
Le DGE veut accroître la participation aux élections
Tommy Chouinard
Le Devoir vendredi 23 avril 2004
Parmi les amendements proposés à la Loi électorale figurent le droit de vote par la poste pour tous et la tenue d'élections le dimanche
Québec - Tous les électeurs devraient pouvoir exercer leur droit de vote par la poste et les élections devraient se tenir le dimanche plutôt que le lundi, recommande le directeur général des élections (DGE) du Québec, Me Marcel Blanchet.
Dans un rapport intitulé Améliorer l'accès au vote et favoriser son exercice, déposé hier à l'Assemblée nationale, le DGE propose des amendements majeurs à la Loi électorale qui visent à augmenter le taux de participation aux élections (il s'est élevé à seulement 70,42 % le 14 avril 2003, du jamais vu depuis les années 20) et à moderniser le processus électoral.
La tenue d'élections générales le dimanche faciliterait à la fois l'exercice du droit de vote pour plusieurs personnes et l'organisation du scrutin, estime Me Blanchet. En outre, les personnes âgées pourraient obtenir plus facilement du soutien de leur famille pour aller voter. La tenue du vote dans les écoles ne forcerait plus les autorités scolaires à donner congé à leurs élèves. Le recrutement du personnel électoral serait aussi simplifié si le scrutin avait lieu le week-end. Les entreprises, quant à elles, feraient face à des contraintes moins importantes puisqu'elles sont actuellement tenues d'accorder quatre heures à leurs employés pour leur permettre de se rendre aux urnes. Les élections municipales et scolaires se tiennent déjà le dimanche.
D'après le DGE, les pays qui adoptent un scrutin le dimanche affichent des taux de participation au-dessus des moyennes observées à travers le monde. Un sondage SOM réalisé en mars dernier pour le compte du DGE démontre que deux fois plus de jeunes âgés de 18 à 24 ans seraient prêts à aller voter si les élections avaient lieu le dimanche plutôt que le lundi. Or, selon le même sondage, seulement 34 % des électeurs québécois préféreraient élire leur député le dimanche. Une telle décision aurait un faible impact sur la participation, d'après le même sondage: environ 18 % iraient davantage voter ce jour-là alors que 17 % seraient moins tentés de le faire.
De nouveaux modes de vote devraient être mis en place, estime le DGE. Le vote spécial par correspondance devrait être accessible à tous les électeurs et non plus seulement à ceux qui se trouvent à l'extérieur du Québec. Pour voter par la poste, un électeur devrait d'abord remplir un formulaire d'inscription afin d'authentifier son identité. Après vérification de la demande, une trousse de vote, qui contiendrait un bulletin de vote en blanc, serait envoyée à l'électeur. Celui-ci devrait s'assurer de renvoyer son bulletin lors de la période électorale, avant la fermeture des bureaux de scrutin. L'intégrité du vote serait assurée, insiste le DGE dans son rapport.
Sur la route
Le DGE propose également de donner accès à un vote spécial aux électeurs qui sont en déplacement à l'extérieur de leur circonscription, par exemple des travailleurs et des étudiants. Le mécanisme serait semblable à celui qui serait créé par l'instauration d'un vote par correspondance pour tous. Le DGE recommande aussi que les électeurs puissent voter directement au bureau du directeur de scrutin de leur circonscription pendant toute la période électorale. Me Blanchet souhaiterait aussi créer un bureau de vote par anticipation itinérant dans les établissements de soins de longue durée et les résidences pour personnes âgées afin de permettre aux électeurs qui les fréquentent de voter plus facilement. Les personnes admises dans un centre hospitalier de courte durée devraient aussi avoir accès à un vote spécial. Les heures d'ouverture des bureaux de vote par anticipation - le dimanche et le lundi précédant le jour du scrutin - devraient être allongées de quatre heures par jour, suggère Me Blanchet.
Les changements proposés sont accueillis favorablement, selon le sondage SOM commandé par le DGE. Ils pourraient être mis en oeuvre à temps pour le prochain appel aux urnes. Le rapport ne fait cependant pas état d'un changement au mode de scrutin, lequel est envisagé par le gouvernement Charest. Le comité consultatif de l'Assemblée nationale, qui regroupe des députés du PLQ, du PQ et de l'ADQ, évaluera ces propositions au cours des prochaines semaines.

Parizeau se sent trahi... par les libéraux
Isabel Authier
La Voix de l'Est vendredi 23 avril 2004
Granby - "Quand j'étais jeune, le Parti libéral était un grand parti. C'est dommage de voir qu'il finit dans la corruption et l'incompétence." Celui qui parle ainsi, c'est Jacques Parizeau, au sujet du scandale des commandites.
Voilà pour le gouvernement fédéral. Pour ce qui est du gouvernement provincial de Jean Charest, l'ancien chef du Parti québécois n'est évidemment pas plus tendre. Le sourire en coin, il confie se sentir trahi... "Je ne peux m'empêcher de penser à tout ce que les libéraux ont réalisé, dans le passé, comme mesures sociales. À une certaine époque, vous savez, j'ai été conseiller de Jean Lesage, avant de joindre le PQ en 1969."
Mais pour Jacques Parizeau, ce parti n'est plus le même sous la gouverne de Jean Charest dont les réalisations ne l'impressionnent guère.
"Je suis désolé de voir ce gouvernement abandonner le volet international et revenir à une vision étroite de la province. On mérite mieux que ça, estime-t-il. Et je suis désolé de le voir provoquer ainsi les travailleurs québécois. On a - pas seulement le Parti québécois - réglé tellement de problèmes avec eux dans le passé... Je ne comprends pas ce qu'il fait."
Il se dit tout aussi désolé de l'attitude des libéraux dans le dossier des défusions municipales. "J'espère seulement que ce ne sera pas une source d'inaction. Il faut que tout cela se règle rapidement."
Jacques Parizeau s'inquiète également de la politique économique adoptée par Jean Charest et son parti.
"J'ai peur que l'immobilisme s'installe...", lance-t-il, en faisant notamment référence au domaine du développement et de la technologie, où le Québec accuserait un certain retard, selon lui.

Parizeau toujours au front :
Le missionnaire de la souveraineté travaille avec le Bloc québécois
Isabel Authier
La Voix de l'Est vendredi 23 avril 2004
Granby - Envers et contre tout, Jacques Parizeau continue de porter la cause souverainiste à bout de bras. Selon lui, point de salut sans la souveraineté du Québec. "Ou on se construit un pays ou on accepte le Canada comme il est. Il n'y a pas d'autres solutions. On est rendus là. Et tous les espoirs sont permis", affirme-t-il.
M. Parizeau croient d'ailleurs que les Québécois ont tout intérêt à voter pour le Bloc québécois lors des prochaines élections fédérales, un parti avec lequel "il travaille". "J'ai beaucoup d'admiration pour les députés du Bloc et je souhaite qu'ils soient plus nombreux à Ottawa", lance-t-il, en les qualifiant d'irremplaçables.
Ce dernier était l'invité, hier midi, de l'Association des étudiants du cégep de Granby dans le cadre d'une conférence sur la mondialisation. En fait, le sujet était un prétexte avoué pour exposer sa vision souverainiste à la centaine d'étudiants - et aux quelques enseignants - venus l'entendre. Les candidats bloquistes dans Shefford et Brome-Missisquoi, Robert Vincent et Christian Ouellet, s'étaient d'ailleurs déplacés pour l'occasion.
