Actualité





Des idées pour la saison

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 3 et dimanche 4 avril 2004

Titre VO : Les Grands Textes indépendantistes, 1774-1992

Qui d'autre qu' Andrée Ferretti, la plus constante et la plus entière de tous les indépendantistes québécois, pouvait s'atteler à la tâche de réunir les grands textes de cette tradition en une anthologie qui servirait à la fois d'outil de connaissance de notre histoire et de source d'inspiration pour stimuler l'engagement des timorés et des indécis «sur les chemins de la révolution nationale, c'est-à-dire de la réalisation conjointe et indissociable de l'indépendance politique et de l'émancipation sociale»?

Andrée Ferretti n'est même pas, et surtout pas à certaines heures, péquiste. Elle est, et tout le sens de son engagement est résumé par ce mot, indépendantiste. Pure et dure ? On l'a dit. Elle rejette quant à elle cette logique plutôt tordue de la plus ou moins grande pureté pour lui préférer, tout simplement, celle de la cohérence : «Passer du devoir de résistance au devoir de liberté, tel est le sens primordial, et le premier objectif, des luttes menées par le mouvement indépendantiste [...].»

En 1992, avec le regretté Gaston Miron, elle publiait, aux Éditions de l'Hexagone, la première tranche de ce projet sous le titre Les Grands Textes indépendantistes, 1774-1992. Composée de textes collectifs (manifestes de mouvements politiques et sociaux) et de textes d'auteurs (de Chevalier de Lorimier à Pierre Perrault en passant par Papineau, Groulx, Barbeau, Chaput, d'Allemagne, Bourgault, René Lévesque, Vadeboncoeur, Monière et plusieurs autres), cette première anthologie illustrait la naissance, l'évolution et la permanence de l'idée d'indépendance. À l'époque, l'accord du Lac-Meech venait d'échouer et les souverainistes relevaient la tête. Cette anthologie, un document fondamental à valeur historique et intellectuelle, venait à point.

La suite, on le sait maintenant, fut intense : trois années de militantisme préréférendaire d'abord, suivies du match presque nul de 1995, qui n'en fut pas moins vécu comme une défaite par les indépendantistes dont le combat, ancré dans une longue tradition et, partant, résistant aux aléas de l'histoire continue depuis. Ce sont ces enthousiasmes et cette relance, marqués au sceau de la nécessité, qui animent les pages de ce tome deux des Grands Textes indépendantistes, 1992-2003. De jadis à naguère jusqu'à aujourd'hui, la face du monde a changé et les arguments d'hier ne s'expriment plus, maintenant, dans le même contexte et sur le même ton, mais, insiste Andrée Ferretti, «la nécessité d'inscrire le destin de la nation québécoise dans son histoire réelle», elle, perdure, d'où la nécessité tout aussi pressante de ne pas laisser se perdre les voix qui ont dit, disent et redisent les raisons de cette lutte.

La première de ces raisons, c'est, bien sûr, la défense de la langue française puisque, comme l'écrivait Doris Lussier en 1993, «ce qui définit une nation, c'est la culture, et l'élément le plus important de la culture, c'est la langue». Raison pour laquelle, ajoutait Lussier, il est «scandaleux que tous les partis politiques québécois ne soient pas souverainistes tant il apparaît évident que c'est dans l'indépendance seulement que se trouve notre salut».

Maître de l'argumentation carrée qui va à l'essentiel sans détour, Pierre Bourgault, lui, refusait les arguties temporisatrices des «marchands de tapis». Même si la fédération canadienne était «payante», écrivait-il en 1994, l'indépendance ne perdrait rien de sa nécessité «parce qu'il vaut mieux gérer ses propres affaires que de les laisser gérer par les autres». Attendre le moment propice, une meilleure conjoncture ? Erreur, puisque «l'indépendance n'est pas une récompense pour les peuples parfaits mais un instrument essentiel à qui veut le devenir». Lise Bissonnette, dans un lumineux éditorial du Devoir publié quelques jours avant le référendum de 1995, en arrivait, après plus de détours dialectiques, à la même conclusion : «La souveraineté est la conclusion d'un pacte manqué et le début d'un retour à l'égalité.» Ferretti la corrigerait : le début de l'aventure de la liberté.

Impossible, évidemment, de citer dans le texte tous les auteurs retenus par la militante et parmi lesquels figurent, entre autres, Guy Bouthillier, Élaine Audet, Claude Beausoleil (dont l'appel «à ceux venus d'ailleurs» est superbe), Paul Chamberland, Hélène Pelletier-Baillargeon, Denis Monière, Claude Bariteau, Pierre Dubuc, Hélène Pedneault et Robert Laplante.

Des absents de marque ? Il y en a et, quoi qu'en pense Andrée Ferretti (qui les accuse, non sans raison d'ailleurs, «de dénationaliser la question nationale en rapetissant la définition de la nation»), Michel Seymour et Gérard Bouchard méritaient une place dans ce florilège. Quant à elle, la quasi-absence de Fernand Dumont, dans l'un ou l'autre des deux tomes, sidère.

