
Les leçons à tirer du mépris
Jacques Beauchemin
Directeur du département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal
Le Devoir jeudi 29 avril 2004
Scandale des commandites - Les témoignages devant le comité des Comptes publics sont révélateurs d'une véritable stratégie d'encerclement du Québec
L'enquête qu'a menée le comité des Comptes publics offre un réconfort paradoxal à ceux qui se sont inquiétés de la gestion du programme de commandites. On nous l'assure, le Canada en a eu pour son argent. Certaines opérations comptables ont peut-être été douteuses, mais la situation n'exigeait-elle pas que tous les moyens soient mis en oeuvre, compte tenu de la menace que fait peser le souverainisme québécois sur l'intégrité du Canada?
Les révélations de ces dernières semaines sont atterrantes. Il n'est pas difficile de partager la colère des Canadiens et des Québécois vis-à-vis de ce scandale. Détourner 100 millions de dollars n'est pas rien. De surcroît, l'enquête actuelle n'a rien pour apaiser la grogne alors que se défilent tous ceux dont on pouvait penser à juste titre qu'ils savent quelque chose ou qu'ils ont eux-mêmes commis des gestes répréhensibles.
Mais il aura fallu attendre les témoignages d'Alfonso Gagliano et surtout de Charles Guité pour que soient atteintes les limites de l'indécence. La candeur avec laquelle on avoue que les objectifs visés justifiaient les moyens adoptés et le triomphalisme affiché par ceux qui sont parvenus à tapisser le Québec de publicité fédérale sont tout simplement insultantes. Ces témoignages sont révélateurs d'une véritable stratégie d'encerclement du Québec en vertu de laquelle tous les moyens sont bons dans la lutte contre le souverainisme.
Un déni de la démocratie
Le nationalisme québécois se caractérise par son ouverture aux Québécois de toutes les allégeances et place en son centre un idéal démocratique que seule la mauvaise foi peut ne pas reconnaître. Malheureusement, on ne peut pas dire que cet idéal soit partagé par ceux qui, depuis 1995, n'ont eu de cesse de le bafouer.
De la même façon que la loi référendaire n'a pas été respectée à l'occasion de la manifestation d'amour à laquelle les Québécois ont eu droit à la veille du référendum de 1995, les malversations entourant le programme de commandites et la constitution d'un fonds clandestin destiné à préserver l'unité nationale (dont nous apprenons qu'on y a peut-être versé jusqu'à 600 millions) indiquent que rien ne paraît plus pouvoir contenir l'envie d'en finir du côté fédéral.
Pour la plupart des Québécois, ces manoeuvres sont d'autant plus inacceptables qu'elles heurtent des convictions démocratiques profondes. Bon nombre d'entre eux nourrissent le projet de la souveraineté du Québec. De quelle manière en ont-ils fait la promotion au fil des années? Toujours et en toutes circonstances dans le respect scrupuleux de la démocratie. Même si l'idée d'un référendum sur la question recèle aux yeux de plusieurs des inconvénients sur le plan strictement stratégique, les Québécois tiennent à cette formule, y voyant la manière la plus démocratique et la plus raisonnable d'atteindre l'objectif.
La loi référendaire encadre clairement la nature et le financement des activités que peuvent abriter les comités sous lesquels doivent se placer les partisans de l'une ou l'autre option. Encore là, les Québécois s'en sont toujours tenus au respect de la loi. Le résultat serré du référendum de 1995, on l'a beaucoup dit mais il faut le réitérer, n'a pas entraîné de débordements. Au contraire, les Québécois ont une nouvelle fois montré leur attachement profond à la démocratie en acceptant calmement le résultat du vote.
Comment alors ne pas constater l'étrange paradoxe qui veut que le nationalisme québécois soit constamment dépeint sous la figure antidémocratique et ethniciste d'un projet entretenu par les seuls Québécois francophones de souche alors que les entorses à la démocratie se retrouvent plutôt du côté fédéraliste? Ainsi, on ne trouve plus guère d'équivalent du côté fédéral des valeurs d'ouverture que chérissent les Québécois, de leur attachement à la démocratie et de leur volonté jamais démentie de collaboration qui est manifeste dans cette politique de la main tendue qui s'est exprimée sous diverses figures (l'association, le partenariat).
La fin de l'ambivalence?
Les malversations dont nous connaissons maintenant l'existence alimentent la thèse d'une impasse politique totale entre le Québec et le Canada. Cependant, objectera-t-on, le sentiment de cette impasse n'est pas nouveau. N'avons-nous pas assisté, depuis le rejet de l'accord du Lac-Meech en 1990 et l'élection du Parti libéral de Jean Chrétien en 1993, au blocage de toutes négociations engageant le Canada et le Québec? Mais les manipulations dont a fait l'objet le programme de commandites et la création du fonds secret pour l'unité nationale confèrent une autre dimension au contentieux et pourraient bien avoir un impact sur la conscience politique québécoise.
Nous savons que l'histoire intellectuelle du Québec est traversée d'une déchirure entre l'appartenance au Québec et à l'adhésion au fédéralisme et au Canada. De nombreux intellectuels nationalistes ne sont jamais parvenus à renoncer au rêve canadien. André Laurendeau, Léon Dion et Claude Ryan incarnent cette posture. Ils ont défendu les intérêts du Québec dans le cadre du fédéralisme en affichant leur attachement au Canada, pays qu'ils estimaient que les Canadiens français, puis les Québécois, avaient contribué à construire et au sein duquel ils étaient chez eux. Leur parcours a été peuplé de déceptions. Fédéralistes «déçus», «fatigués» ou «perplexes», ils n'ont toutefois jamais désespéré d'une fin heureuse, escomptant que les vertus du dialogue étaient capables d'aplanir les différends.
Ce courant au sein de notre histoire intellectuelle est peut-être en train de s'éteindre. Certes, Jocelyn Létourneau, qui en est un des derniers interprètes, continue de faire valoir le «capital de bonté» qui se serait accumulé dans l'histoire du Canada. À ses yeux, les Québécois ont toujours pu se tirer d'affaire dans le cadre canadien et les avanies dont ils ont pu être les victimes n'appellent pas de solution aussi radicale que la souveraineté.
Cette posture typique du paysage intellectuel québécois est en voie de disparition. La suffisance avec laquelle s'affirme aujourd'hui le déni de reconnaissance de la nation québécoise prépare peut-être la fin de l'ambivalence si caractéristique de notre tradition intellectuelle et politique.
Le cynisme qui se dégage des propos des témoins à l'enquête du comité des Comptes publics et le triomphalisme qui l'accompagne indisposent à juste titre les Québécois. Depuis l'issue du référendum de 1995, ils savent que le Québec est l'objet d'une tentative d'encerclement. Cette stratégie s'est déployée selon trois modalités. La première a consisté en l'adoption de la loi C-20. Il s'agit non seulement dans ce cas de définir sur le plan juridique les règles entourant l'exercice démocratique que représente un référendum mais également de jeter le discrédit sur le projet souverainiste en laissant supposer qu'en l'absence de balises, il risque d'être imposé par la ruse et la manipulation.