Vivement un pays
Malgré sa démarche un peu hésitante, M. Parizeau n'avait rien perdu de sa verve légendaire et de sa passion pour le Québec.
Son message est simple: pour être capable de participer aux discussions sur la mondialisation, le Québec doit posséder le statut de pays.
"La mondialisation est comme une marée montante contre laquelle il faut se préparer. Et la seule façon d'éviter les abus de la mondialisation, c'est d'avoir un gouvernement qui nous appartient", prétend-il.
Lui et ses collègues souverainistes considèrent en effet que le Québec n'a pas à se soumettre passivement à la mondialisation parce que les décisions sont prises à des tables où il est absent des discussions.
"Oubliez le Canada"
Avant de discourir longuement sur l'Organisation mondiale du commerce (OMC), M. Parizeau a voulu convaincre les jeunes du non-fondé de certains arguments qui ont longtemps nui à la souveraineté.
"Avant, on disait Si vous sortez du Canada, c'est la ruine . Aujourd'hui, on sait qu'il n'y a pas de pays trop petit pour s'épanouir... à la condition de faire partie d'un grand marché." Pour l'ancien politicien, le grand marché du Québec, ce sont les États-Unis. "Sur le plan économique, oubliez le Canada. Ce n'est pas là que ça se passe.

Lancement des Forums régionaux :
À pas de tortue et en plein brouillard
Michel Corbeil
Le Soleil vendredi 23 avril 2004
La période d'inscriptions se termine dans une semaine, et on ne se bouscule pas au portillon
Lancés dans l'improvisation, les forums régionaux avancent dans le brouillard.
À une semaine de la fin de la période d'inscriptions, il est impossible de connaître le nombre de citoyens qui se sont montrés intéressés par l'exercice. Les invitations aux organismes susceptibles d'y participer n'ont pas été expédiées pour des rencontres qui auront lieu de la mi-mai à la mi-septembre.
Ces indications ont été recueillies, ces derniers jours, par LE SOLEIL au moment où le nombre de leaders qui préconisent l'abstention augmente. L'opération est déjà boycottée par les centrales syndicales comme la FTQ et la CSN, qui se réservent la décision d'adhérer à la rencontre nationale qui aura lieu cet automne.
La méthode pour sélectionner les individus qui voudront s'exprimer a soulevé sa part de controverse. Hier, la ministre responsable, Line Beauchamp, s'est de nouveau portée à la défense du système qui repose sur un tirage au sort à partir d'une liste de volontaires.
Les intéressés peuvent s'inscrire par Internet ou encore en donnant leur nom à Communication-Québec. Hier, l'attachée de presse de la ministre Beauchamp a refusé de divulguer le nombre de personnes qui ont levé la main.
Isabelle Melançon a fait savoir que la ministre attendra la fin de la période d'inscription, le 30 avril. D'ici là, "je ne donnerai pas d'informations partielles, a plaidé la porte-parole. Cela découragerait peut-être les gens qui se diraient Pourquoi m'inscrire ? Il y a en masse de gens ."
Peu d'indications laissent croire à une surabondance de candidats. Des agents de Communication-Québec ont plutôt suggéré que leur téléphone ne sonne pas souvent pour des inscriptions aux Forums lorsque LE SOLEIL les a interrogés sans s'identifier.
Joints depuis mardi, la dizaine de conseils régionaux des élus - les CRE - ne sentent pas une effervescence particulière sur le terrain pour des forums dont le premier aura lieu, le 15 mai, à Laval. Ils ont signalé que les inscriptions de citoyens ne relèvent pas d'eux.
Le directeur général du CRE du Centre-du-Québec (forum tenu le 16 mai), Claude H. Léveillé, a rapporté qu'on lui a laissé entendre qu'une dizaine de personnes seulement se sont manifestées. À Laval, Manon Caron a convenu qu'elle ne sent pas beaucoup d'enthousiasme encore. Elle a rappelé que les forums portent "sur des enjeux de fond comme la démographie et les finances publiques. Cela devrait être mieux couvert par les médias".
"Il y a encore de la neige sur la ligne, a commenté Patrick Hamelin, du CRE de la Côte-Nord (le 13 juin). L'information commence à peine à circuler. Ce n'est pas le talk of the town. L'écho que nous avons eu, c'est qu'il y a eu un blitz (publicitaire, cette semaine), justement parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'inscriptions."
Les conseils régionaux des élus sont responsables de choisir les groupes de pression qui s'assoiront autour de la table. Sur la dizaine contactés, aucun n'a encore avisé ceux qu'il veut réunir. Par contre, plusieurs ont fait valoir que cela ne posera pas problème. Plusieurs CRE désigneront les groupes invités à partir des listes qui composaient les anciens conseils régionaux de développement.
Les 17 forums disposent d'un budget global de 5 millions $. L'enveloppe budgétaire locale n'est cependant pas déterminée. Cela n'aura pas trop de conséquences, étant donné que les sommes sont relativement modestes.
Mais, pour une région comme la Côte-Nord, "même si ce n'est pas une fortune, pour une région comme la nôtre, c'est très important", a relaté M. Patrick Hamelin. Il a donné comme exemple les frais importants qui seront rattachés au déplacement de participants venant de Blanc-Sablon : 1200 $, minimum, par personne.
Par ailleurs, le Front d'action populaire en réaménagement urbain - et ses 90 groupes adhérents - a confirmé hier qu'il boudera les forums régionaux. La présidente de la Fédération étudiante collégiale a répété au SOLEIL que son organisme fera l'impasse sur ces rencontres. Geneviève Baril a précisé que la Fédération est encore à statuer sur sa participation au Forum sur les collèges, convoqué par le gouvernement, après la fin des classes, les 9 et 10 juin.
"Nous sommes insultés, a commenté Mme Baril. Le gouvernement se débrouille pour qu'on ne puisse pas faire nos devoirs. Nous ne participerons pas aux forums régionaux parce que nous commençons à être tannés des consultations improvisées."

Le témoin-clé du scandale des commandites règle ses comptes :
CHUCK GUITÉ MET EN CAUSE MARTIN
Gilles Toupin
La Presse vendredi 23 avril 2004
Ottawa - Chuck Guité, le témoin-clé du scandale des commandites, a directement éclaboussé hier le premier ministre Paul Martin lors de son témoignage sous serment devant le comité des comptes publics, affirmant que le bureau de M. Martin, alors que ce dernier était ministre des Finances, était intervenu à " plusieurs occasions " dans le processus d'attribution de contrats en faveur de l'agence Earnscliffe, liée de près à sa course à la direction du PLC.
Jusque-là, le premier ministre avait déclaré qu'il n'avait jamais été mêlé de près ou de loin au programme de commandites.
Hier, en réponse à des questions du député bloquiste Odina Desrochers, Charles Guité a affirmé qu'il avait eu des coups de téléphone du bureau du ministre, non de lui personnellement, qui avaient pour seul objet " d'essayer d'influencer la décision " à propos de tel ou tel contrat. " Je pense qu'aujourd'hui, a ajouté M. Guité, si quelqu'un demandait l'accès à l'information pour tous les contrats qui ont été attribués à cette compagnie-là, vous seriez surpris. " M. Guité a également mouillé l'actuel ministre des Finances, Ralph Goodale, qui, a-t-il dit, " avait essayé de faire une interférence (sic) pour la même compagnie ".
