
Pour sortir du carcan fédéral :
Un plan de match pour le Québec
Pauline Marois : Députée de Taillon
Le Devoir mardi 20 avril 2004
Tous les souverainistes et les progressistes doivent rallier le Bloc québécois pour que le Québec ait une voix forte au Parlement fédéral
Pour qui veut bien regarder la réalité en face, le Québec n'a plus rien à espérer du fédéralisme canadien. Le déséquilibre fiscal étrangle le Québec. Le dernier budget du gouvernement de Paul Martin renvoie aux douches tous ceux qui croyaient encore que le Canada pourrait prendre en considération les besoins des Québécoises et des Québécois.
Comme M. Chrétien avant lui, Paul Martin suit son idée: bâtir la nation canadienne en gardant sous tutelle la nation québécoise. Cette orientation exclut tout compromis permettant au Québec de respirer et de gérer ses responsabilités en éducation, en culture, en santé, en développement économique et social.
Inutile de s'en plaindre: il nous faut notre propre plan de match pour sortir du carcan fédéral. Comme diraient mes fils: un plan de match en quatre «quarts», comme au football. Premier quart: l'élection du Bloc québécois. Deuxième quart: un projet de société pour gouverner. Troisième quart: un mandat pour préparer la souveraineté. Quatrième quart: un référendum sur la souveraineté.
1er quart: l'élection du Bloc
J'invite tous les souverainistes et les progressistes à rallier le Bloc québécois pour que le Québec ait une voix forte au Parlement fédéral. Le scandale des commandites, débusqué par le Bloc québécois, prouve hors de tout doute que les libéraux ne défendent pas les intérêts du Québec. Mêmes les ministres libéraux élus au Québec affirment n'avoir rien vu, rien su, rien dit pour empêcher ce gaspillage des fonds publics qui visait explicitement à enfoncer le Canada dans la tête des Québécois. Tous les députés libéraux ont respecté la loi du silence. Cent millions ont disparu et aucun d'entre eux n'est responsable! Les citoyens doivent lancer un message clair lors de la prochaine élection et rejeter cette façon de faire de la politique.
Le Québec doit compter sur l'équipe du Bloc québécois de Gilles Duceppe pour surveiller l'utilisation des impôts québécois par le gouvernement canadien, pour défendre les citoyens du Québec dans tous les domaines de compétence fédérale et pour empêcher le parti de Paul Martin d'envahir les champs de compétence québécoise.
Comme nous ne sommes pas souverains et que nous n'avons pas notre place au sein des instances internationales, nous avons besoin d'un parti souverainiste à Ottawa pour exprimer les positions du Québec sur les questions cruciales qui bouleversent le monde et qui concernent chaque nation.
2e quart: un projet de société pour gouverner
C'est incontournable: il faut que le Parti québécois soit élu pour qu'un référendum sur la souveraineté ait lieu. Et j'en suis convaincue, notre formation politique sera élue en 2007 si elle gagne la confiance des Québécois et des Québécoises en tant que parti de gouvernement porteur d'un projet de société progressiste afin d'offrir une véritable solution de remplacement sociale, économique et démocratique au gouvernement Charest. Pour moi, cela signifie que le Parti québécois doit renouveler son programme social-démocrate.
Je suis aussi convaincue que le cadre fiscal actuel ne permet pas au Québec de répondre aux besoins d'une population qui doit faire face au vieillissement et, surtout, aux exigences de l'économie globale en ce qui a trait à l'éducation et au soutien à l'innovation. Un nouveau programme de gouvernement démontrera nécessairement que les Québécoises et les Québécois doivent maîtriser tous leurs impôts, faire toutes leurs lois et signer eux-mêmes tous leurs traités internationaux.
Cela implique de revaloriser le rôle de l'État. À quoi servirait, en effet, d'être souverain si c'est pour laisser la loi du marché et les forces de la mondialisation décider du genre de société dans laquelle nous voulons vivre. Le gouvernement québécois est un levier fondamental pour faire progresser notre culture, soutenir nos écoles, nos collèges, nos universités, nos services de santé, appuyer les parents, protéger notre environnement, développer notre territoire.
Il faut certainement améliorer l'efficacité de l'État que nous avons bâti pour assurer l'accessibilité aux services publics et pour développer notre pays. Mais préservons son rôle fondamental en tant qu'expression de la volonté démocratique et de la solidarité. Donnons-nous un programme qui exprime clairement nos engagements envers la population du Québec. Redonnons-lui confiance dans ses institutions démocratiques, dans son État.
3e quart: préparer la souveraineté
De tous les débats en cours sur la meilleure façon de convaincre le peuple québécois de choisir son indépendance, je retiens qu'il faut être plus clair quant aux actions qu'entreprendra un gouvernement du Parti québécois. L'élection doit lui donner le mandat de travailler de façon transparente à l'élaboration d'un projet de pays.
Dès les premiers jours, un gouvernement du Parti québécois fera deux gestes. Premièrement, la formation d'une assemblée constituante qui rédigera un projet de Constitution d'un Québec souverain. Cette assemblée sera composée d'un nombre égal d'hommes et de femmes représentant la société civile, appelés à définir les valeurs communes, les principes fondamentaux et les institutions politiques du Québec.
Je crois primordial d'assurer la participation de la société civile à la définition des valeurs fondatrices et de la vision de notre pays. La souveraineté n'appartient pas à un seul parti; elle appartient au peuple. Le Parti québécois doit être plus que jamais le fer de lance d'une vaste coalition pour convaincre une grande majorité de nos concitoyens de choisir le Québec comme pays.