La deuxième modalité réside dans les modifications subreptices apportées à la forme du régime constitutionnel canadien. L'Union sociale de 1999 a ainsi constitué une nouvelle phase de l'offensive fédérale visant à envahir les champs de compétence du Québec (et des provinces en général).
Nous voyons maintenant plus clairement en quoi consiste la troisième modalité de cette tentative d'encerclement. Pour le gouvernement fédéral, elle tient pour l'essentiel dans l'abandon de toutes les règles éthiques portant sur ses rapports avec le souverainisme québécois. Par rapport aux deux premières modalités, elle signale une disposition nouvelle du Canada à l'endroit du Québec: le mépris.

Scandale des commandites :
Sheila Fraser persiste et signe
Raymond Giroux
Le Soleil jeudi 29 avril 2004
Ottawa - Sheila Fraser persiste, signe et réplique à ses détracteurs : "Les problèmes sont bel et bien sérieux", a-t-elle signifié par écrit au Comité des comptes publics, hier, en rejetant toutes les accusations portées par les Marc LeFrançois, André Ouellet, Charles Guité et autres parties au scandale des commandites.
La vérificatrice générale a devancé l'ordre du jour du Comité, qui l'a convoquée pour la semaine prochaine tout en débattant du moment précis, et a décidé d'expédier cette missive "pour aider (ses) membres à se préparer à l'audience", manière polie d'exprimer sa crainte que les élections ne soient déclenchées avant son témoignage.
"La vérification a révélé un non-respect généralisé des règles de passation des contrats", maintient-elle dans une lettre aux députés où elle invoque à l'appui de sa crédibilité le récent rapport d'une équipe internationale de vérificateurs confirmant que "nos pratiques sont fiables".
"La documentation était inadéquate et ne contenait que peu de preuves d'analyses pour justifier des dépenses de plus de 250 millions de dollars", ajoute Mme Fraser en rappelant l'ampleur de cette affaire.
Loin de se montrer impressionnée par les attaques des dirigeants de sociétés d'État comme VIA Rail et Postes Canada, ces dernières semaines, Mme Fraser a même dévoilé des lettres de leurs dirigeants dans lesquelles ils se disaient satisfaits des faits énoncés dans le rapport.
"La version finale ne comporte aucun point en suspens en ce qui nous concerne et nous n'avons pas d'autres commentaires à formuler", écrivait le vice-président aux communications de Postes Canada, Alain Guilbert, le 23 octobre 2003, après des discussions qui avaient mené à des modifications au rapport du 10 février dernier.
Même réaction chez VIA Rail : "Nous confirmons qu'il ne subsiste aucun point en suspens entre votre bureau et VIA Rail au sujet des faits rapportés", écrivait M. LeFrançois, depuis lors congédié de son poste de président. Ce dernier a pourtant déclaré au Comité, il y a trois semaines, que Mme Fraser n'avait, en gros, rien compris à ce qui se passait.
Par ailleurs, Mme Fraser affirme que "nous n'avons jamais dit que 100 millions de dollars manquaient ou avaient été volés", comme le répètent souvent les partis d'opposition.
La vérificatrice générale aurait préféré présenter "un état plus ventilé des montants versés", mais n'a pu le faire parce que "le gouvernement ne pouvait distinguer avec précision les frais de production des commissions", écrit-elle pour répondre à ceux qui l'ont accusée de ne pas comprendre le fonctionnement du système.
De toute manière, selon son constat encore plus incriminant pour les responsables de l'affaire, "dans de nombreux cas, les frais de production comprenaient des commissions pour des travaux qui ont été sous-traités à d'autres agences".
Mme Fraser réplique en outre à ceux qui, comme M. Guité, l'ancien responsable des commandites, prétendent que les agences auraient en leur possession la documentation nécessaire pour justifier les paiements "qu'il ne suffit pas d'espérer ou de croire que la documentation sera conservée par les autres parties".
"Les fonctionnaires, selon elle, doivent conserver la documentation adéquate pour approuver le paiement comme il se doit et respecter leurs obligations en vertu de la Loi sur la gestion des finances publiques."
Le Comité entendra ce matin l'ancien patron de Gosselin Communication, Gilles-André Gosselin, une des entreprises visées dans le scandale. Le Comité voulait interroger M. Gosselin la semaine dernière, mais n'avait pas pu le joindre.
Son entreprise apparaissait dans la liste des quatre contractants jugés peu fiables par l'équipe de M. Monette, en compagnie de Groupaction, de Lafleur et de Coffin Communication, et qui ont raflé à peu près la moitié des contrats de commandite pour une valeur de 36 millions $, un montant qui ne touche que les coûts de production.
Par contre, Everest, Vickers & Benson, Jarvis Communication et Compass Communications, de leur côté, avaient de meilleurs systèmes de contrôle financier, selon le haut fonctionnaire, et ne méritaient pas de suivi particulier.
Par ailleurs, un autre document déposé hier apprend que parmi le personnel politique de l'ancien ministre Alfonso Gagliano, entre 1997 et 2002, 23 portaient des patronymes francophones, 5 apparaissaient de descendance italienne comme le ministre et un seul semblait anglophone.
Le Programme de commandites, faut-il rappeler, visait à rehausser la visibilité du gouvernement canadien au Québec dans la foulée du référendum de 1995.
RGiroux@lesoleil.com

L'émotif débat sur les défusions
Les nouvelles villes, le Québec et le monde
André Baril
Secrétaire de rédaction à la revue Combats
Le Devoir jeudi 29 avril 2004
IDÉES - Le gouvernement péquiste avait compris l'interrelation entre les cités, les nations et le grand contexte international
C'est parti: il suffira que 10 % de la population d'une ancienne ville appose sa signature au registre prévu à cette fin au cours de la semaine du 16 au 20 mai pour déclencher, dès juin prochain, la tenue d'un référendum.
À l'aube de cette consultation publique et à la suite de la publication des études économiques, les partisans des villes nouvelles auront tendance à penser que le fardeau de la preuve appartient désormais aux défusionnistes, que ces derniers auront à démontrer les avantages d'une défusion. C'est une erreur. Il faut plutôt nous demander si l'exercice en question engendrera un renouveau démocratique ou s'il servira de baromètre pour mesurer le ressentiment envers nos institutions publiques.
Comme certains observateurs l'ont vu, le débat sera émotif, et cela rendra le débat difficile. En conséquence, avant d'engager un dialogue avec ceux qui chercheront justement à éviter toute discussion, il faut réfléchir à la lumière du grand contexte international.
Avant les fusions, la participation aux élections municipales n'était pas très élevée mais les gens tenaient à leur municipalité car ils avaient le sentiment d'avoir une certaine emprise sur la réalité. Les chemins étaient-ils bien déblayés l'hiver? Les permis de construction étaient-ils délivrés rapidement? Si ce n'était pas le cas, on pouvait appeler le secrétaire trésorier, le directeur général, la mairesse, ou intervenir à la séance du conseil municipal.
