Actualité





Le fossé de trois milliards

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 10 mai 2004

ÉDITORIAL - C'est à l'unanimité que l'Assemblée nationale a adopté, jeudi dernier, une résolution appuyant le gouvernement dans ses efforts pour réclamer d'Ottawa le transfert des revenus de la TPS aux provinces. Évidemment, personne ne s'attend à ce que le gouvernement de Paul Martin acquiesce à la demande. Pourtant, voilà une façon raisonnable de permettre aux provinces de faire face aux responsabilités qui leur sont confiées par la Constitution canadienne.

Selon la plus récente étude produite par le Conference Board à la demande des dix premiers ministres provinciaux du pays, les provinces verront leur déficit budgétaire annuel grimper de quatre milliards cette année à 11 milliards dans 15 ans si rien ne change. Pendant ce temps, à Ottawa, les excédents budgétaires du gouvernement fédéral suivraient une pente inverse et passeraient de 10,5 milliards à la fin de la présente année à 78 milliards la quinzième année.

Évidemment, cela ne se produira pas puisque Ottawa trouvera chaque année le moyen de dépenser cet argent selon son bon vouloir. On ne connaît pas ses plans précis, mais on sait d'ores et déjà que le remboursement de la dette fera partie des priorités d'un gouvernement libéral, qu'une fraction des excédents ira au financement des programmes réguliers (défense et sécurité nationale, affaires autochtones, assurance-emploi, etc.), mais qu'avec le reste, Ottawa voudra imposer son autorité dans des champs de compétence provinciale jugés rentables pour son image.

En fait, depuis la fin de la lutte contre le déficit, Ottawa cherche désespérément un rôle à jouer au sein d'une fédération dont la plupart des secteurs porteurs sont de compétence provinciale, telles la santé, l'éducation et les affaires urbaines. Mais voilà, ce sont aussi les secteurs qui connaissent la plus forte croissance en termes de besoins financiers.

Toujours selon les travaux du Conference Board, les revenus des provinces devraient croître à peu près au même rythme que ceux d'Ottawa au cours des prochaines années. C'est donc parce que, contrairement à Ottawa, leurs dépenses augmenteront plus rapidement que leurs revenus que les provinces doivent s'attendre à faire face à des déficits de plus en plus imposants.

Ce n'était pas la première fois, jeudi dernier, que les membres de l'Assemblée nationale du Québec adoptaient une résolution unanime demandant à Ottawa de corriger le déficit fiscal avec les provinces. Ce n'était pas la première fois non plus qu'il était question de rapatriement de la TPS par les provinces comme moyen de corriger l'écart. On se rappellera que cette solution était celle de la Commission sur le déséquilibre fiscal présidée par l'actuel ministre des Finances, Yves Séguin.

Pour être plus précis, la commission suggérait aux provinces de renoncer aux milliards qui leur sont transférés annuellement au titre du Transfert canadien en santé et programmes sociaux (TCSPS) en échange des recettes de la TPS dont le montant est plus élevé. Selon les calculs, la différence atteindrait entre deux et trois milliards au profit des provinces. De plus, malgré les fluctuations causées par les soubresauts de l'économie, celles-ci seraient assurées de voir leurs recettes suivre une tendance ascendante dans le temps, proche de celle du PIB.

En réaction à une autre résolution de l'Assemblée nationale adoptée en mars dernier, le premier ministre Paul Martin a réitéré par écrit son intention de discuter du financement de la santé avec les provinces, mais il a refusé de s'engager plus avant. Si les provinces veulent plus d'argent, elles peuvent toujours augmenter leurs impôts, a-t-il répété comme l'avait fait Jean Chrétien avant lui. Pourtant, ce sont ces deux mêmes hommes qui, lors de la campagne électorale de 1993, avaient soulevé l'hypothèse d'un transfert de la TPS aux provinces comme moyen de financer les soins de santé, ce M. Séguin n'a pas manqué de rappeler aux membres de l'Assemblée nationale.

Cela dit, si le ministre des Finances est sérieux lorsqu'il parle de déséquilibre fiscal, il lui faudra d'abord convaincre son chef, Jean Charest, de l'importance de l'enjeu. Pour le moment, M. Charest se dit d'accord, mais on ne peut certainement pas dire qu'il manifeste beaucoup de passion à l'idée de mener une lutte sans merci avec Ottawa sur la question.

Une fois le premier ministre bien en selle derrière son ministre des Finances, il faudra aussi rallier les premiers ministres des neuf autres provinces à la cause; les libéraux du Québec ont toujours affirmé être beaucoup mieux placés pour réussir cette tâche. Car sans un tel front commun des provinces, aussi bien attendre un prochain référendum sur la souveraineté pour régler ce problème de déséquilibre avec Ottawa...

jrsansfacon@ledevoir.ca



L'intégration des personnes immigrantes ne se limite pas à l'apprentissage de la langue

Réjean Parent
Le Devoir lundi 10 mai 2004

Libre opinion: Lettre à madame Michelle Courchesne, ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration

C'est avec une stupéfaction mêlée d'indignation que nous apprenions l'imposante compression financière de 21 % (34 millions de dollars) subie par le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration. Cette décision prise au nom de l'équilibre budgétaire des finances publiques vient briser un autre équilibre tout aussi important dans la société québécoise, celui de l'intégration des personnes immigrantes à la société d'accueil.

Malgré les efforts considérables apportés pour augmenter le niveau de l'immigration francophone, 37,5 % des personnes immigrantes arrivées au Québec entre 1998 et 2002 ne connaissaient ni le français ni l'anglais. La proportion de celles qui ne connaissent pas le français s'élève à 55 %.

Vous avez répété à plusieurs reprises: «Je veux redonner à ce ministère sa mission essentielle, qui n'est pas le soutien social, mais l'accueil et l'intégration.» Croyez-vous soutenir l'intégration en diminuant les allocations de formation à des cours de français, les faisant passer de 150 $ à 30 $? Croyez-vous soutenir l'intégration en abolissant l'allocation allouée aux étudiants à temps partiel et le remboursement des frais de transport pour suivre les cours dans les centres où il y a des systèmes de transport en commun (autrement dit, dans les centres urbains à forte concentration d'immigration)?