Cela étant, d'autres, qu'on n'attendait pas, y sont et constituent la plus belle surprise de ce projet. On a dit parfois que l'idée d'indépendance appartenait à une génération qui n'avait pas su, faute de la faire aboutir, la transmettre. Le philosophe Serge Cantin a d'ailleurs raison de s'inquiéter de «l'indifférence croissante de ceux que l'on appelle désormais les Québécois francophones vis-à-vis de la question de leur identité nationale». Il faut pourtant lire les textes des jeunes Dave Anctil et Mathieu Bock-Côté pour constater que le fil de la tradition indépendantiste n'est pas brisé.

Dans un des plus beaux textes de cette anthologie, le premier parle de son désir d'un «récit partagé» et du «rêve du pays à venir» dont l'héritage et l'espoir «pouvaient certainement réconcilier la modernité de mon père avec l'authenticité de mon grand-père». Quant au second, dans une réflexion brillante et sensible aux accents dumontiens qui traite de la filiation avec notre passé et de notre «mode d'appartenance à la condition humaine», il écrit : «C'est contre l'oubli de notre condition qu'une interprétation sensible à la fragilité québécoise peut être menée, source possible d'une revitalisation de notre imaginaire. [...] Il s'agit enfin de dévoiler ce qui sommeille sous les décombres, soit la certitude de notre existence.»

Andrée Ferretti, et cet ouvrage en témoigne de belle façon, ne désarme pas. «Toutes les variations de l'esquive ayant été épuisées», écrit-elle, le temps devrait être à la lucidité, au courage et à l'audace, c'est-à-dire à l'indépendance. Avec le PQ ? Entre autres, répond-elle, mais pas seulement, et sous surveillance. Moins draconien, son frère d'armes Yves Michaud, dont la pensée à ce sujet rejoint celle d'une majorité de militants, emprunte les mots d'Aragon pour résumer son rapport au PQ : «Je sais qu'il est plein de défauts, mais je n'ai que celui-là.» Des idées pour la saison ? Ces ouvrages en sont pleins.

louiscornellier@parroinfo.net

Les Grands Textes indépendantistes, 1774-1992
Andrée Ferretti et Gaston Miron

Les Grands Textes indépendantistes, 1992-2003
Andrée Ferretti
Typo - Montréal, 2004, 688 et 368 pages



Actualité de l'indépendantisme
Pour dépasser 250 ans d'impuissance nationaliste

Andrée Ferretti
Gaston Miron
l'Hexagone

Le choix de l'indépendance signifie en soi que le traumatisme de la Conquête anglaise a été surmonté, que les rouages du colonialisme et de la domination aliénante ont été démontés et, donc, rendus inopérants, que la peur de la liberté a été vaincue et assumées les responsabilités inhérentes à la pleine maîtrise du destin national.
Les grands textes indépendantistes
1774-1992, l'Hexagone

Comme tous les textes prophétiques, le discours indépendantiste québécois est d'abord archaïque, en ce qu'il se fonde sur son dialogue avec l'origine, c'est-à-dire sur son débat critique avec tout ce qui dans le passé et le présent donne lieu à sa nécessaire existence, soit les effets destructeurs sur la nation québécoise de la Conquête anglaise et des régimes constitutionnels britanniques et canadiens qui en sont directement issus.

Il trouve dans ce face-à-face lucide avec les forces adverses d'aliénation, de domination et d'exploitation, le ferment d'une pensée et d'une action affirmatives et libératrices, annonciatrices de ce qui n'est pas encore advenu et qui doit advenir. D'où sa constante modernité et son caractère toujours subversif, même quand il lui arrive de prendre figure dans des projets de société conservateurs (...)

Pour les indépendantistes, la résolution de la question nationale semble donc, pour ainsi dire, déjà derrière eux. En effet, bien que toujours à réaliser, l'indépendance, dans le discours indépendantiste, non seulement n'apparaît jamais problématique, mais plutôt d'ores et déjà victorieuse.

Le choix de l'indépendance signifie en soi que le traumatisme de la Conquête anglaise a été surmonté, que les rouages du colonialisme et de la domination aliénante ont été démontés et, donc, rendus inopérants, que la peur de la liberté a été vaincue et assumées les responsabilités inhérentes à la pleine maîtrise du destin national.

Tourné vers l'avenir, ouvert sur le monde

D'où, à toutes les époques et dans tous les contextes de son élaboration, un discours qui propose l'indépendance comme outil de libération nationale, certes, mais également comme condition sine qua non de réalisation d'un projet de société conçu en regard des valeurs, richesses, compétences, aspirations et intérêts spécifiques de la nation, de quelques manières qu'ils soient compris par les uns et les autres.