L'ancien directeur du programme de commandites a également affirmé qu'il avait aussi accepté de rencontrer le chef de cabinet de M. Martin à l'époque, Terrie O'Leary, au sujet du choix des agences de commandite.
Pour le convaincre, a rapporté M. Guité, elle lui disait: " Eh bien! Paul préférerait... "
Dans son témoignage de six heures, M. Guité a de plus révélé hier qu'il avait reçu une note de service en 1994 de Mme O'Leary dans laquelle elle lui demandait d'ajouter des agences à celles qui faisaient déjà partie de la liste gouvernementale.
Au bureau du premier ministre, un porte-parole a nié catégoriquement hier que le bureau de M. Martin soit intervenu en faveur de l'agence Earnscliffe. Quant au rôle qu'aurait joué Terrie O'Leary auprès de Chuck Guité, on affirme chez M. Martin que ce que souhaitait seulement l'assistante de M. Martin, c'était que " le processus soit plus ouvert, qu'il y ait plus de compétition ".
" Je trouve cela assez étonnant, a confié à La Presse Mario Laguë, le directeur des communications du premier ministre, que l'opposition traite Charles Guité de menteur le matin et, plus tard, dès qu'il mentionne le nom de Martin, cela devient parole d'évangile. "
M. Guité avait prévu plus tôt dans la journée cette défense du bureau du premier ministre. " Ce qui est important ici, a-t-il ajouté, c'est que jamais un bureau de ministre ou son équipe ne devrait faire des contacts avec les fonctionnaires qui émettent les contrats. "
En ce qui concerne le bureau du premier ministre Chrétien et les ministres à l'époque responsables du programme de commandites, David Dingwall et Alfonso Gagliano, M. Guité a témoigné qu'ils n'étaient jamais intervenus dans le processus de sélection des agences de communication qui ont collaboré au programme.
En revanche, des ministres libéraux ainsi que le bureau du premier ministre Chrétien ont joué un rôle majeur dans les prises de décision concernant l'attribution de contrats de commandite.
" Absolument! " a lancé l'ancien grand responsable des commandites fédérales, contredisant ainsi les témoignages précédents des anciens ministres des Travaux publics Dingwall et Gagliano et celui de l'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien, Jean Pelletier. M. Guité a de plus précisé que ses patrons politiques décidaient même parfois à quelle agence de communication devait aller tel ou tel contrat.
" Il n'y a pas de doute que, seul, un Chuck Guité ou un Joe Blo ne pouvait contrôler un tel programme par lui-même ", a affirmé le haut fonctionnaire à la retraite qui confirmait ainsi l'existence d'une " direction politique " derrière le scandale.
M. Guité a profité de sa comparution hier pour régler des comptes avec à peu près tout le monde, reprochant notamment au président du comité, John Williams, de l'avoir publiquement accusé de faire des pieds de nez au Parlement. Il a aussi accusé la vérificatrice générale, Sheila Fraser, d'avoir induit le public en erreur lorsqu'elle a affirmé qu'il n'avait pas respecté les règles pour choisir des agences de communication et allouer des contrats de commandite. " La Direction générale des services de coordination des communications (CGSCC) n'a jamais choisi une agence sans respecter le processus établi et les règles en place. " M. Guité ne comprend pas que Mme Fraser n'ait pas trouvé de pièces justificatives dans les dossiers de commandite. Selon lui, elles y étaient à son départ à la retraite. " Où sont-elles? " a-t-il demandé.
Sur la ministre Diane Marleau, qui fut ministre des Travaux publics pendant une année, en 1996, il a dit qu'elle ne s'intéressait pas du tout au dossier et que c'est à ce moment-là qu'il est allé voir le chef de cabinet de M. Chrétien, Jean Pelletier, avec qui il a fait affaire directement par la suite. Charles Guité a refusé de servir de bouc émissaire dans toute l'affaire. Il a affirmé que chaque fois que son service préparait un plan d'attaque de commandites pour l'année, afin de rendre plus visible le Canada au Québec, les discussions se faisaient avec les ministres responsables et le bureau du premier ministre.
" Le gouvernement du Canada en a eu pour son argent, a martelé le témoin. La preuve est dans le pouding. La raison pour laquelle il n'y aura plus de référendum (sur la souveraineté du Québec), c'est grâce au programme de commandites. "

Guité implique Martin
Manon Cornellier
Le Devoir vendredi 23 avril 2004
L'ex-haut fonctionnaire confirme l'existence d'une direction politique dans le programme de commandites
Ottawa - Le programme des commandites a bel et bien profité d'une «contribution» politique lors du choix des projets et de leur attribution aux différentes agences de publicité, a déclaré l'ancien directeur du programme, l'ex-fonctionnaire Chuck Guité, alors qu'il témoignait devant le comité des Comptes publics hier.
L'ancien ministre des Finances et actuel premier ministre, Paul Martin, ne faisait pas partie du groupe de politiciens associés au programme des commandites, créé dans la foulée du référendum de 1995, mais M. Guité n'a pas hésité à accuser l'ancien bureau de M. Martin de tentative d'«interférence» dans l'attribution des contrats de publicité et de recherche sur l'opinion publique, deux autres dossiers examinés par le comité.
«M. Martin personnellement, non, son bureau, oui», a dit M. Guité, des allégations que le bureau du premier ministre s'est empressé de nier. Il a soutenu qu'à l'époque, l'ancienne chef de cabinet de M. Martin, Terrie O'Leary, avait tenté de faire ajouter certaines compagnies à la liste des firmes invitées à soumissionner pour un contrat de communications du ministère des Finances. Il dit avoir refusé puisque le processus était déjà en cours.
Elle l'aurait aussi contacté pour faire mousser la candidature d'Earnscliffe Strategy Group, une firme de communications abritant les plus importants organisateurs de M. Martin. «Paul préférerait si... », aurait-elle dit à M. Guité.
Alors qu'il n'avait aucun document pour soutenir le reste de son témoignage, Chuck Guité a appuyé en partie ses dires dans ce cas-ci à partir de deux notes datant de 1994 et 1995. De plus, c'est la seule occasion où il a carrément parlé d'«interférence».
Dans le cas du programme des commandites, il a plutôt protégé l'entourage et les ministres de Jean Chrétien en disant qu'ils n'avaient jamais tenté d'influencer le processus de sélection des agences. Il a toutefois confirmé l'existence d'une direction politique sur le plan «opérationnel».
«Le bureau du premier ministre, le ministre [Alfonso] Gagliano, le ministre [David] Dingwall n'ont jamais suggéré de noms ou ne se sont jamais mêlés du processus de sélection des agences. Ont-ils fourni une contribution [input] et des décisions en ce qui a trait à des événements précis qui étaient commandités et en ce qui a trait à l'allocation [des projets] à des firmes particulières? Absolument», a-t-il dit au début de sa comparution. Selon lui, là se situe la différence fondamentale entre l'«interférence» inacceptable et la contribution politique justifiée.
Le témoignage de M. Guité était particulièrement attendu, surtout depuis que le premier ministre Paul Martin a indiqué qu'il ne déclencherait pas d'élections sans l'avoir entendu. La tentative d'associer M. Martin aux problèmes des contrats de publicité surprend peu, M. Guité ayant visiblement le sentiment de servir de bouc émissaire dans toute cette affaire.