Nous ne devons pas nous contenter d'un simple exercice comptable qui résume la souveraineté à une colonne de revenus et à une colonne de dépenses. Un pays, c'est beaucoup plus que ça! Un pays, c'est la volonté d'un peuple de se prendre en main et de se gouverner en toutes choses par le moyen d'institutions démocratiques, transparentes, responsables et efficaces.
Deuxième geste: la création d'un ministère de l'Accession à la souveraineté sous la responsabilité directe du premier ministre. Ce ministère mettra en place les mesures appropriées pour faciliter la transition et veillera à ce que chacun des ministères se dote d'un plan d'action qui répond à tous les besoins du Québec sans se restreindre au cadre fédéral actuel.
Tout en assumant ses responsabilités envers la population, le gouvernement du Parti québécois fera donc à chaque jour, de façon continue, les gestes de souveraineté nécessaires pour construire les assises de notre pays. Ainsi, nous affirmons clairement qu'un gouvernement du Parti québécois ne se limitera pas à gérer une province, mais préparera l'accession à la souveraineté.
4e quart: un référendum
Au terme de cette démarche, un gouvernement du Parti québécois sera vraiment prêt pour le quatrième quart: la tenue d'une consultation populaire et démocratique sur la souveraineté. Il présentera alors au peuple québécois un projet de pays incarné dans une constitution qui exprimera les valeurs d'un Québec souverain et ses engagements fondamentaux. Il sera équipé d'un plan gouvernemental expliquant la transition vers la souveraineté. Il aura rebâti une coalition des forces souverainistes encore plus large que celle de 1995. Le gouvernement du Québec sera alors appuyé par des hommes et des femmes de toutes origines et de toutes conditions qui veulent créer un nouveau pays en Amérique du Nord.
La souveraineté n'arrivera pas toute seule, comme un fruit bien mûr tombant de l'arbre. La souveraineté se réalisera par la force de la volonté, en agissant dès aujourd'hui et en toutes choses comme un peuple souverain. Chaque jour, partenaires de la souveraineté du Québec, militants des partis souverainistes, députés du Parti québécois et du Bloc québécois, nous devons faire les gestes de souveraineté qui nous rapprochent de notre pays. Et le premier de ces gestes est de faire élire massivement le Bloc québécois. J'y travaillerai avec tous ceux et toutes celles qui veulent agir maintenant pour la souveraineté.

Québec souverain:
Marois veut du temps
Robert Dutrisac
Le Devoir mardi 20 avril 2004
Pas question de précipiter la tenue d'un référendum
Québec - En cas de victoire du Parti québécois aux prochaines élections, Pauline Marois rejette l'idée de tenir rapidement un référendum sur la souveraineté et préconise plutôt une démarche ordonnée qui repousserait la consultation populaire à la deuxième moitié du premier mandat.
Dans une lettre ouverte envoyée à certains quotidiens, la députée de Taillon, Pauline Marois, propose que, dès les premiers jours du prochain mandat du PQ, le gouvernement péquiste crée une assemblée constituante qui rédigera un projet de Constitution d'un Québec souverain. Dès la formation du nouveau gouvernement, le premier ministre ou la première ministre prendrait la tête d'un ministère de l'Accession à la souveraineté.
Cette assemblée constituante sera composée de représentants de la société civile uniquement, hommes et femmes dans une égale proportion. «C'est vraiment de permettre au peuple - We, the people, Nous, le peuple - de pouvoir s'exprimer», a livré Mme Marois au Devoir. Elle estime que les travaux de cette assemblée, à l'instar de la Commission Bélanger-Campeau et des commissions parlementaires qui ont suivi, pourraient s'étendre sur une période de un an et demi à deux ans. «Il faut se donner du temps. Je regarde le gouvernement qui bouscule les gens avec ses forums, c'est ridicule. Ce n'est pas comme ça qu'on amène les gens à un niveau de participation à la hauteur des attentes», estime-t-elle. Le référendum sur la souveraineté pourrait donc se tenir après la rédaction de la Constitution, qui doit être approuvée par les élus, a précisé Mme Marois, et après les travaux du ministère de l'Accession à la souveraineté.
Mme Marois a aussi donné l'exemple de la Commission itinérante sur l'avenir du Québec, suivie d'une commission nationale, un exercice de quelques mois tenu au début de 1995. «C'était un peu court» bien que «riche en enseignements», juge Mme Marois qui croit qu'«on devrait beaucoup associer la population québécoise à la définition de son avenir dans un État souverain».
Dans son texte, Mme Marois propose un plan de match visant l'accession à la souveraineté du Québec en quatre quarts comme au football, un sport que pratiquent ses fils. Rappelons qu'en 1994, Jacques Parizeau avait entrepris une démarche en trois périodes comme au hockey, avait-il précisé.
Selon Mme Marois, il faut, dans un premier temps, que l'électorat appuie fortement le Bloc québécois aux prochaines élections fédérales. Dans son texte, la députée insiste sur le rôle d'opposition du Bloc à Ottawa face au parti de Paul Martin compromis dans le scandale des commandites et menaçant d'envahir des champs de compétence. Au Devoir cependant, Mme Marois a souligné que les gens sont «sinon désabusés», du moins «un peu indifférents» à l'endroit du Bloc: au-delà d'un simple vote en faveur d'un parti d'opposition, l'appui au Bloc doit s'inscrire dans un plan de match d'accession à la souveraineté, a-t-elle fait remarquer.
Dans le deuxième quart du plan de match de Mme Marois, le PQ doit remporter les prochaines élections, possiblement en 2007, en se présentant comme «un parti de gouvernement» qui offrirait «une véritable alternative sociale, économique et démocratique au gouvernement Charest». Mme Marois est convaincue qu'un gouvernement péquiste doit à la fois gouverner et préparer l'accession à la souveraineté.
