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»» BIOGRAPHIE DE JACQUES PARIZEAU

Selon Lisette Lapointe, Landry avait réclamé la démission de Parizeau

Gilles Normand
La Presse vendredi 2 avril 2004

Québec - L'enregistrement d'une entrevue entre l'auteur Pierre Duchesne et Lisette Lapointe, le 16 mai 2000, confirme que la femme de Jacques Parizeau a alors déclaré que Bernard Landry avait téléphoné à l'ex-premier ministre, à la suite du référendum de 1995, pour réclamer sa démission.

Pour la deuxième journée consécutive, le chef péquiste a nié hier avoir jamais exigé la démission de M. Parizeau sans quoi il allait la demander publiquement, à la suite de sa déclaration imputant la défaite référendaire à " l'argent et les votes ethniques ".

Après avoir pris connaissance des négations de M. Landry, Pierre Duchesne, biographe de Jacques Parizeau, qui a la réputation d'être un journaliste rigoureux, a entrepris de défendre son ouvrage et nous a fait entendre l'enregistrement en question.

À un certain moment, on entend la voix de Mme Lapointe: " Entre 10 h le soir, puis le lendemain matin, 10 h, au comité des priorités, il a fallu qu'il y ait bien du monde qui le laisse tomber à la demande de Landry et puis... tout ça était pas une surprise là pour beaucoup d'entre eux, mais il a fallu que les gestes se posent là. Il a fallu que les téléphones se mettent à rouler là (...) Que s'il ne démissionne pas, que quelqu'un demande sa démission. "

M. Duchesne demande: " Ça aurait été Landry ou quelqu'un d'autre? "-

Il (Landry) lui a dit au téléphone...-

Ce soir-là?-

Au téléphone, le matin. À 8h le matin. 8h le matin.

C'est Mme Lapointe qui a répondu au téléphone. Ensuite, M. Parizeau a parlé avec M. Landry. M. Duchesne lui demande s'il lui a parlé de la conversation après avoir raccroché.

" Ben oui! Et là, évidemment... sur le coup, il est... ouf! Là, il pense que, en fin de compte, Landry se dévoile... ça fait longtemps qu'il (Landry) pensait ça. Et voilà. Là il se dévoile."

Ensuite, Mme Lapointe a essayé de convaincre Jacques Parizeau de ne pas démissionner immédiatement, de se laisser du temps. Elle lui suggère d'annuler le comité des priorités où on va en discuter.

" Attends. Ce n'est pas vrai. C'est pas Bernard Landry qui va décider ce que tu fais. C'est injuste! C'est injuste pour toi. Injuste pour tous ceux qui ont confiance en toi. Demandes toi ce que les gens pensent (...) Tu l'as le contrôle de la barque. "

M. Landry, qui a continué hier de nier avoir fait cette demande à M. Parizeau, reconnaît tout de même qu'il croyait, de même que Guy Chevrette et Jean Campeau, que l'ex-premier ministre devait démissionner. Mais il assure qu'il lui a dit, au comité des priorités: " Je crois que vous devez partir, mais si vous décidez le contraire, je vous supporte. " Ce que corroborent aujourd'hui Guy Chevrette et Jean Royer, lequel était alors chef de cabinet de M. Parizeau.

Jointe par la presse, Lisette Lapointe s'est dite " retournée " par les propos de Bernard Landry en conférence de presse. " Je ne suis pas à l'aise avec ce brassage. J'aimerais vraiment prendre le temps de réfléchir à ce qu'a dit M. Landry avant de parler. Je vais réfléchir. "

Puis elle a ajouté, avec dépit: " Certaines personnes ont de la difficulté à assumer l'histoire. " M. Parizeau ne veut pas, quant à lui, commenter l'affaire immédiatement. " Il le fera dans un texte qu'il rendra public ", a-t-elle dit.

L'auteur Pierre Duchesne affirme avoir fait valider le contenu de cette cassette par un ami de l'ancien premier ministre et qu'il avait confronté celui-ci avec cette information. " Il l'a banalisée en disant qu'il ne fallait pas, pour l'histoire, qu'on croie qu'il avait démissionné à la suite de pressions extérieures. "

Quand on lui demande quel est, selon lui, l'intérêt de M. Landry à nier cette information, M. Duchesne suggère: " Vous savez où se situe le Parti québécois dans les sondages... certains voudront être candidats dans une course à la direction. " Et il rappelle que M. Parizeau compte beaucoup d'amis au sein du PQ.



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Did Parizeau go voluntarily, or was he putsched?

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette Friday, April 02, 2004

Only Jacques Parizeau knows why he resigned the day after the referendum, and chances are he'll take the truth to his grave. But Pierre Duchesne's unauthorized biography Le régent sheds a fascinating light on a chain of events that cost the sovereignty option its most determined warrior.

Duchesne's book raises a vital question: Was Monsieur's decision more about avoiding an coming putsch than an act of contrition for his contentious remark on "money and ethnic votes"?

Duchesne writes the morning after the referendum, Deputy Premier Bernard Landry and Guy Chevrette asked for Parizeau's resignation at a meeting of the priorities committee. The current kerfuffle as to whether Landry called Parizeau directly to demand he resign or that he begged Monsieur to be appointed interim premier is but a footnote in this saga.

If anything, Landry probably didn't beg, knowing Lucien Bouchard would inevitably take over. As for the phone call to Parizeau, whatever was said, what matters is Landry admits to having asked him to leave during the committee meeting.

The rush to oust Parizeau was such Chevrette flew to Ottawa that same evening to talk with Bouchard. Others, such as special adviser Jean-François Lisée, also wanted Monsieur to leave.

To justify their trigger-fast reaction, Lisée and Landry now contend Parizeau's staying was untenable because of his referendum speech and that he already had pretaped an interview saying he'd resign if he lost. So their insistence he leave, they say, had no bearing on his decision.

If Parizeau's decision had truly been unequivocal - and it may well have been in his mind - why did Landry and others feel the need to demand so aggressively he resign and to argue his referendum speech was the reason for it?

Could it be regardless of his pre-taped interview and given the close results, Parizeau could have been persuaded to stay if he had the full support of his priorities committee?

It's plausible Parizeau's decision to leave was strengthened by what happened in that committee and he felt he wouldn't survive the next weeks facing the rejection of some of the most powerful members of his government and the overwhelming support Bouchard had, even among some of Parizeau's closest supporters.

In the charged atmosphere of that committee meeting, could it be the "incredible cruelty" of the exchanges - as Pauline Marois reports in Duchesne's book - was the straw that broke the leader's back? Perhaps Monsieur persisted in his decision to leave in face of an apprehended putsch that would pave the way for the charismatic Bouchard.

Duchesne's book also takes a look at what might explain, at least in part, the anger Parizeau expressed during the infamous referendum speech that Landry, Chevrette and Lisée would use the next day as an excuse to demand he leave.

No adviser in the Bunker had truly prepared him for a loss, either politically or emotionally. When the results came in, Lisée had to rush to write a short speech for Parizeau following the defeat. Lisée gave that speech to Duchesne to publish, surely hoping all would rush to say how serene and responsible it was, compared with Parizeau's improvised remarks.

And everyone did. On Wednesday, Landry went as far as to say: "I think Parizeau should have read the Lisée text. That would have been better for him, for our cause, for Quebec and for everyone." Not quite.

Parizeau was wise shove that speech into his pocket and ignore it. Its content probably would have fed his anger even more because Lisée's speech went against all Parizeau had fought for so hard.

If Parizeau had used Lisée's speech, he would have invited Quebecers to use the close results as a negotiating tool to win from Ottawa the recognition of Quebec as a "people." Just as in his 2000 book, Sortie de secours, Lisée presented a demand for renewed federalism, not independence.