Ce nouveau développement pourrait peut-être affecter les calculs électoraux des libéraux car il sert les intérêts de l'opposition, qui tente désespérément depuis des semaines de lier le premier ministre au scandale. De plus, il ravive les plaies entre les camps Martin et Chrétien, M. Guité n'ayant rien fait pour éviter d'embêter le premier ministre alors qu'il n'a cessé d'épargner l'équipe du second.
Combatif, préparé, cinglant, M. Guité a refusé d'accepter quelque blâme que ce soit. La direction administrative du programme relevait entièrement de lui mais, quoi qu'en dise la vérificatrice générale Sheila Fraser, sa gestion était conforme aux règles, a-t-il dit, avant d'offrir une interprétation bien personnelle de ces dernières.
Il a rejeté la faute sur les autres et dit avoir agi dans l'intérêt du pays. «Le gouvernement du Canada en a eu pour son argent dans tous ses projets», a-t-il dit à plusieurs reprises. Il en veut pour preuve le fait qu'il n'y aura pas de référendum de sitôt, et ce, à cause de la baisse de popularité du mouvement souverainiste. «Pourquoi est-elle très basse? À cause du programme de commandites», a-t-il encore affirmé.
Contredisant les anciens ministres Dingwall et Gagliano, il a dit avoir eu plusieurs rencontres avec eux et toujours à leur demande. Cela se passait en moyenne une fois par mois avec M. Gagliano pour discuter «d'un événement, des commissions payées, de l'agence impliquée et ainsi de suite». M. Gagliano a prétendu de son côté qu'il avait rencontré M. Guité à trois ou quatre reprises par année, et toujours à la demande du fonctionnaire.
M. Guité a aussi confirmé ses rapports directs avec Jean Pelletier, l'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien. Dans ce cas, cependant, c'était le fonctionnaire qui sollicitait les rendez-vous, une démarche entreprise après que la ministre Diane Marleau eut refusé de maintenir le lien direct entre ce cadre intermédiaire et le bureau du ministre.
M. Guité, qui a piloté le programme des commandites de 1997 à 1999, a nié pratiquement tous les manquements aux règles relevées par la vérificatrice générale. Cette dernière affirmait dans son rapport de février qu'entre 1997 et 2000, environ 100 des 250 millions accordés au programme avaient servi à payer des commissions et des frais de production aux agences de publicité sans que rien dans les dossiers ne permette de savoir si le gouvernement en avait eu pour son argent. Elle parlait entre autres d'absence de documents et de contrats et factures fictives.
Évoquant le transfert de fonds à des sociétés d'État par l'entremise d'agences de publicité, elle écrivait: «Ces arrangements semblent avoir été conçus pour verser des commissions à des agences de communications, tout en camouflant la source des fonds et la véritable nature des opérations.»
«Des conclusions qui sont trompeuses et dans certains cas, erronées», a rétorqué M. Guité. Il s'est pourtant retrouvé à confirmer certaines conclusions de Mme Fraser en reconnaissant que, ne pouvant transférer des fonds à des sociétés de la Couronne sans passer par le Conseil du trésor, il avait alors choisi de faire transiter les fonds par des agences de communications, qui ont récolté des commissions plantureuses au passage.
S'il manquait des documents dans les dossiers, il ne pouvait l'expliquer, assurant à maintes reprises qu'à son départ à l'été 1999, ils étaient complets. Selon lui, aucun chèque n'aurait pu être fait sans contrat ni facture. Quant aux pièces justificatives, il revenait aux agences de les conserver et, si la vérificatrice générale n'y a pas eu accès, cela explique ses conclusions erronées, a-t-il précisé. Il a aussi défendu la pratique d'antidater des contrats.
En 1996, des vérifications interne et externe avaient permis de découvrir des problèmes similaires dans le domaine de la publicité. Là encore, il s'en défend et accuse plutôt le dénonciateur Allan Cutler, le fonctionnaire à l'origine de ces vérifications, d'avoir «bricolé» les dossiers en question. Une accusation très grave qui a mené le président à exiger des preuves que M. Guité n'a pu fournir.
Étant donné les nombreuses contradictions entre plusieurs témoins, le comité débattra aujourd'hui d'une motion de la libérale Marlene Jennings afin de convoquer de nouveau Mme Fraser, M. Gagliano et l'ancien sous-ministre Ron Quail. Quant à M. Guité, il poursuit son témoignage aujourd'hui.

Guité vise Paul Martin
Raymond Giroux
Le Soleil vendredi 23 avril 2004
Le bureau de l'ex-ministre des Finances serait intervenu pour influencer l'attribution de contrats
Ottawa - Témoin-clé du scandale des commandites, Charles Guité a directement mouillé Paul Martin et le ministre des Finances Ralph Goodale, hier, lors de son témoignage devant le Comité des comptes publics.
La directrice de cabinet de M. Martin au ministère des Finances, Terrie O'Leary, est directement intervenue à plusieurs reprises pour influencer le choix des agences de communication du gouvernement, a soutenu M. Guité, l'ancien patron des commandites et des publicités fédérales.
Au député bloquiste Odina Desrochers, qui lui demandait d'expliquer comment se comportait Mme O'Leary, le témoin a répondu que cette dernière lui disait : "Paul préférerait" que cela soit ainsi.
"Qui est Paul ?", a-t-il lancé alors aux députés dans une réaction qui ne laissait aucun doute sur l'identité de "Paul". Les rencontres se tenaient au bureau de M. Martin.
Les contrats de recherche sur l'opinion publique alors en jeu concernaient directement le groupe Earncliffe, a-t-il dit, et "j'ai eu des interférences de son bureau. Jamais un bureau de ministre ne devrait entrer en contact avec des fonctionnaires" pour changer leurs décisions, a commenté M. Guité.
Ce dernier a même déposé au Comité des documents signés par Mme O'Leary et citant "le ministre", et invité ses interlocuteurs à utiliser la Loi sur l'accès à l'information pour en savoir plus. "Vous aurez des surprises", a-t-il lancé, car lui-même n'y a plus accès.
L'actuel ministre des Finances, Ralph Goodale, a lui aussi tenté d'influencer le choix des agences, selon M. Guité, en demandant d'être exempté de la politique sur le choix des agences.
Le cabinet de M. Martin confirme que Mme O'Leary a rencontré M. Guité à la demande de ce dernier, et soutient que son intervention avait pour seul objectif d'augmenter la compétitivité de l'appel d'offres, et non de favoriser une entreprise en particulier.
Ces accusations contrastent avec le blanc-seing partiel accordé plus tôt dans la journée à l'ex-ministre Alfonso Gagliano comme au directeur de cabinet de Jean Chrétien, Jean Pelletier, qui, eux, ne seraient jamais intervenus dans le choix des agences, un domaine réservé aux fonctionnaires.
Dans le contexte référendaire des années 1994-1995, l'ancien responsable de ce programme a à la fois confirmé et nié le rôle actif joué par MM. Pelletier et Gagliano dans cette affaire qui ébranle le gouvernement libéral depuis plus de deux mois.
Aucun d'entre eux, a-t-il dit lors de sa déclaration initiale lue uniquement en anglais, "n'a jamais suggéré de nom ou n'est intervenu dans le choix des agences de communication qui ont géré les commandites".
Mais établissant une nuance qu'il qualifie d'importante entre "ingérence politique" et "input politique", M. Guité a confirmé que les ministres et le bureau du premier ministre ont joué un rôle actif dans le choix des événements à commanditer et le partage de ces commandites entre les différentes agences.