De son côté, François Legault, qui planche à l'heure actuelle sur un budget de l'an I du Québec souverain, estime que le PQ doit présenter à l'électorat «un programme de pays» beaucoup plus attrayant qu'un programme de «gouvernement provincial». Le député de Rousseau est également favorable à la tenue d'un référendum sur la souveraineté dans les mois qui suivent le retour au pouvoir du PQ.
«Nous ne devons pas nous contenter d'un simple exercice comptable qui résume la souveraineté à une colonne de revenus et à une colonne de dépenses», estime Mme Marois. Préalable à toute consultation populaire sur la souveraineté, le PQ doit être «le fer de lance d'une vaste coalition», a réitéré la députée. «La souveraineté n'appartient pas à un seul parti; elle appartient au peuple.»
Le troisième quart du plan de match, c'est le mandat de préparer la souveraineté avec la création d'une assemblée constituante et d'un ministère de l'Accession à la souveraineté. Pour convaincre les Québécois de choisir leur indépendance, «il faut être plus clair quant aux actions qu'entreprendra un gouvernement du Parti québécois. L'élection du Parti québécois doit lui donner le mandat de travailler de façon transparente à l'élaboration d'un projet de pays», écrit Mme Marois.
Soulignons que Mme Marois ne reprend pas dans son texte sa proposition de référendums sectoriels. «Ils avaient été perçus comme étant un succédané à un référendum sur la souveraineté», a-t-elle convenu. C'est un outil dont le Québec ne doit pas se priver, «mais ce n'est pas la souveraineté par petites pièces», a-t-elle insisté.
Le quatrième quart, c'est le référendum sur la souveraineté alors que le gouvernement présentera son projet de pays incarné dans une Constitution et plan gouvernemental de transition vers la souveraineté mis au point par le ministère de l'Accession à la souveraineté. Le gouvernement du PQ «aura rebâti une coalition des forces souverainistes encore plus large que celle de 1995», évoque Mme Marois.
Certains péquistes sont convaincus que Bernard Landry, qui a promis de préciser ses ambitions cet automne, annoncera sa décision de demeurer chef du PQ pour les prochaines élections et son intention de faire face au vote de confiance du Congrès en mai 2005. «C'est sa décision. C'est à lui de la prendre au moment où il le jugera opportun», a dit Mme Marois. Elle va respecter le choix de M. Landry. «Il me semble que c'est cohérent avec tout ce que je suis et ce que j'ai été jusqu'à maintenant», a dit Mme Marois en bonne soldate.

La tête froide
Michel David
Le Devoir mardi 20 avril 2004
Jacques Parizeau avait emprunté au hockey son plan de match pour faire la souveraineté, qu'il avait divisé en trois périodes. Pauline Marois préfère s'inspirer du football et parle de quatre quarts.
J'entends déjà fuser les accusations d'étapisme du coté des «purs et durs». D'autant plus que François Legault semble privilégier une stratégie découpée en deux mi-temps s'apparentant davantage au rugby:
1) on l'élit chef du PQ et 2) on fonce dans le tas.
Le texte que Mme Marois publie aujourd'hui dans Le Devoir, en guise de contribution à la «saison des idées», relève pourtant du simple bon sens politique. La maladresse du gouvernement Charest pourrait peut-être offrir au camp souverainiste une occasion inespérée de jouer un match revanche d'ici cinq ans, pour peu qu'il sache garder la tête froide et éviter de mettre la charrue devant les boeufs.
Cela suppose évidemment que, sans jamais perdre de vue l'objectif final, le PQ puisse aussi parler d'autre chose que de la souveraineté, de manière à répondre aux préoccupations plus immédiates de la population. La vie quotidienne ne peut être mise entre parenthèses en attendant le grand soir. Confondre précipitation et détermination serait une grave erreur.
Pour Mme Marois, il est clair que la prochaine campagne fédérale, qui constitue le premier quart du match à venir, doit être centrée d'abord et avant tout sur le scandale des commandites. De toute manière, on peut compter sur les Jean Lapierre, Denis Coderre et peut-être même Stéphane Dion pour tenter de faire diversion, en donnant une tournure référendaire à l'élection.
Il ne s'agit aucunement pour le Bloc québécois de cacher la souveraineté. Si on craint que les «purs et durs» boudent les urnes parce que Gilles Duceppe oublie, une journée, de faire sa profession de foi, on pourra toujours leur envoyer Jacques Parizeau. De toute façon, personne n'arrivera à le faire taire.
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C'est surtout sur la stratégie à adopter au cours du deuxième quart, c'est-à-dire d'ici à la prochaine élection québécoise, que le débat s'annonce plus vif. Mme Marois voudrait qu'il se présente «en tant que parti de gouvernement porteur d'un projet de société progressiste afin d'offrir une véritable solution de remplacement sociale, économique et démocratique au gouvernement Charest».
Autrement dit, il s'agirait moins de faire la promotion de la souveraineté, sinon de façon indirecte, que d'instruire le procès de la «réingénierie» et des politiques néo-libérales du gouvernement Charest.
Soit, le programme du PQ «démontrera nécessairement que les Québécoises et les Québécois doivent maîtriser tous leurs impôts, faire toutes leurs lois et signer eux-mêmes tous leurs traités internationaux», mais ce sera en quelque sorte une preuve par l'absurde, qui illustrerait les limites d'un État provincial.
Alors que François Legault voudrait que le PQ présente à la population un «programme de pays», Mme Marois prend acte du fait que le Québec demeurera une province, tant que la population n'en aura pas décidé autrement, et qu'il faudra bien gouverner dans les limites imposée par la Constitution.
