
La saga Parizeau-Landry provoque un malaise dans les troupes péquistes
Gilles Normand et Denis Lessard
La Presse mercredi 7 avril 2004
Québec - Tous le nient, mais la saga Parizeau-Landry sème un malaise au sein des troupes péquistes. Ces contradictions concernant la façon dont on a demandé la démission de l'ancien premier ministre au lendemain du référendum de 1995 sont suffisamment gênantes pour que le sujet ait été mis au programme de la réunion hebdomadaire des députés du PQ, hier soir.
Le chef péquiste a tout bonnement indiqué, à l'entrée de cette réunion à huis clos, qu'il ferait part de ses commentaires ce matin sur la version de Jacques Parizeau, publiée intégralement dans La Presse d'hier, à l'occasion d'une conférence de presse où il a prévu dresser le bilan de la première année du gouvernement libéral.
Si les députés péquistes interrogés se sont tus, se contentant pour la plupart de dire qu'il s'agissait d'une histoire entre les deux hommes (Parizeau et Landry) et qu'ils laissaient les historiens s'occuper du reste, il n'en était pas ainsi hors de l'aile parlementaire.
Le commentaire le plus virulent est venu de Maxime Barakat, président de l'association péquiste de Crémazie et ex-président de celle de Montréal-Ville-Marie. Selon lui, Bernard Landry doit s'expliquer. " S'il a vraiment montré la porte à M. Parizeau à la suite de la défaite souverainiste au référendum de 1995, c'est un manque de loyauté flagrant et on ne peut exiger la loyauté des militants quand on en a soi-même manqué ", estime sur le ton de la fermeté M. Barakat. " J'ai toujours cru que M. Parizeau disait la vérité. Si lui-même confirme que M. Landry lui a montré la porte (comme Pierre Duchesne l'écrit dans le troisième tome de sa biographie de l'ancien premier ministre), c'est que sa loyauté comme vice-premier ministre n'était pas à la hauteur ", insiste-t-il. Il réclame même qu'il donne une réponse écrite et détaillée à M. Parizeau.
M. Barakat, qui a été au coeur de la fronde pour le retour à l'affichage unilingue français, sous Lucien Bouchard, rappelle que, déjà en 1995, d'intenses pressions de certains milieux péquistes étaient exercées sur Jacques Parizeau pour qu'il quitte ses fonctions. Ex-attaché politique de Pauline Marois, membre du comité des priorités et qui a participé à cette réunion où on a discuté de la démission de M. Parizeau, M. Barakat juge que son ancienne patronne " doit elle aussi sortir du mutisme pour expliquer ce qui s'est passé ".
Pascal Bérubé, candidat péquiste dans Matane aux dernières élections, président du PQ de cette circonscription et président des jeunes du PQ sous Bernard Landry, de 2001 à 2003, souligne que les gens se questionnent dans sa région et attendent que les choses soient clarifiées. Il dit avoir été abordé à ce sujet par des militants durant la campagne de financement du parti. " Il y a quelqu'un dans mon comté qui donne 1000 $ habituellement et qui, là, a refusé sa souscription parce qu'il se dit ébranlé par ce qu'il a entendu et lu. Ceux qui sont restés fidèles à M. Parizeau sont touchés et on peut dire que la campagne de financement est un bon thermomètre ", raconte-t-il.
Il juge " bien embêtant " de départager les propos des deux ex-premiers ministres, M. Parizeau, qu'il consultait et qu'il voit comme l'un des grands chefs du mouvement souverainiste, et Bernard Landry, le chef du PQ de 2004.
Christian Gagnon, président régional de l'association péquiste de Montréal-Centre (14 circonscriptions) croit qu'il faut attendre la réaction de M. Landry, " qui doit avoir des nuances à apporter ". Selon lui, il est " trop tôt pour trancher " et " les journaux ne doivent pas être transformés en tribunaux du peuple ".
Le leader parlementaire du PQ, André Boisclair, se dit enclin à croire la version de Bernard Landry. " Après avoir entendu celle-ci et lu certains extraits du livre de Pierre Duchesne, je juge que M. Parizeau a déjà lui-même clairement établi sa volonté de démissionner (notamment dans une entrevue accordée la veille du référendum au journaliste Stéphan Bureau). La question ne se pose plus ", a-t-il commenté, expliquant en quelque sorte que le reste était non avenu.
L'ex-ministre Guy Chevrette, qui assistait au comité des priorités ce fameux 31 octobre 1995, contredit Jacques Parizeau et l'auteur sur la façon dont les choses se sont passées. " Je nie catégoriquement qu'on lui ait demandé sa démission. Il nous a demandé ce qu'on en pensait et on le lui a dit. Avant la réunion, son chef de cabinet, Jean Royer, et sa femme, Lisette Lapointe, nous ont fait comprendre qu'il allait démissionner, qu'il l'avait déjà annoncé à Stéphan Bureau, advenant une défaite. "
M. Landry, assure M. Chevrette, a alors abordé la question des " votes ethniques " et indiqué qu'il valait mieux qu'il parte. " Moi, je lui ai aussi dit que s'il restait, ce serait invivable. " L'ex-député de Joliette se dit peiné pour l'oeuvre de Duchesne, dont il croit qu'elle est " assombrie par des tentatives de règlements de comptes ".

RÉFÉRENDUM DE 1995 : Pierre-F. Côté comprend la réaction de Parizeau
Mario Cloutier et Denis Lessard
La Presse mercredi 7 avril 2004
Québec - À la lumière des dernières révélations sur le scandale des commandites, l'arbitre du référendum de 1995, Pierre-F. Côté, dit comprendre la réaction de l'ancien premier ministre Parizeau à la suite du référendum de 1995.
" Je dirais que je comprends la réaction de M. Parizeau " d'avoir eu l'impression de s'être fait voler le référendum de 1995, réitère l'ancien directeur général des élections (DGE).
M. Côté ajoute que sa propre enquête en 1996 avait démontré la présence d'une " action concertée " pour le camp du NON en 1995, mais " les moyens qui sont dévoilés présentement, on n'a jamais été mis au courant de ça ", a-t-il dit en entrevue à La Presse. DGE de 1978 à 1997, M. Côté fait ainsi allusion aux déclarations de l'ancien fonctionnaire fédéral Charles Guité, qui avouait la semaine dernière avoir effectué un placement publicitaire de 8 millions de dollars pour favoriser le camp du NON avant la tenue du référendum sur la souveraineté.
" Il y a quand même eu 4,8 millions versés par Mme Copps à l'époque, sur lesquels je n'ai jamais été capable d'avoir d'explications, pas plus que le vérificateur général du Canada! " rappelle également M. Côté.
Les camps du OUI et du NON en 1995 n'avaient droit chacun qu'à une somme maximum de 5 millions au référendum sur la souveraineté.
Hier, l'opposition péquiste a demandé au gouvernement libéral la tenue d'une nouvelle enquête du DGE portant sur les dépenses du camp du NON liés au référendum de 1995. Le leader du gouvernement, Jacques Dupuis, a accepté cette requête à la seule condition que l'examen porte également sur les votes rejetés, attribués au NON, au cours de ce scrutin historique sur l'avenir du Québec.
Les échanges entre le PLQ et le PQ ont donné lieu à une valse-hésitation à l'Assemblée nationale. Appuyée par l'ADQ, l'opposition péquiste a déposé une motion, demandant au DGE d'enquêter, que le gouvernement a rejetée, prétextant qu'elle ne faisait pas mention des votes rejetés en 1995. Le gouvernement libéral pense que le délai de prescription pour entreprendre des recours au sujet du dernier référendum est écoulé; l'opposition affirme au contraire qu'il est encore temps.
Interrogé à ce sujet, le leader de l'opposition, André Boisclair, a expliqué que l'enquête du DGE devrait se concentrer sur les faits nouveaux révélés dans le cadre du scandale des commandites.
" Les doutes exprimés par le DGE au sujet du camp du NON en 1996 étaient fondés. Le gouvernement ne fait qu'une tentative de diversion ", a soutenu M. Boisclair.
Tel que rapporté dans le troisième tome de la biographie de Jacques Parizeau, par Pierre Duchesne, Pierre-F. Côté explique d'ailleurs que " c'était une machine considérable qui était menée par un groupe de Québec et d'Ottawa et qui marchait la main dans la main, comme ils l'ont fait pour la marche de l'unité (love-in) ".
L'opposition péquiste affirme qu'elle continuera d'exiger une nouvelle enquête au cours des prochaines séances de l'Assemblée nationale.

Text, lies and audiotape
Don MacPherson
The Montréal Gazette April 3, 2004 Saturday
People who don't like what Pierre Duchesne has written about them in his book on Jacques Parizeau like his tape recorder even less.
It's bad enough when somebody writes something about you that you'd rather the entire Quebec political class not see. It's even worse when you deny it, only to have the author come back with a recorded interview that backs him up.
By the time the third volume of Duchesne's biography of Parizeau was published this week, sovereignist businessman Claude Beland must have forgotten that when Duchesne interviewed him for the book, his tape recorder was running.
Duchesne wrote that Lucien Bouchard detested the Parti Quebecois, its members and Parizeau so much that five years before he took over from Parizeau as PQ leader, he suggested to Beland that they start up a rival nationalist party.
Not true, said Beland after the book came out this week. So Duchesne pulled out his tape of Beland telling him the story, and played it on the radio.
Showing the same slow reflexes as in last year's election campaign, PQ leader Bernard Landry took two days after the book's launch to contradict its report of his threat to call publicly for Parizeau's resignation over his "money and ethnic votes" speech on referendum night in 1995. In another clumsy attempt to distance himself from Parizeau without offending the latter's admirers in the PQ, Landry this week gave the implausible version that he advised Parizeau to step down, but promised to support him if he decided not to.
Duchesne pulled out another tape, and played it for any journalist who wanted to hear Parizeau's wife, Lisette Lapointe, recounting how Landry had delivered the threat in a telephone call to Parizeau the morning after the speech.
Then again, Landry's recollection of those eventful days has always been hazy. He initially denied a report that he had bullied an immigrant hotel clerk over the sovereignist defeat, until he learned the incident had been recorded on a security video.
Alas, Duchesne has no tape of Montreal Mayor Gerald Tremblay secretly promising before the referendum, while he was a Liberal member of the National Assembly, to call publicly for acceptance of even a bare majority for the Yes side as a mandate for sovereignty.
But, Duchesne said in a couple of interviews this week, he did have two sources from Parizeau's staff in 1995 tell him of Tremblay's promise. And after Tremblay described Duchesne's report as "pure fiction," the author said, "one of my sources called me the next day to reconfirm that Tremblay had made the promise."
Duchesne wrote that Tremblay was among 180 Quebec personalities, federalists as well as sovereignists, who had promised to join a movement to unite Quebecers behind a Yes vote, which Parizeau and his strategists saw as a way to sustain momentum toward sovereignty.
"You must understand," Duchesne told me, "that these people were assured that their identities would be kept confidential unless the Yes side won."
Tremblay took vehement exception to my writing that "Tremblay's already shaky credibility in the federalist former suburbs considering demerging this year could be further damaged by the disclosure that he would have supported Parizeau's bid for a UDI, either knowingly or as a dupe, after a referendum that could have been decided by the No votes stolen by sovereignist scrutineers."
Tremblay insisted this week that he would "never have participated in UDI." But in the referendum, Parizeau sought a mandate to make Quebec sovereign, with or without Canada's consent, after a year of negotiations or even less. And Parizeau had insisted, publicly and repeatedly, that a Yes vote could lead to a UDI.
One should expect an MNA and future mayor of Montreal to have understood the referendum question and its implications, even if many ordinary Quebecers didn't.
But if Duchesne is right, then Tremblay has settled the question of whether he would have supported Parizeau's bid for a UDI "knowingly or as a dupe." Since he insisted this week it is not the former, therefore it must be the latter.
dmacpher@thegazette.canwest.com

Référendum de 1995 :
Le PQ et l'ADQ réclament une enquête sur les dépenses du camp du NON
Tommy Chouinard
Le Devoir mercredi 7 avril 2004
Québec - Le scandale des commandites, qui secoue Ottawa depuis des semaines, a maintenant des répercussions à Québec. Le Parti québécois (PQ) et l'Action démocratique du Québec (ADQ) réclament que le Directeur général des élections (DGE) ouvre une enquête sur les dépenses faites en faveur du NON lors de la campagne référendaire de 1995, après le dévoilement, vendredi dernier, devant le comité fédéral des Comptes publics qui se penche sur le programme des commandites, d'un témoignage prononcé en 2002 par l'ancien directeur de ce programme, Charles Guité.
En juillet 2002, lors d'un témoignage à huis clos devant ce même comité fédéral, Charles Guité a dit avoir dépensé huit millions de dollars lors du référendum de 1995 afin de louer, au nom d'Ottawa, tous les panneaux publicitaires extérieurs disponibles au Québec, et ce, à l'insu du conseil des ministres. Les comités du OUI et du NON ne devaient pourtant pas dépenser plus de 5 086 980 $ chacun en vertu de la loi (un dollar par électeur).
Le gouvernement Charest refuse pour le moment d'exiger du DGE une enquête sur ce geste qui contrevient à la loi québécoise.
«M. Guité est venu dire que, sur un simple coup de fil, il a autorisé plus de huit millions de dollars de dépenses pour influencer le vote des Québécois. Ces faits nouveaux méritent que le DGE fasse enquête», a affirmé hier le leader parlementaire de l'opposition officielle, André Boisclair.
En vertu du droit constitutionnel, Ottawa n'est pas lié par la loi électorale québécoise qui régit la tenue de référendums. Or, plaide M. Boisclair, le DGE doit s'assurer du respect de l'esprit de la loi par le gouvernement fédéral. Le DGE ne peut cependant intenter une poursuite pénale s'il s'est écoulé plus de cinq ans depuis la date de la perpétration de l'infraction. Toutefois, la loi précise aussi que le DGE doit exécuter tout mandat que lui confie l'Assemblée nationale.
C'est pourquoi le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec ont tenté de déposer une motion à l'Assemblée nationale exigeant que le DGE fasse enquête sur les dépenses faites par le NON à la lumière des plus récentes révélations.
Le gouvernement Charest n'a pas donné son consentement au dépôt de cette motion. Le DGE «a la latitude voulue dans la loi pour faire toutes les enquêtes qu'il estime être opportunes», a lancé le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis. Il a cependant affirmé qu'il serait d'accord pour demander au DGE de revoir «tous les faits relatifs au vote de 1995», comme le rejet de votes exprimés en faveur du NON, ce que refuse l'opposition officielle. Des tribunaux ont déjà été saisis de causes portant sur le rejet de votes dans les circonscriptions de Chomedey et de Laurier-Dorion. Aucun fait nouveau n'exige un examen du DGE sur ce sujet, estime André Boisclair, qui accuse le gouvernement de faire diversion. «Le débat ne fait que commencer sur ces huit millions. Vous pouvez être certain que nous allons revenir sur ces questions», a-t-il affirmé.