Accusé par la vérificatrice générale Sheila Fraser d'avoir "violé toutes les règles du jeu", M. Guité n'a pas cédé un pouce et est carrément passé à l'offensive en l'accusant d'avoir produit un rapport trompeur et inexact sur le scandale des commandites, en février dernier.
Toutes les agences de publicité, a-t-il dit, ont été choisies selon les directives du Conseil du Trésor, sauf pour la campagne référendaire, où la gravité de la situation imposait un recours aux exceptions prévues par ces mêmes directives.
Sur la qualité des dossiers, M. Guité soutient que quand il a pris sa retraite, en août 1999, "tous les documents étaient présents au dossier", contrairement aux reproches de Mme Fraser. "Ensuite, je ne sais pas ce qui s'est passé", a-t-il ajouté.
"Il est d'ailleurs impossible d'effectuer un paiement s'il n'y a pas de facture", a-t-il dit en niant l'existence de factures fictives, tout au moins "à ma connaissance".
"Le travail a été accompli" dans tous les cas, a-t-il dit, et les Canadiens "en ont eu pour leur argent" avec le Programme de commandites. Et lui-même soutient n'avoir tiré aucun bénéfice personnel de la part des agences de communication hormis "une bouteille de vin ici et là ou un agenda".
M. Guité a formellement nié les rumeurs voulant qu'il ait reçu en cadeau un voyage autour du monde ou un séjour en Californie. À sa retraite, il a reçu quelques cadeaux dont un chapeau de cow-boy, mais a refusé un voyage tous frais payés à Las Vegas.
M. Guité s'est toutefois vite contredit, sur la question des documents. "Quand le système a commencé (en 1997), cela ne serait pas honnête de dire le contraire, il y avait très peu de procédures en place, a-t-il répondu au bloquiste Michel Guimond. On n'avait pas défini de systèmes d'évaluation."
"L'information que je recevais de Groupaction et d'autres agences, a-t-il ajouté, (c'était) dans tel endroit, vous devriez être là. C'est sûr que la première année, je suis totalement d'accord avec cela, il y avait très peu de documents sur le système.
"La deuxième année, je pense que c'est moi qui, avant de partir, ai institué un système de post-mortem et de photos des événements", a dit le témoin.
Le conservateur Vic Toews a bien résumé la réaction des partis d'opposition en demandant à M. Guité "si vous nous prenez pour des idiots" ! M. Guité comparaîtra de nouveau pendant quatre heures, ce matin.
RGiroux@lesoleil.com

L'arroseur arrosé
Gilbert Lavoie
Le Soleil vendredi 23 avril 2004
Éditorial - La chasse aux vilains des commandites a pris un virage à 180 degrés hier, à Ottawa. Paul Martin, celui-là même qui flagelle les libéraux de Jean Chrétien en public depuis deux mois, se serait ingéré dans le choix des agences. "Paul préférerait que..." aurait déclaré à Chuck Guité la chef de cabinet de M. Martin, le priant d'embaucher une firme amie du ministre. Il y aurait eu plusieurs interventions de même nature, toujours pour la même firme, où travaillaient plusieurs collaborateurs actuels du premier ministre. Patronage !
La grenade est lancée. Elle avait déjà fait l'objet d'une fuite dans les journaux, et M. Guité n'a pas déçu. Vérifiez les manchettes ce matin, vous constaterez l'ampleur des dégâts. Même la très sobre Canadian Press en a fait sa principale recommandation aux journaux, hier, pour publication en page une...
À quelques jours à peine d'une décision sur le déclenchement des élections, Paul Martin devient donc le vilain de l'histoire, tandis que les hommes de Jean Chrétien sont blanchis. Alfonso Gagliano et Jean Pelletier ne se jamais ingérés dans le choix des agences, a juré Chuck Guité. Il les voyait souvent, mais leurs suggestions se sont toujours limitées au choix des événements à commanditer.
Et quant à la vérificatrice générale, Sheila Fraser, elle serait dans les patates lorsqu'elle affirme que les fonds du Programme de commandites ont été dilapidés. Parole de Chuck Guité, les Canadiens en ont eu pour leur argent !
C'est un bon soldat, ce Chuck Guité : il a même raconté qu'après la défaite des conservateurs, il a refusé de dévoiler aux libéraux comment ça se passait sous le gouvernement précédent, ce qui lui a valu les félicitations de son nouveau ministre, David Dingwall : "Bienvenue à bord, vous ne dénoncez pas les autres, vous ne nous dénoncerez pas", lui aurait dit le ministre...
Faut-il croire Chuck Guité ? Attention ! Il y a des règlements de compte et de la partisanerie dans ce qu'on entend au Comité des comptes publics. Paul Martin doit néanmoins donner des réponses crédibles aux accusations de patronage à son endroit. Et ça presse.
Pour le reste, le témoignage de M. Guité est cousu de fil blanc. Il soutient, par exemple, que c'est en raison de contraintes administratives qu'il a versé 250 000 $ en commission aux agences de publicité, pour transférer 1,7 million $ aux fêtes du 125e anniversaire de la GRC. Ce n'est pas acceptable.
Il jure s'être assuré personnellement que les Canadiens en ont eu pour leur argent dans les commandites. Mais lorsqu'on lui demande d'expliquer des cas précis de commissions démesurées, il explique que si le propriétaire d'une nouvelle maison demande des colombages en "2 par 6" dans sa demeure et apprend un an plus tard qu'on lui a mis des "2 par 4", ce n'est pas de sa faute, mais celle du contracteur malhonnête.
Il affirme que tous les documents justifiant les commissions existaient en 1996, mais que c'est un subalterne avec qui il était en conflit qui les a dérobés. N'est-ce pas là le même Guité qui a déclaré à huis clos, en 2002, qu'il avait évité le plus possible de fournir ou de demander des écrits, parce que le Canada était en guerre contre les séparatistes, et qu'il ne fallait pas que le plan de guerre tombe entre les mains des journalistes ?
Charles Guité témoigne à nouveau aujourd'hui. Même sous serment, son témoignage d'hier nous a convaincus que seule une enquête policière nous dira s'il y a eu malversation dans cette histoire.
GLavoie@lesoleil.com

René Lévesque, un perdant?
Nicolas Bérubé
La Presse vendredi 23 avril 2004
C'est la conclusion d'un ouvrage controversé de Martin Bisaillon qui n'avait que 17 ans lors du décès de l'ex-premier ministre
Dans un livre à paraître la semaine prochaine, l'auteur Martin Bisaillon s'en prend au " mythe " de l'un des personnages les plus marquants et respectés de l'histoire moderne du Québec: René Lévesque.
Le titre du livre est accrocheur: LE PERDANT, écrit en majuscules au-dessus de la photo d'un René Lévesque ému, saluant la foule du centre Paul-Sauvé le soir du référendum de 1980.
Le constat est dévastateur. Sous la prose de Martin Bisaillon, René Lévesque est un mauvais stratège politique que Trudeau a facilement mis dans sa poche, un homme qui a affaibli le Québec et les Québécois. Bref, " un perdant sur toute la ligne " comme il l'écrit en quatrième de couverture.
Il reproche à Lévesque d'avoir associé la réussite de l'indépendance du Québec au " partenaire obligatoire " qu'est Ottawa qui, paradoxalement, est le " plus grand ennemi " du projet.