Vous défendez les choix de votre gouvernement en indiquant que les personnes immigrantes seront admissibles à la prime de travail annoncée dans le plan de lutte contre la pauvreté. Vous proposez aux personnes immigrantes d'effectuer une demande d'aide sociale si elles ont épuisé toutes les ressources financières dont elles disposaient au moment d'arriver au Québec.

Depuis des mois, le chef du gouvernement, M. Charest, répète sur toutes les tribunes que le Québec compte sur l'immigration pour atténuer les pénuries appréhendées de main-d'oeuvre qualifiée. Que leur offrez-vous pour faciliter leur intégration à la société québécoise francophone? Une «francisation fonctionnelle», celle qui doit les rendre aptes le plus rapidement possible au marché du travail. La connaissance de la langue que vous leur proposez est celle exigée en fonction des besoins de l'entreprise.

Est-ce cela la stratégie d'intégration à la société d'accueil du Parti libéral du Québec? Faut-il rappeler que, l'intégration des personnes immigrantes ne se limite pas à l'apprentissage de la langue, mais intègre aussi la culture, l'environnement québécois, bref, l'apprentissage des codes et des valeurs qui fondent cette société. Limiter l'intégration à la seule acquisition des notions linguistiques nécessaires à une insertion réussie sur le marché du travail nous semble réducteur et contraire aux objectifs d'intégration et d'ouverture sur le monde.

Vous interpellez les entreprises pour qu'elles s'engagent davantage dans l'intégration linguistique de leur personnel. Selon l'Office de la langue française, les entreprises à fort taux d'utilisation de la technologie ont tendance à se franciser moins rapidement que celles qui en font une utilisation moyenne, et ces dernières moins que celles à faible utilisation. Par ailleurs, les entreprises vouées à l'exportation ou encore sous-traitantes d'entreprises américaines font face à des difficultés supplémentaires devant les exigences de leurs clients ou de leurs fournisseurs. «On observe que des entreprises ne réalisent pas pleinement le processus de francisation parce qu'elles sont tributaires des technologies de l'information qui assurent le contrôle de la gestion des stocks ou de la gestion des ventes à distance, de la réalisation des transactions financières à partir ou vers d'autres pays [c'est le cas du secteur financier].»

La francisation des entreprises deviendra encore plus difficile dans le contexte des changements apportés au Règlement sur la détermination de la masse salariale (loi du 1 %). Cette loi avait pour objectif d'améliorer la formation de la main-d'oeuvre, de répondre aux besoins des travailleuses et des travailleurs, notamment par des cours de français. Au cours des six années de son application graduelle, cette loi, malgré les irritants soulevés, a eu des effets structurants, notamment la consolidation du comité d'adaptation de la main-d'oeuvre pour les personnes immigrantes, facilitant ainsi leur intégration et leur maintien en emploi. Aujourd'hui, l'avenir de ce comité est compromis.

Votre gouvernement rêve que le Québec «brille parmi les meilleurs». Mais ces compressions à l'intégration des personnes immigrantes empêcheront ces dernières d'avoir accès aux mêmes chances que les autres. Privées du droit d'apprendre le français, limitées dans leur communication avec la majorité, vous les condamnez à l'exclusion. Certes, elles seront employables, mais à quel prix?

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) rêve d'un autre Québec que celui que vous proposez. Nous avons toujours soutenu que la politique québécoise d'immigration devait s'inscrire dans un projet collectif engageant et englobant: celui de développer au Québec une société originale, pluriethnique et de langue française, démocratique, laïque et ouverte sur le monde. C'est pourquoi, Madame la Ministre, nous vous demandons de surseoir aux compressions annoncées et de maintenir le niveau des allocations aux personnes immigrantes étudiant le français.

Réjean Parent : Président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)



La petite caisse

André Pratte
La Presse lundi 10 mai 2004

Éditorial - Le gouvernement Martin ayant rendu publics les détails de la " réserve pour l'unité canadienne " qui, depuis 12 ans, était contrôlée par le premier ministre du Canada, on peut y voir un peu plus clair dans cette curieuse histoire. Et donc soupeser l'ampleur réelle du " scandale ".

Le Bloc québécois et le Parti québécois en ont contre le simple fait que le gouvernement fédéral ait dépensé de l'argent pour faire la promotion de l'unité canadienne. À partir de ce point de départ contestable, ils dénoncent toute somme consacrée à cette fin. Si, en plus, les sommes en question proviennent d'une " réserve secrète ", l'indignation est à son comble.

Notre point de départ n'est pas le même. Il nous semble tout à fait légitime que le gouvernement du Canada consentie argent et énergie à faire valoir son point de vue. Lorsqu'il lui est arrivé de le faire de manière maladroite ou excessive, cela a probablement nui plutôt qu'aidé sa cause.

Ce qui inquiète davantage ici, c'est le caractère arbitraire et cachottier de ce système de réserve. Pendant 12 ans, essentiellement sous le règne de Jean Chrétien, le gouvernement du Canada a puisé près de 800 millions à même cette caisse. Cette somme a servi à financer toutes sortes de dépenses faites au Québec, notamment le futile et coûteux programme des commandites. Mais, à mesure que la panique postréférendaire se dissipait, la réserve s'est transformée en fourre-tout, en petite caisse du premier ministre pour financer des projets qui, sur recommandation de l'un ou l'autre de ses ministres, lui semblaient valables. Quelques exemples:

En 2000-2001, 500 000 $ ont servi à appuyer le programme d'études irlandaises offert à l'Université de Montréal;

La même année, 450 000 $ ont été versés à la Corporation épiscopale de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde pour les travaux de restauration de la cathédrale;

En 2001-2002, 1,6 million a servi à l'acquisition de matériel d'urgence par la municipalité de Jasper;

En 1999-2000, la somme de 1 million a couvert " la hausse des coûts de communications entourant le budget de 2000 ".

La liste est longue de projets, financés par la réserve du premier ministre, dont le lien avec l'unité canadienne est loin d'être évident. Ces dépenses pouvaient être parfaitement justifiées. D'ailleurs, les dépenses comme telles n'étaient pas secrètes; on en retrouve la trace dans les comptes publics.

Ce qui était secret, c'est l'origine de l'argent: le bureau du premier ministre. Si l'opposition avait été au courant, elle aurait certainement posé des questions sur le bien-fondé de cette réserve et sur les critères utilisés pour choisir les différents projets, en supposant qu'il y en ait eu.