Contrairement à M. Legault, qui a déjà entrepris la rédaction d'un budget de l'an I, en collaboration avec M. Parizeau, Mme Marois reporte la définition concrète du projet de pays après l'élection d'un gouvernement péquiste. Dans son esprit, c'est seulement l'élection qui lui donnerait le mandat d'y «travailler de façon transparente».
En attendant, elle estime que le Parti québécois doit renouveler son programme social-démocrate, tout en se gardant bien de préciser dans quelle direction devrait aller ce renouvellement. Le pragmatisme dont tout son texte est empreint suggère toutefois un recentrage plutôt qu'une radicalisation du discours péquiste.
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L'idée de former une assemblée constituante, qui rédigerait un projet de constitution d'un Québec souverain, n'est pas nouvelle. En la reprenant à son compte, Mme Marois semble vouloir l'opposer au budget de l'an I de M. Legault, en disant que la souveraineté ne se résume pas à aligner des colonnes de chiffres, mais Constitution et budget n'ont rien de mutuellement exclusif.
Quant au ministère de l'Accession à la souveraineté, il ne rappelle que trop bien le ministère de la Restructuration, que M. Parizeau avait eu, contre l'avis de tous, la malencontreuse idée de confier à Richard le Hir. La formule ne doit pas être exclue pour autant. Elle paraît même incontournable. Il suffit de trouver quelqu'un de fiable.
Le problème avec le scénario de Mme Marois est que le quatrième quart, c'est-à-dire le référendum, se trouverait reporté au plus tôt à la mi-mandat d'un éventuel gouvernement péquiste. Autant il était maladroit de s'enfermer dans un échéancier inutilement contraignant, comme l'a fait M. Parizeau en 1995, autant il serait dommage de s'interdire d'avance d'utiliser l'élection comme tremplin, si les circonstances s'y prêtent.
Dans l'état d'esprit qui règne présentement au PQ, il faut cependant reconnaître à Mme Marois un certain courage pour refuser de hurler avec les loups. Dans la perspective de la course au leadership, il serait facile de sacrifier à l'impatience des militants.
Soit, elle a renoncé à ses référendums sectoriels, et son texte ne fait aucune allusion à une quelconque association, économique ou politique, avec le reste du Canada. Il n'en demeure pas que sa modération - certains diront sa timidité - contraste avec l'intrépidité de son collègue Legault.
Peut-être en est-elle simplement arrivée à la conclusion qu'il n'y aura pas de course au leadership. En entrevue au Devoir, hier, Mme Marois a réitéré qu'elle n'avait aucunement l'intention de bousculer la réflexion de Bernard Landry. La question, dans l'hypothèse probable où il déciderait de rester, est plutôt de savoir si elle demandera à ses partisans de lui renouveler leur confiance au prochain congrès.
mdavid@ledevoir.com

La résistance s'organise autour de Télé-Québec
Paul Cauchon
Le Devoir mardi 20 avril 2004
La résistance commence à s'organiser autour de Télé-Québec, alors qu'un citoyen a lancé, il y a quelques jours, une pétition sur Internet pour sauver la chaîne, pétition qui hier avait déjà recueilli 12 000 noms.
Par ailleurs, un groupe d'employés de Télé-Québec prépare le lancement dans quelques semaines d'une «pétition de prestige», dans laquelle différentes personnalités publiques exprimeraient leur soutien au mandat actuel de Télé-Québec.
Ces différentes actions font évidemment suite aux annonces du mois de mars, alors que, dans le budget provincial, Télé-Québec a vu son propre budget annuel amputé de cinq millions. Quelques jours après le dépôt du budget, le ministre des Finances Yves Séguin évoquait une possible privatisation de Télé-Québec, alors que la ministre Monique Jérôme-Forget mentionnait la possibilité que Télé-Québec serve les intérêts du «gouvernement en ligne».
L'inquiétude est donc très vive chez les employés de Télé-Québec, surtout qu'on croit savoir que la chaîne sera parmi les principaux projets-pilotes de la fameuse réingénierie du gouvernement Charest. C'est la semaine prochaine que le premier ministre doit annoncer ce grand programme de réforme de l'État québécois.
La pétition publique, qui se trouve actuellement sur un portail Internet spécialisé, est une initiative privée, celle d'un jeune homme, Jean-Philippe Berthold. Par ailleurs, un groupe d'employés autour du Syndicat général des employés de Télé-Québec a créé, il y a quelques jours, un site Internet, Sauvons Télé-Québec, qui comprend un forum de discussion sur l'avenir de la chaîne.
Compte tenu de la situation actuelle, on ne sera pas surpris d'apprendre que Télé-Québec ne présentera aucune nouvelle émission ce printemps ou cet été, conservant ce qui lui reste de budget et d'énergie pour la saison d'automne 2004.
La direction de la chaîne cherche absolument à récupérer la compression qui lui a été imposée. Car le manque à gagner actuel dans le budget de Télé-Québec peut avoir de lourdes conséquences: la chaîne dispose maintenant, comme tous les autres télédiffuseurs publics et privés, d'un budget qui lui est réservé dans le Fonds canadien de télévision. Mais pour utiliser ce budget, un télédiffuseur doit aussi financer lui-même les émissions qui sont aidées par le Fonds. Si Télé-Québec n'a pas assez d'argent dans son budget annuel pour financer ses projets, et donc pour utiliser l'argent mis à sa disposition au Fonds canadien de télévision, elle perdrait les sommes du fonds l'année prochaine.

Lettre au premier ministre Jean Charest :
Are you saying go west my friends?