Après leur création, en janvier 2001, les nouvelles villes auraient bien voulu partager certaines responsabilités avec le gouvernement du Québec, mais il leur a fallu accomplir une lourde tâche administrative. Par exemple, certaines villes n'ont pas encore terminé l'harmonisation des règlements ou signé les conventions collectives. Trois ans plus tard, on peut se demander si les contribuables et les gens qui travaillent dans ces nouvelles villes sont heureux de leur nouvel espace urbain ou s'ils ne préféreraient pas retourner dans leur monde municipal d'antan.
Certes, il ne sert à rien de former des paliers de gouvernement si les gens se sentent ignorés par le système. Nous craignons tous le gigantisme, les pouvoirs inaccessibles, anonymes, bureaucratiques. En conséquence, entendons-nous autour d'une intuition de base: la démocratie est une politique à l'échelle humaine ou elle n'est rien.
Or qu'en est-il de la politique dans le contexte actuel de la mondialisation? Plus concrètement, quand l'extension des marchés ébranle les gouvernements nationaux, que font les populations? Ont-elles tendance à se replier sur elles-mêmes ou à se regrouper dans un plus grand ensemble? Une hésitation est inévitable.
Pour en découdre, je vous propose la comparaison suivante. Aujourd'hui, si le Québec tout entier ne formait qu'une seule ville, ce serait encore une ville moyennement peuplée, une petite ville en comparaison des nombreuses mégapoles, par exemple New York, Mexico, Shanghaï, Séoul, Bombay, Tokyo ou Paris. Avec des villes comme Montréal et Québec, nous sommes très loin des 20 millions de Japonais qui habitent Tokyo! Avec cette simple échelle de comparaison, il s'avère possible de prendre une certaine distance face à notre situation.
De nouvelles responsabilités
Avec un peu de recul, l'enjeu devient alors visible: préparer l'avenir ne consiste pas à nous replier sur nous-mêmes et encore moins à nous fondre dans une société mondiale mais, au contraire, l'avenir se prépare en consolidant chaque palier gouvernemental pour que les citoyens puissent grandir avec la démocratie cosmopolitique à venir, c'est-à-dire la démocratie entre les nations.
Reprenons cela palier par palier. D'abord, au centre, il y a le gouvernement national, ici l'État québécois. Encore aujourd'hui, en effet, le coeur de la démocratie bat au rythme de la nation. Pourquoi donc? Eh bien, parce que la communauté nationale opère une nécessaire médiation entre l'individu et l'universel; elle permet à l'individu de se constituer en sujet de droit (universalité) tout en lui donnant des repères culturels qui vont colorer sa participation au monde et ainsi former une part de son identité (particularité).
Mais aujourd'hui, une partie toujours plus grande de l'oxygène nous vient de la communauté internationale. Alors, il faut envisager de nouvelles responsabilités pour la gouverne municipale, notamment en ce qui a trait à l'aménagement du territoire, à l'environnement et à la fluidité des échanges internationaux, non seulement l'échange des biens mais aussi celui des idées et des personnes. La formation des nouvelles villes s'inscrit dans cette dynamique. L'étape suivante consisterait sans doute à élaborer une politique des régions.
En favorisant la création des nouvelles villes, l'ancienne ministre Louise Harel et le gouvernement péquiste avaient compris l'interrelation entre les cités, les nations et le grand contexte international. Il s'agissait de rétablir les proportions, de rééquilibrer le rapport de force, en fournissant aux municipalités les moyens de répondre aux nouveaux défis, en créant des villes nouvelles qui renforceraient le poids de la communauté nationale (que les citoyens de Westmount n'aient pas apprécié, c'était à prévoir, mais comment expliquer, sinon par un profond malentendu, certaines attitudes de villes de banlieue majoritairement francophones?).
Le Canada vient de comprendre cette interrelation. Pendant que nous poursuivons, entre Québécois, nos légendaires querelles de clocher, le gouvernement fédéral et le premier ministre Paul Martin cherchent, sur tous les fronts, à instaurer un nouveau «partenariat» avec les municipalités (voir à ce sujet la déclaration de Paul Martin en mai 2003 à Winnipeg ainsi que l'analyse approfondie de la journaliste Manon Cornellier dans Le Devoir du 29 novembre 2003). Pendant que nous nous querellons et pendant qu'Ottawa veut convaincre les villes de se faire les porte-étendards du «bienvenue au Canada», les régions reçoivent-elles leur juste part?
Aussi, avant d'apposer notre signature sur le registre (de la défusion), nous devrions réfléchir à la portée et aux conséquences néfastes d'un tel geste. Mais comment résister au faux cynisme ambiant, c'est-à-dire à la quête identitaire bien réelle de ceux qui ont l'impression d'être ignorés des pouvoirs en place?
Pour nous immuniser contre toutes les formes de ressentiment que le capitalisme mondial génère actuellement, il faut nous soumettre à l'épreuve du questionnement philosophique: notre liberté politique se résume-t-elle à réclamer le privilège de nous détacher à volonté de tout rassemblement (ou de toute opinion ou de tout consensus), à agir comme bon nous semble selon nos seuls intérêts, ou, au contraire, réside-t-elle dans notre aptitude démocratique à replacer nos intérêts immédiats dans un contexte politique plus large et à les juger en regardant vers l'avenir?
Malgré les difficultés du moment, notre intérêt est de persévérer, de bâtir de nouveaux paliers institutionnels afin que les jeunes générations puissent engager plus facilement un dialogue à des paliers supérieurs, avec des peuples qui semblent si loin de nous mais qui sont pourtant nos semblables. À cet égard, le travail accompli par le maire de Québec depuis des années apparaît tout simplement admirable. Jean-Paul L'Allier a une vision du monde à partager.
En 1967, l'Expo de Montréal avait été, pour une génération, le symbole d'une ouverture sur le monde. En 2008, la célébration de la fondation de Québec va sans aucun doute générer une nouvelle fierté internationale. Pourquoi ne serions-nous pas tous de la fête?

Tremblay veut accroître le bilinguisme à Montréal
Antoine Robitaille
Le Devoir jeudi 29 avril 2004
Le maire de Montréal Gérald Tremblay a cherché à rassurer des citoyens de l'ancienne ville de Côte-Saint-Luc, hier soir, en leur disant que s'ils choisissaient de rester un arrondissement, le caractère bilingue de ce dernier ne serait nullement remis en question et même que les services bilingues croîtraient partout sur l'île. Le maire a entre autres donné l'exemple du site Internet de la ville qui n'est «disponible qu'à 20% dans les deux langues » et qui devrait être entièrement bilingue. «Jamais les anglophones n'ont eu autant de pouvoir que dans la grande ville », a aussi déclaré M. Tremblay.