Ainsi, à travers ses journaux et revues, ses manifestes, mémoires, déclarations et programmes, les innombrables articles et essais de ses partisans, le mouvement indépendantiste apparaît toujours résolument tourné vers l'avenir et ouvert sur le monde.

Cette volonté de présence moderne au monde de l'indépendantisme le distingue essentiellement du nationalisme, traditionnel et actuel, qui maintient le Québec dans le passé, l'enferme dans le provincialisme, l'obligeant à un perpétuel recommencement des mêmes luttes, nées des mêmes revendications, en vue des mêmes objectifs.

En expulsant la Conquête anglaise hors de l'Histoire, sans l'avoir d'abord transcendée dans un présent radicalement différent, le nationalisme québécois ne peut qu'en perpétuer indéfiniment les conséquences, chaque événement nouveau découlant nécessairement de l'événement crucial.

Ce refoulement de la Conquête, dans un no man's land où seul le mythe peut s'installer à demeure, piège le nationalisme québécois dans la sophistique de la bonne entente souhaitable avec le Canada anglais, déjà à l'oeuvre sous l'Union, et, depuis 1867, dans celle encore plus pernicieuse des deux peuples fondateurs ayant des droits égaux dans un État fédéral composé de deux nations égales.

C'est ce refus de considérer la nation québécoise comme nation conquise, soumise à tous les aléas de la domination d'un pouvoir étatique étranger, dont le régime fédéral en train de naître ne sera que l'ultime avatar, qui rend le nationalisme québécois impuissant à assumer dans toutes ses propriétés la dimension politique de son discours d'affirmation nationale, qui l'engage sans fin dans des luttes stériles avec un adversaire considéré comme un partenaire et non comme l'ennemi objectif qu'il est pourtant.

Il ne peut dès lors que s'en tenir à des déclarations d'hostilité, sans pouvoir jamais mettre ses menaces à exécution, pas plus que le pouvoir canadien ne peut se permettre, dans sa constante volonté de soumettre le peuple québécois sans le faire fuir, de dire non à la totalité des revendications de nos provincialistes.

Ainsi entretenu par le nationalisme québécois, le syndrome conflictuel Canada-Québec n'obéit pas aux règles habituelles voulant que, tôt ou tard, les litiges nationaux se résolvent d'une manière ou d'une autre.

Au contraire, ils ne font ici que se régénérer constamment, à même les concessions mineures et ponctuelles de l'un et les compromis fondamentaux de l'autre, tous déterminés par le rapport de force majorité-minorité, nécessairement défavorable au Québec.

L'ensemble du discours indépendantiste élaboré depuis la Confédération et, plus particulièrement, depuis 1957 propose plus ou moins explicitement cette analyse de la perversité profonde des luttes nationalistes. (...)

La «société distincte», ultime avatar du nationalisme provincialiste

Avec des conséquences sans cesse aggravées, au point qu'aujourd'hui les nationalistes provincialistes ont si complètement perdu la conscience du sens de l'identité nationale et de ses attributs intrinsèques, qu'ils acceptent la réduction de la nation québécoise au statut de «société distincte», sans voir, ou feignant de ne pas voir, que cette ultime dégradation de l'entité québécoise compromet son existence plus dangereusement que jamais, même en tant que simple société distincte, qu'elle légitimise les interventions du Canada dans le gouvernement du Québec. (...)

Aboutissement inévitable d'une stratégie de la survivance qui a constamment occulté la question de l'État en tant que seule expression moderne achevée de la nation. Aboutissement qui survient précisément au moment de l'histoire universelle où l'État - en dépit des délirants hymnes capitalistes aux libres forces du marché - tient le rôle primordial dans le développement de la nation, axé sur la mondialisation de tous les échanges.

Processus engagé au Cours de la Deuxième Guerre mondiale, l'interventionnisme de l'État innerve désormais tous les réseaux des relations internationales, du pouvoir politique, de l'économie et de la culture.

D'où la naissance au Québec, à la fin des années 50, du mouvement indépendantiste qui, depuis, n'a cessé de se développer. D'où l'évolution nécessairement de plus en plus centralisatrice du régime constitutionnel canadien. D'où l'actuel affrontement décisif entre les forces fédéralistes et nationalistes, d'une part, et les forces indépendantistes, d'autre part.

Car, il s'agit bien de cela: de l'indispensable maîtrise du pouvoir d'État. L'indépendantisme n'est pas en effet, comme le nationalisme, un mouvement ethnique assimilant les luttes pour la sauvegarde de la nation aux luttes pour la défense de la langue et autres caractéristiques et valeurs culturelles, sociales ou religieuses.

L'indépendantisme, c'est une volonté et une stratégie de conquête du pouvoir d'État pour libérer la nation québécoise de toutes les tutelles qui entravent sa puissance à prendre entièrement charge d'elle-même, avec les avantages et contraintes, les réussites et échecs, les droits et devoirs inhérents à la responsabilité et, donc à la liberté. (...)