Jiad Awad; Julie Lebrun; Patricia McCollough; Paloma Raggo
Le Devoir mardi 20 avril 2004
Les compressions dans les programmes d'intégration linguistique sont perçues par certains comme un rejet de Québec
Le dernier budget Séguin a effectué des compressions dans les programmes d'intégration linguistique, soit 6,4 millions de moins par rapport à la dernière année financière. Avant les coupes, la majorité des nouveaux immigrants avaient droit à une allocation de formation pour des cours de français à temps plein de 25-30 heures par semaine. Ces mesures leur permettaient de subvenir à leurs besoins minimaux et d'atteindre un niveau de français correspondant à leurs compétences professionnelles sur le marché du travail.
L'accession aux professions régies par des ordres professionnels nécessite la maîtrise du français, et le ministère y souscrivait par ce programme d'intégration linguistique. Programme qui avait pour objectif de maximiser une intégration sociale et économique dans un contexte harmonieux, à la société québécoise, et ce, dans un délai raisonnable.
À la suite des compressions, les immigrants en formation perdront, dès le 3 mai, leurs allocations pour apprendre le français. Certains diront que c'est un luxe unique au Québec que d'aider financièrement l'apprentissage du français. Nous répondons qu'au contraire, c'est une nécessité plus que culturelle mais démographique: 300 millions d'anglophones pour six millions de francophones, faut-il vraiment le rappeler?
Nous sommes intervenants en intégration et notre mission est de faire comprendre aux nouveaux arrivants que leur projet de vie concorde avec le projet de leur société d'accueil. Nous prenons la parole parce que nous savons que les nouveaux immigrants ne se donnent pas le droit de revendiquer puisqu'ils ne sont pas citoyens canadiens. Ils ne voient pas des compressions budgétaires à travers ces mesures, mais bien le rejet d'une société qui les a sélectionnés, sachant a priori qu'ils ne parlaient pas français mais qu'ils démontraient la volonté de le faire.
Plusieurs se sentent rejetés par de telles mesures et acculés à l'anglais: l'autre solution. Nous avons honte de ce non-projet de société. Pour faciliter une prise de conscience du désastre, nous vous présentons les scénarios de 260 immigrants que nous côtoyons tous les jours. Reste à voir quel est le projet de société à travers ces scénarios.
Cas type
Voici le cas type d'une jeune famille immigrante allophone avec un enfant d'âge primaire arrivée depuis sept mois, avec trois mois d'économies de subsistance (condition d'entrée au pays). L'enfant doit naturellement, comme le prescrit la loi, entamer sa scolarité par une classe d'accueil, puis il sera en mesure d'intégrer une classe normale.
Le père est ingénieur et la mère enseignante. Ils parlent l'anglais, mais ne maîtrisent pas le français nécessaire aux emplois à la hauteur de leurs compétences. Ils sont tous deux incités à s'inscrire au programme d'intégration linguistique à temps plein pour accéder au marché de l'emploi le plus rapidement possible.
Ils commencent leurs cours après quelques mois d'attente et, reçoivent une allocation presque équivalente à l'aide sociale pendant les 10 mois de formation accordés. Ils s'engagent par écrit à faire de cet apprentissage leur priorité. Comme leur fils en classe d'accueil, ils ont devoirs, examens et travaux.
Jeudi 1er avril, ils amènent leur fils à la classe d'accueil et arrivent en classe à 9 h. Le sujet d'étude aujourd'hui: les temps de verbes. La professeure semble nerveuse. Elle a une annonce à faire: «À la suite des compressions du dernier budget provincial, vous verrez [futur simple?] vos allocations disparaître [infinitif définitif], et ce, dès le 3 mai.» La subtilité des temps de verbes semble étrangement claire aujourd'hui.
Le futur simple pour monsieur ingénieur et madame enseignante devient très imparfait. Dépendants de cette allocation, ils ont quatre choix: les cours de français à temps partiel, le retour à l'école, le recours à l'aide sociale ou l'exode.
Quels choix? - First scenario: Monsieur se trouve un emploi au salaire minimum où l'anglais sera sa principale langue de travail. Madame fera la même chose. Ils s'inscrivent sur la liste d'attente des cours de français à temps partiel. Ils peuvent espérer maîtriser un français qui leur permettra d'accéder aux emplois de leur niveau de qualification dans un avenir de cinq ans. Avec de la persévérance, des conditions optimales, ils vivront peut-être un jour en français comme le faisaient miroiter les bureaux d'Immigration Québec dans leur pays d'origine. - Second scenario: Monsieur décide d'aller faire une attestation d'études collégiales à Dawson, car, évidemment, l'enseignement y est donné en anglais. Madame, consciente que les prêts et bourses ne peuvent subvenir aux besoins de la famille, se trouve un emploi au salaire minimum où elle parlera anglais. Elle ne songe pas aux cours à temps partiel, car elle doit s'occuper de la maison, du fils et du mari. En plus de la déqualification professionnelle des parents, l'aide aux devoirs pour le petit deviendra nécessaire, et celui-ci devra se débrouiller seul en français puisque ses parents doivent parler en anglais pour survivre. - Third scenario: Voulant absolument poursuivre leur intégration linguistique à temps plein, afin de maximiser leur temps d'accession à un emploi qualifié, monsieur et madame prennent rendez-vous à Emploi Québec. Une fois sur place, ils font une demande d'aide sociale. Ils obtiendront celle-ci à la suite d'une vérification qu'ils ont bien épuisé toutes leurs économies.