Réingénierie
Super-hôpitaux: les projets du gouvernement Charest inquiètent
Isabelle Paré
Le Devoir mercredi 7 avril 2004
Médecins et travailleurs du réseau de la santé doutent de l'intérêt de confier au secteur privé la gestion des futurs établissements
Jean Charest aura fort à faire s'il veut convaincre les artisans du réseau de la santé qu'il faut confier au privé la construction, mais surtout la gestion des deux super-hôpitaux universitaires.
Hier, tant les syndicats que des représentants du milieu médical ont émis de sérieuses réserves sur l'avenue qu'envisage d'emprunter le premier ministre du Québec pour mener à bien la construction des deux super-hôpitaux universitaires à Montréal.
En entrevue au Devoir, Jean Charest a en effet déclaré lundi qu'il fallait s'attendre à ce que les recommandations du comité d'implantation des hôpitaux universitaires, présidé par les ex-premiers ministres Daniel Johnson et Brian Mulroney, proposent différentes formules de partenariats public-privé (PPP) pour réaliser ces projets qui totaliseront 2,6 milliards.
Non seulement la construction, mais aussi la gestion de ces monstres du réseau de la santé pourrait être confiée au privé, a indiqué le premier ministre, sans toutefois donner plus de détails.
Les syndicats, qui bataillent depuis des mois contre l'abolition de l'article 45 du Code du travail et contre la fusion des unités d'accréditations dans le réseau de la santé, y voient une suite logique aux projets à saveur conservatrice avancés jusqu'ici par le gouvernement libéral. «C'est en droite ligne avec tout ce que prône Jean Charest. C'est l'ensemble des valeurs du système public qu'on remet en question», a commenté hier Pierre Lamy, vice-président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), qui représente 100 000 employés du réseau de la santé.
L'exemple anglais
La FSSS juge que les PPP, qui ont été testés dans le réseau hospitalier en Angleterre, n'ont pas fait leurs preuves puisque aucune étude n'a prouvé leur avantage économique. Plus encore, la FSSS estime que le projet de Jean Charest constitue un désaveu total de la compétence des gestionnaires et du personnel du réseau de la santé québécois, qui s'avère pourtant l'un des plus performants en Occident.
«Le Québec est la province où l'on dépense le moins par habitant pour la santé et où les dépenses sont le plus contrôlées. Confier cela au privé, c'est la porte ouverte à la perte de contrôle des coûts», dit-il.
Du côté des médecins, la gestion privée des hôpitaux fait aussi sourciller. On a en tête l'expérience américaine, où les compagnies d'assurances ont la mainmise sur les médecins qui travaillent pour les HMO (Health Maintenance Organisation).
«On n'est pas prêts à donner notre absolution à cela. Dans les HMO, les médecins sont questionnés sur tous les actes qu'ils posent. Ça ne respecte pas toujours le droit du patient à une médecine pleine et entière», affirme le Dr Louis Morazain, vice-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).
La gestion privée peut donc constituer une sérieuse menace à l'autonomie professionnelle et à l'accès des patients à certains services, pense la FMSQ. Pour la construction des hôpitaux, la FMSQ se montre moins réticente aux PPP, à condition qu'il y ait «une garantie contre les dépassements de coûts».

Des hôpitaux PPP ?
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mercredi 7 avril 2004
Si on en croit les propos tenus par le premier ministre Jean Charest en entrevue au Devoir, les deux futurs hôpitaux universitaires montréalais pourraient être construits et gérés par l'entreprise privée sur le modèle du partenariat adopté par le premier ministre britannique, Tony Blair. Voilà qui exige réflexion.
Ce n'est évidemment pas la première fois que nos élus étudient la possibilité de prendre le virage du partenariat public-privé (PPP) pour faire face à croissance des coûts des services publics. Sous le gouvernement précédent, il était devenu évident que certains projets de construction de route ne verraient le jour qu'avec la participation du secteur privé. Mais depuis l'élection du gouvernement libéral, ce dernier est plus déterminé que jamais à aller de l'avant. D'ailleurs, la présidente du Conseil du Trésor, Mme Monique Jérôme-Forget, doit bientôt faire connaître un plan de réorganisation de l'État qui fera une grande place au secteur privé.
En soi, il n'y a rien de mal à ce que le secteur privé soit davantage présent que par le passé. Rappelons-nous que si l'État a pris tant d'importance, c'est qu'il était le seul capable de répondre à certains besoins criants, tels que la sécurité, l'éducation gratuite et les soins de santé pour tous. Auparavant, ces services rendus par des communautés religieuses étaient réservés à une minorité.
Les choses sont appelées à changer. En matière de services à population, le secteur privé prouve tous les jours qu'il est capable de faire aussi bien et parfois mieux que la fonction publique. L'entreprise privée s'adapte plus rapidement, sans pour autant moins bien traiter ses employés. Au contraire, ceux-ci vous diront qu'ils sont plus motivés et souvent mieux rémunérés que leurs semblables parmi les fonctionnaires. Quant à la recherche de profits, elle agit comme moteur pour produire des services de qualité au meilleur coût possible.
En revanche, s'il n'y a pas de profits, il n'y a pas de raison d'investir. D'où cette obligation qui a souvent été faite à l'État de se substituer au marché pour livrer des services essentiels qui sont impossibles à rentabiliser.
Alors que des investissements majeurs sont à prévoir au cours de la prochaine décennie pour la construction d'infrastructures publiques, il n'est que normal d'évaluer la possibilité d'une participation accrue du secteur privé. Pour autant, bien sûr, que la population y trouve avantage en matière de qualité, de coût des services et de respect des échéances.
Que l'on confie les transports en commun d'une municipalité à l'entreprise privée, selon les normes et conditions imposées par les pouvoirs publics, pourquoi pas? De même pour la construction et l'entretien des routes et des immeubles, voire la gestion de services, comme c'est le cas de nombreux centres d'hébergement de longue durée.
L'approche peut-elle être étendue aux futurs grands hôpitaux? Voilà qui reste à prouver, puisque l'expertise en la matière est pour le moins limitée chez nous. Si l'exercice se limite à remplacer des d.-g. à 100 000 $ par des p.d.-g. à un million, oublions ça! En revanche, si on nous faisait la preuve que les délais et les coûts de construction seraient respectés et que l'organisation des services y serait supérieure, cela mériterait qu'on s'y arrête.
L'une des raisons souvent avancées par les défenseurs des ententes de partenariat est l'avantage pour les contribuables de faire porter le poids de l'endettement sur les épaules des entreprises. Soit, mais là encore, la preuve reste à faire que, malgré des coûts d'emprunt supérieurs et des exigences de rentabilité à court terme très élevées de la part des actionnaires, l'entreprise privée serait en mesure de répondre aux attentes du public à un coût inférieur pour l'État.
Depuis le temps qu'on évoque l'hypothèse d'une participation accrue du secteur privé, très peu de projets d'envergure ont été jugés suffisamment intéressants pour justifier d'être menés à terme. Avant de crier au miracle ou, à l'inverse, au démantèlement de l'État-providence, attendons de voir les preuves que le gouvernement Charest aura à fournir pour la défense de son projet de réorganisation.
jrsansfacon@ledevoir.ca

Jean Charest au Soleil :
Le privé serait convié à la grande corvée routière
Michel Corbeil
Le Soleil mercredi 7 avril 2004
Les partenariats de l'État avec le privé pourraient permettre de rénover des écoles et des hôpitaux, mais aussi de refaire des routes malmenées par des décennies de mauvais entretien et de gestion politique déficiente, croit Jean Charest.
En entrevue éditoriale au SOLEIL, le premier ministre a fourni hier cette indication sans donner clairement l'assurance que l'État a les reins financiers assez solides pour s'engager dans ces contrats à long terme.
Comme il le confiait la veille au quotidien Le Devoir, le chef du gouvernement a réitéré qu'il envisage de s'engager dans des partenariats privé-public - les PPP - pour construire et gérer deux mégahôpitaux à Montréal.
Il a ajouté hier que le recours à ce type de financement peut déborder largement de ces deux exemples. Interrogé sur l'idée que les partenariats puissent servir à retaper des polyvalentes ou des établissements hospitaliers, il a laissé tomber "que cela peut s'étendre à d'autres secteurs. Nous sommes ouverts à cela".
Il a signalé qu'une "route, ce n'est pas un hôpital. Pour une route, il y a des entrées de fonds", une allusion aux postes de péage qui peuvent être installés sur de nouvelles voies rapides pour forcer les utilisateurs à défrayer une partie de la facture.
Par contre, M. Charest a mentionné que les PPP peuvent être mis à contribution pour investir dans les voies carrossables sans recourir aux postes de péage. Des formules pour le faire existent, a-t-il dit.
Le gouvernement Charest semble les examiner, d'autant plus que son ministre des Transports, Yvon Marcoux, a laissé entendre que les 930 millions $ pour s'occuper du réseau existant sont insuffisants si les façons de faire de l'État ne changent pas. "Dans le cas des routes, ce qui est utile, a souligné le premier ministre, c'est que cela permet d'aborder la construction et l'entretien d'une route sur sa vie utile, sur une période de 30 ans, plutôt que sur une période de quatre ans.
"Allez faire l'examen des budgets du ministère des Transports, a-t-il lancé. Vous aurez l'histoire (racontant) pourquoi nos routes sont dans l'état qu'elles sont. Début de mandat (d'un gouvernement), mi-mandat, élections générales, lendemain d'élections générales, la courbe est assez constante", a-t-il évoqué au sujet des fluctuations de budgets dans ce secteur.
M. Charest a mentionné que le concept permet de sortir du carcan de la gestion politique. "Ce qui revient très souvent, c'est que cela nous sort du cycle électoral pour nous placer dans le cycle du monde réel.
"Les PPP, si c'est fait correctement", peuvent permettre de faire les choses autrement, a-t-il plaidé. Il s'est abstenu d'accoler un chiffre sur le nombre de partenariats qui pourraient se matérialiser.
"Ce serait la mauvaise approche de dire : "il y en aura 20 ou 30"." Il s'est contenté de mentionner que la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, "rendra publique bientôt une première étape du travail de modernisation" de l'État.
Jean Charest s'est montré évasif lorsque LE SOLEIL lui a demandé si le gouvernement a les moyens de signer de telles ententes. "C'est pour ça qu'il faut faire les choses correctement, a répondu le chef libéral. Cela permet de faire du développement en partageant les risques avec le privé et d'amener la discipline du privé pour l'exécution d'un certain nombre de projets. Là aussi, c'est utile quand c'est fait correctement."
M. Charest a insisté sur le fait qu'il n'entend pas agir par dogmatisme. Les PPP, a-t-il dit en substance, ne sont pas un remède miracle. "Il y a des endroits où cela a marché. Dans certains autres, cela n'a pas marché." De là l'intérêt de l'équipe gouvernementale pour ce qui s'est réalisé au Royaume-Uni où le gouvernement travailliste a signé plus de 600 ententes, valant 120 milliards $.
Jean Charest a mentionné qu'à l'exemple de ce qui se passe sur les îles britanniques, une concertation patronale-syndicale pour réaliser des partenariats "est souhaitable. Mais on ne peut la forcer", a-t-il convenu.
Le premier ministre n'a pas commenté sur les relations difficiles qu'entretient son gouvernement avec les grandes centrales syndicales. "Le critère qui transcende tout ça est qu'on n'a pas le choix. (...) Ou c'est le statu quo (en matière de développement), on ne bouge pas et on se revoit dans cinq ans quand les finances publiques prendront du mieux. Ou on examine d'autres façons de faire les choses."
MCorbeil@lesoleil.com

Québec délègue au privé la responsabilité du développement économique
Norman Delisle
Le Devoir mercredi 7 avril 2004
Innovatech Montréal, d'une valeur actuelle de 160 millions, sera vendue
Pc Québec - Le gouvernement Charest relègue au secteur privé une bonne part de la responsabilité du développement économique. Il privatise notamment Innovatech Montréal et fera en sorte que la Société générale de financement (SGF), conviée à s'autofinancer, demeure actionnaire minoritaire dans les projets où elle investira.
La nouvelle stratégie économique du gouvernement Charest a été dévoilée hier par le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet. «Le gouvernement est fermement résolu à attirer dans l'économie québécoise des capitaux privés qui vont contribuer à financer le démarrage et l'expansion des entreprises», a dit le ministre Audet. Il a signalé que 65 % des montants investis en capital de risque de 1996 à 2003 avaient un caractère public alors que cette proportion n'était que de 35 % en Ontario.
Principales mesures
Voici les principales mesures annoncées par le ministre Audet: - Innovatech Montréal sera privatisée. Les produits de cette privatisation seront réinvestis dans le démarrage d'entreprises de haute technologie; - les trois autres sociétés Innovatech, soit celle de Québec-Chaudière-Appalaches, du sud du Québec et celle des régions, seront converties en société en commandite avec un capital mixte privé-public, toujours pour favoriser le démarrage d'entreprises; - la Société générale de financement pourra participer à des projets structurants pour des sommes de 350 millions par année, mais uniquement en demeurant actionnaire minoritaire dans les projets; - Investissement Québec continuera à financer des PME. Elle garantira environ 1000 prêts par année d'un maximum de 400 000 $ chacun; - le Fonds d'intervention économique régionale (FIER), dont la création a été annoncée lors du discours sur le budget la semaine dernière, sera doté de 300 millions. Le gouvernement en fournira les deux tiers et le reste proviendra du Fonds de solidarité de la FTQ, de Fondaction et du Fonds coopératif Desjardins. Ce fonds sera géré en région et veillera à financer des projets économiquement valables pour le développement des régions; - deux programmes d'aide aux régions, les Fonds locaux d'investissements (FLI) et les Sociétés locales d'investissement dans le développement et l'emploi (SOLIDES), seront jumelés de façon à réunir un montant combiné de 185 millions pour les régions; - un nouveau Programme d'appui stratégique à l'investissement est créé pour attirer des investissements étrangers au Québec. Il remplacera graduellement le programme FAIRE au moment de la fin de celui-ci, en 2005.
Selon le ministre Audet, «le gouvernement a décidé d'être plus efficace en accroissant nettement le niveau d'investissement privé. Il n'y aura pas d'endettement additionnel du gouvernement.»
Il s'agissait là d'un engagement du Parti libéral pris lors de la dernière campagne électorale, a-t-il insisté.
Pour sa part, le président d'Innovatech Montréal, Hubert Manseau, a expliqué que la valeur marchande de l'organisme qu'il préside est d'environ 160 millions. C'est un organisme dans lequel 342 millions en fonds publics ont été investis jusqu'à maintenant.
Le nouvel acquéreur aura à faire face à la nécessité d'investir 100 millions additionnels pour que les projets lancés par Innovatech Montréal demeurent valables, a expliqué M. Manseau.
Deux types d'entreprises pourraient être intéressés à acquérir Innovatech Montréal, croit M. Manseau. Soit un grand fonds international de capital de risque, soit un des 10 acheteurs internationaux spécialisés dans les marchés secondaires.