" Malgré l'enthousiasme des militants souverainistes, la campagne référendaire du OUI ne lèvera jamais, en partie à cause de l'ambiguïté de la stratégie péquiste ", écrit-il dans son essai de 99 pages publié aux éditions Les Intouchables.
Selon Bisaillon, René Lévesque aurait dû envisager de démissionner advenant une défaite référendaire. " Cette possibilité, sauf erreur, il ne l'a jamais évoquée publiquement. "... " La nation québécoise aurait peut-être mérité un tel acte de courage politique de la part de celui qui l'avait menée dans un cul-de-sac. "
Le rapatriement de la constitution canadienne est également l'un des échecs de Lévesque, note-t-il. Il cite un passage des mémoires de Trudeau, qui soutient qu'à l'issue de la nuit des longs couteaux, Lévesque, amer, aurait déclaré: " Je me suis fait fourrer. "
Bisaillon avait tout juste 17 ans en 1987 quand Lévesque est décédé. Ce jour-là, il admet avoir été " emporté par ce tourbillon de tristesse et de sympathie qui émanait de toutes les sphères de la société ". Il est alors convaincu que le géant politique est " un homme parfait ".
C'est avec le recul que Bisaillon a commencé à voir des failles dans le personnage. Il note ainsi que Trudeau, dans ses mémoires, affirme que le l'élection du Parti québécois en 1976 ne lui a causé que " peu de soucis ". " On peut dire bien des choses sur Trudeau, mais personne en pourra jamais affirmer qu'il était un mauvais stratège. On peut par conséquent se demander s'il n'a pas compris très tôt que Lévesque était un adversaire beaucoup plus facile à combattre que Bourassa. "
Titulaire d'une maîtrise en histoire, l'auteur a été recherchiste à Radio-Canada. Son premier livre, qui traitait du mouvement raélien, a été publié l'an dernier.
René Lévesque est-il intouchable? Bisaillon croit que oui: il affirme même avoir " transgressé un tabou historique " en attaquant ainsi l'héritage de cette " idole ".
" Certains seront furieux ou déçus que je me sois permis de démontrer que René Lévesque était un perdant, écrit-il. Mais ceux qui pensent ainsi peuvent-ils considérer cet homme comme un gagnant? Au vu de l'analyse que j'en fais, il est impossible d'affirmer une telle chose.

Francisation des immigrants :
Où va l'argent d'Ottawa ?
Jean-Pierre Guay
L'auteur habite Québec
Le Soleil vendredi 23 avril 2004
Tout récemment, des centaines d'immigrants ont manifesté à Montréal afin de protester contre les coupes radicales imposées par le gouvernement du Québec au MRCI. Ces coupes, les plus importantes proportionnellement du budget Séguin, auront un effet direct sur la francisation des immigrants au Québec. Lors de cet événement, une question pertinente n'a pas été posée. Que fait le gouvernement du Québec des montants importants et indexés qu'il reçoit du gouvernement fédéral afin de, spécifiquement, favoriser l'intégration des immigrants à la communauté francophone québécoise ?
En 1991, le gouvernement fédéral a conclu une entente où il se retirait de ce secteur d'activités au profit du Québec. Il s'agit de l'accord McDougal-Gagnon-Tremblay. L'article 2 précise que cet accord visait, entre autres, à préserver le poids démographique du Québec au sein du Canada et à assurer une intégration des immigrants dans la province, par respect pour son caractère distinct.
En clair, le gouvernement du Canada confiait au Québec sa totale responsabilité en matière d'immigration, selon des paramètres canadiens, le tout accompagné de mesures financières compensatoires. L'article 21 de l'annexe B précisait que, de 1991 à 1995, la compensation passerait de 75 à 90 millions $. Par la suite, une formule reconnaissant le taux de succès du Québec quant à l'atteinte des objectifs de l'entente permettait d'établir l'indexation annuelle. Pas besoin d'être économiste pour la situer aujourd'hui au-delà de 100 millions $.
Où est passé cet argent ? Doit-on comprendre que le gouvernement du Québec renonce à cet accord ? Car c'est exactement ce qui va se passer dans les faits. Le premier ministre croit-il sérieusement qu'en réduisant de 150 $ à 30 $ par semaine l'allocation accordée aux immigrants pour suivre des cours de francisation, il va encourager ces derniers à s'intégrer au milieu francophone ? La réponse saute aux yeux. L'anglais va devenir rapidement leur langue seconde, après leur langue maternelle.
En abdiquant de la sorte à ses responsabilités dans ce domaine, le gouvernement tourne le dos au consensus unanimement maintenu par tous les gouvernements d'Ottawa et de Québec, toutes couleurs confondues. L'approche du gouvernement Charest s'applique donc aussi dans le domaine de l'immigration. Dorénavant, c'est le marché qui va déterminer la langue d'adoption des immigrants. Pourtant, ce n'est qu'avec une politique nationale rigoureuse et soutenue en matière de francisation des immigrants que le Québec pourra prétendre à maintenir son caractère distinct.
Voilà un virage fondamental du gouvernement québécois. Dans le contexte démographique actuel, cette approche est d'autant plus surprenante, les immigrants représentant l'apport nouveau à la communauté francophone d'ici. Quel recours avons-nous pour obliger le Québec à respecter son entente ?
Faudra-t-il qu'Ottawa intervienne ? Quand même...

Une impossible médiation : La désespérance du terrorisme et des États
Albert Legault
Le Devoir vendredi 23 avril 2004
IDÉES - Oui, la démocratie est menacée. Oui, la troisième guerre d'Irak a commencé. Oui, les pays industriels y risquent leur peau et leur survie.
La démocratie est menacée parce qu'elle repose sur le pluralisme et la raison. Or le terrorisme du 11 septembre ou du 11 mars est fondé sur la haine et le meurtre de victimes innocentes. Entre les deux, la médiation est impossible. Les démocraties sont résolues à défendre leurs droits et privilèges; le terrorisme, à faire peur. Et de plus en plus. D'un côté comme de l'autre, entre la mort et la mort, il n'y a aucun espoir, sinon la désespérance.
Tout un groupe d'intellectuels, de Jürgen Habermas à Jacques Derrida (voir Le Monde diplomatique de février 2004), voit en la mondialisation une rhétorique qui permet de masquer les inégalités et, pourquoi pas, l'échec de la modernité et des Lumières, à partir desquelles le progrès a été mesuré par le passé. Or, en la matière, personne n'a encore pu définir la «flèche du temps» ou le «sens de l'histoire», en dépit des travaux antérieurs de Francis Fukuyama ou des néoconservateurs, qui égarent la vérité en s'engageant bec et ongles dans la défense de la démocratie - la dernière conférence de presse du président Bush sur la situation en Irak - plutôt que de l'expliquer.
D'autres parlent d'une nouvelle «guerre de Trente Ans»; d'autres encore, comme l'intellectuel Mahmood Mamdani, de l'université Columbia, d'une perversion issue de la guerre froide, où les États-Unis ont sciemment cultivé la croissance de groupes terroristes transnationaux et proto-terroristes pour finir d'en découdre avec l'ancienne URSS; d'autres, enfin, parlent d'un «choc» des civilisations: la bonne et la mauvaise, l'ancienne et la moderne, la religieuse et la laïque.