Or, c'est parce qu'elle est essentiellement synonyme de liberté que l'indépendance est peu à peu devenue, au cours des derniers siècles, la forme quasi universelle d'organisation politique des peuples en État national souverain.

Aussi n'en est-il pas un seul aujourd'hui, s'il en est privé ou s'il est menacé de la perdre, qui ne lutte pour l'acquérir, la reconquérir ou la défendre, selon des circonstances et conditions historiques propres à chacun. Le peuple québécois ne saurait sous peine de disparaître échapper à la règle.



Les grands textes indépendantistes, Tome II

André Ferretti
L'Action nationale avril 2004

Voici la suite inédite de la première anthologie qui s’arrêtait en 1992. Elle contient beaucoup de textes écrits à l’occasion du référendum de 1995.

Andrée Ferretti est une militante bien reconnue. Elle a été vice-présidente du RIN dans les années 1960.

Introduction

Passer du devoir de résistance au devoir de liberté, tel est le sens primordial, et leur premier objectif, des luttes menées par le mouvement indépendantiste, épisodiquement au cours des siècles passés et de manière continue, depuis maintenant plus de quarante ans.

Dans l’introduction au premier volume, Gaston Miron et moi dégagions les traits caractéristiques du discours indépendantiste tel qu’il s’est développé entre 1774 et 1992, dont le plus important est précisément la différence qui trace la ligne de démarcation entre le nationalisme traditionnel et l’indépendantisme. Le premier limitant ses luttes à la sauvegarde de la langue et des autres spécificités de la culture nationale alors que le second vise l’émancipation politique, économique, sociale autant que culturelle de la nation en la dotant d’un État libre et indépendant. Nous notions aussi la continuelle modernité du projet indépendantiste qui à toutes les époques s’est inscrit dans le sillage des grands mouvements de libération qui ont transformé le monde, tel celui des Patriotes de 1837-1838 épousant les principaux objectifs des révolutions française et américaine, tel celui des indépendantistes des années 1958-1968 arrimant leurs luttes à celles menées à travers le monde à la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour la décolonisation et l’émancipation des peuples, pour ne donner que deux exemples. Nous soulignions de plus le lien que le mouvement indépendantiste a toujours établi entre indépendance et démocratie, la première étant considérée comme la condition sine qua non de la réalisation d’un projet collectif de société. Enfin, nous rappelions l’importance attachée par le mouvement indépendantiste contemporain à l’inclusion de tous les habitants du territoire québécois dans la définition de la nation.

Le discours de la dernière décennie s’inscrit pour l’essentiel dans la foulée de celui des quatre précédentes, aucun des problèmes soulevés par la question nationale n’ayant été résolu. Il s’agit toujours d’affirmer le caractère national du peuple québécois et son droit à l’autodétermination, l’un et l’autre fondés sur l’existence nationale de sa majorité historique, sur la possession en droit et en fait de son territoire, le Québec, sur la prédominance à l’intérieur de ses frontières d’une langue, d’une culture et d’une dynamique sociétale pouvant être partagées par les Québécois et Québécoises de toutes origines. Pourtant le discours a changé entre 1992 et 2003, sinon dans ses fondements, certainement dans son argumentaire, tous ceux qui le tiennent ayant réussi à intégrer les inférences des transformations récentes de notre société. Il se dégage de l’ensemble que le mouvement indépendantiste a beaucoup progressé, puisque son discours prend pour acquis que les Québécois et les Québécoises de nationalité canadienne-française se sont sortis de la névrose collective du doute qui les amenait à se laisser définir par les autres, à se percevoir comme un peuple aliéné, incapable de concevoir son identité nationale en tant qu’une et indivisible, aussi métissée soit-elle devenue, comme formant un peuple toujours obligé de prouver la légitimité de son existence. Le discours par conséquent porte de plus en plus sur les nouveaux enjeux qui fondent la nécessité et l’urgence pour la nation québécoise de se doter d’un État libre et indépendant : la transformation à un rythme accéléré de la fédération canadienne en un État canadien unitaire ; la diversité ethnique grandissante du Québec ; la participation autonome au processus universel de mondialisation de tous les échanges.

Ce qui toutefois différencie de la manière la plus remarquable le discours actuel de celui des années antérieures et donne le sentiment que le mouvement est désormais engagé sur une voie victorieuse réside dans l’importance majeure accordée aux questions stratégiques. Pourquoi faire l’indépendance demeure certes le propos central, mais comment la faire occupe dans les débats une place toujours plus large, notamment depuis les années 2000.