Réingénierie - Charest à la bonne école
Michel Corbeil
Le Soleil dimanche 4 avril 2004
Au Royaume Uni des partenariats privé-public : Charest à la bonne école : La déferlante des PPP pourrait se rendre rapidement jusqu'au Québec
Londres - Si Jean Charest maintient le cap vers les partenariats privé-public, il aura fréquenté la bonne école pour les implanter, l'école britannique.
Nombre de nos interlocuteurs au Royaume-Uni ont tenu à passer ce message. Non seulement est-ce là-bas que le recours aux PPP a été poussé le plus loin, mais encore faut-il comprendre que des contacts sont entretenus à plusieurs niveaux entre l'État québécois et le Royaume-Uni, du personnel politique aux fonctionnaires.
Le premier ministre Charest n'a-t-il pas rencontré, lors de son voyage en Angleterre, en décembre, un de ceux qui est considéré par certains comme un des gourous de cette nouvelle forme d'alliance avec le privé, Alderman Robert Finch?
Ce qui n'a pas été souligné, c'est que le Québec accueillera à son tour le même personnage, le Lord Mayor of London, une institution typiquement britannique, fondée au XIIe siècle et dont le rôle est notamment d'assurer le rayonnement international de la City comme centre commercial et financier.
M. Finch ne débarquera pas seul. Des hauts fonctionnaires, mais aussi des consultants et même un syndicaliste de carrière, Lew Adams, l'accompagneront. "Nous allons témoigner de notre expérience. Je sais que vos syndicats sont préoccupés. Nous espérons les persuader en amenant un syndicaliste immensément respecté. (...) C'est un phénomène mondial" que celui des partenariats, insiste M. Finch.
L'entourage du chef libéral Jean Charest a parlé de M. Finch comme d'un "homme extraordinaire". "Le Royaume-Uni n'est pas notre modèle, se défend un proche. L'optique, c'est de voir ce qui a marché et ce qui n'a pas marché. De cerner l'intérêt de signer des partenariats là où le gouvernement ne veut pas effectuer de mise de fonds importante et immédiate."
Sur tous les plans
Ce qui a frappé LE SOLEIL lors de la série d'entrevues, c'est que le mouvement entre Québec et le Royaume-Uni ne se limite pas au bureau du premier ministre. Le Conseil du trésor pilotera une mission, en avril, dans la capitale britannique, sur les PPP.
Plus révélateurs sont les contacts entre la bureaucratie d'ici et celle de là-bas. Steve Turner a dirigé le projet qui a conduit à l'inauguration de l'hôpital West Middlesex, dans la banlieue londonienne. "C'est un procédé qui s'étend sur toute la planète. Nous avons reçu des gens du Mexique, de la France, mais aussi de la Colombie-Britannque et du Québec", souligne-t-il.
Le consultant Stephen Harris fait la promotion des partenariats à l'échelle internationale. La Chine, le Viêtnam et plusieurs pays d'Europe sont sur sa liste de clients. Il en a aussi au Canada. De nouveau, les noms du Québec et de la Colombie-Britannique réapparaissent, de même, ajoute-t-il, que ceux des municipalités de Calgary et d'Edmonton.
Si les partenariats privé-public ne sont pas davantage connus au Canada, c'est en raison de la proximité des États-Unis, suggère le journaliste Nicholas Timmins. "Probablement que les Américains peuvent générer plus facilement des capitaux. De plus, il ne faut pas oublier que le marché des obligations municipales y est à maturité."
L'implication des grandes multinationales dans les PPP ne semble déranger personne. La firme française Bouygues a construit le centre hospitalier West Middlesex. Bombardier, du Québec, fait partie du consortium ayant décroché les contrats pour faire rouler les deux tiers du métro de Londres. Les syndicats y sont indifférents.
"Certains, au Canada, se préoccupent de ce que les Britanniques vont s'emparer des affaires, rapporte Stephen Harris. C'est un non-sens. En fait, tout le travail sera fait par des Canadiens."
À Québec, les autorités sont particulièrement séduites, de leur côté, par les avantages de confier la construction de grandes infrastructures au privé. Bien sûr, le secteur privé emprunte à des taux plus élevés, mais le respect des échanciers est tel qu'il génère des économies substantielles, estime-t-on au gouvernement.
Les proches de Jean Charest sont convaincus que le système "amène beaucoup de discipline dans la construction" d'infrastructures. Ils digèrent mal l'explosion des coûts qui a frappé le chantier pour amener la rame de métro qui desservira Laval - des dépassements de 400 millions $ pour un projet qui devait coûter 170 millons $. "Qui assume le risque alors ? Le public !"
Le système des PPP a de l'avenir ici. Jusqu'à récemment, au Québec, les exemples de contrats en partenariat avec le privé se concentraient autour du ministère des Transports. D'autres domaines seront touchés, à court terme.
Le gouvernement s'est déjà engagé à aménager de cette manière un complexe culturel à Montréal pour abriter, notamment, l'Orchestre symphonique de la métropole.
La construction de deux centres hospitaliers universitaires à Montréal passera, elle, par l'examen de "la meilleure formule de construction et de financement applicable au projet, soit en mode conventionnel ou de partenariat public-privé".
À cela pourraient s'ajouter de nombreux dossiers pour la réfection d'écoles ou d'hôpitaux, laisse entendre au SOLEIL l'entourage de Jean Charest. "La gestion d'une bâtisse peut être confiée au privé et tous les services peuvent demeurer publics. Gérer le chauffage d'une école, il n'y a rien de public là-dedans."
Le plan d'action de Jean Charest, Briller parmi les meilleurs, n'évoque-t-il pas d'ailleurs le recours aux partenariats avec le privé pour moderniser l'État québécois?
HARMONIE, DISENT-ILS...
Une jolie bavure a marqué les débuts des PPP dans le métro londonien
L'idée des partenariats privé-public implique qu'il y a des... partenaires. La cohésion n'est pas qu'une vue de l'esprit. L'incohérence entre les équipiers a provoqué une alerte à l'incendie dans le métro de Londres. Petite histoire d'une bavure qui aurait difficilement pu se produire sans les PPP.
C'est Andrew Clark, journaliste attitré au secteur des transports pour le quotidien The Guardian, qui raconte l'anecdote. Au coeur de l'événement, le contrat qui lie deux consortiums et le secteur public sur un même tronçon du Tube, le métro plus que centenaire de la capitale de l'Angleterre.
En vertu de l'entente, l'État gère les opérations courantes. Un des groupes privés prend soin d'une série de stations tandis que l'autre s'occupe de la voie ferrée.
En avril 2003, le consortium BCV s'est mis en frais de nettoyer la station Tottenham Court Road. Cela s'est produit tout juste après qu'un sous-traitant eut échappé de la colle sur les rails en posant des affiches sur les murs pour la promotion du Tube.
La poussière délogée des murs s'est engluée sur les rails. Le passage des wagons a eu tôt fait de produire une épaisse fumée. Le système d'alarme s'est déclenché.
Question : qui paye l'amende pour le retard ? À l'heure de pointe, il passe 100 000 personnes sur le segment qui a été fermé à la hauteur de Tottenham. En vertu du contrat, la pénalité est "dans les six chiffres".
Or, les partenaires se rejetaient la faute les uns aux autres, relate M. Clark. L'État a négligé de ramasser la colle ; un "privé" n'a pas nettoyé les rails ; l'autre aurait dû prendre ses précautions avant d'y aller de son grand ménage du printemps...
Les syndicats n'ont pas tardé à s'en mêler. "Aussi bien vous y habituer, c'est la recette pour le futur" en matière de mauvaise sécurité, ont-ils dit au Guardian.
Belle collaboration en perspective. Le journaliste soupçonne les autorités publiques d'avoir coulé récemment un rapport sur une série de dysfonctionnements du métro "pour être sûr que leur version de l'histoire se retrouve" dans les médias.
Il est "trop tôt pour juger d'un contrat de 30 ans, mais il a connu un bien mauvais départ", juge-t-il. Les amendes liées au mauvais fonctionnement du système ont été deux fois plus importantes que les bonis pour bonne performance.
Ah oui, la colle du public et la poussière du privé sur les rails du privé, c'était moins d'une semaine après la signature du contrat de partenariat. "Un bien mauvais départ", en effet.
"ON TIME, ON BUDGET"
La bonne fortune des partenariats privé-public varie, par contre, au gré des secteurs
Les partenariats privé-public ne constituent évidemment pas en soi une panacée pour l'État, admettent les plus ardents promoteurs de la formule. Un mauvais projet sera toujours un mauvais projet, avec ou sans PPP, disent-ils. Et il y a des secteurs qui se prêtent mieux à l'exercice que d'autres.
Par exemple, les technologies de l'information ne représentent pas une voie prometteuse, rapporte le journaliste du Financial Times Nicholas Timmins. L'évolution du secteur se révèle trop rapide pour des contrats conçus sur l'horizon du long terme. Le point fort du privé, c'est la construction. Dans ce domaine, M. Timmins, comme d'autres, insiste sur la performance radicalement différente qu'offriraient les PPP.
À l'inverse de ce que connaît habituellement le secteur public, plus de 70 % des projets se réalisent dans les délais et les budgets prévus. "C'est l'argent du privé", donne-t-il pour expliquer le respect du budget et de l'échéancier donnés.
Le consultant Stephen Harris voit dans la recette des PPP un recours pour planifier à long terme le maintien des infrastructures. "Pouvons-nous continuer de gérer avec cette tyrannie des budgets d'un an ou deux ?"
C'est ce qui semble avoir poussé la vénérable institution qu'est le métro de Londres à signer son premier partenariat privé-public, il y a un an, pour un de ses tronçons. En dépit du lamentable échec qu'avait représenté la privatisation du rail britannique, les autorités du Tube ont ratifié des accords avec des consortiums, comprenant des firmes comme Bombardier, pour faire rouler les trains du métro. Ils l'ont fait aussi pour s'occuper de la billetterie et gérer les centrales fournissant l'énergie.
Les PPP, c'était une nécessité, estiment Walter Roux, responsable du dossier au London Underground, et son collègue, Tim Brooking. Le réseau souffre d'un sous-investissement totalisant plus de 3 milliards $, un réseau qui a vu sa clientèle quadrupler en 20 ans, pour atteindre un milliard de passagers par an, plaident-ils.
"Le problème, mentionne M. Roux, c'est que le gouvernement ne se commet jamais plus de deux ans à l'avance." Sans l'argent des partenariats, explique M. Brooking, "les passagers auraient fait la queue plus longtemps, la fraude aurait augmenté, les services se seraient détériorés. Quel aurait été l'autre choix? Que l'État pige dans son portefeuille? Peu probable".
"Réparez!"
"Vous avez pris le Tube?, s'enquiert Andrew Clark, le spécialiste des Transports au journal The Guardian. Il est vieux, il tombe en ruines, il a désespérément besoin d'argent. En théorie, le gouvernement aurait pu engager les dépenses lui-même. En réalité, il est trop sollicité par d'autres secteurs. Les transports ne sont pas dans le haut de la liste de priorités."
Les PPP ne représentent pas, évidemment, la solution miracle pour des services publics de qualité. La première fournée d'écoles impliquant de tels partenariats a affiché une qualité médiocre, a révélé une enquête. "Oui, reconnaît Stephen Harris. Mais si le toit coule, l'État répond : J'ai un contrat, réparez!"
Les bénéficiaires des PPP ne peuvent, par contre, imaginer qu'ils auraient eu autrement leur beau bâtiment. Au Edinburgh Royal Infirmary, un établissement hospitalier dernier cri ouvert il y a deux ans, Mike Grieve croit que l'État ne se serait pas endetté pour le projet, quelle que soit sa nécessité. Comment le privé y arrive-t-il s'il emprunte à des taux d'intérêt plus élevés? "L'État a des limites à sa capacité d'emprunt", répond-il.
"Nous aimerions tous croire que les services publics devraient être financés par le seul secteur public", soutient Lew Adams, l'ancien secrétaire général d'un des syndicats les plus puissants du pays, celui du rail, un des très rares personnages dans ce milieu à s'être converti aux mérites des PPP. "Mais dans la vraie vie, ce gouvernement - et il est travailliste - croit que ce n'est pas possible."
"Ce n'est pas une panacée, reprend Nicholas Timmins. La seule évidence, c'est que cela constitue la meilleure façon pour l'État de faire des affaires, croit-il. Définitivement, c'est là pour rester."
CONSEILS POUR JEAN CHAREST
Le premier ministre du Québec est déterminé à s'engager dans des partenariats privé-public. Des gestionnaires, des promoteurs et des journalistes y vont de quelques conseils à Jean Charest.
- Ne pas réinventer la roue. "N'essayez pas de tout faire, tout seul, prévient Stephen Harris, un consultant international dans le domaine. En 15 ans, nous (au Royaume-Uni) avons fait toutes les erreurs imaginables" dont le gouvernement québécois peut apprendre.
- Une grande collecte d'informations. "Amassez des tonnes et des tonnes de données avant de démarrer le projet, mentionne le journaliste Nicholas Timmins, du Financial Times. Parce qu'à l'ouverture, toute défaillance sera attribuée au PPP", de la porte qui grince sur ses gonds jusqu'à l'étanchéité et la grandeur du bâtiment.
- Le diable est dans les détails, disent les Anglais. Ces informations serviront aussi à bétonner les différentes clauses d'ententes extraordinairement complexes. Le contrat pour le nouvel hôpital à Édimbourg tient dans 17 volumes ! À Glasgow, également en Écosse, les stipulations du contrat en matière d'entretien pour les nouvelles écoles fixent même la hauteur du gazon, relate le fonctionnaire John Curley.
- Ceci est un contrat. "Il faut que le gouvernement s'entende sur un partage équitable" du projet s'il veut des investisseurs sérieux, suggère Nicholas Timmins.
- Garder le tout "simple". Tout complexes que soient les contrats, ils devraient s'attaquer à réaliser des tâches bien définies, avance le journaliste du Financial Times. "Ravitailler des avions de guerre en vol semble une opération complexe. Mais le contrat est simple et repose sur une idée simple."
- S'en tenir à un contrat de base. Les conservateurs (du parti de l'ancienne première ministre Margaret Thatcher) ont commis l'erreur d'essayer de lancer 50 projets d'hôpitaux avec 50 contrats différents, raconte Stephen Harris. L'actuel gouvernement travailliste y est parvenu "avec un contrat de base, reposant sur les mêmes critères".
- Volonté politique. Certains doutaient que Tony Blair aille de l'avant avec ce type d'ententes avec le privé. "Il a exprimé très clairement (crystal clear) qu'il le ferait. C'est une leçon" à retenir, rapporte Sandy Rosie, fonctionnaire rattaché au service des partenariats du Scottish Executive.
- Plonger. "Je suppose que mon conseil serait que votre premier ministre ne devrait pas être effrayé" par la formule, répond Steve Turner, directeur du projet de l'hôpital West Middlesex, à Londres. "Nous sommes la preuve que ça marche", dit-il en entrevue dans l'établissement qui a ouvert ses portes il y a moins d'un an.
- Se tenir loin des TI. Les technologies de l'information sont un secteur difficile à faire tenir dans ces contrats à long terme que sont les PPP. Ce conseil devrait ne pas être trop difficile à suivre. Après la débâcle financière connue avec le projet GIRES...
- Un guichet unique. Il faut une unité gouvernementale centrale pour tous les projets de partenariat. "Pas un pays n'a un programme crédible sans une telle unité", martèle Stephen Harris. Ça tombe bien : le cabinet du premier ministre du Québec planche là-dessus. Une unité du Conseil du trésor ou une agence autonome ? Telle est la question à trancher.
- Ajouter un "P". Le conseil vient de Lew Adams, un ex-dirigeant d'un des syndicats du rail. "Il faudrait ajouter un P aux PPP, pour people, le peuple. Le peuple qui travaille avec les services - assurés par les PPP - , qui utilise les services, qui paye ces services. À la fin du contrat, les actifs lui reviennent."
- Dialogue. Tout changement demande des explications. "Il est absolument essentiel d'engager un dialogue. affirme M. Harris. Jean Charest doit parler aux gens, aux contribuables, aux syndiqués."
MCorbeil@lesoleil.com