Le maire animait une assemblée publique de type Town Hall meeting (qui met l'accent sur les échanges directs avec l'auditoire), dans le cadre d'une tournée contre le oui aux défusions. Le coup d'envoi de celle-ci a été donné dimanche après-midi à Saint-Laurent, où une soixantaine de personnes seulement s'étaient présentées. Hier, l'assemblée, divisée et discuteuse, comptait quelque 220 citoyens - dont environ 60 % de défusionniste - regroupés dans une grande salle de la Synagogue Beth Israel Beth Aaron. Les échanges ont été passablement vifs, donnant parfois du fil à retordre à la modératrice. Le maire, toutefois, a gardé son calme et son sourire, ayant choisi le pari de la passion et de la franchise. «Il est difficile de se mettre en colère contre vous», lui a même lancé un vieil homme avant de plaider pour la défusion de CSL et d'accuser les «séparatistes» d'avoir fait fuir ses enfants de Montréal.
En tout, Gérald Tremblay a parlé pendant une heure trente, debout devant un grand tableau blanc sur lequel il avait griffonné les grandes lignes de son argumentation. «C'était une véritable fosse aux lions pour lui», a dit un citoyen, Stanley Grunfeld, notant que CSL est un des bastions forts du défusionnisme à Montréal. «Ça prenait du courage pour venir ici», a pour sa part fait remarquer Marvin Rotrand, conseiller municipal du parti de M. Tremblay pour Notre-Dame-de-Grâce.
Outre la langue, les discussions ont porté sur le processus référendaire, qui fut dénoncé par plusieurs. William Steinberg, un défusionniste, a demandé au maire de se joindre à sa bataille contre la règle qui fait que pour être gagnant, un référendum sur la défusion devra non seulement obtenir 50 plus un de oui, mais compter au moins 35 % des électeurs inscrits parmi les oui. «Aucune démocratie en Occident n'a jamais édicté des règles semblables», a dit M. Steinberg. «Cette règle devrait s'appliquer au prochain référendum sur la souveraineté», a raillé un participant.
Par ailleurs, le maire a répété à plusieurs reprises aux participants qu'en votant oui, en défusionnant, on «sautait dans l'inconnu». Un inconnu où le maire de Montréal sera très puissant, possédant plus de 57 % des voix au Conseil d'agglomération. «Vous avez une carte de crédit?», le maire a-t-il demandé à une participante, qui a répondu «oui et je ne vous la donnerai pas!». «Mais en votant oui aux défusions, c'est exactement ce que vous faites!», a rétorqué le maire, décidément en forme hier soir.

Les Québécois toujours insatisfaits du gouvernement Charest
Denis Lessard
La Presse jeudi 29 avril 2004
Mais le PQ n'est guère plus populaire avec 64% de citoyens insatisfaits!
Québec - Malgré la conversion de Jean Charest en " apôtre de la consultation ", le retour des allocations familiales du dernier budget Séguin, rien n'y fait: la population du Québec est toujours massivement mécontente de l'action du gouvernement du Québec.
Mais cette fois Jean Charest ne sera pas seul à recevoir comme une mauvaise nouvelle le plus récent sondage CROP réalisé pour La Presse. Bernard Landry n'en sera pas plus heureux: même si le gouvernement est en disgrâce, le Parti québécois trouve le moyen de descendre dans les intentions de vote.
Réalisée auprès de 1004 personnes jointes entre le 15 et le 25 avril, l'enquête est précise à trois points près, 19 fois sur 20. En avril, en dépit du budget d'Yves Séguin et du virage " à l'écoute " du gouvernement Charest, pas moins de 66 % des Québécois étaient insatisfaits du gouvernement du Québec, une hausse d'un point par rapport au mois précédent. Inversement, les gens très ou plutôt satisfaits baissent d'un point, à 29 %, " un plancher historique ", souligne le spécialiste de CROP, Claude Gauthier.
Même après la controverse du lobbyisme, après la démission de Gilles Baril et une raclée aux élections complémentaires, le gouvernement Landry obtenait encore 30 % de satisfaits contre 64 % d'insatisfaits, montrent les relevés de CROP.
Le côté tranché des opinions frappe aussi. Des 66 % d'insatisfaits, pas moins de 41 % sont " très insatisfaits ", huit fois plus que les 5 % de " très satisfaits " du gouvernement. Même chez les allophones, le taux de satisfaction est en baisse, observe M. Gauthier. Le budget du ministre Séguin, à la fin mars, " n'a pas eu d'effets ", conclut le spécialiste.
Pour M. Gauthier, les conclusions qu'on peut tirer de ce dernier sondage reste limitées. " C'est comme si le ciment ne prenait pas autour du gouvernement Charest, les gens ont beaucoup de difficulté à dire qu'ils sont satisfaits ", résume-t-il. Quant aux intentions de vote, on constate que le PQ a probablement atteint son sommet le mois dernier et il faudra voir dans les prochaines enquêtes s'il se maintient dans les mêmes eaux, explique le vice-président de CROP.
Au niveau des intentions de vote, on observe un léger gain de trois points pour le Parti libéral, contre une baisse de 4 % pour le PQ. Les libéraux obtiendraient 36 % des suffrages si des élections seraient déclenchées ces jours-ci, contre 41 % au Parti québécois. Le parti de Bernard Landry raflerait encore une très nette majorité de circonscriptions tant il est en avance sur les libéraux chez les francophones- 43 % des intentions de vote contre 18 % au PLQ. L'ADQ baisse d'un point passant de 21 à 20 %. Les tiers partis gagnent deux points à 3 %.
CROP répartit les 17 % d'indécis selon leur tendance sur la question nationale. La hausse du PLQ vient d'un retour des allophones vers le parti de Jean Charest- la proportion des indécis dans ce groupe est passée de 26 % à 11 % en un mois.
Dans la région de Montréal, les libéraux et les péquistes sont carrément à égalité, mais à Québec, le parti de Bernard Landry domine avec 37 % des appuis contre 27 % à l'ADQ et 19 % au PLQ. Dans le reste du Québec, le PQ est en avance avec 36 %, les libéraux et les adéquistes se disputent la seconde place avec respectivement 21 et 20 % des intentions de vote.
Quant à la question référendaire de 1995, où l'option souverainiste avait fait un saut impressionnant le mois dernier- on aurait réédité le score de 1995 à 49 % contre 51 %-, elle revient à des résultats plus connus. Le camp fédéraliste aurait obtenu 53 % des voix contre 47 % aux souverainistes au lendemain d'une consultation sur la souveraineté-partenariat comme il y a neuf ans, un score comparable à ceux obtenus au cours de 2003.

Plus de Canadiens ont choisi le Québec que de Québécois le Canada
Louise-Maude Rioux Soucy
Le Devoir jeudi 29 avril 2004
En 2003, le Québec a affiché un premier bilan migratoire interprovincial positif en 30 ans, montre Jack Jedwab
Le Québec a mis fin en 2003 à 30 ans de déficit migratoire interprovincial, révèlent les plus récentes données de Statistique Canada, mises en lumière hier par le directeur général de l'Association d'études canadiennes, Jack Jedwab, auteur d'une étude sur la migration interprovinciale au Canada. L'avancée reste toutefois timide, puisque le Québec n'a enregistré pour 2003 qu'un gain net de 118 individus.