Monsieur et madame doivent faire une croix sur la venue permanente ou temporaire d'un parent, car il n'y a pas de parrainage possible par un prestataire de l'aide sociale. Le sentiment d'humiliation est difficile à accepter pour monsieur ingénieur et madame enseignante, car ils n'ont jamais eu recours à l'aide sociale même dans leur pays d'origine et ont le sentiment de participer à cette stigmatisation sociale des immigrants, et ce, malgré eux. Subsiste toujours l'espoir qu'après l'intégration linguistique, la situation s'améliorera. - Fourth scenario: Monsieur ingénieur et madame enseignante réalisent qu'ils n'auront jamais les moyens de vivre en français. Monsieur appelle son cousin à Toronto. La vie là-bas est peut-être plus simple puisque tout est en anglais. Rentrer au pays? Ils ne savent pas. Après toutes les démarches et les dépenses assumées, cela n'est jamais la meilleure solution. Ils songent à tenter une dernière fois leur chance, peut-être un peu plus à l'ouest cette fois-ci.
L'abandon de Québec
Cette annonce des compressions nous a profondément bouleversés. Nous sommes tous filles et fils d'immigrants. Que ce soit de première ou de 13e génération, le choix a été commun: celui de vivre en français. Tous ces gens avaient pris l'engagement auprès de leur société d'accueil de faire des efforts pour apprendre cette langue qui définit le caractère unique du Québec. Ce n'est pourtant pas eux qui ont abandonné, c'est Québec.
Tous les jours, nous vivons l'intégration, nous savons qu'elle est possible et bénéfique pour tous. Nous pesons nos mots: cette mesure est lâche. Elle fait s'effondrer un phare de l'identité québécoise, soit l'intégration par l'apprentissage du français. Nous ne prétendons pas à une définition de l'identité québécoise. Nous nous permettons de souligner que cette identité est façonnée par l'apport multiculturel de l'immigration.
Nous ne croyons pas que la solution réside nécessairement dans une politique d'immigration favorisant uniquement les pays francophones. Une langue peut être apprise par tous si les conditions sont présentes pour soutenir un tel apprentissage. Une société se construit par agrégation et nous appréhendons de telles mesures qui font se profiler à l'horizon l'ombre de la tour de Babel. [...]
Jiad Awad : Intervenants à l'intégration

Scandale des commandites
Le ministère des Finances, sous Paul Martin, aurait favorisé une firme de consultants en 1995
Isabelle Rodrigue
La Presse mardi 20 avril 2004
PC Ottawa - Le ministère fédéral des Finances, alors sous la responsabilité de Paul Martin, aurait favorisé en 1995 la compagnie de consultants Earnscliffe pour qu'elle obtienne des contrats en contournant les règles normales d'attribution de contrats, révèlent des documents obtenus par le réseau TVA.
Dans une note de service diffusée le 24 juillet 1995, le cabinet du ministre des Travaux publics de l'époque, David Dingwall, demande au gestionnaire des services de publicité et des sondages d'opinion publique, Charles Guité, des explications sur une série de contrats accordés en majorité à Earnscliffe, depuis septembre 1993, ainsi qu'à une autre firme, Anderson.
Les deux entreprises, très proches de Paul Martin, auraient donc obtenu des contrats d'une valeur de 525 900 $.
" Aucun de ces contrats d'approvisionnement n'est passé par le ministère des Travaux publics, contrairement aux lignes directrices approuvées par le Conseil des ministres. C'est tout simplement inacceptable ", peut-on lire dans le document signé par le chef de cabinet de M. Dingwall, Warren Kinsella, qui exige des explications sur la situation.
Quatre jours plus tard, M. Guité répondait à M. Kinsella dans une longue missive de quatre pages. On y apprend, entre autres, que le ministère des Finances aurait, pour un contrat d'une valeur de 219 000 $, rédigé une description du travail de façon à favoriser un fournisseur unique, en l'occurrence Earnscliffe.
En d'autres occasions, plutôt que de faire affaire avec le secteur de la recherche de l'opinion publique du ministère des Travaux publics comme le voulaient les règles en place, le ministère des Finances serait passé par une autre division de Travaux publics pour parvenir à ses fins.
M. Guité, celui-là même qui se retrouve au centre du scandale des commandites et qui doit comparaître devant le comité jeudi, conclut que toute l'industrie est loin d'être contente de la situation, ce qui " pourrait s'avérer plutôt embarrassant pour le gouvernement ".
Le clan de Paul Martin et Earnscliffe entretiennent des liens étroits depuis des années. Durant la course au leadership, plusieurs employés de la boîte de consultants travaillaient pour le compte de M. Martin.
Maintenant premier ministre, M. Martin a eu recours à quelques anciens de chez Earnscliffe dans son entourage. C'est le cas de Scott Reid, qui occupe le poste de conseiller principal du premier ministre. S'ajoutent David Herle, qui copréside le comité organisateur de la campagne électorale et Michael Robinson, qui a été chargé de la transition avec l'administration Chrétien.

Perdu dans la traduction
Vincent Marissal
La Presse mardi 20 avril 2004
Ottawa - On en a entendu de bien bonnes depuis trois mois dans le scandale des commandites, mais Claude Boulay, ex-patron de Groupe Everest, a ajouté hier devant le comité des comptes publics une citation de son cru qui mérite de figurer dans le palmarès des énormités de 2004.
" Nous étions la police d'assurance du gouvernement ", a-t-il répondu deux fois plutôt qu'une quand des députés lui ont demandé comment il explique que son entreprise ait empoché 116 000 $ en commission tout simplement pour faire transiter un chèque de Travaux publics aux producteurs d'une minisérie sur Maurice Richard.
" Ce qu'il faut comprendre, a insisté M. Boulay avec pédagogie, c'est que le rôle des agences étaient de gérer les contrats et de s'assurer que le travail pour lequel le gouvernement payait était fait et respectait le contrat. " Cela voulait aussi dire, selon la logique du fondateur d'Everest, servir d'intermédiaire entre le gouvernement et les événements commandites. C'est ce que Claude Boulay appelle " la police d'assurance du gouvernement ". Avec une police d'assurance comme ça, plus besoin de cambrioleurs.
