Actualité





Bouchard et Landry considéraient Parizeau comme un gaffeur, affirme l'ex-ministre Paul Bégin

Gilles Normand
La Presse jeudi 8 avril 2004

Québec - Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a maintenu hier sa version des faits quant aux circonstances de la démission du premier ministre Jacques Parizeau, au lendemain du référendum, en se référant, comme la semaine dernière, aux souvenirs de l'ex-ministre Guy Chevrette et de l'ancien chef de cabinet Jean Royer pour l'appuyer.

M. Landry nie donc ce qu'ont écrit le biographe Pierre Duchesne et Jacques Parizeau, ce dernier dans La Presse de mardi, soit que l'actuel chef du PQ ait exigé avec vigueur la démission de l'ancien premier ministre au lendemain du référendum perdu de 1995. Il nie même avoir exprimé sa demande au téléphone.

- Alors M. Parizeau ment? s'est enquis un journaliste.

- M. Parizeau voit les choses comme il les voit, à sept ou huit ans d'intervalle et, moi, je les vois à ma manière et je vous laisse vos conclusions à vous.

Interrogé pour savoir s'il n'en avait pas marre que chaque fois qu'il est question de M. Parizeau, cela finisse en catastrophe, le président du PQ répond: " Vous savez tous et toutes que j'ai beaucoup d'admiration pour de très vastes segments de la carrière de Jacques Parizeau. Je le redis ce matin, je n'ai pas à le redire, je l'ai dit dans le livre, je l'ai dit 100 fois, sauf qu'il n'est pas parfait, pas plus que moi et aucun des hommes et des femmes qui composent l'opposition officielle. Il fait son possible puis, des fois, il a raison et puis, des fois, il se trompe, puis globalement, c'est un grand homme. "

L'ex-ministre de la Justice Paul Bégin, lui, se rappelle ce que certains ont déjà dit de Jacques Parizeau, au PQ, plus particulièrement au Conseil des ministres.

" Je n'étais pas là ", dit-il en parlant du fameux comité des priorités où s'est joué le sort de M. Parizeau. Mais, faisant allusion à Bernard Landry et à Lucien Bouchard, qui allait lui succéder, M. Bégin raconte: " S'ils ne le détestaient pas, je ne sais pas quel mot employer. Cela se manifestait surtout quand M. Parizeau faisait une déclaration quelconque, après son retrait de la politique active. Ils exprimaient beaucoup de hargne. C'était très virulent. Ça ne se racontait pas dans les corridors. J'ai entendu cela même au Conseil des ministres. "

" Ils avaient cultivé l'habitude de considérer M. Parizeau comme un gaffeur monumental. C'était imprégné dans leur esprit que M. Parizeau était un gaffeur qui nuisait au parti et au gouvernement. Et plus tôt, durant la campagne référendaire, quand il a été tassé pour laisser place à Lucien Bouchard, on n'entendait pas que des gentillesses à son égard ", dit-il.

Et, selon l'ex-ministre, c'est parce qu'on le considérait justement comme un gaffeur que Bernard Landry a été déstabilisé par Jean Charest, durant le débat télévisé de la dernière campagne électorale, quand il l'a attaqué sur une déclaration qu'aurait faite M. Parizeau à Trois-Rivières le jour même. " On devait découvrir plus tard que les choses n'étaient pas telles que M. Charest les a répétées, mais M. Landry n'avait pas confiance en M. Parizeau à ce sujet et il est resté coincé ", explique M. Bégin.

Puis il parle de " ce coup de poignard dans le dos ou en tout cas de jambette terrible que constituait la fameuse déclaration de Bernard Landry six mois avant le référendum ", quand le vice-premier ministre a dit qu'il ne voulait pas être le commandant en second de la cavalerie légère qui va mener ses troupes à l'abattoir. " Cet état d'esprit négatif envers Jacques Parizeau existait bel et bien chez certains ", soutient Paul Bégin.

Dans une lettre ouverte publiée dans La Presse d'aujourd'hui, une ex-attachée politique de Jacques Parizeau et des ex-ministres Jean Rochon et Linda Goupil, invite Bernard Landry à démissionner.

Il s'agit de Sylvie Brousseau, toujours membre du PQ et du Bloc, qui dit connaître suffisamment Jacques Parizeau pour savoir que " s'il a pris la peine d'écrire dans La Presse du 6 avril que vous avez demandé sa démission le 31 octobre 1995, c'est parce que c'est vrai ". Elle invite les Québécois à lire la biographie écrite par Pierre Duchesne. " On y comprend ce qui s'est passé durant la campagne référendaire de 1995 ", dit-elle.

" M. Landry, vous devriez partir. Je ne vous retiendrai pas. J'ai l'impression que de plus en plus de militants tirent ou tireront cette même conclusion ", écrit-elle, accusant M. Landry et Lucien Bouchard d'avoir causé " des dommages inqualifiables au Parti québécois et à la cause souverainiste depuis 1995 ".

Hier, quand il s'est présenté devant les journalistes pour sa conférence de presse, le chef du PQ était accompagné de neuf députés, dont Pauline Marois et Louise Harel, qui avaient l'air aussi heureuses d'être là qu'à un match de lutte Grand Prix, et qui, bien qu'ayant été présentes au fameux comité des priorités, le lendemain du référendum, refusent obstinément de commenter cet épisode.



Qui ment?

Michel David
Le Devoir jeudi 8 avril 2004

Jacques Parizeau avait une expression qui décrit très bien ce besoin toujours inassouvi de se compliquer la vie qui caractérise le PQ. Il appelait cela «s'autopeluredebananiser». Lui-même était d'ailleurs un spécialiste de la chose.

Ce parti semble tout simplement allergique à la paix et à l'harmonie. Au moment où le gouvernement Charest est dans les câbles, les péquistes ont trouvé un nouveau motif de s'entredéchirer: Bernard Landry a-t-il oui ou non exigé la démission de Jacques Parizeau au téléphone le lendemain du référendum, comme l'affirme le journaliste Pierre Duchesne dans sa biographie de l'ancien premier ministre?

Dans un texte publié mardi, M. Parizeau affirme que «la description que fait Pierre Duchesne de la journée du 31 octobre - du téléphone du vice-premier ministre, au comité des priorités, à l'annonce de ma démission - est correcte».

Hier, M. Landry a de nouveau nié, réitérant que le seul objet de son appel, le matin du 31 octobre 1995, était de s'assurer que la réunion du comité des priorités, déjà prévue, soit maintenue. Apparemment, il ne lui a pas dit pourquoi il y tenait. C'est seulement après avoir appris que M. Parizeau avait décidé de partir qu'il aurait déclaré au comité des priorités que cette démission s'imposait. Manifestement, quelqu'un ment, mais qui?

Il est un peu troublant de voir M. Landry insister comme il le fait sur les témoignages de Guy Chevrette et Jean Royer, qui ne sont ici d'aucune utilité puisque ni l'un ni l'autre n'ont entendu la conversation téléphonique entre M. Parizeau et lui-même.

Dans une note de bas de page, M. Duchesne explique avoir reconstitué cet épisode «selon les souvenirs de Jacques Parizeau et de Lisette Lapointe», mais Mme Lapointe est la seule à être citée. C'est elle qui décrit la réaction de son mari, qui aurait été littéralement assommé par l'appel de M. Landry. M. Parizeau ne témoigne cependant pas lui-même de ses sentiments.

Dans une entrevue à La Presse, M. Duchesne a expliqué avoir fait valider la version de Mme Lapointe par un ami de M. Parizeau, qu'il n'a cependant pas identifié. Selon cet ami, l'ancien premier ministre aurait cherché à banaliser l'incident: «Il ne fallait pas, pour l'histoire, qu'on croie qu'il avait démissionné à la suite de pressions extérieures.»

***

À cet égard, M. Parizeau n'avait pourtant aucun souci à se faire. L'entrevue qu'il avait accordée sous embargo à Stéphan Bureau, l'après-midi du référendum, constituait une preuve irréfutable qu'il était déterminé à partir si le NON l'emportait. Mieux encore, cela lui interdisait de rester. Finalement, si quelqu'un l'a forcé à partir, ce n'est personne d'autre que lui-même.