"Today, my friends, the Quebec people signalled that it will never accept anything else than being considered as a people. Never will it accept to be a province, equal and normalized." It went on: "Today, I did not receive a mandate to modify Quebec's status. But I did not receive the mandate to be satisfied with Quebec's current status."

Can anyone imagine Parizeau begging Canada to recognize Quebec as a people? He never did because he chose independence instead.

This week, Lisée said after the results came in, they were all looking toward the future, except Parizeau. But Parizeau was. It's just he saw independence as the future, not the recognition of Quebec as a people.

In Francine Pelletier's documentary on Parizeau, Monsieur summarizes the profound distaste he has for "soft-sovereignist" positions like the ones found in Lisée's speech, Bouchard's inaction or Landry's confederal union.

More telling, he put those positions on an equal footing with federalist ones as far as the negative impact they've had on his work toward independence: "All my life, I had against me both federalists and soft sovereignists. That's a lot of people!"

On the morning of his resignation, it was precisely those "soft sovereignists" who came calling for his head.



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Une stratégie odieuse

Guillaume Ducharme
Militant du Parti québécois - L'auteur s'exprime ici à titre personnel.
Le Devoir vendredi 2 avril 2004

Libre opinion: Dans une entrevue accordée la semaine dernière à la rédaction du Devoir, Marie Malavoy, première vice-présidente du Parti québécois, s'est permis de donner un ultimatum à son chef, le président du parti, Bernard Landry. Prenant prétexte de l'impatience de quelques petits dauphins autoproclamés, Mme Malavoy y est allée d'une déclaration assez peu respectueuse en demandant à Bernard Landry de «se brancher» en ce qui a trait à son avenir à la tête du parti des souverainistes.

Contrairement à Mme Malavoy, dont le mandat statutaire est expiré depuis deux ans, je ne crois pas que le président du Parti québécois doive être acculé au pied du mur (ou à la porte de sortie). Élu sans opposition le 3 mars 2001, Bernard Landry est le chef légitime du PQ, et nul ne peut remettre ce fait en question.

De manière consciente ou non, Marie Malavoy, par ses déclarations publiques sur le leadership du président actuel du parti, joue le jeu des forces qui ont fait le choix, depuis le 14 avril dernier, de renverser Bernard Landry. Après le travail de sape du leadership de Landry, par des attaques orchestrées contre ses amis et collaborateurs, les ambitieux seconds qui veulent être premiers et leurs camps respectifs s'attaquent désormais directement à la personne du chef.

Calmés momentanément par la «saison des idées», qui donnait une chance à ces successeurs potentiels de se faire valoir par leurs idées et leurs projets, les deux camps se réactivent maintenant devant l'échec appréhendé de cette saison des pluies qui n'a réussi qu'à raviver de vieilles rengaines de 1974, «élection référendaire» en tête, soutenue par des indépendantistes nostalgiques de bonne foi et d'autres qu'on pourrait qualifier d'eunuques intellectuels. Il semble d'ailleurs y avoir une corrélation directe entre les tenants de cette «idée» et certains frondeurs depuis que Landry l'a rejetée.

C'est là que se met en place la stratégie du chantage odieux : on demande à Landry de se brancher maintenant... afin de permettre le plus tôt possible la mise en place de la machine militante qui s'assurera de lui faire perdre son vote de confiance lors du prochain congrès. Les tergiversations de Landry favorisent, il est vrai, l'organisation des successeurs, mais pour mobiliser massivement leurs troupes, ceux-ci doivent avoir un ennemi sûr et avéré. Par son discours alambiqué, Landry s'assure de maintenir au repos les forces contestataires, se laissant ensuite la possibilité de rebondir au moment opportun.

Au-delà de cela...

Mais au-delà de ces considérations politico-stratégico-péquistes dont seul le PQ a le secret, ce qui est le véritable enjeu de cette crypto-campagne au leadership, c'est bien l'avenir de notre formation politique et du projet souverainiste. Cette réalité ne semble pas compter pour beaucoup dans ce jeu d'ego où seules les considérations personnelles (et professionnelles) ont de la valeur.

Ce jeu est encore plus ignoble car les candidats pressentis savent pertinemment que Bernard Landry est le meilleur atout, bien qu'il ne soit pas parfait, pour le parti et pour la souveraineté. Bernard Landry appartient à la lignée des grands chefs du PQ qui, comme Lévesque, Parizeau et Bouchard avant lui, ont réussi à incarner le projet souverainiste comme nul autre ne peut le prétendre. De cette lignée, jusqu'à ce qu'un autre grand chef émerge (ce qui est loin d'être envisageable pour le moment), il est le dernier représentant.

Au sein du PQ, il y a de grands souverainistes aux convictions fermes et assurées, mais nul ne peut prétendre sérieusement à la dignité de chef des souverainistes québécois. La perte du chef actuel serait un événement terrible pour le parti et pour l'option souverainiste.

Personnellement, je serais obligé d'en tirer des conclusions définitives en ce qui concerne mon adhésion à ce parti et à ce projet. Non pas uniquement par soutien envers Bernard Landry mais bien parce que j'aurai alors l'intime conviction que le projet qui sous-tend ma participation au PQ ne se réalisera jamais. Je tirerais d'ailleurs les mêmes conclusions si le PQ devait, sur un coup de tête de radicalisme, réadopter la stratégie souverainiste qu'il prônait avant 1974.

Rien n'est sûr pour le PQ et son projet. Cependant, il est certain que le temps n'est pas encore venu de voir un comptable du secteur de l'aviation ou une travailleuse sociale, malgré tout le respect que j'ai pour les personnes qui occupent ces fonctions, devenir l'homme ou la femme du destin pour le Québec.



»» Parti québécois

Malavoy invite Landry à se brancher

Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 27 mars 2004

Même s'il ne semble pas pressé de céder son siège, Bernard Landry devra décider de son avenir d'ici la fin de l'été, estime la vice-présidente du Parti québécois, Marie Malavoy.

En fixant une telle échéance au chef péquiste, Mme Malavoy souhaite que les militants voient leur tâche facilitée en vue du congrès du printemps 2005: dès le début de l'automne prochain, le choix des délégués s'amorcera pour le congrès au cours duquel un vote de confiance à l'égard de M. Landry est prévu.

«Pour moi, c'est soit au début, soit à la fin de l'été. Il faut qu'à la fin de l'été, quand on va commencer à planifier les congrès de comtés, les gens sachent ses intentions, bien sûr, parce qu'il peut y avoir des gens qui se positionnent [pour l'un des candidats pressentis pour une éventuelle course au leadership]», a déclaré hier Marie Malavoy au Devoir lors d'une rencontre éditoriale.

La première vice-présidente du PQ était accompagnée par le directeur général du parti, Pierre Châteauvert, ainsi que par la coprésidente du chantier de réflexion sur le programme péquiste, Marilyse Lapierre. Tous deux étaient d'accord quant à la nécessité pour M. Landry de clarifier la situation bientôt.

Dès après la défaite aux élections d'avril dernier, M. Landry avait évoqué son départ. Sa décision tardant à venir, certains militants péquistes, dont des députés, le pressaient de «se brancher». M. Landry n'avait pas hésité à les semoncer, avant d'affirmer, lors du conseil national de juin dernier, que son poste n'était pas vacant. Du même souffle, il avait toutefois encouragé les candidats pressentis à sa succession, Pauline Marois et François Legault, à poursuivre leurs travaux d'organisation et de mobilisation.

