ans, qui se découvrent un goût pour la chose publique; des grands mères et des pères de familles, de 76 ou de 42 ans, ou de jeunes professionnels, qui ressentent le besoin de contribuer mais aussi d'échanger des idées avec leurs concitoyens d'autres générations.

J'ai en mémoire une courte lettre d'un homme qui me dit, en substance: «j'étais avec ma femme, hier soir, à la maison, et nous discutions justement du sujet que vous abordez ce matin dans votre chronique; nous nous disions à quel point il serait intéressant de pouvoir élargir le cercle de nos échanges avec d'autres personnes, de confronter nos points de vue, d'obtenir des avis éclairés et de raffiner notre propre réflexion à ce sujet».

Dans vos lettres, j'ai lu parfois un certain agacement au sujet d'une société qui exaspère certains d'entre vous. Vous proposez alors des changements radicaux dans divers domaines. J'ai lu aussi des espoirs fous, une confiance en l'avenir. Du moins, le goût de retrouver la confiance, de former des projets. Un refus du fatalisme.

Je perçois le même intérêt partout où j'ai l'occasion de présenter ce projet, autant chez des gens d'affaires que chez des militants communautaires, aussi bien auprès de chefs syndicaux que de dirigeants patronaux, des intellectuels ou des ouvriers, chez les fédéralistes comme chez les souverainistes.

Nos concitoyens expriment sans équivoque un désir de renouveler les idées, les façons de faire et de penser mais aussi nos solidarités. Ils cherchent de nouvelles voies qui mèneraient à un mieux-être pour l'ensemble des Québécois et répondraient aux problèmes contemporains sans pour autant renier l'identité, la spécificité, les préférences ou les réussites du Québec des cinquante dernières années.

Mais ils ne veulent pas se faire imposer de nouveaux projets de société. Ils veulent en être partie prenante. Le renouvellement des idées et des projets passe par les citoyens. Leur participation est essentielle. L'INM veut offrir une agora et contribuer à créer des conditions favorables à cette participation.

***

Le groupe fondateur a vu le jour au printemps 2002 autour d'une idée du professeur Gérard Bouchard, que j'ai proposé de mettre en oeuvre et à laquelle se sont ralliés, au fil des mois, quelques dizaines de personnes: intellectuels, acteurs de la société civile, gens d'affaires, jeunes et moins jeunes, de tous horizons.

Le conseil d'administration de l'Institut à but non lucratif, présidé par M. Conrad Sauvé, est composé de Mme Dominique Anglade, M. Gérard Bouchard, Mme Geneviève Baril, M. Claude Béland, M. Michel Cossette, Mme Karine Blondin, Mme Sophie Dufour, M. Patrick Ferland, Mme Manon Forget,

M. Jacques Fortin, M. Guy Lachapelle, M. Frédéric Lesemann, Mme Susan Rona, Mme Céline St-Pierre, M. Roger Simard et M. Marcel Villeneuve.

L'INM organise en août prochain, avec le soutien financier du Fonds Jeunesse Québec, une université d'été pour les jeunes de 15 à 30 ans. L'annuaire du Québec, publié chez Fides, devient une publication de l'Institut. Nous voulons explorer toutes les possibilités qu'offre Internet à des fins de délibération et d'information du public sur les enjeux de société. Nous organiserons des cercles de réflexion pour les membres. Nous prévoyons la tenue, à compter de l'automne, d'une série de cinq grands rendez-vous stratégiques pour le Québec.

Nous comptons, dans notre entreprise, sur le soutien de l'UQAM et de la firme Conceptis Technologies.

Quant à moi, je prends la direction générale de l'INM tout en poursuivant cette chronique dans Le Devoir qui me fait l'honneur de m'accueillir dans ses colonnes.

Cet institut deviendra ce que ses membres voudront en faire. C'est une invitation.



L'exception québécoise pour soutenir le revenu des familles

Observatoire de l'administration publique de l'ENAP
Le Soleil lundi 19 avril 2004

L'état du Québec (12) - Régulièrement, depuis le mois d'octobre dernier, LE SOLEIL présente à ses lecteurs un portrait unique du Québec, un état des lieux qui le compare avec la situation qui prévaut dans d'autres provinces canadiennes ou d'autres pays de l'OCDE. Dans le 12e volet de cette série rédigée par l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP, les chercheurs se penchent sur l'aide aux familles.