Le matin du référendum, M. Landry ignorait toutefois l'existence de cette entrevue. Même s'il était convaincu que le premier ministre ne pouvait plus demeurer en poste, il était tout à fait dans son tempérament de s'assurer qu'il parte, quitte à le brusquer.

En mars 1995, M. Parizeau n'avait pas du tout apprécié la sortie de son vice-premier ministre, qui avait publiquement manifesté son opposition à la tenue d'un référendum, évoquant la charge héroïque mais suicidaire de la brigade légère pendant la guerre de Crimée. Le chef du OUI avait déjà envoyé des signaux très clairs selon lesquels il envisageait un report à l'automne, mais M. Landry n'en avait tenu aucun compte.

Connaissant la brutalité avec laquelle M. Landry peut imposer ses vues, il n'est pas du tout impensable qu'il ait exigé la démission de M. Parizeau au téléphone, mais cela ne signifie pas qu'il l'ait fait. M. Parizeau dit que oui, mais ce ne serait pas la première fois qu'il tenterait de récrire l'histoire.

Durant toute sa carrière, l'ancien premier ministre a fait preuve d'une détermination qui force l'admiration. Les nombreux coups qu'il a reçus semblent toutefois lui avoir fait développer un complexe de persécution qui lui faisait dire, dans le portrait-documentaire qu'en a fait la journaliste Francine Pelletier, que personne n'avait été aussi insulté que lui dans toute l'histoire du Québec.

Dans l'enregistrement de l'entrevue qu'elle a accordée à Pierre Duchesne, Lisette Lapointe décrit en ces termes la réaction de son mari à l'ultimatum de M. Landry: «Là, il pense que, en fin de compte, Landry se dévoile... Ça fait longtemps qu'il pensait ça, et voilà, là, il se dévoile.» Faut-il comprendre que M. Parizeau soupçonnait M. Landry de comploter contre lui depuis longtemps? Voilà qui commence à ressembler à de la paranoïa. Remarquez, après ce qu'il avait lui-même fait subir à Pierre Marc Johnson huit ans auparavant, cette méfiance était compréhensible.

***

À l'extérieur du PQ, rares sont ceux qui auraient reproché à M. Landry d'avoir fait ce qu'il nie aujourd'hui avoir fait. Après la malheureuse déclaration de M. Parizeau, qui a flétri le nationalisme québécois, on l'aurait plutôt félicité.

Au PQ, c'est une autre histoire. Le président de l'association de Crémazie, Maxime Barakat, un ancien «pur et dur» aujourd'hui identifié au clan de Pauline Marois, n'a pas tardé à faire un lien avec la course au leadership larvée qui sert de toile de fond à la «saison des idées».

«S'il a vraiment montré la porte à M. Parizeau, c'est un manque de loyauté flagrant, et on ne peut exiger la loyauté des militants quand on en a soi-même manqué», a-t-il déclaré. Hier, il ne semblait pas très convaincu par les explications de M. Landry.

Dans l'immédiat, le plus important pour le chef du PQ est de faire en sorte que le caucus des députés affiche une solidarité sans faille. Hier, c'est donc entouré d'une véritable escorte, comportant Pauline Marois et François Legault, qu'il s'est présenté devant les journalistes, soi-disant pour dresser le bilan de la première année du gouvernement Charest. On ne célébrera cet anniversaire que dans une semaine, mais nécessité oblige.



Collaboration avec les provinces:
de la poudre aux yeux, selon le Bloc

Joël-Denis Bellavance
La Presse jeudi 8 avril 2004

Ottawa - Le Bloc québécois affirme que la nouvelle ère de collaboration promise par le gouvernement Martin entre Ottawa et les provinces n'est que de la poudre aux yeux à la lumière des propos tenus récemment par le ministre des Affaires intergouvernementales, Pierre Pettigrew.

Le député bloquiste Yvan Loubier estime que M. Pettigrew a manqué de respect à l'endroit des Québécois en suggérant aux Communes la semaine dernière que le Bloc québécois ne fait qu'aboyer tel un chien et que les électeurs qui l'appuient risquent de coucher dans la niche.

Le ministre Pettigrew tentait ainsi de reprendre la métaphore de la députée bloquiste de Rimouski, Suzanne Tremblay, qui avait auparavant décrit sa formation politique souverainiste comme " chien de garde à Ottawa ".

" La députée de Rimouski-Neigette-et-Mitis l'a très bien expliqué l'autre jour. Elle a dit que le Bloc québécois est un chien de garde. Il est là pour aboyer. Il peut aboyer, mais nous, nous travaillons pour des solutions concrètes. On veut éviter aux Québécois de coucher dans la niche à chien. Nous, nous invitons les Québécois à être dans la maison avec les maîtres de la maison ", a déclaré M. Pettigrew, selon la transcription imprimée dans le Hansard, le journal officiel des débats de la Chambre des communes.

Après avoir relu les propos du ministre, M. Loubier a fait parvenir une lettre à M. Pettigrew hier l'invitant à s'excuser pour avoir fait des commentaires qu'il qualifie de " désobligeants et méprisants " à l'endroit des Québécois.

" Votre déclaration est une insulte pour les Québécoises et les Québécois que vous assimilez à autre chose que l'espèce humaine. Elle est d'autant plus insultante que vous vous assimilez, avec vos collègues du parti ministériel, de façon tout à fait colonialiste et féodale, aux maîtres de la destinée et de la vie du peuple québécois ", a écrit M. Loubier.

En entrevue hier, le député bloquiste a ajouté que les propos de M. Pettigrew démontrent que le gouvernement Martin n'est guère différent à l'endroit du Québec que l'a été le gouvernement Chrétien.

" Ce sont des propos qui sont tout à fait méprisants. Ce sont des propos qui sont hautains. Ils regardent les Québécois de haut, un peu comme le régime fédéral l'a fait sous Jean Chrétien. Il n'y a pas de changement là, mais pas du tout ", a-t-il dit.

Le ministre Pettigrew a répliqué hier en affirmant que son adversaire a la mèche courte en s'indignant de la sorte. " Je trouve cela aussi ridicule que leurs réactions au moment où j'avais utilisé l'expression Québec profond. Ce sont des gens qui ne sont manifestement pas habitués à recevoir des coups. Ils sont plus habitués à donner des coups qu'à en recevoir. Dans le cas du Québec profond, j'avais cité Bernard Landry. (...) Mais ils avaient quand même trouvé le tour de tourner cette parole en disant que je méprisais le Québec ", a dit le ministre.

M. Pettigrew a ajouté qu'il ne faisait que reprendre l'image utilisée par une députée bloquiste lorsqu'il a comparé le Bloc à un chien. Il a précisé que la transcription de ses propos est quelque peu erronée en ce qu'il aurait dit qu'il souhaite que les Québécois soient les maîtres de la maison plutôt que d'être contraint de vivre dans la niche du Bloc québécois.

" Les Québécois, nous sommes maîtres de la maison. C'est notre pays, c'est nous qui gouvernons et nous prenons des décisions. Quand on a décidé de ne pas aller en guerre en Irak, ce sont nous les Québécois parmi d'autres dans le gouvernement qui avons fait pression et qui avons pris la décision. Quand on a décidé de ratifier Kyoto, il y avait des Québécois autour de la table du cabinet et on a décidé de le ratifier. C'est ce que les Québécois veulent faire. C'est de prendre les décisions ", a dit le ministre.



Scandale des commandites
LeFrançois conteste les accusations de Sheila Fraser

Gilles Toupin
La Presse jeudi 8 avril 2004

Ottawa - En colère, le président fraîchement congédié de VIA Rail, Marc LeFrançois, s'est insurgé hier contre la vérificatrice générale, Sheila Fraser, qui lui a reproché, dans son rapport de février sur le scandale des commandites, d'avoir présenté " une facture fictive " de 750 000 $ à l'agence de communication Lafleur dans le cadre d'une commandite pour La série Maurice Richard.

" La vérificatrice générale a employé un langage péjoratif teinté d'inexactitude et d'imprécision, ce qui est inacceptable ", a tonné M. LeFrançois devant le comité des comptes publics des Communes qui enquête sur le scandale des commandites.