Trois thèmes majeurs structurent le corpus, débattus avant comme après le référendum : la nécessité d’inscrire le destin de la nation québécoise dans son histoire réelle, dans l’espace d’une mémoire collective pour que cet espace devienne ouverture sur une autre histoire, plutôt qu’enfermement dans la répétition ; la nécessité pour l’ensemble des forces indépendantistes composées par les mouvements et partis politiques et par les organisations syndicales et les organismes sociaux d’assumer ensemble cette histoire, en mettant l’indépendance de l’État québécois au cœur de leurs luttes pour instaurer enfin une société québécoise vraiment inclusive et démocratique, apte à contrer ici et maintenant les effets dévastateurs du capitalisme néo-libéral, assujetti à l’impérialisme américain ; la nécessité de repenser la stratégie globale du mouvement indépendantiste qui oblige à une clarification des termes du débat et des enjeux du combat, qui implique une remise en question de l’étapisme du Parti québécois et de son rôle hégémonique.

La nation en quête du pays.

Pierre Perrault signe le texte magnifique qui clôt le corpus du premier volume. Dans ce texte écrit en 1992, après l’échec de l’Accord du lac Meech, dernière rebuffade d’un Canada plus déterminé que jamais à nier l’identité spécifique du Québec, le poète, exaspéré par les sempiternelles quêtes de compromis, irrité par la réduction du projet indépendantiste à des querelles constitutionnelles et à des débats d’argent, déçu par les tergiversations des souverainistes, y exprime son refus de continuer à parler et à entendre parler de l’indépendance. « Le temps des mots est révolu », écrit-il, « Car le moment est venu de passer de la parole aux actes. » Indigné par le déni fédéraliste de la légitimité du désir de souveraineté de son peuple et par les accusations d’intolérance portées contre lui, parce qu’il réclame sa juste place au soleil, un petit coin bien à lui sur la vaste terre d’Amérique, ce coin qui lui revient, défriché, fondé, développé pendant des siècles par le labeur de ses ancêtres, un petit coin qu’on lui a ravi et dont on ne cesse de vouloir le priver, le poète s’écrie : « je veux dire oui à un pays qui serait mon pays. », un pays qu’il s’engage à instaurer sur les valeurs de liberté, de justice, de solidarité. Les textes qui composent la première partie de ce deuxième volume témoignent que le sentiment du poète était alors partagé par l’immense majorité des Québécois et des Québécoises canadiens-français, ulcérés de n’avoir même pas obtenu d’être reconnus comme formant une société distincte et désormais prêts à livrer la bataille décisive.

Comme dans des dizaines d’autres textes parus à la même époque, ceux de Guy Bouthillier et de Doris Lussier démontrent pour la énième fois que seule l’indépendance peut assurer la sauvegarde de la langue française qui est le fondement de l’identité québécoise, « signe et ciment de la nation », alors que Pierre Bourgault rappelle que ce qui est en cause, c’est notre pouvoir « d’exercer nos libertés et de vivre dans la dignité » et que c’est pour cette raison fondamentale qu’il faut faire l’indépendance, qu’il faut cesser de l’enfermer dans des batailles de chiffres, car il faudrait la faire « même si la fédération canadienne était payante. »

Et c’est ce que comprend la population qui, le 12 septembre 1994, forte de sa majorité francophone, vote à 44,75 % en faveur du Parti québécois et le renvoie à l’Assemblée nationale avec 77 députés sur 125.

Et le 6 décembre 1994, moins de trois mois plus tard, fidèle à son engagement le nouveau Premier ministre, M. Jacques Parizeau, enclenche le processus référendaire, en déposant un avant-projet de loi sur « la participation des citoyens au projet de la souveraineté » par lequel il convie l’ensemble des Québécois et des Québécoises, toutes origines confondues, à participer à cet exercice. La population de toutes les régions du Québec et de tous les milieux a répondu massivement à l’invitation, assistant en grand nombre aux 435 activités publiques des Commissions, animées par 288 commissaires qui ont reçu quelque 5 500 mémoires.

Ne sont présentés ici que deux de ces mémoires et la conclusion du rapport final de la Commission nationale.

J’ai retenu les mémoires de Partenaires pour la souveraineté et de Solidarité populaire Québec pour leur représentativité. Tant par le nombre des organismes politiques et culturels, des organisations syndicales et des groupes communautaires qui ont participé à leur élaboration et les ont signés, que par leurs contenus qui donnent un juste reflet des thèmes, idées, objectifs et propositions contenus dans la majorité des autres mémoires favorables sans conditions à l’indépendance, ils expriment parfaitement bien la voix du million de Québécois et de Québécoises qui ont déclaré souhaiter l’indépendance parce qu’elle est la seule option apte à répondre aux aspirations collectives et aux besoins objectifs de la majorité du peuple, la seule à pouvoir assurer un avenir à la nation québécoise en tant que source et puissance de protection et d’enrichissement de la langue et de la culture, de progrès social, de démocratisation de la vie politique, d’intégration des minorités ethniques, de présence du Québec dans le monde.