Marie Malavoy a donné l'assurance que cette course souterraine au leadership ne court-circuite aucunement l'opération de modernisation des structures, du programme et de l'option du Parti québécois appelée la «saison des idées», qui est présentement en cours. «Cela colore obligatoirement les idées que les gens émettent, mais il reste que leurs idées n'ont d'intérêt que si elles suscitent un peu d'enthousiasme chez les membres. Ce n'est pas quelque chose d'artificiel. [...] Leur défi, c'est d'alimenter la réflexion et que sorte de cette saison des idées un Parti québécois renouvelé», a fait valoir Mme Malavoy.

C'est aujourd'hui que le PQ démarre sa tournée des régions afin d'entendre les différents points de vue de ses militants. Un peu plus de 250 personnes sont attendues aujourd'hui à Québec. L'exercice se poursuivra jusqu'au 2 mai. Après cela, les équipes des trois chantiers de réflexion présenteront un bilan de leurs travaux lors du conseil national prévu en juin.

Selon Mme Malavoy et ses collègues, la saison des idées est «un espace réel de discussions», rien n'étant tabou. Par exemple, beaucoup de militants souhaitent que le programme du parti prenne une allure plus concise, qu'il se borne à une déclaration de principes (souveraineté, social-démocratie et affirmation du français comme langue commune). Cette façon de faire permettrait de distinguer le programme de la plate-forme électorale, qui apporterait des précisions. «Cela favoriserait la réflexion continue entre les congrès», a affirmé Marilyse Lapierre.

Or les jeunes au sein du PQ suggèrent d'aller plus loin et que le PQ ne se définisse désormais que par son option souverainiste. Ainsi, la déclaration de principes laisserait tomber la social-démocratie et la promotion du français, question d'être une large coalition. «Ce n'est pas accessoire. Ça nous oblige à nous poser les questions qui ont été à l'origine de ce que nous sommes», a rappelé Mme Malavoy.

Pour ce qui est des structures du parti, il est proposé d'offrir plus de latitude au chef ou à une instance nationale ou régionale, dans le choix des candidats dans les circonscriptions. Mme Malavoy a souligné que cette question est «âprement» discutée entre ceux qui souhaitent que seuls les militants choisissent leur candidat et les autres qui sont conscients, comme le dit Mme Malavoy, des «limites du système actuel sans aucune souplesse».

Aussi, Mme Malavoy croit que le parti doit réfléchir à la possibilité de faire de la place à différents courants politiques au sein du PQ, comme le mouvement Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre, qui vient de se former pour prendre part à la saison des idées du PQ. Mme Malavoy soumet l'idée que des courants comme celui-là pourraient avoir des représentants aux différentes instances décisionnelles du parti.

À travers tous ces débats, le PQ cherche le défi d'incarner de nouveau le changement. «On n'est pas au sommet de notre forme», a reconnu sans ambages le directeur général, Pierre Châteauvert, qui a ajouté que le PQ doit «ouvrir la fenêtre pour faire entrer de l'air».



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Médicaments: aînés et démunis paieront

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 2 avril 2004

Le gouvernement Charest abandonne une autre promesse électorale

Québec - Le plan de lutte contre la pauvreté que rend public le gouvernement Charest aujourd'hui n'assurera pas, ni cette année ni l'an prochain, la gratuité des médicaments pour les assistés sociaux et les personnes âgées démunies.

C'était pourtant une des promesses des libéraux lors des dernières élections générales et même lors de la campagne électorale de 1998. Cet engagement figurait d'ailleurs dans la première version du Plan de lutte contre la pauvreté, rédigée à l'automne dernier par le gouvernement, dont Le Devoir avait obtenu copie.

Dans cette version du plan, on visait à rétablir la gratuité des médicaments pour les assistés sociaux en juillet 2004. Puis, un an plus tard, les personnes âgées de 65 ans et plus qui touchent le maximum du supplément de revenu garanti devaient à leur tour avoir droit à la gratuité. Il s'agit d'une mesure qui entraîne un débours de 23 millions par année pour l'État, avait-on évalué dans le plan à l'automne.

«Il n'y a pas de décision qui a été prise», a indiqué hier Cathy Rouleau, l'attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard. Et aucun échéancier n'est prévu pour l'introduction de cette mesure l'an prochain.

«Notre engagement est toujours là», a toutefois souligné Mme Rouleau. Le ministre Couillard n'envisage pas de décider si, oui ou non, il accordera la gratuité des médicaments aux plus démunis avant que la nouvelle Politique du médicament ne soit adoptée et mise en vigueur. Le dépôt de cette politique est prévu pour le printemps 2005. La gratuité, «ça ne peut se réaliser sans contrôle», a signalé Mme Rouleau.

En juin dernier, M, Couillard affirmait que cette promesse d'assurer la gratuité des médicaments aux assistés sociaux et aux personnes âgées démunies faisait partie des engagements du gouvernement pour 2004-05. «Est-ce qu'on le fera d'un seul coup ou de façon graduelle? Mais ce sera accompli à l'intérieur du mandat», avait-il dit. En juillet, M. Couillard disait craindre l'effet de dominos de cette mesure que pourraient réclamer pour eux-mêmes d'autres groupes moins nantis de la société.

Mercredi, M. Couillard s'est engagé à maintenir, lors de la prochaine révision, des tarifs et autres conditions pécuniaires de l'assurance-médicaments en juillet, le niveau actuel de la coassurance et de la franchise, applicables à l'assurance-médicaments, que doivent payer les assistés sociaux et les personnes âgées démunies. C'est ce qu'il avait fait en 2003. «On a mis de côté une somme pour minimiser l'impact de ces hausses-là sur les clientèles vulnérables comme les personnes âgées et les personnes à faible revenu», a-t-il déclaré cette semaine.

À l'heure actuelle, les assistés sociaux et les personnes âgées qui touchent le maximum du supplément de revenu garanti doivent assumer une franchise mensuelle de 8,33 $ et une coassurance de 25 % du prix des médicaments, sujet à un maximum de 16,66 $ par mois ou 200 $ par année.

La promesse des libéraux d'instaurer la gratuité pour ces deux groupes de la population remonte à 1998, quand le chef libéral, Jean Charest, avait fait ses choux gras des résultats d'une étude commandée par le ministère de la Santé et des Services sociaux au Dr Robyn Tramblyn. Cette étude évaluait à 120 décès l'effet de l'abandon de la pleine gratuité des médicaments en 1996 pour les assistés sociaux et les personnes âgées démunies. Cette année-là, le gouvernement du Parti québécois avait introduit un régime d'assurance-médicaments universel en mettant fin à la gratuité des médicaments pour les démunis qui, dès lors, ont dû assumer une franchise.



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Une impasse budgétaire de 6,5 milliards, selon Landry

Norman Delisle
Le Devoir vendredi 2 avril 2004

PC Québec - Avec son budget de mardi dernier, le gouvernement Charest se dirige vers une impasse budgétaire de 6,5 milliards, a estimé hier le chef de l'opposition, Bernard Landry.

Dans une analyse rendue publique hier, M. Landry a passé le budget du ministre des Finances Yves Séguin à travers la même grille d'analyse qui avait servi l'an dernier à l'ex-vérificateur général Guy Breton pour scruter l'état des finances publiques à la suite des élections générales du 14 avril 2003.

M. Breton en était arrivé à la conclusion que les finances publiques, telles que laissées par le Parti québécois, menaient à une impasse budgétaire de quatre milliards. M. Landry avait dénoncé l'utilisation que le gouvernement Charest avait faite du rapport dressé par l'ex-vérificateur Breton, mais il a ressorti hier la même méthode pour la servir au gouvernement de Jean Charest.

Selon ces calculs, le budget Séguin-Charest reconnaît déjà une impasse de 1,6 milliard pour l'an prochain.