Plusieurs interventions des gouvernements, principalement des prestations financières ou en nature, ont une incidence sur la vie des familles. Ces interventions sont reliées d'une manière générale à des problématiques socio-économiques, comme la sécurité du revenu, concept fondé sur la volonté de redistribuer la richesse collective, les mesures d'incitation au retour au travail ou encore l'accès à certains services sociaux. La difficulté de concilier les objectifs de ces politiques et même d'organiser celles-ci dans un système cohérent a marqué l'évolution des politiques familiales au Canada.

Ces politiques diffèrent donc d'une province à l'autre. Au Québec, on a coutume d'y associer des programmes concernant l'éducation, la santé, le bien-être, la protection de la jeunesse, les garderies, etc. Nous nous attacherons dans cet article à l'examen de trois composantes du soutien au revenu des familles : la sécurité du revenu, les services et programmes pour la petite enfance et les congés parentaux.

À l'arrière-plan des débats sur les politiques se profile une remise en question des rôles des deux ordres de gouvernement dans le secteur social. Dans neuf provinces et les territoires, l'orientation des politiques et le développement des programmes ont été influencés par la conclusion d'ententes intergouvernementales permettant une action conjointe des deux ordres de gouvernement. Tout en recevant sa part des fonds fédéraux, le Québec n'a adhéré à aucune de ces ententes, préférant développer de façon autonome sa politique familiale adoptée en 1997.

Sécurité du revenu

Le secteur de la sécurité du revenu a été restructuré avec un double objectif : diminuer la pauvreté chez les enfants et augmenter l'incitation au travail en permettant une transition plus progressive de l'assistance sociale vers le marché du travail. Au palier fédéral, les mesures financières en faveur des enfants (allocations familiales, crédits d'impôt remboursables et non remboursables) furent réunies, en 1993, en une seule prestation fiscale pour enfant (PFE) remboursable, c'est-à-dire payable au bénéficiaire même s'il n'a pas d'impôt à payer. La PFE est établie en fonction des revenus du ménage et elle est réduite graduellement à mesure que ces revenus augmentent. Il n'est pas tenu compte dans son calcul de l'ensemble des avoirs de la famille.

En 1998, le fédéral ajouta à cette prestation fiscale pour enfant, rebaptisée entre-temps la prestation fiscale canadienne pour enfant (PFCE), un supplément de prestation nationale pour enfant (SPNE) versé à toutes les familles à faible revenu, y compris les bénéficiaires d'aide sociale. Cette nouvelle composante utilise les mêmes mécanismes de calcul que la précédente prestation fiscale pour enfants mais elle a un seuil d'allocation maximum plus bas et un taux de réduction plus rapide.

Au Québec, en 1997, le gouvernement regroupa en une allocation familiale unifiée (AFU) toutes les prestations financières offertes à l'égard des enfants, y compris la partie de l'aide sociale relative aux enfants. Une exception toutefois : les mesures fiscales visant les enfants n'étaient pas intégrées dans la nouvelle allocation. Au même titre que la prestation fédérale, l'AFU ne tient pas compte de l'actif du bénéficiaire et est réduite progressivement en fonction de l'augmentation des revenus, quoique plus rapidement que la prestation fiscale canadienne pour enfant.

Jusqu'en 1998, les modifications apportées aux programmes fédéraux par le Parlement canadien avaient peu d'incidences sur les systèmes de sécurité du revenu dans les provinces car celles-ci tenaient compte généralement de l'argent distribué via la prestation fiscale pour enfant dans le calcul de leurs propres taux d'accessibilité à l'assurance sociale. Mais, à partir de 1998, les sommes versées à travers le programme de supplément de prestation nationale pour enfant sont venues s'ajouter aux montants déjà versés par les provinces, occasionnant ainsi un chevauchement de prestations.

Pour autant, le dédoublement a, en grande partie, été évité car toutes les provinces, à l'exception de Terre-Neuve-et-Labrador et du Nouveau-Brunswick, ont, pendant plusieurs années (deux ou trois ans selon les provinces), réduit leurs versements d'un montant équivalant à celui de l'augmentation fédérale. Ainsi, les familles avec enfant recevant des revenus de l'aide sociale ont-elles, en fin de compte, fait un surplace financier.

L'attitude des gouvernements provinciaux peut sembler difficilement défendable. Mais il faut comprendre qu'on est en réalité face à un transfert de juridiction d'une partie de l'aide sociale vers le niveau fédéral, transfert qui a plusieurs causes.