Partenariat: le privé demande l'aide de l'État
Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 3 avril 2004
Les firmes d'ingénieurs veulent que Québec assume une part importante du coût des soumissions qu'elles déposeront
Les firmes d'ingénieurs du Québec souhaitent que le gouvernement assume une large part des coûts des soumissions qu'elles déposeront pour des projets de partenariat public-privé.
L'Association des ingénieurs-conseils du Québec, qui regroupe une centaine de firmes d'ingénierie, dont SNC-Lavalin, Tecsult, Roche et autres Dessau-Soprin, a prévenu il y a trois semaines la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, que le secteur privé refuse d'assumer seul le risque financier lié à la préparation des projets à venir. Il n'est pas question que le génie-conseil donne son expertise. Selon l'ampleur des projets, l'État pourrait donc faire face à des dépenses de plusieurs millions de dollars avant même d'envisager de faire des économies avec le partenariat public-privé si cher aux yeux du gouvernement libéral.
Selon Johanne Desrochers, présidente de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ), les firmes québécoises n'ont pas les moyens de se lancer dans des projets de partenariat public-privé (PPP) de façon répétée. «On voulait que Mme Jérôme-Forget soit informée que les firmes d'ingénierie-conseil du Québec, dont la plus grande au Canada, ne pouvaient pas être des leaders potentiels dans cette forme de réalisation et de financement de projets. Elles vont être là à certaines conditions. [...] Quand le partenaire public demande à des partenaires privés de lui fournir des propositions, c'est normal qu'il partage le risque», a déclaré Mme Desrochers au Devoir.
La préparation d'une proposition de PPP «représente généralement de 1 à 2 % des coûts du projet», selon Mme Desrochers. Elle a souligné que dans les projets de PPP développés un peu partout dans le monde, les corps publics paient entre 20 et 50 % de la facture.
François Dépelteau, président de l'Institut du partenariat public-privé, un lieu de débats mais aussi un réseau de gens d'affaires favorables aux PPP, confirme que la complexité de ce type de dossier occasionne des frais énormes pour les entrepreneurs qui voudraient déposer une soumission. Ces derniers doivent faire appel à l'expertise technique de professionnels (ingénieurs, architectes, experts-comptables, avocats, entre autres) pour la conception du projet, le montage financier et l'évaluation de l'exploitation future par le privé.
«On parle de coûts très importants. Il s'agit de centaines de milliers de dollars, sinon de millions, selon les projets. Le transfert de risque est à la base du partenariat public-privé. Il faut donc que l'information soit la plus précise possible pour savoir qui assume quoi. [...] On n'a pas le choix si on veut que le projet soit finançable par une banque», a expliqué M. Dépelteau.
Comme l'AICQ, M. Dépelteau prend position en faveur d'un investissement gouvernemental dans la préparation des soumissions. «Ce serait d'autant plus juste que ça motiverait le gouvernement à avoir un concept d'appel d'offres clair et précis», a-t-il fait valoir.
Mme Desrochers a renchéri: «S'il n'y a pas de compensations, on est en train de donner du travail intellectuel. Il faut aller très loin pour estimer les coûts réels du projet. C'est ce qui nous permet de gérer le risque.»
Au cabinet de la ministre Jérôme-Forget, on a confirmé avoir été informé de «la problématique» par l'AICQ. L'attachée de presse de la ministre, Véronique Mercier, a reconnu que la situation soulève des questions; elle a donné l'exemple du prolongement du métro à Laval, où il aurait peut-être mieux valu que le gouvernement investisse dans les soumissions pour préciser les prix afin d'éviter un dépassement de coûts. Mais aucune décision n'est prise, a-t-elle précisé.
Or des projets de PPP pointent à l'horizon. C'est le cas du prolongement du tronçon de l'autoroute 30 entre les villes de Châteauguay et Vaudreuil et de la construction du complexe culturel et administratif de Montréal (salles pour l'Orchestre symphonique de Montréal et Conservatoire de musique et d'art dramatique).
Dans ce dernier dossier, la Société immobilière du Québec (SIQ) a prévu une rémunération de 250 000 $ pour chacun des trois consortiums ou entreprises qui aura franchi les étapes de l'appel de candidatures et de propositions. Catherine Lessard, de la SIQ, a expliqué que ce projet de 281 millions nécessitera un travail détaillé qui justifie que le secteur public y participe financièrement. Mme Lessard rappelle d'ailleurs que lors du concours d'architecture, la SIQ avait versé 235 000 $ à chaque finaliste. De plus, la firme sélectionnée (un consortium dont le maître d'oeuvre est néerlandais) empochera 100 000 $ si le projet n'est pas réalisé d'ici juin 2005.
À l'AICQ, Johanne Desrochers a rappelé que d'autres méthodes de rémunération existent lorsque les autorités publiques décident de ne pas assumer une part des coûts. Ainsi, des entrepreneurs négocient avec les firmes de génie, d'architecture, de comptabilité ou d'avocats pour que chacune accepte d'être payée selon le prix coûtant des services réalisés. Si la soumission est choisie, tous ces experts empochent un boni équivalent à leurs tarifs réguliers. Le risque est ainsi réparti.
Lors de sa rencontre avec la présidente du Conseil du trésor, Mme Desrochers a également fait valoir que ses membres souhaitent que le gouvernement embauche une firme de génie-conseil qui agirait comme arbitre indépendant pour superviser le projet de PPP. L'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APICQ) critique cette idée.
«Il y a là un problème éthique, croit le président de l'APICQ, Michel Gagnon. Une firme sera l'ingénieur-conseil pour un projet où il y a une autre firme de génie. Et cette dernière sera l'ingénieur indépendant de la première dans un autre projet. Ce sera chacun son tour, alors que le bassin de firmes est trop petit.»
Monique Jérôme-Forget présentera d'ici deux ou trois semaines son plan de révision du rôle de l'État, communément appelé «réingénierie». Comme elle l'a souligné lors du dépôt des crédits, mardi dernier, il s'agit pour l'État de développer de nouvelles façons de faire, dont les PPP.
Mais Johanne Desrochers a rappelé à quel point il ne s'agit pas d'une panacée. «Il n'est pas toujours avantageux et ce n'est pas toujours possible de réaliser un projet en partenariat public-privé. En bout de piste, on va collectivement payer quand même», a-t-elle laissé tomber.

Des failles dans la "carapace" de l'homme politique
Gilbert Leduc
Le Soleil mercredi 7 avril 2004
Des sobriquets comme "le frisé" et "Patapouf" ne laissent pas le chef du PLQ insensible
Le frisé. Patapouf. "John" Charest. Les adversaires de Jean Charest rivalisent de sobriquets pour crucifier le premier ministre du Québec. Le principal intéressé, lui, ne se dit pas "insensible" à ces attaques verbales qui traversent sa "carapace" d'homme politique.
"Est-ce que ça m'agace que, de temps en temps, il y ait des gens qui disent des gros mots à mon endroit ? Non. Ça fait partie de la vie politique", a d'abord confié le premier ministre Charest au cours d'une entrevue accordé au SOLEIL. "En politique, il faut avoir une carapace, sinon on ne survivra pas".
Plus tard, au cours de l'échange avec les journalistes, il finira par reconnaître que de se faire traiter de "frisé" ou de Patapouf peut faire mal.
"Je ne veux pas donner l'impression que je suis insensible à ça. Ce n'est pas vrai que l'on peut rejeter ça (les gros mots prononcés à son endroit) du revers de la main, mais il faut accepter de vivre avec ces choses-là. Et je l'accepte. Je ne m'en plains pas. Je fais mon travail. Je continue. Mon moment de vérité arrivera à la fin de mon mandat", de lancer le chef du gouvernement en niant formellement la rumeur voulant que Patapouf soit le surnom amoureux que lui donne sa femme Michelle.
Depuis quelques mois, une coalition réclame la destitution de Jean Charest. Destituons Patapouf ! veut amasser plus de 400 000 signatures pour virer le premier ministre comme l'a été le gouverneur de la Californie, Gray Davis, au terme d'une procédure de recall.
Des "gros mots", Jean Charest n'a pas fini d'en entendre puisque les syndicats et les groupes populaires annonceront, ces prochains jours, la tenue, le 14 avril, d'une série des moyens d'action à l'échelle provinciale pour souligner le premier anniversaire du gouvernement Charest. La CSN vient de partir le bal en lançant une campagne publicitaire dans laquelle elle promet au premier ministre de lui "faire la fête" la semaine prochaine.
Refusant de considérer les syndicats comme des "adversaires" ou des "ennemis", Jean Charest est déçu de constater que des centrales syndicales commencent à annoncer qu'elles tourneront le dos aux forums de discussion qui s'amorceront ce printemps pour discuter de la vision et des priorités d'action du gouvernement contenu dans le document Briller parmi les meilleurs.
"J'aurais aimé que les centrales y participent, mais elles sont libres d'y être ou pas. Tout comme on ne peut pas forcer les syndicats à s'impliquer dans les formules de partenariat public-privé".
Jean Charest a expliqué le refus des centrales à sauter dans le wagon des forums de discussion par l'amorce des négociations pour le renouvellement des conventions collectives dans le secteur public. "Alors, soyons lucides. On voit bien que les centrales se positionnent pour les négociations".
Le premier ministre a reconnu que le boucan mené, en décembre dernier, par les syndicats avait forcé le gouvernement à "ouvrir le dialogue". Il a aussi admis que les opposants aux différents projets de loi avaient été "habiles pour défendre leur point de vue".
"Quand ça arrive, on prend un pas de côté. C'est notre devoir de le faire. C'est pour ça que l'on va faire les forums. Ça va être utile. Ce qui en ressortira, je pense, sera le même constat que l'on a déjà fait, nous au gouvernement, et c'est l'urgence d'agir et que le statu quo ne peut plus tenir", a affirmé le chef du gouvernement.
"C'est à nous d'aller au devant et d'écouter ce que les gens ont à nous dire. Ce n'est pas vrai que le fait d'être prêt à gouverner signifie que l'on a raison sur toutes les façons de faire. Il faut accepter ça. Alors, on fait ce qu'un gouvernement doit faire. Il va y avoir une période de dialogue".
Les offres salariales...
Réduction de la rémunération des 500 000 employés du secteur public ? Gel des salaires ?
Jean Charest a écarté la première hypothèse.
Y aura-t-il, alors, un gel de salaires, compte tenu de la situation difficile des finances publiques ?
"On est en train de préparer nos offres et elles seront déposées dans quelques semaines. On veut faire du mieux que l'on peut", répond M. Charest.
Un gel des salaires est-il écarté ?
"Nous allons aborder nos offres sur l'ensemble de la période (des prochaines conventions collectives)", réplique-t-il en constant que sa réplique déroute un brin les journalistes. "Écoutez, je ne veux pas scooper ceux qui doivent mener les négociations au nom du gouvernement", précise-t-il en prévenant LE SOLEIL de ne pas se laisser tenter par un titre du genre Québec propose le gel des salaires de ses employés à la une du journal. "Vous auriez tort de le faire."
GLeduc@lesoleil.com