En l'absence de Mme Fraser hier, un porte-parole de son bureau a déclaré à La Presse que la vérificatrice générale s'en tenait aux conclusions de son rapport et qu'elle répondra avec plaisir aux questions du comité si ce dernier souhaite des éclaircissements.

M. LeFrançois a plaidé pendant les six heures de son témoignage que VIA n'avait " participé à aucune opération financière imaginaire, irréelle, falsifiée ou non authentique, pas plus qu'elle n'a émis de documents fictifs ". L'ancien président de VIA s'est défendu d'avoir pris part à une démarche, dans le cadre du programme de commandites, destinée à dissimuler la véritable nature de certaines opérations financières.

Dans son rapport, Mme Fraser avait souligné que la participation de sociétés de la Couronne, comme VIA Rail, au programme de commandites comportait chaque fois " plusieurs opérations avec plusieurs agences, parfois au moyen de fausses factures et de faux contrats ou sans contrat écrit du tout ". La vérificatrice générale avait affirmé que " ces arrangements avaient été conçus pour verser des commissions à des agences de communication, tout en camouflant la source des fonds et la véritable nature des opérations ".

Au sujet de La série Maurice Richard, produite par la maison L'Information essentielle, de Robert-Guy Scully, les membres du comité ont voulu savoir hier pourquoi VIA Rail avait accepté d'avancer en 1998, sur la foi d'un simple accord verbal, au gouvernement du Canada (Travaux publics) une somme de 910 000 $ destinée à L'Information essentielle pour la réalisation de la série. Cet accord, conclu à la suite d'un coup de téléphone de Charles Guité, le directeur du programme de commandites, à Marc LeFrançois, comportait une promesse de remboursement par Travaux publics. En réalité, le programme de commandites a remboursé 862 500 $ en confiant à l'agence Lafleur Communication le soin de verser le chèque à VIA Rail en prélevant au passage une commission de 112 500 $. VIA a ainsi reçu un chèque de 750 000 $ et elle a pour sa part versé 160 000 $ à la série.

Pour Mme Fraser et pour plusieurs membres du comité des comptes publics, cet " arrangement " semble avoir été mis au point pour blanchir de l'argent et faire profiter Lafleur Communication, agence proche des libéraux, d'une généreuse commission. Mme Jennings, la vice-présidente libérale du comité, a d'ailleurs tenté en vain de savoir comment il se faisait qu'une société d'État fédérale avait accepté d'agir comme prêteur pour un ministère qui voulait commanditer un événement.

M. LeFrançois a reconnu hier qu'il n'y avait pas de contrat écrit pour justifier ce montage, comme l'a relevé Mme Fraser, et que c'était une pratique inhabituelle chez VIA. " Pour moi, a-t-il dit, la substance a toujours primé sur la forme. Un contrat écrit est toujours préférable à un contrat verbal, mais la cour a statué depuis fort longtemps qu'un contrat verbal est aussi légal qu'un contrat écrit. "

L'ancien président de VIA Rail a par ailleurs assuré le comité que la société d'État n'avait jamais versé de commission à quiconque dans cette affaire et qu'il n'avait pas été informé, même par son ami Jean Lafleur, qu'une commission avait été versée à Lafleur Communication.

À propos de l'utilisation d'agences de communication pour poster des chèques, M. LeFrançois a expliqué qu'il n'avait aucun pouvoir là-dessus, que c'est le gouvernement qui avait décidé d'agir de la sorte. " Qui suis-je, a-t-il demandé, pour dire au gouvernement du Canada quoi faire? "

Accusé par la députée néo-démocrate Judy Wasylycia-Leis d'avoir été dupé et d'avoir servi de jouet entre les mains de Charles Guité, Marc LeFrançois a réagi en qualifiant la remarque d'" insultante ". Ailleurs, au cours de son témoignage, M. LeFrançois a affirmé que ce n'était pas la société d'État qui avait décidé d'utiliser le gouvernement, mais que c'était le gouvernement qui avait décidé d'utiliser la société d'État.

Le témoin a été très amer à propos de son congédiement le 5 mars dernier par le premier ministre Paul Martin. Il a affirmé qu'il était " déjà jugé et condamné " avant même de se présenter devant le ministre des Transports la veille pour défendre sa cause. C'est par les journaux le lendemain qu'il a appris son renvoi. " Ma réputation a été détruite, a-t-il dit. Je ne méritais pas d'être congédié et encore moins de façon aussi cavalière. " Dans la poursuite qu'il intente au gouvernement, Marc LeFrançois soutient qu'il a été congédié " sans motif valable " et " par opportunisme politique " parce qu'il avait " exécuté les volontés du prince ".



L'ancien patron de Via Rail attaque la vérificatrice générale

Isabelle Rodrigue, PC
Le Devoir jeudi 8 avril 2004

Marc LeFrançois se défend d'avoir contrevenu aux règles établies

Ottawa - Visiblement frustré d'être «injustement» associé au scandale des commandites jusqu'à en avoir perdu son poste de dirigeant de Via Rail, Marc LeFrançois s'est lancé, hier, dans une charge à fond de train contre la vérificatrice générale du Canada tout en se défendant d'avoir agi à l'encontre des règles de la société d'État.

Témoignant devant les membres du comité parlementaire chargé d'enquêter sur l'affaire des commandites, M. LeFrançois s'est posé en victime, disant ignorer tout du système de lucratives commissions à une poignée d'agences de publicité, système que dénonçait la vérificatrice générale dans son rapport de février dernier.

Non seulement affirme-t-il qu'il n'a jamais fait quelques malversations que ce soit, l'ex-dirigeant de Via dit avoir les preuves justifiant toutes les transactions. Il a d'ailleurs déposé une série de documents au comité, dont une facture qualifiée de «fictive» par la vérificatrice.

«Humilié» par les événements des derniers mois, M. LeFrançois dit qu'il ne peut que conclure «que la vérificatrice générale a employé un langage péjoratif teinté d'inexactitude et d'imprécision».

À son avis, cette conclusion de la vérificatrice a entraîné la suite des événements et causé son renvoi. M. LeFrançois poursuit d'ailleurs le gouvernement fédéral pour 2,7 millions de dollars pour congédiement sans motif et atteinte à sa réputation.

Dans son rapport, la vérificatrice générale, Sheila Fraser, faisait la lumière sur l'utilisation de certaines sociétés d'État dans le programme de commandites. Par exemple, elle expliquait comment, dans le cas de la série télévisée sur Maurice Richard, Via Rail avait reçu 750 000 $ du ministère des Travaux publics pour participer au projet.

Or, au lieu de transférer la somme directement à la société d'État, comme c'est le cas habituellement, l'argent a transité par l'agence de publicité Lafleur, qui empochait du coup une commission de plus de 112 000 $.

Le rapport dévoilait de plus que toute l'affaire s'était déroulée sans contrat dûment signé, mais plutôt en vertu d'un accord verbal, ce qu'a confirmé le témoin. À l'époque, M. LeFrançois occupait le poste de président du conseil d'administration et avait d'abord refusé de participer au projet. Mais lorsque le gestionnaire des commandites, Charles Guité, l'appelle pour lui proposer de verser de l'argent à Via pour se joindre au projet, les choses changent.

Toutefois, mentionne-t-il, il n'était pas au courant du rôle de l'agence de publicité à ce moment-là. M. LeFrançois estime d'ailleurs que c'est le gouvernement qui avait décidé d'intégrer les sociétés d'État au programme de commandites, et non le contraire.

Si l'hypothèse d'un stratagème entre le gouvernement et les agences de publicité se confirme, M. LeFrançois admet qu'il sera «obligé de conclure que nous avons été victimes d'un système dont nous n'étions pas au courant et dont nous n'avions aucune espèce d'information».

Plusieurs députés, notamment ceux de l'opposition, se sont dits incrédules face à la version offerte par l'ex-président-directeur général de Via Rail. Ils ont d'abord mis en question le fait que Charles Guité l'avait appelé, alors qu'il était président du conseil d'administration, pour le projet. Ils ont ensuite voulu connaître les liens entre M. LeFrançois et le président de Lafleur Communication, Jean Lafleur.

Le témoin a avoué que M. Lafleur était un «bon ami». Les deux hommes ont participé à des voyages d'affaires ensemble et également à un faste déjeuner où il était l'invité de M. Lafleur.