Il faut ajouter à cette somme un déficit accumulé de 1,1 milliard dans les hôpitaux du Québec, une surévaluation de 2,4 milliards des transferts fédéraux, des risques de dépassement de 327 millions dans les ministères, dont 100 millions uniquement au ministère de l'Éducation, et 1,15 milliard pour des mesures annoncées dans le budget mais dont le financement n'est pas précisé.

Ces mesures sont le financement d'un fonds de développement régional de 300 millions, l'obligation faite aux sociétés d'État comme Hydro-Québec et Loto-Québec de faire des profits additionnels, et la vente d'actifs ou de placements appartenant à l'État et qui doivent rapporter 880 millions.

«S'ils veulent bretonner, nous aussi on va bretonner», a dit M. Landry en rendant publics ses calculs.

Pour sa part, le député péquiste de Blainville, Richard Legendre, a dénoncé la réduction de 108 millions du budget destiné au développement régional par le gouvernement Charest.

«C'est du jamais vu de la part d'un parti politique qui se disait le parti des régions», a dit le député Legendre.

Ce dernier s'est demandé où le gouvernement prendra les centaines de millions de dollars qu'il dit vouloir injecter dans le nouveau Fonds d'intervention économique régional (FIER).



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Séguin évoque la privatisation de Télé-Québec

Paul Cauchon, Stéphane Baillargeon
Le Devoir vendredi 2 avril 2004

Line Beauchamp préfère parler de réflexion dans le cadre de la modernisation de l'État

Le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, a causé toute une commotion hier à Télé-Québec en laissant entendre qu'il songeait à privatiser la chaîne éducative et culturelle.

Le ministre Séguin a fait cette déclaration en entrevue à la station de radio CHOI-FM de Québec, la célèbre station de l'animateur Jeff Fillion. La vente ou la privatisation de Télé-Québec sont-elles à exclure?, s'est-il fait demander. «Il y a des réflexions actuellement, a répondu le ministre Séguin. Est-ce que ça fait partie du rôle du gouvernement de détenir une station de télévision? Je ne suis pas certain que c'est le rôle de l'État.»

À sa sortie de la station de radio, le ministre aurait également déclaré que «les employés de Télé-Québec pourraient fort bien être réembauchés par d'autres réseaux ou stations privés».

La déclaration du ministre des Finances survient deux jours après son premier budget, en vertu duquel le budget de Télé-Québec a été amputé de près de 8 % pour l'année 2004-05.

À Télé-Québec, c'était l'émoi général hier. «[Cette déclaration de M. Séguin] nous surprend au plus haut point», a déclaré Claude Plante, porte-parole de la direction de la chaîne. «Franchement, on est sur le cul. Il est certain que cela échappe à tout ce que nous avons entendu de notre ministre de tutelle, Line Beauchamp, qui nous a redit encore récemment qu'il n'était question ni de privatisation, ni de fermeture, ni de vente.»

C'est ce que la principale intéressée a répété lors d'un entretien au Devoir hier. Pour la ministre Beauchamp, il n'est pas question de privatisation mais bien de modernisation de Télé-Québec.

«Je comprends que M. Séguin a confirmé que des réflexions étaient menées autour de Télé-Québec, mais comme il s'en mène dans le cadre de la modernisation de l'État, des sociétés d'État et bien sûr des sociétés d'État qui relèvent du ministère de la Culture et des Communications, a déclaré Line Beauchamp. Nous avons invité la direction de Télé-Québec à mener sa réflexion sur des processus de modernisation des modes de gestion. Seulement, l'État du Québec est détenteur d'une licence, et cette licence, nous allons la conserver, l'exploiter au maximum.»

Ne joue-t-on pas sur les mots? Ou s'arrête la modernisation, où commence la privatisation? «Le mot clé, c'est la réflexion, la réflexion autour des mode de gestion, a répondu la ministre Beauchamp. Nous confions 57 millions à Télé-Québec. Nous venons d'y faire un investissement de six millions pour moderniser ses équipements. Dans une perspective de gouvernement en ligne, le gouvernement a besoin d'une télévision qui joue un rôle éducatif et culturel essentiel. C'est dans ce grand contexte que se fait la réflexion.»

La démarche analytique se poursuit à l'interne, selon la ministre, qui n'a pas fixé de délai pour déposer le fruit de l'examen autocritique. «Mais chaque jour qui passe, c'est un jour de moins, a-t-elle ajouté. Il est clair qu'il faudrait avoir une vision complète d'ici quelques mois sur les modes de gestion de Télé-Québec. Mais je le redis: il est tout aussi clair que nous allons conserver cette antenne.»

Le sort de Télé-Québec semble donc faire l'objet d'une lutte de pouvoir au sein du conseil des ministres.

L'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) a d'ailleurs convoqué une conférence de presse ce matin afin de dénoncer la compression de cinq millions décrétée mardi pour le budget de la chaîne. Le président de l'association, Jean-Pierre Lefebvre, a qualifié hier cette compression de «sabotage pur et simple», et nul doute que les réalisateurs voudront établir une nouvelle ligne de défense pour contrer toute velléité de privatisation.

Par ailleurs, les rumeurs se multiplient autour d'éventuels acheteurs en cas de privatisation de la chaîne. Le nom d'Astral, une entreprise qui possède déjà plusieurs chaînes spécialisées, revient comme un leitmotiv. «Acheter une télévision éducative et culturelle qui travaille dans les écoles et les régions, ce serait difficile pour un réseau privé, a dit Claude Plante. De toute façon, je ne pense pas que le CRTC accepte de transformer le permis de notre télévision, accordé à l'État pour un travail éducatif et culturel.»

La présidente de Télé-Québec indiquait au Devoir cette semaine que sa chaîne est «probablement la société d'État qui travaille le plus avec le privé. Nous investissons 20 millions dans la production locale au Québec, et 80 % de notre programmation est faite par des producteurs privés».



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La télé malmenée

Josée Boileau
Le Devoir vendredi 2 avril 2004

ÉDITORIAL - À quel supplice le gouvernement libéral veut-il soumettre Télé-Québec? Bonifiant presque tous les budgets en culture, il choisit plutôt de sabrer cinq millions dans celui de la chaîne publique, un énorme morceau pour une boîte qui, au surplus, a toujours crié famine.

La décision gouvernementale a semé la consternation à Télé-Québec et a déjà des impacts sur son fonctionnement. De quoi amplement justifier la vive sortie publique, mercredi, de sa présidente, Paule Beaugrand-Champagne.

La leçon des chiffres était dure et faisait présager le pire; il ne manquait que quelques mots pour confirmer les inquiétudes. Ces mots sont venus hier de la bouche du ministre des Finances, Yves Séguin. Privatiser Télé-Québec? C'est un bien grand mot, a fait le ministre. Cependant, a-t-il poursuivi, est-ce bien le rôle de l'État de détenir une station de télévision?

La direction de Télé-Québec a vite rappliqué dans les bureaux de la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, exigeant des explications. Voilà donc celle-ci tenue de nuancer son collègue: non, ce n'est pas à la privatisation de Télé-Québec qu'on réfléchit, c'est à sa «modernisation»!

Il faut toutefois arrimer de telles subtilités au contexte actuel: certains producteurs seraient bien intéressés par une télévision dotée d'installations de qualité et faisant partie des chaînes de base, accessibles à tous les téléspectateurs. D'autres rumeurs relèguent Télé-Québec à un rôle de diffuseur qui ne produirait plus d'émissions à l'interne.

Si ce sont là les choix qui se posent, disons-le clairement plutôt que de laisser les intérêts privés imposer leur loi, favorisés par le désengagement financier du gouvernement. Et si les libéraux, qui n'ont jamais été entichés de Télé-Québec (des députés avaient formellement suggéré à Robert Bourassa de fermer la boîte en 1991), ont des plans pour la chaîne, qu'ils fassent publiquement le débat!