De la conclusion du rapport final de la Commission nationale, publié le 19 avril 1995, il ressort que le peuple francophone du Québec a une conscience aiguë de la vulnérabilité grandissante de son existence nationale au sein de la fédération canadienne, où, de plus en plus minoritaire, son poids politique ne cesse de décroître, en même temps que se renforce la tendance historique du Canada à centraliser les pouvoirs à Ottawa et à constamment empiéter sur les compétences du Québec. Il en déduit logiquement qu’aucun projet démocratique de société n’est désormais réalisable dans le régime constitutionnel actuel. Pour lui, à ce moment, existe une double réalité qu’il exprime ainsi : « la souveraineté ne peut être bonne que si elle mène à un nouveau projet de société et tout projet de société qui puisse être bénéfique et adapté aux besoins des Québécoises et des Québécois ne peut se faire que si le Québec est souverain. »

Or, sont très nombreux les mémoires présentés par des personnes et par des groupes aux intérêts multiples et souvent contradictoires qui confondent projet de société et projet particulier et qui lient leur appui à la souveraineté à la réalisation de ce projet particulier. Force est alors de constater qu’un nombre important de Québécois et de Québécoises sont loin d’avoir une vision globale de l’enjeu principal qui est la création d’un État québécois indépendant, libre et souverain. Il se dégage néanmoins avec force de cette démarche que le peuple francophone a le goût d’un avenir différent dans un Québec où tous sans distinction d’origine seraient maîtres chez eux, où il pourraient travailler et vivre en français, où ils pourraient construire une société qui leur ressemble, définie en fonction de leurs priorités et de valeurs communes. Malheureusement, il est seul à vouloir porter ce projet.

En effet, malgré les tentatives insuffisantes, certes, mais constantes, déployées à l’instigation des indépendantistes, par les pouvoirs publics et maints organismes politiques, sociaux et culturels, depuis le début des années 1960, pour intégrer à la majorité historique de souche tous « ceux venus d’ailleurs » et les engager avec elle dans sa lutte pour la souveraineté, ces derniers leur ont massivement refusé leur solidarité, pourtant ardemment sollicitée, particulièrement au cours de la campagne référendaire. En font foi, entre autres exemples, les centaines de lettres toutes plus chaleureuses et vibrantes les unes que les autres, parues dans les éditions des mois de septembre et d’octobre 1995 de La Presse, du Devoir et du Journal de Montréal, qui leur sont adressées par les francophones comme autant de plaidoyers en faveur de leur adhésion au projet, afin que tous ensemble ils jettent dès maintenant les bases d’une communauté d’avenir démocratique, juste et libre. Et combien plus éloquente encore est l’invitation dans celles retenues ici et publiées dans Trente lettres pour un oui. Elles expriment magistralement, avec confiance et persuasion, le message général livré par les indépendantistes à leurs concitoyens de diverses origines, à la fois appel à la solidarité et témoignage d’ouverture, et que résume d’une manière fulgurante ce vers de Claude Beausoleil : « Écoute notre histoire et elle sera la tienne ».

Le message n’a pas été entendu, puisque, comme on le sait, les Québécois et les Québécoises des diverses minorités ethniques, anciens comme nouveaux venus, ont voté en bloc, presque unanimement d’une communauté à l’autre, pour le NON, parce qu’ils n’ont aucun intérêt objectif à s’intégrer à un peuple sans réel pouvoir d’État, un peuple minoritaire au sein du Canada où ils ont émigré. Et ce vote, qu’on le nie par rectitude politique ou par prétention faussement progressiste, a joué un rôle majeur dans la défaite du OUI et a porté un dur coup à la volonté des indépendantistes de subsumer la nation canadienne-française sous la nation québécoise qui ne peut effectivement naître qu’avec l’indépendance de l’État québécois parce qu’elle sera dès lors assez attrayante et forte pour intégrer les nouveaux venus.

C’est la grande leçon apportée par le Référendum et qu’il faut retenir, à savoir qu’une nation n’est pas le fruit d’une génération spontanée et que sa cohésion ne se fabrique pas artificiellement, à coups de décisions aussi nécessaires soient-elles, mais qu’elle est le résultat de la formation d’une conscience collective qui est un processus lent. Ainsi, parce que forgée par plus de deux siècles de luttes pour assurer leur survie et faire reconnaître leur existence nationale, seuls, comme le démontrent sans cesse tous les sondages, aujourd’hui comme hier, les Québécois et les Québécoises canadiens-français aspirent en majorité à l’avènement d’un État québécois souverain, considéré comme aboutissement logique de leur histoire.

Histoire qui demeure la force motrice de la lutte pour l’indépendance, les causes qui la fondent et la justifient étant essentiellement les mêmes depuis la conquête anglaise qui en est l’événement crucial, ses conséquences se répétant sans cesse sous mille formes, depuis maintenant 244 ans, et dont les plus récentes sont l’adoption de la Constitution de 1982 et de la Charte canadienne des droits qui réduit le Québec au statut de province comme les autres ; la multiplication et l’accélération des empiètements du pouvoir fédéral sur les compétences exclusives du Québec ; la promotion du multiculturalisme dans le but premier de nuire à l’intégration des minorités ethnoculturelles à la majorité francophone, contribuant à la minorisation de celle-ci à l’intérieur même des frontières du Québec, le dépeçage de la Charte de la langue française, l’adoption de la Loi sur la clarté et mille autres attaques, toutes stratégies qui n’ont d’autre but que d’affaiblir le peuple conquis puis annexé jusqu’à ce que s’ensuive sa disparition désirée.