«Il n'aurait pas dû prendre part à cette transaction, ça ne relevait pas de son mandat de président du conseil d'administration [...] et c'est pourquoi tout cela est curieux», a fait valoir le député conservateur Vic Toews.

«Je ne crois pas qu'il soit une victime, a renchéri son collègue John Williams, président du comité. Il savait ce qu'il faisait.»

Le député du Bloc québécois, Mario Laframboise, se fait moins accusateur mais ne peut s'empêcher de constater que tout le déroulement des faits «laisse plusieurs questions sans réponses». Les sociétés d'État représentaient de bons véhicules pour faire transiter des sommes importantes pour un programme «qui finalement servait à laver les cerveaux des Québécois», a ajouté M. Laframboise.

Du côté libéral, le député Robert Thibault tend plutôt à croire que certaines personnes ont tiré avantage d'une situation «où les procédures normales et les contrôles ne fonctionnaient pas».



La guerre ? No sir !

Josée Boileau
Le Devoir jeudi 8 avril 2004

ÉDITORIAL - À Ottawa, les réserves secrètes, les entorses réglementaires et l'immoralité politique ont dorénavant trouvé leur justificatif: il fallait préserver l'unité nationale. Ce que Chuck Guité a traduit plus crûment par la nécessité, quel délire!, de tuer le séparatisme québécois.

La disparition de 100 millions en fonds publics dans le programme de commandites, l'irresponsabilité et l'arrogance des élus libéraux ainsi que la filière des coquins qui s'emplissent les poches ont été largement commentées. Au point d'y perdre le coeur de l'affaire: le sabotage démocratique auquel se sont livrées les troupes de M. Chrétien.

Encore aujourd'hui, on ne trouve pas un député fédéraliste, pas un ministre libéral, pas même Paul Martin, pour redire sur le sujet. Personne n'a eu de frémissement en apprenant la semaine dernière que pendant la campagne référendaire, M. Guité, haut fonctionnaire qui avait carte blanche, avait acheté tous les panneaux publicitaires disponibles au Québec au profit du fédéral.

Ce seul geste a coûté huit millions de dollars, probablement tirés du budget secret sur l'unité canadienne, contrôlé par Jean Chrétien et qui, en 1995, s'était élevé à 85 millions. Le comité du NON n'avait pourtant droit qu'à des dépenses de cinq millions, selon les lois québécoises! Le décalage est tel qu'on ne parle plus de manquements à la démocratie mais de son mépris le plus total.

Mais qui s'en soucie à Ottawa? La stratégie de M. Chrétien avait l'aval de ses ministres, comme l'a dit lundi l'ex-ministre des Travaux publics, David Dingwall, devant le comité des Comptes publics. Évidemment qu'il fallait augmenter la publicité fédérale «pendant une période très difficile de l'histoire de la fédération». Ennuyeux, toutefois, que M. Guité n'ait pas respecté la procédure d'appels d'offres...

M. Guité, lui, affirmait dans son témoignage à huis clos d'il y a deux ans que ses «légères entorses aux règles» s'expliquaient par l'urgence de «miner les efforts du parti séparatiste québécois». Bref, de l'intérêt public bien compris. Un refrain que vient d'entonner à son tour Jean Pelletier, l'ex-conseiller de M. Chrétien, prêt à «rencontrer le concierge si ç'avait aidé la cause de l'unité nationale». C'est dire son abnégation...

Les familles qui se sont déchirées sur la question référendaire savaient bien, elles, que convaincre l'autre, ce n'est ni le terrasser, ni le soudoyer. Une guerre? Dieu merci, non; plutôt une dure décision à prendre en sachant qu'il faudrait vivre ensemble le lendemain.

Ce pari démocratique était insupportable pour M. Chrétien, et il l'est resté jusqu'à son départ, en décembre. Pourtant, dès le printemps 1996, ce n'était plus la souveraineté qui animait la vie politique québécoise mais le déficit zéro de Lucien Bouchard. Aveuglé par sa paranoïa, le gouvernement Chrétien a préféré continuer, pendant des années, de gaspiller l'argent public et d'engraisser les amis du régime.

Tout un pan de notre histoire est donc à revoir, et sans attendre Ottawa. Le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec suggèrent que le directeur général des élections enquête sur les dépenses faites en 1995 par le camp du NON. Tout le justifie, mais le gouvernement libéral a refusé la motion.

Peut-être Jean Charest se voit-il encore vice-président du comité du NON, celui qui saluait la foule lors du grand love-in référendaire. Sauf qu'il est maintenant premier ministre: à lui de rappeler que le Québec n'est pas un fief du fédéral et que les Québécois ont droit au respect de leurs lois et de leurs choix.

jboileau@ledevoir.ca



Moins de fonds publics dans le financement des entreprises

François Normand
Les Affaires samedi 10 avril 2004

Le gouvernement Charest privatise Innovatech Grand Montréal et revoit le rôle des autres sociétés d'État

Dans l'intérêt des entreprises québécoises, il serait préférable que le portefeuille de la société Innovatech Grand Montréal soit acheté par des investisseurs étrangers afin de diversifier l'offre de capital de risque.

C'est ce qu'ont déclaré au journal LES AFFAIRES plusieurs observateurs et acteurs de l'industrie au Québec, dont le principal intéressé, le président-directeur général d'Innovatech du Grand Montréal, Hubert Manseau. Ils réagissaient à la déclaration du ministre du Développement économique et régional et de la Recherche, Michel Audet, le 6 avril dernier, qui modifie les règles du jeu dans le financement public des entreprises. La Société générale de financement (SGF), Investissement Québec et les sociétés Innovatech sont notamment touchées par ce virage vers une plus grande participation du secteur privé.

"Idéalement, le Québec gagnerait à ce qu'Innovatech Grand Montréal soit acheté par des investisseurs étrangers plutôt que ce soit recyclé avec de l'argent d'ici, sans nouveaux acteurs, sans nouvelle expertise et sans les réseaux de contacts internationaux", dit M. Manseau.

En annonçant qu'il privatisera Innovatech Grand Montréal, Québec a précisé que ses actifs seront vendus à des investisseurs québécois ou étrangers, qui pourront acheter l'ensemble du portefeuille ou des secteurs spécifiques, comme les science de la vie.

Au 31 mars 2003, le portefeuille valait 160,6 M$, en baisse de 35 % par rapport à 2002. Les libéraux de Jean Charest investiront une "partie importante" des produits de la privatisation dans des fonds pour financer le démarrage d'entreprises de haute technogie. Le reste des produits de la vente sera versé au ministère des Finances.

Les trois autres Innovatech seront quant à elles transformées en sociétés en commandite disposant d'un capital mixte public-privé. Ces fonds seront spécialisés dans le démarrage d'entreprise de haute technologie et dans le démarrage d'entreprises dans les régions ressources.

Diversifier le capital-risque

Joint par LES AFFAIRES, le ministre Michel Audet n'a pas voulu dire si son gouvernement préfère que le portefeuille d'Innovatech Grand Montréal passe à des intérêts étrangers, ne voulant pas empêcher des entreprises de faire des offres d'achat.

En revanche, M. Audet dit souhaiter que la transaction favorise une diversification de l'offre de capital de risque. "On veut une diversification, et des capitaux externes, effectivement, et j'espère qu'on en aura et qu'on aura de bonnes propositions dans ce sens-là."

Selon Jean-Marc Suret, professeur de finance à l'Université Laval et associé au Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), la privatisation pourrait "limiter la concurrence" dans une industrie déjà concentrée si des acteurs du Québec Inc. entraient en scène.

Il pense en particulier à Capital régional et coopératif Desjardins, au Fonds de solidarité de la FTQ ou à Fondaction, le fonds des travailleurs de la CSN. "Ce serait pire. C'est une solution à éviter. Ces entreprises sont déjà omniprésentes" dans le marché, soutient-il.

Même son de cloche du côté de Robert Thiffault, du cabinet montréalais Legault, Joly, Thiffault, spécialisé dans le financement non traditionnel aux entreprises. Selon lui, l'arrivée d'investisseurs étrangers permettrait aux entrepreneurs québécois d'avoir une une solution de rechange à notre "modèle institutionnel".