L'insaisissable Charest
J -Jacques Samson
Le Soleil mercredi 7 avril 2004
Éditorial - Bernard Landry rayonnait ce samedi 27 mars pendant la conférence de presse de clôture d'une journée de réflexion à Québec sur l'avenir du Parti québécois - et le sien propre - dans le cadre de la "saison des idées" à laquelle il avait convié ses militants. Le col ouvert, le teint rose, le cheveu fou, le chef de l'opposition avait aussi le coeur léger face aux journalistes qui tentaient par tous les angles de lui faire dire s'il demeurerait ou non à la tête du Parti québécois après le mois de juin, et son voyage de noces avec Chantal Renaud. Cette dernière, assise en retrait, observait la scène avec amusement.
Il a alors entrepris de répondre à l'une de mes questions sur le type de démarche référendaire qu'il préconise depuis son accession à la présidence du PQ, par une entrée en matière à l'effet que nous étions du même âge, ou très peu s'en fallait. Je m'en suis bien sûr défendu ! J'ai par la suite compris qu'il ne croyait sans doute pas que j'avais ses 67 ans ; c'est Bernard Landry qui se sent l'âme d'un frais quinquagénaire.
Quelques minutes plus tôt, il avait d'ailleurs lancé à son auditoire: je veux que Jean Charest soit le dernier premier ministre de la province de Québec. La ligne de presse a eu l'effet visé. Les difficultés que connaît Jean Charest, les sondages dévastateurs pour lui qui s'empilent, donnent des ailes au chef du Parti québécois. Il est encore la meilleure carte d'atout du Parti québécois et du mouvement souverainiste, l'avenir reste ouvert dans le sens qu'une reprise du pouvoir en 2007 ne paraît pas impossible, ni la tenue d'un autre référendum rapidement par la suite et il est aux petits oiseaux dans sa vie personnelle. L'homme a la vie belle.
Le contraste avec l'image que projette Jean Charest est frappant, 12 mois après leur échange de fauteuils à l'Assemblée nationale.
Jean Charest était présenté par les libéraux en 1998 comme un jeune chef par opposition aux sexagénaires Parizeau, Bouchard et Landry ; celui qui allait réinventer le modèle québécois laissé par la génération de ses vis-à-vis péquistes, tous trois artisans de la révolution tranquille. Bye bye les pré-boomers, tasse-toi mononcle, le premier premier ministre produit par un cégep arrive au pouvoir au Québec. Une année seulement s'est écoulée depuis les élections. Le poids des réalités du pouvoir et la force des oppositions rencontrées, laissent déjà des traces chez le premier ministre. L'homme paraît débordé face à la révolution qu'il a promise et qu'il doit maintenant livrer.
Jean Charest mène une tournée des quotidiens cette semaine, dans la foulée du budget Séguin et pour faire le point à la veille du premier anniversaire de son élection. Il a une grosse côte à remonter dans l'opinion publique. Au moment de nous quitter, il nous a pourtant lancé : mon job, c'est d'être plate. C'est quoi votre lead pour demain ? Il était fier de ne pas nous avoir donné matière à nouvelles plus percutantes, malgré tous nos efforts.
Le premier ministre utilise toujours ses mêmes techniques en entrevue. Il affirme qu'il sait où il va, qu'il a un plan, qu'il suit essentiellement le calendrier qu'il s'était donné lorsqu'il affirmait à l'hiver 2003 qu'il était prêt à exercer le pouvoir. M. Charest demeure cependant toujours aussi imprécis, qu'il s'agisse de la réingénierie de l'État, des partenariats public-privé (les ppp) ou de la décentralisation des pouvoirs vers les régions. Impossible d'obtenir un pourcentage, ou un nombre, pour mesurer l'ordre de grandeur de la réforme projetée, ou quelque précision sur le rythme d'implantation de ces réformes. Il ne semble pas comprendre que l'impopularité de son gouvernement est en grande partie due à l'inquiétude qui s'est répandue quant aux réformes à venir, en raison justement de l'imprécision entretenue.
Il n'est même pas inconfortable avec le fait qu'il soit un jour comparé au rude Mike Harris, ex-premier ministre conservateur de l'Ontario qui a sabré dans les programmes sociaux et, le lendemain, que son gouvernement soit étiqueté social-démocrate. Jean Charest a tellement toujours peur d'être perçu comme un dogmatique que les difficultés que les Québécois éprouvent à lui accoler une identité ne le troublent pas. Il préfère de loin cette ambiguïté.
Cible préférée des humoristes, rebaptisé Patapouf par dérision, tête de turc des militants syndicaux dont les pancartes sont souvent agressives, Jean Charest ne semble même pas savoir s'il en est affecté ou pas: on se fait une carapace, commence-t-il par dire, mais tout en enchaînant qu'il ne veut pas laisser croire qu'il est insensible aux attaques, pour conclure qu'il faut accepter de vivre avec cela...
Un peu de passion, bon sang, un peu d'émotions, faute de précisions sur le plan d'action du gouvernement. Jean Charest est en voie de devenir un faire valoir de Bernard Landry avec une pareille fadeur bourassienne.
JJSamson@lesoleil.com

En attendant le prochain livre...
Michel Vastel
Le Soleil mercredi 7 avril 2004
Chronique politique - La liberté de s'exprimer d'un député ou d'un ministre québécois, pendant une campagne électorale fédérale, c'est de se taire. La liberté de savoir d'un chef de parti fédéral, pendant une campagne référendaire au Québec, c'est de tout ignorer. C'est ainsi que, chez nous, l'histoire s'écrit à retardement. Et que les procès s'instruisent par contumace.
Ainsi, Jean Charest n'a rien su des vraies raisons de la démission de son collègue Lucien Bouchard du gouvernement conservateur de Brian Mulroney en 1990 jusqu'à ce qu'il tombe sur le chapitre 7 du livre de Pierre Duchesne qui commence à la page 135... "Je ne me serais pas couché sans avoir fini le chapitre 7", confiait-il hier aux journalistes du SOLEIL avec un petit sourire entendu. J'ai vérifié, c'est la bonne page et le bon chapitre sur Le Chef de guerre.
D'autres que Jean Charest se seraient indignés devant tant de duplicité de la part de Bouchard. Ils auraient peut-être écrit une mise au point dans les journaux de la province. Pas Charest ! "Je me suis senti trahi, mais j'ai appris à passer par-dessus des choses comme ça", dit-il en tournant la page. Il a même fait la paix avec Lucien Bouchard : "Je ne lui en veux pas."
Une heure avec Jean Charest, c'est une heure à se mesurer avec un punching ball, sauf que celle-là est gonflée à l'hélium. Vous enfoncez votre poing, vous avez l'impression d'avoir fait un gros trou, mais quand vous retirez votre bras, le ballon reprend sa forme. Lucien Bouchard lui a fait jouer un bien mauvais rôle dans la comédie qu'il jouait aux Québécois, il a appelé le rapport du Comité parlementaire sur les Accords du lac Meech, que Jean Charest présidait, "la petite merde à Chrétien", mais tout ça c'est oublié : "Je ne lui en veux pas..."
Puis en 1995, pendant la campagne référendaire au Québec dans laquelle Charest jouait un rôle de premier plan, le gouvernement libéral de Jean Chrétien a bafoué toutes les règles, dépensant des millions de dollars en publicité fédérale... "C'était la guerre !" dirait le directeur du Programme de commandites, Charles Guité. Le chef du Parti progressiste-conservateur d'alors était-il au courant qu'il participait à une opération à la limite de l'illégalité et quelque peu antidémocratique ? "Je n'étais pas tout à fait dans le secret des dieux", s'excuse Jean Charest. Encore un ! serait-on tenté d'ajouter, tant tous ceux qui ont touché de près ou de loin à cette campagne de visibilité du gouvernement du Canada au Québec, sont maintenant frappés d'amnésie.
Il est dès lors facile, pour Jean Charest, d'ajouter : "On ne peut pas dire, rétroactivement, que c'était correct, on ne peut pas dire que c'était justifié..." Tiens donc ! "Si j'avais su, j'aurais pas venu", dirait le héros de La Guerre des boutons...
Comme dans le cas de la petite mais vraie histoire de la démission de Lucien Bouchard, on finira bien par apprendre tout cela dans un livre. Et Jean Charest ne se couchera pas avant d'avoir terminé le chapitre, retenant jusqu'au numéro des pages pertinentes. À un adolescent, on dirait : "Assume !" Mais on ne peut tout de même pas interpeller un chef de gouvernement...
Tous les chefs politiques ont un petit point faible sur lequel il faut savoir appuyer au bon moment pour les allumer. Même dans ses plus mauvais jours, Brian Mulroney s'arrêtait lorsqu'on lui parlait de l'un de ses enfants. Lucien Bouchard s'enflammait quand on évoquait l'hypocrisie - "une passementerie d'hypocrisie !" - du Canada anglais. Même Robert Bourassa pouvait devenir drôle, surtout lorsqu'on lui parlait des gaffes de ses ministres. Et il recevait souvent les journalistes autour d'une bouteille de vin fin !
Quand, au bout d'une heure avec Jean Charest, dans un coin de cafétéria dont le système de climatisation couvre sa voix, le premier ministre du Québec dit à ses interlocuteurs : "Ma job, c'est d'être plate...", on ressent comme un malaise.
Cet homme est-il heureux comme Paul Martin qui, malgré tous ses malheurs, trouve encore la force de dire que "c'est tout de même le fun d'être premier ministre !" ? Cet homme souffre-t-il, comme Jacques Parizeau en passant, lorsqu'on lui rappelle qu'il est un "mal-aimé" ? Alors, M. Charest, quel effet cela vous fait-il d'être surnommé tour à tour, et avec dérision : "Charrette", "le frisé", "Patapouf" ?
"On se fait une carapace, répond-il sans même soupirer. Ce n'est pas facile d'être premier ministre du Québec." Il dit cela comme si, effectivement, cela lui pesait, comme s'il s'agissait d'un travail qu'on lui avait imposé, comme s'il attendait que ça passe. Il parle comme un vieux qui ne s'amuse plus dans la routine de ses fonctions.
Pourtant, Jean Charest est une bête politique, et de grand talent. Il rappelle, à juste titre, sa grande éloquence pendant la campagne référendaire de 1995 au Québec. Mais c'est du Canada qu'il parlait alors... Et quand il critique Paul Martin sur sa politique budgétaire, se montrant "un petit peu agacé" de se faire dire comment il devrait administrer la santé publique par exemple, on a l'impression qu'il veut dire : "Moi, je ferais mieux que Paul Martin si j'étais à sa place !"
Allons, il faudra bien nous habituer au style de Jean Charest. On s'est bien habitué à celui de Jean Chrétien ! Mais ce n'est pas parce que la politique est une affaire sérieuse qu'elle est obligée d'être "plate". Évoquant les nombreuses attaques dont l'un de ses prédécesseurs, Lucien Bouchard, fut l'objet pendant son bref passage aux affaires du Québec, Jean Charest a fait une remarque intéressante : "Lucien - il l'appelle Lucien ! - a appris à avoir le sens de l'humour..."
On a hâte que Jean Charest apprenne, lui aussi !
MVastel@lesoleil.com

Les mirages de la chanson québécoise engagée
Dominique Corneillier : Professeur de français, Cégep de Joliette
Le Devoir mercredi 7 avril 2004
IDÉES - À travers un message politique incohérent, des groupes ou des chanteursr jouent le jeu de l'ordre établi
Le texte «Quelque chose se passe - Retour de la chanson engagée au Québec», écrit par deux musicologues et publié dans la page Idées du Devoir du 30 mars dernier, soulève des questions fort pertinentes sur le lien qu'entretiennent chanson populaire et conscience sociale dans la société actuelle. Cependant, les conclusions auxquelles arrivent Trottier et Descheneaux font preuve d'un aveuglement significatif face aux enjeux profonds de ce phénomène.
Selon eux, «les jeunes groupes actuels de la musique québécoise se distinguent par un discours plus collectif et à même de prendre position face aux enjeux actuels». Les Cowboys fringants et Daniel Boucher représenteraient «un renouveau de la chanson engagée au Québec», se nourrissant à «même une critique exacerbée» qui serait «un appel à la mobilisation» s'adressant à la génération née dans les années 70 et 80. À travers une réactualisation de la musique folklorique, ces groupes seraient les porte-étendards d'une musique «festive, où le "climax" de la fin prend toute sa raison d'être en étant associé au sentiment de révolte».
Il faut être bien naïf pour ne pas voir que cette mise en scène de l'engagement traduit plutôt cette dynamique nouvelle de la démobilisation qu'est la récupération spectaculaire d'un discours sur la société se prenant lui-même comme finalité. À travers un message politique confus et incohérent, des groupes comme Les Cowboys fringants ou des chanteurs comme Daniel Boucher jouent plutôt le jeu de l'ordre établi en proposant un produit dont l'engagement est la marque de commerce.
Prétextant dire «les vraies affaires», ils se complaisent dans une révolte adolescente qui néglige toute réflexion, puisque «l'emportement et l'adhésion sont instantanés chez les auditeurs». Instantanéité qui n'a d'égal que la vitesse à laquelle se disperse leur confusion intellectuelle dans un air du temps auquel ils n'offrent aucune résistance significative.
Devenus les hérauts nostalgiques de l'époque de leurs parents, ils ne conservent de l'engagement que sa manifestation spectaculaire, où ils se regardent prendre position dans une mise en scène digne d'un Star Académie de la conscience sociale. Ce type d'engagement mène à Robert Charlebois et Denys Arcand, dont le parcours artistique reproduit toutes les errances d'un engagement opportuniste et inconséquent, ayant l'air du temps comme échelle de valeurs. Bel avenir pour la contestation!
Des lieux communs
À travers un esthétisme populiste, ce que nos deux «musicologues en devenir» considèrent «comme un miroir des aspirations sociales et politiques de notre génération» est plutôt la manifestation musicale de ce type particulier de discours politique qu'est le conservatisme révolutionnaire, qui, en voulant laisser les choses comme elles sont, feint un anarchisme de pacotille qui tire sa force d'attraction des effets de style qui lui servent de contenu.
Que ce soit le snobisme joual de Daniel Boucher ou la poétique misérabiliste des Cowboys fringants, la chanson «engagée» dont Trottier et Descheneaux analysent la portée révolutionnaire est plutôt cette forme de démagogie vieille comme le monde, qui consiste à critiquer l'ordre des choses au nom d'une authenticité perdue pour justifier notre paresse intellectuelle devant la complexité du monde social. Comme si Jean-Luc Mongrain, Gilles Proulx et Paul Arcand étaient devenus les maîtres à penser d'une nouvelle génération de chansonniers.
Tout engagement véritable demande autre chose que de la complaisance envers les lieux communs, qu'ils soient critiques ou non. Dans ce monde qui se caractérise par l'emporte-pièce tout azimut, l'engagement passe peut-être par une délicatesse qui est douloureusement absente de l'espace public. Une délicatesse que chantent parfois les poètes lorsqu'ils nomment une solidarité qui soit autre chose qu'un étourdissement grossier dans un populisme rythmé.
La parole engagée doit prévoir toute récupération et ne doit pas oublier, comme l'écrit le poète Yves Boisvert, que «ce qu'on appelle l'ordinaire ne résulte pas d'un choix, mais d'un ensemble composite d'effets démagogiques». Ne pas le savoir consiste à s'engager dans le sens de la bêtise et dans le cabotinage politique.
Ainsi, les Cowboys fringants chantent l'antisyndicalisme primaire: «Aujourd'hui ç'a un peu changé/ Les gars sont tous syndiqués/ Ça jase trois-quatre autour d'une pelle/ En r'gardant le plus jeune faire du zèle.» Le Conseil du patronat et Jean Charest ne disent pas autre chose.