Calme, sûr de lui, M. Boulay a expliqué tout ça le sourire aux lèvres, sans jamais s'énerver malgré l'insistance des députés.
Les gens qui connaissent bien Claude Boulay disent de lui que c'est un fonceur, un homme charmant et un vendeur hors pair mû par une confiance en soi inébranlable. Il fallait en effet un front de boeuf pour déclarer sous serment avoir joué le rôle du gardien des fonds publics en veillant à remettre les chèques des commandites fédérales entre les bonnes mains. Du front, M. Boulay en a tout le tour de la tête et il a tout fait hier pour faire comprendre aux députés du comité des comptes publics que leur inquisition ne l'impressionnait absolument pas.
Quand le président du comité, le conservateur John Williams, est venu se présenter et lui souhaiter la bienvenue avant le début des audiences, M. Boulay a répondu: " Merci, mais je préférerais évidemment être ailleurs. " C'est vrai qu'il doit être désagréable de quitter les verts des magnifiques terrains de golf de la Caroline du Sud pour la grisaille d'Ottawa. Surtout si c'est pour se faire asticoter par des députés picosseux mal préparés et impertinents qui n'écoutent même pas les réponses.
La séance a commencé avec plusieurs minutes de retard et dans un certain brouhaha parce que M. Boulay se plaignait de ne pas bien entendre la voix des traducteurs dans son écouteur. Une fois les ennuis techniques réglés, l'ancien patron d'Everest ( il a vendu l'entreprise en 2003 ), a patiemment attendu la fin de la traduction de chacune des questions avant de répondre ( ou de patiner pour ne pas répondre ). M. Boulay comprend parfaitement l'anglais ( après tout, il était à la tête d'une des plus importantes agences de publicité au Québec et il vit en permanence aux États-Unis ), mais les délais de traduction ont ça de bien qu'ils permettent de prendre deux fois moins de questions.
Et quand il finissait par répondre, M. Boulay jouait sur les mots, tournait en rond ou se lançait dans d'interminables explications techniques qui visaient plus à gagner du temps qu'à éclairer les députés. Ou alors, il ne se souvenait plus, comme quand on lui a demandé s'il avait travaillé d'une façon ou d'une autre pour les libéraux fédéraux aux élections de 2000.
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Avez-vous offert un cadeau à Chuck Guité ( le fameux fonctionnaire responsable du programme de commandites ) pour sa retraite? lui a-t-on aussi demandé.
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Je ne me souviens pas, a-t-il répondu
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Combien d'employés d'Everest travaillaient aux campagnes électorales libérales?
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Je ne sais pas...
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Ces gens étaient-ils payés?
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Pas à ma connaissance...
Une perte de temps. Faut dire que les membres du comité, comme ils nous y ont habitués, n'étaient pas préparés, leurs questions étaient vagues et mal ciblées, du bonbon, quoi, pour un homme qui a fait carrière en communication.
Ces pénibles séances du comité des comptes publics, au fur et à mesure qu'elles se déroulent, font surgir un dilemme: on voudrait bien avoir la vérité sur le scandale de commandites avant les élections, c'est légitime, mais ce n'est certainement pas de là que la lumière jaillira.
Et tant que les élections ne sont pas déclenchées, les travaux du comité se poursuivent. On perd dans les deux cas.
Dernier espoir: Chuck Guité, qui témoignera jeudi et vendredi. La performance du comité au cours des dernières semaines ne laisse rien présager de bien explosif, mais l'ex-fonctionnaire est le seul mis en cause, directement, et il n'a apparemment pas l'intention de prendre seul la fessée.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
La porteuse de ballon
Nestor Turcotte
Matane
TRIBUNE LIBRE 20 avril 2004
En réponse au «plan de match pour un Québec souverain proposé par Pauline Marois
En 1995, Jacques Parizeau avait comparé l’accession du Québec à la souveraineté (indépendance ?) à une partie de hockey. Première période : élection, en 1993, du Bloc québécois «temporaire» à Ottawa; deuxième période : élection, en 1994, du P.Q. à Québec; troisième période : le référendum promis dans la première année du premier mandat du P.Q. Les Québécois ont élu le Bloc et le P.Q. mais ont décidé de faire match nul, après la troisième période. Et personne n’a pensé, dans l’entourage du premier ministre Parizeau de convoquer les joueurs à une période supplémentaire pour déterminer un gagnant. Le Chef du Oui est entré dans ses terres et les forces du Non se sont tordus de rire, en pensant… aux commandites. Aux forces de l’argent. Et à autre chose dont il ne faut pas parler.
En 2004, près de 10 ans plus tard, Pauline Marois reprend le même scénario : mais là on ne jouera plus sur la glace du forum mais sur le gazon vert de terrain de football. En 1995, Parizeau s’était métamorphosé en coach de hockey. En 2004, l’ineffable Pauline se transforme en quart-arrière de football. Elle propose, ni plus ni moins, que de se lancer à la conquête de la coupe Grey, en se proposant comme porteuse de ballon. Et si elle l’échappait, peut-on imaginer ce qu’il arriverait?
Voici le scénario prévu par l’ancienne ministre des finances du Québec. Le 1er quart consisterait à porter au pouvoir le Bloc québécois. Présumant que celui-ci est le meilleur parti pour faire de la politique dans le parlement voisin. Qu’il est le parti des purs à côté du parti des impurs qui dilapide les biens de nos impôts envoyés à Ottawa. Aurait-elle oublié qu’elle a, l’an dernier, présenté un budget bidon débâti par la suite par tous les analystes financiers? Aurait-elle oublié, le scandale de la Gaspésia qui a englouti des centaines de millions de dollars des impôts des contribuables du Québec et dans d’autres éléphants blancs dont RDI nous parlait, il y a si peu longtemps? Et, en parlant du Bloc québécois, peut-elle nous dire, combien de fois, ce parti, dit souverainiste, a-t-il évoqué et parlé de souveraineté dans l’enceinte fédérale? Que la quart-arrière réponde?