Menace sans visage
Or rien de tout cela n'est ni très vrai ni très faux. Ce qui est en cause, c'est le rôle dominant des États-Unis, qui réussissent à être également et uniformément haïs depuis Karachi à Kaboul en passant par Bagdad; c'est aussi l'alliance, au nom de la lutte antiterroriste, entre Israël et les États-Unis, ainsi que la récente bifurcation, dite réaliste, de la politique américaine vis-à-vis des territoires occupés par Israël; et c'est encore la tentation impériale de l'Amérique, incapable de voir que les comportements de la nouvelle Rome autoritaire irritent au plus haut point tous ses alliés, y compris le Canada.
Or, dans tout cela, rien n'est tout à fait vrai ni tout à fait inexact. En réalité, chacun tente de sauver ce qui reste à sauver de la démocratie en prenant, à tour de rôle, des mesures draconiennes pour enrayer le fléau du terrorisme. Pendant ce temps, la question du clivage entre l'Amérique et l'Europe est sans réponse. Personne, pour l'instant, ne veut combattre aux côtés de l'Amérique, mais tous réaffirment leur volonté de ne pas céder au chantage éhonté du terrorisme.
Deux constats peuvent être posés ici. Le premier, rationnel et purement mathématique, consiste à dire que la guerre contre le terrorisme cessera le jour où il y aura plus de gens qui souhaitent vivre plutôt que de mourir. L'équation n'est guère rassurante, ne serait-ce que pour des raisons démographiques.
Le deuxième constat est celui qui nous intéresse. L'apparition du terrorisme aveugle à grande échelle a transformé la raison d'être des États. Leurs armées ne sont plus là pour défendre des citoyens contre une menace extérieure mais bien plutôt contre la menace envahissante, omniprésente et sans visage de la terreur cultivée et érigée en système.
Les conséquences restent dramatiques à long terme. En renforçant les systèmes de surveillance de la police et du renseignement, on empiète inévitablement sur les droits du citoyen. Les mesures sont à ce point draconiennes que la présomption d'innocence disparaît automatiquement en faveur de la sécurité d'État. Or les démocraties sont plurielles et pluralistes, ethniquement mélangées, et loin de partager nécessairement les mêmes sentiments sur les grandes questions internationales. Dans un tel contexte, on ne pourra plus construire ou maintenir des États sur la sacro-sainte base de l'unité nationale ou d'une république laïque. Cette notion est désormais subordonnée au principe de la démocratie et le restera à l'avenir.
La troisième guerre d'Irak
La troisième guerre d'Irak a commencé avec la double révolte irakienne sur les flancs sunnite et chiite. C'est précisément le genre de guérilla urbaine que les États-Unis voulaient éviter et qu'ils ont réussi à retarder pendant un an. Rapts, enlèvements, prises d'otages, assassinats sélectifs, attentats suicide et batailles rangées sont désormais le lot quotidien en Irak.
Dans ces conditions, la reconstruction de ce pays devient impossible. Et les efforts récents de Blair et de Bush visant à saisir l'ONU du dossier ne peuvent être voués qu'à un échec ou à un succès partiel. Même avec la bénédiction de l'ONU, des forces multinationales déployées en Mésopotamie seront toujours considérées par les Irakiens comme «des forces occupantes». Le spectre de la guerre civile point à l'horizon.
Colin Powell avait raison de comparer l'opération à ce qui se passe quand vous entrez dans une boutique de porcelaine: «Ce que vous cassez vous appartient.» Il faut donc payer les pots cassés et recomposer la mosaïque. La tâche sera longue et ardue car le gouvernement fantôme en place, même remplacé par un vaste éventail de représentants «honnêtes et intègres» sous la direction d'«un premier ministre, d'un président et de deux vice-présidents», comme le souhaite Lakhdar Brahimi, l'envoyé spécial du secrétaire général Kofi Annan, n'aura de légitimité qu'à partir d'élections générales que les chiites sont sûrs de gagner.
À la différence de l'Afghanistan, où les solutions sont venues d'en haut (conférence de Bonn), celles qui devront être mises en oeuvre en Irak devront émerger de la base. Or celle-ci s'effrite de plus en plus et semble s'orienter vers la violence plutôt que vers l'apaisement.
Enfin, les pays industriels risquent leur peau tout simplement parce que tous sont indissolublement liés par l'issue du conflit en Irak. Que les États-Unis en ressortent, et c'est la guerre civile; que les États-Unis y restent, et c'est l'impasse qui s'approfondit. La trêve proposée aux pays européens par Oussama ben Laden n'a aucune chance d'être prise au sérieux. Il est absurde de négocier avec la terreur, a déclaré le secrétaire au Foreign Office britannique.
En réalité, la troisième guerre d'Irak vient de commencer. Elle perdurera, quel que soit le président américain élu en 2004. Même un changement de cap à 180 degrés par l'administration américaine n'aura aucun effet sur l'issue du conflit. Tout au plus pourra-t-on parler, comme la langue anglaise le décrit bien, d'un changement «atmosphérique».
Un cri américain à la de Gaulle ne serait pas plus entendu. La bévue impériale ne connaîtra un début de solution que dans l'émergence d'une autorité quelconque à Bagdad. La véritable question qui se pose est celle de savoir si les pays industriels doivent joindre leurs efforts pour mettre la main à la pâte ou s'ils doivent plutôt rester à l'écart...
L'arrogance d'un Cheney ou d'un Rumsfeld ne peut être corrigée. Une fois la pâte sortie du tube de dentifrice, il est impossible de l'y remettre. La conseillère à la sécurité Condoleezza Rice a raison de dire que «l'ONU n'est pas la panacée», mais, au risque d'être banal, il n'y a pourtant que l'ONU et l'OTAN, comme le souhaitent désormais les Britanniques et les Américains, qui puissent faire une différence.
Les pays industriels ont tenté le coup en Afghanistan, avec les résultats mitigés que l'on sait. De deux choses l'une: ou les autres pays laissent les États-Unis croupir dans leur bourbier, et il n'est pas sûr que les démocraties s'en porteront mieux, ou ils répondent au voeu anglo-américain, voire à celui de Kofi Annan, qui n'a d'espoir que de sauver l'ONU, et ce sera encore le désenchantement. Décidément, la désespérance a le mérite d'être partagée également entre les États et tous ceux qui prônent la violence.
Nous avons tous du sang sur les mains dans l'immense bêtise qui jalonne l'histoire humaine: les pays industriels européens avec leurs deux guerres mondiales, et les États-Unis en tête aujourd'hui, pour penser qu'une solution militaire peut encore avoir des vertus; et tous ceux qui pensent, par la terreur, changer le cours de l'histoire. C'est oublier d'admettre que la sottise humaine n'a pas de limites.
Albert Legault : Titulaire de la chaire de recherche du Canada en relations internationales, Université du Québec à Montréal
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Les cadeaux de Paul Martin…
Josée Poirier, Brossard
TRIBUNE LIBRE 23 avril 2004
À Ottawa, on aime taxer et imposer des conditions aux provinces, c’est bien connu. Même dans des domaines qui concernent pas le fédéral, comme la santé, par exemple. Cela fait cinq ou six fois que Chrétien puis Martin annoncent que le gouvernement fédéral va verser 2 milliards aux provinces pour la santé. Mais ce sont toujours les mêmes 2 milliards que ces petits comiques promettent et repromettent, pour nous faire croire qu’ils sont donc généreux avec notre argent! Et, attention, il faudra que ce soit aux conditions fixées par les fédéraux, alors qu’ils n’ont aucune expertise en santé! Sont-ils eux-mêmes de tels modèles de compétence et d’honnêteté qu’ils peuvent donner des leçons aux provinces?