Yves Séguin sème l'inquiétude chez les artisans de la télévision publique
Rollande Parent, PC
Le Devoir samedi 3 avril 2004
Le ministre des Finances a évoqué la privatisation du diffuseur quelques jours après avoir amputé son budget de plus de cinq millions
Trois ministres du Québec ont beau avoir tenté hier de tempérer les propos de leur collègue des Finances, Yves Séguin, sur le sort de Télé-Québec, ils n'ont pas réussi à calmer l'inquiétude des réalisateurs de cette télévision publique, qu'il s'agisse de ceux qui y oeuvrent à l'interne ou de ceux qui produisent des émissions qui y sont diffusées.
Il faut dire que deux coups leur ont été assénés cette semaine, soit la réduction de cinq à six millions d'un budget de 54 millions et la déclaration du ministre Séguin, qui s'est demandé si c'était bien le rôle du gouvernement de détenir une station de télévision. «Je ne suis pas certain que c'est le rôle de l'État», a-t-il déclaré sur les ondes d'une radio de Québec.
Il n'en fallait pas davantage pour que les réalisateurs se demandent à leur tour si la réduction du budget de Télé-Québec n'avait pas justement été faite pour tracer le chemin à la venue de l'industrie privée au sein de cette télévision publique, avec la bénédiction du gouvernement.
«On a l'impression que ça peut être une stratégie. D'un côté, on coupe les vivres, on coupe l'oxygène pour mieux dire par la suite qu'ils ont de la misère à se tenir debout et qu'il vaut mieux faire gérer le tout par quelqu'un d'autre», a avancé le réalisateur Michel Poulette, qui y voit «une attitude pas très nette».
Selon Jean-Pierre Lefebvre, président de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), retrancher d'autres ressources à un réseau auquel on avait retranché 25 millions en 1995 relève du cynisme. À l'époque, cela avait entraîné la mise à pied de 300 employés et la cession au privé de 80 % de la production.
M. Lefebvre a dit avoir reçu une communication du cabinet de la ministre de la Culture, Line Beauchamp, peu avant la conférence de presse, où on l'a assuré qu'il n'était pas question que le gouvernement se débarrasse de Télé-Québec, se défasse de sa licence. On disait toutefois s'interroger sur le mode de gestion. Le premier ministre Charest et la vice-première ministre Monique Jérôme-Forget sont allés dans le même sens.
«Il y a un danger de plus en plus grand provenant de l'industrie privée. Des noms sont mentionnés, celui d'Astral, entre autres», a-t-il commenté. «Serait-on en train de vendre une licence de diffuseur et de producteur?, s'est-il demandé. L'industrie privée vise la rentabilité financière maximale et non la rentabilité culturelle. Il y a de bonnes raisons de s'inquiéter», a-t-il ajouté.
Pour sa part, Gaétan Lavoie, porte-parole de l'Association des réalisateurs et réalisatrices de Télé-Québec, prédit que «ce qui va arriver à Télé-Québec va arriver plus tard à Radio-Canada. Tout le monde veut de grands réseaux, des machines à faire beaucoup de fric. La télévision privée a fait beaucoup d'argent l'année dernière et, pourtant, les artisans sont dans une sorte de misère, dans les années noires».
M. Lavoie croit qu'on cherche à détruire ce qui reste, soit les 20 % de production qui se font à l'interne, «pour rendre Télé-Québec disponible aux chacals privés».
«Il reste les émissions d'analyse, d'affaires publiques. Je vois mal le privé faire un grand débat sur la forêt, ce que nous avons fait, ou encore un grand débat sur la santé», a soutenu M. Lavoie.
Celui-ci a d'ailleurs rappelé qu'au moment où il faisait l'émission Droit de parole et Questions d'argent, M. Séguin avait participé à ces émissions. Le premier ministre Charest est également allé à Droit de parole. «Il était bien content d'y vendre son programme», a-t-il commenté.
M. Lavoie tient à être partie prenante des discussions pour éviter que tout ne se passe qu'entre le gouvernement et les représentants de l'industrie. «Il ne faut pas que les créateurs soient évacués», a-t-il dit.
À la ministre Beauchamp, sur le point d'amorcer une tournée de consultation à la grandeur du Québec, M. Lavoie a demandé un soutien financier de cinq millions pour suivre les débats.
À la blague, M. Lavoie s'est demandé si Télé-Québec ne devrait pas cesser la diffusion des débats de l'Assemblée nationale, question de montrer l'utilité de cette télévision publique.

D'autres coupes en vue à Télé-Québec
Louise Leduc et Gilles Normand
La Presse samedi 3 avril 2004
Foi de Jean Charest, si le budget Séguin impose une coupe de 5 millions de dollars à Télé-Québec, ce n'est pas en vue de la privatiser: ces millions en moins, c'est une question de modernisation.
Et ce n'est pas fini. De source bien informée, on a en effet appris que cette ponction de 5 millions, sur un budget de 57 millions, n'est qu'un début et que Télé-Québec doit en fait se préparer à d'autres coupes à très court terme.
Pour l'heure, le premier ministre Charest a en tout cas confirmé hier qu'il n'était pas question pour Québec de vendre son antenne, ajoutant cependant qu'il s'agit ici " de voir comment, dans le contexte de modernisation, on peut faire en sorte d'en donner autant que possible aux contribuables ".
À Québec, la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, est allée dans le même sens: " Quant à la privatisation de Télé-Québec, je sais qu'on en parle beaucoup, j'en entends parler comme vous. Ça n'a jamais, finalement, quant à moi, au niveau de la réingénierie, été évoqué. " On ne laisse pas tomber une licence du genre, qui, ajoute-t-elle, est tant une chance qu'un atout.
Les nouvelles contradictoires se sont pourtant multipliées autour de Télé-Québec depuis le dépôt, mardi, du budget Séguin, qui contenait cette coupe de 5 millions. Jeudi, sur les ondes de CHOI, une radio de Québec, le ministre des Finances, Yves Séguin, lançait la question suivante: " Est-ce que ça fait partie du rôle du gouvernement de détenir une station de télévision? Je ne suis pas certain que c'est le rôle de l'État. "
La ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, a eu tôt fait de corriger le tir, soutenant qu'il n'était pas question que le gouvernement du Québec abandonne son antenne. Reste, toutefois, la ponction de 5 millions.
Les réalisateurs sont du reste montés au créneau hier et ont évoqué la possibilité de recourir à des moyens de pression en un véritable front commun de la Guilde canadienne des réalisateurs, de l'Association des réalisateurs du Québec et de celle de Télé-Québec. " La compression de 5 millions imposée à Télé-Québec est une attaque directe contre un lieu d'expression citoyenne qui n'est pas soumis aux impératifs commerciaux, s'est plaint Gaétan Lavoie, président de l'Association des réalisateurs de Télé-Québec. Télé-Québec va-t-elle devenir une coquille vide? Fera-t-elle partie elle aussi de la vente de débarras des actifs de l'État? Tant qu'à aider le secteur privé, pourquoi se gêner? Vendons tout! "
Pour M. Lavoie, ce que Québec veut, c'est ni plus ni moins " couper le sifflet de la génération Passe-Partout ". Jean-Pierre Lefebvre, président de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec, n'était pas moins outré. " L'amputation que vous faites subir relève du sabotage pur et simple ", s'est-il plaint.
Les messages contradictoires du gouvernement " laissent peser une épée de Damoclès sur la tête de Télé-Québec ", s'est aussi désolé le Conseil de presse du Québec. Le Conseil se porte à la défense de cette télévision culturelle " qui offre à la population québécoise une programmation à son image et une voie d'expression collective unique par l'entremise de ses émissions éducatives, d'affaires publiques et de forums ".
La journaliste Anne-Marie Dussault, qui est à la barre de Points chauds après avoir animé Droit de parole, s'est dite très inquiète face à la perte potentielle d'un média d'information. " Il ne faut pas se laisser prendre par des vautours ", a-t-elle dit, évoquant les acheteurs potentiels que la mise à mal de Télé-Québec peut faire saliver, notamment Astral Média.
Y a-t-il beaucoup de gras à Télé-Québec? La seule évocation de " gras " fait rigoler sa présidente, Paule Beaugrand-Champagne. En 1995, avant une coupe de 25 millions imposée par le gouvernement péquiste, Télé-Québec comptait 731 employés. Neuf ans plus tard, on n'en compte plus que 331. Depuis le budget Séguin, neuf contractuels ont déjà été remerciés et 40 autres personnes risquent fort de devoir partir en juin.
Avec Gilles Normand à Québec

Télé-Québec n'est pas à vendre
Norman Delisle, PC
Le Devoir samedi 3 avril 2004
Le mandat de la télévision nationale sera toutefois réexaminé
Québec - Le gouvernement libéral de Jean Charest entend conserver le permis d'exploitation de Télé-Québec, a laissé entendre la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, hier.
«Il y a de grandes vertus à avoir une licence et, comme on veut mettre en place un gouvernement en ligne, on s'est rendu compte de la chance de détenir cette licence et de pouvoir utiliser Télé-Québec pour un gouvernement en ligne», a déclaré la ministre Jérôme-Forget.
En conservant le permis d'exploitation, le gouvernement ne privatiserait donc pas Télé-Québec, comme plusieurs le craignent.
«La privatisation, j'en entends parler comme vous, mais ça n'a jamais été évoqué au niveau de la "réingénierie"», a dit la ministre.
Mais toute la mission de Télé-Québec sera revue, a expliqué Mme Jérôme-Forget à l'issue d'un débat à l'Assemblée nationale sur le plan de «réingénierie» de l'État que mène le gouvernement Charest.
La ministre a rappelé que Télé-Québec est propriétaire de sa licence, un permis obtenu du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), et que cette licence est accordée de fait au gouvernement du Québec.
«On ne laisse pas tomber une licence comme ça. Vous savez combien ça vaut, une licence? Cela vaut très cher!», a-t-elle dit.
Quant à la révision de la mission de Télé-Québec, la présidente du Conseil du trésor a apporté les précisions suivantes.
La ministre de la Culture, Line Beauchamp, a demandé à la présidente de Télé-Québec, la journaliste Paule Beaugrand-Champagne, de réexaminer les activités de l'organisme, notamment ses émissions éducatives et informatives.
«Quand on est une société d'État, on doit périodiquement se poser la question [de savoir] si on remplit bien son rôle. On me dit que Télé-Québec gère un stationnement. Est-ce là sa mission? On peut s'interroger», a poursuivi la ministre.
Elle a également assuré que l'avenir de Télé-Québec fera l'objet d'un débat. «C'est un dossier qui va se prolonger sur beaucoup plus qu'une année. On va avoir un débat sur Télé-Québec», a-t-elle conclu.
Quant à l'opposition péquiste, sa position au sujet de Télé-Québec n'est pas encore fixée.
«Mon collègue, le leader parlementaire de l'opposition [André Boisclair], fera connaître la position de notre parti. Je veux lui laisser la primeur de cette réaction», a déclaré le député péquiste de Richelieu, Sylvain Simard, alors qu'il était interrogé à ce sujet.
Notons que cette année, Télé-Québec a vu son budget reconduit pour un an dans les crédits du gouvernement déposés à l'Assemblée nationale mardi. Télé-Québec reçoit 57,6 millions, soit cinq millions de moins que l'an dernier.

Télé-Québec: pas touche!
Benoit Lapierre
La Voix de l'Est mercredi 7 avril 2004
Éditorial - Télé-Québec, une institution dont tous les Québécois peuvent être fiers, vient d'entrer dans une autre période cruciale de son évolution. Cette fois-ci, c'est son existence même qui est menacée et le combat pour sa survie est commencé.
En déposant mardi le budget 2004, le ministre des Finances, Yves Séguin, a commis ce qui semblait d'abord n'être qu'une belle grosse gaffe politique, comme celles auxquelles son gouvernement nous habitue depuis un an. Il a réduit arbitrairement de cinq millions les ressources financières de la chaîne d'État, comme si cette coupe était essentielle à l'atteinte de l'équilibre budgétaire.
On a compris deux jours plus tard que l'affaire Télé-Québec n'était pas un simple accident de parcours mais un geste délibéré, lourd de signification. Au cours d'une entrevue à la station radiophonique CHOI-FM de Québec, le ministre Séguin a clairement évoqué la possibilité que Télé-Québec soit cédée à des intérêts privés, se demandant si c'était le rôle de l'État de détenir une station de télévision; lui-même a avoué qu'il n'en était pas certain, ce qui veut tout dire.
La réaction a été immédiate, et pas seulement dans l'équipe de Télé-Québec, pour qui c'était un deuxième coup de matraque dans la même semaine. Vendredi matin, René Homier-Roy, animateur de C'est bien meilleur le matin à Radio-Canada, a dit ne pas comprendre que le ministre Séguin ait pu aborder une question aussi grave que l'avenir de Télé-Québec sur les ondes d'une "radio-poubelle". Mais quand on y pense, quoi de plus normal que le ministre des Finances ait choisi une radio-poubelle pour parler de la création éventuelle d'une autre télé-poubelle, car c'est bien de cela dont il s'agit.
M. Séguin est trop intelligent pour croire un seul instant que le télédiffuseur privé qui mettrait la main sur Télé-Québec en préserverait la qualité. Télé-Québec remplit à merveille sa mission éducative et culturelle, comme le montre sa riche programmation. Parmi les quelques stations de télé encore accessibles à tous les téléspectateurs, que ce soit par le câble ou par les ondes, laquelle présente chaque semaine autant de documentaires que Télé-Québec, autant de films sans publicité, autant de saines émissions pour enfants et ados? Sur le plan éducatif, éliminer Télé-Québec serait un recul incroyable, en même temps qu'un immense scandale.
Si le ministre Séguin croit que ce n'est pas le rôle de l'État de supporter une station de télévision éducative, pourquoi ne se questionne-t-il pas sur la pertinence de conserver la Société Radio-Canada, financée elle aussi à même les impôts des Québécois depuis 1952? Pour un ministre qui souhaite être perçu comme le grand défenseur de la famille, c'est plutôt mal parti. Sa position sur Télé-Québec va directement à l'encontre des intérêts de la famille et dans le cabinet Charest, il y en a au moins une qui a compris. Flairant l'impasse politique, la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, a immédiatement rectifié le tir et affirmé qu'il n'était pas question de privatiser Télé-Québec, mais plutôt d'en "moderniser" le mode de gestion.
N'est-ce pas ce que le gouvernement péquiste avait fait en 1995-1996, en imposant à Télé-Québec une forte réduction de son budget? Cette fois-ci, c'est une réduction de 8 % qui frappe la télé d'État et pour l'opposition, cela suffit: elle réclame un débat public sur l'avenir de Télé-Québec. La proposition devrait plaire au premier ministre Jean Charest, lui qui aime tant consulter tout le monde...