Le deuxième quart doit consister à porter au pouvoir, pour la 3e fois, le Parti québécois, car, sans lui, la souveraineté ne peut se faire et sans lui il ne peut y avoir de référendum sur la question nationale. C’est gros comme perspective. D’abord, qui a dit que le P.Q. était indépendantiste? Le Rassemblement pour l’Indépendance du Québec (le RIQ) vient tout juste de le sommer de nous le dire…Comme ce parti est plutôt «confédéraliste» qu’indépendantiste, selon les analyses les plus sérieuses, peut-il porter le projet de l’indépendance nationale sans qu’il y ait quelques équivoques? Qui a dit qu’il fallait absolument que ce soit le P.Q. qui fasse l’indépendance nationale du Québec? La voie n’est pas unique et d’autres avenues sont envisageables. Il y a d’autres façons de faire aboutir ce projet et elles ne sont pas nécessairement inscrites dans les voies électoralistes péquistes confédéralistes.
Un autre parti peut naître d’ici la prochaine élection et travailler à la cause que les péquistes ont occultée. Et ne miser que sur la réélection du P.Q. c’est miser, encore une fois, sur quelque chose de purement hypothétique. Qu’arriverait-il au P.Q., si les libéraux étaient réélus pour un deuxième mandat? La partie serait-elle terminée? Les joueurs quitteraient-ils le terrain vert? Que la quart-arrière réponde à toutes ces questions?
Le troisième quart, en supposant que les deux premiers soient gagnés, ne permet pas de conclure que la vaste coalition dont rêve Madame Marois se fera automatiquement, dans la plus pure harmonie, le moment de la réélection du P.Q. Mario Dumont a voté OUI au confédéralisme péquiste de 1995 en formant une coalition adéquiste-bloquiste-péquiste et en appuyant une question qui ne portait pas du tout sur l’indépendance nationale. Sera-t-il prêt, s’il est encore là, à se joindre à cette nouvelle coalition, et qui ira dans quel sens cette fois-là? Qui peut nous le dire? L’UFP et le parti de Madame David feront-ils partie de cette coalition? Pourquoi faut-il que ce soit encore le P.Q. qui soit le fer de lance de la cause souverainiste? Que la quart-arrière réponde?
Le quatrième quart doit mener le peuple québécois à entrer dans la mouvance référendaire, portant sur l’accession du Québec à sa souveraineté. J’ai le vague à l’âme, en entendant pour la xième fois ce genre de discours. Le référendum portera-t-il sur l’indépendance du Québec? La question sera-t-elle moins compliquée que lors des deux référendums de 1980 et de 1995? Sera-t-il déterminant et final? Allons-nous, par la suite, dans quelques années, assister à la reprise d’un autre scénario basé sur un autre sport, comme le tennis, le basket-ball, le baseball peut-être…avec des manches supplémentaires, après les neuf manches régulières?
Le ridicule tue notre peuple. Les aspirants dirigeants l’entretiennent à coup de virtualités qui le déshonorent. La porteuse de ballon et la quart-arrière Marois ne fait que faire éclater de rire les badauds qui avalent leur pop-corn dans les estrades. L’indépendance nationale n’est pas une partie de hockey ni une partie de football. Et elle ne peut se faire à partir de scénarios pré-établis. Elle se fait à partir d’une vision claire de la réalité, du charisme d’un éclaireur qui veut mener son peuple aux terres de la liberté. En avez-vous marre des ces clowns qui s’amusent à vous faire fleurir les terrains de l’impossible? N’êtes-vous tannées de mourir bandes de caves?
Pendant que la porteuse de ballon évalue ses chances de remporter la prochaine coupe Grey, et de se faire élire, première chef(e) du P.Q., serait-ce possible de trouver quelqu’un de sérieux qui nous parle, jour après jour, de la nécessité de faire l’indépendance du Québec, des coûts et des sacrifices que le peuple devra s’imposer pour la faire, et que, si le peuple décide de la faire, pendant combien de temps il faudra se serrer un peu la ceinture pour que l’aventure soit un succès? Les stratégies péquistes confédéralistes ne sont que du verbiage calculé pour entretenir une flamme qui vacille et ne fait plus vibrer une jeunesse désabusée, écœurée de voir ces colporteurs politiques qui viennent, sporadiquement, arpenter les corridors des Cégeps et des Université. Et qui permettent aux mandarins d’un certain pouvoir attentiste, de retourner, éventuellement, dans les gras pâturages qui procurent les comptes de dépenses bien gonflés, les primes pour services rendus aux petits amis du régime renouvelé.
La partie de football n’est pas encore commencée que le ballon me semble dégonflé ou même, a été échappé, à cause d’imprécisions dans le tir, par Pauline la quart-arrière improvisée. Pourrions-nous rêver de parler d’autre chose que d’une action partisane qui n’a pas tellement fait évoluer les choses depuis plus de 35 ans?
Il faudrait au Québec un fakir nu, un Gandhi moderne, à la vision pleine de liberté, au regard humanitaire qui emballerait toutes les générations. Je le cherche dans la grisaille qui nous assaille, au sein des troupes séparatistes, déboussolées, parce qu’elles ont perdu et leur âme et... leur berger!
COMMUNIQUÉS

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20 avril 2004