Il est fort inquiétant de constater qu'un ministère (dans ce cas-ci, le Conseil privé) peut dépenser annuellement entre 50 et 80 millions sans que cela soit indiqué dans le Budget des dépenses ou dans les lois de crédits. On reconnaît là la nonchalance administrative qui a ouvert la voie au scandale des commandites. Une telle nonchalance est évidemment inadmissible.

Il faut souhaiter que le contrôleur général que vient de nommer le premier ministre Martin - M. Charles-Antoine St-Jean, un comptable de grande expérience - saura mettre en place des mesures efficaces contre de tels procédés.



L'État Wal-Mart

Michel Venne
Le Devoir lundi 10 mai 2004

Dans les années 1980, on avait associé les volontés de réforme du gouvernement Bourassa à l'État Provigo (qui remplaçait l'État providence). Aujourd'hui, l'image qui me vient en tête pour qualifier le projet de «modernisation» (ou «réingénierie») présenté mercredi par Mme Monique Jérôme-Forget, est celle de l'État Wal-Mart.

Comme pour le champion du commerce de détail, le gouvernement du Québec propose un État axé sur le «service» au citoyen, et ce, «au meilleur prix chaque jour».

La vision qui surgit entre les lignes des documents disponibles est celle d'un État platement fonctionnel, une sorte d'entreprise de services publics qui ne véhiculerait aucun projet politique, social, culturel ou même économique.

Le gouvernement veut «recentrer l'État sur ses missions essentielles». Cette affirmation est lourde de sens. Quelle est, en effet, «l'essence» du rôle de l'État?

Il est important, à ce stade-ci, de bien saisir la signification du projet proposé. La vision soumise par le gouvernement libéral n'est pas neutre.

Les objectifs fixés par le plan de modernisation sont éclairants à cet égard. Ils sont explicites: améliorer la prestation de services; à moindre coût; en obtenant des gains d'efficacité au sein de l'administration publique.

Subsidiairement, comme une conséquence de ce plan, un État «plus mince et plus agile», dit le document, devrait, selon le gouvernement actuel, favoriser un accroissement de la prospérité individuelle et collective des Québécois.

Les premières mesures proposées vont également dans ce sens: création de Services Québec; gouvernement en ligne; centre de services administratifs; partenariats privés-publics; création d'agences; réseaux locaux de services de santé; fusion d'Emploi-Québec avec la sécurité du revenu; remplacement d'organismes conseils dans le secteur de la santé et des services sociaux par une «banque d'experts» appelés au besoin...

Le «sens» du projet se trouve dans cette liste de priorités. Personne n'est contre une bureaucratie efficace et tout le monde appuie la lutte contre le gaspillage de fonds publics. Mais la conception du rôle de l'État qui est ici proposée est pour le moins restrictive.

Que reste-il du rôle de l'État dans le développement culturel, le développement social, le développement économique du pays, le développement des compétences des citoyens? Que fait-on de son rôle de garant des processus démocratiques, de la sécurité et de la justice?

En réalité, le gouvernement est fidèle aux préceptes idéologiques qui l'inspirent et renvoient à la responsabilité individuelle et aux lois du marché pour gouverner l'évolution de la société. Les autres partis politiques ont-ils une autre vision à proposer? Notre drame se situe peut-être là, dans l'absence de contre-proposition emballante.

On a dit abondamment que la montagne avait accouché d'une souris. Cette lecture est sans doute celle que souhaitait le gouvernement. La simultanéité du séjour du premier ministre Jean Charest en France avec la présentation du plan Jérôme-Forget, qu'elle fût délibérée ou pas, renforçait cette impression que les mesures annoncées n'avaient pas autant d'importance qu'on l'eût cru. M. Charest faisait en quelque sorte la démonstration qu'il s'intéressait aux affaires étrangères autant sinon plus qu'à la réorganisation proposée par sa ministre.

D'autres éléments contribuaient à minimiser l'étendue de la transformation proposée. La présidente du Conseil du trésor a parlé de discernement, d'écoute, de persévérance, de pédagogie. Elle a reconnu qu'il faudrait de la patience, procéder à des consultations et «ne pas jeter le bébé avec l'eau de la baignoire». En 1998, M. Charest voulait qu'on en finisse avec la Révolution tranquille, sa ministre disait mercredi que les Québécois avaient raison d'être fiers de cet héritage, mais pour mieux nous inviter à en prendre nos distances.

En effet, Mme Jérôme-Forget soutient que, depuis les années 1960, l'État fut «l'épine dorsale» du développement du Québec et qu'il est temps de remettre cette réalité en question. Or cette réalité, il y a longtemps qu'elle n'est plus. Le Québec ne s'est pas développé que par l'État. Le gouvernement néglige le rôle de Québec Inc, la contribution des groupes communautaires dans le développement social, l'impact des mouvements coopératifs dans l'habitation, les services financiers autant que dans la production forestière ou agricole, la renaissance de l'économie sociale, l'impact des mouvements environnementaux, la découverte par les Québécois des marchés boursiers.

M. Charest et son gouvernement ne proposent pas une démolition en règle de l'État. Il habille son projet d'intentions louables, que personne ne peut contester. Il relègue toutefois l'État à une fonction instrumentale qui donne l'impression, par la platitude du plan de «modernisation» proposé, d'évacuer la dimension politique de son action. Ce faisant, c'est pourtant une vision politique très précise non seulement du rôle de l'État mais du fonctionnement d'une société qu'il impose à ses commettants.

Michel Venne est directeur général de l'Institut du Nouveau Monde. Il s'exprime ici à titre personnel. michel.venne@inm.qc.ca



Il y a des économies qui n'en sont pas...

Gilles Gagné
Le Soleil lundi 10 mai 2004

Le gouvernement de Jean Charest a démontré sa profonde incompréhension des priorités économiques des régions en coupant 4,5 millions $ au budget d'aménagement de la forêt privée, alors que le contexte dicte une intensification des travaux sylvicoles sur les lots boisés des particuliers, à l'aube d'une autre révision à la baisse de la capacité forestière publique.

Depuis six ans, le budget d'aménagement de la forêt privée était gelé à 34,5 millions $. Avec l'inflation, ce gel correspondait déjà à une réduction d'au moins 12 %. En retranchant 4,5 millions $, l'État impose une coupe supplémentaire de 13 %.