En 1996, le Régime d'assistance publique du Canada (RAPC), qui subventionnait la moitié des dépenses provinciales à titre d'assistance sociale, a été aboli. Les sommes consacrées à ce programme ont été considérablement réduites à l'occasion de la création du Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS). Les provinces ont alors hérité d'une responsabilité financière additionnelle pendant que l'argent épargné par le fédéral était redirigé directement vers les parents par l'entremise de la toute nouvelle prestation fiscale canadienne pour enfant.

En outre, le cumul des prestations, assistance sociale ou allocations familiales, d'une part, et programmes fédéraux, d'autre part, dépassait les niveaux de besoins essentiels établis par les provinces. Au fait de cette situation, l'administration fédérale a laissé aux provinces la latitude de réduire leur contribution mais elle leur a imposé, dans les ententes qui ont conduit à l'établissement de la PFCE, un cadre de réinvestissement de l'argent épargné exclusivement en faveur des enfants.

Les provinces n'ont donc pas déserté le domaine du financement des politiques familiales. Toutes mettent en oeuvre un système provincial d'attribution des prestations financières. Celles-ci se conjuguent à la prestation fiscale canadienne pour enfant, soit par des prestations pour enfants ou des allocations familiales, soit par des suppléments aux revenus de travail. Dans ce dernier cas, l'aide prend la forme de montants qui s'ajoutent aux premiers revenus de travail. Ces versements augmentent graduellement jusqu'à ce que les revenus atteignent un seuil à partir duquel les sommes versées diminuent. Le Earned Income Benefit en Colombie-Britannique et le programme "Apport" au Québec (qui cédera prochainement la place à un nouveau programme d'aide au travail) offrent de telles prestations.

Enfin, dans le budget déposé par le gouvernement du Québec le 30 mars 2004, il a été annoncé une transformation du soutien aux familles dans le sens d'une meilleure identification de l'aide financière apportée pour les enfants et pour les travailleurs à faible revenu.

Programmes pour la petite enfance

S'agissant des mesures visant la petite enfance, les choix arrêtés par les provinces, à l'exception du Québec, ont été déterminés pour une large part par le Cadre de réinvestissement et l'Entente fédérale-provinciale sur le développement de la petite enfance à travers laquelle le Parlement fédéral a consacré 2,2 milliards $ sur cinq ans (de 2001-2002 à 2005-2006) pour l'instauration ou l'amélioration des programmes provinciaux. Mais les décisions provinciales s'inspirent également désormais d'une autre entente sur le développement et la garde des jeunes enfants qui prévoit des versements fédéraux additionnels de 975 millions $ à partir de 2003-2004 avec un échéancier de cinq ans.

La combinaison de ces interventions montre la volonté du gouvernement fédéral d'imposer, dans un champ de responsabilité provincial, une approche concertée dans la conception, la planification et le financement des programmes destinés à la petite enfance. Le programme albertain Child Health Benefit qui donne accès aux services de santé aux enfants de familles à bas revenu s'inscrit dans cette approche bipartite. Il en est de même de certains programmes ciblés, tel le dépistage et le traitement des problèmes de développement chez les populations d'enfants à risque.

Jusqu'à présent, le Québec n'a signé aucune de ces ententes, tout en obtenant sa quote-part des subventions fédérales. Il a donc le loisir de fixer les priorités de sa politique familiale et de préparer et réaliser en conséquence ses interventions sur les premières années de la vie de l'enfant. Le programme de garderies à prix réduit est une illustration des choix singuliers faits par le Québec.

L'assurance parentale est intégrée au programme fédéral d'assurance-emploi, antérieurement assurance-chômage. Elle permet essentiellement aux travailleurs de recevoir des prestations de remplacement du revenu pour une période entourant la naissance de l'enfant. Mais, l'élargissement de l'assurance-emploi au titre de l'assurance parentale est contestable juridiquement et en outre contrainte par la structure même de l'assurance-emploi comme, par exemple, l'impossibilité d'étendre les congés parentaux aux travailleurs autonomes. Ces freins empêchent le développement ultérieur du programme.

En 2001, le Parlement du Québec a adopté la Loi sur l'assurance parentale plus avantageuse pour les citoyens. Son application est cependant différée en attendant le règlement du contentieux Québec/Ottawa sur la question. Un arrêt récent de la Cour d'appel du Québec a conclu, en effet, à l'inconstitutionnalité du programme fédéral et à la validité de la loi québécoise sur l'assurance parentale. Cette décision a incité le gouvernement fédéral à reprendre les négociations entre les deux paliers de gouvernement bien que, dans le même temps, il en ait appelé de la décision de la Cour d'appel québécoise devant la Cour suprême du Canada.