Quand on compare ce chiffre aux données de 2002, alors que la province enregistrait une perte nette de 4179 individus, la volte-face apparaît toutefois significative. «Symboliquement, c'est une barrière qu'on a franchie», explique Jack Jedwab. En effet, au cours des 30 dernières années, il n'était pas rare que le Québec connaisse plus de 10 000 départs et même davantage, notamment à la fin des années 1970 et au début des années 1980, avec un sommet de 46 600 départs en 1976.
Parallèlement à cela, l'Ontario, qui traditionnellement obtient la faveur de beaucoup de Québécois, a connu une baisse en 2003, une première en cinq ans. Un résultat qui explique d'ailleurs en bonne partie la performance du Québec. «Ce qu'on constate dans les données, c'est que, depuis quatre à cinq ans, il y a 30 % de moins de Québécois qui quittent la province pour une autre alors qu'il y a 15 % plus de Canadiens qui choisissent le Québec», remarque le directeur de l'institut.
Le contexte
Ce retournement s'explique également par le contexte politique et économique du Québec. «Je n'ai jamais cru, dans le cas du Québec, qu'on puisse séparer sa situation politique, économique ou sociale de son bilan migratoire interprovincial, poursuit M. Jedwab. Ce dernier remarque par ailleurs que le déficit était plus élevé dans les années où l'on discutait plus intensément de constitution ou de langue. «Je pense que ce n'est pas une coïncidence que, dans la première année du mandat des libéraux, les gens aient tendance à rester au Québec», ajoute-t-il.
La spécificité toute montréalaise n'est également pas étrangère à ces longues années de déficit. En effet, si la majorité des gens qui décident de changer de province voient leurs conditions financières s'améliorer - surpassant même celles de ceux qui y sont nés -, la situation est tout autre pour ceux qui choisissent la métropole québécoise puisqu'ils font généralement moins bien que les Québécois pure laine.
Ceux qui y aménagent faisant moins bien que ceux qui y sont nés, Montréal est longtemps restée moins attrayante aux yeux des autres provinces, outre la barrière connue de la langue. Les années de vaches maigres seraient toutefois en voie de se terminer. «J'ai l'impression que cela est en train de changer, confirme Jack Jedwab. Si la tendance se maintient, c'est même Montréal qui sera la grande gagnante de cette amélioration de la situation de la migration. Ce n'est pas d'ailleurs un hasard si la ville vit un boom dans le logement présentement.»
Selon le directeur général de l'Association d'études canadiennes, cette fragile avancée devrait se maintenir pour les prochaines années. Il faudra cependant attendre 2007, date du prochain recensement canadien, pour en être certain.

Le péché d'orgueil
Michel David
Le Devoir jeudi 29 avril 2004
Il y a une limite à ce que peut supporter un homme aussi orgueilleux que Marc Bellemare. Cette limite est le ridicule, même si on dit qu'il ne tue pas. La perspective de voir la remise en question du no fault réduite à la possibilité d'une poursuite devant la Cour des petites créances a sans doute été la goutte qui a fait déborder le vase.
C'est la croisade qu'il a menée pendant des années qui a valu à M. Bellemare la notoriété dont Jean Charest a voulu profiter aux élections du 14 avril 2003. Se contenter de la réforme purement cosmétique à laquelle le gouvernement paraît maintenant résigné aurait porté un coup aussi dur à sa crédibilité qu'à son ego.
Depuis plusieurs semaines, le ministre de la Justice, dont la carrière semblait tourner au cauchemar, était clairement à la recherche d'une porte de sortie la plus élégante possible. Il part avec l'image d'un homme qui a préféré sacrifier une limousine ministérielle plutôt que ses principes. Qu'il retourne à la pratique du droit ou décide éventuellement de faire autre chose, la fidélité à ses principes est toujours une qualité très appréciée.
Il n'est ni le premier ni le dernier à découvrir à l'usage qu'il n'était pas fait pour la politique. Des hommes aussi estimables que Daniel Paillé ou André Reynauld en sont jadis arrivés à la même conclusion.
Depuis le tout début, il était manifeste que M. Bellemare n'avait ni la patience ni le sens du compromis qu'exige l'art du gouvernement dans une société démocratique. C'est d'ailleurs là un des grands paradoxes de la politique: il faut avoir une très grande estime de soi pour encaisser les coups très durs qu'on y reçoit tout en ayant l'humilité de reconnaître qu'on ne peut pas imposer ses vues et son rythme à la population contre son gré. En politique, le péché d'orgueil est mortel.
Certains apprennent de leurs erreurs, d'autres non. M. Bellemare appartient à la deuxième catégorie. Encore cette semaine, le sourire satisfait qu'il arborait en commentant l'appel du jugement rendu dans l'affaire Gillet démontrait que malgré tous ses déboires, il n'avait toujours pas compris que le rôle du ministre de la Justice n'est pas de se transformer lui-même en justicier.
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Si Jean Charest l'a «roulé», comme le disait André Boisclair, c'est sans doute involontairement. En reprenant à son compte sa croisade contre le no fault, le premier ministre a encore fait une mauvaise lecture de l'opinion publique québécoise, qui n'est pas disposée à sacrifier un régime qui fait l'envie d'à peu près tout le monde à l'extérieur du Québec simplement parce qu'un avocat fort en gueule en a fait son obsession.
Il y a toujours quelque chose de tragique à voir un homme se casser la figure de façon aussi spectaculaire, mais les projets de M. Bellemare étaient nuisibles pour le Québec. Espérons seulement qu'on profitera de sa démission pour les expédier aux archives.
Malgré les bons mots qu'on prononce obligatoirement en pareilles circonstances, ses ex-collègues ne pleureront pas longtemps sur le sort de ce loose cannon. Jacques Dupuis a toutes les qualités pour le remplacer très adéquatement à la Justice, à commencer par un bien meilleur sens politique.
Mine de rien, M. Dupuis devient subitement un des membres les plus puissants du gouvernement. En ajoutant la Justice et la présidence du comité de législation à son poste de leader parlementaire, il acquiert pratiquement un droit de veto sur tous l
***
S'il enlève une épine du pied du gouvernement, le départ de M. Bellemare pourrait néanmoins allonger la liste déjà impressionnante des mécontents. Bon nombre d'électeurs libéraux, partisans de la loi et de l'ordre, voyaient en lui un vaillant défenseur de la veuve et de l'orphelin, qu'on aura lâchement sacrifié. Si les progressistes et les conservateurs font alliance contre le gouvernement, les libéraux risquent de passer un très mauvais quart d'heure.
Le comté de Vanier, que M. Bellemare représentait à l'Assemblée nationale, est assez représentatif de cette partie de la population qui partage son sentiment voulant que la société est trop tolérante à l'endroit de ceux qu'il appelait «les abjects et les mécréants».
M. Charest devra maintenant décider quand il y déclenchera une élection partielle. Si on se fie aux plus récents sondages, les choses se présentent mal pour le PLQ, qui risque de terminer troisième derrière le PQ et l'ADQ.