Dans son éditorial publié dans Le Devoir du 26 octobre 1995, sous le titre « La souveraineté pour la suite du Québec » et reproduit intégralement dans cet ouvrage, Lise Bissonnette, après avoir énuméré les effets concrets, tous plus pervers les uns que les autres, de l’ordre constitutionnel de 1982, conclut en ces termes : « Le Canada qu’on nous dessine est une société cohérente, hiérarchisée, où le centre est au sommet : le gouvernement fédéral établit les grands principes des choix sociaux, politiques, économiques et même culturels et les provinces les mettent en œuvre, elles livrent des services. Telle est sur le terrain "l’évolution" du fédéralisme canadien. ».

C’est aussi le refus de ce Canada unitaire qui a conduit un peu plus de 60 % des Québécois et Québécoises canadiens-français à voter Oui et à inviter les autres à faire de même, avec la conviction qu’un commun acquiescement au projet de souveraineté permettrait de rompre à tout jamais avec cette dynamique de la négation et de la domination et d’inaugurer le destin d’une nation québécoise démocratique, plurielle et ouverte, une présence singulière dans le monde. Car voilà bien un des enjeux contemporains majeurs de la lutte pour l’indépendance. Dans Le monde ou la province, mémoire présenté à la Commission nationale sur l’avenir du Québec, par l’Union des écrivains et écrivaines du Québec (UNEEQ), l’organisme montrait comment à l’heure de la mondialisation de toutes les sphères de l’activité humaine, il était devenu nécessaire et urgent de sortir le Québec de l’enfermement provincial pour l’ouvrir au monde et sur le monde, afin qu’il puisse mieux résister avec tous les autres peuples et nations au rouleau compresseur acculturant de l’ordre économique néo-libéral et lutter avec eux pour la démocratie et a fortiori pour la liberté.

Pourquoi et comment continuer le combat.

Parce que l’indépendance du Québec est plus nécessaire que jamais, bien sûr, et pour les mêmes raisons que depuis toujours. Par conséquent, écrit le jeune étudiant en philosophie politique, Dave Anctil, la question importante à se poser n’est pas « "Que faut-il faire maintenant que ce projet a échoué ?", mais bien : "Pourquoi ne peut-on absolument pas l’abandonner ?" ».

Parce que l’indépendance est la seule voie de l’avenir, répondent d’une même voix tous les indépendantistes qui réfléchissent à la question depuis la défaite référendaire. Et tous considèrent que cet avenir passe par le devoir de mémoire et soutiennent que la reprise du combat et son succès dépendent de notre volonté et de notre capacité « à renouer avec le fil secret de notre histoire », comme l’écrit Mathieu Bock-Côté, non pour retourner dans le passé, mais bien au contraire pour enfin en sortir, car il y a un prix à la survivance, nous rappelle Serge Cantin, un prix énorme, puisqu’elle ne peut être à la longue que la dissolution de notre être national, accélérée, par surcroît, selon Pierre Dubuc, par les tentatives de certains intellectuels, les Charles Taylor, Michel Seymour et autre Gérard Bouchard, de dénationaliser la question nationale, en rapetissant la définition de la nation.

Parce que l’indépendance de l’État québécois est la condition sine qua non de l’existence de la nation québécoise comme lieu de l’identité collective de tous les citoyens du Québec et comme cadre politique des multiples virtualités de l’avenir.

Parce que le peuple a besoin d’être responsable de lui-même et qu’ici comme ailleurs, face à l’explosion des inégalités sociales et de toutes les formes d’assujettissement causées par le capitalisme mondialisé, les liens entre souveraineté nationale et démocratie sont devenus indissociables. Gilles Gagné écrit dans Un projet d’État pour contrer le capital libéralisé : « Je suis favorable à l’indépendance du Québec parce que je suis favorable à ce qui reste de la souveraineté politique dans un système mondial qui se déploie contre elle, c’est-à-dire contre l’emprise des luttes sociales sur le partage de la richesse collective. »