"S'il n'y a pas de changement dans notre mode de gestion et d'exploitation (du capital de risque), on ne va rien améliorer, et, en plus, on va avoir une plus grande concentration", dit M. Thiffault. Ce dernier prétend que cette concentration fait en sorte que lorsqu'un secteur n'est pas à la mode, il est très difficile de trouver du financement.

Un virage important

Par ailleurs, le ministre Audet a précisé d'autres changements au fonctionnement des sociétés d'État, dont la plupart avaient été annoncés dans le récent budget du ministre des Finances, Yves Séguin.

Par exemple, en plus de prendre des participations minoritaires dans des projets structurants totalisant de 300 à 350 M$ annuellement, la Société générale de financement du Québec devrait continuer à s'intéresser à des projets d'investissement plus modestes dans le domaine agroalimentaire, dans l'industrie forestière et dans le secteur minier. Mais le ministre tient à ce qu'elle utilise à ces fins des capitaux provenant de son propre portefeuille de placements.

De son côté, Investissement Québec continuera d'offrir du financement aux entreprises, en particulier aux PME, aux quatre coins du Québec. La société d'État offrira des prêts et des garanties de prêts à environ 1 000 PME par année, tout en s'associant à des investissements privés et coopératifs de l'ordre de quatre milliards de dollars par année.

Investissement Québec accentuera sa présence à l'étranger. La société d'État sera présente à Los Angeles, New York, Chicago, Londres, Paris et Munich. Elle avait déjà un bureau à Paris, mais ce dernier sera regroupé à la délégation générale du Québec. Les autres bureaux seront intégrés au réseau des délégations.

francois.normand@transcontinental.ca



Québec instaure les loto-forums

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 8 avril 2004

Le choix des participants aux rencontres régionales se fera par tirage au sort

Toute l'opération de dialogue avec la population, qui aura cours dans 20 forums régionaux à l'initiative du gouvernement Charest, s'étirera jusqu'à la fin de septembre au lieu de se terminer à la fin de juin tel qu'annoncé il y a moins d'un mois. Et il faudra compter sur la chance pour participer à ces événements à titre de citoyen.

Les coprésidents des forums en région, la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, et le premier vice-président aux ventes aux grandes entreprises et au secteur public chez Bell Canada, Pierre Shedleur, ont dévoilé hier le calendrier remanié de ces forums et les détails de leur organisation.

L'ensemble des forums, dont l'organisation relève de la Conférence régionale des élus (CRE) dans chacune des régions, coûtera cinq millions. Les événements ne seront pas commandités par l'entreprise privée. Bell Canada a toutefois prêté M. Shedleur à l'organisation des forums pour une période de six mois pendant laquelle la société de télécommunications lui paie son salaire.

La moitié des forums se tiendront du 15 mai au 19 juin et l'autre moitié du 14 août au 19 septembre, toujours un samedi ou un dimanche. Le premier forum aura lieu à Laval. Celui de Montréal se déroulera le 11 septembre et celui de la capitale nationale, le 29 mai. Le tout est couronné par un forum national de deux jours, les 13 et 14 octobre, en présence du premier ministre Jean Charest, des présidents des CRE et des leaders nationaux du patronat, des syndicats et du milieu communautaire.

Le gouvernement Charest innove en instaurant une forme de loto-forums pour choisir de façon aléatoire les quelque 60 à 70 citoyens qui participeront à chacune de ces rencontres régionales. Les citoyens qui désirent prendre part à ces forums d'une journée doivent s'inscrire auprès de Communication-Québec par Internet, par téléphone ou aux bureaux de l'organisme d'ici le 30 avril. Par la suite, on tirera au sort le nom des participants. Les tirages sont supervisés par Samson Bélair Deloitte & Touche, une firme dont Loto-Québec retient les services pour assurer le bon déroulement des loteries télévisées. «Vous pouvez railler ce mode de sélection, mais c'était la seule et unique façon de garantir qu'on était devant des forums qui ne pouvaient être aucunement attaqués du point de vue de la partisanerie», a dit Mme Beauchamp.

On s'assurera d'une représentation en fonction du sexe et de l'âge. Ainsi, la moitié des gagnants seront des femmes. Le tiers des citoyens tirés au sort seront âgés de 15 à 30 ans, l'autre tiers, de 31 à 54 ans, et le dernier tiers, de 55 ans et plus.

Dans chacun des forums (ils sont passés de 19 à 20 puisque deux forums se dérouleront dans la région du Nord-du-Québec, à Kuujjuaq et à Chibougamau en raison des distances), de 60 à 70 personnes seront jumelées à autant de députés, d'élus municipaux et de leaders de la région. Mme Beauchamp s'attend à ce que tous les députés de la région participent aux forums, tout comme les ministres responsables de chacune des régions. Quant aux ministres dont les responsabilités recoupent les sous-thèmes des forums - la santé pour Philippe Couillard et le développement économique pour Michel Audet, par exemple -, ils feront une brève apparition par bande vidéo.

La journée type d'un forum régional est très chargée, a reconnu Mme Beauchamp. Après un mot de bienvenue, M. Shedleur fera un exposé sur les «problèmes incontournables» que sont l'état des finances publiques et les changements démographiques. Une discussion générale sera par la suite lancée par un exposé de Mme Beauchamp. À 10h50, on entamera une discussion sur la santé pour la terminer à 11h55. Après le déjeuner, par bloc de 65 minutes, on touchera à l'éducation, à la formation et à l'emploi, puis au développement économique, régional et durable, et, enfin, à la famille et au développement social. Enfin, à 16h20, Mme Beauchamp présentera une synthèse pendant cinq minutes avant le mot de la fin du président du CRE.

Les citoyens qui souhaiteraient parler des actions concrètes du gouvernement, comme la «réingénierie», ou des modifications au Code du travail resteront sur leur faim. «Les journées n'ont pas été prévues pour parler de [ces] deux points. Ce qui a été prévu, c'est qu'il y a quatre thèmes qu'on doit relier tout le temps à la démographie et aux problèmes des finances publiques», a fait valoir M. Shedleur.

Pour l'opposition officielle, toute l'opération des forums régionaux est improvisée. La députée de Bourget, Diane Lemieux, a rappelé que les sommets précédents, comme ceux sur le déficit zéro, en 1996, ou sur l'agriculture et les régions, avaient fait l'objet de rencontres préalables avec les participants. Les CRE, dont certaines ne sont pas encore formées, devaient fixer elles-mêmes la date de leur forum. Or, selon Mme Lemieux et le député de Blainville, Richard Legendre, plusieurs CRE, ou les conseil régionaux de développement (CRD) encore en fonction, ont appris hier la date de la tenue de leur forum. C'est le cas de Laval, de la Mauricie, de la Côte-Nord, de Chaudière-Appalaches et des Laurentides, ont-ils énuméré à la suite d'une recherche sommaire. Malgré ces critiques, les députés du PQ ont tout de même l'intention de participer aux forums.



La moitié des forums régionaux sont repoussés

Denis Lessard
La Presse jeudi 8 avril 2004

Québec - La moitié des 19 forums régionaux annoncés pour le printemps par le premier ministre Charest il y a trois semaines sont repoussés à la fin de l'été. Les citoyens qui souhaitent s'y faire entendre peuvent s'inscrire dès maintenant pour un tirage au sort.

C'est ce qu'ont annoncé hier la ministre Line Beauchamp et Pierre Shedleur, les coprésidents de la série de réunions qui se concluront à la mi-octobre par un forum national présidé par le premier ministre Charest.

" On tenait à participer à chacune des réunions, on ne pouvait en faire plusieurs en même temps ", a expliqué Mme Beauchamp, interrogée sur le report de forums qui, à l'origine, devaient être tous tenus avant l'été. Les réunions commenceront la fin de semaine du 15 mai, à Laval. Presque tous les week-ends sont mobilisés d'ici le 19 juin.

Les conférences régionales des élus (CRE) qui sont disposées à tenir ces réunion avant l'été sont fréquemment dirigées par des maires proches du Parti libéral du Québec: Gilles Vaillancourt à Laval, l'ancien député libéral Maurice Richard dans le Centre du Québec, et l'ex-candidat Richard Marcotte à Terrebonne, par exemple.