La loi prévoit un délai maximum de six mois, ce qui reporterait l'élection à la fin d'octobre. Si la situation ne s'est pas améliorée de façon significative d'ici là, cela signifie que le gouvernement entreprendrait la session parlementaire d'automne en essuyant une cinglante défaite.
Précipiter les choses en tenant l'élection avant la fin de juin permettrait peut-être de laisser retomber la poussière avant la rentrée, mais il serait difficile de justifier qu'on la noie dans la campagne fédérale et les référendums sur les défusions.
L'idéal serait sans doute de la tenir à la fin de l'été, en espérant que les vacances aient amélioré l'humeur des électeurs. De toute manière, avant de prendre une décision, M. Charest voudra attendre de savoir à quoi s'en tenir en ce qui concerne Mégantic-Compton, où le député libéral fait actuellement l'objet d'une enquête de la SQ qui pourrait éventuellement le forcer à démissionner lui aussi. Décidément, le premier ministre doit avoir très hâte de partir pour la France, où il pourra oublier ses soucis pendant quelques jours.
mdavid@ledevoir.com

Les occasions manquées de Jean Charest
Michel Vastel
Le Soleil jeudi 29 avril 2004
Chronique politique - La démission d'un ministre n'est jamais importante pour un gouvernement majoritaire. Avec l'abondance de députés qui rêvent d'accéder au cabinet, tout le monde se dit : "un de perdu, 10 de retrouvés !" Mais l'onde de choc est assez importante pour stimuler la réflexion... Et celle-ci n'est pas flatteuse pour Jean Charest.
Marc Bellemare n'était pas fait pour la politique, dit-il lui-même. Il aurait pu s'en apercevoir avant de se présenter ! Ou le chef du Parti libéral du Québec aurait dû le savoir avant de lui offrir une candidature. D'ailleurs Bellemare avait autant de talent que beaucoup d'autres - sinon davantage ! - et ce n'est pas cela qui explique son départ.
Marc Bellemare était cependant un mauvais ministre de la Justice comme il y en a souvent à Québec : ceux-ci ont le commentaire un peu trop facile sur l'administration de la justice. Serge Ménard avant lui avait le même défaut, mais il n'a pas démissionné. Pourtant, lui aussi a dû connaître des moments de frustration.
Tournons la page donc, et passons à autre chose. Mais avant, il convient de se demander pourquoi cela est arrivé. Les ministres qui démissionnent par frustration, c'est assez rare. D'ordinaire, il y a toujours, au cabinet des premiers ministres, une sorte de directeur de conscience, un père confesseur qui voit venir ces choses, réconforte le malheureux, demande à l'occasion au chef de lui parler. Et le temps arrange les choses. Hélas, il n'y a pas de directeur de conscience dans l'entourage de Jean Charest, seulement des cliques.
(Ceux qui auront vu l'excellent reportage de ma collègue Sophie Langlois mardi soir, à la télévision de Radio-Canada, auront compris que les plus influents conseillers de Jean Charest pensent autant - sinon plus ! - à leur intérêt personnel qu'à celui du Parti libéral ou du gouvernement du Québec...)
On se rappelle les débuts chaotiques du nouveau chef du PLQ et le départ brutal de Liza Frulla, pourtant coprésidente de sa campagne au leadership. Elle s'attendait à jouer un rôle important dans son cabinet fantôme, en attendant de siéger au vrai Conseil des ministres. (Au fait, sa présence serait sans doute plus utile aujourd'hui à Québec qu'à Ottawa !)
Elle aussi se sentait rejetée. Elle aussi était malheureuse. Elle aussi était jeune, impatiente, débordante d'enthousiasme. Elle avait tenté de parler à son chef pour se faire répondre, par l'adjointe exécutive, Suzanne Poulin : "Il est occupé, c'est quoi votre réponse ?" Et Liza Frulla avait quitté la politique québécoise en larmes...
À l'époque, cela grognait ferme dans le dos du nouveau chef que l'on disait atteint du "syndrome de la nounou", la nounou étant Suzanne Poulin bien entendu. C'était alors "la clique" d'Everest et quelques autres de Sherbrooke, qui l'isolaient. Les vrais libéraux du Québec - ce que Charest n'est manifestement pas, toujours pas, pas encore ! - exprimaient la nostalgie du temps de Robert Bourassa : "Où est le Mario Bertrand de Jean Charest ?" L'actuel premier ministre n'a jamais compris l'importance d'un directeur du cabinet parce qu'entre deux élections, il se fout bien de son parti.
Il est un peu cruel de rappeler les années Bourassa à Jean Charest. Il n'avait que 13 ans en 1971 lorsque des choses comme celles-là se sont passées. Comme Bellemare, un jeune ministre de l'époque, Jean-Paul L'Allier, avait voulu démissionner pour une question de principes. Ministre des Communications et de la Jeunesse, il s'inquiétait des conséquences de l'accord constitutionnel de Victoria, proposé par Trudeau, sur la souveraineté culturelle du Québec. (Claude Castonguay avait les mêmes préoccupations en ce qui avait trait aux politiques sociales.)
"J'étais ministre de la Fonction publique et un peu fatigué aussi, me racontait le maire de Québec hier. J'ai écrit ma lettre de démission et je l'ai envoyée à Bourassa... Qui me la rendit, en tentant de me rassurer."
Jeune et têtu, L'Allier demanda tout de même de lire sa lettre de démission au Conseil des ministres, ce que Bourassa accepta avec élégance. Finalement, L'Allier est demeuré ministre. Et Castonguay aussi. Qu'on s'imagine l'impact qu'auraient eu ces deux démissions en pleine crise constitutionnelle ! C'est pour le coup que Bourassa serait passé pour un faible.
Jean Charest, lui, joue au petit dur. Il n'a pas d'émotions. Il ne fait que des calculs. Si Marc Bellemare lui a envoyé sa lettre de démission à la dernière minute, et a convoqué la presse presque aussitôt, c'est qu'il se doutait que son chef ne lèverait pas le petit doigt. Peut-être même s'est-il fait dire, par un adjoint, comme Liza Frulla : "Il est occupé..."
La démission de Marc Bellemare ne sera qu'une anecdote dans l'histoire du premier mandat du gouvernement libéral. Mais elle est significative d'un dangereux état d'esprit. Le message qu'a envoyé Charest à tous ses ministres est le suivant : "la porte de la salle de mon Conseil des ministres n'a qu'une poignée pour vous, celle de l'intérieur, pour vous permettre d'en sortir ! C'est moi qui ouvre la porte, de l'extérieur !"
Quand on dit de Marc Bellemare qu'il n'avait pas l'esprit d'équipe, le même reproche peut être adressé à Jean Charest. Le chef aussi a besoin d'une équipe pour réussir. Bourassa l'avait compris, lui qui a passé à travers la Crise d'octobre sans perdre son ministre de la Justice (Jérôme Choquette), à travers la crise de Victoria sans perdre ses ministres des Affaires sociales et de la Culture (Castonguay et L'Allier), à travers la crise du lac Meech et de Charlottetown sans perdre aucun ministre. (Ce n'est qu'à la toute fin de sa carrière, sur sa politique linguistique, qu'il perdit trois ministres anglophones...)