Malgré des péripéties politiques et juridictionnelles qui perdurent, les 10 dernières années montrent tout de même que le Québec est parvenu jusqu'à maintenant à conserver une part d'autonomie dans ses choix concernant cette catégorie de politiques relatives à la famille quand les autres provinces et les territoires acceptaient de se plier à de nouveaux modes de fonctionnement conjoints avec le gouvernement fédéral.

Pour communiquer avec l'Observatoire : Danielle Landry : (418) 641-3000, poste 6574 ; télécopieur : (418) 641-3057 ; courriel : danyel le_landry@enap.ca; site Internet http:// enap.ca/observatoire.

LEXIQUE

- PFE : prestation fiscale pour enfants
- PFCE : prestation fiscale canadienne pour enfants
- SPNE : supplément de prestation nationale pour enfants
- RAPC: Régime d'assistance publique du Canada
- TCSPS : Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux
- AFU : allocation familiale unifiée


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Le parlement sous le tapis… d’asphalte

François Therrien, Montréal
TRIBUNE LIBRE 17 avril 2004

Si plusieurs Québécois savent qu’un parlement du Canada-Uni existait encore le 25 avril 1849 jour où il fut incendié, peu savent aujourd’hui où il se trouvait quand il était encore debout. Au-delà des causes relativement connues de l’incendie, vraisemblablement criminel, on doit s’attacher aux conséquences refoulées de ce petit acte de terrorisme contre ceux qu’on appelait alors les canadien français : l’importance de la bibliothèque que le bâtiment contenait est telle que le spécialiste Gilles Gallichan en parle comme de « Notre désastre d’Alexandrie ». Ce pourquoi le documentaire de Serge Cardinal , qu’on a vu récemment à TQ, consacré au projet de la Grande Bibliothèque Nationale La bibliothèque entre deux feux en fait pareil cas et avec raison. Après les rébellions de 1837-38 et l’union de 1840 les canadiens Français étaient en voie de maîtriser le grand jeu du parlementarisme britannique. C’est à se demander si le propos de Durham sur ce peuple sans culture et sans histoire n'était pas davantage l’objectif visé qu’un constat attristé.

Donc derechef comment calculer les conséquences de la chose qui a été accomplie là ? Véritable trou de mémoire, l’état actuel du parlement du Canada-Uni peut nous en donner une idée: et d’autant plus que si la reconstitution du lieu de la tragédie devrait être confié aux archéologues, rien pourtant ne semble moins certain ! Des projets qui sont bien loin de viser à la reconstitution du parlement ne sont peut-être pas absolument écartés comme si ça n’allait pas de soi. Oserait-on par exemple accorder des projets de stationnement souterrain ou des tours d’habitation, mieux vaut être alarmiste et poser la question que de se retrouver un beau jour devant le fait accompli

Le centre d’histoire de Montréal avec son itinéraire modeste mais percutant 1849 le parlement brûle fait une œuvre de sensibilisation magnifique à l’ahurissant état d’abandon de notre patrimoine. À chaque dimanche du mois d’Avril, le circuit qu’ils proposent pour est un simulacre d’introduction au présent. Comme l’indique le bulletin no 45 du CHM «Ainsi donc, à la demande du journal The Gazette, plus de 1500 personnes se réunissent au Champ-de-Mars en ce début de soirée du 25 avril 1840 » Nous aurons tôt fait de nous retrouver dans la peau des incendiaires se dirigeant par la rue Saint-Paul vers le parlement détesté en saccageant au passage les maisons des journaux contraires à nos vues. Pour aboutir brutalement à ce monument à l’oubli du parlement qu’est l’actuel parking de la place d’Youville devant le centre d’histoire de Montréal. Moment triste de notre histoire, cet événement constitue aussi une étape importante de notre annexion dans la constitution canadienne en 1867. Qu’on puisse ignorer en partie ce qui s’y est passé « au juste » est tout bonnement compréhensible. Comment pourrait-il en être tout à fait autrement ? L’essentiel étant que des projets de reconstitutions respectueux de notre histoire soient à l’étude ou mieux en voie de réalisation. Le 25 Avril des personnalités influentes devraient se donner le mot pour commémorer place d’Youville, l’incendie du parlement du Canada-uni à Montréal.

Pour la visite guidée il faut prendre rendez-vous avec le chm au 872-3207



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16 avril 2004