Il leur faudra toutefois revoir leurs propres promesses électorales, qui prévoyaient un rôle éducatif accru pour Télé-Québec et la mise en place d'un portail culturel d'envergure géré par celle-ci. Les coupes annoncées mardi sont un désaveu flagrant de ces engagements.

Il leur faudra aussi relire l'histoire de la radiodiffusion pour se rappeler pourquoi, dans les années 20, les gouvernements des pays occidentaux, Québec compris et à l'exception des États-Unis, avaient opté pour le développement de chaînes publiques. L'État avait la responsabilité de desservir tous les auditeurs en s'élevant au-dessus des stricts intérêts marchands, ce qu'on ne pouvait exiger du privé. La mission est toujours pertinente au moment où l'offre télévisuelle, esclave des cotes d'écoute, se ressemble d'une chaîne à l'autre.

Télé-Québec prétend offrir un produit différent. Elle aussi tentée par le vedettariat et les cotes d'écoute (mais on lui reproche tellement de ne pas en avoir!), ses choix de programmation n'ont pas toujours été cohérents avec son mandat: il y a là un mea-culpa à faire et une personnalité à retrouver. Mais cet exercice n'a rien à voir avec un maillage plus serré avec le privé.



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Le sens des promesses

Jean-Marc Salvet
Le Soleil vendredi 2 avril 2004

Le gouvernement Charest devrait avoir l'honnêteté d'admettre que le programme Soutien aux enfants et la prime au travail annoncés dans le budget Séguin ne peuvent d'aucune façon être assimilés à une baisse du fardeau fiscal - même s'il s'agit de mesures par ailleurs utiles. L'engagement des libéraux de réduire les impôts de 1 milliard $ pour tous les contribuables québécois en 2004-2005 a été clairement détourné. Cette acrobatie politique pose une fois de plus la question de la valeur à accorder aux promesses électorales.

Bien avant la dernière élection, la précarité des finances publiques a fait dire à plusieurs observateurs que les libéraux ne parviendraient pas à diminuer les impôts des particuliers de 1 milliard $ tout en injectant autant d'argent qu'ils l'affirmaient dans le système de santé.

Pour réduire la pression, Yves Séguin a fait savoir dès l'automne dernier qu'il réduirait le fardeau fiscal par un jeu de vases communicants, c'est-à-dire que l'allégement promis par son parti n'aurait pas pour effet de priver l'État de ce précieux milliard. Par la suite, le ministre des Finances a indiqué qu'il privilégierait les familles. Plus tard, qu'il commencerait à donner vie aux engagements pris par l'Assemblée nationale en matière de lutte contre la pauvreté.

Finalement, la baisse d'impôt à proprement parler ne dépassera pas les 220 millions $. Qui plus est, toutes ces initiatives ont été reportées à l'an prochain.

Même si Soutien aux enfants et la prime au travail prendront la forme de chèques bien réels, on ne peut en aucun cas prétendre qu'il s'agit d'un allégement fiscal, comme Yves Séguin le répète depuis mardi. Il y a des limites à étirer ainsi les définitions.

Le détournement sémantique des libéraux devrait être l'occasion d'une réflexion sur la valeur des engagements électoraux. Les programmes des partis politiques devraient probablement contenir un peu moins d'affirmations péremptoires comme "nous ferons" ou "nous réaliserons" et un peu plus d'expressions comme "nous tenterons" ou "nous nous emploierons à...". Cette précaution éviterait en tout cas aux formations politiques de s'enfermer dans des pièges et d'être quand même rattrapées par la réalité.

Un tel changement de méthode paraît cependant si considérable qu'il relève de la politique-fiction. Serions-nous d'ailleurs nombreux à accepter que les partis politiques se "contentent" de fixer des objectifs, c'est-à-dire qu'ils s'engagent à tout mettre en oeuvre pour réaliser tel ou tel engagement plutôt que de soutenir qu'ils les réaliseront coûte que coûte et à la date dite ? Probablement pas. Nous préférons encore nous bercer d'illusions le temps d'une campagne électorale - tout en sachant que bien des promesses ne seront pas tenues.

JMSalvet@lesoleil.com



»» Budget Séguin

Quatre facettes méconnues du budget Séguin

Francis Vailles
La Presse vendredi 2 avril 2004

Comme chaque année, plusieurs aspects du budget passent inaperçus, soit parce qu'ils sont moins populaires, soit parce qu'il s'agit d'astuces comptables que le gouvernement ne veut pas ébruiter. En voici quatre.

1- Déficit zéro? Non, déficit 600 millions

Tous les moyens sont bons pour atteindre le déficit zéro. Cette année, Québec a décidé de sortir de ses livres la perte de 200 millions de la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ). Pourtant, la loi autorisant ce retrait n'a pas encore été adoptée.

Au surplus, le gouvernement a décidé de présenter un budget à déficit zéro, mais " avant les pertes exceptionnelles de la SGF ". Avec la portion des pertes de la SGF présumée imputable à l'exercice, le déficit zéro devient déficit 364 millions.

Ce n'est pas tout. Québec a décidé d'attribuer seulement 334 des 511 millions de pertes de la SGF à l'exercice qui se termine le 31 mars 2004. Une somme de 177 millions a été pelletée sur l'exercice précédent, qui se terminait le 31 mars 2003. Au moins la moitié de ces pertes aurait dû figurer dans l'année en cours.

En incluant les 200 millions de la SAAQ et, disons, 400 millions de pertes de la SGF, on obtient un déficit de 600 millions. Vive les astuces comptables!

2- Encore une nouvelle formule d'indexation

Sans tambour ni trompette, le gouvernement du Québec a encore changé sa méthode pour indexer les tables d'impôt. À la fin de novembre, Québec avait discrètement décrété un taux d'indexation moins élevé que le taux prévu, épargnant ainsi 140 millions.

Dans le budget, Québec indique clairement que, désormais, l'indexation sera basée sur l'inflation mais en excluant le tabac et l'alcool. Cette année, le taux sans l'alcool et le tabac aurait été de 2,5 %, selon l'Institut de la statistique du Québec (ISQ). En novembre, le ministère avait décrété un taux de 2 %, taux qui excluait, semble-t-il, non seulement le tabac et l'alcool, mais également certains produits de luxe. À l'origine, l'indexation devait être calquée sur le taux global d'inflation, de 3,1 %.

Québec fait bande à part, puisque la Régie des rentes et le fédéral utilise toujours le taux global d'inflation. Depuis cinq ans, le taux sans l'alcool et le tabac est systématiquement moins élevé que le taux global. La différence moyenne est de 0,44 point de pourcentage. En extrapolant, cette différence pourrait faire épargner environ 60 millions par année au gouvernement.

Ironiquement, Québec vient d'augmenter ses taxes sur le tabac, pour lequel il s'attend à recevoir 100 millions de plus, et a demandé à la Société des alcools du Québec (SAQ) de lui " livrer " 38 millions de plus cette année. Cette dernière a d'ailleurs décrété une hausse de prix la veille du budget...

3- Les vendeurs seront scrutés à la loupe...

Les vendeurs n'ont qu'à bien se tenir. Plusieurs représentants et certains autres employés utilisent une voiture de leur entreprise pour se déplacer. Désormais, tous devront minutieusement tenir un registre de leurs déplacements quotidiens, sous peine d'une pénalité de 200 $.

C'est que le fisc exigera maintenant des entreprises qu'elles distinguent avec exactitude l'utilisation de l'automobile pour les fins du travail de l'utilisation pour les fins personnelles. La portion utilisée pour les fins personnelles est considérée comme un avantage, au même titre qu'un salaire, et est donc imposée entre les mains de l'employé.