Jean Charest ne manque pas seulement d'esprit d'équipe, il ne sait pas non plus saisir les bonnes occasions. Car il avait, avec le départ de son ministre de la Justice, l'occasion de faire d'une pierre deux coups. Il aurait pu décider de mettre fin à la mesquine vendetta qui l'oppose toujours à Pierre Paradis et lui offrir le portefeuille de la Justice, ou lui redonner son poste de leader parlementaire pour soulager Jacques Dupuis. Du même coup, il eût fait entrer à son Conseil des ministres un ancien du parti - dont l'expérience remonte à Robert Bourassa justement ! - ce qui lui manque totalement par les temps qui courent.
Certains concluront que le jeunot n'a pas voulu d'un doyen d'expérience dans son entourage. Tant pis pour lui !
MVastel@lesoleil.com

Les vautours
Richard Martineau
Voir, n° Vol: 18 NO: 17 jeudi 29 avril 2004
Ondes de choc - Ah, et puis fuck!
Ça fait trois semaines que je veux écrire sur Télé-Québec et chaque fois, je me retiens, en me disant que ce ne serait pas éthique puisque je fais partie de la grande famille du réseau de télé publique québécois. Je me suis donc contenté de faire quelques allusions en fin de chronique, c'est tout.
Or, cette semaine, je me fous des critiques; je sors l'artillerie lourde et tire dans le tas. Si Julie Snyder n'a pas hésité à réquisitionner une ambulance pour transporter ses poulains d'un aréna à l'autre, et si PKP ne s'est pas gêné pour inviter trois commissaires du CRTC à partager sa table d'honneur, je ne vois pas pourquoi je m'enfargerais dans les fleurs du tapis et mettrais des gants blancs pour défendre un réseau de télé menacé par une bande de vautours bedonnants qui profitent du confort que leur procurent les millions de dollars de subventions qu'ils reçoivent chaque année pour chier sur le système public.
Vous n'êtes pas contents de ma chronique? Écrivez au Conseil de presse. De toute façon, cet organisme n'a aucun pouvoir décisionnel, et il est aussi puissant qu'un chaton mort dégriffé. Vous croyez qu'il fait peur à PKP, le Conseil de presse? Vous croyez qu'il va l'empêcher de publier six pages sur la nouvelle coupe de cheveux d'une ex-gérante de salon de bronzage devenue chanteuse de karaoké professionnelle dans Le Journal de Montréal ou Le Journal de Québec? Absolument pas. La marde va continuer de tomber, comme d'habitude. Et les commissaires du CRTC vont continuer de sourire de toutes leurs dents et d'applaudir à tout rompre les merveilles ô combien merveilleuses de la convergence.
Alors, fuck la délicatesse, fuck la peur des critiques et fuck PKP et ses porteurs de valises. Moi aussi, je converge. Je converge et je signe.
On dit que Télé-Québec (qui coûte 7 $ par année à chaque Québécois) vit de l'argent des contribuables. Et les autres réseaux de télé, ils vivent de quoi, d'après vous? D'amour et d'eau fraîche? Ils sont subventionnés à l'os. Les émissions qu'ils diffusent sont subventionnées à l'os, les entreprises qui produisent ces émissions sont subventionnées à l'os, les diffuseurs profitent de toutes sortes d'entourloupettes fiscales bref, tout le monde dans le milieu de la télé vit aux crochets de l'État.
Et le milliard de dollars que la Caisse de dépôt a investi dans Quebecor, il vient d'où, vous pensez? De la tirelire de PKP? Il vient de nous tous, de vous, de moi. C'est NOTRE argent. PKP est un assisté social de luxe, c'est tout. Le fric qu'il pompe dans son empire est NOTRE fric. C'est grâce à NOTRE argent s'il peut vendre les beuglements de Wilfred dans ses magasins de disques, ses journaux à potins, ses sites Web, ses huit grands quotidiens urbains, ses 175 hebdos régionaux et ses 170 vidéoclubs.
Le Roi-Soleil des médias québécois profite du pouvoir que lui a conféré NOTRE fric pour renverser une décision prise par le vice-président information et programmes de TVA et crisser un animateur dehors pour la seule et unique raison qu'il n'a pas apprécié une de ses blagues. Et c'est Télé-Québec, un réseau public indépendant de tout impératif commercial, qui se retrouve sur le banc des accusés et qui doit plaider pour sa survie?
Ben ciboire! Elle est bonne, celle-là.
Il faut dire qu'on est au Québec. Ici, c'est le monde à l'envers. Les millionnaires nourris à la petite cuillère par l'État sont considérés comme des génies de l'entrepreneurship par la presse d'affaires, et les voleuses de grand chemin sont saluées comme étant des bâtisseuses hors du commun lorsqu'elles ont le malheur de crever en se faisant remonter le visage.
Le Québec est le royaume des aveugles, et au royaume des aveugles, les Bougon s'en mettent plein les poches.
Et pendant que les gros gras s'engraissent le bide en pigeant à qui mieux mieux dans la caisse, c'est sur le petit à lunettes qu'on frappe.
Vous y comprenez quelque chose, vous? Moi pas.
Je m'excuse pour cette montée de lait, les amis, mais que voulez-vous, j'en ai ras le cul des gens qui prennent une ambulance pour se rendre plus rapidement à la banque

Deux gouvernements, deux façons de calculer
André Dubuc
Les Affaires samedi 1 mai 2004
Ottawa affirme verser 13 G$ en transferts fédéraux, mais Québec se plaint de ne recevoir que 8,5 G$
Qui dit vrai ? Les transferts fédéraux au Québec sont-ils en hausse ou en baisse ? En fait, tout dépend de ce dont on parle. Et Ottawa et Québec ont une façon bien différente de calculer.
Selon le fédéral, le Québec aura droit à 13,3 milliards de dollars (G$) en transferts en 2004-2005, une hausse de 630 M$ par rapport à l'année précédente. Pourtant, dans le dernier budget du ministre provincial des Finances, Yves Séguin, le montant des transferts fédéraux s'élève à 8,5 G$ en 2004-2005, une baisse de 900 M$ par rapport aux sommes reçues en 2003-2004.
Après avoir parlé aux fonctionnaires des ministères des Finances tant à Québec qu'à Ottawa, il ressort qu'il y a trois différences entre les méthodes de calcul des deux niveaux de gouvernement.
Premièrement, Ottawa inclut dans ses calculs les points d'impôt qu'elle a transférés aux provinces dans le passé. Or, le Québec, comme toutes les provinces d'ailleurs, comptabilise les 3,8 G$ comme des revenus autonomes et non comme des transferts.
Deuxièmement, le Québec a choisi de financer certains programmes par le truchement de points d'impôt plutôt que par des ententes à frais partagés. En conséquence, les contribuables québécois paient moins d'impôt à Ottawa. C'est la fameuse ligne 440 de la déclaration de revenu relative à l'abattement du Québec remboursable, correspondant à 16,5 % de l'impôt fédéral de base.