Ce coup sur la gueule, ce sont les régions rurales qui le prennent, surtout les travailleurs saisonniers, ceux-là même qui réclament, depuis 1996, une amélioration du régime d'assurance-emploi.

En écopant d'une ponction de 4,5 millions $, les organismes de gestion forestière en commun devront se passer de l'équivalent de 6000 semaines de travail, ou 400 employés sylvicoles durant 15 semaines. Québec vient d'envoyer aux gestionnaires d'organismes forestiers le douteux casse-tête de jongler avec des gens. Doit-on couper dans le nombre de travailleurs embauchés, ou en garder autant mais moins longtemps au boulot, ou une combinaison des deux ?

Au-delà de l'aspect humain, l'angle économique ne tient pas plus la route. Une étude du docteur en foresterie Luc Bouthillier, de l'Université Laval, démontre que chaque dollar investi en aménagement forestier privé génère des revenus fiscaux de 1,04 $ pour Québec et Ottawa.

Au moment où l'on s'entend pour dire que la forêt publique a été malmenée depuis 20 ans, alors que Québec est mal pris avec le calcul de la capacité de cette forêt, qu'il reporte d'un an les changements d'approvisionnement aux usines de transformation, voilà qu'il sabre dans l'aménagement de l'autre forêt, celle qui pourrait atténuer le choc qui guette la province.

Il faut s'attendre à une forte réduction de la possibilité forestière publique en 2005. L'industrie tentera alors de miser sur la forêt privée pour prendre, en partie, le relais. Mais le manque actuel de vision de l'État, qui occasionnera une démobilisation parmi les propriétaires de lots privés, limitera la portée de cette solution de rechange.

L'État a invoqué la nécessité de consacrer plus d'argent en éducation et en santé pour justifier la coupe en forêt privée. Mais l'activité économique en régions permet à des gens de rester en santé et à des parents de payer les études de leurs enfants.

Le ministre Pierre Corbeil invoque aussi les sommes supposément croissantes allouées en aménagement de la forêt publique pour statuer que le travail perdu en forêt privée sera récupéré. Ça ne règle en rien le problème des propriétaires de lots. Et le niveau de travail en forêt publique dépend des droits de coupe payés par les compagnies, droits changés en crédits pour effectuer lesdits travaux : l'expérience démontre que ce sont les compagnies qui mènent, notamment dans le contexte canado-américain du bois d'oeuvre, qui frappe toujours l'industrie.

L'État oublie de mentionner que la Loi sur les forêts prévoit la prédominance de la forêt privée comme source d'approvisionnement de l'industrie. La forêt publique ne devrait être qu'une source résiduelle de bois, mais c'est l'inverse qui se produit.

Le Bas-Saint-Laurent bénéficiait du quart des 4,5 millions $ retranchés. La moitié de sa forêt est privée. La coupe entraîne un profond effet déstructurant. Dans la Matapédia, où la Société d'exploitation des ressources de la Vallée fête ses 30 ans d'aménagement privé en 2004, on devra se passer de 300 000 $ et licencier 30 travailleurs, ou employer 300 ouvriers moins longtemps. Ça vous souffle les chandelles ! Étrange façon, pour le ministère, de saluer la vision des précurseurs en aménagement privé, le Groupement agroforestier de la Restigouche, en Gaspésie, où l'on se casse la tête en se demandant qui couper.

Il y a des économies qui n'en sont pas...



Jean Charest : «Pas de contradiction entre le fait d'être canadien et québécois»

Alain Louyot et Pierre Ganz (RFI)
L'Express.fr lundi 10 mai 2004

Interview
Premier ministre du Québec, Jean Charest affirme la volonté de sa province de jouer, au sein de la Confédération, un rôle plus actif sur la scène internationale


Où en est, aujourd'hui, la coopération entre la France et le Québec?
Nous cherchons à lui donner une nouvelle dimension, en développant, notamment, notre coopération avec les régions françaises. Nous souhaitons, par ailleurs, poursuivre notre réflexion commune sur la diversité culturelle. Enfin, un autre domaine dans lequel nous souhaitons collaborer est celui de la modernisation de l'État, qui nous préoccupe, vous et nous.

Ces projets coïncident avec une volonté affichée de jouer un rôle plus actif sur la scène internationale... Tout à fait. Là aussi, nous voulons aller plus loin que dans le passé. Nous voulons être plus présents dans les forums internationaux dans nos domaines de compétence. C'est pour nous un enjeu important. Nous sommes, sur ce point, actuellement en discussion avec les autorités fédérales.

On dit de vous que vous êtes le plus canadien des Premiers ministres du Québec. Etes-vous d'accord? Dans mon esprit, il n'y a aucune contradiction entre le fait d'être canadien et celui d'être québécois. Le fait de passer, aux yeux de certains, pour un fédéraliste peut s'avérer être un atout. Je ne suis pas suspect dans ma façon de défendre les intérêts du Québec, car mes propositions s'inscrivent dans une perspective qui est celle du maintien de l'adhésion du Québec au Canada.

Les réformes que vous mettez en oeuvre, au Québec, vous valent de nombreuses critiques...
Il y a des réformes qu'il faut entreprendre. Elles touchent à la façon dont l'État fonctionne, aux modes d'intervention dans l'économie. Il s'agit de changements profonds, qui ne sont pas faciles. Ce n'est qu'à la fin que les Québécois pourront apprécier l'ensemble de notre oeuvre.

Vous avez expliqué cela à Jean-Pierre Raffarin?
Tous les gouvernements qui choisissent de faire face aux vrais enjeux, donc de proposer des réformes, doivent affronter les défenseurs du statu quo. Il faut sans doute faire un effort supplémentaire de pédagogie à leur égard.

Cette inquiétude sur l'avenir vous paraît-elle plus forte actuellement qu'il y a quelques années? Les gens s'interrogent, en effet, sur les conséquences de la mondialisation. Ils se demandent s'ils ne subissent pas plus qu'ils n'en tirent profit. Ces craintes sont légitimes. Il nous revient d'y répondre. Il nous revient surtout de maîtriser les changements qu'implique cette mondialisation. C'est ce que nous tentons de faire.