La législation sera modifiée pour obliger un employé à remettre annuellement à son employeur une copie du registre des déplacements quotidiens. L'employé qui tarde à remettre son registre devra payer une pénalité de 200 $. La mesure sera en vigueur dès 2005.

4-...et le CN paiera plus d'impôt

Des crédits d'impôt, il y en avait à toutes les sauces. Même les entreprises de chemin de fer, comme le Canadien National (CN), avaient le leur. Le crédit servait à réduire les l'impôt foncier pour le terrain sur lequel sont installés les milliers de kilomètres de rail.

Québec a jugé que ce crédit n'était plus justifié, déficit zéro oblige. Ce faisant, il récupérera 12 millions par année. Les entreprises ferroviaires arguaient qu'elles n'avaient pas à payer d'impôt foncier, puisque l'industrie du camion, concurrente, ne paie pas de taxes pour les routes.



»» démocratie

Le suffrage universel contre la démocratie

Dave G. Pelletier, Québec
Le Devoir vendredi 2 avril 2004

En réponse au texte d'Henry Milner, «Défaillantes, nos connaissances politiques?», paru dans Le Devoir du vendredi 12 mars - C'est avec déception que j'ai constaté, le 12 mars dernier, à la lecture de la page Idées du Devoir, que les Presses de l'Université Laval ont laissé paraître un ouvrage aberrant à l'endroit des compétences civiques des Canadiens. La controverse: non pas la diminution de la participation aux dernières élections fédérales, plutôt les instruments et indicateurs utilisés par Henry Milner afin de faire la preuve que les compétences civiques des citoyens sont en chute libre.

Le citoyen d'aujourd'hui, croyons-nous, est à même d'être encore plus informé (sans dire «mieux informé») que celui d'autrefois, et c'est justement ce qui le mène à diversifier ses interventions et prises de position politiques. L'ouvrage de M. Milner, si on s'en tient au résumé qu'il en propose dans son article, n'est en fait qu'un condensé de l'idée largement répandue voulant que la démocratie ne tienne qu'à l'action de voter, de déposer son bulletin rempli aux quatre ans et de signer ainsi sa soumission aux éventuelles décisions du législateur. Or, si l'évaluation de la santé des compétences civiques ne tient qu'à cette simple expression sporadique et désintéressée qu'est le suffrage, nous sommes certes en droit de croire en la thèse avancée.

Toutefois, par respect envers le principe démocratique, nous ne pouvons ignorer, parallèlement à ce désintérêt croissant envers le scrutin, le développement de foyers de contestation ainsi que l'accroissement du nombre de mouvements et de démonstrations civiques. Le problème qui aurait dû intéresser M. Milner serait alors d'un tout autre ordre. Il aurait pu tabler sur l'incapacité du système partisan traditionnel à intégrer les nouveaux enjeux véhiculés par ces nombreux mouvements, ce qui aurait pu expliquer en bonne partie la faible participation électorale.

Il aura plutôt préféré retenir que les compétences civiques se mesurent par des indicateurs marquant la culture politique générale. Parmi ceux-ci se retrouvent le taux d'alphabétisation, le niveau de scolarité, les aptitudes de lecture et d'écriture, le taux d'abandon scolaire, le tirage des quotidiens, le nombre d'heures d'écoute de la télévision, la participation aux activités d'éducation des adultes ou encore la fréquentation des bibliothèques. Mais bien que ces instruments puissent donner une vague idée de l'accès d'un citoyen aux moyens d'informer son point de vue sur différents enjeux, ils sont pauvres en ce qui a trait à la véritable vitalité d'une démocratie, entendue ici en tant que démocratie participative.

De retour aux urnes ?

Les moyens retenus par l'auteur afin de corriger ce «bas niveau des compétences civiques au Québec» ne sont guère plus impressionnants que cette mesure du Directeur général des élections du Canada, annonçant qu'il écrirait à 1,1 million de jeunes Canadiens afin de les inciter à voter. Bien que la promotion de l'éducation civique puisse paraître séduisante, rien n'indique qu'elle aurait pour principale répercussion de ramener l'électorat aux urnes puisque, à ce niveau, de bons progrès ont été faits depuis les 30 dernières années tandis que la participation électorale, elle, diminuait. Parions même qu'une telle promotion gonflerait les rangs de ces nouveaux mouvements sociaux pendant que les principaux enjeux et que les valeurs fondamentales d'une bonne part des citoyens seraient toujours boudés des grands partis politiques.

En ce qui concerne l'exemple de la Suède, est-il besoin de rappeler que le suffrage y est considéré comme un devoir et qu'il ne faut donc pas se surprendre que la participation électorale y soit plus élevée puisqu'elle est renforcée par une amende pour qui ne s'acquitte pas de ce devoir ?

Bien qu'il en fasse partie intégrante, le droit de vote n'égale pas la démocratie. Même que «l'excessive valorisation du suffrage universel -- circonscrit à l'arène politique -- conforte une société toujours plus centralisée et plus programmée» (Philippe Braud, Le Suffrage universel contre la démocratie, Paris, PUF, 1980, page 244).

Pour démontrer ce point, nul besoin de dresser une liste exhaustive d'États totalitaires ou de régimes dictatoriaux ayant recours au droit de vote afin de légitimer l'autorité politique de leurs dirigeants sur leur propre territoire comme sur l'opinion internationale. L'idéal démocratique se trouve bien mieux défendu et porté par ces milliers de gens qui bravent les intempéries, qui organisent des forums ou encore qui participent à des associations populaires ou locales pour afficher publiquement leur prise de position à l'égard d'enjeux bien définis et informés. De plus, ces citoyens, dont la compétence civique nous semble beaucoup plus affirmée que celle des revendicateurs du simple suffrage, ont vu leur nombre croître au cours des trois dernières décennies.

Nous croyons donc que cette compétence civique serait davantage forgée par les luttes syndicales, par les protestations et manifestations contre la guerre, contre les mesures outrageuses d'un État libéral et par les différents mouvements sociaux, environnementaux et civiques que par l'éducation civique institutionnalisée et dispensée par l'État au moyen de programmes d'enseignement. Seule la reconnaissance de la pluralité et la libre expression de positions diversifiées autour des enjeux d'une société peuvent mener à l'amélioration des compétences civiques en ce qu'elles donnent accès à une information éclairée, nuancée et diversifiée.

La lecture que nous propose M. Milner ne fait donc que conforter ce préjugé selon lequel l'abstentionnisme est apolitique et malsain en démocratie. «Heureusement, l'agora n'est plus là où les organes planificateurs veulent bien qu'il soit. Il fuit, fermente et se transforme dans les interstices échappant aléatoirement aux ramifications technocratiques» (Luc Lévesque, «Fuites, espaces, contrôles», in Inter - Art actuel, 1999, numéro 72, éditions Interventions, page 1). Et fort heureusement, compte tenu de la pauvreté des principaux programmes politiques par rapport à la richesse des convictions et la portée des actions de milliers d'acteurs des milieux populaires oeuvrant dans l'ombre et avec d'humbles ressources.



»» Entente de principe avec les Innus

Québec tente de rassurer les Blancs inquiets

Mélyssa Gagnon
Le Quotidien/La Presse vendredi 2 avril 2004

Saguenay - Au lendemain de la signature de l'entente de principe visant l'adoption d'un traité entre gouvernements et nations innues, le ministre québécois délégué aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier, a cru bon de rédiger une lettre ouverte afin de rassurer la portion de la population qui s'inquiète toujours des répercussions que pourrait avoir l'Approche commune sur le peuple québécois.