Les forums régionaux de Charest tardent à se mettre en branle
Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 3 avril 2004
Les sommets de Montréal et de Québec ont été reportés à l'automne prochain
Les difficultés se multiplient dans l'organisation des forums régionaux convoqués par le premier ministre Jean Charest en février dernier. D'abord, la tenue des forums, qui devaient avoir lieu à Montréal et à Québec au printemps, entre la mi-avril et la mi-juin selon ce qui avait été affirmé, a finalement été repoussée à l'automne prochain. Ensuite, la FTQ a fait savoir hier qu'elle ne participera pas au volet régional de l'exercice. Aussi, les conférences régionales des élus (CRE), qui doivent organiser les 19 forums, ont du mal à entamer le travail d'organisation puisqu'ils viennent tout juste d'être créés, jeudi dernier. Les CRE sont appelées à remplacer les conseils régionaux de développement.
Pourquoi parle-t-on de la tenue des forums à l'automne, notamment dans la capitale et dans la métropole? Entre autres en raison des débats référendaires sur les défusions, qui auront probablement lieu en juin dans plusieurs villes. Bernard Larin, attaché de presse du maire de Montréal, Gérald Tremblay, l'a confirmé au Devoir hier en précisant: «On parle maintenant de la mi-septembre.» Même son de cloche auprès du Conseil régional de développement de l'île de Montréal (CRDIM), qui a été mandaté par la CRE de Montréal de trouver «200 personnes de la société civile» pour participer à la consultation, «autour du 11 septembre», a confirmé Yvan Thériault, directeur des communications au CRDIM. Selon M. Thériault, il n'est pas certain que le CRDIM remplisse le mandat pour lequel on l'a sollicité. «C'est en discussion actuellement», a-t-il dit, précisant que la CRE, «c'est tellement récent que tout est à voir là-dedans. On est à l'heure zéro de l'aventure!».
À la Ville de Québec, on disait aussi avoir très peu d'information sur la tenue du forum dans la capitale. Jusqu'à hier, «on croyait que rien n'avait encore été lancé», a d'abord confié René-Pierre Caron, attaché de presse du maire Jean-Paul L'Allier. Rappelant Le Devoir quelques minutes plus tard, il a indiqué que selon les informations dont il disposait, le forum aurait lieu «entre mai et septembre. Je n'ai pas d'autres précisions».
Du côté de la coprésidente des forums, Line Beauchamp, la ministre de la Culture, on préfère attendre la semaine prochaine pour affirmer quoi que ce soit, et ce, même si les décisions sont prises, selon l'attachée de presse de la ministre, Isabelle Mélançon. «Tout ce que je peux vous confirmer, c'est qu'il est possible qu'on ajoute des dates», a-t-elle dit. Elle a précisé que la difficulté consiste surtout à trouver 19 dates où les deux coprésidents, Mme Beauchamp et Pierre Schedler, vice-président chez Bell Canada, sont disponibles.
La FTQ
Quant à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), c'est entre autres pour des raisons de «délais trop courts» et «d'imprécision du mandat» qu'elle a décidé de ne pas participer au volet régional des forums convoqués par le gouvernement Charest. Selon Henri Massé, président du syndicat, les instances nationales et régionales n'auraient pas eu le temps «d'assurer une contribution significative» à l'exercice de consultation.
«À peu près tout le monde est dans le noir aujourd'hui quant aux modalités d'organisation de ces forums, sur les formes qu'y aurait prises la présence syndicale, sur le qui, le quand et le comment de la synthèse des travaux», a dit M. Massé. Il a par ailleurs souligné que la FTQ participerait probablement au sommet de l'automne annoncé par le premier ministre. Mais il y aura des conditions: d'ici là, la FTQ tentera de s'assurer du «sérieux de l'exercice». Elle souhaite au fond que ce soit une «véritable consultation où les syndicats pourront faire valoir leur point de vue et avoir une écoute conséquente de la part des élus».

Ventre creux
Brigitte Breton
Le Soleil samedi 3 avril 2004
Éditorial - Le plan d'action de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale présenté hier par le ministre Claude Béchard laisse le ventre creux. Non pas que l'approche proactive et globale retenue par le gouvernement ne soit pas la bonne, mais bien parce qu'il n'a pas avant 2005, parfois même avant 2006, les moyens de la mettre en application et que trop de mesures dépendent de la contribution qu'il réussira à tirer d'Ottawa.
Comme le bilan du gouvernement Charest n'est pas très reluisant en la matière, il y a donc lieu d'être pessimiste en lisant le plan d'action. Trop souvent, il est signalé que tel programme et telle mesure, notamment concernant la formation, la réinsertion et le soutien à l'emploi, se déploieront plus ou moins selon la générosité du gouvernement fédéral.
Or, lorsque l'on sait que ces mesures sont des éléments-clés pour sortir et rester hors de la trappe de la pauvreté, il est désolant et inquiétant de voir qu'ils seront tributaires de la capacité du gouvernement Charest de convaincre Ottawa de renvoyer plus de fonds au Québec.
Si Jean Charest et ses ministres échouent, cela signifie que bien des prestataires ne pourront pas toucher les milliers de dollars prévus en primes au travail et à la participation. C'est très bien de valoriser le travail comme le fait M. Béchard, habile de sa part de rappeler que 640 000 emplois seront disponibles d'ici 2006 et de montrer que les familles à faibles revenus pourront voir augmenter leur revenu annuel de 5030 $ (seulement de 36 $ cependant pour une personne seule vivant de l'aide sociale) avec les mesures contenues dans son plan et dans le budget Séguin. Mais, pour bien des assistés ou des personnes à revenus modestes, il faut qu'ils acquièrent d'abord des connaissances et des aptitudes, qu'ils complètent des études secondaires pour accéder au marché du travail, obtenir un emploi mieux rémunéré ou être actifs dans la communauté.
Comme le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale vient de voir ses ressources diminuées et que la participation d'Ottawa n'est pas assurée, ces gains sont en partie hypothétiques. Bien des pauvres, surtout ceux vivant seuls, ne seront pas plus riches en 2005.
Malgré cela, il y a néanmoins matière à réjouissance dans le plan Béchard. Il est en effet exempt de mesures punitives à l'égard des assistés sociaux puisque Québec protège à 100 % la prestation de base, sauf en cas de fraude ou de dette. Pour un gouvernement dirigé par un chef qui a flirté longtemps avec les politiques de Mike Harris, dans un contexte où les préjugés sont encore tenaces à l'égard des démunis, c'est un acquis fort appréciable.
Québec mise aussi sur un meilleur soutien aux jeunes pour enrayer la pauvreté. Pour cela, la collaboration du ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille avec ceux de l'Éducation et de la Santé et des Services sociaux devra dépasser les voeux pieux et vraiment se concrétiser sur le terrain. Et peut-être enfin la pauvreté cessera d'engendrer la pauvreté.
BBreton@lesoleil.com

Les provinces dans la dèche
Claude Picher
La Presse samedi 3 avril 2004
La vie économique - Sept provinces canadienne ont déposé leurs budgets pour l'exercice 2004-2005. Il ne manque que la Nouvelle-Écosse, le Manitoba et surtout l'Ontario, qui devraient suivre au cours des prochaines semaines.
Déjà, il apparaît clairement que les provinces tirent le diable par la queue. Faisons un rapide tour d'horizon.
ALBERTA
La plus riche des provinces canadiennes parviendra encore cette année à dégager un surplus, mais il sera rachitique par rapport à celui de l'an dernier. En 2003-2004, la province a largement profité des prix élevés du pétrole et du gaz naturel. Uniquement en redevances pétrolières et gazières, elle a touché 7,4 milliards de dollars, ce qui représente 29 % de ses revenus budgétaires. Or, pour l'année qui vient, les spécialistes du ministère provincial des Finances s'attendent à ce que le prix du pétrole et du gaz naturel reculent de 15 % et 26 % respectivement. Si cela se produit, les redevances du gouvernement tomberont à 4,8 milliards. Le surplus passera ainsi de 3,3 milliards à 303 millions. Malgré sa richesse, l'Alberta n'échappe pas à l'explosion des dépenses de santé, qui bondiront de 8,4 % cette année.
COLOMBIE-BRITANNIQUE
Gary Collins, le ministre des Finances de cette province, réussit à effacer son déficit. Il y parvient en demandant d'énormes sacrifices à ses concitoyens. Les prévisions budgétaires de 2003-2004 faisaient état d'un déficit de 2,2 milliards. En restreignant les dépenses dans tous les ministères sauf l'éducation et la santé, il parvient à terminer l'exercice avec un déficit de 1,6 milliard, 600 millions de moins que prévu. Pour 2004-2005, le budget prévoit un maigre surplus de 100 millions. Pour atteindre l'objectif, le gouvernement impose des compressions budgétaires massives. Les dépenses, en dollars courants, reviennent à leur niveau de 2000-2001, un recul de quatre ans. Les observateurs s'attendent à un affrontement majeur avec les syndicats du secteur de la santé.
ÎLE-DU-PRINCE-ÉDOUARD
Un désastre. Pour 2003-2004, cette province prévoyait un déficit de 24 millions; il est ressorti en fin d'exercice à 104 millions. Toutes proportions gardées, c'est comme si le gouvernement québécois déclarait un déficit de 5,1 milliards. Pour 2004-2005, on s'attend à un autre déficit de 33 millions, ce qui demeure énorme pour une province de cette taille. Ce déficit survient malgré un régime minceur très sévère (réduction des dépenses de programmes de 3 %) et une forte augmentation de la taxe sur le capital et des taxes sur le tabac et l'essence. La capacité fiscale de l'Île-du-Prince-Édouard est maintenant la plus faible au Canada. Les paiements de péréquation frisent les 1800 $ par habitant, comparativement à moins de 1500 $ à Terre-Neuve. Les transferts fédéraux représentent 38,4 % des recettes budgétaires de l'île, comparativement à 15,7 % au Québec, ce qui en dit long sur l'état de dépendance de cette province.
NOUVEAU-BRUNSWICK
Le gouvernement néo-brunswickois se dirigeait tête baissée vers un déficit de 300 millions en 2004-2005. Ici aussi, le financement des soins de santé et la baisse des transferts fédéraux sont les sujets de préoccupation majeurs. Finalement, on évitera le déficit, mais cela fera mal: abolition de 750 postes dans la fonction publique (c'est comme si le Québec supprimait 8000 postes), mesures de restriction salariale pour ceux qui restent, augmentations généralisées des droits, permis, amendes et pénalités, suppression ou réduction du financement de nombreux programmes, révision et réévaluation de plus de 600 programmes et services gouvernementaux, incluant la pertinence de maintenir le réseau de parcs provinciaux. Toutes ces mesures permettront d'économiser 266 millions et d'éviter le déficit. Mais les problèmes ne sont pas finis pour autant. La majeure partie de ce magot sera engloutie dans la hausse des dépenses de santé, qui grimperont de presque 200 millions cette année.
QUÉBEC
Le ministre Yves Séguin a introduit deux nouveaux programmes sociaux (qu'il a d'ailleurs faussement présentés comme des baisses d'impôt), un soutien aux familles avec enfants et une prime au travail. Cette générosité lui coûtera près de 900 millions, mais cela ne signifie pas pour autant que le Québec est plus riche que les autres. L'année 2003-2004, qui devait en principe se terminer par un déficit zéro, accuse finalement un déficit de 364 millions à cause des pertes de la SGF. Pour 2004-2005, le ministre anticipe également un déficit zéro, mais il y parviendra en liquidant des éléments d'actif, notamment dans le secteur immobilier. Cet expédient facile lui apportera un revenu non récurrent de 880 millions, juste de quoi financer ses nouveaux programmes sociaux pendant un an. Avec une dette de 118 milliards, les finances publiques québécoises demeures extrêmement vulnérables. La santé, à elle seule, accapare les trois quarts des hausses de dépenses.
SASKATCHEWAN
Le ministre des Finances, Harry Van Mulligen, rejette la majeure partie de ses problèmes sur les épaules de ses contribuables. La Saskatchewan parviendra sans doute à éviter un retour au déficit malgré, là comme ailleurs, la hausse rapide des dépenses de santé, qui grimpent de 6,3 %, ou 160 millions. Or, l'ensemble des dépenses de programmes augmente de 52 millions. Tous les ministères, sauf celui de l'Éducation, devront réduire leurs dépenses en conséquence. Pour faire face à l'augmentation des dépenses en maintenant le cap sur le déficit zéro, le ministre augmente la taxe de vente provinciale de 6 à 7 %; augmente aussi les taxes sur le tabac, l'alcool, l'essence, et introduit une désindexation partielle des tables et des crédits d'impôt.
TERRE-NEUVE
Une autre catastrophe. La province déclare un déficit de 959 millions pour 2003-2004, et en prévoit un autre de 840 millions pour l'exercice qui vient de commencer. Pour une province de cette taille, c'est insoutenable. Le gouvernement a pris des mesures extrêmement rudes pour redresser la situation: suppression de 4000 postes dans la fonction publique, réduction de l'aide aux municipalités, fermeture de bureaux, d'écoles, d'hôpitaux, de prisons, baisse du budget d'entretien routier, abolition de la moitié des commissions scolaires et d'un nombre encore indéterminé de conseils régionaux de santé, augmentation des taxes sur le tabac et l'alcool, hausse de la tarification des services publics. Les syndicats ont déclaré une guerre tous azimuts au gouvernement. Ça joue dur: le soir du dépôt du budget, le fils du premier ministre a été tabassé dans un bar de la capitale.
Le budget de l'Ontario n'est pas encore déposé, mais on sait déjà que la situation financière de la province se détériore rapidement. Le gouvernement de Dalton McGuinty a hérité d'un déficit de 5,6 milliards. Selon les calculs du ministère provincial des Finances, si rien ne change dans les politiques fiscales et budgétaires, l'Ontario continuera d'accumuler les déficits au moins jusqu'en 2006-2007. La dette de la province passera ainsi, en trois ans, de 139 à 150 milliards. La province fait face aux mêmes problèmes de financement des soins de santé que les autres provinces. Dans ces conditions, on voit mal comment le gouvernement pourrait s'en tirer sans augmenter les impôts et annoncer des compressions budgétaires.
Cette semaine, en Nouvelle-Écosse, le gouvernement n'a pas attendu le dépôt du budget pour annoncer une hausse généralisée de la tarification des services gouvernementaux; ces hausses touchent des centaines de services et programmes, et atteignent généralement 6,5 %.
Enfin, le Manitoba déposera son budget le 19 avril. Pour 2003-2004, la province réussira à dégager de justesse un surplus de 4,8 millions. Pour 2004-2005, le ministre des Finances, Greg Selinger, a déjà averti ses compatriotes que son budget sera le plus difficile des dernières années.