Vous avez fait état, à plusieurs reprises, de votre préoccupation en ce qui concerne les libertés civiles après le 11 septembre 2001...
En effet, je suis préoccupé. Pour continuer à commercer avec les États-Unis, nous sommes tenus de respecter les règles de sécurité qu'ils nous imposent. Très concrètement, cela signifie une multiplication des contrôles à la frontière pour les camions ou les trains. Nous n'en contestons pas la nécessité. Mais le trafic est forcément ralenti. Or il faut savoir que 60% de la production intérieure brute du Québec dépend de notre commerce extérieur, lui-même largement orienté vers les États-Unis. Par ailleurs, nous avons accueilli avec prudence les mesures proposées par les Américains en ce qui concerne le contrôle des individus. Nous souhaitons respecter les libertés de chacun.

Vous êtes plus près sur ce point de l'approche européenne?
Tout à fait. Je vous rappelle, d'ailleurs, que nous n'avons pas soutenu la décision américaine d'entrer en guerre contre l'Irak. Lors de la première guerre du Golfe, en 1991, nous avions beaucoup insisté sur l'importance de disposer d'un mandat des Nations unies. Nous aurions souhaité la même chose cette fois-ci. Et, un peu comme pour vous, les Américains n'ont pas très bien compris et accueilli notre réaction...

Vous évoquiez la nécessité de protéger la diversité culturelle. Mais comment conciliez-vous cette préoccupation avec votre choix affiché en faveur du libre-échange?
C'est parfaitement compatible. Le libre-échange ne doit pas se faire à n'importe quelles conditions. Au début des années 1990, lorsque nous avons négocié notre accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique - j'étais alors ministre fédéral - nous avions inclus les questions de bonne gouvernance dans la négociation: respect des droits de l'homme, de l'environnement ou des droits des travailleurs. Cela, c'est une mondialisation qui nous ressemble.



Concentration de la presse
- Les pratiques journalistiques de Gesca sont remises en cause

Paul Cauchon
Le Devoir vendredi 7 mai 2004

En publiant dans tous les journaux du groupe la même chronique d'Alain Dubuc, Gesca «renie» les engagements qu'il avait pris en matière de concentration de la presse.

C'est ce que soutient la présidente de la FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes du Québec), Anne-Marie Dussault, qui s'inquiète de cette nouvelle menace à la diversité de l'information dans une lettre ouverte diffusée hier.

Cette histoire suscite également la controverse au sein des journaux du groupe Gesca puisque, selon nos informations, les différents syndicats de journalistes déposeront la semaine prochaine deux griefs concernant ce nouveau rôle d'Alain Dubuc.

Le premier grief contesterait la façon dont M. Dubuc a été choisi pour écrire une chronique dans tous les journaux de l'entreprise, puisque ce poste n'a pas été affiché selon les règles, semble-t-il.

Le deuxième grief aborderait le fond de la question, puisque les syndicats feront valoir que la publication de cette chronique ne respecterait pas l'esprit de l'entente qui avait été négociée entre les journalistes et les dirigeants de Gesca concernant l'échange de textes.

En annonçant il y a quelques semaines le départ d'Alain Dubuc comme éditeur du Soleil, remplacé par André Provencher, Gesca annonçait du même souffle que Dubuc devenait collaborateur pour tous les journaux du groupe (La Presse, Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Droit, La Tribune, La Voix de l'Est et Le Quotidien), lesquels allaient publier trois fois par semaine une même chronique de celui-ci.

La première chronique a été publiée samedi dernier, la deuxième avant-hier.

Le gouvernement québécois avait tenu en février 2001 une commission parlementaire sur la concentration de la presse. L'automne précédent, Gesca avait acheté les quotidiens francophones de Hollinger et le président et éditeur de La Presse, Guy Crevier, avait déclaré devant cette commission, en parlant de la libre circulation des textes entre les quotidiens, qu'«il n'est pas question qu'il y ait des chroniqueurs communs».

Selon la FPJQ, «ces paroles rassurantes ont servi à faire avaliser par la société québécoise une transaction qui accentuait la concentration de la presse [...] La parution "réseau" des chroniques d'Alain Dubuc vient contredire ses assurances données en commission».

La FPJQ fait valoir que ce n'est pas la compétence de M. Dubuc qui est en cause. C'est plutôt la publication de la même chronique partout qui «amenuise la diversité des points de vue en répandant d'une manière excessive une seule et même opinion».

Les syndicats des journalistes des quotidiens membres du groupe avaient négocié avec la partie patronale une entente permettant l'échange de textes et de photos. Ces échanges sont permis mais ils sont soumis à plusieurs restrictions. Par exemple, selon l'entente négociée au Soleil, «les textes éditoriaux ne peuvent être échangés». Autre clause : «le quotidien qui désire publier un texte "columnist" doit d'abord conclure une entente avec l'auteur, son syndicat et sa direction de l'information. Entre Le Soleil et La Presse, les textes "columnists" sont exclus de l'échange, sauf de façon occasionnelle ou pour la réalisation d'un projet commun relié à un événement majeur».



Une chanson de Loco Locass dans la mare libérale

Cyberpresse et François Cardinal (La Presse)
samedi 08 mai 2004

«Maintenant comme jamais, il y a un traître chez nous»

Libérez-nous des libéraux. À la veille des élections fédérales et au moment où la grogne contre le gouvernement provincial prend de l'ampleur, le groupe rap Loco Locass jette une chanson dans la mare... qui pourrait lui attirer des ennuis dès le déclenchement de la prochaine campagne électorale.

Après les syndicats, les artistes se lancent donc dans la mêlée. Aidés par le groupe d'humoristes Les Zapartistes, les trois membres de Loco Locass ont pondu une chanson engagée et acérée contre les libéraux provinciaux, qui ne manque évidemment pas d'écorcher les libéraux fédéraux au passage.

«Face à la menace de la braderie, on brandit le poing de la patrie à la face des bandits», chantent-ils. «On est loin de maître chez nous, maintenant comme jamais, il y a un traître chez nous. Ça s'entend quand il (Jean Charest) parle comme un derrière de boîte de céréales.»