" Je crois de mon devoir d'intervenir à nouveau pour dissiper certains mythes entretenus au sujet de l'entente et mettre en perspective certaines réalités qui, de mon point de vue, ont été négligées dans le débat ", écrit le ministre.

La missive, en date du 1er avril, réitère le caractère " général " de l'entente paraphée mercredi à Québec. " Il s'agit d'une entente de principe et non d'un traité. En d'autres termes, il s'agit d'une étape et non d'une fin ", poursuit M. Pelletier.

Zones grises

Dans sa lettre, le ministre souligne que plusieurs Québécois s'opposent toujours au fait que des " zones grises " subsistent à l'intérieur de l'entente.

Bien qu'il partage cet avis, M. Pelletier réaffirme que les imprécisions pourront être clarifiées au cours du processus de négociations.

" Le dossier autochtone se distingue de celui qui est propre au monde syndical, au sein duquel les ententes de principe en matière de relations de travail sont souvent identiques ou quasi identiques à l'entente finale ", note M. Pelletier. " Les négociateurs ont pris soin d'inscrire dans l'entente de principe une clause qui précise que la ratification de cette dernière ne crée aucune obligation légale pour les parties ", explique-t-il.

Le traité que les gouvernements québécois et canadien désirent ratifier d'ici deux ans reconnaîtra, entre autres, des droits ancestraux, le titre aborigène et le droit inhérent à l'autonomie gouvernementale à quatre peuples innus du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord.

" Ces droits n'auront d'effets que dans la mesure où leurs modalités d'exercice seront prévues dans le traité ", peut-on lire dans la lettre du ministre. Il précise également " qu'au lendemain de la signature éventuelle d'un traité, les droits de l'ensemble des Québécois, tels que définis dans nos chartes, ne seront d'aucune façon remis en cause ".

Afin d'éclaircir les clauses territoriales qui sont partie prenante de l'entente, M. Pelletier nuance les deux territoires concernés. Il explique que l'" Innu Assi ", qui

correspond approximativement au double des réserves actuelles et dont les peuples innus sont déjà propriétaires, représente les terres où les nations autochtones exerceront l'essentiel de leur autonomie gouvernementale ainsi qu'un pouvoir exécutif, législatif et judiciaire qui leur sera " propre mais limité ".

Selon le ministre, le " Nitassinan ", qui touche particulièrement le Saguenay-Lac-Saint-Jean, demeurera un territoire québécois. " Les compétences et les lois du Québec et du Canada continueront de s'appliquer. "

Finalement, le gouvernement continue d'insister sur l'importance de la participation des régions dans le processus de négociation et promet d'être transparent.



»» terrorisme

Un sujet devenu tabou
La spirale du silence face au terrorisme

Richard Godin
Professeur adjoint au programme d'information et communication à l'Université de Moncton
Le Devoir vendredi 2 avril 2004

IDÉES - La terreur aveugle est devenue l'acte de justification non seulement des terroristes mais aussi de ceux qui les pourchassent

Enjeu politique de l'heure à l'échelle planétaire, le terrorisme tend actuellement à devenir un sujet tabou. Toute tentative d'explication dans la sphère publique, et ce, en dépit des précautions prises pour le définir, relève du suicide car l'idéologique a pris le pas sur la raison. La spirale du silence est là, bien présente dans notre environnement. Cherchez à défendre une certaine position de la Palestine et vous voilà antisémite; inversement, vous voilà sioniste. Alors, faut-il se taire? Bien au contraire.

La chronique de Denise Bombardier intitulée «Le vrai triomphe de la terreur» et parue dans Le Devoir du 20 mars met en évidence cet état de fait: osez proposer un cas d'exception et le silence se fait autour de vous. Vous devenez alors un suspect potentiel, un ennemi de la démocratie. Ce qui expliquerait que cette dernière se soit sentie contrainte de justifier son point de vue par la suite.

Je refuse et condamne d'emblée la violence, peu importe la motivation de son auteur. Toutefois, il m'est impossible de rester impassible face à ce débat sur le terrorisme, terrorisme qui nous a pris de court par l'ampleur des événements d'un certain 11 septembre 2001. Dès lors, la donne a littéralement changé. Sous le choc, les critères permettant d'évaluer le terrorisme se sont invalidés par eux-mêmes, ne laissant subsister que le critère de terreur. Ce que je suis en train de dire, c'est que depuis, cette catégorie est devenue prétexte à autre chose, un mot fourre-tout qui n'explique rien, sinon ce qu'on n'arrive pas s'expliquer.

L'explosion d'une définition

Auparavant, pour fonder cette catégorie, juristes comme spécialistes en science politique utilisaient, sans toutefois s'entendre de façon définitive, une série de critères relativement spécifiques et simples: action dirigée vers une population plus ou moins violente, visant la terreur, annoncée ou non, revendiquée ou non, en réaction ou non à une politique, etc. Cela se faisait cas par cas. Aujourd'hui, les choses sont bien différentes (c'est ce que Denise Bombardier voulait dire, je crois, en distinguant al-Qaïda de la résistance palestinienne).

Atteignant un niveau sans précédent (le choc des médias aidant), cette terreur aveugle, qui nourrit mal la peur chez les individus, est devenue l'acte de justification non seulement des terroristes eux-mêmes mais aussi de ceux qui les pourchassent. Ainsi, dans le dossier de la guerre contre l'Irak, l'exercice de relations publiques mené l'an dernier par le gouvernement Bush (et aussi celui de Blair) fut en ce sens très éloquent: mensonge blanc nécessaire à la manipulation de l'opinion publique, et ce, afin de justifier la lutte contre le terrorisme international.

Tout se confond en une seule vérité qui prétexte les valeurs fondamentales de la démocratie. Or cette liberté d'opinion n'est-elle pas au fondement de ce mode de vie qui est le nôtre? Il ne faut pas se taire et cesser de mettre en question l'action sociale, même lorsqu'elle est terroriste. Autrement, comment comprendre le monde dans lequel nous vivons afin d'en tirer les leçons pour l'avenir?

Force est de constater qu'il est devenu difficile aujourd'hui de prononcer ce mot: terrorisme. Même avec nuances. La crainte de l'étiquette surgit aussitôt: défenseur du djihad, du Hamas, du Hezbollah, sympathisant d'al-Qaïda, etc. Alors, on ferme sa gueule. Sans aucun doute, ce dernier groupe a sapé tous les critères propres au terrorisme, voire ceux de la guerre. (Il faudrait analyser avec plus de circonspection les idées qu'il défend et s'en prémunir. Mais là encore, c'est avancer sur le terrain - miné! - de l'intolérance.) De plus, il a engendré la psychose, celle qui peut conduire aux pires excès.

La croisade à l'envers

Loin d'applaudir aux actes terroristes perpétrés dans le monde, j'en viens à avancer que le terrorisme, même dans sa forme la plus primaire, constitue avant tout un acte ultime de communication politique (dissuader, convaincre) destiné à modifier une situation (sociale, politique, économique, etc.). C'est le geste du désespoir.

Al-Qaïda, ce n'est pas du désespoir, c'est la rage au coeur d'une guerre extraterritoriale totale. C'est le retour du balancier d'une époque révolue, la croisade à l'envers, avec ses héros mythiques et sa clameur soufflée par un texte sacré reposant sur l'herméneutique qu'en font des despotes illuminés. Cette guerre totale à l'impie frappe tout ce qui n'est pas conforme au modèle, même à l'interne, modèle si bien décrit par Hannah Arendt.