Or, on s’aperçoit que le fédéral, qui ne verse aux provinces que 16% des coûts de la santé (donc, les provinces 84%), retire du réseau de la santé plus d'argent en taxes et en impôts qu’il n’en met! On appelle cela du vol et un vol qui joue avec la vie des gens et le moral du monde médical.
Si au moins, dans ses propres champs de compétence, la bureaucratie fédérale était capable de performer! Ce n'est nullement le cas, on l’a vu par le récent rapport de la Vérificatrice générale : gaspillage et graissage des petits amis avec notre argent... et personne n’est coupable, à les entendre!
La solution est la souveraineté des provinces, c'est ce que le Québec désire depuis plus de 45 ans. Il n'y a pas 50 manières d'avoir des politiques cohérentes. Dans les circonstances actuelles, même les libéraux très fédéralistes de Jean Charest ne font pas de miracle, les listes d’attente sont fort longues et on aura des hôpitaux universitaires de dimension réduite, le fédéral refusant d’y participer.
S’il était sincère, pourquoi Paul Martin n'éliminerait-il pas les paradis fiscaux et l'évasion fiscale qui permettent aux riches, comme à sa famille, d’éviter de payer taxes et impôts?
Tant qu’il continuera de priver la population de soins de qualité à cause de lois qui favorisent ses intérêts personnels ainsi que ceux des mieux nantis, les Québécois ne pourront faire autrement que de rester méfiants de ses promesses sans contenu véritable.

TRIBUNE LIBRE
Endoctrinement « Gesca - Canada »
Lettre à M.
André Pratte
Nicolas St-Gilles
TRIBUNE LIBRE 23 avril 2004
Réf. :
http://www.lequebecois.org/CourrierLecteurs.aspx?id=185&page=0
Bonjour,
M. Pratte,
Quand j'ai lu l'éditorial dont il est ici question
(http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/4-21.html#lpap), des réflexions qui
s'apparentent tout à fait celles de M. Boulay sont également survenues à mon
esprit.
Le scandale de la démocratie en territoire québécois réside plus
encore dans des plumes comme la vôtre (et dont les Presse, Droit, Soleil
et al. restent les riches, attitrés et tentaculaires porte-voix) que
dans la propagande canadienne à coûts de centaines de millions de dollars. Parce
que vous, vous présentez votre endoctrinement sous le couvert de l'information,
de l'analyse et de la réflexion.
Sous le couvert de l'objectivité et du
bien public, en un mot.
Aussi je vous trouve bien « courageux », M.
Pratte, de persister ainsi au fil des ans à ériger d'office - jour après jour et
inlassablement - le sophisme, la demi-vérité, l'amalgame, le procès d'intention
et la restriction mentale en guise de «réflexion» politique éclairée sur le
Québec.
Je me suis toujours demandé si c'était l'argent ou quelque
lobotomie intellectuelle irréversible qui pouvait transformer aussi aisément un
Québécois (j'espère que cette dénomination ne vous insulte pas, tout de même) en
un véritable prostitué du Canada.
Vous êtes pour moi une énigme, M.
Pratte - au même titre que vos collègues Alain Dubuc et autres Lysiane Gagnon de
cette machine à propagande Canada-Gesca.* Une énigme que je méprise, certes
(pardonnez ma franchise sans détour), mais une énigme tout de même.
Car
si votre « fédéralisme » personnel est théoriquement (je dirais même:
politiquement) recevable ou défendable (ça se discute, quoi), en revanche votre
mépris de tout ce qui ne corrobore pas d'entrée de jeu votre aveuglement
pro-Canada entraîne de facto le mépris, à votre égard, de tout citoyen québécois
un tant soit peu (vraiment) informé et non (totalement) lessivé (par vos
éditoriaux, entre autres).
Un jour, c'est un peuple tout entier qui
comprendra rétrospectivement combien vous n'aviez pas une parcelle de
crédibilité intellectuelle, M. Pratte. Ce jour-là, l'éditorialiste sera nu. Et
vos dollars ainsi que vos «protections politiques» n'y changeront rien. En
outre, votre lobotomie ne vous excusera d'aucune manière.
Ce sera le
jour où, peut-être, tenterez-vous pour la première fois de votre vie de
réfléchir véritablement - honnêtement. Hélas! il sera trop tard.
Alors,
profitez bien du présent, M. Pratte.
Parce que demain sera
pénible.
Nicolas St-Gilles,
un banal individu parmi quelque sept
millions de citoyens québécois.
* En voilà, si besoin est,
encore une illustration toute « chaude » :
http://www.soreltracy.com/liter/2004/avril/9av.html

TRIBUNE LIBRE
Ce scandale-là!
Claude Boulay
TRIBUNE LIBRE 23 avril 2004
N.B. L'auteur de ce texte n'est pas le président du Groupe Everest, bénéficiaire du programme des commandites, mais l'auteur de
L'impérialisme canadien, chevalier servant Mordecai Richler.
Trois-Rivières, le 22 avril 2004
Pour justifier le programme des commandites, M. André Pratte (La Presse, 04-04-20) écrit que le gouvernement Lévesque "fut le pionnier du recours à la publicité à des fins idéologiques". Il faudrait que M. Pratte apporte des exemples, mais il n'y en aura pas, car c'est une pure invention.
Le gouvernement Lévesque a fait de la publicité ponctuelle, comme pour convaincre les automobilistes d'attacher leur ceinture de sécurité, genre de publicité qu'utilisent tous les gouvernements, qu'ils soient provinciaux ou fédéral. Il n'y a jamais eu de campagne tous azimuts, comme dans le cas du gouvernement Chrétien, où l'on a cherché à imposer le drapeau canadien et à obtenir que le mot "Canada" résonne à toutes les quelques secondes à au moins un poste de radio ou de télévision.
M. Pratte avance aussi que le Parti québécois s'est prêté à de l' "anticommandite" (incident des "chiffons rouges"). Elle est bien bonne celle-là. Il ne faudrait pas faire obstacle à un déferlement de propagande, car ce serait de la propagande!
Enfin, M. Pratte présente comme argument que le programme des commandites n'a eu aucun effet, car les sondages accordent encore 40% d'intentions de vote à la souveraineté. C'est du pur sophisme. En l'absence de toute la propagande d'Ottawa, qui nous dit que l'appui à la souveraineté ne serait pas de 55 ou 60%?
Il faut rappeler que la propagande fédérale part d'un principe énoncé par Pierre Elliott Trudeau: "Un des moyens de contrebalancer l'attrait du séparatisme, c'est d'employer un temps, une énergie et des sommes énormes au service du nationalisme fédéral. Il faut affecter une part des ressources à des choses comme le drapeau, l'hymne national, l'éducation, les conseils des arts, les sociétés de diffusion radiophonique et télévisuelle, les offices de film, etc."
Ce sont ceux qui ne croient pas à la démocratie qui prônent d'en fausser le fonctionnement par la propagande. Après la prise du pouvoir par les Nazis en Allemagne, leur ministre de la Propagande, Joseph Goebbels, se félicitait: "Maintenant, ce sera facile de mener le combat, car nous pourrons faire appel à toutes les ressources de l'État. La radio et la presse sont à notre disposition. Nous allons organiser un chef-d'œuvre de propagande. Et cette fois, naturellement, l'argent ne manquera pas."
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
23 avril 2004