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Les propos d'Yvon Deschamps

Denys Barbeau, Saint-Hubert
10 mai 2004

Les propos d'Yvon Deschamps sont la conclusion appréhendée de l'instabilité péquiste dans la promotion de la souveraineté. En 30 jours, lors de la dernière campagne électorale, Bernard Landry nous a servi comme idéal (????) l'Union à trois (Québec-Canada-USA), l'Union canadienne (Québec-Canada) (sic) et l'Indépendance à quelques jours des élections alors que les dés étaient jetés.

Nous étions plusieurs à prévoir ce détournement d'option constitutionnelle de la part de souverainistes justement à cause du manque de fermeté du PQ dans la défense d'un Québec véritablement indépendant. Nous en avons une bonne preuve maintenant.

Nous sommes encore gâtés, à ce niveau, avec les propos de Bernard Landry qui disait dernièrement qu'il devenait plus souverainiste. Il faut le faire. Devenir plus nationaliste, cela veut simplement dire qu'il ne l'était pas assez pour défendre indépendance du Québec avant. Mais, au fait, l'est-il assez maintenant pour en faire réellement la promotion et non pas seulement pour juste se faire passer, le temps d'une élection, pour un indépendantiste?

Le PQ est un parti de pouvoir comme le Parti Libéral du Québec l'est. Ça nous prend un parti qui n'aura pas peur de s'afficher social-démocrate et indépendantiste. Malheureusement, ce n'est pas le cas ni pour l'UFP ni pour Option citoyenne. Comme quoi, l'idée d'Indépendance au Québec a encore beaucoup à faire pour être accepter. Ce n'est pas le PQ qui va y aider.



TRIBUNE LIBRE

Ainsi Yvon Deschamps lance la serviette

Claude Richard, Repentigny
10 mai 2004

UN AUTRE « PISSOU » - Ainsi Yvon Deschamps lance la serviette. « L’indépendance, qu’ossa donne? », entonne-t-il maintenant. Il vient de prendre sa carte du club des fatigués. Son fauteuil l’attend au manoir et Judy sera sans doute rassurée. Mais il vient de perdre son auréole pour beaucoup de gens, dont le soussigné.

Ce qui est curieux, c’est le moment que choisit Deschamps pour déclarer forfait. Le scandale des commandites n’est pas un accident de parcours. C’est l’illustration parfaite d’un pouvoir dominateur qui a recours à tous les moyens pour préserver sa poigne et se perpétuer. C’est le signe éclatant d’une déconnexion des représentants d’un régime avec la population qu’ils doivent domestiquer.

Devant ce spectacle désolant, Deschamps s’écrase. Au lieu de se camper dans son personnage nono pour faire ressortir la cupidité et le cynisme de nos petits libéraux fédéraux, voilà qu’il baisse la queue et rentre dans le rang. Allez comprendre quelque chose à ce comportement schizophrénique.

« Nous sommes indépendants dans nos têtes.» Est-ce que des platitudes de ce genre font un pli de différence aux gourous outaouais qui se démènent pour maintenir le couvercle sur la marmite et qui dépouillent systématiquement le Québec de ses pouvoirs et de ses moyens d’action? Je les vois d’ici se tordre de rire en mettant le nom de Deschamps sur la liste des « pissous » de la bourgade.

« On peut être fiers d’être Québécois. » Mais comment peut-on être fiers en baissant la tête et en courbant l’échine? C’est antinomique. Deschamps donne l’impression de ne plus savoir où donner de la tête. Il aurait été mieux de réfléchir avant de faire des déclarations qui n’ont aucun sens et qui donnent une triste image de lui.

On dira que Deschamps n’avait rien à gagner à retourner sa veste, que sa nouvelle orientation en est d’autant plus sincère. Sauf qu’on se demande vraiment comment elle peut se justifier. C’est un peu une invitation à revenir au « petit pain ». Que gagne le Québec à rapetisser ses ambitions, à se résigner à son sort de province tranquille?

Yvon Deschamps, l’incarnation du Québécois fier et rebelle, cela semble bien fini. Heureusement qu’il y a les Zapartistes et bien d’autres pour reprendre le flambeau. Pour moi, ce n’est pas l’indépendance qui a fait son temps, c’est Deschamps lui-même.



TRIBUNE LIBRE

Pour imposer les intérêts des nantis...

Charles Courtois, Montréal
10 mai 2004

La présentation du plan de "réingénierie" de Mme Jérôme-Forget réclame un bilan des forces qui assaillent notre démocratie depuis les années Thatcher-Reagan.

Après le grand krach de 1929, le New Deal relançait la prospérité par la répartition des richesses, et l'ouverture démocratique battait en brèche toutes les exclusions. La libération des peuples dans le monde se répercutait contre la bourgeoisie WASP et le patriarcat en Amérique du Nord. Le choc pétrolier de 1973 et 79 sembla donner des ailes à la réaction. Depuis la fin des années 1970, celle-ci veut nous ramener à l'ordre social du XIXe siècle : une élite qui ne partage ni le pouvoir ni la prospérité avec la plèbe.

L'idéologie néolibérale veut nous refaire croire en ce mythe du laissez-faire détruit par la crise de 29 : la recherche individuelle des profits est l'unique moyen d'assurer la prospérité collective.

Rappelons-nous pourtant ce que la nationalisation d'Hydro-Québec a permis aux Québécois d'accomplir. Les exemples de la nocivité de ces principes libéraux abondent, non seulement du point de vue démocratique, mais aussi économique. Thatcher et Reagan voulurent dérèglementer - la réglementation d'État ne serait qu'un "irritant" contre les créateurs de richesse, et la seule mesure de toute chose serait le PNB. L'administration Bush poursuit cette logique en limitant le nombre d'inspecteurs en environnement. Une mesure semblable a directement mené pourtant à la crise de la vache folle en Angleterre.

Les ravages sont les plus flagrants aux USA. L'administration Bush reçoit l'appui d'une droite extrême, affairiste, militariste et intégriste. Comme par hasard, des scandales de ségrégation refont surface, impliquant récemment une chaîne de restaurants accusée de mettre les clients noirs à l'écart.

La ségrégation économique règne sur les villes américaines, et les quartiers pauvres concentrent aussi la majorité des Noirs et des Latinos qui forment la majorité des prisonniers. Un tiers des hommes adultes Noirs séjourne en prison aux USA ! La croissance des indicateurs économiques continue de monopoliser l'attention des médias et cette prospérité ne change rien à l'exclusion !