Pour Mme Beauchamp, pas question d'y discuter des propositions de Québec sur la taille de l'État ou de rebrasser les débats sur l'article 45 du Code du travail. Les discussions permettront de " bonifier " le plan d'action du gouvernement.

Les sommets seront sous la responsabilité des conférences régionales des élus. Dès maintenant, les citoyens qui souhaitent venir discuter pendant une journée de démographie, de santé, de développement économique et de famille peuvent s'inscrire sur le site www.briller.gouv.qc.ca, ou téléphoner au bureau de Communication-Québec de leur localité.

Une soixantaine de places sont disponibles à chaque forum. Ironiquement, comme pour les prix de Loto-Québec, la firme Samson Bélair Deloitte & Touche a été retenue pour garantir l'impartialité du choix des intervenants du public. Pour Mme Beauchamp, rien n'empêcherait un groupe d'intérêt particulier, un parti politique, des environnementalistes ou un syndicat d'envahir une assemblée en s'y inscrivant massivement. " On peut railler le mode de sélection, mais c'était la façon de garantir que la tenue des forums ne puisse être accusée de partisanerie ", dit-elle. Des mécanismes similaires ont été utilisés en Grande-Bretagne, en Colombie-Britannique et en Ontario pour des consultations publiques.

Les élus des CRE choisiront la soixantaine d'autres participants, les " leaders régionaux ", dont feront à coup sur partie les élus de l'Assemblée nationale. Les centrales syndicales et les ténors patronaux sont invités d'office au forum de clôture.

Sur les enjeux, les ministres du gouvernement feront entendre leur point de vue par des vidéos présentées aux forums, a-t-on expliqué.

Pour l'opposition, la députée péquiste Diane Lemieux a dénoncé l'improvisation de l'opération. Bien des CRE ont appris avec cette annonce le jour choisi pour leur forum, même si Mme Beauchamp a soutenu que tout s'était fait en concertation, a insisté la députée péquiste de Bourget.

En outre, le travail préalable, normal pour ce genre d'opération, n'a jamais été fait. Finalement, cette manoeuvre discrédite le travail de consultation fait par les élus à l'Assemblée nationale. Le Parti québécois prévoit toutefois participer aux consultations, a-t-elle expliqué.



PQ puts forums under fire

MIKE DE SOUZA
The Montréal Gazette Thursday, April 08, 2004

Liberals not listening, Landry says. Regional discussions won't cover Charest's re-engineering of the state

While the premier is sticking to his agenda for change, opposition leader Bernard Landry said it's about time the Liberals started paying attention to Quebecers.

"By listening to the population, and admitting with humility that they are on the wrong track," Landry said.

"Their confrontation with the unions is absurd. Even in the private sector, the chairman of General Motors would never start to reorganize his company by insulting and confronting the unions."

The controversial plan to re-engineer the state and the laws rammed through last December that angered unions are not on the table for discussion in 19 weekend regional forums that get under way next month.

"What is expected (for discussion) are the four themes which are related to demography and the problem of public finances," said Pierre Shedleur, a Bell Canada executive taking a six-month leave of absence to co-chair the forums. The four themes are health care, education and job training, economic development and family policy.

The other co-chair, Culture and Communications Minister Line Beauchamp, said the $5-million consultations will give ordinary citizens the chance to speak directly to the government.

The government will invite about 70 people from each of the regions to participate in the discussion. A computer program will select an equal number of men and women at random from those who sign up before the April 30 deadline.

But each citizen will have only seconds to speak to the government because they must share their time with about 70 local elected officials from each region, said Diane Lemieux, Parti Québécois MNA for Bourget.

In the greater Montreal region, the forums will take place in Laval (May 15), Terrebonne (June 6), Châteauguay (Aug. 14), St. Hyacinthe (Aug. 22), Mont-real (Sept. 11) and Longueuil (Sept. 12).

Premier Jean Charest is to meet with the regional chairpersons at the end of September before a national forum on Oct. 13, and Oct. 14.

To sign up for the forums: www.briller.gouv.qc.ca

Toll Free: 1-800-363-1363

mdesouza@ thegazette.canwest.com



La doctrine impériale de Bush

Rodrigue Tremblay
Les Affaires samedi 10 avril 2004

Point de vue - Après la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis étaient respectés et admirés en Europe. Leur popularité demeura élevée aussi longtemps qu'ils poursuivirent une politique étrangère multilatérale, exerçant leur influence à travers des institutions internationales, telles les Nations unies et l'OTAN. Aujourd'hui, le prestige des États-Unis est en chute libre dans dans le monde entier.

Cette situation découle de la "doctrine impériale" annoncée par le président George W. Bush le 20 septembre 2002. En vertu de cette nouvelle doctrine, les États-Unis annonçaient qu'ils n'auraient plus besoin, dorénavant, de l'aval des Nations unies pour se lancer en guerre dite "préventive" contre tout pays qu'ils soupçonneraient de leur être hostile et pour renverser son gouvernement.

Dans les faits, George W. Bush annonçait que son pays entendait se comporter comme un sorte de gouvernement impérial mondial, selon le modèle de l'empire britannique du XIXe siècle, qui contrôlait le quart de l'humanité. En vertu de ce nouvel ordre politique et du surplus de puissance militaire qu'ils détiennent depuis l'effondrement de l'empire soviétique en 1991, les États-Unis ne reconnaissent plus les Nations unies comme arbitre des conflits internationaux et s'érigent en seul juge des situations qui exigent une intervention armée.

Six mois, jour pour jour, après l'énoncé de sa doctrine impériale, le gouvernement Bush la mettait en pratique le 20 mars 2003 en envahissant l'Irak, malgré le refus du Conseil de sécurité des Nations unies de lui accorder la légitimité nécessaire en n'adoptant pas la résolution que les États-Unis et la Grande-Bretagne avaient proposée. On connaît la suite.

L'opinion publique de 189 pays (sur 191) désapprouva cette guerre, les exceptions notables étant les États-Unis et Israël. Certains gouvernements appuyèrent les États-Unis par opportunisme économique ou politique, faisant fi de l'opinion publique dans leur pays. Ce fut le cas de José Maria Aznar, premier ministre d'Espagne, où 62 % de la population n'approuvait pas l'entrée du pays dans la guerre en Irak. Quand la population put s'exprimer démocratiquement, comme ce fut le cas le 14 mars dernier, elle répudia ses dirigeants.

Le résultat le plus tangible de ce gâchis est un malaise profond dans les relations politiques internationales et une dégringolade sans précédent du prestige des États-Unis dans le monde. Les sondages du Centre Pew réalisés dans neuf pays montrent que les attitudes négatives à l'endroit des États-Unis sont encore plus fortes aujourd'hui qu'il y a un an.

Cette situation aura de graves conséquences économiques et financières pour les années à venir, surtout si le président Bush est reporté au pouvoir aux élections du 2 novembre. Les tensions politiques accrues entre les pays se traduiront par des relations commerciales plus difficiles et pourraient même dégénérer en des guerres commerciales ruineuses.

Déjà, les relations économiques entre l'Europe et les États-Unis sont moins qu'amicales, tandis que Washington nourrit du ressentiment à l'endroit de la Chine, qui refuse de réévaluer sa monnaie afin d'endiguer ses énormes excédents commerciaux. Les prochaines années risquent d'être tumultueuses, tant sur le plan politique qu'économique.



L'ignoble attentat

Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 8 avril 2004

J'entendais l'autre jour des gens se féliciter de ce qu'il y avait eu cette année quatre fois moins d'incidents antisémites au Québec qu'en Ontario. Autrement dit, quand on se compare, on se console...

C'est une façon tordue de voir les choses. Primo, un seul incident serait déjà de trop. Secundo, le Québec a été depuis deux ans le théâtre de deux attaques particulièrement graves contre la communauté juive. En 2002, un cocktail Molotov endommageait sérieusement l'unique synagogue de Québec, et cette semaine, on montait de plusieurs crans dans l'horreur, avec l'ignoble incendie de la bibliothèque de l'école Talmud Torah.

Jusqu'à tout récemment, l'antisémitisme au Québec- le vieil antisémitisme " canadien-français "- était surtout affaire d'attitude: un mélange de méfiance, d'envie, d'ignorance crasse, d'hostilité plus ou moins ouverte envers les Juifs. Mais on ne passait pas aux actes, contrairement au Canada anglais où sévissent quelques groupuscules de " suprémacistes blancs " et de négationistes.