Nier le terrorisme, ce serait admettre que tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais tout ranger sous le vocable «terrorisme» conduit à réduire cet acte de désespoir à un seul critère et à ne plus porter attention aux sources profondes du problème soulevé par l'acte. Dorénavant, il est aussitôt récupéré par les forces politiques en place, comme cela a été le cas en Espagne, au lendemain du 11 mars 2004, avec le gouvernement Aznar. Vision utilitariste qui va a contrario, cette récupération servira de plus en plus à justifier une ligne de conduite autoritaire, voire une propagande électorale. Il en résulte un discours peu subtil, aux allures (relents?) totalitaires, comme cela est le cas chez nos voisins du Sud. D'ailleurs, le gouvernement des États-Unis utilise le concept de «guerre préventive» pour justifier sa lutte contre le terrorisme.

Début d'un nihilisme certain: par peur d'ostracisme, ou bien on se tait, ou bien on se range dans ce camp qui réduit les critères théoriques à la plus simple expression du phénomène. [...] Tout comme Denise Bombardier, il faut se sentir libre de dire car la parole reste la meilleure arme pour lutter contre la terreur.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

SOIRÉE CONSTRUCTIVE AVEC LE CONSEIL DE LA SOUVERAINETÉ

Patrice Boileau patriceboileau@videotron.ca
Directeur des communications de l’exécutif péquiste de la circonscription de Chambly
Propos personnel.
TRIBUNE LIBRE 2 avril 2004

Le lundi 29 mars dernier se tenait, au Lion d’Or situé sur la rue Ontario à Montréal, une autre agréable rencontre organisée par les membres du Conseil de la souveraineté. Elle visait à tirer des conclusions du scandale des commandites. Les invités ont parlé d’une « guerre » dont faisait l’objet le Québec. À la surprise générale, l’intense pilonnage débuté en 1995 se fait sans la moindre représailles de la part des dirigeants politiques québécois. Madame Hélène Pedneault, membre du conseil, à l’image des conférenciers invités, se désolait de l’apathie des Québécois face à toutes ces malversations d’Ottawa : « nous aimons présenter la joue droite à l’adversaire et l’offrons même de profil ou de face afin de mieux l’accommoder », a-t-elle ironisée.

À la période réservée aux interventions des gens présents dans la salle, plusieurs ont souhaité des actions musclées afin de rendre le nationalisme québécois plus visible. Personnellement, une fois au micro, j’ai invité les membres à cesser de chercher la cause de la défaite de 1995 puisqu’elle n’a jamais eu lieu. C’est de victoire dont il faut parler puisqu’il y a eu fraude lors de l’événement. En raisonnant de la sorte; nous faisons le jeu d’Ottawa pour qui il importe que les Québécois croient que l’idée de la souveraineté a été rejetée une seconde fois. En plus du programme des commandites et de la caisse secrète engraissée à raison d’environ 40 millions de dollars par année depuis près de 10 ans, le gouvernement du Canada s’est livrée à des actions du même acabit en 1995 et a empêché tout un peuple à se doter d’un État national légitimement.

C’est pourquoi j’ai invité les membres du Conseil de la souveraineté à orienter leurs travaux afin de convaincre les autorités péquistes à ne pas tenir un troisième référendum. Reconduire une autre fois ce mécanisme d’accession à la souveraineté, malgré tous les gestes qu’a posés le gouvernement fédéral pour miner les efforts des indépendantistes, équivaut à présenter la fameuse joue droite dont parlait madame Pedneault. Pire; il s’agit plutôt des joues de nos enfants et petits-enfants que nous sacrifierons puisque les nôtres ont toutes été envoyées « au front ».

Le Parti québécois, ainsi que toutes autres formations politiques souverainistes, ne peuvent demeurer stoïques et ne pas s’ajuster, maintenant qu’il est clair que l’adversaire fédéraliste usera de toutes les bassesses afin de faire échec à un troisième plébiscite. Ces derniers savent qu’un autre revers enverra pour de bon le peuple québécois à la moulinette assimilatrice. J’en ai donc appelé, lundi soir dernier, aux membres du Conseil de la souveraineté, monsieur Gérald Larose en tête, à convaincre les principaux acteurs politiques à opter plutôt pour une élection souverainiste. Je leurs demande de m’aider dans ma démarche. Cet automne, après l’élection fédérale du printemps prochain où la victoire bloquiste aura fouetté les troupes indépendantistes, le Conseil régional de la Montérégie tiendra, à ma demande, un forum public sur les modes d’accession à la souveraineté. J’en profite d’ailleurs pour saluer une nouvelle fois l’esprit d’ouverture des membres des 17 Conseils exécutifs de la région qui ont accepté de tenir l’événement. L’exercice risque d’être déterminant pour la suite des choses, c’est-à-dire le Congrès national péquiste de 2005. Avec l’aide du Conseil de la souveraineté, il sera plus facile de convaincre que la tenue d’un troisième référendum mènera tout droit le camp du OUI dans la gueule du loup. Je vous invite aussi, indépendantistes des quatre coins du pays, à secouer l’instance de votre circonscription pour l’amener à appuyer l’élection souverainiste à 50% plus une voix.

La conjoncture politique ne s’est jamais aussi bien prêtée à cet exercice démocratique. Gagnée à 50% plus une voix, cette autre façon d’accéder à l’indépendance évitera l’impasse politique s’il ne devait pas y avoir de majorité absolue. L’élection suivante, déclenchée à un moment opportun comme en ce moment par exemple, reconduirait la même caractéristique souverainiste jusqu’à ce que les Québécois choisissent l’indépendance pour se libérer de l’hypothèque fiscale et politique d’Ottawa. C’est tout le Québec qui en sortira gagnant. À mes yeux, il ne fait aucun doute que si on leurs donnait l’occasion de se prononcer de cette manière dès 2007; des athlètes olympiques du Québec participeraient aux Jeux Olympiques d’hiver de 2010. Imaginez Don Cherry, suite à notre médaille d’or au hockey… …à Vancouver.



TRIBUNE LIBRE

Un manque de vision sociale

Olivier Legros (Gatineau)
olivierlegros26@hotmail.com
TRIBUNE LIBRE 2 avril 2004

Comme à tous les budgets fédéraux et provinciaux, un bon nombre de critiques se font entendre. Évidemment, il est impossible pour un gouvernement de satisfaire tous les intérêts qui se conjuguent dans une société. Cependant, lorsque nous mettons les choses en perspectives et lorsque nous allons au-delà des chiffres que l’on juge souvent insuffisants, il est possible de discerner dans un budget une certaine vision sociale.

Je voudrais porter à l’attention des citoyens et des citoyennes ce qui a été selon moi une erreur stratégique et un manque flagrant du sens de la priorité sociale dans le dernier budget du parti libéral du Québec. Le gouvernement libéral a décidé d’octroyer un crédit d’impôt aux émissions de télé-réalité alors qu’il sabre un montant de 64 millions de dollars du programme de prêts et bourses des étudiants.

En d’autres termes, le gouvernement Charest a visiblement décidé de privilégier cette petite mode d’exhibitionnisme télévisuel et de vedettariat instantané au détriment de l’accessibilité à l’éducation des Québécois et des Québécoises. En quoi les émissions de télé-réalité seraient plus prioritaires que l’accès à l’éducation collégiale et universitaire ? Par la popularité vertigineuse de ce genre de « fast-food » pour l’âme, les producteurs de ces émissions n’auraient-ils pas déjà prouvé qu’ils fussent amplement dans leurs moyens financiers ?

Bref, favoriser la télé-réalité et couper dans les programmes de prêts et bourses qui favorisent la connaissance et le marché du travail de demain, c’est carrément manquer de jugement et faire preuve d’un manque flagrant de vision sociétale constructive. Comme disait la célèbre chanson du groupe de musique les Cowboys fringants, « Si c’est ça le Québec moderne, bien moi je mets mon drapeau en berne ».



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COMMUNIQUÉS 2 avril 2004