Par souci de cohérence dans sa présentation des transferts versés aux provinces, le fédéral ajoute au montant de ses transferts en espèces les sommes déduites par les contribuables à la ligne de l'abattement du Québec remboursable. Il y a en a pour plus de 2 G$. Une somme qui n'apparaît pas dans les chiffres du Québec sur les transferts fédéraux.
Le calcul de la péréquation
Le dernier élément porte sur la péréquation. À l'aide d'une formule, le fédéral calcule à chaque année les droits de péréquation de chacune des provinces. Ces données sont mises à jour lors de la publication des données du recensement. Il arrive donc que les droits soient révisés à la hausse ou à la baisse. C'est ce qui s'est passé pour l'année 2003-2004 : la révision des calculs a montré que le Québec avait reçu en trop 1,1 G$ en paiement de transfert. Une somme que la province doit rembourser.
Le Québec utilise le principe de la comptabilité de caisse pour établir le montant de péréquation. Le montant apparaissant dans ses livres comptables fluctue selon qu'il y ait des remboursements à faire ou non. Or, la province ne remboursera qu'une très faible partie des 1,1 G$ en 2004-2005.
Pourquoi ? C'est que le fédéral a modifié le programme de péréquation cette année. Dans le cadre de cette réforme et pour limiter les trop grandes fluctuations des montants de péréquation versés d'une année à l'autre, le fédéral a introduit un niveau plancher équivalent au niveau moyen des droits de péréquation des quatre années précédentes.
Pour l'exercice 2004-2005, Québec s'attend à toucher 4,9 G$ en péréquation, alors que le fédéral calcule des droits de 3,8 G$. Les 4,9 G$ représentent en gros le niveau moyen des droits des quatre dernières années.
Le fédéral ne tient pas compte de ce plancher dans ses calculs, puisque cette mesure ne concerne pas les droits de péréquation comme tels, mais plutôt la façon dont ceux-ci sont payés ou remboursés.
andre.dubuc@transcontinental.ca
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Se réjouir trop vite...
Benoit Rheault
TRIBUNE LIBRE 29 avril 2004
"Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Un changement de gouvernement dans trois ans et la possibilité d'un autre référendum pourrait à nouveau renverser la vapeur... Catherine Kovacs, Radio-Canada Montréal."
Voilà les derniers mots d'un court reportage présenté le 28 avril 2004 au Téléjournal de la SRC. Il portait sur ce que l'on annonçait comme étant le premier gain migratoire annuel du Québec l'an dernier, un nombre écrasant de... 118 personnes, depuis les trente dernières années (pour les déplacements à l'intérieur du Québec et du Canada).
M. Bernard Derome mentionne ce qui sera l'idée centrale du reportage: cette situation serait "attribuable à la relative stabilité politique" au Québec. Il annonce que "Catherine Kovacs explique le revirement". ...et elle le fera. On nous présente d'abord deux de ces migrants. Ils sont des francophones du Manitoba. L'homme a été transféré par son employeur et dit avoir choisi Montréal car il connaissait la ville, y étant allé souvent... c'est peu convaincant pour le moment: cette "instabilité politique" qui fait si peur affecte particulièrement les canadiens anglophones et jamais l'homme du couple en question ne mentionnera la frousse politique. La reporter dit que ce "couple représente cette nouvelle tendance amorcée l'an dernier", donc 2003, année de prise de pouvoir de M. Jean Charest... Mais, du même souffle, elle nous apprend qu'il a déménagé en juin 2002! 2002... 2002... qui était au pouvoir, déjà... et n'étions-nous pas à ce moment à parler de référendum en 2005, ce qui fut confirmé à Gatineau? Cet exercise ayant été peu concluant, on apporte quelqu'un qui ne décevera pas, Jack Jedwab, qui a déjà tenu ce type discours. Il rappelle sa vision des choses: moins d'anglophones et d'allophones (argument des communautés) sont maintenant motivés à quitter pour des raisons de "sécurité" politique ou linguistique. Le montage nous rappelle les "hémoragies" de l'accession au pouvoir du PQ en 76 et du référendum de 95. On rappelle que la situation positive présente profite surtout à Montréal, le moteur économique "de la province" (argument de l'économie) et M. Jedwab affirme que c'est une bonne nouvelle, qu'on en a besoin.
"Mais il ne faut pas se réjouir trop vite"... N'y a-t-il pas un peu de partialité dans la présentation de ce reportage? Il est vrai que quelques temps forts du mouvement indépendantiste ont affecté malheureusement et, en fait, injustement notre démographie. Mais, selon la même logique, l'arrivée de "Bourassa 2" dans les années 80 et la grande déprime référendaire de l'époque, qui semblaient encore plus évoquer la lassitude et l'abandon souverainistes, n'auraient-ils pas du apporter un flot migratoire canadien équivalent, même plus grand encore que cette année, plutôt que garder les chiffres sous zéro? Mettre tout le blâme de ces données migratoires sur les souverainistes est simpliste. Je souligne que du 1er juillet 2002 au 30 juin 2003, période en grande partie sous la gouverne du PQ et qui a vu la chute (au profit d'un parti "nationaliste", quand même) mais aussi la remontée fulgurante du Parti Québécois, l'Ontario a perdu encore plus de ses habitants au profit d'autres provinces que le Québec selon Statistique Canada (1814 en moins en Ontario contre 1722 en moins au Québec) et l'Ontario a eu plus du double de l'émigration totale du Québec (22784 contre 9039).
Même si le maigre nombre de 118 personne était attribuable à la soi-disante paix économique et sociale apportée par M. Charest (M. Charest associé à la paix économique ou sociale?), la facture du reportage et de sa présentation ainsi que le moment de sa diffusion nous font douter de l'impartialité de Radio-Canada dans cette affaire. "Mais il ne faut pas se réjouir trop vite"... C'est pendant la chute et la tourmente libérale à Québec et quelques semaines avant les élections fédérales présenties à Ottawa que l'on nous présente ce reportage aux consonances apocalyptiques (au sujet des années péquistes)... où l'on se sert sans vergogne de l'argument de l'argent (argument de l'économie) et de la composante ethnique (argument des communautés) pour arriver à ses fins. Tel M. Charest lors du débat des chefs 2003, voici Radio-Canada, à nos yeux, l'arroseur arrosé.
Benoit Rheault, militant & directeur du site Citoyen (http://membres.lycos.fr/lecitoyen/).
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
Fête des patriotes
29 avril 2004
La 2e édition de la Fête des patriotes organisée par l'amnoq (association des musiciens nationalistes de l'Outaouais québécois), aura lieu à la Boîte à chansons, 769 boul. Maloney est, Gatineau le dimanche 23 mai à 21:30.
Réjean Desjardins, Karine Potvin, D'eux Complices, Joël Ménard, Contact et Éric Hamel seront de la fête. Cette fête est réalisée avec la collaboration du mouvement le Québec un Pays et la S.N.Q.O. (Société nationale des Québécois en Outaouais). Visitez AMNOQ.COM