Hélas, nous voici au stade de l'acte. Et s'il faut en croire le message laissé par les auteurs de l'attentat, il s'agit maintenant non plus seulement de vandalisme extrême, non plus seulement d'un acte " haineux ", mais de terrorisme pur et simple, apparemment perpétré pour venger l'assassinat du Cheik Yassine par l'armée israélienne.

D'où la nécessité d'une réaction collective à cette violence importée de la poudrière du Proche-Orient. Les leaders politiques se sont conduits impeccablement, mais il ne faut pas s'arrêter là.

D'où, aussi, la nécessité d'une solidarité inconditionnelle avec les Juifs du Québec qui désormais vivent dans la crainte de voir leurs domiciles couverts de graffitis haineux, voire d'être victimes d'agressions physiques pour peu que leur judaïté soit visible, comme cela s'est produit plusieurs fois en France.

Cessons de trouver des " excuses " aux terroristes qui ont brûlé les livres d'une école élémentaire en nous avertissant, par-dessus le marché, que ce n'était qu'un début, sous-entendant que la prochaine fois, ce serait pire.

On entend trop souvent des gens dire, dans une molle et lâche défense de la communauté juive, que cette dernière ne devrait pas payer pour les péchés du gouvernement Sharon parce que nombre de Juifs de la diaspora sont contre les politiques de Sharon. C'est vrai du reste, mais même si ce ne l'était pas, qu'est-ce que cela changerait? Les Juifs ont le droit inaliénable à leurs opinions politiques, qu'elles soient populaires ou non, dans ce pays où la liberté d'opinion et d'expression est censée être garantie.

Cessons d'exiger, comme on le leur demande souvent à mots couverts, que les Juifs de la diaspora se dissocient de l'État d'Israël pour acheter leur sécurité. Au-delà des différences d'opinion concernant les politiques de l'actuel gouvernement israélien, il n'y a pas un Juif, où que ce soit, qui ne tienne au droit à l'existence et à l'autodéfense de l'État d'Israël, exception faite de quelques marginaux surexcités (ceux, toujours les mêmes, que certains journalistes nous présentent comme les seuls " bons " Juifs)

Cessons aussi de nous tromper de victimes. Dans le flot de commentaires qui ont suivi cet attentat, nombre de beaux esprits n'avaient rien de plus pressé que d'exhorter la population à " ne pas montrer du doigt " la communauté arabo-musulmane, à comprendre son point de vue sur le Proche-Orient, etc. Comme on ignore qui sont les auteurs de l'attentat, c'était vraiment de la surprotection!

En vérité, dans ce cas-ci, il n'y a qu'une victime et une seule, et c'est la communauté juive- pas seulement la minorité de Juifs religieux qui fréquentent les écoles privées et portent la kippa ou font partie des sectes hassidiques, mais tous les Juifs, y compris la majorité laïque.

Ici comme ailleurs, et même en Israël, la majorité des Juifs sont non religieux (ou si peu) et n'affichent aucun signe distinctif. La judaïté n'est plus, aujourd'hui, d'abord affaire de religion. C'est une culture et une histoire. Une histoire dont Israël fait partie au même titre que l'Holocauste d'où ce pays a tiré sa raison d'être.

Une autre distorsion mentale qui revenait cette semaine dans nombre de propos, c'est de tout étiqueter en termes de " racisme ", en ignorant la spécificité de l'antisémitisme, ce mal millénaire, pernicieux et foncièrement irrationnel, qui semble plonger ses racines dans la recherche du bouc émissaire.

Au lieu de multiplier les appels vagues à la " tolérance ", comme si l'antisémitisme relevait d'un banal réflexe xénophobe, il serait plus utile de regarder la réalité en face. L'attentat de lundi n'est pas surgi de nulle part. Il se produit à la suite de multiples incidents, les uns connus, les autres cachés ou passés sous silence, et qui tous indiquent la montée d'un antisémitisme d'un nouveau type.



Incendie d'une bibliothèque scolaire juive

La Couronne réclame une peine de deux ans pour Sleiman Elmerhebi

Rollande Parent
La Presse vendredi 17 décembre 2004

Presse Canadienne Montréal - La Couronne réclame que le jeune Sleiman Elmerhebi soit envoyé dans un pénitencier fédéral pendant deux ans pour l'incendie qu'il a reconnu avoir déclenché à la bibliothèque de l'école Talmud Torah, le 5 avril.

En faisant cette demande, vendredi, la procureure de la Couronne, Me Anne Aubé, a soutenu qu'«il transpire de la preuve qu'il n'a pas agi seul» tout en indiquant que l'enquête policière ne permettait pas de le relier à une organisation terroriste.

Pour sa part, l'avocat du jeune Libanais d'origine, Pierre Poupart, a demandé au juge Jean Sirois d'imposer une peine à servir dans la communauté, assortie de conditions sévères s'il le faut, pourvu que le jeune homme puisse réintégrer sa famille et y retrouver ses trois soeurs, sa mère et son père, un camionneur.

Sleiman Elmerhebi est détenu à la prison de Rivière-des-Prairies depuis son arrestation, il y a sept mois. Il s'y trouvait lors de son 19e anniversaire.

Pour étayer la thèse voulant que le jeune homme n'avait pas agi seul, Me Aubé a signalé que la note laissée sur les lieux de l'incendie portait la signature suivante: «Les Brigades du Cheick Ahmed Yasine». Me Aubé considère qu'il s'agit là d'un fait étrange pour un jeune qui dit ne pas suivre l'actualité mais qui décide de passer à l'acte incendiaire, le 5 avril, pour venger cette mort survenue le 22 mars et généralement attribuée aux dirigeants israéliens.

Elle y voit une riposte et une vengeance, comme le dit d'ailleurs la note qui commence ainsi: «Voilà la conséquence de vos crimes et de votre occupation...»

Pour Me Aubé, l'incendie dans une école juive est un geste haineux et terroriste posé en vue de créer de la tension et de l'intimidation à l'égard de la communauté juive et cela pour des événements se situant à l'extérieur du Canada.

La raisonnement qui sous-tend le geste est le suivant: «Parce que tu es Juif, tu dois être puni», a avance l'avocate.

Me Aubé a rappelé que le geste avait été planifié, deux jours à l'avance, par l'achat de bidons de kérosène permettant de déclencher l'incendie, par la mise en place d'un alibi, l'assistance à un spectacle à l'exception des 30 minutes prises pour se rendre à l'école juive.

Il avait même prévu dans quel pays il devrait se sauver en plus d'envisager de partager les 50 000 $ offerts pour toute information permettant d'identifier l'auteur de l'incendie, a-t-elle souligné.




TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Parizeau – Landry… Qui croire?

James A. Wilkins, Lac Brôme
TRIBUNE LIBRE 8 avril 2004

Le recul est toujours salutaire pour l’exactitude recherchée par le biographe comme pour l’historien. Les circonstances et les évènements entourant la démission de Jacques Parizeau à la suite du référendum de 95 prennent toute leur importance premièrement, à cause d’un rendez-vous historique raté de peu et deuxièmement, par l’action menée par Lucien Bouchard et Bernard Landry qui lui ont succédé.

Jacques Parizeau a, à certains égards, les qualités de ses défauts. Sa ténacité à servir la noble cause, sa cohérence intellectuelle et son franc-parler ont fait de lui quelques fois un bien mauvais politicien. Il ne s’en est d’ailleurs jamais caché.

Sauf que curieusement avec recul, le fameux discours sur l’argent et les votes ethniques, qui je l’avoue, m’avait fait sursauter moi aussi, prend aujourd’hui toute sa signification avec le présent scandale sur les commandites. Ce scandale met au grand jour la guerre à coups de millions qu’on nous a livrée au mépris des règles d’équité de notre loi référendaire. En partie avec notre argent entre autres… Plus cocu que ça tu meurs!

Pour ce qui est des votes ethniques, simple constat d’analyse électorale sociologique, on n’a qu’à regarder la saloperie de motion de blâme à l’endroit de Yves Michaud pour de simples constats d’analyse du même acabit. Tout cela pour comprendre que la décolonisation des esprits est loin d’être terminée au Québec, ceci étant un des barrages empêchant l’atteinte de notre pleine émancipation nationale.