C'est un train de mesures de normalisation à ce "modèle" que le gouvernment Harris a infligé à l'Ontario. Le Devoir indiquait cette semaine que le gouvernement McGuinty ramène la règlementation dans le logement en Ontario, face à un échec social. L'Institut économique de Montréal et le Fraser Institute vantaient ces mesures, qui ont "fait grimper le taux d'inoccupation". C'est sûr ! Avec la hausse sauvage des loyers, le nombre de sans-abri a grimpé ! Voilà un exemple de "succès" que seule une règlementation d'urbanisme peut renverser. C'est ce genre de "succès" dans l'amélioration des services que nous promet le PLQ : les listes d'attente seront écourtées pour les cours de francisation, nous dit la minsitre, puisque les allocations pour y assister sont coupées !

Cette dérive anti-démocratique diminue la qualité de vie de la majorité et la gestion en fonction des profits immédiats étrangle la poule aux oeufs d'or, comme le grand banc de Terre-Neuve.

Rappelons-nous pourtant que les sociétés scandinaves demeurent la preuve qu'une organisation intelligente peut assurer la prospérité durable avec la justice sociale.

Au Québec, les mesures des années 60 et 70 ont amélioré le sort des exclus et redonné du pouvoir au peuple québécois. Seule l'indépendance peut achever la libération. Aujourd'hui, la réaction a pris le pouvoir à Québec, contre le pouvoir du peuple et le pouvoir québécois, et elle veut nous faire accroire que la majorité va y gagner. Tout un arsenal médiatique nous martèle que notre seul problème au Québec, c'est que les riches payent plus d'impôt sur le revenu, que notre différence est insoutenable ! La Presse essaye de faire passer les valeurs "américaines" de Charest pour celles des Québécois (cf. Vigile du 07-05-2004). C'est oublier un peu vite les manifestations massives pour la paix ou le 1er mai ?

L'Actualité fait mieux encore. Dans son numéro courant, un éditorial écrit on se demande quand, propose que le Canada se joigne à l'effort de "pacification" en Irak ! Ah, le nombre de Canadiens qui regrettent de ne pas participer à la torture ... Mais surtout, l'Actualité nous présente une étude qui compare le potentiel de croissance de Montréal et de 12 villes anglo-américaines et tente de nous alarmer : le potentiel de Montréal n'est pas assez élevé (en PIB), il faut se débarasser des réglementations comme celles sur la langue ! Pourtant, les chercheurs eux-mêmes avouent que les conditions d'une ville promise aux succès (en PIB), comme Atlanta, ne sont guère enviables : pas de vie au centre-ville, pas de transports en commun, exlcusion sociale. Sans parler de la culture ! L'entrepreneur pris à témoin par la revue, un Français qui a installé ici une entreprise de création de jeux vidéos, ne semble pas impressionné par l'étude. C'est que le journaliste ne semble même pas conscient de la contradiction entre l'affirmation selon laquelle le français est un obstacle à la prospérité et celle qui montre que la culture est un moteur déterminant pour la métropole ! Pas de doute, l'entreprise de ramollissement du cerveau que ces médias libéraux veulent faire subir aux Québécois affecte d'abord leur personnel.

Pour conclure, Jérôme-Forget et Charest ont pour modèles Thatcher et Harris, et ils voudraient passer sous silence les échecs lamentables de la privatisation en Ontario et en Angleterre - en électricité ou le chemin de fer notamment. Pour imposer les intérêts des nantis, il faut diviser pour règner : Ottawa et le Conseil du Patronat peuvent compter sur le PLQ ! Il élimine les CLD au profit des CRÉ. Limiter la franicisation des immigrants, c'est diviser et encourager la ségrégation. Défusionner, c'est encourager la ségrégation économique. Remarquez combien le multiculturalisme et le néolibéralisme officiels des pays Anglo-Saxons vont main dans la main ! Qu'attendons-nous pour renvoyer ces pantins et réclamer l'indépendance ? Il est temps de nous libérez de ceux qui sous de faux impératifs économiques mettent la main basse sur les ressources des régions et le travail des villes en minorisant le peuple québécois dans son propre État annexé par le Canada.





TRIBUNE LIBRE

Histoires d'épaves...

Réal Ouellet, Chicoutimi
10 mai 2004

La scène valait le coup vendredi dernier, 23 janvier, à l'émission l'Infoman. Jean-René Dufort rendait visite à l'ex-ministre Stéphane Dion. L'occasion nous a été donnée de voir monsieur l'ex-ministre surgir du fond d'un vaste bureau, dépeuplé et dégarni. Visiblement la garde n'y était plus pour barrer la route à l'animateur insolent. La solitude et l'isolement de l'ex-ministre était frappante. La mine déconfite, il s'est avancé en faisant mine d'être accueillant. Le coeur n'y était pas. Les échanges ont été brefs. Dufort a gagné son pari de finir par lui parler. Le champion de la dérive verbale...est à la dérive. Le seul intérêt qu'il représente maintenant consiste à savoir où il va s'échouer.

De l'autre côté de la rivière des Outaouais, un autre porte-étendard du parti libéral, la machine-distributrice à drapeaux rouges est à la veille d'agiter le drapeau blanc! Les nouveaux hôtes du parlement n'investissent plus dans ce genre d'équipement! Pourtant, elle aimait les francophones ...au point d'assoir sur eux sa carrière politique. Elle laisse une politique culturelle exaltante qui leur donne l'assurance d'un rayonnement équivalent à celui des habitants du quartier francais de la Nouvelle-Orléans! Elle ausi la question est de savoir où elle va s'échouer.

Dion, Copps: deux boxeurs qui ont oublié que l'avenir des boxeux confine souvent à la déchéance.

Pendant ce temps en Suède, une autre épave sauvé de la dérive par le corsaire en chef ...recevait la visite de la vérificatrice générale. La mer s'agite...



TRIBUNE LIBRE

Monsieur Babounne ...

François Perrier
10 mai 2004

Sujet : votre pratique de bâillonner sélectivement certains contributeurs à Vigile, par rapport à d'autres.

Admirable votre mini éditorial du Vendredi 7 mai 2004, intitulé "PQ - le déséquilibre idéologique", un éditorial qui condamne sans retour un PQ qui "fait semblant" de vouloir une pseudo souveraineté, tout en pratiquant le sur place néolibéral. Un PQ farniente, se réjouissant du travail de sape sauvage que le PLQ pratique à l'endroit de la nation française du Québec en particulier, et envers toute la société québécoise en général. Un PQ impénitent de néolibéralisme, confiant de retourner au pouvoir en 2007/08, "par défaut".