Ce sont néanmoins dans cette partie de l’ouvrage les textes qui posent la question stratégique qui sont les plus percutants, en ce qu’ils soulèvent un débat relativement neuf dans le mouvement indépendantiste, en remettant sévèrement en question les fondements mêmes de la démarche étapiste du Parti québécois : ses projets de souveraineté-association et de souveraineté-partenariat qui refusent de rompre avec l’ordre constitutionnel canadien ; sa stratégie du pouvoir à exercer à tout prix, sans remise en question du cadre provincial et de ses règles. Finis les traits d’union, finis les "bons gouvernements", finies toutes ces tactiques de détournement de l’objectif principal. Désormais, soutiennent de nombreux auteurs, la solution est l’indépendance et sa réalisation passe par une élection référendaire pour certains, par un référendum décisif pour d’autres, c’est-à-dire que l’appui majoritaire du peuple à un projet d’indépendance ne serait pas le début d’un nouveau processus à engager pour sa réalisation, mais son aboutissement. C’est aussi la position de Robert Laplante qui, dans Revoir le cadre stratégique propose la critique la plus sévère et la mieux documentée du cul-de-sac où les stratégies et tactiques péquistes ont conduit le projet indépendantiste, notamment celles de la période post-référendaire où le PQ. a laissé l’entière initiative à l’adversaire. Il s’agit donc de la reprendre en mettant l’indépendance au centre des débats et de l’action. Il s’agit d’en définir précisément les enjeux et de les expliquer clairement au peuple afin de susciter son engagement éclairé, volontaire et déterminé. La mobilisation populaire s’obtient en effet par la clarté du plan, par la définition précise de l’objectif, par la proximité du combat, par la volonté de le gagner et par la ferme décision de le mener sur le terrain choisi et non sur le terrain miné où nous entraîne l’adversaire.

Que conclure de la lecture des textes qui composent ces deux volumes, choisis entre des milliers d’autres, si ce n’est que le projet indépendantiste est profondément ancré dans l’histoire du Québec pour la simple mais fondamentale raison qu’il en constitue depuis 244 ans l’enjeu vital et qu’au cours de la dernière décennie le désir de l’indépendance n’a cessé de grandir et qu’il s’est exprimé avec force en 1995, pas suffisamment, toutefois, pour se réaliser.

Le temps de la déception maintenant passé, semble venu celui de reprendre le combat, pensent les indépendantistes qui militent tant à l’intérieur du Parti québécois qu’en dehors de ses rangs, notamment dans le Rassemblement pour l’Indépendance du Québec, le Rassemblement pour un pays souverain et le Conseil de la Souveraineté, mais de le reprendre autrement. Sans contester le rôle majeur du Parti québécois, il ne faut plus lui permettre d’exercer son hégémonie sur l’ensemble du mouvement. Semble venu le temps de rétablir, avant qu’elles ne s’effritent complètement, les innombrables solidarités nouées autour du projet indépendantiste dans les années passées et pendant les campagnes pré-référendaire et référendaire de 1995, d’en créer aussi des nouvelles, à partir des besoins nouveaux, souvent nés des effets ravageurs des politiques néo-libérales des gouvernements fédéral et provincial et particulièrement du gouvernement Charest.

Semble venu le temps pour les forces sociales représentatives des intérêts du peuple et engagées dans leur défense et promotion : partis politiques souverainistes, organisations syndicales, mouvements des femmes, mouvements étudiants, sociétés patriotiques, innombrables groupes sociaux et communautaires, intellectuels, écrivains et artistes, de prendre leurs responsabilités, d’unir à nouveau leurs efforts pour mener le combat avec lucidité, détermination et imagination, car la solidarité est le véritable ciment de la démocratie et l’exercice de la démocratie, ici et maintenant, réside dans la lutte pour l’indépendance, puisque c’est seulement lorsque le peuple québécois sera constitué en État national indépendant et souverain, qu’il disposera de tous les leviers de commande et d’action nécessaires à la réalisation de ses projets de développement économique, social et culturel.

Il s’agit donc de rendre l’indépendance désirable, comme nous le rappelle Hélène Pedneault dans La force du désir. « Tout le monde a expérimenté cette forme particulière d’énergie inébranlable qui monte quand on désire vraiment quelque chose. (…) Rien ne résiste au raz-de-marée du désir.

Il en est de même pour le désir de pays. À partir de maintenant, il faut que ce désir soit plus fort que tout. Plus fort que les peurs, plus fort que les magouilles attendues des adversaires, plus fort que chaque élément de nos vies, pris séparément. Il ne s’agit pas de mettre de côté tout le reste de sa vie, il s’agit d’amener sa vie avec soi dans son désir de fond : femme, mari, enfants, projets, travail. Nous ne sommes pas des êtres fractionnés. À partir de maintenant, il faudra faire de la place au désir de pays et pour un temps, peut-être, il faudra être obsédé par le désir de pays. Personne ne pourra résister à une telle énergie cumulée. Les plus incer-tains se laisseront porter par la vague, et les adversaires n’auront d’autre choix que de nous laisser passer. »

Bref, l’indépendance pour « construire enfin notre vieil avenir », écrivais-je dans un ouvrage précédent.

1 Tome I, anthologie de 1774 à 1992 d’Andrée Ferretti et Gaston Miron ; Tome II, 1992-2003, Éditions Typo, 2004.