Avoir su que Lucien Bouchard et Bernard Landry reprendraient aussi mollement le bâton du pèlerin, Jacques Parizeau avec un peu de repos et de recul aurait peut-être resté. Aurait-il aussi fallu que la loyauté de tous ses collègues soit au rendez-vous dès le lendemain de l’échec. On apprend qu’on l’a bousculé vers la sortie, lui à qui on devait beaucoup, dont le devoir de lui laisser un minimum décent de temps et de le convaincre qu’il avait tort, d’assumer à lui seul, cet échec collectif, et ce, quelle que soit sa décision.

Au diable la cause! Pouvoir oblige!

La crédibilité de ceux qui font de la politique en mettant la cause au-dessus du pouvoir, est grande. N’en déplaise à certains, près de dix ans après sa démission, Jacques Parizeau demeure, par sa feuille de route et son intégrité intellectuelle, le fiduciaire de la justesse de la grande cause indépendantiste au Québec.

Pour avoir été moi-même un des militants victimes des négations de Bernard Landry dans une polémique de la presse écrite, permettez-moi d’avoir une forte tendance à croire Monsieur Parizeau.



TRIBUNE LIBRE

LE REFUS DE JEAN CHAREST

Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 8 avril 2004

L’inverse aurait surpris. Le premier ministre du Québec ne pouvait effectivement donner son aval à une enquête pilotée par le Directeur général des élections sur les dépenses titanesques du gouvernement fédéral, lors du référendum de 1995. À titre de numéro trois du camp du NON, Jean Charest, de par son rôle majeur durant la campagne, eut été bien mal avisé d’ouvrir cette boîte de Pandore. Il faut applaudir ici l’appui de l’Action démocratique de Mario Dumont dans ce dossier. Le chef adéquiste montre, à l’image de l’ensemble des Québécois, qu’il éprouve une profonde nausée face aux révélations scandaleuses qui proviennent d’Ottawa depuis quelques semaines. Les relents nauséabonds qui s’étendent jusqu’au Québec à de quoi éveiller les souverainistes les plus modérés : tous ces fonds publics québécois gaspillés contre les Québécois eux-même, alors que le Québec souffre du déséquilibre fiscal…

Le chef de l’opposition officielle à Québec doit faire plus que talonner le gouvernement Charest à ce sujet : c’est toute la stratégie souverainiste qui est également à revoir lors du Congrès national de 2005. Lorsqu’on entend un Jean Pelletier, face au comité des Comptes publics, affirmer qu’il agirait de la même manière si le « péril séparatiste » réapparaissait, la démarche actuelle ne tient effectivement plus. L’ancien président du conseil d’administration de Via Rail poussait le mépris jusqu’à railler qu’il consulterait même un concierge, pour sauver le Canada.

Face à ce combat inégal; le chef péquiste doit préférer l’élection souverainiste à 50% plus une voix, sans danger s’il y a absence de majorité. Au prochain rendez-vous électoral, son remède péquiste doit s’accompagner de « l’extra ». Aux Québécois de décider, lorsqu’ils se présenteront aux urnes, s’ils le désirent : avec extra! L’enjeu sera clair, est connu de tous, et est inéluctablement le seul qui améliorera la situation actuelle du Québec.

Paul Martin lui-même admettait, la semaine dernière, qu’aucune règle ne peut tenir lorsqu’il est question de « sauver le pays ». Le premier ministre du Canada, depuis le dévoilement du scandale des commandites ainsi que l’existence d’une caisse secrète, a modifié progressivement son discours. En mode défensif qu’il était durant les premiers jours de la tempête, le chef libéral fédéral a réorienté ses répliques de manière à justifier et à approuver le recours à ces bassesses, au nom du Canada. Il blanchit ainsi le gouvernement de Jean Chrétien. Le Parti québécois et les souverainistes doivent en prendre bonne note.

Ne reste plus qu’à Jean Charest à emprunter la même porte de sortie pour faire taire ses détracteurs. Lui aussi voulait « sauver le Canada ». Comme le député de Sherbrooke à l’Assemblée nationale n’a jamais renoncé à son rêve de devenir un jour le premier ministre du Canada; il a tout intérêt à imiter ceux qui paradent actuellement devant le comité d’enquête à Ottawa. De toute façon, Jean Charest a tout à perdre en acceptant la motion des péquistes et des adéquistes : son gouvernement en a déjà plein les bras avec tous les fronts qu’il a ouvert. Ne manquerait plus que l’actuel premier ministre québécois soit déclaré complice du vol d’un pays au peuple qu’il est en train d’appauvrir… Le Québec plongerait dans une tempête politique. Finalement, monsieur Charest, vaut mieux effectivement fuir cette boîte de Pandore.



TRIBUNE LIBRE

La Guerre ? Oh que si ! madame

JL Gouin
TRIBUNE LIBRE 8 avril 2004

Réf. : Josée Boileau, « La guerre ? No sir ! », Devoir du 8 avril 2004 (http://ledevoir.com/2004/04/08/51704.html)


Pour le lecteur pressé ou qui ne s'accorde pas toujours le temps de lire les éditoriaux du «Devoir», je reprends in extenso (les capitales sont de moi) l'entrée puis la finale de l'éditorial de Mme Boileau. Cela dit, comme en tout mieux vaut l'original.


«
À Ottawa, les réserves secrètes, les entorses réglementaires et l'immoralité politique ont dorénavant trouvé leur justificatif: il fallait préserver l'unité nationale. Ce que Chuck Guité a traduit plus crûment par la nécessité, quel délire!, de tuer le séparatisme québécois. La disparition de 100 millions en fonds publics dans le programme de commandites, l'irresponsabilité et l'arrogance des élus libéraux ainsi que la filière des coquins qui s'emplissent les poches ont été largement commentées. Au point d'y perdre le COEUR DE L'AFFAIRE: le SABOTAGE DÉMOCRATIQUE AUQUEL SE SONT LIVRÉES LES TROUPES DE M. CHRÉTIEN. Encore aujourd'hui, on ne trouve pas un député fédéraliste, pas un ministre libéral, pas même PAUL MARTIN, pour redire sur le sujet. [...]

»» CE PARI DÉMOCRATIQUE ÉTAIT INSUPPORTABLE POUR M. CHRÉTIEN, ET IL L'EST RESTÉ JUSQU'À SON DÉPART, EN DÉCEMBRE [2003]. Pourtant, dès le printemps 1996, ce n'était plus la souveraineté qui animait la vie politique québécoise mais le déficit zéro de Lucien Bouchard. Aveuglé par sa paranoïa, le gouvernement Chrétien a préféré continuer, pendant des années, de gaspiller l'argent public et d'engraisser les amis du régime. Tout un pan de notre histoire est donc à revoir, et sans attendre Ottawa. Le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec suggèrent que le directeur général des élections ENQUÊTE SUR LES DÉPENSES FAITES EN 1995 PAR LE CAMP DU «NON». TOUT LE JUSTIFIE, MAIS LE GOUVERNEMENT LIBÉRAL A REFUSÉ LA MOTION. PEUT-ÊTRE JEAN CHAREST SE VOIT-IL ENCORE VICE-PRÉSIDENT DU COMITÉ DU «NON», celui qui saluait la foule lors du grand love-in référendaire. SAUF QU'IL EST MAINTENANT PREMIER MINISTRE : À LUI DE RAPPELER QUE LE QUÉBEC N'EST PAS UN FIEF DU FÉDÉRAL ET QUE LES QUÉBÉCOIS ONT DROIT AU RESPECT DE LEURS LOIS ET DE LEURS CHOIX.
»


Pourquoi ?
Pour fin de méditation pascale, pardi...

JL Gouin
LePeregrin@yahoo.ca
8 avril 2004

- En guise de complément opportun  => D'un James à l'autre - Lettre à M. Jean James Charest à propos de TéléQuébec

- cc :  Cabinets respectifs : de M. Jean Charest, premier ministre du Québec (commentairespm@mce.gouv.Qc.ca) et de M. Paul Martin, premier ministre du Canada (martip@parl.gc.ca).





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COMMUNIQUÉS 7 avril 2004