Ancien bras droit de Jean Chrétien :
Pelletier nie toute ingérence politique
Gilles Toupin
La Presse mercredi 7 avril 2004
Ottawa - Le chef de cabinet de l'ancien premier ministre Jean Chrétien, Jean Pelletier, a été politiquement très actif dans le programme de commandites destiné à préserver l'unité du pays après le référendum de 1995, mais jamais, a-t-il affirmé hier devant le comité des comptes publics de la Chambre des communes le bureau du premier ministre ne s'est mêlé de la gestion au jour le jour du programme, du choix des agences de communication ou encore de la décision finale sur l'attribution d'un contrat.
M. Pelletier a répété à maintes reprises hier, au cours d'un témoignage très attendu, qu'il ne savait rien à l'époque des problèmes soulevés en février dernier par la vérificatrice générale, Sheila Fraser, sur la mauvaise gestion du programme.
Mme Fraser a révélé que 100 millions de dollars sur les 250 millions du programme de commandites avaient été versés en commissions douteuses à des agences de communication proches des libéraux.
Calme, sûr de lui, parfois charmant, parfois autoritaire, M. Pelletier a affirmé que ce qui était en cause dans le rapport de Mme Fraser c'était " la gestion administrative " du programme. Et, à ce niveau, a-t-il assuré, il n'y a jamais eu de direction politique.
L'ancien président du conseil d'administration de VIA Rail, congédié le mois dernier par le premier ministre Paul Martin pour ses propos désobligeants sur la championne olympique Myriam Bédard, a ainsi contesté l'affirmation faite par le premier ministre le 12 février dernier sur l'existence d'une direction politique derrière le scandale. M. Pelletier s'est d'ailleurs déclaré très " surpris " de cette affirmation de M. Martin. " Je ne sais pas, a-t-il dit, ce qui a permis à M. Martin de la faire. "
Le premier ministre, de passage à Barrie en Ontario hier, informé du témoignage de M. Pelletier, a d'ailleurs minimisé ses propos d'alors en disant qu'il ne connaissait pas les faits entourant le scandale. " J'espère que ces faits seront révélés ", a-t-il ajouté visiblement embarrassé.
M. Pelletier a présenté hier le programme de commandites comme un " dossier spécial "- une grande priorité pour M. Chrétien- qui nécessitait une attention particulière de sa part. Il a raconté comment il rencontrait le directeur du programme, Chuck Guité, tous les deux mois, sans compter les coups de téléphone de son personnel, " pour voir si le programme fonctionnait ", pour savoir " si les événements relayés par le bureau du premier ministre étaient considérés ".
" Il n'y a pas l'ombre d'un doute que nous faisions nos recommandations ", a révélé l'ancien chef de cabinet, qui a affirmé avoir vu des listes d'événements à commanditer ainsi que les sommes demandées par les organisateurs de ces événements. M. Pelletier a même avoué avoir probablement dit au ministre Gagliano qu'il voyait d'un oeil sympathique l'octroi d'un contrat de commandite pour le Grand Prix de Montréal.
M. Pelletier a cependant souligné aux membres du comité que Mme Fraser n'avait jamais remis en question l'existence d'influences politiques lorsqu'il s'est agi de choisir des événements à commanditer. L'ancien bras droit de M. Chrétien a estimé qu'il n'était pas responsable du poids de son influence auprès des fonctionnaires et que le rôle qu'il a joué dans cette affaire était de toute façon légitime.
" Je suis désolé si ce que je vous dis n'est pas ce que vous voulez entendre, a-t-il lancé aux membres du comité. Mais c'est la vérité. "
M. Pelletier a rappelé que, dès son élection, M. Chrétien avait convoqué tous les sous-ministres et les directeurs de programmes pour leur signifier qu'ils devaient assumer l'entière responsabilité de l'aspect administratif des dossiers. M. Pelletier leur a précisé que l'aspect politique du dossier était en revanche du ressort du bureau du premier ministre et que chacun devait se confiner à son secteur de responsabilités.
La députée néo-démocrate Judy Wasylycia-Leis a fait remarquer à M. Pelletier qu'il était anormal qu'un chef de cabinet du premier ministre suive ce dossier avec autant d'insistance et fasse affaire directement avec un fonctionnaire du niveau de M. Guité. " J'aurais vu le concierge, a rétorqué Jean Pelletier, si cela avait aidé la cause de l'unité canadienne! "
M. Pelletier a aussi révélé avoir entendu des rumeurs en 2000 à propos de certaines irrégularités dans le programme. Il l'a signalé à M. Chrétien. Ce dernier lui a alors dit de s'informer auprès de M. Gagliano. Le ministre l'a rassuré en lui apprenant qu'il était au courant des rumeurs et qu'il venait de commander une vérification interne. M. Pelletier a appris par la suite de M. Gagliano qu'aucun geste illégal n'avait été fait et que le ministre avait mis au point un plan de redressement. Il en informa aussitôt Jean Chrétien.
M. Pelletier a également souligné que le programme de commandites avait été une initiative politique de M. Chrétien après le référendum de 1995. Lors d'un discours à Toronto, le premier ministre avait ressenti la colère de l'audience libérale qui lui reprochait d'avoir presque perdu le pays. " Je vous donne ma parole, avait lancé Jean Chrétien. Je ne laisserai pas tomber le Canada. "
" C'est là que nous avons compris, a déclaré M. Pelletier, qu'il se ferait des choses. " L'ancien chef de cabinet a rappelé, dans ce contexte, que jamais la vérificatrice générale n'avait remis en cause la légitimité du programme de commandites. Quant à savoir " qui est responsable du gâchis, a ajouté M. Pelletier. Je ne le sais pas. "

En attendant Guité
Gilbert Lavoie
Le Soleil samedi 3 avril 2004
Enfin une déclaration sensée : il est très important que le Comité des comptes publics, qui étudie le scandale des commandites, puisse entendre le témoignage de Charles Guité, l'un des principaux acteurs dans cette affaire. C'est le premier ministre Paul Martin qui a fait cette déclaration jeudi, en conférence de presse à Vancouver. Prenons donc M. Martin au mot : il n'est pas question de déclencher les élections avant le 22 avril, date prévue pour le témoignage de M. Guité. D'ici là, les membres du comité doivent cesser de se tourner en ridicule, et entendre d'autres témoins. Ils ont gaspillé toute la semaine dans des querelles partisanes, portant sur le dévoilement d'un témoignage à huis clos de M. Guité en 2002. Les conservateurs craignaient que cette publication ne permette aux libéraux d'éviter sa comparution cette année. Si les parlementaires se souciaient un peu des contribuables, ils sauraient que le grand public veut savoir ce qu'a dit M. Guité en privé, et l'entendre de nouveau en public. Les députés doivent donc couper court à la procédurite, et reprendre l'audition des témoins sans tarder. Quant à M. Martin, il doit être conséquent avec sa déclaration, et attendre après le 22 avril pour déclencher les élections.
Il est clair que les libéraux veulent demander un nouveau mandat dès ce printemps. Campagne de publicité de 750 000 $, tournée des ministres au Québec, la machine libérale est sortie de sa torpeur. Le premier ministre a même fait l'annonce de candidatures de prestige jeudi, à Vancouver, une opération que l'on réserve généralement aux derniers jours précédant le déclenchement. D'ici deux semaines, on espère avoir convaincu l'électorat des vertus de Paul Martin, et avoir fait oublier les commandites.
Il serait mauvais que la campagne électorale ne porte que sur ce scandale. Les événements extraordinaires qui ont marqué l'actualité internationale au cours des dernières années nous rappellent à l'urgence de revoir le rôle du Canada à l'étranger. À l'interne, le dépôt des budgets de cinq provinces, cette semaine, a ramené à l'avant-plan l'état désastreux des finances publiques dans les autres capitales. Ce n'est plus le Québec seul qui se plaint des coupes dans la péréquation et du sous-financement de la santé, c'est la majorité des provinces canadiennes. Les grèves et les manifestations qui se préparent contre les gouvernements provinciaux déborderont sur la campagne fédérale.
Il faudra revenir sur les commandites pendant cette campagne, mais il faudra aussi forcer les politiciens fédéraux à se commettre davantage à l'endroit des provinces.

Le vrai Paul Martin
André Pratte
La Presse dimanche 4 avril 2004
Éditorial - Paul Martin a promis un nouveau style de leadership qui consisterait à " rallier le pays " autour d'objectifs communs. À le voir multiplier les gestes aggravant les divisions au sein de son propre parti, nous commençons à douter sérieusement de ces talents de leader censés être la force de M. Martin.
Bien que le premier ministre et son entourage le nient, il est désormais impossible d'arriver à une autre conclusion: le camp Martin a entrepris une campagne de nettoyage politique contre les survivants du règne de Jean Chrétien.
Cela a commencé lors de la formation du cabinet, alors que la plupart de ceux qui avaient appuyé M. Chrétien ont été écartés, peu importe leurs talents. M. Martin, pour des raisons tout à fait compréhensibles, voulait projeter une image de renouveau. Il aurait pu y parvenir tout en jetant des ponts vers ses anciens adversaires, en gardant au cabinet des ministres de qualité tels Martin Cauchon et John Manley.
Le nettoyage s'est poursuivi avec la mise à l'écart de Sheila Copps. Les organisateurs de M. Martin ont soutenu que sa défaite à l'investiture était due au hasard de la démocratie, conséquence de la décision du très démocrate chef de ne plus imposer de candidats aux associations locales. Cette ligne de défense ne tient plus depuis que le premier ministre a parachuté ses candidats vedettes dans trois circonscriptions de Colombie-Britannique.
La phase suivante de l'assaut s'est abattue sur Michel Vennat, Jean Pelletier et André Ouellet. Compte tenu du scandale des commandites et d'autres incidents, on comprend que le gouvernement ait souhaité remplacer ces personnes. Il n'était pas nécessaire de recourir à la manière forte, notamment en privant ces gens de toute prime de cessation d'emploi.
Le budget Goodale a poursuivi l'oeuvre de sape. En une phrase, le ministre des Finances a annoncé la mort de projets chers à Jean Chrétien, notamment le plan d'investissements de 692 millions de VIA Rail. Qui peut prétendre que VIA n'a pas un urgent besoin de moderniser ses infrastructures? L'annulation d'un investissement aussi important aurait au minimum nécessité un argumentaire. Or, la semaine dernière, personne à Ottawa ou à VIA Rail n'était en mesure de nous expliquer la logique appuyant cette décision. Force est de conclure qu'il s'agissait seulement de raser toute trace de ce qui pourrait être perçu comme l'héritage de Jean Chrétien.
Comble du comble, les deux hommes se sont soigneusement évités lors des récentes funérailles du mentor de l'ancien premier ministre, Mitchell Sharp. M. Chrétien étant profondément touché par ce décès, c'est M. Martin qui aurait dû faire le premier pas. Il a préféré afficher son mépris pour celui qui fut tout de même chef de son parti pendant 13 ans et premier ministre du Canada pendant 10 ans.
Est-ce là le grand leader, le grand conciliateur, l'âme noble dont nous parlent tous les supporters de Paul Martin? Existe-t-il un autre Paul Martin, le vrai, brutal et rancunier? Quelqu'un, quelque part, doit faire comprendre au premier ministre qu'en plantant des couteaux dans une plaie vive comme il le fait, il affaiblit dangereusement le Parti libéral. Et que par le fait même, il diminue ses chances d'être réélu avec une majorité.

Inacceptable !
Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 7 avril 2004
ÉDITORIAL - L'attentat antisémite commis contre l'école United Talmud Torah, à Saint-Laurent, est un geste à condamner avec force. Spontanément, tous les leaders politiques, du maire Tremblay au premier ministre Paul Martin en passant par le premier ministre Jean Charest, l'ont fait. Le geste est inacceptable dans une société comme la nôtre, où le respect des droits et libertés est érigé en valeur suprême. Ses auteurs doivent savoir que de tels actes sont unanimement réprouvés.
Quels que soient leur nature et leurs motifs, les actes racistes ne peuvent être tolérés car, peu importe qui ils visent, ils expriment le refus de l'autre. Ici, plus souvent qu'à son tour, la communauté juive en a été la victime. Périodiquement, quelques fanatiques, qui sont le plus souvent de jeunes écervelés, du moins on l'espère, viennent lui rappeler que l'intolérance d