Mais ne vous vous érigez vous pas alors en arbitre infaillible ?! Un genre de Monsieur Baboune de la rectitude politique -- quand vous refusez des textes émanant d'autres personnes disant à peu près la même chose que vous !?

Je me réfère spécifiquement D'UNE PART, à certains de vos mini-éditoriaux chocs dans un passé récent, débordant de courroux indigné -- où vous vous permettez tous les écarts de langage, du genre (1) (le 14 juin 2002) "Des colonisés jusqu'au plus profond du creux" étalé juste au dessus d'une photo de Bernard Landry, pour que le lecteur fasse un rapprochement facile ; (2) (le 29 mars 2004) "À tous les Ti-Clin qui ont sauté les plombs" démontrant (avec raison) que Parizeau avait eu (partiellement) raison de blâmer l'argent pour la perte du référendum de 1995 -- alors que vous utilisez le même épithète rageur "Ti-Clin" que Guy Bouthillier avait lancé à Raymond Villeneuve, pour avoir osé défendre la langue française devant Eatons, à l'encontre de directives nébuleuses de la SSJB-Montréal. (3) - le 10 octobre 2003 - "Indécrottable reconfédéraliste" - au singulier, juste au dessus d'un article de José Legault condamnant la saison des idées péquissses ("Welcome to PQ's season of ideas" … laquelle "includes Landry's refusal to drop his Europen-style confederal union". Et finalement dans mon échantillonnage de vos salutaires écarts de langage, (4) "Madame la Blondasse "reconnaît le vieux fond antisémite des canadiens-français" -- une remarque très dure à l'endroit de Lysianne Gagnon de La Presse, laquelle ignorait par le fait même la poutre fédéraste ethnocide, dans son propre œil. BRAVO M. Frappier, ET me permettriez-vous d'avoir mes propres écarts de langage !?

ET D'AUTRE PART -- en publiant pages après pages de textes et communiqués faisant l'éloge du statu quo politique, tant reconfédéralistes, que pseudo souverainisants du PQ. Si, publiquement, seulement le MLNQ semble avoir été désavoué par vous, plusieurs personnes affirment avoir été victimes de fins de non recevoir, de votre part. Vous semblez dire M. Frappier, que la solidarité et le devoir de réserve sont de bien grandes vertus -- en autant que les textes soumis pour publication -- ne touchent pas à vos propres potes idéologiques.

Même quand les principes énoncés vont systématiquement à l'encontre de tous les éditoriaux, minis, mignons et/ou majeurs que vous avez publié dans Vigile -- ne devriez vous pas étendre leurs vertus à qui diverge d'opinion avec vous ?? Il semblerait qu'en pratiquant une politique de deux poids deux mesures vous proclamiez que Vigile est votre bébelle à vous, et que TOUT est permis en matière de condamnation -- en autant que ça rencontre vos critères personnels de sélection.

Et puis cette admission de votre part -- laquelle (il est vrai) m'a été faite dans la confidence d'un courriel personnel (le 14 septembre 2003) -- confidence qui m'a bouleversé énormément et m'a fait tomber les bras de découragement -- à savoir que vous croyiez "qu'il est urgent d'engager une réflexion profonde" … et que "les textes de Morin, Marois, Legault fournissent des points de départ." !!! Mais alors vous êtes un prestidigitateur incroyable M. Frappier, faisant jaillir l'espoir de liberté de tout un peuple -- du statu quo politique -- aussi bien dire du néant -- un statu quo péquiste qui nous affaiblit invariablement depuis 1980 ! BRAVO !

Les grands principes énoncés publiquement ne valent rien si ils sont contredits dans le privé, parce que invariablement nos contradictions nous rattrapent. SVP M. Frappier, en autant que les textes ne sont pas diffamatoires, qu'ils sont soutenus par des 'faits' qui se veulent concrets et étayés raisonnablement, laissez donc le ridicule ou la désapprobation générale tuer le messager qui colporte de telles 'vérités' -- plutôt que de vous ériger en Arbitre Infaillible. Vigile n'en deviendrait que plus intéressant et supplanterait Le Devoir-de-toutes-les-réserves comme étalon or, de la libération du Québec.

François Perrier

NB : quel que soit le sort que vous réservez à mon texte, merci d'avoir publié dans cette même édition du 7 mai, les textes du néo-québécois Lucien Morin "Le scandale des commandites : un scandale éthique", et de M. Jean Dunois, "Arrogance et Malhonnêteté Intellectuelle". Mot amical à l'attention de la communauté juive québécoise.

Deux textes qui éclairent et façonneront profondément l'opinion publique.



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

Souper des Patriotes 2004


10 mai 2004

Souper des Patriotes 2004
organisé par le Rassemblement pour un pays souverain


24 mai 2004
18 h

Église Saint-Jean-Berchmans
5940 Chabot, (angle Rosemont)
Montréal

Conférenciers: Les deux Patriotes de l'année: Renée Blanchet et Georges Aubin,
Robert Laplante, Directeur de la Revue l'Action nationale
Jacques Parizeau, ex-premier ministre du Québec


Prix du billet: 20$
Réservation: Suzanne Lambert (514) 722-2441
Places limitées.





COMMUNIQUÉS

Spectacle des Patriotes d'aujourd'hui


10 mai 2004

Spectacle 24 mai 19h
La Fête des Patriotes d'aujourd'hui
avec Loco Locass, Extério, Fleurdelix et les affreux gaulois, Psycoze
Poétik, Maelstrom et plusieurs autres invités

La Place à Coté 4571 rue Papineau Montréal
Achetez votre billet tôt: 450-646-4318




COMMUNIQUÉS

Journée nationale des Patriotes


10 mai 2004

Dernière chance de s'inscrire au calendrier officiel de Journée nationale des Patriotes, édition 2004

En vue de la Journée nationale des Patriotes du lundi 24 mai, nous sommes à mettre la dernière main au calendrier officiel qui sera diffusé à travers différents médias afin d'inviter les Québécoises et les Québécois à participer aux activités organisées aux quatre coins du territoire.